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f&*5- -X',^ \Jo\ 40
GiVEN By
J^KUip Ha\<. .
NTERNATIONALE HEBDOMADAIRE
DIRECTEUR-REDACTEUR EN CHEF
MAURICE KUFFERATH
Rue du Congrès, 2, Bruxelles
RÉDACTEUR EN CHEF
HUGUES IM BERT
Rue Beaiirepaire. 33, Paris
N. Le KiME, SECRÉTAIRE- ADMINISTRATEUR
Rue du Marteau, 12, Bruxelles
5E5H5HErE5H5H5H5H5HSH5H5H5H5H5H5H5H
Collaborateurs
Ed. Schuré — Michel Brenet
Georges Servières
Hugues Imbert — René de Récy
Camille Benoit — Etienne Destranges
Alfred Ernst — Guy Ropartz
Van Santen Kolff
J. Houston Chamberlain
Ed. Vander Straeten — Ed. Evenepoel
Maurice Kufferath
Charles Tardieu — Marcel Remy
J. Ragghianti — J. Malherbe
Henry Maubel — Ed. dl IIartog
N. Liez - I. Will
Dr Dwelsh.^uwers — Ernest Closson
Lucien De Busscher
Oberdœrfer — Jean Marlin
J. Freson — J. Brunet — A. Wilford
ETC, ETC.
Hbonnements
aux Bureaux du journal, à Bruxelles,
2, rue du Congrès, 2
à Paris, à la Librairie Fischbacher
33, rue de Seine, 33
France et Belgique ... 12 francs.
Union postale 14 —
Pays d'outre-mer .... 18 —
'k%
40" ANNÉE
i" Janvier 18
NUMERO 1
SOMMAIRE
Hugues Imbert : I. Emmanuel Chabrier.
— II. La première de Gwendoline à Paris.
Marcel Remy : I. Les Concerts historiques
des Chanteurs de Saint-Gervaîs.
— II. La reconstruction de l'Opéra-Comique.
Maurice Kufferath : Bach et Marcello au
Conservatoire de Bruxelles.
J. Brunet : La reprise de Sigurd au théâtre
de la Monnaie.
dironiquf bc In Stmotnc :
Paris, Bruxelles, Concerts divers et petites nouvelles.
CorrtBponbancts :
de Berlin, Leipzig, Anvers, Gand, Tournai, Liège,
Hasselt, Amsterdam, Reims.
Nouvelles diverses.
Bibliographie. — Nécrologie.
5H5B555H5H5H5a5E5H5H5aZ5E5H5g5E5g5B5H5H5H5E555a
EN vente , à Bruxelles : Office central, rue de FEouyer;
Office de Publicité, rue de. la Madeleine, et chez les
principaux éditeurs de musique. — A Paris : librairie
Fischbacher, 33, rue de Seine ; librairie Flammarion.
— A Londres : MM. Breitkopf et Hfertel, i5, Oxford
Street ; Schott et C°, Régent street, iSy-iSg. — A Leipzig :
Ottojunne. — A Strasbourg : librairie Ammel. — A
Amsterdam, Algemeene Musikhandel, Spui, 3. — A La
Haye, Belinfante frères. — A Liège : M"""^ veuve Muraille,
rue de l'Université. — A Anvers: M. Forst.pjace de Meir.
— A Gand : M'™ Beyer. — A Zurich ; Hug frères, édit.
— A Genève : Ad. Henn, 5, rue Grenus. — A Madrid :
Martin, édit., 4, Correo. — A St-Pétersbourg : R. Viollet.
— A Moscou : Jurgenson. — A Mexico : N. Budin. —
A Montréal ; La Montagne, éditeurs de musique.
Le numéro : 40 centimes.
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PARAISSANT LE DIMANCHE
Bruxelles, le i" janvier 1894.
EMMANUEL CHABEIEE
u physique de petite taille,
mais d'assez forte corpulence,
les yeux vifs à fleur de tête,
le front très développé; — au moral,
d'une amabilité ouverte à tout venant,
gai, plaisant avec un gros rire bon
enfant, souvent relevé d'une pointe
malicieuse, Emmanuel Chabrier, bien
qu'ayant commencé fort tard à pro-
duire, s'est taillé une personnalité dans
le monde musical. Enfant de l'Au-
vergne, il est né à Ambert (Puy-de-
Dôme), le 18 janvier 1842. Après avoir
passé ses jeunes années dans cette
jolie vallée de la Dore, au milieu des
sites pittoresques de l'Auvergne, il
vint en i856 à Paris terminer ses
études et suivre les cours de droit. En
1862, il entra au ministère de l'inté-
rieur; mais il n'eut jamais un fervent
amour pour la paperasserie et profita
de la latitude qui lui était donnée pour
se livrer à l'étude du clavier. C'est
dans le milieu artistique où il vécut
alors qu'il développa ses aptitudes
pour l'art musical, qui commençait à
le passionner. Bach, Mozart, Beetho-
ven, Schumann, Berlioz étaient ses
auteurs préférés ; il se livrait avec la
plus vive inclination à la composition
qu'il étudiait avec Semet, l'auteur de
Gil Blas,et Aristide Hignard. En 187g,
il abandonna la carrière administra-
tive, qui ne pouvait qu'entraver ses
études musicales. B'uir la routine, le
séjour de l'ennui, pour entrer à pleines
voiles dans le rêve éthéré de la poésie !
Quelle joie, quel moment d'ivresse! Il
habite d'abord les Batignolles, puis la
rue Mosnier. Dans son appartement
commencent à flamboyer les œuvres
impressionnistes des Manet, Sisley, Re-
nouard, Helleu D'une grande affa-
bilité et avec une conversation pleine
de verve, éclatant en saillies impré-
vues, E. Chabrier avait su attirer chez
lui nombre d'artistes et d'amateurs.
Quelles exécutions musicales!... C'était
au printemps; les fenêtres du petit
entre-sol de la rue Mosnier étaient
ouvertes à deux battants; aussi le
public s'amassait-il pour ouïr les mélo-
dies s'envolant à tire d'aile.
Entre-temps Chabrier avait résumé
toutes ses impressions de joyeuse jeu-
nesse dans un petit opéra bouffe en
trois actes, VEtoile, qui fut joué avec
succès au théâtre des Bouffes-Pari-
siens. Mais ce n'est qu'en 1881 que
Chabrier, grâce à Lamoureux, qui se
l'attacha pour diriger les chœurs et
préparer avec lui les exécutions des
œuvres de Wagner, s'inféoda aux théo-
ries de ce maître. L'ambition le saisit
; alors à la gorge; il redoubla d'ardeur
et joua des coudes en vrai fils di ~
LE GUIDE MUSICAL
l'Auvergne. Tout en menant active-
ment les répétitions de Tristan et Iseult,
il travaillait à Gwendoline et faisait
exécuter aux concerts Lamoureux
Espana, cette composition orchestrale
d'une verve endiablée, où les cordes,
par de frénétiques pizzicati, les casta-
gnettes, par leur entre choquement
rapide, nous peignent une Espagne
prise sur le vif. En i855, M™^ Brunet-
Lafleur interprétait aux concerts La-
moureux la Sulamite, morceau pour
soprano, chœur et orchestre, sur des
paroles de Richepin. Le lo avril i885,
le théâtre royal de la Monnaie donnait
la première représentation de l'opéra
Gwendoline sur un poème de Catulle
Mendès, qui devait être monté posté-
rieurement et également avec une en-
tière réussite sur le théâtre de Carls-
ruhe, sous la direction de l'éminent
chef d'orchestre Félix Mottl. Le Roi
malgré lui, sur un livret de E. de Najac
et P. Burani, où l'on sent en maint
endroit des qualités de premier ordre,
surtout au point de vue de l'orchestra-
tion, a été joué pour la première fois
sur la scène de l'Opéra-Comique, le
i8 mai 1887 et a été arrêté en plein
succès par le terrible incendie qui
détruisit le théâtre de la place Favart.
En dehors des œuvres que nous
avons citées, on pourrait encore signa-
ler les Pièces pittoresques pour piano
réunies en un seul volume ; Valses
romantiques pour deux pianos à quatre
mains ; une Fantaisie pour cor et piano ;
A la niîisiqtie, chœur pour voix de
femmes et soprano, composé en vue de
l'inauguration de la maison d'un ami
mélomane, Jules Griset, œuvre d'une
coloration charmante, qui fut exécutée
au Conservatoire, sous la direction de
Paul Taffanel, le 2g janvier 1893, etc. .
Chabrier possède en portefeuille un
opéra Brise'is, sur un livret de Catulle
Mendès; c'est un travail des plus
importants que l'auteur cisèle avec
amour.
En avril 1892, Catulle Mendès a
fait une conférence intéressante sur
l'œuvre d'Emmanuel Chabrier. Il a su
indiquer quel vigoureux musicien,
rempli de fougue, de verve, de per-
sonnalité et de fantaisie est l'auteur
d'Esparia, de Gwendoline. On a entendu
plusieurs pages verveuses, telles que :
Improvisation, Sons Bois, Bourrée fan-
tasque, morceaux pour piano exécutés
par M. Risler; un Credo d'amour dit
par Engel, des fragments de Gwendo-
line, chantés par M™'= Leroux-Ribeyre,
— et enfin, dans la note gaie et bouffe,
qui laisse entrevoir un des côtés très
caractéristiques du talent de Chabrier,
la Ballade des gros dindons et la Pasto-
rale des cochons roses, finement dites
par Fugère.
En mars 1893, M. Bertrand, direc-
teur de l'opéra, écrivait à Emmanuel
Chabrier :
Mon cher maître et ami.
Je suis très heureux de vous donner une bonne
nouvelle qui, j'espère, hâtera votre guérison.
Gwendoline, votre belle œuvre, que Paris devrait
avoir entendue depuis longtemps, sera représentée,
cette année, à l'Opéra.
Rétablissez-vous bien vite, afin de venir vous-
même diriger les études.
Croyez à mes sentiments dévoués.
E. Bertrand.
Les répétitions de Gwendoline à
l'Académie nationale de musique ont
été menées à bien. La première repré-
sentation de cet opéra a eu lieu avec
le plus vif succès mercredi 27 dé-
cembre i8g3.
Chabrier est, avec Vincent d'Indy et
Gabriel Fauré, un des membres les
plus influents de la Société nationale
LE GUIDE MUSICAL
de musique. Ses œuvres y ont été
exécutées fort souvent.
Nous avons dit que, romantique en
musique, il était impressionniste en
peinture. Mais son charmant apparte-
ment de l'avenue Trudaine ne contient
pas que les toiles flamboyantes de
Manet, de Renoir, d'Helleu On y
découvre un dessin vivement enlevé de
Détaille, représentant le compositeur
lui-même au piano, attaquant le cla-
vier avec tant d'impétuosité que les
notes, telles que la mitraille s'échappant
du canon, s'envolent dans un mouve-
ment vertigineux pour aller frapper le
plafond et les murs de l'appartement.
Sa littérature n'est pas moins origi-
nale que sa musique. En voici un
échantillon qui nous était adressé par
lui le 17 novembre 1892.
Mon cher ami,
C'est très curieux vraiment la vie ! Ce sont sur-
tout les plus anciens amis que l'on ne voit jamais ;
Hugues Imbert, Camille Benoit, Edouard MouUé,
Claude Monet, Fantin-Latour... C'est dégoûtant
et d'où cela vient, on n'en sait rien. Et, quand on
se rencontre et qu'on se souvient qu'on s'est tant
vu, on se regarde un peu bêtement; on a l'air
d'avoir des regrets. Enfin tu es toujours rue Beau-
repaire et dans la littérature et bien portant. Tu
ne t'es pas marié, tu n'as pas d'enfants, tu es seul,
tu es ton maître, tu as une rude veine, maintenant
que ton parti est pris de rester garçon.
Nous t'envoyons nos bonnes amitiés.
Ton vieux camarade,
Emmanuel Chabrier
L'auteur de Gwendoline appartient à
cette catégorie d'esprits très prime-
sautiers entrés sur le tard dans la vie
de production artistique, se dépensant
beaucoup pour regagner le temps
perdu, se souciant peu ou prou de
l'Ecole, poursuivant avec ténacité leurs
tentatives, doués d'une imagination
vive et débordante, et créant, « sans
trop se dégoûter d'eux-mêmes et de
leurs œuvres », par cette raison qu'ils
ont mis dans ces œuvres tout leur cœur.
toute leur science, et qu'ils les ont
choyées avec amour.
Hugues Imbert.
(âwendolii^e
Opéra en trois actes Poème de M. Catulle Mendès.
Musique de M. E Chabrier. Première représentation
à l'Académie nationale de musique, le mercredi 27 dé-
cembre 1893.
oici encore un opéra et non des
moins bons d'un compositeur fran-
çais qui a vu pour la première fois
le feu de la rampe sur une scène étrangère.
C'est un baptême qui porte bonheur : Hé-
rodiade, Sigurd, Salammbô, Werther, après
avoir été exécutés au delà des frontières,
sont venus reconquérir dans leur pays
d'origine la place qui leur était due.
Gwendoline a été donnée pour la première
fois, à Bruxelles, sur le Théâtre royal de la
Monnaie, le lo avril i885, sous la direction
de Joseph Dupont. Plus tard, elle fut
montée, le 3o mai 1889, sur le théâtre de
Carlsruhe et, le 20 novembre 1890, à Mu-
nich. Le public et la presse ont fait à
l'œuvre le plus chaleureux accueil. Le
riche coloris de la musique, l'étonnante
puissance de l'orchestre, l'originalité des
idées ne pouvaient que frapper vivement
les auditeurs. On a dit que c'était l'œuvre
d'un wagnérien. Oui, certes, Emmanuel
Chabrier est inféodé aux théories wagné-
riennes ; il a été vigoureusement pris, sub-
jugué par la maîtrise du génial compositeur.
Il a contribué au succès de Tristan et Iseult
en donnant un concours des plus actifs à
M. Charles Lamoureux, lorsque ce dernier
fit exécuter d'importants fragments de ce
drame lyrique dans les concerts organisés
par lui au théâtre du Château d'Eau. Mais
son admiration pour Richard Wagner n'a
nullement influencé sa manière de penser
en musique. Il n'a été ni un servile imitateur,
ni un plagiaire, ayant par devers lui un
fonds déjà riche et dans lequel il n'avait
qu'à puiser pour nous donner des œuvres
primesautières. S'il a adopté les grandes
LE GUIDE MUSICAL
lignes du maître allemand, c'est que sa
nature y était portée ; mais vous ne trou-
verez dans Gwendoline aucune page rappe-
lant, au point de vue mélodique, le faire de
Richard Wagner. La personnalité du com-
positeur se dégage très nettement.
Nous n'étions pas inquiet sur ce point.
Ce qui nous préoccupait, c'était la difficulté
qu'avait pu avoir l'auteur d'Espana à réa-
gir contre des tendances naturelles à
l'opéra bouffe. De joviale humeur, il avait
eu, dès sa prime jeunesse, la note comique
très accusée, aussi bien dans sa conversa-
tion et sa correspondance émaillées de
drôleries que dans telle ou telle de ses
compositions.
Emmanuel Chabrier a su mettre entière-
ment à part et éviter cette verve rabe-
laisienne dans les œuvres sérieuses comme
Gwendoline ; sa muse a pris le masque tra-
gique. Il a accordé sa lyre à un diapason
très élevé. Toute l'œuvre a été écrite dans
l'esprit de la nouvelle école dramatique
musicale.
Voici les grandes lignes du drame ima-
giné par le poète de M. Catulle Mendès.
L'action se passe au huitième siècle, sur
les côtes de la Grande-Bretagne. Dès le
lever du rideau, apparaissent aux fenêtres
des habitations, sur les hauteurs, dans les
sentiers, filles et garçons, se livrant gaî-
ment à divers travaux. C'est, au matin, le
réveil de la ferme. Tous chantent l'aube
vermeille et l'apparition du soleil. Gwendo-
line, fille du vieux Saxon Armel, encourage
tout son monde, envoyant les filles aux
champs, les garçons à la mer. Mais elle est
triste, songeant aux Danois, qui menacent
son pays. Dans un rêve, elle a vu un Danois
l'emportant sur son vaisseau. Ses compa-
gnes la plaisantent; leurs douces railleries
ne la rassurent pas. « Les entendez-vous,
dit-elle, les barbares aux cheveux roux! »
Ils arrivent, en effet : on perçoit, au loin,
leurs cris sauvages : « Eheyo ! Eheyo ! »
Ils pourchassent les Saxons, alors que les
femmes eft'rayées se cachent dans la mai-
son d'Armel. Le chef danois, Harald, de-
mande à ce dernier de lui livrer son or, ses
moissons ; si non, il brûlera et mettra à
sac tout le pays. Le vieillard refuse ; sa tête
tomberait immédiatement si Gwendoline,
apparaissant subitement, ne se jetait aux
genoux d' Harald, implorant la grâce de
son père. La douce et blonde jeune fille
subjugue le barbare. Il est si complètement
maîtrisé, le rude héros, qu'il demande la
main de sa fille au vieil Armel. Gwendoline,
elle aussi, s'est prise à aimer le Danois.
Elle sera son épouse ; mais les noces ne
seront qu'une embûche. Pendant le festin,
les Danois quitteront leurs armes; ils seront
ivres et sans défense. Les Saxons pourront
les exterminer.
Au deuxième acte, la scène représente
la chambre nuptiale, décorée de peaux de
bêtes, de cuivres. Armel est rêveur, morne,
nerveux, pendant qu'au loin se fait entendre
le chœur nuptial des filles saxonnes. Il s'en-
quiert si ses ordres ont été exécutés; il
donnera aux envahisseurs l'hospitalité du
tombeau. Les filles saxonnes, couvertes de
leurs plus belles parures, les Saxons et les
Danois, ces derniers sans armes, entrent
en scène, célébrant les vertus et les grâces
des fiancés. Armel bénit Harald et Gwen-
doline ; mais, à cette dernière, il remet un
couteau, avec lequel elle frappera l'époux
dans son sommeil. Gwendoline, qui adore
le jeune barbare, le prévient du complot
tramé contre lui et les siens. Harald refuse
d'y croire ; mais, au milieu de ses trans-
ports amoureux, éclatent dans les salles
inférieures des cris de détresse. Il reçoit
des mains de Gwendoline le couteau que
lui avait donné Armel et se précipite au
secours de ses soldats et amis.
La lutte continue au troisième acte, dans
un site farouche et couvert de roches, près
des bords de la mer. Sur une élévation de
terrain, un vieux tronc d'arbre à moitié
rompu. Au loin, on distingue les voiles
rouges et les proues des vaisseaux danois.
Les Danois sont en déroute ; ils traversent
la scène poursuivis par les Saxons : c'est
un combat désespéré, corps à corps. Pen-
dant que les Saxons chassent et tuent à
travers les roches leurs ennemis, Harald,
blessé, se dirige vers la hauteur et s'accule
au tronc d'arbre. Contenu par les serviteurs
d'Armel, Harald est frappé par ce dernier,
qui, mortellement touché, ne tombe pas
encore. C'est alors que Gwendoline, éper-
due, accourt, se précipite vers son amant,
LE GUIDE MUSICAL
7
saisit l'arme qu'il a dans la main et se
frappe. Derrière les rochers, les nefs des
Danois sont en feu; l'incendie est immense.
La hauteur, où meurent enlacés Harald
et Gwendoline, resplendit d'une lueur
étrange.
La partition de Gwendoline est haute en
couleur, d'une grande intensité d'expres-
sion ; le caractère des personnages est
rendu avec une vérité surprenante, Harald
surtout, ce barbare aux cheveux roux, ce
farouche qui se laisse subjuguer par la
douce et blonde fille d'Armel. Le Leitmotiv
y apparaît avec une grande netteté ; mais
si, en cela et en d'autres points, Chabrier
est un disciple de Wagner, il ne repousse
pas les chœurs, duos, épithalame, etc....
La mélodie, lorsqu'elle apparaît et se
dégage d'une orchestration, malheureuse-
ment trop surchargée, trop riche pour ainsi
dire, coule de bonne source. La recherche
est parfois excessive et amène des licences,
des audaces qui, surtout dans les voix,
nuisent plutôt qu'elles ne servent à l'expan-
sion de l'œuvre.
Tout le monde artiste connaît l'ouver-
ture, jouée avec succès aux Concerts La-
moureux et écrite avec un brio étonnant;
le début, avec son rythme persistant, sur
lequel vient se greffer une phrase langou-
reuse empruntée à un air de Gwendoline,
est remarquable; la conclusion, un peu
bruyante, est moins heureuse. Au premier
acte, on peut citer la légende, d'un caractère
rêveur et poétique, à laquelle les réponses
du chœur donnent un attrait particulier, —
le Chant des Epées, d'une belle sonorité; la
scène très impressionnante dans laquelle
Harald, à la vue de Gwendoline, s'arrête
éperdu et fasciné, — puis la phrase si bien
venue, si remplie d'émotion d'Harald « Peut-
être l'heure était venue », qui a valu à l'in-
terprète, M. Renaud, une véritable ovation,
— et enfin le duo de la séduction entre
Harald et Gwendoline, plein de contrastes
heureux, d'effets piquants d'orchestre et où
se trouve la mélodie déjà populaire : « File,
file la belle blonde » .
Le second acte c'est V épithalame, page
absolument superbe, digne d'un maître,
dans laquelle les chœurs tiennent une place
prépondérante; peut-être aurait-elle gagné
à être exécutée dans un mouvement moins
lent. Il y aurait encore à citer dans cet acte
des épisodes pleins de caractère, notam-
ment le chœur étrange et sauvage des
Danois chantant dans les salles inférieures.
Le dernier acte est fort court ; pour nous
il est pénible. La faute n'en est pas au
musicien, mais au poète, qui a manqué de
mesure en donnant une agonie si désespé-
rément lente à Harald et à Gwendoline,
pendant que le vieil Armel gémit, sans
chercher à porter secours à sa fille. C'est
un effet dramatique absolument invraisem-
blable.
M. Renaud (nous ne surprendrons per-
sonne) s'est merveilleusement incarné dans
le personnage d'Harald ; son bel organe a
eu tour à tour du charme et de la puissance.
M. Vaguet s'est tiré beaucoup mieux qu'on
ne pouvait l'espérer du rôle d'Armel. Quant
à M"'= Berthet, elle est une Gwendoline
suffisante. Les chœurs n'ont pas toujours
chanté juste; l'orchestre a été fort bien
dirigé par M. Mangin.
Hugues Imbert.
Concerts bistoriques des Cbanteuvs be
Saint=0ervals
"y-A seconde séance de musique historique
-^^ donnée par les Chanteurs de Saint-Ger-
vais, avec le concours de M"«s Gramaccini et
Fournier, de MM. Engel, Auguez, Gigout et
Diemer, ainsi que de l'orchestre d'Harcourt, ne
présentait pas moins d'intérêt que la première.
Cette fois, l'audition était consacrée aux auteurs
du xvu= siècle.
Un fragment d'une messe de Lotti, Cruci-
fixus, d'une noblesse, d'une largeur émou-
vantes, avec ses harmonies retardées, ses frois-
sements de demi-tons est d'un modernisme
achevé, l^e. Hodie Christus de Nanini, ravissant
mais, à cause de son cachet angélique et puéril,
gagne à être entendu dans une atmosphère,
d'église, avec plus de lointain. UAdoranius de
Corsi est un peu lourde, mais d'harmonie pré-
coce ; et VAssumpta e^/ d'Aichinger, est d'une
élégance, d'une légèreté aérienne. Deux pièces
LE GUIDE MUSICAL
d'orgue admirables de Frescobaldi, que M. Gi-
gout a jouées avec tact, poésie ; c'était bon
d'entendre l'orgue constamment dans la note
discrète, dans les jeux doux, si bien en situa-
tion avec la grâce mélancolique de Frescobaldi.
Puis deux fragments de la Symphonia sacra
de Schutz, duos dialogues chantés par MM.
Engel et Auguez, d'une expression singulière-
ment vivante sous leur forme rigoureuse.
Dans la musique de cour ou de chambre,
un madrigal, Cygne d'argent de Gibbons, un
peu froid, quoique d'une coupe élégante.
La Serenata de Stradella nous a paru moins
intéressante, malgré deux an s (allegro et presto;
d'un joli mouvement léger. La ritournelle qui
sépare ces deux airs, est d'un rythme binaire
dans une mesure ternaire, curieux pour l'épo-
que. M"" Gramaccini a chanté cette Serenata
avec un peu trop d'affectation, déplacée, à notre
avis, dans une œuvre qui n'est pas de la pé-
riode de décadence.
Signalons le triomphe de M. Diemer dans
des pièces célèbres de Couperin, qu'il rend
avec une grâce exquise sur le clavecin si habi-
lement reconstitué de la maison Pleyel.
La partie théâtrale a été un peu écourtéepar
suite de l'indisposition d'un interprète.
L'air de Roland de Lully a été chanté avec
autant de feu que d'intelligence par M. Engel,
qui a dit ensuite un duo très curieux avec
M™*^ Gramaccini. Ce duo, extrait de la Ro-
saura, opéra semi-serieux de Scarlatti, contient
des oppositions de style, une observation de
caractères, qui sont la base de l'opéra moderne;
on est très étonné de retrouver, si loin de nous,
une telle précision, une telle souplesse.
La séance s'est terminée par un chœur
superbe extrait du King Arthur, opéra de
Purcell. Ce chœur, qui date pourtant de 1691,
présente une analogie accentuée avec certains
chœurs de Hsendel, sonneries de trompettes,
rudesse de rythme_, disposition large et claire
de l'harmonie. Il était précédé d'une Passa-
caille avec chœur, bien intéressante par le tra-
vail serré des différentes périodes sur un thème
de « basso ostinato ».
La prochaine audition comprendra Bach et
Hsendel. Marcel Remy.
£a reconstructton J>e r®péra=(Iomigue
/^N reconstruit l'Opéra-Comique ! Telle est
^-^ l'invraisemblable nouvelle qui courait les
journaux ces jours derniers. D'abord, on a cru
à une manœuvre de Bourse ou à l'expédient
d'un gazetier désireux de faire monter le tirage
de sa feuille. Mais les journaux d'informations
répétaient la nouvelle, donnaient des détails :
on aurait vu des ouvriers, des échelles, une
mise en train, etc.
La chose ainsi présentée demandait une
enquête sérieuse et ne pouvait laisser indiffé-
rents les lecteurs du Guide Musical.
A leur intention et surmontant un effroi bien
naturel, nous nous sommes transporté solen-
nellement à l'endroit désert, désolé où, préten-
dent de savants assyriologues à besicles, — et
cela est contesté du reste, — s'élevait jadis le
temple de l'art musical éminemment national :
campos iibi Troja.
Après de minutieuses investigations, nous
avons pu jeter un regard profane dans l'en-
ceinte sacrée par une fente de la palissade im-
pénétrable.
Qu'avons-nous vu ? Rien d'abord, si ce n'est
la végétation tropicale (beaucoup trop même)
qui se prélasse sur les ruines, sûre de l'impu-
nité et des droits acquis.
Puis, habituant notre œil aux reflets des
boîtes a sardines et des tessons de porcelaine,
qui émaïUent cette prairie urbaine, nous avons
distingué, — sous réserve de berlue, — un vague
échafaudage qui escalade les pignons des
maisons voisines, restées debout après l'in-
cendie.
A quoi tend ce cérémonial ? On se perd en
conjectures. Vont-ils reconstruire en commen-
çant, comme les Chinois, par le toit? Ce ne
serait que conséquent avec les chinoiseries dont
la quesdon de reconstruction a été entourée.
Ou bien veut-on consolider les ruines? Ce serait
prudent. Ou encore l'échafaudage est-il élevé
par une agence de publicité qui veut placer
des tableaux-réclames sur les panneaux impro-
ductifs de ces immeubles ? C'est là le plus vrai-
semblable.
Constatation déplorable, l'effet de la nou-
velle a été nul. Les Parisiens sont restés froids.
Ingrats mélomanes.
Cela les laisse indifférents ; ils s'étaient si
bien habitués à se priver du nécessaire.
Alors ? Si on ne le reconstruisait pas ?
M, R.
LE GUIDE MUSICAL
Bach et O^arcello
AU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES
'T-^ien intéressante et instructive la juxtapo-
"•-^ sition du Magnificat de Bach et du
Psaume XVIII de Marcello, au dernier con-
cert du Conservatoire de Bruxelles. M. Ge-
vaert excelle dans la composition de pro-
grammes de ce genre, offrant à l'auditeur des
pièces capitales de grands maîtres, en qui
l'on peut dire que se résument les aspirations
souvent très diverses d'une même époque et
l'esthétique particulière^de races différentes.
La renaissance italienne est tout entière dans
l'admirable Psaume de Marcello, et l'on a toute
l'étonnante richesse harmonique de l'art alle-
mand dans le Magnificat de Bach. Les deux
oeuvres sont contemporaines, toutes deux du
commencement du xviii<= siècle. Et combien
différentes, cependant, pour le fond et pour la
forme ! Ici, l'extraordinaire efflorescence du
contrepoint enroulant ses fines arabesques, ses
surprises harmoniques autour de chants d'une
profondeur idéale de sentiment ; là, la clarté de
la ligne mélodique, le charme souverain de la
voix humaine, une curieuse recherche de l'effet
extérieur, pittoresque et un sens dramatique
saisissant. C'a été pour les délicats une jouis-
sance esthétique incomparable.
Le Magnificat est l'une des œuvres capitales
de Bach, elle date de la pleine maturité de son
génie. Bach l'avait composé en 1723, pour les
fêtes de la Noël, et, dans sa forme primitive,
entre les différentes parties du Magnificat pro-
prement dit, s'intercalaient des chants, airs et
chorals composés sur des paroles allemandes
s'appliquant directement à la fête religieuse du
jour. Ces parties intercalées ne s'exécutent
plus guère aujourd'hui, tout au moins dans les
concerts.
Le Magnificat proprement dit est composé
sur le texte liturgique latin, pour cinq voix,
avec accompagnement de flûtes, hautbois,
trompettes, timbales, quatuor et orgue. Ce qui
en rendait l'exécution au Conservatoire parti-
culièrement intéressante, c'est la restitution de
Tinstrumentation original. On sait queM.Ge-
vaert a fait construire par M. Mahillon des
hautbois d'amour et des trompettes-clarino sur
les modèles de la belle collection d'instruments
anciens du Conservatoire (i). Il n'y a pas seule-
ment là une curiosité de raffiné, mais un artis-
tique souci de musicien. De quel charme péné-
trant la sonorité voilée du hautbois d'amour
pénètre tout l'accompagnement du bel adagio
Quia respexitliuniilitateni; et plus lom, dans
le Gloria et le Fecitpotentiam, quel éclat laso-
(i) Voir VAnnuairt du Conservatoire de Bruxelles,
année 1890, pp. 140 etsuiv.
norité aiguë delà trompette jette sur le puissant
développement du chœur et de tout l'orchestre !
L'emploi des deux instniments ici n'est pas un
pur caprice du compositeur, il est justifié par
le sens du « poème » et réellement caractéris-
tique.
Dans cette belle œuvre, si riche, si pleine,
d'un sentiment à la fois si pénétré au début et
si exubérant à la fin, il y a deux perles incom-
parables : l'énergique aria du ténor Deposuit
patentes, avec ses traits persistants de violon,
et l'air d'alto qui le suit, avec ses délicates et
charmantes arabesques des flûtes s'enroulant
autour d'un chant d'une grâce et d'une douceur
divines. Ceux qui connaissent la partition ont
remarqué que, dans l'air du ténor, M. Gevaert
avait à plusieurs reprises fait exécuter sur la
quatrième corde les dessins des premiers vio-
lons. Pareille interprétation certainement était
inconnue du temps de Bach. Ces deux airs ont
d'ailleurs été très bien chantés par Mll'^Flament
et par M. Demest. L'exécution vocale, pour le
reste, a laissé quelque peu à désirer, en raison
peut-être des mouvements extrêmement lents
pris par M. Gevaert. Ni M'i^Kleyn, ni M'ie Ar-
tot, ni M. Maas ne parvenaient à tenir suffi-
samment le son. Quant à la partie chorale,
elle a Cté, comme toujours, d'une richesse et
d'une ampleur de sonorité remarquables, ce qui
n'a pas empêché l'orgue d'écraser par moments
presque complètement les voix. Il y a là une
erreur de M. Mailly qui doit être relevée. Le
rôle de l'orgue est d'accompagner, non de do-
miner. On a, sur le rôle que Bach entendait
assigner à l'orgue, des indications non seule-
ment traditionnelles, mais écrites et précises,
qui ne se concilient pas avec cet emploi abusif
du grand jeu et des accords plaqués (i).
Pour le Psaume XVIII de Marcello, le
programme indique la date de 1720. D'après la
Storia dclla miisica sacra de Francesco Caffi,
les vingt-cinq premières compositions écrites
par Marcello sur la paraphrase des Psaumes
de David de son ami Ascanio Giustiniani,
auraient paru seulement en 1724, à Venise, et
les vingt-cinq dernières en 1726 et 1727.
Le XVI Ile est le plus important et passe pour
le plus beau de la série. Il est particulièrement
remarquable par les emprunts que le maître y
fait aux intonations des juifs d'Orient et d'Es-
pagne pour le même psaume. Il y a notamment
un chœur qui se développe sur un thème espa-
t;nol chanté par le violoncelle obligé, qui est
de la plus pénétrante beauté : et le saisissant
dessin des basses, dans le quatrième verset,
simulant le battement des flots sur des har-
monies longuement suspendues, est d'une
hardiesse bien curieuse pour l'époque. Toute
l'œuvre est, du reste, d'une élévation de style,
d'une force à la fois et d'une tendresse d'inspi-
ration que bien peu de maîtres ont égalée.
(i) Voyez notamment le Sébastien Bach du D' Spitta,
tom II, pp. 124 etsuiv.
10
LE GUIDE MUSICAL
Avec moins de richesse dans les harmonies
que chez Bach, avec plus de simplicité dans
rornementation figurative des parties, il n'y a
pas moins de grandeur et de majesté dans l'en-
semble delà composition, et l'on reste confondu
de la puissance expressive de cette musique,
malgré la prédominance des formes scolas-
tiques de l'époque.
L'exécution du Psaume XVIII par le
puissant ensemble du chœur des concerts et de
la classe préparatoire de chant choral a été
tout à fait digne de l'œuvre, et elle a produit une
profonde impression.
De tels concerts sont de rares et bien extraor-
dinaires plaisirs de l'esprit et l'on ne peut assez
en exprimer sa gratitude à l'homme éminent
qui les prépare avec un soin jaloux et un souci
minutieux de la perfection également précieux
et rares. Maurice Kufferath.
REPRISE DE SIGURD
AU THÉÂTRE DE LA MONNAIE
M. Reyer n'eût pas éprouvé une bien
vive satisfaction à assister à la reprise de
Sigurd qui nous a été servie cette semaine
à la Monnaie; il est même probable qu'il
ne se fût pas fait faute d'exprimer verte-
ment à qui de droit sa mauvaise humeur
pour la peu brillante exécution qui vient
d'être donnée de son œuvre.
Exécution peu brillante sous tous rap-
ports. Les interprètes, pour la plupart, ou
n'étaient pas en voix, ou n'ont pas toute
la voix que réclament leurs rôles. Au
nombre des premiers, l'on peut citer M . Cos-
sira, dont l'organe semblait avoir subi les
atteintes du brouillard de ces derniers
jours; quelques pages de demi-teinte seule-
ment lui ont été favorables. M"« Wolf aussi
paraissait n'être pas en possession de tous
ses moyens vocaux. La voix de M. Seguin,
qui montre une tendance à gagner en gra-
vité, a quelque peine à décrocher les notes
élevées du rôle de Gunther, et, de même, le
rôle de Hagen a paru planer trop fréquem-
ment vers les sommets de la voix de basse
pour réussir à M. Dinard ; celui-ci, en outre,
ne s'était pas suffisamment débarrassé, sous
les traits du farouche guerrier, de la
bonhomie qu'il donnait récemment, avec
une réelle justesse, au père d'Angélique
dans le Rêve. M"^ Lejeune, sans doute en
d'assez mauvaises dispositions vocales,
s'est montrée insuffisante dans le rôle
d'Hilda, et sa voix y a eu de fréquents
écarts de justesse. Seule M"^ Tanesy s'est
acquittée de sa tâche avec aisance ; exécu-
tion musicale très soignée, correcte en tous
ses détails, mais où l'on souhaiterait une
émotion plus communicative, une plus
grande variété d'accent. Inutile de dire
que le souvenir vivace laissé par la grande
artiste qui créa ici le rôle de Brunehilde
rend le public difficile à satisfaire. N'ou-
blions pas M. Rey, dans le rôle du prêtre
d'Odin, un rôle où la voix de M. Renaud
sonnait avec une si belle ampleur; l'inter-
prète actuel n'en a su tirer aucun parti ; il l'a
chanté d'ailleurs dans une langue inconnue
des philologues les plus érudits.
La reprise de Sigurd avait été préparée
il y a quelque temps déjà, pour passer avant
Orphée, dans le cas ou la rentrée de
M"^ Armand aurait dû subir de nouveaux
retards. C'est à cette circonstance sans
doute qu'il faut attribuer la mauvaise exé-
cution d'ensemble à laquelle nous venons
d'assister ! Jamais Tonne vit représentation
aussi imparfaitement mise au point.
Les chœurs ont fréquemment manqué de
mesure et de justesse, et leurs mouvements
scéniques paraissaient abandonnés à leur
peu artistique fantaisie ; les entrées se sont
faites tardivement, sans coordination, et, au
dernier acte, on a failli assister à une colli-
sion entre choristes des deux sexes. Mais
c'est surtout la machination et la partie
matérielle de la mise en scène qui ont
réservé aux spectateurs de cette soirée
mémorable les surprises les plus pitto-
resques. La lune, qui présente son disque
lumineux dans un des tableaux du deuxième
acte, a eu la coquetterie de se faire désirer,
et elle n'a montré son éclat, soudainement,
que bien après la dispersion des nuages,
fort défraîchis, qui masquent le changement
de décor. Les rayons de lumière électrique,
qui éclairent les ébats assez naïvement
réglés des elfes et des kobolds, ont tardé à
prendre les teintes variées dont on colore
ces tableaux puérilement féeriques, et l'on a
entendu une voix bien timbrée, et qui
mériterait d'avoir à remplir un plus éloquent
office, lancer avec éclat le mot bleu, plu-
sieurs fois répétés; certains spectateurs
cherchaient en vain dans leur livret la
trace de ces interpellations, que M. Re3'er
avait d'ailleurs négligé de mettre en mu-
sique. Enfin, dans ce même acte, fertile en
LE GUIDE MUSICAL
11
anicroches de tous genres, l'on a pu cons-
tater que Brunehilde élevait des cygnes
sous sa couche, ce qui explique d'ailleurs
qu'elle se soit servie de ces gracieux palmi-
pèdes pour se faire conduire au bourg de
Gunther.
Au dernier acte, l'apothéose a eu des
balancements de corps, des mouvements de
bras, auxquels on n'était pas habitué et qui
en ont fait un tableau d'une animation bien
inattendue. Enfin,il faudrait plusieurs pages
du Guide Musical (nouveau format) pour
relever tous les épisodes divertissants aux-
quels a donné lieu la mise en scène de
l'opéra de M. Reyer. Qu'eût-ce été, s'il
se fiit agi d'une œuvre nouvelle ?
J. Br.
Chronique de la Semaine
PARIS
Au deuxième concert donné par le quatuor de
M. A. Lefort, le 22 décembre, à la salle de la
Société de Géographie, était inscrit au programme
un quintette pour piano et cordes d'un jeune com-
positeur suédois, M. Sinding. Des variations pour
piano, qui avaient été exécutées aux concerts
Philipp, pouvaient déjà donner une assez bonne
idée du talent de ce musicien, encore peu connu
en France. Son quintette a été une déception :
œuvre sans valeur, mal agencée, sans originalité,
dans laquelle on retiendrait difficilement une idée
mélodique de quelque intérêt, où l'harmonie et,
encore plus la sonorité des instruments à cordes
sont défectueuses. Le talent des exécutants,
Mme Herman, MM. Lefort, Tracol, Gianini et
Casella, n'a pu réchauffer cette composition qui
nous arrive du Nord. La sonate pour piano en fa
majeur de Grieg, malgré des remplissages regret-
tables, a des parties charmantes de grâce et
d'imprévu Deux fines mélodies de M. Alexandre
Georges ont été interprétées par M. Mazalbert. et
le beau quatuor à cordes en )ni mineur de Men-
delssohn a été brillamment enlevé parM. Lefort et
sa petite phalange. H. L
Au concert d'Harcourt du 24 décembre, M"»
Clara Janiszewska a obtenu, une fois de plus, un
très brillant succès. Quoique la part réservée au
piano dans cette séance de Noël fût relativement
peu importante, la jeune virtuose a pu déployer
toutes ses qualités de véritable artiste : précision
et sûreté du rythme, charme infini du toucher,
intensité du sentiment, grâce et intelligence du
style, dans le célèbre prélude (Chant des Anges) et
l'i lude en ui de Chopin, et la Fikiise de Meii- ,
delssohn.
A cette même séance, M. Eugène Gigout, le
brillant organiste de l'église Saint-Augustin, direc-
teur de l'Ecole de musique religieuse fondée par
Niedermeyer, a exécuté en maître, — sur de
vieux noëls populaires, — des improvisations
ravissantes, toutes pleines de charme, d'ampleur
et de haute maestria
•^
Le jour de Noël, les Chanteurs de Saint-Gervais
ont donné une seconde audition de la Messe du
pape Marcel, cette lois avec l'adjonction du Credo,
qu'ils n'avaient pas chanté jusqu'à présent. Faut-il
revenir encore sur les mérites de ces exécutions,
qui sont de véritables fêtes intellectuelles?
Les Chanteurs sont maintenant en possession de
cette souplesse qui donne à leur exécution
l'aspect chatoyant et animé ; M. Bordes est arrivé
à ce résultat de leur donner une âme collective.
Le Credo, tout merveilleux qu'il est — oh ! VHemo
fadus est — n'a pourtant pas produit l'impression
de s'élever au-dessus du reste, ce qui serait bien
difficile, il est vrai.
Trois motets ont été intercalés dans le courant
de la messe; à l'offertoire, l'extatique Magnum
mysierium de Vittoria, ce chaste joyau, source claire
d'émotion. A la communion, Hodie Christus de
Nanini, charme naïf, A la sortie, le motet de
Gabrieli, Angeli archangeli, a été complètement
couvert par le bruit des chaises remuées, du piéti-
nement hâtif,des congratulations chuchotées. C'est
qu'elle laisse un peu à désirer, la tenue de l'assis-
tance à Saint Gervais. Convient-il que les effu-
sions de Vittoria soient ponctuées des chocs sur
les dalles de la canne d'un bedeau qui profite d'un
pianissimo pathétique pour dire d'une voix fausse :
« Pour l'entretien de l'église, s'il vous plait? »
Que penser, pendant que les séraphins évoqués
par Nanini chantent éperdument « Noie, Noie »,
que penser du bruit des mâchoires des assistants
mastiquant le pain bénit, selon la coutume qui se
maintient dans les églises parisiennes?
Et les répons liturgiques par les chantres du
chœur? Une mélopée maussade, un plain-chant
impuissant, gastéropode, qui fait penser, en con-
traste avec les Chanteurs, à l'Ilote des anciens.
D'une phrase simple et nette, comme Dignum et
justum est de la préface, ils font un long brouhaha
de tombereau passant sur un pont de fer. Les
« amen» se prolongent en échos d'avalanche.
On a bien du mal à conserver intactes les pures
impressions d'art que procurent les Chanteurs.
Pourquoi tant d'ombres encore dans les coins du
flambant vitrail qu'ils ont si noblement res-
tauré? M. R.
Une excellente société chorale, les Orphéonistes
belges de Paris, dirigée par M. Julien Piot, a fêté
jeudi, par un grand banquet, le onzième anniver-
saire de sa fondation.
Crée en 1S82 par Son directeur actuel, la
jeune société s'appelait à cette époque « les En-
fants de la Belgique ». Elle a pris part en ces
dernières années à beaucoup de festivals et de
12
LE GUIDE MUSICAL
concours, et elle a remporté de nombreuses récom-
penses à Saint-Germain, Saint-Denis, etc. Le
grand prix d'honneur lui fut décerné à Ivry.
Elle se rendit à Verviers, à l'occasion du cin-
quantième anniversaire de la Société royale de
chant en 1886, où elle obtint une médaille et un
prix de mille francs. 9a bannière est ornée d'une
quarantaine de médailles.
M. Julien Piot, un Louvaniste de naissance, est
premier prix de violon et de composition du Con-
servatoire royal de Bruxelles. Il est l'auteur d'un
ouvrage sur le violon, qui lui valu en France les
palmes académiques.
Les Stpi Paroles de Théodore Dubois ont été
exécutées avec le plus vif éclat à l'église Saint-
Bonaventure de Lyon. Les interprètes étaient au
nombre de deux cents et l'exécution a été fort
belle. Le maître s'y était rendu lui-même et a joué
deux pièces d'orgue de sa composition : la Marche
dt Jeanne d'Arc et la Toccata.
BRUXELLES
•^ La seconde audition de la Messe solennelle de
Noël de M. Fernand Le Borne, à Sainte Gudule (où
elle avait été interprétée en 1889), a été pour les
initiés un hommage à la perspicacité de Gounod,
qui déplorait, suivant M. Le Borne lui-même, la
voie où celui-ci s'engageait. Non que l'œuvre n'ait
de ci, de là, quelques fragments bien venus, tels
VAgnusDei et le Benedictus; mais, d'allure tapageuse,
elle se ressent par moment de quelques maîtres
français, repique à son profit des motifs altérés de
Lohengrin et de la Walkyrie; le Credo est hésitant
et décousu, et, bien que l'ensemble ait du carac-
tère, les chœurs sont soumis à trop de sautes brus-
ques, le travail d'orchestre trop laborieusement
étudié et la trame générale trop dramatique pour
que le mysticisme simple et si profondément poi-
gnant de Palestrina n'ait pas hanté les auditeurs
à la fin de cette œuvre mouvementée et d'une dis-
cutable impressionalisme. A. V.
•|f Le temps et l'espace nous font défaut au-
jourd'hui pour rendre compte de la première de
Miss Rohinson, de MM. Paul Ferrier et Varney, au
théâtre des Galeries.
Bornons-nous à enregistrer le brillant succès de
cette nouveauté, grâce à une mise en scène extrê-
mement luxueuse et au talent distingué de
M"" Nett)' Lynds, et de M. Hérault. Miss Robinson
sera donné en matinée aujourd'hui et demain
lundi, à l'occasion du jour de l'An.
On veut nous faire mettre flamberge au vent à
propos d'un articulet très tranquille où nous avons
donné notre avis sur une chanteuse qu'ont pu
apprécier les abonnés du ThéâtTe de la Monnaie
et les habitués de nos concerts.
M. Lucien Solvay nous adresse deux lettres
d'injures qui équivalent à une provocation en duel,
et bien qu'il mette en cause, avec une désinvolture
qui ne peut être que de l'inconscience, la femme
encore plus que d'artiste, il va jusqu'à nous in-
viter à faire lire ces lettres à nos amis, « à qui
vous voudrez, à tout le monde, je vous y autorise;
je vous en supplie même. »
M Lucien Solva}' nous demande de le couvrir
de ridicule, et franchement la tentation est forte.
Mais il s'agit d'une femme et nous résistons.
Quant au duel, c'est une plaisanterie. Dans
l'armée où l'on est très chatouilleux sur le point
d'honneur, on a institué des conseils d'officiers,
pour empêcher les duels ridicules. Il est inadmis-
sible qu'un critique doive aller sur le terrain
parce qu'il a dit d'une artiste « qu'elle a chanté
de façon à ne donner une idée favorable ni
de sa méthode de chant, ni de sa voix, ni de sa
compréhension des œuvres interprêtées », cela
parce que la même artiste a su inspirer à un autre
critique d'autres appréciations.
Que M. Solvay veuille nous faire épouser
son sentiment de force, c'est trop comique. Et
si nous prenions ses injures au sérieux, nous
serions dupes. Nous n'avons pas envie de lui faire
ce plaisir-là.
Maurice Kufferath.
CORRESPONDANCES
'Y^ERLIN. — Hans von Bùlow ne dirigera
'"*-' décidément plus les concerts philharmo-
niques. C'est M. Schuch, de Dresde, qui en aura
la direction. Cette retraite du célèbre chef d'or-
chestre parait compromettre l'existence des con-
certs philharmoniques, si l'on en juge par le petit
nombre d'auditeurs fréquentant la Philharmonie
depuis octobre. L'imprésario Wolff, qui comprend
la situation, s'est assuré, pour les cinq derniers
concerts, le concours de Rosenthal, Clotilde
Kleeberg, Halir, Scheidemantel, Lili Lehmann et
Rubinstein, qui dirigera, en mars, une nouvelle
composition. Souhaitons et espérons la réussite.
Quoique souffrant, Hans von Bûlow fait tou-
jours des calembours : « Je suis plus que Bier-
gartner », aurait-il dit dernièrement à un visiteur
en jouant sur le nom du chef d'orchestre de l'opéra
Félix Weingartner !
Au cinquième concert philharmonique, Sapbo,
nouvelle ouverture de Goldmark, achevée au
mois d'octobre dernier et exécutée pour la première
fois â Vienne, sous la direction de Hans Richter.
Comme toutes les œuvres de Goldmark, Safho se
distingue par une riche couleur orchestrale.
L'œuvre débute d'une façon très originale : de
larges accords arpégés par la harpe solo et sur
lesquels le hautbois chante, plus tard, une mélodie
dans un mode grec. Le thème de l'allégro,
quoique à quatre temps, rappelle les premières
mesures du Walknstein de d'Indy. Ajoutons que la
tonalité io/ bémol majeur (pas des plus aisées pour
LE GUIDE MUSICAL
13
les archets) donne à cette œuvre une teinte toute
particulière.
M. Schuch a dirigé dans la perfection l'ouver-
ture à^Anacréon de Chérubini ; la symphonie en tit
de Schumann, par contre, a manqué de nuances
et de clarté, surtout dans le finale. Comme soliste,
M™" Theresa Carreno-d'Albert, qui a eu tort de
jouer le concerto en mi mineur de Chopin, qui
n'est pas écrit pour elle. Trop de « con bravuran
et pas assez de poésie dans son jeu ; tous les forte
(relatifs chez Chopin) du premier allegro, exagérés,
hachés.
Le docteur Muck a encore dirigé le dernier
concert de la chapelle royale. Programme con-
sacré à Beethoven : les ouvertures à^Egmont et de
LéoHore n° 2 et les symphonies en si bémol et en
ni mineur. Je n'ai pu y assister, étant allé entendre
les concerts Richter, à Leipzig. E B.
y^EIPZIG. — Le saint Jean du wagnérisme,
--^^ Hans Richter, est venu diriger deux concerts
à Leipzig. L'orchestre n'était pas le sien, comme
je l'avais d'abord annoncé, mais celui de la
Philharmonie de Berlin. Le premier concert était
consacré à Beethoven et à Wagner : VEroïca,
Siegfritd-Idyll, les préludes des Meistersinger, de
Tristan et de Parsifal. L'exécution des œuvres de
Wagner a été toute une révélation, car, si Leipzig
est la ville natale de Wagner, c'est cependant la
ville qui en exécute le moins et le plus mal. C'est
toujours ainsi. Le Gewandhaus, ce repaire de
Beckmesser, exécute fort rarement du Wagner;
tout au plus en février, à l'anniversaire de la mort
du niaître! Et alors, rien qu'une exécution froide,
sans vie.
Pour Beethoven, Richter n'a qu'un rival :
Hans von Bùlow. Si l'orchestre de celui ci arrive
à plus de clarté encore, il n'a cependant pas
l'élan, la fougue de celui de Richter.
Au second concert, les ouvertures du Carnaval
romain et V Académique de Brahms, les symphonies
en ré mineur de Schumann et inachevée de
Schubert, deux œuvres favorites de Richter, et la
rhapsodie en ut dièse de Liszt, dont l'exécution a
valu au chef d'orchestre des ovations sans fin.
Assister à de tels concerts est bien une des
plus grandes jouissances musicales que l'on puisse
éprouver. Le haut poste qu'occupe Hans Richter
à l'Opéra de Vienne nous rend malheureusement
ces jouissances trop rares !
Le Gewandhaus donnera, en janvier, la Messe
en ré de Beethoven. E. B.
ZTnVERS. — Au Théâtre-Flamand, pre-
j-^ mière représentation de Liederik, opéra de
P. Billet et J. Mertens. Les amours du paysan
Stéphane et de la paysanne Berthilda, un moment
troublées par la jalousie et les intrigues de Liede-
rik, l'intendant du comte, forment le fond du
livret naïf sur lequel' M. Mertens a écrit une
partitioia chantante et mélodique.
II serait pourtant difficile, à en juger par la
partition qui nous occupe, de dire quelles sont les
réelles tendances du musicien.
Par la forme, Liederik se rapproche de l'opéra
comique français, les voix étant souvent traitées ù
l'italienne.
Les tendances wagnériennes de M. Van der
Linden, qui dans Leiden Ontzet a singulièrement
abusé du Leitmotiv, ne paraissent point être du
goût de M. Mertens. Celui-ci s'est contenté
d'écrire un certain nombre d'airs et de duos, qui
servent (il faut bien le dire) à faire briller In
chanteur, mais n'aident nullement au développe-
ment de l'action.
Nos jeunes artistes en ont largement profité
pour se faire valoir dans les rôles qui leur étaient
confiés. Le ténor, M. Leysen, a fort bien réussi
quelques notes élevées que nous ne lui connais-
sions pas encore.
M"" Saphir, dans un rôle à vocalises, a su
montrer de la méthode, et M"'-' Levering a été
charmante sous les traits de Berthilda.
M. Baets est excellent dans le rôle de Liede-
rik. La voix est sympathique et l'artiste a une
diction très claire ; nous lui conseillons pourtant
d'éviter de forcer la note ; de là un chevrotement
désagréable.
M. Mertens, qui assistait à la représentation, a
dû être satisfait de l'accueil sympathique qu'a
reçu son œuvre.
Tantahis. dont nous avons constaté le grand
succès, la semaine dernière, a encore impres-
sionné davantage à la deuxième représentation
Quelle unité entre le poème et la partition !
Quelle vérité dans les accents dramatiques de cet
orchestre, que Fibich manie avec un art si parfait.
Voilà une œuvre de tendance toute moderne;
rien n'y est sacrifié à l'effet, action et musique se
développent d'une façon toute logique. La tétra-
logie tchèque mériterait d'être entendue dans un
grand centre comme Bruxelles. Le succès aitis-
tique d'une telle entreprise n'est pas douteux.
A. W.
+4. La Société royale des chœurs a repris sa
série de concerts. M"' Cardon, de Bruxelles, a su
conquérir d'emblée les suffrages des membres.
M. Bresou est en progrès, sous le rapport du
style et de l'émission du son. C'est un chanteur
doué.
M. Van Avermaete, l'excellent professeur de
notre Conservatoire, s'est fait entendre dans un
Concertstûck avec orchestre, de sa composition, où
il y a de la grâce et une remarquable clarté dans
la disposition des parties chantantes.
Le public a fait un accueil des plus chaleureux
au compositeur, et, après sa délicate tarentelle.
M, Van Avermaete a été l'objet d'une véritable
ovation
La section symphonique, sous la direction de
M. Léon Rinskopf, a exécuté le Menuet de Bo-
cherini et le Mélodrame de Guiraud ; il est à
regretter que les morceaux symphoniques aient
été si peu nombreux.
©AND- — Deux choses, à signaler, cette
semaine ; la distribution des prix du Con-
servatoire, avec audition des élèves lauréats, la
reprise d'Hérodiade au Grand-Théâtre.
L'audition des élèves lauréats a été peu bril-
14
LE GUIDE MUSICAL
lante, sauf pour la classe de déclamation néerlan-
daise de M™" Jeanne Stevens, qui, en moins d'une
année, est parvenue à façonner des élèves d'ave-
nir. Citons hors de pair le nom de M"" Marie
Den)'s, qui a fait apprécier de rares qualités de
tragédienne dans des fragments du premier acte
de la traduction de la Méc/ée de Legouvé. et
M"'' Jeanne Schaurwliege, qui lui donnait la
réplique dans le rôle de Creuse. Pour le reste,
nous garderons le silence, nous contentant de
faire observer que beaucoup de premiers prix
d'art de la scène et de chant seraient incapables
de se produire sur les planches, avec chance de
succès, même dans des rôles très effacés
La reprise à' H êrodiade aurait été un beau succès
si la direction n'avait trop présumé des forces de
Mi'e Dumont, lauréate de notre Conservatoire, à
qui l'on avait confié l'emploi de Salomé. M"" Du-
mont est gauche et maladroite en scène, la voix
est faible, quoique juste jusqu'au fa du registre
aigu. A partir de cette note, la justesse perd tout
ses droits, au grand dam de l'oreille des specta-
teurs.
Disons franchement que M"" Dumont a com-
plètement gâté un ensemble excellent. MM. Cou-
Ion et Larrivé feront bien de songer à remplacer
cette artiste, qui pourrait finir par impatienter le
public et gâter complètement la bonne impression
des dernières reprises de Lakmé, Sigurd et Manon.
A part cela, tous les artistes et les choristes
méritent de sincères éloges.
L'orchestre n"a cessé de dominer les voix.
M. Amalou devrait se rappeler qu'autant Massenet
excelle dans les passages de douceur et de demi-
teinte, autant il est maladroit à manier les effets
de vigueur : le compositeur français tombe alors
trop facilement dans le tapage et écrase absolu-
ment les chanteurs. En tenant compte de cette
considération, notre excellent chef d'orchesire
fera disparaître un défaut d'exécution à la fois
facile à éviter et fort peu agréable peur l'audi-
teur.
^^OURNAI. — Le dernier concert de la So-
^-^ ciété de musique a été de nouveau un très
grand succès pour cette remarquable institution.
La première partie du programme était réservée
à M"' Chaminade. Cette jeune artiste réunit à un
haut degré deux qualités qui imprègnent profon-
dément toutes ses œuvres : l'élégance française et
la grâce féminine. Les chœurs ont admirablement
interprété avec une finesse exquise son Noc'l des ma-
rins et ses Filles d'Arles, qui ont valu à l'auteur des
applaudissements nombreux Elle n'a pas été
moins appréciée comme pianiste, et M"'' Neyt a
chanté plusieurs de ses mélodies.
M. Bourgault-Ducoudray, l'érudit professeur du
Conservatoire de Paris, figurait aussi au pro-
gramme avec quelques-unes de ses très intéres-
santes chansons bretonnes.
Diane, le poème antique de Benjamin Godard,
est d'une belle ordonnance, développée avec soin;
mais, en somme, très superficielle Cette œuvre est,
en outre, d'une exécution fort difficile, exigeant de
nombreuses études pour atteindre un maigre
résultat. Les chœurs et l'orchestre se sont néan-
moins merveilleusement acquittés de leur tache
ingrate.
Il y avait encore au programme une attractior!
exceptionnelle, M''« Dudlay, de la Comédie-Fran-
çaise. Elle n'avait à dire que deux morceaux,
entre autres la très belle Ode à Beethoven de M, Guil-
liaume, mais elle a tellement empoigné son public
et a causé une si profonde impression qu'on lui
en a redemandé trois autres, et, avec la meilleure
grâce du monde, elle s'est prêtée à ces exigences.
Il faut savoir gré à la Société de musique de ce
qu'elle met les Tournaisiens à même d'entendre
chez eux des artistes de pareil talent.
J.-S. Bach et Haendel terminaient la soirée par
deux compositions d'une nature toute différente,
le célèbre Aria, d'un côté, pour orgue, violon, solo
et quatuor, et de l'autre, le non moins célèbre
Alléluia du Messie, enlevé dans la perfection par les
chœurs et l'orchestre, et nous ajouterons que ce
sont ces deux grands maîtres du xviii» siècle les
triomphateurs de la soirée !
Cela prouve une chose, c'est l'évolution bien
marquée et le progrés considérable qui s'accom-
plissent chaque année chez notre public musical
depuis l'existence de notre excellente Société de
musique.
I flÉGE. - C'est par un très heureux début que
'^*^ s'est ouverte, vendredi dernier, la première
des séances musicales qu'organise chaque hiver
le comité de musique de la Société d'Emulation,
celui de M"'= C. Kleeberg, la brillante pianiste qui
ne s'était pas fait entendre encore ici.
Au Concerto italien de Bach, à la Sonate op. 3i,
n° 3 de Beethoven et au Caprice sur des airs de
ballet d'Alcesie (Saint-Saëns) faisant valoir un art
classique, concentré et précis, s'opposaient les
Papillons de Schumann et les Poèmes sylvestres de
Théodore Dubois, pièces charmantes dont le public
a réclamé le bis, notamment pour les Myrtilles et
la Source enchantée.
Puis des œuvres de virtuosité vétilleuse et
piquante, choisies dans Mendelssohn, Chopin,
Moszkowski, enlevées avec un étourdissant brio.
M"'' Kleeberg a été très applaudie par un public
connaisseur, malheureusement trop restreint.
Jeudi, concert de bienfaisance, avec un plan-
tureux programme, organisé par le Cercle royal
le Lion Belge, où l'on a entendu, l'excellente
musique du premier régiment des guides Sous la
direction de M. Julien Simar. Ces vaillants instru-
mentistes se sont prodigués dans d'ingénieuses
transcriptions d'œuvres de 'Weber, 'Wagner, Bi-
zet, Brahms, Chabrier et ont obtenu le triomphe
auquel ils sont accoutumés. La Légia prêtait cha-
ritablement, aussi, à ce concert le concours de
son puissant contingent de chanteurs, sous la
direction de M. Sylvain Dupuis. Elle a enlevé
d'abord un vif succès d'exécution et d'œuvre dans
la Nuit de Mai (première exécution à Liège) de
Th. Radoux, chœur écrit avec un très réel souci
de la poésie et d'une débordante inspiration. A
M. D. IDemest était confiée la piquante sérénade
qui traverse l'œuvre. Le majestueux et imposant
chœur de Peter Benoit : Moïse au Sinaï, achevait
la part considérable et triomphale apportée par
notre première chorale dans cette superbe soirée.
Mentionnons encore un jeune baryton, M. Flo-
rissen, du théâtre de Verviers, auquel un bel
LE GUIDE MUSICAL
15
organe assure d'emblée le succès partout — mais
qui doit acquérir, pour s'imposer, les indispen
sables qualités requises du chanteur; et M"'' Félicie
Lamboray — lauréate de l'Ecole de musique de
Verviers — qui intercalait dans ce programme vi-
ril, le charme de sa jolie voix, disant avec un goût
réel et un sentiment juste plusieurs morceaux de
Schumann, Brahms, etc.
M. F. Duysings. professeur à Liège et Verviers,
a accompagné avec grand soin, surtout une
aimable mélodie inédite de sa composition — qui
sera bientôt populaire. A. B. O.
I^ASSKLT. — Jeudi soir, a eu lieu la dislri-
-^C bution solennelle des prix aux élèves de
l'Ecole de musique, dirigée par M. Van der Heydcn.
La séance s'est ouverte par un concert, qui a
permis au nombreux auditoire d'apprécier les
résultats remarquables de l'enseignement de
l'Ecole.
Le quatuor de Haydn, qui commençait la partie
musicale, a été exécuté avec ensemble et avec une
observation assez correcte des nuances, par
MM. Wagemans, Janssen, Van den Branden et
Quaedvlieg, quatre élèves de la classe de M. Mar-
sick.
La petite Van der Heyden, âgée à peine de
neuf ans, fille du directeur de l'Ecole, nous a
surpris par l'agilité de ses doigts mignons dans
une sonatine de Steibelt, ainsi que par son jeu
correct dans l'accenluation des nuances et l'inter-
prétation de ces quelques pages classiques.
M"'' Bertha Brauns a enlevé son caprice Folletto.de
Wachs, avec beaucoup de goût et de précision.
C'est une élève qui promet, si elle veut bien
étudier.
'Le Réved'Ariel,un Scherzo-valse de Prudentont été
exécutés par M"" Svyinnen, une des élèves les plus
fortes sorties du cours de piano de M. J. Van der
Heyden.
La classe de violon (professeur M. Marsick),
était représentée par une toute jeune fille, MH^^San-
dini, qui a joué une sonate de Vivaldi, et par
M.Jean Van den Branden, qui s'est distingué, dans
le 23" concerto de Viotti, par un coup d'archet
franc et une interprétation classique.
La classe de clarinette (professeur M Wilmet),
— qui va nous quitter, à la suite de sa nomination
comme chef de musique au 2" lanciers, — était
représentée par ses deux meilleurs élèves :
MM. Désiré Poncin et Edouard Kusters. On a
remarqué la pureté de son et le phrasé correct de
ces deux élèves.
Le clou de la soirée a été l'exécution de
l'Adus tragicus, cantate de J.-S. Bach pour
chœurs et orchestre (i3o exécutants).
M. Van der Heyden nous avait déjà donné, à
d'autres concerts de l'Ecole, des chœurs du Salo-
mon de HEendel, mais aucune œuvre encore de
l'importance vocale de cette grande composition
de Bach. L'interprétation a été remarquable par
l'ensemble.
L'honneur en revient entièrement au chef de
l'Ecole, M. Jules Van der Heyden, un musicien
de race et de science, à qui nemanquent ni l'éner-
gie ni le savoir pour mettre à l'étude les œuvres
des grands maîtres.
Stte-
2Ti
MSTERDAM. — Au premier concert de
J~^ la Société Excclsior, sous la direction de
M. Viotfa, nous avons entendu la messe composée
par Liszt pour le couronnement du roi de Hongrie,
à Gran. Le public n'a pas paru goûter beaucoup
l'œuvre. Il l'a écoutée au milieu d'un silence gla-
cial. L'exécution de cet ouvrage difficile a laissé,
d'ailleurs, beaucoup à désirer, manquant d'unité et
paraissant de beaucoup au-dessus des forces cho-
rales d'Excelsior. Celles-ci ont pris une revanche
éclatante dans la Nuit de Walpurgis de Mendels-
sohn, auquel le public a fait un excellent accueil
et où le ténor, M. Rogmans, surtout s'est distin-
gué. Les soli de ce concert étaient confiés à des
chanteurs néerlandais. M"°' Jacobson, Reinders,
MM. Rogmans et Van Duinen.
Je ne connais pas un plus grand contraste que
la messe de Liszt et la messe en si mineur de
Bach, cette œuvre monumentale du maître im-
mortel, exécutée, samedi, au concert de la Société
pour l'Encouragement de l'Art musical, sous la di-
rection de M. Rôntgcn, et qui a produit la plus
profonde émotion, en dépit d'une exécution très
médiocre sous tous les rapports. Les solistes
mêmes, M™''' Uzielli et Fleisch, de Francfort, et
M. Litzinger, de Berlin, n'étaient pas à la hauteur
de leur tâche. M""" Uzielli paraissait mal dispo-
sée; elle a beaucoup mieux chanté en tous cas
le lendemain, au troisième Beethoven-Concert,
qui avait attiré un très nombreux auditoire auCon-
certgebauw. Elle a chanté les Lieder de Claire, de
la musique cCEgmoiit et l'air de concert Ah! petfido,
composé en 1796. La deuxième partie du pro-
gramme se composait de la troisième symphonie,
supérieurement exécutée sous la direction magis-
trale de Willem Kes, qui est décidément le pre-
mier capellmeister que les Pays-Bas possèdent
en ce moment.
J'ai encore à mentionner le succès exceptionnel
obtenu, au dernier concert philharmonique, par
une cantatrice de Cologne, M""" Charlotte Iluhn,
qui est une chanteuse dramatique remarquable, et
où M. Henri Pétri, actuellement concertmeistcr à
Dresde, un excellent violoniste, un peu froid, a été
vivement applaudi.
En attendant la première de Samson et Dnîila,
annoncée pour mardi prochain, l'Opéra-Frnnçais
nous a donné Hainlet, un des ouvrages les plus
faibles d'Ambroise Thomas. M""' Vaillant-Coutu-
rier a obtenu un succès d'enthousiasme dans le
rôle dOphélie. bien que, pour ma part. M'"'' An-
dral m'ait paru bien supérieure dans le rôle ingrat
delà Reine. Le baryton Barthini (Hamlet) a eu de
bons moments, mais l'orchestre et les chœurs ont
laissé à désirer.
L'Opéra- Néerlandais a osé nous donner la pre-
mière représentation des PagUacci. libretto et mu-
sique de Leoncavallo. Le libretto a été traduit
métriquement en prose néerlandaise par M. van
der Linden, le chef d'orchestre et l'auteur du
Siège de Leyde, joué en ce moment à Anvers, au
Théâtre-Flamand. J'ignore, et je ne puis affirmer,
si l'orchestration des PagUacci qu'on nous a jouée
est réellement de Leoncavallo ou si, pour échap-
per aux droits et pour ne pas en perdre l'habi-
tude, M. de Groot a fait arranger la partition
d'orchestre sur la réduction pour piano par un
musicien du cru. Quoi qu'il en soit, il est certain
16
LE GUIDE MUSICAL
que l'œuvre du jeune mattre italien a reçu à
Amsterdam, comme partout ailleurs, un accueil
enthousiaste. Une des causes, selon moi, de l'en-
thousiasme produit partout par les premiers opé-
ras de Mascagni et Lconcavallo, ces deux apôtres
du « Verismo italien », c'est la supériorité de leurs
hbretti sur tout ce qui s'est produit en France et
en Allemagne dans les derniers temps, et l'inté-
rêt réel que le sujet des Pa^Harci ci de Cavallevia
nishcaiia inspire. Quant à la musique de cet
opéra, de couleur absolument moderne comme
érudition, comme travail, comme forme et comme
orchestration, elle est bien supérieure à CnvaUeria,
mais comme spontanéité d'inspiration mélodique,
Leoncavallo ne senrble pas égaler Mascagni qui
reste Italien envers et malgré tout, tandis que
Leoncavallo est idutôt un éclectique Quant à
lexecution de sa partition par l'Opéra-Néerlan-
«.ais, elle a laissé beaucoup à désirer. Je n'ai que
des éloges à décerner à U. Urelio, le barvton et
a M Pauwels, le ténor, deu.x vétérans "de
1 Opéra Néerlandais, sans oublier le chef d'or-
chestre, M. Van der Linden, qui s'est donné beau-
coup de peine; quant à M"" Vermeeren (Nrdda'i,
elle a ete aussi malhabile comme comédienne
qu insuffisante comme chanteuse. Les chœurs et
1 orchestre ont donné ce qu'ils ont pu
^^
Intérim.
\ I J^^^^^^LLE. — La concurrence est l'âme
'^^ du commerce, dit-on. Elle l'est aussi de l'art
et de toutes les productions humaines, et se
nomme, en ce cas, l'émulation. Nous en voyons
les bons effets dans l'ordre musical, par les soins
et la recherche que mettent nos deux sociétés de
quatuors à varier leurs programmes et à mériter
notre estime. Cet état de choses a produit depuis
trois ans une surexcitation on ne peut plus heu-
reuse dans notre vie musicale, et c'est un specta-
cle très consolant, je vous assure de voir nos
amateurs accourir en nombre à ces séances, écou-
ter et discuter passionnément les œuvres si diffé-
rentes qui nous sont données, comparer l'art
ancien à l'art moderne, et en tirer profit et ensei-
gnement.
Le quatuor Lantier nous a fait connaître à sa
seconde séance, le quintette avec clarinette, de
Brahms. Cet ouvrage a trouvé ici un succès aussi
grand que chez vous. Deux répétitions préalables
auxquelles ces messieurs avaient convié leurs
abonnés, ont pu en faciliter la compréhension et
le faire connaître dans tous les détails de sa fac-
ture, comme dans toute l'intimité et la profondeur
de sa pensée. Il n'y a eu qu'une voix pour pro-
clamer ce quintette comme une des œuvres les
plus considérables venues depuis Beethoven; et
les lignes — reproduites sur le programme —
par lesquelles votre collaborateur Van Santen
Kolff exprime son opinion, ont trouvé chez nous
la plus exacte et la plus passionnée des confirma-
tions.
Je ferai une simple remarque au point de vue
de la constitution instrumentale de l'œuvre. En
genéial, le timbre de la clarinette se marie fort
heureusement aux instruments à cordes, et donne
lieu à de délicieuses sonorités. Mais n'y a-t-il pas
quelque anomalie à imposer dans l'adagio les sour-
dines aux cordes, pour en tirer une expression
sonore à lequelle échappe et contredit le timbre
forcément uniforme de l'instrument à vent? Ce
défaut m'a toujours frappé dans toutes les compo-
sitions d'orchestre anciennes ou modernes où
les sourdines se retrouvent, et je voudrais savoir
l'impression des auteurs à ce sujet. En l'état, je
crois qu'il ne peut y avoir qu'une exécution
extraordinairement habile des bois et des vents
capable d'atténuer un peu ce disparate.
Je le répète, l'effet du quintette a été considé-
rable et a grandi beaucoup l'auteur dans l'opinion
de nos musiciens. Il faut vous dire que Brahms
est peu répandu ici. En dehors d'un salon privé
dans lequel une femme d'esprit, musicienne de
talent peu commun, a instauré un véritable culte
pour lui, les occasions ont toujours été très rares
de le connaître. Une sonate, un quatuor, quelque
fragment vocal, voilà tout ce que je me rappelle
avoir entendu en public de Brahms et toutes les
instances adressées à nos concerts classiques,
pour introduire enfin quelque symphonie de ce
grand maître dans leurs programmes, a jusqu'ici
inexplicablement échoué. Ce n'est pas la première
faute qui soit à reprocher à ces messieurs, comme
je vous le disais dans ma dernière chronique.
Dieu sait si j'aime et si j'estime Saint-Saëns,
mais je dois à la vérité de déclarer que sa sonate
pour piano et violoncelle op. Sa a terriblement
souffert du voisinage de Brahms. Il me semble
bien pourtant que cette sonate n'est pas à la hau-
teur du trio et du quatuor par exemple; je n'y vois
que des qualités estimables, et, ma foi, j'avoue que
l'estimable seul, dans l'art, est proche parent de
l'inutile et du fastidieux. Le temps nous manque,
et la vie ne suflît pas aux chefs-d'œuvre; pourquoi
s'attarder alors aux choses inférieures ? Il est vrai
aussi que le répertoire de l'excellent en tout genre
est borné, et qu'il faut un peu descendre pour
l'alimenter.
La Société Lantier annonce pour ses deux der-
nières séances le deuxième trio de Saint-Saëns, la
sonate avec alto ainsi qu'un quatuor de Rubin-
stein, enfin le septuor et le quatuor en ut dièze
de Beethoven.
De son côté, la Société Roche, qui donne six
séances, a déjà exécuté les lo' et ne de Beetho-
ven, une sonate avec violoncelle de RafF. qui a
médiocrement plu, soit au point de vue de la com-
position proprement dite, soit comme eflfet spécial
à l'instrument, et, enfin, un quatuor de Rubinstein
pour instruments à cordes seuls.
La Société des concerts, elle, ayant le choix
entre les œuvres et les maîtres, a choisi, quoi? la
Vierge de M. Massenet, suivant en cela probable-
ment le calcul de l'auteur; elle s'est dit que Marie-
Madeleine ayant plu, il y avait là comme genre et
comme auteur une mine à exploiter, et elle a
adopté la Vierge, en attendant sans doute le com
plément de la trilogie, Eve. Trois auditions en ont
LE &UIDE MUSICAL
17
été données, mais je doute que les deux dernières
aient été fructueuses^ car, rompant avec les ha-
bitudes de bienveillance que, dans un esprit mal
entendu de sauvegarde pour l'institution, elle s'est
imposées, la presse a été unanime pour dire son
fait à cette production inférieure et pour critiquer
la Société a'un choix si malencontreux, alors que
tant d'autres chefs-d'œuvre sont par elle écartés.
Le note la plus vive a été donnée par le Sémaphore.
« Eve, Marie, Jésus, dit-il, figures d'une poésie
grandiose et touchante, exigent de l'artiste, à dé-
faut du génie, à défaut de la loi, une représentation
congruente à leur nature et a leur rôle,c'est-a-dire
de la dignité, du respect, du talent, avec du sens
commun. Nous avons pu passer a la Madeleine de
M. Massenet sa piété et son amour suspects pour
l'Homme-Dieu, au prix des accents séduisants qui
les exprimaient. Mais dépouillée de ces charmes
précieux, la Vierge, roucoulant un duo aveclange
Gabriel, ne nous apparaît plus que dans le gro-
tesque de sa tentative et le néant de son impuis-
sance. H
Il y a aussi le théâtre. Celui-là désarme la cri-
tique et ferait enchérir les points d'exclamation,
je veux dire d'indignation. Tout y est mirifique et
labuleux : la direction, partagée entre on ne sait
combien d'associés, d'actionnaires et d'adminis-
trateurs, plus Ignorants les uns que les autres; le
règlement, entre les mains d'une commission com-
posée de trois abonnes et quatre conseillers mu-
nicipaux, lesquels s'arrachent, se repassent ou se
renvoient les décisions relatives aux débuts; la
troupe, formée d'un nombre invraisembiable de
nullités, lesquelles trouvent encore des applau-
dissements et des panégyristes ; le répertoire et
les exécutions, qu'on croirait de cinquante ans en
arriére. Nous en sommes encore, le croiriez-vous?
aux Mousquetaires de la reiiie^ à Si j'étais roi et au
Trouvère, que l'on vient de reprendre après di.'i ans
, de délaissement. Il est vrai que vous en êtes bien,
vous, à. Jérusalem ! Nous n'avons donc rien a vous
envier; et la preuve, c'est que pour achever la
ressemblance, on va nous redonner la iVMî< de Noël,
ballet de M. Stoumon, que vos directeurs nous
firent connaître lors de leur passage ici, il y a
cinq ans. Acte de reconnaissance, sans doute, de
l'ancien pensionnaire de ces messieurs, devenu
^. notre directeur actuel, M. Lestellier.
* Si à cela vous ajoutez que, après deux mois
> d'exercice, les débuts ne sont pas termines et que
le défilé d'œuvresnous impose des séries intermi-
nables des opéras-scies du répertoire, vous com-
prendrez facilement que le vide se fasse dans la
salle Beau vau, malgré la présence de M. Escalais,
le fort ténor, dont les ut de poitrine parviennent
seuls, à peine, à attirer quelques spectateurs.
"OEIMS. — Le théâtre de Reims vient de
•■^^ jouer pour la première fois un drame lyrique,
Roseinonde^ paroles de M. Ducros, musique de
J.-A. Wiernsberger, dont une exécution avait déjà
eu lieu l'année dernière à Tournai. Rosemonde a été
très bien accueilli par le public de Reims, encore
qu'il soit peu familiarisé avec le style du drame
lyrique. La partition de M. Wiernsberger est une
œuvre tout à fait moderne oti l'orchestre n'a
pas que le simple rôle d'un accompagnateur.
M. Wiernsberger lui a donné une large part dans
la conception dramatique. Si le premier acte,
malgré ou peut-être à cause de la richesse d'or-
chestration, fait éprouver une sorte de sensation de
monotonie, les beautés de la partition n'en sont
pas moins nombreuses et d'aucunes sont d'un ordre
élevé. Chaque fois qu'on y rencontre un dessin
mélodique, il n'est pas banal, ni quelconque; la
grande scène du sacrifice est très belle ; l'invoca-
tion du grand prêtre et le chœur des Lombards
dans la coulisse sont d'un bel effet. Le récitatif de
Grimoald et la chanson à boire, que M. Grimaud
a fait bisser, sont de grande allure. Au second
acte, il faut signaler les strophes de l'amour, la
scène entre Longin et Rosemonde.
L'auteur, M. Wiernsberger, qui a été appelé et
chaleureusement applaudi au baisser du rideau,
doit être satisfait de son orchestre, du chef et des
artistes qui l'ont si bien secondé; ils peuvent
réclamer une large part dans le succès : M™'' Es-
siani, MM. Grimaud, Lamarche et la basse,
M. Cormerais qui a tenu "avec mérite un rôle de
premier plan. Tout le monde a bien mérité du
public, et le public s'est retiré satisfait.
!^louvelles 'diverses
■4*- Le 27 décembre, jour de la San Stefano,
s'est ouverte la saison au carnaval au théâtre de
la Scala, à MUan. On donnait la Walkyrie, dont la
première avait été annoncée a grand reulort de
réclames par la direction au théâtre. L'exécution
n'a malheureusement pas répondu à l'attente du
public, et même l'urchcsue, sOus la direction du
maestro Mascheroiu, a été tout a fait au-dessous
de sa tâche. Bref, ça ete un échec pour la direc-
tion, qui comptait sur la Walkyrie comme pièce de
résistance Ue la saison.
•4+ La Walkyrie va être montée sur presque
tous les théâtres de l'Italie et a'Espagiie, et par-
tout on adopte la mise en scène et les trucs de
l'CJpera de Pans.
Les directeurs de Milan, de Gènes, de Madrid,
de Barcelone et de Lisbonne sont venus a Pans
étudier l'interprétation de l'œuvre de Wagner, et,
avec eu.^, les chefs d'orchestre, les peintres déco-
rateurs et les machinistes.
A la Scala de Milan, on a remplacé les projec-
tions de la Chevauchée par les plans inclines,
avec les chevaux à roulettes, imaginés par le
régisseur de i'Upera, M. Lapissida.
•i"- On annonce de Berlin le prochain mariage
de M"= Elisabeth Leisinger, cantatrice attachée à
l'Opéra de Berlin, dont on se rappelle les débats
18
LE GUIDE MUSICAL
mouvementés à l'Opéra de Paris. M"" Leisinger
épouse le bourgmestre de la petite ville d'Esslin-
gen, M. Max Muhberger, et renonce à la carrière
théâtrale.
•t|. M. César Thomson, le célèbre violoniste,
et M™" Delhaze, pianiste, tous deux professeurs
au Conservatoire de Liège, viennent de faire une
tournée en Allemagne et ont remporté des lau-
riers partout où ils se sont fait entendre : Mann-
heim, Augsburg, etc. Le dernier concert a été
donné à Hambourg, où le succès est devenu
presque un triomphe. Les journaux, notamment
les Hamburger Nachrichten, ne tarissent pas d'éloges
sur le talent absolument génial de M. Thomson,
et sur la technique prestigieuse de M™« Delhaze
dans la Giga et Presto de Scarlatti, la brillante
étude de Martucci et l'impromptu de Chopin.
■»i* Après celui de Zola, voici l'avis de Roche-
fort sur la musique et les musiciens.
Dans V Intransigeant de samedi, Rochefort s'in-
digne que la souscrijjtion pour le monument
Gounod ait produit cent mille francs en quelques
semaines, tandis que Victor Hugo, mort depuis dix
ans, attend vainement sa statue, pour laquelle on
n'a péniblement recueilli que douze ou treize
milliers de francs. Et il constate que « la masse de la
nation française est non moins ignare en peinture
qu'en musique, bien qu'elle se considère comme
un juge à peu près infaillible en matière d'art ».
Il rappelle alors les fours célèbres de Guillaume
Tell, de Carmen et... de Faust, démentis par la suite
et devenus de gros succès. Mais cela ne l'empêche
pas de déclarer immédiatement après que « les
récitatifs de Lohengrin et de la Walkyrie sont à cre-
ver d'ennui « [sic). En cela, par exemple, il reste
dans la note habituelle de son journal, dont on se
rappelle la campagne épileptique contre Lohengrin,
à l'Opéra. A cette époque, V Intransigeant poussa la
critique musicale jusqu'à donner la recette de
pois fulminants ou asphyxiants qu'il conseillait à
ses partisans de jeter sur les spectateurs !
■tf» D'une correspondance d'Orient : n A l'église
des PP. Jésuites de Shcing haï, on a inauguré un
orgue, fabriqué par un frère coadjuteur (Chinois).
Les tuyaux sont en « bambou » au lieu de métal.
Le son est d'une douceur incomparable : on n'a
pas entendu en Europe quelque chose d'aussi
moelleux et d'aussi agréable à l'oreille. C'est
angéliquc et surhumain «.
Pour chinoise qu'elle est, l'innovation n'en paraît
pas moins ingénieuse, et il y a là peut-être une
indication précieuse pour nos facteurs d'orgues.
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
C. SAINT-SAËNS
NUIT PERSANE
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LE GUIDE MUSICAL
19
BIBLIOGRAPHIE
Cours DE VIOLON, par Alfred Boutin, chez l'au-
teur, 29, rue Beaurepaire, à Paris.
M. Boutin, professeur de solfège aux Ecoles
communales de la ville de Paris, vient de faire
paraître une Méthode de violon qui est appelée à
rendre de grands services aux commençants. Les
leçons sont habilement graduées et rédigées par
un artiste qui a étudié à fond la question.
^ M. Georges Humbert, professeur au Con-
servatoire et chef d'orchestre des concerts de
Lausanne, vient de fonder, avec M. Adolphe
Henn, un organe musical romand, dont le pre-
mier numéro vient de paraître. Cette Gazette musi-
cale de la Suisse romande sera publiée les i" et 1 5 de
chaque mois. On y trouve des correspondances
musicales de Genève, Lausanne, Neuchâtel,
Paris, Lyon et Bruxelles, et une série de nou-
velles musicales et de notes bibliographiques.
Les collaborateurs principaux sont MM. Bel-
laigue, BourgaultDucoudray, William Cart, de
Casembroot, A. Ernst, Saint-Saëns, Tiersot et la
plupart des écrivains musicaux romands. Souhai-
tons bon succès à ce nouveau journal.
■t^ Vient de paraître, chez F. Hayez, à Bru-
xelles, VArt libre et renseignement de la musique, dis-
cours prononcé par M. Adolphe Samuel dans la
séance publique de la classe des beaux-arts de
l'Académie royale de Belgique, le 29 octobre
dernier. Nous reviendrons sur cet intéressant
écrit, qui soulève de nombreuses réflexions.
DE LA MAISON
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2. Intermezzo, la majeur
3. Ballade, sol mineur
4. Intermezzo, /a mineur
5. Romanzo,/a majeur
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envoyé franco à toute personne qui en fait la demande
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HARMONIUMS ESTEY
20
LE GUIDE MUSICAL
NÉCROLOGIE
Est décédé :
A Paris, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, Victor
Schœlcher, homme politique et publiciste, célèbre
par sa participation à l'œuvre de l'émancipation
des esclaves dans les colonies françaises, membre
inamovible du Sénat. Victor Schœlcher était un
amateur distingué de musique. Il laisse une vie de
Htendel, écrite pendant son exil en Angleterre, sous
l'Empire.
Il possédait une très riche collection d'instru-
ments de musique des peuples sauvages, qu'il a
I donnée au Conservatoire de Paris, et un grand
I nombre d'éditions rares, qu'il a léguées à la Biblio-
I thèque nationale. Il a donné aussi diverses pré-
cieuses collections à l'Ecole des beaux-arts et au
musée de Cluny.
Afin de permettre à nos abonnés nouveaux
de participer à nos primes, nous les prévenons
qu'ils pourront souscrire jusqu'au i5 janvier,
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Op. 2. N" 3 Ciiant sans paroles ;
Partition 3 »
Parties séparées 4 "
Parties supplémentaires cordes chaque i »
op. 3. Le Voyevocie, ouverture extraite :
Partition 5 »
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
— LeVoyevoae, entracte et airs de ballet
extraits (nouvelle édition revue par
l'auteurj ;
Partition 8 »
Parties séparées, 20 »
Parues supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. r3. Première Sympttonie en sol mineur
Partition i5 »
Parties séparées. 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 14. ~V akoula le Forgeron, ouverture extraite
Partition d'orchestre 6 »
Parties séparées r5 «
1 arties supplémentaires cordes chaque r 5o
Op. i5. Ouverture Iriomptiale sur riiymne
danois
l-aruiion . 6 »
Parties séparées (copiéesj
Parties suppl. cordes (copiées) chaque
Op. r7. Deuxième symptionie(diie sympho-
nie russej en «i mineur
Partition 25 «
Parties séparées 35 »
Parues supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 18. La Tempête, fantaisie d'après Shakespeare
partition 12 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. 20. Le Lac des cygnes, valse extraite ;
Parties séparées ro »
Parties supplémentaires cordes chaque r 25
— Pot-pourri, arrangé pour petit orches-
tre, par N. Ars.
Parties séparées 8
Parties supplémentaires cordes chaque i '
Op. 23. Premier Concerto en si bémol, pour
piano :
Partition 20
Parties séparées 12
Parties supplémentaires à cordes, chaque r ;
Op. 24. Eugène Onéguine, valse extraite de
1 opéra ;
Partition 5
Parties séparées 20
Parties supplémentaires à cordes, chaque 2
— Prélude extrait :
Partition orchestre 2
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires à cordes (copiées)
Op. 26. Sérénade mélancolique pour vio-
lon;
Partition 5
Parties séparées 4
Parties supplémentaires à cordes,chaque r
Op. 29. Troisième symplionie en ri majeur
Partition .... 20
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 3t. Marctie slave
Partition 10
Parties séparées i5
Parties supplémentaires cordes chaque r
Op. 32. Francesca da Rimini, fantaisie
d'après Dante
Partition r5
Parties séparées 25
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 33. Variationspourvioloncellesur un
air rucoco
Partition 6
Parties séparées. . . . • . . . ro
Parties supplémentaires cordes chaque r
LE GUIDE MUSICAL
21
^ÉPERTOIRE^ES THÉÂTRES JTJONCERTS^
Paris
Opéra. — Du 25 au 3o décembre : Faust. Gwendo-
line. Gwendoline. Faust.
Opéra-Comique. — Du 25 au 3o décembre : L'Attaque
du moulin, le Nouveau Seigneur(matinée); le Pré aux
Clercs, le Déserteur. Mignon. L'Attaque du moulin.
Philémon et Baucis, les Folies amoureuses. Le Bar-
bier de Séville, la Fille du régiment.
LES CONCERTS DU DIMANCHE
Concerts d'Harcourt. — S"' concert populaire, avec
le concours de M"" Clara Janiszewska, pianiste,
de M. Ach. Kerriou, violoncelliste, et de M. Lafont,
ténor. — Première partie • Ouverture de Mignon
(Amb. Thomas); Madrigal (Ed. Combe), Tarentelle
(Popper), M. Kerriou ; Célèbre menuet (Mozart),
Improvisation sur des anciens Noëls (E. Gigout),
M. E. Gigout; Marche nuptiale de Conte d'Avril
(Widor). — Deuxième partie • Ouverture de la Nuit
de Noël (Reber); Prélude (Chopin), Etude (Chopin),
Fileuse (Mendelssohn), M"" Janiszewska ; le Dernier
Sommeil de la Vierge (Massenet,; Air de Benvenuto
Cellini (Diaz), Noël (Adam), M. Lafont; Marche du
sacre du Prophète (Meyerbeer).
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 25 décembre
au ler janvier ; Orphée. Faust. Le Barbier de Séville
et Farfalla. Sigurd. Orphée. Sigurd. Orphée.
Théâtre des Galeries. — Miss Robinson.
Alcazar royal. — Bruxelles- Port de mer.
Vienne
Opéra. — Du 26 décembre au i" janvier : Les Hugue-
nots Siegfried. Mignon. Sylvia et I Pagliacci. Goet-
terdammerung, (;avalleria et Arlequin électricien.
Manon.
An der Wien. — Le Château maudit. Une nuit à
Vienne. La pauvre fille.
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Andante molto — Allegretto
Andantino (Sei mir gegrùsht)
Allegro. — ■ Presto.
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ractéristique de concert pour
violon et piano J
(Edition Sarasate.)
3. a. Polonaise-Fantaisie . . .
i- Etude en forme de valse .
M™» Bertha MARX
Raff
Chopin
Saint-Saëns
4. Quatre danses slaves ?"■ violon Dvorak
a. Lento gracioso. — b. Allegro
c. Allegretto gracioso. — i. Presto
M. SARASATE.
S. a. Le Rossignol . . . . )
b. Vr Rhapsodie (piano seul) '
M™'- Bertha MARX
Liszt
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6. Sérénade andalouse . .
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Berlin
Opéra. — Du 24 décembre au i'''' janvier : Mara et la
Fée des poupées et Pagliacci, Freyschûtz. Tannhaeu-
ser. Csar et Charpentier et Cavalleria. Faust.
Pagliacci et Puppenfee. Le mariage aux lanternes.
Lohengrin.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — Le lieutenant
de marine.
Dresde
Opéra. — Du 24 au 3i décembre ; Les Enfants de
la forêt. La Flûte enchantée. Pagliacci. Porcelaine
de Meissen. Les Huguenots. L'Enlèvement au sérail.
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Marcel Remy : Le Quatuor Ysaye.
Maurice Kufferath : Hermann Lévi.
Hugues Imbert et Guy Ropartz : Les Con-
certs à Paris.
Clirontqut be la Sfmatnt :
Petites nouvelles de Paris, Bruxelles, reprise de
Manon à la Monnaie.
Corrteponbancfs :
Amsterdam, Anvers, Berlin, Dresde, Gand, Liège.
Nouvelles diverses.
Bibliographie. — Nécrologie.
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Street ; Schott et C°, Régent street, iSy-iSg. — A Leipzig :
Otto Junne. — A Strasbourg : librairie Ammel. — A
Amsterdam, Algemeene Musikhandel, Spui, 2. — A La
Haye, Belinfante frères. — A Liège : M™" veuve Muraille,
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A Montréal ; La Montagne, éditeur de musique.
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Broustet. Bonita, valse espagnole, p"' piano 2 »
Pour piano à quatre mains. . . » 3 »
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Gervasio- Nice-Casino, galop, p'' piano » i 70
Parties d'orchestre. . . » i »
Gillet, E. Douce caresse, pour piano . « 2 00
P' instr. à cordes (p°° et p'"==) . )i 2 5o
Tellam, H. Le Corso blanc, polka-
marche pour piano » i 70
Pr piano à quatre mains ...» 2 »
Pr piano et violon ou mandoline « 2 »
Parties d'orchestre ni»
— Veglione-Polka, pour piano ...» i 70
Parties d'orchestre . . . . » i »
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piano » I 70
Parties d'orchestre » i n
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Paris : 0. bornemaim Leipzig : J. Rieler-Biedennann
Uiiixtlies : J.-U. Rallo iiaixeloiie : J.-B. l'ujoi & C'
London : Stanley Lucas, Weber, l'ill k ilartzfeid, L'=d
JULES PAINPARE
Inspecteur des musiques de l'armée
Ex-chef de musique du 6« régiraeut Q'infanterie
Directeur de la Maison C PAINPARE et G"
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mêmes prix qu'à la fabrique
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Bas des célèbres instruments et système prototype »
F, BESSON de Paris et de Londres, fournissant,
aux mêmes prix qu'à la fabrique, tous les instruments
en cuivre, en bois, à percussion, des principaux
facteurs belges et étrangers.
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au comptant ou mensuellement, selon conditions,
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PARAISSANT LE DIMANCHE
40" ANNÉE — NUMÉRO 2-
Bruxelles, le 7 janvier 1894.
PRECURSEURS WAGNERIENS
'est donc avec une sorte de curiosité
que nous avons ouvert cette parti-
tion... il nous tardait de jouir
tranquillement et sans bruit du spec-
tacle de ce formidable orchestre. En vain nous
étions-nous figuré d'avance une complication
sans exemple, notre attente a encore été sur-
passée : il faut voir marcher de front, sur cha-
cune de ces vastes pages, non point dix ou
douze portées, comme dans les partitions qui
passaient jusqu'ici pour les plus fortement
instrumentées, mais bien vingt ou vingt-cinq,
dont la plupart représentent deux, trois et
même quatre parties. Il faut, en pénétrant
dans ces rangs épais, observer l'ordre et la
clarté qui y régnent, la légèreté et la facilité
de ces immenses manceuvres ! Une telle com-
position a quelque chose de plus gigantesque
encore sur le papier qu'au théâtre...
Mais après l'admiration et la surprise, un
autre sentiment se fait jour : c'est une sorte
d'inquiétude pour l'avenir de la musique, qui
semble compromise par ce luxe effrayant
d'harmonie instrumentale. Il est beau de
gagner des batailles, mais si, pour être vain-
queur, il vous a fallu faire donner votre
réserve et risquer vos dernières ressources,
n'avez-vous pas quelque crainte pour le com-
bat du lendemain ? Or, tel est précisément le
péril qui menace aujourd'hui la musique : un
homme est venu, qui a si bien abusé de tous
les moyens d'effet, qu'il a mis ses successeurs
en grand danger de n'en plus trouver de nou-
veaux, même avec du génie ; et tel est le degré
de complication auquel il a porté les effets har-
moniques, qu'il est permis de demander s'il
n'a pas rendu toute innovation impossible
A lire ce qui précède, vous croyez,
n'est-ce pas? qu'il s'agit de quelque
partition bien compliquée de Richard
Wagner, par exemple de celle des
Maîtres Chanteurs, ouverte au finale du
deuxième acte, à l'endroit le plus touffu
de la polyphonie vocale et instrumen-
tale qui peint lé sabbat nocturne des
bons Nurembergeois. Détrompez- vous.
Nous sommes à cent lieues de là. Dieu
merci ! il nous faut remonter bien en
arrière, à une période où ni Meyer-
beer, ni Halévy, ni d'autres encore
n'avaient produit ces opéras fastueux
de musique et de mise en scène qui
révolutionnèrent en leur temps la mu-
sique dramatique. Ils'agittout uniment
du Siège de Corinthe, tragédie lyrique en
trois actes, connue en italien sous le
nom de Maometto seconda et que Rossini
venait de remanier en 1826, pour l'A-
cadémie royale de musique de Paris.
C'est M. L. Vitet, plus tard de l'Aca-
démie française, qui nous donne ses
impressions toutes fraîches au sujet de
ce grave événement. L'article est inti-
tulé : Rossini et l'avenir de la musique, et
il a été publié en 1864 avec d'autres,
en un volume intitulé : Ettcdes sur l'his-
toire de l'Art, 4*^ série (Paris, Michel
Lévy).
L'œuvre de Rossini semblait donc
être pour M. Vitet le dernier mot du
possible ; après le Siège de Corinthe, on
pouvait tirer l'échelle, car enfin, le
futur académicien se le demandait,
l'harmonie peut-elle se compliquer à
l'infini? les musiciens pourront-ils dis-
poser toujours de nouveaux instru-
ments? notre capacité organique nous
permet-elle d'entendre sans fatigue telle
LE GUIDE MUSICAL
OU telle quantité de sons à la fois?
notre organisation physique suppor-
tera-t-elle sans douleur une musique
plus compliquée et plus bruyante?
La réponse est aujourd'hui certaine.
Oui, notre organisation physique sup-
porte une musique plus compliquée
que celle du Siège de Corinthe et, cela,
sans aucune souffrance, du moment
que la complication n'est pas obscurité
et confusion. Quant au bruit, c'est une
autre affaire, et il faut bien avouer que
là notre endurance est limitée. Sous
ce rapport, l'instrumentation de Ros-
sini (M. Vitet confond couramment
l'instrumentation avec l'harmonie) ou
du moins celle du Siège de Corinthe,
atteint l'extrême limite permise.
J'ai sous les yeux la partition d'or-
chestre que le célèbre musicien dédie
filialement à son père. Je n'y vois au-
cune complication harmonique, même
dans les passages où M. Vitet a compté
vingt-cinq portées (pages 4o3 et sui-
vantes). Mais si je prends la peine de
calculer les coups de grosse caisse, je
m'explique sans peine l'inquiétude où
était notre critique. Songez donc qu'il
y en a, sauf erreur ou omission, deux
mille deux cent quarante-six ! On demeure
effrayé en pensant que l'on pourrait
être exposé à un tel vacarme, sous pré-
texte de goûter les charmes de la mélo-
die, car Rossini est un compositeur
mélodieux. Et ne croyez pas que les
coups de grosse caisse contribuent à
produire certains effets recherchés
comme dansle finale de la g^ symphonie
de Beethoven ou le récit du songe du
Prophète. Non, ils semblent foudroyer
tout le temps, broyer tout ce qui existe
y compris les oreilles et la cervelle des
auditeurs.
Ceux même, dit M. Vitet, qui ne sont pas
novices en fait de musique bruyante, ceux qui
assistent tous les jouis à la Sémiramide, à
Moïse, au Siège de Corinthe, conviennent
qu'ils ne sauraient supporter le moindre sur-
croît de bruit, et qu'à la trentième représenta-
tion, aussi bien que le premier jour, ils sont à
tout moment sur le point de sentir leur plaisir
se changer en fatigue.
Je ne suivrai pas M. Vitet dans les
déductions qu'il tire de tout ce tapage,
dont il accuse les complications de
l'harmonie autant que les gros instru-
ments de l'orchestre. Mais il est inté-
ressant de noter ses impressions lors-
qu'il entrevoit le remède à l'aide duquel
on pourra tirer la musique de la voie
néfaste où elle est engagée.
Réagir contre l'harmonie, point n'y
faut songer : il ne saurait y avoir pro-
gression du composé au simple. Ela-
guer indéfiniment l'orchestre en expul-
sant les instruments un à un comme ils
y sont entrés, chose tout aussi impos-
sible. Ce qu'il faut, c'est abandonner
Rossini : « Autant la réaction générale
contre l'harmonie est impraticable,
autant la réaction partielle, la réaction
contre Rossini est urgente et désira-
ble ! » Puis changer le système de l'or-
chestre et celui du chant. Pour le
premier (je résume, afin d'abréger),
laisser reposer le plus souvent possible
les instruments de cuivre et tous les
faiseurs de tapage, introduire conti-
nuellement dans l'instrumentation la
variété et les contrastes. La façon de
toujours marcher par masse et de
mettre en campagne pour la moindre
romance les cors, les bassons, les
trompettes, les timbales, le triangle et
la grosse caisse, est non seulement
assourdissante, mais d'une détestable
monotonie.
On voudrait à tout moment mettre en
déroute ce bataillon compact ; on voudrait
entendre séparément tantôt les cors, tantôt les
flûtes, tantôt les violoncelles, et se réserver de
les faire tonner tous à la fois, quand viendraient
les coups de théâtre et les grandes explosions
dramatiques.
M. Vitet préconise enfin la distribu-
tion des instruments en petits groupes,
LE GUIDE MUSICAL
29
en associations combinées d'après la
diverse qualité de leur son.
Quant au rôle de la voix sur le
théâtre, briser le moule des airs, cava-
tines, duos, trios, quatuors et finales,
en revenir aux dialogues dans les duos,
« essayer même quelquefois de la
vieille et bonne fugue ». "Il faut que
tous les morceaux d'ensemble ne soient
pas des canons (?), que tous les airs ne
soient pas accompagnés de chœurs,
que sais-je enfin! il faut trouver de nou-
velles formes, r,
A l'heure où M. Vitet, jeune encore,
proclamait l'indépendance d'un esprit
philosophique porté au développement
des idées nouvelles dans la sphère des
arts, Richard Wagner avait treize ans.
Il n'existait donc rien de ce que le
grand réformateur du drame lyrique
devait concevoir plus tard dans ce
domaine de l'orchestre et du chant
théâtral qui préoccupait le futur aca-
démicien français. Il y avait alors du
mérite à envisager l'avenir comme on
vient de le voir et à demander des
réformes, qui ne tendaient à rien
moins qu'à l'effondrement de l'opéra
tel qu'il s'imposait brillamment et
bruyamment au monde dilettante.
Mais peut-on concevoir que M. Vitet
n'ait pas eu connaissance, en 1864,
date de la publication de ses Etudes siir
l'histoire de /'/îf^, des tendances affirmées
par des actes et par des écrits, par celui
qui était déjà l'auteur de Tristan et
Iseult? Ce n'était vraiment plus le mo-
ment de poser la question de savoir ce
que deviendrait l'art musical après le
" luxe effrayant d'harmonie instru-
mentale ^ du Siège de Corinthe. L'opéra
de Rossini avait subi, depuis 1826, la
concurrence, très désavantageuse pour
lui, des ouvrages autrement compli-
qués et non moins bruyants de Meyer-
beer. Et Guillatime Tell, représenté en
182g, pouvait certes compter comme
un progrès relatif dans le sens des
idées réformatrices.
Peut-être les théories de Wagner
répugnaient-elles à M. Vitet, qui, en
politique, était d'ailleurs un conserva-
teur avéré, et les repoussait-il, après
avoir appelé à grands cris des réformes.
Des anomalies semblables se voient
tous les jours. Cela n'empêche qu'en
1826, M. Vitet voulait supprimer les
airs, les cavatines, les morceaux d'en-
semble, duos, trios, etc., en ajoutant
qu'il fallait trouver des formes nou-
velles. C'était aussi un précurseur de
Wagner! E. Evenepoel.
LES CONCERTS HISTORIQUES
ES concerts historiques sont une
invention de notre siècle. Qu'on ne
dise pas que les arts et les peuples
jeunes n'ont pas d'histoire, et que la mu-
sique étant un art tout moderne, il fallait
bien laisser les faits se succéder et les
œuvres s'accumuler avant de passer de la
pratique à l'archéologie : le xviip siècle
était déjà bien assez loin du xv^ pour qu'il
y eût en suffisance besogne d'historiens.
Mais le xviip siècle était trop satisfait de
lui-même, trop persuadé de sa supériorité
en tous genres, pour ne point mépriser les
productions antérieures. S'occuper du
moyen âge était bon pour des bénédictins ;
les « philosophes » avaient mieux à faire.
Dans le dictionnaire de Rousseau, il n'y a
point d'article Messe. Dans l'histoire de la
musique de Blainville, Palestrina n'est pas
nommé. Aux fameux concerts spirituels de
l'Opéra, bien avant 1760, on ne jouait déjà
plus de Lully, mais seulement Mondonville,
Davesne, Cordelet, Fanton et autres, qui
donnaient la monnaie et la fausse monnaie
de La Lande. Le Stabat de Pergolèse sem-
30
LE GUIDE MUSICAL
blait l'alpha et l'oméga de l'art religieux
italien : encore ne l'eùt-on jamais joué, si
Pergolèse n'avait d'abord gagné ses épe-
rons à l'Opéra. A la « bibliothèque du roi »,
M. de Boisgelon conservait et cataloguait
les vieilles partitions, par pur devoir de
bibhothécaire, et en remarquant la barba-
rie de celles qui dans l'ancien temps s'impri-
maient sans barres de mesures ; vieilleries
bonnes tout au plus à prouver l'ignorance
et la pauvreté d'esprit des ancêtres, tout
comme ces portails de cathédrales gothi-
ques, qui ne subsistaient, selon Rousseau,
que « pour la honte de ceux qui avaient eu
la patience de les faire ».
Quand la Révolution fut passée, le XIX'=
siècle se trouva séparé du xviiP par un si
large fossé que tout ce qui était vieux
seulement de vingt ou trente ans parut de
l'histoire ancienne; et l'on s'aperçut tout
d'un coup qu'il n'était pas besoin de remon-
ter jusqu'aux Grecs pour trouver matière à
des recherches instructives. On examina
alors ce que l'humidité, les rats, les vers,
les pillards et les ignorants avaient laissé
subsister des manuscrits du moyen âge et
des imprimés du XVP siècle. On s'appliqua
à cette étude, et l'on en fut récompensé en
découvrant des chefs-d'œuvre. Les gens
qui écrivaient sur la musique commencè-
rent à laisser un peu reposer les belles
histoires des enclumes de Pythagore et de
la lyre de Terpandre, de Thalétas qui pré-
serva les Lacédémoniens de la peste en leur
faisant de la musique, et des joueurs de
flûte qui guérissaient du mouvement per-
pétuel les infortunés piqués de la tarentule.
Dans le nombre des choses nouvelles qu'on
se mit à raconter pour remplacer tout cela,
il se glissa encore bien assez de faits dou-
teux ou extraordinaires : c'était l'afiaire du
temps de les écarter peu à peu. Il y avait
toujours un grand point de gagné, c'était de
s'être mis en route.
Bientôt quelques-uns essayèrent de
passer de la théorie à la pratique. Les
exercices de l'école de Choron furent en
réalité les premiers concerts historiques à
Paris. De 1822 à i83o, un nombre à la
vérité assez restreint de curieux y enten-
dirent exécuter des œuvres religieuses de
Palestrina, des madrigaux de Gesualdo et
de Marenzio, les deux chansons célèbres
des Cris de Paris et de la Bataille de Mari-
gnan, de Clément Jannequin; des cantates,
des airs d'opéra et des duetti de chambre
de Porpora, d'Alexandre Scarlatti, de Clari
et de Steffani ; la Mort de Jésus, de Graun,
des psaumes de Marcello et des oratorios
de Hœndel. Lorsque, quelques années plus
tard, Fétis organisa ses concerts histori-
ques, et qu'à cette occasion l'on rappela le
souvenir des séances de l'école de Choron,
il se défendit d'avoir voulu les imiter ni les
continuer. La forme et le titre des concerts
étaient sans doute fort différents. Tandis
que Choron avait cherché seulement à per-
fectionner le talent et le savoir de ses élèves
par l'interprétation et la comparaison
d'œuvres de diverses époques, Fétis entre-
prenait l'éducation du public ; ses concerts
étaient des leçons ; il s'y produisait comme
professeur en prononçant trois discours
par séance, puis comme musicien en diri-
geant l'exécution des morceaux, et encore
d'une troisième façon, mais très mysté-
rieuse celle-là, comme compositeur, en
retouchant selon son goût ou faisant même
tout à fait les œuvres portées au pro-
gramme. Combien entrait-il de Fétis et
combien des auteurs véritables dans cha-
cun des morceaux exécutés? Il n'est au
pouvoir de personne aujourd'hui de le
savoir et de le dire. Mais on est pris d'une
juste méfiance quand on apprend, par un
témoin autorisé comme M. Weckerlin, que
Fétis présenta pour les concerts historiques
projetés à l'Exposition universelle de 1867,
un « madrigal d'Orlando de Lassus » qui
était entièrement de sa propre composition.
On comprend que M. Weckerhn ait « reli-
gieusement conservé » un document si
curieux. L'imitation du style de Lassus y
est, ajoute-t-il, « de telle nature qu'elle ne
pourrait tromper que des ignorants ». Fétis
ne sa^'ait que trop qu'il avait surtout affaire
à des ignorants : c'est pourquoi il se van-
tait si fort et se gênait si peu.
Ses quatre concerts historiques produi-
sirent une grande sensation. Les deux
premiers eurent lieu dans la salle du Con-
servatoire, les 8 avril et 16 décembre i832;
LE GUIDE MUSICAL
Bl
les deux suivants au Théâtre Italien, les
24 mars i833 et 14 avril i835. De son pro-
pre aveu, Fétis u ne put parvenir qu'à une
exécution fort imparfaite, à cause de la
difficulté de faire les études convenables
pour bien rendre la musique ancienne, à
moins que ce ne soit dans une école dirigée
par une intelligente et puissante volonté » .
L'allusion à l'école de Choron est claire.
Continuant, Fétis ajoute : « D'après le
succès éclatant obtenu par ces concerts en
l'état d'imperfection où il a fallu les donner,
on peut juger de l'effet prodigieux qu'ils
auraient produit si les morceaux de mu-
sique y eussent été rendus avec le fini,
l'ensemble désirable, et dans leur véritable
■ sentiment. Cette belle œuvre d'art se réali-
sera peut-être quelque jour ».
Un cinquième concert historique fut
encore donné par Fétis au bout de vingt
ans, le 14 avril i855, à la salle Herz. Le
programme de cette soirée était tiré en
grande partie de ceux de i832-i835. Fétis
y répétait notamment un morceau chanté
en i832, sous le titre de : « Cantique à la
Vierge des confréries italiennes à la fin du
xv^ siècle, en chœur sans accompagne-
ment ». En i855, il l'intitulait : « Laudi
spirituali, cantiques en chœur à la Vierge,
exécutés par les confréries italiennes au
commencement du xvi'= siècle ». Ainsi que
le fit remarquer Farrenc, le texte ne parlait
point de la Vierge, mais bien de la Trinité,
et rien n'indiquait aux auditeurs par qui
avait été composée l'harmonisation toute
moderne de cette ancienne mélodie popu-
laire : les naïfs croyaient entendre l'œuvre
dans sa forme primitive, les autres y devi-
naient l'intervention de Fétis. Farrenc
s'amusait aussi à relever dans les pro-
grammes des erreurs de dates. Un morceau
de Schûtz y paraissait sous le millésime de
iSgô, alors que i585 était l'année de la
naissance du compositeur. Berlioz, qui
n'était pas de force à ergoter sur les faits
historiques, trouvait autrement matière à
raillerie ; Fétis était une de ses bêtes noires,
et l'ayant déjà choisi pour cible dans son
monologue de Lelio, il le caricatura de nou-
veau dans Béatrice et Bénédict, sous les
traits de ce vieux maître de chapelle ridi-
cule qui annonce à l'avance comme un
chef-d'œuvre le morceau qu'il va diriger.
Cette scène est une satire évidente des
concerts de Fétis et des petits discours qui
y étaient entremêlés. Mais on doit convenir
que Berlioz, dont toute la compréhension
artistique se limitait à l'époque moderne,
et dont l'esprit restait fermé, aussi bien à
Sébastien Bach qu'à Palestrina, ne pouvait
sentir ni l'intérêt, ni l'utilité des concerts
historiques.
M. Weckerlina reproduit dans son Musi-
ciana les programmes des cinq séances de
Fétis. Leur division en trois parties : mu-
sique sacrée, musique vocale mondaine et
musique instrumentale, a servi exactement
de modèle à la première soirée de M. Ch.
Bordes à la salle d'Harcourt. Si ce plan a
l'inconvénient de beaucoup réduire la part
faite à chaque forme ou à chaque maître,
il a l'avantage d'offrir une vue d'ensemble
sur l'état de la culture musicale à une
époque déterminée.
Dans cet intervalle de vingt ans qui avait
séparé les premiers concerts de Fétis de
celui de i855, on eut à Paris les séances non
publiques, mais cependant très suivies, de
la « Société de musique vocale religieuse
et classique » fondée en 1843 par le prince
de la Moskowa, pour l'étude et l'exécution
des œuvres antérieures au xix" siècle.
Niedermeyer, qui secondait le prince
comme sous-directeur, puisa peut-être dans
leurs études communes l'amour des maîtres
anciens et l'idée de faire revivre l'école de
Choron. Dans les exercices de cette nou-.
velle école, aujourd'hui dirigée par M. Gus-
tave Lefebvre, reparurent les œuvres du
XYi"-' et du xvii^' siècle. Ces séances,
dont récemment une chaque année était
donnée dans la Sainte-Chapelle, pouvaient
passer pour des concerts historiques, bien
qu'elles n'en eussent pas le titre et que les
morceaux n'y fussent point présentés dans
un ordre rigoureux. Malheureusement l'exé-
cution était en général très faible. Pour rem-
placer les voix d'enfants, on avait recours
à l'obligeance de jeunes femmes du meil-
leur monde, point du tout accoutumées à
chanter en chœur, ni surtout en parties
polyphoniques et sans accompagnement.
32
LE GUIDh MUSICAL
On peut penser si la sûreté des attaques se
ressentait tantôt de leur hardiesse et tantôt
de leur timidité. Le répertoire comprenait,
avec un nombre naturellement prépondé-
rant de compositions religieuses, quelques
morceaux profanes, tels que la fameuse
Bataille de Marigjian, et des pièces d'orgue
exécutées sur un harmonium.
Aujourd'hui, les publications de musique
ancienne, en se multipliant, mettent à la
disposition des organisateurs de concerts
historiques plus de matériaux que leur zèle
n'en exige. Chaque année, paraissent de
nouveaux volumes d'œuvres mises en parti-
tion par des artistes laborieux et désin-
téressés, dévoués aux vieilles gloires musi-
cales. Il suffirait de puiser dans ces nom-
breux recueils pour trouver un répertoire
aussi varié que considérable, et aussi neuf
qu'instructif.
Avant de sortir de France, nous devons
encore rappeler que M. Vaucorbeil essaya,
en 1880, pendant qu'il était directeur de
l'Opéra, d'intéresser lepubHcà des concerts
rétrospectifs dans lesquels seraient passés
en revue les opéras disparus delà scène. La
première et dernière séance eut lieu, le
22 mai 1880. On y entendit des fragments
d'Alceste, de Lully; des Fêtes d'Hébé, de
Rameau; à'Iphigénie en Tauride, de Gluck;
d'Anacre'on, de Grétry, et de Moïse, de Ros-
sini. La deuxième partie du programme
était remplie par la première audition de
la Vierge, de M. Massenet. En présence
de la notoire indifférence du public, l'entre-
prise fut abandonnée. L'année d'après,
cependant, Pasdeloup, suivant l'exemple de
Vaucorbeil, donna deux fois de suite, les
3 et 10 avril 1881, des fragments de VAr-
mide de Lully et de celle de Gluck, séparés
par quelques morceaux de Rameau. Pasde-
loup fit encore, le 22 janvier 1882, un
« programme historique de la symphonie
classique », assez mal combiné, puisqu'il se
composait de trois fragments d'une Suite
de Bach; une symphonie de Gossec;
andanteet finale de Haydn; deux morceaux
du Songe d'une nuit d'été, de Mendelssohn;
la symphonie avec chœurs de Beethoven.
Tout cela n'était que tentatives isolées,
sans suite. Pour finir, nous rappellerons les
concerts d'orgue de M. Guilmant, les
séances historiques de musique de piano de
Rubinstein, celles de M . De Greef, et encore
les auditions d'instruments anciens, clave-
cin, viole d'amour, viole de gambe, devenues
assez fréquentes chez nous en ces derniers
temps. Puis nous passerons aux pays
étrangers, en commençant, bien entendu,
par l'Allemagne.
(A suivre.) Michel Brenet.
lie Quati^uor Usaye
ENSATioN heureuse de retrouver
en pleine apogée des artistes qu'on
avait vus, jadis, épars, d'un talent
personnel, mais isolé, cherchant son envo-
lée, chacun suivant sa voie ; et un beau jour,
ils se rencontrent à un carrefour de la vie,
se joignent instinctivement sous la pression
d'une affinité latente ; sans tâtonnements, ils
s'emboitent, se complètent, et les voilà qui
forment le Quatuor le plus uni, le plus
vivant, le plus vibrant qui se puisse en-
tendre.
Les hésitations les heurts s'effacent, l'iné-
galité des styles se noie, se fond, se com-
bine sous le chaud rayonnement du maître
Ysaye ; plus qu'un archet. Et quel archet !
fier et fin, bref et loyal comme une épée.
Quelle sécurité d'entendre ces impeccables
ouvriers, quelle certitude d'intégralité d'une
pensée traduite par ces fidèles linguistes
musicaux, quelle absolue totalité de lumière
projettera le joyau entre les mains de ces
sertisseurs experts !
Tandis que les applaudissements, les
trépignements saluaient les excellents quar-
tettistes à la fin de chaque morceau, je les
revoyais, quelques années en arrière, avant
qu'ils ne formassent cet indissoluble bloc
dont les facettes harmonieuses ont émer-
veillé l'auditoire des salons Pleyel.
Eugène Ysaye n'est plus le désordonné
romantique d'antan, ce n' est "phisle premier
prix frais émoulu, à barbe follette, des pre-
miers succès. Son masque est devenu grave
comme son jeu s'est assagi en atteignant
une précision, une intensité singulièrement
émouvantes. Aboli, le temps des cabrioles
et des effets « en dehors ». Le son, qu'il a
LE GUIDE MUSICAL
33
toujours eu éclatant et profond, est, à pré-
sent, d'une beauté songeuse, teintée d'(( au
delà ».
C'est la maturité pensive de l'artiste ;
l'expression se dégage de toute basse préoc-
cupation de virtuosité, et resplendit de la
pure beauté interne.
Il est beau voir Eugène Ysaye prési-
dant son quatuor ; d'un geste doux, il donne
le signal et entraîne ses compagnons ; et,
dans les passages d'émotion tendre, il con-
serve son tic : clignoter, les sourcils levés.
Son tempérament de Tzigane s'est rangé,
s'est apaisé en fondant son quatuor.
Il a maintenant charge d'âmes ! Le jeune
Crickboom est un artiste en bonne voie de
maîtrise future. Pas bien longtemps pour-
tant qu'il sortait des mains de son bon
maître Louis Kefer pour s'initier au geste
d'Ysaye. Pas bien longtemps qu'il faisait
ses adieux à Verviers, en une soirée où je
le vois encore, criquet plein d'aplomb, se
mesurant avec un concerto du grand réper-
toire (celui de Beethoven, je crois), enlevant
les difficultés avec une étonnante prestesse,
puis, pendant les ritournelles de l'or-
chestre, dévisageant le public avec un petit
air assuré, vainqueur, le violon sous le
bras, les mains dans les poches du panta-
lon, l'attitude frisant l'impertinence. Etait-
il crâne, le gosse ! et avec raison d'ailleurs.
Et Van Hout, l'altiste, qui concourait,
le même jour, pour l'obtention d'un prix
et décrochait une médaille en vermeil par
acclamation du jury, au grand ahurisse-
ment des bonnes âmes qui se demandaient
s'il est de bon sens de cultiver l'alto à ce
point, quand on n'est pas un ex-violoniste
chauve et valétudinaire !
Jacob, lui, n'a guère changé ; c'est le
même aspect débonnaire, cachant une âme
affinée ; la noble éloquence de son violon-
celle garde la même intonation claire, cris-
talline. Après un adagio rendu avec un
accent pénétrant, Ysaye ne put s'empêcher
d'étreindre le bras de son collaborateur
d'une façon significative ; ce compliment
muet valait les acclamations de la salle.
Le feu couve sous les dehors placides de
cet excellent artiste. Ne disait-il pas, au
temps où il étudiait la musique de Wagner :
« Si quelqu'un m'avait contredit, je l'aurais
tué! )>
Ah! les braves musiciens ; ils peuvent se
flatter d'être venus sans effort rafler tout
l'enthousiasme disponible ce soir-là. Les
a-t-on assez fêtés ! Après la sonate de
Bach, des assistants, en rappelant Ysaye,
criaient : «Tous les quatre, tous les quatre!».
C'était du délire.
Et c'était plaisir de les voir, au foyer,
après le concert, entourés, félicités par
tous ceux qui comptent dans la jeunesse
musicale de Paris ; on leur était si recon-
naissant de l'enchantement répandu qu'on
aurait trouvé même du charme à leur
accent wallon roulant ses cailloux sur la
pente de Montmartre !
Gn'a todi qii'Lige po fer vêle inc sakoi di
stokesse âx Iialcotis ! Vive nos autes !
Marcel Rémy.
HERMANN LÊVI
(j^^TpÉ à Giessen (province Rhénane), le
N^r 4 novembre i83g, Hermann Lévi est
,:^j)^ aujourd'hui, avec Hans Richter, Hans
de Bulow et Félix Mottl, l'un des maîtres dans
l'art de diriger l'orchestre.
Directeur général de la musique (General-
musikdirektor) de la cour de Bavière, il aura
eu la rare fortune de recevoir du maître de
Bayreuth lui-même les indications les plus
minutieuses quant aux mouvements et aux
nuances delà partition de Parsifal,(\\i"û dirigea
du vivant même de Wagner, lors de la première
exécution en 1882 au théâtre de Bayreuth.
C'est de là que date sa grande notoriété.
Hermann Levi est demeuré jusqu'ici le chef
d'orchestre attitré de Bayreuth, quand on y
joue Parsifal, lequel n'a été dirigé qu'une ou
deux fois, exceptionnellement, par Félix Mottl.
Hermann Lévi est un chef d'orchestre de
carrière. Après avoir fait ses premières études
musicales à Giessen, sa ville natale, il fut en-
voyé à Mannheim, où il étudia l'harmonie et le
contrepoint sous la direction de Vincent
Lachner, frère du célèbre auteur des Suites et
ancien directeur de la musique à Munich,
Franz Lachner, avec lequel Richard Wagner
se trouva en conflit lors de son arrivée à
Munich en 1864.
Hermann Levi suivit aussi les cours du
Conservatoire de Leipzig (i858), et il fit un
séjour de quelques mois à Paris.
Ses débuts dans la carrière furent modestes.
Il accepta en 1859 la place de chef d'orchestre
du théâtre de Saarbruck, qu'il occupa pendant
34
LE GUIDE MUSICAL
deux ans. En 1861-62, il est au pupitre du
théâtre de Mannheim, puis nous le retrouvons
à Rotterdam, à la tête de la compagnie alle-
mande qui desservait alors ce théâtre. De là,
il passe en 1864 à la tête du théâtre de Carls-
ruhe, où il demeure en fonctions jusqu'en 1872,
époque à laquelle il est appelé au pupitre de
capellmeister du Théâtre-Royal de Munich.
Hermann Levi a dirigé les représentadons
de Parsifal, à Bayreuth, en 1882, i883, 1884
et 1886. En 1888, il dut momentanément
renoncer à toute participation aux fêtes wagné-
riennes, en raison d'une fatigue résultant de
l'excès de travail auquel l'avaient contraint la
revision de la partition des Fées et la mise a
point de cet ouvrage au théâtre de Munich.
Mais aux fêtes dramatiques bayreuthoises de
1889, il repaïut au pupitre et il n'a pas cessé
depuis d'y prêter le concours de son rare
talent.
Notre éminent collaborateur J. Van Santen
Kolff nous a dit, il y a un an, l'impression
énorme produite à Berlin par M. Hermann
Levi, comme chef d'orchestre des Concerts
philharmoniques, lorsqu'il y vint remplacer
Hans de Bulow, malade.
En l'appelant à diriger la première de ses
matinées extraordinaires, la direction des Con-
certs populaires offre au public bruxellois un
intéressant sujet de comparaison avec les deux
éminents chefs Entendus précédemment ici
même : Hans Richteret Félix Motd. M. Joseph
Dupont, qui est lui-même l'un des plus remar-
quables virtuoses de l'orchestre, en cédant le
bâton à son confrère allemand, donne une
nouvelle preuve de sa hauteur d'esprit et de
son tact artistique. M. K.
Les Concerts à Paris
QUATRIEME CONCERT DE LA SOCIETE DES CONCERTS. ,
(( ^CHUMANN déclare cavalièrement, sur le
^^ ton de la fanfare et du boute selle, qu'il
va se lancer à la suite de Beethoven ; il le serre
de près avec une telle résolution qu'en plus
d'un endroit il s'en faudra peu qu'il ne l'at-
teigne ». Ainsi s'exprimait pittoresquement
notre ami regretté Léonce Mesnard, dans son
Etude sur Robert Schumann, en analysant la
superbe symphonie en si bémol (op. 18), qui
vient d'être exécutée merveilleusement au Con-
servatoire. Elle reflète aussi le bonheur que
procura au maître de Zwickau son union avec
Clara Wieck (1840). Dans sa lettre à Taubert,
de février 1841, il laisse entendre qu'il écrivit
cette symphonie sous l'inspiration du renou-
veau ; il aurait eu l'intention de la dénommer
Symphonie du printemps. Il est d'une fraîcheur,
d'une verve éblouissante, l'allégro, avec ses
délicieux effets de contraste ; c'est bien le sen-
timent beethovénien qui y règne. La phrase
dominante du larghetto est d'une mélancolie
pénétrante. Le scherzo est très classique, dans
le style des maîtres anciens ; le trio, au con-
traire, est très personnel à Robert Schumann.
Quant au dernier morceau, c'est un allegro
animé et gracieux, dans lequel se distingue un
poétique badinage, se balançant gracieuse-
ment, qui fait songer un peu à l'allégretto de
la symphonie en la de Beethoven. Et il existe
des artistes qui prétendent qu'en dehors des
Lieder et des morceaux pour clavier, Robert
Schumann n'a écrit que des œuvres secon-
daires ! Qu'ils se rendent au Conservatoire pour
entendre cette symphonie en si bémol : ils
seront édifiés.
L'intérêt du concert se portait principalement
sur le piquant concerto en la mineur pour
piano de Grieg, exécuté par M. Raoul Pugno.
Avez-vous remarqué avec quelle délicatesse
jouent les artistes doués d'un certain embon-
point? M. R. Pugno est dans ce cas : il est im-
possible de caresser les touches avec plus de
grâce, ce qui n'empêche que, dans les passages
de puissance, l'intensité du son ne soit des plus
remarquables. C'est un grand talent révélé au
public, et l'accueil des plus chaleureux qui a
été fait à M. Raoul Pugno a dû lui prouver
le succès qu'il a obtenu. M. et M'"" Carnot, qui
sont des fidèles du Conservatoire, ont donné le
signal des applaudissements. Dans le même
concert, on a entendu des chœurs d'Israël en
Egypte de Haendel, musique d'une belle et
puissante architecture, des fragments des Sai-
sons d'Haydn, et l'ouverture du Can
romain de Berlioz.
-les oui-
:ir naval
H.L I
A LA Nationale
A son premier concert, salle Pleyel, la So-
ciété nationale de musique a donné à ses
abonnés l'ineffable joie d'entendre le quatuor
Ysaye ; et l'inoubliable impression d'art res-
sentie en cette belle soirée, rayonnera parmi
les plus intenses laissées aux Parisiens épris de
musique par l'année qui s'en va. Car pour ja-
LE GUIDE MUSICAL
35
mais ils sont conquis à la musique pure, ceux
qui ont une fois connu l'épanouissement des
œuvres par la toute puissante magie d'Eugène
Ysaye et des trois incomparables artistes,
Jacob, Van Hout, Crickboom, qu'un infaillible
choix lui assura pour collaborateurs.
Un quatuor inédit de M. C. Debussy inau-
gurait le programme : œuvre très intéressante,
où domine l'iniluence de la jeune Russie ; poé-
sie des thèmes, sonorités rares; les deux pre-
miers mouvements particulièrement remarqua-
bles.
Puis vint la Sonate pour piano et violon de
César Franck, souvent appréciée ici même,
page d'une émotion profonde, d'une splendide
pureté de forme, que M. Vincent d'Indy a
accompagnée en musicien.
Enfin, le quatuor à cordes de M. Vincent
d'Indy, qui est une des plus puissantes œuvres
de musique de chambre écrites depuis Beetho-
ven et soutient la comparaison avec les plus
beaux quatuors du maître, par la hauteur de la
conception, l'invention des harmonies, des
thèmes et des rythmes, l'incontestable maîtrise
de l'architecture.
L'interprétation de toutes ces œuvres fut
géniale.
Et par interprétation, je ne veux point parler
de l'exécution technique, matérielle pour ainsi
dire, qui fut impeccable; mais j'entends l'exé-
cution intellectuelle et passionnelle qui fut,
celle-là, d'une pénétration telle, que je ne crois
aucun autre quatuor à archets, au monde,
capable d'en fournir une qui lui soit compa-
rable.
Un enthousiasme exalté s'empara des audi-
teurs après le finale de la sonate de Franck.
Alors Ysaye joua du Bach, pour violon seul.
Nulle parole n'est susceptible de noter la splen-
deur de cette musique révélée par un tel artiste.
Des mondes nouveaux surgissent, le ciel s'entr'
ouvre, plus rien n'attache au sol, le géant de la
musique vous emporte à travers les espaces
supraterrestres : c'est un peu de la Divinité que
Bach avait enclos dans son œuvre et qui reçoit
l'essor, de par l'archet de l'enchanteur Ysaye.
J.G.R.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
La deuxième séance donnée, le 3 janvier, à
la petite salle Erard, par MM. L Philipp, Ber-
thelier, Loeb, Balbreck et Carembat, portait au
programme un quatuor à cordes de Borodine,
l'élégie (op. 24) pour violoncelle et piano de
G. Fauré, et le trio (op. 26) pour piano, violon
et violoncelle de Lalo. Borodine, l'auteur du
Prince Igor, n'a composé que deux quatuors à
cordes. Le premier en /tî majeur, exécuté pour
la première fois au concert Philipp, a été ins-
piré à l'auteur par un thème de Beethoven et
dédié à M'"° Rimsky-Korsakow. Il se compose
de quatre parties, dont la première nous a sem-
blé la mieux venue. Borodine est un sympho-
niste, qui connaît bien son métier, dont la
musique possède un coloris charmant, mais
dont les idées sont souvent sans grand relief.
L'andante de son quatuor, sorte de legato des
instruments, a de la grâce ; le presto est vif,
pimpant ; dans le trio, on relève des passages
entiers en notes harmoniques, bizarres, sinon
heureuses. Dans l'allégro risoluto, le composi-
teur affectionne la forme canonique.
Le trio de Lalo a été très goûté. Mais le
succès a été pour la belle élégie pour violon-
celle et piano de G. Fauré, supérieurement
jouée par M. J. Loeb. La mélodie du début,
d'un caractère si simple et d'un sentiment si
pénétrant, rappelle Schubert. H. I.
•$'
Aux Concerts d'Harcourt, dimanche, le fes-
tival d'Indy a été l'occasion d'un grand succès
pour le jeune compositeur. On a entendu sa
symphonie avec piano (ce dernier tenu par
M"^ Jossic avec grand talent) ; un Lied pour
violoncelle, par M. Kerrion ; la chevauchée du
Cid et des fragments du Clmiit de la cloche,
par M. Engel et les chœurs, et la suite en ré
pour trompette, fliàtes et archets.
f
Mercredi, au neuvième concert, une Médita-
tion pour violon, hautbois et orgue de M. Gi-
gout, fort applaudie ; le concerto pour piano de
Rubinstein, par M. Délia Suda, qui a joué
ensuite d'autres morceaux de Liszt et de Cho-
pin.
36
LE GUIDE MUSICAL
On vient d'achever au cimetière de Montmartre,
la construction du tombeau de Léo Delibes. Ce
monument, œuvre de M. Jean Girette, se compose
d'un cippe en pierre de cinq mètres de haut, au
pied duquel esl placée une lyre voilée, aux cordes
brisées, sur laquelle sont répandus des feuillets de
musique jonchés de roses et de lilas. Sur l'un de
ces feuillets, une phrase de Lakmé. Deux oiseaux
chantant sur les branches fleuries. Au millieu du
cippe est l'inscription : Léo Delibes, iSSô-iSgi. Sur
le fronton, couronné de fleurs et de branches de
cyprès, un grand médaillon de marbre où se profile
le visage du délicat compositeur. Enfin, sur les
deux côtés, les titres de ses principales œuvres.
Le médaillon est l'œuvre de M. Chaplain, de
l'Institut.
MM. Maurin, professeur au Conservatoire,
Cros-Saint Ange, Mas et Calliat donneront, cet
hiver, quatre séances dans les salons Pleyel,
Wolff et G"', 22, rue Rochechouart, les vendredis
20 janvier, 23 février, 3o mars et 27 avril 1894, à
g heures très précises du soir.
BRUXELLES
THÉÂTRE ROYAL DE LA MONNAIE
EEPEISE DE « MANON I)
MANON, qui n'obtint à l'origine qu'un suc-
cès d'estime, reste décidément l'œuvre
la plus complète, la plus homogène de M. Mas-
senet, celle où sa muse efféminée et lascive a eu
les accents les plus justes, — des accents d'une
émotion assez superficielle, il est vrai, mais qui
par là même s'adaptent excellemment au
caractère de l'héroïne dont le compositeur
français avait à souligner les joies et les dou-
leurs. Telle est l'impression que nous a laissée
la reprise de Manon donnée vendredi, si
insuffisante qu'ait été cependant l'exécution de
ce qui paraît devoir être le « chef-d'oeuvre »
de M. Massenet. Cette impression, déjà res-
sentie à l'avant-dernière reprise et assez géné-
ralement partagée, l'apparition de Werther
n'était pas pour la faire disparaître, car la der-
nière partition du maître français n'est certes
pas de ses meilleures ; et la récente audition de
Afrt«o;/ est venue souligner, pour ceux qui n'en
avaient pas encore fait la constatation, combien
le compositeur a répété dans son récent
opéra les formes mélodiques par lesquelles il
avait si élégamment dépeint l'héroïne de l'abbé
Prévost.
Il ne pouvait y avoir de doute que le rôle
de Manon serait trop lourd pour la voix menue
de Mi'o Horwitz. Mais cette voix menue, si elle
a eu quelque peine à accomplir sa tâche jus-
qu'au bout, a mis de bien délicates nuances à
chanter les pages les plus tendrement émues
de M. Massenet; et cette voix, sans chaleur
naturelle, est même parvenue à s'échauffer, aux
deuxième et quatrième tableaux, sous l'impul-
sion du talent de la gracieuse artiste. Ce
talent manque sans doute de spontanéité, de
naturel, et l'on y devine trop souvent le travail
et l'étude; mais il nous a valu, vendredi, des
passages d'une exécution bien raffinée, sous le
rapport du chant et de la diction, exécution
qu'un organe plus étoffé eut mise singulièrement
en relief.
L'orchestre paraissait d'ailleurs avoir reçu
pour mission de couvrir autant qu'il est possible
la voix des chanteurs, tant il s'est montré
bruyant chaque fois qu'un « piano » n'était
pas absolument imposé. La partition de
M. Massenet ne reçut certes jamais ici exé-
cution aussi brutale ; le mot est dur, mais il est
expressif, et nul mieux que lui ne peut rendre
l'impression produite par les oppositions vio-
lentes de nuances, les heurts de rythmes, les
négligences de toutes sortes, qui rendaient par
moments méconnaissable la délicate orchestra-
tion du maître français. Les chœurs se sont
montrés à l'unisson des instrumentistes, — ce
qui ne veut pas dire qu'ils aient toujours chanté
juste !
En dehors de Mi'<: Horviritz, — que nous
espérons bien entendre prochainement dans un
rôle tout à fait à sa taille, — l'interprétation a
été assez terne. M. Leprestre (Des Grieux)
n'était pas en voix, mais nous pensons que,
mieux disposé, il saura tirer un excellent parti
d'un rôle (jui parait dans ses cordes. M. Ghasne
manque d'aisance et de légèreté dans le rôle de
Lescaut; M. Lequien (le Comte) sermonne
avec conviction et, ce qui vaut mieux, d'une
voix bien timbrée ; M. Barbary, en Guillot de
Morfontaine, a cherché en vain la note
comique, et ses efforts laborieux n'ont pas
porté. Quant au trio féminin qui accompagne
Manon en quelques-unes de ses aventures, il a
eu des accents qui témoignaient de fréquents
désaccords entre ces trois amies, d'ailleurs fata-
lement rivales.
Public froid et réservé, — certainement
plus que de raison en ce qui concerne
M"<= Horwitz, dont on regrettait en général de
LE GUIDE MUSICAL
87
voir compromettre le talent distingué dans une
épreuve au-dessus de ses forces : le réper-
toire de l'opéra comique est vaste, et il ne
serait pas difficile d'y faire un choix qui fût,
de tous points, favorable à 'intelligente artiste.
J. Br.
CORRESPONDA NCES
AMSTERDAM.— Première représentation
de Samson et DaUla de Saint-Saëns.
Commencée en 1867, Saint-Saëns n'a fini la
belle partition de Samson et Dalila qu'en 1872;
elle fut exécutée pour la première fois dans les
salons de M"" Pauline Viardot, en la même
année. Cet opéra, le plus remarquable que le
maître français ait écrit jusqu'ici, a été joué tout
d'abord en Allemagne; c'est au Théâtre grand -
ducal de Weimar que l'ouvrage de Saint Saëns
reçut le baptême théâtral, en 1877. Après Weimar,
c'est à Hambourg, Dresde, Berlin, Prague et Co-
logne qu'il fut représenté, et ce n'est que quinze
années plus tard, à la fin de 1892, que Samson et
Dalila, jugé digne de figurer dans le répertoire de
l'Opéra à Paris, y obtint un succès d'enthousiasme,
fut acclamé, ne quitte plus le répertoire et ne cesse
de faire des salles combles à Paris à chaque re-
présentation.
La place nous manque ici pour analyser la
partition si remarquable de Saint-Saëns comme
elle le mérite ; mais après l'avoir entendue et
réentendue, on comprend que Berlioz ait écrit en
1867 que Saint-Saëns deviendrait un des plus
grands musiciens de l'époque. Samson et Dalila
prouve d'un bout à l'autre que chez Saint-Saëns
l'inspiration égale le talent, l'érudition et le savoir.
Rien de banal, de trivial, de médiocre dans cette
partition de longue haleine, tout y trahit le
maître ; comme tout l'ouvrage est admirablement
écrit pour les voix, avec quelle « maestria » les
chœurs sont traités, il y a des moments sil-
lonnés par l'esprit de Bach; quelle orchestration
superbe, claire, sonore, sans excès de cuivre,
et, Dieu merci, quelle absence totale de disso-
nances et de duretés harmoniques! L'exécution
de Samson et Dalila fait le plus grand honneur à
M. Mertens, qui dirigeait lui-même. Notre excel-
lent contralto, M™'' Andral, une artiste comme
on en possède rarement en province, a été su
perbe dans le rôle de Dalila, et elle a été fort
bien secondée par le ténor Van Loo (Samson), Les
autres rôles étaient aussi en bonnes mains, les
chœurs ont fort bien chanté, l'orchestre a fait de
son mieux, et, en somme, la première représenta-
tion de l'opéra de Saint-Saëns, autant à Amsterdam
qu'à La Haye, est un grand succès pour M. Mer-
tens et ses pensionnaires.
Il m'a été impossible d'assister au concert donné
le second jour de Noël au Concertgebouw, mais
on me dit que la jeune violoniste Betsy Ganter a
été trouvée absolument insuffisante, et que votre
compatriote, M"" Julie de Cré, a été très favora-
blement accueillie, bien que le choix de ses mor-
ceaux n'ait pas été heureux et lui ait fait du tort. Il
paraît qu'à La Haye son succès a été complet et
légitime. Intérim.
ANVERS. — En attendant le Tannhœuser ,
l'œuvre qui nous a été promise dès le début
de la saison, M. Lafon vient de nous servir une
reprise de Werther. On n'a pas gagné au change;
car si Tanuhauser peut être considéré comme
appartenant encore à la première manière de
Wagner, l'œuvre n'en a pas moins un cachet de
noblesse et de grandeur, auquel ne pourra jamais
prétendre la nouvelle partition de Massenet.
Du reste, la création poétique de Gœthe n'a
pas été conçue en vue de la scène. Les libret-
tistes français ont essaj'é de donner plus de relief
aux personnages secondaires pour animer scéni-
quement le sujet, mais ils ont que médiocrement
réussi. On se demande également si la nouvelle
forme que paraît affecter ici Massenet est décidé-
ment u:i progrès dans le développement de son
talent peronnel.
L'exécution a été suffisante, à part quelques
indécisions dans l'ensemble.
M. Bonnard chante le rôle de Werther d'une
façon particulièrement agréable. Il serait plus
difficile de juger M. De Backer, dans le rôle
ingrat du mari de Charlotte. Notre excellent
baryton, d'ordinaire fougueux et entraînant, nous
a paru cette fois mal à l'aise. MmeMailly-Fontaine
nous plaît mieux dans un rôle à vocalises, tel
qu'Ophélie. La déclamation soutentie dans le
médium n'est pas favorable à sa voix, un peu
mince dans ce registre.
Les décors sont jolis et sont certes pour quel-
que chose dans le succès que notre public fait à la
pièce de Massenet.
Hei Meilief, la dernière création de Benoit, sera
encore donnée à Iseghem dimanche et lundi. La
première à Anvers est annoncée pour le courant
du mois.
Nous aurons aussi, dans le courant du mois, la
troisième séance de notre Kwartet-Kapel, séance
qui sera entièrement consacrée à Beethoven.
A. W.
>^^^^^
Li: GUIDE MUSICAL
BERLIN. — A la Philharmonie {concerts
populaires) : une rapsodie de Liszt, des frag-
ments de la Damnation de Faust de Berlioz, le finale
de la Walkyrie. le S» Symphonie en/a de Beetho-
ven, la Rapsodie norvégienne de Lalo, la Suite
de VArlésitnne et les ouvertures de Fidelio, Strucn-
sée, Pau/us, Riemi, Obérou, Ruy-Blas, Preciosa, Guil-
laume Tell. Loheiigrin, Parsifal, Mein Heim (Dvorak)
et Festacademische (Brahms). Cette dernière ouver
ture est en Allemagne ce qu'est la marche de
Rackocsy (Berlioz) en France : elle termine grand
nombre de concerts. Il est curieux de remarquer
que le thème de l'ouverture de Brahms est le
renversement de celui de la marche de Berlioz !
L'ouverture Mein Heim de Dvorak n'est qu'une
œuvre insignifiante, sans le moindre cachet per-
sonnel.
M. Max Freund a bien exécuté un monotone
concerto de Spohr, et le professeur Reimann a
déployé sa belle technique d'organiste dans la
toccata et fugue en ré mineur de Bach.
Les i5, i6, 17 décembre, à la salle Bechstein,
les récitals d'Antoine Rubinstein, consacrés aux
œuvres du grand virtuose et offerts exclusivement
aux artistes. Aux places d'honneur, les enfants
prodiges Koczalski, Simonson et Hoffmann.
Rubinstein reste toujours le roi du piano ; son
jeu est incomparable de souplesse, de puissance
et de grandeur. Il faut l'entendre jouer sa ro-
mance en/n majeur et son étude et mi bémol (pour
la main gauche) pour savoir jusqu'où peut aller
l'art du piano ! C'est dommage qu'il ne se fasse
plus entendre que dans ses compositions, compo-
sitions qui, en général, ressemblent plus à de
gigantesques improvisations qu'à de véritables
œuvres musicales. A part quelques instants, que
Rubinstein a pris au milieu de chaque séance pour
se reposer, il est resté, chaque fois, deux heures
au piano, modulant aussitôt après chaque compo-
sition, pour empêcher les applaudissements. Dans
le premier récital, il a joué les opéras 2, 3, 6, 7,
10, 14, 22, 23, 24, 26, 28, 36; dans le second, les
op. 37, 38, 44, Si, 53, 69, 71, 75, 77; dans le troi-
sième, les op. 81,82, 88, 93,104, 109 et la musique
de ballet de Feramoys et du Démon.
Le Richard Wagner-Cyclus s'est terminé à
l'Opéra par la colossale GœHerdammerung. C'est
M"»e Klafsky, du théâtre de Hambourg, qui a
chanté le rôle de Brunehilde, Rosa Sucher en
étant subitement empêchée. M"» Klafsky possède
une belle voix, surtout dans le registre aigu. Mal-
heureusement, sa mimique est trop convention-
nelle, pas assez spontanée. Gudehus, fort bien
disposé, a été très bon dans Siegfried. M. Stam-
mer caractériserait mieux le .personnage de
Hagen, si sa voix était moins belle !
Dans Siegfried, M. Lieban fait un excellent Mime.
La Sucher (Brunehilde) est imcomparable, de
même que dans la Walkyrie et dans Tristan, qui \
sont ses triomphes. '
La voix chevrotante de M™ Pierson rend le
premier acte de la Walkyrie insupportable. Que la
direction de l'Opéra conserve de pareils chanteurs
et en congédie comme le célèbre Rothmûlh, c'est
ce qui est tout à fait incompréhensible.
Le ténor Gôtze. indisposé, n'a pu chanter le
Walther des Maîtres Chanteurs : une véritable
déception pour ses nombreux admirateurs. Le rôle
d'Eva n'est guère écrit pour la Leisinger, dont le
jeu manque de naïveté. Par contre, M. Betz est
admirable dans Hans Sachs; un véritable « Meis-
tersinger «, lui.
Le dernier Kammermusik-Abend de M. Rummel
était consacré à Beethoven : Le trio en mi bémol
(op. 72) ; le quintette pour piano, clarinette, haut-
bois, cor et basse, dont l'andante compte parmi
les plus belles inspirations de Beethoven; le sep-
tuor et des Lieder écossais, fort bien chantés par
M"'" Herzog, de l'Opéra. E. B.
DRESDE. — Après les nombreux Pagliacci
qui se sont succédé ces dernières semaines,
la représentation de Fidelio a été comme une
renaissance artistique. Chanteurs et orchestre se
sont montrés à la hauteur de l'œuvre. C'est,
d'ailleurs, une salle comble qui les a acclamés.
Les éloges que M™" Wittich vient de recevoir
par écrit, de la direction, sont des plus mérités. . J
Cette excellente artiste, par son talent majestueux -^
et son zèle assidu, rend de grands services à notre *
Hoftheater. Jeudi dernier, le public ne lui a pae
ménagé les applaudissements. Fidelio est un ds
ses rôles préférés, elle y apporte un sentiment
profond uni à une réserve qui convient absolument
au personnage. M, Decarli restera longtemps
encore un artiste indispensable : personne ne
pourrait composer un meilleur Rocco. Le baryton
Perron, qui interprète le rôle ingrat du gouver-
neur, l'a conçu et exécuté avec une grande auto-
rité. Ce jeune artiste, toujours regretté à Leipzig,
occupe ici un poste important, quoique notre
éminent premier baryton, M. Scheidemantel, soit
souvent aussi sur la brèche : chacun d'eux a son
genre. Vendredi, on les a entendus tous deux
dans une représentation faite pour attirer la foule,
malgré des prix élevés. Au bénéfice de la caisse
de retraite des artistes, notre Hoftheater a donné
Orphée aux enfers d'Offenbach. Le public a géné-
reusement répondu à l'appel de la direction.
Sera-t-il aussi empressé pour les deux auditions
italiennes de M'"" Duse, qui a fait quadrupler les
prix ? Ce soir. M"'" Camil chante, pour la pre-
mière fois à Dresde, la GiUla de Rigoletto. Il y a
déjà plusieurs années, M. Scheidemantel, dans le
rôle du protagoniste, nous avait procuré une émo-
tion intense. Le rôle lui a été conservé.
La fin de l'année nous a causé la surprise,
LE GUIDE MUSICAL
39
depuis longtemps souhaitée, d"enlendre M™* Stern
comme soliste. Dans ses soirées annuelles de
musique de chambre, tout en exécutant supérieu-
rement sa partie, elle s'applique à faire ressortir
les autres instruments. Seule, elle déploie toutes
ses qualités de grâce et d'expression, en demeurant
une pianiste de haut style. De nombreuses de-
mandes l'appellent souvent dans les principales
villes d'Allemagne et de Suisse; aussi forme-t-elle
peu d'élèves, mais ceux que nous connaissons
prouvent que M"""^ Stern, qui a étudié avec Liszt
et Clara Schumann, sait communiquer le feu sacré
et les grandes traditions. Alton.
("^ AND. — M. Paul Boedri avait organisé,
~JC samedi dernier, 3o décembre, à Mont-Saint-
Amand, près Gand, un grand concert de charité
dont l'exécution du Paradis et la Péri de Schumann
formait le numéro principal.
De telles tentatives artistiques sont rares à Gand :
aussi tout le public mélomane de la ville s'était
donné rendez-vous dans la salie de l'hippodrome
de M. de Smet, obligeamment mise à la disposition
du comité organisateur. Les divers morceaux du
programme ont été admirablement exécutés, à la
satisfaction de l'auditoire infiniment moins froid
que l'atmosphère de la salle.
L'ouverture du FreischiUz, détaillée avec un fini
très satisfaisant, préludait au concert, tout entier
consacré, à part ce premier numéro, à la musique
chorale. Trois fragments du second acte du Vais-
seau-Fantôme, le chœur des fileuses, la ballade et
l'entrée d'Erik, venaient ensuite. Les chœurs ont
parfaitement rendu la couleur tour à tour éclatante
et subtile de ces pages magistrales.
Le chœur des Bohémiens de Schumann venait en
troisième lieu. Cette fantaisie descriptive si pleine
de pittoresque a été, elle aussi, interprétée avec
un ensemble remarquable et un sens des nuances
vraiment achevé.
Mais ce qui a réellement transporté l'auditoire,
c'est l'exécution de l'oratorio de Schumann, le
Paradis et la Péri.
On connaît la donnée de l'œuvre, empruntée au
poème the Paradise and the Pery de Thomas Moore.
L'orchestre seul, faute de répétitions, a montré
quelques faiblesses, principalement du côté des
cuivres. Quant aux chœurs, ils ont été parfaits :
résultat d'autant plus remarquable que, il y a
quelques semaines, les neuf dixièmes des exécutants
étaient étrangers à tous les principes du solfège
Les perles de la partition, le chteur des génies du
Nil, qui a la facture légère et la grâce élégante de
Mendelssohn, le thrène funéraire des deux jeunes
amants, enfin le chœur des houris, qui ouvre la
troisième partie, ont été merveilleusement rendus.
Les plus vifs éloges sont dus à M. Paul Boedri et
à tous les solistes, principalement à M™'^ Dirckx,
Ils ont bien mérité de l'art musical, que les Gantois,
depuis plusieurs années, boudent quelque peu.
M. Boedri n'avait fait que de légères coupures
(les n°s 22 à 2S de la partition).
Une seconde audition sera donnée au Casino,
dans le courant du mois de février.
La réussite de ce premier concert devrait encou-
rager le comité à organiser.l'an prochain, une exécu-
tion analogue d'une œuvre importante, le Francis-
CHS d'Edgar Tinel, par exemple, jiresque inconnu
en Belgique, et souvent exécuté en Allemagne.
L. D B.
JIÉGE. — A la seconde soirée de la Société
_J d'Emulation, le 3o décembre dernier, exé-
cution intégrale et soignée de l'Orphée de Gluck.
Au premier plan, faisait sa gracieuse appari-
tion le nouveau Cercle choral, recruté dans
l'élite des dames musiciennes de la société lié-
geoise ; puis, en seconde masse chantante, les
réputés Disciples de Grétry, soutenus par l'or-
chestre du Théâtre-Royal, formant un imposant
ensemble consciencieusement dirigé par un habile
musicien, M. Delsemme, professeur à notre Con-
servatoire.
Vif succès pour la partie chorale et orchestrale
et applaudissements chaleureux et justement mé-
rités pour IV^'^de Saint-Moulin, le réputé contralto,
et M"" Joachim-Terfve, professeur de chant en
notre ville, dans les récits et airs pathétiques du
chef-d'œuvre de l'art lyrique
Prochainement, au profit d'une institution cha-
ritable, dans les mêmes artistiques conditions,
seconde exécution de VOrphée. à laquelle il faut
prédire public nombreux et plus profonde admi-
ration encore. A. B. O.
NOUVELLES DIVERSES
Nous avons annoncé que M. Siegfried Wagner
viendrait, cet hiver, diriger à Bruxelles un con-
cert symphonique.
Ce concert, organisé par la maison Breitkopff et
Haertel, est fixé au dimanche 1 1 mars. Il aura lieu
dans la salle de l'Alhambra.
M. Franz Servais a accepté la mission de pré-
parer les études d'orchestre, afin d'épargner à
M. Siegfried Wagner le long travail des répéti-
tions. Il reconstitue à cet effet l'orchestre sympho-
nique de ses u concerts d'hiver i>, qui ont laissé à
Bruxelles de si vifs souvenirs artistiques.
Bien que le programme du concert ne soit pas
encore définitivement arrêté, VIndépendance croit
savoir que M. Siegfried Wagner se propose de faire
un choix parmi les pages syraphoniques dont il a
40
LE GVIDE MUSICAL
dirigé l'exécution, à Bayreuth, à Leipzig et à Ber-
lin, avec un succès dont toute la presse allemande
a retenti. On nous signale notamment : l'ouver-
ture de FreyschiUz de Weber; un morceau d'or-
chestre de M. Humperdinck, ami de Richard
Wagner et professeur de composition de son fils;
le poème symphonique de Liszt, le Tasse; et de
Wagner, le « Rheinfahrt » de la Gœtterdœmmerung,
le prélude de Tristan et Isolde, Siegfried-Idylle et
l'ouverture du Vaisseau- fantôme.
Cette audition sera, sans nul doute, un des
événements sensationnels de notre saison musi-
cale.
■4* Lohengrin vient d'être donné pour la première
fois à Bucharest, par la troupe d'opéra italien. Le
succès a été très vif, bien que le public roumain
soit encore peu familiarisé avec l'œuvre de Wag-
ner. Les pages les plus importantes n'en ont pas
moins été vivement applaudies.
Lohengrin a été, du reste, admirablement monté.
Décors et costumes sont riches et magnifiques.
L'interprétation a dépassé les espérances qu'on
pouvait concevoir en face d'une pareille œuvre
Le chef d'orchestre, M. Spetrino, a été appelé sur
la scène au milieu des bravos de toute la salle
ainsi que le jeune peintre, M. Roméo Giorolamo
qui a brossé les décors, d'une beauté rare.
M™« Cerne Wulmann, dans le rôle d'Eisa, a été
parfaite comme cantatrice et comme comédienne
M. Signorini, qui porte fièrement l'armure du che
valier du cygne, a étonné et captivé, comme d'ha
bitude, tout son auditoire. M™" Irma de Spagni
dans le sombre personnage d'Ortrude, a montré
un grand talent de comédienne.
J^ Le 24 décembre a eu lieu à Nantes une
fête musicale qui a produit une vive impression
dans les cercles artistiques de cette ville : la pre-
mière audition de la Walkyrie. L'exécution avait
été organisée au Cercle des Beaux-Arts par un
groupe d'amateurs, grands admirateurs de Wa-
gner, ayant à leur tête notre collaborateur
M. Et. Destranges. Quoique montée dans des
conditions insuffisantes, — l'orchestre ne se com-
posait que de deux quatuors à cordes et de
deux pianos, et les interprètes chantaient en tenue
de ville, — l'œuvre a produit une sensation énorme,
et cela malgré l'absence de toute figuration ou
mise en scène. La traduction adoptée était celle
de M. Ernst, qui, comme on sait, s'est efforcé de
suivre scrupuleusement, dans sa prose rythmique,
la partition allemande et d'en reproduire exacte-
ment tous les rythines. M. Ernst a prêté person-
nellement son concours â cet intéressant essai.
Les différents rôles ont été chantés avec beaucoup
de talent, principalement par M™" OrioUe, Riom,
Baudry, et par MM. Séchez et Mahaud. M. Mi-
ranne, l'habile chef d'orchestre du théâtre, diri-
geait.
J^ Un petit opéra de M. E. Humperdinck,
Hcensel und Greiel (Jeannot ef Margot;, vient d'être
donné avec le plus vif succès au théâtre de Mu-
nich, les 3o et 3i décembre iSgS, sous la direction
de Hermann Levi Le poème a été écrit par la
sœur de M. Humperdinck.
Le livret est la mise en action d'un conte de
Grimm, ou plutôt recueilli par Grimm. qui a pour
sujet les misères et les joies de deux pauvres
enfants du peuple, qui, à force d'industrie et de
grâce naturelle, arrivent à surmonter tous les
obstacles semés sur leur route. La presse alle-
mande en loue à la fois le sentiment très poétique
et l'écriture très châtiée.
Le poème n'a pas obtenu moins de succès que
la partition de M. Humperdinck, que la presse est
unanime à louer comme une œuvre d'un charme
et d'une originalité exceptionnelles. Depuis la
Sauvage apprivoisée de Goetz et le Barbier de Bagdad
de Cornélius, aucune œuvre allemande n'avait été
accueillie avec autant de faveur.
Les interprètes étaient M"'^ Borchers (Gretel) et
Dressler (Haensel). Le compositeur a été rappelé
six fois sur la scène.
Ce conte de fées avait été déjà joué, le 23 dé-
cembre 1893, à Weimar; il vient d'être représenté
également, le 5 janvier 1894, ^ Karlsruhe, sous la
direction de Félix Mottl.
■^ Le Berliuey TageblaHnous apprend que M. Fé-
lix Mottl, le célèbre chef d'orchestre de Carls-
ruhe, vient de recevoir le titre de « General-
musikdirector ».
*&♦• La première représentation du Vaisseau-Fan-
tôme, de Wagner, a eu lieu mercredi, à Genève,
devant une salle enthousiaste.
L'ouvrage, qui comporte un décor grandiose,
est superbement monté et fait le plus grand hon-
neur à M. Dauphin, directeur du Grand-Théâtre
de Lyon et de celui de Genève.
L'interprétation est excellente et les artistes ont
été vivement acclamés,
■4* Nouvelles de la saison des théâtres d'Italie.
A Milan, à la Scala, ainsi que nous l'avons dit,
la grande saison a été ouverte par la Walkyrie qui
a été mal donnée, et n'a pas porté.
La Forsa del destina a eu, au théâtre Bellini de
Naples, un grand succès, où l'on a applaudi beau-
coup la chanteuse, M™" Elisa Ferrari.
A Gênes, au Carlo-Felice, l'opéra Manon Lescaut,
de M. Puccini, a eu un grand succès pour la
musique et pour les interprètes.
A Crémone, au théâtre Ponchielli, on a donné
deux opéras : Z Pagliacci et le Petit Haydn, qui ont
plu tous les deux.
A Vérone, Manon Lescaut de Puccini, donné au
Philharmonique, a eu im succès enthousiaste.
A Palerme, IVespri siciliani, donnés au Politeama
Garibaldi, ont eu beaucoup de succès, le soir du 27.
Même accueil au Municipale de Modène à Riga-
letto.
Au théâtre Reynach de Parme, accueil favo-
rable a Cavalkria rusiicana, donné comme partition
d'ouverture.
LE GUIDE MUSICAL
41
La Gioconda, qui a inauguré la saison des Rin-
novati, à Sienne, a été un grand triomphe pour les
artistes qui l'exécutaient.
Et de même il en a été pour le Riiy Blas, donné
au théâtre de Rimini.
En résumé, la saison se présente assez avo-
rab'.cment.
^ La société musicale de Varsovie ouvre une
souscription pour l'érection d'un monument à
Frédéric Chopin.
•§H- On écrit de Toulouse :
Le théâtre du Capitole vient de donner avec le
plus grand succès la Phryné, de C. Saint-Saëns.
Les artistes se sont montrés à la hauteur de
l'oeuvre, et l'orchestre, sous l'habile direction de
M. Raynaud, a parfaitement rendu la délicate
partition du maître français.
^ Il est toujours curieux de feuilleter les
collection de vieux journaux. On y fait des trou-
vailles bien intéressante. Dans la Revue et Gazette
Musicale, du 20 septembre i863, nous trouvons
une série d'article sur V Anneau des Nibelungen, par
R. Wagner. Voici la conclusion du troisième et
dernier article :
« Quant à nous, on sait déjà notre opinion.
\S Anneau des Nibelungcn n'est qu'un conte légen-
daire, dont nous abandonnons la valeur poétique
à des juges plus compétents, plus experts surtout
dans la langue allemande.
« Comme œuvre dramatique, l'auteur nous parait
avoir composé quelquechose d'aussi absurde, mais
de beaucoup moins amusant que le. Pied de Mouton,
les Pilules du diable et autres féeries de même force.
Ce qui nous étonne le plus, c'est qu'un musicien
ait méconnu la musique au point de croire que
V Anneau desNibeluiigen fût prop e à en inspirer, nous
ne disons pas de bonne, mais de tolérable, et que,
s'il existe dans l'univers un seul homme capable
d'en écrire sur ce texte, il put s'en rencontrer un
seul acte en état de l'écouter «
Cela est signé : J. Duesberg et S"".
Que diraient ces excellents critiques en voyant
les recettes phénoménales de la Walkyrie à l'Opéra-
Comique.
+4* Le retour de la Damnation de Faust sur les
affiches du Concert du Chàtelet, à Paris, n'est
jamais un événement imprévu. Pour l'instruction
des critiques et des amateurs d'aujourd'hui, nous
reproduisons deux extraits de journaux anglais de
1847, où l'on verra que Scudo n'avait pas le mo-
nopole de l'insanité :
« On parle toujours beaucoup de la Damnation de
Faust de Berlioz. Ce monstre musical a été exécuté
depuis tantôt quinze jours; mais trois heures de
musique sans mélodie, sans science et sans
charme sont, on le sait, de dure digestion.
M. Berlioz poursuit depuis quinze ans le public
par ses compositions. Cependant le public reste
froid, et les vrais artistes haussent les épaules en
voyant les signes d'admiration prodigués si béné-
volement à l'auteur par quelques partisans en-
thousiastes et peu connaisseurs, aux yeux desquels
il s'est posé comme un talent méconnu et incom-
pris. Hector Berlioz n'a pas de génie musical; il
méprise les phrases de chant, parce qu'il n'en
peut pas créer. Il méprise la science parce qu'il
n'a pu l'acquérir, ayant fait des études tardives et
superficielles. Le seul mérite qu'il ait, c'est de
trouver parfois de nouveaux effets d'orchestre
assez piquants. Dans l'œuvre dont il est question
aujourd'hui, qui est, du reste, assommante par sa
longueur, on remarque une marche hongroise qui
n'est pas de lui, mais qu'il a fort bien orchestrée,
et qui fait d'autant plus d'effet que le reste est plus
insignifiant Quant à Faust, il est damné. »
Ceci est de l'Observateur français, de Londres.
De son côté, le correspondant du Musical World
écrivait :
« L'ouvrage de Berlioz est, ainsi que tout ce que
ce compositeur a fait jusqu'ici, aussi dénué de
formes que la terre avant la création. Une indomp-
table volonté et une patience digne d'un meilleur
objet ont été employées dans cette composition ;
mais cela en pure perte, car on ne trouve dans
cette œuvre ni les conditions naturelles de l'art,
ni l'expression poétique des sentiments et des
situations qu'elle prétend rendre. M. Berlioz tient
en grand mépris les règles du contrepoint et les
nécessités du rythme. Sans contrepoint, il n'y a
pas d'harmonie; sans rythme, la mélodie est
impossible ; et sans rythme ni harmonie, il n'y a
pas de musique. M. Berlioz décore ses composi-
tions du nom de musique, mais le nom seul y
figure : la chose en est absente. D'où vient alors
la position qu'occupe M. Berlioz? De l'admiration
forcée des artistes, vivant dans une crainte conti-
nuelle de cette plume qui fait et défait les réputa-
tions dans le premier journal français ; ou peut-
être doit il sa célébrité à la tolérance et à l'indul-
gence de ses confrèrss, les critiques des autres
journaux : célébrité d'ailleurs aussi fantastique et
aussi dénuée de fondement que sa musique. Du
reste, nous cro^'ons que le dernier ouvrage de
M Berlioz porte la trace de ses défauts plus
encore, si c'est possible, que tout ce qu'il a pro-
duit jusqu'ici. »
BIBLIO GRAPHIE
ONT paru, chez Muraille, à Liège, Trois Chan-
sons et Poèmes d'antan par M. Jean Marlin.
Il y a des pièces charmantes dans les deux
recueils de M. Marlin; ce sont celles d'un carac-
tère tendre, Saint-Nicolas, Fleurs berceuses et Noël;
dans la gaucherie de la facture, on perçoit un
sentiment réel et savoureux. Nous aimons moins
les pièces plus développées, VEnfant grec, la
GrandWIère, dans lesquelles l'effort du musicien
s'essouffle, le sujet étant trop vaste, trop compliqué
et trop lyrique pour son talent de demi-teinte.
E tonus cas, les ocmpositions de M. Marlin
ont de la couleur, et, malgré certaines incorrec-
tions de facture, ne manquent ni d'élégance ni
d'originalité.
42
LE GUIDE MUSICAL
NÉCROLOGIE
Sont décèdes :
A Bordeaux, à l'âge de soixante-treize ans,
M. Théodore Blanzini, compositeur, qui eut
son heure de vogue. II donna des opérettes sur
plusieurs théâtres de Paris et de la province. Il
était le fils de Félix Blanzini, qui fit représenter
de nombreux ouvrages à l'Opéra-Comique, au
commencement de ce siècle.
•!<• A Vienne, le Hofcapellmeistir B Randhar-
tinger, compositeur jadis populaire de lieder et
d'oeuvres chorales. Il était âgé de quatre-vingt-
onze ans.
Benedict Randhartinger, né en 1802, avait été
un condisciple de Fr, Schubert, avec lequel il
avait étudié chez Salieri et où il avait connu éga-
lement Beethoven. Il avait été le premier qui eût
chaulé publiquement des Lieder de Schubert, car
il chantait et appartint longtemps comme exécu-
tant à la chapelle de la cour, avant d'en devenir
le capellmeister, en 1844. Il avait pris sa retraite
en 1864 Ses compositions sont à peu près oubliées;
elles comprennent plusieurs symphonies, vingt
messes, soixante motets, des quatuors, des choeurs,
des Lieder et un opéra, le RoiEnzio.
•ï* ASaint-Josse-tenNoode(Bruxelles), M"'' Ma-
rie-Pauline-Joséphine Héris, veuve d'André Van
Hasselt, à l'âge de soixante dix-neuf ans. Elle
avait été la compagne dévouée du poète qu'elle
avait soutenu avec son admirable courage au
cours de son ingrate carrière.
M"" André Van Hasselt était une charmante
femme, une fine lettrée, d'une culture étendue.
Elle jouissait d'une santé qui semblait la mettre
pour longtemps encore à l'abri de la maladie. Et,
effectivement, cette souriante septuagénaire est
morte subitement sans une infirmité, après un
heureux commencement de vieillesse sereine et
calme. Avec ses bandeaux blancs et sa figure aris-
tocratique, on croj'ait voir quelque portrait très
ancien de marquise, au temps où les femmes
étaient reines dans les lettres.
L'inhumation de M""' André Van Hasselt a eu
lieu mardi dernier, au cimetière de Saiiit-Josse-
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
C. SAINT-SAËNS
OP. 82
LA FIANCÉE DU TIMBALIER
Ballade de VICTOR HUGO
Partition d'orchestre ....
Parties d'orchestre ....
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Prix net, Fr. 10 —
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2 50
» „ 3 _
» j) 4 —
LE GUIDE MUSICAL
ten-Noode, où reposent les cendres du poète, son
mari.
^ A Strasbourg, le docteur E. Strohl, ancien
professeur à la Faculté de médecine, mélomane
et compositeur distingué. Né à Strasbourg, en
1814, le docteur Strohl s'étaient spécialement
intéressé, il y a quelque cinquante ans, à l'orga-
nisation du chant choral à Strasbourg. C'est avec
lui que le docteur Kùss, Decker, Nicollet, Des-
trais, Thomas et quelques autres de ses contem-
porains, qui tous devaient le précéder dans la
tombe, fondèrent, en 1840, la Société chorale,
aujourd'hui réunie à l'Union musicale. Lors de la
première fête des Chanteurs alsaciens, célébrée à
Strasbourg en iS56, le docteur Strohl fut appelé à
présider le comité central chargé de l'organisation
ce cette grande fête orphéonique, à la suite de
laquelle fut créée l'Association des sociétés cho-
rales d'Alsace, dont il allait être, pendant plusieurs
années, le président. Les chanteurs exécutèrent
à ce festival les Enfants de la France^ un chœur que
M. Strohl avait composé sur des paroles de
Béranger. Ses chœurs d'hommes, avantageusement
écrits pour chaque partie vocale, sont tous d'une
inspiration généreuse, et ils comptent au répertoire
préféré des sociétés alsaciennes.
De 18S3 à i855, le docteur Strohl fut à la fois
président et directeur de la Chorale. Louis Liebé
ayant pris la direction de la Société, en i856,
M. Strohl continua sa présidence pour ne l'aban-
donner qu'en 1867. Depuis iS83, il était président
de la Société de l'Eméritat dos artistes musiciens
de Strasbourg, au comité de laquelle il était entré
en 1873, en remplacement de M. Kern, auquel il
succéda, en outre, au Conservatoire, comme pré-
sident de la commission des études, commission
dont il s'est toujours montré un des membres les
plus assidus. A. O.
DE LA MAISON
BREITKOPF & H^RTEL
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Yient de paraître :
J.
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Nos I. latermezzo, la mineur
2. Intermezzo, la majeur
3. Ballade, sol mineur
4. Intermezzo, /a mineur
5. Romanzo,/^ majeur
6. Intermezzo, mi bémol m^
Op. lig.
net fr. 5 —
Nos j_ Intermezzo, si mineur
2. Intermezzo, mi mineur
3. Intermezzo, do mineur
4. Rapsodie, do bémol majeur.
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envoyé franco à toute personne qui en fait la demande
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HARmONIUMS
44
LE GUIDE MUSICAL
RÉPERTOIRE DES THEATRES ET CONCERTS
Paris
Opéra. — Du i*" au 5 janvier : Faust. Gwendoline,
la Maladetta. Gwendoline, la Maladetta.
Opéra-Comique. — Du i"' au 6 janvier : Fra Diavolo,
les Folies amoureuses Zampa, Lalla Roukh. Mignon,
le Maître de chapelle. L'Attaque du moulin Lakmé.
L'Attaque du moulin.
Concerts d'Harcourt. — Mercredi 3 janvier. Pro
gramme: Réminiscenceb d'Ossian(Gade); Méditations
iGigout); Scherzo-tarentelle (Wieniawskij, M. de
Guarnieri ; Concerto (Rubinstein), M . F. Délia
Sudda; Invocation à Pan iGounod); Pièces d'orgue,
M. Gigout; Air de Sigurd (Reyer), M. Vives; Pièces
pour piano seul, M. Délia Sudda; Choral (Boellmann).
LES CONCERTS DU DIMANCHE
g' Concert Lamoureux (Cirque des Champs-Elysées).
— Programme : Symphonie en ut mineur (Beethovenj;
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
Propriétaires des œuvres de TsehaîkoWKky. Qottschaik, Prudent, Allard
des Archivrs du piano et de la célèbre AlétlioUe de pinno A. £e 4'ar|ientler
Seuls dépositaires de l'Edition Charnot, spécialement consacrée à la musique de violon
P. TSCHAIKOWSKY
ŒUVRES POUR ORCHESTRE
Op. 34, Sctierzo-valse pour violon
Partition (copiée) ....•.■
Partses séparées. . . .... 5 »
Parties supplémentaires cordes chaque i »
Op. 35. Concerto en «majeur pour Aiolon
Partition 12 »
Parties séparées . • 18 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. 36. Quatrième symphonie en /a mineur :
Partition 25 »
Parties séparées 35 ■>
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 39. Douce rêverie et Valse, pièces ex-
traites de l'Album d'enfants
(n"s 21 et 8), arrangées pour instru-
ments à cordes.
Partition i "
Parties séparées 2 »
Parties supplémentaires . . chaque » 5o
Op. 43. Première suite d'orctiestre :
1° Introduction et fugue ; 20 Divertisse-
ment ; 3» Andante ; 4» Marche minia-
ture; 5' Scherzo; 6» Gavotte.
Partition 20 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 43. Marotte miniature e.xtraite delà suite :
Partition 2 5o
Parties séparè^'s 3 »
Parties supplémentaires cordes 1" et 2''
violons seulement. . . . chaque i »
Op. 44. Deuxième Concerto en sol majeur
piano :
Partition 20 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 «
Violon solo I 25
Violoncelle solo i 25
Op. 45. Capriccio italien :
Partition i5 »
Parties séparées 25 »
Parties supplémensaires cordes chaque 2 »
Op. 48. Sérénade pour instruments à cordes :
I" Pièce en lorme de sonatine ; 2° Valse ;
3° Elégie; 4° Finale (thème russe).
Partition Sa
Parties séparées 10 «
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. 49. Ouverture solennelle :
Partition 10 «
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 53. Deuxième suite d'orctiestre :
I» Jeu des sons ; 2» Valse; 3" Scherzo hu-
moristique; 40 Rêves d'enfant 5" Danse
baroque, style Dargomijsky.
Partition 25 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 55. Troisième suite d'orctiestre :
i" Elégie ; 20 Valse mélancolique ;
3o Scherzo ; 4° Thème avec variations.
Partitiion 3o »
Parties séparées 35 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 56. Fantaisie en sol majeur pour piano,
dédiée à M™'' Essipoff.
Partition 10 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 58, Manfred, symphonie en 4 parties,
d'après Byron :
Partition . . . . 40 «
Parties séparées 72 ■>
Parties supplémentaires cordes chaque 4 »
{A suivre)
LE GUIDE MUSICAL
45
f;hasse et Orage des Troyens (Berlioz); Symphonie
fantastique (Berlioz!; Marche funèbre d'Hamlet (Ber-
lioz); Ouverture des Maîtres Chanteurs (R Wagnei),
12» Concert Colonne (Chàteleti — Première partie :
Wallenstein (V. d'Indy); air de Zurgn, des Pécheurs
de perles (G. Bizeti, M. Claeys ; Havanaise, pour vio-
lon (C. Saint-Saëns), M Marsick; Concerto pour trois
clavecins (J.-S. Bach). MM. Louis Dièmer, Nieder-
hofheiin et Joseph Thibaud. — Deuxième partie : les
Deux Ménétriers, mélodie poésie de J Richepin
(César Cui>. M. Lorrain'; Cavatine pour violon (Cé-
sar Cui), M. Marsick; quatre poésies de J. Richepin,
mélodies : Où vivre. — Larmes, — les Songeants, —
les Petiots (César Cui). M"^ M. Fregi et M. Engel ;
le Prisonier du Caucase, première audition (César
Cui) : air d'Aboubeker, M. Claeys, — Danses circas-
siennes.
Bruxelles
Théâtre roval de la Monnaie. — Du i" au g jan-
vier : Orphée. Carmen. Sigurd. Orphée. Manon Re-
lâche. Manon Lohengrin. Orphée.
Concerts (populaires, sous la direction de M. Joseph
Dupont (22" annéei — Dimanche y janvier, â i h. J^
précise, au théâtre de la Monnaie, Concert extraordi-
naire sous la direction de M. Hermann LE VI,
maître de chapelle de la cour royale de Bavière et
chef d'orchestre des théâtres de Munich et de Bay-
reuth —Première partie : Huldigungs.Marsch(R Wag-
ner); Siegfried-Idyll(R, Wagner); Prélude de Parsifal
(R. Wagner); Scène de l'enchantement du 'Vendredi-
Saint, 3« acte de Parsifal (R Wagner) — Deuxième
partie : Huitième symphonie en fa majeur(Beethoven).
Théâtre des Galeries. — Miss Robinson. - Matinée,
dimanche, à i h. }/^.
Alcazar royal. — Bruxelles- Port de mer.
Vienne
Opéra. - Du 2 au 8 janvier : Puppenfee et les Joyeuses
Commères de Windsor. Hans Heiling. Sylvia et Pa-
gliacci. L'Africaine Le 'Veilleur Les Femmes mé-
tamorphosées. Robert et Bertrand et 'Valse viennoise.
Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg. Excelsior.
An der Wien. — Une pauvre fille. Le Baron des Tsi-
Concerts Schott
/eudi z^'' février 18Q4, à 8 heures du soir
DANS LA
SALLE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE LA GRANDE-HARMONIE
S O I R, É E]
DONNÉE PAR
Rime
1. Fantaisie pour piano et violon,
op. iSg F. Schubert
Andante molto — Allegretto
Andantino (Sei mir gegriisht)
Allegro — Presto.
2. La Fée d'amour, morceau ca-
ractéristique de concert pour
violon et piano J. Raff
(Edition Sarasate.)
3. a. Polonaise-Fantaisie . . . Chopin
*. Etude en forme de valse , , Saint-Saëns
M™e Bertha MARX
PROGRAMME
4- Quatre danses slaves p' violon Dvorak
a. Lento gracioso. — b Allegro
c. Allegretto gracioso. — i. Presto
M. SARASATE.
S. a. Le Rossignol . . . . )
b. VI' Rhapsodie (piano seul) \
Mme Bertha MARX
Liszt
Sarasate
6. Sérénade andalouse. .
M. SARASATE
PIANO DE LA MAISON ÉRARD
Accompagnateur : M. Otto GOLDSCHMIDT
PRIX DES PLACES I Places numérotées (centre) 8 francs
Estrade (chaises numérotées) 8 francs i Places non numérotées (centre) 5 »
Galeries de côté (numérotées) 8 » ' Galeries de côté (non numérotées). ... 4 »
Adresser les demandes directement à MM. SCHOTT frères, éditeurs, Montagne de la Cour, 8 2
PIANOS ET HARMONIUMS
H. BALTHASAH-FLOREITCE, ITAMUH
; Fournisseur de la Cour, Membre des Jurys Anvers 1885, Bruxelles 1888.
Prix-courants illustrés franco
46
LE GUIDE MUSICAL
ganes. Fledermaus. L'Enfant du dimanche. Les
Cloches de Corneville.
Berlin
Opéra. — Du i"' au 7 janvier : Lohengrin. Djamilé,
Puppenfee et Pagliacci. Cavalleria et le Barbier de
Séville. L'Africaine Faust Concert par l'orchestre du
théâtre. Le Vaisseau -Fantôme (5o« anniversaire de la
première représentation à Berlin),
Théâtre Friedrich Wiliielmstadt. — Le lieutenant
de marine.
Dresde
Opéra. — Du i" au 6 janvier ; La Reine de Saba.
Rigoletto, Représentations de M""^ Duse. Sinfonie-
Concert. Les Enfants du steppe.
FABRICATION ET RÉPARATION
D'INSTRUMENTS fl CORDES ET A ARCHETS
VENTE, ÉCHANGE ET ACHAT
d'Anciens Violons, Altos, Violoncelles, etc.
COR, D ES
de fabrication italienne, allemande et français
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40'' année 14 Janvier 1894 numéro 3
SOMMAIRE
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Michel Brenet : Les Concerts historiques.
Hugues Imbert : César Cui au concert
Colonne.
Marcel Remy : L'incendie des décors de
l'Opéra.
Maurice Kufferath : Hermann Lévi à
Bruxelles.
<ttl|rontqut bc la Semaine : Paris, concerts divers;
Bruxelles, petites nouvelles.
Corresponbaïues : Anvers, Berlin, Dresde, Liège,
Verviers.
Nouvelles diverses — Bibliographie.
Nécrologie. — Répertoire des théâtres.
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ES compagnies d'artistes errants
promènent de ville en ville, en
Italie, un répertoire d'opéras po-
pulaires, œuvres sympathiques, faciles et
abondamment riches de mélodies aimables.
Dans ce répertoire, logent une quantité de
compositeurs qui quittent peu le pays; c'est
un théâtre presque nouveau pour le voya-
geur : VIsabella d'Aragoiia de Pedrotti, la
Notte dî Natale de Pontoglio, // nuovo Fi-
garo de Ricci — dont nous ne connaissons
que le Crispino. — IlBravo de Mercadante,
Don Procopio de Fioravanti, leEducande di
Sorrejiie de Usiglio et les oeuvres de Mar-
chetti et de tant d'autres — sans parler des
universellement connus : Verdi, Bellini et
surtout Donizetti, le bergamasque grande-
ment fêté et traditionnellement représenté,
chaque année, à l'époque de la foire, à
Bergame, dans le vilain bâtiment qui sert
de théâtre, à côté de l'octroi.
Ces troupes de passage se casent dans
les théâtres de deuxième et de troisième
ordre, que l'on trouve un peu partout :
vastes salles claires, aux murs droits percés
de loges de haut en bas.
Les bagages sont vivement ouverts et les
grandes diableries musicales emménagent,
n'importe comment, dans des décors d'oc-
casion, avec des accessoires qu'on rafistole
et qui font toujours l'affaire.
Ces représentations fantaisistes, absolu-
ment nationales, devant un public pas-
sionné, sont des soirées curieuses.
Dans la ville, c'est un événement, le sé-
jour de ces colporteurs d'opéras. Tout le
monde parle de la Conipagnia di canto et
discute le mérite, le renom des artistes.
Cela devient le gros sujet des préoccupa-
tions, l'objet de toutes les conversations,
à la promenade, au café.
Bien avant l'allumage des lanternes, la
foule se tient autour du bâtiment.
Pour pénétrer dans le théâtre, il faut pas-
ser à deux guichets : au premier, on prend
un carton qui constitue le simple droit
d'entrée; au second, on verse un supplé-
ment, qui désigne la catégoiie de place
que l'on aura le droit d'occuper.
La salle est spacieuse, blanche, sans bal-
C011. Les galeries, quand il y en a, ne font
pas saillie. Au dessus de la scène, une
grande horloge marque froidement le temps
qui passe. Sur les murs, en grosses lettres :
vietato funiare.
Les musiciens allument leurs petites bou-
gies, et le maestro prend place, non contre
le théâtre, mais contre le public, de manière
à avoir son orchestre devant soi, entre son
bâton et la scène. Le souffleur n'est pas
dissimulé sous une boîte : on voit un mon-,
sieur grave dont la moitié du corps émerge
d'un trou dans le plancher du prosce-
nium.
Le maestro fait le beau, l'air fort satisfait
de dominer tout ce monde et de se savoir
regardé. Il conduit avec des gestes tra-
giques ; il manie son bâton comme un tam-
bour-major joue de la canne; il fait des
tours avec des élégances adroites, qui s'en-
lacent comme pour aller piquer des notes
au vol ~ et il tourne les pages de sa par-
tition en froissant le papier avec un magis-
tral orgueil, une imposante négligence.
Les acteurs aussi posent horriblement;
ils font la roue avec une morgue agaçante.
La basse tonitruante fronce le sourcil à la
52
LE GUIDE MUSICAL
Jupiter ou bien exagère son caractère et
prend le type effrayant de ces mouchards
qui rôdent dans les vieux mélos. Le ténor
a une tète de mirliflore, qui vend de la nou-
veauté. Ce chanteur crie de toute son âme;
il s'époumonne consciencieusement et le
sang lui boursouffle la figure. Pour attaquer
un morceau, il se campe solidement de
l'air de vous annoncer : Vous allez voir...
11 prépare la phrase à efiet, la sert préten-
tieusement, garnie de gestes arrondis, de
grands yeux perdus et de signes des doigts,
le tout vous disant : Savourez-moi donc
cela...
Quand les chœurs donnent, le souffleur
s'agite ; il est aussi armé d'un bâton et rem-
plit l'office de chef du chant. Il crie, chante,
bat la mesure, gesticule furieusement — et
l'ensemble se termine, brusquement, sur un
accord sèchement frappé, laissant tout le
monde immobile, un effet qui veut étonner
l'auditeur.
Après un silence, qui donne le temps de
se remettre de cette petite émotion ravie,
des salves nourries partent de tous les côtés,
bruyantes, roulant par toute la salle. Les
artistes ont un sourire de suffisance à peu
près satisfaite ; le jeu de leurs sourcils,
leur moue pincée expriment une infatuation
qui ne s'étonne pas de ce succès fort natu-
rel. Mais, dans ce public prompt aux ma-
nifestations, il y a le plus souvent dans les
bravos un ou deux chuts ; des mécontents,
des difficiles qui assurent à haute voix
qu'ils ont entendu déjà ce morceau bien
autrement chanté. Les artistes interrom-
pent leur rôle pour répondre aux bravos,
les morts se relèvent et les femmes arrêtent
leurs larmes pour vous remercier d'un sou-
rire. C'est le cabotin trônant.
Après les grands effets tempétueux du
finale, le public, absolument transporté,
s'enflamme d'une frénésie d'enthousiasme
et rapelle et rappelle toujours.
Le rideau ne se relève pas. Dans le rideau
est pratiquée une ouverture basse devant
laquelle pend une tenture. Un valet vient
lever cette tenture, et les acteurs passent
pour venir sur le proscenium saluer le pu-
blic. Alors, ils remercient avec effusion,
donnant les marques d'une joie complète ;
les hommes, la main sur la poitrine, les
femmes en faisant des ronds de bras comme
des danseuses de corde. Et si le succès
persiste, mutuellement, devant le public
empoigné, ils se serrent les mains avec
bonheur, se présentant entre eux des con-
gratulations réciproques et triomphales.
Après ce glorieux assourdissement,
l'entr'acte n'amène qu'un calme relatif. Le
monde, fébrile, se remue, se retourne, ba-
varde, interpelle des voisins. C'est une agi-
tation de toilettes claires, gaies, de figures
épanouies, encadrées de grosses chevelures
sombres sous des chapeaux blancs et roses,
un mouvement nerveux de petites ma-
nières coquettes, un va-et-vient d'évantails,
un bruit de rires qui partent au milieu d'un
long caquetage gazouillé et d'un continu ,
bourdonnement confus.
De la platea — au fond du parterre, ou
les flâneurs restent debout et viennent, pour
peu de chose, voir un bout de représenta-
tion — s'élève un brouhaha de discussion, ;
de colloques, de conversations jacassées.
Un garçon annonce d'une grosse voix qu'il
vend des bonbons et de la gazosa fresca.
Beaucoup de spectateurs s'arment d'un fla-
con de limonade, et de partout éclatent des
détonations de débouchage, et on boit au
goulot.
Quand ce public sans façon trouve que
l'entr'acte a suffisamment duré, il demande
le rideau en sifflant et en applaudissant.
Devant un pareil auditoire, on n'ose
guère donner des opéras trop connus —
comme la Favorite; tout le monde chante;
les artistes écoutent la salle ou se fâchent,
et pendant les passages qui n'intéressent
pas, on cause, on boit, on mange ou bien
on sort pour revenir, quelques instants
après, voir où en est la pièce.
L'allure faussement superbe de cette mise
en scène ratée, le pompeux gauche de ce
théâtre, qui fait du luxe à bon marché, s'an-
noncent dès la porte par des adjectifs enflés
qui font le boniment sur l'affiche. C'est la
Serata d'onore dell' attrice amorosa ou illus-
trissima, et le dramma lirico est un intéres-
sante lavaro sempre ben acceito. Cette em-
phase blagueuse, cette grandeur convaincue
choquent étrangement dans ces loques
LE GUIDE MUSICAL
53
d'occasion, dans ces nippes de rebut traî-
nées de ville en ville dans des caisses qui
prennent l'eau. C'est, tout au plus, l'indi-
gente mise en scène d'un art de forain.
Nous avons eu l'occasion de voir, repré-
senté de la sorte, Ruy-Blas, ignoblement
déchiqueté par un M. d'Ormeville et mis
en musique par Marchetti. Ruy-Blas se
tenait comme un garçon boucher endiman-
ché et pommadé pour servir de garçon
d'honneur au mariage d'un camarade — et
le programme faisait remarquer que ce hé-
ros était miravigliato altamente ma confer-
fnezza e dignita. Les costumes, tous, étaient
une méchante défroque de bal masqué ;
l'entrée des nobles faisait l'effet d'un piteux
carnaval de barrière en location. Les dames
de la cour, figurantes décharnées, mal
peintes, adressaient des sourires à leurs
amis, tout en haut de la salle. La reine était
une petite femme au joli profil italien, sans
distinction, les cheveux plaqués sur le
front. Elle jouait avec une profusion de
gestes et une voix criarde pincée, qui appe-
lait au secours. Elle semblait suivre du
doigt, au sortir de ses lèvres, les roulades
sèches dont les notes pénibles se heur-
taient; et la malheureuse, esquintée, termi-
nait la phrase avec ce geste nigaud d'un
acrobate qui vient d'exécuter un tour. Après
des bis enthousiastes, elle jetait quelques
baisers du bout de ses doigts sales.
La lettre du roi était un vilain chiffon de
papier :
Signora, un venio orrihile
Spira da Nord, eppure
leri uccisi sei lupi.
Segiiato : Carlo.
La duègne, une momie hideusement
crayonnée, portait une robe violet et vert
d'une coupe grotesque. Les décors, lamen-
tables sous des fioritures puériles et figno-
lées niaisement, avec de petits pavillons
dans des verdures plates et des perspec-
tives extravagantes.
Dans toutes les parties de cet art drama-
tique vojageur, on retrouvait cette fausse
grandeur, ce besoin de paraître, qui est
l'orgueil de l'Italien. L'émotion des artistes,
le sentiment de la musique, la pompe de la
mise en scène, l'inspiration de l'œuvre, le
dessin des décors, tout cela était à côté,
creux, vide, raté — et on se demandait si
l'enthousiasme excité dans le public par
tous ces mo3'ens manques n'était pas, lui
aussi, une convention, une complaisance ;
si, ayant payé pour leur stalle et étant venus
certains de s'amuser, ces gens ne s'amu-
saient pas par conviction, par persuasion
devant ce théâtre, qui n'était qu'un prétexte
mal doré. Et ils en sont très sincèrement
capables, ces ItaHens, dont le grand soleil
ardent fait si tumultueusement bouillir
l'imagination. James Van Drunen.
LES CONCERTS HISTORIQUES
(Suite et fin. — Voir le dernier numéro.)
II
A Singakademie de Berlin fut fon-
dée par Cari Fusch, en i/gi.pour
l'exécution de la musique sacrée
et de la musique profane sérieuse à voix
seules ou avec accompagnement d'orgue.
Pendant les vingt ou trente premières
années du XIX' siècle, cette célèbre société
fut un modèle pour toute l'Allemagne. A
une époque plus récente, étant passée sous
la direction d'Edouard Grell, elle continua
de faire dans ses programmes une place
importante aux œuvres anciennes. Mais,
depuis 1843, date de la fondation du Dom-
chor, elle avait perdu beaucoup de son
influence. Ce fut à l'instigation de l'histo-
rien Winterfeld que le roi de Prusse Fré-
déric-Guillaume IV établit le « Kœniglicher
Domchor fur Kirchenmusik.» En dehors de
son service, pour lequel il possède un
répertoire d'environ deux cents morceaux,
le chœur donne chaque année à Berlin
plusieurs concerts dont le programme,
d'après une coutume traditionnelle assez
fidèlement observée, offre ordinairement
un résumé de l'histoire de la musique
depuis Palestrina jusqu'à nos jours. Le
o4
LE GUIDE MUSICAL
beau temps du Domchor fut l'époque de la
direction de Reithardt (1845-1861). Après
la mort de ce chef éminent, on fit quelque
reproche à son successeur, Rodolphe de
Herzberg, d'être trop volontiers sorti du
répertoire a cape Ha, véritable spécialité de
l'institution, pour se tourner de préférence
vers les œuvres du xviil^ siècle, celles de
Bach en particulier. Si les programmes se
modifièrent, l'exécution ne faiblit pas. C'est
à ce moment que M. Ernest Reyer, après
avoir assisté à une séance du Domchor,
écrivit qu'il n'avait « jamais entendu un
ensemble plus parfait, une plus stricte
observation des nuances, une exécution
plus irréprochable ».
Sous l'impulsion de ces deux modèles,
la Singakademie et le Domchor, on vit se
multiplier en Allemagne les sociétés de
chant classique. Celle que fonda Cari
Riedel à Leipzig, en 1854; se donnait pour
but principal l'exécution des œuvres reli-
gieuses des anciens maîtres, jusques et y
compris Bach et Hœndel. Des villes même
de peu d'importance eurent ainsi des
concerts en quelque sorte historiques.
Erlangen, par exemple, fut dotée, en 1846,
par le professeur Schœberlein d'une « So-
ciété académique pour l'exécution de l'an-
cienne musique vocale » ; une partie des
frais de cette entreprise, qui subsistait
encore en 1 865, était supportée par l'Uni-
versité. A Schwerin, plus récemment, le
Schlosschor, dirigé par M. Otto Kade, a
donné des auditions rigoureusement histo-
riques. Même de simples Liedertafel inscri-
vent parfois à leur programme quelques
morceaux des vieux maîtres allemands.
Berlin a eu récemment des concerts histo-
riques de musique d'orgue, donnés par
M. H. Reimann. Au mois de février 1893,
MM. Scharwenka et Goldschmidt exécu-
taient, dans la même ville, d'anciennes
œuvres de musique instrumentale de
chambre. Mais, de toutes les villes de
l'Allemagne du Nord, Breslau s'est rendue,
depuis une dizaine d'années, particulière-
ment célèbre par les concerts historiques
de la société de chant appelée Bohn'scher
Vcrein,dn nom de son fondateur, M. Emile
Bohn.
Ce qui caractérise les programmes de ces
concerts, c'est qu'ils sont extrêmement
variés d'une séance à l'autre, et qu'en
même temps ils se limitent chaque fois à un
sujet précis. Au lieu de donner, comme
Fétis, une idée générale, mais forcément
superficielle, du mouvement de l'art sous
ses divers aspects pendant une période
choisie, M. Bohn,s'adressant probablement
à un public plus restreint et mieux préparé,
s'attache à lui offrir les éléments d'un
jugement esthétique approfondi sur un
sujet et une époque plus restreints. Le cin-
quantième concert de la Société Bohn a eu
lieu le 12 décembre 1892. En citant très
brièvement les titres généraux de quel-
ques-uns de ses programmes, nous ferons
mieux comprendre le but qu'elle poursuit :
24 mars 1884, musique d'église a capella,
de Josquin Deprés à Seb. Bach. — 23 fé-
vrier i885, œuvres profanes de Hsendel. —
9 mars l885, Lieder ^voidiXies allemands, de
la fin du xvi« siècle au milieu du xvii<= siècle.
— 23 mars i885, œuvres profanes de Seb.
Bach. — i5 février i885, œuvres de Henry
Purcell. — !<='■ mars 1886, Fidelio de Beet-
hoven, dans sa forme primitive. — 27 fé-
vrier 1888, musique religieuse espagnole
du xvp au xix^ siècle. — 18 février 1889,
chansons à boire allemandes du xvi" au
xix^ siècle. — i" et 8 décembre i8go,
opéras et opéras comiques allemands
oubliés. — 2 mars 1891, musique religieuse
à Venise, du xvi<= au xviii^ siècle, etc. Il
n'y a pas d'orchestre. Les programmes
imprimés contiennent, avec le texte des
morceaux chantés, les noms et prénoms,
dates de naissance et de mort de chaque
musicien, et l'indication des ouvrages im-
primés ou manuscrits desquels les mor-
ceaux ont été tirés.
A Vienne, l'historien musical Kiesewet-
ter, grand collectionneur d'ancienne mu-
sique, donna chez lui et par invitations,
depuis 1817 environ jusqu'à i838, des audi-
tions d'œuvres sacrées et profanes de
toutes les écoles. Ce furent les premiers
concerts historiques de Vienne. Mais le
vrai public ne fut initié là- bas que beau-
coup plus tard à ce genre de plaisir artis-
tique. Dans la même année i858, la Sing-
LE GUIDE MUSICAL
akademie et le Singverein furent fondés à
Vienne dans un but presque identique.
Stegmayer dirigeait l'Académie, plus spé-
cialement consacrée aux œuvres du style
acapella; le Verein, qui avait pour chef
Herbeck, se tourna vers les cantates et
oratorios avec orchestre. A ces deux insti-
tutions vint s'ajouter, en 1862, celle des
concerts historiques de Zellner, qui dura
plusieurs années, et se spécialisa dans la
musique profane ancienne. Une nouvelle
entreprise a été inaugurée en i885 par
MM. Robert Hirschfeld et Franz Kœs-
tinger. La première séance offrait cinq
Licder polyphoniques allemands de Henri
Finck, Senfl, Hofheimer, Lemlin et Ec-
kel, des danses instrumentales du xvi«
siècle et des Lieder à voix seule avec luth,
tirés du livre de tablature d'Arnold Schlick.
En 1889, le ministère de l'instruction pu-
blique austro-hongrois s'honora en accor-
dant une subvention annuelle à cette inté-
ressante entreprise.
A Saint-Pétersbourg, on a gardé long-
temps le souvenir d'un concert historique
donné au palais Michel en i86g par la
grande duchesse Hélène, et dirigé, par
Promberger, sur le modèle de ceux de
Fétis et de Zellner. Chant grégorien, motets
de Palestrina et de Lassus, noëls populaires
français, villanalle de Donati, airs d'opéras
deLuUy, de Jommelli, de Pergolèse, pièces
de Balbàtre et de Scarlatti jouées sur un
vieux clavecin, fragments d'oratorios de
Bach et de Hïendel, il y eut de tout dans ce
concert, qui dura trois heures. De nos
jours, les amateurs russes entendent aux
séances du chœur Aschangelsky les œuvres
de Palestrina et de 'son temps ; on leur a
chanté en i8go des fragments importants
de VOrfeo de Claudio Monteverdi.
Le (I Caecilienverein » de Copenhague,
dirigé par Frédéric Rung, donne des con-
certs historiques ; l'un d'eux, par exemple,
en 1884, a retracé l'histoire de la musique
italienne aux XVIP et xviiF siècles. A
Edimbourg, M. Niecks a organisé en 1892
des séances analogues, dont les programmes
imprimés contenaient des notices explica-
tives, des thèmes notés, et jusqu'à des
portraits de compositeurs. A Turin, le
24 novembre 1S90, M. Giulio Roberti
dirigea un concert mélangé de musique
ancienne et moderne, où figuraient un
psaume de Marcello etle lamento d'Ariane,
de Monteverdi. La mort de M. Roberti
arrêta prématurément l'entreprise. LeLiceo
Bcnedetto Marcello, à Venise, donne des
séances historiques. L'une d'elles, en 1891,
consacrée aux maîtres de l'école vénitienne,
depuis Monteverdi jusqu'à Legrenzi, était
précédée d'une conférence faite par M. Th.
Wiel.
Nous n'avons pas à renseigner les lecteurs
du Guide Musical sur les concerts du Con-
servatoire de Bruxelles et la part que
M. Gevaert y réserve aux œuvres anciennes,
exécutées dans des conditions toutes parti-
cuUères de fidélité historique. Nous n'avons
pas davantage à revenir sur les auditions
de VAmsterdamsche a Kapella Koor, dirigé
par M. de Lange, et qui ont fait sensation
il y a un ou deux ans dans l'Europe musi-
cale. La longue et cependant très incom-
plète énumération que nous venons de
dresser était peut-être utile pour montrer
qu'en tous pays le public semble mûr au-
jourd'hui pour un genre de concerts qui
s'adresse à une classe d'auditeurs particu-
lièrement instruits, curieux et raffinés dans
leurs goûts. Voir augmenter de nombre
cette catégorie d'amateurs par l'extension
et la propagation des concerts historiques
est un souhait que tout musicien sérieux
doit former. On embrasse d'un regard plus
clair les mouvements de l'art au temps
présent, quand on a la notion de ses évolu-
tions passées. On juge d'un sens plus ferme
et plus sage les questions auxquelles la vie
de chaque jour vous mêle, quand on
apporte dans leur examen le savoir et l'ex-
périence. Aussi, tandis que d'une part il ne
faut point se lasser d'encourager théâtres
et concerts à accueillir, à produire et à
répandre les œuvres contemporaines, celles
dont les auteurs sont les maîtres d'aujour-
d'hui ou deviendront peut-être les maîtres
de demain, en même temps l'on doit
approuver hautement les efforts plus ardus
et moins profitables tentés pour ressus-
citer les ancêtres. En reculant vers le
passé les bornes du répertoire, les con-
56
lË GUiDj^ Musical
certs historiques accroissent le nombre
des jouissances artistiques du public; ils
enseignent pratiquement à ce même public,
par des « leçons de choses » , l'histoire trop
ignorée par lui d'un art dont il ne connaît
que les derniers chapitres : et de cet
exposé ne résulte pas seulement la leçon
sèche et chronologique, mais bien la leçon
générale esthétique, d'où il ressort que
le beau et le vrai n'ont point d'âge, et
qu'e-n musique comme en poésie ou en pein-
ture, il n'y a pas le vieux et le neuf, mais
seulement le bon et le mauvais.
Michel Brenet.
I^es Concerts à Paris
CÉSAR GUI AUX CONCERTS COLONNE
'est une sorte de préface à la repré-
sentation du Flibustier à l'Opéra-
Comique, que nous a donnée M. Co-
lonne, le dimanche 7 janviei-, en inscrivant sur
son programme (deuxième partie) plusieurs
œuvres de César Cui. Il était, en effet, intéres-
sant de faire plus ample connaissance avec
l'auteur de la musique du Flibustier, avec
celui dont la comtesse de Mercy Argenteau,
son admiratrice, écrivit une esquisse critique
très développée. M. Lorrain a chanté les Deux
Ménétriers (poésie de Jean Richepin), —
Mme Marcella Pregi et M. Engel, quatre poésies
de l'auteur des Gueux, — M. Clayes, l'air
d'Aboubeker, tiré du Prisonnier du Caucase
(première audition); — M. Marsick a joué la
Cavatine pour violon, qu'il nous avait déjà fait
entendre le i5 octobre iSgS, au « Festival
russe » organisé par 1' « Echo de Paris ».
Enfin, l'orchestre a exécuté les Danses circas-
siennes du Prisonnier du Caucase.
M. César Cui, qui appartient à la nouvelle
école russe a été frappé par la beauté et la
vigueur des vers de Richepin. Aussi, a-t-il été
amené à traduire musicalement nombre de
pièces du poète français. Ce sont des traduc-
tions absolument littérales, dans lesquelles il a
cherché à serrer le texte d'aussi près que pos-
sible. L'orchestre joue un rôle prépondérant et
met en un relief imitatif les diverses phrases du
drame, comme dans les Deux Ménétriers, par
exemple : véritable scène macabre, où l'élément
mélodique est moins accusé que dans la Danse
macabre de Saint-Saëns. C'est pittoresque. A
noter sur les vers :
Et de leurs doigts décharnés,
Montrant leurs cœurs en lambeaux,
le même effet orchestral que celui imaginé par
Vincent d'Indy, au début de la troisième partie
de Wallenstein pour caractériser l'influence
des astres sur les destinées humaines.
Dans les Songeants, on retrouve un écho,
sur le premier et le dernier vers, du faire de
Berlioz dans Y Enfance du Christ ; le compo-
siteur a cherché la simphcité pour peindre cesi
deux vieux, dont l'un aveugle et l'autre sourd
passent leurs dernières années, le premier à
entendre, le second à voir la mer. Quant à la
poésie les Petiots, c'est très dramatique, mais
passablement réaliste et anarchiste. Jugez-en
sur ces derniers vers :
Ouvrez la porte
Aux petiots qu'ont un briquet.
Les petiots grincent des dents
Ohé ! les durs d'oreilles !
Nous verrons là dedans,
Bonnes gens,
Si le/i!K vous réveille!.
M . Engel a fort bien rendu le côté violent de
cette page flamboyante ; M""^ Marcella Pregi a
dit, de cette jolie diction que l'on sait appré-
cier, OÙ vivre et les Larmes, mélodies d'une
grande tristesse et qui ont quelque parenté
avec celles de Robert Schumann. M. Clayes,
qui doit débuter prochainement à l'Opéra-
Comique, a chanté en excellent musicien, l'air
d'Aboubeker du Prisonnier du Caucase. Il n'y
a que des éloges à faire du jeu sage, correct,
délicat de M. Marsick dans l'interprétation de
la Cavatine pour violon qui est, au point de
vue purement mélodique, une des pages les
plus réussies que nous connaissions du compo-
siteur russe.
Dans la première partie du concert, on a 1
réentendu la vigoureuse Trilogie de Wallen- •
stein de Vincent d'Indy, à laquelle le public a fait t
un chaleureux accueil. La Havanaise pour
violon de C. Saint-Saëns (première audition) a
été très bien jouée par Marsick; elle n'est pas,
selon nous, une des pages les plus réussies de
l'auteur de Samson et Dalila. Quant au Con-
certo pour trois clavecins de J.-S. Bach,
avouons que ce n'était pas dans une grande
salle comme celle du Chàtelet où il eût dû être
exécuté. La sonorité grêle du clavecin est abso-
I^E GUIDE MUSICAL
57
lument désagréable, ayant surtout pour con-
traste l'ampleur de l'oi chcstrc. Dans un salon,
passe encore; l'intérêt archéologique est enjeu;
mais, dans un vaisseau de grande dimension,
cela devient pénible. Lorsque l'orchestre joue
en même temps que le clavecin, les traits de
cet instrument sont absolument annihilés. Le
piano a été une merveilleuse invention ; laissons
dormir le clavecin dans nos musées. Ces obser-
vations ne touchent en rien le mérite des trois
instrumentistes, chargés au Chàtelet de l'exé-
cution du Concerto de Bach : MM. Diemer,
Thibaud et Niederhofheim.
Le même jour, à neuf heures du soir, M. et
M™^ Colonne donnaient dans leurs salons de la
rue Le Peletier une intéressante séance, uni-
quement composée des œuvres de César Cui,
et à laquelle assistait le compositeur russe.
H. L
£'incenMc Des Décors &e r©péua
I 'omnibus qui nous emportait ce soir-là (i),
j vers la salle Pleyel, où nous conviait la
Nationale, tourna dans la cour du Carrousel,
et, par dessus les toits du Louvre, le ciel
apparut flamboyant. Les nuages bas rendaient
diffuse la lueur, empêchant de préciser l'endroit
de l'incendie. Sur la confortable impériale, les
suppositions se succédaient : La Banque de
France 1 les Halles ? En approchant, on préci-
sait : les Folies-Bergères, disait Tun avec une
nuance de regret ; le Conservatoire, répliquait
un autre — sans regret. —
C'était le magasin des décors de l'Opéra,
vaste hall installé contre tout bon sens dans un
pâté de maisons qui l'enserrent de toute part.
Quelle merveilleuse flambée ! Jamais ni fon-
derie d'acier ni finale d'opéra ne donnèrent
pareille impression ; les flammes claires, d'une
intense couleur orangée, se nuançaient admira-
blement sous l'influence des matières minérales,
peintures, alcools, vernis qui servent à la con-
fection des décors.
Vous aurez appris les détails du désastre par
la presse quotidienne : plusieurs pompiers
blessés, des millions perdus, les maisons voi-
sines endommagées. Les décors des œuvres en
cours d'exécution étaient demeurés dans les
(i) Le 6 janvier.
coulisses de l'Opéra, dont les représentations
ne seront donc pas interrompues.
Mais les flammes ont dévoré le matériel de
la plupart des pièces formant le fonds du réper-
toire :
U Africaine (moins le vaisseau, qui ne se
trouvait pas dans le magasin de la rue Richer),
Le Cid, Coppélia, Don Juan, La Favorite,
Guillaume Tell, Hamlet, Henri VIII, La
Juive, La Korrigane, Lucie, Patrie, Le
Prophète, Rigoletto, Robert le Diable, Roméo
el Juliette, Sapho, Stratonice, Sylvia, Taba-
rin, La Tempête, Yedda, etc. Il faudra des
mois avant que ce matériel puisse être recons-
titué, même en partie.
Au Palais de l'Industrie, l'Opéra possède un
hall de débarras, où se trouvaient les décors du
Mage, du Roi de Lahore, de Françoise de Ri-
mini. A l'Opéra même, se trouvaient les décors
de Lohengrin, Gwendoline, Faust, Les Hu-
guenots, La Valkyrie, La Maladetta, Déida-
mie, Sigurd, Les Deux Pigeons, Samson et
Dalila. Ce matériel est intact,
L'O jéra n'a donc plus actuellement que treize
opéras et deux ballets qui peuvent être joués.
Mais si l'on réfléchit que la plupart des ou-
vrages détruits par les flammes, étaient depuis
longtemps « brûlés » , on se dira qu'il n'y a pas
tant à se plaindre, au contraire. Le feu a accom-
pli une œuvre salutaire et purifiante i Nous
espérons bien, en effet, que l'on se gardera
de reconstituer les décors de certaines œuvres
tout à fait démodées ou de médiocre valeur,
tels que Lucie, Robert, Stratonice, la Tem-
pête, le Cid. Les crédits qu'on pourrait affecter
à leur réfection seraient bien plus utilement
employés à monter des œuvres nouvelles.
L'incendie de la rue Richer fournirait ainsi
aux musicographes de l'avenir le sujet d'un
chapitre intéressant sous ce titre : De l'influence
des incendies sur la destinée de l'art lyrique
en France.
On se souvient que l'Opéra-Comique fut dé-
truit alors que l'opéra de M. Chabrier, le Roi
malgré lui en était à sa troisième ou quatrième
représentation. Cette fois, M. Chabrier l'échappe
belle, sa Gwendoline est intacte ; il doit aux
dieux un beau cierge : mais qu'il ne l'allume
pas, par précaution.
Marcel Remy.
v^«§V
LE GUIDE MUSICAL
HERMANN LEVI
A BRUXELLES
^^
(Jî5}ouR la troisième fois, M. Joseph Dupont a
i^M cédé, dimanche dernier, son bâton de chef
d'orchestre des Concerts populaires bruxellois
à un chef d'orchestre étranger. Après Hans
Richter et Félix Mottl, il a appelé Hermann
Lévi, le célèbre chef d'orchestre de Munich et
de Bayreuth, à conduire le premier des con-
certs extraordinaires de la saison. Combien
d'autres pourraient, comme lui, affronter la
comparaison, sans déchoir ! Combien d'autres
qui n'ont le courage ni la sincérité de recon-
naître, comme il le fait, lui, la maîtrise de ses
pairs et de ses rivaux ? Le public ne s'y est
pas trompé, et il sait à M. Joseph Dupont un
gré infini de lui avoir fourni l'occasion de ces
intéressantes et instructives séances orches-
trales. Il y a plusieurs bonnes manières de diri-
ger l'orchestre ; et il y en a une mauvaise : c'est
de priver de mouvement et de vie les œuvres
du génie, enfantées dans la fièvre. La bonne
manière consiste à animer l'orchestre de la pas-
sion qu'on éprouve soi-même. A ce point de
vue, la successive apparition de Richter, de
Mottl et de Lévi, aux Populaires, a fourni
l'occasion de bien intéressantes observations.
Tous trois ont été les confidents de la pensée
du maîtire de Bayreuth, et cependant, tous trois
nous ont apporté une impression différente des
mêmes œuvres, jouées par le même orchestre.
Avec Richter, on éprouvait une singulière
sensation de puissance et de grandeur ; Mottl
entraînait par la fougue de sa direction et
l'éclat incomparable des sonorités qu'il tirait de
l'orchestre, dont il jouait comme d'un instru-
ment. Avec Lévi, on a eu la très délicate im-
pression d'un art plus finement nuancé et très
poétique. On a très justement fait remarquer
que le programme du concert dirigé par lui ne
contenait aucune œuvre de couleur éclatante ;
la Sicgfricd-Idyll, le prélude de Parsifal et
VEiicJiantcmentdti V en dredi- Saint, \a. huitième
symphonie de Beethoven, toutes œuvres de
demi-teinte, en somme, ou tout au moins d'un
sentiment très contenu et plutôt intime qu'exu-
bérant. Ce n'est pas un succès banal pour
M. Hermann Levi d'avoir, avec un programme
en apparence si peu fait pour entraîner les
masses, provoqué un très vif enthousiasme, qui
est allé jusqu'au triple rappel après chaque
partie. Il faut dire qu'on n'avait pas encore
entendu la Siegfried-Idyll rendue avec autant
de charme simple et tranquille. M. Lévi la
prend dans un mouvement très flexible, ralen-
tissant ici, pressant là, de manière à diviser en
quelque sorte la composition en plusieurs
tableaux correspondant aux différents thèmes
évoqués, dont la signification est connue. Dé-
tail curieux et qui montre combien l'interpré-
tation personnelle est importante, M. Levi a
fait exécuter tout en piano et d'une façon très
soutenue le thème du cor, qui amène la der-
nière partie du morceau. Il l'interprète comme
une évocation attendrie du héros Siegfried.
Mottl, au contraire, plus réaliste, avait fait
jouer ce trait forte et gaîment : il faut, disait-il,
que l'on ait l'idée d'un jeune garçon s'amusant
à réveiller les échos du bois avec ses sonneries
de cor. Richter, si mes souvenirs sont exacts,
est pour cette dernière interprétation, et le
fait est intéressant à noter, puisque ce fut lui
qui joua la partie du cor, lorsque, pour la pre-
mière fois, la Siegfried-Idyll fut jouée à Trieb-
chen, sous la direction de Wagner, après la
naissance de son fils unique. Ce qui n'empêche
que l'interprétation de M. Levi ne donne à
tout ce passage un charme poétique très im-
pressionnant. Je noterai aussi que M. Levi
supprime la moitié des cordes, se conformant
ainsi à l'indication de Wagner, qui voulait le
« petit orchestre » pour cette musique délicate.
Quand tous les violons et violoncelles de notre
grand orchestre moderne participent à l'exécu-
tion, fatalement celle-ci s'alourdit.
Dans le prélude de Parsifal, qu'on n'avait
jamais entendu à Bruxelles, rendu avec une
telle intensité dans l'expression de la douleur et
de la souffrance, M. Levi, aux répétitions, a
insisté pour obtenir un accent très expressif sur
le sol du thème de la Cène,
d'où Wagner, en le variant, tire ensuite le
thème de la Lance et la Plainte du Sauveur,
si extraordinairement poignante quand elle
arrive à Vut dièse aigu des clarinettes et des
altos. Cette nuance est très caractéristique et
très importante. On n'a pas moins admiré l'art
avec lequel M. Levi obtenait la fusion des dif-
férentes sonorités de l'orchestre, avec quel soin
il établissait la transition entre les différentes ca-
tégories d'instruments. Avec quelle délicatesse,
LU GUIDE MUSICAL
59
par exemple, les arpèges des violons et des altos
s'enroulaient autour du thème de la Cène !
avec quelle douceur le thème de la Foi passait
du quatuor aux bois, puis aux cuivr_s et réci-
proquement. C'était adorablement noyé, fondu
et plein de mystère !
Non moins pénétrante a été l'impression
laissée par son interprétation de VEiichante-
ineni du Vendredi-Saint. A ce propos, après
la répétition générale, dans un salon hospi-
talier, où la musique à de somptueux autels,
M. Lévi racontait quelle importance Wagner
attachait à certains détails d'orchestre. Vous
vous rappelez ces pizzicati sourds et lugubres
des contrebasses, accompagnant le thème si
douloureux de la Plainte du Sauveur (ada-
gio 4/4). Aux premières répétitions, en 1882, le
contrebassiste avait exécuté ces pizzicati comme
on les fait d'ordinaire, d'une façon indifférente.
Wagner bondit. Ce pizzicato, il le lui fallait très
expressif : « C'est la mort qui arrive, criait-il 1
Marquez-le, marquez-le, fortement. » C'est le
moment, en effet, où Kundry repentante, age-
nouillée devant Parsifal, incline doucement la
tête, et, suffoquée par les larmes de la grâce,
s'affaisse aux pieds du héros sauveur. Quelle
signification, dès lors, dans ce simple détail!
Après ces pages si pénétrantes du drame de
la Pitié, la symphonie en fa de Beethoven, a
produit l'effet d'un rayon de soleil bienfaisant
et doux. Et M. Hermann Levi nous en a donné
une interprétation tout à fait délicate et char-
mante, faisant saillir avec un tact parfait de
musicien les détails exquis de Vandante scher-
zando{(i ce morceau tombé tout entier du ciel
dans la pensée de l'artiste » , comme disait Ber-
lioz), prenant le menuet dans un mouvement
très modéré et le finale, au contraire, dans un
mouvement très vif. C'a été un vrai régal,
d'entendre cette symphonie d'une si rayonnante
inspiration, interprétée avec tant de délicatesse
et de clarté.
De tels concerts sont de rares et hautes jouis-
sances esthétiques, et il faut remercier M. Jo-
seph Dupont de nous les procurer.
M. KUFFERATH.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
-j A matinée musicale donnée par M . et
1 Jr> M.^'^ Ronchini, le 2 janvier, nous a per-
_^ç_T:i4 mis d'entendre une pianiste d'un talent
très primesautier. M™'=Carembat a exécuté avec
une finesse de toucher absolument remarqua-
ble divers morceaux de M'i^ Chaminade ; son
succès a été des plus mérités. Dans la même
séance, on a pu applaudir le maître et la maî-
tresse de la maison dans diverses pages de
Joncières, Saint-Saëns, Dunkler, etc.. M. Ca-
rembat a fort bien exécuté les Danses tziganes
de Nachez. La séance se terminait par le qua-
tuor à cordes de Grieg (MM. Carembat, Gi-
raud, Bailly et Ronchini).
Charmante soirée chez M. Ten Hâve, mer-
credi dernier. C'est un ravissement d'entendre
M"^ Ten Hâve interprétant une étude pos-
thume de Chopin, la Soirée de Vienne de
Schubert-Liszt, le largo de Bach-Saint-Saëns
et une gigue tout à fait ravissante de Mozart.
L'excellent violoncelliste M. H. Gillet a charmé
les auditeurs dans le Cygne de Saint-Saëns et
un allegro de Herbert. La belle sonate en la
mineur de Schumann pour violon et piano a
été fort goûtée ; elle a fait tort au quatuor pour
piano et cordes de Boëlmann, qu'exécutaient
MM. Ten Hâve, Gillet, Chabert et M'i^ Ten
Hâve. H. L
La première matinée Parent était consacrée
à l'œuvre de César Franck. Le quatuor à
cordes, très difficile, a été bien rendu par
MM. Parent, Sailler, Bailly et Baretti, no-
nobstant du trouble dans le relief des parties
instrumentales et de la lourdeur de rythme
dans le larghetto et l'allégro final. Par contre,
le scherzo (cou sordini) fut légèrement enlevé
avec toute la délicatesse désirable. M. Parent
renouvelle, à chaque saison, une partie de ses
collaborateurs, et cela nuit à la cohésion de son
quatuor ; pris séparément, aucun ne manque de
talent ; réunis, leur ensemble est parfois terne
ou manque de pondération. M. Parent, qui a
l'archet preste et le son incisif, domine l'ensem-
ble d'une façon trop accentuée pour l'exécution
60
LE GUIDE MUSICAL
de certaines œuvres modernes rigoureusement
équilibrées.
M. Engel a chanté avec infiniment de goût
quatre mélodies, dont l'une, les Cloches du
soir, est un poème adorable.
Dans la sonate pour piano et violon, M. Pa-
rent a montré un beau sentiment compréhensif;
on n'en peut dire autant, malheureusement, de
sa partenaire, M'ie Boutet de Monvel, dont
l'interprétation nous a paru à côté de la vérité :
de l'afféterie souvent ou de l'inopportune vir-
tuosité, perlée comme pour une pièce de genre.
Signalons encore une. très courte et substan-
tielle causerie de M . Tiersot sur César Franck.
M. R.
Au concert d'Harcourt, mercredi, exécution
bonne, quoique un peu grosse, du septuor de
Beethoven, par MM. de Guarnieri, Fernandez,
Kerrion, A. Dubois, Chaussier, Jeanjean et
H. Dubois. Un jeune pianiste hollandais,
M. David Blitz, a joué le concerto en sol mi-
neur de Saint-Saëns, avec une belle tenue
sobre et une modération d'effets dont il lui faut
savoir gré. L'orchestre l'a mal servi par un
accompagnement hésitant ou lourd; le deu-
xième thème du scherzo, d'un rhytme si net,
si accusé était mou et lâché. Dans des pièces
pour piano seul, particulièrement une taren-
telle de Moskowski, M. Blitz a déployé
un mécanisme étourdissant; nous ferons quel-
que réserve sur son interprétation du nocturne
de Chopin, où, en voulant se montrer passionné,
il ne s'est pas assez gardé de sécheresse.
M. Blitz nous paraît être un pianiste de sé-
rieux avenir. Un air d' Aida, chanié par M''^
Bourgeois a mis en relief la voix pure et éten-
due avec une méthode vraiment trop provin-
ciale. Quant à VAne et le Bœtif de M. Schle-
singer, c'est une musiquette quelconque, desti-
née, paraît-il, à dramatiser un Conte récité,
qu'elle gêne plutôt par ses trémolos et ses
accords plaqués ; c'est parfaitement impuissant
sinon niais ; il n'y a pas lieu de s'en préoccuper
davantage. M. R.
M. Ambroise Thomas vient d'être élu vice-
président de l'Académie des Beaux-Arts de
France pour l'année 1894. Par suite de cette
élection, M. Ambroise Thomas passera, de
droit, président l'an prochain. Or, en vertu du
roulement qui existe depuis un siècle, l'Acadé-
mie des Beaux- Arts devant avoir, en i8g5, la
présidence des cinq Académies qui forment
l'Institut, c'est M. Ambroise Thomas qui prési-
dera le centenaire de l'Institut.
M. Ambroise Thomas sera fort occupé cette
année- là, car il aura aussi à organiser le cen-
tenaire du Conservatoire de musique, dont il
est le directeur.
BRUXELLES
Nous sommes au regret de devoir annoncer
l'ajournement indéfini du Concert popu-
laire qui devait être donné le dimanche 21 jan-
vier et être consacré à Rédemption de César
Franck. Une grave indisposition de M. Joseph
Dupont est la cause de cet ajournement. L'émi-
nent chef d'orchestre a été pris, la semaine der-
nière, d'une sérieuse attaque d'influenza, qui ne
lui a permis d'assister ni à la répétition géné-
rale ni au concert dirigé par Hermann Levi.
Hâtons-nous d'ajouter que M. Joseph Dupont
va beaucoup mieux, bien qu'il garde encore le
lit à l'heure où nous écrivons. Ses nombreux
admirateurs et amis liront avec plaisir la lettre
suivante que vient de lui écrire M. Hermann
Levi :
Cher ami,
Ainsi je dois vous appeler désormais. J'ai été
bien désolé d'avoir dû vous quitter malade. Vos
amis ont tout fait, il est vrai, pour rendre aussi
agréable que possible les dernières heures de
mon séjour à Bruxelles, mais je n'ai pu m'empê-
cher de penser toujours, avec tristesse, à l'ami
malade ! J'ai éprouvé un véritable chagrin de ce
que vous n'avez pu assister au concert. Vous
auriez ressenti un véritable plaisir, je pense, à
entendre comme tout a bien marché, à voir com-
bien l'orchestre a été aimable vis-à-vis de moi, et
combien enthousiaste le public. Le souvenir des
journées passées à Bruxelles éveille en moi les
souvenirs les plus délicieux, car non seulement j'y
ai éprouvé de hautes satisfactions artistiques,
mais j'ai eu encore la joie de rencontrer des
hommes chaudement épris d'art dont le souvenir
restera gravé dans mon cœur éternellement. Tous
cela, je vous le dois, cher ami et collègue, et de
loin je vous serre cordialement la main! Dites-
moi promptement comment vous allez, ou, si vous
ne pouvez écrire, demandez à l'un de vos amis
d'écrire pour vous. Croyez à ma vive reconnais-
sance pour toujours et à ma profonde amitié.
Votre cordialement dévoué,
Hermann Levi.
M. Hermann Levi a quitté Bruxelles, di-
manche soir, après avoir assisté à une réunion
intime d'artistes et de journalistes à l'hôtel du
Grand-Miroir, où l'on a gaiement devisé d'art, de
littérature et de musique. M. Hermann Levi a
charmé tout le monde par son esprit, sa haute
culture, sa bonne humeur et sa piquante bon-
LE GUIDE MUSICAL
61
homie. On a bu au héros de la fête et aussi
à M. Joseph Dupont, dont l'absence a été vive-
ment regrettée.
S( invraisemblable qu'elle soit, la nouvelle
donnée par notre excellent confrère V Even-
tail de la mise à l'étude de Tristan est parfaite-
mentexacte. Celaneveutpas dire, toutefois, que
Tristan passera cette année. On en est seule-
ment aux préliminaires : les artistes étudient leurs
rôles : M. Cossira celui de Tristan, M"° Tanésy
celui d'Iseult, M'i<= Armand celui de Brangaine,
avec toute la bonne volonté imaginable, mais
aussi avec les inévitables désespérances que
cause l'étude de toute partition wagnérienne,
La plus grosse difficulté est la revision de la
traduction de Victor Wilder, absolument in-
chantable. M. Léon Dubois, second chef d'or-
chestre, qui conduit les études préalables, s'est
chargé de revoir les paroles du traditor et de
les conformer le plus possible au texte musical.
Ne vous étonnez pas ! C'était un écrivain qui
avait revu et amendé à sa convenance la mu-
sique de Wagner ; il était juste qu'un musicien
revît le texte de Wilder et le tripatouillât à la
convenance de la musique. Ce que deviendra
de la sorte le poème, nous l'ignorons.
Quant à l'orchestre, on ne s'en est pas encore
occupé. M. Flon, qui est un chef d'orchestre
intuitif, et M. Oscar Stoumon, qui est un
musicien pénétrant, n'ont aucune inquiétude à
cet égard. Ils sont parfaitement tranquilles, et
convaincus qu'ils auront mis l'œuvre sur pied
en quelques semaines, ayant d'ailleurs un
moyen très simple de trancher les difficultés :
ce qui ne marchera pas, on le coupera. Les
tailles ont déjà commencé.
M. Stoumon, à son retour de Bayreuth, il y
a deux ans, déclarait, du reste, avec sérénité,
qu'entre TannhcBîiser et Tristan il ne balançait
pas ; Tristan lui paraissait le plus facile à
monter, et M. Flon fut de son avis.
Préparons-nous doiic à entendre Tristan et
Iseult au théâtre de la Monnaie, à la fin de la
saison. On ne s'ennuiera pas ce soir-là.
M. K.
t
Une statistique édifiante.
Voici la liste des ouvrages donnés au théâtre
de la Monnaie depuis le commencement de la
saison (ils sont cités dans l'ordre où ils ont été
représentés) :
Les Huguenots, Faust, Laknié, Mireille,
Aida, le Prophète, Lohengrin, la Giizla de
l'émir, le Barbier de Séville, Cavalleria rus-
ticana, lajfuive, Carmen, Werther, Far f alla,
Jérusalem, le Rêve, Orphée, Sigurd et Ma-
non.
Cette liste est assez longue ; elle ne compte
pas moins de dix-neuf ouvrages. Mais, parmi
ceux-ci, il en est douze qui avaient été repré-
sentés la saison dernière, et les sept autres ne
comprennent, à part Farfalla (une œuvre iné-
dite, il est vrai!), que des pièces du vieux
répertoire — le Barbier de Séville, la Juive,
Jérusalem (!) — ou des ouvrages plus récents,
mais déjà maintes fois exécutés à Bruxelles,
et dont la reprise ne pouvait offrir aucun intérêt
musical : Lakmé, Sigurd et Manon, ces deux
derniers donnés tout récemment, on sait dans
quelles déplorables conditions. N'oublions pas
la Gusla de l'émir, qui ne rentre dans aucune
de ces catégories.
De plus longs commentaires sont inutiles
pour faire ressortir l'artistique initiative dé-
ployée au théâtre de la Monnaie pendant ces
quatre premiers mois de la saison.
Jeudi dernier, a eu lieu, la distribution
solennelle des prix à l'Ecole de musique de
Saint-Josse-ten-Noode, dont M. Gustave Hu-
berti a récemment été nommé directeur en
remplacement du regretté Henry Warnots,
fondateur de cette remarquable institution. Le
concert qui a suivi la cérémonie de la remise
des médailles et diplômes aux lauréats a permis,
une fois de plus, de constater l'excellence de
l'enseignement de ce Conservatoire de faubourg
où plus d'un talent plein de promesses, a reçu
le premier éveil. Parmi les lauréats, on a
remarqué la jolie voix de M'i'= Maton (air
à'Hamlet) et la bonne diction de M. G. Oppelt
[nir d'Iphigénie en Aulide). Sous la direction
de M. Gustave Huberti, les chœurs de l'écolo.
admirable phalange chorale, ont chanté un
chœur de Paride ed Eléna de Gluck, deux
fragments du puissant Lucifer, de Peter Be-
noit et une série de pièces anciennes à quatre
voix mixtes : Pavane (xvii« siècle), Chanson de
table de Friederici, Gagliarda de Hassler,
exécutées à ravir par un groupe choisi d'élèves.
La Gagliarda a été bissée.
La direction de M.Gustave Huberti promet,
à l'Ecole de musique de Saint-Josse-ten-Noode,
un nouvel essor. M. K.
•f"
Vif succès aux Galeries, lundi, pourM'°''De-
launay, qui reprenait le rôle de Miss Robin-
son.
La gracieuse et intelligente artiste a donné
à la pièce de M . Varney une allure de gaîté
62
LE GUIDE MUSICAL
et d'exubérance qui manquait avec l'interpréta-
tion imposée. Tout, du reste, fait piésager une
longue carrière à Miss Robinson. M. Maugé,
directeur habile autant qu'expert, a entouré la
pièce d'un cadre soigné. Les décors sont jolis
et les costumes très frais, les changements à
vue sont bien réglés et les couplets du lamier
sont bissés chaque soir. N. L.
Le Cercle des Arts et de la Presse a donné
une audition musicale ces jours-ci. Cette asso-
ciation, que l'on croyait disparue, semble se
réveiller plus vivante que jadis, pour la plus
grande joie des débutants et des jeunes, qui
peuvent toujours se faire entendre sur ses tré-
teaux hospitaliers. Les éléments les plus hété-
rogènes s'y rencontrent et y défilent sans ordre.
Notons au hasard de l'audition M"'" May Ro-
berts, pianiste, qui a joué du Chopin avec
charme; M°"^ Deville-Tehart, contralto, qui a
chanté des airs à'Orphée, de Gluck, de Weber,
de Massenet et une sérénade d'A. Holmes;
M. Deru, élève d'Ysaye, violon solo au théâtre
de la Monnaie, qui a. iouéLégende ei M aziirka
de Wieniawski et le quatrième concerto de
Vieuxtemps; M. Maes, organiste à la Monnaie.
On a terminé par une pantomime fantaisiste et
originale de J. Francq. N. L.
L'abondance des matières nous a empêch»
de citer l'exécution du Genitori et de ÏAve
Maria de E. Raw^ay, à l'église Sainte-Gudule,
au salut de Noël. M. Fischer ne disposait
peut-être pas des éléments indispensables pour
l'exécution d'oeuvres aussi complexes. Il s'en
est tiré cependant avec honneur, et, si les dé-
tails restaient dans l'ombre, l'ensemble était
convenable, et a porté. N. L.
•%■
Le groupe indépendant d'études ésotériques
des Kymris (branche métropolitaine de Bel
gique) nous invite à l'inauguration de son nou-
vel auditoire à l'ancien hôtel des ducs de
Clèves-Ravenstein à Bruxelles, soirée qui sera
consacrée à l'exégèse wagnérienne avec audi-
tion de fragments de Lohengrin. de Tristan,
de la Walkure et de Parsifal.
Cette séance aura lieu le 17 janvier, à
20 heures.
Nous irons.
La prochaine conférence de M. J. Wallner,
chez Mlle Desmet aura lieu mercredi prochain,
17 janvier.
La Société protectrice des enfants martyrs
organise pour le lundi 29 janvier, au profit de
son asile, un grand concert de charité, qui
aura lieu dans la salle des fêtes de la Grande-
Harmonie et qui sera consacré uniquement à
la musique de Massenet.
Le maître français a gracieusement offert
d'accompagner lui-même tous les artistes qui
se feront entendre à cette intéressante soirée.
Le comité d'organisation, sous la présidence
de MM. Nothomb et Guillery s'est assuré le
concours de talents de premier ordre.
't'
Nous avons fait allusion, dans un précédent
numéro, à un incident soulevé par M. Lucien
Solvay. Cet incident provenant d'un malen-
tendu est aujourd'hui complètement dissipé. Il
y a eu, de part et d'autre, des explications cor-
diales qui ont mis fin complètement au diffé-
rend. M. K.
CORRESPONDANCES
ANVERS. — La troisième représentation de
Liederik a été augmentée d'un concert, qui a
servi à nous faire entendre quelques-uns des solis-
tes de rorchestre et de l'Opéra flamand.
Le premier numéro du programme était la Marche
inaugurale de Wambach, fièrement enlevée par
rorchestre, qui a encore exécuté, dans le courant
de la soirée, la belle ouverture du Roi des Aulnes de
Benoit.
M. de Herdt, qui est chef de pupitre de la Kwar-
tet-Kapel, nous a fait entendre un concerto de
Vieuxtemps et y a montré de sérieuses qualités
d'exécutant.
M. Rovies, l'excellent hautbois solo, a interprété
l'intéressant nocturne avec accompagnement du
quatuor à cordes de Ed. Keurvels. Nous apprenons
que cette œuvre sera bientôt donnée à Bruxelles,
dans les mêmes conditions.
Les solistes du chant étaient M. H. Fontaine et
M. Berckmanns. Le premier a dit de sa plus belle
voix l'émouvante mélodie Mijn Moederspraek de
Benoit. Accompagnée du quatuor à cordes et de
trois harpes, cette composition produit un effet
énorme.
M. Berckmanns possède une jolie voix de ténor
qu'il riianie avec adresse. In H prieeltje de J. Blockx
a été interprétée avec une belle entente des
nuances et de jolis effets de mezza voce.
Ce concert nous a fait d'autant plus do plaisir
que les fêtes musicales font absolument défaut cet
hiver.
LE GUIDE MUSICAL
63
Nos sociétés se réserveraient-elles pour l'époque
de l'Exposition ? A. W.
Au dernier concert de la Société de symphonie,
sous la direction de M. Emile Giani, on a entendu
la i"'" symphonie de Beethoven, et l'ouverture de
Léonore, n° 3, très bien exécutées par ce cercle
d'amateurs. Les solistes de la soirée étaient
M"'' Dorothée Schmidt, de Francfort, une bonne
chanteuse de concert, et M"' Juliette Mertens. la
brillante pianiste, élève de M. Camille Gurickx,
qui a Joué le concerto en mi bémol de Liszt, puis
du Grieg, du Chopin et du Rubinstein.
M"'= Juliette Mertens a prouvé dans les divers
morceaux qu'elle a joués, qu'elle possède de la
virtuosité et du style, et que c'est à bon droit que
le Conservatoire de Bruxelles, la compte au
nombre des plus brillantes élèves de ses classes
de piano.
BERLIN. — Le dernier Kammermusik-
Abend de Joachim était consacré à Bee-
thoven : le septième quatuor en fa, le dernier aussi
en fa et la sérénade. La Polacca, que Joachim joue
en tempo moderato, a été bissée Aussi quelle in-
terprétation! L'adagio du dernier quatuor pris très
lent ; le scherzo, avec son trio-danse d'ours, très
vite. Dans le finale, les accords de septième dimi-
nuée, entonnés \ ar les deux violons, n'ont pas
toujours été d'une justesse irréprochable. Les
quartettistes ont été merveilleux dans l'exécution
du septième quatuor, surtout dans l'adagio, que
Joachim chante comme un séraphin
Dans la prochaine séance, on entendra un nou-
veau quatuor de Gernsheim.
Les concerts populaires de la Philharmonie, in-
terrompus par les fêtes de Noël et du nouvel an,
ont repris leurs cours. Le professeur Mansteadt a
dirigé : VOuverturc tragique de Brahms, les ouvertures
de Coriolan, de la Belle Mélusine, de Lohengrin, du
Schauspieldiyector de Mozart, AeManfred(Re\nec\'ie'\.
de Léonore III, des fragments du Songe d'une unit
d'été, la chevauchée des Walkyries, la symphonie
en ut de Schumann, de vulgaires fragments de la
Reine de Saha de Goldmark, etc., etc.
C'est avec le plus vif intérêt que le monde mu-
sical berlinois s'est rendu au second concert du
Wagner- Verein : le fils du célèbre maître de Bay-
reulh, Siegfried Wagner, avait pris la direction de
l'orchestre.Disons tout de suite que le jeune capcU-
meister a remporté un beau succès, voire une
couronne de lauriers.
Pour juger avec impartialité du talent de M.Sieg-
fried Wagner, on ne doit pas oublier qu'il ne s'oc-
cupe de musique que depuis deux ans, du moins
on le prétend. S'il en est ainsi, le concert qu'il a
dirigé (toujours de la main gauche), lui fait certai-
nement honneur. Sous son impulsion, l'orchestre
philharmonique a fort bien exécuté les ouvertures
des Fées (avec les thèmes de la Faust-Ouverture et
du TannhaHser), de Riemi et du Vaisseau-Fantôme.
Le Siegfried-Idyll et l'ouverture du Tannltceuser ont
été prises dans un mouvement trop lent ; la der-
nière oeuvre, jouée froidement, m'a beaucoup
étonné de la part d'un orchestre qui a été stylé par
les Bûlov,', Levi, Richter, Mottl, etc. A qui la
faute? Tout en reconnaissant le talent de M. Sieg-
fried Wagner, je ne crois pas cependant qu'il pos-
sède un grand tempérament d'artiste à la Wein-
gartner ou à la Nikisch.
Deux maîtres de l'art du chant, Emile Gôtze et
RosaSucher, prêtaient leur concours à cet intéres-
sant concert. M. Gôtze a fort bien dit la prière de
Riemi et un air très vieux jeu des Fées. Le public
a bissé les deux derniers morceaux des Fiinf
Gedichte, dont laSucher est toujours l'incomparable
interprète.
Partant pour une tournée de concerts, le violon-
celliste hollandais Anton Hekking s'est fait enten-
dre à la Philharmonie, devant un auditoire mal-
heureusement fort restreint. M. Hekking est un
violoncelliste de première force : une technique
très pure, surtout à la main gauche. A mon avis,
il abuse un peu du vibrato. lia exécuté le concerto
de Volkmann, le Preislied de Wagner, la Traumerei
de Schumann et deux machines de Popper et de
Servais
L'orchestre de Manstaedt a joué l'ouverture de
Richard III de Volkmann, le Phaéton de Saint-
Saëns, une archi-vulgaire danse de Dvorak et le
Solveg-Lied de la seconde suite P««y Gynt, qui, pour
le moment, patauge dans la formule.
Le Richard Wagner-C^^clus à peine terminé,
l'Opéra reprend Lohengrin, Tatinhauser, le Vaisseau-
Fantôme (le cinquantième anniversaire de la pre-
mière représentation à Berlin) et Tristan, avec la
Sucher.
Anton Bruckner (un vieillard de soixante-dix ans)
vient d'arriver à Berlin pour assistera l'exécution
de sa symphonie en mi, de son Te Deum et dp son
quintette. E. B
DRESDE. — La vogue est, en ce moment, à
M™' Duse qui, dans deux représentations ita-
liennes, a déployé un talent supérieur. Impossible
d'être plus naturelle et plus séduisante.
Dans Rigoletto, repris la semaine passée, notre
premier baryton, Scheidemantel a enthousiasmé
l'auditoire. En lui, tout est réuni : voix superbe,
jeu toujours expressif, diction admirable. Sans le
vouloir, il laisse un peu dans l'ombre ses cama-
rades. M™" Camil a fait de son mieux, M. Erl a
chanté avec grâce. M"" Frôhlich et M. Decarli ont
été sufiisants. C'est M. Schuch qui dirigeait, et,
sous sa baguette, la brave phalange accomplit
des merveilles.
Au dernier Sinfonie-Concert, on a beaucoup
applaudi une symphonie en ré mineur d'un jeune
Norwégien de l'école wagnérienne, Christian Sin-
ding. Hier soir, le quintette de Brahms en /a mi-
neur a été exécuté par M™" Stem avec une grande
64
LE GUIDE MUSICAL
autorité. Le violoniste Pétri en a fort bien inter-
prété le magnifique adagio.
Décidément, nous n'entendrons pas César Thom-
son ; l'agence Ries a remboursé tous les billets
déjà pris. Foule de concerts en perspective.
Alton.
LIKGK. — Mercredi, deuxième séance du
quatuor liégeois : quatuor en ré majeur (xxi)
de Mozart; sonate en la majeur, op. 69, pour piano
et violoncelle, de Beethoven ; quatuor en mi bémol.
op. 5i, d'Anton Dvorak.
Il faut l'avouer, le pauvre Mozart a été fort mal-
traité. Que restait il, en vérité, do sa suavité péné-
trante ? La noie a été rendue, à peu près ; mais
Vesprit de cette pure musique était absent, totale-
ment ! Impression des plus pénibles pour ceux qui
connaissent et aiment ces divines pages. Nette et
correcte, sans émotion, a été l'exécution de la
sonate de Beethoven, avec M. Sidney Vantyn au
piano. Dvorak, dont le deuxième mouvement,
(Diimka) est ravissant, a fourni à M. Geminick et
à ses partenaires l'occasion de se faire absoudre
par les indulgents du crime de lèse-classiques.
Le défaut d'homogénéité apparaît moins dans
cette musique passionnée. Qu'ils jouent donc les
modernes : Tschaïkowsky, Glazounoff, Borodine,
Cui, Rubinstein, Mendelssohn, Niels Gade,
Svendsen, Grieg, Volkmann, et même Schumann;
mais qu'ils se gardent de toucher à Beethoven, et
surtout à Mozart !
Au Théâtre-Royal, Cavalleria yiisiicana, monté
cette année, sévit comme partout. La platitude
navrante de la partition appert plus encore dans
ces grotesques exécutions de province. Dans Ham-
lef, V Africaine, Charles VI, les critiques locaux
chantent les louanges d'un certain baryton au jeu
forcené, dont les poings fermés ne décolèrent
pas. Non, rien ne vaudra jamais les « coups de
gueule «, ici, pour décrocher les bravos du par-
terre. Quel art écœurant, bon Dieu !
YERVIERS. - Au concert de la Société
d'Harmonie, nous avons eu la bonne fortune
d'entendre M. Hugo Heermann. un des rares
grands violonistes dont on puisse dire qu'ils sont
bien plus profondément artistes encore que vir-
tuoses. Cette puissance et cette pureté de son, ce
viril et sévère instinct du beau s'imposent à la foule
qu'il ne flatte pourtant par aucune condescen-
dance. C'est malgré elle, pour ainsi dire, qu'elle
admire ces talents faits de volonté obstinément
haute. Elle a été. cette foule, positivement sub-
juguée par la façon dont Heermann a rendu le
Concerto de Beethoven. Il ne faut pas demander si
dans les vivantes Csardas, de Jeno Hubay (dédiées
à Heermann), elle a été entraînée par cette vibrante
et hypnotisante virtuosité.
La cantatrice, M"" Denefve-Vandaele, a eu
le bon esprit de remplacer l'antique grand air
obligé par le beau et dramatique récit de Sie-
glinde (de la Walkyrie). L'air de Samson et Dalila
lui a valu de chaleureux applaudissements.
Les lecteurs du Guide Musical ont entendu sou-
vent louer l'orchestre de L. Kefer. Mais il est im-
possible de ne faire que répéter banalement ce
qu'on en a déjà dit, après une exécution comme
celle d'hier Cet orchestre devient d'une préci-
sion d'une clarté, d'une douceur et d'une intensité
d'expression qui vont croissant chaque année.
La marche funèbre de Siegfried du Crépuscule
des dieux, a fait frissonner tout ce qui, dans la salle,
avait un rudiment d'âme capable d'être ému. Je ne
crois pas qu'il soit possible de rendre d'une façon
à la fois plus rigoureusement classique et plus
fortement poignante cette page grandiose et
terrible, d'un symbolisme si profondément et si
douloureusement humain.
La F est-Ouverture de Lassen, si bien nuancée
et si intéressante dans sa charmeuse interprétation
des thèmes populaires de la Thuringe, la Kermesse
jlamande, de Jan Blockx, curieuse par la fidélité
réaliste de ses pages descriptives, et la puissante
Huldigungs Marsch de Wagner ont été enlevées
avec un soin, im éclat qui forçaient l'attention des
plus profanes, et qui ont été spécialement re-
marqués et sentis I. Will.
17 OU VELLES DI VERSES
La IValkyrie, si mal accueillie à Milan
par la faute d'une interprétation grossière et
insuffisante à tous les points de vue, a réussi de
la façon la plus brillante à Lyon, grâce aux
soins donnés à la mise en scène par M. Dau-
phin et à l'exécution orchestrale par M. Lui-
gini. Parmi les interprètes du chant, le mérite
principal revient à M. Lafarge (Siegmund), et à
Mme Fierons (Brunnhilde), qui tous deux ont
été remarquables et se sont montrés des chan-
teurs de style et de caractère. M"« Janssen a
personnifié avec beaucoup de charme la poé-
tique figure de Sieglinde. M. Sentein (Wotan),
M'i<= Desvareilles (Fricka) et M. Sylvestre
(Hounding) ont complété un ensemble d'une
réelle valeur artistique. L'orchestre, sous la
magistrale direction de Luigini, a exécuté la
difficile partition de Wagner avec une rare per-
fection, de manière à en faire comprendre les
incomparables beautés. Bref, succès retentis-
sant.
■^ La Société chorale la Concordia, de
LE GUIDE MUSICAL
65
Nantes, a exécuté, le mois dernier, sous la
direction de M. Hourdin, la Vestale de Spon-
tini. Cette tragédie lyrique, représentée pour
la première fois par ordre de Napoléon, le
2.5 décembre 1807, et qui obtint alors cent
représentations consécutives, est bien tombée
dans l'oubli : on ne la connaît plus guère que
par l'admiration enthousiaste de Berlioz et de
Wagner. Cependant, sur la foi de tels critiques,
les rares musiciens soucieux du grand art l'ont
placée au bon coin de leur bibliothèque. Il
faut donc savoir gré à M. Hourdin et à
M"' Laënnec-Bonjour, dont la haute compé-
tence artistique assure encore de beaux succès
à la Concordia, d'avoir exhumé ce trésor. « Le
public, dit Y Ouest- Artiste, a écouté la superbe
musique de Spontini avec un réel intérêt, et
plusieurs fois il avait été véritablement
empoigné par la grandeur des situations et la
façon dont elles ont été rendues musicale-
ment. I)
Avant la Vestale, la Concordia a fait enten-
dre le chœur de la chasse, tiré des Saisons
d'Haydn, et le chœur des pèlerins de Taiin-
Jiœuser.
'^ Nous avons déjà annoncé qu'un grand
concours de chant d'ensemble sera donné à
Mons, à l'occasion du trois centième anniver-
saire de la mort de Roland de Lassus. Ce
concours aura lieu les 24 et 25 juin prochain.
Le premier prix dans la division d'honneur est
de 3,000 francs, accompagnés d'une médaille
d'or; le deuxième prix, de i,5oo francs et
une médaille. Le concours est international.
Toutes les sociétés pourront donc y participer.
M. J. Van den Eeden, directeur du Conserva-
toire de Mons, vient de terminer le chœur qu'il
avait été chargé de composer pour la cir-
constance. On dit l'œuvre très nouvelle et très
hardie de forme, pleine de souffle et d'éclat, et
sortant de la banalité traditionnelle des
chœurs écrits pour ces sortes de concours.
Elle paraîtra incessamment chez Schott frères.
■^ La Semaine Religieuse de Nice rend
compte en ces termes d'une grand'messe célé-
brée à Grasse :
J'ai entendu de ces grand'messes en Italie, en
France jamais. Une musique exquise, des voix
superbes : à Viniroït, un quatuor pour violon,
violoncelle, alto et orgue; exécutants : docteur
Laugier, Lefort, professeur au Conservatoire de
Paris; Ch. Goby, Bischoff, organiste. A l'offer-
toire, un morceau de Rossini, pour violon, orgue
et piano, habilement tenu par M™« de Blick. Au
Sanctus, on entend la lugubre voix de M"" B03'-
veau ; à l'élévation, Panis angelicus est enlevé par
la voix forte et souple de M. Chauvin. A la com-
munion, M. Lefort nous inonde d'harmonie avec
le Déluge de Saint-Saëns. A la fin de la messe,
M""' Lefort chante l'Ave Maria de Gounod avec
une voix harmonieuse et artistement nuancée.
C'est fini...
Il ne manque vraiment que les mentions
bis, rappels, bravos pour avoir absolument un
« écho >i de journal mondain sur un concert
profane.
BIBLIOGRAPHIE
CHEZ les éditeurs Mackar et Noël, à Paris vient
de paraître une réduction pour piano à quatre
mains de la Sixième symphonie du regretté maître
russe Tschaïkowsky.
Chez les mêmes éditeurs, signalons une nouvelle
édition de la partition de Judith, de Charles Le-
febvre, avec texte allemand de H. Wolfif.
•4* Catalogue descriptif et analytique du Mu-
sée instrumental du Conservatoire royal de
Bruxelles, par M. C. Mahillon. Deuxième édition,
Gand, Ad. Hoste, éditeur. —
Ce catalogue n'est point une simple nomencla-
ture des objets faisant partie de la riche collection
d'instruments du Conservatoire de Bruxelles ; c'est
une véritable organologie, un exposé à la fois
méthodique et scientifique de la facture instrumen-
tale à travers les siècles. La collection du Conser-
vatoire s'étant considérablement enrichie depuis
1S80, date de la publication du premier catalogue,
M. Mahillon a été amené à remanier et à compléter
son premier travail. L"aimable et savant conserva-
teur du Musée a rassemblé de nouveaux éléments
historiqueset techniques. Tel qu'il est aujourd'hui,
le catalogue est une véritable histoire des instru-
ments de musique, qui n'offre pas moins d'intérêt
pour les curieux et les amateurs, que pour le spé-
ciaUste. De nombreuses représentations graphi-
ques d'instruments anciens ou extraeuropéens,
ajoutent encore à l'intérêt documentaire de ce
catalogue, qui ne comprend pas moins de 525 pages.
Il va du numéro i au numéro 576 de la col-
lection du Conservatoire.
Un second volume est sous presse et parait par
fascicules.
•4^ Chez P. Thelen, à Berlin, le Bayreuiher
Taschenhuch (Calendrier de Bayreuth) pour 1894,
vient de paraître. On sait que cette curieuse et
intéressante publication a lieu sous les auspices
de l'Association générale Richard W-a.gneT (Richard
Wagner-Verein). Le calendrier de 1894, en vue des
représentations de Lohengrin, qui va pour la pre-
mière fois être donné sur le théâtre de Bayreuth,
l'été prochain, est consacré presque tout entier à
cette œuvre. A signaler une importante étude sur
la légende de Lohengrin par M. Woligang Gol-
ther, à côté de laquelle il faut citer des notes de
J. van Santen Kolfi, sur la musique de Wagner
66
LE GUIDE MUSICAL
pour le Faust de Gœthe. et des notices sur la
belle-sœur de Wagner, Cécile Avenarius et sur
le chanteur Cari Hill, morts l'année dernière.
En tête du volume figure le fac-similé de l'affiche
de la première représentation de Lohengrin à
Weimar,sousla direction de Liszt, le 28 août i85o.
Le calendrier se complète des notes statistiques
toujours bien curieuses sur l'ensemble du mouve-
ment wagnérien.
Du tableau des représentations données sur
les théâtres allemands, il résulte que dans soixante-
quinze villes les œuvres de Wagner ont obtenu
en 1893 mille quaranie-sept rtprésentaiions . Le relevé
de l'année 1892, pour le même nombre de villes,
ne donnait que huit cent vingt représentations.
Il y a donc eu deux cent vingt-sept représenta-
tions de plus en iSgS.
A propos des éphémérides du calendrier, notons
une omission regrettable : celle de la première
représentation de Lohengrin au théâtre de la
Monnaie, à Bruxelles, le 22 mars 1870, sous la
direction de Hans Richter. Ce fut la première
représentation de Tœuvre enjrançais.
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
A Lyon, le baryton Charles Bérardi, des suites
d'une bronchite. Doué d'un organe magnifique,
il avait créé avec succès, à l'Opéra de Paris, dont
il fut plusieurs années le pensionnaire, le rôle du
sonneur dans Patrie. Le baryton Bérardi chanta
aussi au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, et
l'on se rappellera que c'est lui qui avait créé, sur
ce théâtre, le rôle de Harald dans la Gwendoline
d'Em. Chabrier II avait été aussi de la création
des Templiers de Litolff. Bérardi n'avait guère que
quarante-six ans.
^^ A Bruxelles, le 4 janvier. M'"" la baronne
Goethals, née Engler, veuve du général baron
Goethals, ancien ministre de la guerre et ancien
aide de camp du Roi.
La vénérable baronne, qui était la mèie du
peintre Goethals et de M""^ la baronne Snoy, dame
de Son Altesse la comtesse de Flandre, belle-mère
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
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LE GUIDE MUSICAL
67
du comte de Jonghe d'Ardoye, mort tout récem-
ment à Bruxelles, avait été. il y a une trentaine
d'années, une des personnalités féminines les plus
aimables et les plus distinguées de Bruxelles.
Esprit très cultivé, excellente musicienne, elle avait
ouvert sa demeure aux artistes les plus en vue, et
il n'est pour ainsi dire pas de célébrité de l'art
musical qui n'ait passé par son salon : Franz Liszt,
Rubinstein, Charles de Bériot, M""" Clara Schu-
mann, les sœurs Milanollo, la comtesse Rossi, fille
de la Sontag. etc. Pendant longtemps, ses soirées
de musique de chambre furent très recherchées ;
et elles offraient un attrait peu commun, puisque
l'on y entendait habituellement des maîtres tels
que Vieuxtemps, Henri Léonard, François Ser-
vais, Ferdinand Kufferath, Joseph Blaes, et bien
d'autres.
I La baronne Goethals meurt à l'âge de soixante-
1 dix-neuf ans.
I RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Paris
Opéra. — Du 7 au 14 janvier : Gvvendoline, la Mala-
detta. La Valkyrie. Gwendoline, la Maladetta.
Opéra-Comique. — Du 7 au 14 janvier : Carmen (soi-
rée populaire». L'Attaque du moulin, les Deux Avares.
Le Barbier de Séville. les Folies amoureuses. L'At-
taque du moulin, le Nouveau Seigneur. Mignon.
Manon
Concerts d'Harcourt. — Mercredi 10 janvier. Pro-
gramme : Ouverture d'Euryante (Weber); Concerto
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(Charles Fuster et Léon Schlessinger), première
audition, récité par M"= Renée Du Minil, de la Co-
médie française, accompagné par l'auteur ; air d'Aïda
(Verdi); M"« Armande Bourgeois; Septuor (Beet-
hoven); Pièces pour piano seul, M. David Blitz ;
Danse slave (Dvorak).
LES CONCERTS BU DIMANCHE
lo' Concert Lamoureux (Cirque des Champs-Elysées).
— Programme : Symphonie en ut mineur (Beethoven);
Siegfried-Idyll (R. Wagner); Marche funèbre pour la
dernière scène d'Hamlet (Berlioz); Rêverie du soir,
suite algérienne (Saint-Saëns). le solo d'alto par
M. Van Wafelghem ; Prélude du 3" acte de Tristan
et Iseult (R. Wagner; Ouaerture des Maîtres-Chan-
teurs (R. Wagner).
13*^ Concert Colonne (Chàtelet). — Première partie :
Ouverture de Benvenuto Cellini (Berlioz); 2. Cinq
mélodies (César Cui) : Où vivre? — Larmes, — Penses-
MACKÂR et NOËL, éditeurs, 22. passade des Panoramas (grande galerie)
Propriétaires des œuvres de Tschaikofvsky, Ciottsclialk, Prudent, Allartl
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5o
5o
Op. 6i. Mozartiana, ^» suite d'orchestre :
N" I Gigue; n» 2 Menuet; no 3Preghiera;
n'> 4 Thème et Variations.
Partition 10
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 62. Pezzo Cappriccioso, pour violon-
celle et orchestre :
Partition 3
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 64. Cinquième symphonie, en mi mineur
Partition 35
Parties séparées 40
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 66. La Belle au Bois dormant, valse
e.\traite du ballet :
Partition 5
Parties séparées 10
Parties supplémentaires . . . . i
— La même pour orchestre de bal, par
F. Desgranges :
Conducteur 1 »
Parties séparées 2 «
Parties supplémentaires cordes chaque » 25
— Pot-pourri arrangé par Kleinecke ;
Violon conducteur 2 «
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 25
Op. 67. Hamlet. Ouverture-fantaisie (A. Ed-
ward Grieg) :
Partition i5 »
Parties séparées 25 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 5o
> Hamlet, d'après Shakespgare, musique
de scène (ouverture, mélodrames,
marches, entractes) :
Violon conducteur 5 »
Parties séparées i5 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Ouverture extraite :
Violon conducteur 2 »
Op.e?!»
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque 1
Op. 68. La Dame de pique, pot-pourri pour
petit orchestre, par A. Kleinecke :
Violon conducteur 2
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 69. Yolande, introduction e.xtraite ;
Partition 2
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires cordes (copiées)
Op. 71. Le Casse-Noisette, ouverture e.xtraite :
Partition d'orchestre 4
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i
— Suite d'orctiestre tirée du ballet le
Casse-Noisdis :
Partition 20
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 74. Sixième symphonie :
Partition
Parties séparées
Parties supplémentaires cordes chaque
Marche solennelle
Partition g
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Roméo et Juliette, ouverture-fan-
taisie d'après Shakespeare ;
Partition i5
Parties séparées 25
Parties supplémentaires cordes chaque 2
2° Elégie (1884) pour instruments à
cordes. Partiton i
Parties séparées
Parties supplémentaires . . chaque »
Hopaque, danse cosaque extraite de
l'opéra Mazeppa ;
Partition 5
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque 1
5o
5o
3o 1
LE GUIDE MUSICAL
69
tu ? par M"=Pregi, — les Songeants, — les Petiots,
par M. Engel ; le Prisonnier du Caucase (César Cui);
Concerto pour piano, op i6 lE Grie,g), M. Raoul
Pugno. — Deuxième partie : Parsifal, prélude du
i" acte ; 2'" tableau du i" acte (grande scène reli-
gieuse); Scènes des filles-fleurs Parsifal, M. Engel ;
i"' groupe : M"'' Jeanne Remacle, M'^'^ Matthieu et
Marthe de Rrolls ; 2" groupe : M"'' Roland. M"'" Lé-
ger et Marny.
Concerts dHarcourt. — Symphonie héroïque de
Beethoven, suivie d'une sélection des œuvres de
M. Victorin Joncières, exécutées sous la direction
de l'auteur; Ballet du Chevalier Jean; fragments de
la Reine Berihe ; Air des cloches de Dimitri, M. Du-
chesne , Arioso de Dimitri, M"" Merelli,
Conservatoire national de musique (Société des Con-
certs). — 5" concert. Programme : Symphonie avec
chœur (Beethoven), soli : M™'^' LerouxRibeyre et
Boidin-Puisais, MM. Warmbrodt et Auguez ; Andante
et scherzo de la i'''' symphonie (Bizet); Ouverture de
Fidelio (Beethoven). Le concert sera dirigé par
M Paul Taffanel.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 7 au 14 jan-
vier ; Manon Orphée. Jérusalem et Farfalla.
Théâtre des Galeries. — Miss Robinson avec
M"'' Rose Delaunay. - Matinée, dimanche, à i h. J^.
Alcazar royal. — Bruxelles- Port de mer.
Berlin
Opéra. — Du 7 au 14 janvier : Le Vaisseau -Fantôme.
Cavalleria et la Croix d'or Tristan et Iseult. Les
Noces de Figaro Faust. Carmen. Mara. Puppenfee et
IPagliacci. Freyschûtz.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — Le lieutenant
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a. Lento gracioso. — h Allegro
c. Allegretto gracioso. - i. Presto
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SOMMAIRE
NUMERO 4
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rienne (Alfred Ernst, Marcel Hébert).
Edm. Van der Straeten : Un portrait de
luthiste.
Marcel Remy : A propos du Wallenstein
de M. Vincent d'Indy.
Les Concerts de Paris. — La Neuvième
Sj'inphonie au Conservatoire, par Hugues
Imbert. — Parsifal aux concerts Colonne,
et les Chanteurs de Saint-Gervais, par
Marcel Remy.
CI)roniquf 'bt la Stinatiu : Paris, concerts divers;
Bruxelles, petites nouvelles.
dorrteponbaïKCS : Anvers, Berlin, Dresde, La Haye,
Liège, Lille, Luxembourg, Montréal, Strasbourg.
Nouvelles diverses. — Bibliographie.
Répertoire des théâtres.
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principaux éditeurs de musique. — A Paris : librairie
Fischbacher. 33, rue de Seine ; librairie Flammarion.
— A Londres : MM. Breitkopf et Haertel, i5, Oxford
Street ; Schott et C», Régent street, iSy-iSg. — • A Leipzig :
Otto Junne. — A Strasbourg : librairie Ammel. — A
Amsterdam, Algemeene Musikhaniel, Spui, 2. — A La
Haye, Belinfante frères. — A Liège: M™' veuve Muraille,
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— A Gand : Mn>e Beyer. — A Zurich ; Hug frères, édit.
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Martin. édit., 4, Correo. — A St-Pétersbourg : R. VioUet.
— A Moscou : Jurgenson. — A Mexico ; N. Budin. —
A Montréal : La Montagne, éditeur, 149, rue Saint-
Maurice. — A New-York : G.-E. Stechert, 810, Broadway.
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MÊME MAISON
PIANOS HAUTRiVE
PIANOS — ORGUES
VIOLONS
Violoncelles à clavier
Fabrique à Schaerbeek, lo, rue Van Schoor
XiE ©UIDE flÙUSICAL
PARAISSANT LE DIMANCHE
40' ANNÉE. — NUMÉRO 4.
Bruxelles, le 21 janvier 1894.
LITTERATURE WAGNERIENNE
1
L n'est plus de mois qui ne voie
paraître quelque livre nouveau sur
le maître de Bayreuth et son œuvre.
Je ne m'en plains pas, au contraire, j'y vois
un heureux symptôme. L'exégèse wagné-
rienne s'étend et s'approfondit. Nous ne
sommes plus au temps où l'imagerie était
nécessaire pour faire adopter par le public
français l'histoire de la vie du maître et le
superficiel exposé de ses théories ; où le
suprême de la critique était de mêler, à
doses égales, le blâme et l'admiration ; où
il suffisait de nouer bout à bout des cou-
pures de journaux, des résumés de
seconde main, pour faire un livre sur Wag-
ner et paraître bien renseigné.
Aujourd'hui, on l'étudié à fond, dans ses
œuvres, dans ses écrits théoriques, dans
ses lettres intimes, révélatrices de sa véri-
table pensée et de ses hauts sentiments. Et
les livres poussent tout seuls, tant il se
découvre de nouveautés sur le grand
homme si longtemps méconnu et si mal
compris. 'L'agacement qu'en éprouvent les
gazetiers dont^ l'esthétique ne s'élève pas
au-dessus du niveau du Domino iioh- est
d'un comique intense et réjouissant. Il n'y
a pas autrement à s'en occuper. Zoïle est
nécessaire.
Je veux aujourd'hui signaler deux ou-
vrages nouveaux : VA ride Richard Wagner,
de M. Alfred Ernst, et Trois moments de
la pensée de Richard Wagner de Marcel
Hébert (i).
Je suis un peu en retard pour parler du
premier, qui date déjà de quelques mois :
mais je n'ai presque aucun scrupule de ce
retard. L'étude de M. Ernst est de celles, en
effet, qui n'ont pas qu'une valeur d'actualité
faiblissant à mesure qu'on s'éloigne du
moment ou de l'homme qui l'a provoquée.
Son Art de Richard Wagner est un livre de
véritable critique, un travail de maître, sé-
rieux, approfondi, admirablement complet,
auquel on aime à revenir, auquel on revien-
dra, où l'on cherchera, plus tard, des direc-
tions quand on voudra être fixé sur telle
ou telle œuvre du maître et sur l'ensemble
de ses créations et de ses théories.
On a reproché au livre de M . Ernst d'être
touffu. Je ne partage pas cet avis, quoique
le volume comprenne plus de cinq cents
pages d'un texte serré. Ce qui est touffu,
ce n'est pas le livre, c'est la matière,
c'est l'œuvre même de Wagner. Ce pro-
digieux génie a touché à tout : son art
fait penser. Il a soulevé des problèmes
esthétiques de la plus haute portée, qui in-
téressent tout le public et les artistes; et ses
œuvres, par le monde d'idées et de senti-
ments qu'il y a renfermés, invitent le philo-
sophe à la réflexion. Il est impossible de
l'embrasser en quelques pages. Si l'on veut
le faire comprendre, il faut l'expliquer en
détail. C'est ce qu'a fait M. iVlfred Ernst,
avec un bonheur rare.
Son livre n'est pas une étude historique
exposant le développement du génie de
Wagner et marquant les étapes de sa
réforme, mais une vue d'ensemble sur la
totalité de son œuvre. M.Alfred Ernst avait
déjà publié antérieurement un livre pareil-
(i) Le premier a paru à Paris, chez Pion et Nourrit,
le second à la librairie Fischbacher.
76
LE GUIDE MUSICAL
Â
lement excellent sur le maître de Bayreuth,
mais plus superficiel et sommaire. Le plan
des deux ouvrages est à peu près le même,
mais le second est infiniment plus fouillé.
Il comporte deux parties. Dans la pre-
mière, des considérations générales trou-
vent place qui sont relatives aux carac-
tères essentiels des poèmes et aux
tendances de Wagner comme poète dra-
matique; dans la seconde, M.Alfred Ernst
étudie les grands types humains qui peu-
plent ses drames. Dans celle-ci, il établit
de curieux et bien intéressants rapproche-
ments d'un type à l'autre qui témoignent à
la fois d'une parfaite connaissance de
l'œuvre et d'un sentiment ingénieux et pé-
nétrant chez le critique. J'appellerai l'atten-
tion en particulier sur le chapitre consacré
à Vénus et à Elisabeth, sur celui qui com-
prend à la fois les figures d'Erik, de Wol-
fram, de Marke, de Hans Sachs; sur les
parallèles entre Alberich, Hagen, Klingsor;
sur Tristan et Isolde, sur Siegfried et
Brunnhilde. Il y a là des pages excel-
lentes, des aperçus neufs, éclairant les per-
sonnages, leur caractère, leur développe-
ment dans le drame auquel ils appartiennent
et la place qu'ils occupent dans la série des
conceptions v^^agnériennes.
Dans la première partie, M. Alfred Ernst
s'attache surtout à développer cette idée
que Richard Wagner est, avant tout, un
poète dramatique ; que ce qu'il a voulu,
c'est le drame, par quels moyens il l'a voulu
et réalisé. La conclusion est qu'en somme,
seules les créations du poète ont rendu
possible l'épanouissement du musicien.
Avec M. René de Récy, je crains qu'ainsi
formulée cette opinion ne soit un peu
générale et absolue. J'ai déjà touché à cette
question de la prédominance du poète ou
du musicien enWagner,à'propos d'un récent
travail de M. Houston Chamberlain, dus
Draina Richard Wagner's, où se trouve
énoncée une opinion analogue. Maint lec-
teur pourrait être amené à conclure que le
musicien en Wagner est secondaire. Telle
n'est certainement la pensée ni de M . Cham-
berlain, ni de M. Alfred Ernst. Mais il serait
bon de le dire.
La vérité est qu'on se trouve ici en pré-
sence d'un problème psychologique aussi
difficile à poser qu'à résoudre.
MM. Alfred Ernst et Chamberlain ont
raison de répondre à ceux qui ne veulent
voir en Wagner qu'un prodigieux musicien
et qui nient en lui les facultés tout à fait
géniales du poète : Wagner est surtout et
avant tout un grand poète dramatique, un
créateur de types humains d'une admirable
et idéale expression.
Seulement, ce serait se méprendre, je
crois, que de placer le poète au-dessus du
musicien. Il me semble que les deux facul-
tés, poétique et musicale, sont en lui abso-
lument inséparables. M. Ernst invoque
l'antériorité des tentatives dramatiques
par rapport aux essais musicaux. On pour-
rait lui objecter le premier éveil des facultés
de l'enfant s'opérantchez Wagner aux échos
de la musique de Weber (voir l'Autobio-
graphie); plus tard, l'impression produite
sur l'adolescent par la symphonie de Beet-
hoven, impression si décisive qu'on peut
se demander si, Wagner ne l'ayant pas
éprouvée, son génie se fût développé
d'une façon normale. Pour moi, je ne le
pense pas.
Poète dramatique et essentiellement dra-
matique assurément; mais âme musicale,
essentiellement musicale.
Voilà, il me semble, le point important; et
cela est si vrai que toujours Wagner a re-
connu le rôle essentiel et même prédominant
de la musique dans ses créations comme
dans sa vie. Lui-même n'a-t-il pas écrit que
la musique avait été « son ange gardien n ,
que c'était la musique qui avait « sauvé en
lui l'artiste ». Il a été plus loin même en
avouant que c'était la musique « qui avait
fait de lui un artiste à l'heure où son sen-
timent se révoltait contre les conditions
artistiques du temps présent ». Ces paroles
me semblent aussi décisives, pour le moins,
que la circonstance en vérité peu impor-
tante de la composition d'une tragédie dans
le style shakespearien, à l'âge de treize ans.
Un tout autre point de vue est celui où se
place M. Marcel Hébert dans ses Trois
moments de la pensée de Richard Wagner.
Il s'agit ici d'une étude sur ses idées philo-
sophiques et particulièrement de l'évolu-
LE GUIDE MUSICAL
77
tion qui, peu à peu, l'aurait ramené à l'idée
chrétienne. M. Hébert divise l'œuvre de
Wagner en trois étapes : l° Naturalisme
(Tétralogie); 2° Pessimisme [Tristan et
Iseuli) ; 3° Foi religieuse (Parsifal) ; et il
examine ensuite à ce point de vue philoso-
phique les œuvres capitales où sous une
forme artistique, essentiellement plastique,
sont développées les vues particulières de
Wagner, sa conception du monde, ses
aspirations métaphysiques ou religieuses.
M. Alfred Ernst a touché aussi à cette
question, et il arrive à une conclusion ana-
logue à celle de M. Hébert : à savoir qu'il y
a eu dans l'âme de Wagner progrès constant
vers la foi religieuse ; que l'expérience de
la vie, jointe aux réflexions philosophiques,
y a fait prédominer des « sentiments oubliés
dans l'ardeur de la jeunesse )). M. Marcel
Hébert ne fait, toutefois, de Wagner vieilli
ni un dévot, ni un théologien ; Wagner n'a
jamais admis la lettre, la formule, le dogme ;
mais les intuitions de son génie se seraient
rapprochées de plus en plus de l'essentiel
du christianisme, de cet esprit de l'Evan-
gile qui s'exprime d'une manière si admi-
rable dans Parsifal.
La thèse est intéressante et M. Maixel
Hébert la développe avec un talent d'ana-
lyste très fin, très souple et très bien armé,
qui éclaire les aspects multiples et variés
de cette riche nature de poète et de pen-
seur.
Je crois, toutefois, qu'en pareille matière
une grande prudence est nécessaire, et
qu'il faut se garder de vouloir accaparer
B pour une doctrine religieuse » ce grand
artiste qui n'a jamais été et n'a jamais
voulu être qu'un artiste.
Le pur esprit de Vliumanisme suffit à
expliquer le philosophe en Wagner. Certes,
il a toujours été une âme profondément
religieuse, mais c'a été dans le sens large
du mot.
Aussi, je crois que M. Marcel Hébert,
comme, du reste, M. Alfred Ernst, dogma-
tise un peu trop rigoureusement en cher-
chant une évolution vers les « vérités « de
l'Evangile, là où il n'y a, en somme, que le
développement d'un seul sentiment profond,
et merveilleusement actif, ce sentiment qui
seul inspire les grandes œuvres d'art : Vlm-
manité.
A ce point de vue, il y a une remarquable
continuité dans la vie et dans l'œuvre de
Wagner. Son humanité est marquée aussi
nettement dans les œuvres du début et de
la fin, que dans celles de la prétendue pé-
riode du naturalisme et du pessimisme.
Même à l'époque où il fut le plus enchaîné
par la doctrine de Schopenhauer, il ne
voyait autre chose dans le boudhisme que
la doctrine chre'tienne, la conception, aryenne
du monde, dans sa pureté initiale, dégagée
de toute mixture judaïque, c'est-à-dire une
doctrine morale dont le principe fondamen-
tal était la bienveillance à toutes les misè-
res, la sympathie, la compassion, ce qu'on
nomme enfin la charité. Le pessimisme
de Tristan n'en est pas un; et je crois
que c'est une interprétation erronée de voir,
dans l'aspiration des deux amants à la
mort, une aspiration au ne'ant absolu; elle
est, au contraire, une aspiration ardente à
une délivrance, à une vie supérieure. Et
la scène finale, le chant de mortd'Isolde
transfigurant l'amour terrestre, révélant
l'union intime des âmes dans l'infini, est une
idée qui n'a rien de commun avec le pessi-
misme, pris dans son sens rigoureux, et tel
qu'on l'entend généralement. C'est si l'on
veut une idée chrétienne, mais exprimée
sous une forme qui ne Test pas. De même
dans la Tétralogie, le ressort de tout le
drame, c'est le sacrifice de Brunnhilde;
c'est encore une fois l'idée de pitié, de
charité qui domine ici, comme dans le
Vaisseau et Tannhœuser, comme dans Lohen-
grin, comme dans Parsifal.
Cette unité profonde du sentiment chez
Wagner peut seule expliquer le singulier
phénomène des conceptions simultanées,
en apparence les plus opposées ; par
exemple, l'idée de la scène du Vendredi
Saint de Parsifal, et les premières esquisses
de cette œuvre coïncidant avec la compo-
sition de la scène d'amour de Trista!!.{i856);
ou le scénario des Maîtres Chanteurs s'éla-
borant au milieu de la composition de
TannhcBiiser et simultanément avec les pre-
mières idées de Lohengrin.
L'évolution que M. Marcel Hébert et
LE GUIDE MUSICAL
aussi M. Alfred Ernst analysent un peu
subtilement me paraît, en somme, plus
apparente que réelle. Si l'on veut bien y
regarder de près, du Vaisseau- Fantôme à
Parsifal, il y a une seule et même idée
directrice et fondamentale : Vamour dans
son acception élevée, la charité chrétiefine
peut-être, la charité humaine certainement,
en qui Wagner, théoriquement dans ses
écrits àtendances philosophiques, pratique-
ment dans son œuvre d'art, a toujours
reconnu et proclamé l'élément libérateur
de ce monde. M. Kufferath.
UN PORTRAIT DE LUTHISTE
EL s'agit de l'effigie de Charles Mouton,
luthiste de Louis XIV.
J'ignore si une étude spéciale a été
vouée à ce chef-d'œuvre de gravure.
A coup sur, Fétis n'en dit mot. Et
les lexiques musicaux les plus usités imi-
tent son silence.
La figuration est due à l'éminent graveur
Gérard Edelmck, né à Anvers, et qui sub-
stitua, dit-on, les tailles en losange aux
tailles carrées.
L'artiste prit pour modèle une peinture
de De Troy. Il vécut dans la période
1649-1707.
Son œuvre, que j'ai sous les yeux, passe,
à bon droit, pour la plus belle de ce
genre.
C'est aussi la plus grande de l'espèce. Le
luth notamment mesure, en largeur, dix
centimètres, tandis que celui de Mersenne
n'en offre que six. Sa longueur est de vingt-
cinq centimètres.
On connaît cinq états de l'estampe de-
venue actuellement une rareté convoitée :
10 Celui muni d'un quatrain latin enl'hon-
neur du virtuose ; il est avant le nom des
artistes.
2° Celui à marge coupée. On lit à la bor-
dure inférieure gauche : De Troy pinxit,
De Troy peignit ; et, à la droite : Edelinck
SCULP. CUM PRiviL. Regis, Edelinck grava
avec la permission du Rot. A Paris, rue Saint-
Jacques, « Au Séraphin ».
On en rencontre des épreuves avec ce
quatrain :
Cher maître, à te voir si bien représenté,
Par des charmes secrets je me laisse surprendre ;
Je suis de ton portrait doublement enchanté :
Je te vois et je crois t'entendre.
3" Celui qui offre pour toute inscription,
à gauche, sur la bordure inférieure : De
Troy pinxit, Edelinck sculp. — A Pa-
ris, chez I. Audran, graveur du Roy, « Aux
Gobelins ».
40 Celui où l'adresse d'Audran est rem-
placée par : A Paris, chez Budlet, rue
Gesvers, mots précédés de ceux-ci : De
Troy pinxit, Edelinck sculp.
Et enfin, 5°, celui où les inscriptions du
deuxième état ont été rétablies.
Mouton, au type gaulois, à la mine sou-
riante et spirituelle, est assis, les jambes
croisées, dans un fauteuil capitonné.
Il porte la grande perruque de l'époque
et est drapé dans un large et somptueux
habit à ganses d'or.
Au cou et aux mains, s'étalent de superbes
dentelles.
Ces mains, dont Tune pince les cordes du
luth et l'autre marque les touches du clavier
de l'instrument, sont d'une rare perfection
de travail. Impossible d'en imaginer de plus
ravissantes.
Tout ce luxe déployé révèle non seule-
ment l'artiste de concert, mais le virtuose
qui fréquentait la haute société.
Un gentleman de ce genre fut le maître
flamand De Fesch, qui, fixé à Londres, s'y
rendit célèbre par ses leçons instrumen-
tales. Le luthiste athois de Saint-Luc ap-
partenait également à cette catégorie de
professeurs privilégiés.
Pour l'instrument, il forme un vrai bijou.
On le voit, pour ainsi dire, de' nature, avec
ses proportions élégantes et son manche
coquet, rejeté en arrière à la partie supé-
rieure.
Grâce aux progrès que l'organographie
a réalisés depuis un quart de siècle, on
LE GUIDE MUSICAL
n
parviendra, quelque jour, j'espère, à assi-
gner l'atelier dont il émane.
Il arrive communément, pour les œuvres
marquantes, que l'imitation s'acharne sur
elles. C'est vraiment ici le cas.
D'abord une figuration représentant sen-
sément Cambert, et reproduite dans la
Musique populaire, le 21 décembre 1882.
Cambert, à mon humble avis, était bel et
bien un compositeur du règne de Louis XIV,
qui toucha, dans sa jeunesse, les orgues, et
qui délaissa cet exercice pour se lancer
dans l'agencement des drames lyriques, où
il se rendit célèbre.
La gravure, entièrement rapetissée, du
pseudo-Cambert, est littéralement copiée
d'après celle de Mouton, hormis le change-
ment de position de droite à gauche.
Cette contrepartie, grossièrement exé-
cutée, n'offre qu'un fragment de la partie
supérieure du luth, ce qui produit un misé-
rable effet : brossage hàtif, en somme, si
j'en juge toutefois par le spécimen de la
Musique populaire, et qui ne se recommande
d'aucune façon.
De Troy, le modèle de l'effigie de Mou-
ton, se serait-il inspiré lui-même de celle de
Cambert? Un comble alors.
Autre contrefaçon : le portrait du
luthiste allemand Adam Falkenhagen. Elle
n'est heureusement que partielle : l'instru-
ment manié et la pose des deux mains.
La table, où sont déposés un encrier et
une plume, — indice d'un compositeur, —
est d'une réelle mesquinerie.
Et, à propos de publications organogra-
phiques, on en a fait éditer, toujours en
contrefaçon, une série du célèbre luthiste,
chez Etienne Roger, à Amsterdam, notam-
ment de 1707 à 1716.
A cette dernière date, on peut lire, comme
annexe au roman des Severambes, imprimé
audit Amsterdam, cette annonce, que je
reproduis textuellement :
Pièces de luth de M. Mouton, livre premier,
contenant aussi des instructions sur cet instru-
ment fr. 3 —
Pièces de luth de M Mouton, livre second 3 —
Pièces de luth de M. Mouton, livre troi-
sième '
Pièces de luth de M. Mouton, livre qua-
trième 3
Notre musicien fut donc théoricien et
praticien de son art.
Le superbe portrait d'Ederlinck est men-
tionné notamment dans le Catalogue des
estampes de Firmin-Didot (1877, n° 4348).
Il fut vendu 45 francs. Aujourd'hui, il
atteindrait au moins le double.
Divers tirages sans la lettre, — modernes
en tous cas, — circulent dans le commerce.
Ils sont tellement reconnaissables que le
plus vulgaire amateur ne s'y laisserait
guère prendre.
Edmond Vander Straeten.
A PROPOS DU -WALLENSTEIN" DE VINCENT D'INDY
ETTE œuvre me paraît marquer une
étape décisive de la musique syni-
phonique française depuis Berlioz.
Sans dire qu'elle soit plus poétique, plus
hautement conçue que les compositions de
l'auteur de la Fantastique, on doit recon-
naître qu'elle est plus nettement musicale,
d'une orientation beaucoup plus marquée
vers l'art symphonique pur. Et pourtant, si
la préoccupation littéraire, descriptive, n'est
plus prédominante comme chez Berlioz,
elle influe encore sur l'œuvre au point de la
rendre obscure, si on n'accepte pas a priori
les indications explicatives d'un livret résu-
mant succinctement et les épisodes drama-
tiques et les thèmes musicaux.
Sans doute, de par sa nature, et son but,
« servir de préface et de commentaire
musical au poème de Schiller », l'œuvre de
M. d'Indy devait avoir une surface décora-
tive, et pittoresque ; mais il est heureux
d'y constater autre chose qu'une vaine agi-
tation descriptive : c'est la réalisation mu-
sicale d'une pensée poétique, c'est l'œuvre
non d'un adaptateur, mais d'un artiste qui
a pensé en musique. C'est là le grand point,
à mon avis.
Et si certaines données conventionnelles
alourdissent l'essor, des trouvailles vrai-
ment heureuses rachètent vite ce défaut.
Ainsi, nous aurions souhaité une concep-
LE GUIDE MUSICAL
tion plus profonde de la Guerre. Ces son-
neries de trompettes, d'un procédé si
poncif, ne sont qu'une allégorie représen-
tant à peine la Bataille par une transposi-
tion assez grossière. Mais la Guerre, vue
de plus haut, d'un regard philosophe et
artiste, en ce qu'elle a de monstrueux,
d'antiphysique, de surhumain, de blasphé-
matoire, quel est donc le musicien qui en
donnera l'impression en se dépêtrant du
facile clinquant militaire? Quel maître en
fixera l'image avec l'intensité de Wagner
évoquant l'Appréhension dans le Ring, de
Beethoven montrant la vraie joie dans la
Neuvième Symphonie?
Singulière impuissance de la littérature
pour certains sujets, par exemple, la Guerre.
Les poètes sont lyriques, imagés, allégo-
riques; les romanciers ne donnent qu'une
impression de détails accumulés la {Débâcle),
sinon des périphrases ou même des phrases.
Les généraux, dans leurs dépêches ou mé-
moires, sont techniques ou administratifs,
le vieux combattant ne connaît que ses
coups donnés ou reçus ; visiter Waterloo
n'en suggère qu'une idée stratégique. Bien
plus vraies, comme impressions d'art, les
visions apocalyptiques d'Henry de Groux,
de la peinture chimérique pourtant !
Marcel Rémy.
Les Concerts à Paris
La Symphonie avec chœur au
Conservatoire
C'est la piemière fois depuis son avène-
ment à la direction de l'orchestre du Con-
servatoire que M. Taffanel faisait exécuter
la Symphonie-maîtresse, l'œuvre qui a été,
avec la Messe solennelle, le point culminant de
l'œuvre du grand Beethoven. Belle, inteUi-
gente a été l'mterprétation qui a mis plus que
jamais en lumière les beautés de la partition.
Jamais peut-être on n'avait mieux apprécié le
caractère sombre, troublant du premier mor-
ceau, le charmant badinage d'un rythme si
remarquable du scherzo, la gaîté toute popu-
laire du trio, le profond sentiment se dégageant
de l'adagio avec ses deux motifs distincts et
enfin la majesté du finale avec chœurs, inspiré
par l'Ode à la joie de Schiller. Qu'il est
éloigné le temps où critiques, amateurs, artistes
déclaraient urbi et orbi que cette symphonie
était une monstrueuse folie, ou les dernières
lueurs d'un génie expirant, ou encore la
source troublée à laquelle ont puisé tous les
musiciens de l'avenir
Quelques pauvres esprits (Berlioz et Wagner
étaient du nombre) osaient prétendre que
c'était le point de départ d'une ère nouvelle.
Aujourd'hui bien des conversions se sont faites ;
les yeux se sont ouverts à la lumière... et,
dimanche dernier, 14 janvier 1894, lorsque le
dernier coup d'archet fut donné après ce vigou-
reux et joyeux finale, la salle entière acclamait
l'œuvre, les interprètes et le chef d'orchestre.
Les soli étaient fort bien exécutés par M"e E.
Blanc, Mme Boidin-Puisais, MM. Warmbrodtet
Auguez, artistes que l'on est toujours certain
de trouver prêts à exécuter les belles et grandes
pages des maîtres.
Rappelons que cette merveilleuse sym-
phonie, dont les premières esquisses remontent
aux années i8i5 et 18 17 ne fut achevée que
dans le cours de l'année 1823, et fut exécutée
pour la première fois, le 7 mai 1824 au théâtre
de la Porte de Carinthie, avec la Messe solen-
nelle (Trois grands hymnes avec solo et chœurs,
portait l'affiche), et la Grande Ouverture
(op. 124).
La Neuvième Symphonie en ré mineur sur
l'Ode àe Schiller, porte le n» i25 des œuvres;
elle fut éditée en 1826, par la maison Schott.
A Paris, la Société des Concerts l'exécuta, dès
la quatrième année de son existence, le
22 mars i83i. H. L
LES CHANTEURS DE SAINT-GERVAIS
N SUS de leur service régulier à l'église
et de la série de concerts historiques
en cours, les Chanteurs de Saint-
Gervais, — louons leur prodigieuse activité, —
organisent encore trois auditions annuelles con-
sacrées aux cantates d'église de Bach, avec
l'éclairé concours de M. Guilmant, organiste.
Deux cantates dans le style facile du Bach
(c première manière i) figuraient au programme
de la soirée de jeudi. Bleib bel uns, qui débute
par un chœur suave en style fleuri, où deux
hautbois dialoguent au travers des parties cho-
rales ; nous eussions souhaité plus de légèreté
et d'aisance encore dans l'enchevêtrement des
voix. Un air d'alto, confié à la belle voix de
LE GUIDE MUSICAL
81
M^'Deschamps-Jehin, artistement soutenue par
le cor anglais de M. Doisl ; un choral varié, où
l'on a entendu un instrument oublié, le violon-
celle-piccolo, joué par M. Kerrion ; court récit
de basse (M. Sureau- Bellet) ; un air de ténor,
qu'a dit avec élégance M. Warmbrodt; puis un
choral magnifique, qu'on a bissé avec en-
semble.
Venait ensuite un concerto en fa pour clave-
cin et deux flûtes. Le premier allegro surtout
est ravissant, lumineux, avec les tierces douces
des flûtes sur le babillage du clavier. M. Dié-
mer nous a charmé et M. Dorai a fort discrète-
ment dirigé l'ensemble.
En façon d'intermède, la Bataille de Mari-
gnan de Janequin et deux chansons françaises
de Lassus, rendues par les Chanteurs avec le
soin habituel.
La seconde cantate de Bach, A lies wie Got-
ies willen, comprend un chœur initial, un air
d'alto, qui nous a paru long ; un air de so-
prano, qu'a chanté avec beaucoup de goût
M"s Blanc, accompagnée par le hautbois de
M. Dorel.
Cette première audition a été soulignée d'un
succès complet, qui est du meilleur augure
pour les auditions suivantes. Souhaitons que la
progression continue, à tous les points de vue, et
qu'on nous fasse entendre du Bach de plus en
plus accentué, par exemple, Eine fesie Bitrg,
et surtout Ich hatte viel Bekiunnierniss, en
attendant la Passion selon Saint-Jean et — qui
sait — la. Matthaùs-Passion. M. R.
t
Au concert Colonne, d'importants fragments
de Parsifal composaient la partie principale de
la séance de dimanche. Hardie et louable,
cette tentative s'est réalisée de façon très ho-
norable, autant pour M. Colonne que pour son
personnel, quand on se rend compte de l'ex-
trême difficulté de faire exécuter de la musique
aussi compliquée à des musiciens et choristes
peu habitués aux œuvres de la « troisième ma-
nière » de Wagner. Aussi, des réserves sont
certes à faire concernant l'interprétation, qui a
péché surtout par un défaut de mise au point
et par une disposition de nuances. Souvent, de
la polyphonie orchestrale, on ne percevait que
les premiers violons et les basses, le reste con-
fus, brouillé. Dans la Marche sacrée et le
chœur des Chevaliers, manquaient l'onction, le
sentiment contenu, le sens interne. Trop de
rudesse, de lourdeur même. En un mot, une
sorte de traduction aussi littérale que possible,
sans l'intime compréhension vivifiante. C'est
déjà bien beau, il est vrai, de mener à bonne
fin pareille entreprise, et M. Colonne a droit
aux plus sincères éloges.
La scène des Filles-Fleurs, malgré une cer-
taine confusion bien compréhensible, a mieux
marché, à notre avis, a serré de plus près l'ac-
cent de vérité indispensable. M. Engel-Parsifal
et le groupe des Filles-Fleurs, — signalons
Mils Remacle, — • se sont bien tirés de leurs
parties périlleuses. M. R.
^m^Mmû^'^mt%'^mmmtJ&&tmtmtm&&&ém&t
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
La Société d'art fait large place aux jeunes,
et on ne peut que l'en féliciter. Les débuts
de ta carrière musicale sont si ardus que nous
devons tous aplanir la route à ceux qui s'y
destinent. C'est ainsi que, le dimanche 14 jan-
vier, elle faisait entendre les œuvres de M. L.
Boelmann, avec le concours de jeunes artistes,
doués d'un réel talent. Il suffit de citer les
noms de M"<^ Vormèse, violoniste, Barrière,
pianiste, MM. Carcanade, violoncelliste, et
Monteux, altiste. Il est jeune également
M. Léon Boelmann, et il donne de belles espé-
rances.— Sorti de l'école Niedermeyer, comme
G. Fauré et Messager, élève de M. Gigout, il
est, avant tout, mélodiste ; ce qui ne veut pas
dire qu'il ne possède pas fort bien son métier.
Son quatuor pour piano, violon, alto et vio-
loncelle en est une preuve. Cette composition,
qui est une des premières sorties de sa plume,
dénote déjà des tendances que l'on ne saurait
trop encourager. Le faire rappelle tout à la fois
Mendelssohn et Rubinstein ; mais cette assi-
milation n'exclut pas la personnalité. Des trois
parties, c'est la dernière qui nous a le moins
plu ; le thème principal manque de distinc-
tion. Le grand succès a été pour un fort joli
82
LE GUIDE MUSICAL
lied : Ma bien aimée, supérieurement dit par
M. Warmbrodt. Le programme contenait, en
outre, les variations symphoniques pour vio-
loncelle et piano (M. Carcanade et l'auteur),
une fantaisie sur des airs hongrois pour violon
(Mlle Vormèse) et un trio pour piano, violon et
violoncelle, qui est supérieur au quatuor.
Dans la réception donnée récemment par
M™= la baronne Caruel de Saint-Martin, l'émi-
nent violoniste, M. Maurin, a admirablement
joué avec la princesse A. Bibesco la sonate en
Mi? mineur de Beethoven, pour piano et violon.
H. I.
M. Léon Leleu a commencé, le 12 janvier, à
la salle de la Société de géographie, 184, bou-
levard Saint-Germain, un cours sur « l'histoire
générale de la musique » , qu'il poursuivra tous
les vendredis à 4 heures. Il commencera par
caractériser la musique, en ses modes divers,
dans les civilisations primitives de l'Inde, de
l'Egypte et de la Grèce pour mener son déve-
loppement jusqu'à nos jours. Tout le monde
connaît de réputation le magnifique cours, si
approfondi, si solide et si brillant à la fois que
M. Bourgault-Ducoudray donne tous les ans
au Conservatoire, Mais, outre que la salle est
petite, on n'y entre que par faveur, car ces
leçons sont spécialement destinées aux élèves
de l'Académie de musique. Un cours d'un pro-
gramme plus général, s'adressant particulière-
ment aux laïques, surtout aux jeunes gens et
aux jeunes filles qui font de la musique pour
leur plaisir, répond à un besoin réel du public,
aujourd'hui où le goût des concerts historiques
se répand à Paris.
Une cinquantaine de personnes assistaient à
la première et intéressante leçon de M. Leleu.
Nous souhaitons à son entreprise courageuse
un succès mérité.
Nous avons annoncé, il y a quelques mois,
la fondation de l'Association des concerts de
l'Ecole moderne, sous la présidence et la direc-
tion de M. Charles Lamoureux, par MM. Emile
Bernard, Bourgault-Ducoudray, Emmanuel
Chabrier, Ernest Chausson, Camille Chevil-
lard, Benjamin Godard, Georges Huë, Vincent
d'Indy, Fernand Le Borne, Xavier Leroux,
Georges Marty, André Messager et Charles-
Marie Widor. Cette association, dont le but est
de réaliser pour la musique symphonique ce
que le Théâtre-Libre fait pour l'art dramatique,
donnera, cette année, cinq grands concerts con-
sacrés uniquement à l'exécution d'oeuvres nou-
velles françaises et étrangères non encore jouées
à Paris.
Le premier concert est fixé au mercredi soir
28 février ; il sera, ainsi que les suivants, dirigé
par M. Lamoureux. Plusieurs artistes virtuoses
et chanteurs aimés du public ont déjà traité
avec l'association pour ces concerts, qui auront
lieu par abonnement.
Les abonnements seront reçus chez MM. Du-
rand et fils, éditeurs de musique, 4, place de la
Madeleine.
A la représentation du samedi i3 janvier,
M. Renaud, indisposé, n'a pu remplir son rôle
dans Gwendoliiie. Il a été remplacé au pied
levé par M. Noté, qui a obtenu le plus brillant
succès, et dont la presse parisienne fait le plus
chaleureux éloge.
M. Eugène d'Harcourt, fondateur et direc-
teur des Concerts symphoniques qui portent
son nom, travaille à la composition d'un drame
lyrique, dont le sujet a été inspiré par les cir-
constances poétiques et tragiques du règne de
Louis II, roi de Bavière.
Comme l'an dernier, M. Lamoureux organise
quatre concerts (hors série), qui auront lieu le
jeudi après midi, avec le concours de pianistes
en renom.
T
Comme quoi la concurrence a du bon. On a
fort remarqué qu'à l'annonce de l'exécution de
fragments dePar5?/a/aux concerts du Châtelet,
M. Lamoureux, dont les affiches sont toujours
fort discrètes et concises, a fait suivre l'énoncé
de son dernier programme d'une note qu'il a
prié les journaux de reproduire : « Prochaine-
ment, audition aux Concerts Lamoureux, d'im-
portants fragments de Parsifal «.
Tant mieux, tant mieux! abondance de frag-
ments ne nuit qu'à Parsifal. Et rien de plus
stimulant que ces rivalités. L'un fait bien,
l'autre voudra faire mieux.
Un festival Joncières l'autre dimanche, aux
Concerts d'Harcourt !
Un peu disproportionné, cet hommage, à
notre avis. On y a entendu deux airs de Dimitri,
de la musique bien rassise, du Gounod de
deuxième mouture, un ballet du Chevalier
LE GUIDE MUSICAL
83
Jean, soigneuse collection de clichés, de rosa-
iies, de formules désuètes, du Delibes départe-
mental, et une Marche franque, bouffie, pon-
cive, toc.
En un mot, musique non nécessaire, inten-
sément, et dont l'indigence relèverait de
1' « Assistance publique pour les pauvres non
honteux », s'il y en avait une; car si chacun ne
peut produire de chefs-d'œuvre, personne n'est
obligé de prouver avec éclat la modestie de ses
ressources musicales. M. R.
BRUXELLES
Brelan de concerts et d'auditions, cette
semaine; de quoi décourager l'amateur le plus
énergique. A la salle Katto, vendredi 12 jan-
vier, l'audition organisée par M. Van Cromp-
hout, qui a joué des œuvres pour piano de
Schumann, Chopin, Schubert, et avec M"<=Louisa
Merck., la studieuse et intéressante pianiste,
l'andante et variations pour deux pianos de
Schumann.
M'i'= Jeanne Merck a chanté d'une jolie voix
de soprano des mélodies de M. Van Cromp-
hout. Œuvres non sans charme, qui ont gagné
une plus-value par l'exécution délicate de
M"= Merck. M. Lerminiaux a exécuté des
œuvrettes pour violon et piano de M. Van
Cromphout. On aurait pu l&s jouer d'une ma-
nière plus distinguée. Il y avait aussi une so-
nate (n° VII) de Beethoven, pour piano et
violon... mais n'insistons pas.
A la Bourse, dimanche après-midi, concert
de Bruxelles-Attractions. On y a entendu la
musique du i" guides, dirigée par M. J. Simar.
Au programme, l'ouverture à'Egmomt et des
fragments de la Pastorale de Beethoven, la
Marche funèbre de Chopin, peu de circons-
tance, mais enfin ! et l'octuor de Beethoven
pour instruments à vent. Comme solistes,
M"'" Cossira, qui a chanté des airs du Trouvère
(une œuvre d'hier), du Prophète et de Carmen;
M. Moyaerts, qui a chanté l'air de la Jolie fille
de Perth.
A la salle des Ingénieurs, jeudi, concert de
l'Octuor vocal belge. En sérieux progrès, la
phalange de M. Beauvais. Le programme,
très chargé, comprenait des chansons françaises
et flamandes des xv^, xvii= et xvin'= siècles.
Parmi les plus jolies et les mieux exécutées, il
convient de citer : Si douce chanson Haluin
chantait, déjà, entendue l'an passé ; C'était une
nuit où l'étoile luit, et une chanson flamande
du xviii^ siècle.
Or, dans la nuit
Bergers veillent sans bruit.
A noter aussi trois noëls, harmonisés par
M. Gevaert, déjà exécutés lois du cortège de
l'Agriculture et dont la répétition a fait plaisir.
Comme intermède, M"'° Everaers a touché
l'érard et joué avec beaucoup de charme des
œuvres de Couperin, Rameau, Gluck, Haendel;
M. Angenot a joué la i^o //a, variations sérieuses
pour violon de Corelli (i653).
La séance s'est terminée par la première
exécution de la Chanson de ma mie de L.Jou-
ret, un petit chœur de facture originale et dis-
tinguée ; l'exécution de deux chansons de la
Basse- Bretagne et d'intéressants fragments de
mélodies grecques, harmonisés par M. Bour-
gault-Ducoudray.
En somme, séance intéressante et qui rem-
place avantageusement les anciens concerts
Huysmans.
Encore, cette semaine, un piano-récital de
M"<= Menckmeyerà la Grande- Harmonie ; une
parti ; de concert au théâtre Molière, où on a
entendu M"e Rachel Neyt, M. Lerminiaux et
les chœurs du Cercle Tilman, dirigé par M. P.
Carpay ; à la « Maison du Peuple » (section
d'art), une conférence de M. Wilmotte, profes-
seur à l'Université de Liège, sur la Chanson de
Renaud, et exécution de ladite chanson par
M"^ E. Bousman. Il y a encore eu d'autres
auditions, et l'on en annonce encore ; du pain
sur la planche 1 Gaudeamus igitur ! N. L.
La séance inaugurale de l'auditoire du groupe
ésotérique de Bruxelles, dans la grande salle
de l'hôtel Ravenstein, avait attiré un public
extrêmement nombreux. On s'attendait à des
révélations, à des mystères dévoilés ; mais on
n'a eu ni les unes ni les autres. Simple audition
au piano à quatre mains (!) de fragments d'œu-
vres de Wagner, agrémentée d'une conférence
de M. du Chastaing sur l'ésotérisme dans l'œu-
vre du maître. L'orateur des Kyniris s'est atta-
ché à montrer en Wagner l'artiste qui s'élève
à l'intuition des plus hautes vérités humaines
et dont l'œuvre dégage le principe même de
la vie supérieure, l'amour, loi suprême du
inonde. Dans cette causerie, où les noms de
Pascal et de Platon se sont familièrement
associés à celui du maître de Bayreuth, M. du
Chastaing a eu des aperçus ingénieux et
d'heureux rapprochements. Il a montré dans
Lohengrin la loi d'amour trangressée par un
84
LE GUIDE MUSICAL
vain caprice féminin; dans Tm/a«, les martyrs
de la passion s'élevant à l'aspiration vers
l'amour divin ; dans Siegfried et Briinnhilde,
l'amour divin se sacrifiant et élevant à lui le
héros inconstant et fougueux ; dans Parsifal,
enfin l'amou r divin dans sa suprême incarnation ,
dictant au monde la loi de la pitié et de la foi
qui conduisent à la Rédemption. On a écouté
avec une attention soutenue et sympathique cet
exposé, qui a pu paraître doctrinal, mais qui n'en
est pas moins une interprétation exacte de
l'idéalisme très caractérisé de l'œuvre du poète
de Bayreuth.
La Flandre bruxelloise était venue en masse
dimanche à la reprise de Charlotie Corday au
Théâtre-Flamand. Le drame de Van der Ven et
Peter Benoit a retrouvé le succès de l'année
passée; il est, du reste, mieux mis au point. M"'=
Cuypers personnifie merveilleusement l'héroïne
de 1793. Sa beauté caractéristique, son verbe
pur et accentué, son geste énergique réalisent
une Charlotte Corday très impressionnante.
M. Hendrickx père, a mis dans son Marat plus
de sobriété que l'an dernier. M. Hendrickx fils
et les autres partenaires complètent cette bonne
interprétation. La partition de Peter Benoit,
bien exécutée par l'orchestre de M.Van Herzeele,
a obtenu son succès légitime et accoutumé. Le
maître, auquel une ovation a été faite après le
quatrième acte, est venu saluer au bourrelet
de sa loge. N. L.
Trois artistes connus à Bruxelles, M"^ E.
Bousman, cantatrice, M. A. Blaess, violoniste,
et M. Janssens, premier prix de la classe de
piano de M. A. De Greef au Conservatoire,
s'en étaient allés, dimanche dernier, collaborer
généreusement à un concert de charité donné
à Souvret. Tous trois ont obtenu le plus franc
succès, avec rappels et bis. M. Blaess a très
artistement interprété la belle romance de Pop-
per, puis a déployé un mécanisme superbe dans
la fantaisie Arlequin, du même.M'ie Bousman,
l'excellente cantatrice, a fait valoir, dans des lie-
der de Bemberg, de Massenet et Huberti, un
organe vraiment remarquable et bien conduit.
M. Janssens, lui, a fait preuve d'une virtuosité
et d'une iougue extraordinaire dans des mor-
ceaux de Schumann, Grieg et Weber ; le finale
du Carnaval de Venise a été surtout bien
enlevé. Une société de fanfares de Courcelles-
Trieux, sous la direction de M. Bury, a ouvert
et terminé le concert par différents morceaux,
joués avec un ensemble remarquable et des
nuances assez fines. On ne peut cependant
s'empêcher de trouver un peu excessive pour
un local clos la sonorité tonitruante d'une telle
quantité de cuivres ! E. C.
Le quatuor Ysaye donnera, au Salon de la
Libre esthétique, du i5 février au i5 mars,
quatre concerts dont les programmes compren-
dront quelques-unes des plus belles œuvres
classiques et un choix de compositions mo-
dernes exécutées en première audition ou
prises parmi celles qui ont valu à Paris un
grand succès à M. Ysaye et à ses partenaires.
La classe des beaux-arts de l'Académie
royale de Belgique a procédé, jeudi, à diverses
élections.
Dans la section des lettres et sciences appli-
quées aux arts, elle a élu M. Florimond Van
Duyse, par 12 voix contre 10, membre corres-
pondant.
Comme associés étrangers, l'Académie a
choisi MM. Ernest Reyer remplaçant Charles
Gounod, Eugène Mtintz, Herman Riegel et
Louis Gonse.
M. Adolphe Samuel a été nommé directeur
de la classe pour la présente année.
Le programme du concert que viendra
diriger, le dimanche 11 mars, M. Siegfried
Wagner, avec le concours de M'if^ Kempees,
dans la salle du théâtre de l'Alhambra, et dont
nous avons déjà parlé avec détails, est an été
comme suit :
Première partie : i. Ouverture de Vaisseau-
Fantàme (R. Wagner) ; 2. a) Chant des anges,
extrait de la légende Hânsel iind Gretel
(Humperdinck); b] Rêves (R. Wagner); 3.
Tasso, lamento e trionfo (Liszt).
Deuxième partie : i . Ouverture et baccha-
nale de Tannhœuser (R. Wagner); 2. Sieg-
fried-Idyll (R.Wagner); 3. Tristan et Isenlt,
prélude et scène finale (R. Wagner).
On s'inscrit chez Breitkopf et Hsertel, Mon-
tagne de la Cour, 45, où un plan de la salle
est déposé.
Il n'y aura pas de répétition générale.
La recette du concert est destinée à la l'on-
dation R. Wagner pour permettre aux artistes
pauvres d'assister aux représentations modèles
de Bayreuth.
LE GUIDE MUSICAL
85
CORRESPONDANCES
ANVERS. — En attendant le Tannhœuser et
le Vaisseau- Fantôme, deux œuvres dont il a
été sérieusement question au début de la saison,
nous avons eu mardi, au Théâtre-Royal, la Fille du
tambour -major.
C'est donc décidément au Théâtre lyrique
flamand qu'incombera la tâche de faire connaître
à notre public la dernière de ces deux œuvres
wagnériennes. Nous souhaitons que l'épreuve
puisse réussir.
Que dire de la Fille du tambour-major ? Quelques-
uns de nos artistes sont parvenus à s'y tailler un
succès. M. Bars, notre sympathique baryton,
chante finement son rôle, et M. Juteau reste
toujours le comique désopilant que l'on connaît.
Quant à M"« De Meryanne, qui remplit le rôle de
Claudine, nous ne comprenons franchement pas
le cas que paraissent en faire quelques-uns de
nos journaux. La voix est faible et mal posée;
certains gestes sont même maladroits.
Au Théâtre lyrique flamand, on a repris le
Freischiitz, au bénéfice de M. Leysen, qui chante
particulièrement bien le rôle sympathique de
Max.
Après avoir donné isolément Tantalus trois fois,
voici que le drame lyrique a redonné Pelops,
jeudi, et annonce Tantalus pour la semaine pro-
chaine. De la sorte, les admirateurs de l'œuvre
tch ;que pourront écouter, à peu de distance, les
deux premières parties de la tétralogie de Fibich.
La semaine prochaine, mardi ou jeudi, au
Théâtre-Royal, première représentation d'Amour
de fée, le nouveau ballet dont M. Emile Agniez a
écrit la musique, sur un scénario de M"'" A,
Gedda. A. W.
BEF'LIN. — L'Opéra étudie très activement
les Medici de Leoncavallo. Le compositeur
italien est arrivé dernièrement à Berlin, pour
assister aux dernières répétitions. Le capellmeis-
ter Sucher dirigera la « première » de cet opéra,
fixée au 20 janvier.
La critique berlinoise dit grand bien d'un jeune
violoniste hongrois, de treize ans, Louis Pecskai.
Il ne s'agit pas seulement d'un enfant prodige,
mais bien d'un artiste de grand talent; quel-
ques-uns voient en lui un futur Joachim. TTant
mieux !
Aux Concerts populaires de la Philharmonie,
Mansteadt a dirigé les ouvertures d'Egmoni, 112
de Tschaïkowsky, une œuvre à effet, qui n'a
d'autre mérite que d'offrir une nouvelle harmoni-
sation à la Marseillaise; celles des Ruines d'Athènes^
de Manfred, du Tannkmiser, de Léonore et deRiemi;
les symp'nonies en li de Beethoven et en si de
Schubert; le finale du Rheingold, le Preislied des
Meisiersinger, le scherzo de la Fée Mab de Berlioz,
la suite Peer Gynt (II) de Grieg et la Danse macabre
de Saint-Saëns, qui est toujours l'auteur français
le plus joué en Allemagne.
Le Philharmonische-Chor (direction Siegfried
Ochs) a donné son second concert. Eugène d'Al-
bert a dirigé (pas un beau chef!) sa nouvelle can-
tate der Mensch und das Leben . La musique, qui sert
de près le texte pessimiste de Ludwig, n'offre rien
de bien nouveau. L'œuvre, bien instrumentée,
contient du Parsifal et surtout du Brahms.
Plus intéressants étaient les quatre morceaux
pour chant et orchestre de M. Hugo Wolff, jeune
compositeur viennois. 1^' Anacréotts-Grab de Gœthe
et le Feuerreiter de Shakespeare, particulièrement
réussis.
Le majestueux Te Deum d'Anton Bruckner ter-
minait le concert. L'œuvre, plutôt homophone que
polyphone, étonne de la part du grand contra-
puntiste.
Weingartner n'a pas encore dirigé le dernier
concert de la chapelle royale. Le docteur Muck
l'a remplacé, et toujours avec succès, il faut
l'avouer. La symphonie en mi majeur d'Anton
Bruckner était le principal attrait de ce concert.
L'orchestre l'a exécutée supérieurement, aussi
l'auteur, présent, l'a-t-il applaudi ! Le public, assez
froid après les deux premières parties, s'est mon-
tré enthousiaste pour le scherzo et le finale, finale
qui, malgré son beau thème Iristanesque, est
cependant la partie la plus faible. L'adagio est
beethovénien ; son premier thème se retrouve
dans la péroraison du Te Deum du même auteur.
En somme, cette symphonie est bien l'œuvre capi-
tale de Bruckner, tout en n'étant pas exempte des
défauts de ses sœurs; il y a des longueurs, puis
l'auteur abuse des thèmes provenant de la décom-
position d'accords parfaits et de leurs renverse-
ments, et ils perdent très souvent en e.\pres-
sion.
L'ouverture de la Belle Mélusine de Mendelssohn,
la symphonie Jupiter de Mozart et la sérénade en
ut pour cordes de Haydn étaient aussi au pro-
gramme. La sérénade de Haydn, un véritable
Watteau, a été bissée.
Vous apprendrez avec plaisir que M.Weinga rtner
est complètement remis de sa grave indisposition.
Il dirigera, le 23, le prochain concert de l'Opéra.
Au programme, deux nouveautés ; une symphonie
en si bémol de Schubert et une fantaisie de
Glinka ; puis, les ouvertures d'Euryanthe et de
Léonore et la huitième symphonie en fa de Bee-
thoven. E. B.
DRESDE. — Depuis la retraite du ténor
Riese, on n'avait plus donné i'Armide. Elle
nous est apparue, mardi dernier, sous les traits de
M"'" Malten, admirable dans ce rôle qui fait valoir
ses qualités puissantes. M. Anthes, qui lui donnait
la réplique, est un aimable Renaud . Il est â
86
LE GUiDE MUSICAL
regretter que la direction du Hoftheater ne réserve
pas exclusivement à notre jeune ténor les parties
qui conviennent à sa voix fine et à son jeu délicat.
Ces jours passés, on annonçait les débuts d'un
fort ténor, — une trouvaille! — Entretemp-,
Berlin s'est empressé de l'engager. Les représen-
tations promises à Dresde auront lieu, mais si le
chanteur a du succès, il ne restera que le regret de
se l'être laissé enlever.
M. le comte Seebach vient d'être nommé inten-
dant du Théâtre- Roy al; il entrera en fonctions à
mesure que le vénérable intendant actuel, M. le
Geheimrath Baer, s'en démettra.
Au deuxième concert de l'orchestre Nicodé, on
a entendu le pianiste Sauer, très goûté en Hongrie
et en Roumanie. Afin que les billets de faveur
n'emplissent point la salle, M. Nicodé a jugé plus
sage de les distribuer lui-même, à son domicile.
Cette invitation dispense la critique française de
tout compte rendu. Alton.
LA HAYK. — Preimière représentation de
Phryné, opéra comique en deux actes, poème
d'Augé de Lassus, musique de Saint-Saëns.
M. Mertens a fait représenter le dernier ouvrage
du maître français à La Haye, et, bien que nous
eussions préféré qu'il ne nous etit pas fait
entendre deux opéras nouveaux du même auteur,
nous avons été sincèrement ravi en écoutant
cette partition si spirituelle, si finement ciselée,
quijtout en étant d'un cadre tout à fait différent de
Samson et Dalila, d'une valeur beaucoup plus
modeste, n'en trahit pas moins d'un bout à l'autre
la main du maître. Tout en accusant absolument
la couleur et le cadre de l'opéra comique, la
légèreté traditionnelle de l'opéra comique fran-
çais n"y règne plus, le public ne peut pas en
chanter les motifs en sortant du théâtre après une
première audition, l'orchestre y joue un rôle prin-
cipal, le travail polyphonique y abonde, le
maître français n'y fait aucune concession au gros
public, et, à part, le trio ravissant du second acte,
qui a été bissé, Phryné a été accueilli par le
public de La Haye avec une réserve extrême. En
revanche, les artistes, les initiés ont été sincère-
ment charmés, et, quoique la musique de Saint-
Saëns nous ait paru un peu lourde pour le poème
bouffe, frisant l'opérette, de M. de Lassus, sa
partition est extrêmement intéressante, d'une
grande originalité de forme et de contexture,
conciliant la facture moderne avec la couleur ar-
chaïque, parsemée de tours de force polyphoniques
et admirablement orchestrée. On doit remercier
l'éminent directeur du Théâtre de La Haye de
nous avoir fait entendre cette partition, et le féli-
citer sincèrement d'en avoir donné une exécution
aussi bien réussie, car l'orchestre s\irtout, dirigé
par M. Mertens lui-même, s'est vraiment distin- '
gué. Nous n'en dirons pas autant des chœurs, qui
ont laissé beaucoup à désirer, La jolie M""^ Vail-
lant-Couturier (Phryné), qu'on aime toujours
voir, a chanté sa partie avec goût, tout en mar
quant souvent d'énergie, et elle a fort bien dit le
jolis vers de M. de Lassus. Je n'en dirai pa
autant de Samaty (Nicias), dont la voix charmant
fait toujours plaisir, mais qui a laissé à désire
comme comédien, et qui ne sait pas récite
les vers. M. Adam s'est bien acquitté de so;
petit rôle de Lampito, mais M. Barbe (Dicéphile
n'est pas l'artiste de nos rêves, ni comme chanteur
ni comme acteur.
M. Mertens nous promet bientôt la premièn
des Pagliacci de Leoncavallo, ainsi que le Tanv
hauser de Wagner. Si M. Mertens voulait auss
monter Orphée, ce chef-d'œuvre de Gluck, avec
M™""' Andral et Barety,ce serait, je crois, une heu-
reuse inspiration dont le public, autant à La Hayt
qu'à Amsterdam, lui saurait gré. Nous regretton:
aussi qu'il ne soit plus question du Djamikh df
Bizet.
A Amsterdam, les dernières semaines n'ont paj
offert un bien grand intérêt musical. Nous avon:
eu au Concertgebauw deux concerts avec solistes :
d'abord le pianiste-compositeur d'Albert et sa
femme, Teresa Carreno ; puis une chanteuse de
Breslau, M"" Pluddeman, et le violoncelliste
néerlandais Antoine Hekking. D'Albert et sa
femme sont deux pianistes gigantesques, et ce sont
surtout les variations pour deux pianos de Sin-
ding qui ont émerveillé le nombreux auditoire.
M"" Carreno a joué un concerto d'Albert avec une
maestria peu ordinaire et une énergie toute mas-
culine, mais la note du cœur fait défaut; de ce
côté, son mari est mieux doué, ce que l'on peut
apprécier surtout qua»d il joue du Chopin. Comme
compositeur, d'Albert nous parait avoir de l'ave-
nir ; son concerto surtout est intéressant, mais
nous aimons moins l'ouverture d'Esther, jouée
sous sa direction.
Le violoncelliste Hekking, sans égaler ni Pop-
per ni Hugo Becker, est un artiste de talent, qui a
eu beaucoup de succès et a été vivement applaudi.
Pendant quelque temps, il avait fait partie de
l'orchestre philharmonique et de l'orchestre Bilse,
à Berlin. Quant à la chanteuse. M"" Pluddeman,
elle n'a pas pu nous enthousiasmer.
L'orchestre de Kes nous promet la symphonie
de César Franck. Intérim.
LIEGE. " La troisième audition à laquelle
nous conviait, le dimanche 14 janvier,
l'infatigable directeur de notre Conservatoire
royal, offrait un très vif intérêt de curiosité.
Il s'agissait surtout de l'exécution d'un épisode
dramatique en deux tableaux : Chactas, d'après
Chateaubriand, — de J. Sauvenière pour les
paroles, et de D. Paque pour la musique.
M. J. Sauvenière est déjà avantageusement
coté, tant par ses succès officiels que par l'accueil
qu'ont obtenu ses productions lyriques auprès de
nombreux compositeurs.
LE GUIDE MUSICAL
87
Les deux tableaux que comporte sa nouvelle
œuvre sont habilement disposés, et la succession
des chœurs qui ouvrent, encadrent et terminent
l'épisode dramatique des amours infortunées
d'Atala et de Chactas sont amenés de saisisante
façon.
Les strophes très rythmiques qui expriment
la passion irrésistible des deux amants, puis le
déchirement de leurs âmes, au cruel dénouement
d'une félicité en vain poursuivie, tout cet émou-
vant ensemble enfin, a inspiré le jeune musicien
avec vérité, force, éclat.
M. D. Paque, brillant lauréat de notre Conser-
vatoire, élève laborieux de M. Ch. Radoux, pour
la composition, devenu depuis habile professeur,
est doué, tout d'abord — il l'avait prouvé déjà en
des visées moins hautes, — des dons précieux de
l'inspiration. Dans la partition qui vient d'obtenir
une sérieuse et vive approbation, M. Paque
révèle un presque complet acquis de la technique
et de la polyphonie modernes. La place nous fait
défaut pour analyser Chactas, qui est mieux qu'une
promesse, et nous avons foi en l'œuvre nourelle
que l'on annonce devoir paraître bientôt de ce stu-
dieux et viril artiste, de cet excellent musicien, qui
ne craint plus de s'affirmer résolument dans les
voies d'un art tout de volonté et de conviction.
M. Paque avait trouvé de gros éléments de suc-
cès en son collègue M. L. Charlier, qui condui-
sait, avec habileté, un tout jeune orchestre, et en
les dévoués et infatigables chanteurs M. E. For-
geur et M"'' M. Lignière, qui s'attaquaient aux
rôles très éclatants et de difficile intonation de
cette remarquable musique.
Au début de la séance, le trio pour piano,
violon et cor (op. 40), de Brahms, de profonde
mélancolie d'abord, s'éclairant ensuite de tout un
monde de sensations douces, enveloppantes, puis
des fortes et pénétrantes inspirations du maître.
MM. les professeurs O. Dossin, F. Duyzings,
M. Lejeune, qui s'attachaient à rendre, de tout
leur pouvoir, l'œuvre complexe du grand sympho-
niste, n'y ont pas peu réussi. La gracieuse et
piquante sonate de G. Fauré (op. 12J pour piano
et violon, devait se ressentir de ce terrible voisi-
nage malgré les soins soucieux des deux premiers
habiles exécutants, ci-dessus félicités.
Remarqué aussi la première partie, FeuxfolMs,
du poème symphonique pour flûte et orchestre de
Peter Benoit, très habilement nuancée et enlevée
par M. H. Mativa, brillant lauréat de notre Con-
servatoire. A. B. O
(Autre correspondance.)
Au Théâtre-Royal, Galathée, avec d'admirables
anachronismes de décors et de costumes ; à la
confection de ceux-ci, préside l'éclectisme le plus
serein : le grec, le germanique, le chinois se trou-
vent réunis dans une charmante promiscuité. A
moins d'être un grincheux, tout ce qu'on peut de-
mander aux artistes, c'est d'être propres, n'est-ce
pas? — Puis, nous avons eu Carmen, avec une
héroïne qui paraissait sur le point de fournir un
nouveau citoyen à la patrie Puis, encore les Hu-
guenots, dont les beaux seigneurs ressemblaient
bien un peu les uns à des garçons coiffeurs, les
autres à des épiciers... Comment! Çà ne serait pas
de l'art, et du grand? Au moins, n'allez pas le dire
devant les « vieux abonnés !» Il y aurait dan-
ger à vouloir arracher des idées vissées depuis
si longtemps dans leurs cervelles. A ce propos,
j'allais l'oublier, ma dernière lettre a jeté une
inquiétante perturbation sous certains crânes.
Pensez donc ! Oser toucher au baryton favori des
Liégeoises! Entendons-nous : nous lui faisions, à
ce seigneur, en le croquant beaucoup d'honneur.
Caries autres, on n'en saurait parler. En dépit des
critiques, il reste comme l'aigle au milieu d'une
troupe de moineaux.
IILLE. — Notre théâtre est enfin sorti de
J l'agaçante période des débuts, et nous avons
maintenant une troupe lyrique convenable, que
la direction renforce encore, quand c'est néces-
saire, d'artistes en représentations.
Il faut espérer que nous serons débarrassés en
même temps des Mignon, Faust, Si j'étais roi. Pos-
tillon deLongjumeau et autres opéras-rangaines dont
ces insupportables débuts sont le prétexte.
Quoi qu'il en soit, M. Viguier vient, en quelques
jours, de nous donner une excellente reprise du
Pardon de Ploërmel, qui n'avait pas été joué sur
notre scène depuis une dizaine d'années, et de
monter Werther de Massenet.
Ces deux ouvrages, parfaitement interprétés,
ont été très bien accueillis. M"' Berthelli. notre
gracieuse chanteuse légère, a dit avec beaucoup
de goût le rôle de Dinorah, et MM. Bérardi et
Hyacinthe se sont taillé tous deux un succès de
bon aloi, dans ceuxd'Hoël et de Corentin.
L'interprétation de l'opéra de Massenet a été,
dans son ensemble, très satisfaisante, et même, en
certaines parties, excellente.
M Degenne, à qui était échue la part la plus
lourde, a été absolument remarquable dans le
rôle écrasant de Werther, dont il a parfaitement
compris et rendu les côtés multiples. Ill'a joué en
véritable artiste et chanté avec la voix chaude et
la science consommée qu'on lui connaît.
M"" Marcolini, spécialement engagée pour
jouer Charlotte, y a été parfaite de touchante sim-
plicité, au premier acte, et de passion contenue
dans les suivants, et si elle a, à mon sens, un peu
trop dramatisé le rôle, — s'éloignant ainsi de la
bonne et douce Lotte de Gœthe, — la faute en
est plus encore aux librettistes et au musicien qu'à
elle.
M"" Berthelli (Sophie\ MM. Bérardi (Albert)
et Roger (le Bailli) complétaient un bon ensemble.
Quant aux deux fantoches d'opérette, par les-
quels on a voulu, sans doute, égayer un peu
l'action et qui détonnent si fortement, dans le
^
LE GUIDE MUSICAL
drame intime, par leur vulgarité, j'aime mieux n'en
pas parler.
L'orchestre, bien stylé par son excelleut chef,
M. Bromet, s'est surpassé, et a rendu avec beau-
coup de soin les complexes et délicates nuances
de cette musique difficile
On annonce, comme devant être joués avant la
fin de la saison, Benyentdo Cellini de Diaz et Samson
ci Dalila de Saint-Saëns.
Les deux dernières matinées des Concerts popu-
laires n'ont rien offert de particulièrement intéres-
sant.
La première comprenait : la symphonie en
ré mineur d'Haydn, une étude symphonique de
M. G. Pfeiffer, intitulée Marine, très habilement
instrumentée et qui, autant qu'on en peut juger à
une première audition, m'a paru contenir quel-
ques parties remarquables; une suite d'orchestre
de M. F. Lecocq, professeur d'harmonie à notre
Conservatoire, et la magistrale ouverture des
Maîtres Chanteurs, qui écrasait de sa merveilleuse
polyphonie et de son incomparable sonorité tous
les morceaux précédents.
M'^" Merguillier, de l'Opéra-Comique, qui y prê-
tait son concours, a détaillé à ravir quelques mor-
ceaux à vocalises, dont un seul, la Valse du Par-
don, vaut la peine d'être cité.
Au programme de la matinée de dimanche
dernier, figuraient : un concerto de Max Bruch,
pour violon et orchestre, dans lequel M. Geloso a
fait apprécier ses admirables qualités de son, de
technique et de style ; le concerto en la mineur de
Grieg, pour piano et orchestre, que M. Brugge-
man, professeur à notre Conservatoire, a rendu
avec une remarquable intelligence et une élégante
correction; la symphonie en si bémol de Schu-
mann, dont l'interprétation, faute de répétitions
suffisantes, a été assez terne et n'a pas fait res-
sortir toutes les beautés de l'œuvre si fraîche et si
vivante du maître allemand ; une suite pour trom-
pette et orchestre de M. Ratez, qui n'était guère à
sa place dans un concert de ce genre ; une canzo-
netta pour instruments à cordes de Mendelssohn,
et la Marche héroïque àe Saint-Saëns. E. M.
LUXEMBOURG. — Dimanche dernier, a
eu lieu un concert organisé par la Société
du Casino et dans lequel ont figuré deux artistes
de Bruxelles, M"" Milcamps, cantatrice, premier
prix du Conservatoire de Bruxelles et prix de
Sa Majesté la Reine des Belges, et M. Schoofs,
violoncelle solo du théâtre de la Monnaie de
Bruxelles.
Le programme était des plus attrayants, et Son
Altesse Royale le Grand Duc de Luxembourg
avait tenu à honneur d'assister à cette audition
musicale. La grande salle des fêtes du Casino
était comble, et les fraîches toilettes tranchaient
agréablement sur les quelques habits noirs des
Messieurs.
Si nous étions méchants, nous dirions que la
présence du Grand-Duc était pour quelque chose
dans cette nombreuse assistance féminine. Mais
non, croyons plutôt qu'elle était due uniquement
à la musique. M"" Milcamps a chanté le grand air
de Smanne de Paladilhe, et deux petits morceaux
de genre auxquels manquaient précisément un
peu le genre. L'interprétation était un peu terne et
le soprano de M"" Milcamps n'a pas réussi à nous
échauffer; la voix est belle et très pure, et la dic-
tion est soignée, mais une certaine sécheresse lui
enlève une grande partie de ses effets.
M. Schoofs, de son côté, n'a pas fait non plus
merveille par le choix de ses morceaux; c'était un
peu aride, et le motif de la Chanson napolitaine, qui
était un peu saillant, fut effacé par une lenteur de
rythme exagérée. Mais M. Schoofs est un artiste
qui sait manier son instrument, et il nous a
montré, dans le Prélude de Popper, qu'il sait le
faire chanter à l'occasion. M. Berens, professeur
de piano à Luxembourg et ancien élève du Con-
servatoire de Liège, outre la tâche de l'accom-
pagnement qu'il avait assumée, nous a joué du
Liszt et du Chopin. M. Berens n'est pas sans pos-
séder une grande virtuosité qui n'est peut-être pas
encore telle que l'exigent les deux susdits maîtres
du piano. Mais M. Berens charme toujours son
auditoire par la juste et la chaleureirse expression
qui se dégage de son jeu.
La semaine dernière, la troupe de Verviers
nous a donné une représentation très convenable
de Lakméj le bel opéra comique de Léo Delibes.
La cantatrice a très bien dit la légende de la Fille
des Parias ; de son côté, le ténor, s'il n'a pas la
voix bien éclatante, a fait son possible pour con-
tenter le public. A part, l'orchestre jouant avec
une incohérence effroyable, tout le monde a
mérité des applaudissements.
Au deuxième acte, les chanteurs verviétois ont
eu l'honneur de chanter devant les officiers russes
qui étaient venus complimenter notre Grand Duc
à l'occasion de son 5o« anniversaire en qualité de
chef de leur régiment et auxquels le public luxem-
bourgeois avait ménagé une petite manifestation.
MONTREAL (Canada). — La première
troupe permanente de cette ville a été
formée l'été dernier et s'est installée au théâtre de
l'OpéraFrançais, où elle a ouvert sa saison, le
2 octobre, avec des artistes français. C'a été tout
un événement, et vous comprendrez l'émoi de nos
dilettanti, lorsque vous saurez que, jusqu'à présent,
nous n'avions de théâtre français que tous les six
ou sept ans.
Cela doit paraître étrange dans un pays
comme le vôtre, où toute petite ville possède son
théâtre ; mais ici, on ne peut pas compter sur une
' subvention du gouvernement. Et ce sont des par-
ticuliers qui ont formé une compagnie à fonds
■
LE aUIDE MUSICAL
social, laquelle, au risque de faire une perte
sérieuse, a engagé la troupe d'opérette et de co-
médie établie au théâtre de l'Opéra.
Les principaux sujets sont : M"" de Goyon,
première chanteuse, qui a remporté des succès
dans tous ses rôles et particulièrement dans le
Petit Duc, Boccace et Madame Favart; M""» Giraud,
excellente comédienne, que nous n'avons malheu-
reusement vue que dans le Maître de forges(C\a\x&),
où elle s'est révélée; M"" Hosdez, duègne (opé-
rette et comédie), dont les rôles les mieux réussis
ont été la maltresse d'école du Petit Duc et
M"*" Bonivard des Surprises du divorce ; M. Giraud,
premier grand comique de comédie ; M. Bisson,
trial, premier grand comique d'opérette, qui est
aussi le régisseur général; M. ValJy, ténor à la
voix puissante, mais qu'il cherche trop à forcer;
M. Portalier, excellent baryton, qui a remporté
de solides succès dans Boccace (le tonnelier) et dans
Madame Favart (Favart); enfin M. de Lafontaine
(laruette), un artiste de grand talent et qui a beau-
coup plu.
Les choristes travaillent ferme, et nous n'avons
pas eu à nous en plaindre jusqu'ici.
Quant à l'orchestre, il est composé en grande
partie de musiciens belges, et, bien qu'il ne soit
pas complet, le fini de ses exécutions a été remar-
qué; le chef, M. Dorel, est un artiste très con-
sciencieux, qui rend des services considérables au
théâtre. Le second chef est un Liégeois, de vingt-
trois à vingt-quatre ans, M. Goulet ; il est établi à
Montréal depuis trois ans et s'est déjà créé la répu-
tation d'être notre meilleur professeur de violon;
il est aussi engagé au théâtre comme premier vio-
lon solo.
Voilà les principaux éléments de notre théâtre,
et je crois qu'il est maintenant implanté pour
toujours au milieu de nous.
Le jeune violoniste Henri Marteau nous a
donné un concert, le 12 décembre dernier, et il
annonce un second concert, dans quelques jours.
Notre Société philharmonique prépare active-
ment son festival musical pour le mois d'avril pro-
chain; voici le programme de cette société :
Premier soir, compositions de Grieg ; deuxième
soir, compositions de Mendelssohn ; troisième soir,
Wagner [Vaisseau-Fantôme].
C'est la première fois que nous allons pouvoir
entendre une œuvre entière de Wagner. L'exécu-
tion en est donc attendue avec impatience.
C. O. L.
STRASBOURG. — Très belle représenta-
tion, l'autre soir, de Siegfried de R Wagner,
avec le ténor Alvary dans le rôle titulaire, qu'il a
superbement chanté et joué. Mime avait pour in-
terprète M. Lieban qui s'acquitte de son rôle avec
un esprit dramatique vraiment modèle, et Brunn-
hilde était figurée par M"" Mailhac, première
chanteuse dramatique du théâtre de Carlsruhe.
M"" Mailhac a rendu la grande scène du troisième
acte avec une franchise vocale et une vigueur de
sentiment tout à fait remarquables. On a fait
ovations sur ovations à ces trois artistes de qualité.
Bravos aussi à M.W. Bruch, chef d'orchestre. Pro-
chainement, nous aurons, également au théâtre
municipal, le Rheingold de Wagner. Hier, le succès
a été pour la troupe dramatique, qui a joué pour
la première fois, Gezierte Frauen, une adaptation
tout à fait heureuse des Précieuses ridicules, faite
par M. Gustave Fischbach. Toutes les scènes de
ce chef-d'oeuvre d'esprit et do gaité du grand
Molière sont rendues dans la traduction de
M. Fischbach avec une expression des plus justes
et donnant exactement le sens de la mordante cri-
tique du faux goût littéraire et du langage ampoulé
des précieuses de l'époque, ainsi que de la vulga-
rité des manières de leurs interlocuteurs.
Au dernier concert d'abonnement de notre
orchestre municipal, le public a fait le plus chaleu-
reux accueil à M. Edouard Risler, pianiste de Paris.
L'élève si distingué de Louis Diémer a toutes les-
qualités que réclame aujourd'hui la virtuosité du
piano. Mécanisme étonnant de brio, de pureté, de
vigueur et de délicatesse, avec des dessous
veloutés d'un charme attachant et bien employés
pour faire ressortir toute l'intensité de sentiment
et toute l'intelligence du style, rien ne fait défaut
dans l'exécution de M. Risler. On oublie, en l'écou-
tant,les difiicultés de mécanisme que présentent les
œuvres qu'il interprète, pour ne suivre que l'exposé
musical, si franchement classique, que le soliste
donne avec les nuances les plus changeantes et
le mieux appliquées. Le public a applaudi égale-
ment M"" H. Bernhardt, de Breslau, qui a fait ses
études de chant sous la direction de Jules Stock-
hausen, à Francfort. La voix d'alto de la soliste,
bien étoffée dans le grave, agréable de timbre,
mais d'une ampleur quelque peu inégale, est
formée surtout pour la traduction du style drama-
tique.
Le 24 janvier, l'oralorio Sami FyaKfow de Tinel
sera excécuté pour la première fois à Strasbourg,
par le chœur du Conservatoire et l'orchestre muni-
cipal, dirigés par M. Stockhausen. L'audition
aura lieu au théâtre municipal. A. O.
iVO U V ELLES ni VERSES
j^ Parmi les nominations faites dans la Lé-
gion d'honneur et qui relèvent des lettres et de
la musique, nous remarquons celle de notre
ami et collaborateur Gérard Harry, rédacteur
à V Indépendance belge, nommé chevalier ; celle
de M. Charles Lecocq, l'auteur de tant d'opé-
rettes justement applaudies; de M. Carvalho,
directeur de l'Opéra-Comique, de M. Alfred
Blau, le librettiste de Sigurd.
Voici d'autre part les nominations d'officiers
90
LE GUIDE MUSICAL
de l'instruction publique qui ont paru à l'Offi-
ciel du i6 janvier :
MM. Delaborde (Eraim Miriam, dit), professeur
de musique au Conservatoire national de
musique et de déclamation.
Delsart (J.-J.-B.), professeur de violoncelle au
Conservatoire national de musique et de
déclamation.
Maurin (J.-P.), professeur de violon au Conser-
vatoire national de musique et de décla-
mation.
Boussagol (E.), harpiste au théâtre national de
l'Opéra.
Cuelnaere (P.-F.-J.), directeur de l'école na-
tionale de musique de Douai (Nord).
Fauchey, compositeur de musique, chef de
chant au théâtre national de l'Opéra-Comique.
Koszul (J.), professeur de piano à Roubaix
(Nord).
Lataste (L.), compositeur de musique, sous-
chef de bureau à la Chambre des députés.
Neustedt (Ch), compositeur et professeur de
musique.
MnieRaimbaud(Y.(, professeur de chant à Paris.
Serpette (G.), compositeur de musique à Paris.
Vuarnier, inspecteur des finances, membre de
la commission de la caisse des retraites de
l'Opéra. -
•4f Au dernier concert populaire de Nancy,
l'orchestre du Conservatoire, sous la direction
de M. Théodore Gluck, a fait entendre, le
ballet du Démon, de Rubinstein ; les Scènes
hongroises, de Massenet ; et les Landes, pay-
sage breton d'après Brizeux, de Guy Ropartz.
Voici en quels termes VEst républicain, appré-
cie la musique du jeune compositeur.
« M. Ropartz a exprimé dans les Paysages
bretons, beaucoup mieux que de simples sen-
sations. La vue de la Bretagne est, si l'on ose
dire, intellectuelle, elle est totale. Extrêmement
moderne avec cela, sans qu'on puisse découvrir
chez l'auteur une influence directe quelconque,
même celle de son maître. César Franck. C'est
encore autre chose, une autre chose tout à fait
intéressante. Notre public n'a pas paru s'y
déplaire. Il est en progrès. »
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
LE MALADE IMAGLNAIRE
DE MOLIÈRE
Musique de M.-A. CHARPENTIER (1634-1J02)
RESTAURÉE PAR
C. SAINT-SAËNS
Partition chant et piano réihaite par Gabriel IHarie
PRIX MET : 5 FRA]«GS
LE GUIDE MUSICAL
91
^ Au programme de la première journée du
festival rhénan qui aura lieu, cette année, à Aix-
la-Chapelle, à la Pentecôte, figure le Francis-
cus de M. Edgard Tinel. C'est la première fois,
croyons-nous, que l'œuvre d'un compositeur
belge figure au programme de ces festivals.
•!*■ A Budapesth, l'exécution de VOtello de
Verdi a donné lieu à un incident curieux entre
deux des interprètes, le ténor Perotti, quijouait
Otello, et le baryton Odry, qui jouait celui de
Jago.
Dans la scène où Otello menace d'écraser la
tête de Jago, le ténor dérangea avec son pied la
perruque du baryton. Après la chute du rideau,
M. Perotti s'excusa auprès de M. Odry; mais
celui-ci ne se déclara pas satisfait et menaça
M. Perotti de le gifler. Il y a eu échange de
témoins à la suite de cette menace. L'affaire a,
toutefois, pu être arrangée à la satisfaction des
deux parties.
PIANOS ET HARPES
ÉRARD
BRUXELLES : 4, rue Latérale
PARIS : 13, rue du ï^ail
BIBLIOGRAPHIE
J^ Les éditeurs A. Durand et fils, de Paris,
viennent de faire paraître une intéressante recons-
titution de la musique que Marc-Antoine Ch.'VR-
PENTiER (1634-1702) écrivit pour le Malade Imagi-
naire de Molière ; cette reconstitution est due à la
plume autorisée de M. Camille Saint-Saêns.
DE LA MAISON
BREITKOPF & H.€RTEL
Montasue de la Cour, 45, BRUlLEIiliES
Grande partition d'orchestre, complète
net
— — en 12 livraisons
— — en 24. —
Chant et Piano
Partition, texte allemand (Bulow), in-4° .
Id. in-80
Id. in 8", accorap. simplifié ....
Id. in-8°, version française de V. Wil-
der
Morceaux détachés avec texte français, anglais et
allemand.
N° I. Raillerie de Kourwenal. Bar.
— 2. Conte d'Yseult à Brangaine. Sop.
— 3. Duo d'amour (Tristan et Yseult).
Tén. et sop
i5o
12
5o
6
25
37
So
l3
5o
i3
5o
20
—
glais
et
I
_
3
r5
3
-
— 4. Demande de Tristan à Yseult.
Ténor i —
— 5. Réponse d'Yseult à Tristan. Sop. i —
— 6. Mort d'Yseult. Apothéose ... 2 —
Piano à deux mains
Partition sans paroles (A. Horn) ... 26 3o
— avec paroles et indications scé-
niques (édition populaire n° 481), net . 10 80
Prélude (ouverture) i 2S
Potpourri 2 5o
Ehrlich, H Chant de Tristan, « Wie sie
selig » I 60
Eitner, R. Fantaisie sur des motifs de
Tristan et Yseult 2 —
Heintz, A. Morceaux tirés de Tristan et Yseult :
Cahier i, 3 fr. 45. — Cahier 2, 3 fr. 45. — Ca-
hier 3, 2 fr. 85.
FIAÏTOS BECHSTEIIT - PIAITOS BLUTHITEH
HARMONIUIVÏS ESTEY
92
LE GUIDE MUSICAL
Lors de la représentation delà pièce de Molière
au Grand-Théâtre {Direction Porel, Paris 1892), on
eut l'idée d'exécuter la musique de Charpentier,
l'on rechercha la partition à la bibliothèque du
Conservatoire, et l'on s'aperçut qu'il n'en restait
que des fragments; M. C. Saint-Saëns accepta
alors de revoir la musique en question, et se livra,
pour ainsi dire, à un véritable travail de restaura-
tion.
La partition que les éditeurs viennent de publier
est réduite pour chant et piano, par Gabriel-
MaTie.
Paris
Opéra. — Du 14 au 21 janvier : Salammbô. Faust.
Gwendoline, la Korrigane.
Opéra-Comique. — Du 14 au 21 janvier : le Dîner de<
Pierrot, Mignon. Fra Diavolo. l'Amour médecin (soi-
rée populaire». L'Attaque du moulin. Carmen. Wer-
ther Mignon. Werther.
LES CONCERTS BU DIMANCHE
II» Concert Lamoureux (Cirque des Champs-Elysées).
Symphonie pastorale (Beethoven) ; Siegfried-Idyll (R.
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
:e* .£;^ :Ei. x &>
Propriétaires des œuvres de Tschaîkowiiky, dottschalk, Prudent, Allard
des Archives du pianu et de la célèbre Méthode de piano A. le Carpenticrr
Seuls dépositaires de l'Bdition Charnot, spécialement consacrée à la musique de violon
P. TSCHAIKOWSKY
ŒUVRES POUR ORCHESTRE
Op. 2. N» 3. Chant sans paroles :
Partition 2 „
Parties séparées ^ »
Parties supplémentaires cordes chaque i »
OP 3. Le Voyévode, ouverture extraite
Partition 5 „
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
— Le Voyévode, entr'acte et airs de ballet
extraits (nouvelle édition revue par
l'auteur) ;
Partition 8 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. i3. Première Symphonie en sol mineur
Partition i5 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 14. Vakoula le Forgeron, ouverture extraite
Partition d'orchestre 6 »
Parties séparées i5 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. i5. Ouverture triomphale sur l'hyrane
danois
Partition g „
Parties séparées (copiées)
Parties suppl cordes (copiées) chaque
Op. 17. Deuxième symphonie (dite sympho-
nie russe) en ut mineur
Partition 25 »
Parties séparées 35 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 18. La Tempête, fantaisie d'après Shakespeare
Partition 12 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque "2 »
Op. 20. Le Lac des cygnes, valse extraite
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 35
— Pot-pourri, arrangé pour petit orches-
tre, par N. Ars .
Parties séparées j
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 23. Premier Concerto en si bémol, pour
piano :
Partition . 2c
Parties séparées 12
Parties supplémentaires à cordes, chaque i 5o
Op. 24. Eugène Onéguine, valse extraite de
l'opéra ;
Partition 5
Parties sép-.'ées 20
Parties supplémentaires à cordes, chaque 2
— Prélude extrait :
Partition orchestre 2
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires à cordes (copiées)
Op. 26. Sérénade mélancolique pour vio-
lon ;
Partition 5
Parties séparées 4
Parties supplémentaires à cordes,chaque i
Op. 29. Troisième symphonie en ri majeur
Partition .... 20
Parties séparées 30
Parties supplémentaires cordés Chaque 3
Op. 3i. Marche slave
Partition 10
Parties séparées 15
Parties supplémentaires cordes chaque
Op. 32. Francesca da Rimini, fantaisie
d'après Dante
Partition . 15
Parties séparées 25
Parties supplémentaires cordes chaque
Op. 33 Variations pour violoncelle sur un
air rococo
Partition 6 »
Parties séparées. ....... 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
(A suivre.)
5o
5o
LE GUIDE MUSICAL
93
Wagner); Ouverture, scherzo et finale (Schumann);
1 Introduction de la Fuite en Egypte, l'Enfance du
I Christ (Berlioz); Prélude du 3'- acte de Tristan et
Iseult (R. Wagner); Rapsodie norwégienne, i" mor-
ceau (E. Lalo.
I 14» Concert Colonne (Châlelet). — Première Sympho-
i nie en mi bémol, op. 38 (R. Schumann); les Béatitudes,
n» 4 (César Francki,M. Engel ; Concerto pour piano,
op. i6(Ed. Grieg), M. Raoul Pugno ; Parsifal (R Wag-
ner) : prélude du i"' acte ; 2' tableau du i" acte ;
; Scènes des filles-fleurs Parsifal, M. Engel ; i" groupe :
j M"" Jeanne Remacle, M""" Matthieu et Marthe de
BroUs ; 2"^ groupe : M"'' Roland, M'""" Léger et Marny.
I chœurs de jeunes filles ; Tannhaeuser (R. Wagner),
marche et choeur.
Concerts d'Harcouet. — Symphonie héroïque de
i Beethoven; Concerto en ré mineur (Rubinstein).
I M"" Madeleine Ten Hâve; Air de la Flûte enchantée
(Mozart), M. Nivette, de l'Opéra-Comique); Sympho-
nie en ut mineur avec orgue (Saint-Saëns).
Conservatoire national de musique (Société des Con-
certs). — 6>' concert. Programme : Symphonie avec
chœur (Beethoven), soli : M"" E. Blanc, M™ Boi-
din-Puisais, MM. Warmbrodt et Auguez; Andante
et scherzo de la i" symphonie (Bizet); Ouverture de
Fidelio (Beethoven). Le concert sera dirigé par
M. Paul Taffanel.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du i5 au 2i jan-
vier : Les Huguenots. Manon Orphée.
Théâtre des Galeries — Les Mousquetaires au
Couvent. - Matinée, dimanche, à i h. J/$.
Alcazar royal. — Bruxelles -Port de mer.
Berlin
Opéra. — Du 14 au 21 janvier ; Freyschûtz. Czar et
Charpentier. Faust. Les Maîtres-Chanteurs. Cavalle-
ria rusticana et la Fille du régiment. Mignon. Les
Medici (première représentation) Lohengrin.
Concerts Schott
Jeudi I" février 18Q4, à 8 heures du soir
DANS L.\
SALLE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE LA GRANDE-HARMONIE
o I R, É: E
DONNÉE PAR
SUE et W
PROGRAMME
4. Quatre danses slaTes ?"■ violon Dvorak
a. Lento gracioso. — b Allegro
c. Allegretto gracioso. — à. Presto
M. SARASATE.
Fantaisie pour piano et violon,
op. iSg F
Andante molto — Allegretto
Andaniino (Sei mir gegrûsht)
Allegro. — Presto.
Schubert
3. La Fée d'amour, morceau ca-
ractéristique de concert pour
violon et piano J. Raff
(Edition Sarasate.)
3. a. Polonaise-Fantaisie . . . Chopin
J. Etude en forme de valse . . Saint-Saëns
M-»» Bertha MARX
5. a. Le Rossignol . . . . )
b. VI' Rhapsodie (piano seul) 1
Mm» Bertha MARX
Liszt
Sarasate
Sérénade andalouse ■ ■
M. SARASATE
PIANO DE LA MAISON ÉRARO
Accompagnateur : M. Otto QOL.D3GHMIDT
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ont atteint aujourd'hui, les diffé-
rents arts ne pourront progres-
ser encore qu'à la condition de se synthéti-
ser, de concourir ensemble à la création
de l'œuvre d'art. »
Si ce principe, posé depuis bien long-
temps déjà par Richard Wagner dans ses
écrits théoriques, avait besoin d'une con-
sécration autre que celle que lui donna son
auteur lui-même, l'art d'aujourd'hui la lui
eût donnée, — bien qu'indirectement,
j'entends parler ici de l'ensemble frappant
avec lequel différents arts, dont les moyens
d'expression essentiellement autres rendent
impossible la collaboration, — la musique
et la peinture par exemple, — suivent une
impulsion identique, avec une concordance
de temps presque parfaite. Et cela témoigne
à l'évidence de l'existense du lien mysté-
rieux qui réunit tous les arts pour en faire
une seule expression d'idéal.
L'art traverse en ce moment une crise
curieuse, inquiétante; un mouvement se
dessine qui semble emporter de nombreux
groupes d'artistes, qui, de peur d'être taxés
de trembleurs et de réactionnaires, se sont
mis à la remorque de la triomphante
poussée du modernisme et de la vérité
artistique dont Wagner a été le génial
promoteur. Qu'adviendra-t-il, cette crise
une fois passée? — car le moment sera bien-
tôt venu, du train dont vont les choses, où
les modernes Icares se brûleront les ailes.
Une réaction, évidemment. Mais qui pour-
rait en déterminer actuellement les consé-
quences?
Aussi n'avons-nous pas à nous en préoc-
cuper pour le moment. Le mouvement n'en
existe pas moins, et il est intéressant de
chercher à caractériser quelques-unes de
ses tendances, comme il est utile de com-
battre dans la mesure du possible cerraines
de ses aberrations, qui détournent et stéri-
lisent tant de riches natures. Avec une
logique singulière, le mouvement s'est
propagé parmi les arts d'après l'ordre de
leurs 1 elations plus ou moins étroites avec
la vie intensive elle-même, et d'après la
mesure de leurs moyens d'expression sub-
jective de la nature.
La littérature et la poésie d'abord, la
peinture ensuite, et enfin la musique s'en-
gagèrent dans cette voie, (i) mais en un
espace de temps relativement si court,
pour une évolution aussi grave, que l'on
pourrait presque considérer leur mouve-
ment comme simultané.
De l'ensemble des doctrines professées
— et proférées — par le groupe, deux sur-
tout se détachent, très caractéristiques :
d'une part la négation de la forme et l'insou-
ciance du style (amorphisme) ; de l'autre, le
dédain de la science musicale ou même la
contestation de sa nécessité (agnoscisme
décadent).
(i) Je ne parlerai pas ici delà sculpture, irrésistible-
ment rivée à la nature, ni surtout de l'architecture,
l'art objectif par excellence, dont seuls quelques cer-
veaux hautement fantaisistes ont voulu faire un art
subjectif. Il y a deux ans, ML. Landhoff publiait dans
le Neue Berliner Musihzeiiung un intéressant article sur
l'objectivité de l'art grec, où il opposait le superbe
épanouissement, chez les anciens Hellènes, de l'archi-
tecture, art objectif, à la stagnation relative de la
musique, art subjectif auquel, seul, l'avènement du
christianisme devait donner tout son essor.
100
LE GUIDE MUSICAL
C'est à propos de cette technique dans
l'art musical que je voudrais ici me per-
mettre quelques observations.
Il n'est thèse si absurde qui ne mérite
réfutation. L'amour du paradoxe, com-
biné avec la névrose qui dévore tant d'ar-
tistes, provoque l'élucubration de non-
pareilles folies qui, tout aussitôt, trouvent
les plus chauds défenseurs. C'est ainsi
qu'au nom des principes déterminés plus
haut, nous avons les écrivains qui renient
la grammaire, et les peintres qui contestent
le dessin. Nous n'avons pas encore les
musiciens qui désavouent l'harmonie et le
contrepoint, mais nous y viendrons.
En attendant, de singulières doctrines se
font jour là-dessus. Elles ont été jusqu'ici
fort peu propagées dans les revues d'art,
même les plus « dans le train » ; un dernier
scrupule, une sorte de crainte du ridicule
semble retenir les plus convaincus. Mais
elles sont dans l'air, elles traînent dans les
conversations, elles remuent les cervelles
et ne tarderont pas à éclater.
Seuls jusqu'à présent, certains diletdan-
dies musicaux les cultivent, et pour cause ;
il est si bon de professer l'inutilité de ce
qu'on ignore! L'égoïsme et la paresse
trouvent également leur compte à bafouer
la science, sous prétexte qu'elle dessèche,
et la règle sous prétexte qu'elle asservit.
Mais, avant de briser une lance en faveur
de la règle, voyons ce que signifie, au point
de vue musical, ce terme morose.
Une règle, en musique, est un concept
purement abstrait ; elle ne saurait, à pro-
prement parler, être conventionnelle ; elle
n'est jamais absolue, et c'est là sa force.
Le plus grand des théoriciens ou des acous-
ticiens, fût-ce un Helmholtz ou un Gott-
fried Weber, ne saurait créer arbitraire-
ment une règle. Toute règle artistique est
la codification, sous une forme pratique,
d'un principe découlant directement de la
vérité; pas un principe essentiel de l'har-
monie qui ne repose sur cette base ; les
règles de détail, en apparence arbitraires
et étroites, ne sont que les conséquences
tirées logiquement de quelques grands
principes.
(i Les lois de la morale régissent l'art », dit
Schumann. C'est là l'une des plus admira-
bles, des plus profondes paroles qui aient
jamais été dites sur la musique; tout est
dans ces quelques mots. Schumann con-
state l'existence des lois de la morale, puis,
assimilant l'art à ce fondement de toute
civilisation, il lui reconnaît les mêmes prin-
cipes essentiels et intangibles. A l'artiste
d'établir en sa pensée ces connexités
mystérieuses et d'en tirer profit pour
l'expression la plus vraie de l'œuvre d'art. A
Dans son discours sur Y Art libre et *
l'enseignement de la musique, prononcé à la
séance du 29 octobre dernier, au Palais des
Académies, M. Ad. Samuel semble avoir g
singulièrement méconnu tout cela. Outre '
que son discours faisait naître une conti-
nuelle confusion entre la théorie et la
pratique de la musique, la science et le ' |
métier du compositeur, l'orateur ne parais- *
sait, en aucune façon, se rendre compte de
l'importance et surtout de la nature des
principes qu'il semblait attaquer, si bien
que, par le fait même de cette confusion,
après avoir eu l'air de tout bouleverser, il
n'a, en somme, abouti à autre chose qu'au
maintien du statu quo.
Pour prouver cet aphorisme, que « l'art
ne s'enseigne pas », — principe qui n'est
pas absolument vrai, et dont un avenir pro-
chain démontrera peut-être la fausseté, —
M. Samuel déclare catégoriquement « qu'en
fait de lois de l'esthétique, nous ne savons
rien, absolument rien ». Combien plus haute
et plus lucide est la pensée de Schumann,
citée plus haut sur le même sujet, détermi-
nant, non pas précisément les règles qui
régissent l'insaisissable idéal, mais une base
précise d'investigations et de recherches !
Dans les lignes suivantes, M. Samuel
établit parfaitement la nécessité de l'initia-
tion musicale :
« Depuis qu'elle vise à l'expression pure,
la musique est devenue une sorte de lan-
gage complexe aux multiples modulations.
Cette langue n'a pas été forgée d'un seul
bloc ; elle est due aux efi'orts successifs des
maîtres du passé, qui se sont complétés
les uns les autres ; Bach, Beethoven, Wag-
ner, en sont les Titans créateurs. Un voca-
bulaire aussi varié n'est que strictement
LE GUIDE MUSICAL
loi
suffisant en notre époque raffinée, aux sen-
sations subtiles ; car ces sensations ne sont
pas dépeintes, elles sont véritablement tra-
duites. Or, quelle que soit l'indépendance
que nous apportons dans cette traduction,
quelle que soit la liberté qui préside à la
réalisation de l'œuvre, les moyens dont
noxis ferons usage ne seront autres que
ceux découverts par les maîtres. Sans
doute, par la suite, notre personnalité
aidant, nous ajouterons aussi notre pierre
à l'édifice. Mais nous ne pouvons songer à
élever, par nous mêmes, un monument en-
tièrement nouveau. »
Tout cela est très juste; mais c'est ici
que commence la confusion. M. Samuel
continue :
« C'est pourquoi s'enseigne l'harmonie ;
non plus ce fatras de préceptes surannés, de
théories arbitraires ou hypothétiques, connues
sous lamente dénomination; mais la recherche,
l'étude et l'application (simples croquis équiva-
lents à ceux du peintre) des sons simultanés
considérés comme éléments expressifs. »
Autant de mots, autant d'erreurs. Cons-
tatant la nécessité où nous nous trouvons
d'employer comme éléments d'expression
musicale ce même vocabulaire en quelque
sorte déterminé par les maîtres de tous les
temps, M. Samuel veut que nous étudiions
ce langage, mais en ramenant cette étude à
une simple observation de phénomènes in-
déterminés, sans nous préoccuper autre-
ment des lois qui émanent de ces phéno-
mènes, lois que tous les maîtres de tous les
temps ont consacrées en s'y conformant.
Permettre le contraire, ce serait agir abso-
lument comme le professeur qui conseil-
lerait à un élève l'étude de la lexigraphie,
sans se préoccuper de la syntaxe.
Qu'entend M. Samuel par la «recherche,
l'étude et l'application des sons simultanés» ,
si ce n'est ces « exercices absurdes » qu'il
répudie après en avoir lui-même écrit une
si remarquable série (i)? Toute étude des
éléments d'une science quelconque suppose
la recherche ou l'application des préceptes
qui président à l'emploi de ces éléments.
(i) Voir le célèbre ouvrage de M. Samuel, Cours d'har
monte pratique et ie hasse chiffrée.
Et si les théories émanées de l'emploi des
éléments harmoniques étaient « arbitraires »
elles n'auraient pas traversé les siècles
intactes, et n'eussent certes pas eu le temps
de devenir surannées. M. Samuel assimile
ces « applications des sons simultanés » à
de « simples croquis équivalents à ceux du
peintre. » Mais il confond croquis avec
étude. Le croquis est l'œuvre du peintre
qui sflzi;,rétude est l'exercice d'un débutant.
Le croquis du peintre est une œuvre par-
faite en soi, à laquelle il ne manque que
l'amplification, mais où rien ne blesse l'es-
thétique, tandis que les essais d'appUca-
tion des phénomènes harmoniques tels que
les préconise M. Samuel seraient plutôt
assimilables aux informes barbouillages
d'un enfant.
Heureusement, on a le droit de dire
qu'en résumé, M. Samuel conclut au statu
quo, puisque, retranchant del'harmonietout
ce que la règle y introduit de conventionnel,
// n'en écarte absolument rien; attendu que,
comme j'essayais de le démontrer plus
haut, la règle émane du dedans au dehors,
de la musique elle-même, de manière qu'elle
ne saurait être conventionnelle et qu'on ne
pourrait la rejeter sans rejeter l'essence de
la musique elle-même (i).
Les grands génies sont, en fait, les
découvreurs de la règle musicale; ils ne
l'ont pas énoncée théoriquement, mais la
règle se trouve, latente, dans leurs œuvres;
les théoriciens ne font pas autre chose que
l'en déduire et la condenser. Et cette
priorité du fait sur la théorie n'est pas
la moindre garantie contre l'arbitraire.
La science n'a jamais entravé un grand
artiste dans son essor. Il est donc faux
qu'elle doive nécessairement avoir une ac-
(I) M. Samuel semble si peu se rendre compte de ce
qu'il y a d'essentiel dans les principes qui président à la
création de l'œuvre d'art que, au commencement de son
discours, parlant de la prédominance de la/ome dans
l'œuvre d'art d'autrefois par opposition à la liberté dont
l'artiste jouit aujourd'hui, il dit : « Dans les arts plas-
tiques, il était élémentaire que l'on respectât scrupu-
leusement les /on«M/o!(ra«ï par la nature ainsi que les
lois des perspectives. » On se demande ce que peut être,
selon M. Samuel, la peinture moderne, sans l'observa-
tion des formes « fournies par la nature » ni même
celle des « lois des perspectives »?
1Ô2
LE GUIDE MUSICAL
tion funeste sur son imagination. Elle est
l'arme indispensable dont se munissent les
lutteurs pour la conquête de l'œuvre d'art :
il n'y a que les maladroits, les faux artistes
qui s'y blessent. Tant pis pour eux : la
stérilisation de la médiocrité ne serait pas
le plus mince service que la règle nous
aurait rendu.
L'empirisme ne saurait ouvrir au com-
positeur les ressources de l'harmonie telles
que les lui offre l'étude raisonnée de ses
principes. Rien de mieux, évidemment, que
la définition exacte d'un phénomène har-
monique quand on en veut tirer toutes
les ressources et tous les effets. Les règles
ne nous asservissent pas, elles nous affran-
chissent, au contraire, en nous apprenant à
employer des matériaux qu'en somme nous
ne connaissons que par ranal5'se. Elles ne
sont pas des chaînes, mais des ailes.
Ah ! si l'on pouvait admettre l'existence
d'un être supérieurement organisé, doué
d'une pénétration et d'une intuition supra-
humaines, celui-là n'aurait aucun besoin
d'étudier les lois de l'harmonie, puisque,
émanant uniquement du Beau et du Vrai,
elles se révéleraient d'elles-mêmes à lui; une
pareille intelligence n'existe malheureuse-
ment pas.
Et encore, la science, à elle seule, ne suffit
pas, puisque ce n'est pas tout de connaître
les règles ; il faut savoir s'en servir, et
c'est alors que ces études deviennent inté-
ressantes. Quand un principe est-il appli-
cable, quand ne l'est-il pas? Quand une
règle peut-elle, quand doit-elle même être
transgressée! Lesphénomènesharmoniques
se présentent constamment sous des aspects
nouveaux, posant chaque fois un nouveau
problème esthétique. Mais ces transgres-
sions d'un principe posé a priori ne font
que confirmer ce principe, par le fait même
qu'elles sont exceptionnelles; comme le dit
fort bien M. Samuel, pour triturer, modifier
une forme, il faut tout d'abord la posséder.
S'il nous fallait acquérir empiriquement
les connaissances que l'on s'obstine à re-
pousser lorsqu'elles se présentent sous la
forme condensée d'une règle harmonique,
que d'interminables tâtonnements avant de
sentir qu'il y a dans un passage quelque
chose d'anti-esthétique ! Et la faute une fois
trouvée, s'ensuit-il que nous puissions
arrêter le principe qui en découle, de ma-
nière à en former une ligne de conduite,
une règle pratique, facilement applicable le
cas échéant? Et si cet empirisme aboutis-
sait exceptionnellement, il ne s'ensuit pas
qu'il dût réussir continuellement : tant s'en
faut. Si le coq-à-l'àne choquant de deux
accords décèle une succession de quintes
maladroite et inopportune, si la lourdeur de
quelque septième de dominante trahit un
redoublement de sensible facile à découvrir,
combien de fois la vigilance de l'auteur
ne sera-t-elle pas mise en défaut, que de .
maladresses et de hideurs conserveront
pour lui le secret de leur monstruosité!
Dans combien de cas aussi sa perspicacité
laissera-t-elle échapper des vétilles qui
choqueront un auditeur plus raffiné! Et
que de finesses harmoniques, que d'efiets
lui resteront étrangers, dont la trouvaille
est nécessairement subordonnée à la con-
naissance des principes qui y conduisent !
Et tout cela pour éviter l'étude d'un traité
où, en quelques centaines de pages, tout
cela est pratiquement condensé sous quel-
ques rubriques rationnellement graduées.
Mais les études harmoniques ne suffisent
pas. Il est certain que, sans de longues et
fortes études contrapontiques, on ne fera
jamais un compositeur. En dehors de leur
nécessité indiscutable pour toute œuvre
d'une polyphonie un peu développée, ces
études donnent au musicien plus d'une qua-
hté précieuse. La discussion minutieuse et
point par point raisonnée d'un devoir de
contrepoint, l'analyse approfondie d'un pas-
sage en apparence sans importance déve-
loppent en lui un jugement, une pénétration
et une sagacité qui lui seront plus tard tout
à fait indispensables. En quel embarras se
trouve souvent un auteur lorsqu'il s'agit
pour lui de réaliser une œuvre dont toutes
les grandes lignes sont cependant arrêtées!
Pour les moindres détails, il se trouve aux
prises avec mille versions différentes que
lui suggère son imagination, et cependant
aucune ne se recommande plus spéciale-
ment à lui par une supériorité bien appa-
rente, bien qu'elle puisse exister en fait.
LE GUIDE MUSICAL
loâ
Là, le goût ne pourrait rien sans le juge-
ment, et celui-ci ne s'acquiert que par une
longue et constante gymnastique intellec-
tuelle.
M. Samuel admet l'étude de la poly-
phonie. Mais comment l'entend-il? « Non
pas ce contrepoint italien, inepte et mala-
droite adaptation à notre art si mouvementé
de l'art plastique des maîtres du moyen
âge ; mais une polyphonie libre astreinte aux
seules règles du goilt, gymnastique plutôt
qti'enseignement, provoguant une souplesse
d'esprit, point généralement innée chez le
musicien, u
Ici encore, M. Samuel verse dans une
série d'erreurs et de contradictions incom-
préhensibles. Il détermine fort bien la
raison d'être du contrepoint, gymnastique
plutôt qu'enseignement, c'est-à-dire en
opposition avec l'assimilation en quelque
sorte mécanique des recettes et des arti-
fices de l'harmonie. Mais quel moyen
d'assouplir l'esprit sans lui imposer quel-
ques entraves ? C'est seulement après une
longue pratique de ces exercices d'ailleurs
si intéressants, où le musicien doit s'ingé-
nier à passer à travers les mailles serrées du
contrepoint italien, qu'il pourra user en
toute liberté et en connaissance de cause
des innombrables ressources de la poly-
phonie moderne; il aura acquis ce que l'on
appelle si justement le « métier », la
« main », ou plutôt la patte. Jamais la pra-
tique immédiate de la polyphonie moderne
n'eût pu le lui donner, la liberté illimitée
qu'elle lui ofi're ne l'obligeant jamais à dé-
ployer quelque ingéniosité. Je pose en fait
qu'il se trouverait au contraire embarrassé
de ces richesses mélodiques, rythmiques et
harmoniques, et c'est ce qui le ferait
échouer dans leur emploi.
Ainsi que le constate judicieusement
M. Samuel, «tout n'est pas seulement idéa-
lité dans les arts : il y a des côtés terre à
terre, matériels, avec lesquels force nous
est bien de devoir compter. » Que pourrait-
on bien entendre par ces « côtés matériels »,
si ce n'est la technique? Celle-ci est au
compositeur ce que le mécanisme est à
l'interprète. Le mécanisme ne lui suffit pas,
à lui non plus. Mais qu'adviendrait-il, s'il
n'avait que son seul enthousiasme d'artiste
pour exécuter matériellement une œuvre de
maître?
Le métier! Tout n'est pas là, certes,
puisque la grande part appartiendra tou-
jours àl'inspiratfon; mais de quelle impor-
tance immense n'est-il pas dans l'œuvre
d'art! Dans une bien belle lettre, sur le
salon de Bruxelles, adressée à l'Indépen-
dance,M. Th. de Wyzew^a déplore l'absence
du métier chez les peintres d'aujourd'hui,
qui ne savent plus peindre. Il leur oppose
les grands maîtres d'autrefois, dont il mon-
tre le génie résidant presque tout entier
diins leur maîtrise.
Nous pourrions en dire autant de tels de
nos maîtres à nous, dont l'œuvre se dres-
sera jusqu'au ciel, toujours aussi inébran-
lable, quand, depuis des siècles, Vajuor-
pliisme et V agnoscisme décadents ne seront
même plus un souvenir. Voyez Bach!
Qu'est-ce donc qui, chez lui, confond de
prime abord d'admiration, si ce n'est sa
prodigieuse maîtrise ? Et si nous en appe-
lons à un génie pour lequel les néo-impres-
sionnistes de la musique professent si sou-
vent une admiration imprudente, que
trouvons-nous? Ah! jamais ils ne pourront
convertir à leurs téméraires négations les
véritables admirateurs de Richard Wagner,
jamais ils ne réussiront à les faire croire à
la vanité et à la sécheresse de son extraor-
dinaire technique. On viendrait vainement
dire, à ceux-là qui ont passé des heures si
délicieusement, si purement artistiques, à
examiner de près ces inénarrables parti-
tions, à analyser, à disséquer tout cela par
le menu, qu'ils font besogne sotte et pé-
dante. Quelle incomparable jouissance, au
contraire ! Voyez comme tout cela est fait,
comme tout se tient, comme tout est en
place, jusqu'au dernier détail! Voilà cepen-
dant l'un des plus grands novateurs qui
furent jamais. Il savait bien, lui, que toute
son œuvre s'en irait en poussière, — en ad-
mettant qu'il eût jamais réussi à l'édifier, —
s'il ne l'avait assise inébranlablement sur
les bases de la maîtrise, de la technique, de
l'harmonie et du contrepoint. Et, remar-
quez-le bien, une harmonie extrêmement
sage au fond, hardie, mais non incohérente,
104
LE GVIDL MUSICAL
caractéristique et saisissante, lorsque la
situation dramatique l'exige, mais sans
jamais la plus petite négligence d'écriture,
moins encore une grossièreté ou une mala-
dresse. Rien n'est poussé au hasard ; tout
est logiquement raisonné.
L'art wagnérien est également presti-
gieux dans son ensemble et dans ses plus
infimes détails. On pourrait le comparer à
un arbre immense, qui, de loin déjà, sur-
prend et émerveille; approchez-vous, pre-
nez la plus petite de ses feuilles, examinez-la
de près, et vous restez émerveillé.
Je citerai, à ce propos, cette réflexion pro-
fondément sensée, qui terminait un article
publié, ici même, par M. René de Récy,
sur la Musique sacrée:
« Beaucoup de nos musiciens sont con-
vaincus qu'il leur suffit d'étudier les parti-
tions de Richard Wagner; or, je les avertis
qu'ils ne pourront y pénétrer qu'à travers les
grands maîtres du contrepoint; et je leur
opposerai l'exemple de Richard Wagner
lui-même, remontant de Beethoven à Sé-
bastien Bach, avec les Maîtres Chanteurs,
et de Bach à Palestrina, dans Parsifal. »
Il y aurait à faire valoir bien d'autres
considérations en faveur de cette technique
dans l'art et des études qui y conduisent et
que l'on s'étonne de voir bafouées. Il y
aurait surtout beaucoup à dire concernant
la nécessité de la science musicale chez
le dilettanti, pour l'épuration du goût du
public, ainsi que chez le critique, qui pré-
tend endoctriner l'artiste et lui montrer sa
voie. J'y reviendrai dans un prochain arti-
cle. Cette fois, j'ai voulu me borner à exa-
miner, sous ses aspects les plus caractéris-
tiques, la question de la nécessité des
études rationnelles et systématiques pour
le compositeur. Je serais heureux d'avoir
converti quelques-uns de ceux qui nient et
raffermi chez quelques autres la foi en ces
principes, qui sont la base de l'œuvre d'art
et la garantie de sa vitalité.
Ernest Closson.
>M^^^
PABLO SARASATE
ET
M'"-^ BERTHE MARX
ABLo Saïasate y Navascues est né àPam-i
sj^ pelune (Navarre), le lo mars 1844.
Ç^i^ Son père, chef de musique militaire
lui donna à l'âge de trois ans un violon, pouit
lequel l'enfant manifesta des facultés si éton
nantes qu'on se décida à le faire étudier aussi
tôt sérieusement.
A cinq ans, il était déjà très avancé, et à sepi
ans, il commença à donner des concerts ai
théâtre de Pontevedra et à celui de la Corogn« '
(Espagne). A six ans, on le conduisit à Ma-
drid, où on lui donna le meilleur maître de C(
temps Don Manuel Rodriguez. Il joua plu
sieurs fois au Théâtre- Royal, et la reine Isa
belle fit à l'enfant une pension, laquelle, réuni(
à deux autres, dont l'une de la ville de Pampe
lune, et l'autre de la comtesse de Mina, mit ses
parents en état de conduire l'enfant à Paris
pour le faire admettre au Conservatoire.
Au commencement de i856, sa mère voulu
l'y conduire, mais arrivée à Bayonne, elle fu
attaquée du choléra et y mourut, laissant l'en-
fant à lui-même. Mais un compatriote, Dor
Ignacio Garcia s'occupa de lui, et le conduis!
personnellement à Paris, où il fut admis
d'emblée dans la classe d'Alard, dont il devin
vite l'élève de prédilection.
Un an plus tard (iSSy), le petit Pablo obte
nait seul, et à l'unanimité, le premier prix d(
violon au Conservatoire de Paris, et sous 1;
protection de M. de Lassabatie, il put conti
nuer ses études jusqu'à l'âge de vingt ans. j
Ce premier diplôme fut suivi bientôt d'und!
seconde distinction. En 1860, la reine Isabelle
lui envoya, quoiqu'il eut seulement seize ans :
la croix de chevalier de l'ordre royal d'Isabelli
la Catholique.
En iS6i, il parut aux concerts du Palais d(
Cristal, à Londres; l'imprésario Ulmann l'en
gagea alors pour une tournée en Autriche-Hon
grie, et Sarasate poussa jusqu'à Bucharest e
Constantinople. En 1869, il suivit Strakoscl
aux Etats-Unis et dans l'Amérique du Sud
faisant résonner son violon au delà des Cordil
Hères : au Pérou et au Chili. Après deux année:
LE GUIDE MUSICAL
105
d'absence, il revint en Europe ; il alla jouer des
iquatuors à Londres, créer des œuvres nou-
velles au Conservatoire, chez Colonne, Pasde-
loup, en France, en Belgique, en Suisse et en
Hollande.
En 1876, il accepta un engagement à Leip-
zig, aux concerts du Gewandhaus, de même
quelques jours plus tard à Vienne, où il fit
(avec la symphonie espagnole de Lalo et le
concerto de Saint Saëns), une sensation énorme,
d'autant plus intense qu'il était venu sans
réclame et sans être annoncé.
Il fit alors la connaissance de M. Otto
Goldschmit, qui bientôt devint l'organisateur
de ses concerts, son ami et accompagnateur au
piano, et il étendit avec lui ses voyages dans
toute l'Europe, du Portugal jusqu'à Nischni-
Nowgorod, et de la Finlande jusqu'à Gibraltar.
En 1889-90,11 fit une seconde excursion dans
l'Amérique du Nord, en CaUfornie et au
Mexique.
Depuis 1876, Sarasate a mené une vie
extraordinairement active, jouant dans plus de
1,400 concerts, toujours avec un succès crois-
sant.
En novembre 1884, il entendit pour la
première fois l'éminente pianiste française
]\/[me Berthe Marx, qui depuis a été engagée par
lui pour partager son succès dans plus de
700 concerts en Europe et en Amérique.
Les honneurs recueillis par Sarasate dans
sa longue carrière triomphale sont innombra-
bles. Disons seulement qu'il est professeur
honoraire du Conservatoire de Madrid, direc-
teur honoraire des Conservatoires de Malaga et
de Valencia, citoyen honoraire de la ville de
Saint Sébastien, grande croix, commandeur et
chevalier de l'ordre d'Isabelle la Catholique,
chevalier de l'ordre de Charles III, de la
Couronne de Prusse, 2<^ classe, de l'Aigle rouge
de Prusse, 3« classe, de Danebrook de Dane-
mark, du Faucon blanc de Weimar, d'Albert
de Saxe, ir'= classe, d'Auguste de Wurtemberg,
!'■'= classe, du Christ de Portugal, du lion de Zœh-
ringen de Bade, de Schwerin, de Dessau. De
plus, il possède les médailles pour les arts et
les sciences de la Russie, de l'Espagne et du
Mecklembourg.
L'apparition de Sarasate a été pour l'art du
violon d'une importance sans précédent. Des
maîtres tels que Saint-Saëns, Lalo, Max Bruch
et d'autres se sont inspirés de sa géniale virtuo-
sité, pour écrire des œuvres qui resteront. Il
n'a pas seulement le mérite d'avon' été le créa-
teur d'un grand nombre d'œuvres des auteurs
comtemporains, mais encore il s'est plu à faire
entendre, et à généraliser, des chefs-d'œuvre
oubliés ou peu connus à cause de leurs diffi-
cultés, lesquelles pour lui n'existent pas. Dans
cette dernière tâche, sa vaillante camarade
Mme Berthe Marx lui a été d'un concours
artistique inappréciable.
Sarasate s'est encore essayé et avec succès
dans la composition. Son œuvre comprend
ses célèbres et étincelantes Danses espagnoles,
ses airs boliémiens, ses fantaisies sur des opéras
et quantité d'autres morceaux caractéristiques,
applaudis du monde entier.
y[ma Berthe Marx est née à Paris; elle com-
mença à étudier le piano à l'âge de trois ans.
Elle surprit bientôt par ses dispositions musi-
cales exceptionnelles et fut considérée comme
un prodige. Heureusement, ses parents, bien
avisés, jugèrent que des études sérieuses et
suivies seraient plus précieuses pour l'enfant
que des succès précoces.
Elle entra donc au Conservatoire, chez
M™'= Réty, puis devint l'élève de Henri Herz,
qui lui prédit qu'elle serait un jour une seconde
Mme Pleyel.
Ce fut en i885 que, jouant dans un concert à
Bruxe'les avec Sarasate, elle étonna par son
talent si individuel ce grand maître, surnommé
à juste titre le roi du violon.
Musicienne, ayant le style pur et élevé, son
jeu est à la fois gracieux et puissant.
Douée d'une mémoire extraordinaire, elle
connaît toutes les œuvres écrites pour le piano,
depuis les clavecinistes jusqu'à nos grands
maîtres contemporains.
Pour elle, les difficultés de mécanisme
n'existent pas, et sa facilité est telle que les
œuvres les plus ardues deviennent claires et
charmantes pour ses auditeurs. Xy.
THÉÂTRE NATIONAL DE LOPÉRA-COMIQUE
LE FLIBUSTIER
Comédie lyrique en trois actes
Poème de Jean Richepin, musique de C. Cui
'œuvre nouvelle de M. Cui n'a obtenu
qu'un succès d'estime, on lui reproche
sa monotonie ; sur ce point, il y a
quasi unanimité. L'interprétation est excellente
de la part de M. Fugère. Les autres artistes,
Mmes Landouzy, Tarquini d'Or, MM. Clément
et Taskin, sont bons à des degrés différents. Il
106
LE GUIDE MUSICAL
y a un joli décor ; l'orchestre a bien accompa-
gné. Sérieux accroc au dernier acte, mais
M. Danbé a repêché tout le monde.
Tel serait le bulletin de la soirée de lundi à
rOpéra-Comique.
Cette part faite au reportage, résumons une
impression d'ensemble.
Nous ne reprocherons certes pas à M. Cui
d'avoir été logique avec les idées qu'il a pré-
conisées dans son livre la Musique en Russie.
C'est l'application rigoureuse d'un système,
poussée jusqu'à ses dernières limites, comme il
convenait à un chef d'école de le faire. Rien de
plus instructif et intéressant que cette expérience
pratique, qui démontre mieux que toute théo-
rie,si explicite fût-elle, quelle est la valeur d'une
idée artistique. C'est prouver le mouvement en
marchant. Le système inauguré par M. Cui et
la jeune école russe peut se résumer à peu près
en trois points principaux : Exclusion défini-
tive des itialanismes et du co7;ceri^ au théâtre.
Si, à première vue, cela paraît prudhommesque,
si cela ressemble à l'enfoncement d'une porte
ouverte, il faut se reporter à l'époque et à la
contrée où ce programme a été formulé. La
Russie, il y a quelque vingt ans, était encore
fortement imprégnée de bel canto. Du reste, à
l'heure actuelle, beaucoup d'œuvres soi-disant
modernes de tendances sacrifient encore plus
ou moins involontairement ou sciemment aux
rossinismes ataviques. Ce sont les derniers ves-
tiges, réfractaires et masqués, d'un art con-
damné (/;; coda venennin). Les principes
émis par M. Cui ont donc encore leur utilité,
moins urgente, mais réelle.
Ensuite, l'école russe exige que la partie
orchestrale ait une valeur intrinsèque. Ceci est
affaire d'appréciation; et, à moins de s'adresser
précisément à un cynique j^artisan de « l'or-
chestre grande guitare », on rencontrera diffi-
cilement un compositeur qui ne trouve de la
valeur au plus banal de ses accompagne-
ments.
Qu'importe, au reste, une musique dont la
beauté intrinsèque est déplacée, est hors de
situation, ne souligne pas, ne renforce pas l'ac-
tion dramatique ? Cela sent trop son magister,
son professeur aimant « l'ouvrage bien faite » ,
cette façon d'envisager une question d'art.
Enfin, le troisième point principal de la
théorie de M. Cui n'est pas affirmatif, comme
les précédents ; il consiste à s'en prendre à
Wagner, avec lequel il serait difficile de ne pas
compter, de lui reprocher d'avoir voulu i epré-
senter en musique des objets inanimés (épée,
lance, etc.) et de faire chanter à ses person-
nages des récits, qui, pris séparément, n'ont
aucun sens précis, de n'accorder qu'une im-
portance secondaire à la partie vocale, etc.
Je ne sache pas que Wagner ait jamais voulu
représenter les objets ou même les personnes en
musique. Ce qui a pu causer ce malentendu,
c'est la pauvreté, l'impropriété de la langue
parlée ou écrite, en ce qui concerne l'esprit
intime de la musique. Thème de VEpe'e, motif
de la Lance, nous acceptons à titre de fiches
de classement ce volapûck impuissant, impré-
cis, à défaut d'autre moyen, car il est bien évi-
dent que, du mot à la chose, il n'y a pas iden-
tification ni représentation dans le sens matériel
du mot, puisqu'il s'agit de musique, donc du
passage de la réalité, à la fiction.
Par une sorte d'association d'idées, il se pro-
duit suggestion de sentiments héroïques à l'au-
dition du thème de l'Epée. Si l'explication est
confuse, ardue, consultez vos souvenirs : l'im-
pression fut-elle nette, tyrannique, obsédante
même? Donc, ce thème est juste, cette musique
vraie.
Pour ce qui concerne le vieux reproche à
Wagner de sacrifier les voix, il y a été trop
souvent répondu, et la démonstration de la
force mélodique et surtout de l'opportunité
dans l'emploi de l'élément mélodique et vocal
n'est plus à faire, après l'installation définitive
du répertoire wagnérien dans les théâtres les
plus hostiles ou les moins préparés.
Quant aux « récits qui n'ont aucun sens
précis, pris séparément », il serait plus logique
peut-être de ne pas les prendre séparément,
puisqu'ils ne sont pas destinés à l'être. Aucune
œuvre ne peut résister à ce procédé d'anal3'se.
Si, dans les œuvres de M. Cui, nous considé-
rons, par exemple, une « pause prise séparé-
ment », elle n'aura pas de sens précis bien
déterminé, tandis que, dans l'ensemble, un
silence peut avoir son éloquence, son émo-
tion.
Dans le Flibustier, M. Cui a fidèlement
observé, sans concessions, les principes qu'il a
exposés dans ses écrits théoriques.
L'œuvre n'a pas plu ; ce n'est pas une raison
qu'elle ne soit pas curieuse et intéressante.
Il n'y a pas un seul récit non mesuré, mais
la parole est posée sur des dessins d'orchestre
réguliers ; de discrets morceaux symphoniques
sur lesquels la phrase chantée s'enlève libre-
ment. A la longue, ce procédé fatigue l'atten-
tion ; à part quelques thèmes, ramenés parfois,
l'orchestre, très disert, réclame pour son rôle
l'oreille de l'auditeur; mais, comme il est sys-
tématiquement maintenu sous la voix, il s'ensuit
LE GUIDE MUSICAL
107
une sorte de dualisme mélodique, sans passion,
d'un relief volontairement réduit.
La conversation musicale des personnages
se déroule, d'allure fort naturelle, il est vrai,
enjolivée d'un bruissement harmonieux de
l'orchestre, mais vainement on attend une
effusion lyrique, un crescendo d'émotion. Un
rôle, un personnage est marqué d'un bon coin
dans l'ensemble, celui du vieux Legoëz ; c'est
un personnage de demi-caractère, un bon-
homme conventionnel d'opéra comique. La
déclamation rapide, sans accent bien accusé,
convient à son effacement au point de vue du
type musical. Il parle, il parle, la musique
parle avec lui sans conclusion, sans image
symbolique.
En tant que métier, les morceaux sont bien
écrits, la prosodie est respectée, leçon piquante
donnée par un étranger à bien des musiciens
français. Il y a dans l'abondance des motifs
éphémères, de jolies phrases d'un accent senti-
mental bien venu ; tel le récit de Marie-Anne,
(, C'est noir là-bas ». Un chœur charmant, à
cinq temps, rappelant celui de GHnka dans
la Vie pour le Tsar; un arioso de Jannik,
« Ce que j'éprouve est mal », et la phrase « Le
soir, quand le soleil descend». D'autres détails,
qu'il est toujours oiseux de citer, puisque
l'audition permet de les apprécier, sont encore
d'une touche heureuse.
Mais, il en faut convenir, la partition est
d'une abondance morne, et le livret manque
vraiment de musicalité ; à part de rares épisodes,
on ne voit réellement en quoi le vêtement musi-
cal aurait pu rehausser, enrichir une pièce
complète par elle-même. Les vers en sont
beaux, mais exigent-ils, pour être mis en va-
leur, l'adaptation musicale ?
M. Cui a fait une oeuvre sérieuse, digne
d'attention par les tendances qui s'y révèlent ;
c'est surtout à ce titre de tentative vers le nou-
veau qu'elle intéresse, car, en tant que réalisa-
tion, elle est grise, quoique fourmillant de
velléités, sans efflorescence.
Le livret de M. Richepin est assez connu, le
Flibustier se joue régulièrement à la Comédie-
Française.
Une méprise en foime le canevas. Le
vieux Legoëz attend son petitfils, Pierre,
parti en mer depuis quinze ans. La cousine de
l'absent, Jannik, l'aime sans le connaître,
d'après l'image qu'elle s'en fait. Survient Ja-
quemin, ami du Flibustier, dont il vient annon-
cer la mort. Avant qu'il ait pu s'acquitter de
son message, Legoëz croit reconnaître en lui
son petit-flls, et Jannik, le fiancé de ses rêves.
On n'ose détromper le grand-père, quand
Pierre, celui qu'on croyait mort et qui a
échappé miraculeusement, revient. Explica-
tions violentes, puis réconciliation générale,
Pierre cédant ses droits à la main de Jannik
à son ami, qui est aimé de la jeune fille.
Drame littéraire, s'il en fut.
Nous avons parlé de l'interprétation.
En un mot, l'impression dominante est l'in-
décision. M. Cui a voulu frapper un coup qui
n'a pas porté. Souhaitons-lui d'être plus heu-
reux une autre fois. M. R.
ACADEMIE NATIONALE DE MUSIQUE
Reprise de la Korrigane, ballet fantastique en deux actes,
de MM. François Coppée et Louis Mérante, musique
de Ch -M. VVidor.
IE ballet a été pendant longtemps la fiche
J de consolation octroyée à tout composi-
teur qui avait des droits à faire valoir pour être
joué à l'Académie nationale de musique. La
direction s'inquiétait peu des tendances ou des
aptitudes du musicien. Qu'il eût plus spéciale-
ment écrit des oratorios, des motets, des
pièces d'orgue, de la musique de chambre, des
symphonies ou suites d'orchestre, — qu'il eût
déjà un ou deux opéras en portefeuille, on le
priait, s'il désirait entendre prononcer le
dignus est inirare, d'écrire... pour les jambes.
L'histoire de Namouna est encore présente à
tous. Edouard Lalo, l'auteur du Roi d'Ys,
qui était capable de composer un bel et bon
opéra pour l'Académie nationale de musique,
fut forcé de passer sous les fourches caudines
du directeur. Qu'arriva-t-il ? Dans le monde où
l'on s'amuse, on lui reprocha de n'être qu'un
symphoniste (!), et sa Namouna, qui contenait
cependant des pages charmantes et exemptes
de toute banalité, n'eut qu'un succès relatif.
Peu s'en fallut que la Korrigane de Ch.-M.
Widor ne fût traitée de même façon ! Ce der-
nier appartenait, lui aussi, à la classe des
musiciens savants, qui inspirent une sainte
frayeur au public frivole et léger qui adore les
pointes des danseuses soutenues par une mu-
sique quelconque. Songez donc ! Un organiste,
un musicien qui se complaît à écrire des trios,
des quatuors, des concertos, et qui ose affronter
la scène de l'Opéra 1
On s'est bien aperçu, à la reprise qui vient
d'avoir lieu de la Korrigane à l'Opéra, que la
science que possède Ch.-M. Widor ne l'a pas
108
LE GUIDE MUSICAL
empêché de revêtir de charmantes et déhcates
mélodies un scénario de ballet. Tout en descen-
dant, sa muse ne s'est pas prostituée;... elle
est restée chaste et fière. Nous n'avons pas à
rappeler le sujet de la Korrigane, que F. Cop-
pée a emprunté à quelque vieille légende bre-
tonne; le compositeur a traité avec la plus
grande habileté et une variété toujours renais-
sante les divers épisodes qui lui étaient fournis.
On pouvait redouter une certaine monotonie
dans la traduction musicale d'un sujet où le
biniou devait avoir une place prépondérante,
puisque le cornemuseux Liiez est, avec sa
fiancée la gracieuse Yvonette, le principal per-
sonnage de la pièce. Il est vrai que le biniou
a été remplacé avantageusement par le hautbois,
et que l'auteur n'a pas abusé de cet instrument.
Dans toutes ces danses caractéristiques, la
lutte au bâton, la lutte des sauteurs, la sabo-
tière, la contredanse bretonne, la valseuse, la
gavotte, la gigue bretonne, etc., Ch. Widor,
a trouvé des rythmes saisissants et des motifs
toujours distingués, pour ne pas laisser faiblir
un seul instant l'intérêt. Rappelons-nous l'en-
trée d'Yvonette, dans un très fin andante
poco allegretto en 2*4, avec variations en
doubles Cloches, — la marche religieuse avec
l'imitation des cloches sur la note la, soutenue
par les flûtes, cors et harpes, puis les dévelop-
pements dans lesquels l'orgue mêle sa voix à
l'orchestre, et enfin toute la scène mouve-
mentée des Korrigans. Que de jolies pages il y
aurait à citer ! Il faudrait noter, dans la « Fête
du Pardon », le stjde classique de la « Lutte du
bâton » , l'élégant motif sur un tempo di valsa
de la (( Sabotière », avec de jolies colorations à
la reprise avec deux bémols à la clef, — la
spirituelle « Contredanse bretonne » à 6/8,
dans le style mendelssohnien, — un très cu-
rieux accompagnement de basson dans la
« Gavotte », — la verve endiablée de la
marche-presto, — l'intéressant travail orches-
tral du début du finale, dont nous aimons
moins la conclusion banale. Et nous ne sommes
qu'au premier acte ! Contentons-nous donc de
mettre hors de pair, dans le second, l'Epreuve
(valse lente), la perle de la partition. Cet avdan-
tiiio à 3/4, d'une émotion pénétrante, eut un
grand succès à la première représentation de
l'ouvrage; il s'est renouvelé à la reprise.
Souhaitons longue vie à cette œuvre qui est,
avec Sylvia et Coppélia de Léo Delibes, la
Farandole de M. Dubois, la Namoiina de
Lalo, un des meilleurs ballets du répertoire.
Avec une interprète aussi remarquable que
M"'= Mauri (Yvonette), et des partenaires
comme M"" Désiré, Ottolini, Salle, Invernizzi,
MM. Vasquez, Ajas, Pluque, nous ne sommes
pas inquiets. La centième ne se fera pas
attendre. Hugues Imbert.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
A LA NATIONALE
AU dernier concert de la Société nationale,
fête pour Gabriel Fauré et pour son
ancêtre artistique Robert Schumann ; car, chez
les deux musiciens, c'est le même charme
intime, c'est la même grâce morbide, avec plus
de recherche, pourtant, chez le maître français.
Le deuxième quatuor pour piano et instru-
ments à archets est une œuvre de haute valeur
artistique dans son ensemble. Le scherzo vaut
par ses curieuses sonorités, le finale par sa belle
allure rythmique, mais mes préférences sont
pour le premier morceau, avec ses thèmes de
passion exaspérée tour à tour ou dolente, avec
ses inquiétantes harmonies qui me font songer
à certaines pages de Baudelaire ; puis à l'émou-
vant adagio, avec son joli carillon du début et
toute la dernière partie vaporeuse, d'une péné-
trante poésie, musique pour de frêles princes.ses
blanches errant à travers des jardins enchantés,
sous la lune. L'âme de Fauré doit être pi es de
l'âme de Verlaine, et je sais des vers du poète
de Sagesse que Fauré maria à des musiques
très congruentes. Dans Spleen pourtant, il y a
divorce entre la poésie et musique. Et de tous
les lieds entendus à ce concert : En sour-
dine, Green, C'est l'extase, Spleen, les Ber-
ceaux, c'est ce dernier qui me semble le plus
parfait. Le public a acclamé Fauré, qui accom-
pagnait, MM. Geloso, Monteux et Schneklud
(violon, alto et violoncelle), et M""^ Mary Ador,
LE GUIDE MUSICAL
109
dont la voix de contralto a des notes graves
d'une ampleur merveilleuse et d'un timbre très
sympathique.
De Schumann, MM. Geloso et Schneklud,
avec M'ii^ C. Janizewska, ont joué le deuxième
trio, à la satisfaction de tous.
A ce même concert, M. Capet a interprété
avec beaucoup d'habileté une difficile Sonate
arckaigne pour violon seul, de M. A. Vinée,
œuvre non sans valeur, mais trop visiblement
inspirée de Bach, et MM.Chausarel etDebriny
ont pianiste à quatre mains avec un brio étour-
dissant la réduction de Cappriccio espagnol de
Eimsky-Korsakovi', qui est, me dit-on, d'une
orchestration charmante. J. G. R.
Les avis semblent très variés en ce qui
concerne la réfection immédiate des décors
de certains ouvrages détruits par l'incendie de
la rue Richer.
Chacun prêche pour son saint : d'une part,
les directeurs de l'Opéra demandent qu'on les
mette en mesure de remonter au plus tôt les
pièces qui font recette; de l'autre, les journaux
d'éditeurs de musique réclament pour les parti-
tions que ceux-ci ont en magasin. L'Art Musi-
ca/,par exemple, se préoccupe vivement à' Aida,
voire de Tabarin (?), tandis que le Ménestrel
se déclare prêt à avancer les fonds nécessaires
pour remonter les décors du Cid, de Coppélia,
à'Hamlet, et demande, en attendant, la reprise
de Françoise de Rimini ou du Mage (!), dont
les décors sont intacts aux Champs-Elysées.
Nous, qui ne dépendons de personne, qui
ne relevons que de nous-mêmes, nous nous
bornons à demander que, dans cette affaire, la
question d'art prime celle des gros sous.
Malheureusement, la Commission supérieure
des théâtres s'est réunie, l'autre semaine, pour
arrêter la liste des pièces dont la réfection serait
demandée à l'Etat, et son choix s'est porté sur
quelques ouvrages, dont le Cid et Patrie, deux
œuvres médiocres qui n'ont pas réussi et qui
avaient disparu du répertoire depuis plus d'un
an. Il est vrai que MM, Massenetet Palhadille
font partie de la commission. Personne n'a
parlé jusqu'ici de Henri VIII, qui est, pour-
tant, une œuvre d'une valeur incontestée et qui
figure chaque année sur l'affiche de l'Opéra.
Seulement, M. Saint-Saëns est en Algérie.
Comme rien n'est encore définitivement
arrêté, nous espérons que l'administration des
beaux-arts saura prendre en main les intérêts
de l'artiste absent, et qui est, sans conteste, le
maître qui fait le plus d'honneur à l'école fran-
çaise.
T
M. d'Harcourt, qui a donné déjà une exécu-
tion complète du Fanst de Schumann, orga-
nise pour dimanche prochain, une audition
intégrale du Fidelio de Beethoven.
A la demande de ses nombreux amis et
élèves, le violoniste J. White remplacera, cet
hiver, ses concerts du soir par quatre matinéis,
dont la première aura lieu le 14 février.
Miii= Madeleine Ten Hâve et M. Jean Ten
Hâve donneront, le 3o janvier, à la salle Erard,
avec le concours de l'orchestre Lamoureux, un
concert où l'on entendra le concerto en la
mineur de Schumann, la Fantaisie écossaise
de Max Bruch, le concerto en ut mineur de
Saint-Saëns.
t
Le 18 janvier, nous avons eu la bonne for-
tune d'assister à un concert donné dans un
cercle privé du boulevard Poissonnière, con-
cert pas banal du tout, entièrement composé
d'œuvres de M. Fombonne, le sympathique
premier soliste de la garde républicaine. Il ne
vous est pas inconnu, Fombonne, il a fait
toutes ses études musicales au Conservatoire
de Liège, et vous avez pu apprécier à leur juste
valeur ses soli de flûte dans les concerts
donnés à Bruxelles par l'excellente musique
de la garde.
A part plusieurs œuvrettes déjà connues, nous
avons assisté à la première audition de sa
Symphonie burlesque. Voici le sujet en deux
mots : Nous sommes dans un cercle et nou?
voyons toutes les péripéties d'une partie
de baccarat, depuis le « Faites vos jeux, Mes-
sieurs », jusqu'au cri de l'oiseau champêtre qui
lance ironiquement : « Paie tes dettes ! «
C'est d'une harmonie imifative parfaitement
réussie.
En somme, grand succès pour l'auteur,
succès familial, il est vrai, mais qui, espérons-
nous, ne tardera pas à se généraliser. L'œuvre
par son originalité même, le mérite.
<$»
On annonce la représentation de VA Iceste de
Gluck, sans coupures et dans la tonalité de
1776.
Interprètes: M"i« Pauline Savari; MM. La-
font et Montégut. M. Damaré conduira l'or-
chestre et M . Vasseur les chœurs. L'opéra de
Gluck n'a plus été joué à Paris depuis 1862.
no
LE GUIDE MUSICAL
BRUXELLES
La première de V Attaque du Moulin de
MM. Zola et L. Gallet pour les paroles et de
M. Alfred Bruiieau pour la musique, au
théâtre de la Monnaie, a eu lieu hier samedi.
Nous en rendrons compte dans notre prochain
numéro.
Dès lundi, vont commencer à la Monnaie,
les répétitions d'ensemble pour Tristan et
Iseiilt. La direction compte être prête pour la
fin de février !
M. Jeno Hubay, le célèbre violoniste hon-
grois, vient de passer quelques jours à Bruxelles,
et il s'est fait entendre dans plusieurs salons,
avec un succès qu'il est à peine besoin de men-
tionner. M. Hubay a profité de son séjour ici
pour voir MM. Stoumon et Calabresi, au sujet
de son petit opéra, le Luthier de Crémone, qui
a été accepté, mais n'a pu être joué l'année
dernière, M. Hubay n'ayant pu s'entendre avec
la direction de la Monnaie au sujet de la distri-
bution.
Cette fois les pourparlers ont abouti. Le Ljl-
tlîier de Crémone passera à la fin de la saison.
La distribution est ainsi convenue : Filippo,
M. Seguin; Gianina, M^^ Lejeune; Ferrari,
M. Lequien; Sandro, M. Massart.
Le Luthier de Crémone est également
accepté à Dresde et à Prague.
•!•
On sait la prédilection de S. M. la reine des
Belges pour la harpe, qu'elle cultive elle-même
en virtuose. Il y a eu, cet hiver, au palais de
Bruxelles et au pavillon de Laeken, des
séances de musique dans lesquelles S. M. s'est
fait entendre à côté de deux harpistes célèbres,
MM. Charles Oberthûr et Hasselmans. Citons
notamment, Vlmproniptu pour trois harpes de
Ch. OberthlJr qu'elle a joué avec MM. Hassel-
mans et yieeï\oo,ei\& F antaisie britannique du
même, qu'elle a exécutée avec MM. Oberthûr,
Hasselmans et Meerloo. Dans une deuxième
séance musicale, qui a eu lieu le 17 décembre.
Sa Majesté a encore joué avec M. Meerloo le
grand duo sur les Huguenots de M. Oberthûr
et un Nocturne du même pour trois harpes
avec M. Hasselmans et l'auteur.
Si nous sommes bien informés, il y aura
d'autres récitals de harpe au palais royal, dans
le courant de l'hiver, mais la date n'en est pas
encore fixée.
Disons, à ce propos, que M. Oberthûr vient
également de se faire entendre à Strasbourg,
au palais du prince de Hohenlohe, et à Ratis-
bonne, chez le prince de Thurn et Taxis.
A la matinée au palais de Laeken, se sont
fait entendre encore le fils et la fille de M. Has-
selmans : le premier, violoncelliste; la seconde,
cantatrice, qui, tous deux, ont été vivement féli-
cités par Sa Majesté.
Dansquelques jours on entendra à Bruxelles
le fameux choral russe dirigé par M"« Nadina
Slaviansky. Il donnera une audition, dans la
salle de la Grande- Harmonie, le mardi i3 fé-
vrier, à huit heures du soir. Nous publions plus
loin le programme détaillé de cette intéressante
soirée.
Nous apprenons que M. Siegfried Wagner
arrivera à Bruxelles dès le i^"" mars et qu'il fera
lui-même toutes les répétitions en vue du con-
cert qu'il dirigera le 11 mars, dans la salle de.
l'Alhambra. L'orchestre sera celui du Conser-
vatoire moins quelques pupitres. La jeune
artiste qui chantera les Rêves et la Mort d'I-
seitlt, Mlle Kempees, est cantatrice de la Cour
de Hollande ; elle s'est fait applaudir fréquem-
ment dans les renommés concerts du Wagner
Verein d'Amsterdam.
Avant le concert de l'Alhambra, elle se fera
dit-on, entendre au Cercle artistique.
Nous lisons, dans les journaux de Vienne,
des articles dithyrambiques sur lejeune violon-
celliste Jean Gérardy, de Liège, qui vient de se
faire entendre pour la première fois dans la
capitale autrichienne, avec un succès étour-
dissant, ce C'est un artiste déjà fait, malgré son
jeune âge, dit le critique de la Wiener A lle-
gemeiuc Zeitung ; il possède dans le chant un
son singulièrement pénétrant, sa technique est
remarquable, et il joue avec un sentiment, une
passion, une flamme qui révèlent une âme
d'artiste. »
L'année dernière, j'ai eu l'occasion d'enten-
dre le jeune artiste à Liège, dans une soirée
particulière, et j'ai été émerveillé. Depuis les
Servais, personne, entendez-vous, personne,
n'a plus joué du violoncelle comme cet enfant.
Il est vraiment regrettable qu'aucune de nos
institutions de concert ne l'ait encore fait enten-
dre à ses habitués. Il a paru dans toutes les
capitales, à Londres, Berlin, Vienne, Amster-
dam; Bruxelles ne l'a pas encore entendu.
N'estil pas étrange que ni les Concerts popu-
laires, où, depuis dix ans, l'on n'a plus vu de
LE GUIDE MUSICAL
111
violoncelliste, ni le Cercle artistique et litté-
raire, qui se montre si accueillant aux phéno-
mènes polonais, n'aient songé à lui ? M. K.
Une seconde représentation de Saint-Nico-
las, la légende symphonique mimée de
Th. Hannon et Jan Blockx, sera donnée di-
manche prochain, à deux heures, au théâtre du
Parc. M. Blockx conduira l'orchestre.
La Eeine honorera cette matinée de sa pré-
sence.
CORRESPONDANCES
ANVERS. — Encouragé par le franc succès
qu'avait obtenu, la semaine dernière, le con-
cert qui servait de lever de rideau à Liederik,
M. Fontaine a renouvelé Texpérience, mardi der-
nier.
Cette fois, le concours de M"' Soetens-Flament
y apportait un attrait de plus. On dirait le Harpsang
de J. Blockx écrit pour elle. Impossible de donner
plus de relief à cette composition, dont le carac-
tère archaïque est encore rehaussé par l'effet
d'accompagnement des flûtes et des harpes.
Les compositions de Benoit, entendues la
semaine dernière, avaient été redemandées.
Mijn Moederspraak produit un effet irrésistible,
surtout interprété par M. Fontaine.
Cette fois, l'accompagnement laissait un peu à
désirer. La cause en est peut-être à la position
qu'occupaient les divers interprètes : l'orchestre
dans un fond, les harpes au fond de la scène et le
soliste au milieu. Cela peut diificilement produire
une sonorité homogène.
Le soliste instrumental était M. C. Smit, qui a
interprété avec virtuosité et un réel sentiment
musical la suite Im Wnlde de Popper. M. Smit,
qui dirige notre Kwartet-Kapell vient d'être appelé
en Hollande pour toute une série de concerts, ce
qui prouve assez le cas que l'on fait là-bas de
notre jeune violoncelliste.
M. Berkmanns était mal disposé; nous nous
abstiendrons donc de porter un jugement sur ce
jeune artiste, dont la jolie voix fait habituellement
un des attraits de notre Opéra- Flamand,
L'orchestre nous a fait entendre une marche de
Waelput et l'ouverture à.'' Isa de Benoit.
Jolie soirée musicale au Cercle catholique.
Nous y avons entendu M. De Herdt qui, dans un
concerto de Vieuxtemps et une polonaise de
Wieniawski,a fait preuve d'une excellente méthode
et d'un profond sentiment musical.
Ce jeune artiste ne contribue pas peu à l'excellent
ensemble qui fait un des principaux attraits des
séances de la Kwariet-Kapell.
M. Baets, le sympathique baryton de notre
Opéra-Flamand, a dit avec beaucoup de sentiment
des mélodies de A. Stordiau, un de nos jeunes
compositeurs. Fî'ew^.une mélodie de M. Baets nous
prouve que celui-ci n'est pas seulement un chan-
teur de mérite, mais encore un estimable musi-
cien.
A rOpéra-Flamand, on répète activement le
Vaissuxu Faniôme, l'œuvre de Wagner devant pas-
ser mardi. A. W.
AMSTERDAM. — Les critiques d'Amster
dam ont été conviés à assister à une audi-
tion de \3l Damnation de Faust de Berlioz, donnée, à
Leyde, par la Société de l'encouragement pour
l'art musical, sous la direction de M. Daniel de
Lange, le directeur de l'A Capella Koor, qui
s'est fait entendre à Bruxelles, l'an dernier. Mal-
gré les préjugés religieux qui existent en Hol-
lande contre cet ouvrage, dont le clergé catho-
lique avait défendu une exécution à Harlem, celle
de Leyde a pleinement réussi, et l'œuvre de Ber-
lioz y a obtenu un succès d'enthousiasme, malgré
les pages d'une défaillance indiscutable et même
d'une couleur triviale qui la trnversent. Sans
égaler l'exécution d'Amsterdam, donnée il y a
quelques années, avec MM. Van Dyck et Blau-
waert, celle de Leyde a droit à nos plus sincères
éloges, M. Messchaert surtout, notre éminent
chanteur, a été admirable dans la partie de Mé-
phistophélès. Le ténor français Piroia était en-
roué, mais nous a semblé néanmoins un chanteur
de mérite; M"'' Helferich, une chanteuse néerlan-
daise, élève de M™' Marchesi, a l'air intelligent,
mais sa partie était de beaucoup au-dessus de ses
moyens. Les chœurs, dont le nombre était trop
restreint, ont fait de leur mieux, et l'orchestre du
Concertgebouw d'Amsterdam a été excellent.
L'Opéra-Français de La Haye nous a donné
une fort bonne ie^x\se àwCapitaine A/"oî>deMertens,
dont le troisième acte surtout est très réussi.
Excellente exécution, sous la direction du compo-
siteur, auquel les ovations pleinement méritées
n'ont pas manqué. M"'^ Andral et Baretj' ont été
acclamées, le ténor van Loo a donné ce qu'il a pu
et MM. Barthini et Moutfort se sont bien acquittés
de leurs rôles. Malheureusement, il y avait à peine
une demi-salle, sans doute à cause de l'influenza
qui règne dans toute la Hollande et qui fait
naturellement grand tort aux théâtres et conc. rts.
Le cinquième concert Beethoven, sous la direc-
tion de M. Kes, avait cependant attiré exception-
nellement un nombreux auditoire. On y a joué
l'ouverture composée en 1812, intitulée Ungatn's
erster Wohlthaier ; le concerto pour violon (1S06),
joué par le concertmeister Leopold Kramer ; l'ou-
verture Léonore n° 2 (1804) et la cinquième sym-
phonie en ut mineur (1807). L'orchestre s'est supé-
rieurement comporté, comme toujours, mais le
violoniste, tout en jouant très honorablement, n'a
pas égalé à beaucoup près Joachim ni même
d'autres violonistes qui sont venus jouer ici ce
concerto immortel.
A Rotterdam, M. Richard von Perger prépare
112
LE GUIDE MUSICAL
une représentation modèle (MiistervorsteUiing) du
Freyschilts de Weber. Les chœurs seront chantés
par les membres de la Société pour l'encourage-
ment de l'art musical, et les soli seront inter-
prétés par les artistes du théâtre de Dusseldoif
Intérim.
BKRLIN. — A la Philharmonie (concerts
populaires) le professeur Mansteadt a donné
son troisième Wagner-Abend : Les ouvertures du
Vaisseau Fantôme, du Tannhauser, les Murmures de
la forêt, le finale du Rheingold. Siegfried-Idyll, la
marche funèbre et la Rheinfahrt de la Gôiierdam-
viei'uiig, la scène des filles fleurs et la chevauchée
des Walkyries. On comprend facilement qu'un
peuple entendant souvent de pareils concerts
(l'entrée toujours à 60 pf.), soit musicien et
ne songe plus à contester Wagner! Aux séances
du dimanche et du mardi, du Beethoven, Liszt,
Moszkowski, Haydn, Mendelssohn, etc., etc.
Dans le dernier Kammermusik-Abend de Joa-
chim, le quinzième quatuor eu la mineur de Bee-
thoven. L'adagio dans le « Modo lydico » a été
pour moi une déception : je m'attendais à beau-
coup plus de la part du quatuor Joachim. Le mou-
vements était loin d'un «molto adagio ». Toutes les
blanches du choral, précipitées surtout dans la
dernière variation. Je suis convaincu que l'inter-
prétation de Joachim a été refroidie par celle de
ses partenaires qui, dans cet adagio, ne sont plus
à la hauteur de leur chef. — Quant au récitatif
précédant le finale, il faut l'entendre déclamé par
Joachim pour juger de sa signification! — Petit
détail qui intéressera peut-être les quartettistes :
Joachim détache chaque fois la quatrième note du
premier thème du finale. On a aussi entendu un
quatuor de Mozart en si bémol (pas le célèbre
si bémol) et un quatuor en ui mineur de Gerns-
heim, une œuvre de valeur, écrite tout entière
dans le style de Brahms, inévitablement. Dans la
prochaine séance, un Haydn, le quintette en ut
majeur de Beethoven et le sextuor en sol de
Brahms. —
Au dernier concert philharmonique, la sympho-
nie en r^' de Brahms. Inutile de revenir sur la valeur
de cette composition : un véritable chef-d'œuvre
qui dépasse, avec les trois autres symphonies du
même maître, les symphonies de Schumann et de
Mendelssohn. L'exécution n'a guère été à la hau-
teur de l'œuvre. M. Schuch, le chef d'orchestre,
était, du reste, indisposé.
Le baryton Scheidemantel, de Dresde, a chanté
An die Hoffnung de Beethoven et le monologue de
Sachs, du troisième acte des Maîtres Chanteurs. Le
lied de Beethoven a été parfait d'interprétation ;
quant au second morceau, M. Scheidemantel y
manque de cette bonhomie qui caractérise le per-
sonnage de Hans Sachs. Il faut dire que « notre
Betz » nous a gâtés sous ce rapport ! De plus, l'idée
de chanter des fragments des œuvres de Wagner
dans la salle de concert n'est pas heureuse : c'est
l'avis général.
Une sérénade pour archets, de Fuchs, terminait
le concert. C'est de la musique trop facile pour
trouver place dans un concert philharmonique. —
Le 29, M. Schuch dirigera une nouvelle « Ouver-
ture dramatique n de Berger. Comme soliste :
Moritz Rosenthal.
A la Singacademie, le pianiste Rosenthal a
donné un récital dans lequel il a joué, entre autres,
la dernière sonate de Beethoven, du Brahms, Scar-
latti, Liszt, et la valse en ré bémol de Chopin,
qu'il a arrangée en forme d'étude : il exécute en
tierces, la mélodie de la main droite ! Mécanisme
fabuleux.
Un concert de bienfaisance a eu lieu à la Phil-
harmonie M. Reinecke y a dirigé son ouverture
de Manfred,et. a joué un concerto en î(i mineur pour
piano, de Mozart. Il est réputé en Allemagne,
premier " Mozartspieler „, et à bon droit. Le con-
certo de Mendelssohn a trouvé, en Waldemar
Meyer, un excellent interprète. La Sucher a dé-
clamé les Fiinf Gedichte, de Wagner; admirable
comme toujours.
A l'Opéra, salle comble chaque fois pour Emile
Gôtze,qui est actuellement le premier ténor d'Alle-
magne. Il est superbe dans le Freyschûiz, les Maîtres
Chanteurs et Lohengrin, L'indisposition du ténor
Sylva a fait remettre à huitaine la première des
Médici, de Léoncavallo. E. B.
CREFELD. — • Le dernier concert de la
Stadt-Capelle avait attiré un nombreux
public. Cet empressement était justifié, car il
s'agissait de l'exécution d'œuvres de P. Benoit,
un des premiers musiciens contemporains. Il y
avait, en outre, comme soliste, M. A. Wilford,-
d'Anvers, qui, comme interprête de Benoit, s'est;
montré excellent musicien.
Les compositions du maître belge étaient : Ou-
verture du Roi des Aulnes et poème symphonique
pour piano et orchestre. Dans son ouverture, Benoit
nous trace un tableau fantastique musical d'une
haute valeur ; un chef-d'œuvre de coloris instru-
mental.
Le poème symphonique se divise en trois par-
ties : Ballade, Chant du Barde et Chasse infer-
nale — Cette composition diffère de la plupart
des œuvres de ce genre, en ce sens que l'orchestre
y a un rôle aussi important que le piano ; on assiste
parfois à un véritable dialogue entre l'orchestre
et le piano.
La partie de piano était tenue par M. A. Wil-
ford. Son jeu est d"une pureté extrême ; puissance'
et douceur s'y côtoient et son interprétation est des
plus poétiques. M. Wilford a ensuite fait entendre
une valse de sa composition.
Les applaudissements qui ont accueilli ce der-
nier morceau ont décidé l'artiste à nous faire eu-
tendre encore une délicieuse Berceuse de Stephe
Heller.
LE GUIDE MUSICAL
]]3
Notre Stadt Capelle peut être fière, car Crefeld
est, après Dùsseldorf, la seule ville d'Allemagne,
où Benoit, le Wagner belge, ait put dire son mot
L'énorme succès qui lui a été fait, ainsi qu'à
son interprète, nous fait espérer que ce ne sera
point la dernière fois qu'il nous sera donné de les
rencontrer. »
DRESDE. — A propos du jubilé d'Edmond
Kretschmer, organiste depuis i863 à l'église
catholique de la Cour, on étudie à nouveau son
opéra Henri le Lion. Les jubilés d'artistes se
succèdent : avant-hier, au Conservatoire, c'était
le 25" anniversaire de l'entrée, comme maître, de
M. Kraniz, aujourd'hui directeur. Félix Draeseke,
la gloire de l'Institut, a porté la parole en termes
très émus. Vendredi passé, au Sinfonie-Concert, la
suite de Bach en si mineur a été si applaudie
qu'on a dû répéter la Badinerie. Pareil fait ne s'est
produit à aucun de ces concerts, pendant toute la
saison.
Pour remplir la caisse des veuves et des
orphelins du théâtre, ou a donné hier VOrpkée aux
Eh/«'S d'Offenbach. C'est infaillible. /IchjîV/^ elle-
même, avec tous ses enchantements, n'a pas eu le
pouvoir d'attirer, samedi soir, plus d'une demi-
salle.
La séduisante cantatrice, Lillian Sanderson,
venue avec le violoniste Gregorowitch et le pia-
niste Brtlning, annonce un second concert.
Dresde les entendra de nouveau avec plaisir. Ce
n'est point le cas pour tous les artistes de passage
ici. Alton.
HUY. — Le comité de la Société d'amateurs
avait engagé pour une soirée donnée hier à
ses nombreux membres, au théâtre, la brillante
troupe de mandolinistes dirigée avec tant de
maestria par le remarquable virtuose napolitain
Fasano.
Salle comble ; de prime abord un peu défiante,
vu la nouveauté des moyens et des effets, puis
finissant par s'abandonner sans réserve au charme
irrésistible et idéalement réalisé d'une fantaisie
sur Faust. Aux seconde et troisième parties de
cette originale et séduisante séance, le virtuose
Fasano a fait surtout admirer ses qualités d'agilité,
de vigueur, de souplesse et de style, comme
aussi son art pénétrant de phraser, dans une
touchante pièce de sa composition, Mélancolie, et la
Gondolière de Mendelssohn.
NOUVELLES DIVERSES
■4*- L'Opéra russe impérial de Saint-Péters-
bourg a donné, la semaine dernière, la trois-
centième représentation de Rousslanc et Lud-
milla de Glinka, le chef-d'œuvre de la scène
lyrique russe, et l'Opéra privé du théâtre Pa-
naïiw une représentation de la Roussalka de
Dargomj'jsky, à l'occasion du vingt-cinquième
anniversaire du décès du célèbre compositeur.
On a commémoré aussi la mémoire de Dargo-
myjsky par un office funèbre célébré à la
cathédrale de Kazan.
■4<- Gros scandale, l'autre jour, au théâtre
d'Aix-la-Chapelle! On jouait Cavallcria rusti-
cana, avec M"<= Mitschineer et le célèbre bary-
ton Cura. Nous ignorons pour quelle cause les
deux artistes avaient suscité l'inimitié du pu-
blic aixois. Toujours est-il qu'à son apparition
en scène, M. Gura a été accueilli par une bor-
dée de sifflets et de huées telles qu'il a fallu
interrompre la représentation et baisser le
rideau. Déjà, avant l'entrée de M. Gura,
M ""^ Mitschineer avait été mal accueillie parles
spectateurs. Cet orage a été provoqué, dit-on,
par des propos tenus en dehors du théâtre. Il
va sans dire que M. Gura et Mi'<= Mitschineer
ont résilié séance tenante.
•4» L'Opéra de Vienne a donné, la semaine
dernière, une première, la Fête de mai, trois
actes, paroles de M. Ganghofer, musique de
M. Heuberger. La partition paraît avoir ob-
tenu un certain succès, mais le livret est tout à
fait insuffisant et l'œuvre, en somme, n'a obtenu
qu'un succès d'estime.
•&+ // sigiwy Mascagni avait cru devoir à sa
célébrité de souscrire ouvertement en faveur
des victimes des événements de Sicile. Or, ces
événements ayant pris certaine tournure révo-
lutionnaire et devenant ainsi suspects d'être
« francophiles », la National Zcitung, iomnal
de la Triplice, accuse Mascagni de « noire
ingratitude «, en ajoutant « qu'il aurait dû se
souvenir qu'il doit sa réputation au public alle-
mand, qui a accueilli avec enthousiasme sa
Cavalleria riisticana ».
Voilà une leçon assez inattendue ! Mascagni,
souviens-toi qu'en musique, l'argent n'est pas
tout ; il y a encore la politique !
-^ Il existe, paraît-il, à Motoire, petite ville du
département de Loir-et-Cher, un orchestre
d'amateurs recrute en des conditions peu ordi-
naires. Quatorze demoiselles appartenant à la
même famille composent cet orchestre, ainsi
formé : une flûte, un flageolet, deux clarinet-
tes, un violon, deux altos, une basse, un trian-
gle, un tambour, deux cornets, un trombone,
un baryton.
Sans en vouloir médire autrement, on recon-
naîtra que c'est un peu « armée du salut »
comme disposition d'instruments. Mais, en
revanche, le coup d'œil doit êhe curieux. On
114
LE GUIDE MUSICAL
voit d'ici, la gracieuse jeune dame en toilette
claire,— il doit y avoir un uniforme coquet, à
rubans franco-russes peut-être, — empoignant
son tuba comme un bébé récalcitrant et, sour-
cils froncés, joues ballonnées, émettre les sono-
rités héroïques, terrifiantes d'une « brillante
fantaisie de concert sur des motifs favoris ! »
PIANOS ET HARPES
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participer à nos primes, nous les prévenons qu'ils
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qu'elle se charge, pour la ville et la province, de
l'encadrement de l'eau-forte de Dake. Prix d'ar-
tistes pour nos abonnés. Maison spéciale pour en-
cadrements artistiques.
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
A Angers, d'une fièvre typhoïde, M. Guillaume
Lekeu, violoniste et compositeur, lauréat 12" prix)
du grand concours de musique pour le prix de
Rome de Belgique en 1891. Cette mort causera
d'unanimes regrets. Né à Verviers, élève de Louis
Kefer, Guillaume Lekeu donnait les plus belles
promesses. Sa partition d'Andromède récemment
publiée était une œuvre remarquable à plus d'un
titre et qui révélait un talent déjà très mùr et très
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
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Ballade de VICTOR HUGO
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Parties d'orchestre .
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Prix net, Fr. 10 —
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. 2 50
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LE GUIDE MUSICAL
115
personnel. On avait aussi entendu de lui aux con-
certs des XX une Sonate pour violon intéressante, qui
eut l'honneur d'être jouée par M. Ysaye. Enfin au
concert belge dirigé cet été au Waux-Hall par
M. Ysaye, celui-ci avait produit une Suite
d'orchestre sur des timnes angevins où le jeune
compositeur verviétois s'annonçait comme un
symphoniste très habile et plein de fantaisie. La
mort de cet artiste est une perte cruelle pour la
jeune école belge. Guillaume Lekeu n'avait guère
que 24 ans.
J^ A Mariafeld, près de Zurich, à l'âge de
84 ans, M"'" Elisa Wille, veuve de l'écrivain
A. Wille, dont le nom est inséparable de celui
de Richard Wagner. M. et M™" Wille furent
ces amis généreux qui, lors de l'arrivée de
Richard Wagner à Zurich, ouvrirent à l'exilé
leur hospitalière maison, et maintes fois par la
I cordialité de leur accueil relevèrent le courage
f du proscrit luttant en désespéré, contre la fortune
i et les cabales, en faveur de sa réforme du théâtre.
M'"'"^ Wille, qui était une femme d'une haute culture
[ et d'un noble caractère, fut plus d'une fois la confi-
! dente de ses projets, de ses illusions et de ses
désespoirs. Elle a publié naguère, dans la
Deutsche Rundschau de Berlin, des souvenirs extrê-
mement intéressants sur Richard Wagner pen-
dant son exil. Ces souvenirs sont reproduits en
français dans le livre de M. Fazy sur Wagner et
Louis II.
<i^£^<dtsiJtjiMs:dl',iiSl-^-iSk-sâ'>.:,ii\„?l'i., ;l;., sli?,. -1°.-., ?|?o f'.fla
^PERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Paris
Opéra. — Du 21 au 28 janvier : Faust. Gwendoline
et la Korrigane. La Valliyrie. Samson et Dallila et la
Korrigane.
Opéra-Comique. — Du 21 au 28 janvier : le Flibuster
(première). L'Attaque du moulin. Mignon. Le Fli-
bustier L'Attaque du moulin. Le Flibustier.
Concert Lamoureu.x du jeudi 25 janvier. — Symphonie
en ut mineur (Beethoven) ; air dentrée d'Elisabeth, de
Tannhœuser (Wagnen, M™= Lucy Lammers ; Concert
Stuck pour piano (S. Lazzari). M"» Marie Panthés;
Peer Gynt. n •' 1-2-3 de la suite d'orchestre (E. Grieg);
l'Ange (Wagner), M""' Lucy Lammers; pièces
pour piano. M"'' Panthès), deux danses hongroises
(Brahms).
DE LA MAISON
BREITKOPF & HyERTEL
IVIoutague (le la Cour, 45, BKUXIh:i.l.lJ:S
Grande partition d'orchestre, complète _ ^. Demande de Tristan à Yseult.
net i5o — Ténor i _
— — en 12 livraisons 12 5o _ 5 Réponse d' Yseult à Tristan. Sop. i —
— — en 24 — 6 25 _ 6. Mort d'Yseult. Apothéose ... 2 —
Chant et Piano Piano à deux mains
Partition, texte allemand (Bûlow), in-4° . 37 So Partition sans paroles (A. Horn) . , . 26 3o
Id in-S» i3 5o — avec paroles et indications scé-
Id! in 8», accomp. simplifié '.'!." i3 5o i^il^es (édition populaire n° 481), net . 10 80
Id. in-8°, version française de V. Wil- Prélude (ouverture) i 2S
(jer 20 — Potpourri 2 5o
•,, j-/ V- ' ' l . c ■ C ■ ^ Ehrlich, H Chant de Tristan, « Wie sie
Morceaux détaches avec texte français, anglais et selio- f.
allemand. Eitner, r! Fantaisie sur des motifs de
N" I. Raillerie de Kourwenal. Bar. . . i — Tristan et Yseult 2
— 2. Conte d'Yseult à Brangaine. Sop. 3 i5 Heintz, A. Morceaux tirés de Tristan et Yseïilt :
— 3. Duo d'amour (Tristan et Yseult). Cahier i, 3 fr. 45. - Cahier 2, 3 fr. 45. — Ca-
Tén. et sop 2 — hier 3, 2 fr. 85.
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HARMONIUIVIS
116
LE GUIDE MUSICAL
LES CONCERTS BU DIMANCHE
14" Concert Colonne (Chàtelet). — S' Symphonie en fa,
op. 93 Beethoven); Concerto en ré mineur n" 4 pour
piano, op. 70 (Rubinstein), tM. Philipp; marche fu-
nèbre d'Hamlet (Berlioz); Parsifal (Wagner) : prélude
d>i I" acte ; 2" tableau du i"'' acte ; Scènes des filles-
fleurs. Parsifal, M. Commère; i" groupe : M™*" Jeanne
Remacle, M"""^ Matthieu et Marthe de Brolls ; 2"
groupe : M"' Roland, M^'^^' Léger et Marny, chœur de
jeunes filles ; Tannhaeuser(Wagner), marche et chœur.
Douzième Concert Lamoureu.\. — (Cirque des Champs-
Elysées\ — Symphonie en mi bémol, n" 3 (Schu-
mann); air d'Achille, à'Iphigénie en Anlide, Gluck,
M. Engel, introduction de la Fuite m Egypte, l'Enfanco
du Christ (Berlioz 1 ; concerto en w/ mineur, n" 4, pour
piano (Saint-Saëns), M™" Berthe Marx; le Camp de
Wallenstein (Vincent d'Indyj ; Walther's Preislied des
Maîtres Chanteurs, (R. Wagner), M. Engel; Marche
hongroise. Damnation de Fa!«< (Berlioz).
Conservatoire national de musique (Société des Con-
certs). — 7'' concert : Symphonie en fa (Beethoven);
air de ballet, avec chœur, du Prince Ignor (Borodine);
suite pour violon (Raff), Sarasate ; Ave verum (Saint-
Saëns); Fuyons tous d'amour le jeu, chœur sans
accompagnement (R. de Lassus); ouverture d'Obéron
(Weber).
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22. passage des Panoramas (grande galerie)
F ^^ ïl I s
Propriétaires des œuvres de Tsebaîkowsky, Gottschaik, Prudent, Allard
des Archives du piauu et de la célèbre .Vléthode de piano A. Le Carpentier
Seulsdépositaiiesde l'Edition Charnot, spécialement consacrée à la musique de violon
P. TSCHAIKOWSKY
ŒUVRES POUR ORCHESTRE
Op. 34. Sctierzo-valse pour violon
Partition (copiée) .......
Partses séparées. . . . . - 5
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 35. Concerto en >■« majeur pour Aiolon
Partition I2
Parties séparées . • i8
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 36. Quatrième symptionie en /a mineur :
Partition 25
Parties séparées 35
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 39. Douce rêverie et Valse, pièces ex-
traites de l'Album d'enfants
(n»* 21 et 8), arrangées pour instru-
ments à cordes.
Partition i
Parties séparées 2
Parties supplémentaires . . chaque >>
Dp 43 Première suite d'orchestre :
10 Introduction et fugue ; 20 Divertisse-
ment ; 3» Andante ; 4" Marche minia-
ture ; 5 ' Scherzo ; 60 Gavotte.
Partition 20
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 43. Marcbe miniature extraite de la suite ;
Partition 2
Parties séparées 3
Parties supplémentaires cordes i^'"' et 2"
violons seulement. . . . chaque i
Op. 44. Deuxième Concerto en sol majeur
piano :
Partition 20
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Violon solo I
Violoncelle solo i
Op. 45. Capriccio italien:
Partition i5 »
Parties séparées 25 »
Parties supp'émensaires cordes chaque 2 »
Op. 48. Sérénade pour instruments à cordes :
I» Pièce en forme de sonatine ; 2» Valse ;
30 Elégie ; 40 Finale (thème russe) .
Partition 8 «
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. 49 Ouverture solennelle :
Partition 10 »
Parties séparées 20 «
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 53. Deuxième suite d'orchestre :
I" Jeu des sons ; 2" Valse; 3" Scherzo hu-
moristique; 4" Révesd'en'antS" Danse
baroque, style Dargomijsky.
Partition 25 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 55. Troisième suite d'orchestre :
1° Elégie ; 2° Valse mélancolique ;
3o Scherzo ; 4° Thème avec variations.
Partitiion 3o
Parties séparées 35
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 56. Fantaisie en sol majeur pour piano,
dédiée à M™" Essipofï.
Partition 10
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 58. Manfred, symphonie en 4 parties,
d'après Byron :
Partition 40
Parties séparées 72
Parties supplémentaires cordes chaque 4
{A suivre]
LE GUIDE MUSICAL
117
Bruxelles
HÉATRE ROYAL DE LA MONNAIE. — Du 22 au 28 jan-
vier : Faust. La Juive. Mireille et Farfalla. Les Hu-
guenots. L'Attaque du moulin.
HÉATRE DES Galeries — Les Mousquetaires au
Couvent. — Matinée, dimanche, à i h. }/^.
LCAZAR ROYAL. — Bruxelles-Port de mer.
dncert de la Chapelle-Russe (vocale de M""' Nadina
Slaviansky), 14 février. — i" partie ; Marche mili-
taire (Nadina Slaviansky); Devantle portail du Kaluga
chant national, arrangé par Nadina Slaviansky); O
jeune homme aux yeux noirs! chant national ; la Mois-
sonneuse, chant champêtre, arrangé par Nadina Sla-
viansky ; George m'aime bien, mère ! chanson co-
mique, petite russienne ; les Adieux du rossignol
(Tschaïkowsky); Viens à moi, sérénade (Dargomijsky)
— 2° partie : Pater Noster (style sévère des couvents
de Kieff. xvi° siècle, Benedictum (Ectenya), soprano
solo : Mischa Tschuriline, un nain de 23 ans. —
3" partie ; Chant et ronde de l'opéra Naïade (Dargo-
mijsky); On ne laisse pas Mascha au delà de la rivière,
chant national ; O toi, mon saule pleureur (Worotni-
koff); Jeune fille, voilà les boyards (Dargomijsky); En
descendant le Wolga, ancienne chanson des brigands
duWolga; Les Forgerons, chant national (Nadina
Slaviansky); Ei Guchouem, ancienne chanson des
burlaks.
Berlin
Opéra. — Du 21 au 28 janvier : Lohengrin L'Enlève-
ment au Sérail et Noces slaves. Concert delà chapelle
royale. Tannhasuser. Cavalleria et l'Armurier. Mar-
tha. Mara, Puppenfee et I Pagliacci.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — Le lieutenant
de marine.
Concerts Schott
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DANS LA
ALLE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE LA GRANDE-HARMONIE
S O I R, É E3
DONNEE PAR
et t
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op. iSg F. Schubert
Andante molto — Allegretto
Andantino (Sei mir gegrùsht)
.\lIegro — Presto.
La Fée d'amour, morceau ca-
ractéristique de concert pour
violon et piano J. Raff
(Edition Sarasate.)
PROGRAMME
4. Quatre danses slaves p'' violon Dvorak
a Lento gracioso. — b Allegro
c. Allegretto gracioso. - d Presto
M. SARASATE.
Polonaise-Fantaisie . . .
*• Etude en forme de valse . .
M™" Berthe MARX
Chopin
Saint-Saëns
5. rt Le Rossignol . . . . \
b. VI" Rhapsodie (piano seul) \
M""" Berthe MARX
Sarasate
6. Sérénade andalouse. .
M. SARASATE
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Accompagnateur : M. Otto GOLDSGHMIDT
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La Fête de mai. Les Contes dorés. Hans Heiling. La
Fête de mai. I Pagliacci et Terre et soleil. Robert le
Diable. La Fête de mai.
An der Wien. — Le Maître de forges. Les Noces du
réserviste.
Dresde
Opéra. — Du 21 au 28 janvier : La Fille du régiment.
Orphée aux enfers (Offenbachj. Les Maîtres-Chan-
teurs. Aïda. Lorle. L'Enlèvement au Sérail, Cavalle
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Hugues Imbert — René de Récy
Camille Benoit — Etienne Destranges
Alfred Ernst — Guy Ropartz
Van Santen Kolff
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Ed. Vander Straeten— Ed. Evenepoel
Maurice Kufferath
Charles Tardieu — Marcel Remy
J. Ragghianti — J. Malherbe
Henry Maubel — Ed. de Hartog
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D
40'' ANNEE
4 Février 1894
SOMMAIRE
Jules Brunet : L'Attaque du Moulin de
M. Alfr. Bruneau au théâtre de la Monnaie.
Ch. Tardieu : La Sapho de Gounod au
Théâtre d'Anvers.
Marcel Remy : Les Chanteurs de Saint-
Gervais.
Chronique î)c la âniiatnc : Paris : concerts Co-
lonne. M. L Philipp. Fragments de Parsifal. —
Concert Lamoureux. — Petites nouvelles.
Bruxelles : Concert Sarasate. — Petites nouvelles.
Correejjpnbances : Angers, Anvers, Berlin, Dresde,
Liège, Luxembourg, Tournai.
Nouvelles diverses . — Bibliographie. — Nécrologie.
Répertoire des théâtres.
EN VENTE , à Bruxelles : Office central, rue de l'Ecuyer;
Office de Publicité, rue de la Madeleine, et chez les
principaux éditeurs de musique. — A Paris : librairie
Fischbacher. 33, rue de Seine ; librairie Flammarion.
— A Londres : MM. Breitkopf et flsertel, i5, Oxford
Street ; Schott et C", Restent street, iSy-iSg. — A Leipzig :
Otto Junne. — A Munich : Josef Seiling, fourn>' de la cour,
Perusastrasse. — A Strasbourg : librairie Ammel. — A
Amsterdam, Algemeene Miisikhin Hl, Spui, 2. — A La
Haye, Belinfante frères. ^.\. Liège : M'"'' veuve Muraille,
rue de l'Université. - A Anvers: M. Forst, place de Meir.
— A Gand : M"i= Beyer. - A Zurich ; Hag frères, édit.
— A Genève : Ad. Henn, 6, rue Grenus — A Madrid :
Martin. édit., 4, Correo. — A St-Pétersbouri< : R. VioUet.
— A Moscou : Jurgenson. — A Mexico : N. Budin. —
A Montréal : La M^nta^ne, éditeur, 149, rue Siint-
Maurice.— A New- York : G.-E. Stechert, 8ro, Broadway.
Le numéro : 40 centimes.
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'*^^'*tr A^(i *^Ê '^Ô *-(? -^ ^^^ -î^ i'-il^Vs^ ^^' îT^ s^ S~^ ,i^ ^-ii' ■^ir
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4 février 1894.
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PREMIÈRE REPRÉSENTATION DE
L'ATTAQUE DU MOULIN
Drame lyrique en quatre actes, d'après Emile Zola,
par Louis Gallet, musique cI'Alfred Bruneau.
I L y a deux mois à peine, au lendemain
de l'apparition de VA ttaque du Mou-
lin à rOpéra-Comique de Paris,
M. Hugues Imbert donnait aux lecteurs du
Guide Musical (i), une relation détaillée et
vivante du livret de M. Louis Gallet. Il serait
superflu de recommencer la narration de ce
poème, qui suit d'ailleurs d'assez près la nou-
velle, très connue, du maître naturaliste. Il y a
cependant cette différence, très fertile en effets
pathétiques, c'est qu'ici le père Merlier, et
non Dominique, qui tombe fusillé sous les
balles ennemies.
Le poème de M. Gallet s'écarte en outre
sensiblement de la nouvelle des Soirées de
Médan en un autre point qui tient étroitement
à l'action du drame. Dans l'œuvre originale,
Françoise, après que la fuite de Dominique a
été découverte, se met à la recherche de son
fiancé, et finit par le retrouver dans la cam-
pagne ; et c'est là que les deux jeunes gens ont
cette entrevue émouvante où se livre dans l'àme
de la jeune tille, ce terrible combat entre le
désir de sauver la vie de son père et celui
d'épargner son amant.
Dans le drame lyrique de M. Gallet, cette
scène douloureuse se passe dans le moulin
même, où l'inquiétude de connaître le sort des
siens a ramené Dominique. Le quatrième
acte renferme ainsi, à peu près à lui seul, tout
le drame : la scène entre Dominique et Fran-
;i) Voir le numéro du 3 décembre 1893, p. 481 à 483.
çoise ; celle non moins émotionnante entre le
jeune homme et le père Merlier, qui cherche à
le faire fuir pour le sauver en se sacrifiant lui-
même ; enfin, la scène des adieux du père Mer-
lier à sa fille, — des adieux dont celle-ci,
croyant son père libre, est seule à ne pas saisir
la poignante douleur. Cette action dramatique
intense et serrée du dernier acte fait malheu-
reusement ressortir le vide des actes précé-
dents, où les épisodes tiennent, en somme, la
plus grande place, dans le troisième surtout,
qui tout entier repose sur le meurtre de la sen-
tinelle, — un détail dans le drame : un fait pu-
rement matériel, dans lequel la passion et le
sentiment n'entrent pour rien, qui n'est inspiré
ni par la vengeance, ni par la haine, et dont la
réalisation scénique ne saurait dès lors nous
intéresser. Donc, au point de vue de l'action,
un manque d'équilibre sensible entre les diffé-
rents actes, et une trop grande part donnée à
des épisodes qui auraient demandé à être traités
plus sommairement ou même à se passer dans
la coulisse ; par le fait même, le compositeur
s'est trouvé entraîné à développer musicalement
des scènes accessoires, presque des hors-d'œu-
vre, — telle la cérémonie des fiançailles, — et
c'est ce qui nous a valu quelques chœurs,
quelques ensembles qui ne sont pas toujours
en concordance avec les principes émis pré-
cédemment par M. Bruneau.
Le poème du Rêve était, dans la forme, plus
soigné que celui-ci : tout en donnant à ses per-
sonnages un langage suffisamment naturel,
M. Gallet l'avait rimé avec une certaine élé-
gance; ici, au contraire, les héros du drame
parlent une langue désagréablement conven-
tionnelle, et la poésie du librettiste est émaillée
de tares qui ont dû souvent gêner le musicien
et que celui-ci n'a pas toujours eu l'habileté de
laisser dans l'ombre.
On se souvient du bruit que fit la partition du
Révc à son apparition. Cette œuvre, en somme
le véritable début au théâtre du jeune compo-
siteur, fut considérée, et à juste titre, comme
un coup d'audace. Il fallait, en effet, un talent
d'une grande indépendance, une volonté
d'artiste peu commune, pour chercher à rendre
124
LE GUIDE MUSICAL
musicalement un drame qui se passait dans un
milieu bourgeois, en dehors de toutes les con-
ventioDsde l'ancien répertoire lyrique. M. Alfred
Bruneau s'était acquitté de cette tâche de
manière à inspirer les plus vives espérances.
Venant après le Réve, VA ttaque du Moulin
est, pour nous, une déception. La nouvelle par-
tition de M. Bruneau, si on la rapproche de
celle qui l'a précédée, laisse des doutes sur la
puissance d'invention de son auteur : la
musique de l'Attaque dîi Moulin est, en effet,
beaucoup moins personnelle que celle du Rêve.
L'influence de quelques maîtres français s'y
fait visiblement sentir ; et Massenet, Lalo,
Delibes, Bizet et Reyer, sans compter Gounod,
y ont de fréquents souvenirs. Puisque nous
parlons de souvenirs, citons en un qui est
frappant et qui n'aurait pas dû échapper au
compositeur lui-même : il s'agit d'un motif
en 3/4 qui apparaît à la fin de l'introduction du
quatrième acte et qui revient plusieurs fois
par la suite; le sens n'en est pas clair; mais,
par le dessin et la tonalité, le motif a une
parenté très étroite avec certain thème de la
Siegfried-Idylle. Là où M. Bruneau est lui, il
est trop resté l'auteur du Rêve; non que les
deux œuvres n'aient pas des colorations diffé-
rentes, mais lorsque le contour mélodique est
personnel, il rappelle trop les mélodies du
Réve, il épouse les mêmes formes, il emprunte
les mêmes modulations.
Comme dans le Rêve, M. Bruneau fait un
fréquent usage des motifs conducteurs, mais
ces motifs sont ici moins expressifs, sont moins
adéquats aux personnages, aux sentiments,
aux états d'âme qu'ils soulignent ; il en est
même dont le rythme, le dessin ou la couleur
sont en désaccord absolu avec ce qu'ils ont
mission d'évoquer. Et ces motifs se succèdent
trop souvent sans cohésion, sans lien entre
eux, laissant des vides nombreux dans la trame
musicale.
En quelques endroits, M. Bruneau, entraîné
dans cette voie par son librettiste, s'est départi
du système logique qu'il s'était imposé dans sa
précédente partition et qu'il y avait observé
avec une fermeté, une persévérance si remar-
quables; à citer comme exemples de ces écarts,
qui font de son œuvre un compromis destiné à
lui rallier sans doute les suffrages des masses,
l'air des Adieux à la forêt, le banal duo d'amour
en trois temps du deuxième acte, sous lequel
nous aurions deviné une tout autre et moins
mâle signature que la sienne, le choral des
soldats ennemis qui termine le troisième acte,
— un chœur d'orphéon qui n'a sur celui des
Romains d'He'rodiade que l'avantage d'être
plus bref, — puis le quatuor du quatrième acte,
qui se résout en des sonorités vocales d'une
violence bien intempestive. En d'autres en-
droits, — et ici il ne s'agit plus d'une critique,
— M. Bruneau, suivant une règle déjà appli-
quée avec bonheur dans le Rêve, accouple les
voix à l'unisson, lorsque ses personnages ont
à exprimer les mêmes sentiments.
La déclamation lyrique est, en général,
moins soignée que dans le Rcve ; elle a souvent
une allure précipitée et saccadée qui nuit à la
netteté des paroles. Les mouvements rapides
dominent d'ailleurs dans la partition, et l'œuvre,
dans son ensemble, a une apparence fébrile et
nerveuse très accentuée.
M. Bruneau a abandonné, en grande partie
du moins, les duretés harmoniques, les disso-
nances violentes, les modulations heurtées qu'il
avait répandues avec tant de largesse dans sa
précédente partition. Mais, en même temps
l'œuvre est moins colorée, et l'on est porté à
croire que le réalisme du sujet convenait moins
à la nature de M. Bruneau que le mysticisme
du Rêve, pour la réalisation duquel il avait su
trouver des formes musicales si suggestives.
Cette comparaison, un peu longue, entre les
deux ouvrages d'un même compositeur, s'im-
posait. Le talent de M. Bruneau s'est nette-
ment et rapidement affirmé, et nul ne songe à
le mettre en doute ; il s'agissait donc surtout
d'en rapprocher les manifestations successives.
Ce rapprochement, nous croyons l'avoir montré,
n'est pas à l'avantage de l'œuvre nouvelle. Mais
si l'on juge celle-ci à un point de vue plus
absolu, on peut dire que V Attaque du Moulin
possède un ensemble de qualités très précieux,
et témoigne à nouveau d'une nature fortement
ti'empée, ayant de la science et du métier, et
par dessus tout une grande force de volonté.
Le rôle qui a le mieux inspiré M. Bruneau
est, sans contredit, celui du père Merlier ; c'est
d'ailleurs celui auquel le librettiste a prêté le
langage le plus humain, langage dont le com-
positeur a su donner une notation musicale très
juste et qui atteint par moments une grande
force d'expression. Cela tendrait à prouver que
si M. Bruneau s'est laissé beaucoup trop sou-
vent détourner de ce qui avait paru son objec-
tif à peu près constant dans le Rêve, la Vérité,
la faute en est avant tout au librettiste. Mais le
musicien n'y a-t-il pas aussi sa part de respon-
sabilité ? Si le compositeur est l'amant sincère
des règles artistiques qu'il a prônées et qu'un
de ses adeptes, M. Gustave Charpentier, retra-
çait il y a deux mois dans le Gil Blas, il saura
LE GUIDE MUSICAL
125
se garer une autre fois des écueils auxquels
exposent les livrets bâtis d'après les vieux prin-
cipes.
Nous avons dit que l'action intime du
drame, la lutte de sentiments qu'il provoque,
se trouve presque toute contenue dans le qua-
trième acte. Celui-ci est, musicalement aussi,
de beaucoup le plus réussi ; il suffirait à
assigner à l'œuvre un des premiers rangs
parmi les productions lyriques de l'école
française dans ces dernières années. Le père
Merlier, — cette figure si bien campée par
Zola et la seule à laquelle M. Gallet ait con-
servé son vrai caractère, — tient une grande
place en ce quatrième acte, et l'héroïsme avec
lequel il se dévoue pour sauver la vie de
Dominique y est rendu avec justesse, dans ses
multiples et intimes manifestations ; le senti-
ment du sacrifice y est marqué par un thème
large et expressif, bien personnel à M. Bru-
neau cette fois, et qui, ramené à plusieurs
reprises dans ces scènes pathétiques, rappelle
avec bonheur l'idée qui les domine. Si toute
l'œuvre avait été traitée de pareille manière,
M. Bruneau eut donné au Rêve un digne pen-
dant; mais les actes qui précèdent marquent,
nous le constatons à regret, un recul sensible
sur sa précédente production.
Ce rôle du père Merlier, qui est en somme
tout l'intérêt du drame, est tenu au théâtre de
la Monnaie par un artiste admirable, dont
toutes les créations lyriques, — et surtout celles
qui s'appuient sur des œuvres d'une esthé-
tique un peu moderne, — sont marquées au
coin du plus grand art : M. Seguin a réalisé
cette figure avec une puissance d'expression,
jointe à une simplicité de moyens, que bien
peu pourraient égaler. Pour apprécier toute la
force du talent d'un tel artiste, il faut avoir vu
combien à la répétition, sous ses habits bour-
geois et sans que le maquillage lui ait donné
les traits et l'apparence extérieure de son héros,
il procure, par le geste et la physionomie,
l'impression complète du personnage qu'il
représente. Si, malgré ses faiblesses, l'œuvre
de M. Bruneau obtient ici un succès de quel-
que durée, le talent de M. Seguin y aura con-
tribué pour une forte part.
Le rôle de Marcelline a, comme celui du
père Merlier, inspiré à M. Bruneau quelques-
unes des meilleures pages de sa partition. L'in-
tervention de ce personnage symbolique,
étranger à la nouvelle de Zola et créé de
toutes pièces par M. Gallet, n'est pas toujours
logique, tant s'en faut ; mais elle prête à quel-
ques situations très musicales, dont M. Bru-
neau a su tirer parti. La malédiction de la
guerre, qui termine le premier acte, a grande
allure, et le morceau est habilement nuancé.
Ce rôle, que l'on a comparé avec quelque
bonne volonté au Chœur antique, a permis à
Mi's Armand de déployer tout à l'aise ses belles
qualités de tragédienne lyrique. L'effet produit
eût été plus grand encore, si l'excellente artiste
avait retrouvé tous ses moyens vocaux de l'an
dernier.
De Dominique Penquer, M. Gallet a fait un
vrai personnage d'opéra-comique, et M. Bru-
neau n'a guère réagi contre cette tendance.
Les adieux à la forêt que Dominique roucoule
au deuxième acte, alors que ses pensées de-
vraient être tout autre part, sont absolument
typiques à cet égard ; l'influence de ce morceau,
d'ailleurs très joliment construit mais trop
visiblement inspiré de Gounod, se fait encore
sentir dans le duo qui suit, avec Françoise, un
duo dont le motif principal, en 3/4, évoque,
par sa ligne mélodique et son accompagne-
ment, de frappants souvenirs. M. Leprestre a
mis dans tout cela le charme de sa jolie voix,
mais son art a contribué à accentuer encore le
caractère par trop élégiaque donné par les
auteurs au personnage.
M™« de Nuovina a de beaux élans dans le
rôle de Françoise, mais ces élans sont drama-
tisés à l'excès, et le rôle demanderait à être
joué avec plus de simplicité, avec une expres-
sion plus contenue. Ici encore auteurs et in-
terprète sont complices, car le rôle lui-
même est écrit dans une note qui jure, comme
langage poétique et musical, avec le caractère,
avec la condition du personnage.
M. Isouard s'est fait un succès tout person-
nel par la manière fort agréable dont il a
chanté la romance, d'un sentimentalisme banal,
et fade, que M. Bruneau a mise dans la bouche
de la sentinelle ennemie. Il est bien ridicule,
soit dit en passant, ce pauvre soldat, dont « le
pauvre cœur est toujours fatigué «, et qui sou-
pire, pendant sa faction, des paroles comme
celles-ci :
« A que plutôt jamais rien ne commence,
Puisque, un jour, tout doit forcément finir. »
MM. Ghasne (le capitaine ennemi), Lequien
(le tambour) et M'ii^ Hendrikx complètent une
interprétation d'ensemble très satisfaisante, sur
laquelle se détachent avec un puissant relief le
superbe talent de M. Seguin, l'art classique et
pur de M"*^ Armand, mis au service des deux
meilleurs rôles de l'œuvre.
La partition de M. Bruneau a reçu une exé-
cution soignée de la part de l'orchestre, qui
126
LE GUIDE MUSICAL
retrouve d'ailleurs ses qualités d'antan chaque
fois que la présence du compositeur vient subs-
tituer son ascendant à l'autorité défaillante de
son chef régulier. Signalons spécialement le
charme intense que le hautbois de M . Guidé a
mis à « chanter » l'introduction du troisième
acte, — une mélodie assez développée, quelque
peu inspirée de Bizet, et qui symbolise, paraît-il,
la terre de France ; — cette même mélodie,
différemment orchestrée, sert d'ailleurs de pré-
lude à l'œuvre. J. Br.
LA SAPHO
DE CHARLES GOUNOD
Ail TIléâire-Royal d'Anvers
(j^T^E n'avais jamais vu Sapho. Vu au théâtre,
&) s'entend. Car, indépendamment de ces
exécutions « dans un fauteuil » dont se régale
le moindre amateur à peu près capable de
déchiffrer une partition — et, si maladroit
qu'on puisse être, elles ne sont pas à dédaigner
ces initiations à l'œil et par l'œil, où la perspi-
cacité du regard, fouillant les harmonies et
scrutant les dessins mélodiques, compense et
corrige la gaucherie des doigtés du pianiste
apprenti, — j'avais eu de cette œuvre initiale
de Charles Gounod des aperçus fragmentaires
assez enviables. Il y a quelque vingt ans, à
Bruxelles, chez le père Blaes et M^^ Blaes-
Meerti son aimable femme, une audition au
piano donnée à quelques amis par un groupe
mondain et artiste au milieu duquel M^^ Hé-
ritte-Viardot se signalait par l'énergie tra-
gique de son talent de cantatrice. Plus
récemment à Paris, chez M^'^ Pauline Viardot-
Garcia, la Sapho princeps, toute la fin du
troisième acte dite par celte grande artiste,
d'une voix superbe encore, d'un style inoublia-
ble avec une saisissante et douloureuse inten-
sité de passion ; et, à défaut d'orchestre, l'au-
teur au piano. Plus récemment encore, à
Anvers même, au festival Gounod organisé par
la Société de musique {1879), le ?)<^ acte donné
en opéra-concert, avec le concours d'une canta-
trice amateur dont l'influence sur le mouvement
musical anversois est de notoriété assez écla-
tante pour qu'il soit permis de la nommer :
M"'^ Max Schnitzler, et cette fois le composi-
teur dirigeait. Ce sont là certes de précieux
souvenirs, mais loin qu'ils consolent, ils
excitent ; lom qu'ils vous dispensent du théâ-
tre, ils vous y poussent, ils vous en donnent la
fièvre et la soif. Oui, cela est beau ; oui, mon
cœur a battu ; j'ai pleuré sur Sapho et son
héroïque sacrifice, maudit Glycère, cette peste
de Lesbos, et « voué aux dieux infernaux »
cet imbécile de Phaon. Mais que sera-ce au
théâtre ? Au risque de se gâter une impression
unique, dont l'indécision même est un charme
de plus, on veut à tout prix la réalisation com-
plète de l'œuvre génialement ébauchée, le
corps-à-corps de la scène et de l'orchestre. Et
c'est ainsi que je partais jeudi pour Anvers,
n'ayant pas la patience d'attendre la Sapho,
devenue improbable cette année, du théâtre de
la Monnaie.
Première représentation au bénéfice des
chœurs. Ils y ont mis de la coquetterie, les bé-
néficiaires. De mémoire d'Anversois, jamais ils
n'avaient chanté aussi juste ; et si l'interpréta-
tion est loin de répondre à toutes les exigences
de l'œuvre, il faut tenir compte de la précipita-
tion qu'impose en province le renouvellement
forcené du répertoire, et rendre justice aux
artistes à qui il a suffi d'une quinzaine de jours
pour mettre Sapho à peu près en état. Le rôle
principal était confié à M"^ Verhees, que nous
avons connue, à la Monnaie, alors qu'elle était
encore M"« Cagniard. Elle s'est tirée avec hon-
neur d'un rôle écrit pour le registre exception-
nelle de M'"" Pauline Viardot, tournant assez
adroitement les difficultés pour les dissimuler;
la voix d'ailleurs est sympathique, la cantatrice
inteUigente; et si la tragédienne est un peu
molle, il n'en est pas moins vrai que, dans la
scène du concours, elle a eu de l'ampleur et de
l'éclat, au troisième acte une émotion commu-
nicative. M. Verhees faitun Phaon un peu gris,
M.Cobalet un Pytheas assez gai et bien disant.
M.DeBacker, baryton par emploi, ténor par
complaisance, n'a pas mal fait sonner les ti-
rades patriotiques d'Alcée; et si M™"^ Zevort
manqu» de légèreté dans les perfidies, les iro-
nies et les traîtrises de Glycère, il ne faut pas
lui en vouloir; contralto de grand opéra, elle
sortait de ses attributions. Quant à la chanson
du pâtre, un des bijoux de la partition, elle a
été à peine indiquée par M''^ Cantareuil. L'or-
chestre a été plus qu'honorable sous la con-
duite de M. De la Chaussée; ce n'est pas sa
faute si on l'a enfoncé dans une cave qui ne
rappelle que de loin l'abîme mystique de Bay-
reuth... mais en revanche abîme énormément
les sonorités raffinées, mais discrètes de l'ins-
trumentation gounodienne.
Pour vous dire si le public de cette première
a été ravi ou mécontent, il me faudrait de plus
LE GUIDE MUSICAL
127
fréquents contacts avec ses façons de manifester
ses sentiments. A parler franchement, il m'a
paru froid et même un peu ahuri. Je veux espé-
rer qu'une interprétation de mieux en mieux
assise et tassée, plus libre, plus en dehors, aura
bientôt raison des résistances inaugurales.
Mais il se pourrait que l'oeuvre, malgré ses
incontestables mérites, malgré ses grandes et du-
rables beautés, n'eût pas en elle de quoi pas-
sionner un public qui, pourtant, a voué à Gou-
nod une admiration sincère et, indépendamment
de son enthousiasme artistique, une sorte de
culte local. Anvers, ville flamande et coloriste,
n'a pas le sens de l'antiquité grecque. En musi-
que comme en peinture, la pureté des lignes est
le cadet de ses soucis. Or, la Sapho de Charles
Gounod est sa tragédie lyrique de rhétoricien,
œuvre d'un jeune artiste lettré, frais éclos du
prix de Rome et du séminaire, donc imprégné
de deux gravités, celle des canons de l'art clas-
sique et celle des canons de l'église. Il est telle
; page de Sapho qui rappelle à la fois la majes-
I tueuse sobriété linéaire des arts plastiques de
I l'antiquité et l'humilité juvénile des arts mu-
î siques du christianisme primitif. Les influences
! littéraires et religieuses qui ont formé le pen-
! seur — et ce fut la gloire de Gounod de penser,
non content de chanter — se trahissent dans
cette première création du musicien. Mais il y
a longtemps déjà que ce rhétoricien a quitté le
collège. Il a trente-trois ans, et s'il a prolongé
son stage avant d'affronter les épreuves de la
vie militante, on sent bien qu'il est armé pour
la lutte et pour la passion. Déjà l'instinct latent
d'une personnalité qui ne tardera pas à s'épa-
nouir, anime et fait vibrer ces formes consa-
crées dont il s'inspire, avec lesquelles il ne
rompra jamais, mais que son émotion se réserve
le droit de sculpter. Le caractère de ces pre-
mières affirmations d'un génie qui s'ignore
encore n'est pas plus la timidité que l'audace,
mais la sécurité dans la sérénité. Alors même
qu'il se cherche, Gounod est convaincu ; alors
qu'il semble hésiter à s'émanciper, il fait ce
qu'il veut, et cette œuvre de début, simple pro-
messe si on la compare à ses chefs-d'œuvre, est
déjà signée de son paraphe. Son éloquence qui
s'essaye prononce des paroles qui restent. Il y
a du définitif jusque dans ce commencement.
Et le troisième acte par exemple, tient d'un
bout à l'autre, inattaquable à ce point qu'en
maint ouvrage ultérieur et des plus applaudis,
le maître arrivé n'en n'a pas surpassé la force
et la beauté. G. T.
£eB Cbanteuïs ôe $aint=(5er\)ats
TROIS auditions nous ont été données, ces jours
derniers, par les Chanteurs de Saint-Gervais,
et il nous faut constater avec regret que ces exé-
cutions furent loin d'être en progrès sur le résul-
tat déjà atteint.
Les chœurs nous ont paru fatigués et même
négligés; nous n'avons plus retrouvé au même
degré cette précision et cette belle aisance de
rythme qui tranchaient si heureusement sur la
lourdeur générale des autres réunions chorales.
Nous ne pouvons attribuer ce relâchement fâcheux
qu'au surmenage et à une insulïisante préparation.
Des exécutions moins fréquentes, avec des pro-
grammes moins chargés, auront vite raison du
mal, qui n'est pas grave, mais qu'il importait à
notre impartialité de signaler.
La troisième audition de musique historique
était consacrée aux noms glorieux de Bach et
Haendel. C'était justice, étant donnée la place im-
portante qu'ils occupent dans l'art musical; mais
nous a'avons pas été peu surpris de ne trouver sur
le programme aucun extrait des grandes œuvres
marquantes de ces deux maîtres : ni du Messie, ni
de la Passion, ni de la messe en si, ni du Magnificat,
ni des plus célèbres cantates. Or, dans une antho-
logie, il serait naturel qu'on signalât au moins
les œuvres principales; et le programme de
M. Bordes faisait l'effet d'être le dixième ou dou-
zième d'une série de concerts consacrés à Bach et
Haendel, dont on aurait exécuté en premier lieu
les ouvrages les plus connus. Pour Hasndel, le
chœur de victoire de Judas, trois couplets sans
développements, ce n'est pas là du vrai Hagndel,
c'est-à-dire un spécimen caractéristique de son
génie. L'air de Rinaldo (Argante, M. Auguez, et
Almirène, M^^Gramaccini) expose mieux le Hœn-
del profane, quoique, dans le genre gracieux,
l'air d'Acis eût mieux convenu. Les fragments de
Sa;)î5o;j attestaient un choix plus judicieux; l'air
de Dalila,la Marche fimèbve, particulièrement, a été
bien rendue.
Bach figurait au programme avec un beau
chœur de la cantate : Ach Gott, vom Himmel siek
darein, qui a été chanté de façon assez négligée.
Mettons hors pair M. Gigout, qui a joué avec
une finesse extrême le prélude et fugue pour
orgue. Restaient un motet à huit voix, un choral
figuré de la cantate LobdGoti, mieux rendus, et un
air de basse de la cantate HœclisierGoti, chanté par
M. Auguez sans grand relief N'insistons pas sur
les tentatives de cor et trompettes aigus, insuffi-
samment exercés, tant au point de vue de l'instru-
ment que du style.
128
LE GVlDi MUSICAL
La quatrième audition comprenait Rameau,
Pergolèse, Scarlatti, Cimarosa, Durante, Caris-
simi et Marcello.
La scène finale de Jephte de Carissimi est cu-
rieuse; on y constate l'acheminement vers le récit
moderne, plus libre, plus expressif. Le Psaume IV
de Marcello a été chanté bien paiement, le beau
travail des parties a paru confus par la mollesse
des exécutants.
Signalons une pièce de Scarlatti, prélude et
fugue, bien jouée, quoiqu'un peu confusément,
par M. Thibaut, ainsi que de charmantes petites
pièces pour clavecin, violon et basse de Rameau.
Mais la partie principale consistait dans la sé-
lection habile des œuvres Ij'riques de Rameau.
Celui-ci est apparu d'une grandeur singulière, in-
soupçonnée de ceux pour qui Rameau n'était
qu'un compositeur de menuets et de gavottes. L'air
de Polhix et surtout l'air de Telaïre : « Tristes ap-
prêts », fut une révélation pour le public.
M"'^ Blanc l'a bien déclamé; M. Dorel, qui condui-
sait, a gardé une mesure trop mécanique et trop
rapide ; il fallait, à notre avis, plus d'ampleur tra-
gique et plus de liberté dans le récit mesuré du
milieu de l'air. Egalement, l'unique mesure à trois
temps dans le rythme binaire réclamait plus de
largeur. Vraiment, cet air est d'un lyrisme ma-
gnifique, que Gluck lui-même n'a pas atteint; nous
l'avons rarement entendu chanter avec autant
d'expression que par M"*^ Blanc.
Notons encore des fragments à^Hippolyte et Ari-
de, où se trouve une scène avec chœur bien jolie.
l'air des Rossignols, avec des appels de flûte et
hautbois (M"° Lovano l'a bien chanté).
Un air de Don Calandrino de Cimarosa a montré
la voix sympathique de M. Berton, à qui l'on
pourrait demander de prononcer mieux les syl-
labes.
L'hymne au Soleil, extrait des Indes galantes de
Rameau, terminait la séance.
Le jeudi 25, c'était la deuxième des trois audi-
tions des cantates d'église de Bach, qu'organisent
annuellement les Chanteurs de Saint-Gervais et
M. Guilmant, organiste.
'L'Etoile luit à VQrimt, la première cantate com-
porte ; un chœur et choral ; un air de soprano, que
M™» Gramoccini dit avec un peu trop de langueur
afifectée; excellent, M. Dorel, le cor 'anglais, qui
accompagnait; un récit de basse; un air de ténor,
un peu long, mais bien chanté parM.Warmbrodt;
et un très beau choral, que les Chanteurs ont su-
perbement enlevé.
Dans l'intermède, ils ont chanté « a capella »,
la Déploration de Jehan Ockeghem, un chef-d'œuvre
d'émotion par Josquin des Prés, et deux chansons
françaises de Roland deLassus.
La deuxième cantate. Vous pleurerez, vous gémire:,
fut écourtée par l'abeence d'un soliste. Le chœur
initial fut bien nuancé par les Chanteurs et l'air
d'alto a valu un beau succès à M™» Terrier-
Viccini, ainsi qu'au flûtiste, M. Bertran, qui a un
son bien cristallin. Trop rude, l'accompagnement
des basses. Un beau choral terminait la séance.
La dernière audition aura lieu le 8 février.
M. R.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
(^^C^A. première séance de la Société des der-
pl(^ niers grands quatuors de Beethoven
I) / qui a eu lieu le 26 janvier dans les
salons Pleyel Wolf et C''=, avait attiré un nom-
breux public, qui s'intéresse à la belle et fine
exécution des maîtres classiques par des
artistes d'un talent éprouvé, comme M. Mau-
rin, Cros-Saint-Ange, Mas et Calliat. L'éminent
violoniste M. Maurin se joue des difficultés
qui hérissent les grands quatuors de Beethoven ;
avec un archet quelquefois très court, il donne
aux traits les plus rapides un brio, un velouté
remarquables. Dans les passages de haute
envolée qui sillonnent les œuvres du maître de
Bonn, il obtient une puissance, une intensité
de son qu'on rencontrerait difficilement à un
degré plus élevé chez un autre artiste. M. Cros-
Saint-Ange est aujourd'hui, après Richard
Loys, un des violoncellistes les meilleurs de
Paris ; M . Calliat est un second violon parfait,
cherchant à suivre son chef de file ; quant à
M. Mas, qui fut un des fondateurs de la
Société des grands quatuors, on sait quel
parfait musicien il est et quels sons merveilleux
il tire de son alto. Ces artistes ont exécuté, à
la satisfaction de tous, le quatuor à cordes en
sol majeur d'Haydn et le grand quatuor
op. i3o de Beethoven, dans lequel se trouve le
presto vertigineux, l'allégro alla dansa tedesca
et la superbe cavatine. M"<= Georges Hainl
(Marie Poitevin), prêtait son concours à la
séance et a admirablement interprété deux
LE GUIDE MUSICAL
129
études de Chopin et les trente-deux variations
en iitmineui de Beethoven.
P" ( f
Le concert avec orchestre donné par M"» Ma-
deleine Ten Hâve et M. Jean Ten Hâve, son
frère, le 3o janvier, a été un triomphe pour ces
deux jeunes artistes, si intéressants. M. La-
moureux conduisait l'orchestre. Dans les con-
certos en la mineur de Schumann, et en tùt
mineur de Saint-Saëns, M"« Madeleine Ten
Hâve a déployé toutes les qualités de finesse
et de charme qui lui sont si particulières.
Quelle merveille que ce concerto de Robert
Schumann et quelle perle que le scherzo avec
ses piquantes réponses du piano à l'orchestre,
et la phrase si pleine d'élan des violoncelles !
M. Jean Ten Hâve doit être, si nous ne nous
trompons pas, élève d'Ysaye. Le maître lui a
inculqué sa verve, sa nervosité ; l'archet est
peut-être un peu trop serré à la corde, ce qui
empêche le son de se développer librement,
mais c'est un léger détail en présence de la vir-
tuosité qu'a déployée le jeune artiste dans la
Fantaisie écossaise de Max Bruch. L'accueil du
public a été des plus chaleureux.
M. Delaborde prêtait son concours à la qua-
trième séance, donnée à la petite salle Erard
par MM. L Philipp, Berthelier, Loeb, Bal-
breck et Carembat. Dire avec quelle perfection
ont été exécutés par lui et M. Philipp les varia-
tions (op. 35) pour deux pianos de Saint-Saëns
est presque impossible. L'interprétation de
cette œuvre, une des meilleures de Saint-Saëns,
a été merveilleuse ; aussi a-t-on fait une vérita-
ble ovation aux deux excellents virtuoses. Ils
n'ont pas moins déployé de talent dans les ro-
mances et variations pour deux pianos (op.5i)
d'Edouard Grieg. Mais là, nous nous trouvons
en présence d'une composition d'une grande
faiblesse. L'auteur vise à l'originalité ; mais il
n'a ni profondeur, ni charme ; ce sont des
pages superficielles, trop longues, sans intérêt,
les plus faibles sorties de la plume du compo-
siteur norwégien. MM. Berthelier et Philipp
ont fort bien interprété la sonate (op. 75) pour
piano et violon de Saint-Saëns; on connaît le
jeu charmant et délicat de M. Berthelier. Le
point culminant de la séance était le superbe
trio (op. loi) pour piano, violon et violoncelle
de J. Brahms. Comme les merveilleuses qua-
htés du maître de Hambourg se laissent voir
dans cette œuvre d'une tenue si belle, d'un
caractère si élevé ! Quelle perfection dans ce
presto non. assai, dans lequel le motif gracieu-
sement mené par le clavier est accompagné en
sourdine par le violon et le violoncelle. Quel
Lied printanier que l'andante gracioso !
H. L
Au dernier concert Colonne (28 janvier), l'é-
minent pianiste M. L Philipp s'est fait entendre
dans le concerto en rc' mineur (op. 70) de Ru-
binstein. Ce n'est certes pas le même jeu que
celui de M. Pugno, si justement applaudi dans
le concerto de Grieg ; mais les qualités, bien
que tout à fait différentes, n'en sont pas moins
appréciables. Nous sommes ici en présence
d'un réel virtuose du clavier, dont le jeu net,
précis, ne donne prise à aucune critique. La
puissance est superbe, le brio remarquable :
aucune trace de ce qu'on appelle, en terme de
métier, « la ficelle ». C'est de l'art pianistique
bien compris. Aussi, le public a-t-il fait un cha-
leureux accueil à M. Philipp. Du concerto de
Rubinstein, c'est le finale, avec son rythme
vertigineux, qui a le plus porté. L'adagio, dans
le style mendelssohnien, a été rendu avec une
simplicité et une grâce parfaites.
Que dire de la merveilleuse Marche funèbre
à'Hamlet, sinon que Berlioz a atteint dans
cette page funèbre, une intensité dramatique
comparable à celle des belles pages de R.Wag-
ner.Ces lamentations du chœur dans la coulisse,
les accords hachés des cordes, ce superbe
crescendo aboutissant à l'explosion finale, puis
ce silence glacial, les derniers sanglots, les
plaintes étouffées de l'orchestre, n'est-ce pas
une superbe traduction de l'œuvre du divin
Shakespeare ? La Marche funèbre pour la
dernière scène à'Hamlet est datée du 22 sep-
tembre 1848.
Les fragments de Farsifal (troisième et der-
nière audition) ont été exécutés encore avec
plus de perfection qu'aux derniers concerts.
C'est un grand succès pour M. Colonne d'avoir
donné une si belle et si soignée interprétation
de la plus merveilleuse création de Richard
Wagner. PI. I.
Entendu de nouveau les fragments de Par-
sifal aux Concerts Colonne, et avec joie con-
staté l'amélioration de l'exécution qui s'est
haussée par instants jusqu'à Vin tcllectualité si
on peut ainsi dire. Les complexes tutti de la
marche sacrée, si troubles précédemment sont
devenus transparents, lucides. L'ensemble est
"moins lourd, plus harmonieux, par une mise
130
LE GUIDE MUSICAL
au point mieux contrôlée. Il y a eu des moments
d'émotion réelle qu'il convient de porter à l'actif
de M. Colonne.
Bien des imperfections subsistent, il le faut
dire également. D'une façon générale, les
nuances sont trop sautillantes, trop zélées,
sans souffle régulier; le crescendo n'est pas
l'augmentation insensible et continue du son :
tout de suite on atteint au forte qui se dégonfle
quasi subitement en un piano imperceptible.
C'est déplaisant à entendre comme ces pia-
nistes au jeu faussement varié qui ne connais-
sent que deux nuances, sans transition. Cela
rappelle également ces orchestres grassouillets
et bichonnés, sortes d'harmonicas à expression
dont l'orchestre de l'Opéra-Comique est le
spécimen le plus parfait et le plus insuppor-
table.
Ainsi, dans le premier thème du prélude de
Parsifal, M. Colonne fait atténuer fortement
la sonorité dès la troisième mesure (3^ temps)
de sorte que les archets atteignent beaucoup
trop tôt &VL pianissimo qui ne devrait avoir lieu
qu'à la troisième mesure ; il en résulte qu'à la
quatrième mesure les musiciens refont un nou-
veau crescendo sur les quatre notes ascen-
dantes pour diminuer de nouveau pendant les
notes syncopées, variante qui n'est ni dans la
partition ni dans le sens du thème. La ligne
parabolique, en quelque sorte, de la phrase en
est rompue.
Pourquoi aussi dans le même thème un aussi
dur retour d'archet sur le ré bécarre, qui n'a
plus sa valeur entière de double croche, tout
en étant trop accentué pour une note de pas-
sage.
Au thème du Graal, le son des cuivres
n'est pas assez soutenu dans les nuances
douces. Très difficile à obtenir ces sonorités
douces et pleines d'orgue métallique, de la
part des instrumentistes habitués à faire selon
le vœu de beaucoup de compositeurs, des
accords plaqués ou des phrases déclamatoires.
Même remarque au thème delà Foi dans lequel
la trompette à pistons manque un peu de
noblesse ; la suite marche beaucoup mieux ;
dans le thème du Sauveur on eût souhaité le
grnppetto plus incisif.
L'interprétation de la Marche sacrée a été
très bonne d'une façon générale. Certaines/ortiJ
étaient fort réussis de pondération, et l'expres-
sion s'en dégageait nettement. Sans doute, des
détails choquent, les violons tendant à presser
le mouvement au thème du Graal renversé,
scandé sur la quatrième corde, les cloches d'un
timbre vulgaire (le sol pas très juste), les cheva-
liers ânonnant, au lieu de chanter naïvement.
Malgré ces imperfections, le progrès est sen-
sible, ainsi que dans la scène des Filles-fleiirs
(à part M. Pommène qui remplaçait M. Engel),
et il convient d'en reporterie mérite à M. Co-
lonne. M. R.
Au premier de ses concerts du jeudi, M. La-
moureux nous a fait entendre une chanteuse,
Mil« Lammers, dont la visible émotion para-
lysait tous les moyens, et une pianiste,
M"« Panthès, remarquable par la vigueur et la
virtuosité de son jeu, un peu saccadé par ins-
tants et trop nerveux peut-être. Elle a inter-
prété d'une façon très personnelle un Concert-
stùck de M. Sylvio Lazzari, un jeune composi-
teur dont il faut retenir le nom. Son œuvre, en
effet, mérite l'attention. Non pas qu'elle soit
parfaite, mais de très sérieuses qualités de
nature et de technique dominent de haut et
font oublier les défauts que l'on y pourrait
relever. Ces défauts, il faut les attribuer surtout
à la forme même du morceau : abus de traits
plus ou moins difficiles, parti pris, devenant
parfois monotone, du dialogue entre le piano et
l'orchestre, développement à tiroirs. Mais la
belle orchestration, la finesse et le piquant de
certaines harmonies, l'aristocratique émotion
du second thème sont d'un artiste et, en résumé,
le Concertstûck est plus qu'une œuvre de pro-
messe. Le public lui a fait un chaleureux
accueil, et M. Lamoureux n'a pas eu à se
repentir de la place faite à un jeune dans l'un
de ses programmes. J. G. R.
On a commencé à l'Opéra-Comique les
études de Falstajf. On espère que le maître
Verdi, toujours bien portant malgré son grand
âge, pourra faire le voyage afin d'assister aux
dernières répétitions.
C'est, on lésait, M. V. Maurel qui jouera le '
rôle de Falstaflf, qu'il a créé d'une si brillante e
fuçon à Milan. Le reste de la pièce est ainsi i
distribué :
Ford, M. Soulacroix ; Docteur Caitis, M. Car--
bonne; Pistolet, M. Belhomme; Fenton,
M. Clément; Bardolph.Carrel; Mistress Quickly,
MmeDelna; Nannette, M™<= Landouzy ; Meg,,
M"'' Chevalier ; Ahce, M""-' Grandjean.
t
L'Opéra a repris mercredi les Deux Pigeons,
le joli ballet de MM. Régnier et André Messa-
ger dont la première représentation remonte au
LE GUIDE MUSICAL
131
i8 octobre 1886, et qui n'avait pas reparu sur
l'affiche depuis longtemps.
Cette reprise a été accueillie très chaleureuse-
ment, et l'on a applaudi la partition de M. Mes-
sager, œuvre sans prétention, mais non sans
grâce et sans légèreté. Plusieurs morceaux sont
restés populaires : le motif de violon qui pré-
cède l'entrée de Gourouli, le pas de deux entre
Gourouli et Pepio, la variation àes pizzicati du
second tableau, enfin l'orage, d'une belle cou-
leur et d'une orchestration puissante. Ils ont
retrouvé hier soir leur succès d'autrefois,
M"<^ Subra remplaçait M™e Rosita Mauri,
dans le rôle de la Pigeonne. Elle l'a dansé et
animé en artiste de grand style. M™'^ Lauss est
charmante en pigeon Pepio « traînant l'aile et
tirant le pié ». N'oublions pas M"'= Hirsch.
Le Journal Officiel publie des nominations
d'officiers de l'instruction publique et d'officiers
d'académie, parmi lesquelles nous citerons :
Officiers de l'instruction publique : M^^^ Bé-
guin-Salomon, compositeur de musique à Paris.
Officiers d'académie : Godin, professeur au
Conservatoire de Toulouse ; Jehin, compositeur
de musique à Paris ; Schmoll, compositeur de
musique à Paris ; Terrisse, professeur de chant
à Paris ; M™^ Thibert, directrice d'un cours de
musique à Paris.
MM. Raoul Pugno, Marsick et Hollman
annoncent qu'ils donneront cinq soirées de
musique d'ensemble, salle des Agriculteurs de
France, 8, rue d'Athènes, les mardis 6, i3, 20,
27 février et 6 mars, à 9 heures du soir.
UArt musical nous apprend que c'est une
symphonie de M. Léon Boëllmann qui vient de
remporter, à l'unanimité des membres du jury,
le prix de mille francs au concours de la
Société des compositeurs.
C'est la quatrième fois que le jeune et excel-
lent organiste de Saint- Vincent-de-Paul est
lauréat des concours de cette Société.
Il a été couronné précédemment pour un
quatuor et un trio qui sont aujourd'hui au
répertoire de toutes les sociétés de musique de
chambre, ainsi que pour une fantaisie pour
orgue, cette dernière en partage avec M. Sa-
muel Rousseau.
BRUXELLES
Le deuxième concert organisé par la maison
Schott a obtenu un succès considérable.
Ce nom étincelant : Pablo de Sarasate, avait
attiré dans la salle de la Grande- Harmonie
une foule compacte, qui a fait au célèbre violo-
niste un accueil enthousiaste. Sarasate nous
est apparu plus maître de son instrument que
jamais : il en tire des effets de sonorités insoup-
çonnés avant lui et qui tiennent véritablement
du prodige. Il a, comme précédemment,
charmé son auditoire par la pureté du son, le
sentiment du phrasé, la délicatesse et la
légèreté du trait, la netteté impeccable du trille.
Et à côté de ces qualités de séduction, qu'il
possède à un si haut degré, il a fait preuve à
nouveau d'une technique qui lui permet de
s'acquitter sans effort des difficultés les plus
transcendantes. C'est surtout dans la Fantaisie
andalouse, de sa composition, que son pres-
tigieux talent a pu s'étaler sous tous ses aspects ;
les tours de force qui font valoir le virtuose y
alternent avec la phrase chantée dans laquelle
l'artiste met toute son âme, une âme qui vibre
avec passion au souvenir des mélodies du pays
natal.
Quelles chaudes colorations, quels r3'thmes
captivants, Sarasate met dans ces fantaisies
espagnoles qui sous son archet endiablé,
deviennent de véritables petits poèmes, évo-
catifs au plus haut point !
L'effet produit a été moins grand dans les
danses slaves de Dvorak, dont les duretés sou-
vent piquantes sans doute, mais parfois aussi
pénibles, ne paraissent pas convenir au tem-
pérament de Sarasate au même degré que les
tons chauds et caressants des mélodies méridio-
nales.
Dans la Fée d'amour, un morceau carac-
téristique de Raff, pour violon et piano, arrangé
par Sarasate, le maître violoniste a eu des effets
de timbres extrêmement piquants, qui eussent
fait croire à la présence d'autres instrumen-
tistes. Cette œuvre, plus curieuse que profon-
dément artistique, réserve d'ailleurs au piano
des sonorités également très « caractéristiques »,
auxquelles M™e Bertlie Marx a su donner une
puissante coloration.
Le succès de la très distinguée pianiste a
atteint, comme celui de son partenaire, les
'proportions d'un triomphe. M^k^ Berthe Marx a
montré des qualités que l'on trouve rarement
132
LE GUIDE MUSICAL
réunies au même degré : elfe allie à une
délicatesse de toucher et à un sentiment bien
féminin, très appréciés dans les passages de
douceur, une puissance de sonorité dans les
pages de force que lui envieraient bien des
mains masculines ; quant à sa virtuosité, elle
lui fait surmonter les plus grandes difficultés
avec une aisance et une correction dont sa
brillante exécution de la sixième Ehapsodie et
du Rossignol de Liszt — un rossignol à bottes ! —
ainsi que de l'Etude en forme de valse de Saint-
Saëns, est un témoignage irrécusable. Et puis,
c'est merveille de constater l'affinité qui existe
entre ces deux natures d'artistes et qui a
poussé sans doute Sarasate et M™'^ Berthe
Marx à associer leurs succès. Dans les œuvres
pour piano et violon, on dirait vraiment qu'une
même âme fait vibrer les cordes des deux ins-
truments, tant les interprétations des deux vir-
tuoses sont adéquates par la nature du senti-
ment, de l'impression personnelle qu'ils y
mettent. La composition du programme — qui
comporterait sans doute bien des réserves —
suffirait d'ailleurs à établir cette affinité de tem-
péraments.
Bref, cette séance laissera d'ineffaçables
impressions chez ceux qui y ont assisté, tant
par la valeur des deux virtuoses qui s'y sont
produits, que par l'intérêt qu'offrait le rappro-
chement de ces deux talents exceptionnels.
J. Br.
La séance depuis longtemps annoncée de
M"s Michaux, où devait être exécutée la Serva
Padrona de Pergolèse, a eu lieu enfin vendredi
dernier, et elle n'a pas été sans quelque inté-
rêt. M""^ Michaux, dont la belle voix a des notes
aiguës mal posées, a chanté d'une façon pi-
quante et composé adroitement le joli rôle de
Zerbine. On eût pu désirer plus de coquetterie,
d'accent, d'impudence. Mais, en somme, l'é-
preuve a été intéressante et très favorable à
Mlle Michaux. En général, une sorte de lan-
gueur brabançonne pesait sur l'exécution.
M. Soyez a joué le rôle de Pandolphe avec une
gravité ennuyée, sans faire apparaître le co-
mique avonculaire de ce type de l'ancienne
comédie italienne. Avec quelle légèreté, quelle
bonne humeur, quelle vivacité, quel relief, les
Italiens jouaient autrefois ces petites ^pièces !
Ceux qui se rappellent les dernières ti'oupes de
Merelli et d'Artot-Padilla ont dû faire un triste
retour vers le passé. La tradition de ces
œuvres semble décidément perdue. Qui nous
rendra le mouvement alerte de cette musique,
bien spirituelle sous sa perruque, la rondeur
joviale du bon basse bujfo, qui était comique
sans être grotesque! M. Montil, seul a, rendu
avec humour le mutisme obstiné et niais du
madré Crispin.
Cette exécution aimable et tranquille de la
Servante-Maîtresse avait été précédée d'un
concert, sur lequel il vaudrait mieux de ne pas
insister. M. Heuschling y a chanté une série de
petites choses indignes de son talent, avec des
ports de voix qui sentent un peu trop le chan-
teur de salon, le chanteur pour dames et de-
moiselles. Se méfier du goût musical des salons !
En fait de musique, le salon est voisin de la
loge du concierge, hélas !
Il y a eu aussi une illustration musicale de
l'élégie de Musset :
Mes chers amis, quand je mourrai.
Plantez un saule au cimetière...
C'a été la joie de la soirée. Victor Hugo a
écrit un jour : « Défense de déposer de la mu-
sique le long de ces vers. » L'auteur de
l'élégie musicale aurait dû se rappeler cette in-
terdiction, bonne à observer aussi en ce qui
concerne Musset.
Signalons le début d'une petite violoncelliste,
Mi"^ Eisa Ruegger, élève de M. Ed. Jacobs,
qui a un joli son, beaucoup de justesse et un
bon archet. M. K.
En rendant compte de la première représen-
tation de VA ttaque du Moulin, nous signalons
les soins inaccoutumés que l'orchestre de la
Monnaie a mis à exécuter la partition de
M. Bruneau; et nous attribuons cet heureux
résultat à l'influence du compositeur, présent
aux dernières répétitions de l'œuvre. Peut-être
cette constatation, maintes fois faite d'ailleurs,
engagera-t-elle nos directeurs à profiter du
prochain séjour à Bruxelles de M. Siegfried
Wagner : la présence du fils du maître de
Bayreuth aux répétitions d'orchestre de Tris-
tan serait sans doute un stimulant efficace pour
nos instrumentistes et viendrait renforcer utile-
ment l'autorité de leur chef. Plus efficace
encore serait l'engagement temporaire d'un
chef d'orchestre allemand, Félix Mottl ou
Plermanu Lévi, — possédant les traditions de
l'œuvre ; ce serait le moyen d'alléger un peu
M. Flon d'une tâche que nos directeurs, on
ne saurait le méconnaître, lui font trop lourde
pour qu'il puisse s'en acquitter d'une manière
satisfaisante. Nous croyons savoir que des sol-
licitations pressantes, et puissantes, sont faites
auprès de MM. Calabresi et Stoumon pour
LE GUIDE MUSICAL
133
qu'ils se décident à prendre ce parti, si dur
dût-il être pour la caisse du théâtre. C'est que
parmi les amateurs d'art qui soutiennent nos
directeurs de leur appui moral et financier, il
en est quelques-uns qui ne se soucient pas de
prêter la main au sacrilège artistique qu'on
pressent. Souhaitons bonne chance à ces vail-
lants ! J. Br.
Au deuxième concert du Cercle des Arts et
de la presse, on a entendu M"s Laure Calle-
mien, lauréate du Conservatoire, qui a chanté
l'air de Jocelyn et les Stances à Manon de
Delmet. M. Léo Devaux, ténor, qui possède
un bel organe, dont il se sert bien, a chanté
l'air de Suzanne de Paladilhe et le Rêve de
Welsings. M™ Marguerite Lallemand, la char-
mante pianiste, a joué le Coîicon de Claude
d'Aquin (i5i5), qu'elle a très bien fait ressortir,
et un passepied de Delibes. La séance s'est
terminée par des récits dits par Mro<= A. Leturc,
du théâtre du Parc, M™" Blanche Chesneau, du
théâtre du Gymnase, et des chansonnettes
«chat- noir» dites par l'ami Crabbe. En somme,
bonne soirée. Le 12, au cercle, séance du
Kwartet-Kapell d'Anvers.
Nous avons eu l'occasion d'entendre derniè-
rement la partition du chœur que M. Van den
Eeden vient d'écrire pour le grand concours
organisé à Mons à l'occasion des fêtes de
Roland de Lassus. Elle est intitulée le Rêve,
et comporte un double chœur de voix d'hommes.
C'est la première fois, croyons-nous, qu'une
composition de ce genre est proposée à nos
sociétés de chant. M . Van den Eeden a tiré un
très heureux parti de l'emploi du double choeur
et son œuvre est, croyons-nous, appelée non seu-
lement à un grand succès, mais à une véritable
sensation. Les deux chœurs se mêlent, se
répondent, se dédoublent, se divisent, selon la
marche du poème, qui est de M. Félix Bernard,
et l'effet de l'ensemble est très saisissant. Nous
avons déjà annoncé que cette composition
paraîtra sous peu, chez les éditeurs Schott
frères, à Bruxelles.
Aujourd'hui dimanche, deuxième concert du
Conservatoire, à deux heures.
On y exécutera la 3^ et la ']'^ sj'mphonie de
Beethoven. Entre les deux œuvres orchestrales
un intermède comprendra : le chœur des pri-
sonniers de Fidelio de Beethoven, exécuté par
la section des hommes du chœur des concerts,
et le grand air de soprano au 2^ acte du même
opéra, chanté par M"" Marin.
Le juvénile et vaillant quatuor Crickboom-
Angenot-Hans et Merck se propose de donner,
cet hiver, avec le concours de M"° Louisa
Merck, pianiste, trois séances de musique de
chambre consacrées aux maîtres classiques et
modernes.
Parmi les œuvres qui seront exécutées à
ces séances, figureront le 7^ quatuor en fa
et le trio en mi bémol de Beethoven, le
concert-sextuor de Chausson, le quatuor de
Brahms, les !«■■ quatuor et !"■■ trio de Schu-
mann, le concerto pour deux violons de Bach.
La première séance aura lieu le vendredi
9 février et comprendra le quatuor en fa de
Beethoven, les fantaisies de Schumann pour
violoncelle (M. Merck) et la sonate pour piano
et violon du regretté Guillaume Lekeu (M"'=
Merck et M.Crickboom).
Ajoutons que ces soirées de musique de
chambre auront lieu dans la jolie salle de con-
cert de l'hôtel Ravenstein.
't'
Dans le courant du mois de février, il y aura
au Cercle artistique et littéraire l'audition d'un
opéra inédit de M. Emile Chevé ; des soirées
musicales données par M. César Tliomson et
par M. Maurice Lefèvre, avec le concours de
MU" Auguez et de M. Cooper.
Signalons enfin une conférence de M. Gus-
tave Frédérix sur Gounod.
Voici le programme du prochain concert
populaire fixé au 18 février.
Ouverture : Le roi Etienne, de Beethoven.
Concerto pour violon et orchestre, Brahms,
exécuté par M. César Thomson (première
exécution) à Bruxelles. Dans les steppes de
l'Asie centrale, Borodine. Morceaux pour
violon. Marche funèbre de Siegfried, Wagner.
La Chevauchée des Walkyiies, Wagner.
Rédemption, de César Franck, passera au
commencement d'avril, avec le concours de
M"'= Bréval, de l'Opéra de Paris.
CORRESPONDANCES
ANGERS. — Le 24 janvier, M. le comte de
Romain, ancien directeur d' Angers-Artiste et
président d'honneur de la Société chorale Sainte
Cécile a, dans une assemblée générale, demandé
à cette vaillante phalange de chanteurs de vouloir
134
LE GUIDE MUSICAL
bien encore une fois, peut-être malheureusement
la dernière, l'aider à monter une grande audition
musicale avec l'orchestre du théâtre. C'est avec
cet orchestre que M. Giraud, directeur du théâtre,
a continué péniblement cette année des concerts
que son successeur se gardera bien de maintenir,
tellement ils sont onéreux depuis la suppression
de la subvention de la municipalité.
La proposition de M. de Romain a été accueillie
à l'unanimité, avec enthousiasme, par toute la
société, qui s'est mise ardemment à l'étude des
Maîtres Chanteurs. L'audition aura lieu dans les
premiers jours de mars, au Cirque-Téâtre.
La Société Sainte Cécile est une des plus
anciennes et des plus importantes sociétés chorales
de l'Ouest. C'est déjà avec son précieux concours
que l'on avait monté à Angers, Parsifal, Loheiigrin et
Tannhsuser.
Nos meilleurs souhaits de réussite à ces vail-
lants soldats de la défense artistique et principa-
lement à leur audacieux chef, M. de Romain.
Triompheron t-ils à la fin d'une municipalité im-
bécile?
Au Grand-Théâtre, la Cavalleria n'a eu aucun suc-
cès ; on redoute une seconde représentation. M(î>îo«,
au contraire, fait fureur Prochainement paraîtra
Hérodiade, montée avec le plus grand soin
ANVKRS. — La semaine qui vient de
s'écouler a été tellement féconde en nou-
veautés artistiques qu'il nous serait impossible
d'analyser, en détail, chaque audition.
Commençons par les séances de musique de
chambre, dont il y en a deux à signaler, dans
l'espace de huit jours. Le 22 janvier, M. Marïen
donnait sa troisième audition d'oeuvres classiques,
cette fois avec le concours de M. Max Pauer, de
Cologne. Cet artiste jouit en Allemagne d'une
trop belle réputation pour que nous nous éton-
nions du brillant accueil qui lui a été fait ici. Le
programme comprenait des œuvres de Haydn,
Beethoven, Schumann et Saint-Saëns.
Nous avons eu ensuite le concert Beethoven,
qu'avait organisé la Kwartett-Kapel. L'exécution
des œuvres annoncées, — Quatuor n" 6, Sonate n" i
pour piano et violoncelle ainsi que le Quintette à
cordes, — a été très satisfaisante; aussi est-ce avec
recueillement que l'auditoire a savouré cette
musique inimitable, qui a été rendue avec un sen-
timent sincère et une belle entente des nuances.
Le concert national qui viendra ensuite, aura un
attrait spécial ; nous en publierons prochainement
le programme détaillé.
Belle salle au Théâtre-Flamand, mardi, pour la
première du Vaisseau- Fantôme.
Cette soirée a été un vrai triomphe pour l'entre-
prise du théâtre lyrique néerlandais. Plus encore
que le Fmsc/iJÏfe. l'opéra de Wagner devait donner
une preuve décisive de ce que pouvait réaliser la
troupe actuelle, où le jeune élément prédomine.
Chœurs et orchestre ont rivalisé de verve et de
précision. C'est avec enthousiasme qu'on a accueilli
l'ouverture, le chœur des fileuses et le chœur des
matelots.
Quant aux interprètes, il faut citer en premier
lieu, M. H. Fontaine, admirable de naturel dans
le rôle de Daland. M. Alb. Baets, dans celui du
Hollandais, s'était composé un masque parfait.
Quoique visiblement fatigué par les nombreuses
répétitions occasionnées par l'importance de
l'ouvrage, ce jeune artiste (autrefois resté quasi
ignoré au Théâre-Royal) a chanté son rôle avec
une teinte de mélancolie et de douceur tout à fait
de circonstance.
Un bon point aussi â MM. Leysen et Berck-i
manns, dans leurs rôles respectifs. M"" Levering
a eu de bons moments Sa voix, si égale et si:
veloutée, n'a peut-être pas tout l'éclat qu'exige le
rôle de Senta ; mais, contrairement à ce qu'eussent
fait beaucoup de cantatrices dans pareille circons-
tance, elle n'a point cherché à la forcer. Voici une
entreprise vraiment artistique et qui mérite d'être
sérieusement soutenue, ne serait-ce que pour recon-i
naître le zèle et le dévouement qu'y apportent nos
artistes. A. W.
BKRLIN. — Dans la Garnisonskirche, le
second concert du Domchor. On sait que le
directeur de ce chœur, Albert Becker, a été api
pelé, l'an dernier, â la place de catitor de l'église
Saint-Thomas, à Leipzig (place actuellement
occupée par M. Schreck). Cédant au désir de
l'empereur, M. Becker est resté à son poste. lia
dû le regretter, car le chœur de Leipzig est cer-
tainement meilleur que celu ide Berlin, les diffé-
rentes voix de celui-ci manquant souvent dei
cohésion et de souplesse. Néanmoins, nous avons
eu une exécution très soignée de motets de Pales-
trina, Walther, Bach, Succo et Becker. L'orga-
niste-professeur Reimann a joué une Passacaille
de Muffat, la fugue Badi de Liszt et le prélude
au choral Schniicke dich 0 liehe Seele de Bach. Les
orgues auraient pu être mieux accordées ! M"'
Schacht (alto) a été très heureuse dans son inter-
prétation d'un air de Bach ; on ne pourrait en dirai
autant du violoniste Struss
A l'Opéra, la première des Medici de Leonca-:
vallo est toujours retardée par l'indisposition dul
ténor S)'!va. En attendant, le compositeur italien
accompagne, à la salle Bechstein, ses Lieder, in-:
terprétés par la chanteuse Palloni.
Nous avons, chaque semaine, Tnnuhteuser et
LoJ:ei:griii, ce dernier avec Gôtze, chanteur incom-i
parable, mais très médiocre comédien. Dernière-»
ment, reprise des Maîtres Chanteurs; le finale des
deux premiers actes toujours mal compris : les
acteurs, à part Beckmesser, ne se remuant:
■' jamais.
Le violoniste Sauret a donné un récital à la
LE GUIDE MUSICAL
135
Singacademie. Il a exécuté le Rondo capricioso de
Saint-Saëns, le concerto de Moszkovvski et une
bien banale fantaisie de l'Anglais Mackensie.
Prochainement, récital de d'Albert et de la Car-
reno.
J'ai entendu, jeudi dernier, au Gewandhaus de
Leipzig, la grande messe en ré àe Beethoven. Les
chœurs ont laissé beaucoup à désirer. Il est vrai
que Beethoven écrit si mal pour les voix, au dire
des critiques! Les solistes, M'"''^ Sicherer, Cra-
mer, MM. Kaufmann et Wittekopf, surtout ce
dernier, excellents. L'accueil du public a été ex-
trêmement froid.
Au programme du quatorzième concert, se trou-
vait l'ouverture du Vaisseati- Fantôme, qui a eu un
succès colossal, ainsi qu'à la répétition générale.
Wagner a donc enfin obtenu droit de cité au
Gewandhaus. Souhaitons-le maintenant à Liszt et
à Bruckner, les deux bêtes noires du capellmeis
ter régnant.
A la Philharmonie, les symphonies en si bémol
de Beethoven et italienne de Mendelssohn, une
rhapsodie de Liszt, la danse des Sylphes du Faust
de Berlioz, les ouvertures de Fidelio, du Roi d^Ys,
de Lohengrin, de Matifred, de Médée (Bargiel), de
LoreUy (Bruch'l et le Phaéton de Saint-Saëns, qui
ne mérite guère d'être joué aussi souvent.
Hans de Bulow a passé ces derniers mois à
Hambourg. Richard Strauss, le jeune compositeur
et chef d'orchestre, qui l'a remplacé au dernier
concert philharmonique de Hambourg, l'a visité
et l'a trouvé très cassé.
Il paraît que Bidow compte se rendre prochai-
I uement en Egypte, suivant en cela le conseil de
I Strauss, qui, lui-même, en revient complètement
j guéri d'une maladie de nerfs. « Quant à la mu-
sique », aurait ajouté le célèbre chef d'orchestre,
Comœdia fiiiita est! » Je tiens ces renseignements de
bonne source. E. B.
DRESDE. — La fête annuelle, très réussie,
de la société polonaise Lechitia a eu lieu
le 29 janvier. Un concert a précédé le bal On y a
entendu la jeune pianiste Jaczynowska, élève de
Rubinstein, qui a exécuté avec vigueur un scherzo
de son maître ; puis, le baron von Liliencron,
dilettante violoncelliste très en vogue, qui a exé-
cuté trois mélodies, dont une de sa composition.
M'"'^ Camil a été fort applaudie dans l'air de Dino-
rail « Ombra leggiera ». Ses maîtres, M. et
M"" Souvestre-Paschalis, organisateurs de la
partie musicale, ont pu jouir de leur œuvre, ce
soir-là.
M. Gritzinger n'a pas précisément la voix qu'il
faut pour chanter Oléron, mais il portait un très
beau costume, et la critique l'en blâme. N'est-ce
pas dommage? M™" Wittich est une superbe Re-
zia; Huon peut bien faire, pour la conquérir, le
voyage de Paris à Bagdad. Jeudi dernier, elle a
délicieusement chanté avec Scheidemantel le
charmant opéra de Nessler, le Preneur de rats. Tous
les artistes, d'ailleurs, ont formé un ensemble
excellent. M. Erl, très bon dans les rôles comi-
ques, s'était fait une tête qui le rendait méconnais-
sable. Le naturel, la simplicité allemande ressor-
tent agréablement dans ces scènes locales ; tout
le monde s'y sent à l'aise.
L'interprétation des Maîtres Chanteurs, mardi
passé, a ravi la nombreuse colonie étrangère sé-
journant ici.
Pour le mercredi des Cendres, on annonce un
splendide concert. Le dimanche des Rameaux,
nous aurons le Faust de Schumann. Alton.
LIEGE. — Composée de très instructive et
classique façon, — il s'agissait de composi-
tions choisies dans les œuvres des maîtres anciens,
— ■ la quatrième audition donnée au Conservatoire
a eu lieu en présence de M. Ambroise Thomas.
Sollicité de toutes parts, le célèbre maître français
était venu pour présider à la centième d'Ha)>ikt, au
théâtre de Liège (le 28 janvier), suivie, le len-
demain, de la quatre-vingt dix huitième deMignon.
La première visite du directeur du Conservatoire
de Paris a été pour notre école de musique,
où de chaleureuses ovations lui ont été faites.
Orchestre et solistes ont rivalisé de soins et de
sentiment pour réaliser au mieux les difficultés
dont se hérissait un ardu et sévère programme.
A la partie vocale étaient inscrits le grand air de
Fernand Cortez, largement phrasé par l'excellent
baryton Eugène Henrotte, et le touchant et dra-
matique air de Fidelio, dit avec un communicatif
élan par l'intrépide M"" Marthe Lignière. La
symphonie inédite n° 4 deCh.-Ph -Emm.Bach,de
vif intérêt dans ses trois mouvements enchaînés,
ouvrait le concert A côté de cette œuvre char-
mante et piquante, éclatait le grandiose deuxième
concerto pour orgue et orchestre de Hsendel,
supérieurement interprété par l'habile organiste et
brillant lauréat F. Mawet; puis, comme pièce
de résistance, dominant l'ensemble, le concerto
pour quatre pianos et instruments à cordes de
J..S. Bach.
Il était réservé à quatre jeunes demoiselles delà
classe de M. L. Donis de faire ressortir avec
justesse, clarté et style les admirables combinai-
sons de cette pièce unique.
Signalons enfin l'adagio du concerto pour flûte
de Mozart, exécuté de façon parfaite par M. H.
Mativa. Deux mouvements de danse, — avec solo,
par M. Mativa également, — extraits d'une œuvre
aimable de Grètry, enlevés avec brio par l'oi'-
chestre, terminaient l'audition. Le tout était dirigé
de très consciencieuse et classique manière par
M. J. Debefve. A. B. O.
136
LE GUIDE MUSICAL
LUXEMBOURG. — Les meilleures audi-
tions musicales, ou plutôt les seules dignes
d'une correspondance nous arrivent vers le déclin
de la saison, qui, dans les villes de moindre impor-
tance, commence dès le carême.
Donc, lundi dernier, notre Société philharmo-
nique, que les accidents, tels que refroidissements,
changement de directeur, etc., n'avaient point
épargnée, a donné son premier concert de l'année
(elle on donne ordinairement quatre ou cinq par
an) ; ne se sentant pas encore assez reconvales-
cente, elle s'était adjoint une des meilleures
musiques militaires, celle du 29" de ligne de Trêves
(direction Kirselbaum), comprenant une quaran-
taine d'exécutants.
Les membres de la Société philharmonique, qui
avaient étudié sous la direction de M. Klein, pro-
fesseur de violon à Luxembourg et ancien élève
du Conservatoire de Bruxelles, se sont comportés
vaillamment en unissant leurs efforts à ceux des
musiciens de M. Kirselbaum, et l'inévitable rugo-
sité, résultant du jeu d'éléments forts disparates
et n'ayant pour eux qu'une seule répétition géné-
rale, ne s'est pas fait trop sentir.
Pour le début, car on a l'intention de n'en pas
rester à ce premier essai, on avait naturellement
choisi des morceaux que la Philharmonique possé-
dait sufiisamment, mais dont, étant seule, elle
n'avait pu rendre les beautés que d'une manière
imparfaite.
Cette fois, au contraire, l'interprétation a changé
de fond en comble et les effets en furent surpre-
nants.
Il va sans dire que la grosse part des applau-
dissements revient tant aux musiciens de Trêves
qu'au s^'mpathique chef d'orchestre qui a conduit
avec beaucoup de vigueur et de virtuosité les ou-
vertures lïEgmont de Beethoven, celle de Meeres-
stille uud glûckliche Fahride Mendelssohn.
Dans la symphonie posthume de Fr. Schubert,
cette œuvre délicate entre toutes, l'orchestre n'a
pas eu la moindre défaillance, et il a su la rendre
avec une grande expression et un grand souci des
nuances.
M. Kelner, soliste de Trêves, s'était chargé du
concerto pour violon de Beethoven ^cadence de
H. Léonard), morceau qu'il a interprété avec
talent et style.
La troupe de Verviers, dont je vous avais parlé
dimanche dernier, à propos de Lakmé, nous a
donné une excellente représentation de la Traviata.
Cette musique étant plus dans la note de notre
orchestre militaire, l'accompagnement a été conve-
nable ; les artistes de Verviers ont eu à enregistrer,
certes, un de leurs plus grands succès et notre
public, assez difficile en choses de théâtre, leur a
fait une véritable ovation.
M"' Vialla faisait une admirable Violetta, et,
depuis le commencement jusqu'à la fin, elle a tenu
le public sous le charme de sa délicieuse voix.
Le ténor, M. Lange, n'est pas à la hauteur de
sa partenaire; cependant il a su se faire apprécier;
le père d'Orbel (M. Mertel) s'est également taillé
une large part dans le succès.
Mardi prochain, les artistes belges nous revien-
dront dans l'œuvre charmante du regretté Gounod,
Roméo ei Juliette.
TOURNAI. — Le Festival Massenet. —
Une véritable solennité que le concert
annuel de la Société de musique. S. A. R. le
prince Albert a assisté à la cérémonie, et cette
visite princière dans la ville des Chonq Clotiers
avait mis toutes les têtes en l'air. Il est difficile de
décrire l'enthousiasme et les ovations qui ont
accueilli le prince qu'accompagnaient M. de Bur-
let, ministre de l'intérieur, et du gouverneur du
Hainaut.
L'antique Halle aux draps présentait un coup
d'œil féerique : l'estrade était occupée par l'orgue,
l'orchestre et trois cents choristes; les dames
étalaient naturellement des toilettes extraordinaires
aux couleurs impressionnistes ; la vaste salle était
pleine d'un monde élégant au premier rang duquel
se trouvaient les autorités provinciales et commu-
nales, ainsi qu'un général et deux officiers français
venus pour saluer le prince au nom de la garnison
de Lille.
Massenet était aussi présent : il avait voulu pré-
sider lui-même aux dernières répétitions de la
Marie-Magdeleine, l'oratorio choisi cette année
par la Société de musique. Choix assez heureux,
l'œuvre étant une des premières du maître et les
beaux chœurs de Tournai ayant l'occasion de s'y
faire entendre dans des parties chorales à effet.
On pourrait faire le procès à l'œuvre de Massenet,
qui est de facture très inégale. Bornons-nous à
signaler le troisième acte comme étant le meil-
leur, et l'air de la Magdaléenne : " G bien- aimé,
sous ta sombre couronne „, empreint d'un senti-
ment passionnel caractérisant la manière de l'au-
teur. Cette allure voluptueuse en situation chez
Marie-Magdeleine, a été bien exprimée par
M"^ Sidner, qui tout en possédant une voix frêle
et d'étendue mesurée, a su s'en servir en artiste.
Le rôle de Jésus manque d'expression; M. Warm-
brodt est un ténor distingué, qui n'a pas manqué
de charmes avec sa voix douce et ses demi-teintes
pleines d'onction. M"" Rachel Ne^'t, grâce à sa
bonne diction, a su faire ressortir le rôle de
Marthe. Que dire de M, Demest, qui a été un Judas
plein de feu ? Sa diction irréprochable, sa belle
voix ont fait sensation dans cette vaste salle. Il y
a dans le drame sacré un Pater, pour voix
d'hommes, sans accompagnement, qui rappelle un 1
peu Meyerbeer, et qui a été enlevé superbement
sous le bâton de M. de Loose. L'heure avancée a
seule einpêché un bis. La partie orchestrale a
été bien exécutée; il est vrai qu'on remarquait la
présence de quelques-uns de nos premiers pupitres
de Bruxelles et de MM. Leenders et Lilien, qui
cette fois étaient de l'orchestre. On a, cela va sans
dire, '' ovationné „ M. Massenet; le prince Albert
LE GUIDE MUSICAL
137
ne lui a pas ménagé ses félicitations. Ne les
ménageons pas non plus à M.Stiénon Du Pré, l'in-
fatigable président de la Société de musique, qui
est parvenu à faire de Tournai un centre artis-
tique intéressant et mouvementé et de sa phalange
chorale une des meilleures du pays. C'est certaine-
ment à lui seul que doit en revenir tout l'honneur.
N. L.
NO U V ELLES DI VERSES
A la cinquième séance du q\iatuor Auer-Verjbi-
lowitch à Saint-Pétersbourg figurait, outre le
quatuor en ut de Beethoven du recueil dédié à
Razoumovsky et le trio, avec piano, en sol mineur,
de Rubinstein, une nouveauté des plus importantes,
le quintette en la majeur pour instruments à cordes
de M. Alexandre Glazounow.
Ce nouveau quatuor, d'après le critique du Jour-
nal de Saint-Pétersbourg, contraste singulièrement
avec la recherche et l'indéfini de son premier
quatuor, dans le scherzo pizzicato notamment et sur-
tout dans le bel andante sostenuio, dont le thème de
longue haleine domine tout le temps le fond harmo-
nique, qui, par endroits, aurait gagné cependant à
être un peu allégé. C'est cet andanfe qui a obtenu
le succès le plus éclatant, malgré le piquant du
scherzo, qui a précédé, et l'excellente facture du
premier allegro et du Jinale, lequel présente un
curieux spécimen de musique figurée, un peu per-
ruque, dont la partie thématique est imprégnée
de cachet russe.
Tous les morceaux du quintette ont été vivement
applaudis et l'auteur a été rappelé à la fin du mor-
ceau.
■^ Nous avons raconté dans un de nos derniers
numéros le scandale qui s'était produit au théâtre
d'Aix-la-Chapelle, au cours d'une représentation
à laquelle prenait part M. Eugène Gura. Les
journaux allemands nous avaient mal renseignés
sur la personnalité du chanteur de ce nom. Dans
cette affaire, il ne s'agit pas d'Eugène Gura, le
célèbre baryton de l'Opéra de Munich et de Bay-
reuth, mais du fils de celui-ci. Les mêmes journaux
publient aujourd'hui une déclaration de M. Gura
père, désavouant son fils et le traitant comme le
dernier des misérableis. Dont acte.
•I*- A Francfort, on vient d'exécuter la jolie
partition de M. Edgard Tinel, Kollehloemen, c'est-à-
dire le Coquelicot. L'œuvre a reçu un accueil très
chaleureux.
■^ La Fiancée vendue deSmetana fait décidément
le tour de l'Allemagne. Après le théâtre de
Mayence, celui de Munich vient de jouer l'œuvre
du maître tchèque avec un très vif succès.
■^ A l'occasion de l'anniversaire de la nais-
sance de l'empereur d'Allemagne, M. Joachim a
reçu l'ordre de l'Aigle rouge de deuxième classe,
avec couronne de chêne.
■J^ Pour la première fois en Italie, on a repré-
senté au théâtre Pagliano, de Florence, le
25 janvier, l'opéra en deux actes A Santa Lucia
du maître sicilien Tasca. L'opéra a obtenu un
grand succès. M. Stagne et M"« Bellincioni ont
été frénétiquement applaudis et ont été rappelés
avec le maestro une dizaine de fois. On a beau-
coup admiré une jeune débutante. M"" Bianca
Barducci, femme du maître de chant Barducci,
qui a donné au rôle de Maria un cachet si remar-
quable que le public lui a fait une ovation. Quant
à l'orchestre, il était dirigé par M. Mugnone. Le
public, à la fin du spectacle, l'a rappelé quatre
fois. A Santa Lucia, on le sait, a été créé, l'année
dernière, à Vienne, par la troupe italienne de
M. Sonzogno.
^ M. Leoncavallo, qui vient â peine de ter
miner la partition de Savonarola, la deuxième pièce
de sa Trilogie crépusculaire, se propose d'écrire un
opéra-comique sur le sujet du Don Marzio de Gol-
doni.
^ Samson et Dalila, l'opéra de C. Saint. Saëns,
vient d'être représenté à Nice avec le plus vif
succès. M"" Renée Vidal, dans le rôle de Dalila,
et M. Paulin, dans celui de Samson, ont été très
chaleureusement applaudis. L'orchestre, dirigé
par M. Barwolf, a également contribué à la
réussite complète de l'ouvrage. La mise en scène
et les décors sont bien soignés. Tout prédit une
longue série de fructueuses recettes.
..|f L'empereur de Russie a autorisé l'ouverture,
dans toute la Russie, d'une souscription publique
dont le produit servira : ï° à créer un fonds du
nom de Tschaïkowski, pour secours aux artistes
et compositeurs ; 3° à ériger un monument en
l'honneur du défunt, dans le nouveau Conserva-
toire de Saint-Pétersbourg.
L'organisation de cette souscription est confiée
à un comité spécial formé, au ministère de la
cour impériale, sous la présidence de M. N. Stoïa-
novski.
■4* Plus catholique que le Pape, dit-on parfois,
sans se douter qu'il existe dans le réactionnaire
faubourg Saint-Germain de pieuses douairières,
qui (( prient pour la conversion de Léon XIII »,
depuis l'adhésion de celui ci à la République. De
même pour le wagnérisme. Ainsi, l'orthodoxe
Ouvreuse, de VEcho de Paris, par deux fois s'est
plainte des « saignantes coupures » faites par
M. Colonne au finale du premier acte de Parsifal,
en feignant d'oublier que ces coupures ont été in-
diquées par Wagner lui-même, en vue de l'exé-
cution au concert sans solistes.
Faisant modestement trop bon marché de
« l'érudition » que Sarcey lui concède dans un
récent feuilleton, la spirituelle Ouvreuse affecte
d'ignorer (]ue le finale de Parsifal se donne géné-
ralement dans ces conditions aux concerts d'Alle-
magne, de Belgique, de Hollande, sans qu'on y
ait jamais trouvé à redire. Il y a peut-être une
piété wagnérienne excessive à considérer comme
138
LE GUIDX MUSICAL
hérétique des arrangements faits par l'auteur en
personne.
Mais l'Ouvreuse aura toujours la ressource de
dire : « Ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux i',
comme le bon curé, qui regrettait le miracle des
Noces de Caita au nom de la tempérance.
BIBLIOGRAPHIE
Soirées perdues, par Willy, chez Tresse et Stock,
éditeurs. S, galerie du Théâtre-Français, Paris.
Il ne perdra pas sa soirée, celui qui lira les
Soirées perdues .' Notre spirituel confrère Willy, qui
s'est déjà fait connaître par les Lettres de l'ouvreuse,
manie la plume avec une verve, une gauloiserie
qui donnent à ses écrits une saveur particulière.
La dent est quelquefois un peu dure : le calembour
est trop pratiqué par l'auteur. Mais, sous cette
bouffonnerie, on trouve des aperçus souvent
justes sur les hommes et les choses.
Qu'il nous parle de la Société nationale de mu-
sique, des concerts Lamoureux et Colonne, du
Rêve et de tant d'autres pièces, de ses impressions
de théâtre, il est intéressant et amusant tout à la
fois. Parcourez surtout les pages qu'il a écrites sur
Bayreuth, et vous serez édifié. H. I.
•|h- La maison Vanderauweraa vient de publier
un recueil de chansons enfantines de M. Jan
Blockx, sur des poèmes d'Antheunis, vau Droo-
genbroeck, E. Hiel, etc. Très joliment édité, ce ■
petit recueil aura certainement un vif succès.
M. Jan Blockx l'a dédié à ses enfants et il con-
tierit sept petites pièces faciles, très touchantes,
de caractère varié, ayant du rythme, de l'humour,
de la gaîté, dans le genre des Kinderscenen de
Schumann.
Afin de permettre à nos abonnés nouveaux de
participer à nos primes, nous les prévenons qu'ils
pourront souscrire à nos bureaux jusqu'au i'''"mars,
au magnifique PORTRAIT A L'EAU-FORTE i
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine i
Yient de paraître !
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139
DE BEETHOVEN, par L. Dake, publié par la
maison L Dietrich et C'*^ (hauteur 47 1/2 centim.,
largueur 37 1/2 centim., sans les marges), au prix
ie faveur de 20 francs.
La maison G. Gonthier, fournisseur des musées,
rue de l'Empereur, 3i, Bruxelles, nous informe
qu'elle se charge, pour la ville et la province, de
.'encadrement de î'eau-forte de Dake. Prix d'ar-
istes pour nos abonnés. Maison spéciale pour
jncadrements artistiques.
PIANOS ET HARPES
ÉRARD
BRUXELLES : 4. rue Latérale
PARIS : 13. me du Mail
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
A Saint-Pétersbourg, à l'âge de |32 ans, M. Xa-
vier Carlier, pianiste et compositeur.
On entendit dans maint concert bruxellois des
œuvres de lui pleines de promesses. Il faut citer :
Chanson, Aubade printaniere, Fhramye, une Marche
funèbre héroïque, un Ave Maria pour violoncelle et
piano, avec chant. Il préparait une grande légende
symphonique, Humanitas vicirix, qu'il devait exé-
cuter à la cour du tsar, où déjà il avait fait
entendre son Chant du soir et sa Marche nuptiale.
J^ A Salonique, à l'âge de 54 ans, Jean
Yastrebow, consul général de Russie; spécialiste
pour la langue et la littérature serbes qu'il avait
étudiées sur les lieux. Il a publié un livre sur les
SALLE DE L'ALH AMBRA (Boulevard de la Senne, Bruxelles)
Dimanche 11 mars 1894, à deux heures
GRAND CONCERT SllPHONlûDË
sous LA DIRECTION DE
SIEGFRIED \A/AGNER
DE B AYREUTH
AVEC LE CONCOURS DE
Mademoiselle KEMP EES
Cantatrice à la Cour de Hollande
L'ORCHESTRE DU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES
PROGRAMME
1. Der Fliegende Hollaender (ouverture) ......
2. A) Die XIV Engel, Traumpantomime aus dem Maerchenspiel
Hœnsel imd Gretel . . . •
B) TrcBume
(Mlle KEMPEES)
3. Tasso, Lamento e trionfo .
4. Tannhseuser, Ouverture und Bachanale .....
5. Siegfried-Idyll
6. Tristan und Isolde, Vorspiel und Verklarung ....
(M"' KEMPEES)
PRIX DES PLACES
Baignoires. . . . . . 8 00 fr. i Deuxième galerie (de face) .
Fauteuils d'orchestre. . . . 7 00 » Deuxième galerie (i""' rang numéroté)
Balcons 6 00
Parquet 4 00
Promenoir 3 00
Deuxième galerie
Troisième galerie
Amphithéâtre
R. Wagner.
E. HUMPERDINCK.
R. Wagner.
F. Liszt.
R. Wagner.
R. Wagner.
3 00
2 50
2 00
1 50
1 00
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140
LE GVIDB MUSICAL
mœurs et les chants populaires des Serbes de
Turquie, qui eut deux éditions et classa son
auteur parmi les premiers slavénologues de notre
temps. Il avait recueilli, dit-on, des matériaux
importants sur l'ethnographie slave et albanaise.
^ A Paris, M. Félix Leroux, ancien chef de
musique de l'artillerie de Vincennes, auteur d'une
quantité considérable d'arrangements très estimés
pour musique militaire.
M. Félix Leroux est le père de M. Xavier
Leroux, grand prix de Rome et l'un des musiciens
les plus disingués de la jeune école.
^ A Cannes, Eugène Nus, l'auteur dramatique
bien connu. Il était né à Chalon-sur-Saône, le
21 novembre 1816.
RÉPERTOlRŒSraÉÂTRES JT CONCERTS^^
Paris
Opéra. — Du 2g janvier au 4 février : Loheugrin,
Gwendoline et les Deux Pigeons. Sigurd. 3' bal
masqué.
Opéra-Comique. — Du 29 janvier au 4 février : le Fli
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
F -A. H I s
Propriétaires des œuvres de Tschaikonrsky, Gottsebaik, Prudent, Allard
des Archives du piauo et de la célèbre Méthode de piauo A. Le Carpenticr
Seuls dépositaires de l'Edition Charnot, spécialement consacrée à la musique de violon
P. TSCHAIKOWSKY
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Op. 34, Sclaerzo-valse pour violon
Partition (copiée) .......
Partses séparées 5
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 35. Concerto en j-e majeur pour Aïolon
Partition 12
Parties séparées . • 18
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 36. Quatrième symplaonie en/a mineur :
Partition 25
Parties séparées 35
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 39. Douce rêverie et Valse, pièces ex-
traites de l'Album d'enfants
(n"* 21 et S), arrangées pour instru-
ments à cordes.
Partition i
Parties séparées 2
Parties suppléme«taires . . chaque »
Op. 43. Première suite d'orchestre :
i» Introduction et fugue ; 20 Divertisse-
ment ; 3" Andante ; 4" Marche minia-
ture; 5 'Scherzo; 60 Gavotte.
Partition 20
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 43. Marctie miniature extraite de la suite :
Partition 2
Parties séparées 3
Parties supplémentaires cordes i"'' et 2"
violons seulement. . . . chaque i
Op. 44. Deuxième Concerto en sol majeur
piano ;
Partition 20
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Violon solo I
Violoncelle solo i
Op . 45 . Capriccio italien :
Partition i5 >:
Parties séparées 25 >
Parties supplémensaires cordes chaque 2 )
Op. 48. Sérénade pour instruments à cordes
I" Pièce en forme de sonatine ; 2° Valse ;
3o Elégie; 40 Finale (thème russe).
Partition Su
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 49 Ouverture solennelle :
Partition 10 »
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque r 5o
Op. 53. Deuxième suite d'orchestre ;
I» Jeu des sons ; 2" Valse; 3" Scherzo hu-
moristique; 40 Rêves d'enfant 5" Danse
baroque, style Dargomijsky.
Partition 25 »
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 55. Troisième suite d'orchestre :
i" Elégie ; 20 Valse mélancolique ;
3o Scherzo ; 40 Thème avec variations.
Partitiion 3o »
Parties séparées 35 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 56. Fantaisie en sol majeur pour piano,
dédiée à M™'' Essipoff.
Partition 10
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 58. Manfred, symphonie en 4 parties,
d'après Byron :
Partition 40
Parties séparées 72
Parties supplémentaires cordes chaque 4 »
(A suivre)
LE GUIDE MUSICAL
141
bustier. L'Attaque du moulin. Mignon. Le Flibustier.
L'Attaque du moulin. Le Flibustier.
!^ONCERT Lamoureux du jeudi i'"' février. — Symphonie
en ré mineur n" 4 (Schumann); Le Rouet d'Omphale
(Saint-Saëns); Concerto en sol mineur pour piano
(E. Lalo), M. Diémer; Andante pour instruments à
cordes (Dvorak); Les Murmures de la forêt, Siegfried
(Wagner); Humoresque (Tschaïkowsky), Fileuse (Go-
dard), ly rapsodie hongroise (Liszt), M. Diémer ;
Pizzicati et Cortège de Bacchus, Sylvia(Léo Delibes).
Bruxelles
rHÉATRE ROYAL DE LA MONNAIE. — Du 29 janvier au
5 février : L'Attaque du moulin. Relâche. L'Attaque
du moulin. La Juive. Orphée. Relâche
rHÉATRE DES GALERIES — Les Mousquetaires au
Couvent. — La tournée Ernestin, vaudeville.
\lcazar royal. — Bruxelles- Port de mer. Les Planta-
tions Thomassin.
Conservatoire royal. — Concert du dimanche 4 fé-
vrier, â 2 heures. — Programme : 3« symphonie (Bee-
thoven); chœur des prisonniers de Fidelio (Beetho-
ven); grand air du 2<" acte de Fidelio (Beethoven),
M"'- Marin ; 70 symphonie (Beethoven).
Concert de la Chapelle-Russe (vocale de M™' Nadina
Slaviansky), 14 février. — i" partie : Marche mili-
taire (Nadina Slaviansky); Devant le portail du Kaluga
chant national, arrangé par Nadina Slaviansky); O
jeune homme aux yeux noirs! chant national ; la Mois-
sonneuse, chant champêtre, arrangé par Nadina Sla-
viansky ; George m'aime bien, mère! chanson co-
mique, petite russienne; les Adieux du rossignol
(Tschaïkowsky); Viens à moi, sérénade (Dargomijsky)
— 2' partie : Pater Noster (style sévère des couvents
de Kieff. xvi' siècle, Benedictum (Ectenya), soprano
solo : Mischa Tschuriline, un nain de 23 ans. —
3« partie : Chant et ronde de l'opéra Naïade (Dargo-
mijskyi; On ne laisse pas Mascha au delà de la rivière,
chant national ; O toi, mon saule pleureur (Worotni-
kofï); Jeune fille, voilà les boyards (Dargomijsky ; En
descendant le Wolga, ancienne chanson des brigands
du Wolga ; Les Forgerons, chant national (Nadina
Slaviansky); Ei Guchouem, ancienne chanson des
burlaks.
Berlin
Opéra. — Du 29 janvier au 5 février : Mara, Pup-
penfee et I Pagliacci. Don Juan. Lohengrin Mara,
Noce slave et I Pagliacci, Relâche. Bal. Faust. Tann
hœuser.
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142
LE GUIDE MUSICAL
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — Le lieutenant
de marine.
Vienne
Opéra. — Du 29 janvier au 5 lévrier : La Fête de mai.
Faust. Carmen. Templier et Juive Valse viennoise et
Puppenfee (ballets). Hernani. Fra Diavolo. Sylvia et
I Pagliacci,
Karltheater. — Charley's Tante. Nuit et Jour (féerie).
An der Wien. — Le Maître de forges. Gasparone.
Dresde
Opéra. — Du 28 janvier au 4 février ; L'Enlèvement
au Sérail. Cavalleria rusticana. Cornélius Schut.
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Collaborateurs
Ed. Schuré — Michel Brenet
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Hugues Iiibert — René de Récy
Camille Benoit — Etienne Destranges
Alfred Ernst — Guy Ropartz
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40" année II Février 1S94 numéro 7
SOMMAIRE
Hector Berlioz et Stephen Heller (Lettre de
Heller à Ed. Hanslick.
Marcel Remy : Protectionnisme artistique.
Chronique î>c la Scmatnf : Paris : Sarasate et Boro-
dine au Conservatoire, par Hugues Imbert. — Con-
cert d'Harcourt. — Petite chronique.
Bruxelles : Concert du Conservatoire. — Les répé-
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Gillet, E. Douce caresse, pour piano .
P'' instr. à cordes (p°° et p"") .
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HECTOR BERLIOZ
ET
STEPHEN HELLER
Stephen Heller, le délicat auteur des Etudes de
piano et de tant d'autres compositions finement
pensées, fut, on le sait, l'un des intimes de Ber-
lioz. Dans une lettre adressée le i" février 1879
à Edouard Hanslick, à Vienne, il retrace de l'au-
teur de la Damnation de Faust un portrait des plus
piquants, où la sympathie pour l'ami ne dissimule
pas les bizarreries de caractère de l'éternel mécon-
tent. Nos lecteurs nous sauront gré de reproduire
la lettre de Stephen Heller, d'après le texte que
M. Edouard Hanslick vient de communiquer à la
Nouvelle Presse de Vienne.
ÉJA en i838, lorsque j'arrivai à
Paris, Berlioz occupait une situa-
tion à part parmi les artistes.
On ne lui contestait plus, dès
lors, le renom d'un esprit hardi, aspirant
aux grandes choses. Ses œuvres, sa con-
versation, toute son attitude lui donnaient
l'apparence d'un révolutionnaire vis-à-vis
de I'k ancien régime » de la musique, que
Berlioz déclarait volontiers déchu. Je ne
sais s'il était girondin ou terroriste, mais
je crois bien qu'il n'était pas éloigné de
déclarer traîtres Rossini, Cherubini, Auber,
Herold, Boïeldieu, etc., ces Pitts et ces
Cobourgs d'un monde musical corrompu,
qu'il evit volontiers condamnés à mort. Ces
affreux aristocrates de la musique, qu'on
iouait quotidiennement sur les théâtres,
étaient coupables à ses yeux de sucer, au
moyen des droits d'auteur, la moelle de
leurs sujets, c'est-à-dire du public. Mais
Paris est la seule ville du monde où l'on
comprenne toutes les situations où l'on
aime à suivre et à encourager les étran-
getés. Seulement, il faut que l'étrangeté
ait une certaine physionomie, qu'elle puisse
passionner. En un mot, il faut qu'une
légende puisse se former autour d'un
homme. Berlioz en avait plusieurs. Son
irrésistible amour pour la musique, que
n'avaient pu vaincre ni les menaces, ni la
pauvreté ; lui, le fils d'un médecin considéré
de Grenoble, contraint de se faire choriste
dans un petit théâtre afin de vivre; sa passion
fantastique pour miss Smithson qui l'avait
enthousiasmé dans les rôles de Juliette et
d'Ophélie, bien qu'il ne connût pas un mot
d'anglais; enfin, sa Symphonie fantastique
qui peignait son amour malheureux et dont
l'audition avait décidé la comédienne bri-
tannique à répondre à son amour, bien
qu'elle ne comprît rien à la musique, —
tout cela avait mis Berlioz dans cette posi-
tion qui est nécessaire à Paris pour éveiller
les sympathies d'une certaine classe d'en-
thousiastes. Il n'est pas de talent réel qui ne
puisse rencontrer à Paris de ces enthou-
siastes, intelligents, généreux, prêts à tout
sacrifice; mais il faut que ce talent se mani-
feste dans une certaine lumière. C'est ainsi
que, peu après ma première rencontre avec
Berlioz, je vis bien qu'il passait pour le
chef et le principal des génies méconnus de
Paris.
Il était méconnu, cela est certain; mais
comme un homme chez lequel il y a quel-
que chose à méconnaître. Berlioz a élevé
la méconnaissance dont il était l'objet à la
hauteur d'une dignité ; car ceux qui ren-
daient hommage à son talent, qui l'admi-
raient même étaient assez nombreux pour
que l'opposition qu'on lui faisait parût
injuste et perfide ; et ainsi elle lui assurait
4; chaque jour de nouvelles sympathies.
148
LE GUIDE MUSICAL
A une nature plus philosophe, ce contre-
poids eût suffi pour la satisfaire. Pour le
sens délicat des Parisiens (j'entends une
certaine classe de gens), c'était un froisse-
ment de voir exposé au blâme et à la pau-
vreté un artiste qui, en tous cas, avait
donné des preuves d'un talent supérieur,
d'un zèle chaleureux et d'un grand courage.
Les Français ne se contentent pas d'aimer
platoniquement, en silence; ils ne se
bornent pas à souhaiter à un ami tout le
bonheur désirable et à laisser les choses
aller leur train. Ils sont actifs, nullement
paresseux, ils mettent la main à l'œuvre, et
tous les saints du paradis ne les empêche-
raient pas d'ouvrir la bouche pour louer
à leur gré un artiste méconnu, qui a besoin
d'encouragements. Le gouvernement fran-
çais, en la personne du ministre comte
Gasparin, donna l'exemple en commandant
à Berlioz un Requiem ; et plus tard on lui
demanda encore une musique funèbre pour
la commémoration des victimes de la révo-
lution de Juillet.
Peu à peu tous les artistes jeunes de quel-
que talent, et plus ou moins méconnus, se
groupèrent autour de Berlioz, leur chef
respecté. Ils devinrent pour lui des apô-
tres, des clients donnés par la nature;
en particulier, les peintres et les littéra-
teurs, qui s'ils ne se sentaient pas tou-
jours inspirés par la musique l'étaient du
moins par le sujet poétique des compo-
sitions de Berlioz, par ses pittoresques
programmes. Presque tous les peintres
(ils ont le sens de la musique), les gra-
veurs, les dessinateurs, les sculpteurs,
les architectes étaient des partisans de
Berlioz. Il y avait même parmi ceux-ci
beaucoup de poètes et de romanciers de
renom : Victor Hugo, Lamartine, Dumas,
Vigny, Balzac, qui, à côté des peintres Dela-
croix et Ary Scheffer, reconnaissaient en
Berlioz un fervent adepte du romantisme.
Tous ces grands écrivains, au demeurant
dénués de musique à ce point que, dans le
moment le plus pathétique de leurs drames,
ils faisaient exécuter une valse de Strauss
pour augmenter l'effet de terreur, tous ces
gens étaient enthousiastes de Berlioz et
lui manifestaient leur sympathie par la
parole et par leurs écrits. Enfin, à ces
agents actifs de propagande se joignaient
des gens du monde élégant. Leur nombre
était restreint, mais leur influence considé-
rable. C'étaient des gens qui désiraient à
bon compte se faire la réputation d'esprits
libres. Ils n'étaient pas capables de distin-
guer une sonate de Van H al ou de Diabelli
d'une sonate de Beethoven; mais ils
pestaient contre le charme lascif de la
musique moderne et prenaient parti contre
leurs pairs qui se nourrissaient de la
musique de Rossini, de Meyerbeer et
d'Auber ; ils prophétisaient la fin de ces
mélodies vicieuses, court vêtues, et le
triomphe d'un art nouveau, viril, noble,
éternel qui soulèverait des mondes.
Ajoutez-}^ le petit nombre de vrais musi-
ciens capables de comprendre la véritable
hardiesse et la grandeur, l'originalité sou-
vent étrange, la féerique orchestration de
ses compositions, et vous avouerez que
Berlioz n'a pas vécu aussi isolé qu'il
aimait à le dire. Dès l838, et plus encore
par la suite, certaines parties de ses
symphonies ont obtenu de brillants succès.
On les bissait, on les applaudissait avec
chaleur. Je ne veux citer que la Marche
au supplice, la Marche des pèlerins, la
sérénade d'Harold en Italie, la fête chez
les Capulets, des fragments de la Fuite
en Egypte, l'ouverture du Carnaval ro-
main, etc. Il n'est pas contestable que
beaucoup de pages élevées n'étaient pas
comprises, mais à combien de grands
maîtres, de plus grands maîtres, pareil sort
n'a-t-il pas été réservé! Jamais artiste ne fut
plus éloigné que Berlioz de tout sentiment
de résignation, cette vertu germanique'.
Vainement je jouais auprès de lui le rôle de
Plutarque, lui citant en exemple les vies de
Weber, Mozart, Beethoven, Schubert, ,
Schiller (qu'il aimait beaucoup) et de com- ■
bien d'autres! Quand il se plaignait et l
comparait ses succès à ceux des composi-
teurs dramatiques en vogue, je lui disais :
(( Cher ami, vous voulez trop, vous \'0ulez
tout. Vous méprisez le gros public, et vous
voulez qu'ii vous admire. Vous dédaignez,
de par le droit de l'artiste noble et original,
le suffrage des masses, et cependant vous
LE GUIDE MUSICAL
149
le regrettez. Vous voulez être un novateur
hardi, un précurseur, et en même temps
vous demandez que l'on vous comprenne
et vous honore. Vous prétendez ne plaire
qu'aux plus nobles, aux plus forts, et vous
vous irritez de la froideur des indifférents,
de l'incompétence des faibles. Il ne vous
suffit pas d'être isolé, grand, inaccessible
et pauvre comme Beethoven, il vous faut
encore l'entourage des petits et des grands
de ce monde, il vous faut tous les biens de
la terre, titres, honneurs et emplois. Vous
avez atteint tout ce que la nature de votre
talent et de votre personnalité pouvait am-
bitionner. Vous n'avez pas la majorité,
mais une minorité intelligente, qui vous
soutient avec énergie et persévérance.
Vous vous êtes fait une place à part dans
le monde des arts, vous avez beaucoup
d"amis remuants ; — mieux que cela, il ne
vous manque même pas d'ennemis sérieux
qui tiennent en éveil la sympathie de vos
amis. Votre existence inatérielle est assu-
rée depuis quelques années, ce qui n'est
pas à dédaigner, et finalement vous pouvez
compter sur une chose qui jusqu'ici a tou-
jours été hautement prisée par les gens de
cœur et d'esprit : la pleine et entière glori-
fication que vous réserve l'avenir. »
Je réussissais quelquefois à le remonter,
ce qu'il avouait toujours avec des paroles
touchantes. Je me souviens en particulier
d'un succès de ce genre. C'était un soir,
chez l'excellent Damcke, mort lui aussi (i).
Berlioz parle de lui et de la cordiale hospi-
talité de sa femme dans ses Mémoires.
Presque quotidiennement, nous nous réu-
nissions chez les Damcke : Berlioz, d'Or-
tigue, un savant historien de la musique et
des lettres, Léon Kreutzer, et d'autres. On
causait, on discutait, on faisait de la mu-
sique, sans aucune arriére-pensée, libre-
ment et franchement. La mort a fauché
dans ce petit cercle; dans les derniers
temps, seuls, Berlioz et moi, nous venions
encore chez les Damcke.
(i) Berthold Damcke, né à Hanovre, musicien et
musicologue, qui s'était établi à Paris vers 1840, après
avoir été chef d'orchestre en Allemagne. Il collabora à
de nombreux journau.x de musique en Allemagne et à
Paris.
Donc, ce soir, comme Berlioz recommen-
çait sa plainte éternelle, je lui répondis
ainsi que je l'ai rapporté plus haut. A la fin
de mon sermon, il était onze heures. Une
froide soirée de décembre; la nuit était noire
au dehors. Las et mécontent, j'allumai un
cigare; tout à coup, Berlioz fit un bond du
sofa où il avait l'habitude de s'étendre tout
de son long avec ses bottes crottées, au
grand scandale de la bonne M""^ Damcke,
qui était la propreté et l'ordre même.
— Ah ! s'écria-t-il, Heller a raison, —
il a toujours raison. Il est bon, il est intelli-
gent, il est juste et sage; je veux l'em-
brasser— il m'embrassa sur les deux joues,
— et proposer au sage une folie.
— Quelle qu'elle soit, j'adhère, répondis-
je. Que prétendez-vous faire?
— Allons souper chez Bignon. J'ai peu
déjeuné et votre sermon m'a donné l'envie
de l'immortalité et d'une douzaine d'huîtres.
— Parfait! répliquai-je, nous boirons à la
mémoire de Lucullus et de Beethoven, et
noierons nos tristesses dans les meilleurs
vins de France accompagnés de foie gras.
— Damcke, ajouta Berlioz, peut rester
chez lui, car il a une femme aimable. Nous,
nous n'avons pas de femme, nous allons au
restaurant. — Pas d'objections, c'est en-
tendu !
Le vieux Berlioz, tout de flammes, ve-
nait de renaître. Et, bras dessus, bras
dessous, riant et badinant, nous longeâmes
la longue rue Blanche, la non moins longue
chaussée d'Antin, et arrivâmes ainsi au
café Bignon, brillamment éclairé : il était
onze heures et demie, et il n'y avait plus que
de rares consommateurs, ce qui nous conve-
nait parfaitement. Nous demandâmes des
huîtres, du pâté de Strasbourg, un poulet
froid, salade et fruits, du Champagne et du
meilleur bordeaux. Vers une heure du ma-
tin, on vint éteindre le gaz, et les garçons,
bâillant, se glissaient comme des ombres
autour de nous (nous étions les derniers
consommateurs), comme pour nous inviter
à partir. On ferma les portes et l'on nous
apporta des bougies. — « Garçon! appela
Berlioz ; vous voulez, par vos simagrées
nous faire croirequ'il est tard. Maisjevous
prie de nous apporter des tasses de café
150
LE GUIDE MUSICAL
et quelques cigares de la Havane, authen-
tiques. » Il était maintenant deux heures. «Il
est temps de partir, dit Berlioz, car à
cette heure ma belle-mère est couchée et
j'ai l'espoir fondé de la réveiller en ren-
trant. »
Pendant le souper, nous avions parlé
de nos maîtres préférés : Beethoven, Sha-
kespeare, Byron, Heine, Gluck, et nous
continuâmes pendant la longue route qui
menait chez lui et chez moi. Ce fut la
dernière soirée vivante et gaie que j'eusse
passée avec lui. C'était, si je ne me
trompe, en 1867 ou 1868. Vers le même
temps, il fut pris de la passion de lire
du Shakespeare aux amis qui se réunis-
saient chez lui, le soir, vers huit heures.
Il lisait consécutivement sept ou huit
pièces, dans la traduction française. Il lisait
bien, mais était trop souvent victime de son
émotion. Aux beaux endroits, les larmes lui
coulaient le long des joues. Mais il con-
tinuait à lire et s'essuyait les yeux, rapide-
ment, pour ne pas s'interrompre. A ces lec-
tures assistaient seulement les Damcke et
un ou deux amis. L'un de ceux-ci, un vieux
camarade de Berlioz, mais peu lettré,
s'était attribué le rôle de claqueur. Il écou-
tait avec une vive attention et cherchait
dans l'expression du lecteur et des auditeurs
le moment de manifester son enthousiasme.
Comme il n'osait pas applaudir, il s'était
fait une manière originale d'approbation.
Chaque endroit que Berlioz déclamait avec
passion, il l'accompagnait d'un juron, mur-
muré à voix basse. « Nom d'un nom ! Nom
d'une pipe ! Sacré mâtin ! »
A la fin, Berlioz n'y tenant plus se levait
furieux, interrompait sa lecture et d'une
voix tonnante imposait silence à l'interrup-
teur : « Ah ! çà, voulez-vous bien me ficher le
camp avec vos Nom d'une pipe ! « L'autre
filait sans mot dire, tandis que Berlioz
reprenait avec calme la scène du balcon de
Roméo et Juliette.
Ce que je vous ai dit naguère au sujet de
la mauvaise mémoire musicale de Berlioz
se rapporte à la musique moderne, qu'il ne
connaissait qu'imparfaitement. Mais la
musique qu'il avait étudiée lui était très
présente, notamment les œuvres orches-
trales de Beethoven (moins les quatuors et
les œuvres de piano), les opéras de Gluck,
Spontini, Grétry, Méhul, Dalayrac, Mon-
signy. Malgré son aversion pour Rossini, il
était un chaud admirateur de deux de ses
partitions : le Comte Ory et le Barbier de
Sévi lie.
Berlioz était une véritable âme d'artiste,
qui se laissait prendre à toute production
parfaite en soi et en était touché jusqu'aux
larmes. C'est ainsi que j'assistais avec lui
à la première représentation de la Patti
dans le Barbier /je l'ai vu pleurer aux pas-
sages les plus gais et les plus aimables de
cet ouvrage. Et que' dire de la Fhite en-
chantée, que j'entendis aussi avec lui ! Ber-
lioz avait une colère naïve contre ce qu'il
appelait les « concessions » de Mozart. Il
désignait ainsi l'air d'Ottavio, l'air de dona
Anna en fa, le célèbre air de bravoure de
la Reine de la Nuit. Il n'y avait pas moyen
de lui faire reconnaître le mérite relatif de
ces pages, évidemment moins dramatiques
que les autres. Mais quelle joie il ressen-
tait, quelle profonde impression il éprou-
vait à l'audition de cette Flûte enchantée! Il
avait souvent entendu cet ouvrage ; mais
soit meilleure disposition, soit efiet d'une
exécution supérieure, il m'avoua que jamais
cette divine musique ne lui était allée si
droit au cœur. Il arrivait que son exaltation
se manifestait si bruyamment que nos voi-
sins de stalles, qui se récuraient les dents
et digéraient tranquillement leur dîner,
protestaient contre cet enthousiasme indis-
cret.
Un soir, dans une séance de musique de
chambre, nous entendîmes ensemble le qua-
tuor en mi mineur de Beethoven. Nous nous
trouvions dans un coin isolé de la salle.
J'éprouvais une sensation analogue à
celle d'un pieux catholique entendant la
messe : j'écoutais avec piété et ferveur,
niais tranquillement et avec réflexion. Ber-
lioz, au contraire, avait l'air d'un nouvel
initié ; il était ému, mais à son émotion se
mêlait quelque chose comme une terreur
joyeuse en présence du doux mystère qui
se révélait à lui. Son visage reflétait l'ex-
tase pendant l'adagio, — il semblait qu'un
changement se fût produit en lui. Ce même
LE GUIDE MUSICAL
151
soir, on joua d'autres belles œuvres. Mais
nous partîmes et je l'accompagnai jusque
chez lui. Nous n'échangeâmes pas une pa-
role. L'adagio continuait de prier en nous.
Lorsque je pris congé de lui, il me saisit la
main avec effusion et dit : « Cet homme
avait tout... et nous n'avons rien. » Ainsi il
se sentait dominé et maîtrisé par la gran-
deur géante de cet « homme » .
Une petite anecdote encore. Près de la
maison qu'occupait Damcke,rue Mansard,
il y avait sur le trottoir un pavé blanc, plus
grand que les autres. Berlioz se plaçait sur
ce pavé chaque fois que nous venions de la
rue Mansard, pour me souhaiter le bonsoir.
Un soir (peu avant sa dernière maladie),
nous nous quittâmes rapidement, car il
faisait froid, et un brouilard épais et jaune
enfumait la chaussée. Nous étions déjà à
dix pas l'un de l'autre, lorsque Berlioz me
rappelle : « Heller! Heller! où êtes-vous!
revenez ! Je ne vous ai pas dit bonsoir sur
la pierre blanche ! » Nous nous rejoignons
et, dans la nuit noire, nous voilà cherchant
l'indispensable pavé, qui était d'ailleurs
d'une forme particulière. Je tire mes allu-
mettes, mais elles ne prennent pas à cause
de l'humidité. Tous deux alors, nous ram-
pons à quatre pattes sur le trottoir, — enfin
la fameuse pierre fut retrouvée. Berlioz,
avec un grand sérieux, posa le pied dessus
et me dit : « Dieu soit loué ! je suis dessus.
Maintenant, bonsoir ! »
Ce fut notre dernier adieu sur le pavé
blanc. Stephen Heller.
protectionnisme artistique
UN aveu d'impuissance, cette pétition d'une
Chambre syndicale d'artistes musiciens
de Paris, demandant d'interdire l'accès des
étrangers aux pupitres de chef d'orchestre
et à réduire à la proportion d'un dixième le
nombre des instrumentistes étrangers dans les
orchestres municipaux.
Comme pour le bétail, on demande des pro-
hibitions. Du reste, la pétition spécifie galam-
ment « un dixième d'étrangers, comme pour les
ouvriers ». Or, on ne protège que les faibles.
Si, en ce qui concerne l'intrusion des ouvriers
« manuels » étrangers, on comprend encore
l'argument d'une infériorité possible des natio-
naux, résultant du service militaire ou des im-
pôts, il serait difficile, en l'occurrence, d'invo-
quer cette raison ; on ne peut sérieusement
objecter que le service militaire puisse entra-
ver l'éducation musicale (généralement terminée
avant vingt ans) et qui dépend d'abord du tem-
pérament et du bon enseignement.
Pour ce qui est des impôts et charges, les
instrumentistes étant des nomades, allant d'une
ville à l'autre, sans se fixer, se trouvent tous
sur le même pied et ne paient que les impôts
indirects.
La vérité est que le musicien étranger, géné-
ralement mieux armé, ne vient en France
qu'avec des chances de trouver à s'employer,
c'est-à-dire porteur d'un diplôme, d'un prix.
C'est, en quelque sorte, une « élite « qui vient
se mesurer avec une « moyenne » ; et, sortant
d^un pays où la vie est à meilleur marché, et les
salaires moins élevés, il accepte souvent un en-
gagement dans des conditions pécuniaires, mo-
destes. Cela a amené un avilissement des prix,
dont tous, nationaux et étrangers, se plaignent
aujourd'hui. Et cette baisse ou insuffisance des
salaires se fait sentir, non pas seulement dans
les institutions de second ordre, mais aussi dans
les grands orchestres de Paris. Les excellents
instrumentistes des concerts Colonne etLamou-
reux sont très mal payés. Un premier violon
touche I20 francs par mois environ, pour jouer
par semaine le concert du dimanche précédé
de trois répétitions, qui occupent chacune toute
une demi-journée. Dans les casinos des plages
et villes d'eaux, on donne 200 francs à un vio-
lon solo, une clarinette solo, un premier cor,
pour jouer tous les jours, sans exception, deux
concerts d'une heure, l'opéra, le soir, et très
souvent une répétition de deux heures et plus,
sans compter les bals. Et ce sont des médailles
et des premiers prix de conservatoire qui
sont forcés de subir ces conditions. Les musi-
ciens sont traités comme le bétail, et les exi-
gences et la rapacité des tenanciers de casinos
s'exercent surtout à leur endroit. S'il faut faire
une économie, c'est sur le budget de l'orchestre
qu'elle se fera. On engage au rabais, on fait
faire double besogne. De là provient la compo-
sition absurde de certains orchestres : trois pre-
miers violons, un violoncelle, mais on garde les
152
LE GUIDL MUSICAL
deux pistons (qui coûtent moins cher), on ne
pi end que deux cors, en exigeant qu'ils jouent
autant que possible la partie des troisième et
quatrième cors ; de même, le hautbois unique
rempla:cera au besoin la seconde flûte, absente.
Les exécutions marchent à la diable, ficelées
de ces expédients grossiers. Je suis bien sûr que
les directeurs de théâtres regrettent l'orchestra-
tion antérieure à Monteverde.
Ajoutez que le retour des musiciens à Paris,
centre des engagements, a lieu à leurs frais,
qu'ils doivent faire plusieurs jours d'avance des
répétitions d'ensemble à titre gratuit, le salaire
ne commençant à courir que du jour de la pre-
mière exécution publique ; ajoutez encore que,
dans la plupart des traités, la direction stipule
que l'engagement est d'une durée telle, tandis
que le traitement ne sera servi que pour une
durée plus courte. Ainsi, en Auvergne, — j'ai
l'habitude de ne parler que de ce que je con-
nais personnellement, — les musiciens ont
séjourné trois mois d'été pour toucher un sa-
laire de deux mois et demi ! Cela était contenu,
paraît-il, dans les clauses de l'engagement. Il
n'y a pas deux façons de qualifier cela : c'est
de l'escroquerie. Et quand ils ont voulu pro-
tester auprès du tenancier, — un archi-million-
naire, seul concessionnaire des eaux, — celui-ci
a répondu : (( C'est un usage à mon casino et
je m'en trouve bien » .
Si l'on veut faire un syndicat pour sauve-
garder les intérêts et la dignité des instrumen-
tistes, c'est de ce côté qu'il faut diriger ses
efforts. Tâcher d'empêcher ou au moins de
réduire cette exploitation de toute une classe
de travailleurs, dont les études préparatoires
ont exigé tant de temps et de sacrifices.
Quant à proscrire les étrangers, cela est
puéril et n'aboutirait qu'à rabaisser le niveau
moyen, déjà pas si élevé pourtant, des orches-
tres. Il faut reconnaître qu'il serait bien difficile
de former des orchestres sérieux sans le con-
cours des étrangers. Voyez-vous les orchestres
Colonne et Lamoureux sans les archets belges
et hollandais ? Si les instruments à vent sont
joués avec plus de charme, de distinction par
les musiciens français, le violon et le violoncelle
des pays du Nord l'emportent par la beauté du
son, la noblesse de l'archet, et les prohibitions
n'y changeront rien. S'il vous faut un impôt,
frappez-en les « impresarii », mauvais pa-
triotes qui ne rougissent pas d'employer des
étrangers par sordide économie, mais non pas
ces étrangers qui ne prennent la place de per-
sonne, quand ils apportent, à conditions
égales, un talent supérieur. Marcel Rémy.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
APRÈS les tournées triomphales à l'étranger,
Sarasate revient toujours... à ses pre-
mières amours, à ce Conservatoire, où il puisa
les belles traditions de notre école de violon.
Son maître Alard lui inculqua cette élégance
qui est une des qualités maîtresses de son
talent et cette technique absolument irrépro-
chable qui fait l'admiration de tous ceux qui
l'ont entendu. Mais en lui était innée cette faci-
lité absolument extraordinaire avec laquelle il
se joue de toutes les difficultés. Il manie l'ins-
trument avec une telle aisance, avec une
absence d'efforts si complète que l'artiste et le
violon ne font qu'un. La suite de Joachim RaiF
n'est certes pas une des meilleures pages dU
compositeur allemand ; mais un violoniste ne
peut pas toujours se confiner dans l'exécution
des concertos de Beethoven et de Mendelssohn,
ces deux maîtresses pages. Il y a bien encore
le concerto et la Symphonie espagnole de Lalo,
le concerto de Max Bruch, celui de Saint-
Saëns; mais Sarasate les a fait entendre fort
souvent. On connaissait peu ou point, au con-
traire, cette suite de J. Raff; Sarasate a voulu
la révéler au public du Conservatoire. Si l'œu-
vre a été trouvée inférieure, l'artiste a été jugé
supérieur. Pour nous, nous aurions préféré lui
voir exécuter le beau concerto de Johannes
Brahms, qui est si peu connu à Paris.
Dans la première partie de la suite, sorte de
mouvement perpétuel où les notes volent
serrées, rapides, l'exécution a été d'une aisance
LE GUIDE MUSICAL
153
incroyable. L'auditeur était littéralement sub-
jugé par ce staccato vertigineux, enlevé par un
archet magique. Le second morceau débute
par une marche dans laquelle de larges accords
du violon solo se détachent à découvert ; la
mélodie qui suit immédiatement est banale,
mais si bien chantée par le virtuose qu'on
oublie un peu l'imperfection de la composition.
Quelle sûreté, quelle égalité dans cette suite de
trilles non interrompus et quelle merveilleuse
justesse dans les notes les plus aiguës ! La
phrase langoureuse, accompagnée par les piz-
zicati de l'orchestre, est d'une meilleure venue.
L'andante n'est qu'une longue mélodie en
mineur, rappelant quelque peu certaine élégie
d'Ernst, mais beaucoup moins concise, et se
répétant par trop. Sarasate l'a dite avec une
pureté de son et un charme indicibles.
Le finale, comme le premier morceau, est un
mouvement perpétuel, sur lequel se greffe une
phrase mélodique des violoncelles. Le presti-
gieux talent du virtuose lui a donné un haut
relief.
Ce n'est pas par la puissance du son que
Sarasate se fait surtout remarquer, mais bien
par cette pureté à nulle autre pareille, qui
pourrait faire dire que son violon possède
« une voix d'or ».
Sarasate, Joachim, Ysaye, voilà les rois du
violon !
Dans cette même séance de la Société des
Concerts, on a entendu la symphonie en fa
de Beethoven, les airs de ballet, avec chœurs
du Prince Igor de Borodine, deux chœurs
sans accompagnement, admirablement chantés
cette fois : l'Ave vertim de Saint-Saëns et
Fuyons tous d'amour le jeu de R. de Lassus,
et l'ouverture à'Obéroii.
On sait que le Prince Igor ne vit le jour
qu'après la mort de Borodine (1887), et que ce
furent ses amis Rimsky-Korsakow et Glazounow
qui complétèrent l'œuvre. Avant d'écrire cet
opéra, Borodine avait compulsé nombre de ma-
tériaux ayant trait à l'expédition des princes
russes contre les Polovki, peuple nomade qui,
au xii'i siècle, avait envahi les principautés
russes. Il avait surtout recueilli des mélodies ab-
solument originales ; on assure même que le
célèbre voyageur Hunfalvi lui avait communi-
qué des mélodies de l'Asie centrale. La trace
s'en fait sentir très profondément dans les airs
de ballet avec chœurs que la Société des Con-
certs faisait entendre pour la première fois.
Aussi existet-il une grande intensité de couleur
dans ces danses polovtsiennes, où apparaissent
certains instruments primitifs, remplacés par
l'harmonica, la harpe, le tambourin, le triangle,
etc.. Dans cette moisson de chants asiatiques,
Borodine a puisé à pleines mains et il les a ins-
trumentés très habilement. Les chœurs ont une
partie prépondérante, fort mouvementée, dans
laquelle les intonations et les rythmes sont
empreints d'originalité. Comme dans presque
toutes les mélopées orientales, le mode mineur
domine. On a, par moments, la sensation d'une
foule gesticulant, hurlant; puis une jolie
phrase mélodique d'une langueur exquise,
accompagnée par les piszicati de l'orchestre,
fait songer au.x danses si typiques des aimées ;
enfin le tout se termine par une conclusion
brillante et éclatante. C'est une page de la vie
de ces peuplades sauvages et guerrières, vie si
différente de la nôtre ; le tableau qu'en a tracé
Borodine est saisissant. Hugues Imbert.
■V
Au concert d'IIarcourt, mercredi, une Marche
triomphale quelconque de M. Bérou, l'adagio
de la suite en ré de Bach, pris un peu
lentement par M. d'Harcourt : le crescendo
des dernières mesures ne ressortait pas assez.
En revanche, le scherzo de l'Eroïca de Bee-
thoven a été rendu avec une précision et
des nuances dont il faut féliciter M. d'Har-
court ; nous nous étonnons, toutefois, de ce
qu'il batte à 6/8 un scherzo de Beethoven.
La Légende pour piano, orgue et orchestre
de M. Pfeiffer est une œuvre honorable,
grise par l'intervention un peu lourde de
l'orgue dans l'orchestration. Il y a un joli thème
à la Mendelssohn, puis des intentions descrip-
tives, des trémolos de terreur, des effets de
cloches ; tout cela est bien agencé et ne manque
pas de goût, ci ce n'est, par exemple, les
appels de cuivre bien vulgaires en voulant être
tragiques. M. Pugno tenait la partie de piano
avec sa clarté habituelle.
Notons encore la Pastorale de M. Syme,
dont nous avons parlé lors du concert à l'Ins-
titut des aveugles. Le public a fait une véri-
table ovation à l'auteur. Celui-ci, exemple
étonnant de ce que peut un tempérament dans
les conditions les plus défavorables, est aveugle
et a fait cependant des études complètes de
composition avec M. Arthur Coquard, qui
conduisait l'orchestre.
Citons M"'= Pack, qui a chanté les stances
de Sapho et des mélodies de M. Pfeiffer;
M™^ Lovano dans un air de Hsendel ; une
interminable ouverture de M. Weckerlin, dans
, laquelle passent et repassent des thèmes de
Weber à peine démarqués et orchestrés de
154
LE GUIDE MUSICAL
façon rudimentaiie. Est-ce un hommage sin-
gulier à Weber, qu'elle porte le nom : Weber-
Ouverhire? 'Nous avouons ne pas bien saisir
la portée d'une composition de ce genre. L'au-
teur la conduisait, et le public lui a fait bon
accueil. M. R.
Au second concert de la Société philarino-
nique de Reims, à côté de la Rebecca, scène
biblique de César Franck, on a entendu
nombre de pages de Théodore Dubois : la deu-
xième suite de la Farandole, — Hylas, poésie
d'Ed. Guinaud, d'après Théocrite, etc.. Le
succès a été considérable pour l'éminent com-
positeur, qui assistait au concert et auquel on
a fait une véritable ovation. L'interprète de
ces œuvres, M"^ Eléonore Blanc, a été très
applaudie.
T
Soirée charmante et des plus intéressantes,
le 4 février, chez M. et M"^ Edouard Colonne.
Au programme : Le deuxième concerto pour
violoncelle de Hollmann, joué admirablement
par l'auteur ; — des pages exquises de Gabriel
Fauré, accompagnées par le maître lui-même
et chantées délicieusement par M™es Ed et
Mathilde Colonne, — les Soirs, quatre pièces
pour piano, divinement exécutées par l'auteur,
M. Raoul Pugno, — et enfin plusieurs compo-
sitions de Benjamin Godard.
La- commission supérieure des théâtres char-
gée d'étudier, de concert avec l'administration,
le moyen de procéder à la réfection immédiate
des décors de l'Opéra, s'est décidée pour les
huit ouvrages suivants : Roméo et Juliette,
Aida, le Prophète, l'Africaine, Don Juan,
le Freischiïtz, le Cid, et Patrie! La réfection
de ces décors, estimée 35o,ooo francs, eût en-
traîné, si l'Etat l'avait prise à sa charge,
une demande exceptionnelle de crédits. Mais
les directeurs de l'Opéra se sont offerts à
assumer cette dépense, à la condition que le
gouvernement supprimerait les matinées du
dimanche. MM. Bertrand et Gailhard se sont
engagés, en outre, à organiser par an quatre
représentations gratuites. Ces conditions ont
été acceptées. L'Opéra sera donc tenu de
fournir, d'ici le 3i décembre 1899, les décors,
non seulement des huit ouvrages en question,
mais de sept autres dont la réfection lui est im-
posée par le cahier des charges, ce qui fait en
tout quinze ouvrages. MM. Bertrand et Gailr
hard devront les Uvrer dans l'ordre suivant :
deux opéras dans le cours de 1894, trois en
1895, en 1896 et en 1897, deux en 1898, deux
en 1899. — La commission a ensuite émis l
vœu que le ministère des travaux publics pro
cède immédiatement et simultanément à l'alié
nation des terrains de la place Louvois et de la
rue Richer, le danger d'incendie étant au moins
aussi grand pour le magasin des décors de
rOpéra-Comique qu'il l'était pour celui de
l'Opéra.
L'engagement de M™<= Landouzy à l'Opéra-
Comique prend fin au mois de juin : il ne sera
pas renouvelé.
Les gaietés de la critique musicale :
Voici en quels termes M. H. Barbedette
parle dans le Ménestrel des fragments de Parsi-
fal exécutés au dernier concert Colonne.
Les préludes de Wagner sont généralement fort
ennuyeux (à part le prélude de Lohengrin, qui est
d'une idéale perfection). Un Allemand qui a passé
sa matinée à lire les plus beaux passages du Monde
en tant que représentation et volonté de Schopenhauer,
ou la Quadruple Racine de la raison suffisante du
même auteur, peut, dans son après-midi, goûter un
charme infini aux préludes de Wagner, y décou-
vrir de lumineuses clartés et s'y rafraîchir comme
à une source vive. Mais tant que l'esprit français
n'aura pas été absolument perverti par les impor-
tations d'outre-Rhin, il a besoin de se repaitre de
clartés moins obscures. La grande scène religieuse
passe, aux yeux des adeptes, pour être le chef-
d'œuvre du divin dans l'art. L'introduction-marche,
qui a plus d"une analogie avec l'ouverture des
Maîtres Chanteurs, en a le caractère scolastique et
massif ; nous trouvons que l'intérêt ne se fait jour
qu'au moment où le chœur intervient ; l'entrée des
chevaliers est vraiment une très belle chose. Ces
voix humaines, soutenues par un rythme puissant
et obstiné, ont un effet admirable, effet qui devient
irrésistible lorsqu'elles s'éloignent dans une dou-
ceur infinie. Ce qui suit n'est plus que redites et
confusion.
A VENDRE très beaux instruments italiens : violons
de A. Stradivarius et de Joseph Guarnerius,
altos de J . et A . Amati et de J . B . Guadagnini .
S'adresser de 9 à 10 h. du matin, à M. Soulisse, fau-
bourg S'-Honoré, Paris.
BRUXELLES
(ji^o^u deuxième concert du Conservatoire,
/\^' ^^- Gevaert avait consacré entièrement
i^j^ le programme à Beethoven. Deux sym-
phonies, Vhéroiquc et la septième, le chœur
des prisonniers et le grand air de Léonore de
Fidelio. Je ne sais si l'exécution de dimanche
aura confirmé les impressions que j'ai em-
' portées de la répétition générale, mais il me ■■
à
LE GUIDE MUSICAL
156
semble avoir entendu déjà les deux symphonies
exécutées avec plus de fini et d'ensemble. Les
entrées ont laissé beaucoup à désirer, l'en-
semble était cahoté. Ces imperfections n'ont
pas empêché ces deux belles œuvres d'émouvoir
profondément, et particulièrement la rayon-
nante et si vivante symphonie en fa que
Wagner appelait l'Apothéose de la danse; pre-
nez, bien entendu, le mot danse dans son sens
le plus élevé. Et le fait est qu'il y a d'un bout
à l'autre de cet incomparable tableau sympho-
nique, une intensité de rythme tout à fait extra-
ordinaire. Dans aucune autre de ses sympho-
nies, Beethoven n'a employé d'une façon aussi
continue les timbales. Dans le finale, presque
chaque mesure est scandée par ses roulements
ou ses coups secs. Il y a là un détail très carac-
téristique d'instrumentation.
Le beau chœur des prisonniers de Fidelio,
dont la phrase initiale a un caractère expressif
singulièrement poignant, a été chanté avec
beaucoup de sentiment par les chœurs de la
classe d'ensemble.
Quant à l'air du deuxième acte, M}^'^ Marin,
élève de M™^ Cornelis, l'a chanté avec vail-
lance ; mais elle n'a encore ni la voix ni l'auto-
rité qu'exige cette page éloquente, l'une des
plus difficiles d'ailleurs du grand répertoire
dramatique. Le public lui a tenu compte géné-
reusement de sa bonne volonté. M. K.
Les répétitions de Tristan et Iseult sont
poussées avec fébrilité au Théâtre de la Monnaie.
La direction est absolument décidée à passer
avec l'œuvre de Wagner à la fin de février ou
dans les premiers jours du mois de mars. Les
artistes ont commencé les répétitions d'ensemble
au piano et dans quelques jours on descendra
en scène. Les répétitions d'orchestre sont moins
avancées. On en est encore à la lecture des
parties auxquelles président MM. Philippe
Flon et Léon Dubois, ce qui promet des études
soignées et intelligentes. On espère pouvoir
commencer les répétitions d'ensemble de l'or-
chestre la semaine prochaine.
>$»
Très aimable et très artistique soirée, lundi
dernier, chez M™^ Le Kime, mère de notre
excellent secrétaire-administrateur.
Mlles Louise et Jeanne Douste de Fortis, de
passage à Bruxelles, ont émerveillé l'auditoire
par leur jeu si souple et si varié, qui a fait
sonner admirablement le nouveau piano Mas-
cagni, de la maison Kaps. Mais la surprise de
la soirée a été d'entendre les deux char-
mantes pianistes se transformer en cantatrices;
M"^ Jeanne Douste particulièrement, dont la
voix fraîche et pleine de promesses, a un
charme jeune, très séduisant, s'est révélée
excellente diseuse dans un lied de Massenet et
d'autres pièces de chant. On a entendu aussi
M"' Julie Decré, qui a chanté avec sentiment et
de sa belle voix les Rêves de Wagner ; en-
fin, last not least, M"^ Fanny Vogri, l'excel-
lent professeur de chant, qui a dit d'une voix
admirablement stylée un air des Vêpres sici-
liennes et un air de la Cenereniola.
Bref, soirée pleine d'attrait, et qui laissera
un charmant souvenir à ceux qui y ont assisté.
M. K.
L'autre soir, à la Grande-Harmonie, conceii
organisé par le Cercle symphonique, sous la
direction de M. J.-B. Colyns, qui a fait exécu-
ter l'ouverture du Vaisseau-Fantôme de Wag-
ner et l'ouverture d'Ossian de Niels Gade.
M"e Mary Galiot, élève de M. Camille Gurickx,
a remporté un succès très-vif à ce concert, dans
l'exécution de la Fantaisie hongroise avec or-
chesti e de Liszt.
Egalement au programme : M"° Van Hoof,
qui a chanté très bien, et M. De vaux, qui a une
jolie voix de ténor.
La deuxième séance de musique classique
pour instruments à vent et piano, donnée par
MM. Anthoni, Guidé, Poncelet, Merck, Neu-
mans et De Greef, aura lieu le dimanche
II courant (jour du grand carnaval), à i h. 1/2
très précise, avec le gracieux concours de
M"^ Kempees, cantatrice, et de M. Léon Van-
hout, professeur d'alto au Conservatoire de
Bruxelles, et de MM. Achille Lerminiaux, En-
derlé, Henri Merck, Nahon et Fonteyne.
En outre de l'air de Samson et Dalila, chanté
par M"'=Kempees, d'une ballade de Schubert et
d'un Lied nouveau de Vincent d'Indy, exé-
cutés par M. L. Vanhout, on y entendra la
Triptiqne symplionique de J. Blockx, première
exécution, dont la description sera jointe au
programme.
Le prochain (troisième) concert du Conserva-
toire sera consacré, ainsi que nous l'avons déjà
annoncé, à l'œuvre de Charles Gounod.
M . Gevaert y fera exécuter la S3-mphonie du
regretté maître, les chœurs pour l' Ulysse de Pon-
sard et le San^tiis de sa grande messe.
Au quatrième concert (dimanche des Ra-
; meauxj, le programme porte, outre la Nett-
vièuie Symphonie, le concerto pour piano en
156
LE GUIDE MUSICAL
fnihémol de Beethoven, lequel sera exécuté par
M. Camille Gurickx, qui a succédé au Conser-
vatoire à Auguste Dupont.
•I'
Ce soir, au Cercle artistique, aura lieu la pre-
mière audition de Merlin, opéra en trois actes,
poème de M. L. Bonnemère, musique de
M. Emile Chevé, grand prix de composition de
la ville de Paris, avec le gracieux concours de
M™e Lefebvre-Buol, de MM. Isouard, Ghasne
et Dinard, du théâtre royal de la Monnaie, et
de MM. Merloo, harpiste, et Maes, organiste
du théâtre de la Monnaie.
»" Le piano sera tenu par l'auteur.
M^'i^ Louise Derscheid, la pianiste bien con-
nue, organise, avec le concours deMM.Colyns
et Jacobs, trois séances de musique de chambre,
qui auront lieu à la Grande-Harmonie. La pre-
mière est fixée au i5 février. M"" Derscheid et
M. Ed. Jacobs y feront entendre toute la série
des sonates pour piano et violoncelle de Beet-
hoven.
Rappelons que c'est dimanche prochain,
28 février, qu'aura lieu, à i h. 1/2, le troisième
Concert populaire, avec le concours de M. Cé-
sar Thomson, qui exécutera pour la première
fois à Bruxelles, le concerto pour violon et or-
chestre de Brahms, œuvre dans laquelle il a
obtenu d'énormes succès en Allemagne.
Répétition générale, samedi, à la Grande-
Harmonie.
^sm
CORRESPONDANCES
ANVERS. — Les journées du carnaval, si
elles ont été fructueuses pour la direction
de notre Théâtre-Royal, ne nous ont guère fourni
d'intérêt artistique. Des deux nouveautés qui vien-
nent à peine de paraître sur l'affiche, Sapho et
Amour de Fée, la dernière n'a plus été reprise; et,
pourtant le charmant ballet de E. Agniez méritait
un meilleur sort. Il y a même lieu de s'étonner
que le musicien ait pu s'inspirer d'une si mince
donnée. Sa partition est d'une orchestration déli-
cate et les mélodies ont de la distinction.
Tout le succès est allé à notre Opéra flamand
qui, en montant le Vaisseau-Fantôme, a fait un coup
de maître. Le mardi-gras, la salle avait pris l'as-
pect d'une soirée de gala. Succès pour nos jeunes
artistes, ainsi que pour l'orchestre qui, sous l'ha-
bile direction de M. E. Keurvels, fait merveille. ■
Notre scène lyrique flamande déploie une acti-
vité rare. C'est ainsi qu'on nous promet pour le
iS courant Mélusine, la nouvelle œuvre de Frans
Gittens et Km. Wambach. Puis, le jeudi-saint
nous aurons un grand concert de musique reli-
gieuse où seront exécutés le Requiem et l'Ave Maria
de Peter Benoit. Ces deux œuvres du maître fla-
mand n'ont plus été entendues depuis de longues
années. Au Théâtre flamand, il y a tous les élé-
ments nécessaires pour en réaliser une brillante
exécution.
Les Concerts populaires annoncent pour le
18 courant une nouvelle audition. Le principal
attrait du programme sera l'exécution de la
I" Symphonie de Brahms, ainsi que d'une œuvre
rarement jouée de Beethoven, le Concerto pour
piano, violon et violoncelle. A- W.
BERLIN. — M. Weingartner, complètement
rétabli de son indisposition, a repris le bâton
de chef d'orchestre peur diriger le dernier con-
cert de la chapelle royale. Celui-ci a été ouvert
par la brillante ouverture d'Euryaiitke, que Wein-
gartner prend dans un mouvement très vif. Ensuite
une œuvrette de Glinka : Kamarinskaja, fantaisie
sur deux thèmes populaires russes; puis. « pour
la première fois n, la cinquième symphonie en
si bémol deSchubert (sans timbales ni trompettes!)
conçue d'un bout à l'autre dans le style Haydn-
Mozart. On y retrouve même, dans le menuet,
presque note pour note, la belle progression har-
monique qui termine la seconde partie de la sym-
phonie Jti-piter.
La seconde partie du concert était consacrée a
Beethoven : la huitième S3'mphonie en fa et la
grande ouverture de Léonore, que Weingartner a
dirigées dans la perfection.
Avec les Quartette Abend de Joachim, les con-
certs Weingartner sont certainement ce qu'on en-
tend de meilleur à Berlin en fait de musique.
Nous ne plaçons guère à la même hauteur les
concerts philharmoniques, qui ont beaucoup perdu
depuis la retraite de Hans von Biilow.
A la Philharmonie (concerts de Mansteadt), nous
avons entendu, cette semaine, comme œuvres
principales : le finale de la Walkûre, la Tainihaiiser-
Marsch, la. suite l'eer Gyni de Grieg, dont on a bisse
chaque fois la danse d'Anitra, les ouverture»
d'Ohéron, de Guillaume Tell, de Rosamonde, de la. Fliiti
enchantée, du Songe d'une nuit d'été et les symphonie;
en si bémol de Haydn et en ut mineur du granc
maître Brahms, malheureusement mal exécutée.
Jeudi dernier, quatuor Joachim. D'abord un
quatuor en 5! bémol de Haydn, un de ses meilleurs:
à y distinguer surtout le profond adagio en mi bé-
mol, qui annonce déjà Beethoven. Puis, le sextuoi
en sol majeur de Brahms, une perle de la musique
do chambre et qui, quoi qu'on en dise, est bien :
la hauteur du premier sextuor en si bémol. L( .
quintette en ut majeur de Beethoven terminait If j
concert. Les quartettistes nous ont donné un«|
LE GUIDE MUSICAL
157
exécution merveilleuse du scherzo. Joachim prend
très vite le finale avec ses rythmes à la.. . Meyerbeer
et ses cadences à la... Rossini !
Ainsi qu'il le fait chaque année, Joachim partira
prochainement pour une tournée de concerts en
Angleterre. Il ne aous reviendra qu'au commence-
ment d'avril, pour donner sa dernière séance de
quatuors.
La H première » des Medici de Leoncavallo est
toujours retardée par la maladie de M. Sylva. On
vient de confier la partie de ténor à M. Emile
Gôtze. La Cour assistera à la première représen-
tation.
Hans von Biilow, accompagné de sa femme, est
parti pour le Caire, la semaine dernière. Tous nos
souhaits pour le prompt rétablissement du grand
artiste. E. B.
DRESDE. — Sous la direction du compo-
siteur lui-même, la Kapelle exécutera, demain
soir, la symphonie dramatique de Rubinstein. Espé-
rons que, peu à peu, le Théâtre de la Cour suivra
l'exemple donné par d'autres. La scène de Stutt-
gart prépare pour le 21 février, à l'occasion du
jour de naissance du Roi, une représentation des
Macchabées. C'est M"" Elisa Wiborg, la charmante
prima donna formée par M"° Hasnisch, de Dresde,
qui interprétera la partie de Noémie. En atten-
dant quelque grande œuvre digne de figurer dans
les fastes du théâtre de la Florence allemande,
nous aurons vendredi un acte, Marga^ dû à
M. Pittrich, répétiteur des chœurs. Certes, il
est bon d'encourager la jeunesse, mais les maîtres
doivent-ils pour cela rester dans l'oubli ?
Le nouveau directeur du Dvesdiier Ovpheus, M Al-
bert Kluge, a placé en tête de son programme,
jeudi, l'ouverture de Heryat, de F. Draeseke, et
cette intelligente initiative ne saurait qu'être
approuvée et imitée. On donne trop peu ici les
œuvres des compositeurs dresdois ou habitant
Dresde. Henri le Lion, de Kretschmer, a été con-
sidéré par le public comme un â propos, eu égard
aux circonstances de ces derniers jours. Les jour-
naux annoncent l'arrivée prochaine de M'"'' Alba-
ni, puis du couple Sarasate-Marx. Alton.
a AND. — Samedi a eu lieu au Conservatoire
une intéressante audition des lauréats des
derniers concours.
Trois élèves de la classe de piano, élèves de feu
M. Heynderikx, s'y sont fait entendre. Elles nous
ont permis d'apprécier une dernière fois la haute
valeur de l'enseignement donné par leur maître
regretté. M""^ Liem a joué le premier allegro du
concerto en sol majeur, M"'^ Van Avermaete le
premier allegro du concerto de Chopin, et M"" Ver-
hulst le caprice brillant de Mendelssohn.
Parmi les élèves des classes de chant, on a
surtout remarqué M"'' Stockfisch, lauréat de la
classe de chant néerlandais de M. Nevejans.
Depuis longtemps, le Conservatoire n'avait pas
produit une élève aussi distinguée. M"' Stock-
fisch a une voix de contralto superbe qu'elle mnnio
avec la plus grande aisance. Un brillant avenir est
réservé à cette jeune artiste si elle veut continuer
à travailler.
Les deux élèves de la classe de chant de
M. Bonheur avaient un défaut commun, celui de
forcer la voix dans les registres él«vés.
Signalons enfin une marche turque pour trois
bassons exécutée par les élèves de la classe de
M. Blaes.
L'ensemble de l'audition a été très satisfaisant
et laisse une excellente impression de la solidité
de l'enseignement qui se donne au Conservatoire.
LIEGE. — Le chant de la cloche de M. Vin-
cent d'Indy a été exécutée le 2 février, au
Conservatoire, sous la direction de M. Sylvain
Dupuis. La salle était pleine à s'écrouler. L'œuvre
de bienfaisance qui bénéficiait de la fête, peut se
féliciter.
L'impression générale a été celle-ci : L'œuvre
est magistrale, plutôt cependant d'un maître en
l'art d'orchestrer que d'un maître en l'art musical,
architecture de sons élevant le temple d'une idée.
C'est savant et quelquefois banal ; très fouillé et
les lignes fuient; ce n'est d'aucune école, sans
être néanmoins très personnel; le descriptif y est
délibérément cherché et les parties descriptives
sont les moins réussies, si l'on en e-Kcepte « l'in-
cendie » du cinquième tableau. Il y a de très
grandes beautés, mais noyées dans le détail, détail
plus touffu que riche. Il faut avouer que l'œuvre n'a
guère plu. M. Vincent d'Indy, dans ce Chant de la
cloche^ fait un peu l'impression d'un musicien très
u ferré », ayant de la poésie et qui manquerait
d'esthétique. L'esthétique, c'est la pensée, et ici
la pensée, c'est-à-dire, en somme, l'unité, est
absente ou du moins ne se laisse point suffisam-
ment sentir. Pour tout dire en un mot, il y a dans
cette œuvre, au point de vue de l'art, plus de
beautés que de beauté.
On est empoigné par le début du prologue;
puis l'impression ne se soutient pas. Le tableau
du Baptême est gracieux; celui de l'Amour
(rêverie de 'Wilhelm et de Léonore) contient des
phrases d'une douce et grande poésie, mêlées de
quelque banalité. C'est un des meilleurs passages;
tandis que le tableau de la Fête, avec le défilé
de corporations, sur des rythmes assez quelcon-
ques et donnant l'impression de fantoches, est
incontestablement le moins bon. J'en passe. Le
tableau de la Mort du fondeur Wilhelm a de belles
phrases, superbement chantées par M. Demest.
Le Triomphe final offre assez d'intérêt pour qu'on
puisse trouver dans l'œuvre une réelle gradation.
Le discours de maître Dietrich, u docteur en droit
romain n, aifirmant qu'aucun son ne pourra sortir
^ de la cloche, est d'un fin comique. Quant au con-
voi funèbre, nous voudrions signaler une fois pour
158
LE GUIDE MUSICAL
toutes la maladresse des compositeurs qui inter-
calent dans leurs œuvres le plain-chant liturgique.
Il faut être fort pour porter ce voisinage et résister
à cette comparaison ! Devant l'ineffable poésie et
la grandeur du chant funèbre, In paradisxm, que le
compositeur fait chanter dans le cortège qui porte
le corps du fondeur Wilhelm, sa musique semble
terne, compliquée, fatiguée ; ce qui avait paru
poignant, devient artificiel; or, cette impression
ne lui rend pas justice. Il ne faut pas enchâsser ce
dur et transparent cristal du plain-chant dans la
trame ondulée, moirée, peignée et multicolore de
certaines œuvres contemporaines.
Le son « clair et grave » de la cloche, mise en
mouvement par l'âme du fondeur et qui doit reten-
tir pour terminer l'apothéose du génie de Wilhelm,
a été malheureusement figuré par un bruit de fer-
raille rappelant, à s'y méprendre, les coups de
marteaux sur une chaudière en construction. Ex-
cellente cloche de sabbat! Le passage qui suit, où
« un calme profond renaît dans les esprits », comme
dit le résumé du poème, est le meilleur de toute la
partition.
A part cette malencontreuse cloche, l'exécution
a été ce qu'on devait attendre du zèle et de l'intel-
ligence de M. Sylvain Dupuis. L'orchestre a sur-
monté sa tâche, vraiment rude; les chœurs de la
Légia et des dames amateurs en ont fait autant de
leur côté (les chœurs étaient souvent écrits trop
haut pour les voix).
En somme, soirée artistique et, une fois de plus,
initiative intelligente du directeur des Nouveaux-
Concerts. J. M.
IONDRES. — Le Queen's Hall a rapide-
J ment conquis la faveur du public, et c'était à
prévoir. En cette salle somptueuse, bien éclai-
rée, les auditeurs jouissent d'un confort qui n'est
pas â dédaigner et, par-dessus tout, l'acoustique est
irréprochable. Que faut-il de plus, sinon de bons
concerts, pour lui assurer, avec le succès, de
bonnes recettes.
Mardi dernier, la société « The Bach Choir »,
qui compte environ, chœurs et orchestre, trois
cents exécutants, donnait pour la première fois
une audition de la messe en so/ majeur (op. 46) de
C. V. Stanford, dirigée par le compositeur lui-
même. Cette œuvre renferme maintes parties in-
téressantes et, en première ligne, le Kyrie Eleison.
Quatre mesures, confiées aux cors et aux clari-
nettes d'abord, aux violoncelles et aux basses
ensuite, lui servent d'introduction, et ce motif
reparaît durant tout le développement du Kyrie
en contrepoint, avec l'accompagnement des ins-
truments àcordes, des bois et des cors. Succèdent
cinq mesures, entamées par les chœurs et reprises
aussitôt à la tierce, qui expriment bien une sorte
d'extase. Les moyens employés sont peu recher-,.' i
chés, mais leur grande simplicité donne à l'en-
semble un charme mystique tout particulier. La
seconde partie du Credo et le Sanclus sont aussi des
parties méritantes.
Les soli étaient confiés à miss Esther Palliser,
miss Marie Brema, MM. William Shakespeare et
Norman Salmond.
Le bel orgue, construit par MM. Hill and Son,
est absolument remarquable par le velouté du son
et était joué par M. Fr. Clifie.
La deuxième partie du concert comportait le
finale du premier acte de Parsifal. L'exécution a
beaucoup laissé à désirer, par le manque de pré-
cision, et, bien que ce soit la deuxième fois que le
Bach Choir se fasse entendre dans ces pages ad-
mirables, l'impression générale n'a pas été bonne.
M. Norman Salmond chantait tour à tour les par-
ties de Gurnemanz et de Titurel. M. William
Shakespeare personnifiait Parsifal et M. David
Bispham Amfortas.
Le deuxième concert de cette importante so-
ciété, qui se trouve sous le haut patronage de la
reine, est annoncé pour le i5 mars. On y entendra
la Passion (selon saint Mathieu) de Bach. Cette
œuvre sera interprétée dans le texte allemand.
M"" Fillunger, miss Maria Brema, MM. David
Bispham et Norman Salmond prêteront leurs con-
cours à cette importante exécution.
Au Monday Popular Concert, le quintette de;
Brahms en sol, pour instruments à cordes, op. m.
Lady Halle et MM. Ries, Gibson, Hobday et
Piatti s'y sont fait vivement applaudir. L'impres-
sion a été telle que le quintette a été unanime-
ment redemandé. Il sera redonné au prochair
Saturday concert, le dernier de cette saisor
pour lady Halle. Joachim la remplacera dès Ion
pour les autres» Monday et Saturday audiences n
M. Léonard Borwick a joué d'une façon remar-
quable les Fantasiestûcke de Schumann,op. 12. Ce:
poèmes sans paroles, car je ne puis pas appelei
autrement ces pages colorées qui éveillent ei
notre âme je ne sais quelles émotions de tendresse
d'amour, de passion, ont été jouées avec la comJ
préhension la plus parfaite. L'exécution d<i
M. Borwick le range parmi les meilleurs inter
prêtes de Schumann. Le concert se terminait pa
la sonate en la pour piano et violon, op. 12, n° :
de Beethoven.
César Thomson a fait ici très grande impression
Au dernier London Symphonie Concert, il a jou^
le concerto en la mineur de Cari Goldmark. Cettt[
œuvre remplaçait désavantageusement le concertu
de Brahms que le violoniste avait d'abord annoncé
Son talent a été mieux encore en évidence dan
la fantaisie de Paganini et le Non piu Mesto d
Rossini.
M. Bosse, ancien directeur du Palace Théâtre
a quitté Londres pour prendre la direction d
Brnssels Palace of Varieiy. Bruxelles sera donc dot
à son tour d'une scène où pourront se donner le
ballets anglais, une des grandes attractions de no
théâtres. Souhaitons bonne chance au nouvea
directeur. A. Le Kime.
LE aUIDE MUSICAL
159
MARSEILLE. — « Ce qui doit arriver, ar-
arrive à l'heure dite... « chantent les pro-
phètes d'opéra. Nous avons pu constater la vérité
de cet axiome par l'événement survenu, ces temps
derniers, à notre Grand Théâtre. La direction
Lestellier a suspendu ses représentations et ses
paiements au commencement du mois de janvier.
Comment aurait-il pu en être autrement? Dès la
première heure, les plus mauvaises lées avaient
environné son berceau, et il eût fallu une consti-
tution autrement forte que la sienne pour résister
à leurs malignes influences. Autorité directoriale
partagée entre on ne sait combien d'associés et
de commanditaires, tous plus ignorants les uns que
les autres, en butte encore aux charges écrasantes
d'un règlement ridicule, troupe au rabais, à peu
près sans valeur, et sans action, par conséquent,
sur le public, voilà les belles conditions dans les-
quelles s'était ouverte la saison lyrique chez nous.
Il fallait être fou, trois fois, pour accepter une
telle entreprise, et le fait de s'y être risqué cons-
titue un titre peu à l'honneur de l'intelligence et
du jugement de ceux qui l'ont osé.
A la suite de l'affaire, les artistes se sont consti-
tués en société, et, après bien des peines, ils ont
pu obtenir de la municipalité un adoucissement
notable aux conditions écrasantes du cahier des
charges primitif. Ils ont ainsi rouvert, ces jours
derniers, avec Sigurd, que la présence de M. Reyer
ici a pu les aider à remonter. Mais arriveront-ils
à vaincre le courant d'indifférence du public et à
le ramener au théâtre?...
Cette catastrophe inévitable, que les plus inté-
ressés ont été seuls à ne pas prévoir, vient faire
constater une fois de plus la curieuse fatalité qui
pèse sur les théâtres lyriques et les met régulière-
ment aux mains des gens les moins faits ponr les
diriger et y réussir. Cette fatalité ne frappe pas
d'ailleurs que les théâtres d'opéra; elle s'étend
trop souvent, hélas ! sur toutes les choses de la
musique et de l'art en général — sans compter les
autres encore. Combien d'exemples navrants et
comiques.à la fois nous en pourrions citer, n'est ce
pas?...
Nos deux sociétés de quatuors nous ont donné
à leurs dernières séances, comme œuvres mar-
quantes, d'une part, chez M. Roche, un trio pour
orchestre de Mozart, le douzième quatuor de
Beethoven et un trio pour piano de M. Auguste
Caune. Celui-ci est un auteur du crû, musicien de
tempérament plus que d'acquis, lequel, sans
études spéciales proprement dites, par la seule
force de son goût passionné, par une assimilation
intelligente des belles œuvres, est parvenu à
mettre au jour un certain nombre de productions
importantes, fort supérieures à ce qu'est ordinai-
rement la musique d'amateur. Le trio en question
n'est pas mal, mais le point culminant de l'œuvre
de M. Caune se trouve dans une grande messe
avec chœurs, orgue et orchestre, qui renferme des
pages magistrales et d'une beauté accomplie.
D'autre part, la Société Lautier a donné le sep-
tuor de Beethoven, qui, pour « jeune » qu'il soit,
possède encore bien du charme et fait bien de l'effet,
surtout quand il est entouré de compositions aussi
vides que le quatuor (op. 66) de Rubinstein, ou
aussi pénibles et compliquées que le quatuor en
ré de César Franck, celui-ci, donné de nouvelle
audition. Cette troisième épreuve n'a nullement
modifié mon appréciation sur une œuvre intéres-
sante et élevée certainement, mais recherchée à
outrance, percluse de modulations et d'altérations
à faire saigner l'oreille, bourrée d'intentions et de
combinaisons, mais qui m'apparaît comme le pro-
duit d'un art plus artificiel que vraiment senti,
pénétrant, inspiré.
A nos concerts d'orchestre, tout n'est pas rose
non plus. Là aussi, il est plus d'un esprit égaré et
il se fait plus d'un faux pas. Voilâ-t-il pas que nous
sommes en passe d'être privés de la Neuvième!
Cette Neuvième, qu'on n'a pas entendue ici depuis
dix ans tout juste (et dont nous dûmes l'exécution
alors à un homme de valeur, M. A. Elbert, qui
avait réuni en sa main le théâtre et les concerts
sous une direction, par extraordinaire, artiste et
intelligente), cette Neuvième, dis-je, n'était pas vue
d'un bon œil, — oh, non ! — par notre Société
artistique. On lui reprochait, que sais-je, d'être
bien longue, sans doute, de ne pas « faire le sou «,
peut-être, comme à un sixaple Orphée, ou à quelque
pauvre diable de Bach, de Hœndel ou de Schu-
mann. Mais la presse et les amateurs ont telle-
ment réclamé cette Neuvième, ils en ont si bien
taillé et promené les notes en scie insistante et
lancinante sur les crânes obstinés de nos concer-
tistes, que ceux-ci avaient fini par céder et que
le chef-d'œuvre était promis pour la saison
actuelle. On avait même fait les choses dignement.
Déjà les huit premières symphonies avaient été
dressées comme un noble portique devant le
sanctuaire, préparant l'initiation et le recueille-
ment nécessaires pour y pénétrer.
Quand soudain une difficulté s'élève qui menace
de ruiner tout l'édifice. Qu'est-ce? C'est le quatuor
vocal qui ne trouve pas de titulaires. S'égarant com-
plètement sur la valeur des choses et donnant
cours à sa manie habituelle, le sj'stème d'étoiles
et de vedettes comme éléments attractifs de ses
concerts, la Société avait rêvé de mettre là un gros
d'artistes célèbres, des Reszké, des Engel, des
Krauss, dont l'éclatante et majuscule inscription
sur l'affiche eût fait peut-être quelque effet sur les
gobe-mouches. Pour se rattraper et utiliser ses
étoiles, elle comptait adjoindre au chef-d'œuvre
vénéré une pièce résistante d'autre genre, la Lyre
et la harpe de Saint-Saëns, par exemple, quitte à
gaspiller dans une épreuve maladroite ces res
sources multiples, à disperser, à fausser l'attention
du public sur un programme disparate et trop
copieux. Par malheur, ou par bonheur plutôt, on
a reculé devant le haut prix demandé par les-
"^ dites étoiles. Mais plutôt que de renoncer à son
160
LE GVIDE MUSICAL
idée, plutôt que de chercher autour d'elle, parmi
nous, des éléments plus humbles peut-être, mais
probablement tout aussi satisfaisants, qui doivent
certes ne pas manquer ici, la Société a rayé la
Neuvième de son programme.
Entre temps, nous avons eu en extra le concert
de M. Sarasate et de M™^ B. Marx II faut le dire,
au point de vue de la musique vraie, ce concert a
causé une grande désillusion. Certes, le talent de
Sarasate est considérable, hors de pair, merveilleux,
et il n'y a eu qu'une voix pour le reconnaître et le
célébrer. Mais il n'y a eu qu'une voix aussi pour
regretter le choix malencontreux de l'exécutant, qui
s'est porté sur des œuvres aussi peu dignes de son
talent que des habitudes musicales de notre public.
La presse a été unanimement sévère — maisjuste —
en relevant cette erreur du virtuose. M. Michel
Desgravaz, qui tient avec tant de distinction, de-
puis la mort de M. Ménard, la plume de critique
dans le Journal de Marseille, dit fort sensément :
V Je dois constater que nous avons quelque peu
été traités en provinciaux que l'on éblouit de
clinquant, et non en gens capables d'apprécier les
choses de prix. Nos hôtes ignoraient sans doute
qu'ici fleurissent le concerto et toutes les formes
de la vraie musique et que nos connaisseurs prati-
quants ou amateurs sont légion. C'était peu que la
suite de Raff comme morceau classique, mais
c'était beaucoup qu'une fantaisie sur Carmen,
comme pièce démodée et sans valeur. »
M™° Marx disparaît un peu, au point de vue de
la virtuosité, dans le rayonnement de M. Sarasate.
Il est juste cependant de dire qu'elle a joué avec
un talent gracieux et distingué le concerto en ut
de Saint-Saëns et deux pièces de Liszt.
Enfin, si je vous apprends que le concert annuel
au bénéfice de M. Lecocq a eu lieu avec éclat,
jeudi dernier, agrémenté qu'il a été du concours de
M"° Beumer, votre compatriote, et de M""J.Dri-
von, jeune violoniste d'avenir, qui a joué le con-
certo de Saint-Saëns, j'aurai terminé la série des
faits musicaux survenus chez nous en ce mois de
janvier.
NAMUR. — Le deuxième festival Masse
net organisé par le cercle le Progrés a
réussi au delà de toute attente ; Phèdre, ouverture ,
et la Vierge, légende sacrée, en composaient le
programme. Le souvenir de la première fête con-
sacrée, il y a une dizaine d'années, aux œuvres du
compositeur français actuellement le plus popu-
laire, était tellement vivace que la salle s'était
louée comme par enchantement, malgré les prix
relativement élevés des places, — les premières
se payaient dix francs.
Le maître, qui depuis plus de cinq ans avait
déposé le bâton de direction, a bien voulu le
reprendre pour la circonstance; c'est là un grand
honneur pour Namur. Aussi les cinq cents exécu-
tants réunis à cette occasion se sont-ils surpassés.
On pense bien que dans ces conditions la soir
n'a été qu'un long triomphe pour le composite
et ses interprètes, parmi lesquels il nous fa
mentionner M"" Esther Sidner, dont le be
mezzo et surtout l'admirable diction ont f
merveille dans le personnage de la Vierg
M"* Van Hove. un archange Gabriel non moi
agréable à voir qu'à écouter; la superbe voix
basse et l'interprétation artistique de M. Pielts
et M. J. Richard, le violoncelle solo, qui a t
félicité publiquement par le maître.
On le voit, les Namurois ne garderont pas
moins durable souvenir du deuxième festi\
Massenet que celui qu'ils avaient conservé
premier ; pour que de son côté le célèbre com]
siteur n'oublie pas ses amis de Namur, M. J. I
sel, le dévoué président du Progrès, à qui revif
l'initiative de ces solennités, lui a remis un mag
iîque objet d'art.
Il serait injuste de ne pas remercier M. (
Hemleb, à qui incombait la tâche ingrate de p
parer les études. H. Baltiiasar-Florence
■^ Samedi, M. et M""" H. Balthasar-Florei :
nous ont convié à une audition musicale d: i
leurs salons. L'élite de la société namuroise ■
était donné rendez-vous. M. Balthasar nous a I
entendre une série de ses élèves pianisi ,
Mlles Marie et Gabrielle Bosquet, Olympe (
Béatrice Fallon, Louise de Gaiffier, Gabrii :
Logé et M. Adrien Thibaut, qui tous, à l'éc :
d'un tel maître, ne peuvent manquer d'avoir i
meilleures qualités de virtuosité et de mécanisi ;
La partie de chant était confiée à M"' Cléme s
Balthasar. M"" Clotilde Balthasar, la violoni
a comme d'habitude recueilli sa moisson d'appi
dissements et de bravos.
Pour terminer la fête, la petite Berthe a exéc (
la célèbre tarentelle de Liszt : Venezia e Napoli t
morceau où le maître pianiste s'est plu à accu; i
1er les difiicultés les plus ardues. La jeune
tuose en a triomphé avec un brio et une sii: <
qui tiennent du prodige. L'ovation qui lui a i
faite était bien méritée.
NOUVELLES DIVERSE.
Voici le programme des représentati is
des drames de R. Wagaer qui auront lieu 6t
été au Théâtre-Royal de Munich :
L'Or dji Rhin : n août, 25 août, 8 s -
tembre, 22 septembre.
La Val kyrie : 12 et 26 août, 9 et 23 1
tembre.
Siegfried : 14 et 28 août, n et 25 septem
Le Crépuscule des Dieux : 16 et 3o août
et 27 septembre.
LE GUIDE MUSICAL
161
Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg :
j août, 2, i6 et 3o septembre.
Tristan et Isenlt : 8 et 22 août, 5 et 19 sep-
mbre, 3 octobre.
Pour les billets, s'adresser à M. Josef Seiling,
iiteur de musique, à Munich.
^ On se rappelle l'insuccès de la première
jprésentation de la Walkyrie à la Scala de
[ilan. Cet échec du premier soir s'est trans-
amé peu à peu en un succès retentissant,
endant le mois de janvier, la Scala a joué
ouze fois l'œuvre de Wagner, qui a fait
tiaque fois salle comble, et elle continue d'atti-
3r la foule qui s'y intéresse de plus en plus.
Combien d'autres œuvres très acclamées le
Dir de la première et déjà finies le jour de la
ouzième !
Ainsi, le Falstaff de Verdi vient d'être re-
onné à l'Opéra italien de Saint-Pétersbourg,
t dès la seconde il n'y avait plus personne dans
i salle. C'est le Journal de Saint-Pétersbourg
ui le constate.
Qu'en pense la Gazetta Musicale de Milan,
rès emballée pour Falstaff contre la Walkyrie ?
4m- Nous avons annoncé récemment que
'I. Alfred Ernst d'accord avec la maison Schott
e Mayence et M™^ Cosima Wagner, avait été
hargé de refaire la traduction de la Walkyrie
t des Maîtres Chanteurs. On nous assure que
es héritiers de Victor Wilder, fort mal inspirés
•u conseillés, se sont refusés à tout arrange-
ment avec M. Alfred Ernst et qu'ils se pro-
losent d'intenter à celui-ci un procès.
Un tel procès est simplement enfantin. Les
suvres de Wagner sont aujourd'hui libres au
loint de vue de la traduction, la loi littéraire
Uemande ne protégeant la propriété au point
le vue de la traduction que pendant dix
innées après la publication de l'œuvre.
Quant à l'exécution, les héritiers Wagner
estent seuls maîtres de donner ou de refuser
autorisation nécessaire.
Le plus plaisant est que Victor Wilder lui-
nême a fait naguère usage du même droit que
«s héritiers prétendent aujourd'hui contester à
Vl. Alfred Ernst, et cela en publiant une nou-
'elle traduction de Loliengrin. Il est vrai
lu'elle est moins bonne que celle de M. Nuitter.
^"iappelons que cette traduction fut jouée à Gand
m dépit de la Société des Auteurs, qui du reste
lurait pu s'y opposer en vertu du mandat
général qu'elle tient de Wagner. Mais s'il
alaisait à M""' Wagner d'autoriser le Lohengrin
ie Wilder, rien ne l'en empêcherait.
'^ Au Petit-Théâtre de Saint-Pétersbourg,
il y aura, pendant le prochain carême, une
saison d'opéra français.
Le chef d'orchestre sera M . Colonne et la
troupe est composée de M™e Richard, MM. Van
Dyck, Oudin et Lorrain, pour ne citer que les
artistes les plus connus. Le répertoire com-
prend cinq partitions, dont trois nouvelles
pour Saint-Pétersbourg. M. Colonne donnera
en outre, à la salle de l'Assemblée de la no-
blesse, deux auditions de la Damnation de
Faust de Berlioz, avec le concours du célèbre
ténor Van Dyck.
•1*^ Extrait du feuilleton musical du Journal
de Genève, de Genève où le jeune violoniste
Gerardy s'est fait entendre l'autre semaine :
Les enfants prodiges ne sont pas toujours agréa-
bles à entendre, car on sent trop souvent chez eux
la leçon apprise et l'effort; mais que penser de ce
jeune Gerardy, qui joue à quinze ans (il parait
bien plus jeune que son âge) comme seuls les
grands virtuoses dans leur maturité peuvent le
faire, chantant sur son violoncelle de manière à
émotionner toujours une salle ! C'est une chose
tellement surprenante et anormale qu'on se
demande si l'on n'a pas devant soi quelque futur
Mozart, en constatant avec étonnement que ce
minuscule grand artiste n'a plus rien à apprendre
et connaît déjà tous les secrets de son métier.
Jean Gerardy a exécuté le Concerto pour violon-
celle et orchestre de Raff, avec une merveilleuse
aisance. Sa technique est si extraordinaire qu'il
ajoute sans sourciller toutes les difficultés possibles
à ce concerto déjà très chargé. Mais le vrai pro-
dige, et ce qui impressionne le plus dans le jeu de
l'artiste, quand on pense à son âge, c'est sa
manière de phraser, de chanter les cantilènes.
Les dons les plus rares d'expression et de senti-
ment, cet enfant les possède d'instinct. Aussi le
public (bien que les violoncellistes le passionnent
moins d'ordinaire que les autres artistes) s'est-il
hvré aux manifestations les plus enthousiastes,
acclamant et rappelant à n'en plus finir ce prodi-
gieux virtuose. Après le Concerto, Gerardy a donné
un Aria de Bach, chanté à ravir, et deux pièces
de Popper, la Tarentelle et la Pileuse, prises dans
un mouvement si vertigineux et d'une vélocité si
inattendue que le plus impeccable des accompa-
gnateurs se demandait comment il pourrait suivre
son intrépide sohste. Cette incroyable rapidité
n'atténuait en rien le relief et la parfaite netteté de
chaque trait, et ces pièces familières n'ont jamais
été rendues avec autant de grâce et de facilité.
Dans la Berceuse de Jocelyn (Godard), donnée
ensuite, la mélodie était phrasée avec une expres-
sion tout à fait charmante. Il est bien regrettable
que Jean Gerardy n'ait pas le temps de donner
un second concert, car il aurait fait salle comble.
162
LE GUIDE MUSICAL
Afin de permettre à nos abonnés nouveaux de
participer à nos primes, nous les prévenons qu'ils
pourront souscrire à nos bureaux jusqu'au i^mars,
au magnifique PORTRAIT A L'EAU-FORTE
DE BEETHOVEN, par L. Dake, publié par la
maison L, Dietrich et C'« (hauteur 47 1/2 centim.,
largueur 37 1/2 centim., sans les marges), au prix
de faveur de 20 francs.
La maison G. Gonthier, fournisseur des musées,
rue de l'Empereur, 3i, Bruxelles, nous informé
qu'elle se charge, pour la ville et la province, de
l'encadrement de l'eau-forte de Dake. Prix d'ar-
tistes pour nos abonnés. Maison spéciale pour
encadrements artistiques.
PIANOS ET HARPES
ÉRAED
BRUXELLES : 4, rue Latérale
PARIS : 13. rue du Mail
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
A Paris, Antoine-Joseph-Adolphe Sax, le célè-
bre facteur d'instruments à qui l'on doit l'inven
tion du saxophone et de toute la famille dei
cuivres qui portent son nom et auxquels il apport;
de nombreuses et remarquables améliorations
Les découvertes et les inventions de Sax susci
tèrent une foule de contestations et de contre
façons qui donnèrent lieu entre lui et ses rivaux ;
de multiples procès. Ces contestations, résumée
une première fois, en 1848, sous le titre d'Affaire
Sax, se terminèrent toutes en sa faveur. En com
pensation du tort qui lui avait été causé, une pro
longation lui avait été accordée pour ses brevets
Adolphe Sax avait obtenu de brillantes récom
penses aux différentes expositions de Paris, d
Londres et de Vienne. Il était chevalier de 1:
Légion d'honneur.
Fils de Charles-Joseph Sax, qui s'était lui-mèm
signalé dans la facture instrumentale, A'Jolph
Sax était né à Dinant en 1814.
— A Liège, le 3i janvier, Antoine Dabir
compositeur et organiste distingué, ancien orgs
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleini
Yient de paraître !
IZ EY L
DRAME INDIEN
Armand SILWESTRE et Eugène MORAND
MUSIQUE DE SCÈNE
GABRIEL PIERNÉ
Partition chant et piano, avec un dessin par G. Clairin, prix net, fr. 6 -1
Aubade extraite pour chant et piano . . • • Prix, fr. 6
LE GUIDE MUSICAL
163
niste du séminaire de Liège. M. Antoine Dabin
était l'oncle de M. Amédée Dabin, l'éditeur
liégeois bien connu.
RÉPERTOIRE DES THEATRES^ E^CmTS^
Paris
Opéra. — Du 5 au lo février : Samson et Dalila, les
Deux Pigeons. Faust. La Walkyrie. Salammbô.
Gwendoline. La Korrigane.
Opéra-Comique. — Du 4 au 10 février : Richard
Cœur de Lion, les Dragons de Villars. L'Attaque du
moulin, les Folies amoureuses (matinée); Mireille, le
Déserteur (soirée). Le Pré aux Clercs, la Fille du régi-
ment (matinée); Mignon, les Deux Avares (soirée).
L'Attaque du moulin, les Noces de Jeannette (soirée
populaire). Carmen. Le Flibustier, les Deux Avares.
Carmen.
Concert Lamoureux (Cirque des Champs-Elysées) du
jeudi 8 février, avec le concours de M. J. Vianna da
Matta. — Ouverture du Vaisseau-Fantôme (Wagner);
Prélude du troisième acte de Tristan et Iseult (Wag-
ner); Concerto en mi bémol pour piano (Liszt),
M. Vianna da Matta; Chevauchée des Walkyries (Wag-
ner); Dans les bois (Liszt), Rêve d'amour (Liszt), Soi-
rées de Vienne, n" 3 (Schubert-Liszt), M. Vianna da
Matta ; les Maîtres Chanteurs, prélude du 3' acte,
danses des apprentis, marche des corporations (Wag-
ner).
LES CONCERTS DU DIMANCHE
Concert Colonne (Chàtelet), avec le concours de Sara-
sate et de M^i^Deschamps-Jehin, de l'Opéra ; Ouverture
de Coriolan (Beethoven) ; air du Roi d'Ys : «Lorsque
je t'ai vu soudain » (Ed. Lalo), M'°° Deschamps-
Jehin); Fantaisie écossaise (op. 46) ; Introduction et
adagio, — Allegro (Tanz), — Andante, — Finale (al-
legro guerrier) (Max Bruch), M. Sarasate ; deux mélo-
dies : l'Esclave, — Marine (Ed. Lalo), M""- Deschamps-
Jehin); Parsifal ; prélude du i«r acte, — 2" tableau
du I*'' acte (grande scène religieuse) : Introduc-
tion-marche (orchestre), Entrée des chevaliers. Consé-
cration du Graal, l'Agape, Marche finale (Wagner);
Tannhaeuser, marche et chœur (Wagner).
SALLE DE L'ALHAMBRA (Boulevard de la Senne, Bruxelles)
Dimanche 11 mars 1894, à deux heures
GRAND CONCERT SÏMPHONIÛUE
sous LA DIRECTION DE
SIEGFRIED \A/AGNER
DE BAYREUTH
AVEC LE CONCOURS DE
Mademoiselle KEMP EES
Cantatrice à la Cour de Hollande
L'ORCHESTRE DU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES
PROGRAMME
1. Der Fliegende HoUaender (ouverture) R. Wagner.
2. A) Die XIV Engel, Traumpantomime aus dem Mœrchenspiel
Hœnsel und Gretel . . . • E. Humperdinck.
B) Traume R. Wagner.
(Mlle KEMPEES)
3. Tasso, Lamento e trionfo F. LiSzT.
4. Tannhaeuser, Ouverture und Bachanale R. Wagner.
5. Siegfried-Idyll . R. WAGNER.
6. Tristan und Isolde, Vorspiel und Verklarung ....
(Mlle KEMPEES)
PRIX DES
Dires 8 00 fr. I
Fauteuils d'orchestre. . . . 7 00 »
Balcons 6 00 »
Parquet 4 00 »
Promenoir 3 00 »
PLACES
Deuxième galerie (de face) . . .3 00
Deuxième galerie (i'"' rang numéroté) 2 50
Deuxième galerie . . . . 2 00
Troisième galerie . . . . 1 50
Amphithéâtre . . . . . 1 00 »
BILLETS : Chez M. BREITKOPF k H^RTEL, Montagne de la Cour. 4S. Bruxelles
164
LE GUIDE MUSICAL
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 4 au ii février :
Faust. L'Attaque du moulin. Relâche. Les Hugue-
nots. Orphée. Faust. Relâche
Théâtre des Galeries — La tournée Ernestin.
Alcazar royal. — Bruxelles- Port de mer. Les Planta-
tions Thomassin.
Concert de la Chapelle-Russe (vocale de M™» Nadina
Slaviansky), i3 février. — i" partie : Marche mili-
taire (Nadina Slaviansky); Devant le portail du Kaluga
chant national, arrangé par Nadina Slaviansky); O
jeune homme aux yeux noirs! chant national ; la Mois-
sonneuse, chant champêtre, arrangé par Nadina Sla-
viansky ; George m'aime bien, mère ! chanson co-
mique, petite russienne ; les Adieux du rossignol
(Tschaïkowsky); Viens à moi, sérénade (Dargomijsky)
— 2' partie : Pater Noster (style sévère des couvents
de Kieff, xvi" siècle. Benedictum (Ectenya), soprano
solo : Mischa Tschuriline, un nain de 23 ans. —
3« partie ; Chant et ronde de l'opéra Naïade (Dargo-
mijsky); On ne laissepas Mascha au delà de la rivière,
chant national ; O toi, mon saule pleureur (Worotni-
koff); Jeune fille, voilà les boyards (Dargomijsky); Eu
descendant le Wolga, ancienne chanson des brigands
MÂCKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
Propriétaires des œuvres de Tsehaikovrsky, Gottsehalk, Prudent, Allard
(les Archives du piano et de la célèbre Méthode de piano A. Le Carpentier
Seuls dépositaires de l' Edition Charnot, spécialement consacrée à la musique de violon
P. tschaïkowsky
ŒUVRES POUR ORCHESTRE
Op. 6i. Mozartiana, 4" suite d'orchestre :
N» i Gigue; n» 2 Menuet; no 3Preghiera;
no 4 'Thème et Variations.
Partition 10
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 62. Pezzo Cappriccioso, pour violon-
celle et orchestre :
Partition 3
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 64. Cinquième symptionie, en mi mineur :
Partition 35
Parties séparées 40
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 66. La Belle au Bois dormant, valse
extraite du ballet :
Partition S
Parties séparées 10
Parties supplémentaires i
— La même pour orchestre de bal, par
F. Desgranges ;
Conducteur i
Parties séparées 2
Parties supplémentaires cordes chaque »
— Pot-pourri arrangé par Kleinecke :
Violon conducteur 2
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 67. Hamlet. Ouverture-fantaisie (A. Ed-
ward Grieg) :
Partition i5
Parties séparées 25
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op.ôyiJ's Hamlet, d'après Shakespeare, musique
de scène (ouverture, mélodrames,
marches, entr'actes) :
Violon conducteur 5
Parties séparées i5
Parties supplémentaires cordes chaque 2
— Ouverture extradte :
Violon conducteur .,».,.. 3
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 58. La Dame de pique, pot-pourri pour
petit orchestre, par A. Kleinecke :
Violon conducteur 2
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 59. 'Yolande, introduction extraite :
Partition 2
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires cordes (copiées)
Op. 71. Le Casse-Noisette, ouverture extraite :
Partition d'orchestre 4
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i
— Suite d'orctiestre tirée du ballet le
Casse-Noisette :
Partition 20
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 74. Sixième symptionie :
Partition
Parties séparées
Parties supplémentaires cordes chaque
Marche solennelle
Partition 6
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Roméo et Juliette, ouverture-fan-
taisie d'après Shakespeare :
Partition i5
Parties séparées 25
Parties supplémentaires cordes chaque 2
2' Elégie (18S4) pour instruments à
cordes. Partiton i
Parties séparées
Parties supplémentaires . . chaque »
Hopaque, danse cosaque extraite de
l'opéra Maxefpa :
Partition .......... 5
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
l:e guide musical
165
du Wolga ; Les Forgerons, chant national (Nadina
Slaviansky); Ei Giichouem, ancienne chanson dec
burlaks.
Grande-Harmonie. — Séances de musique de chambre
pour piano et instruments à cordes données par
M"" Derscheid, pianiste, avec le concours de MM. Co-
lyns et Ed. Jacobs. — Jeudi i5 février, à 8 heures du
soir, première séance : Sonates pour piano et violon-
celle ; op. 5, n" I en fa majeur, — op. 5, n" 2 en sol
mineur, — op. ôg en la majeur, — op. io2,n<> i en un
majeur, — op, io2, n" 2 en ré majeur (L. Van Bee-
thoven), M"" Derscheid et M. Jacobs.
Concerts populaires. — Dimanche i8 février, à
I h. 3^, au théâtre de la Monnaie, sous la direction de
M ; Joseph Dupont ; Ouverture du Roi Etienne (Bee-
thoven); Concerto pour violon (J. Brahms), M. César
Thomson ; Dans les steppes de l'Asie centrale (Boro-
dine); les Murmures de la forêt (Wagner); Marche fu-
de Siegfried (Wagner); La Chevauchée des Walkyries
(Wagner).
Berlin
Opéra. — Du 4 au ii février : Tannhœuser. Faust.
Mara, Puppenfee et I Pagliacci. La Walkure. La
Flûte enchantée. Cavalleria rusticana. Gringoire et
Noce slave. La Fille du régiment. Les Maîtres Chan-
teurs de Nuremberg
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — Le lieutenant
de marine.
Vienne
Opéra. — Du 5 au 12 février ; Sylvia et I Pagliacci.
V" Léopold MURAILLE, éditeur à Liège (Belgique
Vient de paraître :
César ThOHîSOÎl, Passacaglla, nach
Haîndel,fur ViolinemitOrchester oder
Clavier-begleitung Mark
2 5o
César Thomson, skandinavisches
Wiegenlied, fur Violine und Orchester
oder Quartett, oder Pianofortebeglei-
tung Mark
SALLE DE LA SOCIETE ROYALE DE LA GRANDE-HARMONIE
81, RUE DE LA MADELEINE, 81
Mardi i3 février i8g4, à 8 Jieures du soir
-A.■C^DITI01^T
DE LA
CHAPELLE RUSSE
(VOCALE)
sous LA DIRECTION DE
M™ Nadina SLAYIANSKY
S'adresser chez SCHOTT FRÈRES, à Bruxelles
Voir le programme au répertoire.
I DE GREEF, A. Valse-Caprice
2 mains • . . fr
— La même pour deux pianos
DREYSCHOCK. Badinage, mor
./. ceau de genre pour piano . .
2 5o
I 25
PETER BENOIT. Concerto (poème),
pour flûte et piano fr. 7 5o
HUBAY, J. Cinq morceaux pour
Violon et piano
(Op. 37, 38, 39)
166
LE GUIDE MUSICAL
La Fête de mai. Hamlet et Noce slave. Werther.
L'ami Fritz et I Pagliacci. Terre et soleil. Le Pro-
phète. Le Franc Tireur.
An der Wien. — Le Maître de forges. L'Etudiant
pauvre.
Dresde
Opéra. — Du 4 au ii février : Obéron. Orphée aux
enfers. Concert. Lohengrin. Marga (première). La
Croix d'Or. La Répétition d'opéra. Pagliacci, Porce-
laine de Meissen. Le Vaisseau-Fantôme.
Munich.
Opéra.— Du 11 au 18 février ; Tristan et Iseult. Jiinker
Heinz ^opéra de R. de Perfall). Otello (avec M. Fumi-
galli). Hasnse! et Grethel. Tristan et Isc-ult.
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A mort inflexible vient de frappai-
le grand artiste au moment où il
touchait la terre d'Egypte. Il y a
trois semaines, notre correspon-
dant de Berlin nous annonçait sa résolution
d'aller demander au doux climat de la vallée
du Nil la guérison de la maladie nerveuse qui
depuis longtemps l'avait affaibli. C'est sur
les conseils de son jeune ami, le composi-
teur Richard Strauss, qu'il s'était décidé à
entreprendre ce long voyage. Lundi, en arri-
vant au Caire, une congestion le frappait
au cœur et il expirait quelques heures
après.
La première nouvelle de cette mort
cruelle, c'est Johannes Brahms qui l'a
reçue à Vienne, lundi soir, et de là elle
s'est rapidement répandue par toute l'Alle-
magne et l'Europe.
Hans de Bulow était l'une des per-
sonnalités artistiques de ce temps et avec
lui disparaît l'un des contemporains immé-
diats et l'un des collaborateurs marquants
de Richard Wagner. Musicien hors ligne,
c'était aussi un esprit supérieur, d'une rare
culture ; on pourrait même dire de lui que
la pénétration de son intelligence a toujours
été de quelques degrés au-dessus de ses
facultés proprement musicales. Soit qu'il
parût au piano comme interprète des
grands maîtres, soit qu'à la tète de l'or-
chestre il conduisît, avec quelle sûreté de
compréhension, les ouvrages des sympho-
nistes classiques ou contemporains, on avait
l'impression en l'écoutant d'une intellec-
tualité exceptionnelle dominant en lui le
sentiment et commandant une conception
de l'œuvre d'art merveilleusement claire et
profonde, mais plus réfléchie que spon-
tanée. Je ne veux point dire par là qu'il
ait manqué de tempérament. Il avait une
énergie singulière, une ardeur entraînante,
et très capable d'enthousiasme, il savait
communiquer au dehors quelque chose du
feu intérieur qui l'animait ; malgré tout, ce
qui caractérisa son jeu et sa direction, ce
fut toujours plutôt la force du sens critique
et la faculté anal3^ique très pénétrante de
son esprit. Et cela s'explique par ses ori-
gines et par son éducation qui fut excep-
tionnellement sévère et universelle.
Hans-Guido de Bulow, né le 8 jan-
vier i83o à Dresde, était fils de Charles-
Edouard von Bulow (i8o3-i853), philo-
logue et romancier d'un rare mérite qui s'est
distingué dans les lettres allemandes par
de nombreuses publications, notamment
celle d'une collection des meilleures nou-
velles de tous les pays, et par des composi-
tions originales dans le goût des romans de
Tieck. Dès son plus jeune âge, Hans de
Bulow avait reçu les leçons du plus fameux
maître de piano de ce temps, Frédéric
Wieck, le père de M^^ Schumann. Déjà
à i5 ans, il jouait avec succès en public, à
Stuttgart, mais comme simple amateur,
son père l'ayant destiné à la carrière
administrative. Il fit, en efl"et, toutes ses
études de droit, d'abord à l'Université de
Leipzig, puis à celle de Berlin.
La musique finit par l'emporter. En
même temps qu'il étudiait le Corpus jitris
et les Pandectes, il avait continué à Leip-
zig ses études de composition avec Mau-
rice Hauptmann, Canfor de l'église Saint-
Thomas, le plus célèbre théoricien de
l'époque et l'ami de Mendelssohn et de
Schumann. Quand il arriva à Berlin, il y
172
LE GUIDE MUSICAL
lut pour la première fois les écrits de Wag-
ner, notamment VArt et la Révolution, qui
devint l'évangile de sa jeunesse.
Esprit frondeur et très indépendant,
Bulow, dès le début, se rangea ainsi parmi
les adeptes de la nouvelle école musicale. A
l'âge de 20 ans, alors qu'il était encore à
l'Université, il publia dans le journal
démocratique de Berlin, VAbendpost, des
articles où il soutenait avec toute l'ardeur
de ses jeunes convictions les tendances
artistiques de Liszt et de Wagner.
Une fois prise la résolution de devenir
musicien, il partit, à la fin de 184g, pour
Zurich, afin de continuer ses études musi-
cales auprès de Richard Wagner, dont il
avait fait la connaissance à Dresde et qu'il
admirait profondément. Son but, en allant
chez Wagner, était de se former à l'art
du chef d'orchestre. On peut lire dans la
correspondance de Liszt avec Wagner, les.
doléances du maître à propos de l'inexpé-
rience du jeune débutant qu'il avait cru
pouvoir recommander à la direction du
théâtre et qui ne s'en sortait pas. Il fallut
que Wagner le suppléât plusieurs fois et il
s'en plaignit à Liszt, avec quelque amer-
tune, en raison des soucis et de la perte de
temps que lui occasionnait cette immixtion
dans les choses du théâtre, dont il voulait
maintenant se tenir éloigné le plus pos-
sible.
Après une année passée à Zurich, Bu-
low partit pour Weimar, afin de se per-
fectionner comme pianiste auprès de Liszt.
En i852, il figura en cette qualité au festi-
val de Ballenstedt que Liszt avait organisé
et dirigé et qui est resté l'un des événe-
ments artistiques marquants de l'époque.
C'est là que Liszt fit exécuter pour la
première fois ses préludes pour orchestre
et la Cène des apôtres de Wagner, dont l'im-
pression fut énorme. Bulow s'y révéla pia-
niste si remarquable, qu'il fut immédiate-
ment engagé pour différentes tournées de
concert, lesquelles devaient aboutir à sa no-
mination de professeur au Conservatoire do
Stern à Berlin (1854). Pendant dix ans, il
conserva ce poste (où il fut remplacé par
Louis Brassin), rendant de fréquentes
visites à Wagner, en Suisse, et à Liszt, à
Weimar, dont il épousa, en iBSy, la seconde
fille, Cosima. Il suffit de rappeler qu'en
1862, à Biebrich, ce fut lui qui joua au
piano la partition de Tristan et Iseult (ré-
duite par lui), lorsque le ténor Schnorr de
Carolsfeld et sa femme vinrent chanter
pour la première fois devant Wagner leurs
rôles respectifs.
Aussi, lorsque Wagner, en 1864, fut
appelé à Munich par le roi Louis II, sa
première pensée fut-elle de s'adresser au
fidèle disciple, devenu à son tour un maître
dans l'art de l'interprétation.
Louis II le nomma paniste de la Cour
et ensuite chef d'orchestre du théâtre.
Ce fut ainsi que Bulow dirigea, en i865,
les quatre premières représentations de
Tristan et Iseult, demeurées si fameuses.
En même temps, le roi Louis II le plaçait
à la tête de la nouvelle école de musique
créée à Munich, sur les indications et sui-
vant le plan d'études élaboré par Wagner.
Ce poste devait malheureusement valoir
à Bulow plus de déboires et de soucis que
de satisfactions et de gloire. En butte,
comme son maître et ami, à des attaques
incessantes des adversaires de la nouvelle
école musicale, Bulow, qui était extrême-
ment nerveux et susceptible, vivait dans un
état d'agitation, qui finit par menacer
sérieusement sa santé. Il dut résigner une
première fois ses diverses fonctions en
1866 et se retira, pendant deux ans, à Bâle,
vivant dans une retraite presque absolue;
mais le roi ra3'ant rappelé, il consentit à
revenir à Munich et il dirigea alors, au
théâtre, les études et la première des
Maîtres Chanteurs, le plus éclatant succès
de Wagner à ce moment. En i86g, il diri-
geait encore la reprise de Tristan et Iseult,
avec M. et M™<= Vogl dans les deux rôles
principaux.
Avec cette reprise coïncident les mal-
heureux incidents qui devaient amener le
divorce de Bulow et la rupture définitive
avec Wagner. Celui-ci, peu après, épou-
sait la femme divorcée de son ami.
Dès lors, Bulow mena à travers l'Europe
une vie errante et ne se fixa plus définitive-
ment nulle part. Après avoir vécu quelque
temps dans la retraite à Elorence, il entre-
LE ÙUIDE MUSICAL
173
prit de nombreuses tournées de concert, en
Allemagne, en France, en Angleterre, en
Belgique, en Italie : il parcourut même
l'Amérique, recueillant partout de prodi-
gieux succès, par sa virtuosité transcen-
dante et l'impeccable clarté de son jeu.
A son retour d'Amérique (1876), il ac-
cepta finalement la direction de l'orchestre
du théâtre de Hanovre, et, trois ans après,
celle d'intendant de la musique à la cour
du duc de Saxe-Meiningen. C'est dans ce
poste que ses remarquables facultés de
chef d'orchestre brillèrent du plus vif éclat.
En peu de temps, il réussit à transformer
ce petit orchestre de Meiningen en une
chapelle de premier ordre, avec laquelle il
alla donner des concerts à Berlin, à Vienne,
à Saint-Pétersbourg et dans un. grand
nombre d'autres villes d'Allemagne et d'Au-
triche. La sensation produite par ces exé-
cutions fut énorme, notamment à Vienne et
à Berlin, où l'on était cependant habitué à
des interprétations orchestrales supé-
rieures. Se souciant avant tout du style des
œuvres, il modifiait sa manière suivant les
exigences de chacune d'elles, et il était
arrivé dans cette voie à faire de son petit
orchestre un instrument d'une souplesse
extraordinaire. Ces tournées orchestrales
eurent cette très grande portée de montrer
ce qu'était l'art du chef d'orchestre et de
mettre ainsi, dans une certaine mesure, un
terme à la routine des Capellmeister en
place.
Après huit années passées à Meiningen,
— il y avait épousé M"'=Schanzer, une tragé-
dienne de grand talent, attachée au théâtre
de Meiningen, et très remarquée dans le ré-
pertoire classique, notamment dans l'Elisa-
beth de la MamS/î^arMe Schiller,— il donna
sa démission à la suite d'un différend avec
le duc et accepta la direction de l'orchestre
du théâtre de Hambourg (1888). Là encore,
ses facultés de chef d'orchestre donnèrent
une impulsion extraordinaire à la vie artis-
tique. Le théâtre de Hambourg fut bientôt
cité comme le plus remarquable de l'Alle-
magne. Bulow y fit reprendre et étudier à
nouveau non seulement les chefs-d'œuvre
classiques, les Iphigénie de Gluck, l'Orphée,
le Fidélio de Beethoven, mais aussi des
œuvres modernes, notamment le Barbier
de Bagdad de Cornélius, la Sauvage appri-
voisée de Goetz, Samson et Dalila de Saint-
Saëns, Benveniito Cellini, Béatrice et Bene-
dict de Berlioz, etc.
Son état nerveux ne lui permit pas,
malheureusement, de rester longtemps à
la tête du théâtre et il se retira pour
diriger alternativement à Berlin et à Ham-
bourg les Concerts symphoniques, fondés
dans ces deux villes par l'imprésario Her-
mann Wolff, et à la tète desquels il demeura
jusqu'à la dernière saison.
Dès lors, il n'était plus douteux pour ses
nombreux amis et admirateurs, que son
état qui, à plusieurs reprises, l'avait forcé à
de grands ménagements, laissait beaucoup
à désirer. Au milieu de la saison dernière, en
efiet, il dut céder son bâton et se soumettre
à un traitement hydrothérapique sévère
dans un établissement des environs de Ber-
lin. Il en sortit quelques mois après, rétabli
en apparence ; il reparut en public aux Con-
certs philharmoniques de Berlin; mais le
bien-être ne fut que passager et, cette année,
il dut renoncer complètement à diriger.
C'est alors qu'il se décida, il y a trois
semaines, à partir pour l'Egypte, où il
espérait trouver la guérison. Il y est mort
et il y sera inhumé.
Comme virtuose du piano, Hans de Bu-
low aura été au premier rang, parmi les
plus célèbres de son époque. Il n'avait pas
la puissance de sonorité et la fougue de
Rubinstein, ni la classicité et le charme
délicat de M™*^ Schumann, ni le charme
poétique étrange de Liszt. Son toucher
n'était pas dénué d'un peu de sécheresse.
Mais il était singulièrement brillant et scin-
tillant. Le mécanisme était d'une perfection
peut-être inégalée et le jeu tout entier d'une
netteté surprenante. A mesure qu'il jouait,
on se sentait plus captivé et l'on était fina-
lement subjugué et saisi par l'esprit même
de l'œuvre qui se réfléchissait dans son
interprétation comme dans un miroir.
C'était en tout un interprête supérieur, un
grand et profond artiste.
Bulow a publié des éditions critiques,
des œuvres pour piano de Bach, Haendel,
Gluck, Scarlatti, Weber, Beethoven, Cra-
174
LE GUIDE MUSICAL
mer, Chopin, etc., qui sont aujourd'hui
classiques. Comme compositeur, il laisse
une partition complète de musique de
scène pour le Jules César de Shakespeare,
neuf cahiers de pièces de piano, quelques
Liedey et des chœurs, une ballade pour
orchestre d'après le poème de Uhland : la
Malédiction du chanteur, enfin un poème
symphonique : Nirwana, qui ont été exé-
cutés aux festivals de l'Association des
artistes musiciens, à Weimar et à Mei-
ningen, et figurent quelquefois aux pro-
grammes des concerts symphoniques en
Allemagne (i). Ce sont des œuvres certes
distinguées, mais qui ne marquent pas
dans la littérature contemporaine. L'in-
fluence de Liszt et de Wagner y est mani-
feste; elles manquent d'originalité et de
personnalité.
Bulow a aussi beaucoup écrit, ayant été
mêlé personnellement à la polémique sou-
levée en Allemagne par lalutte pour et contre
la nouvelle école musicale. Il collabora acti-
vement à la Neue Zeitschrift fur Musik de
Leipzig, de i85ô à 1864 (2), et à d'autres
revues musicales allemandes. Il y a quel-
que dix ans, il a donné des lettres sur ses
voyages aux Signale de Leipzig. Malheu-
reusement, tous ces écrits sont dispersés et
difficiles à retrouver. Ils seraient à relire,
et il est à espérer qu'on en fera une
pubUcation sinon intégrale, tout au moins
choisie; car ils contiennent d'intéres-
santes indications sur le mouvement musi-
cal de ce dei-nier demi-siècle et sont à ce
titre de précieux documents qu'il ne fau-
drait pas laisser perdre. Ils sont pleins,
d'ailleurs, de jugements mordants sur les
hommes et les œuvres du jour et de
réaexions sur les choses de l'art en général
qui méritent d'être retenues.
Bulow était un écrivain très humoristique
et paradoxal, et nombre de ses traits sont
frappants. C'est lui qui, parlant de Saint-
(I)
MaUiicli
en iS"'
Franz Servais a fait exécuter à Bruxelles la
du chanteur à ses Nouveau.x Concerts
(2) Signalons notamment son article sur l'ouverture
pour le Faust de Richard Wagner, qui fit sensation et
qui a été depuis reproduit en brochure.
Saëns dans une de ses lettres aux Signale
(1878), a dit que la meilleure musique alle-
mande, c'est-à-dire sérieuse, Brahms ex-
cepté, se faisait maintenant en France :
jugement sévère pour ses compatriotes,
mais qui n'est pas sans quelque vérité.
C'est lui encore qui classait les compo-
siteurs d'opéra français en deux catégories :
« Ceux qui peuvent enrichir le répertoire
des orgues de barbarie et ceux qui lui font
des emprunts ». De la symphonie en ut de
Mozart il disait qu'elle était la première de
Beethoven, et de la première de Brahms
qu'elle était la dixième de Beethoven. Pa-
radoxe si l'on veut, mais qui, sous sa forme
piquante, marque avec justesse la place
historique des œuvres en question. De
l'humour, il en avait et du meilleur. Je
retrouve dans une de ses lettres aux Signale
cette plaisante boutade : « Quand un livre
et une tête font un carambolage et que cela
sonne creux, ce n'est pas toujours la faute
du livre ».
Malgré sa brouille avec Wagner, — et
cela prouve en faveur de la hauteur de son
esprit, — il ne cessa de prendre un grand
intérêt à l'œuvre de Bayreuth, en faveur de
laquelle il continua de donner des concerts
jusqu'en 1876. Il est vrai qu'à la fin de sa
carrière, après s'être réconcilié avec
Brahms, très méchamment malmené jadis
par lui, il brûla ce qu'il avait adoré et
critiqua avec aigreur les œuvres qu'il avait
tant admirées.
Mais il était alors déjà profondément
atteint dans son système nerveux. Ses
crises de bizarrerie ont donné lieu plus
d'une fois à des incidents comiques ou
pénibles ; rappelons sa conduite dans les
derniers concerts qu'il donna à Berlin, les
petits discours qu'il adressait à un audi-
toire ahuri pour l'inviter « à dédier en com-
mun la Symphonie héroïque au héros pres-
senti par Beethoven : au prince Bismarck » ,
ou pour lui faire honte d'habiter « la capi-
tale-miasme ».
Ses bons mots et ses boutades souvent
impertinentes sont célèbres et ont fait for-
tune. On se rappelle l'incident scandaleux
de son expulsion de l'Opéra de Berlin, par
ordre de l'intendant, M. de Hulsen, parce
LE GUIDE MUSICAL
175
que, peu de temps auparavant, il avait
appelé l'Opéra le Cirque Hulsen. Au mo-
ment où l'huissier l'arrêta et le pria de se
retirer, il repai^tit avec un admirable
phlegme : « Parfait! j'irai chez Renz! »
Quelques jours après l'incident, il donnait
un concert. Accueilli par des applaudisse-
ments frénétiques, il se mit au piano et
préluda en intercalant dans cette improvi-
sation le thème de l'air de Figaro (les
Noces) : « Monsieur le comte veut-il que je
lui joue une contredanse?» Toute la salle
comprit l'allusion et ce fut un immense
éclat de rire.
Unjour, à Hambourg, pendant la répéti-
tion d'une grande œuvre chorale, les dames
du chœur s'étant mises à bavarder, Bulow
se tourna vers elles et, du ton le plus galant,
leur dit ces simples mots : « Mesdames,
nous ne sommes pas ici pour sauver le
Capitole». Le silence se rétablit instantané-
ment.
A Meiningen, il fit redire deux fois de
suite dans le même concert, la Neuvième
Symphonie de Beethoven, parce que le
public ne lui avait point paru prendre à
l'œuvre un intérêt assez éclairé.
Une autre fois, la duchesse de Meiningen
s'étant glissée dans la salle du théâtre pen-
dant une répétition, bien que Bulow eût
interdit de laisser pénétrer personne, ne
pouvant faire expulser la duchesse, il
s'avisa de ce moyen original : il fit avancer
le basson et le plaçant à côté de lui au pu-
pitre, il lui fit jouer d'un bout à l'autre toute
la partie qu'il avait à exécuter dans la sym-
phonie qu'on répétait. Le bassoniste n'en
était pas encore à la fin du premier morceau
que la duchesse s'était esquivée.
De ces anecdotes et de traits de ce genre,
il en court des centaines, et il en est
d''extraordinairement plaisantes . Bulow
avait l'horreur de deux choses : la banalité
et la médiocrité ; et sa causticité n'était que
l'envers du profond respect qu'il avait de
son art.
Aussi, quoiqu'on puisse dire, son nom
restera comme celui d'un artiste doué des
facultés les plus rares. Nul n'a plus ardem-
ment que lui soutenu Richard Wagner dans
sa lutte désespérée contre l'indifférence et
l'incompréhension des contemporains et
bien peu, certes, auront avec plus d'abné-
gation personnelle, de noblesse de senti-
ment et d'esprit servi la cause du grand art,
qu'il suttoujours placer au-dessus de toutes
les questions de personne et d'intérêt.
M. KUFFERATH.
mmÉûâmmtmtmtmBû^mtmtmûS&&tmtmtmtmt
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
"X "TOUS n'allons certes pas nous aviser de
_L> découvrir Fidclio, ni en raconter le
menu. Félicitons M. d'Harcourt de son intelli-
gente initiative ; après le Faust de Schumann,
voici l'œuvre dramatique de Beethoven. Il n'y
a donc pas que Wagner capable de former un
programme intéressant et même nouveau, car
Fidelio est peu connu de la jeune génération,
la dernière reprise datant de quelque temps
déjà.
Sans vouloir analyser ni les pures beautés,
ni les insupportables lourdeurs de cet opéra,
pas plus que revenir sur les défauts du livret,
de l'absence d'action, constatons que l'impres-
' sion a été profonde ; les belles pages, la scène
• des prisonniers, l'air de Pizarre, celui de Flo-
restan, le duo entre Léonore et Rocco, l'ouver-
ture et l'entracte gardent leur éclat, malgré
l'aspect général déplaisant de la partition.
Mettant tout fétichisme à part, il faut avouer
que quand Beethoven se met à être ennuyeux,
il ne l'est pas à demi ; et telles parties de
carrui'e épaisse ou de grâce pesante agacent
particulièrement, venant d'une plume respectée.
L'interprétation est fort bonne. M'ii^ Blanc a
fait du rôle de Fidelio une création remarqua-
ble. Cette jeune artiste s'élève davantage à
chaque occasion. Citons aussi M."Vivette, Rocco,
Furst, Florestan; M^'^ Lovano, Marceline;
MM. Manoury et Berton.
176
LE GUIDE MUSICAL
Mais les compliments les plus chaleureux
reviennent à M. d'Harcourt, qui a dirigé les
études avec un soin tout artistique. Nous avons
été charmé, — ajoutons même surpris, — de la
finesse de l'exécution. Çà et là, se trahissait
encore de la rudesse, de la vulgarité dans le
rendu : ce sont les défauts habituels de l'or-
chestre d'Harcourt ; mais, d'une façon générale,
l'œuvre a été travaillée, répétée, sue et exécutée
avec goût et sûreté. La version que donne
M. d'Harcourt de la partition de Fidelio nous
paraît bien dans le sentiment de l'auteur : beau-
coup d'animation dramatique, des mouvements
expressifs, le rôle de l'orchestre bien défini,
nulle mollesse ni afféterie dans les passages
de charme. En vérité, de telles exécutions vont
nous rendre justement exigeant à l'avenir.
^ M. R.
L'affluence était considérable au Concert-
Colonne du dimanche ii février : on a dû
refuser plus de cinq cents personnes au con-
trôle. C'était le violon magique de Sarasate
qui avait attiré cette foule d'admirateurs de
son talent. Il a exécuté le Concerto de Beetho-
ven, et V Introduction rondo capriccioso de
Saint-Saëns. Le succès a été aussi considérable
qu'au Conservatoire, et, bien que la dimension
de la salle du Chàtelet soit plus grande que
la bonbonnière de la rue Bergère, aucune
note n'a été perdue, tant l'attention de tous
était en éveil! Nous ne reviendrons pas sur les
qualités du grand violoniste, que nous avons
soulignées dans notre dernière chronique.
Dans le Concerto de Beethoven, nous avons
remarqué la perfection de certains staccati
liés, qui ne sont pas indiqués dans la partition.
Nous aurions, au milieu de tous les éloges, à
formuler cependant une critique. Nous igno-
rons quel est l'auteur du point d'orgue exécuté
par Sarasate ; il est peut-être très apte à faire
briller la virtuosité du soliste ; mais, au point
de vue musical, il laisse à désirer, comme
s'éloignant du caractère de l'œuvre beetho-
vénienne.
Dans le même concert, M"« Deschamps-
Jehin s'est fait entendre dans l'air de Marga-
reddu Roi d'Y s, et deux mélodies d'Edouard
Lalo. La voix nous a paru fatiguée ; la justesse
laissait également un peu à désirer. Il ne faut
pas s'en étonner. Depuis que M"i'= Deschamps-
Jehin a été engagée à l'Opéra, elle a eu, comme
tous ses partenaires, à lutter contre l'acoustique
déplorable d'une salle qui détruit rapidement
les plus beaux organes. Et Dieu sait si le sien
était superbe ! Il n'y a aucun remède à cela.
C'est une triste constatation à faire. H. I.
La cinquième audition de musique histo-
rique réunissait trois noms glorieux, Haydn,
Mozart et Gluck. Du premier, la Symphonie
en mi bémol (dite du roulement de timbales),
pas la plus belle, mais une des belles du vieux
maître. Certes, l'interprétation n'en fut pas
mauvaise ; nous y eussions souhaité plus de
rythme et de légèreté, élément essentiel, à notre
avis, dans l'exécution de la musique de Haydn.
La même remarque, quant à l'accentuation
rythmique, s'impose pour l'interprétation du
cinquième acte d'Amiide, de Gluck. Il nous a
paru bien pâle, ce fragment d'un opéra non le
plus « fort 1) de Gluck. L'air final : « Le perfide
Renaud me fuit », est seul empreint de gran-
deur dramatique ; à plusieurs passages, on sent
la déclamation « wagnérienne », si on peut dire
ainsi, parce qu'il n'y a pas d'autre qualificatif :
par exemple, la phrase : « L'horreur de l'éternelle
nuit cède à l'horreur de mon supplice », est
d'un modernisme, d'une justesse d'accent in-
quiétante, troublante. Généralement l'exécution
a paru froide ; je ne sais si on a réveillé com-
plètement le Gluck tragique, terrifiant qui dort
sous les formules surannées et les cadences
parfaites. M"<^Brun alavoixforte etpassionnée;
elle s'est bien tirée du rôle fatigant d'Armide.
M. Mazalliert a été plutôt faible, douceâtre
même.
Mozart était représenté par le célèbre Ave
verum, des fragments d'Idoine'ne'e sans grand
relief, et un Quintette d'archets, pas mal joué,
quoique un peu perdu dans une salle trop
grande pour la musique de chambre.
M. R.
Vendredi dernier, quatrième séance des con-
certs de MM. Lefort, Casella, Gianini et Tracol
à la Société de géographie. Programme inté-
ressant et varié. Très bonne exécution du
charmant Otetto de Mendelssohn dont l'éloge
n'est plus à faire. M. Lefort avait adjoint à son
quatuor, pour cette œuvre, MM. Saïller, Clerjot,
Loiseau et Alard. Le concerto pour deux vio-
lons avec accompagnement du double quatuor
de Bach à vivement intéressé. M. Lefort, dans
une barcarolle et un menuet de sa composition,
s'est montré, comme toujours, un exécutant
impeccable et, ce qui ne gâte rien, excellent
musicien.
M'''= Ador prêtait son concours pour la partie
vocale ; elle a chanté avec beaucoup d'autorité
l'air d'Orphée : J'ai perdu mon Eurydice, et
deux mélodies charmantes; Vxi.ne,\es Berceaux
de G. Fauré, l'autre Malgré moi de Pfeifïer.
Le concert se terminait par Gavotte, Musette
LE GUIDE MUSICAL
177
et Gigue tirés du quatuor n» 8 de J. RafF.
L'exécution a été parfaite. On peut souvent
critiquer certaines des tendances artistiques de
J. Raff, mais on ne peut nier que ses œuvres
n'offrent toujours au moins un puissant intérêt
par leur facture originale. Dubief.
A la Société d'art (ii^ audition), le programme
n'était pas dénué de charme. Nous avons eu
surtout le plus vif plaisir à entendre M. G. Re-
my exécuter fort bien le Concerto pour violon
(op. 29) d'Emile Bernard. Voilà une page char-
mante, très musicale, que Sarasate aurait bien
dû jouer au Conservatoire, à la place de
l'œuvre si dénuée d'intérêt de Joachim Raff.
M. G. Remy a fait entendre en suite pour vio-
lon seul le Prélude et la Gavotte en mi de
J. Bach; il y a déployé une grande dextérité,
et a montré qu'il possède bien la technique
du maître d'Eisenach. Citons encore dans cette
séance une intéressante Marche sympJioniqiie
pour piano à quatre mains de M.Heny Lymien,
deux charmantes mélodies de M. Henry Frêne,
bien dites par M™° Gramaccini-Soubre, deux
morceaux de piano (Scarlarti et Saint-Saëns)
exécutés à ravir par M''^ Marie Dubois, etc..
On a fait une véritable ovation au violoniste
|. Withe, après l'exécution de la Chaconne
pour violon seul de J. S. Bach, à sa matinée
du 14 février (Salons Flaxland). Programme
varié et attachant : Quatuor pour cordes de
Schumann, Sonate pour piano et violon de
Gabriel Fauré, des mélodie de Massenet et
d'A. Thomas, Trio de Diemer. Excellente
interprétation par MM. Diémer, Tracol, Trom-
bette, Casella, M"^ Dubois et M. Withe.
Intéressant concert donné le g février à la
salle Erard par M.Vandœuvre avec le concours
de M"<=s Goetz Lehmann et Marthe Storell.
M. Vandœuvre est maître de son instrument
(le violoncelle); son jeu est calme, très classique.
Au programme, la Sonate pour piano et violon-
celle (op. 5) de Beethoven, œuvre de jeunesse,
la cantilène de Cinq Mars (Gounod) par
M"<= Storell, du théâtre de la Monnaie; Con-
certo de Romberg, Suite de J.-S. Bach, Danses
hongroises de Brahms, par M. Vandœuvre, et
divers morceaux pour le piano par M"<: Gœtz
Lehmann.
Le premier des quatre conccits donnés à la
salle Erard par Sarasate, avec le concours de
M"" Berthe Marx, MM. L. Diemer, Parent,
Van Waefelghem, Delsart et Abbiate a eu lieu
le i3 février 1894, avec le plus vif succès. Au
programme, le Quintette {op. [53) de Schubert,
la Deuxième Suite pour piano et violon [i^" au-
dition) de Goldmark, la Fée d'amour de
J. Raff, et divers morceaux de Chopin, Schubert
et Scarlatti pour le clavier.
Au concert donné par M. Arthur Guidé,
chez Pleyel, on a entendu le trio en ré de
Schumann, par M=>e Hainl, MM. Guidé et
Salmon ; divers morceaux de violon exécutés
avec talent par M. Guidé, entre autres, une
Sîiite de Ries, une pièce d'harmonie assez
heurtée de M. L. Moreau, et un Allegro de
facture soignée, de M. Mathieu.
Le quatuor Remy, Delsart, Parent, Van
Waefelghem vient de fusionner avec la Société
des instruments à vent Taffanel-Turban, pour
donner, avec le concours de M. Diémer, des
séances de musique de chambre qui auront
lieu bientôt chez Pleyel.
Nous apprenons que M. Oscar Commettant,
le critique musical bien connu, vient d'être
frappé d'une attaque d'apoplexie.
BRUXELLES
Dernières nouvelles de Tristan et Iseult :
MM. Stoumon et Calabresi, cédant aux sages
avis de leurs plus clairvoyants amis, se sont
décidés à avouer leur incompétence en wagné-
risme et à faire appel au concours d'un chef
d'orchestre étranger pour mettre au point l'ou-
vrage qu'ils se proposent de donner au public
bruxellois avant la fin de la saison.
Ils ont prié M. Edouard Lassen, maître de
chapelle du grand-duc de Saxe-Weimar, de
venir veiller aux dernières répétitions de Tris-
tan et Iseult et M. Lassen a accepté. Il arri-
vera à Bruxelles le 28 février, si nous sommes
bien informés, et présidera à toute la mise en
scène et aux répétitions d'ensemble.
Félicitons MM. Stoumon et Calabresi de
cette résolution. Ils avaient annoncé la pre-
mière de Tristan pour la fin du mois, persua-
dés que ça se montait aussi facilement que
Jérusalem ou Farfalla. Ils!se sont aperçus à
178
LE GUIDE MUSICAL
temps que sans le concours d'un artiste mieux
au courant qu'eux-mêmes du style de l'œuvre,
ils ne feraient rien qui vaille. Nous espérons
qu'ils se conformeront en tout aux avis que leur
donnera le maître de chapelle de Weimar, qui
fut un des premiers adeptes et l'un des plus
éminents collaborateurs du maître, lors des
premières représentations de Tristan en Alle-
magne; moyennant quoi, il sera possible d'es-
pérer une bonne exécution du grand drame
wagnérien.
En attendant, le régisseur en chef, M. Gravier,
demande à tous les échos d'alentour des rensei-
gnements sur les jeux de scène à introduire
dans ce diable d'opéra à cinq personnages.
Comme il ignore radicalement la musique,
qu'il n'entend pas un traître mot à la par-
tition, il ne sait où il doit faire les passades et
placer les gestes conventionnels qu'il a appris
naguère au théâtre de la Porte Saint-Martin.
On voit le malheureux errer comme un perdu
d'une coulisse à l'autre, demandant au pompier
de service s'il n'aurait point, par hasard, trouvé
la mise en scène de Wagner. Patience ! M. Las-
sen va venir. Il indiquera aux pensionnaires
de MM. Stoumon et Calabresi ce que personne
dans la maison n'est en mesure actuellement
de leur indiquer.
Pour l'orchestre, les répétitions d'ensemble
ont commencé sous la direction de M. Flon,
qui n'est pas encore tout à fait en possession de
la partition et qui se trompe quelquefois de
mouvement, prenant allegro ce qui est marqué
lento, précipitant le mouvement où Wagner
prescrit un ralentissement ; mais ce sont là de
petites erreurs qui ne tirent pas à conséquence
de la part d'un chef d'orchestre aussi convaincu
de ses mérites que l'est M. Flon. Quand il
aura répété une dizaine de fois chacun des
trois actes, il saura à peu près ce que Wagner
a voulu faire exprimer à l'orchestre, et s'il n'a
pas compris, M. Lassen lui expliquera le néces-
saire.
Quant aux chanteurs, ils ont appris leurs
rôles avec M. Léon Dubois, le seul, il faut le
dire, qui possède l'œuvre pour l'avoir étudiée
consciencieusement. Ce pauvre M. Dubois a
été mis fort à contribution et il n'est pas encore
au bout de ses peines. Pour M. Cossira, on
trouvait, au début, le rôle un peu dur et l'on
avait songé à ne lui laisser chanter que les
parties lyriques ; on avait arrangé une par-
tition toute tailladée, où l'on avait supprimé
presque tous les passages récités ! Heu-
reusement, l'excellent ténor est vite revenu de
sa première impression. On coupera, mais in-
finiment moins que n'avait désiré d'abord le
Tristan de la Monnaie.
Voici à peu près dans quel état la partition
déchiquetée sera présentée au public.
Au premier acte, pas de coupure.
Au deuxième, suppression de tout le dialogue
entre Iseult et Tristan, sur le Jour et la Nuit,
soit de la page i34 à la page i5o de la partition
française ; trois pages dans la déploration du
roi Marke à la fin de l'acte : de la page 192 à
la page 194.
Au troisième acte, on coupe non seulement
tout le passage où Tristan maudit le lour (de
la page 219 à la page 223), coupure autorisée
par Wagner, mais encore toute la « Malé-
diction du philtre », le point culminant de la
scène de l'agonie et de l'œuvre (de la page 241
à la page 245). M. Cossira déclare qu'il ne
peut chanter cette imprécation, qui, du reste,
fait longueur, selon M. Stoumon. Total géné-
ral, vingt-sept pages, d'une partition qui en
compte trois cents tout au plus. Cela fait dix
pour cent, à peu près.
Si regrettables que soient ces coupures, nous
nous consolons en nous disant que ce qui
aura été coupé ne sera pas massacré. D'ailleurs,
peut-être la conscience artistique de M. Lassen
se refusera-t-elle à ces mutilations. Peut-être
aussi se dira-t-il que le théâtre de la Monnaie
étant une scène provinciale, il ne faut pas se
montrer trop exigeant
Quoi qu'il en soit, voilà la date de la pre-
mière, que de nombreux lecteurs nous deman-
dent de leur indiquer, vraisemblablement
ajournée.
M. Edouard Lassen n'arrivant que le 28 fé-
vrier, il n'est pas probable que l'œuvre soit
prête avant la seconde quinzaine de mars.
M. K.
Une n;ention toute spéciale est due, parmi
les soirées musicales de la huitaine, à la pre-
mière séance de musique de chambre du qua-
tuor Crickboom, Angenot, Hans et Merck,
donnée, il y a huit jours, à la salle Kavenstein.
Elle a été charmante et vraiment pleine d'inté-
rêt, par la spontanéité, la fraîcheur, le 13'risme
généreux, la grâce de l'exécution. Gioventu
primavera délia vita! C'était printanier et
jeune. Il y a à la tête de ce petit quatuor, — je
dis petit par opposition au quatuor des grands,
Ysaye, Van Hout, Jacob, — un jeune violo-
niste, déjà très coté depuis quelque temps et
qui est en passe de se placer tout à fait en bon
rang, M. Crickboom. II a un joli son, pur et
pénétrant, une remarquable justesse, du méca-
LE GUIDE MUSICAL
179
nisme, du rythme, et avec cela un feu, une ar-
deur, qui sont entraînants et qui révèlent une
âme d'artiste. Le quatuor en fa de Beethoven
n'est pas un des plus faciles de la série, encore
qu'il soit l'un des plus mélodieux ; sous la con-
duite de son jeune chef, le quatuor en a donné
une exécution remarquable par toutes sortes
de qualités séduisantes : bon ensemble, sonorités
intelligemment graduées, nuances bien com-
prises et sentiment excellent. Nous aurions
donc enfin un quatuor à Bruxelles, un
quatuor, désireux de se faire connaître et
d'aller de l'avant ! Il importe que le public,
j'entends les vrais amateurs, encouragent de
toutes leurs forces ce jeune quatuor, qui nous
promet d'excellentes soirées de musica di
caméra, le fin du fin de la musique. M. Crick-
boom a fait entendre dans cette soirée la sonate
pour piano et violon de Guillaume Lekeu, le
jeune compositeur verviétois mort si tristement
à Angers. Il l'a jouée avec beaucoup d'âme et
de virtuosité, ayant pour partenaire au piano
M"e Louisa Merck. Certes, cette sonate n'est
pas une œuvre parfaite : elle débute par un
mouvement lent, qui est plein de choses épou-
vantables, non musicales, de chocs d'harmonies
et de thèmes qui jurent de se trouver ensemble.
Triste résultat d'un wagnérisme et d'un franc-
kisme mal digérés. Mais, à côté de ces bizarreries
voulues, surgissent des phrases pénétrantes,
d'allure très personnelle et d'un caractère sin-
gulièrement poétique. La seconde partie, très
« lente », une sorte de rêverie très expressive
et très sombre, est particulièrement remar-
quable par la hauteur de la pensée et le carac-
tère de l'ensemble. L'audition de cette œuvre
a vivement impressionné l'auditoire et augmenté
encore les regrets causés par la mort préma-
turée de l'auteur. Notons encore dans cette
séance les Fantasiestûke de Schumann pour
violoncelle, jouées avec élégance et goût par
M. Henri Merck, accompagné excellemment
par sa sœur, M"^ Louisa Merck.
Jeudi, à la première des séances organisées
par M'i'^ Derscheid, M. Edouard Jacobs a joué
avec celle-ci les cinq sonates pour violoncelle
de Beethoven. Entreprise hardie, mais qui a eu
déjà des précédents. Il y a deux ans, à Saint-
Pétersbourg, M. Auer avait de même passé en
revue la série complète des sonates pour violon.
Celles pour violoncelle n'occupent pas dans
l'œuvre de Beethoven une place aussi impor-
tante, mais la série comprend deux composi-
tions de tout premier ordre : la grande sonate
en la et la deuxième sonate de l'opus 102 (en
y^' majeur) dont l'adagio est une des plus hautes
inspirations qui soient tombées de la plume
de Beethoven. Et cependant, cette dernière est
peu connue. Ce n'est pas un morceau de vir-
tuosité ; alors on ne le joue pas, il ne plairait
pas au public. Il faut louer M. Ed. Jacobs et
Mi'e Derscheid d'avoir porté cette œuvre à leur
programme : leur initiative a été récompensée.
Cette sonate a fait une profonde impression sur
l'auditoire et elle aura été le meilleur succès de
la soirée. De l'interprétation, il nous suffira de
dire qu'elle a été sage et correcte. Çà et là, on
eût aimé un grain de poésie dans la partie d&
piano. Mais le programme était également écra-
sant pour les deux partenaires et l'on ne peut
assez admirer la vaillance avec laquelle ils se
sont acquittés de leur tâche. M. K.
Abondance de concerts cette semaine, et de
la musique nationale par-dessus le marché. Pas
toujours agréable, la musique belge. Chauvi-
nisme à part, on doit noter cependant l'intéres-
sante audition donnée par M. Jokisch. On y a
ente 1 du un trio assez terne de M. E. Philips,
bien joué cependant par M. O. Jokisch,
M. J. Jacob et l'auteur, une sonate pour piano
et violon de L. de Lantsheere, jouée sincère-
ment par M. O. Jokisch et M"e Derscheid. Au
demeurant, malgré des longueurs et des
reprises inutiles, l'œuvre est intéressante et
d'un auteur qui promet. Des retours de thème
rendent l'allégro monotone, mais l'adagio et le
finale font impression. Pour finir, un concerto
de M. Jokisch, qu'il a exécuté lui-même avec
cette correction, cette simplicité, cette pureté
de son que l'on a toujours admirées chez lui.
Concerto plein de beautés, hérissé de difficultés
que M. Jokisch a enlevées avec brio, et qui lui
a valu un succès mérité.
Au Conservatoire, à la deuxième séance de
musique de chambre pour instruments à vent,
un beau quintette de Onslow pour flûte, haut-
bois, clarinette, cor et basson, exécuté par
MM. Guidé, Merck, Anthoni, Poncelet et
Neumans avec leur correction habituelle; une
ballade de Schubert ; un lied très original de
Vincent d'Indy, merveilleusement exécuté par
M. Van Hout, un véritable artiste qui a le tort
de ne pas se faire entendre plus souvent.
M"'^ Kempees que nous avions déjà entendue
au concert Jokisch, a chanté l'air de Samsoii et
Dalila de Saint-Saëns, des mélodies de Bœhm-
Grieg et Brahms. Malheureusement, cette can-
tatrice étrangle le son ; elle manque de
charme, le médium est absent, la diction
bonne mais exagérée ne peut y suppléer. Elle
180
LE GUIDE MUSICAL
a obtenu cependant du succès. On a terminé
par le Triptyque syviphonique de Jan Blockx,
comprenant un Jour des morts pour quatuor
et piano, d'une couleur très flamande, et d'une
gaieté, peu en harmonie avec la fête de
novembre : un Noël pour hautbois, cor an-
glais et basson, très peu pastoral et encore
moins divin ; un Jour de Pâques par les deux
groupes d'instruments réunis. D'un joli dessin
mélodique, cette dernière partie suggère des
idées de saturnales et de danses populaires.
La Kwartet Kapel d'Anvers, dirigé par
M. Smit, a donné une séance au Cercle
des Arts et de la Presse, au cours de laquelle
on a entendu des œuvres d'Ed. Keurvels,
Peter Benoit, Wieland; un nouveau quatuor
pour piano, violon, alto et violoncelle de
A. Wilford, comportant un andante de beau-
coup d'allure et un intermezzo très original.
Du même auteur, des mélodies nouvelles bien
interprétées par M"= Kernitz, du grand-Théâtre
de Gand, qui ne possède qu'une petite voix,
mais qui s'en sert en artiste. On a entendu
aussi M. A. Baets de l'Opéra flamand, qui a
chanté d'une voix de baryton bien timbrée et
très expressive l'air du chevalier Arnold de la
Yolande d'E. Wambach et une sérénade avec
quatuor de G. Wagner.
L'audition de la Chapelle russe a été une
désillusion pour ceux qui ont entendu jadis à la
Monnaie et à l'Eden-Théâtre le chœur de M . Sla-
viansky d'AgreniefF. Le groupe actuel se com-
pose d'une vingtaine de jeunes garçons aux traits
rudes et aux cheveux étranges, de quelques
hommes, ténors et basses, tous dirigés par
M™"^ Slaviansky, laquelle se charge aussi des
solos, qu'elle chante d'une voix perçante et pas
agréable du tout. Programme très chargé ; bor-
nons-nous à citer les Adieux du rossignol de
Tschaïkowski, œuvre très gracieuse et qui
gagne à être interprétée par des chanteurs
du pays, un Pater noster du xvi^ siècle,
style sévère des couvents de KiefF, des œuvres
curieuses de Dargomisky, dont une Jeune fille
voilà les Boyards, est à retenir et En descen-
dant le Volga, l'ancienne chanson des pirates
du Volga, très connue et qui a obtenu du succès
quoique mal chantée. N. L.
Samedi passé, lo février, avait lieu, à la
Grande-Harmonie, un concert à grand or-
chestre consacré aux œuvres de M. Louis Van
Dam. Cette séance avait attiré un public nom-
breux, qui a fait au sympathique pianiste-com-
positeur et à ses interprètes le plus franc suc-
cès.
M. Seha a dirigé un andante et scherzo pour
instruments à embouchure, bien exécuté.
L'auteur a ensuite dirigé avec expérience et
habileté une suite pour grand orchestre, très
intéressante. Ces scènes et impressions rus-
tiques dénotent un véritable tempérament de
compositeur, plein de passion et de lyrisme. On
eût souhaité parfois plus de personnalité ; les
réminiscences wagnériennes et autres se mani-
festent avec un peu trop de netteté. Mais
l'allure est vraiment superbe et l'orchestration
est d'une richesse rutilante ; on a surtout
applaudi la pittoresque Danse des laboureurs
et un Orage, magistralement écrit. M'i^ Calle-
mien a fort bien chanté la Cloche du soir et
V Etoile cachée, et M. Verboom Pour un seul
mot et Nuit tombante, cette dernière mélodie
sur un texte de M. L. de Casembroot ; malheu-
reusement, M. Verboom articule d'une façon si
défectueuse qu'il était impossible de compren-
dve un mot de ce qu'il chantait. M"<= Lefebvre-
Buol a interprété la Colombe envolée et les
Clochettes bleues; M^'Lefebvre-Buol dit bien,
mais sa voix est mal posée. Les mélodies de
M. Van Dam ont beaucoup de grâce, de fraî-
cheur et de sentiment ; à soigner, par-ci par-là,
la déclamation musicale. M"« Kufferath a inter-
prété un Aria -pour violoncelle, et M. Fontaine,
— un tout petit bonhomme, qui possède
autant de talent que de crânerie, — a joliment
joué quelques charmantes pièces pour piano,
au i:ombredesquellesifis7o^/£i', Danse ei\a.h\er\
connue Sérénade d'Arlequin. Il convient, en
terminant, de féliciter M. Van Dam, non seule-
ment de son talent de compositeur, mais encore
de la courageuse initiative dont il a témoigné
en organisant, pour nous faire entendre ses
œuvres, un concert de cette importance. Il ne
peut que s'applaudir du beau résultat auquel il
est parvenu. E. C.
Aux Galeries, M. Maugé a convoqué ces
jours derniers la presse à venir revoir la Tour-
née Ernestin. La première représentation avait
été languissante à cause delà longueur exagérée
des entractes et de certames scènes épisodiqucs
qui ne comptaient point parmi les meilleures.
Grâce à une disposition pratique des décors, et
notamment du navire du deuxième acte, équipé
maintenant avant la représentation, grâce à
des coupures habilement faites, la pièce de
Gandillot, jouée avec beaucoup de verve,
constitue à cette heure un spectacle amusant,
varié, pittoresque et qui obtient grand succès.
Mercredi, changement de spectacle : pre-
mière de Sainte-Frcya.
LE GUIDE MUSICAL
181
M. Léopold Wallner ainsi que nous l'avons
annoncé, a repris ses conférences didactiques
sur l'histoire du piano dans les salons de
Mme Pauline Desmedt. La dernière causerie
de l'éminent professeur a été consacrée à
Cramer, Hummcl, Hassler, Tomaschek, dont
M""^ Hoeberechts a joué, en excellente musi-
cienne, diverses compositions fort intéres-
santes. La prochaine causerie de M. Wallner
sera consacrée à Mozart.
On prête à la direction du Théâtre-Fla-
mand l'intention de faire venir en représen-
tations au théâtre de la rue de Laeken, la troupe
complète et l'orchestre de l'Opéra-Flamand
d'Anvers. La grandeur de l'entreprise est de
nature à laisser des doutes. Mais les Flamands
nous ont habitués â des coups d'audace. Le
répertoire serait déjà désigné. Le Freischutz,
version originale, le Vaisseau-Fantôme de
R. Wagner, Meilief, le nouvel opéra comique
de Benoit, la Méliisine d'E. Wambach, la
Parisina d'Ed. Keurvels, etc., etc. Voilà qui
ferait réfléchir les habitués du Théâtre de la
Monnaie, et qui ne fera pas sourire MM. Stou-
mon et Calabresi.
•f
Pour rappel, aujourd'hui, à i h. 1/2, au
théâtre de la Monnaie, troisième Concert popu-
laire, avec le concours de M. César Thomson,
qui exécutera trois morceaux, dont le concerto
de Goldmark. Ces morceaux seront accom-
pagné par M™<= G. Delhaze, professeur au
Conservatoire de Liège. Le concert sera ter-
miné par l'exécution d'œuvres de Wagner.
Demain lundi, au Cercle artistique, soirée
musicale, dans laquelle se feront entendre
M. César Thomson, violoniste, M"'=Courtenay-
Thomas, cantatrice, et M™« Delhaze, pianiste.
CORRESPONDANCES
ANVKRS. — Nous avons eu, mardi dernier,
une brillante représentation à TOpéra-Fla-
mand. Le monde élégant s'y était donné rendez -
vous, pour fêter la charmante bénéficiaire M"" Le-
vering.
C'était justice, car cette jeune artiste ne fait pas
seulement honneur à notre école de musique, mais
encore contribue-t-elle d'une façon marquar.te au
bel ensemble qui fait un des principaux attraits de
notre jeune institution lyrique flamande.
M"' Levering avait fait choix du Freischutz^
œuvre qui a toutes les syinpathies de notre public.
Si depuis ses débuts, MH" Levering a créé avec
succès d'autres rôles, il n'en est pas moins vrai
que celui d'Agathe convient admirablement à sa
nature tranquille. L'artiste peut y déployer toutes
les ressources de l'art vocal, sans trop s'occupjr
des effets scèniques
Son succès a été aussi grand que mérité; ni
fleurs ni cadeaux n'ont manqué pour prouver à la
jeune artiste combien lui est acquise la sympathie
du public.
Avec la première de Mélusine le drame lyrique
recommencera ses représentations, un monent
interrompues par les nombreuses répétitions occa-
sionnées par la mise à l'étude du Vaisseau-Fantôme.
Nous aurons après cela het MeilieJ, cette œuvre
poétique dont la petite ville flamande Iseghem a
pu saluer la première.
Au dernier concert de la Société de Symphonie,
on a beaucoup applaudi M"" J. Flament, dont la
voix ample et sonore a vivement impressionné
l'auditoire
L'orchestre a exécuté la 5'- symphonie de Bee-
thoven et l'ouverture des Noces de Figaro.
Les sections des finances et des beaux-arts
du conseil communal d'Anvers se sont réunies
pour examiner la question des représentations
wagnériennes pendant l'Exposition.
On connaît les propositions faites à la ville
par les impresarii de cette tournée, dans
laquelle figurent le ténor Van Dyck et un
orchestre dirigé par M. Richter. Ils demandent
que la ville garantisse le résultat financier de
l'entreprise à concurrence de 100,000 francs.
La demande ainsi formulée a été repoussée.
La ville d'Anvers aura à supporter, à l'occasion
de l'Exposition, de très grands frais, et elle n'a
pas cru pouvoir s'engager pour une somme
aussi importante.
Quelques conseillers se sont montrés dis-
posés à voter un subside moins considérable,
25,000 francs, par exemple, à la condition que
le gouvernement intervienne à son tour ; mais
il n'est pas certain que le conseil communal se
rallie à cette manière de voir.
AMSTERDAM. — Le premier concert du
Wagner- Verein, donné au théâtre du Parc,
sous la direction de M.Viotta, comprenait le troi-
sième acte de Lohengrin et des fragments des
Maîtres Chanteurs. M Viotta avait donné tous ses
soins à l'exécution, surtout orchestrale. Les
solistes, malheureusement, n'ont guère dépasse la
médiocrité, et, sous ce rapport, nous préférons de
beaucoup M""' Barety à M""^ Louise Mulder, notre
compatriote, une chanteuse wagnérienne attachée
au théâtre de Stuttgart. M. Hans Schmidt, de Mu-
nich, n'a pas été non plus à la hauteur de sa tâche,
et c'est encore le ténor Anthes, de Dresde, i|ui
nous a produit la meilleure impression. Quant aux
chœurs et à l'orchestre, il n'y a que des éloges à
leur décerner, et, à cet égard, M. Viotta nous
a donné une exécution supérieure dans tous les
détails.
Autre exécution fort intéressante, dimanche
182
LE GUIDE MUSICAL
dernier, dans l'église luthérienne, par le petit
chœur a Capella, dirigé par M. Averkamp et qui,
quoique inférieur en nombre, n'est certes pas
inférieur, au point de vue du style, au chœur dirigé
par M. De Lange. Le 2 février, il y avait trois
cents ans que Palestrina est mort; et, en com-
mémoration de cet anniversaire, M. Averkamp
avait composé un programme des œuvres les plus
importantes du maître italien. Il nous a fait enten-
dre dans d'excellentes conditions la Missa Assumpia
est Maria (exécutée pour la première fois en i588),
un offertoire, trois Responsaria et le Cantique des
Cantiques, à.oïi\. l'exécution a été écoutée avec autant
d'admiration que de recueillement. Certes, nous
devons savoir gré à M. Averkamp de l'idée, si
heureuse et si intéressante, d'avoir fait revivre
Palestrina parmi nous.
En fait de nouveautés symphoniques, aux con-
certs philharmoniques, M. Kes nous a fait enten-
dre une œuvre fort originale de Grieg. intitulée
Musique pour le drame « Sigurdjorsalfar » de Bjôrnson.
Les solistes de ce concert étaient M""^ Clotilde
Kleeberg et le chanteur Perron, qui jouit en Alle-
magne d'une grande réputation, mais très surfaite
d'après ce que nous avons entendu de lui. Il a une
jolie voix de baryton, mais lajustesse laisse beau-
coup à désirer, et, dans les Lieder surtout, sa dic-
tion et sa manière de phraser n'ont pas su nous
plaire. Quant à M"'' Kleeberg, c'est une pianiste
de talent, de beaucoup de talent même, et elle a
eu un joli succès, plus grand même que celui
obtenu dernièrement par M"" d'Albert (Teresa
Careno).
Je ne vous parlerai pas du véritable déluge de
concerts d'artistes indigènes, d'exécutants sentant
le terroir, dont nous sommes accablés cet hiver.
Je signalerai seulement la septième soirée de la
série des concerts Beethoven, où M. Rôntjen a
joué dans la perfection, avec M. Kes, la célèbre
Kreuzer-Sonate. Au même concert, M. Kes a dirigé
la Pasioraît (1808) et l'ouverture die Weiie des Hau-
ses (1822). Public d'élite et très grand succès,
La Société pour l'encouragement de l'art musi-
cal donnera, l'été prochain, au mois de juin, un
grand festival, qui durera trois jours, à Utrecht,
sous la direction de Richard Hol. On y exécutera,
entre autres, le nouvel opéra biblique Moïse de Ru-
binstein, que le célèbre maître russe viendra diri-
ger lui-même, la Neuvième Symphonie de Beethoven
et les Béatitudes de César Franck.
Au prochain concert de la même société, à La
Haye, on exécutera la Damnation de Faust, avec le
concours de deux chanteurs belges, MM. Demest
et Heuschling.
L'Opéra-Français de La Haye, qui ne joue plus
régulièrement à Amsterdam, ne nous a donné
qu'une reprise du Capitaine Noir de Mertens.
Une nouvelle revue musicale néerlandaise vient
de paraître à Amsterdam, sous la direction de
MM. van Millingen, l'heureux auteur de Brinio, et
Hugo Nolthenius, un dilettante fortuné. Elle est
intitulée Weekblad voor rnuzieh.
Les journaux néerlandais se sont émus d'une
nouvelle donnée par quelques journaux belges, au
sujet de la composition du jury au prochain con-
cours de chant international, qui aura lieu à Mons,
au mois de juin, et dans lequel ne figure qu'un
seul étranger, M. Massenet, tandis qu'aucun Alle-
mand ou Néerlandais ne sera invité à y siéger. Le
Vaderland écrit que, si la nouvelle est vraie, l'Alle-
magne et les Pays-Bas devront protester contre
cette mesure arbitraire et blessante.
Intérim.
BERLIN. — Aux deux derniers Concerts
populaires, dirigés par Mansteadt, les ouver-
tures de Don Juan, de Husitzka (Dvorak), de if ie«2i,
de Coriolan, du Tannhceuser, la Krônungsmarch de
Tschaïkowsky, la Rhapsodie norwégienne de Lalo, le
ballet de BoaJAV (Moszkowsky) et une fantaisie
ouverture de Berger, que Richard Strauss avait
déjà dirigée au dernier grand concert philharmo-
nique.
Le dernier concert philharmonique n'a pas été
un des plus intéressants de la saison. M. Schuch,
indisposé, a été assez heureusement remplacé par
M. Richard Strauss, de Weimar. L'exécution de
la Pastorale, la pièce de résistance du concert, n'a
pas répondu à mon attente : les basses beaucoup
trop lourdes dans la première partie ; le scherzo et
l'orage pris trop lents. Comme nouveauté, une
fantaisie-ouverture pour orchestre de M. Berger,
Américain de naissance. Cette œuvre, beaucoup
trop longue, est bien orchestrée, mais elle manque
d'originalité.
On ne pourrait faire ce dernier reproche au
poème symphonique Don Juan de Strauss, dirigé
avec beaucoup de feu par l'auteur. Ici, beaucoup
d'originalité, mais peu de sincérité; c'est de la
musique fort intéressante, mais qui n'émeut pas.
Le soliste du concert était Moritz Rosenthal,qui
a exécuté le concerto de Liszt (en mt bémol) en
grand artiste. Depuis deux ans, Rosenthal a fait
d'immenses progrès au point de vue de l'expression,
il faut le reconnaître. Sa prodigieuse technique
passe maintenant au second plan. Le pianiste,
rappelé plusieurs fois, n'a pas voulu se rasseoir
au piano. Tout le monde l'a regretté.
Au prochain concert, comme nouveauté, le
prélude du Rtibis d'Eugène d'Albert. Soliste, Lili
Lehmann.
C'est Wagner qui, maintenant, compte le plus
grand nombre de représentations à l'Opéra (natu-
rellement hors concours... Leoncavallo et.. Mas-
cagni). Depuis octobre, nous avons eu environ
deux drames de Wagner par semaine. Mercredi
dernier, avait lieu la Walkiire, avec la Sucher;
dimanche prochain, les M eister singer, avec Gôtze,
et mercredi, le Vaisseau-Fantôme.
A la Philharmonie, salle Bechstein, à la Singaca-
démie, foule de récitals : Hugo Heermann, de
Francfort; d'Albert et sa femme ; Clotilde Klee-
berg et Emilie Marhûse, de Paris ; Waldemar
LE GUIDE MUSICAL
183
Meyer, Stavenhaguen et sa femme; la chanteuse
Albani, etc., etc.
Très intéressante la quatrième et dernière
Kammermusik de Franz Rummel : Un nouveau
sextett (op. 6) pour piano et instruments à vent de
Thuille, jeune compositeur autrichien. L'adagio
et le finale m'ont surtout plu. La gavotte, rempla-
çant le scherzo, est d'allure trop vulgaire; le pre-
mier allegro a de l'élan, malheureusement son
thème principal est la reproduction exacte du
début du concerto pour piano en si bémol de
Brahms. Les Lieder du même compositeur, admi-
rablement interprétés par M"'" Herzog, de l'Opéra
(ainsi que des Lieder de Brahms, Schubert, Schu-
mann) ont du charme; ils ont eu beaucoup de
succès MM. Rummel et Berber ont joué la gra-
cieuse sonate en sol (op 96) pour piano et violon
de Beethoven, et, avec MM. Mûller et Dechert,
le quatuor en mi bémol (op. 47; de Schumann ;
interprétation très correcte. E. B.
("^ AN D — La saison théâtrale touche à sa fin.
^ Les dernières semaines ont été des plus
mouvementées . Pendant tout l'hiver, les Gantois
ont boudé le théâtre, et la campagne, certes, a été
peu brillante au point de vue financier. La direc-
tion s'est vue obligée de réduire, de commun
accord avec les artistes, les appointements de tous
les grands emplois. D'autre part, le conseil
communal a longuement examiné la question de
savoir si la municipalité ne pouvait rien faire pour
aider les directeurs à venir, dont le sort est ici
vraiment peu enviable. Du choc des idées la
lumière a jailli, et nos édiles ont décidé que, doré-
navant, les directeursauraient le choix entre trois
combinaisons :
a) Maintien du cahier des charges actuel (opéra,
opéra comique, opérette, ballet-divertissement) et
un subside de 35. 000 francs.
h) Opéra et opéra comique avec certaines lati-
tudes laissées à l'initiative de la direction. Subside
de 18.000 francs.
c) Théâtre libre ; pas de subside ; chauffage et
éclairage de la salle à la charge de la ville.
Nous signalons cette bizarre solution, parce que
nous pensons sincèrement qu'elle ne peut qu'être
désastreuse au point de vue de l'art musical. En
effet, la plupart des directeurs s'empresseront
d'opter pour la combinaison du théâtre libre, avec
laquelle il leur est loisible de transformer notre
première scène en café-concert, d'y donner des
spectacles croustillants ou clownesques, qui ne
pourront manquer d'attirer le public. Chacun sait
que, pour la plupart des imprésarios, 'le souci de
la pièce de cent sous prime de très loin le souci
d'art. Nous nous bornons, pour aujourd'hui, à
exposer ces quelques considérations, non sans
faire remarquer que nous ne sommes pas trop
pessimiste : en effet M. Fontenelle postule déjà la
direction pour la saison prochaine, et offre
d'adopter la troisième combinaison. Il donnerait
la comédie, l'opérette et tout ce qui s'ensuit. Le
règne du flon-flon, quoi ! Et l'on assure que nos
édiles voient cette candidature d'un œil très favo-
rable.
Sigttrd aura certainement été le succès de la
saison. L'œuvre de Reyer a été ici supérieure-
ment interprétée. Notre fort ténor, M. Casset, un
débutant, s'y est révélé artiste de race. Nous
sommes en mesure d'affirmer que M. Casset a
signé son engagement au théâtre de la Monnaie
pour l'hiver prochain. La direction compte le
produire surtout dans le répertoire wagnérien,
M. Casset remplacerait, paraît-il, M. Massart, qui
part en tournée artistique. M. Casset est vraiment
une bonne acquisition : les Bruxellois pourront
en juger.
Manon et Carmen ont été pour M Bonijoly, ténor
léger, de jolis succès M""^ Darlof, contralto,
qui a abordé le rôle de Carmen, a révélé des
qualités vocales : mais cette artiste sait très peu
la scène et manque encore d'habitude. Elle
répète, comme une machine insensible, un rôle
pourtant bien su. Et le rôle de la Carmencita
exige, outre de sérieuses qualités vocales, une puis-
sante intelligence dramatique : c'est ce qui en fait
la très haute valeur artistique.
Patrie, reprise ces derniers jours, a surtout rais
en lumière M™" Dargissonne et M. Lavallée. La
première a eu des élans dramatiques et a témoigné
de sa coutumière conscience musicale. La basse
d'opéra, M, Lavallée, a fait depuis ses débuts des
progrès remarquables, et nous a présenté un duc
d'Albe tragique, chantant son rôle d'irréprochable
façon. M Auer, baryton, tire tout le parti possi-
ble d'une voix un peu dure : il est affligé, en outre,
d'un défaut de prononciation qui rend son débit
parfois bien confus et embarrassé.
Nous ne terminerons pas ces lignes sans présenter
au premier chef d'orchestre, M. Amalou, dont la
soirée de bénéfice a été un triomphe, nos bien
cordiales et sincères félicitations. Grâce à une
science solide, à une inaltérable persévérance,
M Amalou a su transformer notre orchestre en
un tout homogène, une phalange artistique que les
habitués du théâtre n'oublieront pas de longtemps.
M Ose. Roels, second chef, a implanté au sein
des choristes une discipline et un ensemble par-
faits. Les chœurs ont été plusieurs fois bissés, ce
qui ne s'était plus vu ici depuis de longues années.
Nous parlerons la semaine prochaine des dé-
buts de M"'" Cognault, notre nouvelle chanteuse
d'opéra comique. L. D. B,
4J
LIEGE. — Concert Thomson. — Chapelle
RUSSE. — Le deuxième concert sous la direc-
tion de M. Dupuis, dimanche dernier, nous faisait
entendre César Thomson, et une œuvre nouvelle :
Viviane, poème symphonique de M.Ernest Chaus-
son. Après l'exécution — un peu lourde — de la
184
LE GUIDE MUSICAL
septième symphonie, M. César Thomson joua le
concerto en la mineur de Goldmark, œuvre puis-
sante, quoiqu'un peu commune en de rares en-
droits, d"une remarquable intensité de vie et d'une
belle et savante structure. L'incomparable inter-
prète fit splendidement ressortir, avec cette puis-
sance contenue qui est sa caractéristique, les sen-
timents si divers de l'œuvre de Goldmark : la
mélancolie sereine de la première partie, l'éléva-
tion idéale de Varia, la galté fantaisiste et mysté-
rieuse de la fin, où la pensée mélodique s'en-
veloppe de traits d'une virtuosité prodigieuse. Un
mot à l'orchestre : poussant la discrétion un peu
loin, il s'est réduit constamment au rôle d'accom-
pagnateur en sourdine, même quand c'était à lui
de reprendre le thème sur lequel le violon brodait
ses capricieuses arabesques. A part cette erreur,
il a secondé de son mieux le violoniste. M. Thom-
son a ensuite enlevé avec une maestria superbe
le concerto en ré mineur de Wieniawski. Des
acclamations enthousiastes ont fêté le vaillant
artiste.
Viviane, ce nouveau poème musical sur le cycle
chevaleresque breton, tant à la mode aujourd'hui,
est une œuvre bien faite, d'un sentiment large,
mais un peu superficiel, assez inteUigible sans le
(I programme » qui l'accompagnait. Le u faire »
rappelle un peu celui de Svendsen. A noter des
appels de trompettes assez mystérieux, qui errent dans
la forêt à la recherche du vieil enchanteur Merlin,
réclamé par le roi Artus.
Mercredi soir, la chapelle russe, sous la direc-
tion de M™" Nadina Slaviansky. Très originale,
cette chapelle, avec son défilé de bambins,
impayables de crànerie, sa « Capellmeisterin »,
hiératique comme une icône dans ses somptueux
vêtements, et l'allure militaire de cet ensemble de
chanteurs, petits et grands, sous le geste étroit et
rigide qui leur marque le rythme étrange de leurs
chants nationaux. Il y a, dans ces chanteurs, des
voix admirables, à commencer par celle de la
«Capellmeisterin I) elle-même. L'ensemble pourrait
être mieux fondu; chacun des chanteurs tient à se
faire entendre et non à se perdre dans la masse ; si
la perfection de l'ensemble y perd, l'intensité
du sentiment y gagne. Quelle conviction et
quelle décision, surtout chez les bambins ! Par
exemple, les transitions du piano au forte sont
inconnues, et l'expression est parfois bien un peu.
rustique, à force d'être primesautière ! Les déli-
catesses de la virtuosité font défaut à ces pas-
sionnés exécutants. Mais comme ils sentent pro-
fondément ce qu'ils chantent! Interloqué d'abord,
le public, s'accoutumant, devint enthousiaste, et
ce fut après plusieurs rappels que le chant national
officiel termina le concert.
Il y a des choses superbes dans ces chants
populaires. Ils mériteraient une étude approfondie.
II serait curieux aussi d'observer comment les
compositeurs russes ont puisé à ces sources, et
comment même ils ont parfois défiguré le senti-
ment de cette musique primitive et spontanée.
Une remarque curieuse aussi : les » chants reli-
gieux )), Pater 7ioster, Eliienya ou Beiiedictus, oïïra.\ent
un caractère moins grave et moins mystérieux que
les chansons nationales. Très intéressantes encore
certaines indéterminations données par la voix des
chanteurs aux notes qui diffèrent dans la gamme
orientale et dans la nôtre. On eut dit que cette
musique de l'Europe de l'Est gardait quelque
chose de ces modes étranges où la musique arabe
déroule l'énigme de ses déconcertantes mélodies.
Il est certain qu'un peuple qui se plait à cette
musique garde des trésors de vitalité plus riches
que nos populations nourries de Joséphine et de ma
Gigoletfe... Simple remarque, en passant...
L'ère des concerts n'est point close : à lui seul,
M. Dupuis nous promet : le 14 mars, un concert
Siegfried Wagner; le 17, un récital d'Albert-Ca-
reno; le iS, un concert, avec le concours du même
Eug. d'Albert ; le 6 mai, les deux premiers actes
de Tristan, avec Ernest Van Dyck. J. M.
LILLE — Concerts populaires. — La cin-
quième matinée de l'abonnement a eu lieu
dimanche dernier avec le concours de M"'= Van
Veenen, cantatrice, et de M. Camille Chevillard,
pianiste et conpositeur, sous-directeur des Con-
certs Lamoureux.
Après une bonne exécution de la délicieuse
symphonie en mi bémol d'Haydn, si ravissante
dans sa simplicité et dont la pureté de lignes et la
fraichenr d'idées nous charment encore aujourd'hui,
M. Chevillard nous a fait entendre deux œuvres
qui brillent par des qualités toutes différentes. La
Ballade symphonique est très habilement écrite, d'une
instrumentation touffue et riche en jolies sonorités.
Son poème le Chêne et le Roseau, sorte de commen-
taire musical de la fable de La Fontaine, est bâti
sur deux thèmes d'un caractère opposé, celui du
chêne, fort et robuste, exposé tour à tour par la
basse-tuba, les trombones et les cors, et celui du
roseau, souple et gracieux, confié au cor anglais
et au hautbois. Après une gracieuse page de
musique descriptive qui nous dépeint le paysage,
commence le dialogue entre le frêle arbuste et son
puissant voisin. Puis l'orage éclate, — admira-
blement traité à la manière wagnérienne — le
chêne est foudi'oyé, et quand le calme renaît, on
entend de nouveau le thème du roseau s'élever
dans la nature apaisée, au milieu du paysage
initial.
Ces deux ouvrages, très élevés et d'une facture
ingénieuse ont remporté un très vil succès. J'ajou-
terai que, malgré les difficultés dont ils sont
hérissés, l'orchestre, sous l'habile et ferme direc-
tion de l'auteur, en a donné une interprétation
fort honorable.
Dans un thème avec variations, pour piano,
M. Chevillard a montré qu'il était aussi habile
virtuose que compositeur distingué, et les applau-
dissements que lui ont été prodigués lui ont
LE GUIDE MUSICAL
185
prouvé combien son double talent était haute-
ment apprécié.
Je regrette de ne pouvoir adresser les mêmes
éloges à M"" Van Veenen, dont la voix, quoique
assez mince, est fort jolie et d'un timbre très
agréable, mais les quatre morceaux à la guimauve
qu'elle a chantés, sans grande expression, seraient
mieux à leur place dans une salle de dimension
moins vaste que celle de l'hippodrome, et ils n'ont
guère produit d'effet.
Le concert finissait par l'ouverture de Fiddio
(n° 4). Elle ne se rattache à l'opéra, ni par son
caractère, ni par les thèmes qu'il contient, mais
c'est une page symphonique d'une verve et d'un
éclat incomparables. L'orchestre l'a exécutée avec
une réelle maestria et un excellent sentiment des
nuances. E. M.
NOUVELLES DIVERSES
C'était, mardi i3 février, le onzième anniver-
saire de la mort de Richard Wagner, mort à
Venise en i883. Partout, en Allemagne, cette
date a été commémorée soit par des concerts,
soit par des représentations d'œuvres du maître.
A Londres, également a eu lieu, un concert
commémoratif qui a été accueilli par un en-
thousiasme frénétique.
Les journaux de Londres comparent, à ce
propos, le passé au présent. Lorsque Wagner se
rendit en Anglererre, en i855, et fit, pour la
première fois, entendre sa musique aux Londo-
niens, il fut accablé d'injures et de railleries.
Les uns traitaient ses compositions de « chaos
absolu », les autres, de « cacophonie sauvage,
extravagante et démagogique » . Le critique du
Times déclarait que Tannhœuser était « insup-
portablement ennuyeux «, et qualifiait Lohen-
grin de (( vague tas d'ordures » .
Que les temps sont changés ! Et que compte
la critique dans l'histoire de l'art.?!?
■^ Le quatre centième anniversaire de la
naissance de Hans Sachs, le célèbre maître-
chanteur, sera célébré cette année, à Nurem-
berg, avec un éclat extraordinaire. Les fêtes
dureront toute une semaine et comporteront
des cavalcades historiques, des spectacles popu-
laires et des représentations théâtrales com-
posées des opéras les Maîtres Chanteurs de
Wagner et Hans Sachs de Lortzing, ainsi que
de différentes œuvres dramatiques de Hans
Sachs lui-même. La municipalité a voté un
crédit de 12,000 marks pour parer aux frais de
ces fêtes.
*&^ La fortune des œuvres de Berlioz est
vraiment paradoxale. En tous les pays d'Eu-
rope, — l'Allemagne fait une honorable excep-
tion, — les directeurs de théâtre refusent obsti-
nément de jouer aucun de ses opéras. S'agit-il
de monter à Paris, un Benvennto Cellinil On
va chercher celui de M. Diaz, sans paraître se
douter que celui de Berlioz n'est peut-être pas
tout à fait méprisable. Les Troyens ne revinrent
à la scène que grâce aux efforts de la Société
des grandes auditions. Quant à la Prise de
Troie, son existence est généralement ignorée.
En revanche, les inipresarii s'ingénient à trans-
porter sur des théâtres variés les poèmes sym-
phoniques de Berlioz. L'un d'eux, promène
actuellement en Angleterre la Damnation de
Fajist, « opéra en un prologue et quatre actes »,
avec ballet de sylphes, décors et accessoires ;
parmi ces derniers, on signale deux chevaux
noirs pour la course à l'abîme. On veut bien
nous apprendre encore que l'adaptation scé-
nique n'a pas entraîné de grands change-
ments L'année dernière, c'était à Monte-
Carlo que l'on donnait une adaptation scé-
nique analogue de la Damnation. Quand
verrons-nous représenter la Symphonie fantas-
tique, drame lyrique en quatre actes et un épi-
logue infernal, avec ballets aussi, décors et
accessoires, parmi lesquels il en serait un parti-
culièrement sensationnel : la guillotine de la
Marche au supplice?
•^ Le théâtre du Capitule à Toulouse, qui
compte déjà à son répertoire Tannhœuser et
Lohengrin, vient de représenter avec grand
succès le Vaisseau-Fantôme de Wagner.
Mme Lematte, dans le rôle de Senta, ainsi
que les chœurs et l'orchestre, sous l'habile
direction de M. Raynaud, ont été unanime-
ment applaudis. Tout présage une longue
série de représentations.
■^ A Moscou, vient d'avoir lieu la première
représentation en langue russe du Siegfried
de Richard Wagner, au Grand-Théâtre.
*!*■ Les joies de la réclame! Nous lisons
dans les journaux français, à propos d'une
reprise à' Aida à Monte-Carlo, que M. Gûns-
bourg, l'étonnant directeur du théâtre de cette
« cité balnéaire », continue de « livrer le bon
combat pour l'art » . La bonne réclame ajoute :
« Dans chacune des œuvres montées sous sa
direction, on reconnaît le régisseur des Menin-
gen et l'héritier des gran'des traditions théâ-
trales. »
Gùnsbourg, régisseur desMeningen (sic), l'hé-
ritier des grandes traditions théâtrales, c'est un
vrai comble. Il suffit de rappeler ce que cet
aimable cabotin avait fait de Tristan et Iseult,
l'année dernière.
186
LE GUIDE MUSICAL
Afin de permettre à nos abonnés nouveaux de
participer à nos primes, nous les prévenons qu'ils
pourront souscrire à nos bureaux jusqu'au iTmars,
au magnifique PORTRAIT A L'EAU-FORTE
DE BEETHOVEN, par L. Dake, publié par la
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largueur 37 1/2 centim., sans les marges), au prix
de faveur de 20 francs.
La maison G. Gonthier, fournisseur des musées,
rue de l'Empereur, 3i, Bruxelles, nous informe
qu'elle se charge, pour la ville et la province, de
l'encadrement de l'eau-forte de Dake. Prix d'ar-
tistes pour nos abonnés. Maison spéciale pour
encadrements artistiques.
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BRUXELLES : 4. me Latérale
PARIS : 13, rue du Mail
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
A Paris, M™" veuve Lafarge, mère de MM. Em-
manuel et Stéphane Lafarge, de l'Opéra-Comique.
La défunte était une musicienne des plus dis-
tinguées, élève de M'"" Gaveaux-Sabatier. C'est
elle qui donna les premières leçons de chant à
ses deux fils. Les obsèques ont eu lieu samedi, à
l'église de Passy.
— A Venise, dans les derniers jours de janvier,
Giovanni Masutto, professeur à l'Institut musi-
cal de Trévise et auteur de divers travaux histo-
riques sur la musique, dans lesquels il a fait preuve
de plus de bonne volonté que d'expérience. Nous
citerons, entre autres, un dictionnaire biographique
très sommaire, i Maesiri di musica italiana del
secolo XIX, et un ouvrage plus important, en trois
volumes in-4" : Délia musica sacra in Italia, qui est
aussi plus utile et plus soigné.
— A Saint-Pétersbourg, le violoniste Eugène
Albrecht, un des musiciens les plus instruits et
les plus influents de la capitale de toutes les
Russies. Issu d'une famille d'artistes (son père
était le chef d'orchestre qui, le premier, avait
dirigé Roiisslane et Ludmilla de Glinka), il a publié
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
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Les Cloches, mélodie. . . Prix fr. 3
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LE GUIDE MUSICAL
187
quelques ouvrages didactiques, et a pris souvent
la plume pour traiter de questions relatives à
l'enseignement musical.
Elève de Ferdinand David au Conservatoire de
Leipzig, E. Albrecht avait fondé en 1872 le
Quarietiverein, dont il est resté l'âme jusqu'à ces
derniers temps. En 1877, il avait succédé à
Maurer dans le poste d'inspecteur des orchestres
de la direction des théâtres, dont il a réorganisé
aussi la bibliothèque musicale, dans laquelle,
grâce à lui, se trouvent concentrées, en ce mo-
ment, toutes les partitions et parties d'orchestre
accumulées depuis un siècle et demi.
RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERT^
Paris
Opéra. — Du 12 au 17 février : Faust. Sigurd. Samson
et Dalila, la Korrigane. Faust.
Opéra-Comique. — Du 12 au 17 février : L'Attaque du
moulin, le Maître de chapelle. Carmen. Le Pré aux
Clercs, l'Amour médecin. Carmen. L'Attaque du
moulin. Le Barbier de Séville, le Maçon,
Concert Lamoureux (Cirque des Champs-Elysées) du
jeudi iS'^février. — Ouverture du Freyschûtz (We-
ber); Concerto en ré mineur (Rubinstein), M. Falke ;
Parsifal (R, Wagner); Chant polonais (Chopin-Liszt),
— Etincelles, — Tarentelle (Motskowsky), M. Falke;
Introduction du 3'^ acte de Lohengrin (Wagner).
LES CONCERTS DB DIMANCHE
Conservatoire, — Symphonie en ré majeur, n» 38 (Mo-
zart); le Paradis et la Péri (Schumann), traduct, fran-
çaise de V, Wilder, soli : M"'" Chrétien, Héglon,
MM. Vagnet, Manoury. Le concert sera dirigé par
M , Paul Taftanel.
Concert, Colonne (Chàtelet), avec le concours de
M, P. de Sarasate et de M™'-' Berthe Marx ; Ouverture
de Coriolan (Beethoven) ; 2« concerto en sol mineur,
pour piano (C. Saint-Saëns), M"" Berthe Marx; deux
pièces (R. Schumaun), i^e audition ; concerto pour
violon (.Mendelssohn), M. de Sarasate; le Carnaval
romain (Berlioz); Polonaise fantaisie (Chopin); Etude
SALLE DE L'ALHAMBRA (Boulevard de la Senne, Bruxelles)
Dimanche 11 mars 1894, à deux heures
GMND CONCERT SÏMPHONIQUE
sous LA DIRECTION DE
SIEGFRIED \A/AGNER
DE B AYREUTH
AVEC LE CONCOURS DE
Mademoiselle KEMP EES
Cantatrice à la Cour de Hollande
et
L'ORCHESTRE DU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES
PROGRAMME
1. Der Fliegende Hollaender (ouverture) R. Wagner.
2. A) Die XIV Engel, Traumpantomime aus dem Maerchenspiel
Hœnsel und Gretel . . . • E. Humperdinck.
B) Trœume R. Wagner.
(M'ie KEMPEES)
3. Tasso, Lamento e trionfo . F. LiSzT.
4. Tannhaeuser, Ouverture und Bachanale R. Wagner.
5. Siegfried-Idyll R. Wagner.
6. Tristan und Isolde, Vorspiel und Verklarung ....
(Mlle KEMPEES)
PRIX DES
Baignoires 8 00 fr.
Fauteuils d'orchestre. . . . 7 00 » i
Balcons 6 00 »
Parquet 4 00 "
Promenoir 3 00 » '
PLACES
Deuxième galerie (de face) . . .3 00
Deu.xième galerie (i^'' rang numéroté) 2 50
Deuxième galerie .... 2 00
Troisième galerie . . . . 1 50
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188
LE GUIDE MUSICAL
(Rubinstein), M™° Berthe Marx; introduction et
rondo capricioso (C. Saint-Saëns), M. de Sarasate;
Lohengrin, prélude du 3" acte (Wagner).
Concert Lamoueeux (Champs-Elysées). —«Symphonie
en mi bémol, n" 4 (Beethoven); Mort d'Ophélie (Ber-
lioz); Fantaisie hongroise, p' piano (Liszt), M Vianna
da Motta ; les -Eolides (César Franck); chœur des
fileuses du Vaisseau Fantôme (R Wagner); Danse
macabre (SaintSaëns).
Concert d'Harcourt. — Deuxième audition intégrale
de Fidélio (Beethoven) : Léonora (Fidélio. M"» Eléo-
nore Blanc; Marceline, M™<^ Lovano ; Florestan,
M. Furst ; Pizarre, don Fernand, M. Auguez; Rocco,
M. Nivette; Jacquinot, M. Lucien Berton Orchestre
et chœur, i3o exécutants.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 1 1 au 18 février :
Bal. Jérusalem. L'Attaque du moulin. Mireille et
Farfalla. L'Attaque du moulin. Relâche. Sigurd.
L'Attaque du moulin.
Théâtre des Galeries — La Tournée Ernestin . Mer-
credi prochain, première de Sainte-Freya.
Alcazar royal. — La Plantation Thomassin.
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Op. 6i. Mozartiana, 4' suite d'orchestre :
N" 1 Gigue; ni'2 Menuet; no 3Preghiera;
nti 4 Thème et Variations.
Partition 10
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i ;
Op. 62. Pezzo Cappriccioso, pour violon
celle et orchestre :
Partition 3
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i ;
Op. 64. Cinquième symphonie, en mi mineur :
Partition 35
Parties séparées 40
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 66. La Belle au Bois dormant, valse
extraite du ballet :
Partition 5
Parties séparées 10
Parties supplémentaires il
— !La même pour orchestre de bal, par
F. Desgranges ;
Conducteur i.
Parties séparées 2
Parties supplémentaires cordes chaque » ;
— Pot-pourri arrangé par Kleinecke ;
Violon conducteur . . . . . . .2
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i :
Op. 67. Hamlet. Ouverture-fantaisie (A. Ed-
ward Grieg) :
Partition i5
Parties séparées 25
Parties supplémentaires cordes chaque 2 .
Op.57'>'s Hamlet, d'après Shakespeare, musique
de scène (ouverture, mélodrames,
marches, entractes) :
Violon conducteur 5
Parties séparées i5
Parties supplémentaires cordes chaque 2
,— Ouverture extraite :
- Violon conducteur 2
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 68. La Dame de pique, pot-pourri pour
petit orchestre, par A. Kleinecke :
Violon conducteur 2
Parties séparées 1°
Parties supplémentaires cordes chaque l
Op. 69. Yolande, introduction extraite;
Partition 2
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires cordes (copiées)
Op. 71. Le Casse-Noisette, ouverture extraite :
Partition d'orchestre 4
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i
— Suite d'orctiestre tirée du ballet le
Casse-Nûisetîe :
Partition 20
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 74. Sixième symptionia :
Partition
Parties séparées
Parties supplémentaires cordes chaque
Marche solennelle
Partition 6
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Roméo et Juliette, ouverture-fan-
taisie d'après Shakespeare :
Partition i5
Parties séparées 25
Parties supplémentaires cordes chaque 2
2° Elégie (1S84) pour instruments à
cordes. Partiton i
Parties séparées
Parties supplémentaires . . chaque »
Hopaque, danse cosaque extraite de
l'opéra Mazepfa ;
Partition 5
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Li: GUIDE MUSICAL
189
Concerts populaires. — Dimanche i8 février, à
I h. }^, au théâtre de la Monnaie, sous la direction de
M, Joseph Dupont ; Ouverture du Roi Etienne (Bee-
thoven); Concerto pour violon (Goldmark), M. César
Thomson ; Dans les steppes de l'Asie centrale (Boro-
dine); les Murmures de la forêt (Wagner); Marche fu-
de Siegfried (Wagner); La Chevauchée des Walkyries
(Wagner).
Cercle artistique et littéraire. — Lundi ig février,
à 8 h. J/^ du soir, soirée musicale : Pastorale, Presto
(Scarlatti), Etude de concert(Martucci), M'''^ Delhaze
air du Freyschutz (Weber), M"'' Courtenay-Thomas
Concerto pour violon (Goldmark), M. César Thomson
air des Noces de Figaro (Mozart), M"'- Courtenay-
Thomas ; Sonate (Follia) (A. Corellii, M. César Thom-
son ; Chanson d'amour (] . Hollmann), M"» Courtenay
et M. César Thomson; Adagio, Fantaisie (Paganini),
M. César Thomson.
Berlin
Opéra. — Du ii au i8 février : Les Maîtres Chanteurs
de Nuremberg I Pagliacci et Promethée. Concert de
la chapelle royale. Le Vaisseau- Fantôme. Les Noces
de Figaro, Mara. Noce villageoise et Cavalleria rusti-
cana Les Medici (i"'' représentation).
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — Le lieutenant
de marine. Vendredi, première de Brautjagd (la
Chasse au mariage), opérette nouvelle de Suppé.
Vienne
Opéra. — Du 12 au 19 février : Rouge et Noir et I
V' Léopold MURAILLE, éditeur à Liège (Belgique)
Vî«^iit de paraître :
César Thomson, Passacaglla, nach
Hasndel,furViolineinitOichester oder
Clavier-begleitung Mark
2 5o
César ThonaSOn. Skandinavisches
Wiegenlied, fur Violine und Oichester
oder Quartett, oder Pianofortebeglei-
tung Mark 2 —
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2 mains 2 5o
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STOJOWSKY. Op. I. Deux pensées
musicales :
N« I. Mélodie i 75
N° 2. Prélude 2 —
— Op. 2. Deux Caprices-Etudes :
N" I. Pileuse 2 —
N" 2. Toccatina 2 —
— Op. 4. Trois Intermèdes :
N" I en sol. N» 2 en mi mineur.
No 3 en si bémol. . . . chaque i jS
— Op. 8. No I. Légende .... i 75
— Op. 8. N» 2. Mazurka .... i 75
PETER BENOIT. Concerto (poème
symphonique), pour flûte et piano. 7 5o
HUBAY, J. Compositions pour vio
Ion avec piano :
Fleur de mai, op. 37. N° i . . .
Au temps jadis, op. 37. N^' 2. . .
Devant son image, op. 38. N^ i ,
(Chant sur la 4'' corde)
Sous sa fenêtre (sérénade), op. 38
No 2
Ramage de rossignols, op. 3g .
PANGAERT D'OPDORP. Op. 5.
Souvenir de Spa (Annette et Lu-
bin). Edition pour violoncelle
avec piano 2
— Op. 9. Mélodie pour violoncelle
et piano i
3 —
35
190
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Figaro. Le Franc-Tireur. Hans Heiling. La Fête de
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An der Wien. — Le Maître de forges Le Franc-
Tireur.
Dresde
Opéra. — Du i3 au i8 février : Tannhseuser. L'ami
Fritz, Marga. Fra Diavolo. Les Rantzau. Porcelaine
de Meissen, Henri le Lion.
Munich.
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France et Belgique ... 12 francs.
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Pays d'outre-mer .... iS —
40" année 2S Février 1894 numéro '
SOMMAIRE
Michel Brenet : Promesses gluckistes.
Hugues Imbert: Virtuoses contemporains :
Mme Roger-Miclos.
Clli-oniquc bc la ScmatiiE : Paris : A la Nationale;
Musique nouvelle aux concerts d'Harcourt ; Con-
cert Colonne et concerts divers.
Bruxelles : Concert populaire ; César Thomson ;
séances de musique de chambre; Sainte-Freya, etc.
(ttorrceponbiincfs : Anvers, Berlin, Dresde, Genève,
Liège, Londres, Strasbourg.
Nouvelles diverses, — Nécrologie. — Bibliographie.
Répertoire des thé.^tres.
EN VENTE , à Bruxelles : Office central, rue de l'Ecuyer;
Office de Publicité, rue de la Madeleine, et chez les
principaux éditeurs de musique. — A Paris : librairie
Fischbacher, 33, rue de Seine ; librairie Flammarion.
— A Londres ; MM. Breitkopf et Haertel, i5, Oxford
Street; Schott et C, Régent street, iSy-iSg. — A Leipzig :
Otto Junne. — A Munich : Josef Seiling, fourn"' de la cour,
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Amsterdam, Algemeene Musikhanlel, Spui, 2. — A La
Haye, Belinfante frères. — A Liège : M'"° veuve Muraille,
rue de l'Université. —A Anvers: M. Forst, place de Meir.
— A Gand : M"'<= Beyer. — A Zurich ; Hug frères, édit.
— A Genève : Ad. Henn, 6, rue Grenus. — A Madrid :
Martin, édit., 4, Correo. — A St-PétersbDurg : R. VioUet.
— A Moscou : Jurgenson. — A Mexico ; N. Budin. —
A Montréal : La Montagne, éditeur, 149, rue Siint-
Maurice.— A New-York : G.-E. Stechert, 810, Broadway.
Le numéro : 40 centimes.
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T^
194
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40'= ANNÉE. — Numéro 9.
25 février 18
PROMESSES GLUCKISTES
uoiQJE l'on ne s'entende guère sur la
description de l'enfer, tout le monde
s'accorde à dire qu'il est pavé de
bonnes intentions. Mais on ne sait pas assez
quelle part importante revient, dans ce travail de
voirie, aux directeurs, entrepreneurs, organisa-
teurs et autres facteurs de représentations théâ-
trales, d'auditions et de concerts. Chacun d'eux
ne manquant pas d'apporter à chaque saison
plusieurs pierres, on peut estimer le produit de
leur labeur à l'étendue d'une ville entière.
La rue Gluck est une des rues de cette ville au
pavage de laquelle on est le plus occupé. Il est
très rare qu'un directeur de l'Opéra ou de
rOpéra-Comique ne se fasse point un devoir
sacré d'annoncer solennellement, en prenant
possession de son fauteuil administratif, l'inten-
tion de remonter du Gluck. Il y a sur ce point
une tradition tout à fait classique, et si bien
observée que, depuis quinze ans seulement, le
tas de pavés a beaucoup monté.
Cela s'est fait d'abord au moyen d'A niiide.
Mf"^ Krauss était encore à l'Opéra en ce temps-là.
Sitôt que les abonnés, cessant par hasard de
causer, s'apercevaient qu'on leur jouait tou-
jours la Favorite, on se hâtait de leur dire :
Vous allez avoir Armide. Les journaux se
repassaient la bonne nouvelle; on esquissait
une, deux distributions ; on s'inquiétait un peu
du diapason, ce fameux diapason d'autrefois,
qui donnait à la reprise projetée un air tout par-
ticulièrement méritoire de difficultés à vaincre,
d obstacles scientifiques à surmonter ; on insis-
tait sur ce qu'il fallait beaucoup de réflexion,
beaucoup d'études, pour que la reprise, fût
digne de Gluck et de l'Académie nationale de
musique; on faisait délicatement sentir aux
abonnés qu'eux aussi ne prendraient point
part au plaisir sans peine ; qu'il leur faudrait un
certain stoïcisme pour accepter l'austérité de
Gluck ; et, qu'en attendant, ils feraient pru-
demment, pour profiter de leur reste, d'enten-
dre la Favorite. Puis, après la préparation
voulue, le pavé étant bien taillé, le directeur
l'expédiait à sa destination naturelle, soit en
quittant lui-même ses fonctions, soit en publiant
officieusement que la reprise <ï Armide aurait
lieu aux calendes grecques, soit tout simple-
ment en ne faisant, ne disant et n'annonçant
plus lien du tout.
Après Armide, nous avons failli entendre
coup sur coup deux opéras de Gluck. Deux !
C'était aller très vite en besogne. Il s'agissait
d'abord d'Iphige'nie en Tauride, à qui une
association charitable très distinguée et très
connue avait résolu d'accorder son haut patro-
nage. Nous avons conservé comme un docu-
ment curieux le prospectus répandu dans Paris
à ce propos. Il était ainsi conçu :
Société des grandes auditions musicales de
France. — Programme iSgS. — La Société don-
nera : le 25 mai iSgS, à l'Opéra-Comique, de con-
cert avec M. Carvalho, Iphigénie en Tauride, opéra
de Gluck; le 20 décembre iSgS, à l'Opéra, de con-
cert avec MM. Bertrand et Gailhard, trois repré-
sentations extraordinaires de Tristan et Iseiilt de
Richard Wagner. — Les répétitions générales sont
exclusivement réservées aux membres de la
Société. L'ouverture du bureau de la Société sera
annoncée spécialement aux membres de la Société
pour la remise des billets, etc.
Aux termes du susdit imprimé, il devait
donc y avoir, le 20 décembre, non moins de
trois représentations de Tristan et Iseillt. On
sait comment tant de zèle échoua par l'oppo-
sition de M™« Cosima Wagner, qui n'en permit
pas même une. Ni l'ombre de Gluck, ni aucun
19^
LE GUIDE MUSICAL
.léiitiers ne vinrent mettre un pareil veto
ârd de l'unique représentation promise de
a.uvre Iphige'jiie; cependant, la Société s'en
tint à son prospectus et à ses bonnes inten-
tions.
Le directeur de l'Opéra-Comique saisit alors
avec empressement une occasion si belle de
placer son pavé. La Société ne voulant plus
donner du Gluck de concert avec lui, il se pro-
mit d'en jouer sans elle, et, tout de suite, il
choisit Orphée. Les choses se passèrent à peu
près comme à l'ordinaire, et, dernièrement, en
lisant leur journal, les Parisiens furent avertis
que la reprise d'Orphée de Gluck, projetée par
M. Carvalho, était ajournée et remplacée pro-
bablement par celle du Cheval de bronze, à
moins que ce ne fût par une autre.
De directeur en société ou de société en di-
recteur, il y a en ce cas spécial toujours quel-
qu'un de prêt pour saisir la balle au bond. Les
joueurs se relayent et changent d'éteuf, mais
la partie se continue sans arrêt sur le terrain
gluckiste. Armide, Ipliigénie en Taiiride,
Orphée., ayant déjà servi, personne ne fut sur-
pris de voir la « Société nouvelle de musique
classique » jeter, pour ses débuts dans le
monde, son dévolu sur Alceste.
L'annonce de ce projet nouveau a fait, à la
fin du mois dernier, le tour de la presse, sous
forme d'un communiqué séduisant, mais pas-
sablement inexact, où il était dit que l'œuvre
serait représentée incessamment, sans cou-
pures, et « dans la tonalité de 1776 », et qu'on
ne l'avait point entendue à Paris depuis 1862.
Tonalité était placé ici à tort, comme un sy-
nonyme de diapason, et l'on passait sous silence
la reprise de 1866, assez lointaine déjà, il est
vrai, pour que les gens âgés de plus de qua-
rante-cinq ans fussent seuls capables d'en avoir
gardé le souvenir. Cette semaine, un nouvel
entrefilet vint nous apprendre que la représen-
tation à' Alceste, au « théâtre Moncey », était
retardée par l'indisposition de la principale in-
terprète, et qu'on avait renoncé à cette tonalité
de lyjô d'abord promise, puis, une fois la
main à l'œuvre, reconnue trop périlleuse et im-
praticable aux instruments actuels. La Société
peut se rassurer : ni la critique, ni le public
surtout, n'en demandent autant; et il reste
encore assez à faire pour donner l'opéra de
Gluck « sans coupures » et « tel qu'il a été
écrit, mais au diapason moderne ». Que si,
par une aventure que nous ne voulons ni sou-
haiter ni prédire, le projet de la « Société nou-
velle de musique classique » allait rejoindre,
au Tartare, ceux pareils qui l'ont de si peu
précédé, le tour serait à Ipliigénie en A idide,
et le devoir s'imposerait pour quelque autre
imprésario d'en parler à bref délai.
Michel Brenet.
Virtuoses (^oi^tcmporains
^^
M"^ ROGER-MICLOS
NiGMATiQUE, troublant est ce gracieux
buste de femme exposé à l'admiration
de tous dans la salle de Michel-Ange,
au musée du Louvre. Marbre de l'école napo-
litaine du xve siècle ! Et c'est tout. Nulle
indication sur le personnage représenté, sur le
sculpteur génial qui enfanta cette admirable
tête. C'était l'époque où s'épanouissait la belle
renaissance italienne, où l'étude de l'antique
inspirait aux Donatello, Brunellesco, Ghiberti
et à tant d'autres les chefs-d'œuvre qui couvrent
encore le sol italien. Devant la « Porte de Cré-
mone », qui lui sert de fond, le buste s'enlève si
finement et si fièrement tout à la fois ! Les ban-
deaux plats des cheveux, dont la mode revient
en cette fin du xix^ siècle, se partagent égale-
ment et sont maintenus dans un délicat réseau
qui enveloppe toute la tête. Bien particuliers
sont les yeux fendus en amande, que l'on dirait
empruntés à une madone byzantine. Voyez l.i
finesse du nez, la petitesse de la bouche, à ce
point exiguë qu'il semble à peine possible d'y
cueillir un baiser, le menton d'un ovale telle-
ment pur, la gorge d'un modelé et d'un con-
tour si pudiques.
Belle comme la jeunesse, séduisante comme
le Mystère ! Fille de la Joconde, elle a en par-
tage cette fleur de beauté, sorte de parfum
enivrant, émanant de l'âme italienne d'autre-
fois.
LE GUIDE MUSICAL
197
Avec sa frêle et délicate figure, elle est sœur
de cette artiste dont nous avons entrepris d'es-
quisser la séduissante physionomie, de la
Toulousaine M""= Roger-Miclos.
Elle aussi, née au pays du soleil, possède ce
charme inquiétant, mystérieux des portraits du
divin Léonard. De tous les bustes ou images
qu'elle a inspirés (et ils sont nombreux) celui
qui donne le mieux la synthèse de l'artiste est
le gracieux buste qui fit d'elle Antonin Cariez
en l'année 1890 et qui fut remarqué à l'exposi-
tion du Cercle de l'Union artistique. N'est-ce
pas là une de ces jolies têtes de la renaissance
italienne, qui arrête le regard et exerce une
fascination irrésistible? Mais ce que le marbre
ne peut rendre, ce sont la beauté des cheveux
noirs, d'un noir d'ébène, couvrant une partie du
front, et la flamme qui, par moments, illumine
étrangement les yeux mi-clos « dont on ne sait
s'ils vont se moquer ou s'attendrir » .
C'est le Midi qui l'a vu naître, avons-nous
dit, le !«■■ mai 1860, à Toulouse, dans cette ville
qui fut le berceau de si belles intelligences
artistiques. Si son père, qui était dans les
affaires, n'avait aucun goût pour l'art, sa mère
était, en revanche, musicienne d'instinct et ne
pouvait qu'encourager les dispositions qui se
manifestèrent, dès la plus tendre enfance, chez
sa fille. En 1869, on confie l'enfant à une insti-
tutrice qui lui apprend les premiers éléments
du clavier; après quelques mois, les progrès
furent si remarquables que les leçons de ce
premier professeur devinrent insuffisantes.
Aussi fut-elle placée, en 1870, au Conservatoire
de Toulouse, alors dirigé par M. Paul Mériel.
Dans cet établissement, ses professeurs furent
M"'= Carol, depuis M™<^ Vincent-Carol, et
yime Mériel, femme du directeur. Dès la pre-
mière année, elle pouvait exécuter le Concerto
en sol mineur de Mendelssohn. Sa merveilleuse
organisation s'étendait de jour en jour et
lui permettait de remporter successivement les
prix de solfège, de piano et d'harmonie. On
doit noter ici un fait assez particulier; cette
enfant, qui dévoilait des aptitudes si remar-
quables pour l'art musical, ne pouvait entendre
une musique quelconque, les orgues à l'église,
les sons du cor se répercutant au loin, sans en
ressentir une tristesse si profonde que ses larmes
coulaient en abondance.
Toulouse n'était plus un champ assez vaste
pour lui permettre de développer son sentiment
artistique et de gravir les derniers échelons du
virtuose. Le 23 octobre 1873, ia jeune Aimée-
Marie Miclos était admise au Conservatoire de
Paris, dans la classe de Herz, à qui devait suc-
céder bientôt M™'= Massart(mai 1874). Cefut, en
réalité, sous la direction de cette dernière qu'elle
perfectionna encore son jeu et obtint, en 1875,
le second accessit, en 1876, le second prix et
en 1877 le premier prix de piano. Dans
l'année 1874 (le 3 décembre), elle était entrée
dans la classe d'harmonie et accompagnement
de M"<= Dufresne ; un deuxième accessit lui fut
décerné en 1878. Une de ses aptitudes les plus
remarquables était la facilité avec laquelle elle
déchiffrait et réduisait au piano les partitions
d'orchestre. Lorsque le premier prix de piano
lui fut décerné, en 1877, M. Wolft, un des
membres du jury, fut frappé des qualités d'ar-
tiste révélées par cette pianiste et lui offrit un
beau piano à queue des ateliers Pleyel-Wolff.
Il n'en resta pas là, et lui facilita les débuts si
difficiles de la carrière.
La première fois qu'on l'entendit dans un
concert à orchestre, ce fut à la Société natio-
nale, où elle exécuta un concerto de B. Godard.
Puis, les concerts Pasdeloup, Colonne, La-
moureux lui ouvrirent leurs portes, trop heu-
reux de donner au public l'occasion de juger
le talent d'une virtuose de valeur. Au théâtre
du Châtelet, M. Colonne lui permit de se faire
apprécier fort souvent; depuis l'année de 1879,
elle ne donna pas moins de seize auditions,
dans lesquelles furent joués les concertos de
Mendelssohn [sol mineur), de C. Saint-Saëns
(deuxième et quatrième), de Schumann, de
Mozart [ré mineur), de Beethoven {ict et ré
mineur, mi bémol), de Pierné, de Pfeiffer, de
Liszt (fantaisie)
Chez Lamoureux, l'accès fut moins facile.
Avec son tempérament autoritaire, le chef
d'orchestre des Nouveaux Concerts se refusait
à admettre les pianos Pleyel, que joue exclusi-
vement M™s Roger-Miclos; aussi dut-elle
attendre un temps assez long avant de voir
lever l'ostracisme.
En 1881, M'ie Miclos épousait M. Roger,
inspecteur au chemin de fer du Nord, qui était
un fervent de la musique : ce fut une heureuse
union, malheureusement trop courte, car il
mourut dans l'année 1887.
198
LE GUIDE MUSICAL
r
Depuis, M"'^ Rogei-Miclos s'est adonnée au !
professorat, mettant en pratique l'excellente '
méthode qu'elle tient de M™« Massart : son
enseignement n'est cependant pas immuable,
absolu, et elle traite chaque élève suivant son
tempérament. Cette tâche, à laquelle la
majeure partie de sa vie a été vouée, l'a
empêchée de se produire en public aussi
souvent qu'elle l'aurait désiré ; cependant, en
dehors de Paris et de France, la charmante
artiste a entrepris plusieurs voyages en Suisse,
en Belgique, en Espagne et en Angleterre ;
l'accueil a été toujours des plus bienveillants.
Sous des apparences un peu froides, elle
cache une âme sensible à toutes les beautés,
celles de la nature comme celles des beaux-
arts. Elle lit beaucoup et est au courant de la
littérature moderne. Sa nature repousse tout
parti pris et la rend éclectique dans ses goûts,
—adorant Victor Hugo, Alfred de Musset, Théo-
dore de Banville, Flaubert, Guy de Maupas-
Sant, Alphonse Daudet, Paul Bourget En
peinture, ses admirations vont souvent à des
œuvres émanant d'écoles absolument diffé-
rentes. D'instinct elle est coloriste, et, cepen-
dant, après s'être éprise d'un tableau d'Henner,
elle ne sera pas moins enthousiasmée par une
des grandes pages du fresquiste Puvis de Cha-
vannes. La poésie qui s'en dégage la subjugue
et l'enivre.
Les portraits et bustes qu'elle a inspirés sont
assez nombreux. Nous donnons la préférence
au buste d'Antonin Cariez, déjà mentionné, qui
occupe la place d'honneur dans son cabinet de
travail. Un peintre, M. Peixotto, s'inspirant
du portrait de M™^ Récamier par David, l'a
représentée étendue sur un sopha, recouverte
d'une longue tunique blanche, laissant voir les
épaules qui sont admirables, la tête avec le
regard noyé, les pieds maintenus dans des
sandales. L'ouvrage est faible ; la ressemblance
surtout laisse à désirer, comme du reste, dans
la petite toile signée Henner qui orne la salon.
Ici, l'impression est triste, d'une tristesse qui
donne une impression de l'au delà. La tête,
d'une blancheur exsangue, d'un contour ingrat
et d'un pauvre dessin, apparaît au milieu d'une
tache noire. C'est toujours le même effet pro-
duit par un artiste d'un talent original, mais
qui se répète trop, et cela avec des défauts très
accusés.
Le jeu de M™« Roger-Miclos est d'une
grande correction ; le mécanisme est impecca-
ble. Possédant une volonté de fer, une ardeur
que rien ne peut rebuter, elle a su vaincre
toutes les difficultés de son art. A la première
audition, l'impression qui se dégage serait, à
côté d'un brio remarquable, une certaine froi-
deur, mais elle n'est qu'apparente, comme dans
sa physionomie, qui s'anime sous l'impression
d'une vive émotion. Ecoutez-la exécuter telle
ou telle page d'un de ses maîtres favoris : le
Carnaval, les Fantasiestiicke, Kreisleriana!...
L'interprétation de ces pièces, — où le maître de
Zwickau a introduit une si grande variété de
modes délicats, un sentiment poétique intense,
des rythmes très particuliers et nouveaux, —
est d'une spirituaUté charmante. Le coloris est
merveilleux ; les multiples nuances existant
entre le forte et le piano sont rendues avec une
suprême délicatesse, grâce à un emploi intelli-
gent des pédales et surtout à la compréhension
de l'œuvre (i).
Pour elle, le roi du piano, c'est Rubinstein,
qui réunit, à lui seul, toutes les qualités de
puissance, de charme, de haute compréhension
artistique. « En l'écoutant, — dit-elle, — on
oublie que c'est un pianiste ». Mot fort juste,
puisque l'instrumentiste doit toujours dispa-
raître pour ne laisser venir en lumière que la
beauté de l'œuvre qu'il interprète.
Hugues Imbert.
(i) M"" Roger-Miclos doit entreprendre, à la fin du
mois de février 1S94, une tournée artistique en Aile- -
magne ; Berlin, Leipzig, Dresde, etc. . . Elle fera enten.
dre de nombreuses pages de Robert Schumann.
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Tristan et Iseult, étude sur le drame de Richard Wagner, par Maurice Kuffekath. Un volume de 400 pages, .
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LE GUIDE MUSICAL
\199
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
Le dernier concert de la Société nationale de
musique fut spécialement intéressant, tant par
la mise au programme de plusieurs composi-
tions inédites que par le choix très heureux
d'oeuvres déjà entendues et qu'on aime enten-
dre à nouveau. De celles-ci, le génial quatuor
du maître C. Franck pour instruments à
archets, dont il fut, ici même, trop souvent
et trop bien parlé pour qu'il soit utile d'en
rappeler les beautés radieuses, interprété de
très remarquable façon par les quartettistes de
la société, MM. Geloso, Capet, Monteux,
Schnecklud ; puis des pièces pour piano de
MM. E. Chabrier et Gabriel Fauré, merveil-
leusement jouées par M. E. Risler.
Dans la partie inédite du concert, un quin-
tette pour piano et instruments à archets,
dédié à la mémoire de César Franck, par M. P.
de Wailly, œuvre fort intéressante et de con-
ception élevée. Le thème de l'Introduction,
dont les transformations diverses, passant dans
les trois parties, assureront l'unité de l'ensem-
ble, est de noble allure ; il faut signaler, dans le
premier allegro, de beaux développements
déduits, un peu avant la conclusion, d'une idée
qui semble nouvelle, matériellement, si je puis
dire, mais qui n'est pourtant elle-même qu'une
déduction psychologique des autres thèmes.
L'adagio, peut-être la meilleure partie de
l'œuvre, est d'un beau sentiment calme et d'une
poésie très intense. Le public, décidément plus
fermé encore qu'on ne le croit, n'a d'ailleurs
rien compris à cette phrase longuement étalée,
quoique d'un contour très arrêté : mais cette
inintelligence n'enlève rien au mérite du mor-
ceau. Le finale est joyeux, mais d'une joie
d'âme, encore grave, la joie paisible du maître,
et des fragments du quintette de Franck pas-
sent parmi les développements de M. de
Wailly. Assez fréquemment reproche-t-on aux
œuvres de manquer d'air; à ce finale on pour-
rait adresser le reproche contraire : il y a trop
d'air. Les arrêts se multiplient et les change-
ments de mouvement plus qu'il ne faudrait.
Quoi qu'il en soit de ces petits défauts et
d'autres qu'une plus minutieuse analyse décou-
vrirait peut-être, le quintette de M. de Wailly
est une œuvre. L'interprétation a été bonne de
la part des quartettistes déjà nommés, mais
insuffisante de la part du pianiste, M. D. Blitz :
son jeu est correct, mais d'une désespérante
mollesse.
Deux Proses lyriques de M. Cl. A. Debussy
ont été chantées, fort bien d'ailleurs, par
M'if^ Th. Roger. M. Debussy est, parmi les
« jeunes », un de ceux sur lesquels il est permis
de compter le plus pour accroître la gloire de
l'école française. Ces deux nouvelles composi-
tions sont absolument exquises ; le sentiment
en est d'une rare distinction et d'une émotion
intense, et l'enveloppement instrumental que le
piano doit tisser à la voix est d'une absolue
personnalité. M. Debussy accompagnait lui-
même et de façon telle que le mieux serait im-
possible.
Quand j'aurai ajouté que M"« Remacle a dit
avec talent trois jolies mélodies de M. La-
combe, j'aurai rendu justice à tous ceux, au-
teurs et interprètes, qui ont contribué au succès
de cette belle séance. J. G. R.
Beaucoup de musique contemporaine, sinon
moderne, au dernier concert d'Harcourt. Négli-
geons d'abord l'ouverture de Don Juan, placée
en tête du programme pour montrer peut-être
« comment il faudrait pouvoir faire » . Ce qui
frappe particulièrement, dans la plupart des
morceaux qui ont suivi, c'est un aspect de
« déjà vu », la réminiscence non littérale, mais
une sorte de silhouette, une parenté, un air de
famille avec des œuvres bien connues. Qu'im-
porterait l'identité ou la ressemblance absolue
de deux thèmes, si les développements accu-
saient un faire .personnel. Wagner, utilisant
l'yi /«£« saxon dans son Parsifal, après Men-
delssohn, et Lalo prenant un thème de Grieg
pour sa Rhapsodie norwégieiine, ne sont pas
diminués. Plus fâcheux est-il de constater le fait
du compositeur qui se croit libre dans son éla-
boration, tandis qu'une influence occulte dont
il ne s'aperçoit pas, pèse sur ses idées, les
imprègne en tout sens. Bien entendu, il s'agit
ici non des effrontés démarqueurs à l'aifût de
toute fiibusterie praticable, mais du musicien
de bonne foi, de l'artiste qui croit parcourir à
l'aventure les vierges plaines de l'imagination,
alors qu'à son insu, ses pieds suivent des che-
mins frayés ou s'en écartent à peine.
Le Concertstùck pour piano et orchestre de
M. Diémer, le distingué pianiste, ne manque
20^
LE GVJDL MUSICAL
ô&s de qualités de forme ; il est évidemment
/bien écrit pour l'instrument, quoique sans trop
' de variété ; des arpèges, puis des arpèges
encore. Le premier thème rappelle le phrasé
facile de Mendelssohn, et le finale vivace se
déroule un peu trop parallèlement à Vlnvita-
tidn à la valse de Weber. Même rhytme dans
le premier thème, même trio mélodique.
M. Quevremont, qui tenait le piano, n'en joue
pas mal ; il embrouille un peu, surtout de la
main gauche. Il a ensuite joué la XII'^ Rhap-
sodie de Liszt avec cette désagréable tendance
des pianistes à étriquer les phases farouches
du Lied hongrois; on pourrait dire que la
respiration laisse à désirer dans l'exposition de
la mélodie.
La Fantaisie triomphale pour orgue et or-
chestre de M. Th. Dubois pèche vraiment par
le manque de noblesse. De l'emphase, oui ;
mais le triomphe nous a paru bien vulgaire
et la fantaisie peu légère. Le premier thème
est un tempo dipolacca un peu retenu, avec sa
conclusion sur le troisième temps de rigueur.
Quant au second, c'est une Rosalie à la Gou-
nod, de quatre en quatre mesures jusqu'aux
trente-deux traditionnelles; il y a les dévelop-
pement prévus, attendus et un finale élargi sur
des harmonies déjà entendues dans le Roméo
du maître.
Nous 3' opposerons la. M e'ditation, aussi pour
orgue et orchestre, de M. Ch. Lefebvre ; sans
atteindre les hauts sommets, cette œuvre est ce
qu'elle veut être, point important. Nous y
avons noté une ligne mélodique non sans
charme, une progression heureuse, vers la fin,
et surtout l'orcliestration idoine ; du hautbois,
de la harpe, des effets discrets, qui contribuent
certes à augmenter l'aspect sympathique de
cette composition, fort bien exécutée, d'ailleurs,
par M. Gigout.
Il n'y a pas beaucoup à insister sur quatre
mélodies de M. Lenormand, qu'a chantées
M"'= A. Remy. Elles rentrent quelque peu,
malgré leur facture soignée, dans la catégorie
neutre avec réminescences.
Les petites Feuilles d'album de Chauvet,
orchestrées — avec goût — par M. Maréchal,
nous ont davantage intéressé ; une romance,
un Lied et la Trompe des Alpes sont d'un
charme pénétrant ; la ronde finale est ai-
mable.
J'avoue n'avoir pas bien compris l'idée de
M. P. Porthmann, qui a trouvé dans la Chute
de la Maison Ushcr, ou plutôt dans le poème
The hauntes palace de Poë, l'occasion d'une
symphonie à programiTie. Les poèmes de Poë
ont une telle précision littéraire, une forme tel-
lement adéquate, qu'il nous paraît bien diffi-
cile, sinon impossible, d'y ajouter une intensité
expressive quelconque par l'enluminure musi-
cale. Nous n'y voyons pas ce vague spécial, ce
flou caractéristique qui peut servir de point de
départ à l'amplification musicale, qui est une
sorte de terrain de transition entre la littérature
et la musique. Nous n'y voyons pas expirer en
contours indécis l'art du poète réclamant, pour
soutenir son vol, le secours du musicien. Cette
réflexion, non certes à propos de la lourde, in-
fidèle et incomplète traduction française qu'on
distribuait aux auditeurs et à laquelle man-
quaient la seconde et la quatrième strophe du
poème de Poë, Banners yellow... et A7id ail
with pearl...
La partition de M. Porthmann se ressent
fortement de son inexpérience. Malgré son in-
tention descriptive, elle est obscure et mono-
tone. Quant au faire, cela sent l'élucubration
laborieuse et impuissante, malgré quantité d'in-
tentions qui ne portent malheureusement pas.
L'orchestre est diffus, flasque ; il y a pour-
tant tout l'attirail voulu : harpe, cor anglais et
— dernier genre — alto solo. Non, c'est une
chose qui nous paraît manquée ; et si le rôle de
la critique était de conseiller les gens, nous
dirions à l'auteur que la tentative dépassait
peut-être la mesure de ses jeunes forces, qu'il
pourrait appliquer avec plus de bonheur à des
œuvres de moindre importance. M. R.
Succès sur toute la ligne au concert Colonne
du dimanche i8 février. Succès de compositeur
pour Théodore Dubois, qui a orchestré mer-
veilleusement deux pièces pour piano pédalier
de Robert Schumann (i). La première est un
Adagio en 5i majeur, superbe de style et de
profonde expression. Quelle poésie intense dans
cette phrase dialoguée en forme de canon,
entre la flûte, le hautbois, la clarinette, le
basson et les contrebasses ! La seconde est
un Allegretto en si mineur, charmant et
délicat badinage, dans lequel le basson joue
un rôle important; elle a été bissée d'ac-
clamation. On doit féliciter M. Colonne
de la façon dont son orchestre a exécuté ces
deux pièces délicates et difiîciles d'interpré-
tation. Nous espérons bien les entendre à
nouveau.
Succès de virtuose pour Sarasate avec le
(I) Les six pièces du Recueil ont été transcrites par
Georges Bizet pour piano à quatre mains.
Ll? GUIDE MUSICAL
201
Concerto de Mendelssohn et \e Rondo cappri-
cf050deSaint-Saëns. Ovations, rappels ! Succès
également pour AI'"'- licrthe Marx, la parte-
naire de Sarasatc, qui a fort bien exécuté le
deuxième concerto en sol mineur de Saint-
Saëns. Le maître français n'aura pas eu à se
plaindre de ses interprètes.
4.
Au Conservatoire, vive attraction pour la si
poétique œuvre de Robert Schumann, le Pa-
radis et la Péri. Nous en rendrons compte
dans notre prochaine chronique.
Nous sommes en retard pour dire quelques
mots de la dernière séance de MM. J. Philipp,
Berthelier, Loeb, Balbreck et Carembat, à la
salle Erard. On a surtout applaudi le second
morceau in modo d'una marcia et le scherzo
du beau Quintette de Robert Schumann, pour
piano et cordes, puis Yallegro agitato de la
sonate d'Ed. Grieg (op. 36) pour piano et
violoncelle, et enfin le scherzo et l'adagio du
Quatuor pour piano et cordes de Gabriel
Fauré.
La dernière soirée donnée par M. et M""= E.
Colonne nous avait réservé une surprise : l'audi-
tion en plusieurs langues de mélodies diverses.
C'est ainsi que M™'= Colonne a chanté dans leur
idiome les Mélodies populaires de Grèce,
recueillies par M. Bourgault-Ducoudray. —
C'est court, charmant — et si bien dit ! M'i'î Fré-
dericksen (un peu émue) a fait entendre des
Chansons norwégiennes, de Grieg et de
W. Thrane, - M"^ Esther Sidner, des C/iflH-
sons suédoises deFiaiiln et à'IvuïHollstrœm. —
Quel charmant organe et quelle fine diction
possède M""^ Mathilde Colonne ? UAveu, mé-
lodie inédite de Ch. Gounod, d'après une
poésie de Jean Rameau, a été bissé ! Que dire de
nouveau du beau talent de M"'^ Marcella Pregi,
si ce n'est qu'elle a enthousiasmé l'auditoire
dans les beaux Lieder de Schubert, de Brahms
et de Schumann ! Nous la félicitons tout particu-
lièrement du choix de ces divines mélodies
Mais arrêtons ici la liste, qui serait un peu
longue ! H. I.
4.
Le petit Bronislaw Hubermann a donné,
l'autre semaine, un concert, salle Erard. Le
petit virtuose a enthousiasmé l'auditoire par
l'étonnant mécanisme et l'extrême justesse
avec lesquels il a interprété les différents mor-
ceaux du programme, parmi lesquels figuraient
le Concerto de Mendelssohn, les Danses bohé-
miennes de Sarasate, et une sonate de Bach.
On peut prédire à cet enfant un brillant
avenir, pourvu que le succès ne le grise pas
trop et qu'il continue à travailler sérieusement.
Il corrigera ainsi quelques petits défauts, entre
autres celui de ses coups d'archet par saccades,
ce qui n'est pas d'un goût très pur.
Les bravos et les rappels lui ont été prodigués
au cours de cette soirée, où le public parisien
lui a fait l'accueil le plus sympathique.
La première séance donnée le 23 février, à
la salle Pleyel, par M"«s Victoria Barrière,
Charlotte Vormèse, MM. René Carcassade et
Pierre Monteux, a été pleine d'intérêt. — Jeu-
nesse et talent réunis ! On a entendu le 3« trio
de Rubinstein, la sonate en ut mineur de Grieg
pour piano et violon et le quatuor en si bémol
(op. 4.1) de Saint-Saëns, une des bonnes pages
du maître français.
'I'
Après la première représentation de Néron,
à Rouen, Rubinstein est venu passer quelques
jour- à Paris, mais dans le plus strict incognito.
4,
T
Lundi 19 février, salle des Agriculteurs de
France, 8, rue d'Athènes, concert du quatuor
vocal fondé par M™'^ Muller de la Source. On
y a entendu la jeune violoncelliste Marguerite
Baude, Paumier de l'Odéon, — et des frag-
ments d'une œuvre inédite du regretté Louis
Lacombe, le Tonnelier de Nuremberg, — du
Comte Dry de Rossini, — de Fior d'Aliza de
Massé — et Psyché d'Ambroise Thomas.
L'Opéra de Paris vient de donner la cin-
quantième de Samson et Dalila de M. G.
Saint-Saëns. Ce nombre de représentations a été
atteint en l'espace de quinze mois, et la somme
des recettes a produit le chiffre respectacle de
823,000 francs !
BRUXELLES
M. Joseph Dupont, remis de son influenza,
avait repris le bâton de chef d'orchestre pour le
troisième concert populaire de la saison, et le
public a saisi cette occasion pour faire à l'émi-
nentcapcllnieistcr un très chaleureux accueil.
A la fin du concert, après l'exécution des frag-
ments de Wagner que portait le programme,
fragments déjà maintes fois entendus, mais
202
LE GUIDE MUSICAL
joués cette fois avec beaucoup d'ampleur et de
verve (notamment la Marche funèbre pour
Siegfried et la Chevauchée des Walkyries) les
applaudissements ont pris l'allure d'une véri-
table ovation.
Le grand intérêt du concert a été dans
l'apparition de M. César Thomson, qu'on n'a eu
que rarement roccasion d'entendre à Bruxelles,
bien qu'il soit Belge, ou parce qu'il l'est. Le
succès de cet exceptionnel virtuose a été énorme,
encore que le Concerto pour violon de Gold-
marck qu'il avait choisi, ait médiocrement
intéressé comme composition. Mais quel style
M. Thomson a su mettre dans les moindres
phrases chantantes ! Quelle verve et quel éclat
dans les traits brillants que le compositeur a
ménagés au virtuose dans cette composition
touffue et laborieuse! Il y a dans le jeu de
M. Thomson un charme étrange, une chaleur
interne de sonorité, une intensité d'expression
qui sont profondément saisissantes, et qui ont
vivement impressionné la salle, laquelle était
archicomble. M. Thomson a également joué le
Trille du Diable, qu'il exécute comme per-
sonne, avec une aisance et une équanimité
absolument invraisemblables. La salle, en dé-
lire, l'a rappelé jusques à quatre fois.
Le lendemain, le succès du grand virtuose
s'est renouvelé au Cercle artistique, dans V Ada-
gio et la Fantaisie de Paganini et dans le deu-
xième Concerto de Wieniawsky.
Au même concert, on a pu apprécier plus
complètement qu'on n'avait eu l'occasion de le
faire la veille au Concert populaire, la pianiste
qui avait accompagné les petites pièces de
M. Thomson : M™'= Delhaze, professeur au
Conservatoire de Liège. Cette artiste de talent a
un mécanisme d'une clarté tout à fait remar-
quable ; elle est de l'école deThalberg — par un
élève de celui-ci — et sa tenue au piano est clas-
sique dans toute l'acception du mot. M™^ Del-
haze a joué une pièce de Scarlatti et une
brillante étude de Martucci, avec une légèreté
de toucher, une limpidité dans les traits qui lui
ont valu un très vif et très légitime succès.
Nous ne pouvons en dire autant de
M"« Courtenay-Thomas, une élève de M^e Mar-
chesi, qui a chanté d'une voix très étranglée
dans le registre élevé, et avec des nasillements,
imités d'Yvette Guilbert, très déplaisants dans
l'air d'Agathe du Freyscliiitz et dans l'insup-
portable air de la folie de Hanilet. Elle a
mieux dit, à la fin, l'air de Marceline des Noces
de Figaro.
Mercredi, à la salle Ravenstein, très jolie
soirée — la deuxième de la série — du qua-
tuor Crickboom. Seulement, cette fois on n'a
pas eu de quatuor, mais seulement deux trios,
celui en mi bémol de Beethoven (qu'elle mer-
veille !) et le pathétique trio en réàe Schumann,
joués par MM. Crickboom et Merck, avec
M"^ Louisa Merck au piano. Entre les deux
trios, M. Crickboom a joué avec M. Angenot le
délicieux Concerto pour deux violons de Bach
et une Elégie de son maître Ysaye. On a parti-
culièrement distingué dans cette séance la
pianiste, M"e Louisa Merck, qui a tenu le
piano avec une vaillance très applaudie pendant
toute la soirée. Son toucher délicat, ses fines
qualités de musicienne accomplie, ont eu l'oc-
casion de se faire valoir dans les deux trios
d'une façon peu ordinaire ; et dans les très
chaleureux applaudissements qui ont récom-
pensé les jeunes et charmants artistes, une
bonne part est allée à elle. Il faut louer aussi
sans réserve l'exécution du Concerto de Bach.
C'était vraiment très bien.
La deuxième séance de musique de chambre
de M'i<=Derscheid avait réuni jeudi, à la Grande-
Harmonie, un nombreux auditoire et le succès
a été très vif. M'i^ Derscheid a joué avec
M. J.B. Colyns la belle sonate, op. io5, de
Schumann, et avec MM. Colj'ns et Jacobs le
trio en mi majeur de H. -Ferdinand Kufferath,
et le trio en mi bémol (le violoncelle de Jacobs
remplaçant le cor) de Johannes Brahms, que
les éminents artistes ont joué avec autant de
délicatesse que de sentiment.
L'espace nous manque pour parler de la
première séance du quatuor Ysaye dans les
salles de l'exposition de la Libre Esthétique.
Bornons-nous à noter pour le moment l'ac-
cueil enthousiaste fait à M. Ysaye et à ses col-
laborateurs. Nous y reviendrons. Jeudi pro-
chain, deuxième séance toute entière consacrée
aux œuvres de M. Debussy. M. K.
Mlle Wolf a repris cette semaine, dans Y At-
taque du moulin, le rôle de Marceline, tenu
jusqu'ici par M"« Armand. Elle s'est acquittée
de cette tâche peu commode avec une louable
vaillance, et de façon à satisfaire ceux qui
n'avaient pu admirer dans ce rôle le beau talent
de sa devancière, dont elle n'a, forcément, ni
l'autorité, ni la profondeur d'accent, ni l'am-
pleur de geste. Si sa voix n'a pas eu, comme
celle de M"« Armand, un timbre pénétrant
dans les notes graves, par contre elle a vibré
avec plus d'éclat dans les passages élevés du
rôle. Au total, une interprétation très satisfai-
sante, si on la dégage de toute comparaison
LE GUIDE MUSICAL
203
avec celle de notre superbi contralto, et qui
fait honneur au talent de la jeune et intelli-
gente artiste.
Salle bien garnie à la onzième représentation
de l'œuvre de M. Bruneau, mais public; froid
et qui ne s'échauffe quelque peu qu'au qua-
trième acte, dont l'action dramatique intense,
bien soulignée par le musicien et mise en puis-
sant relief par l'admirable talent de M. Se-
guin, remue et touche profondément.
J. Br.
Chambrée complète aux Galeries pour la
première de Sainte Freya, le nouvel opéra
comique d'Edmond Audran et Maxime Bou-
cheron. Quelques mots du sujet, essentiellement
original. Les Van Beck habitent Harlem et
sont les heureux usufruitiers d'une fortune
colossale léguée par deux vieilles cousines
mortes il y a quelques cent ans. Pour racheter
leurs fautes, les deux testatrices imposent le sa-
crifice séculaire d'une Van Beck pure et naïve,
s'astreignant à prendre le voile. L'inobservance
de cette clause entraîne l'annulation du testa-
ment et le retour des biens à la ville de Harlem.
Il y aura cent ans qu'il n'y a plus eu de voca-
tion religieuse dans la famille Van Beck ; aussi
la jeune Hortensia Van Beck est-elle destinée
à prononcer ses vœux. Le bourgmestre Krabbe,
jaloux de l'opulence des Van Beck, détourne
Hortensia de ses devoirs et, en conventionnel
ennemi de la mainmorte, chasse les héritiers
et confisque la fondation. Mais Van Beck a été
dans son temps un joyeux polisson : une fille
qu'on ne lui connaissait pas, et qui est légère-
ment visionnaire, prendra le voile et sauvera la
famille. Seulement, sainte Freya, le nom de la
fille légitimée, écoute un beau capitaine de fré-
gate qui, muni d'un billet de logement, s'impose
chez Van Beck et fait une cour brûlante à la
jeune ursuline de demain. Les Van Beck vont
être déshérités quand tout s'arrange. Une vieille
cousine a pris jadis le voile incognito : les Van
Beck peuvent dormir tranquilles jusqu'à la fin
du vingtième siècle et le bourgmestre Krabbe
participera à la fondation en épousant Hor-
tensia.
Ce thème prête à d'amusants développe-
ments. Edmond Audran a brodé une partition
pleine de jolies choses ; le premier acte est ravis-
sant : le duo des frileuses et l'hosannah devien-
dront populaires. M"': de Roskilde est une
sainte Freya d'un mysticisme exquis. Sa
diction caressante, sa voix pure et distinguée
ont autant de charme que sa troublante per-
sonne. On lui a fait un accueil très chaleureux.
Elle est très bien secondée par M"« Ellieze
Dorange qui s'est chargée par complaisance du
rôle de la Frisonne, qu'elle détaille avec talent.
M"es Stemma et Libra; MM. Darmand, Hé-
rault et Lespinasse complètent une interpréta-
tion raffinée. Bis et rappels à foison, ovation
bruyante aux auteurs, en somme grand succès
dont il convient de féliciter M. Maugé à qui
nous devons déjà des reprises intéressantes.
Les décors et les costumes sont coquets et font
revivre déhcatement un intérieur de la Hol-
lande septentrionale. N. L.
A l'Alcazar, on entend la troupe complète du
Ba-Ta-Clan. Paulus en fait partie, mais un
Paulus aphone dont la voix a suivi le mouve-
ment boulangiste et qui n'évoque plus que le
souvenir de la crécelle liturgique de la semaine
sainte. Heureusement, Mevisto, entouré de sa
troupe, interprète en artiste le Ravaillac
d'Em. Moreau, et fait pleurer public, orchestre,
ouvreuses, fauteuils et décors. On n'est pas
habitué à entendre les choses lugubres à l'Alca-
zar. Mais il y a Chambot, un comique désopi-
lant, et RudinoÉf, un ombiomane prestigieux
qui feront courir tout Bruxelles. N. L.
Le concert donné au profit de l'Association
pour Tamélioration des logements ouvriers,
donné salle Marugg, a obtenu un vif succès.
On y a entendu à nouveau la Servante maî-
tresse de Pergolèse, interprétée par M"= Mi-
chaux et M. Soyer. Cette seconde audition a
été supérieure à la première.
Dans une partie de concert qui précédait
le charmant opéra comique, on a entendu une
intéressante cantatrice, encore débutante et,
comme telle très émue, M™e Maïa Norly, élève
de Mlle Livain.
La voix de M™ Norly est d'une belle étendue
et consciencieusement travaillée, d'un timbre
agréable, et chaudement colorée. Douée d'une
ph3'sionomie fort expressive et très mobile,
Mme Norly remportera, sans doute, des succès
à la scène, car il est à supposer qu'elle aspire
à aborder le théâtre lyrique.
La jeune cantatrice a été justement applau-
die, ainsi que la violoncelliste, M"^ Kufferath,
et M. Janssens, qui remplaçait la pianiste,
M™e Lallemand, indisposée.
M. Siegfried Wagner, qui vient de remporter
à Francfort aux concerts du Muséum, un nou-
veau succès comme chef d'orchestre, arrivera à
20i
LE GUIDE MVSICAL
Bruxelles le i^"" mars et commencera dès le
2 mars les répétitions pour le grand concert
organisé par la maison Breitkopf et Hasrtel.
La société des Nouveaux Concerts à Liège,
avait demandé à M. Siegfried Wagner de venir
diriger un concert qui aurait été spécialement
organisé à son intention. Mais M. Siegfried
Wagner n'a pu accepter cette offre flatteuse.
Le concert de Bruxelles, sera le seul qu'il
dirigera en Belgique.
A propos des craintes exprimées par notre
correspondant d'Amsterdam sur la composition
du jury pour le concours de chant d'ensemble
de Mons, nous sommes en mesure de pouvoir
démentir catégoriquement les bruits qui ont été
mis en circulation à l'étranger. Le jury de ce
concours n'est pas encore formé, aucun membre
n'en est désigné, pas plus M. Massenet qu'un
autre.
La commission organisatrice ne s'occupera
officiellement de la formation du jury qu'après
le i5mars, date de l'expiration du délai des ins-
criptions. Il est, en tous cas, entendu que les
sociétés des pays étrangers qui prendront part
au concours seront représentées par des mem-
bres du jury de ce pays.
Nous apprenons que la Maison Schott orga-
nise, sous le patronage du gouvernement, un
concours pour la composition d'une Marche
solcnneUc pour orchestre destinée à la céré-
monie d'ouverture de l'Exposition d'Anvers.
M. de Burlet, ministre de l'intérieur et des
beaux-arts, a accordé un prix de 5oo francs en
vue de ce concours. Les manuscrits devront
être livrés avant le 5 avril.
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — Nous avons eu, dimanche der-
nier, le trente-neuvième concert populaire.
Le programme, qui n'était composé que de trois
numéros : deuxième symphonie de Brahms, triple
concerto de Beethoven et ouverture de TannlicBuser,
avait attiré un nombreux public.
L'habitude de joindre au programme un texte
explicatif des divers morceaux S3'mphoniques
n'est pas sans intérêt pour l'auditeur, quoique la
merveilleuse ouverture de Tannhauser ne nous
paraisse guère en avoir besoin, cette musique
sensuellement mouvementée s'expliquant par elle-
même. Il en est autremeirt de la symphonie de
Brahms : œuvre indécise, et souvent sans carac-
tère On dirait plutôt l'œuvre d'un mathématicien
que d'un poète On n'y retrouve même pas cet
clan de modernisme qui fait, par exemple, le
charme des symphonies de Borodine.
Qu'il y a loin d'une pareille œuvre aux créations
claires et limpides d'un Beethoven, ou même aux
productions si rythmiquement caractéristiques
d'un Schumann! En un mot, l'œuvre du maître
hambourgeois n'intéresse que par son coté savam-
ment musical ; de véritable inspir..tion il n'y en a
guère.
L'ouverture de Tannkœuser, par contre, émeut et
fascine tour à tour, le riche coloris instrumental et
les mélodies suaves qui sont propres aux compo-
sitions de Richard Wagner produisent un efiet
irrésistible.
Le triple concerto (piano, violon et violoncelle)
de Beethoven est une œuvre que l'on ne rencontre
guère dans les programmes de concert. Il est donc
fort louable de voir une institution comme celle
des concerts populaires la tirer de l'oubli. Cette
composition est pourtant loin d'avoir la valeur
intrinsèque des concertos de piano, qui sont restés,
avec le beau concerto de violon, des modèles du
genre. Les solistes étaient MM. Fr. Lenaerts,
Jos. Marïen et Corn. Smit.
La première de Mélusvie, au Théâtre-Flamand.
n'pyant pu avoir lieu mardi, ainsi que nous
l'avions annoncé, force nous est d'en remettre le
compte, rendu à la semaine prochaine. Nous pou-
vons cependant dire, dès à présent, que certaines
pages de la nouvelle partition de Em. Wambach
ont produit, à la répétition générale, une excel-
lente impression. Nous pouvons nous attendre à
un succès. A. W.
■^ Au Théâtro-Roj'al, Amour de Fée, le délicat
ballet de M. Emile Agniez, a reparu sur l'affiche,
et le succès delà partition s'est encore affirmé. On
a bissé plusieurs fois la jolie valse et le finale du
deuxième tableau.
^#
BERLIN. — Cette semaine, où tombait
l'anniversaire de la mort de Richard Wag
ner (i3 février), nous n'avons eu que des concerts
presque exclusivement consacrés aux œuvres du
maître de Bayreuth.
Au Wagner-Verein, au concert Weingartner,
chez Mansteadt, chez Mcyder et à l'Opéra, où l'on
a donné le Vaisseau- Fantôme.
Lundi avait lieu le troisième concert du Wagner-
Verein. Le capcllmeister Sucher a dirigé la marche
funèbre de la GœUei'dammerung. peut-être un peu
lente et sans grande émotion ; le prélude et le
finale de Tristan, admirablement rendus par l'or-
chestre et par la soliste Rosa Sucher; la Br.tailU
des Huns, peinture musicale de Liszt, inspirée par
une fresque de Kaulbach, et la très pâle ouverture
du drame lyrique le Cid de Peter Cornélius, La
LE GUIDE MUSICAL
205
Sucher a, en outre, chanté un air de Chimène de
ce dernier drame et les FiinJ Gedichte de Wagner,
dont le quatrième a été redemandé. M. et M""'
Staudigl ont eu aussi beaucoup de sucrés dans un
air et un duo à'Euryniithe.
Le programme du concert Weingartner com-
portait la marche funèbre de la Gatlerdammerung,
les préludes du Vaisseau-Fauiôme, de Loheiigrin, de
Tannhteuser, des M eistersinger et la Danie-Sympltonie
de Liszt (dédiée à Richard Wagner). Weingart-
ner a dirigé le tout sans partition et dans la per-
fection habituelle, sauf l'ouverturedes Meistersinger ;
elle était un peu confuse et, en général, trop vive.
C'est, paraît-il, la tradition de Bùlow. Wagner a
cependant écrit en tête du premier épisode /«««^c.
Quant à la marche funèbre pour Siegfried, j'ai
remarqué qu'ici les chefs d'orchestre précipitent
le mouvement aux accords en ut msL]e.vii: fortissimo
qui suivent le thème de l'Epée. Je ne me l'explique
pas. Le ralentissement me semblerait même en
cet endroit beaucoup plus rationnel. En outre, les
chefs d'orchestre(Sucher,Mansteadt, Weingartner)
ne sont pas d'accord sur le début de la marche
funèbre. Les deux premiers la font commencer
aux accords du Destin Weingartner aux coups de
timbale en ui dièse. Je préfère de beaucoup cette
dernière version.
La symphonie de Liszt est un chef-d'œuvre de
musique descriptive ; les thèmes de l'Enfer sont
saisissants dans leur profond réalisme ; la première
partie du purgatoire, très élevée; la seconde (le
fugoto], assez sèche. M"" Hiedlera très bien dit les
quelques mesures du soprano solo dans le paradis;
le chœur de voix de femmes (alto) très correct.
Aux Concerts populaires, un « Wagner- Abend» :
le prélude et la scène du Vendredi-Saint de Parsi-
fal, l'ouverture àeFaust,\2LKaisermarsch,\'onveïUxre
du Vaisseau-Fantôme et la marche funèbre pour
Siegfried. C'est à ce concert qu'on nous apprit la
mort subite de Hans von Bulow.
Le lendemain a eu lieu un concert à sa mémoire :
la Marche funèbre de Wagner, un choral pour orgue
(par le professeur Reimann) de Yiachjles Symphonies
héroïque et en nt mineur de Beethoven et l'Ouver-
ture tragique de Brahms : les trois grands B, comme
disait Biilow.
Le 2 mars, à la Singakademie, nous aurons les
Béatitudes de César Frank On ne connaît, à Ber-
lin, que son quintette, joué, il y a quelques
années, par Biilow.
Ce sera probablement Richard Strauss, de
Weimar, qui remplacera Weingartner à l'Opéra,
en 1896.
A l'Opéra, les Medici de Leoncavallo ont eu
beaucoup de succès : le compositeur a été rap-
pelé quatorze fois. La critique se montre d'avis
très différents. En général cependant, on ne trouve
pas -le nouvel opéra en progrès sur les Pagliacci.
E. B.
DRESDE. — Au troisième concert Nicodé,
nous avons entendu une cantatrice de Franc-
fort, M"" Uzielli. La voix est d'un beau volume,
la sonorité en est étendue, le timbre agréable.
Une gracieuse simplicité règne sur toute la per-
sonne de cette sympathique artiste. Son père, le
regretté Haering, était un organiste de talent . mais
c'est surtout de M"" Pautex, de Genève, que
M"" Uzielli reçut l'enseignement auquel elle doit
plusieurs de ses qualités. Les journaux de Dresde,
en la félicitant, ont exprimé le désir de la revoir
bientôt. Pour le concert du mercredi des Cendres,
le théâtre était comble. Après l'ouverture de
Léonore, celle de la Fiancée vendue, de Smctana,
dirigées par Schuch, Antoine Rubinstein ,i pris
place au pupitre et a conduit sa scène dramatique.
Si la première partie de cette œuvre magistrale
est un peu prolongée, Vadagio est de toute beauté.
Les applaudissements étaient tels que l'éminent
compositeur a dû revenir plusieurs fois sur la
scène. Puis il s'est rendu au vœu du public en
improvisant au piano avec une vigueur, une expres-
sion saisissantes qui n'appartiennent qu'à lui.
Avant le départ de notre hôte illustre pour Rouen,
où il est allé assister à la première de son Néron,
c'a été une véritable fête artistique de l'entendre.
Cette incomparable jouissance est devenue mal-
heureusement très rare.
Clotilde Kleeberg nous a charmés, samedi der-
nier, avec les poèmes sylvestres de Théodore
Dubois. Ces six pièces sont des bijoux, que
l'aimable pianiste a ciselés avec une exquise déli-
catesse.
Lillian Sanderson, dans son dernier concert, a
obtenu un vif succès. Le violoniste Gregorowitch
a répété la mazurka de Zarzicki. et a produit beau-
coup d'effet.
Hier soir, a eu lieu la cinquième soirée du Quar-
tetto Rappoldi-Grutzniacher-Frohberg-Remmele.
Ces excellents artistes ont fait entendre un (juar-
tetto en mi bémol majeur d'Eugène d'Albert,
œuvre qui semble être écrite plutôt pour grand
orchestre.
La dernière soirée Margarethe Stern-Pelri-
Stenz est reculée jusqu'en avril, soit à cause des
nombreux concerts qui accaparent le public et les
salles, soit parce que M™' Stem est en tournée
dans toute l'Allemagne, où elle est l'objet d'ova-
tions bien dues à son talent. Au commencement
de mars, elle jouera dans deux grands concerts à
B.ùle et à Zurich.
Cette semaine, rien de nouveau au théâtre, si ce
n'est un acte de M. Pittrich. Nos vaillants artistes,
M™' Malten, MM. Anthes et Scheidemantel ont
bien voulu se charger de faire le succès de cette
Marga, annoncée depuis fort longtemps. Jeudi,
Fra Diavolc, étudié à nouveau avec M. Erl dans le
rôle du protagoniste. La dernière fois que ce
populaire opéra d'Auber a paru sur l'affiche, le
héros en était M. Stritt, qui a malheureusement
206
LE GUIDE MUSICAL
quitté Dresde. 11 y avait fait une impression des
plus favorables. Alton.
P. S. — L'intendant du théâtre royal est mort
le 19 février. S. Ex. M. le conseiller intime Bser
avait occupé à trois reprises cette importante
fonction, qui va être définitivement remplie par
M. le comte Seebach.
GENÈVE. -- On la dit souvent déjà :
Genève, de plus en plus, devient une
vaste boîte à musique ! Et certes nous serions
les derniers à nous en plaindre, si la quantité
n'existait trop souvent au détriment de la qualité.
En outre, il résulte de cette pléthore musicale que
le public, — toujours le même, dans une ville de
80,000 habitants à peine, — ne sait plus s'orienter
et n'assiste en rangs serrés qu'aux concerts à la
moifi! et aux innombrables soirées de bienfaisance
pour lesquelles la carte forcée est devenue un
usage consacré. Nous ne dirons rien des dernières,
persuadés que, le jour où la critique les négligera
entièrement, ces exhibitions d'amateurs épris de
leur propre talent disparaîtront d'elles-mêmes.
Les concerts à la mode, ce sont nos concerts
d'abonnement qui, tous les quinze jours, réunissent
le même public dans la même salle. Il serait trop
long, et du reste peu intéressant de détailler tout
ce que nous y avons entendu cet hiver; les œuvres
qui sont des nouveautés pour Genève ne le sont
généralement plus pour Bruxelles. Cependant, à
part, les symphonies de Beethoven (n° 2), de
Mozart (îf^ majeur, Ju;piler), de Haydn (»»î bémol,
n" i); la Sérénade en fa, par trop guitaresque, de
Jadassohn; la Fantastique Symphonie, de Berlioz, —
à laquelle nous ne pouvons plus trouver qu'un
intérêt historique, — nous avons eu une nouvelle
audition des exquises Impressions d'Italie de G.
Charpentier, des fragments de Wagner, du Cha-
brier, puis la première exécution du prélude de
Janil, idylle musicale en trois actes de notre
compatriote Jaques-Dalcroze, dont l'œuvre paraî-
tra chez l'éditeur E. W. Fritszch, à Leipzig, et
sera donnée sous peu sur la scène de notre
Grand-Théâtre. Nous reparlerons de celte œuvre
très intéressante lors de son exécution intégrale.
Chacun de ces concerts d'abonnement, sous la
direction de M. W. Rehberg, nous fait faire
aussi la connaissance d'un nouveau virtuose ;
citons, parmi les derniers venus, M. E. Sauret
(concerto de Moszkowski), M"'" Ketten (air de
Saint- Augustin de de Saint-Quentin), et vos deux
compatriotes, M. A. De Greef et M.Jean Gérardy,
dont je suis heureux de vous annoncer le plus
complet succès. L'excellent pianiste de Bruxelles
a charmé tout le monde par son exécution pleine
de poésie du concerto de Grieg ; quant au petit
Gérardy, c'est assurément un grand maître du
violoncelle, et les louanges de la presse viennoise
dont les échos l'avaient devancé n'ont nullement
paru exagérées.
Les concerts de virtuoses étrangers ont été
peu nombreux jusqu'à présent : deux seulement,
sauf erreur, un de M. Eugène Ysaye, qui nous a
causé l'une des plus grandes jouissances musi-
cales de la saison, un autre de M. E. d'Albert, que
d'aucuns appellent génial, mais que, comme inter-
prète, nous avouons trouver fort incomplet,
C'est avec plaisir que chaque hiver les musi-
ciens voient réapparaître les séances de musique
de chambre du quatuor Rey, d'autant plus que les
programmes en sont fort intéressants, grâce à
l'influence des deux pianistes qui prêtent leur
concours à tour de rôle : M. W Rehberg, repré-
sentant de préférence les tendances de l'école
allemande, M. Théophile Ysaye celles de l'école
française moderne. Citons seulement, parmi les
œuvres intéressantes, un quatuor à cordes de
Glazounow, et le merveilleux quatuor en ut
mineur de Gabriel Fauré.
Je suis confondu de voir, en relisant ces quel-
ques notes, que je me suis borné à une sèche énu-
mération de noms et de titres d'œuvres; une autre
fois, je tâcherai de parler mieux de moins de
choses. Qu'il me soit permis, cependant, de men-
tionner en terminant le grand succès artistique de
deux concerts de musique vocale et orchestrale :
l'un donné par la Société de chant sacré, sous la
direction de M. Otto Barblan (Kyyie de la Missa
soleimiis de Beethoven, et Magnificat de J.-S. Bach),
l'autre par la Lyre chorale (chœur d'hommes),
sous la direction de M. G. Humbert et consacré
entièrement aux œuvres de Max Bruch : le second
comcerto de violon, exécuté par M. E. Reymond,
un jeune violoniste au tempérament musical et
dont la technique n'est pas loin d'être parfaite, et
les Scènes de Frithjof, qui ont été une véritable ■
révélation pour le public genevois.
J'aurais à vous parler encore du Théâtre et 1
d'une foule d'autres choses je me les réserve •
pour une prochaine lettre. H. d'O.
F. -S. — On nous annonce de Lausanne la pre-
mière exécution, sous la direction de M. Georges
Humbert, d'une suite manuscrite de M. Guy Ro-
partz : Dimanche breton. Très grand succès ; l'un 1
des morceaux a dû être bissé.
LIÈGE. — Le deuxième concert annuel du 1
Conservatoire fait honneur à M. Radoux.
Tout d'abord, l'exécution de l'ouverture de Roméo
et Juliette, de Tschaïkowsky, de tout le premier
tableau du Rheingold et de l'ouverture du Tann-
hœuser avait été soigneusement travaillée. Ensuite,
on a pu admirer, dans la scène et air de ï Allegro
il pensieroso ed il moderato, cet opéra allégorique
de Heendel, et dans l'air A'Elie (Mendelssohn), la
belle voix, la diction savante et le grand style de
la cantatrice M'"' de Vere-Sapio Enfin, M. Ra-
doux a eu l'heureuse inspiration de faire entendre
au.x Liégeois leur jeune compatriote que Vienne,
Berlin, Genève et Londres viennent d'acclamer :
Jean Gérardy, le violoncelliste de quinze ans.
Le charmant artiste ! Véritablement, il n'a rien
d'un enfant prodige, d'un de ces automates à mu-
LE GUIDE MUSICAL
207
sique qui réalisent le maximum de l'insupportable.
Sa virtuosité merveilleuse est toiit entière au ser-
vice du sentiment; ce n'est pas de la prestidigita-
tion, c'est de l'art. Et le vrai « prodige i), c'est de
voir un enfant, si gracieusement et si simplement
enfant, pénétrer et rendre avec une expression si
intense et si saisissante les sentiments les plus
complexes et les plus raffinés, et, pour ainsi dire,
toute une psychologie musicale II a joué l'andante
du concerto de Hans Sitt, la tarentelle en fa de
Popper et le concerto de Raff. Le finale de ce
concerto a été son triomphe. La façon dont il a
rendu certains passages est la perfection absolue :
impossible de mieux faire. Et c'était précisément
les passages empreints de ces sentiments com-
plexes et raffinés, de cette gaieté bizarre et mélan-
colique, de cette fantaisie rêveuse, de ces nuances
insaisissables, pour tout autre qu'uu artiste con-
sommé, où telle altération imperceptible du
rythme, telle accentuation discrète de la phrase,
un rien, entr'ouvre le monde mystérieux de la Fan-
taisie, le sanctuaire intime de l'art. Ces pensées
inexprimables, l'artiste vrai, l'artiste poète peut
seul les évoquer ; aucun signe ne les peut écrire ;
l'artiste seul, et on le reconnaît à cela, sait les lire
dans l'intention du compositeur. C'est une véri-
table transfiguration que le concerto de Raff rece-
vait sous l'archet du petit Jean Gérardy ; et c'était
un curieux spectacle, un spectacle qu'un vétéran
de la critique déclarait « émouvant », de le voir,
calme, les yeux baissés, sans « pose >> aucune, se re-
cueillir pour ainsi dire en écoutant la voix secrète
de l'inspiration ; puis, s'animant peu a peu, s'absor-
ber si bien dans son jeu, qu'il en oubliait l'audi-
toire. Celui-ci, enthousiasmé, stupéfait, lui fit
par quatre fois une ovation aussi attendrie qu'ad-
miratrice.
Bruxelles partagera, je pense, cet enthousiasme,
quand on pourra y entendre le surprenant violon-
celliste. ]. U.
•!*• L'annonce d'une audition du quatuor Ysaye,
dont les journaux parisiens nous ont rapporté les
récents triomphes, excitait vivement l'intérêt,
comme aussi l'extraordinaire particularité de sa
composition. C'est au comité de notre excellente
Légia, animé plus que jamais par Sylvain
Dupuis d'un vif sentiment du nouveau, que nous
devions cette fête musicale, réunissant en une
touchante confraternité artistique, de jeunes vir-
tuoses ardents et bientôt célèbres, issus tous, de
notre vieux sol wallon.
Foule nombreuse, épanouie, orgueilleuse d'ac-
clamer Ysaye et. à ses côtés, Van Hout, Jacob,
Crickboom, Alfred Marchol, puis saluant de ses
acclamations le trop modeste compositeur de
Vivimie, Ernest Chausson. La partie était cepen-
dant dure à mener et à gagner, car les vaillants
quartettistes s'attaquaient au périlleux quatuor en
î-É majeur de Vincent d'Indy, qui, en dépit de sa
transcendante modernité et de ses déroutantes
combinaisons, apparaissait de clarté superbe et
comme jaillissant de source, grâce à de semblables
exécutants.
Le concerto pour violon et piano soli et qua-
tuor de Chausson, en regard de l'œuvre intran-
sigeante de son ami et collègue en modernisme
musical, nous conduisait dans d'autres sphères.
La composition est cependant aussi inspirée, de
merveilleuse facture, d'un intérêt constant et ses
développements rythmiques d'allure nouvelle. A
côté d'Ysaye, un jeune pianiste parisien,M Pierret,
a produit une sensation profonde : ampleur du jeu,
perfection dans les détails et sagesse dans les dif-
ficiles évolutions de sa difficile partie.
M"« Wilson, cantatrice amateur à Amsterdam,
grâce à un remarquable organe et à une intelligente
compréhension, faisait valoir des composilions
moins accentuées de Fauré, Augusta Holmes et
F. Leborne.
C'est très à la longue que l'assemblée enthou-
siaste s'est décidée à se séparer, après force ami-
cales félicitations, poignées de mains et souhaits
ardents de nouveaux et éclatants succès à Ernest
Chausson, à Ysaye et à ses très'remarquables par-
tenaires. A. B. O.
'-^^^^
IONDRES. — La Cari Rosa Company vient
j de donner, au Royal Court Théâtre de Li-
verpool, le Faust de Berlioz, arrangé pour la
scène par M. Friend. Depuis longtemps, les di-
lettanti anglais ont reconnu les beautés orches-
trales de cette partition ; pas une année ne s'écoule
sans que la Royal Choral Society n'y consacre
un de ses concerts de l'Albert Hall. Cette fois,
on l'a donné, comme à Monte-Carlo, avec décors
et costumes.
Bien que Berlioz se soit particulièrement attaché
à la partie lyrique, les critiques sont unanimes à
reconnaître qu'un tel cadre donnait à maints pas-
sages un certain relief, un accent que l'exécution
simplement musicale ne permettait pas d'apprécier
à leurjuste valeur.
Le succès a été délirant ; la Marche hongioise,
l'Hymne de Pâques, chantée dans les coulisses, le
Ballet des sylphes ont été bissés et redemandés.
L'apothéose de Marguerite, toutefois, a nui à l'im-
pression d'ense mble ; aussi la direction l'a sup-
primée depuis la première. L'orchestre a été ex-
cellent, sous la très adroite et consciencieuse
direction de son chef, M. Jaquinot.
Joachim a fait sa réapparition au Saint -James
Hall, et aussitôt les Saturday Concerts ont
retrouvé tout leur éclat. Pas une place à avoir
Successivement, dans le quatuor en mi bémol
op 74 de Beethoven, dans le trio en ut mineur
op. I, n" 3 du même, enfin dans la très difficile
fantaisie op. i3i,qui lui fut dédiée parSchumann,
le grand maître du stradivarius s'est joué des diffi-
cultés les plus grandes, de la technique la plus
ardue, sans jamais un seul instant de défaillance,
et ce avec cette simplicité, cette justesse impec-
208
LE GVIDE MUSICAL
cable, ce sentiment profond qui en font une si
remarquable et unique personnalité. On lui a fait
des ovations sans fin.
M"'' Eibenschûtz, qui a redonne les cinq nou-
veaux morceaux de Brahms, op iiS, ainsi que
l'Intermezzo en mi bémol mineur op. ii8, n'est pas
sans être en droit de réclamer une juste part du
succès, de même que MM. Ries, Gibson et Piatti.
M"" Alice Esty, que nous entendîmes, l'an der-
nier, dans The Golden Web du regretté Goring Tho-
mas, nous a donné la-Ballade aragonaise de Massenet
et une pièce de Grieg.
La London Symphonie Society, désirant obser-
ver l'anniversaire de la mort du grand maître de
Bayreuth, avait consacré à ses œuvres son dernier
concert. L'exécution de \a. Symphonie héroïque a été
de tout point excellente, et M. Henschel est arrivé
à incarner dans chacun des éléments de son or-
chestre une compréhension parfaite de ces pages
sublimes. Par contre, dans le prélude de Parsifal,
il reste beaucoup à faire. La Chevauchée des
Walkyries, bien que jouée avec la grandeur
voulue, a manqué d'ensemble dans l'exécution.
Le Guildhall Choir, composé d'environ deux
cents exécutants, se fera entendre, en juillet
prochain, à l'Exposition d'Anvers, sous la direction
de sir Joseph Barnbj'. La ville aurait offert une
garantie de recettes d'environ i5,ooo francs; en re-
vanche, la phalange aurait à se faire entendre deux
fois par jour, pendant une semaine entière.
Le plus grand organiste anglais, M. W.-T.
Best, vient de résigner ses fonctions à la corpora-
tion de Liverpool, pour raison de santé. Il se fai-
sait régulièrement entendre au Hasndel Festival.
M. Ben Davies a fait ses débuts en Allemagne,
à Elberfeld, et se rendra sous peu à Berlin.
M""' Albani commence, cette semaine, sa tournée
continentale et se fera entendre à Munich.
A. Lekime.
STRASBOURG. — Martin Marsick et Ed.
Risler, deux artistes dans toute la force du
terme, ont eu, à leur concert de samedi dernier,
comme auditeurs tout ce que Strasbourg compte
d'amateurs éclairés et d'artistes. Du talent de Mar-
sick comme du talent de Risler, nous n'avons rien
de particulier à dire, car, chez le violoniste tout
comme chez le pianiste, toutes les qualités ne
sont-elles pas absolument parfaites? Mais ce que
nous tenons à relever, c'est le profond sentiment
musical, la rigoureuse pureté du style et la grande
vérité d'expression qui se rencontrent dans l'inter-
prétation, chez l'un comme chez l'autre, des
œuvres classiques et des compositions du réper-
toire de bravoure. MM. Marsick et Risler ont
offert, entre autres, une traduction modèle de la
grande sonate op. 47, de Beethoven et de la
sonate pour violon et piano, en ut mineur de
Grieg. Les soli de M. Marsick étaient la Sonate dti
Diabte de Tartini, d'après une transcrijition dont il
est lui-même l'auteur ; un nocturne de sa compo-
sition, dont l'idée mélodique est bien trouvée, le
scherzo de Lalo, et puis la tarentelle de Wie-
niawski, qu'il a enlevée à la pointe de l'archet
avec une verve étourdissante.
M. Risler a joué seul plusieurs morceaux de
Chopin, la sonate en mi bémol op. 81 de Beetho-
ven, la onzième rhapsodie et la Grande polonaise de
Liszt. Cette magnifique conférence artistique aura
porté ses fruits, car violonistes et pianistes en
parleront avec enchantement.
La première audition de Franciscus d'E. Tinel
avait attiré peu de monde. Nous en constatons
néanmoins le succès artistique que le chœur du
Conservatoire et l'orchestre municipal, dirigés
par M. Stockhausen, ont obtenu avec le concours
de M"" Jeanne Nathan et du ténor Bandrowsky,
de Francfort.
Au dernier concert d'abonnement de notre
orchestre municipal, M. Alfred Lorentz, un jeune
compositeur strasbourgeois, à peine âgé de vingt-
deux ans, qui dirige les études des chœurs au
théâtre de Carlsruhe, a fait exécuter sous sa propre
direction, — une direction d'une grande fermeté
et d'une remarquable précision, — une ouverture
qu'il a composée sur Othello de Shakespeare.
M. Lorentz, dont l'école préférée est celle de
Wagner, a mis enjeu dans son ouverture d'Othello
toutes les ressources de l'orchestration moderne
au bénéfice d'idées musicales clairement expri-
mées. C'est un talent qui promet beaucoup et qui
saura tenir toutes ses promesses. A. O.
iVO Cr V ELLES DI VERSES
^ Signalons, dans la dernière livraison des
Bayreiitlier Blœttcr, la publication du texte
authentique de vingt et une lettres de Richard
Wagner à son ami Ferdinand Praeger. On sait
qu'il y a deux ans environ, a paru, sous le nom
de celui-ci, un livre intitulé : Wagner tel que
je l'ai connu. Ce livre, qui contient quelques
détails intéressants et nouveaux, renferme aussi
beaucoup d'appréciations désobligeantes et
d'inexactitudes de tout genre M. Houston
Chamberlain s'est donné la peine de relever
toutes les erreurs commises par Praeger ; mais,
ce qui est plus sérieux, il signale des altérations
nombreuses et graves dans le texte des lettres,
de Wagner, que Prasger prétendait posséder et
qui appartiennent, en réalité, à une autre per-
sonne. C'est de cette dernière que M. Chamber-
lain a reçu l'autorisation de publier le texte
authentique. Il reste à connaître quatorze let-
tres, dont Pi Léger donne des fragments et qui
ne se trouvent pas dans la collection que pu-
blient, dés à présent, les Bayreutlicr Blcettcr.
k
LE GUIDE MUSICAL
209
M. Chamberlain promet de les livrer sous peu
à la publicité et de confondre ainsi l'auteur an-
glais, qu'il considère comme un simple faus-
saire.
■^ Par suite de la mort de M. Arrieta, la
place de directeur du Conservatoire de Madrid
est vacante et fait l'objet de nombreuses com-
pétitions. On ne sait pas encore si le gouver-
nement choisira un directeur parmi le person-
nel enseignant, suivant la tradition établie, ou
s'il nommera un directeur étranger à l'établis-
sement. On cite parmi les candidats le maestro
Breton et le poète Echegarray.
■^ Au Conservatoire de Lisboniie, le maes-
tro Augusto Machado a pris possession des
fonctions directoriales. A ce propos, notre con-
frère portugais publie une biographie détaillée
et le portrait de ce remarquable musicien, dont
le bagage comprend plusieurs opéras, joués
avec succès sur les scènes italiennes, espagnoles
et portugaises.
•4*- Nous annonçons, plus loin, la publica-
tion du second volume de VAhnanach des
spectacles de M. Albert Soubies (voir la Biblio-
graphie).
Parmi les très curieux renseignements qu'il
renferme, nous relevons la statistique des
représentations d'œuvres de Wagner à Paris.
A l'Opéra, Lohengrin et la Walkyrie ont
obtenu, du i'^'' janvier au 3i décembre iSgS,
soixante-dix représentations ; Lohengrin vingt-
quatre, la Walkyrie quarante-six.
Lohengrin est bien près d'atteindre sa cen-
tième. Au 3i décembre il en était à la quatre-
vingt dix-septième représentation.
^ Décidément, MM. Abbej' et Grau n'ont pas
de chance; à la dernière u season », leur tournée
artistique n'a pas été brillante, pécuniairement s'en-
tend ; les nouvelles de New- York ne sont guère
meilleures. Ils viennent de monter le Werther de
Massenet, et, malgré l'excellente interprétation de
M""' Calvé et de M. Jean de Reszké, l'opéra n'a
pas eu de succès.
BIBLIOGRAPHIE
■^ UAnnée dramatique et musicale^ par Camille
Bellaigue, chez Delagrave, Paris.
Grâce à la complaisance d'un éditeur mélomane,
M. C. Bellaigue a pris l'habitude de réunir en
volume, chaque année, ses articles de la Revue des
Deux Mondes sur le théâtre et la musique. Le recueil
de iSgS contient, entre autres, la chronique rela-
tive aux Béatitudes de César Franck, exécutées
intégralement au Châtelet, au mois de mars der-
nier.
A la lecture de l'article de M. Bellaigue sur la
symphonie en ré mineur, on m'a affirmé que César
Franck, attristé par l'hostilité du critique, avait
pleuré. Quel sentiment d'amertume et de dégoût
n'eût pas éprouvé le vieux maître s'il avait assez
vécu pour lire le factum du même critique sur les
Béatitudes !
« Musique indifférente et inutile .. La musique
dont il avait le secret, c'est la musique ennuyeuse
L'ennui, l'inexorable ennui, voilà son domaine,
son ro3'aume, le terrain sur lequel il fut sans rival...
Vide, absence complète d'action, de cette action
de l'âme, qui est la joie esthétique, le défaut de
tout intérêt aux choses entendues. . Mélodie sans
relief et sans couleur. Les harmonies? Toujours
cherchées, elles sont rarement originnle.<^ et saisis-
santes, et, pour l'étrangeté, la nouveauté des ac-
cords et des trouvailles harmoniques, les Béatitudes
tout entières ne valent pas les deux accords du
Cygne dans Lohengrin ou un motet de Palcstrina. n
Un tel jugement ferait supposer que M. Bel-
laigue ne connaît pas les premiers éléments des
questions qu'il traite avec tant d'aplomb et de
suffisance, si son acharnement de mauvaise foi
contre César Franck ne s'expliquait par le parti
pris d'immoler l'auteur des Béatitudes à la gloire de
Gounod !
M. Bellaigue, s'il daigne parfois parcourir les
chroniques musicales de ses prédécesseurs à la
Revue des Deux Mondes, a pu constater que Berlioz
a été vilipendé par Scudo, Wagner par le même
maître et par Blaze de Bury. Tous deux ont sur-
vécu à ces attaques et leur grandeur s'en trouve
accrue. Que restet il de leurs détracteurs? Un
renom de sottise et d'animosité, quelques citations
de leurs bévues fameuses et de leurs diatribes, re-
cueillies pour l'édification du présent. Si M. Bel-
laigue étnit moins infatué de lui-même, il redoute-
rait un sort pareil et se garderait de conserver à
la postérité, par la publication de ses articles en
volumes, les monuments de son inintelligence cri-
tique et de son injustice à l'égard de tous les
compositeurs à tendances . levées. G S.
•4*' Almanach des Spectacles, par A. Soubies.
— C'est vraiment un régal de bibliophile que
d'avoir sous les yeux celte charmante édition de
VAhnanach des spectacles, par M. Albert Soubies. Le
tome II de l'année 1898, qui vient de paraître à la
librairie Flammarion, est orné d'une fine et gra-
cieuse eau-forte du maître Lalauze, représentant
une scène de Madame Sans-Gêne, la pièce de
M. V. Sardou, qui obtint tant de succès.
La collection est et sera toujours un répertoire
utile à consulter. H. I.
■4+ 'L'Ouvreuse du Cirque d'été jette décidément
son bonnet par dessus les moulins. Voici une dé-
bauche de livres, émanant de sa plume drolatique
et narquoise. Après Bains de sons et Soirées perdues,
viennent de paraître Rythmes et rires, à la Biblio-
thèque de la Plume (3r, rue Bonaparte).
On y trouvera des petits portraits amusants de
Lamoureux, Colonne, Massenet, Saint-Saëns,...
un aperçu desthéories deNietzche(Liî cas Wagner),
des réflexions fort justes sur les vociférations de
M. Mounet-Sull}- dans Manfred, etc., etc
Nous ne reprocherons à ce petit volume, leste-
ment enlevé, qu'une chose : son caractère trop
mordant à l'égard de certaines personnalités mu-
sicales. Un peu d'aménité n'enlèverait rien à l'es-
prit de l'ouvrage, — au contraire. H. I.
.4+ Vient de paraître, chez les éditeurs A Du-
rand et fils, à Paris, Promenades, pièces pour le
piano par Albéric Magnard.
210
LE GUIDE MUSICAL
PIANOS ET HARPES
ÉEARD
BRUXELLES : 4. rue Latérale
PARIS : 13. rue du Mail
NÉCROLO GI E
Sont décédés :
A Gènes, Camillo Sivori, le célèbre violo-
niste italien, élève dePaganini et qui, longtemps,
fut le plus illustre représentant de la virtuosité
transcendante de son maître. Camillo Sivori était
né à Gênes, en i8i5, et dès l'âge de dix ans, il
parut comme enfant prodige dans des concerts à
Paris et à Londres. De retour à Gênes, il étudia
l'harmonie et le contrepoint sous la direction de
Jean Serra et devint violon solo au théâtre Carlo-
Felice. Il visita ensuite les diverses parties de
l'Italie, fit le tour de l'Allemagne, puis se rendit à
Moscou et à Saint-Pétersbourg. Il donna plusieurs
concerts à Bruxelles dans l'hiver 1841. Après
avoir parcouru la Belgique, il se rendit en Hol-
lande, puis revint à Paris au mois de décem-
bre 1842.
Le 29 janvier 1843, Sivori exécuta dans un con-
cert de la société du Conservatoire la première
partie d'un concerto de sa composition. Son succès
fut si grand que la société des concerts lui
décerna une médaille d'honneur. Dès cet instant,
la réputation de l'élève de Paganini était fondée et
il prenait rang parmi les grands violonistes de
l'époque. Depuis lors il a fait de fréquentes tour-
nées, tantôt dans le Nord, tantôt dans le Midi,
parcourut les deux Amériques, et récolta partout
d'énormes succès, mérités d'ailleurs, tant par la
belle qualité des sons qu'il tirait de son stradi-
varius que par les prodiges de mécanisme
qu'il accomplissait. Mais la virtuosité passa
de mode et le malheureux artiste eut la dou-
leur, il y a quelques années, d'être cruellement
rappelé à la réalité par les sifflets qui l'accueil-
lirent après l'exécution du Carnaval de Venise
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
C.-A. DEBUSSY
OP.io
I" QUATUOR
pour deux violons, alto et violoncelle
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Les Cloehes, mélodie. . . Prix fr. 3
Romance Prix fr. 3
LE GUIDE MUSICAL
211
de Paganini, aux concerts du Châtelet, à Paris.
Ces sifHets, il est vrai, s'adressaient plutôt
au génie qu'à l'artiste; ils n'en étaient pas moins
injustes, car ce morceau célèbre, Sivori le jouait
avec un talent et un esprit rares. II en avait la
tradition. Il savait que Paganini avait cherché à
caractériser dans ses difierentes variations les
types divers du carnaval, chacune d'elles corres-
pondant à un masque, représentant en quelque
sorte l'un des travestis traditionnels du carnaval
vénitien. Nul mieux que Sivori n'exécutait ce mor-
ceau célèbre, en lui donnant sa véritable physio-
nomie, que les exécutants actuels méconnaissent
souvent en jouant ces variations comme on joue
celles de Corelli. Sivori, après cet échec, ne se fit
plus que rarement entendre en public ; il n'en
continua pas moins d'être choyé dans les salons,
où sa malice, sa verve, son inépuisable trésor de
souvenirs et d'anecdotes le faisaient rechercher
autant que son très réel talent de violoniste. Si-
vori, qui était âgé de soixante-dix-neuf ans, habi-
tait depuis longtemps Paris, mais il ne manquait
jamais, dans ces dernières années, d'aller passer
quelques mois d'hiver dans sa ville natale. C'est
là qu'il a succombé à une attaque d'influenza.
— AVienne,lecapellmeister Philippe Fahrbach,
le rival de Johann Strauss et l'un des plus célèbres
compositeurs de danses. Ses mazurkas, polkas et
valses avaient eu, il }' a une vingtaine d'années,
une vogue extraordinaire, justifiée d'ailleiirs par
leur grâce et leur facilité mélodiques. Fahrbach a
beaucoup produit, et plusieurs de ses danses se
sont vendues à des milliers et des milliers d'exem-
plaires. Il avait d'ailleurs, ainsi que Strauss, du
talent comme chef d'orchestre, et il fut quelque
temps chef de musique militaire à Vienne et à
Pesth. Il dirigea aussi, il y a quelques années, des
bals à rOpera de Paris. Fahrbach était né en 1843.
On lui a fait, à Vienne, des funérailles splendides,
qui témoignent de sa popularité.
— A Madrid, le 11 février. Don Emilio Arrieta,
directeur du Conservatoire de musique.
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Paris
Opéra. — Du 19 au 24 février : Gwendoline et la Kor-
rigane. Samson et Dalila et les Deux Pigeons. Faust.
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drame « Gain » de Byron, à quatre
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212
LE GUIDE MUSICAL
Opéra-Comique. — Du ig au 24 février : Richard Cœur
de Lion et l'Attaque du moulin. Carmen. Les Deiix
Avares et l'Attaque du moulin. Mignon Phryné et
Cavalleria rusticana. LAttaque du moulin. Phryné.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 18 au 25 février :
Sigurd. L'Attaque du moulin. Relâche. L'Attaque du
moulin. Aida. L'Attaque du moulin.
Théâtre des Galeries — Sainte-Freya.
Alcazar royal. — Ba-ta clan.
Cercle artistique et littéraire. — Soirée musicale
du 27 février, à 8 h. }/^ : Sonate pour piano et violon
(César Franck), MM. Ed. Risler et F. Rivarde; les
Deux Ménétriers, ballade (C. Cui), M. Demest; Pré-
ludes, — Fantaisie en fa mineur (Chopin), M. Risler ;
A ma fiancée, — J'ai pardonné (Schumann), M. De-
mest; Concertstûck (Saint-Saëns), M. F. Rivarde;
la Belle endormie (Borodine), — Plaisir d'amour
(Martini), M. Demest; andante de la Fantaisie en sol
(F. Schubert), — ii« Rhapsodie (F. Liszt), M. Risler;
Chaconne pour violon seul (Bach), M. F. Rivarde.
Exposition de la libre esthétique. — Concerts du
quatuor Ysaye. — Jeudi i"' mars, séance consacrée
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
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des i4rchives du piano et de la célèbre Méthode de pluno A. Le Carpentier
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Op. 2. N" 3. Chant sans paroles :
Partition 2 «
Parties séparées . . 4 »
Parties supplémentaires cordes chaque i »
op. 3. Le Voyévode, ouverture extraite
Partition 5 »
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
— Le Voyévode, entr'acte et airs de ballet
extraits (nouvelle édition revue par
l'auteur) ;
Partition 8 «
Parties séparées 20 «
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. i3. Première Symphonie en sol mineur
Partition i5 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 14. Vakoula le Forgeron, ouverture extraite
Partition d'orchestre 6 »
Parties séparées i5 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. i5. Ouverture triomphale sur l'hymne
danois
Partition . 6 »
Parties séparées (copiées)
Parties suppl. cordes (copiées) chaque
Op. 17. Deuxième symphonie (dite sympho-
nie russe) en ut mineur
Partition 25 »
Parties séparées 35 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 18. La Tempête, fantaisie d'après Shakespeare
Partition 12 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. 20. Le Lac des cygnes, valse extraite
i'arties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 25
— Pot-pourri, arrangé pour petit orches-
tre, par N. Ars.
Parties séparées 8 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 25
Op. 23. Premier Concerto en si bémol, pour
piano :
Partition . 20 »
Parties séparées 12 »
Parties supplémentaires à cordes, chaque i 5o
Op. 24. Eugène Onéguine, valse extraite de
l'opéra :
Partition 5 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires à cordes, chaque 2 »
— Prélude extrait :
Partition orchestre 2 »
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires à cordes (copiées)
Op. 26. Sérénade mélancoUque pour vio-
lon ;
Partition 5 »
Parties séparées 4 >'
Parties supplémentaires à cordes.chaque i »
Op. 29. Troisième symphonie en ré majeur
Partition .... 20 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 » •
Op. 3i. Marche slave
Partition 10 »
Parties séparées i5 "
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 32. Franoesca da Rimini, fantaisie
d'après Dante
Partition i5 »
Parties séparées 25 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 5o <
Op. 33 Variations pourvioloncelle sur un
air rococo
Partition 6 »
Parties séparées ........ 10 '»
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o I
(A suivri.)
LE GUIDE MUSICAL
213
aux œuvres de M. Claude- A. Debussy : Quatuor (iné-
dit)en sol mineur pour instruments àcordes (i''" audi-
tion) ; poèmes d'après Baudelaire {i^' audition); la
Damoiselle élue, d'après D.-G. Rossett; (soli, chœurs
de femmes et orchestre), i''<' audition; l'Après-midi
d'un faune, d'après S. Mallarmé (orchestre), i''" audi-
tion.
Conservatoire. — Dimanche 25 février, à 2 heures :
Deuxième symphonie en mi bémol (i863); la Musique
d'Ulysse, tragédie de Ponsard, jouée en i85i; Sanctus,
Benedictus, Domine, Salvum Fac Regem, tirés de la
messe de Sainte-Cécile (i855).
Namur
Cercle musical. — Grand concert Wagner du 23 fé-
vrier : Ouverture du Vaisseau-Fantôme; Preislied des
Maîtres Chanteurs (transcrit pour violon et orchestre
par Wilhelmy), M"'= Clotilde Balthasar Florence);
Rêve d'Eisa (Lohengrin), M"» Clémence Balthasar-
Florence ; la Chevauchée des walkyries ; Siegfried-
Idyll ; Albumblatt (transcrit pour violon et orchestre),
M'io Clotilde Balthasar-Florence ; prélude et scène
finale (mort d'Iseult), Tristan et Iseult, M"= Clémence
Balthasar-Florence ; ouverture de Tannhaeuser.
Berlin
Opéra-Impérial. — Du 18 au 25 février ; Les Medici.
Tannhaeuser. Les Medici. Faust. Les Medici. Le
Frey: chûtz. Mara, I Pagliacci et Noce slave. Lohen-
grin. Les Medici.
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musicales :
N° I. Mélodie i 75
N° 2. Prélude 2 —
— Op. 2. Deux Caprices-Etudes :
N» I. Pileuse 2 —
N» 2. Toccatina 2 —
— Op. 4. Trois Intermèdes :
N" I en sol. N° 2 en mi mineur.
No 3 en 5/ bémol. . . . chaque i y 5
— Op. 8. N» I. Légende .... i 75
— Op. 8. N° 2. Mazurka .... i 75
PETER BENOIT. Concerto (poème
symphonique), pour flûte et piano. 7 5o
HUBAY, J. Compositions pour vio-
lon avec piano :
Fleur de mai, op. 3y. N° i . . . i y5
Au temps jadis, op. 37. N" 2. . . 2 5o
Devant son image, op. 38. N° i . 1/5
(Chant sur la 4"= corde)
Sous sa fenêtre (sérénade), op. 38.
No 2 2 --
Ramage de rossignols, op. 3g . . 3 —
PANGAERT D'OPDORP. Op. 5.
Souvenir de Spa (Annette et Lu-
bin). Edition pour violoncelle
avec piano 2 —
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et piano i 35
214
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Vienne
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N. Le KiME, SECRET aire- ADMINISTRATEUR
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Collaborateurs
Ed. Schuré — Michel Brenet
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Hugues Ijibert — René de Récy
Camille Benoit — Etienne Destranges
Alfred Ernst — Guy Ropartz
Van Santen Kolff
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Charles Tardieu : Charles Gounod au
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Chronique bc la Scmûinc : Paris : le Paradis et la Péri
au Conservatoire ; le Requiem de Schumann au con-
cert de l'Euterpe; Axel, poème du comte Villiers de
risle-Adam, musique d'Alexandre Georges, au
théâtre de la Gaîté, Hugues Imbert. — Conerts
divers.
Bruxelles : reprise de Lohengrisi et de Pierrot macabre
à la Monnaie. — Concerts divers.
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oici quarante ans, presque
jour pour jour, le i^^ mars
i855, paraissait à Bruxelles
un petit journal de quatre
pages, format in quarto,
bourré de nouvelles de l'in-
térieur et de l'étranger, et
qui annonçait vouloir se
consacrer exclusivement à la musique.
Ce petit journal, de chétive apparence
et qui ne payait pas beaucoup de mine,
a tenu parole, et il célèbre aujourd'hui
le quarantième anniversaire de sa fon-
dation : c'est le Guide Mtisical.
Il a passé par bien des vicissitudes ;
il a connu des années prospères et des
années stériles; il a vu paraître et dis-
paraître bien des confrères plus ambi-
tieux ; il a pérégriné : il a eu successi-
vement son siège à Bruxelles et à
Paris, et il est revenu à son lieu d'ori-
gine : il a compté d'illustres collabora-
tions, d'autres moins éclatantes ; en
toutes circonstances, il a eu la sympa-
thie des artistes, parce qu'il a toujours
été un organe très indépendant, pla-
çant la question d'art au-dessus de
toute considération d'intérêts ou de
personnes.
Nous nous proposons de publier
prochainement un numéro jubilaire
consacré à l'histoire de cette vaillante
revue, qui a toujours combattu le bon
combat. Elle n'est pas sans intérêt,
et l'on y verra défiler bien des physio-
nomies d'artistes ou d'écrivains, jadis
débutants, aujourd'hui célèbres ou dis-
parus, les uns oubliés, les autres glo-
rieux, qui ont touché de près ou de loin
au Guide Musical. Ce numéro contiendra
les portraits des principaux collabo-
rateurs présents et passés, des noti-
ces biographiques sur ceux qui ont
marqué dans la musicologie ou dans
l'art, un aperçu des principaux travaux
dont se sont alimentées la polémique et
l'esthétique de notre revue.
Aujourd'hui, nous voulons simple-
ment nous borner à envoyer un hom-
mage de sympathie et de vénération à
l'homme de cœur et de talent à qui
nous devons l'existence, à celui qui,
avec Pierre Schott, fondateur de la
maison Schott frères de Bruxelles, fut
le fondateur et le premier rédacteur en
chef du Gîdde Musical, à Félix Delhasse.
Pendant plus de trente ans, il a été
à la tète de cette publication; c'est à
lui, tout d'abord, qu'elle dut l'autorité
qu'elle s'acquit si rapidement dans le
monde des musiciens et le succès qui
couronna les efforts de sa rédaction.
Sans cesse sur la brèche, Félix Del-
hasse, dans la direction de ce journal,
sut allier le tact le plus rare et les vues
les plus larges à une fermeté que la
sincérité de ses convictions et la bien-
veillance naturelle de son caractère
savaient rendre aimable à tous.
Si son horreur de toutes les hypo-
220
LE GUIDE MUSICAL
crisies et de tous les cabotinismes lui
a dicté souvent des pages acérées contre
des gloires surfaites et des talents trop
prônés, il a non moins fréquemment
défendu, contre l'injustice de la mode
et l'aveuglement du goût public, les
artistes jeunes ayant la flamme et cher-
chant consciencieusement leur voie. A
ceux-ci, il n'a jamais ménagé les encou-
ragements les plus précieux, le sou-
tien le plus généreux et le plus désin-
téressé.
Au nom de la jeune rédaction du
Guide Musical, qu'il nous permette de
lui adresser nos félicitations et notre
affectueux hommage.
M. KUFFERATH.
CHARLES GOUNOD
AU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES
j-E concert Gounod est déjà loin.
Après huit jours, il serait puéril
d'en donner ici un compte rendu
i^^^j méthodique et détaillé, alors que
nos confrères de la presse quotidienne se
sont partagé cette tâche, alors que les con-
tradictions même de leurs jugements reflè-
tent fidèlement la diversité des impressions
de l'auditoire. Mais cet hommage à un
maître illustre nous fournit l'occasion de
recueillir nos souvenirs, et il nous sera
permis d'en profiter.
Ce n'est pas la première fois que le nom
de Charles Gounod figure sur l'affiche du
Conservatoire roj^al de Bruxelles. A une
époque où les compositeurs vivants n'é-
taient pas systématiquement bannis de ses
concerts, lorsque l'auteur de Faust vint à
Bruxelles, en février 1861, pour présider
aux répétitions générales de son chef-d'œu-
vre, Fétis père eut à cœur de prendre les
devants sur le théâtre de la Monnaie, et il
demanda à Jourdan la cavatine du jardin,
vierge alors de tout récitatif. Le public du
Conservatoire eut ainsi un avant-goùt de
l'ouvrage qui devait prendre une si grande
place au répertoire de notre Opéra.
Organisant en l'honneur de Gounod une
sorte de festival posthume, M. Gevaert
s'est bien gardé d'en emprunter les éléments
aux partitions les plus populaires du
maître. C'était compliquer sa tâche, pres-
que tout Gounod ayant été joué à Bruxelles;
mais c'était, d'autre part, assurer à son pro-
gramme l'attrait d'une sorte de révélation;
et il a très ingénieusement résolu le pro-
blème en choisissant : une symphonie exé-
cutée une seule fois, en 1872, à la Monnaie,
sous la direction du compositeur ; une par-
tition semi-dramatique, demeurée à peu
près inédite, puisque depuis plus de qua-
rante ans elle se couvrait de poussière dans
la bibliothèque du Théâtre-Français, où
l'avait confinée l'échec homérique de l'U-
lysse de Ponsard ; enfin trois fragments de
la Messe de Sainte-Cécile (i855) qui aida
Gounod à se remettre de l'insuccès de sa
Nonne sanglante et à retrouver le courage
nécessaire à l'achèvement de son Faust.
Des trois pages inscrites au programme
de dimanche dernier, la plus récente est la
symphonie, la seconde (i863), écrite au
lendemain de la Reine de Saba et à la veille
de Mireille; repos, distraction, mise en
train, badinage instrumental d'un homme
d'esprit qui se souvient et s'exerce, se pré-
pare et se divertit. Gageons que cette S3'm-
phonie fut écrite par Gounod pour Gounod
bien plutôt que pour le public. Celui-ci,
quand on lui annonce une « symphonie »,
escompte un monument grandiose. Le génie 1
de Beethoven a élargi le cadre, sa gloire a
hj'pertrophié le mot à ce point qu'à l'or-
chestre livré à lui-même il semble interdit l
de s'occuper d'autre chose que de subli-
mités. Comme si Beethoven même ne(
s'était pas détendu à ses heures, à preuve (
cette Huitième que M. Hermann Levi diri-
geait d'une main si délicate et capricieuse 1
aux Concerts populaires! En laissant sur.
ces quatre feuillets symphoniques courir.
sa plume au gré de ses trouvailles d'hu-
mour et de ses réminiscences même, Gou-.:
LE GUIDE MUSICAL
221
nod, dévot à Mozart autant qu'à Beethoven
et à Bach, n'avait pas la prétention d'ou-
vrir à l'art de nouveaux horizons. Cette
composition de demi-caractère n'était pour
lui qu'un intermède en son œuvre; il l'appe-
lait une « symphonie de conversation », et
les anciens de l'orchestre de la Monnaie
n'ont pas oublié les indications qu'il leur
donnait, il y a vingt-deux ans, pour en pré-
ciser le caractère et, en quelque sorte, pour
en dégonfler l'interprétation, qu'ils étaient
tentés da dénaturer par un scrupule de
respect. « Conversation's Symphonie», eût
dit Mendelssohn, par antithèse à sa « Re-
formation's Symphonie ». Après un court
adagio d'introduction, le premier allegro
est un caquet féministe dont le mouvement
agitato a plus de nervosité que de passion.
Si l'amour apparaît dans le larghetto non
trappe, c'est plutôt à l'état d'évocation : la
femme aimée est absente, mais ils sont là,
sous la tonnelle, deux jeunes gens pensant
chacun à sa chacune et peut-être échan-
geant des confidences, des indiscrétions
amoureuses ; cette broderie des violons qui
vient s'enrouler autour du thème principal,
est moins une caresse que le souvenir d'un
enlacement. Mais le soir tombe et modifie
le tour de l'entretien ; des deux causeurs,
l'un, sentimental et impressionnable, s'a-
bandonne à de vagues terreurs ; l'autre les
raille d'une ironie légère; et ce contraste
de rêverie inquiète et de moquerie gouail-
leuse motive le scherzo, interrompu par
les échos d'une villanelle. Sans doute, il
y a fête au village voisin, comme au temps
de Boïeldieu. Si nous y allions? Pourquoi
pas? Et ils y vont, et c'est le finale, danse
rustique, bal de kermesse, mouvements de
joie et de folie qui font tout oublier. « On
ne le jouera jamais assez vite », disait Gou-
nod à son orchestre de 1872; et le fait
est qu'il le menait d'une allure si rapide
et endiablée que les violons avaient peine
à le suivre.
Si cette symphonie n'a pas révolutionné
le monde, elle n'en a pas moins le mérite de
se faire écouter et de charmer encore, après
trente ans passés, par sa bonne humeur
spirituelle, sa grâce élégante et son métier
très sûr dans les données restreintes que
l'auteur s'imposait,et dont son goût affiné ne
s'est pas départi un instant.
Ulysse (i852) est de la même époque et
de la même veine que Sapho (i85i). Trai-
tant un sujet antique, Gounod ne s'est
guère préoccupé d'archéologie musicale.
On voit bien qu'il a limité les ressources de
son orchestre, évitant les sonorités trop
riches qui l'auraient modernisé à l'excès,
demandant à des timbres relativement pri-
mitifs l'équivalent de la couleur supposée
de l'Hellade, le résultat fût-il plus méridio-
nal qu'hellénique à proprement parler; mais
c'est surtout dans les lignes mélodiques et
les combinaisons de rythmes qu'il a trouvé
le caractère, et il l'a trouvé bien plus
encore dans la sincérité de son sentiment
personnel, par une transposition musicale
des impressions, des émotions esthétiques
qu'il rapportait de son séjour à Rome, où il
s'était imprégné d'antiquité classique au-
tant que de religiosité catholique. Si son
Ulysseii'di rien des réalités grecques d'autre-
fois, ce n'en est pas moins une vue de grand
artiste sur l'art antique, et il est fort heu-
reux qu'il n'ait pas perdu son temps à res-
tituer des probabilités toujours douteuses,
car il se fût épuisé à la poursuite d'une
chimère, plutôt que de nous laisser, comme
il l'a fait, une œuvre d'illusion qui est
grecque tout au moins par la sensation de
noblesse et de beauté dont elle nous pénè-
tre, et aussi par l'individualité linéaire de
chacun des groupes de chœur qu'elle met
en mouvement : naïades, servantes fidèles
ou non, porchers ou prétendants.
Voulez-vous savoir comment cet Ulysse
fut accueilli à ses débuts dans le monde
musical? Lisez ce billet, inédit jusqu'ici,
qui fut adressé à Gounod, le soir de la pre-
mière (18 juin i852), par un de ses devan-
ciers les plus illustres :
Cher ami,
Je viens d'assister à vos chœurs à.^ Ulysse.
L'œuvre, dans son ensemble, est fort remar-
quable et Tintérêt musical va croissant toujours.
Le double chœur du Festin est admirable et pro-
duit un effet entraînant.
La musique seule, selon moi, attirerait la foule
pendant un grand nombre de représentations.
Encore bravo.
Votre
Hector Berlioz.
22a
LE &UIDS MUSICAL
La musique « seule » ! Mais il y avait
Ponsard et sa prose, si, toutefois, ce n'est
pas calomnier la prose que de lui imputer
tant de platitudes versifiées. La tragédie
de Ponsard tua la partition de Gounod.
Pour peu qu'il en soit resté au Conserva-
toire, ces fragments ajustés et emboîtés,
non sans adresse, pour amener les chœurs
et donner une idée de l'action, n'en ont pas
moins opprimé l'attention, d'autant qu'il y
avait là quelque abus de mélodrames insi-
gnifiants, trémolos ou accords soutenus,
parfaitement à leur place à la scène pour
souligner une entrée ou couper un dialogue
médiocre, mais, au concert, faisant lon-
gueur et plutôt agaçants. M. Gevaert n'a
pas laissé de s'en rendre compte, et c'est
apparemment pour cela qu'après le salut
du mendiant vidant la coupe offerte par
Eumée, il n'a pas hésité à écrire un récita-
tif choral sur le parlé des porchers :
Ah ! ah ! le bon vieillard est un homme nouveau !
C'est la chaleur du vin qui lui monte au cerveau !
Sans lui reprocher cette liberté qu'il a
prise, on pourrait s'étonner qu'il eiit hésité
à pratiquer quelques élagages, si l'on ne
réfléchissait qu'après tout, ces sacrifices
auraient eu l'inconvénient de boucher les
jours de la partition, en agglutinant tous ces
chœurs, faits pour se manifester seulement
à titre épisodique. Il n'en a pas moins
donné une fort belle exécution de l'ouvrage,
de même qu'il avait poli à souhait l'inter-
prétation orchestrale de la symphonie ; et
il a été admirablement secondé par tout
son peuple d'interprètes, instrumentistes,
choristes et sohstes (i).
La Messe de sainte Cécile est au réper-
toire de nos grandes chapelles religieuses ;
mais elles ne sont pas outillées de façon à
donner au Sanctus, par exemple, l'ampleur
de crescendo qui a enlevé le public du Con-
servatoire, déjà ravi du solo de M. De-
mest. Ampleur toute vocale. Tout pour le
ténor et pour le chœur. L'orchestre ne fait
là que figure d'accompagnement. Il est
certain que nous ne sommes pas ici à la
(i) Parmi ceux-ci, une mention toute spéciale est due
à M"' Flament, qui a délicieusement soupiré l'exquise
cantilène de la servante fidèle.
messe de Bach; mais nous ne sommes pas
non plus à la messe de Chérubini, dont la
Marche de communion a, seule, gardé
quelque prestige. Gounod est,avanttout,un
chanteur, et c'est par le chant qu'il a ex-
primé, délicieusement, non pas la dévotion
ecclésiastique figée dans les rites, mais
l'adoration naïve du christianisme à son
aurore et l'élan des foules répondant aux
extases de l'apôtre. Il y a déjà du Renan
dans ce Sanctus précurseur de la Vie de
Jésus.
Un chanteur avant tout, mais un chanteur
qui sait l'orchestre, et un homme de théâtre
qui, même à l'église, se laisse prendre aux
caractères scéniques des situations. Le
Domine Salviim de cette «Messe solennelle »
en fournit une preuve piquante. A la prière
de l'Eglise, simple unisson des sopranos
sans accompagnement, succèdent la prière
de l'armée et celle du peuple. Le motif du
chant reste identique, mais l'intervention
de l'armée s'accuse par des sonorités d'har-
monie militaire et des rythmes claudicants
de cavalerie massée au seuil du portique;
et lorsque le peuple entre en scène, les
cloches sonnent à toute volée, réveillant les
échos lointains de la ville et du paj's. De
sorte que trois personnages se dessinent :1e
prêtre dans son mysticisme, le soldat dans sa
gaîté robuste, et pour finir la foule enthou-
siaste, cité ou patrie unanime.
Tel a été ce concert auquel ont coopéré
avec éclat toutes les forces du Conserva-
toire. Il faut louer M. Gevaert de l'avoir
entrepris et mené à bien. Il n'a pas seule-
ment rendu à la mémoire de Gounod un
superbe et précieux hommage. Peut-être
a-t-il, du même coup, rendu un éminent i
service à nos jeunes compositeurs, enappe- ■
lant leur attention sur les conditions les s
plus favorables à l'éclosion et à l'épanouis-
sement de la personnalité artistique, en leur i
montrant celle de Gounod, comme celle <
de Wagner, bien que dans des directions
toutes difiérentes, s'émancipant et s'affir-
mant pour s'être alimentée à des sources i
antérieures aux succès de son temps, et
pour avoir compris, d'instinct génial plutôt'
que par réflexion critique, que la musique (
ne saurait se suffii'e à elle-même, fùt-ellei
LE GUIDE MUSICAL
223
sans paroles, et qu'il lui faut, pour créer une
maîtrise et une signature, des jours ouverts
sur les arts voisins, un contact avec les
idées directrices des civilisations, religion
ou philosophie peu importe, pourvu qu'il y
ait conviction. Charles Tardieu.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
Nons devons une fois déplus protester contre les
irrégularités et les insuffisances du service postal en
France et tout particulièrement à Paris. Nous rece-
vons de nos abonnés de nombreuses plaintes au
sujet de l'arrivée tardive de leur numéro. Ces retards
sont imputables uniquement à l'administration fran-
çaise. Un exemple entre tous : Nous avons mis à la
poste lundi dernier, àl'adresse d'un de nos clients,
libraire i. Paris, une collection de cinq ou six nu-
méros, qui auraient dû arriver à destination mardi
dans la matinée : l'envoi n'a été remis par la poste
française que le samedi suivant, soit six jours
après le départ.
Le journal étant mis régulièrement à la poste à
Bruxelles, le samedi soir avant dix heures, arrive
à Paris le dimanche matin, et doit être distribué, au
plus tard, à la deuxième ou à la troisième distribu-
tion, selon les quartiers. Nous invitons nos abonnés
qui ne recevraient pas leur numéro régulièrement le
dimanche à réclamer énergiquement auprès du
bureau de leur quartier ou au bureau central d ;
Paris. Si l'on veut être bien servi, il faut savoir
l'exiger. Il n'y a pas, dans le monde entier, de poste
plus mal organisée que celle de Paris.
PARIS
^^i les œuvres de Robert Schumann se sont
j^^k acclimatées difficilement sur le sol fran-
>^^ çais, il faut reconnaître qu'aujourd'hui
l'éducation du public est, en parde, faite. Aussi
réclame-t-on l'exécution des belles pages du
maître de Zwickau. Après les Symphonies et
Ouvertures jouées dans les grands concerts, —
la musique de chambre et les Lieder répandus
dans les séances publiques ou privées, — après
l'exécudon de Manfred et des fragments de
Faust, du Paradis et la Péri au Conservatoire
et aux concerts-Colonne, ^ après l'audition
dans des séances données par la société cho-
rale l'Euterpe de certaines œuvres encore
inconnues en France (entre autres YAuatliênic
du chanteur), — M. d'Harcourt nous a permis
d'entendre, dans leur intégralité, les scènes de
Faust. Voici, aujourd'hui, le Conservatoire
qui vient de donner en entier le Paradis et la
Péri, dans les concerts des 1 8 et 25 février 1894,
puis la société l'Euterpe le Requiem, dans la
salle du Cirque des Champs-Elysées, le 27 du
même mois. Nos espérances se sont donc réa-
lisées et le jour de gloire est arrivé pour Robert
Schumann.
Le Paradis et la Péri est tiré de Lalla
Rookh, poème de Thomas Moore, le contem-
porain et l'ami de lord Byron. Emile Flechsig,
compagnon d'enfance de Robert Schumann,
en avait entrepris la traduction en 1841 et en
avait donné la première idée au compositeur.
Ce ne fut que deux ans plus tard, en 1843,
alors qu'il était encore à Leipzig, que Robert
Schumann écrivit cette merveilleuse pardtion,
qui obdnt le plus vif succès dans les différentes
villes d'Allemagne où elle fut exécutée.
L'action, pleine de poésie, est d'une grande
simplicité : une Péri, chassé du paradis, ne
pourra rentrer en grâce que si elle apporte à
Dieu un présent digne de lui plaire. Elle offre
en vain l'âme d'un héros mort sur le champ de
bataille pour la liberté, puis le dernier soupir
de deux fiancés morts d'amour. Ce seront les
larmes d'un pécheur, pris de repentir, qui lui
obtiendront son pardon.
La nature du sujet comportait un coloris
tout spécial, une couleur orientale que Schu-
mann a admirablement rendue et dont il ne
s'est pas départi un seul instant. Aussi certaines
personnes, qui ne jugent souvent que très
superficiellement, ont-elles cru pouvoir déclarer
l'œuvre monotone. Mais lorsque l'on étudie de
près la partition, on y découvre des trésors de
grâce, de charme, de vérité dans l'expression,
de sentiment intense. Les mélodies, d'une haute
élévation, sont comparables aux plus beaux
Lieder du maître. Comme dans certains ora-
torios, l'auteur s'est trouvé dans l'obligation de
224
LE GUIDl MUSICAL
relier les divers épisodes du drame par un per-
sonnage étranger à l'action .
Si nous voulions citer les belles pages de
cette poétique composition, nous aurions à
dresser une nomenclature aussi longue que la
fameuse liste des victimes de Don Juan. Con-
tentons-nous de citer, dans la première partie,
l'air si passionné de la Péri, Séjour lumineux,
— le motif à 6/4, Je suis dans l'enceinte, avec
l'accompagnement très typique en doubles
croches liées des altos, — le chœur n" 6 si
vigoureux, — l'air du ténor (n" 9) avec la jolie
réponse du hautbois, — l'entrée de la Péri, d'un
merveilleux sentiment que vient encore aug-
menter le délicat accompagnement des harpes,
— et enfin le beau chœur final, auquel les
blanches disposées à intervalles égaux donnent
un caractère tout particulier.
Que dire du merveilleux chœur des Génies
du Nil (n" II de la partition, deuxième partie)
avec l'accompagnement en doubles cloches des
violoncelles et ces appels lancés par les iiûtes,
hautbois et clarinettes, puis repris par les
sopranos, rappelant d'une manière frappante le
motif de la chevauchée des Walkyries, — et,
dans le numéro 12, de l'exposition, d'une morne
tristesse, de l'Egypte dévastée par la peste, avec
les larges et pesants accords d'une régularité si
soutenue.
Quelle orchestration ravissante accompagne
le ténor solo (n" i3); et les quatre voix solo,
prenant à découvert, ne traduisent-elles pas
admirablement le texte :
Les pleurs versés par de tels yeux
Ont un pouvoir mystérieux 1
Une des perles de la partition est la mélodie
passionnée que chante la jeune fille, cherchant
la mort dans un baiser ardent de son amant
(n° 25j ; et encore plus belle, s' élevant dans les
hauteurs sidérales, la phrase lente du ténor
solo : « Son œil s'éteint ». L'effet dramatique
est indescriptible. Le chœur final, en un mou-
vement très lent et sur un rythme de 3/4, ne
fait qu'accentuer l'émotion qu'inspire tout cet
épisode douloureux.
Quel contraste entre le tableau précédent et
ce chœur gracieux des Houris, empreint d'un
sentiment populaire, qui sert de frontispice à
la troisième partie du Paradis et la Feri !
Puis, nous aurions encore à noter la beauté de
l'air du ténor (n" 19), — le délicieux motif or-
chestral soulignant le chant de la Péri (n" 20)
et rappelant les premières mesures de l'ouver-
ture, — la phrase passionnée et pleine de mou-
vement : (I Eh bien, sans repos », — le double
chœur : « O saintes larmes », dans lequel.
comme le disait si justement Léonce Mesnard,
Schumann s'est élevé jusqu'à des régions où
l'on peut se figurer Palestrina se rencontrant
avec Klopstock et avec Schiller, — le chant de
victoire de la Péri, rendant gloire au Seigneur
(n° 26), avec le superbe chœur, rempli d'accents
d'allégresse et célébrant le triomphe de la
Péri.
La société chorale l'Euterpe, fondée en
l'année 1886, sous la présidence honoraire de
Mn>« Clara Schumann, s'est noblement vouée à
la divulgation des œuvres de l'auteur de M.an-
fred. Présidée actuellement par notre éminent
ami Edouard Schuré et habilement dirigée par
M. Duteil d'Ozanne, cette société a donné, le
27 février 1894, au Cirque des Champs-Elysées,
un fort beau concert, où l'on a entendu le Re-
qtùem de Robert Schumann, Rebecca, scène
biblique de César Franck, le Repos de la
sainte Famille de Berlioz, marche et chœur
de Tannhceuser.
Ce n'était pas la première fois que l'Euterpe
donnait le Requiem de Schumann. Une audi-
dition avait déjà eu lieu, le 3 février 1890, à
la salle Erard, mais sans le concours de
l'orchestre. Mardi, l'œuvre a été exécutée inté-
gralement, avec chœur, soli et orchestre, et est
venue en pleine lumière. Ecrite dans les pre-
miers mois de l'année i852, c'est-à-dire quatre
ans avant la mort de Schumann, elle est d'une
merveilleuse éloquence ; c'est une page digne
du maître qui affirmait que le but le plus élevé
de l'artiste devait être de consacrer ses aspira-
tions à la musique religieuse. Succès sur toute
la ligne pour les chœurs, l'orchestre, les excel-
lents solistes, M'^<^ Boidin-Puisais, My^^ Van
Weenen, MM. Warmbrodt et Auguez.
Rebecca, de César Franck, a été trouvée
charmante ; on a beaucoup applaudi l'air et
chœur Encore un jour qui fuit, écrit dans le
style mendelssohnien, d'un charme mélodique
ravissant, et le chœur si original des chame-
liers, proche parent de telle page d'Hector
Berlioz. M"'^ Auguez de Montalant et M. Au-
guez n'ont pas peu contribué au triomphe de
l'œuvre. Quant à M. Warmbrodt, il a été
rappelé après l'exécution du Repos de la sainte
Famille. Nous ne croyons pas qu'il soit pos-
sible de dire avec plus de charme et d'émodon
contenue cette jolie et naïve inspiration de
Berlioz.
En montant, au théâtre de la Gaîté, Axel de
ce pauvre Villiers de l'Isle-Adam, M. Laro-
chelle a fait œuvre d'artiste. Ce n'est pas qu'à
côté de pages vraiment superbes et originales,
il n'y ait des défaillances, des longueurs
LE GUIDE MUSICAL
225
interminables et surtout des thèses absolument
fausses dans ce poème en prose, qui n'avait
pas été écrit pour le théâtre et n'avait même
pas été achevé. Mais il était intéressant de voir
apparaître l'œuvre d'un convaincu et d'un con
sciencieux, très enlevé dans les hautes régions
de l'art, du mysticisme et de l'occultisme. Des
quatre parties, la plus réussie, le Monde reli-
gieux, encadrée dans un merveilleux décor, a
produit une sensation profonde sur les rares
auditeurs qui ont assisté à cette représentation
unique. C'est le spectacle d'une prise de voile
dans son effrayante et dramatique vérité.
M.Alexandre Georges, chargé d'écrire quelques
pages musicales pour illustrer Axel{i), a eu la
main heureuse. Son travail est intelligemment
mené. On devine en lui un musicien élevé à la
bonne école. Comme Saint-Saëns et G. Fauré,
il a fait ses études à l'Institution fondée par
Niedermeyer, où il doit actuellement professer.
S'il possède la science, il a aussi en partage
l'inspiration, et nous avons relevé, dans sa
partition, des pages qui, au point de vue mélo-
dique, sont bien venues. Il suffirait de citer la
phrase que développent les violons dans l'ou-
verture et dont la progression est chaleureuse,
les divers motifs religieux qui se lient adroite-
ment à l'action scénique, un joli solo de ténor
dans la quatrième partie, etc. Peut-être plu-
sieurs de ces pages auraient-elles gagné à être
exécutées non derrière la coulisse (comme les
prologues des première et quatrième parties),
mais à la place habituelle de l'orchestre, avant
le lever du rideau. Hugues Imbert.
Entendu, à la seconde séance de musique de
chambre donnée par M. et M™^ Carembat, le
trio (op. ig) pour piano, violon et violoncelle
de M. L. Boellmann. Très originale la concep-
tion de ce trio, qui est bâti sur un motif de
trois notes [ré, mi et ut). La mesure à cinq
temps, maintenue dans l'allégro, donne à ce
morceau une allure toute particulière et gra-
cieuse; on y relève de charmants dialogues
entre le violon et le violoncelle, et l'harmonie
y est toujours distinguée. L'andante est lié à
l'allégro ; le Leitmotiv, confié d'abord au vio-
lon, puis repris par le violoncelle, revient un
peu trop souvent ; c'est la seule critique que
nous pourrions faire. Quant au scherzo, il est
absolument original et très réussi. Le finale
est mouvementé et dramatique. Dans la même
(i) Partition piano et chant chez MM. Beaudoux et'
O", éditeurs, 3o, boulevard Haussmann.
séance, on a entendu la sonate pour piano et
violoncelle de Grieg, très inégale, mais fort bien
jouée par M™<^ Carembat et M. J. Loeb, — et
le trio (op. 75) de C. Saint-Saëns, dont le scherzo,
d'une inspiration si franche, a enlevé tous les
suffrages. M. et M™^ Carembat, ainsi que
M. Loeb, l'ont excellemment interprété.
Programme des plus variés au concert donné
le 22 février, à la salle Erard, par la Société
chorale d'amateurs, fondée par M. Guillot de
Sainbris, présidée actuellement par M. Gui-
naud. Le concert a été fort bien dirigé par
M. Adolphe Maton et on a applaudi successi-
vement l'Hymne d'allégresse de Mendelsshon,
la Forêt (première audition) de Falkenberg, les
Tsiganes (première audition) de Georges Hue,
la quatrième partie des Saintes Maries de la
mer Paladilhe et enfin trois chœurs de Ch. Gou-
nod.
Les matinées de M. J. White sont toujours
fort suivies; nous avons été heureux d'y en-
tendre deux belles œuvres : le quatuor à cordes
en si bémol (op. 67) de J. Brahms et le quin-
tette en mi bémol pour piano et cordes de
Robert Schumann. Exécution parfaite par
MM. White, Tracol, Trombetta, Casella et
Mi'i^ Boutet de Monvel. N'oubhons pas M^^ de
Swetschine, qui a chanté diverses mélodies de
Massenet et de Bemberg.
La grande attraction de la dernière séance
de la Société des grands quatuors de Beetho-
ven résidait dans l'exécution de la belle sonate
en ut dièse mineur de Beethoven et de deux
pièces pour piano de Robert Schumann, par
M. Raoul Pugno, qui, depuis les derniers con-
certs du Conservatoire et de Colonne, a pris
une place prépondérante parmi les virtuoses du
clavier. Il a plus que jamais mis au grand jour
ses grandes qualités de puissance, de charme
et de virtuosité. Peut-être serait-il permis de
lui reprocher d'avoir précipité certains mouve-
ments dans la sonate de Beethoven ? Le qua-
tuor Maurin a exécuté avec son talent habituel
un quatuor de Mozart et l'op. i32 de Beetho-
ven.
Le quintette inédit (op. 68) pour piano et
quatuor à cordes de Ch.-M . Widor, exécuté le
28 février, à la salle Erard, par MM. Philipp,
Berthelier, Loeb, Balbreck et Carembat, est
une œuvre mûrement travaillée et qui sera
goûtée des musiciens sérieux. Après quelques
mesures d'introduction d'un caractère mélanco-
lique, le clavier impose le thème en ré majeur,
que reprend ensuite le quatuor, après un
court épisode. Le second motif, très chantant,
avec de jolies modulations, dit par le quatuor à
226
LE GUIDE MUSICAL
cordes, réapparaîtra plus tard dans l'andante.
Les développements de cet allegro sont issus
du premier thème. Il sont intéressants, et, dans
la trame mélodique, nous avons découvert cer-
taines affinités avec la couleur de la palette de
G. Fauré.
L'andante, qui est exclusivement construit
sur le thème en fa dièse du morceau précédent
et sur son contre-sujet, est une sorte de marche
funèbre dans le mode mineur, où on relève des
épisodes curieux en «pizzicati » ou à l'unisson,
et surtout une conclusion en majeur d'une
charmante tonalité.
Le scherzo, qui ne se rattache nullement aux
thèmes des morceaux précédents, est écrit
dane la note vigoureuse et fort bien rythmé.
Les harmonies curieuses, quelquefois un peu
trop cherchées et indécises, donnent à cette
partie du quatuor un caractère sauvage.
Quant au finale (allegro moderato), qui se
développe en évoquant le thème du premier
morceau et en restant dans des tonalités douces,
il ne s'accentue que dans la péroraison, où les
instruments à cordes chantent et modulent le
thème principal sur les harmonies serrées du
piano.
Dans la même séance, exécution parfaite de
la belle sonate pour piano et violoncelle de
C. Saint-Saëns, par MM. Philipp et Loeb.
Comme conclusion, nous avons entendu trois
pages réellement charmantes, chacune dans
son genre, écrites pour quatuor à cordes : Sous
les frênes de M. Edmond Laurens, Cavatine
de A. Castillon et Sérénade de Lalo. Nous ne
saurions trop les recommander aux artistes et
aux amateurs. H. L
M. Lamoureux a donné deux auditions du
poème symphonique de César Franck intitulé
les Eolides. Cette composition, exécutée pour
la première fois dans un concert avec orchestre
de la Société nationale, le g mai 1877, n'avait
pas été rejouée en public depuis le jour (26 fé-
vrier 1882) où des sifflets l'accueillirent au
théâtre du Château-d'Eau. L'échec fut si mar-
qué que, bien qu'à cette époque, les matinées
musicales oflfertes à ses abonnés par M. La-
moureux fussent distribuées en deux séries à
programme identique, il n'y eut pas de seconde
audition des Eolides. Le compositeur s'était
même tellement résigné à cette condamnation
qu'il a utilisé certains thèmes de son poème
pour décrire, dans Psyché, l'enlèvement de
Psyché par les Zéphyrs. On prétend que
M. Lamoureux avait une telle rancune de cet'
échec qu'il le fit expier toute sa vie à César.:
Franck. Ce n'est que depuis la mort du maître
qu'il consent à exécuter ses œuvres, trop rare-
ment à notre gré.
La composition a pour épigraphe ces vers
de Leconte de Lisle :
O brises flottantes des cieux,
Du beau printemps douces haleines,
Qui, de baisers capricieux,
Caressez les monts et les plaines.
Vierges, tilles d'Eole, amantes de la paix,
La nature éternelle à vos chansons s'éveille. . .
Des trois poèmes symphoniques de César
Franck (les Eolides, le Chasseur maudit, les
Djinns), les Eolides me paraît être le mieux
réussi au point de vue de la description pitto-
resque. Ces bruissements légers, ces froisse-
ments des airs, ces caresses des souffles printa-
niers, c'est une merveille que d'en avoir donné
l'impression musicale en ce chromatisme si
suavement nuancé, en ces modulations exquises,
en ces harmonies délicates, en une instrumenta-
tion si subtile et si éthérée que toute musique,
après celle-là, semble grossière et brutale.
G. S.
•f
Avant de gagner l'Allemagne, où ils vont con-
tinuer la série de leurs concerts, M. Sarasate
et M"^ Berthe Marx donnaient mardi leur
(juatrième et dernière séance à Paris.
Bienheureux les privilégiés qui ont pu trou-
ver place dans la jolie salle Erard, qui, pour la
circonstance, paraissait bien exiguë.
Une bonne exécution du quatuor de Lalo,
] ar MM. Sarasate, Parent, Van Waelfeghem
et Delsart, ouvrait la soirée.
Il serait superflu de dire comment fut jouée 1
jiar le grand virtuose la sonate de M. Saint-
Saëns. L'œuvre et l'interprète sont connus, et
nous nous bornons à constater qu'ils ont vive-
i;:ent impressionné l'auditoire.
M™<= Berthe Marx partageait le succès ; elle (
in a même pris une très grosse part, bien méri-
IlC, surtout par l'exécution de la douzièmeii
iliapsodie de Lizst, qu'elle a enlevée avec uneii
ficilité au-dessus de l'ordinaire et même deli
l'extraordinaire.
Des rappels enthousiastes ont obligé les deuxt
l'.éros de la séance à ajouter au programme, et«
si tout ne devait avoir un terme, la soirée aurait I
pu se prolonger indéfiniment.
En somme, exécutants et public se sont fait
des adieux touchants ; les premiers ont donnéi
tout le meilleur de leur talent, et les auditeurs:
ont applaudi jusqu'à épuisement de leurs forces.
Des corbeilles et des lyres fleuries ont encorei
LE GUIDE MUSICAL
227
affirmé la sympathie si irrofonde qui s'établit
entre les vrais artistes et les vrais amateurs d'art
musical. Maurice Delfosse.
Il vient de se constituer à Paris, un comité
dans le but d'organiser en France des séances
musicales et des souscriptions publiques pour
l'érution du monument Franck à Liège :
Ce comité est composé de MM. Vincent
d'Indy, président ; Camille Benoit, Charles
Bordes, Albert Cahen, Arthur Coquart, Ernest
Chausson, Pierre de Bréville, Henri Duparc,
Augusta Holmes, Guy Ropartz. Tous domi-
ciliés à Paris.
BRUXELLES
]y[me de Nuovina devant se consacrer aux
représentations de V Attaque du moulin,
Mlle Tanésy vient de prendre sa place comme
interprète du rôle d'Eisa dans Lohcngrin.
A la veille, ou plutôt à l'avant-veille de l'exé-
cution de Tristan (l'œuvre de Wagner ne
passera, dit-on, que vers la fin de ce mois), il
était particulièrement intéressant de voir com-
ment la future Iseult incarnerait cette autre
figure wagnérienne, dont si peu d'interprètes
parviennent à rendre la véritable physionomie.
M'i' ïanésy ne mérite, à cet égard, ni éloges ni
critiques, car elle ne semble pas avoir eu la
préoccupation de composer son personnage. Au
lieu d'être Eisa, elle est restée M^'^ Tanésy, se
bornant à chanter le rôle, sans rien ajouter à
son exécution vocale qui nous donnât l'impres-
sion de l'héroïne de la légende. Mais nous nous
empressons d'ajouter que ce rôle, elle l'a chanté
supérieurement, et mieux certes, au point de
vue purement vocal, qu'il ne l'avait été depuis
longtemps à la Monnaie. Une exécution très
correcte, respectueuse du style de l'œuvre, et
servie par une excellente articulation, ce qui
nous a valu de ne perdre ni une note ni une
syllabe ; mais une exécution froide, dont les
nuances musicales, d'ailleurs soigneusement ob-
servées, restent toutes matérielles, sans que les
vibrations d'une âme émue ou passionnée y
fassent passer cette étincelle qui doit provoquer
notre propre émotion. Le talent de chanteuse
de M'i'= Tanésy a été particulièrement apprécié
danslascènenocturnedudeuxièmeacte,quis'ac-
commode d'un sentiment intime même e.xagéré ;
Miii^ Tanésy y a mis de délicates nuances, et
elle en a fait valoir à merveille les délicieux
dessins mélodiques. Elle y a d'ailleurs été
excellemment secondée par M'i^ Wolf, qui y
fait preuve de progrès sensibles : la voix est
mieux assise et ses accents ont une fermeté mieux
assurée; le geste, devenu plus sobre, a acquis
en même temps plus d'autorité ; et l'ensemble de
son interprétation, tout empreinte de vie et de
vérité, mérite de sérieux éloges.
A part M. Danlée, qui remplace M. Ghasne
dans le rôle du Héraut, dont il a mieux que ce
dernier la voix et le style, les autres interprètes
sont restés ceux de la récente reprise : MM. Cos-
sira, Seguin et Dinard.
Les chœurs ont chanté avec une indiscipline
qui s'est affirmée au deuxième acte d'une
manière particulièrement pénible. Quant à
l'orchestre, il semblait vouloir prouver qu'il
réserve tous ses soins pour Tristan et Iseiilt;
on ne peut l'en blâmer, mais il faut bien s'en
plaindre. Il avait, d'ailleurs, déjà fait pareille
démonstration la veille, à la reprise de Pierrot
Macabre, le piquant ballet de MM. Th. Han-
non et Lanciani, qui a été revu et entendu de
nouveau avec plaisir, malgré une exécution
chorégraphique assez terne. J . Br.
La deuxième séance de musique organisée à
l'Exposition de la Libre Esthétique par M. Eu-
gène Ysaye offrait un intérêt particulier de
nouveauté. Elle a été consacrée tout entière
à l'audition d'œuvres de M Claude-A. Debussy,
une adepte de la nouvelle école du pointillisme
musical et de l'amorphisme universel. Où cette
école nous mènera, à quoi elle aboutira, il est
difficile de le pressentir et ce n'est pas notre
affaire. Nos petits-neveux seront fixés là-dessus
et nous traiteront peut-être de vieille perruque,
pour n'avoir pas su comprendre Debussy,
comme nous avons quelquefois traité nos pré-
décesseurs qui n'avaient pas deviné Wagner.
En attendant, il faut bien avouer que cette
musique nouvelle nous paraît plus cherchée
([u'inspirée, plus voulue que sentie, qu'elle est
terriblement fatiguante par l'excessive accumu-
l.ition des artifices les plus raffinés de l'harmo-
jiie, qu'elle est souvent plus littéraire que véri-
tablement musicale et tournée tout entière, en
somme, vers l'effet purement extérieur, encore
qu'elle se prétende intime et symbolique.
MM. Ysajre, Crickboom, Van [lout et Jacob
ont joué d'abord un quatuor à cordes en sol
mineur. C'est une œuvre étrange et bizarre,
tout au moins pour qui l'entend pour la pre-
mière fois. Par moments, on se croirait dans la
fameuse rue du Caire, à l'Exposition de Paris
228
LE GUIDE MUSICAL
en 1889. Rythmes sautillants, heurts violents
d'harmonies alternant avec des chants lan-
goureux du violon, de l'alto ou du violoncelle,
et qui rappellent le chromatisme des mélodies
orientales ; pizzicati faisant songer à des gui-
tares et à des mandolines ; flots abondants
d'harmonies riches, largement soutenues, évo-
quant le souvenir du Gamalang; il y a dans ce
quatuor en quatre parties un assemblage curieux
de sonorités tantôt charmantes, tantôt crispées.
Ce n'est pas quelconque ni commun ; c'est très
distingué, au contraire, mais Tonne sait par où
l'entamer. Une hallucination plutôt qu'un rêve.
Une œuvre? Nous ne savons? Delà musique?
Peut-être, mais à la façon dont sont de la pein-
ture les toiles des néo-japonisants de Mont-
martre et de sa banlieue belge.
Il y a plus de clarté dans une sorte de can-
tate, la Damoisellc élue, pour soli, chœurs et
orchestre, d'après le poème de Rossetti, le pré-
raphaélite anglais. L'orchestre a un charme
singulier de sonorités, mais encore la constante
modification des rythmes, les modulations
inattendues, l'accumulation de thèmes, de
sujets et de dessins superposés, la recherche
des combinaisons inattendues et rares produi-
sent, à première audition, un vague d'expres-
sioH qui est certainement tout le contraire de
ce que l'auteur avait voulu.
Il y a un contraste singulier, d'ailleurs, dans
l'extrême complication de la forme et la
simplicité des paroles à laquelle la musique
s'adapte. Plus les paroles sont naïves, puériles
même pour ne pas dire niaises, plus s'accroît
la recherche des harmonies et l'étrangeté des
thèmes. M"'= T. Roger, cantatrice de Paris, nous
a fait entendre deu.x «proses lyriques », lisez :
deux mélodies, où le piano et la voix poursui-
vent des dessins chromatiques se contrariant à
des intervalles si rapprochés ou si éloignés qu'on
a la sensation pénible de l'absence complète de
tonalité. Cela rappelle, comme effet, le duo des
Puritains, chanté par Rubini et Lablache, à
un demi-ton d'intervalle, au lieu d'être chanté
à la tierce. C'est, par moments, une caco-
phonie pure. S'il n'y a point là une gageure, il
y a le symptôme grave d'une maladie du sens
auditif, pareille à celle que la vision de certains
peintres manifeste dans le sens de la vue.
Il y a, certes, dans les œuvres de M. Debussj'
des qualités très peu communes, une belle distinc-
tion de sonorité, une grande richesse de com-
binaisons, çà et là un accent pathétique qui
charme; mais à première vue cela est terri-
blement noyé dans un fatras des bizarreries
voulues, et il vous reste de ces œuvres une
impression singulière de malaise, un trouble
étrange qui rappelle le réveil après un cauche-
mar.
Ce qui est, en revanche, un charme exquis,
indicible et sans mélange, ce sont les exécu-
tions prestigieuses du quatuor Ysaye. On ne
peut rêver ensemble plus homogène, plus fondu,
plus souple. Quelle finesse de nuances, quel
éclat, quelle verve entraînante! C'est vraiment
incomparable.
Ce qu'il faut admirer aussi, c'est la bonne
volonté et le désintéressement des quatre-vingts
instrumentistes et membres du Choral mixte
qui ont généreusement prêté leur concours à
l'exécution du programme. Quel est l'auteur
belge qui pourrait compter sur un pareil
dévouement à l'art de la part de ses compatriotes,
ou de la part des musiciens et choristes de
Paris ?
Pour la nouveauté du fait, cet exemple rare
de désintéressement mérite d'être signalé tout
particulièrement. Maurice Kufferath.
Deux artistes souvent applaudis à Paris et
très recherchés dans les salons, MM. Rivarde,
violoniste, et Risler, pianiste, se sont fait en-
tendre, mardi, au Cercle artistique et littéraire.
Le violoniste, un Sarasate en miniature, — joli
son, mais tout menu, grande justesse, technique
très développée, — a beaucoup plu par la grâce
et la finesse de son jeu. M. Risler n'a pas aussi
bien réussi, notamment dans la Fantaisie en fa
mineur de Chopin, qu'il joue avec des contras-
tes de nuances délicates et des violences outrées
qui désarticulent cet intéressant poème. Mais il
a montré des qualités de toucher et d'interpré-
tation dans un prélude du même Chopin et dans
un fragment de la fantaisie en sol de Schubert.
Il a un peu l'air de dire à son public : Voyez
comme ce trait est fait avec agilité ; quelle déli-
catesse dans cette nuance, et quelle vigueur
dans ce forte ! On sent trop la préoccupation ;
la spontanéité fait défaut. Néanmoins, il y a,
dans ce tout jeune virtuose, l'étoffe d'un artiste,
s'il ne joue pas trop dans les salons parisiens.
Détestable école que celle-là !
M. Demest, l'excellent chanteur, le nouveau
professeur de chant au Conservatoire, faisait sa
premièie apparition au Cercle artistique et les
honneurs de la soirée ont été pour lui. Il a
chanté de sa plus belle voix et avec sa claire et
pénétrante diction une sorte de ballade : les
Deux Ménétriers de César Cui, sur des piroles
de Richepin, qui est de mauvaise musique
d'amateur ; deux Licder de Schumann, où il ne
LE GUIDE MUSICAL
229
m'a pas semblé qu'il ait mis les contrastes
d'interprétation que comporte le poème, notam-
ment dans le jf^ai pardonne; enfin une péné-
trante bluette de Borodine, la Belle endormie,
et la bonne petite romance de salon : Plaisir
d'amour ne dure qu'un instant, charmante
toujours, mais bien rebattue. Néanmoins, on
l'a bissée.
La séance avait commencé par la sonate pour
piano et violon de César Franck, et elle s'est
' close par la Chaconne de Bach. Deux grands
noms et deux grandes œuvres jouées avec cor-
rection et virtuosité. M. K.
ILa troisième séance de musique de chambre
donnée, cette semaine, par M"' Louise Der-
scheid avait, comme les précédentes, un pro-
gramme intéressant, mais moins, cette fois, par
la valeur intrinsèque des œuvres exécutées que
I par leur attrait de nouveauté. Les trois pro-
! ductions de l'école italienne moderne interpré-
tées par M"^ Derscheid, avec le concours de
MM. Colyns, Jacobs, Fiévez et Enderlé, n'ont
; pas donné, en effet, une idée très favorable du
; talent de leurs auteurs, MM. Pollini (suite pour
piano, violon et violoncelle), Martucci (sonate
pour violoncelle et piano) et Sgambati (quin-
tuor). Exécutées pour la première fois à
Bruxelles, en séance publique s'entend, elles
n'ont eu qu'un succès modéré, qu'expliquent
leur pauvreté d'idées comme leurs faiblesses de
facture. On n'en a pas moins applaudi la vail-
lante pianiste qui, aidée de ses deux précieux
collaborateurs, MM. Colyns et Jacobs, a su,
pendant trois séances, attirer un nombreux
auditoire en ne cherchant le succès que dans
l'exécution probe et sincère d'œuvres classi-
ques et modernes, sans recourir aux artifices
d'une vaine virtuosité, souvent aussi brillante
que facile. J. Br.
S "^
i On se demandait, à la sortie du concert du
Conservatoire, ce qui avait valu à Gounod
l'honneur d'un programme tout entier consacré
à son œuvre, alors que César Franck, mort lui
aussi, semble systématiquement exclu des
grandes auditions de maîtres contemporains
données par M. Gevaert.
M. Edouard Lassen est arrivé mercredi soir
à Bruxelles, et dès jeudi il s'est entendu avec
MM. Stoumon et Calabresi au sujet des répéti-
tions et de la mise en scène de Tristan et
Iseult.
Rappelons à ce propos une page curieuse
des Notes de musique de M. Ernest Reyer, où
l'éminent capellmeister du grand-duc de
Saxe-Weimar joue un rôle.
Chargé d'une mission en Allemagne par le
ministre d'alors — cela se passait en 1864, —
l'auteur de Sigiird, qui n'était encore que
celui de la Statue, s'était naturellement arrêté
à Weimar. Il y vit le Vaisseau-Fantôme. Le
lendemain, Edouard Lassen lui fit connaître
Tristan et Iseult, — mais au piano seulement,
car l'œuvre n'avait pas encore été exécutée à la
scène ; on l'avait mise à l'étude à Vienne, mais,
après une cinquantaine de répétitions, les
artistes avaient été obligés d'y renoncer ; c'est
du moins ce qui se disait alors. Munich ne
devait le donner que l'année suivante. Voici
comment Reyer nous conte ses impressions sur
cette lecture :
» Lassen se mit au piano, je devrais dire à l'or-
chestre, et il joua l'ouverture. Je tournais les
pages silencieusement; le docteur X..., assis
dans un fauteuil, s'épanouissait. L'ouverture
finie, les récits succédèrent aux récits, et d'autres
récits leur succédèrent encore. Je n'apercevais au
loin et de tous côtés que des horizons de sable;
la chaleur devenait accablante et pas une oasis
pour nous reposer, pas le plus petit filet d'eau
pour étancher notre soif. Enfin la voix de
Tristan s'unit à la voix d'Iseult... Au milieu du
duo, j'éprouvai cette rage folle de l'enfant qui, dé-
sespérant d'apprendre la leçon qu'on lui a donnée
à étudier, trépigne et pleure, ferme son livre avec
colère et le jette bien loin de lui. De rneî doigts
crispés je frappai tout à coup le clavier, comme
l'eussent fait les griffes d'un chat furieux et,
mêlant au hasard les mots allemands et les phrases
les plus bizarres, je poussai des cris plus ou
moins inintelligibles, des sons inarticulés, incohé-
rents, sauvages. Lassen, toujours calme et sou-
riant à peine, continuait à déchiffrer. Je me retour-
nai pour voir quelle mine faisait le docteur. — Il
avait disparu. — Alors, Lassen s'arrêta, et j'allais
le prier de me dire franchement s'il trouvait une
grande différence entre la manière dont le duo
avait fini et celle dont il avait commencé, lorsque
le docteur reparut. « Continuez, dit-il; j'étais
dans mon cabinet, mais je n'ai pas perdu une note.
N'est-ce pas que c'est admirable [wundcrschcen]!
M. Lassen, on le voit, connaît Tristan à&
longue date et son apostolat en faveur de l'œu-
vre n'est pas nouveau. Souhaitons que le
public bruxellois — d'ailleurs préparé à Tristan
par une série d'autres œuvres wagnériennes,
— n'y soit pas aussi réfractaire que le fut
M. Ernest Reyer en 1864.
Ainsi que nous l'avons annoncé, à l'occasion
de l'Exposition universelle d'Anvers en 1894,
230
LE GUIDE MUSICAL
dont l'ouverture solennelle est fixée au 5 mai
prochain, la Maison Schott frères, éditeurs à
Bruxelles, ouvre, sous le haut patronage du
gouvernement, un concours musical, compor-
tant la composition d'une Marche solennelle
pour orchestre sym phonique, qui sera exécutée
le j our de l'ouverture de l'Exposition (5 mai 1 894),
à Anvers. Le ministre des beaux-arts a bien
voulu allouer un prix de 5oo francs à l'ouvrage
que le jury, nommé à cet effet, désignera comme
le plus méritoire. Ce jury sera composé d'ar-
tistes désignés par le ministre.
Voici, en substance, les conditions exigées
pour prendre part au dit concours.
La composition consisteia en une Marche
solennelle, dont la durée d'exécution ne
dépassera pas 8 à 10 minutes. Elle pourra
être écrite dans la forme de la marche célèbre
extraite de la suite d'orchestre de F. Lachner!!
A la partition d'orchestre, l'auteur ajoutera
une réduction pour piano à deux mains, et
l'envoi dûment affranchi sera livré, au plus tard,
le 5 avril 1894, et adressé directement à la Mai-
son Schott, qui en fera la remise au commissaire
général de la section belge.
Les manuscrits devront être accompagnés
d'un pli cacheté, indiquant le nom et l'adresse
du compositeur et contenant une devise, qui
figurera aussi en tête du manuscrit.
La récompense attribuée à l'œuvre couronnée
consistera dans la remise de la prime de
3oo francs offerte par le gouvernement et la
publication, par les soins de la Maison Schott,
de l'œuvre, qui restera sa propriété pour tous
pays.
Une question, à cepropos : Le concours est-il
international ou bien les auteurs belges seuls
peuvent-ils y prendre part ?
Au Conservatoire, M. Gevaert, en vue de
faciliter les répétitions d'orchestre du concert
de Siegfried Wagner, a décidé d'ajourner son
concert Beethoven, dont l'attrayant pro-
gramme comportait la Neuvième Symphonie et
un concerto de piano joué par M. Camille Gu-
rickx.
Le quatrième concert du Conservatoire sera
snnplement une reprise du premier concert.
M"" Louise et Jeanne Douste de Fortis
annoncent pour lundi prochain, le 5 mars,
une soirée musicale, à la salle Ravenstein, avec
le concours de M. Marcel Hervvegh, violo-
niste, et de M. L. du Chastain. On trouvera le
programme plus loin.
CORRESPONDANCES
ANVERS. — La saison tirant à sa fin, les
représentations à bénéfice se succèdent rapi-
dement sur nos deux scènes lyriques. Au Théâtre-
Royal le spectacle donné au bénéfice de M. Do-
mergue De la Chaussée mérite d'être cité. M">! Do-
mergue De la Chaussée, une cantatrice maintes fois
applaudie dans nos salles de concert, avait eu à
cœur de seconder son mari et s'était décidée à
paraître sur la scène dans le rôle de Mignon.
Quelques grincheux avaient trouvé cette réso-
lution hardie et s'étaient attendus à un fiasco.
Quanta nous, nous connaissions trop bien le talent
essentiellement musical de l'artiste, pour nous prêter
à CCS (I on dit » et nous n'avons pas été surpris de voir
M™!' De la Chaussée se révéler comédienne par-
faite. Le volume de la voix serait peut-être à discu-
ter; mais, étant donné sa diction vraiment sentie,
le soin jaloux qu'elle a de faire ressortir les moindres
nuances, au détriment même des effets de voix,
nous est avis que la vaillante artiste méritait
mieux que les minces applaudissements que lui
ont accordés les abonnés.
UAvii Friiz de Mascagni est sans doute la nou-
veauté de la saison destinait à nous faire oublier
le Tannliœuser, tant promis. Franchement, nous ne
pensons pas que les habitués du Théâtre-Royal, si
peu wagnériens qu'ils soient, aient eu lieu de se
féliciter du change. Cette œuvrette du célè-
bre maëstrino aura passé bien inaperçue ici.
L'interprétation est pourtant bonne ; louons sans
réserve. M™" Mailly Fontaine et MM. Bonnard
et Bars. Pour M''" Castaigné, qui remplit le rôle
de Beppo, nous lui conseillons de jeter un coup
d'œil dans l'orchestre, pour apprendre la façon
dont on tient un violon; car, à en juger par
l'e.xtravagante cadence que l'on entend dans les
coulisses, ce petit Beppo est censé en savoir plus
iong que maint musicien du métier. En un mot,
l'impression que nous font ressentir les produc-
tions de Mascagni, c'est celle d'un profond regret
en voyant un Italien de tempérament renoncer à .
la forme mélodique, la seule, qui selon nous,
puisse convenir à sa nature exubérante. Il y a,
sous ce rapport, plus d'une analogie entre Werther
et VAmi Frits.
Le spectacle s'est terminé par Amour de fée, le f
charmant ballet de E. Agniez, qui se donnait au j
bénéfice des dames du corps de ballet. Le compo- -
siteur assistait à cette représentation et a dû être '
satisfait du succès croissant de son œuvre.
Salle archicomble au Théâtre- Flamand, pour le
bénéfice de M. Alb. Baets qui, en choisissant à
cette occasion le rôle du îîollandais, dans le Vais-
seau-Fantôme, a fait preuve d'un jugement sain.
La dernière création de ce jeune artiste est du
reste, de l'avis de tous, parmi ses meilleures. Le
public, lui aussi, a fait preuve de goût en allant en
4 f foule applaudir l'œuvre de Wagner et ses excel-
lents interprètes.
LE GUIDE MUSICAL
231
A peine une demi-salle lors de la reprise de
Lohcngrm au Théâtre-Royal et salle comble pour
le Vaisseau Fantôme au Théâtre-Flamand, cela fait
réfléchir !
La première de Mékisine, l'œuvre nouvelle de
E. Wambach a fourni une nouvelle preuve du
talent de notre concitoyen. Le libretto de Frans
Gittens, traité en forme de féerie, offrait au com-
positeur l'occasion de déployer ses dons mélo-
diques.
Nous reviendrons sur Mélusinc, qui a obtenu un
beau succès ; mentionnons comme ayant été parti-
culièrement applaudi l'ouverture très poétique; les
strophes de Jocelyn au 2" acte (M. Leysen); le
finale du 3« acte et le lever de rideau, très émou-
vant, du Ç acte.
Après le 3" acte, le public a fait une ovation au
compositeur ainsi qu'au poète absent, M. Gittens,
retenu chez lui par maladie. A. W.
BERLIN. — La mort de Hans von Bùlow
a été cause du changement apporté au pro-
gramme du huitième concert philharmonique.
M. Schuch a dirigé deux œuvres favorites de son
illustre prédécesseur : VEroïcn et la suite en ré de
Bach La première partie de la symphonie, prise
trop lentement, a paru interminable ; les trois
dernières, irréprochables d'exécution, surtout la
marche funèbre, le dernier adieu des musiciens
(il ses collègues n, comme les nommait Bùlow) à
leur chef. Je ne saurais m'enthousiasmer pour l'in-
terprétation de la suite de Bach que M. Schuch
nous a fournie. Le contrepoint des voix intermé-
diaires ressortait trop rarement : ce n'est certes pas
là la clarté à la quelle Biilow nous a habitués ! L'air
a manqué son effet, les premiers violons n'étant
pas d'accord entre eux. Lili Lehmann, la célèbre
cantatrice de Bayreuth, prêtait son concours au
concert. Elle a déclamé avec un art admirable une
scène et un air à^Armide de Gluck et le finale de
\^ Gœtterdammernng. Le public l'a chaleureusement
applaudie. Nous ne rendons compte ici que de la
répétition générale publique, n'ayant pu assister
au concert.
Cette semaine, à la Philharmonie, trois concerts
populaires.Voici les œuvres principales exécutées :
les symphonies Dans la forêt de Raff et inachevée
de Schubert, une Polonaise et les Préludes de Liszt,
une Rhapsodie de Svedsen.les préludes de Tristan et
de Lûhengrin et les ouvertures du Cid (Cornélius),
A'Egmont, de Manfred, de Rtcy Blas, dl'Iphigénie en
Aulide, de VEnlèvement au sérail et de Léonore n° III.
Pour le mois de mars, nous avons une foule de
concerts annoncés. Le 10, la Singacademie don-
nera une exécution de la messe en si mineur de
Bach; le 12, le professeur Gernstein dirigera le
Rcqniem de Verdi, et le 24, la Neuvième Symphonie,
au dernier concert Weingartner.
; Les restes embaumés de Hans von Bùlow
doivent arriver à Hambourg dans la première
quinzaine de mars; suivant le désir du défunt, ils
y seront brûlés. A cette époque auront lieu, à
Hambourg et à Berlin, de grandes fêtes musicales
à la mémoire du célèbre artiste. E. B.
DRESDE. — M-"' Albani, Kgl Preuss.
Kammersungerin, — ainsi s'annonce la diva
anglaise, — passant par Dresde, y a donné un
concert La presse locale, généralement douce
aux artistes de renom, hasarde néanmoins que
cette première apparition dans la Florence alle-
mande se fait un peu sur le tard. Nous ne dirons
pas que M™" Albani nous a donné « les restes
d'une ardeur qui s'éteint », — elle est toujours
pleine de vie, - mais le public dresdois, qui n'a
pas eu l'heur de l'entendre en Angleterre ou en
Amérique, n'a pu recueillir que les précieux
« restes d'une voix qui tombe ».
Le programme de samedi soir était des plus
attrayants : Casta diva, de Norma, l'air de Tann-
hauser, un morceau de la Création, transformé sur
place en une pièce peu intéressante de Théodora
de Haendel, et la valse de Roméo et Juliette de
Gounod. Ne parlons pas des trois premiers numé-
ros. Pour aborder la Casta diva, il faut un senti-
ment, une poésie qui ne s'acquièrent point et dont
la virtuosité ne tient pas lieu. Nos prime donne savent
bien que le Dich griisse ich wieder, theure Halle
exige des moyens vocaux non factices. Constatons
plutôt qu'à l'exception d'un chevrotement inter-
mittent et de quelques trilles au son étrange, la
valse de Gounod a été enlevée, ainsi que Mia
piccirella du Salvator Rosa, de Gomes. Le Home
siiieet home, dit a.vec beaucoup d'expression, a touché
la fibre patriotique de plus d'une jeune miss, et le
Guten Abend de Schumann a clos la soirée. Un peu
effarouché par une pluie de baisers, — imitation
Patti, — envoyés dans toutes les directions, le
public s'est pourtant déclaré satisfait.
Quoique l'opinion de la critique étrangère soit
totalement indifférente aux artistes dont il a le
devoir de servir les intérêts, — c'est l'agent princi-
I)al des concerts de Dresde qui parle, — et que le
service de presse soit subordonné aux préférences
d'un employé, nous souhaitons à M™» Albani une
foule empressée pour son second et dernier con-
cert, le 27 mars. Ou n'a presque pas remarqué,
malgré leur qualités, MM. Schorg, violoniste, et
Ammennann, pianiste : l'étoile absorbait tous les
regards.
Est-ce à l'heureuse influence du nouvel inten-
dant du théâtre, M. le comte Seebach, qu'on a du
un léger changement dans le répertoire de la
semaine dernière? La Cavalleria devait aller en
scène avec l'inévitable ballet Porcelaine de Meissen.
Au dernier moment, on lui a donné pour second
r VOrphée de Gluck, 0 et par droit de conquête, et
par droit de naissance ». Alton.
LE GUIDE MUSICAL
LIEGE. — Mercredi dernier avait lieu, au
foyer du Conservatoire, la troisième séance
de musique de chambre donnée par M. Désiré
Geminick, M"e J. Folville, MM. Max Maasz et
Arthur Vantyn. Ces vaillants et consciencieux
artistes ont entrepris, cette année, à Liège,
l'œuvre difficile de la fondation d'un quatuor. Je
vous ai parlé de leur première séance; un corres-
pondant d'occasion vous a dernièrement entretenu
de la deuxième. Les progrès faits par les dévoués
quartettistes, l'exécution soignée qu'ils ont faite
d'œuvres d'art intelligemment choisies ont justifié,
dans cette séance de mercredi, le succès qu'ils
avaient obtenu lors de la première et qu'avait
encouragé leurs heureux débuts. Le programme
portait, cette fois, le quatuor 'mi bémol) pour piano
et archets de Schumann; Mli« Folville s'y est
montrée aussi habile pianiste qu'elle est intelli-
gente violoniste; puis le trio (sérénade) de Bee-
thoven (op. S), exécuté par MM. Geminick,
Maasz et Vantyn; certains mouvements y étaient
pris un peu lents. Le quintette en ni majeur de
Schubert, avec le concours d'un jeune et habile
violoncelliste (encore élève) couronnait le con-
cert.
Nous sommes convaincu qu'un succès mérité
couronnera de même l'initiative de M. Geminick et
de ses partenaires, initiative à laquelle nous devons
d'entendre ces œuvres de choix, — œuvres si peu
connues et si rares qu'un legs de cent mille francs
vient d'être fait à l'administration du Conserva-
toire pour qu'on les exhume de leur tombe et
qu'on les arrache à la brume du respect mytholo-
gique où ils se trouvaient ensevelis. J. M.
MONS. — M. J. Van den Eeden a donné
ces jours-ci, à quelques invités, une audi-
tion de la cantate écrite par lui, sur un poème de
M. Hippolyte Laroche, pour les fêtes de Roland
de Lassus. Cette cantate a fait la meilleure
impression sur les invités.
Le finale est ravissant. Après de magnifiques
élans arrive un savoureux « Salut au Carillon »
que diront des centaines de voix enfantines et que
reprendront, dans une splendide sonorité, les
masses chorales et orchestrales.
Mons chantera son Carillon — même avant juin,
car les répétitions l'auront tôt popularisé —
comme Gand chante le Viru Artevelde de Gevaerl
et Anvers la Rutens Cantate de Benoit.
M. Van den Eeden a également fait entendre
son chœur, le Rêve, — écrit pour le concours
organisé à l'occasion des fêtes de Lassus.
Encore une magnifique page que ce Rêve, dou-
ble chœur de voix d'hommes. Ce sera une œuvre
sensationnelle, mais qui déroutera quelque peu
les sociétés appelées à l'interpréter.
iVO U V ELLES DI VERSES
Nous avons donné le programme des re-
présentations qui auront lieu cette année au
Théâtre Wagner à Bayreuth, du 19 juillet au
19 août. Dans une réunion qui s'est tenue le
mois dernier à Wahnfried, il a été décidé que
ces représentations seraient dirigées par MM.
Hans Richter, Richard Strauss, de Weimar,
Hermann Levi et Félix Motd, qui se relayeront
dans la conduite de Parsifal, de Lohengrin et
de Tanhœuser, les trois œuvres portées au pro-
gramme.
•4+ La reconstruction de l'Opéra- Comique
de Paris.
Après combien de déboires, de difficultés,
de marches, démarches et contremarches dans
les ministères et parlements, projets, contre-
projets, concours, adjudications et protesta-
tions était-on arrivé à un semblant de solution
pour l'affaire de l'Opéra-Comique !
On se croyait débarrassé de ce tracas, les
travaux étaient sensément en cours d'exécution :
patatras ! Autre guitare (c'est le cas) ! M. Beriy,
député, va proposer à la Chambre de modifier
les dispositions approuvées, et de faire au nou-
vel édifice une façade sur le boulevard. On ne
voit pas l'utilité de ce changement, qui ne porte
que sur de l'accessoire, mais on voit le prix
qu'il coûtera et surtout le temps nécessaire aux
enquêtes, expertises, jugements d'expropria-
tion, coordination des plans nouveaux et des
plans précédents, adoption après concours d'un
projet, etc., etc.
Qui donc se plaignait que le genre éminem-
ment national penchât vers le lugubre? La
construction du théâtre devient elle-même
burlesque. C'est d'un excellent augure.
.^fLa section de musique de l'Académie des
beaux-arts de l'Institut de France vient de
nommer M . César Cui membre correspondant,
en remplacement de Tschaïkowsky, décédé' le
5 novembre 1893.
4+ A Monte-Carlo et à Nice, vient d'obte-
nir un très grand succès, dans deux concerts
donnés avec orchestre, une jeune violoniste de
grand avenir, M''^ Jeanne Bourgaud, dernière •■
élève du regretté Massart. Dans des fragments 1
de la Symphonie espagnole de Lalo, dans une •
suite de Godard et surtout dans le deuxième
concerto de Wieniavi^ski, cette jeune artiste a i
montré d'admirables qualités d'exécutant et
d'interprète, joignant à une étourdissante assu-
rance technique une justesse de compréhension
et une autorité absolument remarquables. C'est
une nouvelle étoile dont le nom est à rete-
nir .
"^ On a bien ri, l'autre semaine, à Liège.
M. Radoux, l'éminent directeur du Conserva-
LE GUIDE MUSICAL
233
toire de cette ville, a fait entendre, pour la pre-
mièie fois à ses concerts, tout le premier
tableau du Rlieivgold de Wagner, la scène qui
se passe au fond du Rhin entre les trois on-
dines et le gnome concupiscent Alberich, qui
les poursuit. Ce fragment a été chanté en fran-
çais, dans la traduction de Victor Wilder. Elle
n'est pas très poétique, cette traduction. Ah !
quel plaisir, chante le gnome :
Quel plaisir de vous prendre dans mes bras,
Si vous veniez un peu plus bas.
Mais enfin, il n'y a rien dans cette scène qui
ne ressemble à toutes les scènes de séduc-
tion. Elle n'est pas faite, évidemment, pour les
pensionnats de jeunes filles, mais encore
n'offre-t-elle rien qui soit choquant. N'empêche
qu'un bon père de famille qui assistait au
concert s'est fâché et a écrit une longue lettre
à la pieuse Gazette de Liège, pour protester
« contre ce qui s'est chanté, l'autre soir, au
Conservatoire, dans l'exécution du prologue
wagnérien l'Or dti Rhin ».
Ce bon père de famille est profondément in-
digné :
« Le moyen, dit-il, d'associer des chré-
tiennes à un festin d'art où l'on sert pareil
plat ? »
Et il continue :
« Je ne connais point le texte de Wagner et
ne comprends un mot d'allemand : j'eusse
été d'autant plus charmé qu'au lieu de nous
donner cette traduction française, que la fille
de l'éminent directeur, par exemple, détaille
avec une si parfaite netteté d'expression, on
nous offrît le texte authentique du maître ; la
plupart des auditeurs n'y eussent rien compris
non plus, et c'eût été profit pour tous. »
Avouez que l'idée est drôle ! Ce Prudhomme
qui ne demande qu'à entendre5fl«s comprendre
est vraiment d'un bon comique.
"^ On nous prie de rappeler que la date
d'inscription au concours de chant d'ensemble
que la ville de Mons organisera les 24 et
25 juin prochain, à l'occasion des fêtes de
Roland de Lassus, expirera le i5 mars courant.
Ce concours s'annonce sous les auspices les
plus favorables et le succès en est, dès main-
tenant, assuré par la participation de sociétés
placées au premier rang des sociétés belges et
étrangères.
Les fêtes qui seront, en outre, organisées
pendant les deux journées du concours de
chant auront une importance exceptionnelle et
le festival de musique qui en ouvrira la série, le
23 juin, comportera l'exécution, par plus de cinq
cents choristes et instrumentistes, d'une œuvre
capitale de Roland de Lassus, et d'une cantate
en son honneur due à la composition de M.Jean
Van den Eeden, directeur du Conservatoire de
musique de Mons.
•^ Quelques souvenirs du maestro Arrieta,
directeur du Conservatoire de Madrid, dont
nous avons annoncé la mort.
Arrieta, élève à l'école de Rossini et de
Bellini, n'en admirait pas moins Wagner.
En 1876, il était allé à Bayreuth, pour en-
tendre la Tétralogie, et il racontait avec une
vivacité et une originalité toutes méridionales
l'effet qu'avaient produit sur ses nerfs a la len-
teur, le flegme, le caractère pompeux » de l'exé-
cution et de la mise en scène germaniques. Il
disait assez spirituellement que, dans cette
expédition en Allemagne, il a\ it assisté à un
si grand nombre de concerts et d'auditions mu-
sicales, que, le matin, quand il époussetait et
brossait ses habits, il lui semblait qu'il en
sortait des sons.
Il avait un aphorisme plaisant en matière de
critique théâtrale.
« Remarquez, disait-il, que, dans les bons
opéras, on trouve son siège excellent ; il ne
vous donne pas envie de vous déplacer. Au
contraire, dans presque tous les opéras mo-
dernes, il semble qu'on soit assis sur un fau-
teuil garni de clous, si bien qu'on ne peut rester
tranquille. Ce n'est pas le siège, c'est l'opéra
qui est mauvais. »
BIBLIOGRAPHIE
RivisTA Musicale Italiana. — Fratelli Bocca,
éditeurs, à Turin. — Le premier fascicule de cette
nouvelle revue musicale vient de paraître, et il est
de nature à donner une haute idée de l'importance
qu'elle pourra acquérir par la suite. Cette livrai-
son n"a pas moins de deux cents pages et comprend
des travaux importants, parmi lesquels nous signa-
lerons spécialement une étude de M. Alfred Ernst,
sur le Motif de l'Epée dans la Wakyrie ; une étude
développée de G. Tebaldini, surGounod, auteur de
musique sacrée; des notes savantes de L. Torchi,
sur l'accompagnement instrumental dans les mé-
lodrames italiens de la première moitié du
XVI" siècle, etc., sans parler des notices bibliophi-
liques sur les nouveaux livres ou les nouvelles
publications musicales. Bxe.l,\3.Rivisia musicali est
un véïi\.2^Si\& magazine qui manquait jusqu'ici. L'idée
est nouvelle et heureuse.
•^ La librairie de l'Art, à Paris, met en vente,
ces jours-ci, une deuxième série de Musiciens (Tau-
jourd'hui, par M. Adolphe JuUien, absolument
pareille à la première, qui fut publiée il y a deux
ans et qui est déjà totalement épuisée. Il s'agit,
dans ce nouveau volume de cinq cents pages, orné
de vingt portraits et de quarante autographes
des compositeurs suivants, rangés par ordre de
naissance : Beethoven, Auber, Weber, Meyer-
beer, Berlioz, Félicien David, Richard Wagner,
Victor Massé, Reyer, Porse, Saint-Saëns, Léo
Delibes, Guiraud, Th. Dubois, V. Joncières ,
Massenet, E. Pessard, Paladilhe, A. Holmes et
Benjamin Godard.
234
LE GUIDE MUSICAL
PIANOS ET HARPES
ÉRARD
BRUXELLES : 4. rue Latérale
PARIS : 13, rue du Mail
NECROLOGIE
Sont décèdes :
A Londres, à l'âge de cinquante-deux ans,
M"" Patey, l'une des cantatrices les plus remar-
quables et les plus célèbres de l'Angleterre. Elle
a succombé mercredi à Sheffield,dans des circons-
tances particulièrement dramatiques, à la fin d'un
concert qu'elle y donnait. Ce concert devait être
son concert d'adieu. Elle fut naturellement l'objet
d'ovations réitérées. Après un air de Hsendel, i
comme elle avait été rappelée plusieurs fois,
M™= Patey, pour répondre aux applaudissements et
aux « encore ! n entama une ballade intitulée The
Banks of Allait Water, qui se termine par ces mots :
« Et la jeune fille tomba sans vie ». Au moment
même où elle articulait ces paroles, M™» Patey,
subitement devenue blême, s'affaissait sans con-
naissance et elle mourait quelques heures après à
l'hôtel où elle fut transportée. Les médecins
déclarent qu'elle a succombé à une paralysie du
cerveau, provoquée par l'émotion que lui avaient
causée les acclamations du public.
M""^ Patey était douée d'une superbe voix de
contralto ; elle interprétait les chefs-d'œuvre de la
musique classique depuis près de trente ans, dans
les principaux festivals de l'Angleterre. En 1S71,
elle fit aux Etats-Unis une tournée véritablement
triomphale; en 1875, le Conservatoire de Paris lui
décerna une médaille d'or; et en 1S90, elle fit
en Australie une tournée dont chaque étape fut
pour elle l'occasion d'un succès retentissant.
— A Madrid, le compositeur A. Barbieri, le
musicien le plus populaire de l'Espagne, et l'auteur
d'innombrables Zarzuelas, opérettes qui depuis
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
C.-A.
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lyrique .... Prix Net fr. 5
Mâhdoline, mélodie . . . Prix fr. 4
Les Cloches, mélodie. . . Prix fr. 3
Romance Prix fr. 3
LE GUIDE MUSICAL
235
plus de trente ans sont au répertoire de toutes les
scènes espagnoles. Le mérite de Barbieri est
d'avoir créé un théâtre et un genre véritablement
national en faisant revivre dans ses Zarzuelas les
airs populaires, les chants, les proverbes, les
mélodies du terroir. De iS5o à rSgi, Barbieri a
écrit seul cinquante-huit Zarzuelas, et douze
en collaboration. On pourrait citer une douzaine
des premières qui ont le don d'exciter encore
l'enthousiasme populaire à Madrid et en province,
comme au temps de leur nouveauté, et il est peu
d'Espagnols qui ne se rappellent avec plaisir et
orgueil ces rythmes gais et vifs, ces chansons qui
ont couru les rues et les chemins jusqu'au fond des
Castilles et de l'Andalousie.
Barbieri s'était aussi rendu très populaire par
ses énergiques efforts en faveur de la protection
de la propriété musicale. Il fonda pour cela une
société, « La Espana Musical n ; il écrivit des
pétitions, des mémoires, et il s'adressa au gouver-
nement et aux Certes, pour le décider à accorder
aux auteurs de musique espagnole les mêmes droits
qu'aux poètes. Il poursuivit sa campagne au Lycée
artistique et littéraire de Madrid, dont il devint et
resta secrétaire et archiviste tant qu'elle dura; et
il eut finalement la joie de voir ses efforts cou-
ronnés de succès.
Barbieri ne fut pas seulement le plus essentiel-
lement national des musiciens et des compositeurs
espagnols contemporains; il fut aussi un écrivain
de talent, un critique impartial et intelligent, une
autorité fort appréciée en matière d'art, de théâtre,
de musique, un bibliophile, enfin, qui contribua à
fonder la Société dos bibliophiles espagnols et
sut réunir une collection de livres, de manuscrits,
de documents curieux qu'il a légués à la Biblio-
thèque nationale et à l'Académie de San Fernando.
Il a aussi exercé une grande et heureuse in-
fluence sur l'éducation musicale et artistique de la
génération actuelle, en lui apprenant à aimer la
musique classique en l'initiant aux chefs-d'œuvre
de Haydn, Mozart, Beethoven, Mendelssohn.
Baibieri était né à Madrid, le 3 août i823.
A VENDRE très beaux instruments italiens : violons
de A. Stradivarius et de Joseph Guarnerius,
altos de J . et A . Amati et de J . B . Guadagnini .
S'adresser de g à lo h. du matin, à M. Soulisse, fau-
bourg Saint-Honoré, 136, Paris.
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avec orgue ou piano. . . Net fr. i —
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Mac-Dowell. Op. 45. Sonata Tragiaca
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Nordi, Ed. Deux Mélodies (i. Adieu!
2. Au Cimetière). . . . Net fr.
Reinecke, C. Op. 223. Prologussolemnis.
Ouverture à quatre mains . Net fr.
— Menuet à la Reine à deux mains,
d'après Grétry . . . . Net fr.
Ryclandt, J. Op. 3. Ouverture pour le
drame « Caïn » de Byron, à quatre
mains Net fr. 4
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5 —
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Dépositaires des PIANOS BECHSTEÎN ET BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY
236
LE GVIDM MUSICAL
RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Paris
Opéra. — Du 26 février au 3 mars : La Walkyrie
Faust. Bal masqué. Gwendoline et les Deux Pigeons.
La Walkyrie.
Opéra-Comique. — Du 24 février au 3 mars : Richard
Cœur de Lion et la Dame blanche. Le Dîner de
Pierrot et l'Attaque du moulin Mignon Fidès, le
Nouveau Seigneur du village et le Dîner de Pierrot.
Cavalleria rusticana et Phryné. Mireille et les Folies
amoureuses. Cavalleria rusticana et Phryné.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 25 février au
4 mars : Orphée et Pierrot macabre. Lohengrin.
L'Attaque du moulin. Faust. L'Attaque du moulin.
Bal
Théâtre des Galeries — Sainte-Freya.
Alcazar royal. — Paul us. Mevisto. Les Territoriaux
Salle Ravenstein. — Lundi 5 mars, à 8 h. }^, soirée
musicale donnée par M"' Douste de Fortis, avec le
concours de M"" Jeanne Douste, cantatrice, et de
MM. Marcel Herwegh, violoniste, et L. du Chastain.
— Sonate chromatique, piano et violon (Raff); Pensée
d'Automne (Massenet; Caprice (Marmontel), Romance
(Mendelssohn), Sonate en sol (Scarlatti); Rondo cap-
priccioso (Saint-Saëns); Mia Piccerella de Salvator
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
Propriétaires des œuvres de Tscbaikoiriiky, GottschalU, Prudent, Allard
des Archives du piano et de la célèbre Méthode de piano A. Le Carpentier
Seuls dépositaires de l'Kdîtion Charnot, spécialement consacrée à la musique de violon
P. TSCHAIKOWSKY
CEUVRES POUR ORCHESTRE
Op. 34, Sclierzo-valse pour violon
Partition (copiée) .......
Partses séparées. . . . . .5
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 35. Concerto en ce majeur pour AÎolon
Partition 12
Parties séparées. • i8
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 36. Quatrième symphonie en /a mineur :
Partition 25
Parties séparées 35
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 39. Douce rêverie et Valse, pièces ex-
traites de l'Album d'enfants
(n»* 21 et S), arrangées pour instru-
ments à cordes.
Partition i
Parties séparées 2
Parties supplémentaires . . chaque »
Op. 43. Première suite d'orchestre :
i» Introduction et fugue ; 20 Divertisse-
ment ; 3" Andante ; 4" Marche minia-
ture; 5' Scherzo; 60 Gavotte.
Partition 20
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 43. Marche miniature extraite de la suite :
Partition 2
Parties séparées 3
Parties supplémentaires cordes i'^'' et 2'
violons seulement. . . . chaque i
Op. 44. Deuxième Concerto en sol majeur
piano :
Partition 20
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Violon solo I
Violoncelle solo i
Op. 45. Capricoio italien :
Partition i5 »
Parties séparées 25 >>
Parties suppléraensaires cordes chaque 2 »
Op. 48. Sérénade pour instruments à cordes :
I" Pièce en forme de sonatine ; 2° Valse ;
3» Elégie; 40 Finale (thème russe).
Partition 8 n
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 «
Op. 49 Ouverture solennelle :
Partition 10 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 53. Deuxième suite d'orchestre :
10 Jeu des sons ; 2» Valse; 3o Scherzo hu-
moristique; 40 Rêves d'enfant 50 Danse
baroque, style Dargomijsky.
Partition 25 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op . 55 . Troisième suite d'orchestre :
10 Elégie ; 20 Valse mélancolique ;
3o Scherzo ; 40 Thème avec variations.
Partitiion 3o »
Parties séparées 35 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 56. Fantaisie en sol majeur pour piano,
dédiée à M™" Essipoff .
Partition 10 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 58. Manfred, symphonie en 4 parties,
d'après Byron :
Partition 4° »
Parties séparées 72 »
Parties supplémentaires cordes chaque 4 »
LE GUIDE MUSICAL
237
Rosa (Gomez); Poésies, récit (Verlaine); Chœur des
lileuses du Vaisseau- Faniôme, pour piano (Wagner-
Liszt); Rosées (G. Pfeiffer), Bonjour Suzon (T. Tosti);
Chant du soir (Schumann , Mazurka; le Lion (comte
de Lisle), Un yea de musique (V. Hugo), récits);
Valse (L -E. Back1, Feu Follet (E. Pessard), Taren-
telle A. Rubinstein).
Exposition de la libre esthétique. — Concert du
quatuor Ysaye. — Jeudi 8 mars ; Quatuor (inédit)
pour instruments à cordes, première audition (Guy
Ropartz); Sarabande et Chaconne extraites de la
sonate en ré mineur pour violon (J. -S. Bach); Quatuor
en ré majeur pour instruments à cordes, redemandé
(V. dlndy).
Berlin
Opéra-Impérial. — Du 25 février au 4 mars : Lohen-
grin. Les Medici. Les Maîtres Chanteurs de Nurem-
berg. Les Medici. La Flûte enchantée. Tannhseuser.
Les Medici. Les Medici.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt, — La Chasse au
mari.
Vienne
Opéra-Impérial. — Du 25 février au 4 mars ; Caval-
lena rusticana et Puppenfee. Le Baiser (i" représen-
tation) et le Diable au couvent. Guillaume Tell. Le
Trouvéïe. Le Baiser et le Diable au couvent. Tanz-
masrchen. Les Contes dorés. La Fête de mai. Le Bai-
ser et le Diable au couvent.
r' Léopold MURAILLE, éditeur à Liège (Belgique
Vient de paraître :
César ThOrnSOU, Passacaglla, nach
Haendel,fûr Violinemit Oi'chester oder
Clavier-begleitung Mark 2 5o
César TllOinSOU. Skandinavlsches
Wiegenlied.fûr Violine und Orchester
oder Quartett, oder Pianofortebeglei-
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N° 2. Toccatina 2 —
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N" I en sol. N" 2 en mi mineur.
N" 3 en si bémol, . . . chaque i 75
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Au temps jadis, op. 37. N"" 2. . . 2 5o
Devant son image, op. 38. N" i . i 75
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Sous sa fenêtre (sérénade), op. 38.
N" 2 2 -
Ramage de rossignols, op. 3g . . 3 —
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PRÈS la mort de César Franck,
swi j'eus l'idée de consacrer à l'auteur
des Béatitudes une étude biogra-
)/ phique et critique assez étendue.
^«IJe m'adressai au directeur d'une
revue auprès duquel je pensais
trouver bon accueil. Quand j'eus
exposé mon projet, le directeur
dont je parle, fort galant homme du reste, me
répondit avec beaucoup de politesse : — Oh !
monsieur, je me rappelle parfaitement César
Franck. Un homme qui était toujours si pressé,
toujours gravement habillé de noir et qui
portait des pantalons trop courts!... Organiste
à Sainte-Clotilde. Il paraît que c'était un grand
musicien, peu connu du public...
— C'est justement pour le faire connaître.
— Sans doute, sans doute... Mais le lecteur
ne comprendra pas pourquoi vous lui parlez
d'un compositeur qui n'est pas célèbre, qui n'a
jamais été joué à l'Opéra. A-t-il jamais fait un
ballet, seulement?
Ce directeur parlait avec la sagesse d'un
homme qui connaît par expérience la frivolité
d'un public français et mondain. Il savait qu'en
France un compositeur qui n'écrit pas pour
le théâtre, peut avoir du génie, il ne sera
jamais apprécié que d'un petit cercle d'ama-
teurs. Le talent même qu'il aura manifesté dans
des compositions de musique pure lui sera im-
puté à crime lorsqu'il tentera d'aborder le
théâtre. Cette prévention des directeurs et du
public en a tenu Franck éloigné, plus encore
que son goût pour les œuvres sévères et son
désintéressement.
En ses débuts, en 1848, il avait écrit un
opéra intitulé le Valet de ferme, qui fut pré-
senté à V Opéra-National d'Ad. Adam. La
prompte ruine de l'entreprise en empêcha la
représentation, et, depuis lors, le manuscrit
est resté dans ses cartons. Cet échec, sa timi-
dité, son peu d'aptitude à l'intrigue le détour-
nèrent sans doute d'une nouvelle tentative. Ce
n'est qu'à la fin de sa vie, qu'encouragé pro-
bablement par les conseils de ses amis et de ses
élèves, il consentit de nouveau à traiter un
sujet de drame lyrique. Ce fut sur un poème
de M. Grandmougin, Hnlda, que César Franck
jeta son dévolu. Commencée en 1879, la parti-
tion fut terminée en 1882. Il n'y travaillait
guère que l'été, aux mois d'août et de sep-
tembre, alors que les vacances annuelles le dé-
livraient du joug des leçons à donner et
concurremment avec d'autres œuvres. L'orches-
tration a été terminée en i8S5 (i). Plusieurs
fragments de cet opéra furent exécutés soit de
son vivant, soit aussitôt après sa mort, en hom-
mage à sa mémoire : la marche avec chœur et
les airs de ballet, donnés d'abord dans un fes-
tival, au Trocadéro, en avril 1884, furent
rejoués au festival organisé par les amis et les
élèves de Franck, en son honneur, au Cirque
d'Hiver, le 3o janvier 1887. L'arioso de Hulda
fut chanté par M^e Deléage, dans un concert
composé uniquement d'œuvres du maître,
donné par le pianiste Paul Braud, à la salle
Erard, le 21 février 1890 ; le chœur des femmes
de l'Hermine fut entendu à la Société Natio-
(I) Ghisèle^ drame lyrique sur un poème carlovingien
de M. Gilbert-Augustin Thierry, n'était pas achevée
quand Franck est mort. Il y manquait une partie de
l'instrumentation, qu'un de ses élèves pourra sans doute
reconstituer d'après les notes du compositeur. Hulda, au
contraire, était terminée. La réduction au piano même
a été écrite par l'auteur en grande partie. Depuis la
page 245 de la partition publiée par MM. Choudens,
elle a été faite^ par M. Samuel Rousseau, son élève',
d'après les manuscrits en possession de M. Georges
Franck, son fils.
244
LE GUIDE MUSICAL
nale, le 27 décembre de la même année. Mais
ces satisfactions partielles ne pouvaient conso-
ler l'artiste de ne pas entendre intégralement
cette oeuvre aimée, dont la partition ne sortait
pas de sa chambre et qu'il aurait désiré voir
accueillir à l'Opéra ou au théâtre de la Mon-
naie.
Grâce à l'initiative de M. Raoul Gunsbourg,
cette œuvre, qu'ont dédaignée Paris et Bruxelles,
a été représentée, le 8 mars 1894, sur la scène
de Monte-Carlo.
L'ouvrage est divisé en quatre acte, avec épi-
logue. L'action se passe en Norvège, au xi<=
siècle. En voici le sujet.
Hulda et sa mère, le soir, attendent Husta-
wick, leur père et mari, qui s'attarde à lâchasse.
Inquiètes de ne pas le voir rentrer, elles re-
doutent pour lui les embûches d'une tribu
ennemie, celle des Aslak. Brusquement,
ceux-ci surviennent, à la suite de leur chef
Gudleik, vainqueur d'Hustawick, et des siens.
Ils s'emparent des deux femmes, emmènent
Hulda captive ; Hulda suit Gudleik par force,
mais en jurant de venger le meurtre de son
père.
Depuis deux ans, Hulda vit dans la demeure
des Aslak, en compagnie des sœurs de son
ravisseur. Des noces s'apprêtent ; celles de
Thordis et de Grunnar, celles de Hulda et de
Gudleik. En vain sa mère et ses frères blâment
cette union, Gudleik passe outre. Mais Hulda a
conçu un amour passionné pour un chevalier
de la cour, Eiolf, qui est fiancé à une douce
jeune fille, Swanhilde. Elle n'en tient pas moins
à accomplir sa vengeance. Eiolf en sera l'arti-
san : dans un duel simulé avec Gudleik, la riva-
lité amoureuse transforme les deux adver-
saires en ennemis déclarés. Gudleik succombe,
au milieu du désespoir des siens. Eiolf, vain-
queur, se retire impuni.
Délivrée de son maître détesté, Hulda s'aban-
donne à son amour pour Eiolf, qui vient
la voir tous les jours, à la nuit tombante.
Oublieux de Swanhilde, celui-ci se laisse
aimer.
Le quatrième acte se passe dans le parc du
château royal, où une fête, donnée par le roi
et la reine, est le prétexte d'un ballet, ballet
allégorique représentant la lutte du printemps
et de l'hiver. Svifanhilde, restée seule, se désole
d'être délaissée, elle aime toujours Eiolf,
Celle-ci survient ; il cède à la douce jeune fille
qui évoque leurs souvenirs de tendresse, il renie
sa passion pour la sombre Hulda.
Hulda, trahie, jure de se venger. Elle arme
contre Eiolf la rancune des frères de Gudleik.
Sous un prétexte d'adieu, elle attire Eiolf dans
un guet-apens ; les Aslak le mettent à mort.
Mais le sang de leur frère exige encore le
meurtre d'Hulda. Ils vont la tuer, quand ils
sont mis en fuite par les gens d' Eiolf, accourus
au secours de leur chef. Ceux-ci menacent à
leur tour Hulda ; elle veut au moins mourir de
son gré et se précipite dans la mer.
Le poème de M. Grandmougin est vague-
ment imité d'une pièce en trois actes de
Bjœrnson, Hiilda la Boiteuse, composée par le
dramaturge norvégien à l'époque (i858) où il
était directeur du théâtre de Bergen ; mais il en
diffère en certains points. Le personnage de
Thordis, si charmant dans l'œuvre originale,
existe à peine ; le dénouement du drame est
changé. Aucune indication sur la ps3'chologie
des personnages. D'une invocation de Hulda
aux sombres esprits de la mer, au premier
acte, tandis que sa mère implore Dieu pour le
retour des siens, on pourrait induire qu'elle
est païenne, mais cela n'est pas expliqué.
Qu'est-il, cet Eiolf que se disputent la brune
et la blonde ? D'où vient Swanhilde ? Comment
s'intéresser à eux? — Franck, paraît-il, n'ai-
mait pas les sujets compliqués, artificiels, il
affectionnait les époques reculées, légendaires,
le choix de Ghisèle, drame carlovingien, en est
la preuve ; aucune donnée d'opéra ne pouvait
être d'une simplicité plus rudimentaire que
Ht! Ida.
Par l'époque de sa composition, Hulda est
contemporaine de la petite partition de Rebecca,
publiée en 1881. Il y a analogie dans les formes
vocales, dans les coupes de phrases, dans la
conduite des ensembles. Cette analogie est
surtout sensible au premier acte, dans la scène
entre Hulda et sa mère; au second, dans le
plan du cantabile d'Hulda, où, de même qu'au
cantabile d'Eliézer, dans Rebecca, l'idée mélo-
dique, issue de l'orchestre, s'enlace au chant
de la manière la plus libre, serpente en bro-
derie symphonique autour de la voix et rentre
à l'orchestre, après que la cadence vocale est
demeurée suspendue sur la dominante ; elle
apparaît enfin dans la disposition et le coloris
LE aUIDE MUSICAL
245
des chœurs, qui, parfois même, évoquent le
style le plus ingénu de Riitli.
Dans les parties purement symphoniques,
l'œuvre se rapprocherait plutôt de Psyché ; elle
en a la grâce, l'élégance et la fraîcheur dans
les pages pittoresques, mais avec une teinte
différente, où se révèle une imitation de la cou-
leur Scandinave. Tel motif instrumental, dans
la marche, le ballet, le prélude du quatrième
acte, rappelle les airs populaires norvégiens
transcrits et orchestrés par Grieg, L'emploi trop
fréquent du mode mineur, comme caractéris-
tique, engendre même parfois quelque mono-
tonie.
Pour le système dramatique, Hlilda n'offre
aucune innovation. La coupe des scènes est
judicieuse, le dialogue réduit au strict néces-
saire, les ensembles amenés logiquement par la
situation, mais le musicien, sans s'asservir aux
formes anciennes de l'opéra, ne s'en écarte pas
sensiblement. Quant au Leitmotiv, Franck, qui,
en a fait usage dans ses oratorios, ses sympho-
nies et même dans sa musique de chambre, ne
l'emploie pas dans Hulda. Il m'a pourtant
bien semblé qu'il y a un thème de la Vengeance,
entendu d'abord à la fin du premier acte et qui
reparaît toutes les fois (|ue ce sentiment inspire
Hulda.
- Dans les scènes d'action, le rôle de l'orchestre
est assez effacé ; l'emploi trop fréquent des ac-
cords plaqués, des « tenues », le peu de variété
des formes d'accompagnement dans les récits,
y produisent une certaine uniformité. Le plus
grave reproche qu'on puisse faire à la partition
à'Hulda, c'est que les mobiles qui font agir les
personnages étant rudimentaires, les figures du
drame sont peu caractérisées par la musique :
l'opposition, par exemple, entre la pure ten-
dresse de Swanhilde et l'amour passionné de
Hulda n'est pas assez marquée. Seule, Hulda
a un relief suffisant, et, bien que ses actes soient
d'une simplicité vraiment barbare, une chan-
teuse de talent comme M™<= Deschamps-Jehin a
pu en faire une belle création.
Ces défauts, très sensibles à la lecture, ne
paraissent pas avoir choqué les spectateurs de
Monte-Carlo, qu'ont séduits le charme et la
couleur, claire ou sinistre, de l'instrumenta-
tion, la grâce des chœurs et du ballet. Toute
la partie pittoresque, dans Hulda, est pleine de
fraîcheur et de suavité. Les délicieux paysages
musicaux qui servent de préludes au troisième
acte et au dernier tableau, le chœur de l'Her-
mine, celui des épousailles, la marche avec
chœur, le chœur des paysans : Le lac sourit,
manifestent l'originalité harmonique du com-
positeur. Son sentiment dramatique lui a ins-
piré les accents énergiques du serment de ven-
gence de Hulda, l'arioso du second acte, le
mélodieux et tendre duo d'amour du troisième
acte; il éclate enfin dans la scène finale, qui est
réellement d'une grandeur tragique.
Au succès de Hulda, à Monte-Carlo, ont
contribué vaillamment l'orchestre, dirigé par
M. Jehin, ainsi que le talent de M™^ Des-
champs-Jehin. Une jeune artiste, M™'^ d'Alba,
a représenté avec charme la douce Swanhilde ;
le farouche Gudleik était personnifié par
M. Lhérie.
En face des noms des artistes qui viennent
de créer les rôles à Monte-Carlo, sur la parti-
tion, un espace a été laissé en blanc, sorte de
pierre d'attente, pour ceux des chanteurs qui
les représenteront à Paris. Il appartient aux
directeurs de l'Opéra d'y inscrire à bref délai
une distribution digne de la valeur de l'œuvre.
Georges Servières.
MUSIQUE GRATUITE
i)'()iJXvEC cette intense compréhension des
■'^^y^ choses d'art qui distingue les assem-
~'i^ blées politiques, la Chambre des dé-
putés de France a voté, il y six mois, une loi
restrictive concernant les droits d'auteur. Il ne
semble pas, si l'on s'en rapporte aux procès-
verbaux, que le débat ait donné lieu à grandes
discussions ni frais d'éloquence ; la chose fut
vite bâclée. Les législateurs avaient reçu la
requête d'un nombre imposant de pétition-
naires, dont il fallait ménager les « voix ».
D'autre part, aucun député ne s'occupant per-
sonnellement d'une chose aussi futile que la
musique, cet « art d'agrément », il n'y avait
pas de raison d'hésiter, ni même d'étudier la
question sérieusement. Peut-être fut-il déclaré
au cours des débats que « la musique adoucit
les mœurs » , qu'elle constitue une distraction
•2të
LE GUIDE MUSÏCAL
saine, hygiénique pour le peuple; peut-être
d'autres axiomes aussi souverains, d'autres cli-
chés aussi dogmatiques furent-ils émis : il faut
l'espérer pour l'honneur de la tribune fran-
çaise ; toujours est-il que, le i8 juillet iSgS, la
Chambre vota la loi dont voici le texte :
(1 Les musiques des armées de terre et de
mer, les musiques des établissements scolaires,
les sociétés musicales autorisées, chorales ou
instrumentales, ne sont soumises ni à l'acquit-
tement des droits d'auteur et de compositeur,
ni à l'obligation d'une autorisation préalable,
pour les auditions en plein air ou à huis-clos
qui ne donnent lieu à aucune recette directe
ou indirecte. »
Cela a l'air d'un brave édit démocratique,
rendu pour satisfaire tout le monde, sans nuire
à personne; et, en réalité, c'est la porte ouverte
à bien des abus.
Cette loi passa inaperçue en son temps ; mais
au moment où elle va recevoir la ratification
du Sénat, les protestations surgissent.
Une commission d'examen fut constituée au
sein du Sénat français, et, devant cette commis-
sion, M. Victorien Sardou, au nom de la Société
des auteurs, est allé tout récemment combattre
la loi.
Très habile, la plaicloiiie de M. Sardou; nul
mieux que lui, qui s'est enrichi dans une sorte
d'industrie semi-artistique, ne pouvait présen-
ter la défense des intérêts menacés par la loi
nouvelle.
Mais nous sommes loin, tout en étant au
fond d'accord avec lui, d'approuver tous les
arguments qu'il fait valoir devant le Sénat.
Ainsi, M. Sardou, en bon avocat qui ne
néglige pas la note sentimentale, attire l'at-
tention du Sénat sur « d'humbles travailleurs
mal rétribués », sur « ceux de nos confrères (de
la Société des auteurs) n'ayant pour toutes res-
sources que le produit des morceaux de mu-
sique destinés à des sociétés chorales et instru-
mentales qui se préparent à les exécuter
gratuitement » .
Qu'est-ce à dire, Monsieur Sardou ? Il existe
donc des gens qui confectionnent délibérément
des machines pour les orphéons et fanfares sans
avoir même l'excuse cynique d'y gagner beau-
coup d'argent? Pour le plaisir, par vanité
alors ? Non, cette industrie ne supporte pas la
médiocrité, et il ne faut pas tâcher de nous
attendrir sur le sort des petits boutiquiers,
condamnés à être dévorés par les gros compo-
siteurs ! Ne nommons personne; laréclame ser-
virait trop bien le commerce de ces Messieurs.
On conçoit que, dans une société civilisée,
alors que tout est pour le mieux, comme on sait,
on conçoit qu'un compositeur vive dans la mé-
diocrité ou même meure traditionnellement de
faim, mais à condition qu'il se soit voué au grand
art. Quant à prétendre nous apitoyer sur le ma-
rasme des volontaires de la camelote, n'y comp-
tez guère. Jamais on ne nous démontrera la
nécessité ni l'utilité de la mauvaise musique.
L'agriculture manque de bras, jeune-maître !
M. Sardou nous a semblé, au contraire, dans
le vrai, quand il a fait prévoir les abus qui
résulteraient de l'adoption définitive de la nou-
velle loi. En effet, rien ne retiendra plus (ni droits
à payer ni autorisation préalable) le cabotinisme
naturel et incoercible de troupes et d'orchestres
d'amateurs; elles se permettront des exécutions
calomnieuses des chefs-d'œuvre sans qu'on
puisse les en empêcher. Du moment qu'il n'y
aura pas de recette, — c'est-à-dire que le recru-
tement des badauds en serait facilité, — et
que sera invoqué un prétexte d'amusement ou
de fête de charité (avec des collectes ou autres
moyens de tourner le sens de la loi), on ne
pourrait interdire les parodies les plus odieuses
des choses respectables.
Les cercles lyriques s'improviseraient, et l'on
finirait par voir des fancy fair se couronner
par la représentation de fafsifal (il est juste-
ment très à la mode, ces temps-ci).
Gardons les droits, et surtout l'autorisation
préalable.
Non pas tant pourla question d'argent, mais
par mesure prophylactique. M. R.
LE REQUIEM DE H. BERLIOZ
AUX CONCERTS-COLONXE
Si j'étais menacé de voir
brûler mon œuvre entière,
moins une partition, c'est pour
la Messe des Morts que je de-
manderais grâce.
H. Berlioz.
[ELLE est l'épigraphe que les éditeurs
de la Messe des Morts (i) ont inscrite
en tête de la partition. C'est dans une
lettre adressée le ii janvier 1867 à son meilleur
ami, Humbert Ferrand, que Berlioz accusait
ainsi sa préférence pour le Requiem et lui
(i) Brandus et C'", Maquet succès. io3, rue Riche-
lieu.
LE GUIDE MUSICAL
247
donnait la première place dans son œuvre. Si
l'on consulte non pas ses Mémoires, qui sont
souvent sujets à caution, mais sa Correspon-
dance intime, il est facile de constater que, dès
l'année i83i, en avril, étant à Florence, il
avait conçu le plan d'un oratorio colossal qu'il
voulait intituler le Dernier jour du monde.
Dans trois lettres écrites à Rome et datées des
3 juillet i83i, 8 janvier et 26 mars i832, il
s'étend longuement sur ce sujet et propose à
Humbert Ferrand d'en écrire le poème :
« Les hommes, parvenus au dernier degré
de corruption, se livreraient à toutes les infa-
mies ; une espèce d'Antéchrist les gouverne-
rait despotiquement... Un petit nombre de
justes, dirigés par un prophète, trancheraient au
milieu de cette dépravation générale. Le des-
pote les tourmenterait, enlèverait leurs vierges,
insulteraient à leurs croyances, ferait déchirer
leurs livres saints au milieu d'une orgie. Le
prophète viendrait lui reprocher ses crimes,
annoncerait la fin du monde et le dernier juge-
ment. Le despote irrité le ferait jeter en prison
et, se livrant de nouveau aux voluptés impies,
serait surpris au milieu d'une fête par les trom-
pettes terribles de la résurrection; les morts
sortant du tombeau, les vivants éperdus pous-
sant des cris d'épouvante, les mondes fracassés,
les anges tonnant dans les nuées formeraient
le finale de ce drame musical. Il faut, comme
vous pensez bien, employer des moyens entiè-
lement nouveaux. Outre les deux orchestres,
il y aurait quatre groupes d'instruments de
cuivre, placés aux quatre points cardinaux
du lieu de l'exécution. Les combinaisons
seraient toutes nouvelles, et mille propositions
impraticables avec les moyens ordinaires sur-
giraient, étincelantes, de cette masse d'harmo-
nie ».
Nous savons, par la lettre du s6 mars i832,
qu' Humbert Ferrand accueillit avec empresse-
ment le projet de Berlioz; mais nous ignorons
quelle réalisation lui fut donnée. Ce qu'il y a
de certain, c'est que le finale de l'opéra le Der-
nier jour du monde devint le Dies irœ et le
Tuba mirum du Requiem. Les mots que nous
avons soulignés dans le scénario de Berlioz
révèlent et précisent les moyens identiques
employés dans cette vigoureuse et terrifiante
page du Requiem. Seulement, elle devait être
la conclusion de l'opéra, alors que, dans l'œuvre
rehgieuse, elle se présente dès le second mor-
ceau et coupe, pour ainsi dire, la partition en
deux.
Quant à la composition du Requiem, elle
remonte à l'année 1837 (i), époque à laquelle
M. de Gasparin, ministre de l'intérieur, un
fervent de la musique, en fit la commande à
Berlioz (2) ; on devait l'exécuter le 28 juillet 1S37,
aux Invalides, pour célébrer l'anniversaire des
victimes de la révolution de i83o. Mais la
cérémonie eut lieu « sans musique » et Berlioz
aurait désespéré de voir son œuvre présentée
au public, si, grâce à la protection d'Alexandre
Dumas, elle n'eût été acceptée pour le service
funèbre du général Damrémont et des officiers
et soldats français morts à la prise de Constan-
tine. Le 5 décembre 1837, fut enfin entendue,
à l'église des Invalides, avec le plus vif succès,
cette page maîtresse de l'auteur de la Damna-
tion de Faust.
Sans nou s arrêter aux faits racontés dans les
Mémoires, qui ont trait aux difficultés suscitées
à Berlioz et visent surtout deux de ses collègues,
Chérubin! et Habeneck, il suffit de rechercher
la vérité dans sa Correspondance intime,
fidèle miroir de ses impressions du moment.
La somme à lui offerte pour mener à bien cet
immense travail était de quatre mille francs.
Son armée de musiciens s'élevait à quatre cent
cinquante. La poésie de l'œuvie l'enivre
tout d'abord ; mais, prenant bientôt le dessus
et dominant son sujet, il arrive à espérer que
sa partition sera « passablement grande (3) ».
Après l'exécution aux Invalides, le 5 dé-
cembre 1837, Berlioz constate l'effet poignant
produit sur la plupart des auditeurs ; la presse,
à l'exception du Constitutionnel, du National,
de la France, lui fut favorable. Ce succès l'a
popularisé ; il n'y a pas jusqu'au curé des Inva-
lides (!) qui, profondément ému, ne pleurait à
l'autel après la cérémonie et embrassait le
compositeur à la sacristie. L'épouvante pro-
duite par les cinq orchestres et les huit paires
de timbales accompagnant le Tuba mirum fut
indescriptible; un des choristes prit une attaque
(i) Lettre de Berlioz à Humbert Ferrand, ii avril 1837.
('!) u Le ministre de l'intérieur vient, par un arrêté en
date de mardi dernier, de charger Berlioz de la compo-
sition dun Rtquii-m, qui sera exécuté le 28 juillet 1837,
aux Invalides.» Gfl»«<!M!isîC(jZi: du dimanche 2 avril 1837.
(3) Lettre à Humbert Ferrand, 11 avril 1837.
248
LB aVIDL MUSICAL
de nerfs. Les lettres de félicitations affluèrent,
envoyées par Rubini, le marquis de Custine,
Legouvé, Mrae Victor Hugo, d'Ortigue, etc. (i).
Passant sous silence les exécutions fragmen-
taires du Requiem de Berlioz qui ont eu lieu
depuis cette époque, arrivons à celle que vient
de donner M. Ed. Colonne aux concerts du
Châtelet, le dimanche 4 mars 1894. Chaque
fois qu'une œuvre importante de Berlioz est
inscrite sur les programmes des Concerts-Co-
lonne, la foule accourt et remplit la salle du
Châtelet. Aussi l'habile chef d'orchestre a-t-il
donné souvent la Bamnation de Faust en
présence d'un public nombreux et passionné.
On est donc en droit de se demander pourquoi,
dimanche dernier, les auditeurs étaient beau-
coup plus rares que d'habitude. Le caractère
religieux et, par cela même, un peu uniforme
de l'œuvre est-il cause de cette abstention ou de
cette indifférence relative ? Nous ne chercherons
pas à récoudre la question ; nous nous conten-
terons de constater que les dilettanti, venus
pour entendre le Requiem, ont fait une véri-
table ovation à H. Berlioz et à E. Colonne. Le
Dies irœ et le Tuba mirum ont soulevé des
tempêtes d'applaudissements, et, à plusieurs
reprises, dans le cours de la séance, on a
réclamé le bis pour ces deux parties, qui s'en-
chaînent et soulèvent, par leur puissance dra-
matique, une poignante et terrifiante émotion.
Mais en dehors du Dies irœ et du Tuba
mirum, il existe dans le Requiem nombre de
pages dans lesquelles le maître de la Côte Saint-
André a trouvé des effets nouveaux et admira-
bles pour traduire musicalement cette grande
messe des Morts. On devine qu'il a cherché et
réussi à faire autre chose que ses illustres
devanciers, Mozart et Chérubini, par exemple.
Il a voulu surtout des contrastes saisissants, des
surprises, des écrasantes sonorités à côté de
tendres effusions. Voyez, dans la Kyrie, la
répétition sur une seule note et sans accompa-
gnement des mots Kyrie eleison, sorte de psal-
modie qui vient interrompre la phrase musicale,
— l'accentuation originale et prolongée sur les
mots Dies irœ, dies illa, etc.. (p. 22 et 23 de la
partition pour piano), — le trait précédant le
Tuba mirum et laissant pressentir l'explosion
des quatre orchestres de cuivre et des timbales.
[i] Lettre à Humbert Ferrand, 17 décembre 1S37.
qui semblent réveiller les morts au fond du sépul-
cre, — l'accalmie du Quid sum miser, avec les
jolies notes du hautbois, — les beaux effets pro-
duits par les réponses vigoureuses et brèves du
chœur à l'orchestre, au début du Rex tremeudœ
— la phrase si mélodieuse Qui salvandos sal-
uas gratis, ainsi que l'explosion superbe du
Salua me dans la même partie.
Dans le chœur sans accompagnement et exé-
cuté pianissimo, n'est-ce pas une véritable trou-
vaille que ce murmure sur une seule note :
Preces mœ, non sunt dignœ, etc., qui se fait
entendre pendant que les autres parties du
chœur se développent pour aboutir à une calme
et apaisante conclusion ?
Très curieux, ces accords hachés et mouve-
mentés de l'orchestre au commencement du
Lacrymosa, et non moins curieuse, comme op-
position, la phrase du plus pur stj'le italien
(p. 70), que n'aurait pas désavouée Verdi. Cette
page qui, d'après Berlioz, eut « un succès de
larmes », est peut-être moins belle encore que
^Offertoire (chœur des âmes du purgatoire),
dans lequel les voix font entendre d'une ma-
nière ininterrompue de courtes exclamations
sur les notes /a et si. Voilà une page qui appar-
tient bien en propre à Berlioz ! Non moins per-
sonnel le numéro 8 (Hosiias) ; le chœur répond
à découvert et très dramatiquement aux appels
combinés de huit trombones et de trois flûtes.
Le Sanctus est une page toute de charme.
Soutenu par les notes aiguës de la flûte et les
trémolos de l'orchestre, le ténor solo fait enten-
dre une courte mais divine mélodie , que reprend
le chœur. Au Châtelet, le solo a été dit admira-
blement par M. Warmbrodt. U Agi! US Dei, où
se retrouve le motif Te docet liymnus du pre-
mier chœur, se termine par un A men d'une
grande élévation et dans lequel les voix s'étei-
gnent graduellement. C'est l'heureuse et belle
conclusion d'une conception véritablement
grandiose .
L'orchestre, les chœurs, fort nombreux, ont
habilement manœuvré sous la direction de
M. E. Colonne. Hugues Imbert.
TRISTAN ET ISEULT, la légende, le drame et la
partition, par Maurice Kufferath. Paris, Fischbacher;
Bruxelles, Schott frères; Leipzig, Otto Junne. Pri.x :
5 francs.
LK GUIDE MUSICAL
249
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
^ -') la salle Erard, M. Breitner donnait,
i'\-' mercredi, la première audition du qua-
(^j:^ tuor (piano et cordes) de Richard
Strauss. C'est une œuvre d'une grande beauté,
d'un accent passionné. Beaucoup de fougue,
un souffle soutenu. Se rattachant juste assez
à la tradition pour rester pleinement musi-
cale.
La facture en est légère, élégante, sans en-
combrement scolastique. Il nous a paru
presque singulier que l'on puisse faire de telle
musique, à l'accent personnel, sans avoir re-
cours à nulle complication byzantine. S'il fallait
cataloguer absolument l'œuvre de M. Strauss,
on la r-angerait plutôt dans le genre de la mu-
sique de Saint-Saëns, mais plus substantielle.
Dans l'andante, nous avons noté une phrase
rêveuse, d'une mélodie simple et superbe ; la
facilité des modulations et la continuité de l'in-
térêt nous ont également frappé. Cette œuvre
est empreinte d'une heureuse vitalité.
Le jeu de M. Breitner est celui d'un quartet-
tiste sérieux, sans maniéré de pianiste virtuose ;
son phrasé est clair, mais parfois nerveux jus-
qu'à la sécheresse. Ses partenaires, M""^ Breit-
ner (violon), MM. Bailly (alto) et Van Goens
(violoncelle), ont contribué à la bonne exécu-
tion, quoique la grande salle Erard, haute et
longue, ne convienne pas trop à la musique de
chambre.
Le même soir, ô ubiquité nécessaire, assisté
à la moitié du dix-septième concert d'Harcourt
et entendu l'hymne pour orgue et orchestre
d'archets de M. E. Bernard. Nous n'y avons
pas trouvé le caractère religieux que le titre
permettait d'attendre ; néanmoins, c'est une
composition de bon aloi, dont les premiers dé-
veloppements, assez confus, font place à un
épisode de quatuor solo avec orgue d'un beau
sentiment; puis, le premier thème est repris en
mesure plus élargie.
U Amour de Myrto de M. Le Borne est un
petit poème en cinq chants. C'est menu, menu,
des mièvreries, des inventions sans invention.
Parfois une phrase alanguie, genre Delibes,
mais plutôt une suite de récits qui voudraient
se hausser jusqu'à l'accent Ij'rique en n'étant
que déclamatoires. Manque aussi un lien entre
tous ces bouts de phrases sans idée. Et, dans
l'orchestre, on retrouve toute la pauvreté du
piano, pour lequel l'accompagnement semble
avoir été écrit. Le timbre et le caractère des
instruments sont diminués par ces accords pla-
qués transcrits après coup.
Mme Proska a chanté le poème de M. Le
Borne d'une voix bien timbrée et agréable,
malgré certaines notes gutturales ; elle a dit
ensuite un fragment, combien vieillot, de
Psyché d'A. Thomas et ces méchants couplets
de Rubinstein, le Rêve du prisonnier.
M"'2 Depecker a joué les Novelettes deSchu-
mann dans une allure un peu fiévreuse, d'un
son neutre, et un rondo, d'une niaiserie remar-
quable, de Field. Une sérénade de M. Bache-
let, un joli morceau de genre, encore gauche
de facture, contient un allègre thème de flûte
un peu parent de la cavatine de Rosine du
Barbier.
Dans la première partie du concert, on avait
exécuté des œuvres de M. Duvernoy. M. R.
La séance consacrée entièrement aux œuvres
de J. Brahms et donnée à la salle Erard par
M. A. Parent a été des plus intéressantes. On
a entendu le Quatuor à cordes en ut mineur
(op. 5i), les Valses chantées à quatre voix, la
Sonate en mi mineur (op. 38) pour piano et
violoncelle, les Variations pour piano sur un
thème de Paganini, et enfin le Trio en ut
mineur (op. loi) pour piano, violon et violon-
celle, toutes pages de premier ordre. Nos com-
pliments aux artistes qui ont prêté leur concours
à M. Parent : M^^ Mary Ledent, MM. Ron-
deau, Chais, Blitz,Sailler, Queeckers et Baretti.
L'œuvre de Johannès Brahms est encore peu
connu en France ; l'acclimatation sera aussi
longue que celle des compositions de Robert
Schumann. C'est que la foule ne va pas tout
d'abord à ceux qui, difiérant de leurs devan-
ciers, ont une note absolument personnelle. Il
n'est réservé qu'à un petit nombre d'initiés de
s enthousiasmer, dès le début, et de devenir,
pour ainsi dire, les pionniers de l'œuvre.
Aussi doit-on une vive reconnaissance à ceux
250
LE GUIDE MUSICAL
qui ont été des vulgarisateurs zélés ; à la Société
l'Eutei'pe qui, après Pasdeloup, a été la pre-
mière à faire entendre le merveilleux Requiem
allemand ; au Conservatoire qui nous a donné
deux belles symphonies du maître ; aux artistes
qui ont déjà exécuté quelques-unes de ses belles
compositions pour piano, cordes ou voix.
Parmi ces derniers, M. Armand Parent a été
le premier à donner des séances exclusivement
consacrées aux œuvres de Johannès Brahms.
C'est ainsi qu'ont déjà été exécutés à ses con-
certs de la salle Erard : les trois Sonates pour
piano et violon, deux Sonates pour piano et
violoncelle (i^^ audition de la 2^ Sonate), deux
Onatuors à cordes, deux OuattLors pour piano
et cordes, le Quintette avec clarinette (ir<= audi-
tion), le Trio avec clarinette {v<^ audition), le
Trio en wi mineur et une vingtaine de Lieder
chantés par Mm'îs E. et Mathilde Colonne, Mary
Ledent, M"» Marcella Pregi et MM. Engel et
Dimitri.
On annonce, pour le mois d'avril prochain,
une séance des œuvres de Brahms qui sera don-
née au Théâtre d'Application par M^^ Olga
Vulliet, élève de Flans de Bulow. H. I.
•f
Plus d'un s'est étonné qu'au concert d'or-
chestre donné salle Pleyel par la Société
nationale, deux des sept numéros du pro-
gramme aient été réservés à des compositeurs
étrangers. J'avoue que mon patriotisme ne s'en
émeut pas autrement. J'estime même que c'est
encore faire œuvre nationale que de faciliter
aux musiciens de France la connaissance pro-
fitable de certaines productions exotiques. Le
Carnaval à Paris de J. Svendsen avait été
exécuté, il y a bien longtemps, chez Pasde-
loup : combien s'en souviennent? C'est une
œuvre de très curieuse instrumentation et de
piquants développements rapsodiques écha-
faudée sur des thèmes d'ailleurs assez vulgaires,
à l'exception toutefois de la phrase charmante
du quatre temps, dont la rêverie évoque quel-
<;[ue lointain paysage Scandinave, au milieu de
la turbulence parisienne.
La troisième symphonie de Borodine, elle,
n'a figuré sur aucun programme de Paris :
Glazounovi' l'a achevée et in.strumeritée. Le
premier morceau joué à la Société nationale
est d'une charmante allure populaire. Il est
fortement marqué au coin de la jeune Russie ;
thèmes originaux, haimonies imprévues,
rythmes distingués. A ces deux œuvres nor-
végienne et russe, le public a fait bon accueil :
il s'est montré, il faut bien le dire, beaucoup
plus réservé à l'endroit des partitions fran-
çaises. Pourtant bien qu'aucune de celles qu'il
nous fut donné d'entendre ne soit parfaite, il
n'en est point non plus qui soit absolument
dénuée de qualités.
Dans les deux petits morceaux de M. Ber-
gon, il faut louer la finesse du détail ; dans la
musique de scène écrite par M. Paul Vidal
pour les Mystères d'Eleusis de M. Bouchor,
de jolies sonorités d'orgue en même temps
qu'une intéressante restitution des modes du
plain-chant ; dans la Légende roumaine de
M. L. Lambert, une instrumentation claire et
bien sonnante. Le concerto symphonique de
M. G. Sarreau a le tort d'être extrêmement
long, d'une longueur à la fois matérielle et
intellectuelle. M. Pierret a défendu la partie de
piano de façon assez médiocre. Certaines
bonnes intentions de l'auteur disparaissent
dans un délayage d'assez mauvaise pâte
orchestrale, et l'œuvre, en général, est d'un
sentiment peu élevé.
Il faut mentionner spécialement le morceau
symphonique de M. Savard ; musique en dehors
de toute banalité, d'une émotion très sincère,
d'une facture très sûre ; le quatuor est remar-
quablement écrit. Il y a toutefois à reprocher à
cette page d'être plus dramatique que s3"mpho-
lique : elle se présente à nous comme œuvre
de musique pure, et ce n'est cependant pas de
la musique pure : on sent qu'elle doit être
soumise à des préoccupations extérieures, lit-
téraires ou autres. M. Savard est un artiste
de haute valeur, et je sais telles œuvres de lui
qui sont absolument remarquables. Ne se trou-
\era-t-il jias un directeur de concert assez
avisé pour révéler au public parisien sa S3'm-
phonie que je tiens pour une composition de
premier ordre ? Il fut pourtant prix de Rome,
Savard, et il devrait avoir droit tout au moins
aux exécutions officielles. Il est vrai que le rap-
porteur de l'Inctitut trouva sa musique cre-
vante... Il y a peut-être là un critérium du
contraire... J- G. R.
1=
M"'^ Louise Murer ne s'était pas présentée
en public depuis quelques années. Le concert
qu'elle a donné à la salle Erard le 6 mars, avec
le concours de M"'; Viteau-Paul, et de MM.
Lefort, Tracol, Gianini, Casella, Teste et de
Bailly, a prouvé que son talent s'était encore
perfectionné. Elle a exécuté avec une sûreté,
une grande simplicité de moyens et avec
charme des pages exquises de Chopin, "Weber,
E. Grieg, Grûndfeld, etc.
LE GUIDE MUSICAL
251
Tous nos compliments à la vaillante artiste
qui, bien que souffrante, a lutté contre le mal
avec succès et que son auditoire a rappelée.
A la même séance, bonne exécution du qua-
tuor pour piano et cordes de R. Schumann et
du septuor de Saint-Saëns. ^1""= Viteau-Paul
a chanté avec goût l'air de la Damnation de
Faust, avec accompagnement d'alto par M.Gia-
nini, et deux merveilleux LzVt^er de Schumann :
Mes yeux pleuraient en rêve et A ma fiancée.
Matinée intéressante chez M™'^' Ed. Colonne,
le mardi 6 mars. On a pu juger l'excellence de
sa méthode en voj-ant les progrès réalisés par
ses élèves. Citons rapidement les voix qui ont
été jugées les plus remarquables: M"'=s Roland,
dans l'air du livre à'Hamlet, - - Marguerite
Mathieu dans : Aria di Caméra de Hasse, —
l\Ime Deltelbach, qui a vocalisé délicieusement
dans l'air de Mysoli de la Perle du Brésil
(F. David), — M'i'îs Thérèse Sachs, Fredricksen,
une Norvégienne qui promet, Esther Sidner,
]\]mes Jeanne Brassi, Lucie Bonvoisin. Charles
Max, etc.
Grand succès pour M"'= Marcella Pregi, si
appréciée maintenant aux concerts Colonne,
pour M. HoUmann, violoncelliste. Et nous
nous garderions d'oublier M'"'^ Mathilde Co-
lonne, qui prêtait son concours à cette séance
et M™'^ Edouard Colonne qui a dirigé, en véri-
table chef d'orchestre, le Pardon breton, chœur
de M"'^ Chaminade.
Dès que Thaïs, l'opéra de M. jMassenet,
aura \u la rampe, la direction de l'Opéra s'oc-
cupera de monter la Djelina, œuvre de
M. Charles Lefebvre.
Aux offices de la semaine sainte, les Chan-
teurs de Saint-Gervais exécuteront un grand
nombre des plus beaux morceaux de musique
sacrée, parmi lesquels la Ai^esse du pape Marcel
et le Stabat Mater de Palestrina.
Le recueil complet des œuvres chantées pen-
dant la semaine sainte se vend dix francs, rue
François-Miron, 2.
Au Théâtre d'Application, VOiscau bleu,
fantaisie poétique en deux actes, par M™^ Ar-
naud, musique de scène de M. Arthur Co-
quard, a obtenu un vif succès. La partition-
nette de M. Coquard pour petit orchestre et
piano, se compose de plusieuis morceaux
courts, d'un charme discret, d'un sentiment
poétiques bien en situation. Une Pileuse, une
Sérénade ont plu particulièrement. M. R.
Le public de l'Opéra a fait grand succès à
M. Noté, qui a remplacé pendant quelques
jours M. Renaud, indisposé. La presse lui a
fait également le meilleur accueil, et va jusqu'à
le comparer à Lassalle.
Les Concerts d'orgues et orchestre du Tro-
cadéro, fondés et dirigés par M. Alexandre
Guilmant, auront lieu, cette année, les jeudis
29 mars, 5, 12 et 19 avril, à deux heures et
demie très précises. M.Gabriel Marie conduira
l'orchestre, et des artistes éminents apporteront
le concours de leur talent à la partie vocale et
instrumentale.
Parmi les œuvres qui seront exécutées, figure-
ront deux cantates de J. S. Bach pour soli,
chœur, orchestre et orgue, avec le concours des
Chanteurs de Saint-Gervais, dirigés par leur
chef M. Ch. Bordes.
BRUXELLES
Tristan et Iseult, qu'on devait nous donner,
au théâtre de la Monnaie, à la fin de février,
ne passera pas avant la semaine sainte. On
l'annonce pour le 19 mars, mais sera-t-il prêt ?
That is the question ! En tous cas, M. Edouard
Lassen n'assistera pas aux dernières répéti-
tions. Il est reparti vendredi... après avoir laissé
à M. Flon les mouvements de la partition.
Pourvu que celui-ci n'aille pas les égarer,
comme avait fait naguère avec les mouvements
de Salammbô le grand chef d'orchestre décou-
vert par MM. Stoumon et Calabresi, et qui
dirigeait si bien l'ouverture du Pardon de
Ploërmel : nous avons nommé M. Barwolff.
M. Lassen n'a pu donner, d'ailleurs, aux
artistes que des indications très sommaires sur
l'interprétation de leurs rôles, et c'est M. Stou-
mon, assisté de M. Flon, qui va maintenant
expliquer à M. Cossira et à M"': Tanésy
l'esthétique du drame vvagnérien. M. Calabresi
se r«cuse en ces matières, en quoi il donne
une preuve de bon goût et de tact. Il ne
connaît, dit-il, que le vieux répertoire et ne
veut pas se mêler du nouveau, auquel il avoue
qu'il ne comprend rien. Si bien que, pendant
les répétitions, il se borne à bailler et à
caresser son petit chien. C'est ainsi que tout le
poids de la mise en scène va retomber sur
252
LE GUIDE MUSICAL
M. Oscar Stoumon. Les habitués du théâtre
de la Monnaie ont eu trop souvent, dans ces
derniers temps, l'occasion d'apprécier la com-
pétence particulière, la nouveauté de vues, la
hardiesse d'invention de l'auteur de Far/alla
dans cette spécialité, pour qu'il soit superflu de
les rassurer quant à la qualité de l'exécution
du Tristan qu'on nous prépare. Elle sera
digne en tous points du théâtre de la Monnaie.
Un détail à ajouter : M. Lassen n'a pas été
satisfait des coupures pratiquées dans la parti-
tion par MM. Stoumon et Calabresi. Il a fait
rétablir quelques-unes des pages qui avaient
été supprimées à la demande de M. Cossira.
Seulement, il les a remplacées par d'autres cou-
pures. Cela fera compensation. M. K.
M"e« Louise et Jeanne Douste de Fortis ont
donnélundi soir, en la salle Ravenstein, une soi-
rée musicale que y['°<^ la comtesse de Flandre et
les princesses, ses filles, ont honorée de leur
piésence.
On connaît de longue date à Bruxelles ces
charmantes artistes que l'on y entendit naguère
tout enfants et déjà remarquables par leur vir-
tuosité pianistique. Le grand intérêt de cette
audition a été la révélation des talents de canta-
trice de la plus jeune des deux sœurs, M"« Jeanne
Douste. Il n'y a guère plus d'une année qu'elle
travaille le chant, et déjà elle se présente en
vocaliste sûre de ses effets et maîtresse de son
nouvel instrument. La voix est jolie, bien tim-
brée ; elle a une délicatesse très séduisante dans
la demi-teinte et de l'éclat dans la force ; avec
cela, une diction d'une clarté et d'une netteté
admirables, enlîn et par dessus tout un senti-
ment et une sûreté musicales assez exception-
nels chez les cantatrices.
L'auditoire très selcct a fait à la jeune débu-
tante un accueil extrêmement chaleureux et
plus qu'encourageant.
Le plus étonnant est que M"" Jeanne Douste
n'en continue pas moins déjouer du piano ; à la
lin de la séance, elle s'est mise au clavier et elle
a joué avec sa sœur différentes pièces à quatre
mains, entre autres les Feux follets de Pessard,
et le Caprice espagnol, de Rubinstein, enlevés
avec une verve mutine et un entrain plein de
crânerie juvénile.
De son côté, M^i^ Louise Douste a joué en
excellente musicienne, sûre à la fois de sa tech-
nique et de son style, un choix abondant de
pièces variées : Schumann, Marmontel, Scar-
latti, etc., qui ont une fois de plus mis en relief
la distinction de son jeu.
Entre ces divers numéros de musique, M. du
Chastain a déclamé avec feu et émotion un cha-
pelet de petites pièces de Verlaine et le Lion
de Leconte de l'Isle. Il n'est pas sans intérêt
de constater que c'est avec M. du Chastain,
élève de Bressant, que M^^^ Jeanne Douste a
fait ses études de diction. M. K.
Par suite d'une indisposition d'un membre
du quatuor Ysaye, le concert qui devait avoir
lieu hier samedi, à la libre Esthétique, est remis
à vendredi prochain i6 mars, à deux heures.
Le programme se composera de : Quatuor à
cordes de César Franck (redemandé). Sara-
bande, Gigue, et Chaconne en ré mineur pour
violon seul de J. S. Bach, et XI V° quatuor ds
Beethoven.
Vendredi i6 mars, à 8 1/2 heures précise.":, à
la Salle Ravenstein, rue Ravenstein, concert
par le pianiste Arthur Van Dooren. Sur le pro-
gramme, figure du Beethoven, Mendelssohn,
Schumann, Raff, Chopin, Liszt, Zarembski, etc.
CORRESPONDANCES
ANVERS. — La quatrième et dernière
séance de musique de chambre, organisée
par M. Joseph Mariën, a eu lieu lundi, avec le
concours de M""" Falk-Mehlig.
Nous 3" avons entendu le célèbre septuor de
Beethoven. L'exécution de cette œuvre mélodique
et d'une haîcheur exquise eût été parfaite, si des
entrées douteuses du cor n'étaient venues troubler
la sérénité de l'ensemble.
M. Mariën a exécuté ensuite, avec M"^ Falk. la
deuxième sonate de Rubinstein. Le premier
allegro et le scherzo en sont les parties les plus
saillantes. La musique de Rubinstein est incontes-
tablement bonne, mais on y sent souvent la
recherche d'effets spéciaux plus favorables nu
succès des exécutants qu'au développement nutu
rel des thèmes. L'œuvre a été bien rendue.
Le septuor de Hummel terminait la séance
y[mc palk n'aurait pu faire un plus heureux choix,
car son jeu perlé et brillant était bien fait pour
faire ressortir l'intéressante partie de piano.
L'artiste touchait un admirable piano Bluthner,
dont l'exquise sonorité se fondait merveilleuse-
ment avec les instruments.
Au Théâtre- Flamand, l'opéra a momentanément
cédé la place au drame lyrique, pour favoriser les
représentations de Mélusine. La nouvelle œuvre de
E. Wambach obtient du succès, et c'est justice;
le compositeur y révèle un véritable tempéra-
LE GUIDE MUSICAL
253
ment de symphoniste. L"ouverture, par exemple,
est une page délicieuse. Par contre, nous ne trou-
vons pas les chœurs aussi réussis, si nous en
exceptons le finale du troisième acte, très mouve-
menté. Nous avons entendu émettre l'opinion que
M. Wambach eût mieux fait d'écrire un opéra.
Nous ne partageons point cette opinion; bien au
contraire ; le tempérament du compositeur devait
plutôt le porter à traiter le drame lyrique d'une
façon purement symphonique.
Mardi prochain, représentation extraordinaire
au bénéfice de M. H. Fontaine, le zélé directeur
de l'Opéra-Flamand. On jouera le Vnisseau-Fnn-
iôme et le premier acte du Freischûlj.
Au Théâtre-Royal, rien de nouveau Lj' Ami Frits
n'y obtient qu'un succès modéré.
Nous croyons pouvoir affirmer que M. Lafon
nous réserve une surprise. On nous ferait entendre,
dans le courant du mois, un petit opéra comique,
Folie d'amour, tiré des Folies amoureuses de
Regnard et dont M"» la baronne de Fontmagne a
écrit la musique. On dit beaucoup de bien de cette
partition de M""" de Fontmagne, qui a encore écrit,
en collaboration avec Armand Silvestre, un opéra
en trois actes intitulé Biauca Torelli A. W.
AMSTERDAM. — La Damnation de Faust
de Berlioz va faire le tour des Pays-Bas.
Exécutée d'abord à Leyde, sous la direction
de M. De Lange, cet ouvrage est à l'étude à La
Haye, sous la direction de M. K^es, et annoncé,
pour le 2 mars, à Amsterdam, au concert d'Excel-
sior, dirigé par M. Viotta. Nous rendrons compte
de cette audition dans notre prochaine lettre.
Aux Concerts philharmoniques, nous avons en-
tendu quatre solistes ; le chanteur Zur Mûhlen,
un ténor de Berlin déjà d'un âge mùr, mais doué
d'une jolie voix, et qui a même obtenu un succès
exceptionnel. Excellente diction, bonne école,
disant bien, il a chanté un air de Lakmé de Delibes,
l'Hidalgo de Schumann, une mélodie de Tosli et,
en français, avec une bonne prononciation pour un
Allemand, Au boiserais de LuUy et une pastorale,
dans le style ancien, d'un auteur français inconnu.
Encore une pianiste, M"= Jakienawsky, une pia-
niste russe, élève de Rubinstein, qui ne manque
f pas d'un certain talent, sans égaler à beaucoup
■J près M"'' Ivleeberg, que nous venions d'applaudir;
■; puis, une jeune violoniste de Francfort, M"'' Rode,
I une élève dans toute l'acception du mot, et un
j organiste de Rotterdam, M. van 't Veruys, auquel
ii nous préférons grandement les organistes néer-
\ landais De Lange et Tierie.
Ensuite, M. Rœntgen, qui se prodigue cet hiver
comme pianiste, nous a donné une audition entiè-
rement consacrée à ses compositions, au Concert-
gebouw, avec l'orchestre de M. Kes, le concours
, des chœurs de la Société pour l'encouragement de
l'art musical, de notre éminent chanteur Mes-
schaert et du violoncelliste Bosmans. M. Rœntgen
nous a prouvé une fois de plus qu'il est un érudit,
un travailleur sérieux, qui a tout appris; comme
science, comme travail polyphonique, comme
forme, ses ouvrages ne méritent que des éloges
sincères ; mais, comme inspiration, comme intérêt,
comme originalité, ils sont loin d'avoir les mêmes
qualités, sont d'une longueur excessive, d'une
grande monotonie de composition et finissent par
fatiguer l'auditoire, sans l'enthousiasmer. J'en
exempte les Amoureuse Liedekens, que Messchaert
a dits à ravir et dont un surtout est charmant.
Nous avons eu aussi le septième des concerts
Beethoven avec le triple concerto pour piano,
violon et violoncelle, un des ouvrages les plus
faibles du maître immortel, médiocrement joué par
MM. Rœntgen, Kramer et Mossel, la septième
symphonie et l'ouverture de Fidclio supérieure-
ment exécutées. Il y a eu aussi une soirée intéres-
sante pour l'audition des élèves du Conservatoire
de la Société pour l'encouragement de l'art mu-
sical, séance qui a prouvé que cette école de
musique compte un très grand nombre d'élèves,
parmi lesquels ; plusieurs promettent beaucoup
et nous ont démontré que l'instruction est en
de très bonnes mains et confiée à d'excellents pro-
fesseurs. L'enseignement vocal est peut-être celui
qui nous a semblé laisser le plus à désirer; mais,
dans tous les pays du monde, les professeurs de
chant de premier ordre sont des merles blancs.
Depuis près de deux mois déjà, Amsterdam est
privé des représentations de l'Opéra-Français de
La Haye, et l'on ignore les motifs qui ont amené
M. Mertens à bouder la capitale. A La Haye, le
Théâtre-Français est fort suivi, M. Mertens s'y
acclimate de plus en plus comme directeur, et la
Reine régente a pris la bonne habitude d'assister
d:: temps en temps aux représentations françaises,
ce qui amène toujours une salle boudée.
A Utrecht, le bel orchestre de M. Hutschen-
ruyter a exécuté, à l'un des derniers concerts sym-
phoniques. Pensée de minuit, de M de Hartog, notre
correspondant ordinaire, en voyage depuis plu-
sieurs mois. On dit que nous aurons ici, au mois
d'avril, un concert russe, dirigé par M. Léopold
Auer, le célèbre violoniste, professeur au Conser-
vatoire impérial et directeur des Concerts sym-
phoniques à Saint-Pétersbourg.
Au dernier concert de la Société Excelsior
donné dans la salle du théâtre du Parc, M. Viotta
nous a donné une exécution superbe de la Damna-
tion de Faust. L'orchestre et les chœurs se sont
surpassés, et les solistes, M"» Léonie Wilson,
d'Amsterdam, et surtout MM. Auguez, de Paris, et
Demest, de Bruxelles, ont obtenu un très grand
succès. La sérénade de Méphisto et la danse des
Sylphes ont été bissées.
M"'- Leisinger de l'Opéra-Impérial de Berlin,
qui devait chanter à un de nos prochains concerts
philharmoniques, et dont l'apparition avait pris
les proportions d'un événement, n'a pu obtenir
l'autorisation de s'absenter en ce moment.
Intérim.
254
LE GUIDE MUSICAL
BERLIN. — Je vous avais annoncé une
exécution des Béaiitudes de César Franck, à
la Singacademie. pour le 2 mars. Elle n'a pu avoir
lieu, M. Hollffinder, le chef d'orchestre, s'étant
cassé la jambe, la semaine dernière.
Aux concerts populaires philharmoniques, nous
avons eu une e.xécution de la ballade Sangersfluch
de Bulow. Le 12, le SternscheGesang-Verein don-
nera son FîincraJi.
On nous avait promis sonNinoaiia pour le pro
chain concert philharmonique ; il vient d'être rayé
du programme, on ne sait pas trop pourquoi.
Le pianiste Eugène d'Albert a donné, vendredi,
à la Philharmonie, un « Populaire-Clavier Abend »,
devant une salle comble, mais très froide. Le pro-
gramme éclectique comprenait du Bach, Beetho-
ven, Schiimann, Raff, Chopin et Liszt. Les
auteurs romantiques trouvent en d'Albert un fidèle
interprète de leurs œuvres ; la grande fantaisie
(dédiée à Liszt) de Schumann n'eût pu mieux être
exécutée. Nous n'avons pas compris l'intérêt que
pouvait offrir la gigue avec variations (op. 71) de
Raff, de la musique sèche, froide, en somme peu
digne du talent du pianiste. Chez les classiques,
nous trouvons d'Albert ein wenig frei. Ainsi, dans
la grande sonate en la bémol (op. 110) de Beetho-
ven, le mouvement de la fugue était parfois tro[i
précipité; dans l'intermezzo en fa mineur, les
nuances exagérées. La première partie a été la
mieux réussie. Le récital s'ouvrait par la grande
fugue en ré pour orgue, que d'Albert a transcrite
pour piano et magistralement jouée.
Pour une raison quelconque, M. Schuch n'a pu
diriger l'avant-dernier concert philharmonique.
M. Mansleadt, le chef d'orchestre des concerts
populaires, l'a remplacé. Les solistes étaient
M Halir, qui a donné la Symphonie espagnole pour
violon et orchestre de Lalo, et Mm" Camil, de
Dresde, qui a chanté un air de V Enlèvement au sérail.
La Symphonie dramaUqtte de l'auteur de la Musique
et ses représentants (ou la réponse dissimulée d'un
des nombreux juifs offensés au Judaïsme dans la mu-
sique de R. 'Wagner) était aussi au programme,
ainsi que l'ouverture de Léonore n° II de Beethoven,
rarement exécutée.
A propos de la Musique et ses représentants, nous
savons que, depuis la publication de ce livre,
Hans de Bulow ne supportait plus d'entendre,
en sa présence, prononcer le nom de Rubinstein.
C est celui-ci qui l'a lui-même raconté dernière-
ment chez Ambroise Thomas.
Pour le dernier concert philharmonique, on
nous annonce une exécution de la Neuvième Sym-
phonie de Beethoven.
Mardi dernier a eu lieu, à l'Opéra, la première
représentation, en langue allemande, du F«&i'(7/^'de
■Verdi. L'œuvre, fort bien interprétée, a eu un
grand succès. E. B.
DRESDK. — Les étrangers en séjour ici
pendant tout l'hiver ont vainement attendu
un Wagner-Cyclus; depuis septembre, il n'en a
pas été donné. Jeudi dernier, nous avons eu une
très belle audition de Siegfried, où le ténor Anthes
s'est vaillamment soutenu ; pour samedi prochain,
l'affiche porte la Walkyrie. Mais on annonce que
notre Brunnhilde entreprendra en mars une tour-
née de concerts à Posen, Dantzig, Kônigsberg, etc.;
d'un autre côté, à l'époque de Pâques, commencent
les départs; il sera donc regrettable que la meil-
leure partie de la saison se soit passée à Dresde
sans Tétralogie.
Après un long intervalle, on a repris Herrat de
Draeseke, cette fois avec le ballet du troisième
acte, qui n'avait jamais été exécuté. L'impression a
été très bonne : c'est une note pittoresque et ori-
ginale dans un ensemble d'une austérité musicale
parfois extrême. M'"^ Reuther, une prima donna
autrefois très appréciée, prend sa retraite. Tout en
approuvant sa décision, on ne doit pas oublier
qu'elle a rendu au théâtre de Dresde d'importants
services. Alton.
G AND. — Le premier concert d'abonnement
du Conservatoire a été donné le samedi
3 mars dernier, avec le concours de M™° Soetens-
Flament, cantatrice, et de l'éminent violoncelliste
Joseph Jacob.
L'ouverture de Fidelio ouvrait le programme.
L'exécution n'a pas été parfaite, tant s'en faut. Il
nous semble que l'orchestre laisse beaucoup trop
transparaître la manière dont les pages qu'il inter-
prète ont été étudiées. L'auditeur a l'impression
assez curieuse d'entendre pour ainsi dire im à un,
nettement séparés, les divers passages, les diffé-
rentes parties de l'œuvre, et l'impression générale
manque. Au surplus, l'ensemble est confus e( l'on
ne perçoit pas nettement les détails : le dessin des
violons est tout à fait noyé, la plupart du temps.
Est-ce la faute de l'affreux boyau pompeusement
dénommé « Salle d'auditions? » Nous aimons à le
croire, sachant le soin avec lequel M. Samuel fait
étudier et répéter son orchestre. Pourtant nous
avons entendu un passage de l'ouverture, marqué
piano dans la partition, exécuté pour ainsi dire
forte.
L'andante et menuet de la Sérénade n" 11 de
Mozart, en revanche, a été fort adroitement enlevé
par MM. Lebert, Vander Gracht, Deprez, Blaes
et leurs élèves Cette page difficile et charmante a
beaucoup plu au public.
Nous ne voulons pas refaire ici un nouvel éloge
des qualités d'exécution et de virtuosité de M. Ja-
cob ; le son est pur, la technique parfaite, le sens
des nuances absolu : l'interprétation du concerto
de Saint-.Saëns t en tous points été satisfaisante.
Grands éloges à faire aussi d'une suite de sa com-
position dont M. Jacob nous a fait entendre plu-
sieurs fragments, mention spéciale pour une Ronde
LE GUIDE MUSICAL
255
liégeoise, très habilement bâtie sur le motif d'une
chanson populaire entre toutes en Wallonie.
Deux productions de Peter Benoit terminaient
l'audition. M""' Soetens-Flament, avec la superbe
voix de contralto qu'on lui connaît, a dit d'irrépro-
chable façon, sous la direction du maestro en per-
sonne, le poème Joncfrou Katelijiie, dont l'accom-
pagnement à dessein fruste et farouche, encore
qu'écrasant un peu trop la voix, témoigne d'une
science symphonique remarquable.
Enfin la cantate pour voix d'enfants De Wereld
in, une œuvre à la fois forte, délicate et gracieuse,
aobtenule plus vif succès. Ladirection du Conser-
vatoire a décidé de donner, le jeudi i5 mars, à la
demande générale, une seconde audition de ce
concert,
Parmi le public qui applaudissait Peter Benoit,
nous avons remarque M. Gev.iert et M. DeGeyter,
le librettiste des deux œuvres de Benoit figurant
au programme.
— Le pianiste Litta s'est fait entendre, le mer-
credi 7 mars, au Cercle artisticiue et littéraire,
devant une salle nombreuse et enthousiaste. Si-
gnalons hors de pair l'interprétation de plusieurs
éludes de Chopin, de la sonate op. S7 de Beetho-
ven, et de la sonate n" 4 de Haydn.
— Au théâtre, ces jours derniers, les bénéfices
de M"" Dargissonne.fortechanteuse, MM.Vaulier,
baryton d'opéra comique, Bonijoly, ténor léger,
et Peloga, basse-chantante. Les Gantois ont fait
fête à ces artistes consciencieux et aimés.
Werthci',hien su et monté avec soin, est vivement
goûté par le public. Lohengrin sera donné lundi
prochain : les répétitions marchent très bien, pa-
rait-il, et tout permet d'espérer une bonne inter-
prétation pour l'œuvre de Wagner, que Ton n'a
plus entendue, à Gand, depuis plusieurs années.
Idoméiiée, tragédie Ij'rique en deux actes et trois
tableaux, poème de C. Verhé, musique de Paul
d'Acosta, a été joué ici pour la première fois, au
Grand-Théâtre, mercredi dernier 7 mars.
Au point de vue dramatique, l'œuvre manque
d'action. Le poème, du reste, avait été fait pour le
dernier concours triennal de cantates organisé par
l'Académie de Belgique, et l'auteur l'a peu
remanié.
Le sujet est très simple : Idoménèe, roi de Crète,
:ait voile vers son royaume, après la fin du siège
le Troie. Une tempête l'assaille. Pour fléchir le
ourroux des dieux, il promet de leur immoler le
romier être vivant qui se présentera à sa vue, à
"u débarquement en Crète. La première rencim-
iv lu'il fait est celle d'Idamante, son fils : dans le
'OLiiie, Idoménèe se tue pour satisfaire le vœu
ait à Neptune. Dans la fable, il aurait, au con-
1 !!''■• accompli l'odieux sacrifice, et ses sujets
.'.iraient banni dans la suite.
-\u point de vue scénique, une grosse mala-
ii' Sie : au deuxième acte, un oracle annonce au
"■.iple Cretois que son roi est sauvé et va bientôt
lUi i;idre sou rovaume. Le bon peuple, aussitôt de
t' rejouir. Seuls, le fils du roi, Idaniante et sa
fiancée, Erixène, n'assistent pas à la fête ! Ils ne
paraissent qu'au moment de l'arrivée d'IdoménLC.
Sauf cette petite restriction, le poème est habi-
lement agencé et la forme satisfaisante.
Au point de vue musical, l'œuvre est d'essence
italienne, avec des traces de musique française,
(les léminiscences de Gounod notamment. Mais il
>• a là de la grâce et du charme. A remarquer l'ou-
verture, d'un beau style large, et au deuxième
acte, le duo d'Idamante et Erixène. L D. B.
LIEGE. — Nouveau concert de bienfaisance
et nouveau Chniil de la Cloche^ mais de Max
Brucb, cette fois. Certains passages ont vieilli,
surtout certaines formes ; d'autre sont immortelle-
ment beaux. Ce Lied von der Glocke mérite son nom
et répond à son titre : c'est une grande chanson,
où la poésie abonde, coupée en tableaux, avec un
récitatif-refrain. Le descriptif, sobre, y surpasse
parfois certaines tentatives modernes, précisément
parce qu'il se contente d'évoquer les sentiments
au lieu d'en dépeindre les objets.
L'exécution orchestrale a été remarquable par
sa clarté; l'exécution chorale par sa précision et
son énergie. M. Delsemme est un chef d'orchestre
intelligent et plein de feu. Les interprètes,
M"" Lépine et de Saint-Moulin, MM. Renaud et
Moussoux, ont bien soutenu leurs rôles. M"'-' Lè-
liine est toujours la voix gracieuse que nous avions
déjà entendue; MU" de Saint-Moulin a trouvé des
accents vraiment émouvants pour chanter la scène
du deuil; M. Renaud a magistralement rendu
certains passages, et M. Moussoux, le sympa-
thique ténor, s'est montré à la hauteur de sa tâche
et de su réputation tout à la fois.
Belle soirée et salle comble. J. M.
'^^A^sw
T ^
YON — Le théâtre de Lyon vient de faire
I 2 une brillante reprise de Tannhauser.
L'œuvre a vivement séduit le public par la
sève abondante et la jeunesse de ses inspirations
mélodiques, le coloris et l'éclat de ses sonorités,
le mouvement du drame et aussi la valeur de l'in-
terprétation.
Si Tannhivuser n'obtint, il y a deux ans, qu'une
demi-réussite, la distribution actuelle est capable
de lui assurer une éclatante revanche. M. Lafarge
a fait du rôle de Tannhaeuser une superbe création
artistique : aucun ténor wagnérien de langue fran-
çaise ne saurait, à cette heure, interpréter ce rôle
avec une plus absolue perfection. Fougueux et
passionné au premier acte, ironique et véhément
dans la scène du concours, M. Lafarge a détaillé
le récit du pèlerinage avec une science de la
déclamation lyrique et une puissance tragique
dignes de tous les éloges. Cette création du rôle
de Tannhaeuser est un digne pendant de celle de
Siegmound dans la Walkvrie.
Le rôle de Wolfram prête aux effets vocaux et
256
LE GUIDE MUSICAL
exige de son interprète une belle voix et un art
consommé de chanteur. C'est dire qu'il convient
très bien à M. Moni'.aud, qui a mis en pleine valeur
les strophes du second acte et la mélodieuse
romance de l'Etoile, et qui a été vivement
applaudi à différentes reprises.
M"*^ Janssen a retrouvé hier tout le succès
qu'elle remporta lors de la création de Tannhœuser ;
sa poétique et touchante conception du rôle
d'Elisabeth fait le plus grand honneur au sens
artistique de M'-i" Janssen, qui s'est montrée tendre-
ment réservée au deuxième acte, mystique et fer-
vente au dernier ; M"° Janssen a chanté avec une
poignante émotion sa prière du dernier acte et la
supplication éperdue qui arrête les épées levées
sur la léie de Tannhaeuser.
Le personnage de Vénus a été rendu avec beau-
coup de sentiment musical par M"'' Desvareilles,
dont la voix fraîche et l'excellente diction ont très
habilement fait ressortir un rôle difficile et ardu.
Parmi les rôles de second jilan, il convient de
citer M"" Saudey, qui a agréablement chanté la
cantilène d\i berger.
Une bonne part du succès revient à M. Luigini
et aux artistes de son orchestre ; l'exécution insfrii-
mentale de Tannhatcser, nuancée, souple et sobre,
a été fort applaudie ; l'ouverture surtout, magistra-
lement enlevée, a valu à M. Luigini et à son
orchestre une ovation enthousiaste.
La mise en scène et la bacchanale, habilement
réglée par M. Natta, les chœurs, qui ont vaillam-
ment sonné, tout contribue à faire de cette reprise
de Tannhœuser une véritable manifestation artis-
tique et à lui promettre de fructueux lendemains.
VER'VIERS. — Verviers était habitué à
jouir chaque hiver de quelques soirées de
bonne musique, sous forme de concerts populaires
ou de soirées de quatuor. Cette année, tout lui
manque à la fois ; nous subissons la crise que
l'art traverse presque partout après une première
période d'initiation. Nous avons la ferme convic-
tion que ceux qui luttent ici pour faire aimer le
beau dans sa plus haute expression d'art, sont
assez forts, assez confiants, assez grands pour
triompher de cette épreuve, et qu'ils le feront plus
tôt et plus facilement qu'ils ne le pensent peut
être.
Entre le souvenir d'im très beau concert à
l'Harmonie, et l'espoir du concert annuel de
l'Ecole de musique — qui est toujours de loin le
plus remarquable de nos événements artistiques,
— nous avons été heureux d'entendre, dans un
cercle privé, de bonne musique de chambre.
Nos quartettistes habituels, L. Kefer, A. Massau,
A. Voncken et J. Kefer, nous ont donné le qua-
tuor en ré majeur de Mozart, plein de cette gaieté,
de ce charme doux et pénétrant si particulier à la
nature d'un artiste sur lequel les événements exté-
rieurs avaient si peu d'influence ; comment, en
effet, se douter qu'il écrivit ces pages charmantes
à une des périodes les plus troublées et les plus
tristes de sa vie?
L'andante du cinquième quatuor de Beethoven,
dont certaines variations sont d'une si pure et si
émouvante inspiration, le Chant céleste de Rubin-
stein, et le finale si affirmativement confiant du
quatuor en mi de Mendelssohn ont achevé de
conquérir un public admirablement préparé du
reste, et qu'il fallait initier aux beautés classiques
par des œuvres courtes et captivantes.
Nos quartettistes ont déployé une douceur inac-
coutumée dans l'exécution de ces diverses œuvres.
La salle était trop sonore, et il fallait cette
constante et impérieuse volonté de tendresse, si
jepuis m'exprimer ainsi, pour vaincre la crudité
de son acoustique.
Cantatrice, M"" Delgoffe, élève de notre Ecole
de musique. Belle voix. Encore une jeune artiste
dont on entendra parler.
Récemment, soirée au Cercle d'amateurs. Le;
amateurs s'y amusent à merveille et le public
aurait mauvais goût d'être grincheux. Du reste, le
public ne déteste pas que le son d'un quatuor sof
porté à ses oreilles par l'entremise d'une vingtaiae
d'archets, très bien stylés et conduits, du reste.
Un double quatuor pour voix et archets de Bee
thoven (élégie sur la mort d'Eleonora Pasqualati)
un intermède de Glazounoff, un menuet de Chéru
bini sont les choses que le public a le plus applau
dies ; et ce public a eu bon goût.
NOUVELLES DIVERSES
L'administration des Concerts-Colonne :
Paris, fait annoncer une série de quatre con
certs supplémentaires, dont l'intérêt exception
nel ne peut manquer d'attirer un nombreu:
public.
Ces quatre concerts, qui auront lieu en mar
et avril, seront dirigés : le premier, par Féli;
Mottl; le second par Hermann Levi ; le tro:
sième, par Ed. Grieg, et le quatrième, par Ed
Colonne.
A Paris, la Société des compositeurs d
musique met au concours pour l'année 1894 :
1° Un quatuor pour deux violons, alto et vie
loncelle. — Prix unique de 400 fr., offert par 1
Société ;
(Les parties séparées devront être jointes a
manuscrit.)
2° Une œuvre symphonique développée poi
piano et orchestre. — Prix unique de 5oo f:
(fondation Pleyel-Wolffj ;
3° Une scène pour une voix, avec accomp
LE GUIDE MUSICAL
257
gnement de piano. — Prix unique de 200 fr.,
reliquat du prix de 5oo fr. offert en 1893 par
M. Ernest Lamy, et dont une partie a été dis-
tribuée à titre de prime attachée à deux men-
tions lionorables.
On devra faire parvenir les manuscrits, avant
le 3i décembre 1894. à M. Weckerlin, archi-
viste, au siège de la Société, 22, rue Roche-
chouart, maison Ple3'el, Wolff et C''^.
Pour tous les renseignements, s'adresser à
M. D. Belle}'guier, secrétaire général, entrepôt
de Bercy, pavillon Crépier.
Signalons la transformation et l'agrandisse-
ment de la Revue Blanche, une des plus vail-
lante revues de la jeune littérature, dans laquelle
notre collaborateur Alfred Ernst écrit des
articles de critique et d'esthétique musicale
hautement appréciés.
La Revue bleue, de Paris, commence la
publication en français d'une partie des Mé-
moires d'un critique musical, que M. Edouard
Hanslick a donnés à la Dcutsclie Rundscliatt.
Le feuilletonniste musical de la Neue Freie
Presse n'est pas un écrivain sans talent et il a
quelquefois de l'esprit.Mais on ne peut rien rêver
de plus platement banal, de plus insignifiant
que ces mémoires. C'est un chapelet de petites
histoires sans sel, de propos enfilés à la suite
ies uns des autres et dénués de tout intérêt. On
se demande ce qui a pu leur valoir l'honneur
i'une traduction.
M. Colonne doit aller bientôt à Saint-Péters-
Dourg avec une troupe française, pour repré-
lenter Faust, Sigiird, Samsoii, la Damnation
ie Faust, Wertlier et Lolicngrin avec Van
Dyck. Puis il dirigera plusieurs concerts à
Moscou.
Extrait d'une préface que M. Camille
kint-Saëns a écrite pour un recueil des pièces en
'ers de M . Auge de Lassus et où il déclare que
es musiciens, fussent-ils lettrés, n'ont aucun
Iroit sur le domaine de la littérature :
Depuis longtemps j'ai acquis la conviction de ne
ien comprendre au théâtre.
1 Le premier coup m'a été porté, alors que j'étais
encore enfant, pendant une représentation de Don
'fuan au Théâtre-Italien. Connaissant déjà l'ou-
•rage, j'étais dans l'anxiété de voir représenter la
errible scène finale. Quelle fut ma stupeur en
oyant, à l'approche de cette scène, la salle se
■ider comme par enchantement, en constatant que
■e qui était pour moi le point culminant du drame,
e but auquel tendait l'œuvre entière, n'avait pour
e public aucun intérêt.
Dès lors, j'eus l'intuition qu'il y aurait souvent
entre le public et moi des malentendus. Le pres-
sentiment ne s'est que trop réalisé. Que de fois ne
m'est-il pas arrivé, au théâtre, de rire tout seul au
milieu du silence général ou de m'ennuyer mortel-
lement, entouré d'un public en convulsion de
gaieté ! Je n'ose plus aller voir les pièces désopi-
lantes, celles qui ont des cenlaines de représenta-
tions, tant je redoute de m'y décrocher la mâchoire,
et je m'amuse franchement aux Femmes savantes,
voire à Athalie ou â Britanniciis, là où il est bon ton
de s'ennuj'er à périr.
Ces mille petites conventions du théâtre que
vous connaissez, auxquelles on recourt parce que
le public, paraît-il, ne saurait s'en passer, me font
horreur ; et le pire est que cette horreur pour la
banalité ne m'a pas tourné vers le mouvement
contemporain, vers le théâtre réaliste ou mystique.
Les drames de Wagner ne m'intéressent que par
leur coté musical, l'ibsénisme et ses dérivés me
semblent des modes de l'aliénation mentale...
Signe des temps. — Les marchands de
musique, qui se contentaient autrefois de
vendre simplement de la musique, avec peut-
être quelques accessoires, tels que métronomes
et diapasons, agrandissent singulièrement le
champ de leurs opérations. (Il n'y a pas de
petits profits.)
Après s'être adjoint l'article lutherie, comme
violons de pacotille, mandolines et guitares
voici maintenant la camelote de bazar. On peut
voir à leur montre des tambourins, flirtes à
l'oignon et trompettes de carton (plus cher
qu'au bazar).
A bientôt, sans doute, la concurrence à l'épi-
cier par un étalage de « pianos du pauvre «
avec méthode soigneusement doigtée, etc.
Lisez-vous parfois les échos des soirées de
musique dans le monde? Etonnant le nombre
d'artistes éminents que leur grandeur empêche
d'affronter le public, malgré le talent merveilleux
que les chroniqueurs compétents leur reconnais-
sent.
Voyez un journal du boulevard : « M'"= C... a
interprété avec sa véhémente passion les admira-
bles (!) chansons du jeune maître A. G... et a porté
jusqu'à l'enthousiasme l'émotion en disant, comme
(( seule elle peut le dire », les Deux grenadiers et
J^ ai pardonné d.
N'est-ce pas un crime contre l'art que de tenir
séquestré un talent pareil?
Autre écho :
« Chez la comtesse M..., on a entendu la jeune,
jolie et déjà célèbre Jeanne B...; la maîtresse de
la maison, une des cantatrices mondaines les plus
réputées, a chanté avec M"" K..,, sa digne émule
en talent, une valse à deux voix de la vicomtesse
de G... )i
Cela devait être ravissant. Malheureusement,
un autre journal, mieux informé, dit laconiquement :
258
LE GUIDE MUSICAL
« La matinée chez la comtesse M... n'a pas eu
lieu pour cause d'indisposition ».
Alors, cette valse? Des voix comme celles
qu'entendait Jeanne d'Arc, sans doute!
BIBLIOGRAPHIE
La librairie de l'Art indépendant, ii, rue de la
Chaussée d'Antin, à Paris, vient de publier une
belle et luxueuse édition du Concert en ré majeur
(op. 2i), pour piano, violon solo et quatuor à cor-
des, de M. Ernest Chausson. Celte oeuvre, dont
nous avons déjà signalé les qualités dans le Guide
Musical, est dédiée à M. Eugène Ysayc.
H. I.
-^ Vient de paraître, à l'imprimerie E. Blon-
diau, à Bruxelles, l'Annuaire de la section d'ait et
d'enseignement de la maison du peuple. Outre une
courte introduction de M. Emile Vandervelde, indi-
quant le but de l'œuvre et résumant les travaux de
l'année, cet annuaire renferme une série de pages
originales, prose ou vers, études philosophiques
ou littéraires, contes, nouvelles, signés des plus
renommés noms belges, Camille Lemonnier, De-
molder, Hubert Krains, Maeterlinck, Verhaeren.
Francis Nautet, etc.
PIANOS ET HARPES '
BRUXELLES : 4. rue Latérale
PARIS : 13. rue du Mail
NECROLOGIE
Est décédé :
A Paris (Neuillj'i M. Théodore de Lauzières-
Thémines, qui fut longtemps critique musical à
la Pairie. Il était âgé de soixante seize ans.
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
C.-A.
OP.io
I" OUATUO
pour deux violons, alto et violoncelle
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Arrau^eincut a quatre uiaius (sous presse)
Du mêixie auteur :
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1^^ Arabesque Prix fr. 5
2^ Arabesque . . . . . Prix fr. 5
En recueil . . . Prix Net fr. 2
Petite suite à 4 mains . Prix Net fr. 5
MUSIQUE VOCALE
L'Enfant Prodigue, scène
l3a-ique . . . . Prix Net fr. 5
Maudoline, mélodie . . . Prix fr. 4
Les Cloches, mélodie. . , Prix fr. 3
Romance Prix fr. 3
LE GUIDE MUSICAL
259
Descendant direct du maréchnl Pons de Lau-
zièresThémines, notre confrère, no à Naples, com-
mença sa carrière littéraire en Italie C'est en iS53
qu'il vint à Paris, où il devint critique dramatique
du Réveil, puis du Pays. On lui doit de nombreuses
traductions italiennes et françaises.
RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Paris
OrÉEA — Du 5 au 9 mars : Rigoletto et les Deux Pi-
geons. Faust. Lohengrin.
Opéra-Comique. — Du 5 au lo mars : Carmen et Ma-
dame Rose. Fidès et l'Attaque du moulin. Fidés, Ca-
valeria rusticana et l'Amour médecin. Fidès, le
Toréador et le Nouveau Seigneur. Fidés, Cavalleria
rusticana et Phryné. Cavalleria rusticana, le Toréa-
dor et l'Amour médecin.
LES CONCERTS DU DIMANCHE
Conservatoire. — Concert de la Société : Symphonie
I en la majeur (Mendelssohnj; les Bohémiens -Schu-
mann); concerto pour hautbois (Hœndel', M. Gillet;
Fragments des Saintes-Mariés de Mer (Paladilhe),
soli par M™° Bosman, MM. Clément etFournets;
ouverture d'Egmont
Concert Colonne (Châtelet) : Le Requiem d'Hector
Berlioz, avec le concours de M, "VVarmbrodt.
Concert Lamoueeux (Champs-Elysées). — Symphonie
en si bémol (Schumann); Jeanne d'Arc au bûcher,
scène dramatique (Liszt , M""-' Auguez de Montaland ;
Introduction et Rondo cappriccioso p'' violon (Saint.
Saëns), M, Lederer; Suite poétique pour orchestre
(G. Galeotti), i'" audition ; Rêves, poème (Wagner)
Mme Auguez de Mantaland; Grande Marche de fête
(R. 'Wagner^.
Concert d'Harcourt. — Fragments des Maîtres Chan-
teurs de Nuremberg (R. Wagner), version française
inédite de M Alfred Ernst : Eva, Mi"' Eléonore
Blanc; Walter, M. Gibert, de l'Opéra ; Hans Sachs,
M. Auguez.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 5 au ii mars ;
L'Attaque du moulin. Relâche. L'Attaque du mou-
lin, Lohengrin. Orphée et Cavalleria Relâche.
=ITEL
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Yient de paraître !
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avec piano Net fr. 2 5o
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Viciant, Ch. O Salutaris, solo pour chant
avec orgue ou piano. . . Net fr. i —
- Sous les lys, chanson pour une voix
Net fr. 2 —
- Six feuilles d'album pour piano.Net fr. 4
Mac-Dowell. Op. 45. Sonata Tragiaca
pour piano Net fr. 5
Nordi, Ed. Deux Mélodies (i. Adieu!
2. Au Cimetière). . . . Net fr. 2
Reinecke, C. Op. 223. Prologussolemnis.
Ouverture à quatre mains . Net fr. 5 —
— Menuet à la Reine à deux mains,
d'après Grétry .... Net fr. o 65
Ryclandt, J. Op. 3. Ouverture pour le
drame n Ca'in » de B3-ron, à quatre
mains Net fr. 4 —
Dépositaires des PIANOS BECHSÎEIN ET BLUTHNEE
HARMONIUMS ESTEY
260
LE GUIDE MUSICAL
Théâtre des Galeries — Sainte-Freya.
Alcazar royal. — Spectacle varié.
Salle de l'Alhambra. — Dimanche ii mars, à
2 heures, concert dirigé par M. Siegfried Wagner;
avec le concours de M"" Kempees, cantatrice de la cour
de Hollande — Programme ; Ouverture du Vaisseau-
Fantôme (R. Wagner); les Anges, pantomime du conte
féerique, Hasnsel und Gretel (E. Humperdinck); les
Rêves (R. Wagner), M"": Kempees); Tasso, lamento e
trionfo, poème symphonique (F. Liszt); Ouverture et
bacchanale de Tannhaeuser (R. Wagner); Siegfried-
Idyll (R Wagner); Prélude et finale de Tristan et
Iseult (R. Wagner), M"« Kempees.
Exposition de la libre esthétique. — Concert du
quatuor Ysaye. — Jeudi i5 mars : Onzième qua-
tuor (op. 95) en fa ram. (Beethoven); quatorzième
quatuor (op. i3i) en ut dièze mineur (Beetho\'en).
Salle de la Grande-Harmonie. — Jeudi i5 mars, à
8 heures du soir, grande soirée musicale donnée par
M"" Julia Milcamps, cantatrice, prix de S. M. la reine
des Belges et i='' prix du Conservatoire de Bruxelles,
avec le concours de M'^" Lotty Ruëgger, violoniste;
Eisa Ruëgger, violoncelliste; Wally Ruëgger, pianiste
Jeanne Dubreucq ; MM. Franz Pieltain, basse chan-
tante ; V. Massage, accompagnateur. — Trio en ré
mineur (Mendelssohn), M""'^ Lotty, Eisa et Watty
^.ACKAR et NQEL, éditeurs, 22, passage des Pan~ramas (grande galerie)
Propriétaires des œuvres de Tschaikowsky, Qottschaik, Priideut, Allard
des Archiveii du piuuo et de la célèbre Méthode de piau» A. Le Carpcaticr
Seuls dépositaires de l'Gditiou Charnot, spécialement consacrée à la suuslque de tIoIou
P. TSCHAIKOA¥SKY
CEUVRES POUR ORCHESTRE
Op. 2. N" 3 Ctiant sans paroles :
Partition 2
Parties séparées 4
Parties supplémentaires cordes chaque i
op. 3. Le Voyévode, ouverture extraite
Partition 5
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i 5i
— Le Voyévode, entracte et airs de ballet
extraits (nouvelle édition revue par
l'auteur) ;
Partition 8 :
Parties séparées 20 :
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. i3. Première Symphoiiie en sol mineur
Partition i5 :
Parties séparées 3o :
Parties supplémentaires tordes chaque 3
Op. 14. Vakoula le Forgeron, ouverture extraite
Partition d'orchestre 6 :
Parties séparées i5 :
Parties supplémentaires cordes chaque i 5i
Op. i5. Ouverture triomptiale sur l'hymne
danois
Partition . 6 :
Parties séparées (copiées)
Parties supiil cordes (copiées) chaque
Op. 17. Deuxième symphonie (dite sympho-
nie russe) en ut mineur
Partition 25 :
Parties séparées 35
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op iS. La Tempête, fantaisie d'après Shakespeare
Partition 12 :
Parties séparées . 20 :
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 20. Le Lac des cygnes, valse extraite
Parties séparées . 10 :
Parties supplémentaires cordes chaque i 2.
— Pot-pourri, arrangé pour petit orches-
tre, par N. Ars.
Parties séparées 8 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 25
Op. 23. Premier Concerto en si bémol, pour
piano :
Partition . 20 «
Parties séparées 12 "
Parties supplémentaires à cordes, chaque i 5o
Op. 24. Eugène Onéguine, valse extraite de
l'opéra ;
Partition 5 «
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires à cordes, chaque 2 »
— Prélude extrait :
Partition orchestre 2 »
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires à cordes (copiées)
Op. 26. Sérénade mélancolique pour vio-
lon :
Partition 5 «
Parties séparées 4 '■
Parties supplémentaires à cordes,chaque i 1
Op. 2g. Troisième symphonie en ré majeur
Partition .... 20 >
Parties séparées 3o >
Parties supplémentaires cordes chaque 3 r
Op. 3i. Marche slave
Partition 10 :
Parties séparées i5
Parties supplémentaires cordes chaque i 5i
Op. 32. Francesca da Rimini, fantaisie
d'après Dante
Partition i5 •
Parties séparées 25 :
Parties supplémentaires cordes chaque 2 5i
Op. 33 'Variations pour violoncelle sur un
air rococo
Partition ^
Parties séparées ........ 10
Parties supplémentaires cordes chaque i 5
(A suivri.)
LE GUIDE MUSICAL
261
Ruëgger; la Jolie Fille de Perth (Bizet), M. Pieltain;
Fantaisie (Servais), M"'- Eisa Ruëgger ; grand air de
Suzanne (Paladihle), M"'= Milcamps; 4= concerto
(Vieuxtemps), Mi'« Lotty Ruëgger; Monologue, M"»
T. Dubreucq. — Nymphes et Sylvains (Bemberg) M"=
J. Milcamps; Albumblatt (Wagner), Mazurka {Wie-
niawski (M"" Lotty Ruëgger); les couplets de Vulcain
(Gounod), M. Pieltain: Audacht, — Reigen (Popper),
Chant d'amour, avec accomp. de violonc. (Hollmann),
M'" Milcamps; Monologue, MH" J. Dubreucq; Duo
de Galathée (M"" Milcamps et M. Pieltain).
Berlin
Opéra-Impérial. — Du 5 au 11 mars : Les Medici.
Fra Diavolo Falstaff et Puppenfee. Les Medici Fal-
staff et Noce slave. Concert de la Chapelle. Obéron.
Les Medici.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — La Chasse au
mari
Vienne
Opéra Impérial. — Du 5 au 12 mars : Le Baiser et le
Diable au couvent. Coppelia et I Pagliacci. Sainte
Elisabeth (de Franz Liszt); le Baiser et le Diable au
couvent Faust. Tristan. Le Freyschûtz, La Reine de
Saba.
An der Wien. — Le Maître de forgts Le Mikado.
Le baron des tsiganes. Les Noces d'un réserviste.
Sang de hussard
V'Léopold MURAILLE, éditeur à Liège (Belgique)
Vient de paraître :
César TllOlïlSOIl, Passacaglla, nach
Haîndel,fûrViolinemitOrchester oder
Clavier-begleitung Mark 2 5o
César ThOMlSOn. Skandlnavlsches
Wiegenlied, fiir Violine undOrchesler
oder Quartett, oder Pianofortebeglei-
tung Mark 2 —
EN VENTE CHEZ
SCHOTT FRÈRES, éditeurs, 82, Montagne de la Cour, 82
BRUXELLES
DE GREEF, A. Valse-Caprice à
2 mains 2 5o
— La même pour deux pianos . .
STOJOWSKY. Op. I. Deux pensées
musicales :
N° I. Mélodie i 75
N° 2. Prélude 2 —
— - Op. 2. Deux Caprices-Etudes :
No I. Pileuse 2 —
N" 2. Toccatina 2 —
! — Op. 4. Trois Intermèdes :
N" I en sol. N° 2 en mi mineur.
N» 3 en si bémol. . . . chaque i 75
'— Op. 8. No I. Légende .... i 75
- Op. 8. N" 2. Mazurka .... i 75
PETER BENOIT. Concerto (poème
s\ inphonique), pour flûte et piano. 7 5o
75
5o
75
HUBAY, J. Compositions pour vio-
lon avec piano :
Fleur de mai, op. 37. N" i . . . i
Au temps jadis, op. 37. N° 2. . . 2
Devant son image, op. 38. N» i . i
(Chant sur la 4° corde)
Sous sa fenêtre (sérénade), op. 38.
No 2 2 —
Ramage de rossignols, op. 3g . . 3 —
PANGAERT D'OPDORP. Op. 5.
Souvenir de Spa (Annette et Lu-
bin). Edition pour violoncelle
avec piano 2 —
— Op. 9. Mélodie pour violoncelle
et piano I 35
262
LE GUIDE MUSICAL
Dresde
Opéka. — Du 6 au II mars : Margarethe (Faust). Pa-
gliacci et Puppenfee. Fra Diavolo. La Walkyrie.
Obéron.
Munich.
Opéra. — Du ii au i8 mars : Faust (Gounod). Le Vais-
seau-Fantôme (avec M. Reichmann). Egmont. Wie-
land le forgeron (Jeuger), première. Tell. Concert de
l'Académie musicale: Franciscus(Edgard Tinel).
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Boas en plumes, tour de cou
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Ganterie et fichus
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DIRECTEUR-REDACTEUR EN CHEF
MAURICE KUFFERATH
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RÉDACTEUR EN CHEF A PARIS
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N. Le Kime, SECRET aire- administrateur
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dollaborateurs
Ed. Schuré — Michel Brenet
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Camille Benoit — Etienne Destranges
Alfred Ernst — Guy Ropartz
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UN LIVRE SUR TRISTAN
Maurice Kufferath vient
d'ajouter un cinquième vo-
lume (I) à la série d'études
historiques et esthétiques
qu'il consacre au Théâtre de
Richard Wagner, de TaJin-
hœitser à Parsifal, car il éli-
mine les œuvres de jeunesse
et de préparation, non pas certes qu'il les
juge indignes de critique ou en méconnaisse
l'intérêt précurseur et même, pour plus
d'une page, la valeur intrinsèque, mais, si
elles lui fournissent de ci de là des argu-
ments et des rapprochements, elles ne
cadrent pas avec son plan d'ensemble, qui
embrasse l'art de Wagner de sa première
manifestation décisivejusqu'à son épanouis-
sement définitif, jusqu'à son apogée. Déjà,
il nous a donné,— je suis l'ordre de publi-
cation, — la Walkûre, Parsifal, Siegfried et
Lohengrin. Voici venir Tristan et Isolde. Si
l'on veut savoir comment ces ouvrages de
M. Maurice Kufferath sont appréciés par
ses pairs, il suffira de citer cette note de
l'un d'eux, M. Alfred Ernst. Dans son hvre
récent sur VArt de Richard Wagner (2) dont
la première partie a pour objet « l'œuvre
poétique », au chapitre : « Transformation
et création », — transformation des vieilles
légendes par le génie créateur du poète, —
M. Ernst s'exprime ainsi :
En français, M. Maurice Kufferath a entrepris
de traiter méthodiquement la question des origines,
drame par drame ; sa tâche est trop avancée, trop
(i) Tristan cl Iseult. Paris, Fischbacher ; Bruxelles,
Schott frères ; Leipzig, Ottojime.
12) Paris, librairie [Mon.
bien faite, d'autre part, pour que j'aie le goût de la
reprendre ici ; aussi me suis-je placé à un point de
vue sensiblement différent ; mais je signale comme
très remarquable la série de ses livres, et spéciale-
ment les deux volumes consacrés à Parsifal et à
Lohengrin.
L'éloge est d'autant plus précieux que
M. Alfred Ernst compte parmi les com-
mentateurs les plus autorisés de Wagner
et de son œuvre.
Le procédé de composition de M. Mau-
rice Kufferath lui fait une place à part dans
la grande armée internationale des exé-
gètes w^agnériens. S'il a une vue générale,
et si elle lui est toujours présente au cours
de ses études dispersées, très documentées
d'ailleurs et très informées, sa méthode est
essentiellement celle du journaliste, non
pas seulement parce qu'elle est analytique
plutôt que synthétique, mais surtout parce
qu'elle est dominée et suggérée par l'actua-
lité. L'ordre de publication est caractéris-
tique à cet égard. On va jouer la Walkiire
à Bruxelles : il commence par la Walkiire,
et son étude paraît à la veille de la première
représentation. Si de la Walkiire il passe à
Parsifal, attendant quelque autre occasion
pour se remettre au Ring, c'est que, les
Concerts populaires donnant un acte du
dernier ouvrage de Wagner, il a été appelé
à collaborer à l'exécution en fournissant
aux chanteurs une traduction rigoureuse-
ment rythmique du texte; de là à coor-
donner des notes dès longtemps recueil-
lies, il n'y avait qu'un pas; et de là son
Parsifal, qui ne tardait pas à obtenir les
honneurs d'une seconde édition. Mais
Paris annonce Lohengrin; l'actualité le
ressaisit et le chevalier au cj'gne a sa mo-
nographie. Retour à la Tétralogie quand la
Monnaie s'attelle à Siegfried. Cette année,
elle se décide à risquer Tristan, et la pre-
268
LE GUIDE MUSICAL
mière est promise pour le 21 mars. Notre
esthéticien journaliste est prêt, et son livre
s'étale aux vitrines des libraires avant le
lever du rideau, parce que le journalisme
contemporain estime n'avoir rien fait pour
l'actualité s'il ne l'a devancée.
Pareille méthode serait périlleuse, si elle
était viciée par l'improvisation et la compi-
lation. Mais le danger est écarté. Il y aura
tantôt vingt ans que ce journaliste vit et
pioche l'art de Wagner. Il l'a étudié pour
son compte, parce qu'il l'aimait, parce que
cet art sphinx lui proposait tout un chape-
let d'énigmes dont sa curiosité s'était juré
de trouver le mot. L'actualité a déterminé
l'impression de ses travaux, mais non pas
ses recherches. A l'heure où elle sonnait à
sa porte, il était armé de toutes pièces.
Mais son métier quotidien n'en a pas moins
influencé sa méthode. Ecrivain de loisir ou
professeur rente par les contribuables, il
eût commencé par le commencement, et
peut-être concentré son effort sur une œuvre
plus ramassée, au risque d'en retarder l'ap-
parition. Stimulé, secoué, dérangé aussi
par la sensation du jour, — du jour tyranni-
que, odieux à Tristan, le moins journaliste
des héros, — il lui a fallu travailler en quelque
sorte au drame le drame, comme on écrit
dans la presse au jour la journée ; et, même
s'il le regrettait, nous nous en féliciterions,
car cette tyrannie du jour a imposé à sa
méthode une originalité vivante et accessi-
ble, sans en compromettre l'unité, qui se
reconstituera d'elle-même quand il se verra,
non sans mélancolie, arrivé au terme de son
exploration wagnérienne toujours dérou-
tée, mais toujours active et joyeuse.
Une courte préface indique la marche
que l'auteur a suivie dans cette étude sur
Tristan : d'abord l'histoire de l'œuvre au
point de vue biographique ; puis son his-
toire littéraire philosophique ; enfin son
analyse dramatique et musicale.
De ce que nous appelons la biographie
de l'œuvre, nous n'avons pas grand'chose
à dire, puisque le Guide nmsical en eut la
primeur. Nos lecteurs n'ont pas oublié cet
intéressant exposé des circonstances au
milieu desquelles fut conçu et achevé le
Tristan de Wagner. Les écrits du maître.
ses souvenirs, sa correspondance, celle de
ses amis en ont fourni les données très
habilement groupées et judicieusement
appréciées. Qu'il nous soit permis seulement
d'en retenir deux particularités qui éclairent
certains points saillants du drame et de la
partition elle-même.
Las de ne pas s'entendre, énervé par
l'exil, redoutant pour son vaste Ring une
proscription plus implacable encore, Wag-
ner rêve un opéra facile à monter n'im-
porte où. Et il choisit Tristan! Histoire
simple, peu de personnages, presque pas
de chœur, figuration nulle, donc peu de
frais de costumes; trois décors, cela ira
tout seul. Mise en scène élémentaire. Un
drame d'amour, qui ne comprend cela? Le
théâtre italien s'en accommoderait, fût-ce
au bout du monde. Et Wagner songe à
une traduction italienne pour le théâtre de
Rio-de-Janeiro... Plus tard, il est vrai,
relisant sa partition avec quelques amis, il
s'amusa tout le premier de cette naïveté. Ce
projet, cependant, expliquerait une certaine
teinture d'italianisme que M. Maurice Kuf-
ferath, comme M. Georges Noufflard (i),
signale dans la partition. Avouons que cet
italianisme nous échappe. S'il nous fallait
chercher du méridional dans le Tristan,
drame et musique, nous opterions pour
l'Espagne. M. Ernst est de cet avis, au
moins pour la musique (2). Wagner, nous
dit-il, lisait Calderon en pleine composi-
tion de son Tristan; une lettre à Liszt en
témoigne. Déjà, lorsque nous entendimes
Tristan pour la première fois à Bayreuth,
en 1886, ce cri d'Isolde nous frappa : « Le
plus accompli des hommes, le voir toujours
près de moi sans amour, comment sup-
porter un tel supplice ! « Et il nous rappe-
lait (3) cet aveu de la très noble, très catho-
lique et très vertueuse marquise d'Alcani-
zas à M^s d'Aulnoy, qui le recueille dans
ses Mémoires sur la cour d'Espagne (fin du
XVIP siècle) : « Je l'avoue, si un cavalier
avait été en tête-à-tête avec moi une demi-
heure sans me demander les dernières
(i) Ricliaid Wagner d'après lui-même, tome II. Paris,
Fischbacher.
(2) L'Œuvre foétiqiie, p. 228.
(3) Lettre à Y Indépendance belge, 2 août 1SS6,
LE GUIDE MUSICAL
269
faveurs, j'en aurais un ressentiment si vif
que je le poignarderais si je le pouvais ».
Poignard ou poison, Todestrank, cela se
vaut, Voilà pour Isolde. Tristan, tout Bre-
ton qu'il est, n'en a pas moins d'espagnol
et calderonien le souci constant de l'hon-
neur, et la frénésie même avec laquelle il
en déserte le culte, frénésie désespérée,
bourrelée de remords inconscients, suscitée
par une passion fatale, invincible qui d'em-
blée s'associe dans tout son être à la soif de
l'anéantissement, met en valeur tout le prix
qu'il attache à cet honneur qu'il trahit. Si
enfin Taine a eu raison de dire du carac-
tère espagnol (i) : « Ce qui le distingue
entre tous les autres, c'est le besoin de la
sensation âpre et poignante )) , on est fondé à
relier à quelque inspiration d'Espagne, non
seulement Tristan, Isolde et leur irrésis-
tible amour jamais assouvi, si ce n'est dans
la mort, mais aussi le déchaînement de sen-
sations âpres et poignantes qui accuse
dans la partition, et parfois avec tant de
violence, ce caractère, ce besoin des deux
héros, cet « état préféré » auprès duquel
« tout est plat » pour eux comme pour les
Espagnols de Taine.
De toutes les scènes de cette tragédie,
celle qui donne la sensation la plus âpre et
poignante est assurément l'agonie halluci-
née de Tristan, au troisième acte. « Scène
d'une longueur extraordinaire », le mot est
de Wagner en personne dans ses « Souve-
nirs sur Schnorr », et tout concourt à justi-
fier cette remarque d'un auteur non suspect :
exigences scéniques, moyens vocaux du
chanteur si héroïquement doué qu'il soit,
capacité d'attention du public, capacité
même d'émotion mise à une épreuve d'au-
tant plus rude que ce public, conquis par
les deux premiers actes, s'intéresse davan-
tage au preux sans pareil, à son amour, à
sa destinée, à ses souffrances. Wagner, il
est vrai, n'a guère de préjugés traditionnels ;
peu lui chaut de tendre les voix à les bri-
ser, d'opprimer son auditoire s'il le ter-
rasse, et les proportions insolites d'un
monologue ne sont pas pour l'inquiéter.
Ici pourtant, nous le voyons bien près de
(i) Essais de critique et d'histoire.
reconnaître qu'il a dépassé sa propre
mesure. D'où vient cela ? De ce que cette
scène est « une tranche de la vie, » de la vie
du poète ; de ce que Tristan n'est pas là
pour exprimer, suivant les convenances du
ténor, du public et de l'art poHcé, des
plaintes, des aspirations et des angoisses
fictives, mais pour confesser dans toute
leur agitation morale et sensuelle les trou-
bles d'une passion que Wagner vient de
subir, tour à tour exaltée jusqu'au pa-
roxysme par les joies qu'elle lui donnait et
haïe jusqu'à l'horreur, jusqu'à la malédic-
tion, — Verfliicht sei^furchtbarer Trank! ~
pour les déceptions, pour les humiliations
qu'ellelui infligea. C'est, je crois, M. H. S.
Chamberlain qui le premier, dans la Revue
wagnérienne, fit allusion à cet épisode tris-
tanesque de la vie de Wagner. M. Kufferath
l'effleure avec une discrétion voulue. Je n'y
reviens que pour expliquer, par le déborde-
ment de la vie dans le drame et par le tumulte
de sensations encore toutes frémissantes,
la prolixité apparente d'une confession mu-
sicale qui aura été pour l'artiste une abso-
lution.
L'histoire littéraire du drame vs^agnérien,
ses rapports d'analogie ou de contraste
avec la légende initiale toujours fraîche, et
avec d'autres adaptations dès longtemps
fanées, forme le chapitre capital du livre
que nous signalons. L'auteur a déployé là
une érudition égale à celle de son Lohengrin
et de son Parsifal, et rien n'est plus
attrayant que de remonter en sa compagnie
jusqu'aux sources du sujet, pour revenir au
drame, passant par toutes les imitations,
altérations et restitutions qu'inspira l'an-
tique donnée jusqu'au jour où Wagner
l'incrusta, refaite à son image, dans un
monument définitif; un voyage de Cor-
nouailles à Zurich à travers les siècles, et
quel chemin parcouru, alors que, du « sacre-
ment d'amour » des trouvères du moyen
âge, délicieuse trouvaille qui exorcise Frau
Minne et baptise Vénus elle-même, nous
aboutissons, avec Tristan, à la malédiction
du philtre, c'est-à-dire de l'amour même, et
avec Isolde à cette volupté suprême de la
dissolution de l'être dans l'àme universelle !
Le chapitre philosophique n'est pas moins
276
LE GUIDÉ MUSICAL
digne d'attention ; il y a là une curieuse
analyse comparative des variantes de la
métaphysique de l'amour. Mais déjà ces
deux chapitres, très importants et beau-
coup plus développés dans le livre, furent
résumés par l'auteur, au Cercle artistique
et littéraire de Bruxelles, dans une conié-
rence dont nous avons rendu compte ici
même. On nous excusera donc de brûler
ces deux étapes, d'autant que nous avons
hâte d'arriver à la musique sans nous lais-
ser intimider par la doctrine nouvelle qui
tend à sacrifier en Wagner le musicien au
poète.
Si M. Maurice Kufîerath se contente de
consacrer à la partition « une courte ana-
lyse » thématique et instrumentale, un cou-
rant très vif de sympathie musicale circule à
travers son étude littéraire et dramatique,
et, parmi les considérations que cette sym-
pathie lui suggère, il en est deux qui nous
paraissent avoir une grande portée cri-
tique.
« Ils m'ennuient avec leur Tristan »,
s'écriait un jour Wagner, maudissant le
philtre d'adoration qui fait de ses disciples
des copistes hypnotisés ; « ces animaux-là
ne comprennent pas que Tristan, c'était
bon pour une fois ; maintenant que c'est
fait, n'y touchez pas et remontez aux maî-
tres. »
De cette boutade, dont il donne au sur-
plus une version plus académique, M. Kuf-
ferath tire cette moralité musicale dont la
tonique et la dominante sont irréprocha-
bles :
Il entendait prémunir ses disciples et, en géné-
ral, les jeunes artistes contre l'imitation servile
des formes particulières, des hardiesses harmo-
niques et, en somme, du style très tendu de cette
œuvre. Il savait bien, lui, pourquoi dans cette
partition il s'était servi, avec une prédilection très
marquée, d'harmonies et de mélodies chroma-
tiques, pourquoi il y modulait fréquemment d'une
façon inattendue, pourquoi les altérations d'ac-
cords y sont si nombreuses et rapprochent des
tonalités souvent très éloignées. C'est que la
musique était destinée à exprimer des douleurs
extraordinairement poignantes, une souffrance
presque surhumaine. Et il pensait très justement
qu'il ne fallait pas user de ces moyens exception-
jiels à tout propos et les faire servir à la traduction
de sentiments ou de situations fort éloignés de la
tristesse profonde et tragique des amours de Tris-
tan et Iseult.
Vous savez si la pensée du maître, fine-
ment analysée par le critique, a été com-
prise de la domesticité w^agnérienne, car
nous avons dans la musique un tas de lar-
bins qui se flattent de rivaliser avec le pa-
tron en s'affublant de pièces dépareillées
de sa garde-robe. C'est eux qui l'ennuyaient
avec « leur » Tristan, d'autant que leur ser-
vilisme à tort et à travers lui prouvait leur
profonde inintelligence de « son » Tristan.
Mais ils ne comprendront jamais qu'à in-
troduire en des bucoliques, même vague-
ment névrosées, l'àpreté poignante des
sensations tristanesques, il sont aussi par-
faitement absurdes que l'eût été Wagner,
par exemple, adaptant à son Tristan le
mode de composition de ses Maîtres Chan-
teurs, cet autre chef-d'œuvre qui vint le
reposer et le distraire du précédent, lui
permit de reprendre pied sur un sol plus
plane et, tout en raillant les règles de la
« tabulature », de s'en inspirer pour les
renouveler et se renouveler lui-même.
Essayons de tirer une moralité littéraire
d'une autre observation non moins juste de
notre auteur. Il note dans le Tristan cette
merveilleuse infiltration du poème dans la
musique et de la musique dans le poème,
tous deux inséparés, inséparables et,
comme les deux héros, confondus sans nom
dans le sein de l'amour, — namenlos in
Lieb' umfangen, — et il écrit :
Ici la longue lutte entre les tendances souvent
contradictoires du poète et du musicien a cessé...
Il n'y a plus une disparate : condensation extrême
de l'action, extension parallèle (en sens inverse)
de la musique, poème issu essentiellement de
l'âme de la musique, musique essentiellement
issue de l'âme du drame, équilibre rigoureux et
fusion complète des deux éléments, l'unité de
l'œuvre est parfaite. La part du poète équivaut à
celle du musicien dans la conception totale ; il n'y
a plus de distinction à faire entre l'un et l'autre-
ils se confondent en se complétant, et celui-ci ne
peut plus se concevoir sans celui-là. Ce que le
poète ne peut qu'indiquer, le musicien achève de
l'expliquer; et ce que le musicien est impuissant
à rendre, le poète le dira explicitement.
Ces quelques lignes n'ont pas seulement
LE GUIDE MUSICAL
271
■ mérite de caractériser très exactement
;type accompli du drame lyrique où «deux
ourants d'inspiration » ne cessent de se
énétrer; elles nous expliquent en outre
ourquoi la sympathie publique, en dépit
es tambourinages, demeure indifférente à
int d'œuvres littéraires et de tentatives
ramatiques, nobles d'intention, curieuses
'exécution, mais condamnées d'avance à
i phtisie galopante qui suit les succès de
oterie par le vice de leur principe absolu-
lent faux et mortel : le wagnérisme sans
lusique.
Mais ceci nous mènerait trop loin, et
•eut-être aurons-nous occasion de reprendre
e thème.
Notre auteur nous dit en sa préface que,
lour éprouver une forte commotion à la
eprésentation du drame, il n'est pas néces-
aire de savoir tout ce que l'auteur a voulu
mettre, l'œuvre s'imposant par ses
•eautés seules. Et il semble insinuer avec
,ne modestie excessive qu'il est parfaite-
ment inutile de s'embarrasser de ce qu'il a
oulu mettre, lui, dans son livre, et y a
ais. N'en croyez rien.
Certes, Isolde et Tristan se suffisent à
ux-mêmes,et, dans leur étrangeté hypéres-
lésique, ils sont trop imprégnés d'humanité
implifiée et condensée pour qu'on soit
isensible à leur amour et à leur détresse,
;norât-on leur passé historique, demeuràt-
nréfractaire à certaines audaces, obscuri-
;s ou longueurs. Mais, à peine intéressé à
îur aventure, on veut savoir, tout savoir,
3ur filiation littéraire et leur signification
ihilosophique, le fond et le tréfond des
ntentions du poète et des arrière-pensées
!u musicien ; et ce tout, il y a cent façons
le le dire, il y a autant de points de vue que
le commentateurs, chacun d'eux apporte
me lumière nouvelle, rend un service de
ilus à la compréhension collective en l'en-
ichissant de son interprétation indivi-
luelle. L'exégèse wagnérienne est inépui-
sable comme la critique homérique ou
iantesque ; elle se renouvelle incessamment
:omme la glose shakespearienne. De même
iue chaque année ajoute un rayon à la biblio-
thèque d'un Faust ou d'un Hamlet, de même
^n écrira longtemps encore des livres sur
Wagner et sur Tristan, parce qu'il y a là
tout une « Somme » à dégager, parce que
personne ne saurait se flatter de dire là
dessus le dernier mot, parce que chacun de
nous a son Isolde qui ne détient qu'une
parcelle de la vraie, mais une parcelle utile
à l'édification de l'Isolde intégrale. Extraire
ces parcelles avec adresse pour les sertir
avec goût, en trouver qui aientéchappé à ses
devanciers, laisser à ses successeurs un
guide et un exemple, telle est la tâche
assumée par M. Maurice Kufferath, et le
succès acquis déjà à ce cinquième volume
sera pour lui un légitime encouragement à
la poursuivre jusqu'au bout avec la même
certitude et la même vaillance.
Charles Tardieu.
^^^^^g
S^^^O
j^^^^^^^^^^M
^E^^^^^^^^^
LES MAITRES CHANTEURS
AUX CONCERTS D'HARCOURT
j 'importants fragments des Maîtres
Chanteurs composaient le programme
du dernier concert d'Harcourt. Il faut
d'abord rendre hommage à la somme de travail
et de talent nécessitée par une telle entreprise.
Non seulement on a entendu les parties orches-
trales et chorales qui figurent souvent dans les
grands concerts, mais encore des morceaux
moins connus : le monologue et l'allocution de
Sachs, le duo de Sachs et d'Eva, le discours
de Pogner et même la mélopée du Veilleur.
Un autre attrait, non le moindre, était l'inau-
guration de la traduction française nouvelle due
à M. Alfred Ernst. Et j'ai hâte de le constater,
cette traduction est heureuse en tout point et
possède au plus haut degré la qualité néces-
saire, indispensable : le rythme. L'accentuation
se maintient exacte et rigoureuse sans une
hésitation, et c'est grand plaisir d'entendre
enfin une phrase française parallèle au texte
musical, en suivre étroitement les sinuosités
sans froissement et surtout sans notes parasites.
Nous avons un moulage précis du vers alle-
mand si librement coupé, d'allure imprévue et
curieusement coloré ; le traducteur s'est astreint
2Vâ
LE GUIDE MUSICAL
à reproduire autant que possible jusqu'à l'as-
sonnance. Fort judicieusement, il garde seule-
inent la rime dans les parties de coupe symé-
trique où l'oreille la réclame, en préférant
s'appliquer à une juxtaposition rythmique
absolument exacte dans les parties déclamées.
Sans doute, l'aspect est un peu sec, télégra-
phique, mais à l'audition ce défaut disparaît
par la justesse d'accent. M. Ernst a scrupuleu-
sement conservé la disposition de rimes du
texte allemand ; ainsi, dans le chant de présen-
tation, aux mots : Winteruadit et gemacht
correspondent les rimes masculines : tristes mois
et cent fois; or, sur la dernière sjllabe de cha-
cun de ces vers le musicien a placé detix notes
{ré-do et mi-ré) ; et si l'allongement de la syl-
labe allemande est tolérable, le oi-a de la tra-
duction est peu euphonique ; il nous eiit paru
préférable de placer soit une rime féminine,
soit une sonorité plus vocale : à ce point de vue,
la première strophe [sourit-fleiirit] est mieux
réussie.
Egalement dans le premier vers de la seconde
strophe du Preislicd, à la dernière syllabe de
ramenait (sur les notes ré-do), la diphtongue
ai sonne assez vulgairement.
Questions de détails que tout cela, que nous
signalons en toute sympathie au sagace traduc-
teur.
Par une coquetterie d'érudit, M. Ernst
avait, sur le programme distribué, donné le texte
allemand en regard de sa traduction, dont
on pouvait ainsi contrôler la fidélité.
Néanmoins, la version de la phrase de Sachs,
Ench wird es leicht, mir maclit ilir's schwer,
traduite ainsi : Vous, tout contents, — moi, tout
confus, est un peii trop... nègre. Nul doute
qu'à la retouche annoncée par le traducteur,
ces légères taches ne disparaissent. Certes, la
version française de M. Ernst est de haute pro-
bité et de grande valeur ; nous la souhaitons
bientôt terminée et livrée à la publicité.
De l'exécution musicale des Maîtres Chan-
teurs, il faut louer la bonne volonté et le désir
ardent de bien faire déployés par chacun. La
préparation était manifestement insuffisante;
l'hésitation sur le sens précis, le débit incolore
de l'orchestre ou des solistes, laissant insoup-
çonnées d'évidentes intentions du compositeur,
marquaient assez la hâte des études, trop super-
ficielles encore pour affronter l'exécution pu-
blique.
L'interprétation de l'ouverture ne nous a plu
que médiocrement. Question des mouvements,
qui paraissent cependant tellement indiqués
d'eux-mêmes par le caractère des thèmes qu'on
ne puisse différer d'avis, semble-t-il, sur
vitesse à leur assigner. Que de dissentimeii
possibles pourtant! M. d'Harcourt prend
mouvement initial de l'ouverture non p.:
allegro maestoso, mais andante ; les déveloi
pements après la huitième mesure n'en fini:
sent plus, se traînent lourdement; l'allure ne doi
elle pas être rude plutôt que large? Le secon
thème (hautbois, flûte, etc.) est bien mieux dai
le sentiment. Puis, en revanche, voici le thèrr
de la marche ou de la bannière un peu vite (k
cuivres font des croches pointées au lieu c
noires tenues et les contrebasses escamotai
les « fusées »). Trop rapide également le thé m
d'amour de Walther (en mi), malgré l'indic;
tion expresse de « retenir un peu l'allure i),poi;
donner un caractère plus cantabile à cett
phrase. Et pas assez scherzando, pas asse
léger l'épisode comique; c'était confus plu
que de raison, cela calomniait les bons maître
pédants; la satire était trop grosse. Mieu
rendue la partie finale, avec les deux thèmes d
Walther et des maîtres superposés ; mais poui
quoi cette strette à l'itaUenne, tout à la fin
après la dernière exposition du thème des mai
très? La conclusion ne s'indiquait-elle pa
large, affirmative, pour se souder sans heur
au choral de Saint-Jean. Celui-ci a été biei
scandé par les choeurs.
Le discours de Pogner n'a pas produi
grande impression. M. Auguez était ma
disposé — il avait demandé l'indulgence di
public, — et l'orchestre a trop accompagné
l'allure fut languisante. M, Gibert qui a chantf
le rôle de Walther, a montré de sérieuses qua
lit es de musicien ; sa voix accoutumée aux into
nations élevées du répertoire se sent mal i
l'aise dans la déclamation des notes di
médium; vienne une phrase plus chantante, i
se ressaisit. L'organe est bien timbré surtou
dans le registre aigu. En résumé, les trois air:
de Walther ont été dits dans un sentimem
assez juste, en tenant compte, comme poui
toute l'exécution du reste, de l'insuffisance ai
la préparation. Notons l'exposé de la tabula
ture : M. Sureau-Bellet, qui chantait Kothner,
m'a paru le mieux dans la situation : il fui
important et redondant à souhait. Peu après, il
disait la mélopée du Veilleur ; sa voix forte el
fruste encore était couleur locale.
Quant au duo entre Sachs et Eva, il est vrai-
ment impraticable sans le secours de la scène.
M"« Blanc et M. Auguez s'en sont bien acquit
tés sans doute ; mais toute la finesse, l'émotion,
la bonhomie disparaissent sans le jeu que
la musique souligne.
LE GUIDE MUSICAL
273
Le quintette a été bissé ; il avait du reste
lien marché. Suivaient la Danse des Apprentis,
Enti ée des maîtres où les cuivres ont traîné, le
:horal dans lequel les chœurs ont brillé, mais la
nesme a hésité ; enfin, le finale sans la coupure
isiiLC au concert : très bon effet sur le public
qui a rappelé tout le monde, M. d'Harcourt en
tête.
Malgré les imperfections constatées, il faut
rendre hommage à l'initiative éclairée de
INI. d'Harcourt, et louer son infatigable
ardeur. M. R.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
Ï^OMME Espana mit en évidence Chabrier,
1^ Mandolinata a fait émerger le nom de
•|^^ Paladilhe. Cette gracieuse et alerte mé-
odie fit fureur dès le début ; les concerts,
;s salons s'en emparèrent. Saint-Saëns s'en
nthousiasma et l'exécuta lui-même, arrangée
'Our le clavier. Ce succès mit un peu dans
ombre les autres œuvres du compositeur, qui
ai un véritable petit prodige, puisqu'il n'avait
■as seize ans lorsqu'il remporta, en l'année
860, le premier grand prix de Rome avec la
antate Ivan IV.
Il est né à Montpellier, le 3 juin 1844. Aussi,
st-ce à Ms'' de Floverié de Cabrières, évêque
le Montpellier, et à la Société de Saint-Jean,
[ui exécuta pour la première fois, enavril 1892,
2s Saintes Maries de la mer, qu'il a dédié
ette nouvelle œuvre.
Tirées d'une légende provençale par M. Louis
jal'et, les Saintes Maries de la mer sont divi-
ées en quatre parties, dont les deux dernières
eulement ont été exécutées au Conservatoire,
es 4 et II mars 1894. La première est con-
acrco à la Résurrection. Les trois Maries
Mal le-Madeleine, Marie-Salomé, Marie-Jacobé)
ont, sur l'ordre de l'ange, annoncer la bonne
iou\'elle à Pierre et aux apôtres. Dans la
;econde, les apôtres et les fidèles sont réunis
lans la maison de Lazare, à Jérusalem ; ils se
Dréjiarent à se disperser pour prêcher la doc-
rmc du Christ, lorsque les Pharisiens enva-
lisscnt la demeure. Les saintes refusant de
-aire connaître la retraite de Pierre, les Phari-
siens s'emparent d'elles et de leurs compa-
gnons, puis les abandonnent aux périls de là
hier dans une barque sans voilesetsans avirons.
! En pleine mer, tel est le titre de la troisième
partie. Les trois Maries et lems compagnons,
réunis dans la barque, célèbrent la gloire du
Créateur. Mais, tout à coup, un vent violent
s'élève; des nuées épaisses envahissent la
barque ; les éclairs sillonnent la nue. La voix
de Jésus se fait entendre et rassure les voya-
geurs. Bientôt la tempête s'apaise et la barque
aborde en Provence.
La quatrième partie nous montre les trois
]\laries et leurs compagnons s'avançant au
milieu du peuple pa'ien, célébrant la fête de
Pan. Lazare proclame la foi chrétienne et ses
compagnons refusent de sacrifier aux faux
dieux. La foule les menace ; mais bientôt,
entendant les paroles des chrétiens et Lazare
faisant jaillir de la terre une source miracu-
leuse, les pa'iens se convertissent.
M. E. Paladilhe a traité ces différentes scènes
en habile muscicien : son orchestration est tou-
jours claire, bien que visant à l'effet et quel-
quefois recherchée ; dans certaines parties
l'élément mélodique accuse du tempéra-
ment. Et, cependant, de l'ensemble de l'œuvre
se dégage une impression de monotoaie et
un manque de personnalité. Telles pages rap-
pellent manifestement la manière de Gounod
ou celle de Massenet. L'auteur a fait intervenir
le grand orgue, voire le piano qui ne fait sou-
vent que doubler les autres parties de l'orches-
tre ; il laisse également apparaître tel ou tel
instrument à découvert. Voilà donc une parti-
tion mûrement étudiée et dont, en somme, le
travail est louable. Des deux scènes exécutées
au Conservatoire, c'est la dernière, « En Pro-
vence », qui a été le mieux accueillie. On a
notamment trouvé beaucoup d'entrain et de
couleur au chœur du début u Dans la vigne 0,
et un sentiment chaleureux à l'air « Sa m.ain
sur moi s'est étendue », admirablement chanté
par M"i"î Bosman. Les autres rôles étaient intel-
ligemment tenus par MM. Fournets et Cornu-
bert.
274
LE GUIDE MUSICAL
Dans le même concert, ont été entendus la
toujours jeune symphonie en la majeur de
Mendelssohn, le chœur si pittoresque de Schu-
mann, les Bohémiens, un concerto pour haut-
bois de Hœndel, exécuté en divine perfection
par M. G. Gillet, et enfin l'ouverture d'Egmoni.
Hugues Imeert.
f
Vendredi soir a eu lieu à l'Opéra la première
de T/iais de MM. Léon Gallet et J. Massenet.
Simple succès d'estime. Notre collaborateur
Marcel Remy rendra compte de cette première
dans le prochain numéro.
M. Eugène Gigout a donné, le i5 mars, à la
salle d'Harcourt, le huitième et dernier de ses
intéressants récitals d'orgue. Il s'est évertué à
faire entendre les œuvres anciennes, connues
ou inconnues, comme les œuvres les plus mo-
derne ; et le programme de sa dernière séance
est pour ainsi dire le reflet des précédentes.
C'est ainsi qu'à côté des vieux maîtres comme
Frescobaldi(i587-i65i),J.-S.Bach(i685-i75o),
Hœndel (1685-1759), figurent d'abord les com-
positeurs célèbres du xix'= siècle, Mendelssohn,
Berlioz, puis Saint-Saëns, G. Fauré, E. Gigout,
et enfin les plus jeunes dans la carrière, L. Boel-
mann, Guy Ropartz. Le nom de Niedermeyer
(1802-1861), qui fut le premier professeur de
M. E. Gigout, n'a pas été oublié.
Il n'est que juste d'ajouter que dans chaque
séance a été inscrit un numéro d'improvisa-
tion. Cet art, qui fut par excellence celui des
organistes de tous les temps et surtout de
l'époque de J. -S. Bach, ne doit pas être négligé,
et c'est faire acte de justice que de lui donner,
comme l'a fait M. Gigout, une place impor-
tante dans ses récitals. Au temps de Noël, il a
pris comme thèmes les douces et naïves mélo-
dies de nos anciens noëls. Dernièrement, c'est
à Parsifal qu'il emprunta ses sujets d'improvi-
sations. Le huitième récital a été donné avec
le concours de M™« Gramaccini-Soubre, M"^
Mary Ador, MM. P. Viardot et JandeUi.
La série d'auditions données par M. E. Gi-
gout ne sera pas restée infructueuse pour l'art.
Aussi l'excellent et savant organiste les renou-
vellera-t-il l'année prochaine. Nous les suivrons
avec le plus vif intérêt. H. I.
Septième concert historique, à la salle d'Har-
court. Trois noms sur l'affiche : à côté de l'art
patricien, byronien de Weber, à côté de l'angé-
lique Schubert, ce tempérament nostalgique
d'une frappante analogie avec César Franckj
les grossières gasconnades, les facéties d'homir
bien nourri du « Cygne de Pesaro ».
L'ouverture de V Italienne à Alger ou '.
Train qui passe et repasse. Mais où diable .«
dissimule cette mélodie dont le maître avait
secret ? J'ai entendu un bruit confus, des cre
ccndo boursouflés, un grésillement de violons 1
de flûtes ; et quelle orchestration ! les sonorité
pataudes, sales, le timbre des instruments teri'
à plaisir, ridiculisé, étriqué.
L'air de Se'miramis, le recueil le plus parfa Ij
des poncifs, des pont-neufs ; la Prière c , !
Moïse, une sorte de complainte en trois 0 I
quatre couplets avec refrain (celui-ci en m '
jeur) ; le trio de Guillaume Tell (pour troi ;
voix de femme) qu'on supprime généralemei 'i ;
tant il est insignifiant avec son grotesqi >
accompagnement d'instruments à vent.
N'insistons pas sur ces misérables compos' t
fions, sur ces vulgaires mélasses qui empestei M
le rance, le moisi, la poussière. *
De Schubert, VAgnns de la messe en «
bémol, pas ce qu'il a fait de plus élevé, YAt
dan te de la symphonie inachevée et trois liedt
chantés par M"'= Blanc : l'Attente, Son ima^
et la Jeune religieuse, ce dernier lied déclair *
sans passion, tandis que le premier était bie
dans le sentiment voulu. Des fragments d'Oi '
ron de Weber terminaient la soirée. M. R.
*$*
Au concert d'Harcourt du 11 mars, très v
succès pour la petite pianiste Berthe Balthazai
Florence. Le petit prodige a émerveillé
charmé l'auditoire en jouant avec un br;
remarquable VA iidante Spianota et la valse e
ré bémol de Chopin, la Tarentelle et la Ser.
nata de Moszkowski, etc.
Le talent de Berthe Balthazar est absohi
ment stupéfiant ; ses petits doigts parcoureii
avec une agilité surprenante le clavier,
rythme est observé de la façon la plus rigc
reuse, les forte sont pleins de vigueur.
La grande sœur de la mignonne pianistii
M"« Clotilde, qui, elle, a déjà une réputatiol
méritée de violoniste, a été également tn
applaudie dans \e Zigeiinerweisen de Sarasats
la Berceuse de la vision d'Harry et \'Int&)
mczzo de la composition de son père, enfii
dans une des Panses hongroises de Brahm
transcrite par Joachim.
>$•
Vendredi dernier, à la salle Erard, troisièo
séance de musique de chambre donnée p
M. et M""= Carembat. Programme classiqut
la sonate à Kreutzer, la sonate en si bém
pour piano et violoncelle de Haendel, le trio *
LE GUIDE MUSICAL
275
mi bémol pour piano, violon et alto de Mozart,
et le quatuor (op. 3) de Mendelssohn pour
piano et cordes. M. Carembat a développé,
dans la sonate à Kreutzer, toutes les ressources
de son jeu impeccable, enlevant avec une éton-
nante virtuosité les difficultés du premier mor-
ceau et les belles variations du second : c'est la
perfection. M'"'= Carembat nous a fait un plaisir
extrême ; son talent est une heureuse synthèse
de grâce et de vigueur ; c'est un véritable tem-
pérament d'artiste, affiné par de solides
études; son mécanisme parfait lui permet
d'aborder sans effort apparent les passages les
plus scabreux. En somme, grand succès pour
ces artistes, auxquels il est juste d'associer
MM. Bailly et Casella, qui prêtaient leur con-
cours pour les parties d'alto et de violoncelle
et les ont exécutées avec leur talent habituel.
D.
Nous avons eu plaisir à entendre de nou-
veau, au concert donné par MM. A. Lefort,
Casella, Giannini et Tracoi, le vendredi 9 mars,
à la salle de la Société de géographie, les Trois
Novellettes pour quatuor à cordes d'A. Glazou-
now.
Le quatuor Lefort a interprété cette œuvre
du jeune compositeur russe avec une verve
toute particulière, notamment la Valse et
l'Orientale; c'est une interprétation qui ne
manque pas de piquant, mais qui est différente
de celle que nous avions pu constater à une
séance de la salle Erard (Concerts Philipp).
M™<= George-Hainl a interprété magistralement
le concerto pour piano en ré majeur de
T. -S. Bach et le septuor pour piano, trompette
et instruments à cordes de Saint-Saëns, secondée
par MM. Teste, Lefort, Tracoi, Giannini, Ca-
sella et de Bailly. M^e Lazzari a fait entendre
plusieurs morceaux pour chant de Bach, Cam-
pra... et de MM. de Bréville etSylvio Lazzari.
M""^ Lazzari est excellente musicienne, mais le
volume de sa voix est peu considérable et
l'émission est souvent pénible. Il est vrai que
les morceaux qu'elle avait choisis ofifraient de
réelles difficultés.
Le quatuor à cordes en ré mineur de Mozart
a été très finement rendu par les quartettistes
Lefort, Tracoi, Giannini et Casella.
A la troisième matinée de M. J. White, le
succès a été pour le premier trio pour piano,
violon et violoncelle de Saint-Saëns, la sonate
pour piano et violon de César Franck, la
sonate pour violoncelle (n° 6) de Boccherini,
et le 10' quatuor de Beethoven. On a applaudi
vivement les interprètes, MM. White, Casella,
Tracoi, Trombetta et M""; Ferrari. Il ne faut
pas oublier M^s Paula Balliste, qui a chanté un
arioso de L. Delibes, Malgré uioi de G. Pfeif-
fer, et l'air d'Hérodiade de Massenet.
M. Félix Mottl, le célèbre chef d'orchestre
du théâtre grand-ducal de Carlsruhe, est arrivé
vendredi matin à Paris et a commencé immé-
diatement les répétitions pour le concert qu'il
doit diriger aujourd'hui même au Châtelet, et
dont on trouvera le programme plus loin (voir
le répertoire).
Le second concert extraordinaire organisé
par M. Colonne, sera, on le sait, dirigé par
M. Hermann Levi et aura lieu le vendredi-
saint. Le programme sera composé d'œuvres
de Wagner et de Beethoven.
Le troisième concert (22 avril), sous la direc-
tion de M. Edouard Grieg, sera exclusivement
consacré à l'audition de ses œuvres.
Le quatrième et dernier concert (29 avril),
sous 1 1 direction de M. Colonne, sera consacré
à H. Berlioz.
Mentionnons pour mémoire seulement l'au-
dition de VA Iccste de Gluck organisée par la
Société nouvelle de musique classique, au
théâtre Moncey :
La désillusion a été grande ; l'insuffisance de
l'exécution et l'inexpérience des interprètes ont
dépassé les bornes permises.
Gluck avait dit dans son épitre dédicatoire
d'A Iccste : « Lorsque j'entrepris de mettre en
musique cet opéra, je me proposai d'éviter tous
les abus que la vanité mal entendue des chan-
teurs avait introduits dans l'opéra italien, et
qui, du plus pompeux et du plus beau des spec-
tacles, avait fait le plus ennuyeux et le plus
ridicule. »
Si l'ombre de Gluck a pu assister à la repré-
sentation de cette semaine, elle a dû être mé-
diocrement satisfaite du résultat.
La maison Mackar et Noël, à Paris, vient
d'acquérir la propriété des fonds J. Hieland et
Th. Michaelis, qui comprennent nombre d'ou-
vrages à succès pour piano et chant.
TRISTAN ET ISEUI.T, la légende, le drame et la
partition, par Maurice Kuffek.vth. Pans, Fischbacher;
Biuxelles, Schott frères; Leipzig, Otto Junne. Prix :
5 francs.
Du même auteur :
Guide thématique et analyse de Tristan et Iseult,
I fr. 25 En vente chez Schott frères et à l'Of&ce central.
276
LE GUIDE MUSICAL
BRUXELLES
Lr^ouLE énorme, cohue bruyante au concert
«rqfe dirigé par M.Siegfried Wagner, dimanche
(;^/£i dernier, au théâtre de l'Alhambra. La
salle était absolument comble. Public du reste
très mêlé, où l'amateurisme salonnier coudoyait
le snobisme bavard du monde de la Bourse.
Peu de véritables connaisseurs, mais ceux-là
étaient de marque, — MM. Gevaert, Peter Be-
noit, Ferd. KufFerath, Gustave Huberti,
Dr Jorissen, de Liège, Lascoux et Chevillard,
de Paris, etc. — et ils ont fait au jeune chef
d'orchestre un accueil qui le dédommagera des
lourdeurs brabançonnes de la critique musicale
à un sou.
M. Siegfried Wagner a révélé dans cette
séance des facultés remarquables et tout à fait
exceptionnelles de chef d'orchestre. Ce qui
caractérise plus particulièrement sa manière,
• — ■ car il se marque déjà un commencement de
personnalité en sa direction, — c'est un mé-
lange très curieux et bien intéressant de fer-
meté rythmique alliée à une souplesse extraor-
dinaire dans l'accentuation de la mélodie. Il
n'astreint pas le chant à la carrure immuable
de la mesure, et cependant il ne laisse pas un
instant s'obscurcir le sens du rythme. C'est là
une faculté très rare et qui est la révélation en
lui d'un sentiment artiste très droit et très
pur. Avec cela, de la vivacité, de la fougue, un
certain emportement volontaire qui place intel-
ligemment les accents énergiques et groupe les
nuances d'une façon caractéristique. La sûreté
absolue, l'autorité, fruits de l'expérience,
s'ajouteront plus tard aux qualités dès à présent
acquises. Il serait injuste de les exiger d'un
jeune homme de vingt-cinq ans, qui débute
dans cette carrière si nouvelle, dans cette vir-
tuosité née d'hier : l'art de diriger l'orchestre.
Combien de ceux qui ont l'autorité et l'expé-
rience n'ont pas, en revanche, les dons naturels
le fin sentiment des nuances, la compréhension
claire de la polyphonie instrumentale qui nous
ont charmé dans M. Siegfried Wagner. Il s'est
produit un accroc dans le Siegjricd Idylï,
l'œuvre que le jeune chef d'orchestre avait le
plus caressée ; l'un des bassons a obstinément
donné une note qui n'était pas dans l'harmonie,
au passage où les bois établissent la transition
entre la première et la seconde partie. Si cette
faute n'est pas un acte de mauvais gré — ins-
tigué par quelque sénile envie, — c'est une
inadvertance si grossière qu'elle déclasse son
auteur et devrait le faire renvoyer dans quelque
compagnie de discipline musicale. Il a suffi de
cet accident pour rompre le charme. La fin du
morceau, toutefois, a été très poétique dans sa
douceur vaporeuse et comme imprégnée de
rêverie. Il y a eu là une nuance d'interpréta-
tion que ne nous avaient révélée ni Mottl, ni
Hermann Levi dans leurs récentes exécutions.
Très intéressante aussi, l'interprétation du
poème symphonique de Liszt, le Tasse, bril-
lante improvisation orchestrale, que M. Wag-
ner dirige avec une grande liberté rythmique,
enflant ici la phrase, la précipitant ailleurs pour
entraîner finalement l'orchestre, à toute en-
volée, dans la strette. Mais ce qui nous a le
plus séduit, c'est l'ouverture et la Bacchanale
du Tannhœuser, l'ouverture du Vaisseau-
Fantôme et enfin le prélude de Tristan, inter-
prétés d'une façon très dramatique, avec de
vigoureuses oppositions d'accents, mettant en
relief les divers épisodes de la composition
selon leur sens poétique. J'ai particulièrement
goûté le prélude de Tristan, moins violent que
sous la direction de Mottl, mais d'un sentiment
plus intense dans l'intimité, et rendu musicale-
ment d'une façon supérieure par la prolonga-
tion très habilement soutenue du crescendo
qui commence au trait des violons en tiercec
pour aboutir au fortissimo à la dernière entrée
du thème du Désir dans les cuivres. C'est là
véritablement le point culminant du prélude.
Presque toujours l'orchestre en est déjà arrivé
aufortissiino vingt mesures avant ce passage,
ce qui est un véritable non-sens. Ainsi même,
de ce jeune chef d'orchestre a inexpérimenté )i,
nos capellmeister les plus autorisés auront pu
apprendre une nuance intéressante et bonne à
retenir.
En somme, cette première apparition de
M. Siegfried Wagner à la tête de l'orchestre
bruxellois s'est terminée triomphalement pour
le jeune artiste, qui a été très acclamé à la un
du concert et rappelé quatre fois. Ce premier
succès à l'étranger sera certainement pour lui
un souvenir agréable, quand arrivé au sum-
mum de la virtuosité directoriale pour laquelle
il manifeste de si remarquables dispositions, il
se reportera à l'époque de ses débuts. Et nous
comptons bien le revoir à Bruxelles, où il se
sera acquis, par sa juvénile gaîté, par son amé-
nité, sa simplicité, par sa modestie distinguée,
de nombreuses et vives sympathies.
Tout l'intérêt de la séance de dimanche,
c'était lui naturellement. On a fait néanmoins
bon accueil à M'l<= Kempees, qui a chanté non
1
LE GUIDE MUSICAL
277
sans talent les Rêves et le Liebcstod d'Iseult.
Notons encore le succès du fragment de Hccii-
scl ci Gretel de M. Humperdinck. C'est une
très jolie pièce orchestrale, très finement
instrumentée, d'un caractère très simple à la
fois et très poétique. Pour la faire complète-
ment apprécier du public, il eût fallu, au pro-
gramme, l'explication de la pantomime qu'elle
accompagne. Les musiciens en ont goûté tout
de suite les mérites de st}'le et de facture.
Maurice Kufferath.
La première de Tristan et IseiiU qui devait
avoir lieu le lundi ig mars, est reportée au
mercredi 21.
La répétition générale est fixée à lundi. Ven-
dredi on a fait la répétition des décors.
La troisième séance du quatuor Ysaye a été
consacrée à trois œuvres de haute envolée : le
dernier quatuor de César Franck, le quator-
zième quatuor de Beethoven (op. i3i) et —
joué par M. Ysaye avec une maestria et une
vu'iuositémcom-pa.ra.hles,^ — Sarabande,Gigtie et
Chacoune, de la sonate en ré mineur, pour vio-
lon seul, de Bach. Trois œuvres uniques, pures
merveilles d'art, également supérieures toutes
trois dans des données différentes : car César
Franck dans ce dernier et profond quatuor en
ré est bien près de touchera Beethoven; et
Beethoven dans cette œuvre i3i est bien près
d être aussi moderne que le plus avancé des
maîtres contemporains, seulement avec ses
grandes idées en plus ; et entre les deux, le
bon vieux Bach, avec son inégalable fécon-
dité de rythmes, de combinaisons et sa richesse
d'harmonies plane comme le génie absolu des
poèmes sonores. Programme exceptionnel en
un mot, exécuté par des artistes exception-
nels, car ce quatuor d'Ysaye est, lui aussi, une
chose sans seconde. C'a été pour Ysaye tout
d'abord - quià uouiinatiir leo, — pour son
second Crickboom, pour l'excellent altiste Van
Hout et pour Joseph Jacob, le nerveux violon-
celliste, un triomphe égal et partagé.
M. K.
Une foule aussi nombreuse que choisie se
pressait vendredi soir dans la salle de la Gale-
rie moderne, non pour entendre des artistes
fameux amenés à Bruxelles à grands frais,
mais simplement pour écouter quelques jeunes
filles du monde, élèves de M. Kefer.
Un programme éclectique et intelligemment
composé nous a permis d'applaudir, tour à
tour, d'excellents amateurs et de véritables
artistes. Un concerto pour deux clavecins avec
accompagnement d'orchestre de Bach a été
exécuté par M'i^s Gabrielle Barbanson et Marie
Halot avec un juste sentiment des nuances et
beaucoup de clarté. M''^ Ladeuze, pour qui les
difficultés techniques n'ont plus de secrets, a
joué avec brio une fantaisie chromatique de
Bach. Enfin, M"'^ Jeanne Barbanson a chai-mé
par la finesse du doigté, la délicatesse du tou-
cher et la beauté du son. Mais le triomphe de
la soirée a été pour M^^<^ Van Nuffel d'Heyns-
broeck, qui s'est révélée véritable artiste : par
l'intelligence de son interprétation, la sûreté
et la puissance de son jeu, elle a absolument
transporté l'auditoire. Est-il nécessaire d'ajou-
ter que cette intéressante audition était orga-
nisée au profit d'une œuvre de charité à la tête
de laquelle se trouvent les exécutantes elles-
mêmes ? En cherchant à adoucir les souffrances
des humbles et des misérables, les initiatrices
de rCEuvre des petits pieds nus donnent un
précieux exemple.
Le concert de M''^^ Milcamps a eu lieu jeudi
à la Grande- Harmonie, devant une salle bon-
dée. M'is Julia Milcamps, dont on connaît la
belle voix et la bonne diction, a chanté avec
art le grand air de Suzanne de Paladilhe, se
jouant en cantatrice de talent des vocalises et
des difficultés dont ce morceau est hérissé. Elle
a dit avec un chuxTae égaX Nyinp]ies et Syl-
vains de Bemberg, et une chanson d'amour
d'ff ollmann. Succès très accusé pour M'I'î Mil-
camps, qui a été couverte de fleurs et comblée
de cadeaux. On a entendu aussi M. Pieltain,
basse chantante, premier prix du Conservatoire
de Bruxelles, qui a dit d'une voix bien tim-
brée la chanson à boire de la Jolie Fille de
Pcrth de Bizet ; Mi'es Lotty, Eisa et Watty
Ruegger, qui ont interprété d'une manière
bizarre le trio en ré mineur de Mendelssohn
pour violon, violoncelle et piano.
Beaucoup de monde au récital de M. P.
Litta, à la salle Ravenstein. Programme com-
posé d'œuvres des grands maîtres, exécutées
avec brio par M. Litta. Malheureusement, le
talentueux pianiste n'a guère souci de l'inter-
prétation : Chopin surtout est quelque peu
maltraité par lui, il ne parvient pas à faire res-
sortir la sentimentalité mélancolique qui est
278
LE GUIDE MUSICAL
la caractéristique du maître sans laquelle noc-
turne, fantaisies et scherzo ne sont qu'en-
nuyeux. On a fait un succès mérité à M. Litta,
après la sonate de Haydn n° 7 et après la
Rhapsodie no 12 de Liszt, œuvres où son bril-
lant mécanisme a pu se manifester. N.L.
Les journaux de Paris annoncent que
M. Beyle, baryton de l'Opéra, est engagé pour
la saison prochaine au théâtre de la Monnaie.
M'n'î Landouzy, qui vient de quitter l'Opéra-
Comique, serait également engagée par MM.
Stoumon et Calabresi.
Il vient de se constituer à Bruxelles, sous le
nom de Double Quatuor vocal, une société
composée de huit cantatrices, dont le but est
d'interpréter les principales œuvres pour voix
de femmes de nos compositeurs modernes.
Cette phalange d'artistes,' qui a son local à la
salle Erard, donnera très prochainement une
audition dans les salons de M. Michotte, et,
peu de jours après, son premier concert au
bénéfice d'œuvres de bienfaisance.
Au Cercle artistique, le 21 mars, soirée musi-
cale avec le concours de M. Léopold Auer,
violon solo de S. M. l'Empereur de Russie, de
M. Hasselmans, harpiste de S. M. la Reine des
Belges et de l'Octuor Belge, sous la direction
de M. Beauvais, professeur au Conservatoire.
Le concours ouvert par la maison Schott
pour la composition d'une marche solennelle
en vue de l'Exposition universelle d'Anvers,
est international. Les compositeurs de tous
pays sont donc admis à y prendre part.
Recommandons aux cantatrices de salon Je
t'aime, une jolie mélodie que M. Massenet vient
d'écrire sur des paroles charmantes de M"e Su-
zanne Bozzani, la jeune étoile qui va paraître
au théâtre des Galeries, en attendant ses débuts
à l'Opéra-Comique de Paris.
CORRESPOND A NCES
ANGERS. — L'Association artistique d'An-
gers a donné, dimanche dernier 11 mars, un
festival de bienfaisance, avec le concours de M"" Le-
vasseur et de M. Giraud, du théâtre d'Angers, de
M. Ballard, de l'Opéra, de M"" Paul Oriolle et
Mil» Baudry, de Nantes, de chœurs d'amateurs et
de la Société Sainte-Cécile. Les principales attrac-
tions du programme étaient le troisième acte de la
Wnlkyyie, la première partie du second tableau du
troisième acte des Maures Chanteurs et GaUia.
L'exécution de ces différentes œuvres a été superbe
et l'orchestre, sous la direction de M. Louis de
Romain, s'est surpassé. L'effet a été grandiose,
particulièrement en ce qui concerne les Maîtres
Chaideurs et Gallia. Cette page si inspirée de Gou-
nod a été l'occasion d'un triomphe sans précédent
pour M"" Levasseur. Le merveilleux choral des
Maîtres Chanteurs a produit une impression pro-
fonde et soulevé les applaudissements de la salle
entière, grâce à une magnifique interprétation des
chœurs. Dans la Walkyrie, M™" Paul Oriolle, à qui
était confié le rôle de Brunnhilde.en a fait ressortir
les nuances et les beautés en cantatrice de pre-
mier ordre. Les deux belles phrases de Sieglinde,
ont été dites avec beaucoup de chaleur et de sen-
timent par M"'-' de Romain et, dans l'Incantation,
M. Ballard a obtenu un succès justifié par une
superbe voix et une excellente diction.
Le reste du programme se composait du chœur
des Pileuses du Vaisseau-Fantôme, qui a été bissé,
de deux fragments de Samson et Dalila et à!Eschr-
monde.
Au milieu du concert, M. G, Bodinier, prési-
dent de la Société des Amis des Arts, a remis à
M. de Romain un « livre d'or » contenant près d6
deux mille signatures, en même temps qu'au nort
du gouvernement, M le préfet lui annonçait qu'L
venait d'être nommé oflîcier de l'instruction pu-
blique, en récompense des services qu'il aval
rendus depuis vingt ans à la cause de l'art.
Au banquet qui réunissait le soir toutes lei
sommités artistiques de l'Anjou, M. Théodon
Dubois, représentant M. le ministre de l'instruc
tion publique, a rendu hommage à M. de Romain
à celui qu'il a appelé si justement « l'âme di
toutes les manifestations angevines ».
Le Guide Musical envoie à M. de Romain, qui .
toujours combattu le bon combat, ses chaudes féli
citations.
Espérons que ce concert ne sera pas pour l'As
sociation artistique d'Angers, le chant du cygne.
ANVERS. — La Société royale d'Harmoni
vient de donner un grand concert vocal (
instrumental avec le concours de M"" MerguilUe:
de rOpéra-Comique, et de M. Hollaender, l'exce
lent violoniste allemand. Ce dernier afait entendr
un concerto de sa composition admirableraei
rendu et dont l'adagio, surtout, contient des pagi
distinguées. M. Hollaender est, sans contredit, t
artiste de valeur, dont le talent fin et discret sei
toujours apprécié des véritables connaisseurs.
Quoique douée d'une jolie voix. M"'- Merguilli'
a déplu par sa diction affectée dans l'air des AVi
de Figaro. Interprétée de la sorte, la musique 1
Mozart, si coulante et si naturelle, devient insu
poitablement fatigante à écouter. La cantatrice
etc plus heureuse dans une bluette de Charainac
i
LE GUIDE MUSICAL
279
ainsi que dans la jolie berceuse de Jocelyn de Go-
dard. De ce dernier, l'orchestre a fait entendre une
Kermesse d'une brillante coloration instrumentale.
Citons également la belle ouverture de Kœnig
Manfred, une des plus remarquables pages sym-
phoniques de Cari Reinecke.
A la salle Anthonis, il y avait foule pour l'audi-
tion des élèves des cours réunis de M. Ed. Samuel
(de Bruxelles) et de MM. Bacot et C. Smit de notre
ville. Le programme, dont nous ne pouvons détail-
ler les différents numéros, était bien composé. Les
élèves, dont quelques uns, encore fort jeunes, ont
montré de l'école et du style.
Salle comble, mardi, au Théâtre-Flamand.pourle
bénéfice de M. H. Fontaine. Cet empressement
fournit une nouvelle preuve de la sympathie qu'à
su s'attirer l'entreprise du Théâtre 13'rique flamand.
Sans doute, M. Fontaine était le héros de la fête
et les ovations fleuries n'ont pas manqué ; mais,
cela n'a pas empêché le public d'applaudir, à
diverses reprises, les autres interprêtes, les jeu-
nes artistes, qui ont si vaillamment secondé M.
Fontaine dans sa tâche. Le spectacle se compo-
sait du premier acte du FreiscMts et du Vaisseau-
Fantôme, en entier ; spectacle un peu long, mais
éminemment artistique dans sa composition.
M. Siegfried Wagner était venu de Bruxelles
pour assister à la représentation, et il en a été très
satisfait.
Au Théâtre-Royal, dimanche, Lohengrin et le
Barbier de Sévilh (avec l'air de la Reine Topaze,
à la leçon de chant) formaient un ensemble moins
esthétique ; mais les spectacles panachés sont fort à
la mode.
Jeudi dernier, la Muette de Portiez (morcelée
comme d'habitude) servait de lever de rideau à une
nouveauté : Folies d'amour, est un opéra comique
en un acte, dont le charmant scénario est rehaussé
d'une musique fine et spirituelle. M™« la baronne
de Fontmagne y révèle des qualités sérieuses ;
l'orchestration ne trahit point une plume féminine.
Les mélodies coulent de source et les accompa-
gnements (dans la romance de Dorante, par exem-
ple), ont une couleur peu banale.
M. Viroux, très en voix, s'y est taillé un succès.
M'''' Castaigné, notre dugazon, a été char-
mante ; la scène de la folie, surtout, a fourni à la
cantatrice l'occasion de faire valoir ses qualités.
En somme, joli succès. Plusieurs numéros ont
été favorablement acceuillis, et l'auteur, qui assis-
tait à cette première, a du être satisfait de l'inter-
prétation. A. W.
BERLIN. — Le 6 mars, à la salle Berhstein,
grand succès pour M"" Roger-Miclos, de
Paris. A la fin delà séance, quatre rappels, ce qui
arrive rarement dans cette salle, du reste beau-
coup trop modeste pour être en rapport avec le
grand talent de l'artiste, M""= Roger-Miclos est
certainement une des premières pianistes ac-
tuelles ; son jeu, à la fois puissant et délicat, sur-
passe, à mon avis, celui d'une Carreno ou d'une
Posznanska.
Le programme était composé des Etudes sympho-
niques op. i3 de Schumann, de pièces de Chopin,
Pfeiffer. Godard, de la Rhapsodie n° 11 de Liszt et
de VAfpasionata de Beethoven, dont l'interpréta-
tion n'a malheureusement pas compté parmi les
meilleures de la soirée.
M"° Roger-Miclos nous donnera, les i3 et
i5 mars, deux nouveaux récitals ; elle se fera en-
tendre (irochainement à Dresde.
Cette semaine, trois concerts populaires, sous
la direction de l'infatigable Mansteadt. Dans les
deux premiers, on a entendu la Symphonie drama-
tique de Rubinstein (dirigée la veille par l'auteur,
nu neuvième grand concert), les ouvertures des
flebrides, du Carnaval romain, de Léonore III, des
Noces dé Figaro, une marche du Henri VIII de
Sainl-Saëns et le finale du Rheingold. Dans le der-
nier, les symphonies de Haydn (avec le coup de
timbale), en sol mineur de Mozart et en la majeur
de Beethoven
De nouvelles et dignes « Trauerfeier » pour
Hans de Bulow ont eu lieu, vendredi, dans la salle
de la Philharmonie, devant un public invité. Nous
devons ces fêtes à l'ami intime et disciple de
Bulow, M. Siegfried Ochs, qui a montré dans leur
organisation le plus complet et le plus noble désin-
téressement. Nous ne saurions trop l'en louer. Un
discours retraçant la carrière unique de Bulow,
a été prononcé par M. Kainz, du Deutsches-Thea-
ter. La partie musicale était composée d'un pré-
lude pour orgue de Bach, joué par le professeur
Reimann, de VElegischer Gesang pour chœurs et
orchestre de Beethoven et du Schicksalslied de
Brahms, également pour chœurs et orchestre. Ces
deux dernières œuvres, dirigées par M. Ochs, ont
])roduit grande impression sur l'auditoire. Pour la
circonstance, la scène avait été tendue de noir; à.
l'avant de celle-ci, le buste de Bulow se trouvait
entouré de fleurs. C'était vraiment fort digne.
Le 10 mars, à la Singacadèmie, exécution de la
messe en si mineur de Bach. La salle entière
étant louée, nous n'avons pu entendre que la
répétition générale. Les chœurs sont excellents :
ils ont de la puissance, du rythme et chantent, à
peu d'exeptions près, fort juste; ils sont dirigés
par M. Blumner, un musicien très consciencieux,
mais qui a l'insuppoitable manie de frapper son
pupitre de sa baguette de chef. Nous ne parlerons
pas des solistes, qui n'ont pas dépassé la médio-
crité. E. B.
I^INCHE — M. Nicolas Daneau nous a fait
3 connaître dimanche passé, à Binche, quel-
ques-unes de ses œuvres, en un très intéressant
concert.
Outre quelques morceaux de chant exécutés par
M""= Hiernaux, De Guffroy et M. Pieltain, un
Sanctus et un chœur, les Néréides, pour voix de
femmes et orchestre, ont été surtout applaudis.
280
LE GUIDE MUSICAL
Mais ce qui, naturellement, a excité le plus
l'attention des auditeurs, c'est l'exécution de Lady
Macbeth, la cantate que M. Daneau composa l'an
passé, lors du concours pour l'obtention du prix
(le Rome, travail qui valut à son auteur une men-
tion honorable (récompense bien modeste eu égard
aux partitions concurrentes). Le public bincliois
n'a pas ménagé les ovations à l'auteur. Disons
d'ailleurs que ce dernier est un artiste inspiré, ayant
un rare sens du pittoresque et possédant une très
belle palette orchestrale. On reprochera à M. Da-
neau de subir encore quelques influences — par
exemple celle, toute fatale, de Wagner — mais il
est certain que la personnalité, déjà marquée,
de notre compatriote finira par s'affirmer avec
éclat
Nous attendons M. Daneau au concours de
Rome de l'an prochain.
LIEGE. — Il s'est glissé dans la dernière
lettre de notre correspondant une erreur
qu'il nous prie de rectifier. Parlant du concert de
bienfaisance dirigé par M. Delsemme, il a, vic-
time en cela du sot procédé de ne pas envoyer
aux critiques le programme exact, — cité parmi les
solistes de la Cloche, de Max Bruch, les noms de
M. Renaud et de M"'' Lépine. Au dernier moment
ces deux artistes ont été remplacés, et en réalité
c'est M"" Gane, élève de M"" Lépine, et M. Du-
four, lauréat du Conservatoire de Paris, qui ont
tenu les rôles. Simple erreur de noms. Les appré
dations restent exactes.
— M. Radoux, directeur du Conservatoire de
Liège, prépare une exécution intégrale des Béati-
tudes de César Franck. L'exécution aura lieu le
iT avril, à 3 heures. Répétition générale, la veille
à 8 heures du soir.
LILLE. — Concerts populaires. - La
Société des Concerts populaires donnait,
dimanche dernier, sa sixième et dernière matinée
de l'abonnement, avec le concours de M. Edouard
Risler, pianiste.
Ce jeune artiste est un des plus brillants élèves
de M. Diémer, et nous avons retrouvé en lui le
mécanisme savant, la méthode parfaite et cette
correction dans la virtuosité qui caractérisent son
excellent professeur. Son jeu, d'une infinie délica-
tesse dans les passages de douceur et d'une puis
sance étonnante dans \&s forte, est surtout remar-
quable par la pureté du phrasé et la sobriété de
l'expression.
M. Ed. Risler nous a fait entendre un prélude
de Chopin, — celui-ci en ré bémol, — un des plus
beaux du maître polonais ; la Fantaisie en la
mineur, du même auteur, d'une inspiration si per-
sonnelle ; un Concerto caprkcioso, pour piano et
orchestre, de Th. Dubois, dont c'était la première
audition à Lille. Plutôt romantique que classique.
ce concerto ne contient qu'un seul morceau,
coupé par un court adagio. Le thème initial,
exposé d'abord par l'orchestre, est repris ensuite
par le piano et développé en de savantes modula-
tions. Dans l'adagio qui suit, on retrouve, tantôt
à l'orchestre, tantôt à la basse du piano, certains
traits mélodiques et rythmiques de l'allégro précé-
dent. Cet adagio s'enchaîne avec le finale, qui
rappelle le motif du début avec de nouveaux déve-
loppements. Œuvre très intéressante et distin-
guée.
M. Risler nous a encore donné une petite pièce
de Schumann : Au soir, sorte de rêverie empreinte
d'une douce mélancolie ; la onzième rapsodie de
Liszt, à laquelle ses deux thèmes si opposés, l'un
assez lent, l'autre assez vif, donnent une si jolie
couleur de musique tzigane ; et enfin, un Préludt
et fugue, de M. Em. Ratez, d'une inspiration sou-
tenue et d'une écriture élégante.
L'excellent artiste a interprété ces divers mor-
ceaux avec une intelligence parfaite de la pensée
de leurs auteurs et une impeccable virtuosité.
Aussi a-t-il été, à plusieurs reprises, l'objet d'ova-
tions répétées.
D'importants fragments des Erymties de Masse-
net et du Songe d'une nuit d^été de Mendelssohn,
très connus, mais qu'on entend toujours avec
plaisir, complétaient le programme de cette
matinée. Ils ont été bien exécutés par l'orchestre,
dont les solistes, MM. Deren, Dreux, Gabelles et
Ouesnay, se sont particulièrement distingués.
E. M.
I
P)OUEN. — MM. Philipp, Berthelier et
^ Lœb sont venus donner, à la salle Klein,
un concert qui a réussi de la façon la plus bril-
lante.
Le programme se composait du deuxième trio
et d'une sonate de Camille Saint-Saëns, d'une
suite d'Emile Bernard, d'un trio de Brahms, de la
romance et de la Marche nuptiale de Widor.
On peut dire que l'exécution n'en a rien laissé à '
désirer. MM. Berthelier et Lœb, le premier sur le
violon, le second sur le violoncelle, ont tenu leur
partie avec une maestria et une pureté de goût
vraiment admirables. C était un régal artistique.
Dans la Marche nuptiale pour deux pianos, la
réplique a été donnée à M. Philipp par M. André
Klein, un musicien consommé et trop modeste.
TOURNAI. — La Société de musique de
Tournai annonce, pour le dimanche i"' avril
prochain, un second grand concert, pour terminer
sa saison musicale. On }' exécutera la Vie d'une rose,
de Schumann, r.4&/i(M du Messie, ainsi que le Sauc-
tus et le Benedictus de la messe de sainte Cécile,
de Ch. Gounod, avec orgue et orchestre.
Le comité a engagé comme solistes M"" Sidner,
de l'Opéra de Stockholm, et M. Degenne, ténor de
rOpéra-Comique de Paris. M"" Sidner chantera \
LE GUIDE MUSICAL
281
quelques mélodies de Grieg, dont elle a été l'élève;
et M. Degenne, des mélodies de Schumann.
Le concert aura lieu à la Halle aux Draps, à
huit heures du soir et sera terminé à dix heures.
M. Lilien, professeur à l'Académie de musique,
donnera le 20 de ce mois un grand concert.
Signalons comme numéros au programme la
symphonie en lit de Beethoven et le concerto,
quatuor de violons, de Mauser, morceaux non
encore entendus à Tournai (!).
NOUVELLEii DIVERSES
Il y a eu, jeudi dernier, un gros scandale à
la Scala de Milan. Un groupe d'abonnés a
violemment interrompu par des sifflets et des
protestations la représentation de la \V alkyrie.
C'était la dix-septième ou dix-huitième repré-
sentation du drame wagnérien. Au moment où
M. Masclieroni montait au pupitre, des chut
et des cris divers retentirent de différents coins
de la salle : « Assez ! assez ! » cris auxquels
répondit une autre partie du public en applau-
dissant et criant : « En avant, en avant ! » Au
milieu de cette bacchanale, l'orchestre a attaqué
les premières notes de l'introduction; mais, après
quelques mesures, il fallut s'arrêter.
Alors un grand nombre d'abonnés applau-
dirent et entourèrent le maestro Mascheroni,
déclarant que la démonstration était dirigée
uniquement contre la direction. Dans les
groupes, s'engagèrent des discussions animées ;
il y en avait qui voulaient empêcher la repré-
sentation, d'autres craignaient qu'on n'inter-
prétât la démonstration comme hostile à
l'œuvre de Wagner. Après quelques minutes,
l'orchestre attaqua de nouveau le prélude,
mais une tempête de sifflets, de cris : « Suffit!
à bas la direction ! » s'éleva dans toute la salle.
A l'entrée du ténor, la tempête augmenta d'in-
tensité et il ne put pas même ouvrir la bouche.
La direction fit annoncer alors que la repré-
sentation n'était pas comprise dans l'abonne-
ment ; mais les protestations continuèrent de
plus belle.
A ce moment, un délégué de la sûreté pu-
blique entra avec deux carabiniers ! Les
abonnés, déjà irrités, s'exaspérèrent à cette vue,
et forcèrent, par leurs cris et protestations, le
délégué à se retirer.
Il fallut se résoudre, finalement, à interrompre
la représentation ; la police donna l'ordre de
suspendre le spectacle et de rendre l'argent, ce
qui fut fait. Depuis, le théâtre est resté clos.
Au fond, cette cabale a été suscitée unique-
ment par les abonnés fatigués d'entendre tou-
jours le même ouvrage alors que le programme
de la saison leur promettait tout une série
d'opéras nouveaux qu'ils n'auront pas eus. Le
fait est que le succès de la Walkyrie est sans
précédent en Italie. On n'a jamais vu un même
ouvrage donné dix-sept fois en moins de deux
mois. Et ce qui ajoute encore à la mauvaise
humeui' des abonnés et des éditeurs, leurs com-
plices, c'est que la Walkyrie seule a fait recette.
Tous les autres ouvrages, notamment la Manon
de Puccini, ont lamentablement échoué et se
jouaient devant les banquettes !
Inde irœ.
Tannliœuser vient de triompher à Nice.
Ovations et rappels après chaque acte. Le rôle
de Tannhseuser était tenu par M. Paulin, celui
de Vénus par M"« Issaurat et celui d'Elisa-
beth par M "'^ Vauthrin. Très bonne exécution
des chœurs et de l'orchestre ; mise en scène
très réussie.
Les journaux américains annoncent que
M"e Nordica est engagée à Bayreuth, pour les
représentations de l'été prochain. La nouvelle
est exacte. M"e Nardica chantera notamment le
rôle d'Eisa.
Chef d'orchestre wagnériens en V03'age :
Tandis que M. Hermann Levi après le con-
cert qu'il va diriger à Paris pendant la semaine
sainte, se rendra à Lisbonne pour diriger une
série de concerts, M. Félix Mottl fera sa pre-
mière apparition comme chef d'orchestre à
Londres, au Queen's Hall.
On connaissait déjà M. Saint-Saëns pianiste,
M. Saint-Saëns poète, M. Saint-Saëns critique.
M. Saint-Saëns voyageur, M. Saint-Saëns
compositeur, M. Saint-Saëns mystificateur.
Voici maintenant M. Saint-Saëns astronome. A
la dernière séance de la Société astronomique
de Paris, M. Camille Flammarion a commu-
niqué à ses collègues deux lettres de l'auteur
de Pliryné, relatives à des problèmes d'op-
tique...
Le Real, de Madrid, a donné la semaine der-
nière la première représentation de los Maes-
tros Cantores de Niireinbcrg. C'est la première
fois qu'en Espagne se donnait la comédie
lyrique de Richard Wagner. Comme il fallait
s'y attendre, l'œuvre a un peu dérouté le public.
Les deux premiers actes ont été reçus froide-
ment; mais, au troisième, l'enthousiasme a
débordé et la représentation s'est terminée par
un rappel chaleureux des interprètes et parti-
culièrement du senor Goula, chef d'orchestre.
La presse madrilène loue beaucoup la senora
Arkel (Eva) et le senor Menotti (Walther).
Le 7 mars, a eu lieu à Florence la première
exécution dans cette ville de la Damnation de
Faust de Berlioz. Enthousiasme exubérant.
Plusieurs morceaux ont été bissés avec insis-
282
LE GUIDE MUSICAL
tance. A la fin de l'exécution, une ovation a été
faite au chef d'orchestre, M. Mugnone.
M™e Amélie Materna, la grande interprète
wagnérienne va rentrer sous peu en Europe de 1
sa tournée aux Etats-Unis ; elle doit reparaître |
à la fin de la saison à l'Opéra de Vienne, pour j
y faire ses adieux à la scène, et célébrer en j
même temps ses noces d'argent artistiques, j
Elle appartient, en effet, depuis 1869 à l'Opéra j
de Vienne. On sait que la Materna avait débuté
comme chanteuse d'opérette au Carl-Theater
de Vienne. |
On mande de Carlsruhe que M. Félix Mottl
serait appelé à la direction de la chapelle de la
Cour et de l'orchestre du Théâtre royal à Mu-
nich, en remplacement de M. Hermann Levi.
Celui-ci prendrait sa retraite à la fin de la saison,
après vingt-deux ans d'exercice.
BIBLIOGRAPHIE
^ Signalons aux professeurs de solfège et
d'harmonie les Petits tableaux synoptiques d'har-
monie préparatoire, de M. Ch. Dillé. (De Aynssa,
éditeur, Bruxelles.) L'auteur dans le but de vulga-
riser la connaissance des principes essentiels de
l'harmonie, a juxtaposé sous une forme toute
nouvelle, rendue plus claire par la précision des
chiffres, les gammes majeures et mineures; en
rapprochant les deux gammes relatives de chaque
ton, il découvre en quelques formules mathéma-
tiques tfès simples la série des accords que peut
supporter chaque degré de la gamme. On ne peut
assez recommander ce vade-mecum extrêmement
pratique et clair.
PIANOS ET HARPES
ÉKARD
I BRUXELLES : 4. rue Latérale
PARIS : 13. rue du Mail
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
RICHARD WAGNER
LOHENGEIN
Opéra en 3 actes et 4 tableaux
Traduction française de Ch. Nuitter
Partition chant et piano, prix net : 20 francs
LE VAISSEAU-FANTOME
Opéra en 3 actes
Traduction française de Ch. Nuytter
Partition chant et piano, pris net : 20 francs
TANNHiEUSER
Opéra en 3 actes et 4 tableaux
Traduction française de Ch. Nuytter
Partition chant et piano conforme aux exécu-
tions modèles de Bayreuth, prix net : 20 fr.
RIENZI
Opéra en 3 actes '
Trad. franc, de Ch. Nuytter et J. Guillaume
Partition chant et piano, prix net : 20 fr.
Morceaux de chant séparés. — Arrangements pour piano seul,
piano à quatre mains, deux pianos à quatre mains et huit mains. — Transcriptions pour
piano et instruments divers
Fragments pour orchestre seul et orchestre et chant. — Musique militaire
TROIS MÉLODIES
L'Attente (V. Hugo), 1-2. . . . fr. 4
Mignonne (Ronsard) 4
Dors mon enfant, 1-2 .... 4
QUATRE POÈMES D'OPÉRAS
Précédés de la lettre sur la musique
Illustration de G. Rochegrosse et F. Marcotte
PRIX : 4 FRANCS
LE GUIDE MUSICAL
283
NÉCROLOGIE
Sont décèdes :
A Marseille, Auguste Caune, organiste de Saint-
foseph, auteur de pièces pour piano et pour or-
chestre (dont l'une, le Pèlerinage de Kerlaar d'après
ïenri Heine, fut exécutée avec succès aux Con-
certs populaires de sa ville natale), de messes, de
)ièces de musique de chambre et d'un oratorio, le
Veau d'or, qui fut exécuté à Genève. Il était no
!n i8a6.
— A Bologne, César Aria, président de l'Aca-
lémie de Bologne, amateur distingué de musique
lui s'est fait connaître par des compositions va-
iées (messe, opéra, cantates), et qui fut l'ami de
eunesse de Rossini. Il était né à Bologne en 1S20.
^^^mwmjmm et concerts
i Paris
prÉRA. — Du 12 au 17 mars ; La Walkyrie. Salammbô.
' Thaïs. Bal militaire.
)pÉEA-C0MiQUE. — Du II au 17 mars : Mignon. Le
Dîner de Pierrot. La Dame blanche. Les Deux Avares.
Phryné, Fidès et Cavaleria ruslicana. L'Attaque du
moulin et les Deux Avares. Mignon. Phryné. Fidès et
Cavalleria rusticana, Phryné, Fidès, et Cavalleria
rusticana.
LES CONCERTS DU DIMANCHE
Chatelet. — Concert sous la direction de M. Félix
Mottl — Œuvres de Berlioz : Ouverture de Benve-
nuto Celini ; duo de Béatrice et Benedict : Héro,
Mm.- Auguez de Montalant ; Ursule. M""= Planés ; ou-
ouverlure du Carnaval romain ; Roméo et Juliette
(fragments). - Œuvres de R. Wagner : Ouverture
des Maîtres Chanteurs: Tristan et Iseult (prélude du
1"' acte; mort d'Iseult, scène finale); prélude de Par-
sifal; ouverture de Tannhasuser.
Concert Lamoureux (Champs-Elysées). - Symphonie
en ré mineur, i^b audition (Bruckner); TAmour de
Myrlo (F. Le Borne), M'Iiî J. Marcy; ouverture de
Coriolan (Beethoven); Meister Preislied, M. Gibert ;
duo du ii^i' acte du Crépuscule des dieux iWagner),
M'"e Marcy et M. Gibert; Marche du Tannhasuser
(Wagner).
Concert d'Harcourt. — Troisième audition des frag-
ments des Maîtres Chanteurs de Nuremberg (R. Wag-
ner), Hans Sachs, M, Auguez; Walter, M. Lafarge ;
Eva, M"" Eléonore Blanc. Orchestre et chœur
(i3o exécutants).
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» 2 Conte d'Iseult à Brangasne . . . . 2 85
» 3. Duo d'amour i 25
» 4. Demande de Tristan à Iseult . . . — gS
1) 5 Réponse d'Iseult à Tristan . . . . ^ 65
» 6. Apothéose d'Iseult i 60
-6s mêmes complets (édition popul. n" 494) net 5 —
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et Iseult 2
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- Morceaux tirés de Lohengrin et de Tristan et
Iseult. Complets (édition populaire n» 421) net 6 i5
""sen, Edouard. Morceaux lyriques avec texte :
N° l. Raillerie de Kurweual — 65
» 2. Conte d'Iseult à Brangasne . . . . 2 20
» 3. Duo d'amour — 95
» 4. Demande de Tristan à Iseult . . . — gS
" 5. Réponse d'Iseult à Tristan . . . — gS
6. Apothéose d'seult i 60
Les
mêmes complets (édit, populaire n» 420) net 3 75
Liszt, F. La mort d'Iseult (scène finale) .
Rubinstein, Jos Musikalicher Bilder ;
N° I. Scène d'amour. . . ....
» 2. La mort de Tristan
<'inno & quatre mains
Partition
Prélude (ouverturei
Potpourri
Cramer, H. Fantaisie sur des motifs de Tristan
et Iseult : Cahier i. Acte premier ....
» 2. Acte deuxième ....
» 3. Acte troisième ....
Lassen, Edouard. Morceaux lyriques avec
texte. Arrangement de Hans Sitt.
N" i. Raillerie de Kurwenal
» 2. Conte d'Iseult ê Brangéene ....
« 3. Duo d'amour
>i 4. Demande de Tristan à Iseult .
)) 5. Réponse d'Iseult à Tristan ....
" 6. Apothéose d'Iseult
Les mêmes complets (édit. populrire n" 420) net
Liszt, F. La mort d'Iseult scène finale). Arran-
gement de A. Heintz
Dc-ii.x pianos à quatre mains
Prélude (ouverture). Arrangem.de A. Pringsheim
Idem, Second piano
La mort d'Iseult (scène fin.) Arr. de A. Pringsheim
Prélude et mort d'Iseult. Arr de A. Pringsheim.
Deux pianos à huit mains
Prélude (ouverture). Arrangera, de A. Heintz .
La mort d'Iseult (scène fin.). Arr. de A. Heintz
4 45
3 75
57 5o
2 25
3 i5
3 75
- 95
3 i5
Vient de paraître : TristàU et Iseult, par Maurice KUFFEEATH. Prix : 5 francs.
5 65
6 go
3 i5
6 75
284
LE GUIDE MUSICAL
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du lo au i8 mars ;
L'Attaque du moulin. Werther et Pierrot macabre.
Aida. L'Attaque du moulin. Le Prophète. Relâche.
Mercredi 21, première de Tristan et Iseu.lt.
Théâtre des Galeries — Sainte-Freya. Boccace.
Alcazae royal. — Spectacle varié.
Conservatoire royal —Dimanche iS mars, à 2 heures :
6<= concerto grosso de Hœndel; Magnificat de J -S.
Bach; Psaume XVIII de Marcello.
Hôtel Ravenstein. — Mercredi 21 mars, à 8 h. }4'
3^ séance de musique de chambre donnée par le
quatuor Crickboom-Angenot-Hans-Merck, avec le
concours de M"« Louisa Merck, pianiste. — Pro-
gramme : Trio en ut, op 87 (J. Brahms), M"° Merck,
MM Crickboom et Merck ; Sonate VII (Beethoven),
M"* Merck et M Crickboom; Premier quatuor en la
mineur (Schumann), MM. Crickboom, Angenot, Hans
et Merck.
Liège
Nouveaux Concerts (Salle du Conservatoire), sous la
direction de M. Sylvain Dupuis — Dimanche
18 mars, à 3 h }/^, 3" concert avec le concours de
M. Eug. d'Albert. — Ouverture tragique, op 81 ■
(J. Brahms); Concerto n" 2, op. 12 (Eug. d'Albert),
M. Eug.d'Albert ;Tod und Verklarung, op. 24, poème
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22. passage des Panoramas (grande galerie)
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Propriétaires des œuvres de TscbaiUofVsBiy, Gottschaik, Prudent, Allurd
(les âi-fhivcs du pitiuu et de la (célèbre .flétiioilc <lc |tiauo .%.. Le Carpentîcr
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Op. 34. Sclierzo-valse pour violon
Partition (copiée) ....'..
Partses séparées. . . . . -5
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 35. Concerto en ce majeur pour Aiolon
Partition 12
Parties séparées. ■ 18
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 36. Quatrième symptLOnie en /a mineur :
Partition 25
Parties séparées 35
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 39. Douce rêverie et Valse, pièces ex-
traites de l'Album d'enlants
(nos 21 et 81, arrangées pour instru-
ments à cordes.
Partition i
Parties séparées 2
Parties supplémentaires . . chaque »
Op. 43 Première suite d'orcîiestre :
I" Introduction et fugue ; 20 Divertisse-
ment ; 3° Andante ; 4" Marche minia.
ture; 5' Scherzo; 60 Gavotte.
Partition 20
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 43. Marche miniature extraite delà suite :
Partition 2
Parties séparées 3
Parties supplémentaires cordes i'"' et 2"
violons seulement. . . . chaque i
Op. 44. Deuxième Concerto en sol majeur
piano ;
Partition 20
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Violon solo I
• Violoncelle solo i
Op. 45. Capriccio italien :
Partition i5
Parties séparées 25
Parties supplémensaires cordes chaque 2
Op. 48. Sérénade pour instruments à cordes
I» Pièce en forme de sonatine ; 2^ Valse ;
30 Elégie; 40 Finale (thème russe).
Partition 8
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 49. Ouverture solennelle :
Partition 10
Parties séparées. ....... 20
Parties supplémentaires cordes chaque i 5
Op. 53. Deuxième suite d'orchestre :
10 Jeu des sons; 2" Valse; 3o Scherzo hu-
moristique; 40 Rêves d'enfant 5" Danse
baroque, style Dargomijsky.
Partition 25
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 55. Troisième suite d'orchestre :
i» Elégie ; 2» Valse mélancolique ;
30 Scherzo ; 4" Thème avec variations.
Partitiion 3o
Parties séparées 35
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 56. Fantaisie en sol majeur pour piano,
dédiée à M™" Essipoff.
Partition 10
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 58. Manfred, symphonie en 4 parties,
d'après Byron :
Partition 40
Parties séparées 7a
Parties supplémentaires cordes chaque 4
(A suivre./
LE GUIDE MUSICAL
285
symphonique (R. Strauss); Sonate appassionata,
op. 57 (Beethoven), M, Eug. d'Albert; Prélude du
2' acte de Gwendoline (E.Chabrier); Prélude et fugue
en ré majeur (Bach-d'Albert), rondo en la mineur
(Mozart), nocturne op. 9, n° 3 (Chopin), rapsodie
espagdole (Liszt), M. Eug. d'Alberl); Ouverture du
Carnaval romain (H. Berlioz).
Dimanche 20 mai, à 3 h. J^, i"'^ et 2" actes de Tristan et
Iseult de R. Wagner. M. E. Van Dyck, du Théâtre-
Impérial de Vienne et du Théâtre de Bayreuth, chan-
tera le rôle de Tristan.
Berlin
Opéra-Impérial. — Du 11 au 18 mars : Les Medici.
Rheingold. Mara et Puppenfee. I Pagliacci et Falstaff.
Lohengrin. Les Medici. Falstaff. Tannhasuser. Or-
phée.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — La Guerre
joyeuse.
Vienne
Opéra-Impérial. — Du 11 au 18 mars : Freyschûtz. La
Reine de Saba. Werther. La Walkyrie. I Pagliacci
et Terre et soleil. Le Baiser et le Diable au pension-
nat. Les Joyeuses Commères de Windsor et Valse
viennoise. Lohengrin. Manon.
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Lammermoor. Obéron. Les Joyeuses Commères de
Windsor. Répétition générale publique. Concert an-
nuel du dimanche des rameaux.
Munich
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seau-Fantôme (avec M. Reichmann). Egmont. Wie-
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40'' ANNÉE 2S Mars 1S94
SOMMAIRE
Maurice Kufferath : Tristan et Iseult au
théâtre de la Monnaie.
Marcel Remy : Thaïs de MM. L. Gallet et
Jules Massenet, à l'Opéra de Paris.
F. Mottl au Châtelet.
Chronique bc la Semaine : Paris et Bruxelles : Con-
certs divers.
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Gillet, E. Douce caresse, pour piano .
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33 mars 1894.
TRISTAN ET ISEULT
AU THÉÂTRE DE LA MONNAIE
ANS le concert d'éloges décernés à
MM. Stoumon et Calabresi et aux
artistes qui viennent de représenter
Tristan et Isetilt sur la scène de la Mon-
naie (i), je serai peut-être le seul à apporter une
note discordante, et c'est bien à regret, je prie
de le croire. Je ne veux pas troubler la joie de
ceux qui ont pu éprouver quelque plaisir à
cette « exécution » — c'est le mot — d'un in-
comparable chef-d'œuvre, ni méconnaître l'ef-
fort très sérieux que Tétude de leurs rôles a dû
coûter à tous les interprètes. Mais la question
d'art prime, cette fois, toutes les convenances
personnelles, et je demande à pouvoir dire ma
pensée librement et sans réserve, en me plaçant
au seul point de vue de la compréhension de
l'œuvre et de la question esthétique qui est ici en
jeu. Tristan est une création de si haute portée,
d'une poésie si intense, qu'il est impossible
d'en parler avec l'indifférence lassée qu'on
accorde à nos ordinaires et vulgaires jeux scé-
niques. Il faut se demander pourquoi cette
œuvre, si profonde et partout ailleurs si puis-
sante, a paru, ici, terne, grise, veule, sans
accent, et pourquoi elle a fait bâiller la moitié
de la salle. Car il n'y a pas à mâcher les mots :
on s'est ennuyé ferme, en dépit des feux d'arti-
fice de la presse parisienne et bruxelloise en
l'honneur du théâtre de la Monnaie.
11; Le mercredi 21 mars 189.J. Voici la distribution ;
Tristan, M. Cossira ; Iseult, M"" Tanesy; Brangaine,
Mlle Wolf ; Kourwenal, M Seguin ; le roi Marke, M. Le-
quien; Melot. Danlée; un matelot, M. Isouard; le
pâtre, M. Isouard; le pilote: M. Maas. Chef d'orches-
tre : M. Flon.
Je serai peut-être seul à le dire, quoique
beaucoup le pensent ; mais il faut qu'on sache
que cette représentation n'est qu'une triste pa-
rodie de l'œuvre et que ce Tristan de la Mon-
naie ressemble autant au vrai Tristan qu'un
chromo à un Rubens.
Ce n'est pas que l'œuvre ait été volontaire-
ment travestie, ni que l'interprétation en soit
mauvaise : elle est pis que cela : elle est mé-
diocre,— médiocre comme toutes les exécutions
que, depuis trois ans, on nous offre à la Mon-
naie ;
Médiocre, parce que d'un bout à l'autre il y
a manqué cet esprit et ce sens artiste qui étaient
indispensables ici plus que jamais ;
M diocre, parce que les plus regrettables
traditions de l'odieuse routine théâtrale s'y in-
gèrent dans toute leur hideur ;
Médiocre, parce que du commencement à la
la fin, la compréhension la plus élémentaire des
conditions d'une représentation scénique con-
forme à la poétique de l'œuvre et aux exigences
légitimes de l'auteur faisait totalement défaut;
Médiocre, parce qu'elle n'a été qu'une repro-
duction banale, vulgaire, plate et sans nerf.
Et cela par la faute d'un homme, d'un seul,
de celui qui, par sa situation et son autorité
aurait pu et aurait dû inspirer à tout son per-
sonnel la flamme sainte, le noble souci de
l'œuvre d'art, et qu'il ne l'a pas fait. Cet homme,
je le dénonce sans hésitation, c'est M. Oscar
Stoumon.
Oh! je sais qu'on va m'accuser de parti pris,
qu'on va me reprocher de lui chercher une
querelle personnelle, on voudra deviner toutes
sortes d'influences, d'inspirations, de rancunes...
Peu m'importe. Je ne regretterais qu'une chose,
c'est que M. Stoumon pût me croire animé de
sentiments hostiles à son égard. Je sais qu'il
est un galant homme, un très honnête et loyal
bourgeois, estimable absolument, et digne de
tout point de la considération dont on l'entoure
et que je luijporte. Ce n'est pas à lui personnel-
292
LE GUIDE MUSICAL
lement que j'en ai, c'est au directeur du théâtre
de la Monnaie. C'est à celui-ci que je cherche
une querelle, mais une querelle d'artiste, et celle-
là complète, radicale, absolue. Qu'il exploite
le théâtre de la ville comme il l'entend ; qu'il
offre à la masse brute des abonnés la pâture que
réclame et dont se contente une grossière esthé-
tique, c'est affaire entre lui et eux. Je ne
suis pas plus royaliste que le roi ; et, puisque le
public de Bruxelles ne proteste que par son
silence et son abstention contre le répertoire
fripé et les troupes au rabais qu'on lui offre, je
fais comme la plupart des artistes et des gens de
goût, je m'abstiens d'aller au théâtre que sub -
sidie la ville, que nous subsidions tous pour
qu'il nous donne des représentations dignes
d'une capitale. Voilà pour l'ordinaire.
Mais cette fois, il s'agit d'autre chose, il s'agit
d'une œuvre d'art exceptionnelle, d'un pur
chef-d'œuvre musical et poétique, et quand je
le vois traité avec moins de soin que la plus
banale des productions du boulevard parisien,
le point de vue change du tout au tout, et au
nom de tous ceux qui ont si peu que ce soit de
sentiment artiste au cœur, je crie énergique -
ment pour eux tous et avec eux tous : Halte-là !
H and' s ojf, à bas les pattes ! Faites votre métier
d'imprésario en conscience et selon vos apti-
tudes, mais ne touchez pas à ces choses sacrées
pour nous ! Vous êtes incapable vous êtes in-
digne !
Ce qui aggrave le cas de M. Stoumon, c'est
qu'il avait sous la main des éléments suffisants
pour nous donner au moins une exécution con-
venable ; un très bel orchestre, des artistes
jeunes, inexpérimentés sans doute, mais souples,
en somme, pleins de bonne volonté et qui
n'eussent pas demandé mieux, j'en suis sûr,
que d'être initiés ; des décorateurs habiles,
n'ayant point l'horreur des innovations, et qui,
sur une simple indication intelligente, eussent
créé des merveilles picturales.
Ce que je lui reproche, c'est de n'avoir rien
su tirer de ces éléments, par paresse d'esprit,
par langueur de tempérament, par ignorance,
oui par ignorance crasse et ladrerie indécente
Car il faut savoir de quoi se compose l'appareil
décoratif de Tristan, et cela suffira pour
donner une idée du souci d'art qui a été
apporté, par exemple, à la mise en scène.
Au premier acte, la tente sur le pont du
navire est celle qui sert dans Haydée, et qu'on
est allée chercher dans les combles du magasin
de décors ; au deuxième acte, on voit le burg du
quatrième acte de Sigiird et le jardin se com-
pose de pièces rapportées d'Orphée et de diffé-
rents bois rafistolés tant bien que mal ; au troi-
sième acte, une porte d'un vieux burg roman,
empruntée à quelque opéra disparu de l'ancien
répertoire (les Monténégrins, je crois), se pro-
filant sur un ciel et une mer « à angles coupés » ,
traversés par des bandes de frises en toile
blanche grossièrement découpée, sur lesquelles
on voit tout le temps des lampes projeter de
grands ronds lumineux. C'est cet amalgame pi-
teux, qui doit, suivant l'esthétique de M. Stou-
mon, donner au spectateur l'impression du
milieu de légende, poétique et suggestif, voulu
par Wagner et si justement réalisé à Bayreuth !
Pour les costumes, c'est pis encore. Les pho-
tographies de Bayreuth existent, il suffisait de
les copier ou tout au moins de s'en inspirer !
Ah ouiche ! C'est bien le cadet des soucis de
M . Oscar Stoumon qu'il y ait une fidélité quel ■
conque dans l'habillement de son personnel !
On a vu au premier acte M^^<^ Tanésy paraître
sur le pont du bateau avec une robe blanche au
corsage soigneusement ajusté, amplement dé-
coupé, les épaules et les bras nus, et sur les
hanches une vaste ceinture de soie vert d'eau.
Au ix^ siècle ! Et pour faire la traversée d'Ir-
lande en Cornouailles ! Le noble chevalier
Tristan est affublé d'un costume de lutteur
de foire. Sur le pont du navire, les matelots
ont le bonnet phrygien rouge des matelots
de la Muette, ce qui était certes inattendu
sur un bâtiment breton ; et les soldats de
garde, après une traversée de plusieurs jours,
ont leurs casques et leurs armures astiqués et
brillants comme s'ils sortaient du magasin
d'accessoires. Au deuxième acte, le roi Marke,
au moment où il découvre la mésaventure con-
jugale que lui arrive, paraît avec un costume
d'un jaune orange qui eût provoqué un im-
mense éclat de rire, partout ailleurs qu'à Bru-
xelles, où l'on n'a pas le sens du comique des
choses ; et ce bon roi a la couronne en tête et le
manteau royal sur les épaules au retour d'une
partie de chasse nocturne ! Ce même costume,
il le porte encore au troisième acte, affublé
cette fois, d'un manteau rouge pour assister
à la mort des deux amants ! Je passe sur bien
LE GUIDE MUSICAL
293
d'autres détails grotesques ou monstrueux d'une
mise en scène aussi déplaisante de mauvais
goût que déplacée au regard du caractère de
l'œuvre. Par exemple, cette coupe qui au
premier acte, jetée sur le sol, décrit sur le
plancher de la scène un long parcours en
faisant entendre par dessus les délicates bro-
deries de l'orchestre, un bruit de toupie de
zinc qui achèverait ses évolutions. Ou encore,
ce simple lumignon destiné à figurer la torche
à l'entrée des appartements d'Iseult, et qui est
si frêle qu'il fait paraître ridicule la tragique
exclamation d'Iseult : « O lumière, fusses-tu le
flambeau de ma vie, je t'éteins sans trembler! »
A Bayreuth, à ce moment, la scène s'obscur-
cissait subitement, avec le dernier éclat de la
iiamme qui s'éteint; il faisait nuit noire; les
lugubres accords de l'orchestre s'expliquaient
et étaient commentés dans leur vrai sens. Le
moins initié des spectateurs comprenait que
l'extinction de cette torche est l'acte fatal qui
noue les destinées; et, si obtus ou niais qu'il
fût, il était violemment saisi. Que voulez-vous
qu'il éprouve au simulacre qui s'exécute à la
Monnaie, sous le rayon insipidement bleu d'une
lune de théâtre ?
Et l'on dit que M. Stoumon est allé à Bay-
reuth, pour voir « la pièce » et recueillir les indi-
cations nécessaires? Que serait-il arrivé, s'il n'y
était pas allé ! Et qu'a-t-il vu? Qu'a-t-il noté?
Qu'a-t-il compris ? A-t-il seulement compris ?
Ce sont là, me direz-vous, des détails maté-
riels sans importance. C'est ainsi que raisonne
évidemment M. Stoumon. C'est justement
pourquoi je l'accuse d'ignorance, parce qu'il
ne sait pas que ces détails, Wagner, avec raison,
les avait réglés tous avec un soin méticuleux,
qu'il en tirait des effets de suggestion destinés à
concourir à l'expression dramatique ; je l'accuse
d'ignorance, parce qu'il ne sait pas utiliser les
ressources de l'éclairage électrique mis à sa dis-
position par la Ville, qu'il ne connaît rien des
améliorations apportées ailleurs à l'appareil
scénique, afin d'éviter ces grossièretés de réali-
sation qui désenchantent le spectateur le moins
sensitif ; je l'accuse d'ignorance, parce qu'ayant
pu le faire, il n'a rien lu des ouvrages qui ont
appelé l'attention et expliqué l'importance de
la mimique dans les œuvres de Wagner et
qu'ainsi il s'est trouvé incapable de donner aux
interprètes les indications dont ils avaient
besoin. Il ne dépendait pas de M. Stoumon
seul de donner à M'i^ Tanésy une flamme
qu'elle n'a pas, ni l'énergie dramatique, dont
sa mollesse naturelle l'éloigné; il ne pouvait
enlever à M. Cossira le sourire béat qui erre
incessamment sur sa bouche en cœur, ou lui
apprendre l'art de la diction simple et la dis-
tinction du geste.
Mais il aurait pu régler leurs mouvements,
corriger leurs gestes conventionnels, indiquer à
Mlle Tanésy la portée dramatique de certaines
paroles, recommander à M. Cossira de se péné-
trer de la noblesse de son personnage, qui
n'est pas un vulgaire troubadour d'opéra
comique. Il me faudrait des colonnes pour
noter ici tous les contresens, les fautes gros-
sières d'accent, les erreurs d'expression, qui
trahissaient l'incompréhension radicale de la
poétique du drame et qu'avec un peu de soins
on aurait pu aisément corriger. M''^ Tanésy,
par exemple, n'a point paru être pénétrée
du sens de ce qu'elle disait en s'écriant :
« Tête vouée à la mort, cœur marqué pour
la mort » ; elle a chanté son grand récit tran-
quillement, sans nuances, d'une voix pure
sans doute et remarquablement juste en ses in-
tonations, mais sans rien marquer de la pro-
fonde et amère ironie qu'elle aurait dû mettre
dans cette partie du récit où elle rappelle la
belle action accomplie par Tristan en deman-
dant sa main pour le roi fatigué de Cornouail-
les. Avec quelle indifférence elle accueille
Tristan à son entrée, comme si rien ne devait
se passer en elle à cette heure de la suprême
entrevue avec celui qui la trahit et qu'elle
aime ! Avec quelle placidité elle se voue, elle et
lui, à la mort ! Et quand elle vide la coupe rem-
plie du poison mortel, qui aurait pu soupçon-
ner dans sa physionomie la fureur passionnée
qui la brûle? Au deuxième acte, nous avons eu
la joie de l'entendre chanter au public, comme
une romance, la délicieuse phrase : « Non, ce
n'est pas le cor, c'est le murmure de la source
que j'entends! » tandis que Brangaine allait
faire un petit tour dans le fond du jardin.
Et que dire des gestes de M. Cossira, de son
attitude, la tête dans les épaules, au moment où
il paraît devant sa souveraine, de la noblesse
avec laquelle il lui remet son épée, de sa façon
de scander le couplet à la Nuit dans le duo
d'amour du second acte, de ce bras qui
294
LE GUIDE MUSICAL
s'allonge vers le roi Marke au moment où il
invite Iseult à le suivre « au sombre royaume où
ne luit pas le Jour » ! Que dire du traître Melot,
qui, pendant tout le discours du roi Marke,
cause tranquillement avec ses compagnons
d'armes, et tout à coup entre en fureur sans
qu'il ait un seul instant écouté ce qui s'est dit !
Et de ce bon roi Marke, au moment où Iseult
expire, qui, impassible et tournant le dos à la
scène, s'entretient de ses petites affaires avec le
chef de ses gardes du corps !
On dira tout ce qu'on voudra de la difficulté
de la partition, de l'exceptionnelle étendue des
deux rôles principaux, de pareilles hérésies
trahissent tout simplement l'absolue incompé-
tence de celui qui était appelé à diriger toute
la mise au point, sa supérieure incompréhen-
sion de l'œuvre malgré ce qu'il avait vu
et observé à Bayreuth. Seul, un artiste fait
tache dans l'ensemble, il fait tache par le
souci avec lequel, sans modèle et sans indica-
tion, il s'est efforcé de réaliser le type conçu
par Wagner. Cet artiste, c'est M. Séguin. Avec
quel art il varie ses attitudes, sa diction, ses
gestes, sa marche, pendant la longue scène de
l'agonie de Tristan qu'il anime seul de sa mi-
mique ! Avec quelle émotion vraie et poignante,
il a jeté du haut du parapet le cri de victoire
annonçant que le navire d'Iseult avait enfin
passé les écueils de la rade ! Le seul qui
ait compris — parce qu'il a eu la conscience
d'étudier son rôle, — c'est lui. C'est un hon-
neur pour un théâtre de posséder un pareil
artiste ; et puisqu'il n'y avait personne à la
Monnaie pour diriger les études en connais-
sance de cause, ni directeur, ni régisseur,
ni répétiteurs, ni chef d'orchestre, que ne
s'adressait-on à lui ?
Quant à l'orchestre, je voudrais pouvoir rati-
fier les éloges dont on a comblé M. Philippe
Flon. Mais n'ayant ni ballet, ni Attaque du
Moulin à faire passer à la Monnaie, je n'ai
aucune raison pour lui ménager la vérité, si
dure qu'elle puisse être. Ses quaUtés comme
chef d'orchestre sont connues ; M . Flon a un
excellent bras, il a de la fermeté et il tient bien
en main ses instrumentistes ; mais il est brutal,
il ne voit que les gros effets et l'art des nuances
finement graduées lui échappe complètement.
Tout le début du premier acte, si délicat, si
vivant, si animé par les contrastes non seule-
ment de coloration et d'expression, mais encore
par les variations de mouvement qu'indique la
partition, a été mené dans une allure de pas
accéléré, avec ensemble je le le veux bien, mais
•sans la moindre notion des oppositions de
calme et de fureur, de passion sombre, d'ironie
enfiévrée qui seraient ici nécessaires. C'a été un
flot continu de sonorités, tantôt violentes,
tantôt atténuées, se succédant arbitrairement
sans lien moral ni raison symphonique. Faut-il
parler du prélude du deuxième acte et du déli-
cieux épisode de la chasse du roi Marke, raclé
à tour de bras et devenu une bouillie informe
de sonorités cuivrées ! Il faut n'avoir aucun sens
poétique, ni même musical, pour gâcher de la
sorte, — et je ménage mes expressions, -
cette pure merveille de musique pittoresque.
Et quelle lourdeur dans les transitions qui
relient les divers épisodes de la scène d'amour !
Dans le finale, M. Flon avait pris un tel temps
de galop que ni M'ie Tanésy, ni M. Cossira n'ont
pu suivre. Je n'insiste pas sur l'absence de
compréhension dans le rendu de l'incomparable
prélude du troisième acte, avec ses tierces de
flûtes si poétiques et ici rendues platement en
mesure ! Ni sur le solo du cor anglais, l'air triste
du pâtre, joué lui aussi à quatre temps, sans
aucune intlexion! Et la rentrée des basses sur
ce thème, si délicatement scandé à Bayreuth et
ici lourdement accentué !
Ce n'est pas seulement le sens artistique qui
était en défaut; je dis que M. Flon ignorait
même sa partition, — car je pourrais lui signa-
ler nombre de dessins caractéristiques, de
détails polyphoniques ou harmoniques impor-
tants parce qu'ils ont un but expressif, qu'il n'a
pas su mettre en relief. Et mes observations à
ce sujet se sont trouvées corroborées par celle
de cinq ou six musiciens qui, connaissant à fond
la partition, ont comme moi, noté ces lacunes
compromettantes .
Non, jamais, on ne me fera dire de cette
lamentable exécution qu'elle a été une inter-
prétation de l'incomparable tragédie d'amour.
Je ne veux pas méconnaître la somme d'efforts
dépensés, et je louerai M"e Tanésy, en dépit de
son insuffisante éducation dramatique, de la
vaillance vocale dont elle a fait preuve; j'ai ap-
plaudi sans réserve M. Cossira, au troisième!
acte, encore qu'il ait mis peu d'expression dans]
le merveilleux récit (d'ailleurs très écourté), où
LE GUIDE MUSICAL
295
il rappelle à Kurwenal la mort de sa mère ;
j'ai applaudi à la diction claire et compréhen-
sible de M"« Wolff, toujours consciencieuse et
attentive au caractère dramatique; j'ai applaudi
M. Lequien, qui a su faire accepter le
difficile monologue du roi Marke ; j'ajouterai
même que le combat sous la porte du burg,
tout à la fin de l'œuvre, avait été très bien
réglé et a été exécuté avec un réalisme saisissant.
Mais j'ai bien peur que ces quelques pages
convenablement rendues ne suffisent pas pour
maintenir l'œuvre au répertoire, même jusqu'à
la fin de la saison. La poésie, le charme sont
absents. Et à ce propos, M. Sloumon me per-
mettra de lui rappeler un article qu'il publiait ici
même, dans le Guide Musical, dont il fut
autrefois le chroniqueur théâtral, à propos de
l'exécution du Vaisseau-Faiitônie, sous la
direction Vachot (1872). « L'œuvre, disait-il,
possède tout ce qu'il faut pour réussir brillam-
ment et prendre place au répertoire, en tête des
ouvrages les plus fêtés, et cependant le Vais-
seau-Fantôme a fait four. A. qui la faute? A
l'exécution... C'est à l'exécution seule que
revient la responsabilité du désastre. On aura
beau faire et beau dire, la masse du public ne
séparera jamais l'œuvre des interprètes et les
interprètes du Vaisseau- Fantôme laissent
grandement à désirer. Ce n'est pas avec un
Hollandais impossible, une Senta fatiguée, des
chœurs flasques et un orchestre sans vie que
le Vaisseau-Fantôme pouvait réussir. Il a
sombré, nous l'avions prévu aux répétitions. A
quand la résurrection? »
Ce que M. Stoumon disait du Vaisseau-
Fantôme, en 1872, on peut le dire aujourd'hui,
à quelques nuances près, de Tristan et Iseult.
Et nous aussi, nous demandons :
A quand la résurrection ?
Maurice Kufferath.
thaïs
Comédie lyrique en trois actes et sept tableaux. Poème
de M. Louis Gallet, d'après le roman de M. Anatole
France; musique deM. J. Massenet.
fri \NcoRE un enfant renégat ! un jeune fin-de-
'it^iv siècle qui veut méconnaître la boutique
tii^S' familiale de quincaillerie et s'octroie gra-
cieusement la particule (un peu longue) de
« comédie lyrique ». Mais, indulgent, le
vieil opéra, père noble bien rente, paisible
dans son capitalisme artistique, sourit dans sa
fausse barbe et reconnaît les siens.
Et ceux-ci, — comme on se fait blanchir à
Londres, — ■ ont beau faire habiller leurs idées
à Bayreuth. Boutades que tout cela. Sous
l'accoutrement à la mode, l'air de famille se
trahit; leur place s'apprête dans la galerie des
ancêtres, à la suite du grand homme de la
lignée, Meyerbeer, cet oncle d'Amérique, et
de Bizet, ce parent pauvre. La même « con-
cession », — à perpétuité peut-être, — les
attend.
Elle était pourtant savamment cuisinée, cette
première de Thaïs : petites notes préalables
dans les courriers de théâtres, petites réclames
H suivez-moi, jeune homme », coups d'œil fur-
tifs et prometteurs sur les attractions sensa-
tionnelles (oh combien !), engagement d'outsi-
der, chorégraphie efficace, etc.
Hélas ! la poulette aux yeux d'or voit sa
santé compromise ; la foule, névrosée, jus-
qu'alors docile, s'insurge à présent devant la
fadeur de la mixture. L'aphrodisiaque n'agit
plus autant : l'ère des doses massives com-
mence.
M. Massenet peut, seul désormais, passer
encore avec un simulacre conquérant, par cette
porte maintenant banale, que jadis il enfonça
pourtant ; le seuil est usé par les genoux res-
pectueux ou les pieds impatients des généra-
tions : tout le monde a fait ou voulu faire du
Massenet, la vogue s'est peu à peu dissipée ;
mais M. Massenet a encore le droit imprescrip-
tible de faire du Massenet. Seul, il peut encore
offrir de ce « vin de sucrage » , parce que, après
tout, la vigne est à lui.
Et c'est mélancolique de voir s'offrir la même
grâce, la même joliesse mutine, s'illusionnant,
à présent, sur son pouvoir captivant. « Pour-
quoi se détourner, dit-elle, n'ai-je pas mon
habituel charme apprêté ? » Peut-être. Mais ce
sont eîix qui ont changé. Il n'est parfum savant
qui, à la longue, ne révèle et l'axonge et l'acide.
Si la pauvrette faisait encore bon effet « aux
lumières », les yeux des clients, entretemps
frappés d'un bref rayon de soleil, s'inquiètent,
à présent, puis perçoivent l'indigence des
choses, et la comparaison, la déchéance com-
mencent.
Nulle notation qui ne fût prévue, nulle
tournure qui ne fût devinée dans la partition
nouvelle. On retrouve, aux endroits congrus, et
les mesures ternaires et les doubles-croches en
2^6
LE GUIDE MUSICAL
spirale, les mouvements alanguis, et les éclats
vitreux, les propos roucoulants, la phrase
essoufflée, cette incurable mélodie à accompa-
gnements stériles, ces tentatives de développe-
ment vite épuisés, la gracilité implorante de
quelques périodes d'accent juste. Tout ce billon
porte son millésime authentique; c'est un mé-
rite. Néanmoins, comme certains princes beso-
gneux ont avili leur effigie en frappant de
fausse monnaie, M. Massenet s'est parfois trop
complaisamment pillé lui-même, et, dans son
œuvre nouvelle, tels thèmes, dans le ballet par
exemple, figurèrent déjà, sous d'autres éti-
quettes, dans son catalogue.
Le livret, est emprunté au livre d'A. France ;
seulement, d'une curieuse œuvre d'analyse et
de reconstitution, on a fait une suite de tableaux
plaqués sans cohésion, d'où toute finesse psy-
chologique est exclue. Il reste une histoire
assez quelconque, avec conversion, séduction,
duo d'amour et les incidents habituels. Si un
élément prêtait à musique, c'était peut-être
l'opposition des deux religions, et le dévelop-
pement du sentiment confus, d'abord peu précis,
qui guide le moine Athanaël dans son aven-
ture. Malheureusement, cela est réduit au
minimum, à peine esquissé ; de l'action récla-
mant la tradition.
La seule nouveauté consiste en ce que le
livret n'est pas rimé. La réaction est peut-être
trop violente ; la rime a du bon, et parfois elle
s'impose, comme dans les pièces musicales de
coupe symétrique.
Il y a des pantomimes et des ballets du
dernier... bateau... de fleurs.
Et ces attractions d'ordre extra-intellectuel
pourront peut-être,— en dépit de la faiblesse
et de l'insuccès de l'œuvre, — ériger les recettes
jusqu'à un gros numéro.
Les doses massives ! M. R.
p. -S. — Interprétation très bonne.
F. MOTTL x^U CHATELET
j N cette bénigne ville de Paris, où les
situations artistiques sont si exclu-
sives, si âprement personnelles, où
l'or des auréoles est le moins contrôlé, partant
le plus fragile, le plus exposé à pâlir devant
la comparaison d'un métal mieux trempé,
il faut louer cette haute et cordiale idée de
M. Edouard Colonne : ne s'être pas stricte-
ment cantonné en sa chaire de chef d'orchestre
comme en un majordomat inexpugnable, et
avoir, d'un geste d'exquise et périlleuse urba-
nité, cédé son bâton, ses musiciens, son réper-
toire, son local, son public, sa gloire hebdoma-
daire à de redoutables confrères ; aujourd'hui
M. F. Mottl, demain M. Levi, puis E. Grieg.
Vraiment, si M. Colonne, au lieu de cueillir
de lointains lauriers, se fût trouvé au Châtelet
dimanche, spontanément il eût été associé au
succès de M. Mottl par la reconnaissance des
assistants ; à l'entr'acte, à la sortie, les témoi-
gnages d'admiration pour l'un alternaient avec
les appréciations les plus sympathiques pour
la largeur de vues de l'autre. Certes, cette
inspiration, quoique négative, ne pouvait sur-
gir que dans une âme d'artiste : comme, dans la
virtuosité, l'effacement volontaire est parfois
d'un art supérieur (i).
Si souvent l'enthousiasme des foules a porté
à faux qu'il en est devenu suspect, sinon démo-
nétisé ; mais quand il est lancé dans le chemin
juste, quand les plus taciturnes, les plus fri-
gides sont contraints de dégeler au contact du
chaud courant, alors cela devient plébéien et
touchant par l'unanimité bon enfant de la
manifestation.
Jamais diva à roulades, jamais pianiste che-
velu ne déchaînèrent pareil torrent d'acclama-
tions que le Capellineisier Mottl après sa
prestigieuse conduite des premiers numéros du
programme.
Les morceaux exécutés étaient connus, tout
l'intérêt portait donc sur la version qu'en don-
nerait M. F. Mottl. Ce qui nous a frappé chez
lui, c'est, indépendamment de la perfection
matérielle que tous poursuivent du reste avec
plus ou moins de bonheur, c'est le souci de
dramatiser l'œuvre musicale, de suggérer à
l'auditeur une sorte d'exégèse littéraire, paral-
lèle au texte musical, celui-ci fût-il, ou non,
conçu dans cet ordre d'idées. Dans la partie ma-
térielle,il faut constater l'expansion, la vibration
qu'il a su imprimer aux instruments à vent, aux !
cuivres surtout (s'ils n'ont pu acquérir du coup )
une plus fine qualité de son, du moins ils ont t
acquis un volume et un lié sensiblement plus s
grands); notablement réduite,la batterie,souvent
(i) On nous permettra de rappeler que, voilà quatre
ans, M. Joseph Dupont a donné le premier, à Bru-
xelles, l'exemple de cette confraternelle et artistique
initiative, en cédant son bâton lour à tour à Hans
Richter, Félix Mottl, Hermann Levi et Rimski-Korsa-
koff. M. Colonne n'a fait que l'imiter, ce qui ne diminue
pas son mérite. (N. de la R.)
LE GUIDE MUSICAL
297
sèche, rentrait dans la teinte générale, le qua-
tuor assoupli se fondait plus harmonieusement
aux autres groupes.
La direction de M. Mottl est surtout poé-
tique ; la diction de son orchestre a toute la
saveur d'une déclamation littéraire ; le drame
évolue, les incidents surgissent ; il a des souli-
gnés de rythme qu'on dirait empruntés à la
poésie récitée, sa version musicale s'empreint
d'une vie sentimentale. Et ce qui confirme
cette idée, c'est sa prédilection pour l'œuvre de
Berlioz, qui se double toujours de commen-
taires littéraires occultes ou réels. M. Mottl a
insufflé aux fiagments de Roméo, au Carnaval
romain, à Benvenuto une intensité d'expres-
sion véritablement inconnue ; le caractère
fébrile, tumultueux de l'œuvre de Berlioz s'affir-
mait avec un relief étonnant ; des phrases cris-
pées, tournant court, étaient scandées comme au
couperet. Oui, l'accent dramatique me paraît la
dominante de l'esprit de M. Mottl à côté d'un
ensemble de qualités admirables. Dans l'œuvre
de Wagner, la même remarque s'imposait.
Tristan (prélude et finale), Parsifal (prélude)
et Tannhœuser (ouverture), particulièrement
ce dernier morceau, ont subi avec le plus de
bonheur cette interprétation colorée, drama-
tique que leur donna M. Mottl. Bien entendu,
il ne s'agit ici que de la déformation nuancée,
compatible avec le sens général et la lettre
rigoureuse. L'ouverture des Maîtres Chan-
teurs, de musique plus foncièrement musicale,
nous a un peu moins enchanté, quoiqu'il nous
soit difficile de dire au juste pourquoi, tant
l'exécution était impeccable et animée.
En résumé, l'apparition de M. Mottl au pu-
pitre du Châtelet a été une joie artistique pour
les amateurs de musique, une révélation pour
le sens de certaines œuvres de Berlioz et de
Wagner.
Et, en adressant les plus vives félicitations
au magistral chef d'orchestre, il faut joindre
des remercîments pour M. Colonne, qui a
donné l'occasion d'apprécier les merveilleuses
facultés autoritaires du fameux Capellmeister
de Karlsruhe. M. R.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
L'intérêt principal du dernier concert de la
Société nationale résidait dans la première audi-
tion du quatuor pour archets de M. Guy Ropartz.
On pourrait difficilement donner analyse appro-
fondie d'une œuvre aussi serrée après une seule
audition. Mais, certes, les qualités sérieuses se
révèlent de prime abord. Dans la première partie,
après l'exposition du thème toî^o, parle violoncelle,
repris par le violon sur des harmonies calmes, le
mouvement s'accélère et une belle phrase ascen-
dante du violon, sur de rapides batteinents des
autres archets, s'élargit noble et passionnée. Dans
le scherzo, le second thème, de touche très déli-
cate, a sollicité l'attention. La troisième partie
(assez lent) est d'aspect mélodique plus vague,
teinté de mélancolie; nous y avons noté des har-
monies caractéristi'^ues. Le finale, sur une sorte
de thème populaire très rythmé, est également
d'écriture recherchée; il nous a paru un peu
long.
L'œuvre de M. G. Ropartz, en résumé, est d'une
belle venue dans la grande ligne; en revanche,
dans l'agencement des parties secondaires, nous
notons une certaine surcharge d'harmonie et un
souci, peut-être laborieux, de maintenir l'iatérêt
dans les dessins intermédiaires. Nous souhaitons
l'entendre à nouveau dans un local de dimensions
mieux appropriées, avec une interprétation un
peu plus chaude; mettant à part l'allure animée du
violon, M. Geloso, le débit instrumental manquait
un peu de couleur.
M"" Sidner a chanté de façon ravissante trois
Lieder de Grieg, avec une voie pure, sympathique;
et M. Chansarel a joué d'intelligente manière du
Beethoven, du Bach, du Fauré, et du Schumann.
M. R.
La deuxième et dernière séance de la société de
musique moderne, fondée par M"''* Victoria Bar-
rière, Charlotte Vormèse, MM. René Carcanade
et Pierre Monteux, a été très appèciée. Nous avons
déjà dit tout le bien que nous pensons des jeunes
virtuoses. Ils avaient inscrit au programme le Trio
en sol majeur (op, 19) de L. Boelmann, la Sonate en
ut mineur (op. 4S) pour piano et violon de Grieg
et le beau Quatuor en ttt mineur (op. 25) du maître
G. Fauré.
'$•
jyjme Paul Hillemacher, le sympathique et distin-
gué professeur de chant, a donné le i5 mars une
audition d'élèves dans laquelle ont été particuliè-
LE GUIDE MUSICAL
rement applaudis : l'air d'Hérodiade chanté par
M"'' Lambert ; la cantilène de Cinq-Mars par M™''
Pratte; deux mélodies charmantes de G. Hue et
d'Hillemacher, dites avec beaucoup de talent par
M-^e Debacker, fille de M. Worms ; le duo de
Rigoktto par M"° d'Arnaud, qui a une voix très
remarquable, et le D"' Castex ; deux airs à'Esclar-
monde par M"' d'Arnaud, qui a également chante
avec M™" P. Hillemacher le ravissant duo d'une
Ouverture d' Arlequin, le spirituel opéra comique des
frères Hillemacher, qui a été joué à Bruxelles. Ln
charmante maîtresse de maison a dit avec un
grand art : Sous les lys, une mélodie délicate et infi-
niment expressive d'Hillemacher.
Au dernier concert de l'Institut des Jeunes
Aveugles, on a entendu, entre autres pièces intéres-
santes, un chœur de jeunes filles qui a chanté une
scène d'une œuvre charmante de M. A. Coquard,
VEpée du roi, dont le solo a été détaillé d'une voix
délicieuse par M""' Pregi.
Grâce à l'initiative de M. Fournets, de l'Opéra,
il se forme en ce moment une association dans le
monde des arts pour fonder une polyclinique gra-
tuite, où des médecins spéciaiistes donneraient
leurs soins aux artistes malades.
Cette idée généreuse fait le plus grand honneur
à sou auteur, et il est à souhaiter que la réalisation
de cette œuvre utile ne se fasse pas attendre.
Théodore Dubois vient d'être fêté à Nantes. Son
Paradis perdu a été exécuté le vendredi i6 mars, à
la salle Saint-Stanislas, par la Société chorale
d'amateurs la Concordia, avec le plus vif succès.
M"" Eléonore Blanc, MM. Warmbrodt et Auguez
prêtaient leur concours à cette solennité musicale,
que dirigeait Théodore Dubois. Le public a
acclamé l'auteur et les interprètes. Tous les jour-
naux de Nantes sont unanimes à reconnaître l'élé-
vation de l'œuvre, sa belle venue ; on a surtout
vanté la magnifique ampleur du chœur triomphal
qui sert de péroraison à l'œuvre tout entière.
BRUXELLES
Le quatrième et dernier concert du Conserva-
toire a eu lieu dimanche passé. M. Gevaert a fait
exécuter de nouveau le Magniûcaiàe J.-S.Bachetle
Psaume XVIII de Marcello qui avaient obtenutanl
de succès au premier concert . Le Guide Musical a con-
sacré alors au Psaume de Marcello et au Magnificat
un article détaillé qui nous dispense d'en dire long
cette fois. Bornons-nous à constater que l'inter-
prétation a été remarquablement correcte A pari
la lenteur de certains mouvements, les grandes
masses chorales du Conservatoire ont bien rendu
la grandeur sereine de l'œuvre de Bach et l'allure
dramatique du Psaume de Marcello. M'i^ Flament,
M. Demest ont chanté avec art leurs soli.
M. Gevaert a joint au programme le concerto
grosso n° 6 de Haendel pour quatuor à cordes et
clavecin obligé : M. Gevaert dont la grande érudi-
tion se manifeste dans toutes les exécutions, a
dirigé le concerto assis au clavecin à l'ancienne
mode. L'œuvre, qui est merveilleusement contre-
pointée a produit une grande impression. Le
finale a été bissé et contrairement aux principes
du Conservatoire M. Gevaert l'a recommencé. On
ne peut que le féliciter pour ce beau concert.
Mercredi soir, au moment où la Monnaie don-
nait Tristan et Iseult, le Cercle artistique nous
offrait une soirée d'un vif intérêt et qui avait
attiré du monde malgré la terrible concurrence
de la représentation wagnérienne.
Cette soirée avait lieu avec le concours de
M. Léopold Auer, violon-solo de l'empereur de
Russie, de M Hasselmans, le célèbre harpiste, et de
l'Octuor vocal, dirigé par M. Beauvais.
M. Léopold Auer a fait apprécier, dans le hui-
tième concerto de Spohr et surtout dans la Séré-
nade mélancolique de Tschaïkowsky, une technique
irréprochable, un son pur et étoffé, une exécution
d'une correction toute classique. M. Alphonse
Hasselmans a rendu avec infiniment de goût, allié
à une virtuosité impeccable, une poétique Légende
de Francis Thomé, accompagné au piano par
M"° Hasselmans; il a également fait applaudir,
seul, une Fantaisie caractéristique, de Saint-Saëns.
Ces deux brillants solistes alternaient avec l'Oc-
tuor vocal, transformé accidentellement en sep-
tuor par l'indisposition de M™" De Nefve, son
contralto : l'artistique phalange n'en a pas moins
interprété, avec la conscience et le talent qu'on
lui connaît, une dizaine de chansons populaires
d'une saveur très originale (surtout une chanson
de Jacques Mauduit, iS70,et le fameux Rum barum
hnlia) et la Chanson de ma mie, de Banville, mise en
musique par Léon Jouret.
Aux Galeries, pour les représentations de
M"'' Bozzani, on a repris Boccace.
Les joyeux flonflons que Suppé a écrits pour
cette amusante opérette, sont devenus populaires.
Aussi la salle ne désemplit pas depuis la première.
L'interprétation est, du reste, très bonne et fera
facilement oublier celle qui fut donnée à l'époque
de Carion. M"" Bozzani est gracieuse, mais
affectée. Elle porte avec crânerie le travesti, qui
convient bien à sa figure gamine. Quoique la voix
ne soit guère sympathique, on lui a fait bon ac-
cueil.
M. Lespinasse fait un prince Orlando réjouis-
sant; on peut inscrire à son actif un nouveau
succès. Succès aussi pour ses partenaires. M"" Li-
bra, Stemma, M""^' Fournier, qui ont dit agréable-
ment leur rôle, et pour MM. Darmand, Hérault,
Bertier, Duncan, qui ont déployé beaucoup de
verve. En somme, reprise agréable et qui tiendra
l'affiche.
LE GUIDE MUSICAL
299
Les Galeries ont donné vendredi la dernière
représentation de Sainie-Freya pour les adieux et au
bénéfice de M"" deRoskilde. La charmante artiste,
voulant remercier le public bruxellois de l'accueil
sympathique qu'il lui avait fait, avait abandonné
sa part de recette à l'association des Marçunvins.
Un public élégant assistait à cette dernière soirée,
qui a valu un vif succès à tous les interprètes et
surtout à M'I" de Roskilde, à qui l'on a offert un
grand nombre de corbeilles et de bouquets.
M"'' de Roskilde a été notamment très applau-
die après deux mélodies, accompagnées au piano,
qu'elle avait intercalées dans le deuxième acte de
Sainie-Freya.
A l'Alcazar, débuts de la nouvelle troupe de
concert. Parmi les artistes engagés citons ;
M. Vaunel, M"" Lekain qui s'est fait une réputa-
tion de diseuse à Paris, M"'^ Perret, Gay, etc.
Rentrée de M Crommelynck et de M"" Lange.
M. Van Dooren a donné son récital à la salle
Ravenstein. Il avait habilement varié le pro-
gramme : du Beethoven, du Mendelssohn, du
Schumann, du Raff, du Chopin, du Liszt, une
valse sentimentale de Zarembski et trois modestes
piécettes de sa composition, d'une facture à la
fois très personnelle et très caractéristique.
Le prochain concert du quatuor Ysaye au salon
de la Libre Esthétique aura lieu le mardi 27 cou-
rant (mardi de Pâques), à 2 heures précises, avec
le concours de M. Auguste Pierret, pianiste à
Paris.
M. Adrien Berendès, basson solo de l'orchestre
de la Monnaie et des Concerts populaires, nous
prie de constater qu'il n'a pas pris part au concert
dirigé par M. Siegfried Wagner à l'Alhambra.
La faute grossière signalée par nous dans l'exé-
cution du Siegfried Idyll incombe, — est-ce
croyable ? — à un professeur du Conservatoire
royal de Bruxelles.
Dimanche prochain, quatrième concert popu-
laire. Au programme, Rédemption de César Franck.
La séance du quatuor Crickboom, à la salle
Ravenstein, qui devait avoir lieu mercredi dernier,
est fixée à jeudi prochain.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — Excellente exécution de
la Damnation de Faust de Berlioz, à La Haye,
par la Société pour l'encouragement de l'art inu-
sical, sous la direction de Willem Kes, qui a pris
la place de Samuel de Lange et qui y dirigeait
pour la première fois. Et ce début à La Haye a
été pour M. Kes un véritable triomphe, car l'or-
chestre (celui du Concertgebouw d'Amsterdam) a
a été admirable d'un bout à l'autre de cette parti-
tion, si hérissée de difficidtès, et l'exécution or-
chestrale était d'une plus grande perfection encore
que celle d'Excelsior, à Amsterdam. M. Kes a été
acclamé à la fin du concert par le public, d'ordi-
naire d'une froideur glaciale à La Haye. Les
chœurs étaient beaucoup moins satisfaisants que
ceux d'Excelsior. D'abord, ils étaient beaucoup
moins nombreux, l'intonation laissait souvent à
désirer, et la prononciation française n'était pas
non plus irréprochable. Quant aux solistes,
M"« Uzielli, de Francfort, était de beaucoup pré-
férable à M"" Wilson ; M. Demest, de Bruxelles,
a fait grand plaisir; mais M. Heuschling, de Bru-
xelles aussi était indisposé, ce qui était regrettable.
Quant à l'ouvrage monumental de Berlioz, il a
produit beaucoup moins d'impression à La Haye
qu'à Amsterdam, et le nombreux auditoire me fai-
sait l'efïet d'être plutôt surpris qu'enthousiasmé.
Au Concertgebouw, nous avons eu ici la huitième
séance des concerts Beethoven, avec la huitième
symphonie et le quatrième concerto pour piano,
joué par M. Rontgen, et un concert philharmo-
nique, où l'éminent violoniste Cari Halir, deWei-
mar, a eu un grand succès, et où la chanteuse
M"' Schmidt-Kôehne. de Berlin, qui remplaçait
M"" Leisinger, n'a obtenu qu'un faible succès
d'estime. Quant au troisième concerto pour violon
de Max Bruch, que M. Halir nous a fait entendre,
il contient des pages intéressantes, mais n'égale
certainement pas la valeur des deux premiers du
même auteur.
M. Kes nous promet sous peu la première exé-
cution d'une symphonie de Christian Sinding, un
des chefs de l'école moderne Scandinave et un
compositeur qui donne de grandes espérances.
Cette symphonie paraît d'une contexture si
compliquée que M. Kes en fera ajouter une expli-
cation thématique au programme de ce concert,
où l'on doit jouer aussi une nouvelle ouverture,
Otello, de Dvorak. Intérim.
ANVERS. — Première représentation de
Néron, de A Rubinstein, au Théàtre-Royal.
Ayant sous les yeux les brillants et élogieux
articles qui annonçaient l'immense succès que
venait de remporter Néron au théâtre des Arts de
Rouen, nous trouvons notre tâche singulièrement
pénible; car, il n'y a pas à le nier, l'opéra de
Rubinstein n'a guère réussi ici. Pas une scène qui
ait pu rompre la température glaciale qui régnait
dans la salle. Où en chercher la cause? Quelques-
uns de prétendre que l'œuvre du maître russe ne
peut réussir qu'interprétée par des artistes hors
ligne.
Pourtant, un monument artistique dont s'est
enrichie notre ville, pendant la présente campagne,
vient de donner un démenti à de pareilles appré-
ciations. Le Vaisseau-Fautôme, certes une œuvre
300
LE GUIDE MUSICAL
qui renferme des difficultés presque insurmon-
tables pour une scène de province, a obtenu, à
notre Théâtre-Lyrique flamand, un succès sans
précédent, et cela avec une troupe à peine formée.
Qu'en conclure, sinon que l'opéra de Rubinstein
n'est pas de ceux qui puissent résister à une
analyse raisonnée, ainsi que le peuvent aisément
des œuvres telles que Freyschûtz, le Vaisseau-Fan-
Urne. Il lui manque pour cela une forme person-
nelle, vivante et vraie. Ce n'est pas à dire que
Rubinstein n'ait rien produit de remarquable, en
fait d'oeuvres scéniques. Nous citerons de lui les
Macchnhés, par moments d'une intensité dramatique
remarquable ; puis Féraiiwrs, qui renferme des
pages poétiques d'une grande fraîcheur mélodique.
En fait de co.ricerts, nous avons eu une nouvelle
exécution symphonique des Concerts populaires.
La deuxième symphonie de Beethoven formait la
première partie du programme, tandis que la
deuxième partie était composée d'une façon quel-
que peu fantaisiste : Une nuit sur le Moni-Chauve de
Moussorgsky; une rhapsodie dahoméenrie de
A. De Boeck, et des airs du Pri aux Clercs et des
Diamants de la Couronne, chantés, par M"" Gorlé.
L'impression de pure et tranquille satisfaction
qu'avait laissée la symphonie de Beethoven a été
singulièrement troublée par ces productions de
caractère si opposé. Les compositions symphoni
ques que je viens de mentionner méritent pourtant
d'être signalées ; mais quand les organisateurs de
concerts sérieux(ayant pourbut de fairel'éducation
du public) voudront ils imposer à leurs solistes un
répertoire plus artistique ? Nous trouvons qu'il est
grandement temps que l'on réagisse contre cet
abus de vieux airs d'opéras comiques français.
Nous félicitons la direction de la Société d'har-
monie d'avoir engagé notre Kwartet-Kapel poui
une séance. C'est là un bel encouragement de Li
part d'une société qui a l'habitude d'engager régu-
lièrement les célèbres quatuors de Francfort et de
Cologne, ainsi que le fameux quatuor Joachim.
Programme fort bien composé : quatuors df
Tschaïkowsky et Sokolow, puis le quintette d(
Beethoven. Nos quartettistes, très en progrès
comme finesse d'exécution et aidés par l'admira-
ble acoustique de la salle, ont particulièrement
bien rendu le quatuor de Tschaïkowsky, dont
Vandanie caniahile est une vraie perle. Le quatuor de
Sokolow semblait un peu écrasé, venant après
une œuvre aussi parfaite. Le jeune compositeur
parvient, surtout, à découvrir de nouvelles et
heureuses sonorités. Son allegro-scherso est parti-
culièrement réussi. Belle et consciencieuse exé-
cution du quintette de Beethoven A. W.
BKRLIN. — Le neuvième concert de la
chapelle royale a eu lieu la semaine der-
nière. A la demande générale, M. Weingartner a
dirigé l'ouverture de la Fiancée vendue de Smetana.
Pour la seconde fois, elle a été bissée. Impossible
aussi d'en donner une exécution plus fougueuse et
plus claire. L'ouverture Die Weihe des Hauses de
Beethoven, la symphonie à Rosalie en si bémol
de Schumann et la symphonie les Noces villageoises
de Goldmark complétaient le programme. Bien
faible, cette dernière œuvre pour apparaître sur
un programme de Weingartner 1 La première
partie exceptée, et encore, toute la symphonie est
fade et vulgaire. Nous aurons heureusement une
bonne compensation au dixième et dernier concert
(24 mars) : Weingartner dirigera la Neuvième Sym-
phonie, une suite avec flûte obligée en si mineur
de Bach et V Oxford-Symphonie de Haydn.
Le Sternsche Gesang-Verein, dirigé par le pro-
fesseur Gernsheim, a donné aussi un concert à la
mémoire de son membre d'honneur Hans de
Bulow. On y a entendu le Funerale pour orchestre
de Bulow et le Requiem de Verdi. Le Funerale est
fort court et peu personnel : on y sent partout
l'influence de Wagner. Cette composition n'ap-
porte rien à la gloire de Bulow. On eiit, du reste,
beaucoup mieux fait de ne point l'exécuter. Quant
au Requiem de Verdi, inutile de le détailler, il est
trop connu. Disons seulement qu'il est regrettable
de voir une œuvre aussi importante déparée par
tant de pages conçues dans le style du grand
opéra, le Sanctus, le Recordare, le Lacrymosa, par
exemple. L'interprétation a été supérieure, aussi
bien de la part des chœurs que des solistes.
Ceux-ci, membres du célèbre Frankfurter Vocal-
Quartett, étaient M""'"" Uzielli (soprano), Hahn
(alto) et MM. Naval (ténor) et Sistermans (basse).
La saison des concerts philharmoniques s'est
terminée cette semaine. Le dernier concert a été
dirigé par M. Richard Strauss, M. Schuch nous
boudant depuis février. On nous assure que
celui-ci, peu satisfait des critiques berlinoises, a
refusé de diriger désormais tout concert à Berlin.
La Neuvième Symphonie était au programme.
M. Strauss ayant l'habitude de ralentir les temps,
nous ne pouvons parler d'une telle exécution. Les
chœurs et les solistes, M™^^ Schmitt (soprano) et
Stephan (alto) sont les seuls à louer sans réserve.
MM. Rolhmuhl (ténor) et Schwarz (basse) ne nous
ont pas paru être en voix. En revanche, M. Strauss
a magnifiquement enlevé son orchestre dans les
Préludes de Liszt; on sait, du reste, que le jeune
Cafellmeister est un des plus fervents adeptes de la
musique de Liszt. M"" Clothilde Kleeberg s'est l
fait entendre dans le concerto pour piano de
Schumann. Son jeu est clair et délicat, mais sou-
vent monotone, la pianiste abusant de la teinte
mezzo-forte. Néanmoins, elle a eu du succès.
A l'Opéra, Wagner compte toujours grand
nombre de représentations. Nous avons eu derniè-
rement le Vaisseau-Fantôme, Lohengrin, Tannhauser,
les Maîtres Chanteurs avec une ignoble coupure dans
le délicieux dialogue entre Sachs et Walther, au
troisième acte, et le Rhcingold avec une interruption
de vingt minutes (!) entre le second et le troisième
tableau. Un peu de patience, et nous aurons bien-
LE GUIDE MUSICAL
301
tôt des pauses dans les plus longs actes de l'œuvre
wajjnérien. E. B.
^^
DRESDE. — Cette année, au concert solen-
nel du dimanche des Rameaux, on a entendu
des fragments de Pnrsifal, exécutés par les chœurs
du Conservatoire, et la g'' symphonie de Beet-
hoven avec soli, chœurs et orchestre. Cinq cents
chanteurs environ occupaient la scène de l'Opéra.
Une interversion des pièces eût été favorable ;
après la Neuvième symphonie de Beethoven, les
chœurs du Parsifal. L'auteur de Méhisine, M. Cari
Grammann a fait recevoir deux nouveaux opéras
de sa composition, cias Iri-KcM et Ingrid Le pre-
mier est déjà à l'étude.
Les théâtres royaux sont fermés pendant toute
la semaine sainte. Cependant la direction ne
chôme point : elle se fait présenter les étoiles du
Conservatoire et les engage. C'est ainsi que trois
chanteuses viennent d'être appelées à augmenter
le nombre des jeunes, dont 1rs fonctions ressem-
blent assez à une sinécure.
Un récent arrêté directorial proscrit l'usage
d'offrir des fleurs sur la scène et d'applaudir au
beau milieu d'un acte. Cette dernière mesure sera
sans doute bien accueillie par nos bons artistes,
soucieux avant tout de se conserver jusqu'à la fin
dans l'esprit du rôle qu'ils ont composé.
La Walkyrie, qu'on n'avait pas donnée depuis
longtemps, a enthousiasmé un très nombreux
public, toujours empressé dès qu'il s'agit de
Wagner. M"' Malien (Brunnhildei et M. Perron
(Wotan) ont été particulièrement applaudis. La
direction nouvelle, — M. le comte Seebach est
maintenant entré en fonctions, — qui fera débuter
jeudi une jeune élève du Conservatoire, classe
Orgeni, ne songera -t- elle point à un Siegmund?
M. Gritzinger n'a d'un héros que la taille, encore
s'il connaissait la manière de s'en servir ! Nous
avons l'avantage de posséder un joli groupe de
jeunes cantatrices; mais, en fait de ténors, il n'y a
que M. Anthes,dont la voix charmante et délicate
supporterait difficilement un répertoire wagnérien
plus étendu.
Un des plus beaux concerts de la saison a été
celui du couple pianiste d'Albert-Carreno. Mais
pourquoi ont-ils choisi la petite salle du Musen-
haus? Au Gewerbehaus, leur puissance sonore
aurait pu se développer sans inconvénient.
La dernière soirée Nicodè n'a pas été la plus
appréciée ; le soliste, M. Hilf, a beaucoup d'école,
un style tenace, mais peu de charme Les effets de
pure virtuosité n'étaient pas rehaussés par la qua-
lité du son. Beaucoup de puissance et de noblesse
dans la baguette de M. Nicodé.
A la fin du mois. M'"" Roger-Miclos, de Paris,
donnera un concert au Musen Haus. Déjà les privi-
légiés d'un élégant salon de Dresde ont admiré sa
stylistique si variée. On est peu habitué à cette
simplicité expressive chez les pianistes, exception
faite pour M"»" Stern. Après une tournée artistique
en Allemagne et en Suisse, qui a été pour elle une
série de triomphes. M™" Stern préprare sa qua-
trième séance de musique de chambre. Deux piè-
ces lui ont valu à Oldenbourg un succès énorme :
le cor.certo en sol mineur de Saient-Saëns et la
Fantaisie pour piano avec chœur, de Beethoven.
De Christiania , nous parvient l'agréable nouvelle
de l'accueil enthousiaste fait à M"' Lalla Wiborg
par ses compatriotes. Cette gracieuse cantatrice,
élève de M"» Nathalie Haenisch, de Dresde, a
débuté dans la carrière artistique en prêtant son
concours à une excellente pianiste norvvégienne,
M"" Hildur Andersen. De sa voix limpide et sou-
ple, elle a chanté avec orchestre le grand air de
la Traviata. La justesse de sa diction italienne
ajoutait une qualité de plus à son interprétation.
Si les élèves de chant travaillaient comme M"«
Wiborg, la diction lyrique, leur voix n'y perdrait
rien et leur expression gagnerait beaucoup. Nous
ne doutons pas qu'un brillant avenir attende cette
jeune et consciencieuse artiste. Alton.
LIÈGE. — Aucun pianiste n'avait figuré, cette
année, ni aux concerts du Conservatoire, ni
aux Nouveaux Concerts.
Après ces transcendants artistes — tous liégeois
— Ysaye, Thomson et Jean Gérardy, c'a été l'admi-
rable virtuose, Eugène d'Albert, qui est venu
ajouter à la troisième séance des Nouveaux Con-
certs, le puissant intérêt de son prodigieux talent
et compléter ainsi de fortes impressions musicales.
Dans son second concerto (op, 12) d'Albert,
presqu'inconnu ici comme compositeur, nous est
apparu avec de puissantes facultés de conception
et de réalisation.
Œuvre remarquablement écrite que ce second
concerto, toute débordante de la merveilleuse
technique de son auteur, et d'un relief instrumen-
tal très intense, et établissant le dialogue entre l'ins-
trument et l'orchestre de façon à satisfaire les
exigences de notre sentiment moderne.
Dans l'exécution de la Sonate appassionata ce
modèle éternel, où ses illustres prédécesseurs nous
avaient légué d'ineffaçables souvenirs, l'artiste
inspiré qu'est d'Albert nous a affirmé profondé-
ment son intime compréhension du chef-d'œuvre
de Beethoven, faisant succéder à l'élévation austère
et raisonnée de l'allégro et de l'andante la fougue
débordante de l'allégro final.
Le vaillant pianiste devait achever la conquête
de l'auditoire transporté par une exécution magis-
trale de sa transcription sonore et majestueuse
du prélude et fugue en ré majeur pour orgue de
J.-S. Bach et de la difficile rhapsodie espagnole de
Liszt, morceaux de virtuosité transcendante entre
lesquels se dérobaient délicieusemep.t et reposants,
le rondo en la mineur de Mozart et un nocturne de
Chopin.
Il y a puissante consolation, après tant de
302
LE GUIDE MUSICAL
cruelles et incessantes pertes, à sentir se continuer
par Eugène d'Albert la tradition élevée et initia-
trice des Liszt, des Brassin et des Btilow Pour la
partie incombant à l'orchestre, M. Sylvain Dupuis
rééditait l'ouverture tragique de Brahms, le poème
symphoniqne Mort et Transfiguration de R. Strauss,
le prélude du deuxième acte de Gwendoline et l'ou-
verture du Carnaval romain. Pour le rendu de ces
œuvres, de caractère varié, comme dans l'accom-
pagnement du concerto de d'Albert, de réelles
félicitations doivent être adressées à nos excellents
musiciens, surlout sur leur plus de discrétion que
d'habitude, en particulier dans le prélude délicat
de Chabrier. Comme les lecteurs du Guide en sont
depuis longtemps déjà informés, M. S3dvain Du-
puis tentera, à son quatrième concert, le 20 mai,
cette grosse partie de faire entendre les premier
et deuxième acte de Tristan et Iseult !
M. Ernest Van Dyck chantera Tristan. Le con-
cours efficace du célèbre chanteur des théâtres de
Vienne et de Bayreuth permet, certes, bien qu'en
dehors de la scène, un essai consciencieux, et
aussi éloigné qu'il soit, de réalisation de l'excep-
tionnelle création de Wagner.
Un véritable élan se produit à Liège vers la
musique de chambre.
Une association composée de nos meilleurs pro-
fesseurs du Conservatioire et d'artistes en vue,
tels que MM. Debefre, pianiste, Lejeune, cor-
niste, Gérôme, basson, Mativa, flûtiste, Thys-
sens, hautboïste, et Maggi, clarinettiste, se faisait
applaudir, le 16 mars dernier, à la Société d'Emu-
lation. Le programme comportait des œuvres de
Beethoven, Weber, Reinecke et Saint-Saëns.
C'était presque une innovation, car la musique de
chambre entendue d'ordinaire ici n'étendait guère
ses recherches en dehors du quatuor à cordes
proprement dit. L'essai a obtenu le succès qu'il
méritait, tenté, du reste, par des artistes de réu-
nion aussi sérieuse et aussi compétente. Donc
promesse de nouvelles et intéressantes jouissances
musicales. La musique de chambre a acquis, du
reste, existence durable à Liège. Comme votie
autre correspondant l'écrivait dernièrement, une
somme importante a été léguée dans cette inten-
tion très exceptionnelle. Il nous semble bien juste
de faire connaître à vos lecteurs l'esprit à la fois
charitable et artistique des legs de ces généreux
donateurs et leur importance considérable. Il est
stipulé, en eiïet, que M'"'' Dumont-Lamarche, pour
se conformer aux désirs de feu son mari, mort en
1887, a légué (outre 767,000 francs à des œuvres
de pure bienfaisance) 100,000 francs à la ville de
Liège, dont les revenus doivent servir à organiser
des concerts de musique dite de chambre par les
soins de la commission et du directeur du Conser-
vatoire royal de ntusique, A. B. O.
LILLE. — La saison lyrique, qui a fini
dimanche 18 courant, aura été bien pauvre
cette année, et on peut dire qu'à part Werther ei
la reprise du Pardon de Plocrmel, les amateurs de
bonne musique ont été singulièrement réduits à la
portion congrue.
Je ne saurais, en effet, faire entrer en ligne de
compte dans le bilan de cette campagne théâtrale
le Benvcnuto de M. Eugène Diaz, que la direction
a eu la bizarre idée de nous donner dans la der-
nière quinzaine. Cet ouvrage, si mal accueilli à
son apparition à l'Opéra-Comique, en 1890,
n'avait cependant rien qui le désignât particulièru-
ment au choix de notre imprésario, à l'exclusion
de tant d'autres qui eussent certainement été bien
plus intéressants.
Sur un sujet rempli d'invraisemblances criantes
et bien médiocrement mis en vers par M. Gaston
Hirsch, M. Eug. Diaz a écrit une partition conçue
dans la forme mélodique pure, d'une ordonnance
tout italienne et d'une indigence d'orchestration
telle qu'on serait tenté de la croire voulue.
En écoutant Benvenuto, on croirait entendre
un opéra écrit il y a cinquante ans, à l'époque où
sévissaient les opéras-concerts qui ont fait les
délices de nos pères. Chaque phrase se termine
sur la chute prévue ; dès que l'artiste en a dit les
premières notes, on pourrait la terminer pour lui.
C'est une musique qui peut plaire à tous ceux,— et
ils sont encore nombreux,— qui aiment l'antique
formule italienne dans toute sa banalité, les reprises
d'ensemble, les dialogues à la tierce, les cavatines
et les ariosos, à tous ceux enfin dont l'esthétique
musicale ne dépasse pas la Favorite ou le Trouvère,
et qui mettent par dessus tout Vair, le morceau,
qu'on retient facilement et que l'on peut chan-
tonner en sortant du spectacle.
Mais il n'en est pas de même pour ceux qui ne
considèrent plus ces anciens ouvrages que comme
des modèles d'un genre aujourd'hui disparu. Ils
pensent avec raison qu'après les efforts considé-
rables tentés dans ces dernières années par nos
compositeurs modernes pour réaliser l'union intime
du poème et de la musique et se rapprocher ainsi
le plus possible de la vérité, — but suprême de
l'art, au théâtre comme ailleurs, malgré ce vieux
cliché que « le théâtre ne vit que de conven-
tions ),, — ils pensent, dis-je, qu'après 'Wagner et
son œuvre colossal, après Lalo, Saint-Saëns,
Reyer, Massenet, etc., et toute la nouvelle école
musicale, c'est vouloir nous faire revenir en arrière
que de construire encore un opéra dans le moule
usé des formes conventionnelles.
Si encore, dans ce vieux moule, M. Diaz avait
coulé des mélodies nouvelles ! Hélas ! non. A part
quelques rares pages bien venues et d'une belle
inspiration, on n'y rencontre guère que des phrases
vieillies et qu'on peut saluer au passage comme
d'anciennes connaissances!
L'interprétation en a été des plus remarquables.
Doué d'une voix étendue, bien posée et d'un
LE aUIDE MUSICAL
303
timbre superbe. M Bérardi a composé d'une
manière très brillante et très vivante le personnage
de Benvenuto, et il y a remporté un très vif
succès.
M"° Nardi, avec la voix chaude et vibrante, cl
l'admirable talent de comédienne que vous lui
connaissez, a donné au rôle de Pasiléa une
remarquable intensité dramatique.
M"'' Berthelli, très touchante dans le rôle de
Delphe. et MM. Hyacinthe et Roger, dans ceux de
Pompéo et de Monthsolm, complétaient un en-
semble excellent.
Espérons que la direction, — qui nous reste l'an
prochain, — mieux renseignée sur les goûts du
public, nous dédommagera de nos privations artis-
tiques de cette année en montant, pendant la sai
son 1894-95, des ouvrages d'un niveau musical
autrement élevé. E. M.
MARSEILLE — Les deux événements
musicaux intéressants en ce mois ont été :
au théâtre, la reprise de Loheiigrin; au concert,
l'exécution de la Neuvième Symphonie.
Notre théâtre subit l'inévitable effet de sa situa-
tion. A l'incapacité habituelle de l'individualité
dirigeante, active et volontaire, du moins dans le
sens commercial, s'est substituée l'incapacité mul-
tiple, avec le manque d'unité et le conflit inévitable
des pouvoirs collectifs. Ajoutez à cela l'insuffisance
notoire de plusieurs des premiers sujets de la
troupe, qui enlève tout relief, tout accent à l'exé-
cution des ouvrages, même les plus rebattus du
répertoire, au point qu'on n'ose pas les risquer. —
Que joue-t-on enfin? direz-vous. — Je ne sais ;
cela échappe non à l'analyse et à l'attention, mais
aux sens mêmes. Il paraît cependant qu'on a
essayé de Lakiiié, l'autre soir, mais dans des con
ditions telles qu'elles ont presque fait scandale et
que la représentation n'a pas eu de lendemain.
C'est donc à notre Grand-Théâtre un état de ma-
rasme et de langueur, une existence végétative si
veule et si nulle qu'elle parait bien plutôt une
mort lente. La reprise de Lohevgrin a eu l'effet, là
dedans, d'un réveil magique et foudroyant. Aux
recettes anémiques, aux salles désertes, ont suc-
cédé les maximum pécuniaires et numériques
d'une foule depuis longtemps enfuie de ces lieux
attristés. C'est naturel, la vie appelle la vie.
L'ouvrage est rendu tant bien que mal, se tient
assez, en somme. Il ne faut pas espérer la préci-
sion et la clarté des ensembles, par exemple, dans
les deux scènes animées de l'arrivée du cygne;
mais pour le reste, les chœurs et l'orchestre sont
supportables. Naturellement, les deux coupures
ineptes dans le finale du premier acte et dans le
chœur des soldats, au second, ont été maintenues.
Comment eùt-on pu espérer, n'est-ce pas, un retour
à l'art et au sens commun!... Par contre, l'en-
nuyeuse dispute des deux femmes à la porte de
l'église est donnée dans son intégralité : pour faire
valoir ces dames, sans doute. Ces dames, Eisa et
Ortrude, sont M"" Tracey, chanteuse à la voix in-
suffisante et défectueuse, mais comédienne de
tempérament, en somme artiste intelligente et pas
banale; puis M"" Pacarry, qui a le pied à l'étrier
maintenant depuis l'affaire Salammbô. Elle marque
bien quelque progrès sur ses débuts, mais ne me
parait pas être sortie encore de la période d'étude
et d'apprentissage. Quant à Lohengrin, c'est
M. Muratet, et avec lui, certes, tout est profit,
régal et satisfaction. Je ne m'attendais pas, après
les désagréments éprouvés par l'artiste chez vous,
l'an dernier, faute sans doute d'acclimatation suffi-
sante, à lui retrouver sa voix intacte, aussi fraîche,
aussi pure, aussi séduisante d'accent et de
nuances qu'il y deux ans. C'est ainsi pourtant; et
quant à la déclamation, au jeu, à la figuration
expressive et poétique du rôle, c'est, à peu de
chose près, ma foi, la perfection Je ne vois pas,
en effet, ce qu'on pourrait y reprendre. Peut-être
un excès de correction et d'exactitude. Un peu
moins de rigueur dans la mesure, quelque sou-
plesse apportée parfois au débit achèverait, je
crois, de donner au rôle l'accent naturel, péné-
trant, sympathique, qui nous enchante chez Wag-
ner et que M. Muratet rend déjà avec une excel-
lence, je le répète, très voisine de la perfection.
Cet élément de succès, joint à la valeur propre de
l'ouvrage, a produit une belle série de représenta-
tions, malheureusement déjà suspendues par le
départ de l'artiste engagée pour le rôle d'Or-
trude.
Dans le moment, la vie du théâtre est tout en-
tière passée à la préparation de Taï-Tsoung. — Eh!
qu'est-ce cela ? demanderez-vous. — C'est un
opéra à sujet chinois, que M. Emile Guimet, le
riche industriel lyonnais, le fameux orientaliste,
créateur et donateur du musée spécial qui porte
son nom, a trouvé le loisir et l'inspiration de pro-
duire en ses voyages là-bas. Je ne soupçonnais
pas tant de mérites à M. Guimet, tant de cordes
à son arc et à son luth. Celles qu'il a fait vibrer
de surplus, pour faire accepter son œuvre à nos
artistes en société, ont été décisives, si bien que
j'aurai, dans huit jours probablement, à vous
rendre compte de cet essai de décentralisation ar-
tistique (formule consacrée).
L'exécution de la Neuvième a été une grosse
affaire pour nos concertistes. Etant donnés les
éléments disponibles en province soit comme exé-
cutants, soit comme auditeurs, il est certain que
la tâche est rude et qu'elle peut être difficilement
menée à bien ailleurs que dans un centre artis-
tique de premier ordre. L'œuvre est de telle nature,
d'un art si élevé et si subtil, qu'elle s'adresse à un
nombre restreint d'amateurs et ne constituera
jamais l'élément d'un succès populaire et lucratif.
On a beau dire, le sublime n'est pas à la portée de
tous, et le public, en fait d'art, ne comprend
jamais qu'à demi. Aussi, de pareilles œuvres ne
se montent pas par spéculation, ce sont des faits
honorifiques, des titres glorieux, dont on se pare,
304
LE GUIDE MUSICAL
des obligations que l'on acquitte envers des
abonnés ou des commanditaires, titres qui procla-
ment les vertus des participants, qu'on inscrit en
lettres d'or dans les archives et dans les souvenirs,
mais qui ne se résolvent pas en profits maniables
et pratiques. Comme on l'a dit, la musique est un
art cher, cher en raison de l'excellence des élé-
ments recherchés; aussi ne faut-il pas se montrer
trop difficile et regardant, quand on a la bonne
fortune de les rencontrer.
C'est pourquoi je me hâte de vous dire que
l'e.xécution du célèbre chef-d'œuvre a été vraiment
remarquable et satisfaisante.faisant grand honneur
à notre chef, M. Jules Lecocq. Ne voulant ou ne
pouvant trouver parmi nous les éléments complets
de l'p.xccution vocale, notre .Association artistique
avait engagé à grands frais un quatuor de voix
solo. Mais pour l'utiliser et retrouver ses frais,
elle a cru devoir mettre les morceaux doubles et
joindre à la Neuvième un autre ouvrage important,
l&Lyre et la Hurle de Saint-Saëns. Il en est résulté,
à mon avis, un programme trop chargé, dont les
éléments disparates n'ont pas produit, en deux
séances, l'effet considérable et les résultats fruc-
tueux qu'on aurait pu attendre.
Je n'irai pas vous donner parle menu les détails
de l'exécution. Ilvous importe peu, à vous et à vos
lecteurs, de savoir en quoi et comment cette exé-
cution s'est distinguée; si le premier morceau,
suprême de l'art symphonique, si le scherzo avec
ses contrastes, l'adagio et ses délicatesses, le finale
avec ses effets multiples, ont donné exactement
tout ce qui s'y trouve enfermé; si même l'innova-
tion d'un ralleiiiando en manière d'accent expressif
apporté par les voix, vers la cadence du motif de
l'ode, doive être approuvée. Il suffit à notre gloire et
à celle de M. Lecocq que, pour l'ensemble, le grand
souffle poétique et génial du maître, soit très con-
venablement « sorti ». Mais ce qu'il y a eu de
mieux, c'est le finale, oti, d'une part, les solistes
exotiques, d'autre part, les choristes indigènes
ont donné avec une vaillance et une justesse
au-dessus de toute attente. II n'y a que des com ■
pliments à faire à M"= D. Beumer, dont la voix
aiguë a fait merveille; à M""- Devisme, bon con-
tralto, et à M. Perny, ténor de Lyon, dont la voix
de ténorino s'est tirée avec habileté d'une partie
où s'expriment en mâles accents la joie patriotique
des combattants.
J'oubliais de vous dire que la version choisie
pour les paroles a été celle de V. Wilder, où le
sujet de la Joie a fait place â celui de la Liberté.
Les raisons qu'a données V Wilder d'un pareil
changement sont peut-être excellentes. Moi, je les
trouve détestables. Auraient-elles été encore plus
décisives, elles n'auraient jamais pu absoudre le
tripatouillage que n'a pas craint de commettre le
traducteur dans un texte sanctifié, dirai-je, par le
génie de deux grands hommes et dont le sens pré-
cis ne se retrouve plus du tout dans la traduction
fantaisiste qu'il e.i a donnée. Libre aux amateurs
d'applaudir l'hymne à la Liberté : quels qu'aient
été les sentiments « libertaires » des deux auteurs,
je crois que non erat hic locus et que c'est bien la
joie que, dans leur art respectif, ils ont voulu
chanter ici.
Est-ce le voisinage de la grande Neuvième, mais,
vraiment, j'avoue n'avoir pas pris un plaisir
extême à l'audition de la Lyre et la Harpe.
Il est possible que cette impression défavorable
tienne surtout aux conditions dans lesquelles
l'œuvre a été présentée, c'est â-dire en complé-
ment â la.Neuvième, Qui pourrait tenir, en effet, près
d'un tel monument ! N'est-ce pas vouer à un effa-
cement certain tout ce qu'on risque en un pareil
voisinage? Pour moi, je ne comprends rien aux
usages suivis en ces matières. Certaines œuvres
m'apparaissent si puissantes et si hautes, elles ap-
portent avec elles tant d'émotion et un aliment de
pensée si substantiel qu'elles excluent, pour un
moment au moins, toute possibilité d'existence
autour d'elle. Tout parait à côté, chétif, inutile,
importun Quelle possibilité d'intérêt ou d'agré-
ment y a-t-il, je vous le demande, à l'issue de cette
Neuvième, de la Passion de Bach, du troisième acte
de Parsifal, ou même d'une des dernières sonates
ou du grand trio op. 97 de Beethoven? Heureuse-
ment, les capacités sensitives et intellectuelles des
masses sont autrement déliées et solides; aussi les
voyons nous, au sortir de ces sublimités, accueiUir
sans broncher et avec agrément sans doute, comme
le dit Berlioz, n'importe quel afflux sonore de
concerts de flûte ou de variations on leur serve. Cela
s'appelle l'éclectisme!...
Lorsque, dans ma dernière correspondance, je
vous parlais des œuvres d'Auguste Caune, je ne
m'attendais pas au chagrin d'avoir sitôt à vous
annoncer la mort de cet homme distingué et de cet
excellent musicien. Succombant à une maladie
lentement aggravée, notre ami s'est éteint, ces
jours derniers, à l'âge de soixante-huit ans.
Comme je vous l'ai dit, je crois, Auguste Caune
n'avait pas été dirigé d'abord vers la musique. Issu
d'une famille hautement estimée, ce ne fut qu'à
travers d'autres occupations qu'il put se livrer à
son goût dominant et acquérir les connaissances
nécessaires à la composition jusqu'à ce que, dans
son âge mur, devenu un vrai professionnel de l'art,
il produisit ses trois œuvres principales, le trio, la
messe et l'oratorio le Veau d'or. Au cours de ses
voyages, il eut l'occasion de connaître Liszt, Ysaye,
votre admirable violoniste, et d'autres notabilités
musicales étrangères, lesquelles, je le sais perti-
nemment, en faisaient le plus grand cas. Mais ce
noble artiste, digne en tout du premier rang, était
d'une modestie qui allait jusqu'au détachement de
son intérêt le plus naturel, le plus immédiat
J'aurai assez loué la finesse de son intelligence
musicale en disant que c'était un wagnérien de la
première heure; je veux dire, qu'il avait su, dès
Tannhœuser, analyser et comprendre le génie du
grand réformateur. Voilà notre ami disparu main-
tenant, ses œuvres, sauf le trio, ne sont pas, je
LE GUIDE MUSICAL
305
crois, éditées. Elles iront probablement s'enfouir
dans quelque bibliothèque privée ou publique. Les
grands coups d'aile de son inspiration ne frapperont
plus personne, les belles architectures sonores de
son Credo, de son Saiictus, de son Moïs« iront, comme
celles des temples antiques, s'enliser, disparaître
peu à peu dans la poussière et la nuit de l'oubli.
E. M.
STRASBOURG. — Au dernier concert
d'abonnement de notre orchestre municipal,
M.Stockhausen a fait connaître une suite enré mi-
neur pour grand orchestre de M. Marie-Joseph
Erb, né à Strasbourg le 23 octobre i85S. M. Erb
a fait ses études à Paris, à l'école Niederraeyer.
Il s'était fait connaître comme compositeur par
une série d'oeuvres pour le piano, marquées au
coin de l'originalité et dont les dernières sont
écrites avec une grande clarté de style. Sa suite,
divisée en quatre parties, est formée d'un prélude,
d'une gavotte, d'une canzone et d'une marche.
Conçue d'après les régies scolastiques, cette suite,
par l'enchaînement de ses idées et par l'exactitude
du travail orchestral, représente un tableau musi-
cal de mérite. Les imitations harmoniques y sont
habilement ordonnées et les pensées mélodiques,
précises et point banales, y sont relevées par une
instrumentation sobre, mais distinguée de coloris.
Dans le prélude, le motif est indiqué par le haut
bois, qui en imitera le dessin dans son récit final
de la marche. Ainsi qu'il avait fait pour l'œuvre
récemment entendue de M. Lorentz, notre or-
chestre municipal s'est attaché à mettre en pleine
lumière les détails de'la partition de M. Erb. On
doit lui en savoir gré autant qu'à M. Stockhausen,
que nous avons, en particulier, à remercier au
nom des abonnés d'avoir tenu compte des remar-
ques faites, au début de la saison, au sujet de nou-
veautés musicales que, primitivement, le pro-
gramme d'ensemble n'avait pas fait espérer.
Les chœurs du Conservatoire et l'orchestre
municipal ont exécuté l'autre semaine, l'oratorio
Elie de Mendelssohn. Cette semaine le chœur de
Saint-Guillaume, dirigé par M. Miinch, donnera
deux auditions de la Mathaeus-Passion de Bach.
Lohciigriii vient d'être représenté en français,
avec succès, au théâtre de Metz. A. O.
TOURNAI. — Le concert donné par
M. Lilien avec le concours de M"" Louisa
et Jeanne Merck, MM. Crickboom, Angenot,
Maurage, a réussi au delà de toute espérance.
Grand succès pour le concerto pour quatre
violons de Maurer, où les quatre instruments
luttent de virtuosité, et qui a été enlevé avec brio
par MM. Crickboom, Angenot, Maurage et Lilien.
M"" J. Merck a chanté de sa jolie voix fraîche l'air
deZémire ci Azor de Grétry, où on a pu apprécier
la souplesse de ses vocalises. Les mélodies, quoi-
que dites avec l'expression voulue, n'ont point
porté autant sur le public Bien plus goûtée a été
une délicieuse mélodie de M. Paul Miry, qu'elle a
dite avec un goût exquis. M"" Louisa Merck est
une artiste sérieuse ; elle a joué avec un sentiment
profond des pièces de Schumann et l'incantation
de "Wagner. Les jolis duos de Godard ont été
joués supérieu.ement par M. Crickboom, le bril-
lant violoniste si apprécié du public bruxellois, et
M. Lilien, le sympathique professeur de notre
Académie. Celui-ci a également dirigé avec beau-
coup d'autorité la première symphonie de Bee-
thoven, ayant à sa disposition un orchestre peu
nombreux pourtant, mais très bien stylé.
iVO U V EL LES DI VERSES
Le Théâtre de Nantes prépare, pour le 29 mars,
la première de Tannhauser . Signalons à ce propos
une très intéressante et très compétente analyse du
poème et de la partition que M. Etienne Déstran-
ges vient de publier dans VOiies Airtiste et qui
paraîtra sous peu en brochure.
A la suite du brillant succès remporté à Nantes
par l'audition de la Walkyrie, les demandes ont
afflué de toutes parts pour une autre séance wag-
nérienne.
M. Etienne Destranges, rédacteur en chef de
VOuest Artiste, s'occupe dés aujourd'hui de prépa-
rer, pour la saison prochaine, cette nouvelle audi-
tion. Cette fois, on exécutera d'importants frag-
ments de Parsifal :\a.Scéitereligieuse, les Filles Fleurs,
V Enchantement du Vendredi -Saint et la scène finale.
Comme pour la Walkyrie, l'interprétation sera con-
fiée à des amateurs de Nantes.
Le wagnérisme en Italie : Au Liceo de Venise,
lundi dernier, a eu lieu un concert, le premier de
ce genre, consacré entièrement à Richard Wagner.
Le programme comprenait : i" l'ouverture des
Maîtres Chanteurs; 2" V Idylle de Siegfried ; 3° Tristan
et Isolde, mort d'Isolde ; 4° Loheitgrin, prélude ;
5° Rêves; 6° Walkyrie, a) Incantation du feu, b) et
la Chevauchée.
M. Félix Mottl, rentré à Carlsruhe, fait démentir
par la Frankfurter Zeitung qu'il ait accepté la place,
de maître de chapelle à Munich et que M. Her-
mann Levi doive renoncer à ce poste.
A Saint-Pétersbourg, Samson et Dalila de Saint-
Saëns a obtenu un énorme succès, le soir de la
première représentation de la troupe française
qui joue au Petit-Théâtre sous la direction de
M. Colonne.
Suivant la volonté expresse contenue dans son
testament, ouvert ces jours-ci à Hambourg, le corps
de Hans de Bulow sera incinéré dans le four cré-
matoire de cette ville.
M. Campo-Casso, ancien directeur de la Mon-
naie et de l'Opéra, vient d'être nommé, pour cinq
ans, directeur du Grand-Théâtre et du Théâtre des
Célestins de Lyon.
La Chambre des seigneurs d'Autriche vient de
voter la loi relative à la protection des œuvres
306
LE GUIDE MUSICAL
artistiques et littéraires soumise depuis deux ans
à ses délibérations et qui porte à trente ans la
durée de la protection, jusqu'ici assurée pendant
dix ans seulement aux oeuvres d'art en Autriche.
Nous reviendrons sur cet acte important, qui ne
sera définitif, toutefois, qu'après l'approbation de
la Chambre des députés du Reichsrath.
Verdi est actuellement à Milan et a remis à son
éditeur Ricordi la partition complète d'un nouvel
opéra : Le Roi Lear.
« C'est mon testament musical », a-t-il déclaré,
«et je désire qu'on ne l'ouvre pas avant ma mort.»
Si non e vero...
En vue de l'Exposition d'Anvers, M. Peter
Benoit écrit en ce moment une cantate qui sera
exécutée le jour de l'ouverture. Le Génie de la l'a-
ine, tel est le titre, sera exécuté sous la direction
du maître, avec le concours de 1,200 exécutants.
La Société de musique d'Anvers s'est chargée de
l'organisation de la partie chorale et a fait, pour
cela, appel aux sociétés chorales et aux amateurs
d'Anvers, qui tous ont accepté avec empressement.
La partie instrumentale comprend quatre orches-
tres, dont un grand orchestre de symphonie de
cent vingt-cinq musiciens, une harmonie militaire,
un corps de fanfares d'élite, plus un groupe de
trompettes thébaines et de tambours. Ceci pour
l'ouverture.
Il y aura, en outre, un concert journalier à l'Ex-
position. D'abord l'orchestre symphonique de
l'Exposition, dirigé par M. Fréd. Bonzon. l'habile
chef d'orchestre du Palais de l'Industrie, et com-
posé des meilleurs artistes d'Anvers, se fera en-
tendre tous les soirs. Plus les excellentes musiques
militaires de la garnison, qui donneront toutes les
après-midi un concert dans les jardins. Enfin les
sociétés civiles, qui feront de la musique tous les
dimanches et jours de fête. Indépendamment de
ces concerts, il y aura de grandes fêtes artistiques,
où les principaux artistes de l'Europe se feront
entendre
M. Siegfried Wagner, qui a assisté mardi der-
nier, comme nous l'avons dit, à la représentation
en l'honneur de M. Henri Fontaine, à l'Opéra-
Flamand d'Anvers, en compagnie de Peter Benoit,
a adressé la lettre suivante au maître flamand :
« A Monsieur Peter Benoit, directeur du
Conservatoire d'Anvers.
« Monsieur,
» Mon court séjour à Anvers a été pour moi
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Dors mon enfant, 1-2 ... . 4
QUATRE POÈMES D'OPÉRAS
Précédés de la lettre sur la musique
Illustration de G. Rochegrosse et F. Marcotte
PRIX : 4 FRANCS
LE GUIDE MUSICAL
307
une de ces impressions qui resteront inoubliables.
Non seulement parce que j'ai eu l'honneur d'être
présenté au grand maître flamand qui redonne à
son peuple, sa propre âme, son vrai caractère
délivré d'une civilisation à présent du moins dou-
teuse — mais encore eus-je, comme jeune artiste
commençant, la vive et profonde joie d'entendre
de la bouche de ce même maître des paroles au
sujet de mes débuts artistiques qui m'ont bien ému
et en même temps rendu fier.
» Ce que vous m'avez dit sur VIdylU et le Tas'st
— était vraiment beau, et cela m'a fait du bien,
à moi qui ai de l'enthousiasme du moins pour ce
grand art qui nous unit tous.
» Auriez-vous la grande bonté de transmettre à
M. Henri Fontaine tous mes compliments ainsi
qu'à l'excellent chef d'orchestre Edouard Keur-
vels, qui a conduit ce premier acte si difficile du
Hoïïandiiis {Vaisseau- Fantôme) avec une admirable
sûreté.
« M. Fontaine m'a beaucoup plu : belle voix,
du caractère, de l'énergie, une excellente articu-
lation et une belle apparition.
» Tout l'ensemble : Ces jeunes gens enthou-
siasmés, ces voix fraîches, bref tous ces signes
d'un vrai mouvement artistique qui va s'étendre
et se perfectionner — c'a été quelque chose de
touchant ; et qu'on doive tout cela à vos infatiga-
bles combats pour la liberté de l'art : c'est très
beau et élevant !
>) Je vous remercie de tout mon cœur pour
votre bonté envers moi. Gardez-moi, je vous prie,
un bon souvenir et soyez convaincu de ma pro-
fonde admiration pour vous.
« Siegfried Wagner.
» Bruxelles — avant de partir; donc : pardon-
nez les fautes de français ; une autre fois j'écrirai
en flamand.
» 14 mars, matin, 1894. »
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Chant et piano
Partition, version franc, de V. Wilder (édition
populaire n" 5i5) 20 —
Idem, traduct. anglaise par H. et F. Corder (édi-
tion populaire n" 487) net 12 5o
Morceaux lyriques :
N" I. Raillerie de Kurvvenal — 65
» 2. Conte d'Iseult à Brangaene . . . . 2 85
" 3. Duo d'araour i 25
» 4. Demande de Tristan à Iseult . . . — gS
» 5 Réponse d'Iseult à Tristan . . . . — 65
» 6. Apothéose d'Iseult i 60
Les mêmes complets (édition popul. n» 494) net 5 —
Piano & deux mains
Partition sans paroles (édition popul. n° 481) net 10 —
Prélude (ouverture) i 25
Potpourri 2 5o
Eitner, R. Fantaisie sur des motifs de Tristan
et Iseult 2
Heintz, A. Morceaux tirés de Tristan et Iseult
Cah. I. 3 fr. 45 - Cah. 2. 3 fr. 45 — Cah. 3. 2 fr. 85
— Morceaux tirés de Lohengrin et de Tristan et
Iseult. Complets (édition populaire n" 421) net 6 i5
Lassen, Edouard. Morceaux lyriques avec texte :
N" I. Raillerie de Kurweual — 65
« 2 Conte d'Iseult à Brangasne . . . . 2 20
» i. Duo d'amour ~ 9^
» 4. Demande de Tristan à Iseult . . . — g5
» 5. Réponse d'Iseult à Tristan . . . — gS
>i 6. Apothéose d'seult i 60
Les mêmes complets (édit. populaire n" 420) net 375
Liszt, F. La mort d'Iseult (scène finale) . . . 2 20
Rubinstein, Jos Musikalicher Bilder :
N" I. Scène d'amour. . . .... 4 45
» 2. La mort de Tristan ^ 75
Piano a quatre maiuN
Partition 37 5o
Prélude (ouverture) 2 25
Potpourri 3 i5
Cramer, H. Fantaisie sur des motifs de Tristan
et Iseult : Cahier i. Acte premier . . . . 4 70
» 2. Acte deuxième .... 5 —
» 3. Acte troisième . . . . 3 75
Lassen, Edouard. Morceaux lyriques avec
texte. Arrangement de Hans Sitt,
N" I. Raillerie de Kurwenal — gS
» 2. Conte d'Iseult é Brangaene . . . . 3 i5
» 3. Duo d'amour i 60
" 4. Demande de Tristan à Iseult ... i 25
» 5. Réponse d'Iseult à Tristan .... i 25
" 6. Apothéose d'Iseult 2 —
Les mêmes complets (èdit, populrire n" 420) net 5 60
Liszt, F. La mort d'Iseult iscéne finale). Arran-
gement de A. Heintz 2 20
l>enx pianos à quatre mains
Prélude (ouverture). Arrangem.de A. Pringsheim
Idem, Second piano
Li mort d'Iseult (scène fin.) Arr. de A. Pringsheim
Prélude et mort d'Iseult. Arr, de A. Pringsheim.
l>eux pianos  huit mains
Prélude (ouverture). Arrangem. de A. Heintz . 3 i5
La mort d'Iseult (scène fin.). Arr. de A. Heintz . 6 75
4 40
2 20
5 65
6 go
Vient de paraître : Guide thématique de Tristan et Iseult, par Maurice KUFrERATH.
Fris : 1 fr.26
LE GUIDE MUSICAL
NÉCROLOGIE
Sont décèdes :
A Paris, Jean-Pierre Maurin, après une courte
maladie, à l'âge de soixante douze ans, professeur
au Conservatoire national de musique, chevalier
de la Légion d'honneur. Il était né le 14 fé-
vrier 1822, à Avignon. Admis au Conservatoire en
l'année i838, il avait eu pour maîtres Baillot et
Habeneck. Après avoir obtenu le premier prix de
violon en 1843, il se livra à l'enseignement. Une
des gloires de cet excellent professeur est d'avoir
fondé en i852 avec Chevillard, Colblain et Mas,
la u Société des Grands Quatuors de Beethoven ».
Cette société avait repris ses intéressantes séances
depuis quelques années (Maurin, Cros-Saint- Ange,
Mas et Calliat) à la salle Pleyel; et le public y
avait pris un vif intérêt. Ce fut le quatuor Maurin
qui fut invité le 22 mai 1869, par le roi Louis II, à
venir exécuter plusieurs quatuors de Beethoven à
Triebschen, à l'occasion de la fête de l'auteur de
Parsifal. Maurin racontait souvent quel bienveil-
lant accueil il avait reçu du grand compositeur.
Bien qu'élevé à la grande et classique école du
violon, Maurin possédait un jeu très personnel. Il
avait surtout une manière toute particulière d'in-
terpréter Haydn et Mozart. Dans les derniers
quatuors de Beethoven, il s'élevait souvent à de
grandes hauteurs.
C'est une perte pour l'art.
— A Pesth, à rage de cinquante-huit ans, M.
Edouard Paulay, directeur du Théâtre-National
hongrois, qu'il avait dirigé pendant seize ans. Par
sa mort, l'art dramatique hongrois fait une grande
perte Paulay a traduit en hongrois de nombreuses
pièces des littératures modernes française et alle-
mande, et les a remaniées pour les faire représen-
ter au Théâtre-National.
RÉPERTOIRE DES THEATRES ET CONCERTS
Paris
Opéra. — Du 19 au 24 mars : Thaïs.
Opéra-Comique. — Du 18 au 24 mars : Le Dîner de
Pierrot Phryné, Fidès, Cavalleria rusticana et le
Maître de chapelle. Mignon. Phryné, Fidès, Caval-
leria rusticana et le Maître de Chapelle.
Conservatoire. — Concerts des vendredi et samedi
saints ; Symphonie en ré (Beethoven); Chant des
Parques (Gœthe) (M. J. Brahms), traduction française
de M. Alf. Ernst; Concerto en mi bémol pour piano
(Saint-Saëns), M. E.-M. Delaborde; Requiem (Ch.
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
Propriétaires des œuvres de Tsehaikowivky. Quttschaik, Prudent, Allard
des Arehiveii du piauo et de la célèbr» Méthode de piuuu A. le Carpeuticr
Seuls dépositaires de l'Bditiou Charnot, spécialement consacrée à la inasiqu* de Tlolan
ŒUVRES POUR ORCHESTRE
Op. 6i. Mozartiana, -1° suite d'orchestre :
N" 1 Gigue; n" 2 Menuet; n" 3Preghiera;
n,, 4 Thème et Variations
Partition 10 »
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 62. Pezzo Cappriccioso, pour violon-
celle et orchestre :
Partition 3 »
Parties séparées 6 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 64. Cinquième symphonie, en mi mineur :
Partition 35 »
Parties séparées 40 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 "
Op. 66. La Belle au Bois dormant, valse
e.xtraite du ballet :
Partition 5 »
Parties séparées 10 •>
Parties supplémentaires i 5o
— La même pour orchestre de bal, par
F. Desgranges :
Conducteur i »
Parties séparées 2 »
Parties supplémentaires cordes chaque » 25
— Pot-pourri arrangé par Kleinecke :
Violon conducteur 2 »
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 25
Op . 67 Hamlet. Ouverture-fantaisie (A-. Ed-
ward Grieg) :
Partition i5 »
Parties séparées 25 »
Parties supplémentairescordes chaque 2 5o
— Ouverture extraite :
Violon conducteur 2 »
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 68. La Dame de pique, pot-pourri pour
petit orchestre, par A. Kleinecke :
Violon conducteur 2
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 69. Yolande, introduction extraite:
Partition 2
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires cordes (copiées)
Op. 71. Le Casse-Noisette, ouverture extraite :
Partition d'orchestre 4
Parties séparées 6
Parties supplémentaires cordes chaque i
— Suite d'orctiestre tirée du ballet le
Casse-Noiseiit :
Partition 20 »
Parties séparées ...... 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 5o
Op. 74. Sixième symplionie :
Partition
Parties séparées
Parties supplémentaires cordes chaque
5o
25
50
LE GUIDE MUSICAL
309
Gounod), Mm^sE^ Blanc, Boidin-Puisais, MM.Warm-
brodt et Auguez ; ouverture de Freyschùtz (Weber).
oNCERT Lamoureux (vendredi-saint). — Ouverture de
Tannhseuser; Prière d'Elisabeth (Tannhseuser, M'"'
Jane Marcy ; récit du Graal de Lohengrin, M.Gibert;
Prélude de Parsifal ; Concerto pour violon (Wie-
niavi'sky), M. Houfflack ; Prélude de Tristan et Iseult ;
la mort d'Iseult, M""' Jane Marcy; Chevauchée des
Walkyries ; les Murmures de la forêt (Siegfried
grand duo du premier acte et marche funèbre du Cré-
puscule des dieux Brunehilde, M""" Jane Marcy
Siegfried, M. Gibert; ouverture des Maîtres Chan
teurs de Nuremberg ; Walthcrs Preislied, M. Gibert
ouverture du Vaisseau- Fantôme.
HATELET. — Concert du vendredi saint, sous la direc-
tion de M. Hermann Levi : Tristan et Iseult (Wag-
ner), prélude du premier acte, — mort d'Iseult; Sieg-
friedldyll (Wagner); Huitième Symphonie en fa
(Beethoven); Parsifal (Wagner) : prélude du premier
acte ; deuxième tableau du premier acte ; introduc-
tion-marche (orchestre); entrée des chevaliers (chœurs);
Consécration du Graal; l'Agape (chants alternés);
Marche finale.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du lo au i8 mars ;
Relâche. L'Attaque du moulin. Tristan et Iseult.
Relâche. Tristan et Iseult.
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manche de Pâques et lundi.
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Les Medici. Le Vaisseau-Fantôme. Les Medici. Re-
lâche. Concert de symphonie Les Medici. Fallstaff.
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Vienne
Opéra-Impérial. — Du 18 au 27 mars : Manon. Relâche.
Cavalleria et I Pagliacci. Les Contes dorés. Fra Dia-
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i'^'' Avril 1S94
SOMMAIRE
NUMERO 14
Georges Servières : César Franck.
Michel Brenet : Les Chanteurs de Saint-
Gervais.
Marcel Remy : Les Concerts historiques,
(dlironiquc île la ScniatiTe : Paris : les concerts du
Vendredi-Saint au Châtelet et au Conservatoire;
Hermann Levi; le Chant des Parques de J. Brahms;
le Requiem de Ch. Gounod, par Hugues Imbert. —
Concerts divers.
Bruxelles : Tristan et Iseiilt. — Divers .
(dorrceppnbaïufs : Amsterdam, Anvers, Lille, Mons,
Nantes, Tournai.
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Broustet. Bonita, valse espagnole, p"' piano 2 »
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Parties d'orchestre. . . » i »
Gillet, E. Douce caresse, pour piano .
P'' instr. à cordes (p"" et p"<^^) .
Tellam, H- Le Corso blanc, polka-
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PARAISSANT LE DIMANCHE
40" ANNÉE — Numéro 14.
ler Avril 1894.
CÉSAR FRANCK
PRÈS l'avoir trop longtemps
ignoré, la ville de Liège re-
vendique aujourd'hui le glo-
rieux compositeur qu'elle a
^, vu naître et que la France
avait adopté. Après avoir fait
ses premières études musi-
cales au Conservatoire de sa
ville natale (i), César Franck vint se
fixer à Paris en 1837. Il entra à l'âge de
quinze ans au Conservatoire de Paris,
où il fut l'élève de Zimmermann pour
le piano, de Leborne pour le contrepoint
et d'Eugène Benoist pour l'orgue. En
i838, il remporta le premier prix de piano
et un accessit de contrepoint, en i83g le
second prix de contrepoint et fugue, et le
premier prix en 1840, puis le deuxième prix
d'orgue en 1841. Il ne concourut pas pour
le prix de Rome, son père désirant le voir
se consacrer exclusivement à l'orgue et au
piano. Il se fixa à Paris comme professeur
de piano ; mais, tout en donnant des leçons,
il se livrait à la composition.
Ses premières œuvres furent trois trios
pour violon, violoncelle et piano (op. i), un
quatrième trio (op. 2), une- Eglogue pour
piano (op. 3), un duo pour piano sur le God
save tlie King (op. 4), une sonate pour piano
(op. 5), Souvenir d'Aix-la-Chapelle pour
violon et piano (op. 7), Andantino pour
(I) César- Auguste Franck est né à Liège, le lo décem-
bre 1822.
violon et piano, sept mélodies pour piano
et chant et des transcriptions de Schubert.
Ces productions de jeunesse peuvent être
négligées, l'auteur lui-même n'y attachait
que peu de prix.
Cependant César Franck avait composé
une œuvre plus importante, une églogue
biblique sur le sujet de Ruth. Il organisa
dans la salle du Conservatoire, pour faire
connaître sa partition, un concert qui eut
Heu le 4 janvier 1846 (i). Le succès fut très
marqué. Le duc de Montpensier fit appe-
ler l'artiste pour le complimenter, et lui
annonça que son œuvre serait prochaine-
ment exécutée à la Cour. Promesse en
l'air qui ne fut pas tenue ! (L'auteur fut
réduit à faire entendre quelques fragments
de sa partition dans un concert donné à ses
frais à la salle Erard, le 20 mars suivant).
Ce qui dut toucher davantage le débutant,
c'est l'éloge que Meyerbeer et Spontini,
présents à l'audition de Ruth, firent de cet
oratorio. La presse s'associa à cet éloge, et,
toutes proportions gardées, cette révéla-
tion du nom de César Franck eut quelque
chose de la gloire soudaine de Félicien
David après le Désert.
« Malgré les noms ambitieux et pompeux
dont on l'a doté en naissant, écrivait le cri-
tique de la Gazette musicale (Henri Blan-
chard) et dont, par conséquent, il ne peut
mais, M César-Auguste Franck est naïf,
excessivement naïf, et cette simplicité l'a
bien servi dans la composition de Ruth,
églogue biblique... »
En effet, le style de l'œuvre est fort sim-
ple, mais rien de moins banal qu'une telle
ingénuité, qui tient à la conviction et à la
sincérité rare du compositeur. Nous re-
(i) Les soli étaient chantés par Hermann-Léon
(B002), Jourdan (un moissonneur), M""' Lavoye,
de rOpéra-Comique (Ruth), Moisson (Noémi), Caut
(Orpha).
816
LE GUIDE MUSICAL
viendrons plus loin sur cette partition qui,
légèrement retouchée dans l'intervalle, a
révélé une seconde fois le nom de César
Franck, vingt-cinq ans plus tard. A cette
époque, encouragé sans doute par le suc-
cès de Ruth, il se tourna vers le théâtre,
ainsi qu'en témoigne cet opéra : le Valet de
ferme, présenté en 1848 à l'Opéra-National
d'Ad. Adam, non représenté et rentré en-
suite dans les cartons du compositeur d'où
personne n'a jamais pu le faire sortir.
Cet échec l'avait-il rebuté, ou, peu porté
à l'intrigue, très modeste et défiant de lui-
même, avait-il déjà renoncé au théâtre?
Toujours est-il qu'à partir de cette époque
jusque vers 1870, la vie de César Franck
fut exclusivement vouée à ses leçons et à
ses devoirs d'organiste ; car, après avoir
rempli cet emploi à Saint-Jean-Saint- Fran-
çois, il fut nommé organiste de Sainte-Clo-
tilde, lorsque l'orgue de Cavaillé-Coll y fut
inauguré (1860). Son talent d'improvisation
était déjà connu, on pouvait l'admirer
lorsque, concurremment avec ses confrères
des autres paroisses, Franck se faisait en-
tendre aux séances de réception des orgues
fabriquées par Cavaillé-Coll pour les prin-
cipales églises de Paris. Le 2 avril 1861, il
fit exécuter à Sainte-Clotilde une messe
pour orchestre et chœurs, au bénéfice de
la Société des Artistes-Musiciens. Cette
messe ne fut publiée que dix-huit ans plus
tard.
Il écrivit, à cette époque, des pièces
pour harmonium, plusieurs offertoires pour
soli et chœurs, trois motets pour le salut,
arrangea et harmonisa, avec accompagne-
ment d'orgue le plain-chant grégorien res-
tauré par le Père Lambillotte. Ces travaux
sévères, ces compositions, qui ne s'ades-
sent qu'au public restreint des maîtrises,
ne pouvaient mettre en lumière le nom de
l'artiste, destiné à rester, pendant de
longues années, ignoré même des musi-
ciens. Cependant, de temps en temps.
César Franck réunissait une assistance
d'amis pour leur faire entendre ses nou-
velles œuvres, à l'orgue de Sainte-Clotilde.
Une de ces auditions (le 3 avril i856) eut
lieu en présence de Liszt, qui lui avait
toujours témoigné de la sympathie et même
donné quelques conseils au sujet de la
composition de ses premiers trios.
Toujours prêt à concourir à une bonne
œuvre, le compositeur fit exécuter, sous sa
direction, la partition de Ruth, dans un
concert organisé au bénéfice des incendiés
de Saint-Cloud, donné le i5 octobre 187 1,
au Cirque d'Eté. Ce fut une révélation.
Cette partition, d'un sentiment si sincère,
charma l'assistance ; on goûta le pitto-
resque prélude, le chœur dans lequel les
Moabites déplorent le départ de Noémi, la
mélancolique phrase chantée à la sixte par
les brus de Noémi : « Si vous partez, ô
bien-aimée! » la petite marche en sol
mineur, l'air de Ruth à l'élan chaleureux,
le joyeux chœur des Bethléémites accueil-
lant Noémi; dans la seconde partie, le
chœur des moissonneurs, très rythmé, mais
élégant d'harmonie ; le gracieux duo de
Ruth et Booz, traité en dialogue mesuré
sur un mélodieux andantino dessiné par la
flûte, d'une simplicité biblique. Le duo de
la troisième partie, dont le prélude est
exposé par le quatuor, est d'un sentiment
très chaste, grâce au talent élevé du musi-
cien, car la situation serait assez ridicule,
si l'on s'en tenait au texte de M. Guillemin,
les plus extraordinaires vers de mirliton
qui aient jamais été mis en musique. L'air
d'allégresse de Noémi, accompagné par
les harpes, ne manque pas d'accent; la
scène finale, où Booz prophétise la gloire
divine réservée à sa postérité, est vigou-
reusement déclamée, mais elle conclut par
un ensemble assez ordinaire, qui fut cepen-
dant très applaudi en 1871.
Cette partition qui, par le charme et la
simplicité mélodique, l'appelle le Joseph de
Méhul, avec une grâce plus tendre et plus
moderne, fut proclamée un chef-d'œuvre.
On se refusait à croire que l'auteur de cette
délicieuse musique fût resté obscur durant
trente ans et continuât à végéter, réduit à
son maigre traitement d'organiste et au
produit de ses leçons. L'attention du
monde musical se trouvant appelée sur le
nom de l'artiste. César Franck fut nommé,
en février 1872, professeur d'orgue au
Conservatoire, en remplacement de son
ancien maître, Eugène Benoist, qui se reti-
\
LE GXJIDE MUSICAL
317
rait par raison de santé. Le choix du
ministre obtint une approbation unanime,
tous les confrères de Franck tenant en
haute estime son talent et son caractère.
L'artiste obtint sa naturalisation le lo
mars 1873.
Aux environs de 1870, César Franck qui,
depuis vingt-cinq ans, n'avait guère pro-
duit que de la musique religieuse, qui sem-
blait borner son ambition à remplir ses
devoirs d'organiste, sentit s'éveiller en lui
l'ambition de traiter des sujets musicaux
d'une portée plus large et plus générale.
Cet éveil tardif de l'ardeur créatrice fut-il
suscité par le renouveau de sève musicale
qui, à cette époque, développa l'essor des
compositeurs français, fut-il encouragé par
les récents succès de Ruth? Nous l'igno-
rons, mais dès lors le branle est donné, le
maître ne cessera de produire que lorsque
la dernière maladie viendra interrompre
ses travaux.
M. A. Coquard a raconté que, pendant
le siège de Paris, le Figaro ayant publié,
après la victoire de Coulmiers, une ode en
prose enflammée d'espoir. César Franck
ne put résister au désir de mettre en mu-
sique cette page lyrique. Les défaites qui
survinrent ne permirent pas l'exécution de
ce chant triomphal. M. Georges Franck,
son fils, nous a fait connaître aussi que les
Béatitudes avaient été commencées avant
la guerre. Le prologue, la première Béati-
tude étaient terminés en 1870 et ont été
orchestrés pendant le siège, en même temps
que l'auteur continuait la composition de
son oeuvre. Pendant l'hiver de 1871-72, il
composait en même temps, d'une haleine,
l'oratorio de Rédemption.
Cette prédilection du musicien pour la
forme oratorio qu'il a cultivée avec tant
d'originalité et de bonheur, s'explique par
la sincérité absolue de ses sentiments reli-
gieux, de son fervent catholicisme auquel,
le jour de ses funérailles, rendait hommage,
en pleine chaire, le curé de Sainte-Clotilde.
Ce n'est donc pas, en manière de pis-aller
et faute de pouvoir se produire au théâtre
que Franck a réservé le meilleur de son
inspiration à des sujets religieux, c'est par
conviction intime d'artiste chrétien.
Au lendemain de la guerre, et à un mo-
ment où les idées religieuses reprenaient
faveur, il célébra, sur un poème de
M. Edouard Blau, les louanges du Christ
Rédempteur, dont la miséricorde divine
viendra une seconde fois sauver le monde,
si les prières humaines l'invoquent d'un
cœur fervent. La croyance de Franck lui a
inspiré les délicieux choeurs des anges, d'une
si fraîche venue mélodique que leur chant
aérien semble tomber du ciel : le premier
annonçant la Nativité, le second déplorant
l'égarement des humains ; le magnifique
air de l'archange, d'une admirable envolée
lyrique, qui se relie au choeur d'allégresse ;
l'air de la deuxième partie qui invite
l'homme à recourir à la prière. Entre les
deux parties, se place une pièce sym-
phonique de grand style, qui fut coupée
à la première audition donnée au con-
cert spirituel de l'Odéon, le jeudi saint
10 avril 1873 (l). Le solo fut chanté par
M"^ de Caters, née Lablache, et les récits
en vers déclamés entre les morceaux par
Mounet-Sully. L'œuvre fut moins appré-
ciée que Ruth, même par les musiciens;
elle parut et elle devait paraître à cette
époque un peu austère, le symbolisme
du poème ne pouvant émouvoir bien pro-
fondément un public qui, le lendemain,
allait se pâmer aux mièvreries langoureuses
de Marie-Magdeleine. La partition de Ré-
demption fut d'ailleurs exécutée intégrale-
ment au théâtre Ventadour, les 16 et
18 mars 1875, et mieux appréciée qu'à
l'Odéon. Elle a dû être rejouée de nouveau,
aussitôt après la mort de Franck, à l'Eden-
Théàtre, sous la direction de M. Verdhurt.
Un différend survenu entre les héritiers du
maître et l'éditeur empêcha cette exécution.
Le 21 avril 1878, pour la fête de Pâques,
le maître fit exécuter à Sainte-Clotilde la
messe qu'il avait déjà fait connaître en 1861,
messe à trois voix, avec accompagnement
d'orgue, harpe et violoncelle. Elle ne fut
publiée que l'année suivante.
Le Kyrie est d'un sentiment calme, tendre
et contemplatif; c'est l'imploration d'une
âme candide et confiante. Partout, du reste,
(i) Ce prélude fut joué au Cirque d'Hiver, avec
succès, le ig mars 1876.
318
LE GUIDE IIUSICAL
dans le Qui tollis peccata mundi, dans le
suave et mélodieux Panis angelicus, chanté
par le ténor, avec accompagnement de
harpe et de violoncelle, dans le gracieux
Agnus Dei auquel la ritournelle de cor
anglais donne une couleur champêtre et qui
offre comme un ressouvenir du chaste par-
fum et de l'agreste simplicité de Ruth, l'im-
pression dominante est une impression de
tendresse et de paix, qui imphque une foi
profonde dans la mansuétude divine.
Cependant le Gloria et le Credo ont de la
pompe et de la grandeur ; ils produisent à
l'église un effet imposant, malgré la simpli-
cité des moyens employés. Exempte de
toute concession au goût du public pour le
dramatique dans la musique rehgieuse, de
tout soupçon de mièvrerie dans les passages
de douceur, l'œuvre est remarquable, en
son ensemble, par la sincérité, l'ingénuité
du sentiment, comme elle l'est musicale-
ment par l'unité et la pureté du style.
Lors de l'Exposition de 1878, César
Franck, comme tous les organistes en
renom, se fit entendre à l'orgue du Troca-
déro. 11 y exécuta, le l" octobre 1878, trois
pièces intitulées : Fantaisie, Cantabile et
Pièce héroïque, traitées avec une grande
hberté de formes, mais peut-être moins
géniales que les six grandes pièces d'orgue,
composées dix ans auparavant et qui furent
rééditées en 1879.
L'année suivante, fut publiée cette magni-
fique et grandiose partition des Béatitudes
dont j'ai rendu compte l'année dernière
dans le Guide Musical et dont quelques
fragments seulement ont été exécutés du
vivant de l'auteur. En 1881, Franck donna
à la Société Guillot de Sainbris la scène
biblique Rebecca, qui rappelle la couleur de
Ruth, mais qui est traitée en un style plus
moderne et où l'on remarque de jolies har-
monies dans le chœur de femmes et un air
d'Eliézer d'une conduite originale.
Si César Franck excella surtout dans
l'oratorio et la musique religieuse, les com-
positions dans lesquelles il a cherché à
transformer les genres de la musique de
chambre et de la symphonie n'en ont pas
moins une très haute valeur.
Dans les trios qu'il composa à l'âge de
vingt ans, il avait essayé, avec des tâtonne-
ments de débutant, d'introduire une unité
de pensée appariant les divers mouvements,
idéal qu'il a complètement réalisé plus tard
dans son magnifique quintette en /a mineur
pour piano et instruments à cordes (1880);
diâ.-a.?, Prélude, choral et fugue {18S4), splen-
dide page de piano, qui rappelle les plus
belles œuvres de Bach, mais où la rigueur
du plan classique est modifiée par la har-
diesse et la liberté de la forme ; dans son
originale et charmante sonate pour piano
et violon, d'une allure si neuve et si variée
(i885); dans une autre œuvre pour piano.
Prélude, aria et finale {1888) ; enfin, dans le
quatuor en ré pour instruments à cordes
(i88g), une de ses dernières œuvres, dont le
quatuor Ysaye a fait admirer le mérite au
public musical de Bruxelles.
Cette unité de pensée l'a d'ailleurs préoc-
cupé dans toutes ses compositions. Elle
apparaît dans les rappels de motifs de
Rédemption, dans le système du Leitmotiv
apphqué aux Béatitiides. Il s'y est conformé
dans le plan de ses symphonies, dans les
Variations symphoniques pour piano et
orchestre (i885), surtout dans Psyché et
dans la symphonie en ré. Il y a renoncé ou à
peu près, en écriv2.nt Htilda dont j'ai parlé
récemment. Quant à ses poèmes sympho-
niques, les Eolides (1877), le Chasseur mau-
dit {1884), les Djinnis (i885), quelle que soit
l'opinion qu'on ait de ces œuvres descrip-
tives, et même considérées comme le
moins original de son œuvre, eUes ont eu du
moins le mérite de développer chez César
Franck l'expérience de l'orchestration,
le goût des sonorités nouvelles, d'éclaircir
et de varier la couleur instrumentale de ses
compositions. Il a gagné à cette pratique
tardive de l'orchestre comme unique agent
d'expression de se familiariser avec les
procédés de R. Wagner, d'acquérir la sou-
plesse symphonique qui distingue ses der-
nières œuvres de ses grandes compositions
antérieures.
Psyché (1888) appartient encore en partie
au genre du poème symphonique, mais la
description y tient peu de place, et si le
musicien a adopté la forme de la sympho-
nie, de préférence à la forme dramatique;
LE GUIDE MUSICAL
319
c'est qu'il voulait éviter de personnifier les
êtres divins qui, dans le mythe grec, sym-
bolisent l'idéal et l'àme humaine. C'eiit été
ravaler à une bergerade d'opéra comique
la suave beauté de la fable antique, que de
nous présenter Eros et Psyché chantant
des duos d'amour. Voilà pourquoi, sur un
programme expliqué par des récits, c'est
l'orchestre qui peint le sommeil de Psyché,
Tenlèvement de la princesse par les Zé-
phyrs, l'allégresse de la nature dans les
jardins d'Eros; la scène d'amour, les souf-
frances de Psyché après sa désobéissance,
enfin l'apothéose radieuse. Entre ces divers
morceaux symphoniques, l'intervention des
chœurs dans le lointain introduit une sen-
sation de mystère et de fatalité divine. Ils
sont, ces chœurs, d'une rare élégance har-
monique, d'une grâce et d'une fraîcheur
incomparables.
La symphonie en re, exécutée au Con-
servatoire le 17 février 18S9 et rejouée
cette année au concert Lamoureux, est
construite d'après un plan purement clas-
sique, sur une idée-mère qui se transforme
au cours de l'œuvre, suivant l'aspect des
morceaux. Le second morceau offre une
combinaison curieuse de l'adagio et du
scherzo traditionnels, exposés l'un après
l'autre et superposés avec une rare ingénio-
sité. L'œuvre est d'une grande richesse de
développements, d'une largeur magistrale
et d'une superbe sonorité.
La liste des productions de César Franck
comprend encore six duos pour voix dé
femmes, quelques mélodies récentes, dont
une très ample et très belle, intitulée la
Procession, enfin soixante-trois versets pour
harmonium sur le Magnificat, publiés depuis
sa mort. Il en avait promis cent à son
éditeur.
Jamais, en effet, l'imagination créatrice
de César Franck n'avait été aussi féconde,
aussi impatiente de produire que dans ses
dernières années. La période de recueille-
ment et de silence qu'on observe dans sa
jeunesse avait contribué à conserver chez
lui des trésors d'invention et d'activité que
d'autres eussent dépensés dès leurs débuts.
Cette longue concentration a mûri sa pensée,
l'éloignement de toute basse besogne artis-
tique l'a préservée des concessions au vul-
gaire, des souillures du succès, de sorte
que ce n'est pas le compositeur qui est allé
au public, c'est le public qui est venu à lui.
Au lendemain de sa mort, le grand ignoré
qu'était César Franck a été proclamé un
musicien de génie et, depuis lors son nom
ne fait que grandir.
Si Franck n'a pas connu le succès, on
ne peut dire qu'il ait souffert de l'indiffé-
rence du public. Il était trop désintéressé,
trop épris de l'art pur, pour ne pas se tenir
satisfait du témoignage de sa conscience et
de l'approbation de ses amis, composant
parfois de la musique à la seule gloire de
Dieu, du Dieu que ce croyant vénérait, vers
lequel montaient ses admirables improvi-
sations à l'orgue de Sainte-Clotilde, les
chœurs angéliques pénétrés de ferveur chré-
tienne de ses oratorios. Il a vécu une vie
exemplaire d'homme de bien, voué aux
devoirs de la famille et du professorat ;
vénéré par ses élèves qui lui avaient voué
des sentiments d'affection et de reconnais-
sance touchante, il a formé toute une géné-
ration de musiciens dont plusieurs sont
devenus des maîtres : Alexis de Castillon,
mort prématurément en 1873, Vincent d'In-
dy, Henri Duparc, Ernest Chausson,
Camille Benoit, et cet infatigable maître de
chapelle de Saint-Gervais, ce Charles
Bordes, en qui semblent revivre l'amour
de l'art et le désintéressement de son
maître ; il a laissé des œuvres qui marque-
ront dans l'histoire de la musique ; César
Franck ne doit pas être plaint, il a eu la
destinée que lui-même aurait choisie.
Georges Serviéres.
Les Chanteurs de St-Gervais
iNSi qu'on devait l'attendre et le sou-
haiter, M. Ch. Bordes a fait cette
année à Palestrina la plus large place
dans le répertoire des Chanteurs de Saint-
Grervais pendant la semaine sainte. La chose
320
LE GUIDE MUSICAL
était naturellement indiquée, peu de temps
après le troisième anniversaire séculaire de
la mort du maître (2 février i5g4), anniversaire
célébré déjà en de nombreuses villes de
l'étranger par des exécutions solennelles de
quelques-unes de ses œuvres. Comme les
années précédentes, une assistance nom-
breuse et « choisie » , — c'est la formule ordi-
naire que la politesse commande, — s'est pen-
dant cinq jours donné rendez-vous dans la
vieille église, les uns lisant le texte des offices
dans le paroissien romain, d'autres suivant
l'exécution des pièces chantées dans les publi-
cations de M. Bordes. Et tout d'un coup nous
venait la crainte aiguë, que l'une ou l'autre de
ces élégantes musiciennes, vues ainsi la parti-
tion en main, ne cède en rentrant chez elle, à
l'horrible tentation d'essayer sur son piano
l'effet de ces mystiques et sublimes harmonies...
Passons vite, en nous félicitant seulement,
comme nous avons fait l'an dernier, de voir
s'affermir le succès des Chanteurs de Saint-
Gervais.
Leur talent aussi s'affermit, et ils nous
donnent véritablement des exécutions excel-
lentes. Les voix bien choisies se fondent à
merveille ; les entrées canoniques, incessantes
dans cette musique, se détachent d'une façon
lumineuse, sans exagérations ni dureté; les
rythmes sont dessinés fermement, sans séche-
resse ; les paroles latines sont accentuées avec
toute la clarté nécessaire, au point que le texte
chanté en contrepoint par tout un chœur se
perçoit souvent mieux qu'en certaines parties
du plain chant, entonnées cependant par un
seul chantre, mais en vox taurina.
De Palestrina l'on a donc entendu en cette
semaine la messe O regem cœli et celle du
Pape Marcel, les Improperia, le Stabat Mater
à huit voix, l'offertoire Dextera Boniini,
l'hymne Vexilla régis et les motets Peccantein
me quolidie et Sicut cervus desiderat, plus
douze répons de matines dont nous reparlerons
tout à l'heure. Qui veut connaître la splendeur
de l'art palestrinien doit écouter surtout, entre
ces morceaux, le Stabat Mater et la Messe du
Pape Marcel; qui veut sentir son charme, doit
entendre le Benedictus de cette messe, ou le
Sanctus et Benedictus de celle O regem cœli.
Sous l'impression profonde de cet art, on pense
aux beaux vers d'Emmanuel Geibel : « Pour-
quoi n'arrives-tu jamais à dépeindre la musique
par des mots?... « On pense à ce que Wagner
a dit de « la sublimité, de la richesse, de l'in-
comparable profondeur d'expression de la
musique d'église en Italie, dans les siècles pré-
cédents ». On pense aussi, hélas ! à l'in-
sensibilité de Berlioz, à son étrange sortie
contre Palestrina, auquel, dans une page
exaspérée de ses Mémoires, il a dénié le génie !
Le Stabat Mater et la Messe du Pape Mar-
cel sont les deux plus célèbres numéros dans
l'œuvre immense autant qu'admirable de Pales-
trina. Il serait grand temps de couper les aîles
aux deux vieilles légendes qui circulent encore
chez nous à propos de cette messe fameuse ;
toutes deux sont, à certains détails près, des
anecdotes romanesques, qui ont, comme toutes
leurs pareilles, la vie très dure ; mais nous ne
pouvons faire ici aujourd'hui l'exposé trop long
des arguments et des faits par lesquels, depuis
tantôt deux ans, elles ont été en Allemagne
complètement démenties. Une question plus
immédiate s'impose, concernant non l'histoire,
mais l'exécution des œuvres admirées cette
semaine à Saint-Gervais. C'est la question des
mouvements et des nuances. En l'absence de
toute indication sur les anciens manuscrits ou
les anciennes éditions, les artistes modernes qui
dirigent ou publient aujourd'hui les œuvres du
xvi'^ siècle n'ont pour guide que leur propre sen-
timent, l'étude des textes liturgiques et des textes
musicaux, et les exemples de leurs prédéces-
seurs immédiats. Les traditions de la Chapelle
Sixtine se sont perdues ou tout au moins altérées,
même depuis le temps relativement proche où
Baini les avait ravivées. Les musiciens qui
vont aujourd'hui à Rome sont unanimes à cons- '
tater la décadence de la musique rehgieuse.
Dans le petit nombre d'églises où s'est depuis
le milieu de notre siècle transporté et maintenu i
le répertoire palestrinien, un ensemble de prin-
cipes ou de traditions s'est formé, soit sur des 1
bases empruntées au souvenir de Baini, soit !
par l'étude et la pratique des œuvres elles-
mêmes. Un centre important s'est ainsi formé
à Ratisbonne, où depuis environ cinquante ans '
Proske, Mettenleiter, Schrems, Franz Witt et
M. Haberl se sont transmis successivement,
sans interruption, la direction d'un chœur !
spécialement voué à l'interprétation du réper-
toire a capella.
En écoutant donc, à Saint-Gervais, ces ]
jours derniers, la messe du Pape Marcel i
dirigée par M. Ch. Bordes, il nous a paru inté-
ressant de comparer, autant que faire se pou-
vait, certains détails de son interprétation avec j
les instructions rédigées par Franz Witt. Enj
plusieurs cas, les deux chefs diffèrent d'opinion
ou de conduite dans le choix des mouvements i
et des nuances. Nous en citerons quelques j
exemples, choisis dans le Gloria : Witt dési-
LE GUIDE MUSICAL
321
gnait le passage à cinq voix Grattas agimus
comme le point culminant de la progression
sonore, dans la première partie du morceau ; il
conseillait de le ch.d^nie\: fortissimo et en accé-
lérant légèrement, pour reprendre une allure
plus calme sur les mots propter viagnam glo-
riain; M. Bordes indique le contraste dans le
sens opposé, en adoucissant la sonorité sur
Grattas agimus. — Witt faisait ressortir /or/e
la première fois et con tiitta laforza la seconde
fois, les mots Jesu Christe sans nuances!
M. Bordes les élargit et les marque par un
crescendo et decrescendo. — Selon Witt, il
faudrait accentuer le mot snscipe par une
augmentation de sonorité, portée jusqu'au /or-
tissinio ; ici encore, l'interprétation des chan-
teurs de Saint-Gervais a une tendance con-
traire. Nous ne prétendons nullement donner
raison à l'un plutôt qu'à l'autre des deux chefs,
et, sans insister plus longtemps sur ce point,
nous devons aborder ici une autre et très déli-
cate question.
M. Bordes a fait entendre, en 1892 et i8g3,
neuf répons de matines de Palestrina ; cette
année, il en a porté le nombre à douze. Ce
sont les morceaux publiés dans la collection
du prince de la Moskowa, et partiellement
reproduits par Riegel, avec traduction alle-
mande, dans le troisième volume du recueil de
Schœberlein. Or, l'authenticité de ces répons
est gravement contestée. On n'en connaît
aucun manuscrit ancien, aucun exemplaire
imprimé au xvi'= ou xvii«= siècle. M. Haberl,
dans l'édition complète de l'œuvre de Palestrina
qu'il vient de terminer, n'a admis ces répons
que dans le supplément, parmi les œuvres dou-
teuses, et il leur a supposé pour auteur un bon
musicien de l'école romaine, non dénommé
jusqu'ici, et antérieur à i632. Il serait assez
téméraire de contester l'autorité d'un artiste qui
a passé vingt-cinq ans de sa vie à rechercher et
à copier, en toixs pays, les œuvres de Pales-
trina. Et si l'on ne possède point de preuves
convaincantes que l'on puisse opposer à son
doute, il serait sage, pour ne pas dire plus, de
ne point désormais exécuter ni publier ces
répons sans employer la formule dubitative
consacrée dans les musées de peinture : « Attri-
bué à Palestrina » .
En dehors des compositions de Palestrina,
les Chanteurs de Saint-Gervais ont interprété,
en ces cinq jours, nombre d'œuvres intéres-
santes et admirables : les unes déjà chantées
par eux ces dernières années, comme les
quinze répons et la Passion de V^ittoria; plu-
sieurs autres en « première audition » . Entre
celles-ci nous ne mentionnerons, faute d'espace,
que le Magnificat de Cristoforo Morales, ce
grand Espagnol qui définissait le but de la
musique : « Donner à l'âme de la noblesse et
de l'austérité ». Pour la première fois, donc,
les fiers et superbes accents de Morales
résonnaient à Saint-Gervais : il est à souhaiter
que M. Bordes lui fasse désormais une plus
large place. D'autres noms ont apparu en
même temps : Schiitz, Richafort, Aichinger.
Le champ est vaste, en se bornant même aux
compositions déjà rééditées ; il est inépuisable,
si l'on pousse les recherches jusqu'aux origi-
naux. Ni les encouragements, ni l'ardeur n'ont
manqué jusqu'ici aux Chanteurs de Saint-
Gervais et à leur chef, et le prochain triple
centenaire de Roland de Lassus, succédant à
celui de Palestrina, leur offre une belle occa-
sion de prouver de nouveau brillamment leur
zèle, leur savoir-faire et leur talent.
Michel Brenet.
£es ©oncerts btstoriques
'a voilà épuisée, la série des auditions
de musique historique entreprises
iKËKSi avec intelligence et souvent avec
bonheur par M. d'Harcourt ; la dernière séance,
consacrée à Beethoven, a clôturé le cycle si
bien commencé et poursuivi. Il faut convenir
qu'au début, à l'annonce de cette anthologie,
un peu de défiance était naturelle : il est si
facile de faire de fausse érudition, de l'histoire
pour les badauds. On a vu si souvent des
restitutions à côté, des soi-disant programmes
historiques où figurent VA ir d'église de Stra-
dellaet la Dernière pensée àe Weber, ou d'au-
tres documents contrôlés d'aussi près.
Les recherches furent consciencieuses aux
auditions des Concerts d'Harcourt, et maintes
soirées présentèrent un intérêt réel, qui éloigne
tout scepticisme préconçu.
En se limitant volontairement à un nombre
restreint d'exécutions, tout en s'astreignant à
montrer tous les compositeurs d'une longue pé-
riode (du xv^ au xix^î siècle), M. d'Harcourt a
du forcément négliger ou effleurer à peine cer-
tains maîtres. Maintenant qu'il a rendu un
hommage collectif aux maîtres des différentes
époques, nous pensons qu'il y aurait lieu de
revenir sur plusieurs noms peu connus ou mal
connus, en négligeant, cette fois, les gloires
322
LE GUIDE MUSICAL
consacrées. Ce serait là le programme de la
saison prochaine. Il y a, pour un musicien actif
et d'aptitudes variées comme M. d'Harcourt,
une place, et une belle place, à prendre. Dis-
posant d'un orchestre rempli de bons éléments,
ayant à sa disposition les excellents Chanteurs
de Saint-Gervais et des solistes intelligents, il
y a toute matière à intéressantes et fructueuses
séances.
Laissant de côté Rossini, Weber, Haydn,
Mozart et Beethoven, nous souhaitons de nou-
veaux éclaircissements sur des périodes artis-
tiques restées dans l'ombre ; nous voudrions
voir exécuter des œuvres qui ne rentrent pas
dans les programmes réguliers. Par exemple, —
au hasard de la plume, — les opéras de Ra-
meau, les œuvres chorales de Marcello, les ora-
torios du temps de Bach, que celui-ci noie de
son ombre, les pièces de théâtre ou de chant
de la belle époque des Italiens, les œuvres instru-
mentales de la pléiade de Bach, les opéras
comiques des petits maîtres, Monsigny, Day-
rac, la Rosaiiioiide de Schubert, que sais-je;
il ne manque pas de musique sacrifiée plus ou
moins injustement et dont le procès est sujet
peut-être à revision. Nous croyons devoir signa-
ler à M. d'Harcourt, s'il n'y a déjà songé, une
chose artistique et curieuse à accomplir, en com-
plément de ses auditions de musique historique.
La dernière de ces séances comprenait le
seul nom de Beethoven. Dans l'ouverture
d'Egmoitt, M. d'Harcourt a imprimé à l'allégro
un mouvement qu'on pourrait contester : nous
l'aurions cru beaucoup plus rapide. Dans l'al-
légretto, ainsi que nous l'avons entendu, la
fougue, la véhémence des accents de Beetho-
ven s'amollit singulièrement. L'écueil habituel
pour l'exécution de cette ouverture est l'allure
de valse que prend aisément l'allégro, si on n'y
impose pas l'accent dramatique par un rythme
énergique et des oppositions de nuances et de
phrasé. M. d'Harcourt a évité cet écueil, pour
verser dans un autre, à notre avis, en ralentis-
sant le mouvement, de sorte que certains chants
plaintifs des instruments à vent prenaient un
caractère souriant peu en situation.
En revanche, louons pleinement l'interpréta-
tion de VEroïca, vraiment bien rendue par
l'orchestre, avec une belle entente des périodes
et des accents. M"'^ Blanc a chanté V Adélaïde
avec son goût habituel ; cette cantate représen-
tait tout l'élément vocal de la soirée.
C'est peu ; on y aurait souhaité l'adjonction
de quelques mélodies écossaises, les plus
belles de Beethoven; chose d'autant plus facile
à réaliser qu'on avait sous la main le quatuor
Marsick.
Celui-ci, — il se compose de MM. Marsick,
Hayot, Laforge et Loëb, — a joué XeQuartette
en 5î bémol. Llnterprétation fut correcte, cer-
tes ; elle nous a semblé cependant assez superfi-
cielle et légère, sans cet accent tyrannique qu'exi-
gent ces tourmentées compositions du maître.
Un peu trop à la Mozart, la traduction, avec,
en relief, les qualités incontestables de violoniste
de M. Marsick. La cavatine a été bissée ; c'était
justice; M. Marsick y avait déplo3'é beaucoup
de grâce et un joli son. M. R.
mûSi^û3tmûm&tstm&&èM
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
En appelant les célèbres chefs d'orchestre
Félix Mottl et Hermann Levi, ainsi que le
compositeur E. Grieg, pour le remplacer dans
la direction des Concerts du Châtelet, pendant
son séjour en Russie, E. Colonne, suivant
l'exemple récent de Joseph Dupont à Bru-
xelles, a non seulement fait preuve de sa hau-
teur d'esprit et de sa vive intelligence, puisqu'il
a donné à ses abonnés et au public la possibi-
lité d'assister à des séances inoubliables, —
mais il a encore prouvé que les natures réelle-
ment fortes ne redoutent pas de donner à leurs
rivaux l'occasion de se produire sur la scène
même où ils ont l'habitude de tenir le bâton
de commandement. Pour nous et pour bien
d'autres, son talent n'a pas perdu à la compa-
raison qui a pu être faite entre lui et les deux
renommés kappelmeister de l'Allemagne. On
se rappellera toujours les belles et fougueuses ;
exécutions, sous la direction de Colonne, des
maîtresses pages de Berlioz et, tout récem-
ment, celle particulièrement remarquable de la
grande « scène religieuse » de Parsifal.
Ceci dit, avouons que Félix Mottl et Her-
LE GUIDE MUSICAL
323
mann Levi, le premier surtout, nous ont fait
éprouver des jouissances infinies par la splen-
dide interprétation qu'ils ont donnée des œu-
vres de Berlioz et de Wagner. Notre collabo-
rateur Marcel Remy a fait, dans le dernier
numéro du Guide, une fidèle relation des im-
pressions laissées par la direction merveilleuse
de Félix Mottl, un véritable virtuose de l'or-
chestre. Aujourd'hui, il nous est agréable de
constater que le succès obtenu par Hermann
Levi au concert du vendredi saint, 23 mars, n'a
pas été moindre que celui fait à son illustre
confrère et ami.
Et, cependant, quelle différence entre eux !
Félix Mottl, de stature élevée, solidement char-
penté, domine son orchestre et lui inculque
par des gestes sobres, larges et expressifs une
fougue et, en même temps, un charme extraor-
dinaires. L'auditeur est absolument fasciné par
la manière de diriger. Hermann Levi, de pe-
tite taille, sec et nerveux, a une tenue moins
magistrale. Il va et vient, s'enlevant sur la
pointe des pieds, se tournant complètement à
droite ou à gauche pour s'occuper exclusive-
ment, par moments, de certains groupes d'ins-
truments dans les passages où ils ont un rôle
important, s'oubliant même quelquefois jusqu'à
laisser inactif le bâton de commandement.
Avec et malgré cela, un musicien hors ligne
qui possède admirablement son Wagner, ayant
reçu du maître la bonne tradition. Comme
Félix Mottl, il conduit le plus souvent sans jeter
les yeux sur la partition.
Le concert dirigé par lui comprenait les
œuvres suivantes : Hiildigung's Marsch et
Siegfried-Idyll de R. Wagner, la huitième
symphonie en fa de Beethoven, puis des frag-
ments de Parsifal (le prélude du premier acte,
l'Enchantement du Vendredi-Saint, le deuxième
tableau du premier acte). C'était, en partie, la
répétition du concert qu'il avait dirigé à Bru-
xelles. Toutes les pages de Wagner ont été
rendues excellemment. Il faudrait mettre beau-
coup de noir sur du blanc pour indiquer les
accentuations justes données à tel ou tel passage.
Contentons-nous de faire j emarquer, après la
laige exécution de Hiildiiig's Marsch (com-
posée en 1864 comme hommage rendu au roi
Louis II de Bavièrej, le charme poétique qui
s'est dégagé de Siegfricd-Idyll, pour laquelle
Levi avait eu soin de placer les instruments à
vent en bois immédiatement derrière les pre-
miers violons, afin de leur donner plus de
relief; — l'éclat et le fondu des cuivres dans le
prélude du premier acte de Parsifal, la grande
douceur des cordes, la diminution subite du
forte au moment où prennent les trémolos de
l'orchestre ; — l'admirable effet des pizzicati
des contrebasses et le chant ineffable du haut-
bois dans l'Enchantement du Vendredi-Saint,
— puis, dans la grande scène religieuse de
Parsifal, les cuivres lancés en ralentissant le
mouvement, les cloches supprimées (faute de
justesse) et remplacées par le piano dans la
coulisse, la belle entrée des chevaliers, les
teintes exquises des voix différemment gra-
duées dans les chants alternés (VAgapé), et
enfin la belle marche finale.
L'exécution de la huitième symphonie en fa
de Beethoven a été bien, mais non très bien :
ensemble sec et dénué de cet éclat merveilleux
que lui donne l'orchestre du Conservatoire. II
faut bien l'avouer (et tous les grands maîtres
étrangers venus à Paris l'ont reconnu) aucun
orchestre n'a donné de plus belles et grandes
interprétations de l'œuvre de Beethoven. La
tradition s'y est imposée depuis l'avènement
d'Habeneck jusqu'à nos jours. Aussi aurions-
nous bien des réserves à faire sur certains
mouvements imprimés par Hermann Levi à
telle ou telle partie de la huitième symphonie.
La principale porterait sur la lenteur infligée
au Tempo di minuetto, qui devient lourd et
massif. Nous ne disconvenons pas qu'en
France le mouvement de ce menuet ne soit
pris un peu rapidement ; mais il y a un juste
milieu à garder.
L'attrait du concert spirituel au Conserva-
toire consistait dans l'exécution du Requiem
de Gounod et du Chant des Parques de Jo-
hannès Brahms. On sait que le Requiem de
Gounod, commencé à la date du 22 mars i8gi,
ne fut terminé qu'au début de l'année 1893.
Notre excellent confrère M. Tiersot rappelle,
dans la notice jointe au programme du con-
cert, que, le i5 octobre i8g3, Gounod venait
de lire avec M. Bûsser la partition du Requiem,
lorsqu'il fut pris d'une soudaine attaque de
paralysie. Il s'éteignit, trois jours après, le
18 octobre, donnant, comme Mozart qui fut
son Dieu, sa dernière pensée à son Requiem.
La lettre qu'il avait adressée le 21 février
i8g3, quelques mois avant sa mort, à la Société
des concerts est ainsi conçue :
A Messieurs les membres du Comité de la
Société des Concerts.
Messieurs,
Je viens de mettre la dernière main à une messe
de Requiem, ma dernière œuvre saus doute.
Je viens demander à la Société des Concerts si
elle veut bien me faire l'honneur, non pas de la faire
entendre, il serait trop tard cette année, mais d'en
324
LE GUIDE MVSIGAL
accepter la dédicace et de l'exécuter l'an prochain,
que je sois ou non de ce monde.
J'ai voulu laisser à la Société un témoignage de
reconnaissance pour les sympathies dont elle m'a
donné tant de preuves, et je serais heureux de
penser que ce souvenir sera favorablement
accueilli.
Recevez, Messieurs, l'hommage de ma cordiale
affection. Çh. Gounod.
Nous n'étonnerons pas nos lecteurs en affir-
mant que le Requiem n'ajoutera rien à la gloire
de l'auteur de Faust et de Roméo et Jtiliette.
Si dans l'œuvre de Charles Gounod, une partie
doit résister à l'injure du temps, ce sera sa
musique théâtrale et non sa musique religieuse.
Ses dernières créations n'auront pas toujours
suivi une marche ascensionnelle ; elles ne sont
qu'un pâle reflet des belles pages écloses au
printemps de la vie. Ainsi en est-il du Requiem,
qui ne pourra jamais être comparé à celui de
Mozart. Ce n'est pas qu'en dehors des rosalies,
procédés, chers au maître, il n'y ait certains
morceaux traités avec adresse, dans lesquels le
charme mélodique s'épanouit. C'est ainsi que
l'ont peut signaler un motif bien venu, chanté
par M'ii^E. Blanc, que l'auteur a fait revenir à
plusieurs reprises dans le cours du Requiem.
On notera également, dans le Beiiedictus, un
duo de soprano et de ténor d'une jolie couleur,
— le Pie Jesu, chanté par le quatuor vocal
auquel répond Forchestre avec une phrase
ascendante, rappelant YHymiie à sainte Cécile,
— VAgnus Dei, où le chœur « acapella » donne
la réplique aux instruments, — et surtout le
Sanctus, chœur d'une vigoureuse et franche
allure, qui a été bissé. Les soli étaient fort bien
dits par M'ies E. Blanc, Dupuy, MM. Warm-
brodt et Auguez.
Le Chant des Parques, pour chœur et
orchestre (d'après Gœthe),deJohannès Brahms,
porte le n" 89 des œuvres. C'est une de ces
magistrales et sévères compositions qui peu-
vent, eu égard à leur caractère, être rattachées
au genre religieux. Elle fut publiée en i883.
On y rencontre une forme très particulière au
maître de Hambourg, l'emploi savamment
combiné des rythmes binaires et ternaires,
l'alternance des notes détachées et des notes
soutenues, une couleur très intense, qui donnent
à l'ensemble de l'œuvre un effet des plus carac-
téristiques. Avec un mélange très marqué de
l'école classique et de l'école romantique,
Brahms a écrit une œuvre profondément sentie
comme traduction du texte de Gœthe. A côté
de pages d'une mâle vigueur existent des par-
ties, comme le chœur à 3/4, débutant à décou-
vert, Es wenden die H eus-scher..., qui soni
d'une grande douceur. A noter les effets
étranges qui, à la conclusion de l'œuvre, se
détachent d'une manière si pittoresque à l'or-
chestre. Quand on baptise de savante certaine
musique, on est bien près de donner à cet adjec-
tif la signification d'ennuyeuse. Nombre d'ar-
tistes et d'amateurs ont ainsi qualifié la musique
de J. Brahms. Le public du Conservatoire a
paru se ranger à leur avis en écoutant et en
accueillant plus que froidement le Cliant des
Parques. Il faudra un long temps pour que
ceux qui honorent l'art musical soient persuadés
de la supériorité d'un maître qui, sous une
science merveilleuse, révèle une profondeur de
sentiment égale à celle du grand Beethoven.
Au même concert, on a entendu le concerto
en mi bémol pour piano de C, Saint-Saëns, qui
est loin d'être un de ses meilleurs ouvrages.
Il a été exécuté, avec sa fougue habituelle, par
l'éminent professeur E.- M. Delaborde. L'ouver-
ture du Freischiits a été vigoureusemen
enlevée par l'orchestre, sous la direction de
M. Taffanel. Hugues Imbert.
P. -S. Il nous a été impossible d'assister au
concert Lamoureux du 18 mars ; mais nous
sommes heureux de constater le succès obtenu
par M. F. Le Borne avec l'Amour de Myrto,
admirablement chanté par M""^ Jane Marcy,
de l'Opéra. On sait que M. Le Borne, qui a
travaillé sous la direction de Saint-Saëns et de
Massenet, a déjà fait exécuter plusieurs
œuvres, dont le Guide Musical a rendu compte.
U Amour de Myrto paraît être, parmi ces
diverses compositions, celle qui a le plus porté :
elle doit être exécutée de nouveau, le dimanche
i^r avril, à la Société d'Art (petite salle Pleyel).
H. I
L'intérêt de la huitième et dernière séance
donnée le 28 mars, à la petite salie Erard, par
MM. J. Philipp, H. Berthelier, J. Loeb, Bal-
breck et L. Carembat était dans la première
audition d'une Suite pour piano seul (op. 64)
de Paul Lacombe. Nous avons retrouvé dans
cette nouvelle œuvre de l'excellent compositeur
une grande partie des qualités de ses Esquisses
et Souvenirs. Des quatre morceaux composant
la Suite, ce sont les trois premiers qui ont le
plus porté. Le Prélude est d'une belle venue,
avec ses accords vigoureusement plaqués, suivis
d'un motif en traits liés, rappelant telle page de
Beethoven. Le Lento est une sorte de pasto-
rale d'une teinte triste et d'une exquise poésie.
Très original V Intermezzo, avec ses mouve-
LE GUIDE MUSICAL
325
nents contrariés. Quand au Finale, qui est tra-
versé par une phrase très chaleureuse, nous le
trouvons peut-être un peu emphatique. En
résumé, œuvre charmante d'un musicien, dont
Dn voudrait entendre plus souvent les œuvres.
L'interprétation par M. I. Philipp a été excel-
lente. Dans la même séance ont été exécutés
avec un vif succès les deux Quintettes pour
piano et cordes de MM. C. Chevillardet deBois-
deffre. Nous ne reviendrons pas sur ces com-
positions dont les mérites ont été déjà signalés !
Mercredi 28 mars, salle Flaxland, quatrième
et dernière matinée donnée par le violoniste
White, avec le concours de MM. Widor, Qué-
vremont, Tracol, Trombetta et Casella. Au
programme la Suite pour piano, violon et alto,
de M. Boisseau; la Canzonetta pour quatuor à.
corde de Mendelssohn, connue de tout le
monde; le Qîiatîior pour piano et cordes de
Widor. M. Widor tenait le piano ; mais, malgré
cela, il nous a paru que certains passages, sur-
tout dans le premier morceau, manquaient d'en-
semble : il faut surtout en accuser la détestable
disposition de la salle, qui oblige les exécutants
à se tourner le dos; le quatuor de M. Widor
contient des morceaux très brillants, très
difficiles, mais ces qualités ne peuvent écarter le
sentiment d'uniformité qui imprègne l'œuvre.
En un mot, ce quatuor, par sa facture très
soignée, très fouillée, trop peut-être, intéresse le
musicien; il ne charme pas toujours. M. Qué-
vremont s'est fait entendre seul dans deux pièces
pour piano, où il a développé de très belles
qualités d'exécution. M. White lui-même à clos
le concert par deux pièces, dont l'une, la Danse
des Elfes dePopper, a déjà été jouée par lui, les
années précédentes, et toujours avec grand
succès. D.
M. Henri Berthelier, violon solo de l'Opéra
et de la Société des concerts du Conservatoire,
vient d'être nommé professeur de violon au
Conservatoire, en remplacement de Maurin,
récemment décédé.
On ne peut qu'approuver l'excellent choix
du ministre.
BRUXELLES
Tristan et Iseult s'est joué au théâtre de la
Monnaie cinq fois, du mercredi 21 au vendredi
3o mars, comme un simple Postillon de Long-
pmeau. A Berlin, quand M^e Sucher joue le
rôle d'Isolde, elle déclare qu'elle prend huit
jours de repos. Il est vrai qu'elle donne quelque
chose d'elle-même dans son interprétation.
Avec M""; Tanésjr, l'excès de passion dans le
jeu n'est pas à redouter, — et bourgeoisement
Tristan et Iseult peut se jouer impunément à
deux jours d'intervalle devant des salles d'ail-
leurs combles. Il s'agit surtout pour MM.Stou-
mon et Calabresi de profiter de la nouveauté
et de la vogue de l'ouvrage pour compenser les
déplorables recettes antérieures. Maintenir un
caractère artistique à l'exécution, on n'y pense
pas. L'équilibre de la caisse est le premier
sou ci des excellents administrateurs du théâtre
de la Monnaie.
Depuis la première, on a cependant intro-
duit quelques modifications dans la mise en
scène. Ainsi, au piemier acte, Iseult ne jette
plus sur le plancher la coupe vide qui, le soir
de la première, avait ajouté un si piquant effet
d'instrumentation à ceux qu'a notés Wagner.
Elle la tend à Brangaine qui vient la recueillir
et la dépose en lieu sûr, sans bruit. C'est à
l'incomparable régisseur de la Monnaie,
M. Gravier, que Ton doit ce jeu de scène
vraiment intéressant.
Au deuxième acte, on procède à des essais
d'éclairage pendant la représentation. On fait
la nuit et le jour à tour de rôle. C'est très inat-
tendu. Le plus simple serait peut-être de se
conformer aux indications de Wagner, qui
voulait la nuit jusqu'au moment où commence
le duo proprement dit : « Descends sur nous,
nuit d'extase. » Un pâle et léger rayon de
lune doit glisser alors à travers le feuillage,
exactement à l'entrée du motif en la bémol.
C'est exquis quand c'est bien exécuté. Nous
donnons gratuitement cette indication à M.
Stoumon et à M. Gravier pour qu'Us en
fassent leur profit. Nous leur ferons également
remarquer que les gens de la suite du roi Marke
parcourent la forêt avec des torches : on ne
chasse pas la nuit en forêt sans s'éclairer.
L'aube ne blanchit qu'au moment où le roi
Marke achève son discours et le duel a lieu en
pleine lumière.
Nous n'insisterons pas sur quelques autres
détails qui pourraient être corrigés. Nous féli-
citerons seulement les directeurs des nouvelles
coupures qu'ils ont pratiquées au second acte.
Elles abrègent l'ennui. M. K.
Le quatuor Crickboom a donné jeudi soir, à
l'hôtel Ravenstein, sa troisième séance de mu-
sique de chambre, avec le concours de M"^
Louisa Merckx, pianiste. Chambrée complète,
LE GUIDE MUSICAL
public sympathique; M. Crickboom et M"»^
Merckx ont rendu d'une manière très brillante
la septième sonate de Beethoven pour violon et
piano. Un trio en 7tt de Brahms (op. 87) et sur-
tout le premier quatuor de Schumann (en la
mineur) ont fait valoir les très remarquables
qualités d'ensemble, de virtuosité et de goût de
la jeune et artistique phalange.
Mercredi 28 mars, M. Wallner a continué,
dans les salons de Mii« P. Desmet, son cours
d'histoire du piano. Après d'intéressantes dé-
finitions du romantisme en musique, il a parlé
de Schubert et de Mendelssohn. Il a beaucoup
insisté sur le premier de ces deux romantiques.
Schubert, dont la vie est aussi intéressante que
sa musique, est inconnu au plus grand nom-
bre ; M. Wallner en a fait une captivante
esquisse, qui a été justement appréciée. La
séance s'est terminée par l'audition d'œuvres
de Schubert et de Mendelssohn. que M"<î Hoe-
berechts a bien interprétées. A citer une Polo-
naise et 'narclic à quatre mains de Schubert,
œuvres peu connues et très bien enlevées par
Mi'e Hoeberechts et M. Wallner. N. L.
Dimanche prochain, 8 avril, troisième Con-
cert populaire, le programme porte la première
exécution à Bruxelles de Uédemption, poème-
symphonie en deux parties, paroles de Ed. Blau,
musique de César Franck. Le solo sera chanté
par M™<= Lafargue, le récit sera déclamé par
M. Lambert de la Comédie-Française. Les
chœurs seront chantés par le Choral mixte. La
seconde partie se composera de fragments des
Maîtres Chanteurs de R. Wagner.
Paul Martinetti, le célèbre mime, et sa
troupe, viennent d'arriver à Bruxelles pour les
dernières répétitions, au théâtre de l'Alcazar,
du Mort, mimodrame en trois actes, de M. Ca-
mille Lemonnier. C'est Paul Martinetti qui
créera le personnage de Bast, le paysan cupide
et criminel.
M. Léon Dubois, chef d'orchestre au théâtre
de la Monnaie, a écrit pour la pièce toute une
partition.
M™'î Dory Burmeister-Petersen, pianiste de
la cour du duc de Saxe-Cobourg Gotha, don-
nera un piano-récital, samedi prochain, 7 avril,
à 8 heures du soir, dans les salons de la mai-
son Erard, rue Latérale, 4.
La troisième séance d'abonnement de mu-
sique de chambre pour instruments à vent et
piano, donnée par MM. Anthoni, Guidé, Ponc
let, Merck, Neumans et De Greef, professeu:
au Conservatoire royal de musique, aura lie
aujourd'hui dimanche i<='' avril, à 2 heures, av(
le concours de M"° M. de Noce, cantatrice d
Théâtre royal de la Monnaie et de MM. Lerm
niaux et Godenne du Conservatoire. M'ii^ c
Noce y chantera du Mozart et du Spontini
MM. De Greef, Lerminiaux et Godenne 3^ ex
enteront (pour la première fois) , le trio de (
Sareau, et l'excellent professeur M. G. Guidé
fera entendre des pièces pour hautbois et piar
de Schumann.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — Le chœur a cnpella, c
rigé par Daniel de Lange, a donné, dai
la grande église luthérienne, une exécution d'i
ouvrage fort intéressant de Jacob Obrecht, le coi
positeur néerlandais du xvi" siècle dont les mess^
et les motets jouissaient dans leur temps d'ui
grande notoriété M. de Lange nous a fait entei
dre Passio XVIII Dominijesn Chrisii secumdim Ma
iheum d'Obrecht (iSSg), un ouvrage d'un caractè
absolument liturgique. La répartition des tro
motets est fart heureusement trouvée. Le premi'
traite la communion, la trahison de Judas et l'i
terrogatoire du Pontife ; le second, celui de Pilât
suivi de la fureur du peuple, exigeant la mort c
Christ; le troisième esquisse la mort de Jésus
finit par une prière de pitié pour les pécheur
Bien que l'exécution de cet ouvrage n'ait pas loi
jours été irréprochable et que la justesse d'inton;
tion du chœur ait laissé à désirer, nous n'f
sommes pas moins reconnaissants à M. de Lant
de cette audition, qui nous a révélé une œuvi
d'une valeur incontestable.
Au dernier concert de l'Association des artist(
musiciens (Cecilia), sous la direction de M. Viott;
on a joué pour la première fois Wallcnsieiii, latr
logie de Vincent d'Indy, qu'on avait déjà entend
plusieurs fois, sous la direction de M. Kes, exécul
d'une façon irréprochable, et qui a reçu sous I
direction de M. Viotta un accueil tout aussi syn
pathique, ce qui n'a pas empêché le nombreu
auditoire de s'e.xprimer avec un crescendo d'ei
thousiasme après les ouvertures Lconorc n" 3 à
Beethoven et Taunheuser de "Wagner. Quant
l'entr'acte de Rosamunde de Schubert, avec so
instrumentation un peu surannée, ce n'était cert«
pas le clou de ce concert, bien que joué ave
une correction impeccable.
Au dernier concert philharmonique, M. Ke
notis a fait entendre de nouveau les entr'acte
composés par M. Zweers pour la tragédie deVoi
del, Cyshrecht van Amstd, et qui contiennent d<
pages fort intéressantes.
LE GUIDE MUSICAL
327
Au même concert, l'organiste van 't Kruys, de
Rotterdam, a joué d'une façon fort méritoire un
-oncerto de Bach, et le violoniste Kraemer, le
roncertmeister de l'orchestre de M. Kes,a joué un
Qouvcau concerto de Dvorack, d'une couleur
slave, mais pauvrement orchestré.
On nous annonce une symphonie posthume de
Gluck, que l'on vient de découvrir en Allemagne.
Intérim.
M
teur, de la part de l'orchestre et du public. Les
exécutants étaient au nombre de 160.
NVERS. — Quoique la saison tire à sa fin,
jTV- notre scène lyrique flamande ne reste point
inactive. Mardi, nous avons eu une dernière repré-
sentation du Freischût3, pour le bénéfice de M"|= Sa-
phir, une jeune artiste qui s'est surtout fait remar-
q\ier par le côté essentiellement musical de son
talent.
HdMeilief a enfin vu le jour chez nous. Malgré
les nombreux rendus compte de la première de
l'œuvre de Benoit, à Iseghem, relativement peu
d'Anversois en connaissaient la véritable portée.
Cette idylle, si touchante dans sa naïveté, et
écrite en vue d'exécutions plus restreintes de
sociétés de petites villes, conviendrait-elle au cadre
plus large de notre première scène flamande ? Celui
qui avait assisté à la représentation du MeiUefà
Iseghem pouvait se le demander.
La nouvelle partition du maître flamand contient
des pages symphoniques d'une extrême délicatesse.
T.. mais, peut-être, si ce n'est dans Ie7?/iîH, la palette
d'ordinaire si vigoureuse de Benoit n'a-t-elle tracé
des lignes aussi délicieuses. L'ouverture est une
perle. Les chœurs sont frais, rythmés et entraî-
nants.
Le deuxième acte, avec sa note passionnée,
forme un contraste curieux avec l'entrain si gai du
premier. L'adieu de Lena au toit paternel et le
rêve d'Eugénie sont des pages empoignantes. Le
rôle du drame lyrique y Uouve sa vraie place, et
Benoit s'y montre, ainsi que dans son Kard van Gel-
dcrland, maître de ce genre.
Quant à l'exécution qu'a reçue le Meiltef chez nous,
nous en parlerons dans notre prochaine correspon-
dance, la deuxième représentation de l'œuvre
pouvant mieux établir la justesse de notre appré-
ciation. A. W.
LILLE. — Jeudi soir a eu lieu, dans l'Hippo-
drome, un grand festival. Les fragments du
Messie d'Hcendel ont produit un très grand effet.
La première partie du concert, entièrement com-
posée de fragments d'œuvres de M. Henri Maré-
chal, qui en dirigeait l'exécution, a été l'occasion
d'un véritable succès pour ce compositeur. On a
beaucoup applaudi le Mirnde de Naim et la Nativité.
On a redemandé, au ténor Dupeyron, le Sound
d'Urovie, détaillé par lui avec beaucoup d'esprit ;
M"e Baldo a du bisser le Spedre de h rose, une com-
position d'un ton mélodique charmant. Le festival
se terminait par les airs de ballet de Déidamie, qui
ont valu trois rappels des plus chaleureux à l'au-
MONS. — Le i5 mars courant, ont été
clôturées les listes des sociétés inscrites
pour participer en division d'excellence, en pre-
mière et en seconde divisions, au concours de
chant d'ensemble organisé pour les 24 et 25 juin
prochain. Il a été décidé, toutefois, de proroger le
délai d'inscription jusqu'au i'''' avril pour la divi-
sion d'honneur, et jusqu'au 22 du même mois pour
la troisième division.
Pour cette dernière division, les dispositions du
règlement ont été modifiées en ce sens, qu'au
lieu d'un classement unique des sociétés, celles-ci
seront réparties en deux sections, la première
comprenant les sociétés belges, et la seconde les
sociétés étrangères.
Il sera attribué, à chacune des sections, un nom-
bre de prix égal à celui que comportait la section
unique.
"Voici la liste des sociétés inscrites jusqu'au-
jourd'hui :
Division d'excellence (sociétés belges). — Réunion
des Chœurs d'Ensival ; la Wallonie (société cho-
rale) d'Anvers ; les Chœurs réunis de Herstal ;
Royale des chœurs l'Emulation de Dour.
(Sociétés étrangères;. — L'Union orphéonique
de Lille.
Première division (sociétés belges). — La Con
corde de "Verviers; l'Orphéon marchiennois de
Marchiennes-au-Pont; la Société lyrique du Thier
de Liège; l'Aurore de Malines ; l'Orphéon jume-
tois de Jumet.
(Sociétés étrangères . — Mastreechter Staar, de
Maestricht
Deuxième division. — Les Bardes disonnais de
Dison; la Fraternité de Droogenbosch; les Mon-
tagnards de Flénu; l'Orphéon de la Meuse de
Falmignoul ; les Echos de Péville de Grivegnée ;
les Artisans réunis de Marchiennes-au-Pont.
NANTES. — Tannhauser s'est joué mardi,
devant une salle comble, composée non
seulement de Nantais, mais aussi d'Angevins
accourus pour la circonstance. Gros succès de pre-
mière.
L'orchestre est excellent, sous l'habile direction
de M.Miriam. L'ouverture et le "Vennsberg ont été
remarquablement joués. L'interpiétation est bonne,
quoique manquant de conviction wagnériejine.Le
ténor Gogny, d'une jolie voix, mais un peu
blanche, a bien chanté Tannhœuser. M. Vilette a
été très bien dans "Wolfram. M. Fabre seulement
correct dans le Landgrave. M"" Dhasty est une
jolie Vénus, excellente chanteuse. M"^ Lloyd
(Elisabeth) a une voix superbe et sa composition
du rôle mérite tous les éloges. Les chœurs ont
paru quelque peu éreintés par un service exagéré.
Ils avaient chanté jeudi, vendredi, samedi et ré-
m.
328
LE GUIDE MUSICAL
pété Tannhtsuser ; joné, dimanche, Pairie et Mignon;
lundi, VAitaque du moulin et le ChaUt; enfin, mardi,
Tannhausev. Rien d'étonnant qu'ils aient été affai-
blis. La mise en scène était correcte. Ce qu'il a
fallu lutter pour obtenir quelque chose d'à peu
près propre! Enfin, on a repeint des décors et
fait quelques parties neuves. E. D.
TOURNAI. — La Société de musique don-
nera un concert le dimanche i"' avril, à
8 heures du soir, au local de la Halle aux Draps,
Grand'Place.
On y exécutera la Vie d'une rose, de R. Schu-
mann, avec le concours de M"= Sidner, de l'Opéra
de Stockholm, et de M. Degenne, de l'Opéra-
Comique de Paris. En outre, les chœurs interpréte-
ront V Alléluia du Messie, de Haendel, ieSanctus et le
Benedictus de la Messe solennelle de sainte Cécile, de
Ch. Gounod.
JVO U VELLES DI VERSES
Nous avons annoncé récemment que les
Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Wag-
ner venaient d'être donnés pour la première
fois à Madrid, au Real. Un de nos abonnés
d'Espagne nous fait obligeamment observer, —
et nous le remercions de sa communication, —
que cette exécution n'est pas la première en
Espagne, ni même à Madrid. Les Meister singer
ont déjà été exécutés à Madrid en deux occa-
sions. La toute première a eu lieu en iSgS, —
le i8 mars, au Real, - sous la direction du
maestro Mancinelli, l'infatigable propagandiste
de l'œuvre wagnérien en Espagne, alors chef
d'orchestre dudit théâtre et directeur de la
Société des concerts de Madrid. Mancinelli, on
le sait, a contribué à relever le goût du public
en lui faisant connaître nombre d'œuvres de
Wagner, notamment la scène de la consécration
du Graal, avec soli et choeurs (1891 et 1892) ;
les murmures de la forêt de Siegfried, prélude
et finale de Tristan et Iseult, les moiceaux les
plus célèbres de VOr du Rhin, Walkyrie,
Siegfried, etc. C'est à M. Mancinelli qu'on
doit aussi la première du Tannhœiiser (1890).
Les rôles de la première de I Maestri Cait-
toi'i di Noriniberga (c'est avec le texte italien
qu'on les chantait) étaient ainsi distribués :
Hans Sachs, M. Menotti; Beckmesser,
M. Baldelli; Walther, M. De Marchi ; David,
M. Gianini; Eva, M^e Tetvorrini ; Maddalena,
M"|= Pagnoni, etc.
L'œuvre, jouée devant un public accoutumé
à Gli Hugonotti, Aida et Cavalleria, futap
plaudie, malgré quelques protestations. Or
redemanda même le quintette à la fin du troi
sième acte, — car, dans la version italienne
on divise en deux le troisième acte original.
Dans la season actuelle, la reprise des Mal
très Chanteurs a eu lieu sous la direction du
maestro Goula, et si la représentation n'a pa^
réussi comme l'année passée, la faute en est à
l'interprétation, qui a laissé beaucoup à désirer.
Le chef d'orchestre n'a pas l'air d'avoir com-
pris la partition ; il s'est borné à une interpréta-
tion bruyante et touffue, tout en exécutant
l'œuvre comme s'il était question de VA fricainc
ou à.' Aida.
La Société orchestrale de Rome, vient de don-
ner pour la première fois, une exécution inté-
grale de \& Neuvième symphonie de Beethoven.
Chef d'orchestre M. Pinelii. Le chœur a été
chanté par les choristes du théâtre et il paraît
qu'ils ont été excellents. En revanche, les
solistes du quatuor ont chanté comme des ama-
teurs. L'impression produite n'en a pas moins
été très profonde sur l'assistance, dans laquelle
on remarquait la reine Marguerite.
Le théâtre grand-ducal de Carlsruhe, après
l'Opéra de BerUn, vient de donner avec un très
vif succès le Falstajf de Verdi. Le rôle du
héros était tenu par l'excellent baryton Planck,
le merveilleux Hans Sachs et le non moins mer-
veilleux Kurvirenal de Bayreuth. M. Planck a
été rappelé une douzaine de fois, à la fin de la
représentation, ce qui ne s'était jamais vu à
Carlsruhe.
Mais il faut dire que peut-être jamais Verdi
ne rencontrera un interprète réalisant aussi
complètement le personnage principal de sa
comédie musicale. Voix d'un métal incompa-
rable, vivacité et bonne humeur inaltérable
dans le jeu, ampleur de la stature, Planck est un
Falstaff absolu et idéal. Ceux qui l'on vu à
Bayreuth dans Kurwenal et Hans Sachs, peu-
vent aisément se l'imaginer dans ce rôle.
Quant à l'œuvre, elle a été accueillie assez
froidement, le troisième acte surtout, — comme
à Berlin du reste et à Vienne. Chef d'orchestre,
Félix Mottl.
L'éditeur J. Seiling, de Mimich, vient de faire
tirer une reproduction photographique très
réussie de la gravure sur bois bien connue
représentant Beethoven en pied, le chapeau
sur la tète, les mains croisées sur le dos et
tenant un morceau de musique. Ce bois est
LE GUIDE MUSICAL
329
l'un des documents les plus précieux de l'ico-
nographie beethovenienne. La reproduction
faite par les soins de M. Seiling ne peut
manquer d'être très demandée.
Les journaux de musique qui nous arrivent
des Etats-Unis sont pleins du nom de M. Al-
berto Jonas, l'un des plus brillants élèves sortis
de la classe de piano de M . Arthur De Greef, au
Conservatoire de Bruxelles. M. Jonas, qui
après une tournée au Mexique, a fait ses débuts
aux concerts Damrosch à New-York, est en
passe de faire aux Etats-Unis une brillante
carrière. Il vient de donner à New- York, au
concert Hall de Madison Square, une série de
récitals de piano, qui lui ont valu un succès
tout à fait exceptionnel. On compare le jeune
pianiste à Paderewsky, ce qui est à New-York,
le dernier mot de l'éloge. M. Jonas joue là-bas
des programmes très variés, composés avec
goiit, où ne manque jamais le nom de quelque
grand classique, Beethoven, Bach, Mendels-
sohn, Schumann, Chopin, à côté des pièces de
virtuosité pianistique.
M. Jonas est engage pour une grande
tournée de concerts dans les provinces du
centre, organisés par la maison Steinway et
Sons.
Le programme du festival rhénan qui a lieu
cette année à Aix-la-Chapelle vient d'être
arrêté définitivement. Nous avons déjà annon-
cé que le premier jour on y exécuterait le
Franciscus de Tinel, sous la direction de
M. Schwickerath. Le second jour sera dirigé
par M. Schuch de Dresde, qui conduira notam-
ment la. Symphonie fantastique de Berlioz. Le
principal soliste de la troisième journée sera
M. Paderewsky.
Le succès de M. Ed. Colonne s'affirme de
plus en plus à Saint-Pétersbourg. A la suite de
la représentation des Huguenots , il a été l'objet
de trois rappels successifs.
A Genève, on nous signale la première repré-
sentation de Janie, làyWe. musicale en trois actes
de M. E. Jacques Dalcroze, libretto de M. Ph.
Godet, d'après une nouvelle de M. Georges de
Peyrebrune. M. Jacques Dalcroze est en Suisse,
un des champions de la jeune école française.
On télégraphie d'Athènes que, jeudi dernier,
a été exécuté l'hymne à Apollon récemment
découverte à Delphes. Cette exécution a fait res-
sortir le caractère grave et majestueux de
l'hymne.
Dans l'auditoire, très brillant, on remarquait
les membres de la famille royale.
L'illustre violoniste Joachim et le violoncel-
liste Piatti ont célébré, ces jours-ci, à Londres
le cinquantième anniversaire de leur première
apparition devant le public de Londres. Joa-
chim, on se le rappelle, avait été amené par
Mendelsshon, à l'âge de treize ans. Piatti, la
même année, débuta à dix-huit ans. Joachim a
aujourd'hui soixante-trois ans, et Piatti soi-
xante-huit.
Le testament de Hans de Bulow vient d'être
enregistré à Hambourg, où le grand musicien
était légalement domicilié. Il a été rédigé en
1884, mais il est accompagné de codicilles sup-
plémentaires datés de 1889.
Par ces différents documents, Bulow fait les
legs suivants aux filles de sa première femme
(devenue, après divorce, la femme de Richard
Wagner, et qui est, comme on sait, la fille de
Liszt et de la comtesse d'Agout, alias Daniel
Stern ) : à Daniela, l'aînée, qui a épousé le pro-
fesseur Thode, à Heidelberg 62,5oo francs ; à
Blandine, devenue comtesse Gravina, qui a
trois ans de moins (elle est née en i863), 62,5oo
francs ; à chacune des deux cadettes, Isolde et
Eva, qui sont célibataires, 5o,ooo francs.
La mère de Bulow devait recevoir, au cas où
elle lui survivrait, i8,75o francs et le testataire
n'a pas oublié non plus sa sœur. M™" Isidora
Bojanowski, ni les fonds des pensions des
orchestres de Berlin, Brème, Hambourg, qu'il
a si souvent dirigés ; il fait également un don au
fonds qui porte le nom de Liszt.
Quant à sa seconde femme, née Schanzer,
qu'il épousa en 1882, treize ans après son
divorce, elle est instituée légataire de tout le
reste de sa fortune, y compris les nombreux
bustes, plats, bijoux, médailles qui furent
présentés à l'illustre chef d'orchestre.
M. Gevaert, directeur du Conservatoire,
avait manifesté le désir d'entendre chez lui
M. Auer, violoniste de la cour de Russie, lors
de son passage à Bruxelles. Selon toutes pro-
babilités, M. Auer viendra, l'année prochaine,
jouer au Conservatoire le concerto de Tschaï-
kowsky, au concert que M. Gevaert consacrera
aux décédés de l'Ecole russe.
Au Théâtre- Marie, à Saint-Pétersbourg, il y
a eu, l'autre semaine, une représentation con-
sacrée tout entière aux œuvres dramatiques du
regretté maître P. Tschaïkowsky.
Spectacle coupé, qui a commencé par le pre-
330
LE GUIDE MUSICAL
mier acte de la Pucelle d'Orléans, dans lequel
la grande scène chorale a marché dans la per-
fection. Mm« Medea Fiegner y a dit aussi avec
beaucoup de style le célèbre monologue de
Jeanne d'Arc.
M'i'^ Baoulina, ensuite, a fait bisser le ravis-
sant arioso de YOpritcIink, auquel a succédé le
deuxième tableau de la Dame de pique, dont
la romance à deux voix, chantée par M"^'^ Fieg-
ner et M'i« Dolina, a été redemandée également.
La great attraction de la soirée a été le deu-
xième acte du Lac des cygnes, un ballet de la jeu-
nesse de Tschaïkowsky. Le décor, un lac peuplé
de cygnes, est très romantique ; la musique est
charmante (une valse et un adagio, supérieure-
ment joué par M. Auer) et M"« Legnani, la
ballerine, étourdissante comme toujours.
Le spectacle a été clos par la Cantate du
couronnement, chantée par M™'^ Slavina et
M. Yakovlew, habillés, tout comme les cho-
ristes, dans des costumes de boyards. Le décor
représentait une salle du Kremlin.
Il y a eu, mardi dernier, une répétition par-
tielle de ce spectacle, plus l'ouverture et le duo
posthume de Roméo et Juliette, duo qui est
basé sur les deux principaux thèmes de l'ouver-
ture, bien connue du maître russe.
On vient de jouer au théâtre de Riga pour la
première fois. Moïse, l'opéra religieux de Rubins-
tein.
L'œuvre a produit une grande impression ; les
mélodies orientales dont elle abonde ont été par-
ticulièrement goûtées. L'orchestration surpasse
tout ce que Rubinstein a produit jusqu'à présent.
Le livret avait été confié au compositeur il y a près
de vingt ans par le poète viennois Mosenthal
mort, aujourd'hui ; ses tableaux résument la vie et
les faits de Moïse d'une façon heureuse.
La mise en scène est soignée ; le nombre des
exécutants dépassait quatre cents.
NECROLOGIE
Sont décédés :
A Baden-Baden, Jacques Rosenhaim, pianiste
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
RICHARD WAGNER
LOHENGRIN
Opéra en 3 actes et 4 tableaux
Traduction française de Ch. Nuitter
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LE VAISSEAU-FANTOME
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Traduction française de Ch. Nuytter
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TANNHiEUSEIl
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Traduction française de Ch. Nuytter
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tions modèles de Bayreuth, prix net : 20 fr.
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Trad. franc, de Ch. Nuytter et J. Guillaume
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piano à quatre mains, deux pianos à quatre mains et huit mains. —Transcriptions pour
piano et instruments divers
Fragments pour orchestre seul et orchestre et chant. — Musique militaire
TROIS MÉLODIES
•L'Attente (V. Hugo), 1-2. . . . fr. 4
Mignonne (Ronsard) 4
Dors mon enfant, 1-2 ... . 4
QUATRE POÈMES D'OPÉRAS
Précédés de la lettre sur la musique
Illustration de G. Rochegrosse et F. Marcotte
PRIX : 4 FRANCS
LE GUIDE MUSICAL
331
compositeur d'une renommée très grande en
llemagne.
Rosenhaim avait habité longtemps Paris. Il eut,
a iS5i, un ouvrage en deux actes, le Démon de la
'iiit, représenté à l'Opéra. Le sujet était tiré d'un
harmant vaudeville de Bayard et Etienne Arago,
réé par M"*^ Fargueil en iS36, avec un éclatant
uccès.
L'Opéra de Rosenhaim eut moins de retentis-
ement, mais il n'était pas une œuvre sans valeur.
1 fut interprété par Roger, Brémond, Marié,
/!'"" Laborde et Nau.
; Rosenhaim était surtout un compositeur instru-
inental. Il fut un de ceux qui, à Paris, donnèrent
es premiers des séances de musique de chambre
lans lesquelles il faisait entendre les œuvres
les grands maîtres avec Alard, Ernst, Joachim et
\laurin, qui vient de mourir.
Jacques Rosenhaim était âgé de quatre-vingt-un
ms.
— A Dublin, sir Robert Stewart, compositeur
anglais.
Il était très célèbre en Angleterre comme com-
positeur de symphonies et surtout d'oratorios pro-
fanes, dont quelques-uns sont remarquables : le
Soir de la Saint-Jean, Veillée d'hiver, etc.
Son œuvre consiste en plusieurs ouvrages, d'une
très grande érudition, sur la musique irlandaise,
les formes de la danse, une biographie très com-
plète d'Hsendel ; il a écrit également des articles
dans le dictionnaire de sir George Grove. On lui
doit surtout une précieuse collection d'hymnes
religieuses.
Sir Robert Stevi^art était professeur à l'univer-
sité de Dublin depuis plus de trente ans. A la
suite d'un grand surmenage, occasionné par les
services de la semaine sainte à la cathédrale de
Sainte-Patrice, il succomba, à une attaque d'apo-
plexie.
PIANOS ET HARPES
ARD
BRUXELLES : 4. rue Latérale
PARIS : 13, rue du Mail
BUEÏTKOPF S, H^ETEL, BEUXELLES
Editeurs-propriétaires pour tous pays de
de RICHARD WAGNER
l'Iiaiit et piano
Partition, version franc, de V, Wilder (édition
populaire n" 5i5) 20 -
Idem, traduct. anglaise par H. et F. Corder (édi-
tion populaire n" 4871 net 12 5o
Morceaux lyriques ;
N° I. Raillerie de Kurwenal — 65
» 2, Conte d'Iseult à Brangœne . . . . 2 85
» 3. Duo d'amour i 25
» 4. Demande de Tristan à Iseult . . . — gS
» 5 Réponse d'Iseult à Tristan . . . . — 65
» 6. Apothéose d'Iseult i 60
Les mêmes complets (édition popul. n" 494) net 5 —
J'iaiio Si <leux luaîus
Partition sans paroles (édition popul. n" 481) net 10 — ■
Prélude (ouverture) i 25
Potpourri 2 5o
Eitner, R. Fantaisie sur des motifs de Tristan
et Iseult 2 —
Heintz, A. Morceaux tirés de Tristan et Iseult
Cah. I. 3 fr. 45 — Cah. 2. 3 fr. 45 — Cah. 3. 2 fr. 85
— Morceaux tirés de Lohengrin et de Tristan et
Iseult. Complets (édition populaire n" 421) net 6
Lassen, Edouard, Morceaux lyriques avec te.xte
N" I. Raillerie de Kurweual —
n 2 Conte d'Iseult à Brangïene .... 2
» 3. Duo d'amour — gS
» 4. Demande de Tristan à Iseult . . . — g5
>i 5. Réponse d'Iseult à Tristan . . . — g5
)) 6. Apothéose d'seult i 60
Les mêmes complets (édit, populaire n° 420) net 3 75
i5
65
Liszt, F. La mort d'Iseult (scène finale) . . . 2 20
Rubinstein, Jos Musikalicher Bilder ;
N» I. Scène d'amonr. . . .... 4 45
» 2. La mort de Tristan 3 75
a'iaiio â quatre inaiiiN
Partition 37 5o
Prélude (ouverture) 2 25
Potpourri 3 i5
Cramer, H. Fantaisie sur des motifs de Tristan
et Iseult : Cahier i. Acte premier ...
« 2. Acte deuxième ....
') 3 Acte troisième ....
Lassen, Edouard. Morceaux lyriques avec
texte. Arrangement de Hans Sitt.
N» 1 . Raillerie de Kurwenal
» 2. Conte d'Iseult ê Brangasne
« 3. Duo d'amour i 60
» 4. Demande de Tristan à Iseult ... i 25
» 5. Réponse d'Iseult à Tristan .... i 25
" 6. Apothéose d'Iseult 2 —
Les mêmes complets (édit. populrire n» 420) net 5 60
Liszt, F. La mort d'Iseult 'scène finale). Arran-
gement de A. Heintz 2 20
l>eux pianos -A. quatre mains
Prélude (ouverture). Arrangem.de A. Pringsheim
Idem. Second piano
La mort d'Iseult (scène fin.) Arr. de A. Pringsheim
Prélude et mort d'Iseult. Arr. de A. Pringsheim.
Deux pianos à Biuit mains
Prélude (ouverture). Arrangem, de A Heintz
La mort d'Iseult (scène fm.). Arr. de A. Heintz .
4 70
5 —
3 75
— 95
3 r5
4 40
2 20
5 65
6 go
Vient de paraître : Guide thématique de Tvi&tm et Iseult, par Maurice KUf FERATH.
Fris : 1 fr.26
3 I5
6 75
332
LE GUIDE MUSICAL
Vient de paraître à la librairie Fischbacher,
33, rue de Seine, à Paris
PORTRaiTS ET ÉTUDES - LETTRES INÉDITES
DE GEORGES BIZET
par Hugues Imbert, avec un beau portrait à l'eau forte
de l'auteur de Carmen par E. Burney
REPERTOIRE DES THEATRES ET CONCERTS
Paris
Opéra. - Du 26 au 3i mars : Thaïs. Thaïs Sigurd
Thaïs.
Opéra-Comique. — Du 26 au 3i mars : Mignon, le
Maître de chapelle. Mireille, Lalla Roukh. Phryné,
Fidès, Cavalleria rusticana, la Nuit de Saint-Jean.'
Lakmé, Madame Rose. Carmen. Lakmé, l'Amour
médecin.
LES CONCERTS DU DIMANCHE
Concert Lamoureux (Champs-Elysées). — Prélude de
Tristan et Iseult; l'Ange, Rêves (Wagner), M"" Ré-
gion; prélude et fragment du premier tableau de l'Or
du Rhin (Wagner) : Voglinde, M™» Jane Marcy V.
gunde, Mi'= Vauthier; Flosshilde, M">» Héglon;'All:
rie, M. Fournets ; les Murmures de la forêt, Siegfri.
(Wagner); le Crépuscule des dieux (Wagner) : duo c
prologue; la mort de Siegfried; marche funèbre; scé:
finale : Brunehilde, M"'* Jane Marcy, _ Siegfrie
M. Gibert; introduction du troisième acte de lohe
grin (Wagner).
Berlin
Opéra-Impérial. - Du 26 mars au i" avril : Les M
dici. Falstaff. Freyschùtz. Mara, Pagliaoci et Puj
penfee. Lohengrin. Les Medici. Faust. Falstaff.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 26 mars a
i" avril ; Orphée et Cavalleria. Manon. Tristan (
\ Iseult. Le Prophète. Tristan et Iseult. Relâche
I L'Attaque du moulin.
: Théâtre des Galeries — La Mascotte.
! Alcazar royal. — Les Martinetti.
I Concerts populaires (théâtre de la Monnaie). — D;
i manche 8 avril, à i h. ^. — Première partie : RÉ
demption (déclamation, soli, chœur et orchestre'
j poème-symphonie en deux parties de M. Edouari
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passade des Panoramas (grande galerie;
<les ...^™P^'j',^i''f^''^^,°«"^f«^deT9chaik«wsky, Quttschalk, Prudent, Allard
P. TSCHAIKOWSKY
ŒUVRES POUR ORCHESTRE
Op. 6i. Mozartiana, ^^ suite d'orchestre :
N" 1 Gigue ;n" 2 Menuet; n" 3 Preghiera;
n.i 4 Thème et Variations.
Partition lo »
Parties séparées lo »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 62. Pezzo Cappriccioso, pour violon-
celle et orchestre ;
Partition 3 »
Parties séparées 6 n
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 64. Cinquième symphonie, en mi mineur •
Partition 35 »
Parties séparées 40 «
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 66. La Belle au Bois dormant, valse
extraite du ballet ;
Partition 5 „
Parties séparées 10 .>
Parties supplémentaires i 5o
La même pour orchestre de bal, par
F. Desgranges :
Conducteur i »
Parties séparées 2 »
Parties supplémentaires cordes chaque »
— Pot-pourri arrangé par Kleinecke ;
Violon conducteur 2
Parties séparées 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 67. Ham.let. Ouverture-fantaisie (A. Ed-
25
25
ward Grieg) ;
Partition i5 »
Parties séparées 25 »
Parties supplémentairescordes chaque 2 5o
— Ouverture extraite :
Violon conducteur 2 »
Parties séparées g »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 68. La Dame de pique, pot-pourri pour
petit orchestre, par A. Kleinecke :
Violon conducteur 2 «
Parties séparées 10 •■
Parties supplémentaires cordes chaque i 25
Op. 69. Yolande, introduction extraite;
Partition 2 »
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires cordes (copiées)
Op. 71. Le Casse-Noisette, ouverture e.xtraite :
Partition d'orchestre 4 »
Parties séparées 6 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
— Suite d'orctiestre tirée du ballet le
Casse-Noisette :
Partition 20 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 5o
Op. 74. Sixième symphonie :
Partition
Parties séparées
Parties supplémentaires cordes chaque
LE GUIDE MUSICAL
333
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LE F1L8 DE 6088EC
ÉLix Stappaerts écrit,
à l'article Gossec de la
Biographie nationale belge :
« Sa femme, Marie-Elisa-
beth Georges, l'avait pré-
cédé dans la tombe et lui
avait donné un fils, compo-
siteur et poète, sans grande
notoriété, décédé aussi avant lui ».
C'est, croyons-nous, tout ce que savent
les historiens au sujet de ce fils obscur
d'un grand homme. Nous n'avons rencon-
tré que son œuvre premier, le seul peut-être
qu'il ait publié. Il s'y montre, comme
artiste, sous un aspect très médiocre, et
comme homme, sous un jour assez bizarre.
C'est un cahier intitulé : Six folies musi-
cales, graves, pathétiques et gaies, composées
pour le piano-forte avec accompagnement de
violon très ad libitum, et dédiées à Madame
Krumpholtz par A lexandre-François- Joseph
Gossec, fils du célèbre compositeur de ce nom
et professeur de piano-forte. — Œuvre I^'^. —
A Paris, chez l'auteur, rue d'Argenteuil,
butte Saint-Roch, etc.
Avec ce titre, il y a une épigraphe « tirée
du répertoire de mes folies », une dédicace
en vers, un « hommage impromptu »
écrit en sortant d'un concert donné par
Mme Krumpholtz, le 2 octobre 1788, un
dialogue entre la Poésie et la Musique, et
un avertissement. De leur lecture, il résulte
que l'œuvre date de l'hiver 1788-89; que
l'auteur était très jeune, passablement
écervelé, extrêmement satisfait de lui-
même, et qu'il mettait son amour-propre à
se faire passer pour fou; disait-on donc
déjà en ce temps que la folie touche au
génie? Gossec fils prescrivait aux musi-
ciens ses confrères d'amuser le monde par
leurs « folles émanations », et de « l'eni-
vrer » de tout leur pouvoir. Il leur donnait
pour modèle l'artiste à laquelle était dédié
son recueil, la belle harpiste Krumpholtz,
qui tournait alors toutes les têtes à Paris.
Elle les tourna si bien qu'elle-même perdit
l'équilibre : en 1788, disent les uns, deux
ans plus tard, disent les autres, elle se
laissa enlever et emmener à Londres, où
ses succès musicaux continuèrent, tandis
que son mari, qui avait été son maître de
harpe et l'avait épousée par amour, noyait
ses chagrins dans la Seine, du haut d'un
pont.
Gossec fils était à tout le moins un
chaud admirateur de la célèbre musi-
cienne; il chantait ses louanges en prose
et en vers, l'appelant Junon, Pallas, Da-
phné.lui parlant de ses doigts enchanteurs,
de son pouvoir magique, de ses grâces
touchantes, du séjour des dieux, et de cent
autres choses non moins neuves et poé-
tiques :
Ah ! trop tendre Daphné, pardonne mon délire !
Mais si j'étois Paris, tu verrois ton empire.
D'ailleurs, le jeune Gossec avait en tout
l'àme très impressionnable, et il employait
pour parler de son maître Edelmann un
langage aussi pathétique, bien que non
versifié :
La reconnaissance m'impose le légitime devoir
de divulguer au public les illustres modèles qui
ont guidé mes pas chancelants dans la carrière
épineuse que j'entreprends de parcourir. C'est à
l'immortel Edelmann que j'ai l'obligation de l'art
enchanteur du clavier. Pour l'âme de la musique,
340
LE GUIDE MUSICAL
qui était plus digne de me l'inspirer que les cé-
lestes, que les inimitables Lays et Saint-Huberty?
Ah! que leurs accents mélodieux ont d'ascendant
sur une âme sensible! La mienne ouverte, comme
malgré moi, à leurs tendres impressions, ils l'ont
subjuguée tout entière. Je vous demande pardon,
lecteurs, de ma prolixité. Mais je crois leur devoir
cet hommage! Oui, voilà les trois célèbres vir-
tuoses qui ont empreint vivement dans mon cœur
et les douleurs de l'art sublime que j'ose indigne-
ment professer, et le charme consolateur de la
sainte reconnaissance.
Mais, dira-t-on, et son père? Le jeune
Gossec avait bien su mettre au titre de son
recueil la mention utile « fils du célèbre
compositeur de ce nom » ; il s'en était tenu
là, ne soufflant mot nulle part des leçons
ni des exemples paternels, n'en rappelant
pas même l'existence dans cette fin de son
dialogue entre deux muses :
La Poésie. — Adieu. Nous nous reverrons sur le
tombeau des immortels Gluck et Sacchini, n'est-ce
pas? C'est là qu'il nous faut verser ensemble des
larmes à jamais intarissables.
La Musique. — Hélas ! Depuis que la Parque fatale
m'a impitoyablement enlevé mes plus chers favo-
ris, je ne quitte plus qu'à regret leurs vénérables
cercueils. Pour m'arracher entièrement du seul
séjour qui me convienne désormais, il faut un
génie de nouvelle trempe. Où le trouver? Car
enfin nous n'avons plus aujourd'hui que quelques
anciens amis, qui ne sont pas toujours traités en
amis par le public. Ainsi, encore une fois, où le
trouver?
La Poésie. — Où? Dans quelque coin obscur. Il
n'attend peut-être qu'un rayon d'espérance pour
solliciter nos faveurs.
LaMusiqtie. —Tant mieux. Je le souhaite. Quand
il se montrera, je le reconnaîtrai aux libations
qu'il viendra verser sur le tombeau de nos deux
héros...
Lorsque, après tant de préambules litté-
raires, Gossec fils se décide enfin à s'ex-
primer en musique, il se montre à peu près
pareil à ce qu'il était en prose. Ses préten-
dues Folies sont des suites ou des sonates
libres, composées chacune de trois ou
quatre mouvements, qui ont chacun l'in-
tention ou la prétention de peindre un « ca-
ractère )) . La cinquième Suite, par exemple,
est ainsi disposée : L Allegro; « caractère
noble et léger, c'est-à-dire national ». —
IL Doloroso ; « caractère lugubre et
tendre ». — IIL Gigue; « caractère gai,
propre à la danse ». Le second morceau
de la sixième et dernière Suite est un « Air
varié du Barbier de Séville, composé par
M. Dezède. Caractère voluptueux, doux et
parfois orageux ».
Hélas ! les belles étiquettes ne font point
les bons breuvages, et, malgré des titres si
alléchants, les petites compositions philo-
sophico-descriptives de Gossec fils étaient
au bout du compte de pauvre musique. On
se demande ce que pouvait bien penser le
vrai Gossec de l'oison qui se parait de son
nom; et l'on se dit que le proverbe a sou-
vent menti, qui affirme « tel père, tel fils ».
Michel Brenet.
£'insptration en musique
Un emprunt à M. Oscar Comettant, —
une fois n'est pas coutume, — qui rappelle
dans le Siècle quelques souvenirs personnels
de Gounod. M. Oscar Comettant a beaucoup
connu l'auteur de Fatist. Un jour M. Co-
mettant, lui parlant de ses compositions de
jeunesse, avait parlé à ce propos « de l'inspi-
ration divine dont Gounod n'avait été peut-
être que le médiumin conscient. » Gounod,
qui n'aimait pas les platitudes ni les bana-
lités, arrêta son interlocuteur, sur ce mot
d'inconscient.
— Inconscient, non, répondit-il avec une
singulière force d'expression ; on comprend
assez mal généralement ce qu'il faut enten-
dre par cette expression n l'inspiration en
musique. »
On croit généralement que l'inspiration
est un phénomène inconscient, désordonné,
sans autre règle que le caprice, sans autre
raison qu'une secousse du tempérament :
c'est une très grossière méprise. L'inspira-
tion est l'apogée de l'état normal, c'est le
sommet de la raison. Le charme de l'inspi-
ration n'est pas autre chose que la satis-
faction qui résulte de l'équilibre parlait et
qui est en quelque sorte la béatitude de
l'intelligence. C'est ce qui expHque pour-
quoi la perfection du beau est aussi calme,
aussi paisible, je dirais volontiers aussi
LE GUIDE MUSICAL
341
humble, que la perfection morale : elle
diffère autant des entraînements déréglés
de l'agitation et de la fièvre que la santé
diffère de la maladie, que l'amour diffère
de la passion. Les maîtres de la vie esthéti-
que peuvent donc être comparés aux maî-
tres de la vie spirituelle et les gardiens
d'une doctrine et le degré de confor-
mité à cette doctrine marque le niveau de
la vie esthétique. Le génie est la plus haute
expression de la raison esthétique comme
la sainteté est la plus haute expression de
la morale.
Voilà qui est très beau, et ces mots sont
à retenir. M. K.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
;0ILA la seizième année d'existence de ces
grands concerts d'orgue du Trocadéro
fondés par M. Guilmant, l'éminent orga-
niste de l'église de la Trinité et de la Société des
Concerts. Chaque année voit s'affirmer davan-
tage le succès de cette œuvre intéressante et, à
la première séance de 1894, son fondateur a dû
éprouver un sentiment de bien légitime satis-
faction en voyant l'immense vaisseau totale-
ment rempli par une foule chaleureuse et sym-
pathique.
Aussi bien le succès des concerts de M. Guil-
mant est-il mérité : les programmes sont tou-
jours composés avec beaucoup d'art, sans que
jamais aucun sacrifice soit fait au mauvais
goût du public. On n'y exécute que de la mu-
sique très sérieuse et cette considération ajoute
encore à l'importance du succès. Depuis la
fondation des grands concerts d'orgue, nous
avons vu défiler la plupart des grandes œuvres
de Bach, de Hœndel, etc. Cette année encore,
M. Guilmant nous promet un régal artistique
par l'exécutions de cantates de ces maîtres, avec
les chanteurs de Saint-Gervais.
Le programme du premier concert de cette
année, qui a eu lieu le 29 mars, était des plus
variés, car il réunissait les noms de J. Brahms,
de Haendel, de Bach, de Mozart, de Gluck et
même de Wagner.
J'espère que M. Guilmant voudra bien nous
faire réentendre le morceau de Brahms en le
mettant cette fois dans le corps du programme :
l'audition en a été troublée par l'entrée du
public, qui n'était pas terminée ; et c'est grand
dommage, car c'est une œuvre admirable et
grandiose dans sa simplicité. C'est un Prélude
choral, avec fugue sur le thème du choral :
0 tristesse, ô douleur. Le morceau débute par
un prélude en forme de largo, dans un mouve-
ment très lent, empreint d'un grand sentiment
poétique, avec un fond de tristesse mélanco-
lique. Le choral se développe ensuite en s'élar-
gissant de plus en plus; puis vient la fuge dans
un rythme traînant qui donne une impression
de poignante douleur. C'est là une œuvre inté-
ressante au premier chef et qui ne changera
guère mon impression sur la musique de
Brahms, à savoir que ce grand musicien est un
des plus dignes successeurs de Beethoven; on
y retrouve une des principales qualités du
maître de Bonn, la grandeur dans la simplicité,
avec une note bien personnelle cependant, et
très moderne.
M. Guilmant et l'orchestre ont exécuté : le
Treizième concerto è.i fa (le Couco de Hasn-
del, ainsi nommé parce qu'au second morceau
l'auteur a fait revenir comme à plaisir le chant
du coucou entouré d'une délicieuse dentelle
symphonique. U Adagio Rondo de Mozart et
ont paru un peu longs et pâles à côté des
fugues de Bach ; enfin la Marche triomphale
de M. Guilmant a obtenu le succès qu'elle mé-
rite. M. Guilmant seul a joué le Prélude et
la Fugue en ré de J.-S. Bach, une merveille,
dont l'impeccable exécution a bien fait ressortir
toutes les beautés.
M. Casella a enlevé tous les suffrages en
jouant avec une extraordinaire virtuosité la
Sonate en la n° 6 pour violoncelle de Bocche-
rini : M™^ Auguez de Montalant a charmé l'au-
ditoire en chantant trois airs bien différents les
342
LE GUIDE MUSICAL
uns des autres avec un égal talent : Tristes
apprêts de Castor et Pollux, de Rameau, un
air d'Armide de Gluck et une mélodie de
Wagner, Re'ves : on lui a fait fête et c'était
justice. Citons enfin l'orchestre de M. Gabriel
Marié et l'accompagnateur, M. H. Deshayes,
qui apportaient leur concours précieux à cette
belleséance. H. Dubief.
Au septième concert Lefort, grand succès
pour la charmante M™e Auguez de Montalant,
dans diverses mélodies de Gounod, Saint-
Saëns, Godard, et pour M. Casella, dans la
sonate (n" 6) pour violoncelle de Boccherini.
Ml'<5 Murer a exécuté avec une vive intelli-
gence des pièces pour clavier et a prêté son
concours à MM. Lefort, Gianini et Casella
dans le quatuor de Mozart.
Le dixième à cordes de Beethoven a été fort
bien dit. Exécution soignée.
— Le deux cent quarante et unième concert
de la Société Nationale a eu lieu le 3i mars, à
la salle Erard, avec chœurs et orchestre. Les
Djinns, pour piano et orchestre, cette page un
peu sombre à laquelle le maître César Franck
a su donner une couleur toute particulière, que
réclamait le sujet, ont été vivement appréciés.
L'idée du compositeur se développe magistra-
lement et 1,1 ne s'en écarte jamais : à noter sur-
tout un motif d'une réelle élévation dans la
partie médiane. L'exécution, par M™« H. Jos-
sic, a été vraiment parfaite. Dans sa Légende
symphoniqne, que l'on entendait pour la pre-
mière fois, M. Paul Lacombe a su présenter
avec l'habileté de main qui le caractérise,
divers sujets empruntés à la « légende». La
science qu'il possède est loin de nuire à l'inspi-
ration, qui est souvent charmante ; c'est ainsi
que se dessinent, après un début chaleureux,
un récit de hautbois, puis un joli motif, confié
àlafliite; les harmonies sont toujours intéres-
santes; la conclusion est une sorte de choral,
confié aux cuivres et qui est très enlevé en cou-
leur.
M. Vincent d'Indy a orchestré avec cette ha-
bileté dont il est coutumier, sa jolie et gra-
cieuse valse Helvetia; elle a réuni tous les
suffrages.
Tristes sont les Landes, paysage breton pour
orchestre, de M. (iuy Ropartz. C'est bien l'im-
pression que laissent certains paysages de
l'Armor, dont le compositeur est un des en-
fants. Dans ses poésies comme dans sa mu-
sique, il a chanté son pays natal ; et sa lyre a
plutôt des pleurs que des sourires.
La suite pour orchestre de M. Sylvio Lazzari
est fort bien écrite ; les quatre morceaux qui la
composent dénotent chez leur auteur une admi-
ration peut-être trop visible pour Wagner et
Schumann ; un peu plus de personnalité, et le
talent de M. Lazzari ne pourrait qu'y gagner.
UOndine et le Pécheur, d'après la poésie de
Th, Gautier, par M. de Bréville, ne peut
qu'être comparée à certaines pages picturales
de teinte neutre, dans lesquelles les contours
sont à peine dessinés ; le sujet se dérobe tou-
jours. M'ie Mary Ador était l'interprète hdèle de
cette composition incolore. Que dire de Lore-
/ey, ballade pour orchestre et chœur d'hommes,
de M. Jules Bordier, sinon que le compositeur
angevin a été quelquefois plus heureux? Et
pourquoi, sur le programme, l'inscription de
Jules Bordier «d'Angers?» Est-ce par imitation
du grand David?
Au Théâtre d'application, première repré-
sentation de Pierrot Rouge, nouvelle panto-
mime de MM.J. LauryetG. Belle, musique de
Gaston Paulin. Succès pour le compositeur,
dont la verve a été bien inspirée, et pour les in-
terprètes, Mi's Depoix, MM. Henry Krauss et
Paul Franck.
Une séance de musique de chambre des plus
intéressantes se donnait, mercredi, dans la
petite salle Erard; des plus intéressantes, parce
qu'elle était organisée par de jeunes artistes,
MM. J. Malats, C. Flesch et L. Hasselmans,
qui ont, personnellement, des qualités fort
appréciables, dont la réunion forme un excel-
lent ensemble. Ils ont fait entendre le trio en
re mineur de Mendelssohn, la Sonate àeGneg
pour piano et violoncelle, et le ti'io en /a majeur
de Godard. On ne pouvait exiger de cesjeunes
musiciens une exécution sans défauts ; ils ont,
d'ailleurs, devant eux, de longues années pour
se perfectionner; et les chaleureux applaudis-
sements qui leur ont été adressés, ils les doi-
vent bien plus à cette prévision de leurs succès
futurs qu'au résultat présent. Les deux trios
ont été bien joués. L'œuvre de Godard est
assez inégale, mais la musique en est toujours
distinguée et très spirituelle, notamment dans
le scherzo, un petit chef-d'œuvre ; on est sur-
pris de retrouver, dans la première partie, un
thème du Siegfried- Idy II, presque intact.
Il y a eu quelques faiblesses dans l'exécution
de la Sonate de Grieg par M. Hasselmans,
dues peut-être à l'émotion. Le jeune exécutant
LE GUIDE MUSICAL
n'en a pas moins montré de sérieuses qualités,
un beau son, un archet moelleux et déjà beau-
coup de puissance dans la main.
En résumé, MM. Malats, Flesch et Hassel-
mans ont fait grand plaisir, et le public les a
encouragés comme ils le méritaient.
343
Séance d'accompagnement sous la direction
de M. René Lenormand, à l'Institut Rudy.
Plusieurs jeunes filles, formées à bonne école,
jouent avec brio les airs de ballet tirés au Prince
Igor de Borodine et la Rhapsodie cambod-
gienne de Bourgault-Ducoudray (réduction
pour deux pianos et cordes). M'ii^ Meiggs inter-
prète dans un assez bon sentiment la Berceuse
de Chopin. Puis, une très puissante artiste, ad-
mirée de tous les musiciens qui ont pu l'enten-
dre dans les trop rares apparitions qu'elle fit
salle Pleyel ou aux cours de Bourgault-
Ducoudray, Mrae Collier, voix unique, d'un
timbre étrange et saisissant, met en valeur,
avec un grand art, deux mélodies remarquables
de R. Lenormand, C/oc//e5 lointaines et Citant
d'amotir ; le tempérament original et passionné
de l'interprète est égal au tempérament du
compositeur, et l'impression sur l'auditoire est
très vive. Rayval.
'I'
Verdi vient d'arriver à Paris, pour procéder
en personne aux dernières répétitions de son
Falstajf, à l'Opéra-Comique.
De nombreuses cartes et télégrammes étaient
parvenus à son adresse, et un grand nombre de
visiteurs étaient venus solliciter l'honneur d'être
reçus par le maître. M. Ressman, ambassadeur
d'Italie, avait envoyé un attaché de l'ambas-
sade présenter au grand compositeur ses sou-
haits de bienvenue.
L'illustre maître italien a étonné tout le
monde par sa verdeur extraordinaire et son
admirable santé. M. Verdi accuse si peu son
âge que, lorsqu'il est arrivé à l'Opéra-Comique,
conduit par MM. Ricordi et Boïto, les per-
sonnes qui se trouvaient à la porte de l'admi-
nistration n'ont su qu'après coup que l'auteur
de Falstaff était dans le théâtre.
Les journaux de Paris se demandent si l'on
ne donnera pas, cet hiver, YOtello de Verdi à
l'Opéra. On raconte, à ce propos, que MM. Ber-
trand et Gailhard avaient fait des démarches
auprès du librettiste, afin d'obtenir des change-
ments au livret. Or, il paraît que M. Boïto
n'est pas du tout décidé à entreprendre le tra-
vail de revision qu'on lui impose. Les choses
en sont là. Espérons que la présence de
M. Boïto à Paris permettra à ces Messieurs
d'aplanir définitivement les dernières difficultés.
Un concours intéressant et d'un genre nou-
veau vient d'être ouvert, à la direction de
l'enseignement primaire, par M. F. Buisson.
Il s'agirait de créer, à l'usage de nos petites
écoles, un recueil de chants populaires qui
puissent être enseignés facilement aux enfants,
et remplacer à la fois, dans la vie scolaire de
chaque jour, l'instruction religieuse, et ce froid
enseignement « civique » que les petits ma-
nuels de Paul Bert avaient mis pour un temps
à la mode.
Le chant choral est très usité dans les écoles
primaires du Nord, de la Suisse, des Etats-
Unis, où on a depuis longtemps compris que
l'enseignement moral ne saurait mieux s'insi-
nuer dans des âmes d'enfants que sous cette
poétique forme de la chanson, qui sait parer
de couleurs attrayantes l'exercice des plus
austères vertus.
Ui.e commission spéciale, sous la direction
de M. Julien Tiersot, sous-bibliothécaire au
Conservatoire de musique, a procédé à l'inven-
taire des mélodies populaires de nos provinces ;
puis elle a fait un choix des quarante meilleures
de ces mélodies, et invité les poètes français à
y adapter des paroles, — à l'usage des enfants.
M. Maurice Bouchor, le poète de Noô'l et de
Tobie, a pris part à ce concours (qui sera jugé
dans quelques semaines), et, après deux mois
du travail le plus consciencieux, vient de
terminer son petit recueil dechants populaires,
dont quelques-uns sont de purs bijoux.
M. A. Durand, l'éditeur de musique, qui a
été président du Syndicat des éditeurs, vient
de recevoir la décoration de la Légion d'hon-
neur, à l'occasion de l'Exposition de Chicago.
On ne peut qu'applaudir à une distinction
conférée à celui qui a tant fait pour l'art mu-
sical.
La société l'Euterpe donnera, à la salle
Erard, le 12 avril, un intéressant concert, dans
lequel sera exécutée la poétique œuvre de Ro-
bert Schumann, la Vie d'une rose.
Vient de paraître à la librairie Fischbacher,
33, rue de Seine, à Paris
PORTRAITS ET ÉTUDES — LETTRES INÉDITES
DE GEORGES BI2EÏ
par Hugues Imeert, avec un beau portrait à l'eau forte
de l'auteur de Carmen par E. Burney
344
LE GUIDE MUSICAL
BRUXELLES
(ICHARD Cœur de Lion, remis en scène à
Bruxelles en 1880, à l'occasion des fêtes
nationales, n'avait plus été joué depuis.
La reprise de cette semaine pourrait difficile-
ment être considérée comme un hommage
rendu à la mémoire de Grétry ! L'œuvre du
maître belge n'était plus reconnaissable sous
l'interprétation lourde et languissante qui vient
d'en être donnée; aussi, tandis qu'elle avait été
accueillie avec une faveur marquée en 1880,
l'exécution s'en est-elle terminée cette fois sous
des chuis nombreux, que n'ont pu étouffer
quelques applaudissements de commande.
Le chef-d'œuvre de Grétry avait pour princi-
paux interprètes MM.Ghasne, Massart, Lequien,
Gilibert et Barbary, M^^s Horwitz, de Noce et
Paulin. Tous, ou à peu près, semblaient avoir
pris pour tâche de montrer au public toute la
puissance de leur voix. Nous ne ferons pas le
compte de la part qui revient à chacun d'eux
des critiques que mérite cette exécution maté-
rielle et grossière ; ils sont, d'ailleurs, en cette
circonstance, moins coupables que ceux qui
avaient pour mission de préparer cette reprise
d'un chef-d'œuvre national, et qui n'ont pas su
donner à l'ensemble de l'interprétation les quali-
tés indispensables. Nous devons cependant une
mention spéciale à M"'^ Horwfitz (Laurette), qui,
seule, a eu les traditions de l'œuvre et a chanté
la musique de Grétry avec la légèreté qu'elle
réclame.
Donnée au lendemain des représentations
de Tristan et Iseiilt, cette reprise de Ri-
chard Cœur de Lion est venue souligner
cette situation illogique qui existe au théâtre
de la Monnaie et qui fait que l'on réclame
du public les mêmes sacrifices pécuniaires,
qu'il s'agisse d'entendre les productions les
plus vastes, les œuvres les plus complexes
du répertoire lyrique, exigeant le concours de
chanteurs grassement rétribués et nécessitant
souvent une mise en scène coûteuse — néces-
sité parfois éludée, on l'a vu récemment! — ou
qu'il s'agisse d'assister à l'audition des opéras-
comiques les plus légers, d'une exécution à tous
égards moins dispendieuse.
Que faire pour remédier à cette situation,
qui a pour effet, — la transformation du goût
aidant, — d'écarter de plus en plus le public
des représentations d'opéra -comique, lesquelles
ne sont plus là, en quelque sorte, que pour
fournir aux abonnés le nombre de soirées qui
leur est dû mensuellement?
Deux solutions paraissent en présence. Ou
bien établir un double tarif, variant suivant la
catégorie des œuvres qui figurent au pro-
gramme ; ou bien limiter désormais le rôle du
théâtre de la Monnaie à l'exécution des œuvres
lyriques de grande envergure, en en excluant
quantité d'ouvrages, intéressants sans doute et
qu'il est désirable de maintenir au répertoire,
mais dont le caractère intime ne s'accommode
guère du cadre trop vaste de la Monnaie :
Richard Cœur de Lion est, sans contredit, de
ce nombre.
Et puisque d'autre part, l'opérette moderne,
dans quelques-unes de ses productions, — la
récente Sainte-Freya de M. Audran n'en est-
elle pas un exemple? — semble vouloir se rap-
procher de l'ancien opéra-comique français,
n'y aurait-il pas place à Bruxelles pour une
scène spécialement affectée à l'opéra-comique et
sur laquelle seraient représentées toutes les
pièces appartenant ou confinant à ce genre?
Le théâtre des Galeries, qui exploite depuis
quelques années sans succès d'argent le réper-
toire, actuellement bien en décadence, de l'opé-
rette, ne réussirait-il pas mieux dans cette
voie? Il y serait d'ailleurs aidé, sans doute, par
la Ville, qui ne saurait rester étrangère à pareille
entreprise, puisqu'elle aurait à exercer un con-
trôle destiné à nous assurer des exécutions
convenables, comme elle est censée le faire
actuellement vis-à-vis du théâtre de la Mon-
naie.
Cette scène nouvelle pourrait être une excel-
lente école pour les jeunes artistes formés par
notre Conservatoire, aujourd'hui mal à l'aise
dans le vaste vaisseau de la Monnaie, devant
un public forcément exigeant. Nous pourrions
citer, d'ailleurs, telle artiste de la troupe
actuelle dont le talent, perdu dans le large
cadre de notre première scène, ressortirait sin-
gulièrement dans une salle plus exiguë, comme
celle des Galeries.
Il serait sans doute bien facile de délimiter
le répertoire qui serait réservé à chacune des
deux scènes; mais il ne faudrait pas s'en tenir
pour cela à cette seule distinction des pièces
avec ou sans dialogue parlé; il est certain, en
effet, que Carmen, par exemple, devrait rester
au répertoire de la Monnaie, comme maintes
autres œuvres dites de demi-caractère.
Il y a là, semble-t-il, une idée à approfondir.
Le moment est opportun, puisque le bail
actuel du théâtre de la Monnaie doit prendre
fin avec la saison prochaine et que le ou les
directeurs pour les trois années d'exploitation
qui suivront devront être désignés au commen-
cement de 1895, — à supposer, comme on l'a an-
LE GUIDE MUSICAL
345
nonce, que MM. Stoumon et Calabresi renon-
cent à poursuivre leur carrière directoriale.
J. Br.
U Indépendance donne les renseignements
que voici au sujet des engagements et réenga-
gements d'artistes pour la prochaine campagne
théâtrale à la Monnaie :
Parmi les artistes qui nous restant, il faut
citer du côté des dames : M™es Tanési, Ar-
mand, Lejeune et Legénisel ; du côté des
hommes : MM. Cossira, Seguin, Dinard et
Isouard, dont les réengagements sont dès à
présent signés.
jyfme Cossira deviendra pensionnaire de notre
scène lyrique pour la saison prochaine; M.Sen-
tein nous revient et remplacera M. Lequien
dans l'emploi de basse-chantante.
M. Leprestre, qui passera la saison d'été à
Aix-les- Bains et est engagé pour l'hiver à
rOpéra-Comique, fera place à M. Bonnard, qui
a chanté cette année au Théâtre royal d'Anvers
le rôle de Werther.
Enfin, M™^ de Roskilde, qui créa récemment
le rôle de Sainte-Freya dans l'opérette d'Au-
dran, aux Galeries Saint- Hubert, est engagée
pour les rôles de Galli-Marié ; elle débutera
probablement dans Carmen ou dans Mignon.
Le même journal annonce que la direction
de la Monnaie montera comme spectacles nou-
veaux : l'Enfance de Roland, livret et musique
d'Emile Mathieu, et le Luthier de Crémone,
de Jeno Hubay. Puis Paillasse, un acte en
deux tableaux de M. Leoncavallo, créé à la
Scala de Milan, et dont le succès en Allemagne,
en Autriche, à La Haye, a rappelé la vogue de
Cavalleria Rusticana (la première représenta-
tion française de cet ouvrage a été donnée,
voilà deux mois, à La Haye). On compte aussi
faire une reprise de la Walkiïre et des Maîtres
Chanteurs. Enfin, il est question de Djatnileh,
un acte de Bizet, poème de Louis Gallet,
d'après Nanionna, d'Alfred de Musset.
UIndépendance, qui doit être bien informée,
ne cite pas Sanison et Dalila de Saint-Saëns,
dont, il y a peu de temps, on annonçait l'exé-
cution pour la saison prochaine. MM. Stoumon
et Calabresi renonceraient donc à ce projet? On
doit le regretter, mais non s'en étonner !
M. Bertrand, l'un des directeurs, et M. Taf-
fanel. chef d'orchestre de l'Opéra de Paris,
ont assisté, lundi dernier, à la sixième représen-
tation de Tristan et Iseiilt au théâtre de la
Monnaie. M. Bertrand a été interviewé dès son
retour de Bruxelles. « J'ai été fort content de
mon voyage, a-t-il dit à l'un de nos confrères
parisiens. Taflfanel, qui avait entendu la par-
tition à Munich et à Bayreuth, en allemand,
avait tenu à l'entendre aussi en français. L'or-
chestre et les chœurs sont, à la Monnaie,
dignes de tous les éloges. Vous savez que nous
comptons donner cette année, à l'Opéra de Pa-
ris, Tristan et Iseiilt. Notre voyage à Bruxelles
a donc été comme une « première étude » de
l'œuvre de Wagner )> .
L'appréciation est sommaire, convenez-en.
Ne trouver à louer dans l'exécution de la Mon-
naie que l'orchestre et les chœurs, c'est peu.
Pas un mot ni de l'Iseult, ni du Tristan, ni de
la Brangaene, ni du Kurwrenal, ni du roi de
l'exécution bruxelloise. Excellents seulement
les chœurs, qui ont tout juste quarante-six me-
sures à chanter!
Le plus plaisant, c'est que des journaux
bruxellois reproduisent naïvement cet éloge —
à deux tranchants.
Les Martinetti ont débuté, lundi, à l'Alca-
zar; ils ont obtenu leur succès habituel dans
The terrible Night, une de leurs pantomimes
les plus mouvementées. Ils ont commencé les
études du Mort, la pantomime tirée du roman
de M. Camille Lemonnier et pour laquelle
M. Léon Dubois a écrit une partition sympho-
nique très fouillée, avec une mise en scène et
un cadre artistiques. MM. Duyckx et Crépin
ont dessiné des costumes de i83o, d'après Ma-
dou, et des gravures de l'époque. On en dit
merveille.
Entendu aussi une amusante reprise des
Deux Aveugles d'Offenbach, agréablement
jouée par MM. Ambreville et Crommelynck.
Pour passer à la fin de la semaine. Miss
Kismy, vaudeville en un acte de MM. B. Le-
breton et Henry Moreau. N. L.
L'autre semaine, M. Mazet, constructeur
d'orgues et d'harmoniums, avait convié quel-
ques artistes et journalistes à l'inauguration
d'un grand orgue construit dans ses ateliers et
destiné à un château des environs de Bruxelles.
M. de Boeck, premier prix d'excellence du
Conservatoire, a exécuté avec grand talent un
Aria de Hsendel, la belle Fugue en ré de
J.-S. Bach, une romance de Mendelssohn et
Pâques fleuries de M. Mailly. Il a fait valoir
les ressources de l'instrument, sa richesse, la
variété de ses timbres, sa puissance de sonorité,
tous les mérites enfin que l'exiguïté relative du
local a permis d'apprécier. Très perfectionnées,
346
■-UIDE MUSICAL
les orgues de M. Mazet ont une douceur et une
onction remarquables, qualités qui ne se ren-
contrent guère dans les instruments de nos
églises, qui, avec leur son criard, dur et per-
çant, manquent de contrastes et sont, par con-
séquent, sans poésie et sans charme.
La prochaine conférence de M. L. Wallner,
chez M"e Desmet, aura lieu le mercredi
II avril. Sujet : Chopin. M'i= Hoeberechts in-
terprétera, entre autres œuvres, la sonate en si
bémol, la Polonaise-Fantaisie et la Polonaise
en jni bémol.
Aux cours publics de l'Université libre, mardi
prochain, conférence de M. Charles Potvin sur
la musique grecque, avec auditions de frag-
ments de musique.
Une réunion des professeurs de musique des
athénées et écoles moyennes du pays a eu lieu
cette semaine à Bruxelles, à l'effet de recher-
cher les moyens de réorganisation des cours et
d'obtenir l'augmentation du traitement.
Les bases d'une fédération des professeurs de
musique ont été jetées au cours de cette séance,
qui s'est terminée par la nomination d'une
commission chargée d'étudier les questions
diverses dont il est parlé plus haut.
En font partie : MM. Canivez, professeur à
l'athénée de Charleroi ; Gilis, professeur à
l'athénée de Namur, et Piedfort, professeur à
l'école mo3?enne de Fleurus. Cette délégation
sollicitera une audience ministérielle.
Une bonne aubaine pour les dilettanti de la
capitale : Sarasate, le célèbre violoniste, et
Bertha Marx, l'éminente pianiste, nous re-
viennent.
Cette fois, il nous sera donné de les enten-
dre dans la vaste salle du théâtre de la Mon-
naie, et accompagnés par un orchestre dont la
réputation n'est plus à faire, celui de l'Asso-
ciation des artistes-musiciens. Tout promet un
concert réellement extraordinaire. Cette fête
musicale aura lieu le samedi 21 avril prochain,
à 8 heures du soir.
Nous aurons cet été, à Bruxelles, de la mu-
sique partout. La place Rogier, la Grand'Place
auront leur orchestre permanent. On ne peut
qu'applaudir à cette expansion populaire de
l'art musical, qui est aussi une bonne fortune
pour nos instrumentistes sans emploi et les
nombreux prix du Conservatoire, que la con-
currence vitale met aux abois. Il n'y aura
bientôt plus de café qui n'ait son orchestre. On
peut déjà citer comme intéressant, le petit
orchestre de M. Belinfante, qui, dirigé avec
ardeur, joue avec un entrain endiablé de jolies
ouvertures, des fantaisies oubliées et des valses
bien cadencées que la génération actuelle ne
connaît pas.
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — Si nous n'avons aucune nou-
velle à donner pour le moment en fait de
concerts, diverses exécutions musicales qui s'an-
noncent pour la semaine prochaine nous en four-
niront bientôt l'occasion. L'une d'elles promet un
intérêt particulier : il s'agit de la quatrième séance
de la Kwartet-Kapel, qui sera consacrée à l'au-
dition d'œuvres nationales. Nous 3' entendrons un
Quatuor de E. Mathieu, une Sonate pour alto et
piano de H. Vieuxtemps et un Trio de ]. Blockx.
Nous avons, à plusieurs reprises, applaudi aux
efforts louables de cette jeune association; Tidée
de consacrer régulièrement des séances aux com-
positeurs nationaux est particulièrement heureuse
et fait honneur aux initiateurs.
Rien de nouveau au Théâtre-Royal, si ce n'est
une reprise assez inattendue de l'Etoile du Nord;
inattendue, parce que ce théâtre annonce déjà
sa clôture annuelle.
Au Théâtre-Lyrique flamand, nous avons été
heureux de constater le succès croissant du Mei-
lief. Il faut l'avouer aussi, les exécutants (les
chœurs surtout) apportent à leur tâche une con-
viction et une chaleur communicatives qui parais-
saient faire défaut à la première représentation.
Plusieurs pages de l'œuvre ont été longuement
applaudies, re qui n'étonnera point celui qui
s'est initié à leur valeur intrinsèque. Et, pourtant,
pas un de nos journaux n'a cru nécessaire d'ana-
lyser â fond cette nouvelle partition de Benoit.
Généralem.ent, ils se contentent de malmener le
poème.
Si nous admettons l'excessive naïveté de la
pièce de M. Demeester, nous savons aussi qu'elle
a été créée pour un public rural, encore peu ini-
tié aux gros drames dont se grise journellement
le public des grandes villes.
Est-il donc si peu édifiant pour nous de revivre,
pendant une couple d'heures, cette vie saine et
naturelle dont se contentaient nos aïeux? La fête
de mai n'était-elle pas infiniment plus caractéris-
tique que de nos jours le Longchamps-fleuri,
ce passe-temps des boulevardiers, qui mérite
à peine d'être chanté en prose ?
Et, étant donné que cette reconstitution scé-
nique de la fête de mai a inspiré â Benoit des
chants d'une fraîcheur touchante et d'un rythme
tout campagnard, ne faut-il pas en savoir gré à
son collaborateur?
Plus encore que le décor, l'expression musicale,
souvent si vraie, nous envoie comme des bouffées
d'air tiède et embaumé.
En dépit de quelques coupures que l'on a faites
LE GUIDE MUSICAL
31:
au livret, plusieurs pages musicales ont été con-
çues depuis la première, à Iseghem: notamment
deux danses campinoises, d'une franche allure, et
plusieurs parties mélodramatiques des mieux sen-
ties.
Nul doute que le Meilief ne tienne encore quel-
que temps l'affiche, malgré la saison avancée, peu
favorable aux spectacles. A. W.
DRESDE. — Le concert auquel nous invi-
tait, le 28 mars. M""' Roger-Miclos, était de
ceux qui n'attirent que les connaisseurs. Pour
les autres séances, qui avaient lieu le même soir,
celle-ci n'était pas une concurrence. Trop élevée
pour les esprits ordinaires, la conception du beau,
telle que l'entend l'artiste toulousaine, ne pouvait
être comprise de la majorité des auditrices qui se
croient musiciennes pour avoir séjourné dans un
conservatoire et parcouru quelques articles de cri-
tique musicale. A en juger par les produits hâtifs
et informes qui sortent des conservatoires, l'œuvre
sociale de Wagner, à qui le xx" siècle devra une
grande partie de son éducation est': '.tique, est loin
d'être terminée.
Il nous a paru que ces réflexion; d'un admira-
teur de M"" Roger-Miclos, faites ir.'ns la patrie
même de l'auteur de Tristan et Iseult, s'adaptaient
assez bien à une artiste dont la magnifique éduca-
tion esthétique est manifeste. Chez elle, tout con-
court à l'unité d'impression : la qualité toute
virile de sa technique majestueuse, sa toilette d'un
style sobre, ses gestes nobles et ses attitudes
sculpturales. Avec cela, une spontanéité sincère,
quelque chose de franc et de cordial qui écarte
toute idée d'emphase et d'apprêt. Telle est, non
pas le camée déjà magistralement modelé par
M. Hugues Imbert, mais l'impression produite ici
par M"" Roger-Miclos.
Une seule audition est insuffisante pour appré-
cier toutes les qualités d'une artiste chez qui
domine une si haute intellectualité. A l'entendre
interpréter les allégros de la Sonata appassionata,
on peut juger pourtant de la pénétration de son
intelligence musicale; la profondeur de sa sensibi-
lité lui fait percevoir les moindres nuances de
cette œuvre si pathétique. La couleur et le mou-
vement donnés à l'andante ne nous ont pas laissé
une impression aussi sereine. Le style est cepen-
dant l'une des qualités qui placent cette artiste
au rang des premières pianistes actuelles. Chez
M™" Roger-Miclos, dont les études d'harmonie, de
composition et d'accompagnement ont été si bril-
lantes, la compréhension de la contexture est
instantanée. Tous les effets métriques, rythmiques,
ceux de tonalité et de modalité sont exécutés
avec une scrupuleuse probité. C'est même la carac-
téristique de ce talent grandiose de faire sur-
gir en une clarté radieuse la pensée de chaque
maître. De mémoire de critique, jamais une
femme n'avait interprété avec cette perfection les
mélodies expressives, les harmories si fortement
pensées du Carnaval de Schumann. Les pièces de
Chopin ont particulièrement révélé le goût exquis
et le sens poétique d'une interprète qui sait établir
un rapport merveilleusement exact entre ses im-
pressions, son exécution et ses auditeurs. Pour
rendre les qualités cosmopolites de Chopin ; la
rêverie allemande qui poétise la Ballade en sol
mineur, la netteté et la justesse de proportions si
françaises de V Etude en ut mineur, la fantaisie slave
et l'élégance italienne du Scherzo en si bémol mi-
neur, le talent de l'artiste, d'une trempe plutôt
masculine, s'est transformé. Il s'est encore assou-
pli pour velouter les rythmes originaux et variés
de V Impromptu de Schubert.
Les auditeurs russes accourus pour entendre la
Valse de Moszkowski.op 34. en ont déclaré l'inter-
prétation (( unique ». Faite à voix haute, cette
remarque a éveillé l'attention sur l'exceptionnelle
technique que l'artiste, toute à la pensée musi-
cale, a l'art supérieur de nous faire oublier. Par
cette hautaine préoccupation, la pianiste se rap-
proche de Rubinstein, dont le génie musical
vibrait étrangement sous les doigts d'une admira-
trice qui forcerait César Cui lui-même à applaudir
la belle romance du maître roumain. La 4'' Ma-
zurka de Godard, les Papillons de Grieg et la
Rapsodie n" 11 de Liszt, où la virtuosité joue un
rôle important, ont mis en relief l'ampleur saisis-
sante des accords, le délicat perlé de gammes
vertigineuses, des tierces et des quintes trillées
avec une parfaite égalité, de fluides arpèges con-
trastant avec d'élastiques batteries d'octaves, sans
que jamais l'ambition de la virtuose soit venue,
comme chez Rosenthal, altérer la conception du
compositeur. De par sa superbe volonté, M™= Ro-
ger-Miclos subordonne à la pensée musicale son
tempérameiit méridional, sa puissante technique
et jusqu'à l'impérieuse originalité de sa physio-
nomie.
Pour résumer l'unité d'impression qui émane de
ce talent magistral, empruntons à la musique le
terme essentiel : M"' Roger-Miclos est une per-
sonnification souveraine de l'harmonie. Alton.
IONDRES. -- La saison des Saturday et
J Monday concerts est terminée; aussi, nous
voici privés de musique. Les artistes semblent se
donner le mot pour attendre la grande « season ».
C'est une tactique assez maladroite. Les débu-
tants ne pourraient trouver une époque plus favo-
rable que celle-ci pour se faire connaître, la con-
currence étant moins à craindre. Ainsi ont fait
quelques élèves de la Royal Academy, qui ont
profité de la pénurie actuelle pour se faire entendre
au Saint James Hall. Miss E. Carnes, une jeune
et charmante harpiste, a prouvé une grande com-
préhension dans l'interprétation d'une page de
Von 'Wilm, Miss Lily West a eu de la distinction
dans un concerto de Grieg. Enfin, miss Gertrude
Collins s'est fait applaudir dans le concerto pour
violon do Raff
LE GUIDE MVSICAL
La Société des chœurs du Queen's Hall, fondée
l'an dernier, compte déjà un nombre suffisamment
respectable de membres pour avoir été à même de
nous donner une audition de Rédemption de Gou-
nod, sous la direction de M. H. Cowen.
Au Drury Lane, reprise un peu terne du Faust
de Gounod. Miss Pauline Joran, qui devait jouer
le rôle de Siebel, a dû au pied levé remplacer,
dans le rôle de Marguerite, miss Lucile Hill, qui
s'est trouvée subitement indisposée. Les deux
rôles ont été massacrés, et M"° Biancoli a fait une
Siebel tout simplement médiocre, à côté d'un
Faust (M. O'Mara) prétentieux et fade. Moins de
pathos et beaucoup plus de simplicité le feraient
peut-être valoir davantage N'insistons pas sur
cette représentation manquée.
Sir Augustus Harris est décidé à nous donner,
au Covent Garden, pendant la « season «, V Attaque
du Moulin. Le grand imprésario, toujours sur la
brèche, a profité des fêtes de Pâques pour se
rendre à Paris, où il a traité avec MM. Zola,
Gallet et Bruneau. Il a également passé par
Bruxelles, où il a assisté à Tristan et Iseuli. Userait
intéressant de connaître son impression au sujet
de l'interprétation bruxelloise. Bien que Londres
ne .^oit guère Bayreuth, je ne doute point que
Tristan y serait mieux donné qu'à Bruxelles. Il
faut rappeler, d'ailleurs, que Tristan a déjà été
donné à Londres enallemandàdifférentes reprises,
et l'année dernière encore.
Sir Augustus est, du reste, infatigable. Il dirige
à la fois le Covent Garden et le Drury Lane, nos
deux plus importantes scènes, il a pris récem-
ment la direction du Princess, et il est fortement
intéressé dans l'ancien English Opéra, transformé
en Music Hall, et qui a pris nom « Palace ».
L'Empire et l'Alhambra doivent se ressentir de
cette violente concurrence. Au début, le succès
de cette vaste entreprise, qui dépasse en luxe tout
ce qui existait jusqu'à ce jour, était un peu indécis;
mais depuis l'apparition des tableaux vivants, la
situation s'est améliorée. Sir Augustus est l'homme
qui fait le plus de bien ici pour l'art; aussi, nous
lui souhaitons tout le succès possible.
TOURNAI. — Nous avons constaté avec
plaisir, dimanche dernier, les énormes progrès
accomplis par notre public depuis l'existence de la
Société de Musique.
La Vie d'une rose, de Schumann, admirablement
interprétée du reste par l'excellente société, a
obtenu un très grand succès. L'œuvre dégage un
charme exquis, parce que chacune de ses parties
est, dans son genre, un morceau achevé et complet,
tout imprégné de grâce, de fraîcheur et de poésie.
Il y a des phrases, des scènes, des détails d'accom-
pagnement qui sont de petites merveilles et dans
lesquelles Schumann a dépensé beaucoup de con-
science artistique. M"'^ Sidner et Callemien, et
M. Degenne, dans les principaux rôles, on fait
preuve de qualités supérieures. M"' Gahide,
MM. Wangermez et Joassin ont été à la hauteur
de leurs partenaires.
La coïncidence qui faisait figurer au programme
VAlleluia de Haendel en même temps que le Sanctiis
de la messe de sainte Cécile de Gounod a permis
une curieuse et fort intéressante comparaison. Au-
tant on sent la sincérité et la foi chez le maître
allemand, — cette foi ardente et quasi farouche
des premiers réformés, — autant apparaît, avec
Gounod, l'habileté et la recherche de l'effet arti-
ficiel. Ce n'est pas le sentiment religieux qui
domine dans l'écriture de cette œuvre, mais plutôt
le théâtral et le pompeux; la grosse caisse y joue
un rôle considérable, tantôt en sourdine, tantôt à
grand bruit, et les contrastes, amenés avec une
adresse consommée, sont de nature à produire
d'irrésistibles effets.
Inutile d'ajouter que le public a fait grand
succès à feu Gounod.
M"' Sidner a remporté un vrai triomphe avec
les deux mélodies de Grieg qu'elle a chantées et
dans lesquelles elle a déployé un art tout à fait
remarquable; elle a mis un tel sentiment qu'il s'en
est dégagé une émotion qui a impressionné toute
la salle.
M. Degenne a dit, lui aussi, deux ravissantes mé-
lodies de Schumann : on a acclamé autant sa voix
pure et sonore que son talent consommé de chan-
teur.
La Société de Musique peut maintenant se
reposer sur ses lauriers, après une saison laborieuse
et glorieuse. Elle a bien mérité de l'art musical et
de la reconnaissance des Tournaisiens. Au mois
d'octobre, parait-il, VOrphée de Gluck, en entier;
voilà de belles promesses.
YKRVIKRS. — Encore un concert d'ama-
teurs ! Avec la circonstance atténuante que
c'était un concert de charité. Belles voix, de
M. Pascal Bouhy (frère de Jacques Bouhy>, de
M""'' M. R. et M. L. Charmant talent de pianiste
d'une élève médaillée de notre école de musique,
M'"= E. L.
Débuts intéressants et pleins de promesses d'un
jeune chef d'orchestre, Jean Kefer. La façon
ferme et expressive dont il a dirigé le chœur de la
Vierge à la crèche, de César Franck, témoigne des
bonnes traditions d'énergie et de délicatesse qu'il
a reçues de son père.
JVO U VELJLES DI VERSES
La ville de Bonn organise de nouveau, au
mois de mai, un festival en l'honneur de Bee-
thoven. L'orchestre du Gûrzenich de Cologne
exécutera les neuf symphonies du maître les 4,
5 et 5 mai, dans la Beethoveiihalle. M. Wiill-
ner, directeur du Conservatoire de Cologne, est
chargé de la direction de l'orchestre. Outre des
LE GUIDE MUSICAL
349
artistes renommés, les chœurs réunis de Colo-
gne et de Bonn chanteront dans la neuvième
symphonie.
Mardi, à la Pergola de Florence, a eu lieu,
la première représentation de Etelinda, opéra
en trois actes de M. Marion, paroles de M. E.
Jesup. Ce nouvel opéra a été un grand succès
pour les auteurs et les interprètes. La salle
était bondée. Dans la loge royale, la princesse
de Battenberg, avec plusieurs personnages de
sa suite. Dans la loge voisine, lord Spencer,
ministre de la marine anglaise. Dans les autres
loges, les plus élégantes dames de l'aristocratie
florentine et de la colonie étrangère.
Beaucoup de critiques venus de différentes
villes d'Italie étaient présents. Plusieurs bis
ont été demandés et de nombreux rappels ont
eu lieu. Mme Bordalba, M. Sammarco, MM. Tus-
sinato et Galli ont dû se présenter huit fois au
public. Une ovation a été faite au chef d'or-
chestre Mugnone.
L'auteur, M. Marion, un Anglais, n'a pu jouir
de son triomphe, se trouvant malade à Nice. De
nombreux télégrammes de félicitations lui ont
été adressés. Un des plus chaleureux était
lord Spencer, qui, dit-on, est très bon musicien
et même un peu compositeur.
Une singulière mésaventure vient d'arriver
au compositeur tchèque Antoine Dvorack,
depuis deux ans directeur du Conservatoire de
Chicago. On se rappelle qu'à peine arrivé en
Amérique, M. Dvorack avait déclaré dans un
interview que l'avenir de la musique améri-
caine était dans l'utilisation des chants popu-
laires des nègres et des peuplades du Far-
West. Tout récemment, on annonçait une
symphonie « américaine » de M. Dvorack,
composée sur des thèmes « américains » . Or,
voici que cette symphonie ayant été récem-
ment exécutée, a été reconnue par un cla-
rinettiste de la Société philharmonique comme
étant une œuvre de jeunesse de M. Dvorack,
exécutée, il y a quatorze ans, à Hambourg. Le
compositeur se serait contenté de la développer
un peu et d'en rajeunir l'orchestration. Cette
nouvelle a causé un vif émoi dans la presse
américaine, qui demande énergiquement des
explications.
Nous avons annoncé que Lolieugrin serait
exécuté cette année, pour la première fois, sur
le théâtre de Bayreuth, avec une mise en scène
toute nouvelle, qui sera réglée par Mme Cosima
"Wagner, comme le fut naguère celle de Tanii-
hœuscr, qui produisit une si profonde sensa-
tion. Les rôles sont distribués comme suit
pour la première représentation : Lohengrin,
M. Van Dyck ; Eisa, M'i^ Dressler, de Munich;
Ortrude, M'^^ Termina, de Munich ; Telra-
mund, M. Reichmann, de Vienne; le roi,
M. Grengg, de Vienne. Chef d'orchestre :
Hans Richter. On sait que l'œuvre sera exécu-
tée intégralement, sans une coupure. Pour les
représentations ultérieures, le rôle d'Eisa sera
chanté, comme nous l'avons annoncé, par
M"« Nordica.
M. Van Dyck est arrivé à Saint-Pétersbourg
et il a débuté le 2 avril dans Lohengrin de
Richard Wagner, avec le concours de M^^^ pa-
cary et Téléki, de MM. Oudin, Lorrain et
Labis. A cause des répétitions de l'ouvrage,
il n'y a pas eu de représentation samedi et di-
manche. L'exécution a été un véritable
triomphe pour la troupe d'opéra-français sous
la direction de M. Colonne.
M. Augusto Machado, le nouveau directeur
du Conservatoire de Lisbonne, a une idée in-
téressante; il projette d'organiser, pour l'ins-
truction des élèves et du public du Conserva-
toire, une série de concerts divisés en cinq
séries et qui constitueront une sorte d'histoire
de la musique. Dans la première série, il fera
entendre quelques-unes des grandes composi-
tions qui caractérisent les différentes époques
de la musique, Palestrina, Bach, Mozart,
Beethoven, Wagner. Dans la seconde série, il
passera en revue les « courants de la musique
moderne )>, et, dès à présent, il est décidé qu'il
fera entendre les musiques des maîtres suivants
dans chaque série :
Musique espagnole : Arrieta, Barbieri, Bre-
ton, Caballero, Chapi, Pedrell.
Musique Scandinave : Gade, Grieg.
Musique slave : Chopin, Glinka, etc.
Musique hongroise: Liszt, Brahms.
Musique bohémienne : Dvorak.
Musique flamande : Peter Benoit.
Les exécutions seront faites sous sa direc-
tion, avec l'orchestre composé des élèves et des
professeurs du Conservatoire.
M. Charles Lamoureux est en ce moment à
Milan, où il est engagé par la Société orches-
trale du théâtre de la Scala, pour diriger qua-
tre grands concerts qui auront lieu dans le
courant d'avril.
Il résulte du tableau des recettes brutes des
théâtres de Paris publié par l'Assistance pu-
350
LE GUIDE MUSICAL
blique que la somme des recettes perçues
pendant l'année iSgS est de 21,734,270 francs.
Or, si nous nous reportons au tableau des
années précédentes, nous trouvons les chiffres
suivants :
1890 . . . 23,013,459 francs
l8gi . . . 23,599,557 —
1892 . . . 22,553,3i6 —
1893 . . . 21,734,270 —
On voit que les recettes des théâtres dimi-
nuent peu à peu : entre 1891 et 1893 il y a
presque deux millions de différence.
La plaque commémorative ci-dessous vient
d'être placée sur la façade du n" 9, boulevard
des Italiens à Paris, immeuble précédemment
occupé par le Gaulois :
ICI
habita depuis 1795
GRÉTRY
compositeur de musique
Né à Liège
le 8 février 1741
Mort à Montmorency
le 24 septembre i8i3.
BIBLIOGRAPHIE
Anthologie des maîtres religieux primitifs
DU xv° AU XVII'' siècle, édition à l'usage des maî-
trises et des amateurs, par Charles Bordes. Paris,
Durand ; Bruxelles, Breitkopf et Haertel.
Il est superflu, je crois, de rappeler aux lecteurs
du Guide tous les services déjà rendus à l'art musi-
cal religieux par la Société des Chanteurs de
Saint-Gervais et leur éminent directeur M. Charles
Bordés. On sait que le but de cette société est de
restaurer les belles œuvres des maîtres du contre-
point vocal, œuvres injustement délaissées des
maîtrises et remplacées par des compositions
généralement aussi dénuées de sentiment religieux
qu'antiartistiques. Le dernier fascicule, qui vient
de paraître, contient entre autres la célèbre
antienne Aima Redempioris mater de Palestrina, trois
Répons de Vittoria, la fin de la messe Regem Cali
et le sonore Exnliate Deo de Palestrina.
L'œuvre de M. Bordés a une portée artistique
qui n'échappe à personne et que tous les musiciens
ont le devoir d'encourager.
■^ Ce n'est plus soixante-sept ans à l'Opéra,
BREITKOPF S, HiEUTEL, BHUXELLES
ÉDITEURS DE MUSIQUE
45, Montas'ne de la Cour, 4$
Yient de paraître :
EMILE
MATHIEU
Chœur pour voix d'enfants avec accompagnement de piano (orchestre ad libitum)
Poème de Marie SUTTIN
Chanté par les élèves des écoles communales de Bruxelles, sous la direction de M. WATELLE
Partition, 5 francs. — Chaque partie, 1 franc
DOUILLET, Pierre. Op. 12. Pensée fugitive pour piano. . . fr. » 80
— — Op. i3. Menuet caractéristique, p"" piano. i 20
— — Op. 14. Spinning Song, pour piano . . i 5o
ENNA, Aug. Musique de ballet de l'opéra Cléopâtre pour piano . 2 —
Jadassohn. Op. 121. Bal masqué (sept morceaux caractéristiques
pour piano 2 5o
Vient de paraître : Œuide thématique de Tristan et Iseult, par Maurice KUFrERATH.
Prix : 1 fr.25
PIANOS BECHSTEIN. — ~ PIANOS BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY
LE aUIDE MUSICAL
351
en une page, que nous donne aujourd'hui M. Al-
bert Soubies, mais bien soixante-neuf ans à
rOpéra-Comique, en deux pages. Tableau ins-
tructif, puisqu'il permet d'embrasser d'un seul coup
d'oeil une importante période de l'histoire de la
salle Favart, de 182S à 1S94, c'est-à-dire de la pre-
mière de la Dame Blanche à la millième de Mignon.
Que de recherches patientes a dû faire l'auteur
pour arriver à dresser ces deux tableaux, qui
seront, pour tous ceux qui s'intéressent à l'art mu-
sical, une mine inépuisable de renseignements !
Nous souhaitons au nouvel ouvrage de M. Albert
Soubies, Soixante-neuf ans à rOpéra-Coinique, le suc-
cès qu'il mérite. Il a été publié par la librairie
Fischbacher avec le soin et le luxe auxquels elle
nous a habitués. H. I.
'%^ Vient de paraître, chez les éditeurs Schott,
à Mayence, la partition piano et chant de Hansel
et Greiel, le conte féerique de M. E. Humper-
dinck, qui vient d'obtenir un si vif succès sur les
scènes de Munich, de Carlsruhe et de Francfort,
et qui est en train de faire le tour des théâtres alle-
mands. C'est l'une des plus jolies partitions parues
depuis longtemps en Allemagne. M. Humperdinck
possède un talent tout particulier dans l'invention
des mélodies populaires, et plus d'une page de sa
partition se répandra rapidement. La lecture de la
réduction pour piano ne peut donner naturelle-
ment qu'une idée vague de ce que l'œuvre doit
être à la scène et à l'orchestre, mais cette lecture
suffit pour donner une idée très nette du charme
naïf singulièrement séduisant répandu d'un bout à
l'autre dans cette composition vraiment remar-
quable. Elève et disciple de Wagner, M. Humper-
dinck ne renie pas son maître, et l'on rencontre
dans sa partition plus d'une transition harmonique
qui rappelle les Maîtres Chanteurs ou Siegfried. Mais
il a su conserver son originalité propre : ses idées
sont bien à lui et ont leur racine au delà du maitre
de Bayreuth, dans l'inépuisable fonds de la mé-
lodie allemande. Il y a là une tentative, vraiment
intéressante et curieuse, de retour au style de
l'ancien Singspiel allemand; seulement, avec un
souci de la forme et une science de l'harmonie et
de la polyphonie moderne, qui me paraissent tout
â fait dignes d'attention et qui pourraient bien
marquer une date dans l'histoire du théâtre alle-
mand. Depuis vingt ans, son répertoire ne s'est
alimenté que d'oeuvres boursouiïlées, pâles, décal-
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
RICHARD WAGNER
LOHENGEIN
Opéra en 3 actes et 4 tableaux
Traduction française de Ch. Nuitter
Partition chant et piano, prix net : 20 francs
LE VAISSEAU-FANTOME
Opéra en 3 actes
Traduction française de Ch. Nuytter
Partition chant et piano, prix net : 20 francs
TANNHJEUSER
Opéra en 3 actes et 4 tableaux
Traduction française de Ch. Nuytter
Partition chant et piano conforme aux exécu-
tions modèles de Bayreuth, prix net : 20 fr.
RIENZI
Opéra en 3 actes
Trad. franc, de Ch. Nuytter et J. Guillaume
Partition chant et piano, prix net : 20 fr.
Morceaux de chant séparés. — Arrangements pour piano seul,
piano à quatre mains, deux pianos à quatre mains et huit mains. — Transcriptions pour
piano et instruments divers
Fragments pour orchestre seul et orchestre et chant. — Musique militaire
TROIS MÉLODIES
L'Attente (V. Hugo), 1-2. . . . fr. 4
Mignonne (Ronsard) 4
Dors mon enfant, 1-2 ... . 4
QUATRE POÈMES D'OPÉRAS
Précédés de la lettre sur la musique
Illustration de G. Rochegrosse et F. Marcotte
PRIX : 4 FRANCS
352
LE GUIDE MUSICAL
qUées du style de Tannhœuscr ou des Nibehcngen.
Voici enfin un disciple de Wagner qui, tout en
marchant à la suite de son grand prototype, ne
force point son naturel et chante ingénument
ce que la Muse lui inspire. Le cas est si rare qu'il
vaut la peine d'être cité et de servir d'exemple
même aux confrères français de M. Humperdinck,
empêtrés déplorablement dans les surprises de la
modulation enharmonique et les exaspérations du
chromatisme le plus échevelé et le moins rationnel.
Le sujet du conte féerique de M. Humperdinck
est malheureusement de caractère si spécialement
germanique qu'il semble dif&cile ou même impossi-
ble de l'adaptera la scène française; sinon, il y aurait
là un ouvrage tout à fait charmant à transmettre
au public non allemand.
^ L'éditeur Bornemann, 2, rue de l'Abbaye,
vient d'éditer fort luxueusement la partition d'or-
chestre de Viviane, le beau poème symphonique
d'E. Chausson, joué cet hiver à Liège, Amster-
dam, Monte-Carlo, Saint-Pétersbourg. La réduc-
tion pour piano à quatre mains est signée : Vincent
d'indy.
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Paris
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Seuls dépositaires de l'Edition Charnot, spécialement consacrée à la musique de violon
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Partition 2 »
Parties séparées. 4 "
Parties supplémentaires cordes chaque i »
OP 3. Le Voyévode, ouverture extraite
Partition 3 »
Parties séparées lo »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
— Le Voyévode, entracte et airs de ballet
extraits (nouvelle édition revue par
l'auteur) ;
Partition 8 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. i3. Première Symphonie en sol mineur
Partition i5 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 14. Vakoula le Forgeron, ouverture extraite
Partition d'orchestre 6 »
Parties séparées i5 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. i5. Ouverture triomphale sur l'hymne
danois
Partition . 6 »
Parties séparées (copiées)
Parties supfj cordes (copiées) chaque
Op. 17. Deuxième symphonie (dite sympho-
nie russe) en ui mineur
Partition 25 »
25
•25
Parties séparées 35
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 18. La Tempête, fantaisie d"après Shakespeare
Partition 12
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 20. Le Lac des cygnes, valse extraite
Parties séparées. . . . . . . ro
Parties supplémentaires cordes chaque
— Pot-pourri, arrangé pour petit orches-
tre, par N. Ars.
Parties séparées
Parties supplémentaires cordes chaque
Op. 23. Premier Concerto en si bémol, pour
piano :
Partition . 20 »
Parties séparées 12 "
Parties supplémentaires à cordes, chaque i 5o
Op. 24. Eugène Onéguine, valse extraite de
l'opéra ;
Partition 5 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires à cordes, chaque 2 »
— Prélude extrait :
Partition orchestre 2 »
Parties séparées (copiées)
Parties supplémentaires à cordes (copiées)
Op. 26. Sérénade mélancolique pourvio-
lon :
Partition 5 »
Parties séparées 4 »
Parties supplémentaires à cordes,chaque i »
LE GUIDE MUSICAL
353
Conservatoire. — Quinzième concert de la Société :
Symphonie en ut maj. (Beethoven); les Béatitudes
(César Franck), soli : M"» Blanc, MM.Saléza, Delmas
et Auguez; ouverture de Ruy Blas (Mendelssohn).
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du i'""' au 8 avril :
L'Attaque du moulin. Tristan et Iseult. Orphée et
Pierrot Macabre, Tristan et Iseult Faust Richard
Cœur de Lion et Pierrot Macabre. Tristan et Iseult.
Théâtre des Galeries. — Boccace. Madame Boni-
face.
Alcazar royal. — Le» Martinetti : Xuit terrible. Les
Deux Aveugles. — Prochainement, le Mort.
Concerts populaires (théâtre de la Monnaie). - Di-
manche 8 avril, à i h. }^. — Première partie : Ré-
demption (déclamation, soli, chœur et orchestre),
poème symphonique en deux parties de M. Edouard
Blau (César Franck) : l'Archange, M"° Lafargue; le
Récitant, M. Albert Lambert. — Deuxième partie :
Fragments du i« acte des Maîtres Chanteurs de Nu-
remberg (Richard Wagner).
Berlin
Opéra-Impérial. — Du i'"'' au 8 avril : Falstaff. Rhein-
gold. La Walkyrie. Les Medici. Siegfried Cavalleria
et Carnaval (ballet). Le Crépuscule des dieux. Les
Medici. Falstaff.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. -Le Vice- Amiral.
V"" Léopold MURAILLE, éditeur à Liège (Belgique)
Vient de paraître :
D<!po«itairo iini<|iie pnar la Beleiqnc de l'Edition Pa.Tne
(partition de poche pour l.\ musique de chambre)
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connue : Proserpiiie de Camille Saint-
Saëns.
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marche pour piano » i 70
Pr piano à quatre mains ...» 2 »
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PROSERPINE
DE
Camille SAINT-SAËNS
ÉTUDE ANALYTIQUE
IIes différentes tentatives théâtrales
du grand musicien qui a nom Ca-
^ mille Saint-Saëns n'ont pas été, en
général, des plus heureuses. Depuis quatre
ans seulement, Samson et Dalila, cet admi-
rable chef-d'œuvre si longtemps délaissé,
a pris place au répertoire. Phryiié, char-
mante bluette, a, seule, de prime abord,
captivé la faveur du public. Quant aux
autres partitions du maître, depuis la
Princesse Jaune jusqu'à Ascanio, malgré
nombre de choses intéressantes, malgré
certaines pages absolument supérieures,
comme le quatuor de Henri VIII, par
exemple, elles n'ont jamais pu se maintenir
au théâtre.
Je n'ai pas l'intention de rechercher ici
la cause de cette défaveur, d'établir si,
dans ces échecs successifs, le hbrettiste
n'a pas une part considérable ; si, de son
côté, le compositeur n'a pas fait fausse
route en voulant trop concilier parfois l'an-
cienne et la nouvelle école. Je veux simple-
ment étudier de près la partition qui, après
Samson et Dalila, me paraît être la mieux
venue dans la série des opéras de M. Saint-
Saëns. Cette œuvre, dont l'insuccès fut ab-
solument immérité, reprendra, j'en suis
persuadé, un jour ou l'autre, la place qui
lui appartient. Il en sera, tôt ou tard, de
Proserpine comme de Carmen.
Si le travail qui suit peut ne pas être
inutile à avancer cette heure, je m'estime-
rai heureux de l'avoir entrepris.
Proserpine fut joué à l'Opéra-Comique,
le l5 mars 1887. L'interprétation, confiée
à M'"" Salla et Simonnet, à MM. Taskin,
Herbert, Cobalet, etc., etc., était fort
honorable. Le succès fut incertain. Le
second acte plut beaucoup; on en bissa
même le finale, mais les troisième et qua-
trième actes, — les plus beaux peut-être, —
laissèrent le public froid. La presse, tout
en constatant l'immense talent du maître,
fit de nombreuses réserves, notamment sur
les derniers actes. Bref, cette œuvre, tour
à tour charmante et passionnée, ne fut pas
comprise, et M. Carvalho la retira de
l'affiche après quelques représentations.
Depuis 1887, l'éducation musicale du
public a fait d'énormes progrès. Lohengrin,
Samson et Dalila, enfin et surtout la IVal-
kyrie, qui a marqué le triomphe définitif de
l'art M^agnérien en France, ont fait sentir
une bienfaisante influence. Sans aucun
doute, Proserpine serait accueillie aujour-
d'hui avec faveur, et les passages les plus
critiqués en 1887 seraient, avec raison,
les plus admirés maintenant.
M. Camille Saint-Saëns, en prévision
d'une reprise de son œuvre, a apporté
quelques changements à la seconde édition
que les éditeurs Durand et fils viennent de
faire paraître. Ces remaniements, qui por-
tent sur les troisième et quatrième actes,
ne sont pas tous très heureux. Quelques-
uns mêmes me paraissent regrettables.
Avant d'aborder l'étude de la partition,
indiquons d'abord en quelques lignes le
sujet du poème. Ensuite, nous entrerons en
même temps dans les détails du drame et
dans ceux de la partition.
330
LE GUIDE MUSICAL
M. Louis Gallet a tiré le livret de Fro-
serpine d'une pièce de M. Auguste Vac-
querie. Cette œuvre, écrite du temps de la
jeunesse du poète, alors qu'il était l'un des
plus brillants satellites de Victor Hugo, est
d'un romantisme quelque peu échevelé.
M. Louis Gallet a légèrement remanié le
drame primitif et l'a un peu adouci. Mais
la pièce de M. Vacqueriene nous importe,
en somme, que comme première inspira-
trice de la partition de Saint-Saëns, et c'est
le sujet de celle-ci qu'il faut narrer.
La scène se passe en Italie, en plein
XVF siècle. Proserpine, riche et belle cour-
tisane, aime le seigneur Sabatino; mais,
consciente de sa déchéance, elle garde
secrètement cet amour dans son cœur. Le
jeune homme lui a fait la cour; elle l'a
repoussé, car elle sent bien qu'il ne l'aime
pas ; il voudrait la posséder comme les
autres, pas davantage. Or, Sabatino, qui
aime la sœur de son ami Renzo, est soumis
par celui-ci à une épreuve bizarre. Peu
confiant en la vertu trop récente de Saba-
tino, Renzo, avant de lui accorder la main
d'Angiola, lui impose l'obligation de prou-
ver d'une façon éclatante qu'il n'existe
entre Proserpine et lui aucune relation.
Sabatino fait à la courtisane une déclara-
tion impertinente et se fait chasser par elle.
Sur ces entrefaites, le bruit du prochain
mariage du jeune homme parvient aux
oreilles de Proserpine. Alors, la jalousie
entre dans le cœur de cette femme, qui
pourtant n'a jamais voulu se donner à
celui qu'elle aime. Elle attire dans un
guet-apens la jeune Angiola, essaie en vain
de l'intimider et de la faire renoncer à son
mariage. Ne pouvant rien en obtenir, elle
court chez Sabatino. Là, elle se roule à
ses pieds, s'oftVant à lui, le suppliant de
l'aimer, ne fût-ce qu'une heure. Sabatino,
qui attend sa fiancée, reste inflexible.
Celle-ci arrive à son tour. Cachée derrière
une tapisserie, Proserpine assiste à l'entre-
tien des deux amoureux. Furieuse, elle se
rue sur Angiola, le poignard à la main.
Sabatino l'arrête. Elle tourne alors son
arme contre elle-même et se tue. Dans la
première version, Proserpine frappait An-
giola et était tuée ensuite par Sabatino,
Le nouveau dénouement, plus rapide que
l'ancien, me paraît préférable. Tel est, dans
ses grandes lignes, le poème qui a inspiré
la partition de Saint-Saëns. J'en ai négligé
les épisodes, tour à tour tendres, comiques
ou terribles ; ce sera pour tout à l'heure.
Ce livret, malgré ses allures de mélo-
drame, est pourtant le meilleur qui soit
échu à Saint-Saëns. Le compositeur, et
avec raison, a renoncé, cette fois, à traiter
un sujet historique. Proserpitie est, en
somme, la vieille, l'éternelle histoire de la
courtisane amoureuse. Malgré le panache
un peu romantique arboré par les person-
nages, les sentiments qui les agitent sont
bien humains, leurs passions sont de tous
les temps. Le côté que j'appellerai pure-
ment décoratif du drame n'a, ici, aucune
importance ; le côté psychique demeure,
seul, au premier plan. Nous allons voir
maintenant comment le compositeur l'a
traduit.
Wagnérien de la première heure, M. Saint-
Saëns n'est pas resté, du moins en paroles,
fidèle à ses enthousiasmes de jadis. Bien
de ses admirateurs, et je suis de ce nombre,
ont souvent été attristés par certaines
idées émises, durant ces dernières années,
par le grand musicien, à qui l'Art, je ne dis
pas l'art français, mais l'Art tout court, est
redevable de Savison et Daîila, de la Danse
macabre, de la Symphonie en ut mineur et
de tant d'autres belles œuvres. Malgré tout,
M. Camille Saint-Saëns est trop profondé-
ment artiste et musicien pour que ses com-
positions, — en général du moins, aient
été atteintes par ses boutades d'écri-
vain. Proserpine, notamment, montre que
le compositeur, tout en n'abdiquant jamais
sa personnalité, n'en a pas moins subi
d'une façon considérable l'impression du
maître de Bayreuth, puisqu'il a suivi, dans
sa partition, les préceptes principaux du
grand réformateur : la fusion du drame et
de la musique et l'emploi des Leitmotive.
De même que je l'ai fait pour une œuvre
précédente (i) du même auteur, je vais
essayer de fixer la signification des thèmes
(i) Etienne Destkanges. Samson et DalUa. Etude
analytique. — G. Fischbacher, éditeur, Paris.
LE GUIDE MUSICAL
361
conducteurs de Proserpiue et d'indiquer
leurs retours et leurs transformations dans
la marche du drame.
(A suivre) Etienne Destranges.
DiEUDONNÉ RaICK
ÉPISODES DE LA VIE
DE CE GRAND CLAVECINISTE BELGE
I74I-I757
lAiCK passait pour un maniaque et
l'était en effet.
Successivement, il se mit à dos
les chanoines d'Anvers, de Lou-
vain et de Gand, qui l'avaient accueilli
dans leurs cathédrales, à titre d'organiste
exceptionnel.
L'église de Saint-Bavon, à Gand, l'eût
c:,rirdéadfiiicin, en dépit de ses intolérances,
si son humeur versatile ne l'eût ramené à
Anvers, captivé par de sérieux avantages
pécuniaires.
Il fut installé à Gand en 1741, suivant
les registres officiels qu'il m'a été donné de
compulser attentivement.
Après l'examen de son certificat et l'au-
dition de son excellente méthode de jouer,
l'artiste de Saint-Pierre, à Louvain, fut
admis, à titre d'organiste de la cathédrale
de Saint-Bavon, à des émoluments consi-
dérablement majorés. Il ne tarda pas à être
élevé au chapelinat et à être rétribué, d'une
façon spéciale, comme chef d'une école
d'orgue.
Après une série d'années , l'ennui le gagne ,
et ses fonctions officielles s'en ressentent
vivement.
Ce qui met les chanoines en courroux,
plaide, toutefois, entièrement en sa fa-
II se complaisait, durant les offices, à se
livrer à des improvisations intempestives
et interminables. Or, ses maîtres ne l'enten-
daient point ainsi : il leur fallait des séances
réglées sur l'horloge.
Le verbe latin protraliere, employé par le
scribe, caractérise pittoresquement ces
séances, marquées par de vraies inspira-
tions. Si elles exaspéraient les chanoines,
elles charmaient, en revanche, le pubhc,
qui savourait ces exécutions note par note.
Raick reste décidément incorrigible, et
les admonestations pleuvent.
Pour s'y soustraire, il demande à tout
instant des congés, pour visiter la ville dont
il est originaire : Liège.
Ses supérieurs, subjugués enfin à leur
tour par les exécutions magistrales de leur
organiste, cherchent, par tous les moyens
possibles, à l'empêcher de chercher un
autre service.
Ainsi, l'emploi de grand vicaire étant
devenu vacant, le chapitre de Saint-Bavon
le lui offre avec empressement.
A son tour, l'artiste lui fait une gracieu-
seté, en lui dédiant une composition de sa
façon à l'usage du chœur. Il reçoit, pour
ce don, la somme de sept florins.
L'œuvre appartient à l'année 1756, mar-
quéeparune série d'admirables publications
pour le clavecin.
Pendant que cet échange gracieux a lieu,
Raick négocie son retour à Anvers.
Le 16 décembre 1757, il fait convoquer
le chapitre gantois, et lui remet sa démis-
sion honorable, en le priant de vouloir le
conserver dans son emploi jusqu'à la fin de
janvier 1758; ce qui lui est concédé.
Et le voilà de nouveau en route pour
Anvers !
Son remplaçant, à Saint-Bavon, à Gand,
est Joseph Boutmy, qui a laissé des traces
marquantes de son talent de claveciniste.
Pour Raick, la série d'œuvres pour cla-
vecin qu'il fit graver pendant son séjour à
Gand, et qui sont d'une rareté excessive,
suffirait à éterniser sa mémoire :
Six petites suites de clavecin, flîîte ou vio-
la)!, — Trois sonates de clavecin, — Six
suites de clavecin, — Deuxième livre de cla-
362
LE GUIDE MUSICAL
vecin, dédié à l'évêque de Tournai, etc., etc.
Cette dernière œuvre renferme une Sici-
lienne que je n'hésite point à taxer de vrai
chef-d'œuvre.
Ecoutez-la, cette inspiration aux con-
tours larges et harmonieux ! Que de dou-
leurs inquiètes, que de larmes coulant en
flots émus et pressés !
« C'est, dis-je ailleurs (i), la complainte
d'un cœur ulcéré, le cri d"alarme d'une
nature tourmentée aspirant à de meilleures
destinées et contrainte pourtant à se rési -
gner fatalement. Il y a aussi de la résigna-
tion, et une sorte de mens divinior lui fait
entrevoir, semble-t-il, dans un prisme loin-
tain, la possibilité d'une destinée plus heu-
reuse. Cette Sicilienne a dû écraser, en un
mot, tout ce qui a paru en ce genre, à
l'époque où elle fit son apparition fulgu-
rante dans le monde musical. »
Raick mourut vers la fin de novembre
1764. Il était réinstallé dans ses anciennes
fonctions à Anvers, le 25 décembre 1767.
Sa dernière composition, empreinte d'une
sorte de nostalgie fiévreuse, a vu le jour à
Gand.
Conséqueniment, ce chant de cygne de
l'artiste doit dater d'une année ayant pour
limites extrêmes I753 et 1757.
Edmond Vander Straeten.
Hrtistcs (Contemporains
PAUL YIDAL
Méridional, mais blond, jeune, vmgt-neuf
ans. Comme Gailhard, l'auteur du livret de la
Maladetta, originaire de Toulouse. Y a fait
ses premières études musicales, très brillantes.
Arrive à Paris, à quinze ans, entre au Con-
servatoire, travaille le piano avec Marmontel,
riiarmonie avec Durand, la composition avec
Massenet, chez qui il a comme condisciples
Chapuis, Bruneau, Pierné. Obtient le prix de
Rome en i883, avec sa cantate le Gladiateur.
Pendant son séjour en Italie, compose une
légende dramatique, Saint-Georges, et une
symphonie, Jeanne d'A rc.
Son bagage musical est déjà considérable :
musique de scène pour le Baiser, de Th. de
Banville; pour la Reine Fiametta, de Mandés;
Pierrot assassin de sa femme, et Colombine
pardonne'e, de Margueritte; Matagan, d'Em.
Moreau; la Révérence, de Corbeiller. Pour le
théâtre des marionnettes, la musique de Noël,
de Maurice Bouchor ; Y Amour aux Enfers,
d'Amédée Pigeon. Au théâtre des Nouveautés,
la Chanson du Tsigane, opérette en un acte ;
la Folie de Pierrot. Aux Bouffes-Parisiens,
Eros, fantaisie lyrique. Dans ses cartons,
possède encore Madame Roland, opéra en
quatre actes, et Judith, drame lyrique en trois
actes.
Chef du chant à l'Opéra, où il est entré en
i88q comme sous-chef des chœurs.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
^?^/ïpf PRÈS les succès des Béatitudes aux con-
,7^^ ^^^^^ Colonne, de l'opéra Hulda au
(^J^ théâtre de Monte-Carlo, voici le Con-
servatoire qui a donné une exécution parfaite
de fragments de ces Béatitudes, l'œuvre la
plus importante du maître, une de celles qu'il
choyait tout particulièrement. Juste retour des
(i) Musique aux Pays-Bas^ tome IV, où je décris et élu
die l'œuvre de Raick, avant d'avoir pu mettre la main
sur les notes biographiques ci-dessus.
choses d'ici-bas ! le triomphe arrive, alors que
le modeste créateur a disparu. Le public delà
salle de la rue Bergère, si réservé pour les
œuvres à tendances nouvelles, a fait un cha-
leureux accueil à ce bel oratorio, dans lequel
la musique traduit en un langage si noble et si
élevé les textes sacrés. Oui! c'est une fière
œuvre d'artiste, une de ces grandes pages où
ce fanatique de J.-S. Bach a mis tout son
cœur et toute sa science. Elle est, à elle seule,
la plus parfaite expression du talent de César
Franck, celle où l'inspiration et la forme sont
adéquates. Bien que très longuement dé-
LE GUIDE MUSICAL
363
veloppée, puisque son exécution intégrale
n'exige pas moins de deux heures et demie, elle
n'engendre pas la monotonie ou la lassitude
qu'amènent, il faut bien le dire, certaines pages
du maître.
La Société des concerts avait déjà fait enten-
dre la sixième BéatiiudelesS et i5 janvier 1882.
Dans les séances des 8 et i5 avril 1894, elle a
donné le prologue, puis les quatrième, cin-
quième et huitième Béatitudes. Nous ne re-
viendrons pas sur les beautés que renferment
ces pages, poétique paraphrase de l'Evangile,
d'après le poème de M^e Colomb; nous les
avons déjà signalées lors de l'exécution com-
plète de l'œuvre, au concert Colonne du
tg mars 1893. Il suffira de signaler le soin que
M . Taffanel a mis à présenter dans leur plus beau
jour les fragments inscrits au programme. L'or
chestre a exécuté avec une chaleur communi-
cative des pages où la richesse harmonique ne
le cède en rien à l'inspiration. Quant aux soli.
nous n'aurons qu'à citer les noms de M"e E.
Blanc, MM. Saléza, Delmas et Auguez pour
indiquer la maîtrise de l'interprétation.
Le programme comportait encore la sym-
phonie en ut majeur, celle où le maître de
Bonn, s'élançant à la suite d'Haydn et de Mo-
zart, laisse pressentir les innovations géniales
qui en ont fait le Titan de la musique instru-
mentale, et l'ouverture de Rny Blas, qu'avait
écrite Mendelssohn à l'occasion de la première
représentation du drame de Victor Hugo à
Leipzig, en mars i838. Hugues Imbert.
M. Guilmant a donné son deuxième concert
d'orgue le 5 avril. Comme toujours, le pro-
gramme était très attrayant et l'exécution a été
des plus remarquables. Bach et Hsendel for-
maient le morceau de résistance ; à tout sei-
gneur tout honneur. M. Guilmant a exécuté
deux chorals de Bach, qu'il donnait pour la
première fois, avec une superbe maestria.
L'orchestre si bien dirigé par M. Gabriel Marie
l'a accompagné pour la sinfonia de la qua-
rante-neuvième cantate de J.-S. Bach et le
quatorzième concerto pour orgue et orchestre
de Hœndel. Parmi les autres morceaux enten-
dus à ce concert, citons deux nouveautés : un
thème avec variations pour orgue de T.-T. No-
ble, et une Marche nuptiale de H. Keival,
deux pièces intéressantes fort bien rendues par
M. Guilmant. La partie vocale était tenue par
Mlle Lavigne, qui a chanté à ravir un air du
Messie et une mélodie de R. Schumann, et
par M. Caron (de l'Opéra), qui a fort bien
exécuté un chant sacré de J.-S. Bach, Vergiss
mein nicht. Le piano d'accompagnement était
tenu avec beaucoup d'autorité par M. de la
Tombelle. En somme, grand succès pour la
musique et les exécutants qui ont été vigoureu-
sement applaudis. H. Dubief.
<$>
La Suite pour piano de Paul Lacombe a
été exécutée, avec le plus vif succès, par
M. J. Philipp, à la dernière séance donnée à
la salle Pleyel par la Société d'art. Voilà une
page écrite par un compositeur d'un réel tem-
pérament! On a admiré également le talent
d'une charmante et remarquable pianiste,
M 11'= Ruckert, qui a exécuté avec un brio
étonnant Islena de Saint-Saëns, et la deuxième
Valse Caprice de Philipp. Le trio de M. Paul
Viardot, joué par MM. J. Philipp, Marthe et
l'auteur, a surtout des qualités mélodiques ; on
a applaudi l'adagio. Le violoncelliste, M. Mar-
the, a fait entendre deux charmants morceaux
de M. Van Goens : deuxième berceuse et Ma-
zurka.
Les excellents quartettistes de la Trompette,
Marsick, Hagot, Laforge et Lœb, nous ont
donné la semaine dernière une exécution par-
faite du quatuor en ré mineur de Mozart, une
œuvre admirable, toute d'élégance et de grâce.
Le public si connaisseur de la Trompette n'a
pas écouté avec moins d'intérêt un Quintette de
Brahms dont le hnale seul a paru long. Le
premier morceau et l'andante contiennent de
larges phrases qui s'envolent bien, des sono-
rités pleines et habilement contrastées ; le troi-
sième mouvement est un allegro plein de fran-
chise et de feu dont les idées se pressent et
s'enchaînent dans une belle ordonnance
malgré tout, cependant, on regrette cette poésie
profonde, cet au-delà mystérieux qui se ren-
contrent dans le Quintette de Schumann.
Diémer a remporté un succès de virtuosité
dans le dix-septième Nocturne de Chopin et la
quatrième rapsodie de Liszt. Plus qu'aucun,
nous admirons cette pure technique ; mais la
rapsodie gagnerait à être jouée avec plus de
fougue. Quant au Nocturne, Diémer le choisit
sans doute pour nous montrer son égalité de
doigts dans le retour du thème agrémenté de
trilles ! De fait, c'est un morceau teniblement
démodé.
Mme Duvernoy- Viardot, dont la voix et la
méthode sont justement célèbres a chanté avec
Mme Gramaccini et MH^ Ador un trio de Ch.
Lefebvre. Cette musique est gracieuse; la
364
LE GUIDE MUSICAL
trame en est légère à côté d'un trio d'Elie, de
Mendelssohn, dont il faut admirer le style poly-
phonique et magistral.
Nous n'en dirons pas autant du sextuor
d'Alary, pour piano et voix traitées comme
instruments ; non pas que cette œuvre soit mal
écrite, mais elle manque de lien et de caractère.
Pas une harmonie un peu piquante ! Pas la
moindre fantaisie dans les rythmes! C'est
encore du sous-Gounod. Du moins ce sextuor
a-t-il le mérite d'ouvrir une voie nouvelle, d'in-
diquer une combinaison musicale d'un effet
curieux et intéressant. Rayval.
Bien que le printemps ait mis fin aux
grandes auditions symphoniques, les amateurs
OQt encore de nombreuses occasions de satis-
faire leur passion pour la musique. De nou-
velles séances s'organisent tous les jours,
séances souvent intimes, attirant un public res-
treint qui, s'il n'est pas toujours compétent en
la matière, n'a pas de grandes exigences et dis-
tribue ses bravos à tort et à travers, interrom-
pant ainsi, pour reposer son imagination et
trouver de nouveaux sujets de causerie, le ba-
vardage incessant qui accompagne l'exécution
de chaque œuvre.
Lundi passé, M. Louis Magdanel, violoncel-
liste, se faisait entendre, avec MM. J. Philipp
et Hayot, dans la petite salle Erard. Ce der-
nier n'est pas un artiste vulgaire. Outre les
qualités que l'on est en droit d'exiger de toute
personne qui se dit violoniste, et qui consti-
tuent la partie matérielle du talent, M. Hayot
possède toutes les ressources d'un bon musi-
cien. Il comprend la musique et interprète la
pensée et les sentiments de l'auteur, si l'on en
juo'e par le bel enthousiasme dont il a fait
vivre la sonate de César Franck. L'exécution
du trio en la mineur de Lalo confirme cette
opinion.
Le jeu sympathique de M. J. Philipp est
familier au public. Le pianiste jouait deux
morceaux de sa composition, une Barcarollc
et un Caprice. Le dernier ne manque pas de
fraîcheur ; la facture en est spirituelle et ne
lasse pas l'attention de l'auditeur, comme tant
de pages modernes écrites pour le clavier.
Telle était la partie intéressante du pro-
gramme qui comprenait encore trois pièces
pour violoncelle et piano, de MM. Widor et
Delsart. Une exécution soignée leur eût donné
un peu d'allure, mais cet élément faisait défaut.
Les sons que M. Magdanel parvient à tirer de
sa basse sont à peine perceptibles. C'est la
conséquence naturelle d'une position qui est
sujette à critique. La main gauche est absolu-
ment défectueuse, et M. Magdanel s'obstine à
ne se servir que du talon de l'archet, qui ne fait,
d'ailleurs, qu'effleurer craintivement les cordes
de l'instrument.
Pour être sincère et juste, il faut cependant
féliciter M. Magdanel d'avoir organisé cette
séance, qui sera bientôt suivie d'une seconde,
et qui, à part les réserves que l'on vient de lire,
n'était pas dénuée d'intérêt.
La date de la première de Falstajfà. l'Opé-
ra-Comique est, jusqu'à nouvel ordre, fixée au
lundi i6 avril.
BRUXELLES
C^^T'est, je crois, M. René de Récy, qui avait
Ifer ^'^ jour appelé César Franck «le docteur
^^^^ angélique de la musique ». Le mot est
charmant et d'une justesse frappante, car il
caractérise heureusement le génie propre du
maître que d'autres, dans un élan touchant
mais un peu imprudent d'admiration recon-
naissante, comparent à Jean Sébastien Bach.
L'œuvre de César Franck est trop inégal
pour supporter une pareille comparaison ; ce
qui lui assure une place à part dans l'art con-
temporain, c'est l'exquise simplicité d'âme qu'il
révèle, la chasteté spirituelle qui respire par-
tout en lui, la qualité surfine du sentiment
dont il s'imprègne et qui l'élève très haut,
certes, au-dessus de tant de compositions con-
temporaines dont la sensualité banale a assuré
le succès de mauvais aloi, alors que celles de
César Franck étaient systématiquement igno-
rées. Pour lui aussi, l'heure de la justice a
sonné le jour où il est mort. Vainement, il
avait frappé à toutes les portes de son vivant.
Je me rappelle encore sa visite à Bruxelles,
pour chercher à y faire accepter son opéra
Hulda, au théâtre de la Monnaie, qui le lui
refusa. Je le rencontrai, le soir, calme, sou-
riant comme toujours, parfaitement résigné, ne
laissant paraître aucune amertume, exprimant
à peine un modeste regret, et trouvant même
d'excellentes raisons pour s'expliquer à lui-
même et aux autres le motif de l'échec qu'il
venait d'essuyer. Il n'y avait rien en lui d'une
âme armée pour la lutte ; sa résistance était
passive ; il poursuivait son rêve d'art, sans
rien éprouver en apparence des cruautés de la
LE GUIDE MUSICAL
365
vie, planant au-dessus des réalités, bercé par
les harmonies qui le hantaient. Il avait la
quiétude des saints, dont rien ne trouble les
contemplations extatiques. S'il est entré dans
la gloire, c'est grâce à l'ardeur de ses disciples.
Cet isolé est aujourd'hui le maître le plus
piôné. Lui qu'on ne voulait jouer nulle part,
on le joue partout maintenant. A Paris, à
Liège, à Bruxelles, en une semaine, il a eu
plus d'exécutions que pendant les dix der-
nières années de sa vie tout ensemble. Combien
lamentable, à ce point de vue, la destinée de
pareils maîtres !
Tandis qu'à la Société des Concerts de Paris
et à Liège au Conservatoire, on entendait ses
Béatitudes, M. Joseph Dupont nous donnait
en l'avant-dernière matinée des Concerts popu-
laires, l'oratorio Rédemption. Ce n'est point
son œuvre capitale et ses Béatitudes sont de
dimensions plus développées en même temps
que d'aspiration plus haute. On vous a dit ici
même dans quelles circonstances fut composé
ce « poème-symphonie » , c'est ainsi que César
Franck intitule son œuvre; je me borne à ren-
voyer mes lecteurs à l'article sur César Franck
de M. Georges Servières (i) et au charmant
portrait du maître, que M. Hugues Imbert
vient de donner dans son nouveau volume de
Portraits et Etudes (2). L'œuvre est conçue
dans la forme du Désert l'ode-symphonie de
Félicien David, un genre hybride qui tient le
milieu entre la cantate et l'oratorio. Des parties
de déclamation se mêlent à la symphonie or-
chestrale et vocale. Si le parlé choque au
théâtre, il est plus gênant encore dans la salle
de concert. On n'est jamais complètement sous
l'impression poétique, ni tout à fait imprégné
de l'atmosphère musicale. Si les paroles ne
disent pas assez, la musique en dit trop, ou réci-
proquement. L'ensemble a quelque chose de
factice.
L'œuvre a d'ailleurs peu d'originalité en soi,
et quelques pages sont simplement banales ;
les chœurs d'hommes du début et plus encore
le chceur : Seigneur, oublie l'erreur et la folie,
dont le rythme est d'une allure presque triviale
et la mélodie sans expression. Ce qui est,
en revanche, délicieux de facture et d'inspi-
ration c'est la partie mj'stique, les chœurs
d'anges, les voix du ciel qui apportent aux
hommes les paroles de foi, d'espérance et de
consolation. Elles ont un charme de pureté,
une ténuité de lignes, une grâce ingénue uni-
(i) Guide Musical du dimanche !<>'' avril.
(2) Paris, librairie Fischbacher.
ques et de la plus rare poésie. Là est le vrai
Franck, bien personnel et tout à fait à part
dans la pléiade des maîtres contemporains. Nul
n'a, comme lui, fait chanter l'enfance, les
anges, les vierges, les âmes candides et
blanches. Il semble même que toute exécution
doive nécessairement matérialiser la pureté de
l'inspiration, tant elle est délicate et fine : et
voilà pourquoi je trouve si ju.ste l'appellation de
« docteur angélique » donnée par M. de Récy
à ce moderne Saint-Thomas d'Aquin.
C'a été une artistique pensée de M. Joseph
Dupont de nous faire entendre cette œuvre dé-
licate et charmante, en somme, si éloignée, en
sa chasteté naïve, de toutes les compositions
religioso-mondaines que l'art français nous a
données depuis un quart de siècle. M. Joseph
Dupont s'était assuré le concours du Choral
mixte (i), dont c'était les débuts aux Concerts
populaires ; de M. Albert Lambert, de la Comé-
die-Française, qui a dit le poème d'Ed. Blau, et
de Mlle Lafargue, de l'Opéra de Paris, dont on
a fort admu'é la voix chaude et bien timbrée.
L concert s'est terminé par l'exécution de
fragments des Maîtres Chanteurs : prélude du
troisième acte, marche et chœurs des métiers,
valse des apprentis, choral de Sachs et chœur
final. C'est une sélection fort intelligemment
comprise, qui groupe heureusement en un en-
semble mouvementé les pages les plus écla-
tantes de ce merveilleux et incomparable
poème scénique.
Exécution très soignée, pleine de verve et
d'entrain. Après les colorations éthérées de la
partition de Franck, ces pages et si chaudes
,et si ardentes de vie ont produit sur l'auditoire
un effet extraordinaire. Comme Faust, après
le chant de Pâques, on a,urait pu s'écrier :
Die Tlirisnc qiiiUt, die Erde hat mich wieder!
(Mes larmes ont coulé, la terre m'a reconquis!)
Entre les deux parties, l'auditoire a fait à
M. Joseph Dupont une longue et chaleureuse
ovation, dont le sens n'a pu échapper à ceux
qui veulent comprendre ce qu'elle signifiait.
M. KUFFERATH.
P. -S. — Au dernier concert populaire,
M. Joseph Dupont fera entendre la Damnation
de Faust de Berlioz.
La société allemande « Deutscher Masnner-
gesangverein und Frauenchor » donnait, samedi
dernier, son second concert annuel, avec le
concours de M'i" J. Kempees, cantatrice, de
(.1) Directeurs, MM. S. Carpay et L, Soubre.
366
LE GUIDE MUSICAL
MM. L. Van Cromphout, pianiste, etArvesen,
violoniste.
M"^ Kempees avait été entendue récemment
au concert dirigé par Siegfried Wagner; son
organe avait paru insuffisant dans le finale
de Tristan. Le concert de samedi lui a été
éminemment favorable, et elle y a obtenu un
franc et mérité succès. Voix pure et bien
timbrée, interprétation intelligente et du plus
beau style; Mi'e Kempees a témoigné de toutes
ces qualités dans l'air du Taniihœuser, deux
mélodies de Franz et de Schumann et une
ravissante Sérénade de Richard Strauss, le
jeune et célèbre compositeur allemand.
M, Van Cromphout, c'est l'interprète si émi-
nemment artiste et poète que nous n'entendons
que trop rarement. Peu possèdent une con-
centration, un sentiment plus profonds et
plus intimes; on ne peut l'écouter sans
émotion ; il nous a donné la Chanson du prin-
temps de Henselt, la Polonaise en la bémol de
Chopin et V Etude pour la main gauche du
même; ce dernier morceau surtout a été joué
avec un charme infini. Regrettons seulement
que M. Van Cromphout ne nous ait pas fait
entendre une des sonates de Beethoven, qu'il
interprète merveilleusement.
M. Arvesen a joliment phrasé la romance
de Svendsen, une composition pour violon seul
de Ole Bull et \& Sonate en ut mineur deGrieg,
Sentiment délicat et fin, sonorité un peu
menue.
Les chœurs interprétés par les membres du
« Verein » constituaient le fond du programme.
On a particulièrement remarqué une œuvre en
deux parties de Beethoven, Mer calme et
Heureuse traversée. La première partie, Mer
calme, est d'une grandeur et d'une majesté ab-
solument incomparables. Nous avons eu en-
core par les voix d'hommes un charmant chœur
de Mendelssohn, Chanson à boire turque, et
le chœur des Prisonniers de Fidelio, chanté
avec beaucoup de délicatesse et d'intentions.
Les dames nous ont fait entendre un Ave
Maria de Brahms, œuvre d'un sentiment smiple
et d'une couleur harmonique parfois curieuse.
Tous ces chœurs ont été très bien rendus, sous
l'excellente direction de M. L. Wallner, le
savant et artiste dirigent de la Société,
auquel revient tout l'honneur de cette interpré-
tation. Un joli chœur de Haydn pour voix
mixtes, Contre l'orgueil, terminait la séance.
E. C.
Soirée musicale very selected lundi dernier.
chez M"^ Nora Bergh. On y a entendu quelques-
unes de ses meilleures élèves. Au hasard de
l'audition, notons : M"'= A. Olivier, qui a joué
d'une manière très correcte la Sonate en ut ma-
jeur (à Joachim) de Brahms; Mi><= de Facqz,
qui a fait preuve de grand talent dans l'inter-
prétation du Nocturne en re bémol mineur de
Chopin ; M''^ F. de Rote, qui a joué le Scherzo
en si bémol mineur de Chopin ; M"" Kœnigs-
werther, de Burbure, Despret, De Mot, qui ont
autant que les précédentes fait entrevoir de
réels talents d'amateurs. En certains cas, la cri-
tique est plus captive que captivante, elle est
ici tout à fait superflue, car les gracieuses
élèves ont prouvé tant et plus la compréhension
de l'excellenl enseignement qui leur est donné
par M"« Nora Bergh.
Le Cercle des Arts et de la Presse a inauguré
son nouveau local à la Bourse, par une soirée
consacrée à l'art flamand. Deux conférences
au programme, l'une de M. Broerman, sur l'art
flamand, l'autre de M. Hoste, sur la naissance
du théâtre flamand. Dans la partie musicale on
a entendu les scènes du ballet Milenka jouées
par M. Lenaers, d'Anvers, et M. Jan Blockx,
l'auteur. M'i" Odile Hendrickx a chanté d'une
voix sympathique et fraîche, deux mélodies
inédites de J. Blockx : Reuzendans et Idylle
qui ont été justement appréciées. La charmante
pensionnaire du Théâtre de la Monnaie, a fait
entendre encore d'autres mélodies flamandes et
Heeft het roosje, une romance savoureuse de
Peter Benoit. M. L. Verstraete a chanté d'une
voix de baryton bien timbrée. 0ns Vaderland
de Jan Blockx et Ik ken een lied de W. de Mol.
Pour terminer la soirée, M"^ Julie Cuypers,
la jeune tragédienne flamande, et M. Ar-
thur Hendrickx, le jeune premier du théâtre
de la rue de Laeken, ont interprété avec art et
émotion le drame en un acte de M. Nestor De
Tière : Vorstenplicht.
On a fait une longue ovation à M. Jan
I^lockx, qui a reçu son portrait au fusain par
Broerman, offert généreusement par le Cercle
des Arts et de la Presse.
Mercredi, chez Mi'e Desmet, continuation
du cours d'histoire du piano par M. Wallner.
L'intéressant professeur avait consacré la
séance à Frédéric Chopin (1809-1248), lemaître
des maîtres du piano. Après avoir insisté sur
le caractère romantique du maître, il a parlé
un instant de la musique slave. Puis il a initié
l'assistance à la vie intime de Chopin, à son
LE GUIDE MUSICAL
367
origine, à ses débuts, à son éducation, à son en-
tourage, à ses relations, et à toute cette existence
étrange dont ses œuvres sont le reflet. Il a
insisté sur le caractère profondément mélanco-
lique de ces compositions, sur les raisons qui
ont amené cette originalité.
Il a ensuite, dans une courte péroraison,
inventorié les ouvrages du maître, et montré la
poésie qui se dégage de ces morceaux qui
semblent des improvisations. M"'^ Hoeberechtsa
exécuté au cours de cette conférence, avec une
correction très admirée et une recherche
savante, la Sonate en si bémol mineur, op. 35,
œuvre impressionnante au suprême degré, le
prélude en ré bémol majeur, l'Etude en sol, la
Polonaise fantaisie et la Valse en la bémol
majeur, op. 42. En somme, très intéressante
séance, qui a valu de vifs applaudissements à
M"e Hoeberechts et à M. Wallner. N. L.
Deux fois, cette semaine, Tristan et Iseult
a dû être retiré de l'affiche du Théâtre de la
Monnaie, par suite d'une indisposition de
M. Cossira.
Joie des antivi^agnériens à ce propos : Tris-
tan casse les voix, disent-ils.
Aucun de ces clairvoyants dilettantes ne se
demande ce qu'il adviendrait si l'on faisait
chanter trois fois par semaine à M. Cossira et à
M'a^ Tanésy les Huguenots ou Guillaume Tell,
comme on le fait actuellement avec Tristan,
par le plus vil esprit de lucre.
M. Ernest Van Dyck, le célèbre ténor de
Vienne et de Bayreuth, viendra donner deux
représentations de Lohengrin au Théâtre royal
de la Monnaie. Ces représentations auront lieu,
le 2g et le 3o avril.
Le Cercle le Progrès, de Saint-Gilles, a orga-
nisé pour le dimanche 22 avril, à la Grande-
Harmonie, un concert de charité, avec le con-
cours de MM. Noté, premier barj'ton de l'Opéra
de Paris; Crickboom, violoniste, et Janssens,
pianiste. Un chœur de dames interprétera des
chœurs de César Franck, Chausson, d'Indy,
Lefebvre, Delibes, etc.
La quatrième et dernière séance de la sai-
son au Conservatoire pour instruments à \-ent
et piano, donnée par MM. Anthoni, Guidé,
Poncelet, Merck, Neumans et De Greef, est
fixée au 22 avril, à 2 heures. Elle aura lieu ^vec
le concours du quatuor Ysaye, Crickboom,
Vanhout et Joseph Ja:ob, et de M"" Irma
Sèthe.
Mme Marie Jaëll, l'éminente pianiste pari-
sienne, a donné samedi à la salle Marugg une
séance de musique de piano, consacrée à l'au-
dition d'œuvres de Liszt. Nous en reparlerons.
Les envois destinés au concours organisé
par la maison Schott pour la composition d'une
Marche solennelle symphonique pour l'ouver-
ture de l'Exposition universelle d'Anvers sont
très nombreux. Plus de quatre-vingts manus-
crits ont été remis avant l'expiration du délai
fixé (5 avril).
Le jury chargé de l'examen des ouvrages est
composé comme suit :
Président, M. Peter Benoit, directeur de
l'Ecole de musique d'Anvers; membres, M. C.
Bander, inspecteur des musiques militaires du
royaume; M. C. Gurickx, professeur au Con-
servatoire royal de Bruxelles; M. Balthasar
Florence, professeur à Namur; M. Léopold
Wallner, professeur à Bruxelles.
La décision sera rendue vers la fin de ce
mois.
La publication de la Marche couronnée se
fera immédiatement après, par les soins de la
maison Schott.
CORRESPONDA NCES
ANVERS. — Lundi, il y avait foule à la
piemière audition nationale organisée parla
Kwartet-Kapel, ce qui est de bon augure, cette
association ayant décidé d'expérimenter ce genre
d'auditions à notre future exposition.
Le quatuor à cordes de E. Mathieu ouvrait le
programme. Cette œuvre de jeunesse, écrite il y a
une vingtaine d'années, montre des qualités
sérieuses chez le futur auteur de Richildc. On y
sent le fruit d'études approfondies, un travail tech-
nique appréciable ; mais le tempérament néces-
saire à la création d'œuvres dites du genre classi-
que, paraît faire défaut.
Une sonate, signé du nom brillant d'Henri Vieux-
temps, a quelque lieu d'étonner. Aussi l'œuvre en
question prend elle souvent les allures d'une
fantaisie pour alto ; le compositeur, entraîné par
son tempérament de virtuose, abandonne volon-
tiers la forme classique. Il est toutefois intéressant
de constater que le célèbre virtuose belge a voulu,
un moment quitter le royaume de la fantaisie pour
s'essayer dans un genre plus sérieux. M. Dupont,
dont nous avons souvent remarqué les brillantes
qualités, a fort bien rendu cette sonate.
Le trio de J. Blockx est bien conçu; la forme
en est arrondie et les thèmes, souvent intéressants,
368
LE GUIDE MUSICAL
sont bien travaillés. Le finale, fort brillant, est
surtout caractéristique du tempérament fougueux
de l'auteur. Nous n'avons qu'un léger reproche à
lui faire ; c'est d'avoir voulu faire de son trio une
œuvre descriptive. Nous n'admettons point que ce
puisse jamais être le rjle de la musique de cham-
bre. Le trio de notre concitoyen est une œuvre
bien faite et qui plaira partout sans avoir besoin,
pour cela, d'aucune analyse de programme.
Parmi les Keder, que nous a présentés M"'' Leve-
ring, citons en deux de L. Mortelmans. Le premier
surtout a un accompagnement fort caractéristique
et que l'auteur a rendu avec une grande sincérité.
Il est à regretter que M. Berckmans, qui devait
interpréter une composition de P. Gilson, Elaine,
se soit trouvé indisposé.
Vaillante exécution des œuvres mentionnées.
Une audition d'œuvres russes terminera la saison
le 23 courant.
Il y avait également beaucoup de monde à la
quatrième représentation du Meilief, représentation
à laquelle assistait M"'-' la baronne Osy. Il parait
certain que l'œuvre de Benoit sera montée au
Théâtre-Flamand de Bruxelles, au début de la
saison prochaine. Aussi, les journaux de la ville
se calment-ils devant le succès croissant qu'ob-
tient le Meilief k notre Théâtre-Lyrique flamand.
La Société royale d'harmonie vient de clôturer
la série de ses fêtes d'hiver par une représentation de
VOmhrc, opéra comique de Flotow. Si nous citons
comme interprètes M""' Mailly-Fontaine, M"" Sa-
vine (notre excellente dugazon de l'année dernière)
et MM. Bonnard et Bars, il sera presque futile
d'accorder des éloges à l'exécution de l'œuvre, un
peu pâle, de l'auteur de Martha. A. W.
DRESDE. — A l'ocrcasion du mariage du
prince Jean-Georges, second fils du prince
Georges de Saxe, avec la princesse Isabelle de
Wurtemberg, aura lieu dimanche un « théâtre
paré ». M"" Malien chantera le quatrième acte de
VAfi'icaine avec MM. Anthes, Scheidemantel et
Perron.
Grand émoi, en attendant, dans notre monde
théâtral. Des économies ont été imposées â l'Inten-
dance : 180,000 mark par an, au minimum! Seront-
elles réalisées sur le compte de nos premiers
artistes ou seulement sur les sujets secondaires
dont on vient encore d'augmenter le nombre ? Déjà
M™» Malien, qui désire sans doute entreprendre
des tournées, réclame « congé, argent » Qui
gagnera la « bataille? »
M"" Camil a chanté RigoUtto la semaine dernière.
On dit qu'elle quitte Dresde par suite des conflits
dont les parties se renvoient mutuellement la res-
ponsabilité. Il est question de la retraite de
M""^ Schuch, après de beaux états de service un
peu prolongés. Pour la remplacer dans Caniteii, on
s'adresse à l'une des nouvelles engagées du Con-
servatoire qui sera sans doute peu exigeante.
L'habituelle visite de Sarasate a réjoui les
fidèles du brillant virtuose, heureux de l'entendre
dans son répertoire d'une invariable perfection, et
toujours accompagné par la gracieuse Berthe
Marx. A Dresde, le succès de ces deux artistes est
devenu légendaire, et toute analyse aboutirait à
une répétition. C'est ce qui permet au marchand
de billets de proclamer l'indifférence de ses com-
mettants pour la presse étrangère. Amen ! Cette
spirituelle conclusion démontre que, chez certains
admirateurs du prestigieux violoniste, le sentiment
des convenances est à la hauteur du sens artis-
tique.
Subjuguées par l'indéniable supériorité de la
femme, quelques auditrices de M"'^ Rogcr-Miclos
se sont senties humiliées de n'avoir rien compris
au talent de l'artiste. Derrière les jugements que
l'on fait circuler, on devine des questions de con-
currence.
Il est seulement regrettable que telle pianiste de
mérite qui dénie toute espèce de talent â M°"' Ro-
ger-Miclos n'ose revendiquer la responsabilité des
propos qu'on lui attribue. A quoi bon se glorifier
d'un éclectisme national pour s'en départir à la
première occasion, sans souci de l'indignité et du
ridicule d'un dénigrement envieux! Les prati-
ciens du chant ne sont pas à l'abri de cette bas-
sesse de cœur. Il y aurait pour la critique une
croisade à organiser contre tel charlatan qui, sans
avoir émis de sa vie une note, persuade à des ino-é-
nues plus ou moins jeunes, mais d'une incommen-
surable crédulité, « qu'elles débuteront après
quelques mois d'étude, qu'elles ne trouveront
nulle part un autre maître de chant, qu'elles n'ont
besoin d'aucune autre étude que celle de son
inévitable répertoire, pour rivaliser avec la Patti,
qu'elles n'ont pas â s'inquiéter de ce qu'il leur fait
faire, etc., etc. ». Et lorsque les pauvrettes ont
laissé entre les griffes de l'aventurier les écono-
mies de leurs parents, il compose une salle et leur
joue le dernier tour de les faire applaudir par une
claque recrutée pour la circonstance. De telles
exploitations peuvent réussir pendant plusieurs
années. C'est à se demander à quelle tare mysté-
rieuse font appel les pick-pockets de l'art lyrique
si bien caractérisés, dans la Cazsetia musicale di
Milaiio, par M, Antonio Morosi. Alton.
LIEGE. — C'est un sentiment de touchante
reconnaissance, prenant fond dans notre foi
artistique la plus intime et la plus humaine aussi,
qui nous pénètre et nous anime en cette révélation
mémorable de la première audition des BèaUUtdes,
de César Franck; et cet hommage s'adresse tout
d'abord à l'excellent et dévoué directeur de notre
Conservatoire.
Nous faire connaître, dans des conditions excep-
tionnelles, presque parfaites, l'œuvre maîtresse
annonçant la bonne parole — d'un des plus pro-
LE GUIDE MUSICAL
369
fonds musiciens de notre temps, notre concitoyen,
conception aux formes évangéliques s'adressant
aux sentiments les plus détachés des choses
humaines — était une mission, qui, cependant,
devait entraîner, plus que l'admiration, une pro-
fonde, durable et salutaire impression.
Est-il besoin de retracer, après tant de récits,
autorisés et émus, la vie exceptionnelle, dans ce
milieu ardent de Paris, toute de renoncement, de
labeurs et de merveilleux enseignement, de cet
artiste créateur qui eut nom César Franck?
Par les soins du Comité liégeois de l'œuvre du
monument de Franck, une complète et intéres-
sante esquisse biographique nous initiait, avant la
première audition des Béatitudes, à l'existence de
celui qui sera dit : Le Maître de Liège!
Le Maître de Liège, tel sera désigné par la pos-
térité César Franck, pour ses créations originales
et parfaites, dans tous les styles, pour sa musique
d'orgue, de chambre, pour ses compositions
vocales, orchestrales, de théâtre, ses oratorios,
formant un vaste ensemble; et il sera révélé aussi de
façon vivante par ses disciples devenus maîtres
déjà, pour ne citer que Vincent d'Indy, Chabrier,
Bruneau, Chausson.
César Franck a donc fait école et quelle admirable
école! réunissant la force musicale moderne de la
France. — C'est là une seconde et éternelle gloire —
et de splendeur rayonnante.
Les Béatitudes exécutées à Liège pour la pre-
mière fois en Belgique (après Paris et Dresde),
avec tant de soins et de conscience, sont con-
sidérées comme l'expression la plus parfaite, la
plus caractéristique du génie du Maître liégeois.
Après un labeur incessant, animé par une
conviction sincère, le persévérant directeur de
noire Conservatoire a atteint à une exécution
resplendissante et pleine de grandeur, car il
a fait partager son enthousiasme et sa foi en
cette œuvre évangclique par excellence. Secondé
par des masses chorales solides, se prêtant à toutes
les difficiles inflexions et nuances, à toutes les gra-
dations, favorisé par des solistes excellents, un
orchestre discipliné et attentif, rien n'a été laissé
dans l'ombre. En toute justice, notre première
admiration est allée à M. Auguez des Concerts
Colonne, chanteur admirable, qui, dans la voix du
Christ, s'imposait par sa merveilleuse vérité d'ex-
pression et, dans les récits successifs, a entraîné
tout l'auditoire dans une émotion irrésistible.
Faisait opposition àl'éminent chanteur, M . Henri
Fontaine, du Conservatoire d'Anvers, dans le
personnage de Satan, aux accents d'un éclat pro-
digieux et luttant de force avec les sonorités d'un
orchestre sans pitié.
M. Demest, à la déclamation parfaite, comme
toujours, et M"' J. de Cré complétaient le cadre
exceptionnel des solistes retenus spécialement
pour cette solennité musicale. M}^"^ M. Radoux,
Lignière, MM. Forgeur, Henrotte et 'Wuidar, en
excellents chanteurs, ont apporté tout leur talent
aux difficiles soli et ensembles de la partition.
La partie chorale, d'une importance incessante,
mérite aussi toute l'admiration.
Quant au.x artistes de l'orchestre ils étaient
pénétrés aussi de l'importance de leur devoir et,
comme les chœurs, ont été excellents et d'une
correction parfaite.
Les trois exécutions successives des Béatitudes
— la dernière au profit du monument à élever à
César Franck — avaient réuni un public d'élite,
subissant le charme attendrissant et sérieux d'aussi
complète réalisation, et le vœu unanime s'affirmait
de voir inscrire aux prochains programmes du
Conservatoire l'œuvre immortelle de l'illustre
musicien liégeois. .A. B. O.
TONDRES. — Le dernier concert de la
J « London Symphonie Society », à Saint-
Jame'sHall,a été consacré aux œuvres de Beetho-
ven. M. Henschel s'est toujours distingué par le
soin avec lequel ont été compris ses programmes.
I/orchestre a donné une bonne exécution de
l'ouverture de Coriolan, puis M. Léonard Borwick
a joué admirablement le quatrième concerto en
sol lop. 58), cette page sublime, dans laquelle
figure le délicieux andaiite cou moto en mi mineur,
que l'on a comparé fréquemment à un dialogue
entre les instruments à cordes et le piano.
Le concert n'eiit pas été complet sans la Neu-
vième symphonie, à jamais passionnante, qui laisse
à tous ceux qui l'ont entendue une si profonde et
terrifiante impression. Il est intéressant de noter
que cette composition remporta le prix de
1,260 francs au concours institué par la u Philhar-
monie Society », en 1822. Combien de nations se
glorifieraient aujourd'hui d'avoir été la cause indi-
recte peut-être de cette création sublime? Les
chœurs et l'orchestre ont été parfaits, sous la di-
rection de M. Henschel; on eût dit qu'un seul
souffle animait tout cet ensemble, accompagné
d'un seul archet. Les soli ont été dits par
M"'' Fillunger, Miss Agnes Janson et MM. Edward
Lloyd cl Daniel Price.
Wagner avait très justement observé l'effet de
l'obscurité des salles de spectacle sur l'attention
des spectateurs, qu'elle aide puissamment à con-
centrer sur l'œuvre même. M. Bonawitz, se ba-
sant sur les mêmes principes, a donné, dans les
salons de la « Chesterfield's Résidence Gardens n
de M"^ Béer, une audition à laquelle l'on a donné
le nom de : « Invisible Musical Performance r.
Malheureusement, le programme étant insigni-
fiant, nous n'avons qu'à noter un succès de curio-
sité, rien de plus.
L'ouverture du Covent-Garden est décidément
fixée au i5 mai. Outre la série des opéras déjà
cités dans notre correspondance précédente. Sir
Augustus Harris donnera le Falstaff de Verdi et
Signa de Cowen.
Au Prince of Wales, début de la charmante et
très sympathique M"''Jeanne Douste. Certainement,
370
LE GUIDE MUSICAL
A Gaiety Cirl n'est pas le genre que nous lui vou-
drions voir adopter, mais les impresarii sont
souvent maussades, et puis il faut acquérir l'habi-
Uide des planches. Au reste, le toutLondres selec-
ted assistait au premier pas de cette jeune débu-
tante,qui a vivement été ovationnée. Souhaitons-hii
encore semblable succès, mais au Covent-Garden,
cette fois. ; A. Lk Kime.
JSrO U V ELLES DI VERSES
Nous avons annoncé l'exécution à Athènes
de YHyvime à Apollon découvert à Delphes
sur un stèle mis à découvert par de récentes
fouilles. Cet hymme vient d'être expliqué et
commenté à l'école des Beaux-Arts de Paris
par M. Th. Reinach qui, dans une intéressante
conférence, a exposé l'état actuel de nos
connaissances sur la musique grecque, conté
la découverte de la précieuse « partition » de
marbre où était gravé YHymme à Apollon,
exposé les procédés à l'aide desquels on a pu
déchiffrer la notation hellénique, marqué l'im-
portance et caractérisé la beauté de l'œuvre
ainsi retrouvée. Puis on a pieusemet écoulé
cet hymme dans lequel les Athéniens du
deuxième siècle glorifient la victoire du dieu
de Delphes sur les Barbares nommés Gaulois.
M. Reinach avait déclaré quelque part qu'il
lui rappelait la chanson du pâtre, dans Tristan
etiscult. lia paru, en effet, d'une grâce soupleet
charmante, mais très complexe et très moderne;
si moderne que peu de personnes ont éprouvé
en l'entendant les impressions de sérénité forte
et simple qu'éveillent les formes souveraines
des statues et des temples grecs, et qu'on avait ■
quelque peine à imaginer avec quel timbre et
quel accent il montait vers le ciel d'Hellas,
tandis que de longues files de vierges en robes
blanches s'avançaient parmi les lauriers-roses
plantés au pied des murailles de marbre.
Hans Richter, qu'on avait dit malade, est en
parfaite santé à Vienne. Il partira à la fin du
mois de mai pour Londres, où il doit diriger
quatre concerts sjmrphoniques, du 28 mai au
2 juillet.
Le Siegfried de K. Wagner vient d'être
donné, pour la première fois, à l'Opéra de Mos-
cou, avec un succès éclatant.
Les concerts de la Société philharmonique
de Berlin, qu'a dirigés avec tant d'éclat Hans
de Bûlowr, seront conduits, l'hiver prochain,
par le jeune capellmeister Richard Strauss, de
■yVeimar, qui est également engagé à Munich
comme chef d'orchestre du théâtre de la Cour.
Nous avons déjà annoncé les fêtes musicales
qui auront lieu à Anvers pendant la prochaine
Exposition. Le Génie de la patrie, de Peter
Benoit, qui sera exécuté le jour de l'ouverture,
n'est pas une cantate nouvelle. C'est la cantate
que le maître anversois écrivit pour l'inaugura-
tion de l'Exposition de Bruxelles, lors des
fêtes du Cinquantenaire de l'indépendance de
la Belgique (1880). Les exécutants seront au
nombre de i,5oo. Ils comprendront un orches-
tre de symphonie de 120 instrumentistes, un
orchestre d'harmonie de 5o instrumentistes, un
orchestre de fanfares de 5o instrumentistes,
des trompettes thébaines, tambours, triangles,
timbales, etc., ensemble 25 exécutants, enfin,
un chœur mixte de 1,200 chanteurs environ.
Ainsi que nous l'avons déjà annoncé, la mu-
sique occupera une grande place dans les fêtes
de l'Exposition. Il n'y aura pas moins de 400
concerts qui seront donnés quotidiennemeut
par les orchestres privés ou militaires et les
sociétés de musique du pays et de l'étranger.
En outre, il y aura quatre grands festivals,
dont l'un sera dirigé par M. Siegfried Wagner.
Dans un autre festival, on entendra le fameux
chœur d'enfants de l'Albert Hall, de Londres,
sous la direction de M. Barnby.
Voilà qui promet.
Les Genevois viennent d'entendre une exé-
cution de fragments du Parsifal de Wagner,
qui doit avoir été bien malheureuse, —sous la
direction de M. Léopold Ketten.
« Exécution capitale, dit la Gazette de Lau-
sanne, qui n'a laissé du chef-d'œuvre de Wagner
que des lambeaux pleins de sang et des mem-
bres affreux, que les choristes dévorants et les
tortionnaires de l'orchestre se disputaient entre
eux. Les anciens pèlerins de Baj'reuth ont
souffert dans leur chair; ils avaient peine à
reconnaître cette scène du Graal, à jamais
gravée dans leur souvenir, comme une prodi-
gieuse vision dans le monde surnaturel. Ce fut
dans l'austère local la célébration de je ne sais
quelle messe noire parodiant les saints mys-
tères. Si le public avait compté seulement quel-
ques centaines de fidèles fervents, ils auraient
cassé tous les bancs de la salle de la Réfor-
mation. »
M"'; Clara Janizewska, la jeune pianiste
polonaise dont nous avons eu déjà maintes fois
l'occasion déparier, vient de donner (3l mars)
un piano récital, à Berlin, où elle paraissait
LE GUIDF MUSICAL
371
pour la première fois. Ce début semble avoir
été particulièrement heureux. « De toutes les
pianistes qui se sont fait entendre cet hiver à
Berlin, dit la National Zcihiitg, M>i<= Clara
Janizewska est la plus intéressante. Son jeu se
distingue par le sérieux, ce qui explique que le
classique lui soit particulièrement favorable.
La façon dont elle a joué les 32 variations (en
ut mineur) de Beethoven nous a procuré la
satisfaction la plus vive. Egalité du son, con-
trastes des nuances, compréhension des effets,
sûreté absolue du mécanisme, les qualités que
M'i^ Janizewska a manifestées dans cette pièce
lui assurent un rang distingué parmi les vir-
tuoses actuelles du clavier. » La Berliner
Bôrsen Zeitung fait un éloge chaleureux de la
façon dont la jeune artiste a joué la sonate en
; sol mineur de Schumann, « qui a révélé, dit-
I elle, non seulement une sûreté exceptionnelle
; chez la jeune pianiste, mais encore une âme
d'artiste, et la rare faculté de donner aux créa-
tions du génie une interprétation plastique et
' poétique. » M"'- Janizewska, conclut le critique
; de la Bôrsen Zeitiing, a produit ici la plus vive
1 et la plus favorable impression. Les autres jour-
I naux ne sont pas moins élogieux. Bref, ce début
paraît avoir été très brillant.
Le Conservatoire de Madrid a un nouveau
directeur : c'est M. Monasterio, le célèbre vio-
loniste qui l'a emporté définitivement sur ses
divers concurrents et qui a été nommé, par
décret royal, en remplacement d'Arrieta, mort
récemment.
Les journaux de Lille font un grand éloge
de M"'= C. Bender, de Bruxelles, qui s'est fait
entendre, dimanche dernier 8 avril, au concert
gala organisé par l'Union orphéonique de Lille
I et y a chanté l'air de la Reine de Saba de Gou-
nod, une mélodie de Massenet et, avec
M. Mousseux, ténor-solo des Disciples de Gré-
try, le duo de Roméo et Juliette. « Plus en
beauté et plus en voix que jamais, dit le Réveil
; du Nord, M"e Bender a chanté avec un art
; infini de nuances, d'une voix agréable et
étendue. Aussi, les bis et les rappels ont prouvé
, à l'aimable cantatrice le cas qu'on faisait de son
beau talent. »
Trois théâtres d'Allemagne ont récemment
introduit dans leur orchestre le claviharpe de
Christian Dietz, à Bruxelles : ce sont les théâ-
tres d'Aix-la-Chapelle, de Sondershausen et de
Stuttgart. D'autre part, M. Paul Dewitt vient
d'acquérir un claviharpe de Dietz et il publie à
ce propos, dans le Leipziger Tagblatt, une
notice très complète sur l'histoire de cet instru-
ment, où il fait ressortir les avantages pratiques
de l'invention et la supériorité du claviharpe de
Dietz sur tous les essais antérieurs.
A propos de Verdi, un détail peu connu.
Le célèbre maître italien naquit à une
époque où le duché de Parme appartenait à la
France. En fait foi le document suivant, dont
l'original se trouve dans les archives de la
commune de Busseto :
L'an mil huit cent treize, le jour douze d'octo-
bre, à neuf heures du matin, par devant nous,
adjoint au maire de Busseio, officier de l'état -civil
de la commune de Busseto susdit, département
du Taro, est comparu Verdi, Charles, âgé de vingt-
huit ans, aubergiste, domicilié à Roncole, lequel
nous a présenté un enfant du sexe masculin, né le
jour dix du courant à huit heures du soir, de lui
déclarant et de Louise Utini, fileuse, domiciliée à
Roncole, son épouse, et auquel il a déclaré vou-
loir donner les prénoms de Joseph, Fortunin,
François. Lesdites déclarations et présentations
faites en présence de Romanelli Antoine, âgé de
cinquante-un ans, huissier de la mairie, et Cantu
Hiacinte, âgé de soixante-un ans, concierge,
domiciliés â Busseto, et, après en avoir donné
lecture du présent acte au comparant et témoins,
ont signé avec nous.
Antonio Romanelli Hiacinto C.a.ntu
Verdi Carlo Vitoli, adjoint.
Le texte original est en français. Le timbre
y apposé (coût 5o centimes) porte en exergue
Départements au-delà des Alpes. Le petit vil-
lage de Roncole, dépendant de la commune
de Busseto, faisait partie du département du
Taro .
Contrairement à ce qu'on a annoncé Ivan hoê
ne sera pas donné à Berlin. Sir Arthur Sulli-
van, trouvant la saison trop avancée, a retiré son
ouvrage. Ce retrait pourrait bien marqué une
défaite pressentie.
Un journal provençal, Y Aïoli d'Avignon, pu-
blie des détails intéressants sur le séjour que
l'auteur de Faust fit à Saint- Rémy, où il com-
posa Mireille.
C'est au printemps de i863 que Charles
Gounod vint en Provence pour }' écrire sur
place l'opéra qu'il rêvait. Il écrivit la partition
de AI treille en deux mois. Le 26 mai i863, un
banquet d'adieu lui était offert à Saint-Rémy.
Au dessert, Mistral lui porta un « brindé » qui
fut très applaudi.
A ce propos, nous extrayons d'une très jolie
lettre adressée par Gounod à Mistral , le pas-
sage suivant, où il fait allusion à l'œuvre qu'il
372
LE OVIDE MUSICAL
allait composer. Cette lettre, qu'il écrivit de
Paris, est datée du 17 février i863 :
« Monsieur, j'ai tout d'abord à vous remer-
cier de l'adhésion que vous donnez à mon pro-
jet de tirer de votre adorable livre Mirtio une
œuvre lyrique. Maintes fois déjà la lecture de
votre poème m'avait fait naître le désir d'entrer
en communication avec vous et de vous dire
tout le bonheur que cette lecture m'a fait
éprouver. Je me réjouis de l'occasion qui s'en
offre aujourd'hui, et j'ai hâte de vous instruire
du parti que nous en avons tiré (emé Michel
Carré, Ion libretisto).
» Le plus respectueux scrupule et la plus
consciencieuse fidélité ont présidé à notre tra-
vail. Il n'y a dans notre opéra que du Mistral :
et si nous avons le regret de ne point étaler
sous les yeux du public la grappe entière dans
toute sa splendeur, du moins pas un grain
étranger ne vient-il se mêler à ceux que nous
avons cueillis, et nous avons tâché que ce
fussent les plus dorés. Je le répète, cher Mon-
sieur, je vous remercie de l'œuvre que vous avez
si profondément sentie et des émotions que
cette œuvre a provoquées en moi. Puissé-je
vous en rendre une partie dans une interpréta-
tion qui, à défaut d'autre mérite, aura au moins
celui d'une conviction sincère et d'une ardente
sympathie.
» Vous m'offrez de mettre à ma disposition
des renseignements sur les sources auxquelles
je pourrais puiser les types mélodiques qui
donneraient à ma partition une teinte plus con-
forme au sujet et à la localité : j'accepte votre
offre avec grand plaisir. Je vous dirai toutefois
que, quant à la chanson de Magali, elle est
déjà composée, et que j'en ai fait une sorte de
petit roman symbolique d'amour, sous le voile
duquel Mireille et Vincent se déclarent l'un à
l'autre leurs vrais sentiments. C'est donc, sous
le pseudonyme d'une chanson à deux voix, un
vrai petit duo d'amour.
» Pour le reste, je demanderai aux airs de
votre pays le conseil de leur coloris : ce me
sera, pour la fête des Arènes surtout, où se dé-
mène la farandole, un secours puissant, dont
je n'aurai garde de ne pas user. Donc, pourriez-
vous me faire parvenir des farandoles ? plu-
sieurs... Je glanerai dans tout cela et, sans
copier, je m'assimilerai la teinte et le caractère
des mélodies. C'est ce qu'a fait si heureuse-
ment notre illustre Auber, dans sa tarentelle
de la Muette. »
Et l'illustre compositeur terminait sa lettre
en disant qu'il était heureux de vivre au temps
d'un poète qui a si délicieusement écrit de déli-
cieuses choses, et qui veut bien lui permettre
d'essayer de les chanter.
BIBLIOGRAPHIE
Portraits et études, avec des kttns inédites de
Georges Biset et son portrait gravé à Veau-forle, par
Hugues Imbert. Paris, chez Fischbacher, 1894. —
M. Imbert connaît à fond et par le menu le mou-
vement musical contemporain. Musicien pas-
sionné, érudit et lettré, il n'en a pas seulement
poursuivi les évolutions diverses, il les a vécues
et traversées en soldat d'avant-garde qui se bat
gaiement et vaillamment pourle grand art. Aussi,
l'étude des maîtres anciens, qui ont successive-
ment captivé et éduqué les jeunes générations, se
mèle-t-elle agréablement en ses livres aux por-
traits des contemporains. Tracés presque tous
d'après nature, ils donnent aux travaux de M. Im-
bert un charme piquant et la valeur de documents
précieux. Portraits achevés ou croquis légers en-
levés au passage, mais toujours ressemblants, ils
marquent d'un crayon vif et sûr le trait dominant
de la personne physique et morale. M. Imbert est
l'heureux pastelliste de nos maîtres contempo-
rains.
On saluera avec joie, dans ce volume, la figure
souriante et sereine de César Franck, ce modeste,
ce convaincu, ce primitif qui fut, en même temps,
un moderne et un grand maître par ses Béatitudes,
comme par son quintette et son quatuor à cordes.
Grand cœur, âme admirable et noble artiste, il a
eu le rare bonheur de fonder une école et de lais-
ser derrière lui, avec quelques chefs-d'œuvre, des
élèves comme Vincent d'Indy, Augusta Holmes,
Samuel Rousseau, Pierné, etc. De l'ancien orga-
niste de Sainle-Clotilde, M. Imbert passe à celui
de Saint-Sulpice. Il nous introduit furtivement rue
Garancière, dans l'entresol de l'ancien hôtel dïi 1
marquis de Sourdéac, où le spirituel auteur de la
Korrigane, M. 'Widor, travaille infatigablement
entre un Guerchin et quelques tableaux de vieux
maîtres flamands, partageant ses loisirs entre les
fugues de Bach et les capricieuses et originales
mélodiesqu'il compose pour les belles musiciennes
du faubourg Saint-Germain. — Nous rencontrons
ensuite M. Lamoureux, et nous relisons, non sans
émotion, le combat héroïque que livra, à propos
de Lohengrin, ce maître-lutteur de l'odyssée wagné-
rienne en France. M. Edouard Colonne, le cham-
pion de Berlioz , est également portraicturé.
« Physionomie aimable, d'apparence calme, le
regard très incisif et qui indique la décision. 11
Caractère réservé et mélancolique, M. Jules Gar-
cin fait contraste avec ces deux directeurs ardents.
Et pourtant, c'est lui qui, par « sa volonté sans
passion et sa douceur persévérante », a réussi à
réformer la Société des Concerts. M. Imbert a rai-
son de rappeler que, grâce à ces trois chefs d'or-
chestre et à leurs prédécesseurs Seghers et Pasde-
loup, le goût musical s'est entièrement transformé
iâ
LE GUIDE MUSICAL
373
en France. Tous les cinq ont mérité la couronne
civique. Car nous leur devons l'initiation à ce
chef-d'œuvre magique de l'art moderne, qui ren-
ferme pour ainsi dire toute la poésie en puissance
et tout l'idéal en espérance : la symphonie !
Le volume se termine par une étude approfondie
du FiîMsMe Schumann, maître auquel M Imbert
a voué un culte intime et tout particulier, par une
analyse du Requiem de Brahms, et par les lettres
inédites de Bizet à Paul Lacombe et à Ernest
Guiraud. L'esprit pétillant et généreux, le cœur
spontané, riche et vibrant de l'auteur de Carmen
s'y montre au naturel. Ces lettres si amusantes, si
intéressantes par leur vivacité et leur fantaisie,
sont en même temps des modèles de leçons de
composition données par un homme de génie à un
homme de talent. Terminons en citant le portrait
vivant que M. Imbert esquisse de Bizet, d'après
ses propres souvenirs : « Dans la spiritualité de
cette physionomie sympathique, douce et éner-
gique tout à la fois, que nous avons connue, dans
la franchise et l'acuité de ces yeux s'abritant der-
rière le lorgnon, dans le front puissant recouvert
en partie par une luxuriante chevelure, dans
l'ovale un peu court de la figure, encadrée d'une
barbe d'un blond ardent et mouvementée, ne
retrouvons-nous pas cette nature primesautière,
nerveuse, chaleureuse, pleine d'élan, qui se livre si
entièrement dans les lettres qu'on va lire? »
Edouard Schuré.
Denkm^ler der Tonkunst in Œsterreich (Mo-
numents de la musique en Autriche), Vienne,
Arstaria et C°, éditeurs, 1894. — Voici une superbe
publication qui appelle l'attention des lettrés et
des historiens de la musique. C'est la colleclion
des œuvres des maîtres autrichiens antérieurs à la
grande période de Haydn et de Mozart. Nous
avons sous les yeux les deux fascicules du tome
premier. Ils contiennent une série de compositions
de Johann Joseph Fux et Georg MufFat.
Johann-Joseph Fux fut maître de chapelle des
empereurs Léopold I""', Joseph I"'' et Charles VI,
(de 1698-1740), et il ne fut pas seulement un théo-
ricien célèbre dont le Gradus ad Parnassum a été le
bréviaire de tous les compositeurs du xviii"' siècle,
mais il fut aussi un compositeur illustre dont les
œuvres offrent pour nous ce très gand intérêt de
former la transition entre les grandes œuvres de
la période classique de l'art choral de Palestrîna
et les chefs-d'œuvre de l'art religieux instru-
' mental de J. -S Bach. Ses compositions sont ex-
trêmement nombreuses; elles comprennent des
opéras, des sonates, des pièces de musique de
chambre, et quantité de morceaux de musique
religieuse.
Le premier volume de la collection des Denh-
maley comprend quatre de ses messes, particulière-
ment intéressantes par le caractère dramatique de
la déclamation. Dans son Gradus ad Parnassum,
Fux énonçait déjà l'aphorisme qui devait, de nos
jours, rénover l'art dramatique, à savoir « que la
mélodie devait être modelée conformément au
texte, que le musicien devait en quelque sorte
habiller les paroles, veiller à donner à celles-ci
l'expression juste, de telle sorte que la musique
parût non seulement chanter, mais parler 11. Ses
thèmes ont une expression singulièrement frap-
pante dans ses messes, et, à ce point de vue, elles
offrent un intérêt exceptionnel, même au regard
du compositeur moderne.
Georg Muffat, mort à Passau en 1704, est un
maître non moins intéressant et dont le rôle est
particulièrement important dans l'histoire de
la musique de chambre.
Elève de Lully et de Corelli.il marque dans l'art
allemand la transition entre la musique religieuse
et la musique mondaine; il est même, en quelque
sorte, le précurseur de Haydn et de Mozart par
la prédilection avec laquelle il s'adonna à la com-
position de pièces pour instruments à cordes et à
archet. Il arrangea pour cinq instruments ; violon,
violetta,alto, quinta parte et contrebasse (violone),
soutenus parunbasso continuo (clavecin ou orgue),
des airs de danse de tous les pays, et il s'en
explique plaisamment dans une de ses préfaces :
Il Ma profession est bien éloignée du tumulte des
armes, dit-il, et des raisons d'Estat qui les font
prendre. Je m'occupe aux notes, aux chordes et
aux sons. Je m'exerce à l'estude d'une douce
s3'mphonie; et, lorsque je mêle des airs français
à ceux des AUemans et des Italiens, ce n'est pas
émouvoir une guerre; mais plustôt préluder peut-
estre à l'harmonie de tant de nations, à l'aymable
Paix. »
II y a un grand charme de naïveté et de bien
intéressantes combinaisons de sonorités dans les
jnèces instrumentales de Muffat. Il se vante d'y
avoir fait application du style de Jean-Baptiste
Lully, duquel « j'avois fait autrefois, à Paris, pen-
dant six ans. un assez grand estude et dont, à
mon retour de France, je fus peut-estre le premier
qui en apportay quelque idée assez agréable aux
musiciens de bon goût, en Alsace ; puis, chassé
par la guerre précédente, aussy à Vienne, en
Autriche, à Prague, enfin ensuitte à Salzbourg et
à Passau ]>. Il recherchait la mélodie naturelle,
d'un chant facile et coulant, éloignée des arti-
fices superflus, des diminutions extravagantes et
des sauts trop fréquents et rudes de la musique
instrumentale alors en honneur. C'est donc un
réformateur à sa manière, et il exerça une grande
influence en ce sens qu'il fonda, en somme, dans
le milieu même où devaient se former plus tard
Haj-dn et Mozart, le st3'le de la musique de
chambre, qui devait s'élever sous ces maîtres à la
hauteur du style s3'mphonique. Le deuxième fasci
cule de la collection des Denkmaler contient sept
suites de pièces instrumentales de Muffat groupées
sous des titres divers, Eitsehia, Speraniis gaudia,
Gratiiudo, Impaiientia, Sollicitudo, Blanaitie, Coustaniia,
et comprenant chacune six ou sept morceaux,
ouverture, air, gavotte, menuet, bourrée, etc.,
formant un tout : c'est le commencement du qua-
374
LE GUIDE MUSICAL
tuor. Jusqu'à présent, ces œuvres, si curieuses et
d'un intérêt si profond, n'avaient pas été rééditées ;
ce sera pour les amateurs de musique de chambre
une révélation bien précieuse.
Les messes de J.-J. Fux ont été éditées et mises
en partition par MM. J.-S. Haberl et J.-A. Gloss-
ner; les compositions de Muffat par le docteur
Henri Rietsch.
La collection des Momimenis de la musique en
Autriche s'annonce ainsi comme une publication
d'un intérêt exceptionnel, également utile aux mu-
sicographes et aux simples amateurs qui veulent
savoir de la musique plus que les banalités cou-
rantes.
Magnifiquement éditée par la maison Artaria,
sous le haut patronage du ministère de l'instruc-
tion publique d'Autriche, l'édition de ces œuvres
anciennes est préparée par un comité, à la tête
duquel se trouve M. GuidoAdler, le savant musi-
cograpfie, professeur à l'Université de Prague, et
qui comprend des illustrations telles que Johannes
Brahms, Edouard Hanslick, HansRichter, le che-
valier von Hartel, le chevalier von Hermann, le
baron Weckbecker, etc.
Ce comité se propose de faire un choix dans
l'œuvre énorme des maîtres autrichiens du xv à
la fin du xviii" siècle et d'en publier les créations
typiques, celles qui, par le succès qu'elles ont
obtenu ou l'influence qu'elles ont exercée, consti-
tuent les « monuments » de l'histoire musicale aux
pays autrichiens.
Cette vaste et noble entreprise sera certaine-
ment bien accueillie par le monde artistique et
savant, et nous ne saurions trop y applaudir.
M. KUFFERATH.
Ecrits sur la musique et les musiciens de Roberl
Schumann, traduits par M. Henr}' de Curzon,
Librairie Fischbacher, 33, rue de Seine.
On sait que Robert Schumann, en dehors de ses
admirables compositions, avait produit de nom-
breux écrits sur la musique, notamment dans la
Nouvelle revue musicale de Leipzig. Ce sont ces écrits,
réunis en volume par Schumann dans l'année 1854,
que M. Henry de Curzon a traduits en partie. Jusqu'à
ce jour, il n'y avait eu que des publications de
fragments peu importants ; M. de Curzon a donc
rendu un véritable service aux musiciens français
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
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Première série
N° I. en si bémol.
r> 2. en sol mineur.
n 3. en si bémol,
n 4. en fa.
r> 5. en si bémol.
» 6. en sol mineur.
Deuxième série
N° 7. en la majeur.
■n 8. en si bémol.
y> g. en ré mineur.
» 10. en sol mineur.
» II. en si bémol.
» 12. en fa.
Chaque concerto, net 4 francs.
LE GUIDE MUSICAL
375
en faisant paraître aujourd'hui son intéressant
travail. A quand maintenant la traduction des
Lettres si originales, si i(Jean-Pauliennes))de Schu-
mann ? Celle que nous donne M. de Curzon des
Ecrits sur la musique et les musiciens est très littérale.
Si elle y gagne au point de vue de la vérité, elle
y perd quant au style. Il faut reconnaître, du reste,
que la langue très romantique du maître de Zwic-
kau est souvent difficile à traduire en français. On
verra ce que pensait Scliumann de maîtres tels que
Bach, Cherubini, Beethoven, Cramer, Hummel,
Spohr, Meyerbeer, Rossini, Schubert, Lvof et
Berlioz. Nous y avons cherché en vain le nom de
Brahms, que Schumann a été cependant un des
premiers à mettre en lumière. Peut-être aurons-
nous un deuxième volume ? H. I.
Viennent de paraître, chez Schott frères, édi-
teurs, les trois chœurs imposés au grand concours
international de chant d'ensemble de la ville de
Mons (24 et 2S juin 1894) : Vanden Eeden, J., le
Rêve (division d'honneuri; Vastersavendts, A,, Li
Puissance de la musique (division d'excellence); Wil-
lame. A., Gloire au travailleur (seconde division).
NÉCROLOGIE
A Brescia, Emilio Bertoloni,' contrebassiste,
professeur à l'Instituto Filarmonico Ventiiri.
— A Gênes, à l'âge de cinquante-huit ans, le
violoniste Enrico Vignani.
— A Madrid, le pianiste et compositeur Damaso
Zabalza, professeur au Conservatoire de cette
ville. Il était né en i835, à Irurita, en Navarre.
— A Leipzig, le D'' Schucht, collaborateur de la
Neue Mnzikzeiiung, auteur de travaux sur Chopin
et sur Meyerbeer, compositeur et didacte distin-
gué. Il laisse trois sj-mphonies, des quatuors, des
Lieder. un traité d'harmonie, etc. Il était âgé de
soixante et onze ans.
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DOUILLET, Pierre. Op. 12. Pensée fugitive pour piano. . . fr. ^^ 80
t — — Op. i3. Menuet caractéristique, p"" piano. i 20
|| — — Op. 14. Spinning Song, pour piano . . i 5o
ENNA, AU-9'- Musique de ballet de l'opéra Cléopâtre pour piano . 2 —
Jadassohn. Op. 121. Bal masqué (sept morceaux caractéristiques
pour piano .......... 2 5o
Vient de paraître : Guide thématique de Tristan et Iseult, par Maurice KUPFERATH.
Prix : 1 fr.25
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376
LE GUIDE MUSICAL
Vient de paraître à la librairie Fischbacher,
33, rue de Seine, à Paris
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DE GEORGES BIZET
par Hugues Imeert, avec un beau portrait àl'eau-forte
de l'auteur de Carmen par E. Burney
RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Paris
Opéra. — Du g au 14 avril : Thaïs, la Korrigane.
Faust. La Walkyrie. Thaïs, La Korrigane-
Opéra-Comique. — Du 8 au 14 avril : le Déserteur,
le Pré aux Clercs. Carmen. Phryné.Fidès et les Folies
amoureuses. Mireille et Richard Cœur-deLion. Le
Postillon de Longjumeau, Philémon et Baucis.
Phryné, Fidès et Cavalleria rusticana. Le Postillon
de Longjumeau, Philémon et Baucis.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du i'""' au 8 avril :
Lakmé et Cavalleria. Orphée et Farfalla. Tristan et
Iseult. L'Attaque du moulin. Faust. Werther et Pier-
rot macabre. Tristan et Iseult.
Théâtre des Galeries. — Madame Bonifaoe. Le
Petit Duc.
Alcazar royal. — Les Martinetti : Nuit terrible. Les
Deux Aveugles. — Prochainement, le Mort.
Salle de la Grande-Harmonie. — Dimanche 22 avril,
à 8 heures du soir, concert au bénéfice des colonies
et de la soupe scolaires de Saint-Gilles, avec le con-
cours de MM. Jean Noté, i"' baryton à l'Opéra;
Crickboom, violoniste; Janssens, pianiste, et d'un
chœur de dames. — Première partie : Les Nymphes
des bois, chœur (Delibes); Finale Ju Carnaval de
Vienne (Schumann), M. Janssens; Légende bretonne,
chœur (Rousseau); Adagio (Max Bruch), Rondo Ca-
priccioso (Saint-Saëns), M. Crickboom; air de la
Coupe du Roi deThulé (Diaz), M. Noté; Le Nénu-
phar, chœur inédit, le Mois de mai, vieille chanson
champenoise harmonisée à quatre voix (E. Closson).
Deuxième partie : Etude en forme de valse (Saint-
Saëns), M. Janssens; Chanson de l'Hermine, chœur
FACKAR et NOËL, éditeurs, 22. passage des Panoramas (grande galerie)
Piopriétaii-es des œuvre.s de TscliaîUowsky. Gottaclinik, Prudent, .«llard
des Ar<-hiv«-K du piuuu et de la célèbre .iléthoilc de itinn» A. le 4'arpeiiticr
Seuls dépositaires de l'Editiou Cbarnot, spécialement consacrée à la maslquc de violou
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Op. 2. N" 3 Chant sans paroles :
Partition z »
Parties séparées 4 "
Parties supplémentaires cordes chaque i »
Op 3. Le Voyévode, ouverture extraite
Partition 5 »
Parties séparées lo »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
— Le Voyévode, entr'acte et airs de ballet
extraits (nouvelle édition revue par
l'auteur) ;
Partition 8 »
Parties séparées 2o »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. i3. Première Symphonie en sol mineur
Partition i5 »
I arties séparées. 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 14. Vakoula le Forgeron, ouverture extraite
Partition d'orchestre 6 «
Parties séparées i5 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. i5. Ouverture triomphale sur l'hymne
danois
Partition . 6 »
Parties séparées (copiées)
Parties supi 1 cordes (copiées) chaque
Op. 17. Deuxième symphonie (dite sympho-
nie russe) en ut mineur
l'artition 25 «
Parties séparées 35 "
Parties supplémentaires cordes chaque 3 "
Op 18. La Tempête, fantaisie d'après Shakespeare
Partition 12 >'
parties séparées . . 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. 20. Le Lac des cygnes, valse extraite
Parties séparées. . . .... 10 «
Parties supplémentaires cordes chaque i 25
— Pot-pourri, arrangé pour petit orches-
tre, par N. Ars.
Parties séparées 8 »
Parties supplémentaires cordes chaque I •25
Op. z3. Premier Concerto en si bémol, pour
piano :
Partition . 20 »
Parties séparées 12 "
Parties supplémentaires à cordes, chaque I 5o
Op 24. Eugène Onéguine, valse extraite de
l'opéra :
Partition 5
Parties séparées 20
Parties supplémentaires à cordes, chaque 2
— Prélude extrait :
Partition orchestre 2
Parties séparées (copiées) . . . . -
Parties supplémentaires à cordes (copiées)
Op. 26. L-érénade mélancolique pour vio-
lon :
Partition 5
Parties séparées 4
Parties supplémentaires à cordes,chaque i
LE GUIDE MUSICAL
377
extrait de Hulda (C. Franck), chœur inédit extrait
d'Hélène (E. Chausson); air d'Hérodiads (Massenet),
M. Noté; Sur la mer, chœur (V. d'Indy); Légende,
Polonaise (Wieniawski), M. Crickboom; Credo du
paysan (Goublier), M. Noté; Isis, chœur (Lefebvre).
Liège
Nouveaux Concerts. — Dimanche 20 mai, à 3 h. J/<,
4'- concert. — i"'"' et 2" actes de Tristan et Iseult de
Richard Wagner : M. Ernest Van Dyck, du Théâlre-
Impéral de Vienne et du théâtre de Bayreuth, chan-
tera le rôle de Tristan
Berlin
Opéra-Impérial. — Du 8 au i5 avril ; Les Medici
Cavalleria et Carnaval iballet). Le Trouvère. Le
Freyschûtz. Faust. Falstaff. Les Huguenots. I Pa-
gliacci et Carnaval.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — Le Vice- Amiral.
Vienne
Opéra-Impérial. — Du 10 au 17 avril : La Rose de
Pontevedra. Valse viennoise et Puppenfee. Le Pro-
phète. I Pagliacci et le Baiser. Le Trouvère. Hans
Heiling. Mignon. La Rose de Pontevedra.
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378
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Municti
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Charles Tardieu — Marcel Remy
I. Ragghianti — J. Malherbe
Henry Maubel — Ed. de Hartog
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Dr Dwelshauwers — Ernest Closson
Lucien De Busscher
Oberdœrfer — Jean Marlin
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Pays d'outre-mer .... 18 —
40'' année 22 Avril 1S94.
SOMMAIRE
NUMERO 17
Etienne Destranges : Une partition mé-
connue : Proserpiue de Camille Saint-
Saëns. (Suite.)
Hugues Imbert : Falstajf de A. Boïto et
J. Verdi; première à l'Opéra-Comique de
Paris.
(Ili)rontquc bc la Semaine : Paris : la Vie d'une rose de
Schumann; les concerts d'orgue Guilmant. —
Nouvelles diverses.
Bruxelles : le Mort, mimodrame de MM. Camille
Lemonnier et Paul Martinetti, musique de Léon
Dubois; Audition de M'^<' Marie Jaël. — Divers.
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de Moschelès et de Beethoven.
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40" ANNÉE. — Numéro 17.
22 Avril 1894.
Une paijtitior^ n^éconnue
PROSERPINE
Camille SAINT-SAËNS
ÉTUDE ANALYTIQUE
(Suite. — Voir le n" 16.)
ACTE PREMIER
Un court prélude, divisé inégalement en
deux mouvements, l'un andante conmoto,
l'autre allegro, précède le lever du rideau.
Deux des principaux thèmes de la partition
y sont exposés. Le premier, d'une intensité
d'expression fort grande :
se rapporte à Proserpine (p. i, m. i et
suiv.). (i) Il débute chanté par les seconds
violons, les altos et les violoncelles ; à la
seconde mesure, il est soutenu par les
hautbois; il est continué ensuite par les
premiers violons, les bassons et les cors.
Le second motif, qui apparaît (p. i, m. ii,
12, i3, 14) aux hautbois, doublés par les
violons,
symbolyse l'Aspiration à l' amour, qui rem-
plit le cœur de Proserpine dégoûtée de son
(i) Les exemples musicau.\ sont reproduits avec l'ai-
mable autorisation de MJM. Durand et fils, éditeurs de
la partition.
métier de courtisane. Page 2, mesure 3, je
signale, mais sans y attacher d'importance,
une curieuse ressemblance avec le début
du leitmotiv d'amour des Maîtres Chan-
teurs.
Le rideau se lève sur les jardins du palais
de Proserpine, l'opulente courtisane ita-
lienne à l'esprit fantasque, qui passe avec
une égale facilité des bras d'un seigneur à
ceux d'un manant :
Tous se valent pour elle ! Une chose lui plaît,
C'est de dire au marquis : « J'aime autant ton valet ».
Pendant un mois, Proserpine a tenu sa
porte close, puis, tout à coup, elle a an-
non é une fête, à laquelle nombre de jeunes
seigneurs sont accourus. Ceux-ci vont et
viennent, s'entretenant de leur hôtesse et
de ses fantaisies. Tout ce dialogue est
traité d'une façon charmante. Un motif
d'importance secondaire, mais que l'on
rencontre néanmoins plusieurs fois pendant
les premières scènes, celui de la Galanterie,
se fait entendre aux violoncelles, puis aux
altos (p. 8, m. J et 8). Le thème de Proser-
pine paraît de nouveau, page lo, mesures 8,
9, lo et ensuite page I2, mesures i et sui-
vantes, à l'entrée de la courtisane. Celle-ci
s'avance lentement, pensive, regardant à la
dérobée dans les groupes. Sabatino n'est pas
venu! ïmi\'m\ix&-t-e\\e. à part. Les jeunes gens
s'empressent autour d'elle; leurs propos
sont soulignés à l'orchestre par le motif de
la Galanterie. Mais Proserpine n'est pas
d'humeur à les écouter; elle passe sans
répondre, tandis que les instruments à
cordes commentent sa Tristesse
384
LE GUIDE MUSICAL
en une superbe phrase, d'une douloureuse
mélancolie (p. I4,m.8, g, lo, ii, 12, 13,14).
Pourtant, ses adorateurs ne se découragent
pas. Deux d'entre eux, Orlando, puis
Ercole, la supplient avec une amoureuse
ironie. Cet andante [alla siciliana), comme
l'a catalogué le musicien, est fort gracieux
dans sa tonalité de si mineur. L'accompa-
gnement, avec son contre-chant confié à la
flûte, plus loin au hautbois et enfin, à la coda,
au premier violon, est d'une délicatesse
adorable. Commencée par un ténor, con-
tinuée par un baryton, cette sicilienne,
puisque sicilienne il y a, se termine avec les
deux voix.
Proserpine, le front toujours chargé de
nuages, n'a rien entendu. Elle s'éloigne et
disparaît dans le jardin à travers les buis-
sons de lauriers roses, sous l'ombre des
grands pins parasols. Les jeunes seigneurs
la suivent. Cependant, l'homme qu'elle
cherchait tout à l'heure anxieusement dans
les groupes, arrive en scène, presque
poussé par l'ami qui l'accompagne. Renzo
soumet alors Sabatino à la bizarre épreuve
dont j'ai parlé plus haut. Le jeune homme
a beau jurer à son futur beau-frère que
Proserpine l'a toujours repoussé, Renzo
est incrédule et trouve extraordinaire que
cette universelle, comme il l'appelle, — un
peu moderne universelle! ■ponrqMoi pas hori-
zontale, tout de suite ! — ait résisté. Il force
donc Sabatino à faire une nouvelle décla-
ration à la courtisane; il jugera après s'il
peut, sans inconvénient, lui accorder la
main de sa sœur.
Cette scène, d'une psychologie quelque
peu étrange, n'en contient pas moins, au
point de vue musical, nombre de choses
ravissantes. Deux nouveaux Leitmotive y
font leur apparition. Le premier est celui
de Sabatino,
que les premiers violons exposent (p. 21,
m. 3, 4, 5). Il se maintient à l'accompagne-
ment pendant la plus grande partie de la
scène. Le second, — une véritable mélodie,
— chanté par les violons et les violoncelles
(p. 29, m. 10, II, 12, i3).
symbolise les nouvelles aspirations de Sa-
batino vers un idéal de pureté et son désir
de trouver enfin la paix du cœur dans
l'Amour conjugal.
Le dialogue des deux jeunes est d'une
déclamation très juste. Il faut citer parti-
culièrement la phrase de Sabatino : Pour-
quoi me demander cette épreuve insensée? et
Vanimato du même : Ne crains plus que mon
âme change, bâti sur le thème de V Amour
conjugal.
Toujours suivie de sa cour, Proserpine
reparaît. A la vue de Sabatino, elle tres-
saille. Sous le prétexte que la comédie va-
bientôt commencer, elle éloigne les sei-
gneurs, qui se retirent, pendant qu'on'
entend dans la coulisse une gracieuse',
pavane. Dans cette courte scène, les thèmes !
de Proserpine, de l'Aspiration à l'amour et de
la Galanterie se font entendre successive-
ment.
Proserpine reste seule; le quatuor ra-;
mène le motif de la Tristesse, puis com-
mence un adagio de quelques mesures'
seulement, mais d'une réelle beauté, où la,
malheureuse femme exhale son désir :
Amour vrai, source pure où j'aurais voulu boire,
Ne t'oflriras-tu pas à mes lèvres en feu?
Le motif de l'Aspiration à l'amour, légère-
ment modifié, forme la base de ces deux
pages.
Sabatino s'approche doucement de Pro-
serpine, plongée dans son rêve. En aperce-
vant le jeune homme, son cœur bondit de
joie, mais elle se remet vite et aff'ecte avec
lui un ton glacial. Avec une élégante im-
pertinence, Sabatino lui demande la raison
de la rigueur qu'elle lui montre. Un nou-
veau motif, VA mour repoussé, se fait jour
(p. 41, m. 10, dernier temps 11, 12),
Raillez! vous n'obtiendrez pas même ma co-
lère, répond la courtisane, tandis que le
LE GUIDE MUSICAL
385
thème de la Tristesse et celui de Froserpine
passent de nouveau à l'orchestre. Mais Saba-
tino continue. Alors,brusquement du cœur
trop chargé de la jeune femme, s'échappe
le cri de sa misère. Son infâme métier de
fille l'écœure! Ah! l'amour, le véritable, le
pur amour, celui qui ne se vend pas pour
de l'or, mais qui s'achète par un échange
d'âmes, c'est celui-là qu'elle voudrait con-
naître, qu'elle voudrait donner, m9.is que
tous ceux qui l'entourent, insouciants et fri-
voles, ne sauraient lui rendre qu'en argent !
De plus en plus, Proserpine s'exalte;
arrivée enfin au paroxysme de son déses-
poir, elle jette à Sabatino ces paroles :
Vous me demandez de vous aimer! Prenez
garde, qu'un jour je ne vous prenne au mot.
Cette scène est d'une allure superbe. Il
faut remarquer surtout ces deux passages :
Avec vous faut-il que je raisonne... et : Si
j'aimais ainsi qu'une autre femme. . .A signaler
dans ce dernier un autre Leitmotiv,
celui de V Amour vrai, exposé parle haut-
bois (p. 47, m. 8) (i). En entendant Proser-
pine lui répondre sur ce ton, Sabatino
trouve qu'il est inutile de laisser la conver-
sation s'égarer sur un terrain aussi brûlant.
Avec cette cruauté, souvent inconsciente,
de ceux qui aiment ailleurs, et restent
aveugles et sourds aux passions d'autrui, il
poursuit sa fausse déclaration en accen-
tuant encore le côté ironique. Il ne demande
pas d'amour à la courtisane ; qu'elle l'aime
seulement comme elle a... aimé tous les
autres. Pour le repousser, le croit-t-elle
donc pauvre? A cette dernière insulte, Pro-
serpine se révolte et elle chasse Sabatino.
Cette seconde partie de la scène n'est pas
moins bien traitée que la première. Les
phrases de Sabatino sont d'une élégance,
d'une légèreté pleines de désinvolture. Les
(i) Ce thème découle de celui de Proserpine. On
pourrait, à la rigueur, le considérer comme une forme
abrégée de ce dernier. Cependant, la façon dont il est
employé, rend préférable de l'admettre comme un motif
distinct En réalité, il apparaît pour la première fois
page 45, mesures 10 et 11.
thèmes de Sabatino, de Proserpine, de
l'Aspiration à l'amour, deV Amour vrai, de
l'Amour repousse' se succèdent à l'orchestre,
commentant en quelque sorte psychologi-
quement les états d'àme des personnages.
Sabatino parti, Proserpine, dans un court
monologue d'une déclamation superbe,
souligné par le motif qui lui est propre et
par celui de l'Aspiration à l'amour, laisse,
pour la troisième fois, échapper sa ran-
cœur. L'homme qu'elle aime en secret
vient de l'insulter!! Son désespoir ne con-
naît plus de bornes.
Je suis riche ! ô dégoût de l'amour acheté !
Riche ! qu'il passe un pauvre, et, s'il veut, je me livre !
Un mendiant 1
Son vœu va être exaucé. Des serviteurs
surviennent, poussant devant eux un homme
en haillons. C'est un nommé Squarocca,
bandit de la pire espèce, qui vient d'être
surpris en train de voler. Une idée folle
passe par la tête de Proserpine. A tous les
seigneurs, qui la tiennent sous le joug d'in-
famie, elle va rendre mépris pour mépris.
Un rapide dessin (p. 58, m. 3 et 4),
silhouette la figure de Squarocca.
La scène qui suit est d'une amusante
fantaisie. Très difficile à traiter musicale-
ment, elle a inspiré néanmoins à Saint-
Saëns une des pages les plus réussies de sa
partition.
Le sévère auteur de tant d'œuvres du
genre le plus élevé a, fait curieux à noter,
un goût prononcé pour les plaisanteries
musicales. Le Carnaval des animaux, Ga-
brielle de Vergy ont depuis longtemps révélé
à ses intimes ce petit côté de sa haute per-
sonnalité. La délicieuse partitionnette de
P/^rj/we l'a fait connaître au public; certaines
scènes de Proserpine pouvaient déjà le
faire pressentir.
Mais revenons au bandit et à la courti-
sane, que nous avons laissés en tête-à-tête.
Cette dernière interroge Squarocca. Que
préfère-t-il? un palais ou une prison, le vin
de Syracuse ou une eau croupie, un car-
386
LE GUIDE MUSICAL
can de fer à son col ou les bras d'unejeune
femme? Squarocca, d'abord étonné, finit
par répondre cavalièrement : Votis m'enibc-
tez, Madame! [ï) Mais Proserpine lui fait
comprendre qu'elle ne plaisante pas : Dis!
le carcan ou moi. Le bandit n'hésite pas.
Elle lui prend le bras pour la fin de la
fête. Un ravissant accompagnement, plein
d'une spirituelle délicatesse, rehausse en-
core cette curieuse scène.
Les invités sortent du palais et enva-
hissent de nouveau les jardins. Quelle n'est
pas leur stupéfaction en voyant l'étrange
compagnon de leur belle hôtesse. Char-
mante aussi cette scène et traitée avec un
entrain qui ne tombe jamais dans la vulga-
rité. Tout à coup, le nom de Sabatino
frappe l'oreille de Proserpine. Deux sei-
gneurs parlent du mariage prochain de leur
ami avec la sœur de Renzo. A ces mots,
qui la frappent au cœur, Proserpine pâlit.
L'infâme! et, tout à l'heure encore, il osait...
Ah ! elle se vengera !
PROSERPINE (à Squarocca)
... Tout te doit être égal,
Le bien comme le mal.
SQUAROCCA
Je préfère le mal.
PROSERPINE
Puis-je te demander une preuve de zèle?
SQUAROCCA
Lorsque vous m'avez pris, j'ai dit ; elle est trop belle
Pour ne pas e.xiger quelque chose de laid !
S'il ne faut que tuer, comptez sur mon stylet.
Mais, pour l'instant, c'est l'heure de
l'orgie. Le finale, espèce de brindisi, exposé
par Proserpine, repi'is par le chœur, est
d'une inspiration commune, qui détonne
dans cet acte d'une si rare distinction
d'idées. C'est une tache malheureuse. Il
est regrettable que l'auteur, pour sa nou-
velle version, n'ait pas songé à remanier
ce passage, seule partie vraiment faible
de l'œuvre.
{A suivre) Etienne Destranges.
(i) Je ne sais quels scrupules ont fait changer dans
la nouvelle partition ces mots par ceux-ci : Finirez-vous,
Madame .'
FALSTAFF
Comédie lyrique en trois actes et six tableaux, poème de
A. Bo'iTo, musique de G. Verdi Première représenta,
tion, en France, à l'Opéra-Comique de Paris, le
mercredi i8 avril 1894 (i).
PRÈS la première représentation
de Don Carlos, qui eut lieu à
l'Opéra de Paris le 11 mars 1867,
Georges Bizet écrivait les lignes
suivantes : « Verdi n'est plus Italien; il veut
faire du Wagner... il a abandonné la sauce
et n'a pas levé le lièvre. Cela n'a ni queue
ni tête. Il n'a plus ses défauts, mais aussi
plus une seule de ses qualités. Il veut faire
du stj'le et ne fait que de la prétention...
C'est assommant... four complet, absolu.
L'exp osition prolongera peut-être l'agonie,
mais c'est une bataille perdue. Le public
surtout est furieux. Les artistes lui pardon-
neront peut-être une tentative malheureuse
gui prouve, après tout, en faveur de son goût)
et de sa loyauté artistique. Mais le bon public
était venu pour s'amuser... et je crois qu'on
ne l'y repincera pas... La presse sera mau-
vaise ».
Nous n'avons certes pas la prétention
d'affirmer que Don Carlos ait été un des
meilleurs ouvrages de Verdi ; mais on pres-
sentait déjà dans la manière du maître un
changement de front qui, selon nous, prou-
vait sa grande et haute intelligence. 11 n'a
pu rester indiffèrent au mouvement très
accentué qui s'est accompli dans l'art musi-
cal ; il ne pouvait songer à revenir en
arrière. Au sommet de la gloire, il aura
imprimé à ses nouvelles créations un essor
nouveau, noble exemple donné à tous les
compositeurs, à quelque nationalité qu'ils
appartiennent. Do7i Carlos, Aida, le Re-
quiem, Otello et Falstaff en sont une preuve
éclatante. Quant à faire du Wagner, comme
l'écrivait Bizet, il n'y a jamais songé.,. lia
(i) La première représentation de l'œuvre a eu lieu à
Milan, le 9 février 1893.
LE GUIDE MUSICAL
387
su garder sa personnalité en la rajeunis-
sant. N'est ce pas lui qui, du reste, adres-
sait ces lignes intelligentes à Hans de Bu-
low : « Puisque les artistes du nord et du
sud ont des aspirations différentes, parfait!
Qu'ils se distinguent les uns des autres.
Tous devraient s'attacher à demeurer fidèles
au caractère de leur nationalité comme
Wagner l'a si bien dit. Combien vous êtes
heureux de pouvoir vous dire les fils de
Jean-Sébastien Bach ! Mais nous ? Nous
aussi, qui sommes les fils de Palestrina, nous
avons eu jadis une grande école qui était
bien la nôtre. Elle est aujourd'hui abâtardie
et menace de disparaître. Ah! si nous pouvions
recommencer ! »
Verdi a recommencé à un âge où, le plus
souvent, on reste stationnaire; il a eu sa
seconde manière, et il suffit de comparer
ses premières œuvres aux dernières pour
voir à quels mobiles il a obéi. Mais si,
s'inspirant des grandes lignes tracées par
Gluck, Weber et R. Wagner, il est arrivé
à écrire des compositions dans lesquelles
l'orchestration joue un rôle important dans
la peinture des principaux personnages et
dans les situations du drame, — où les
caractères eux-mêmes sont tracés avec le
souci de la vérité, il n'a point modifié sa
nature, son tempérament. Il appartient
bien toujours à la race italienne. Chez lui,
nulle appropriation de la phraséologie
wagnérienne : on ne trouverait ni dans
Aïda ni dans Otello, par exemple, une page
rappelant le style, la couleur du maître de
Bayreuth. C'est en cela que sa personnalité
est restée tout entière.
Si Georges Bizet avait pu assister aux
derniers triomphes du maître, il serait
peut-être revenu sur un jugement porté
trop hâtivement.
Rossini a eu son Barbier, Wagner ses
Maîtres Chanteurs, Verdi devait avoir son
Falstajj. Depuis longtemps déjà le maestro
rêvait d'écrire un opéra comique. Après
avoir feuilleté en vain le théâtre de Gol-
doni, il avait fait part de son désappointe-
ment à son ami Boïto qui, peu de jours
après sa visite, lui apportait le livret de
Falstaff, nn Falstaff revu et corrigé « extrait
des deux drames et des trois comédies de
Shakespeare où figure ce personnage, un
type spécial, vraiment comique et musi-
cal. »
M. Arrigo Boïto a tiré son Falstajf des
Joyeuses Commères de Windsor et de plu-
sieurs passages du Henri IV de Shakes-
peare. L'action, qui se déroule dans les
Joyeuses Commères a dû être resserrée ; c'est
ainsi que nombre de personnages, tels que
le juge de paix de campagne Shalow,
Splender, cousin de Shalow, Page, William
Page, Sir Hugh Evans, Nym, Simple,
Rugby, Mistress Anne Page, ont été sup-
primés. Ont disparu également les jeux de
mots, dont Shakespeare est coutumier et
qu'il est presque impossible de traduire.
La scène se passe à Windsor, sous le règne
de Henri IV d'Angleterre.
Narrerons-nous le sujet des Joyeuses
Commères? Qui ne le connaît et n'a suivi
dans Shakespeare les mésaventures de sir
John Falstaff?
C'est une véritable surprise que de voir
un compositeur octogénaire créer une
œuvre aussi voulue, aussi alerte, aussi pim-
pante. Car, ne vous y trompez pas. Verdi
a considéré Falstajf comme un délasse-
ment : nous sommes en présence d'un véri-
table opéra bouffe, dans lequel l'action se
déroule avec une rapidité vertigineuse, où
la trame musicale d'une contexture très
soignée, s'efforce d'envelopper intelligem-
ment les paroles, où l'élément rythmique
joue le rôle prépondérant. Aucune ouver-
ture, aucun prélude ; le mouvement scé-
nique est d'une verve éblouissante et gra-
vite autour de Falstaff, qui domine toute
l'œuvre ; personnage cynique, bouffon, sar-
castique, couard, se laissant aller à ses
vices qui l'engagent en des aventures où il
est bafoué, mais se tirant souvent d'affaire
par des mots plaisants. L'esprit italien s'y
fait jour, mais revêtu d'une étoffe musicale
autrement riche que celle du Barbier de
Séville. On conçoit le grand succès que la
partition a dû obtenir à Milan dans ce
milieu si prompt à s'enthousiasmer pour
les œuvres dans lesquelles domine l'élément
bouffe. Ici, â Paris, tout en reconnaissant
les hautes qualités du maître, on a regretté
l'absence de morceaux de longue haleine ;
388
LE GUIDE MUSICAL
les phrases sont écourtées, hachées, se mo-
difiant presque continuellement. C'est un
véritable kaléidoscope musical qui sur-
prend un peu et où les effets de contraste
ne sont pas assez accusés. Cette façon de
procéder, très arrêtée de la part de Verdi,
aurait pu engendrer une certaine mono-
tonie, si la maîtrise n'eût été grande.
Ces réserves faites, que de jolies pages à
signaler et, surtout, que d'intéressants
détails d'orchestre à souligner !
Au premier acte, à l'hôtel de la Jarretière,
la scène très comique dans laquelle Fal-
stafï et ses acolytes se moquent des doléan-
ces du Df Gains, — la psalmodie du mot
Amen par Pistolet (Pistol) et Bardolphe, —
l'accompagnement pianissimo et dans les
notes aiguës de la phrase « Si Falstaft
s'étiole », — les staccati rapides des vio-
lons, lorsque le jeune Robin est chargé de
porter les messages amoureux à Alice et à
Meg, staccati dont le compositeur a fait un
fréquent usage, dans le cours de la parti-
tion, pour peindre les mouvements rapides,
— la tirade pétillante d'esprit de Falstaff
sur l'honneur, admirablement rythmée.
Comme, dans le deuxième tableaa du
premier acte, les gentilles notes du hautbois
(M. Gillet) se présentent heureusement,
lorsque Meg et Alice lisent la lettre de
Falstaff! Quelle gaîté dans tout ce caque-
tage des joyeuses commères, se promettant
de duper le barbon ventru ! Puis, comme
contrepartie, la scène dans laquelle Bar-
dolph et Pistol préviennent Ford des des-
seins de Falstaff contre son honneur et, à
titre de contraste, la jolie scène d'amour
(bien qu'un peu courte) entre Fenton et
Nannette, la fille d'Alice Ford : « Lèvres
de feu » .
Au second acte, nous sommes de nou-
veau à l'hôtel de la Jarretière. Il faut voir avec
quelle componction bouftonne la malicieuse
Quickly annonce à Falstafl la réussite de ses
messages. M"'^ Delna, avec ses belles notes
de contralto, en donne une parfaite inter-
prétation. Notons la chanson très caracté-
ristique, accompagnée par le basson gogue-
nard : « Va bon vieux John » ; l'entrée de
Ford se faisant présenter à Falstaff sous le
nom de Fontaine ; l'efi'et imitatif à l'orches-
tre des sacs d'écus déposés sur la table par
le dit Fontaine; le comique musical de
cette scène à deux personnages ; et la ren-
trée pompeuse de Falstaff, revêtu d'un
superbe vêtement, avec l'adorable phraséo-
logie orchestrale.
Le deuxième tableau du second acte
nous transporte en une salle de la maison
de Ford. C'est la scène où Falstaff enfoui
dans le panier à linge, pour éviter la
poursuite et la colère de Ford, sera préci-
pité dans la Tamise. N'y aurait-il dans ce
tableau que l'air d'un rythme si curieux,
chanté par Falstaff : « Quand j'étais page
du sir de Norfolk », qu'il suffirait pour en
assurer le succès. M. Maurely a été abso-
lument triomphant, et le public a réclamé le
bis à grands cris. Toute cette course folle,
vertigineuse de Ford et de ses amis à tra-
vers la maison, cherchant Falstaff, la ter-
reur de celui-ci, son enfouissement dans le
panier, ses suffocations, les doux épanche-
ments de Fenton et de Nannette derrière
le paravent ont été rendus avec une verve
étonnante et un charme admirable.
Au début du troisième acte, Falstaff est
assis devant l'hôtellerie de la Jarretière. Il
donne libre cours à ses plaintes et raille ce
monde abject, ce monde infâme. L'air « Va,
bon vieux John », indiqué au deuxième
acte, fait sa réapparition, mais sur un ton
lugubre. Il y aurait à signaler, à titre de
curiosité, la seule réminiscence qu'il soit
possible de découvrir dans la partition
d'un dessin orchestral, absolument wagné-
rien (page 270).
Mais Falstaffse laissera prendre au piège.
Il se rendra, vêtu comme le chasseur noir,
à minuit, au rendez-vous qui lui est donné
par Alice dans la grande clairière du Parc
Royal de Windsor. Et, là, Alice, Meg,
Nannette, Ford, Fenton, Bardolph, Pistol
et une troupe d'hommes et d'enfants, en
costumes fantastiques, le soumettront à des
épreuves terribles, le harcèleront, le pique-
ront de la pointe de leurs dai^ds. Mais la
supercherie sera découverte par Falstaff,
lorsque Bardolph laisse tomber son capu-
chon. Tous se démasquent et, après une
explosion de colère, le gros sir John, recon-
naissant qu'il n'est qu'un âne, s'en tirera
LE &U1DE MUSICAL
par une boutade en déclarant que tous ces
bons bourgeois n'ont pas un grain d'esprit
et que c'est lui qui leur a donné l'occasion
de s'amuser. Puis, sur un joli menuet à 3/4,
on s'apprête à célébrer l'hymen de la Reine
des bois. Ford finit par consentir à l'union
de Fenton et de sa fille Nannette. Le
chœur final, en motif fugué, « Le monde est
une farce », termine gaiement ce dernier
tableau, que G. Verdi a peint avec les plus
vives couleurs.
Parmi les interprètes, il faut citer en pre-
mière ligne M. Maurel, qui s'est absolument
incarné dans le rôle de Falstaff et lui a
donné un relief saisissant, puis M"= Delna,
qui a mis ses belles notes de contralto et sa
verve au service du personnage de Mistress
Quickly.
Après, nous aurions à signaler Mm= Lan-
douzy dans le rôle de Nannette, M"« Grand-
jean, lauréate du Conservatoire dont la
voix est vibrante, peut-être un peu forcée,
M'ii^ ChevaHer (Meg Page), M. Soulacroix,
qui donne une bonne allure à Ford, et en-
fin MM. Clément, dans le rôle un peu
effacé de l'amoureux Fenton, —Belhomme,
Barnolt et Carrell.
Les décors, signés Jambon et Thomas,
sont charmants, surtout celui représentant
la clairière de la fprèt de Windsor, qui rap-
pelle telle partie du Bas-Bréau de la forêt
de Fontainebleau.
Nous aurions à faire des réserves pour
les costumes des personnages-femmes, qui
sont peu gracieux.
Quant à l'orchestre, il a été tout à fait
remarquable sous la direction de M . Danbé.
Toutes les intentions de l'auteur ont été
rendues avec une perfection sans égale.
Signalons une innovation des plus heu-
reuse, due à l'initiative de G. Verdi. A la
répétition générale la presse seule avait été
admise; quelques dilettanti seuls avaient
pu se glisser à travers la porte entre-
bâillée.
Une ovation chaleureuse a été faite, à la
répétition générale et à la première repré-
sentation, à G. Verdi, qui porte le poids
de ses quatre-vingts ans (l) avec une légè-
reté absolument extraordinaire.
Hugues Imbert.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
.nj^^'APRÈs la correspondance de Robert Schu-
^ll^Vr ™^"n, ce fut dans le cours de l'année
ti^ i85i qu'il s'occupa de traduire en mu-
sique la Vie d'une rose. Le poète Maurice
Horn, de Chemnitz, avait adressé, en avril
i85i, son poème au compositeur, qui résidait
alors à Dusseldorf. Le 21 avril, Schumann lui
accusait réception de son ouvrage, dont il
louait les idées fraîches et gracieuses, mais où
il aurait voulu, à juste titre, rencontrer des
situations plus dramatiques. Des changements
s'imposaient et le musicien les indiquait au
poète. Dès le mois de juin, la composition était
très avancée; car le maître écrivait à Maurice
Horn, le 9 du même mois, pour réclamer ime
nouvelle modification; il désirait qu'après la
mort de Rose, l'héroïne fût changée non en
rose, mais en ange, afin que la partition se ter-
minât par un chœur de séraphins. La progres-
sion de : rose, jeune fille et ange lui semblait
plus poétique et « plus conforme à cette trans-
mutation des âmes dont nous rêvons tous si
volontiers ». Il parlait déjà de faire exécuter
cette idylle en petit comité, ce qui eut lieu, en
effet, à bref délai, puisque sa lettre du 29 sep-
tembre i85i apprend au poète que la Vie d'une
rose avait été donnée, il y a quelques mois. On
avait été forcé de recourir à M. Ernest Koch,
de Cologne, pour l'interprétation de la partie
de ténor.
En raison de la simplicité du sujet, Schumann
(i) G. Verdi est né le g octobre i8i3 à Roncole, près
Busseto (Italie).
390
LE GUIDE MUSICAL
n'avait d'abord écrit qu'un simple accompagne-
ment de piano ; mais, sur l'instance de ses
amis, il se décida à entreprendre l'orchestration,
afin de donner à l'œuvre une publicité plus
étendue. Ce travail l'avait un peu effrayé au
début, eu égard à son état de santé, qui lais-
sait, on le sait, vivement à désirer. La maladie
nerveuse qui le torturait, avait fait de nouveau
son apparition en cette fin d'année i85i ; aussi,
ce ne fut qu'au mois de décembre qu'il en-
voyait à Maurice Horn la partition entièrement
terminée et gravée. « Le titre est un chef-
d'œuvre de gravure, disait-il ; vous m'en voyez
tout ravi » .
La Vie d'une rose, légende en deux parties,
écrite pour soli et chœurs, porte le n» 112 des
œuvres et fut exécutée pour la première fois en
public le 5 février i852, aux concerts de Dus-
seldorf. Nous ne croyons pas qu'elle ait été
donnée bien souvent en France; nous nous
rappelons, toutefois, une exécution intégrale
aux concerts du Grand-Hôtel, le 22 mai 1873,
sous la direction de Danbé. Les soli étaient
tenus par MM. Nicot, Solon, E. Masson et
Mlles Edma Breton, Marie Lhéritier, Alice Ber-
nardi.
La Société l'Euterpe, qui s'est tout particu-
lièrement consacrée à la vulgarisation des
œuvres du maître de Zwickaû, a donné, le
12 avril 1894, à la salle Erard, sous la direction
de M. A. Duteil d'Ozanne, une audition com-
plète de la Vie d'iiue rose. Bien que l'orchestre
fût réduit au double quatuor, auquel était ad-
joint le piano, l'attrait et le charmant coloris de
cette idylle musicale ont pu être appréciés.
Ecrite dans une forme et une expression ana-
logues à celles du. Paradis et la Péri, mais plus
champêtres, la Vie d'une rose renferme des
parties absolument belles : on n'aurait qu'à
citer le beau chœur funèbre (n" 8 de la parti-
tion), le chœur des Elfes (n° 10), qui donne
l'impression légère et éthérée de l'atmosphère
du monde des fées, le chœur (n" i5) que tra-
verse un écho de la musique de Weber, le duo
ravissant entre la Rose et Max (n» 17), la mé-
lopée et scène finale, d'une impression si in-
tense, et tant d'autres pages d'une venue mer-
veilleuse.
Le livret, malheureusement, malgré les chan-
gements introduits par Robert Schumann,
manque d'intérêt; il est un peu vague, incolore.
Il a fallu toute la maîtrise du musicien pour
arriver à dominer le sujet. La traduction fran-
çaise de Victor Wilder n'est pas faite pour
atténuer les défauts du texte original, au con-
traire : le plus souvent, les paroles s'adaptent
de la façon la plus inhabile à la musique.
Dans son Etude sur Robert Schumann,
Léonce Mesnard résumait dans les lignes sui-
vantes son impression sur l'œuvre :
« Le Pèlerinage de la rose est comme un
attrayant compendium de presque toutes les
variétés du lyrisme familier à Schumann, qui
s'y allient sans discordances en se tempérant
l'un par l'autre. L'action y sert de cadre à une
succession de petites scènes, qui tiennent de
l'ode et de l'hymne, de l'églogue et de l'élégie.
Le langage qui se parle au pays des fées s'y
marie, sans disparates et sans mésalliances,
avec le style populaire, que notre compositeur
aime à mettre en avant, comme une garantie et
une protestation contre le pédantisme de
l'école, les élégances raffinées, la grimace et la
contrefaçon larmoyante des hautes tristesses,
qu'une sorte de droit divin fait régner sur les i
âmes choisies. »
Il est impossible de donner une synthèse
plus précise et plus poétique d'une conception
où l'idéale pitié se fait jour à travers la bon-
homie rustique.
Les chœurs de l'Euterpe ont fort intelligem-
ment rendu le côté tour à tour pittoresque et
sentimental des ensembles vocaux. Les soli
ont été convenablement interprétés parM"esCa- ^
tala, M. Servier, G. Ebstein, M. Ducamp, :
Rémy, M "es Enoch, Joussen et MM. Baltaille,
Millot et Daniad. Hugues Imbert.
Le troisième concert d'orgue deM. Guilmant
était des plus intéressants : le programme se
composait presque en totalité de nouveautés,
c'est-à-dire de morceaux qui n'avaient pas ,
encore été entendus aux délicieuses séances ;
données par l'organiste delà Trinité. Les frag-
ments de Bach et de Hœndel ont été applaudis ;
comme de coutume, grâce à une exécution qui
atteint la perfection. Il y avait également plu- i
sieurs morceaux d'auteurs modernes ; parmi
ces derniers, il faut citer particulièrement deux
ravissantes pièces (Berceuse et Sclierso) de
Samuel Rousseau, qui ont obtenu un succès
étourdissant, — et, sur l'insistance du public,
— il a fallu xeàh-e\2i Berceuse, qnï est d'ailleurs
charmante et méritait bien l'accueil qu'on lui
faisait. Citons encore la Sonate pour piano,
orgue et instruments à cordes de Michel
Rosen, très bien enlevée par MH^ Thérèse Du-
roziez, M. (iuilmant et l'orchestre de M. Ga-
briel Marie, et le grand chœur en fa (op. 18) de
H. Deshayes, qui clôturait la séance.
M. de Vroye, dont le talent de flûtiste est
LE GUIDE MUSICAL
391
connu de tous, a joué avec l'orchestre la
scène des Champs-Elysées d'Orphec de Gluck,
et, avec M''^ Fanny Lépine, l'air à'Orlaudo
de Hœndel, où la cantatrice a développé des
qualité;; dramatiques de premier ordre : les deux
exécutants ont partagé les applaudissements.
— Jeudi dernier 19 avril, au quatrième et
dernier concert de la saison, M. Guilmant nous
a fait entendre deux cantates de Bach en entier,
avec les Chanteurs de Saint-Gervais pour la
partie chorale. Le succès a été triomphal.
H. DUBIEF.
L'indépendant génie de Grieg ne nous sem-
ble pas s'être trouvé très à l'aise dans la com-
binaison instrumentale du quatuor à cordes
exécuté au concert de M. Lefort. Certains
desseins mélodiques exigeraient, pour mieux
sortir, les timbres variés de l'orchestre; cer-
taines successions harmoniques, qui sonne-
raient vigoureusement au piano, sont un peu
dures sous les archets... Ces réserves faites, le
quatuor de Grieg brille par mille qualités char-
mantes. MM. Lefort, Giannini, Tracol et Ca-
sella s'étaient donné la tâche de les révéler
au public dans leur dernier concert : ils y ont
peu réussi. L'interprétation était faible. Ac-
cents mal placés, rythmes hésitants, sonorités
mal soutenues, phrases musicales mal dites, et
des archets comme des râpes ! — Mettons cela
sur le compte d'études insuffisantes. M. Lefort
et ses partenaires n'ont sans doute pas bien
mesuré les difficultés qu'ils avaient à vaincre.
Ils ont d'ailleurs pris une revanche immédiate
en exécutant d'une façon très satisfaisante un
quatuor avec piano de Widor. L'écriture de
cette composition est habile, le style n'est point
vulgaire; mais les thèmes sont pauvres, et il
faut regretter un emploi continuel de disso-
nances grises, n'ayant ni charme ni profon-
deur. La partie de piano, admirablement tenue
par l'auteur est techniquement intéressante ;
signalons aussi les broderies délicates du
scherzo et l'allure véhémente du finale.
M"|= Marcella Pregi, douée d'une voix très
ample, doit se méfier d'une tendance à forcer
un peu les effets ; elle interprète néanmoins
dans un assez bon sentiment deux Lieds de
Fravcc qui comptent parmi les meilleures ins-
pirations de Bruneau. M. Lefort phrase avec
beaucoup de goût et de finesse la Berceuse de
Fauré, du Fauré première manière, un peu
« morceau de salon », mais toujours distingué.
Pour terminer la séance, deux mouvements
du (( 76^ quatuor » du fécond Haydn. Cette
bonne vieille musique, facile et spirituelle,
apporte une impression de délassement.
Rayval.
M. Verdi, a assisté dimanche dernier au
concert du Conservatoire, où une loge lui avait
été réservée. Lorsque l'illustre compositeur s'est
montré aux côtés de M. Ambroise Thomas, le
public l'a chaleureusement acclamé. Le concert
a marché d'une façon superbe, et l'auteur de
Falstaff a donné, à plusieurs reprises, le signal
des applaudissements.
A la fin du concert, il a fait adresser toutes
ses félicitations à M. Tafîanel, l'excellent et
consciencieux chef d'orchestre.
BRUXELLES
Le Mort mimodrame tiré du roman de
Camille Lemonnier, par M. Paul Martinetti
et abondamment orné de musique sympho-
nique par M. Léon Dubois, a reçu, vendredi
soir, un accueil très brillant à l'Alcazar. Monté
avec beaucoup de soin, avec des recherches
décoratives intéressantes et un réel souci d'art,
ce Mort fera certainement courir tout Bruxelles.
Les frères Martinetti y sont admirables d'ex-
pression et de caractère. Leur art si souple et
si vivant sauve ce qu'il y a d'un peu lourd
dans cette pantomime à prétentions pycholo-
giques et musicales.
La direction de l'Alcazar n'a pas hésité à
renforcer considérablement l'orchestre pour
l'exécution de la partition de M.Léon Dubois.
Celle-ci est une œuvre considérable, elle consti-
tue un très grand effort et elle a quelques parties
bien venues, entre autres la musique qui accom-
pagne le lever du jour (premier acte), les rondes
de la noce au deuxième acte, enfin l'introduc-
tion du troisième acte, d'un beau caractère
soutenu; mais, dans l'ensemble, elle est infini-
ment trop touffue et trop chargée pour un
scénario de drame mimé. Il y aura peut-être
lieu d'y revenir. M. K.
La séance consacrée samedi dernier par
Mme Marie Jaëll à l'audition de quelques œuvres
de Liszt nous a révélé une complète transfor-
mation du talent de la célèbre pianiste. Est-ce
sa « Méthode » qui a renouvelé son jeu, est-ce
son jeu renouvelé qui lui a dicté cette méthode,
très appréciée de ses pairs au point de vue des
enseignements du toucher? Toujours est-il que
cette audition nous a montré une nouvelle
392
LE GUIDE MUSICAL
Marie Jaëll, en possession d'une virtuosité sou-
veraine, harmonique et souple, possédant la
force et la délicatesse, reliant les extrêmes avec
un charme infini et imposant magistralement
au clavier calomnié par Reyer cette variété de
timbres qui caractérise l'école moderne du
piano.
Cette variété étant proprement la création de
Liszt, il est naturel que son œuvre attire ses
émules, d'autant que le maître leur a laissé à
résoudre maint problème dont il n'a pas livré
le secret. L'œuvre est là, avec sa note mysté-
rieuse et troublante; on en devine le caractère,
mais les moyens d'exécution ne se transmettent
pas aussi sûrement qu'on le suppose par la
seule tradition ; il s'agit de les retrouver, de les
réinventer. Et c'est ce qui a fait l'intérêt de
cette séance. Les Jeux d'eaux à la Villa
d'Esté not&mmewt et Au bord d'une source
ont donné à l'auditoire cette sensation des mur-
mures et des poussières liquides que Liszt a
voulue et qui se fige sous des doigts moins
légers, moins subtils que ceux de la brillante
interprète. Quant à la Valse de Méphisto qui
lui est dédiée, M""" Marie Jaëll en a fait tout
un poème d'audace infernale et d'ironie étince-
lante qui entraîne et subjugue. Ce qui ne l'a pas
empêchée de donner beaucoup de grâce à la
Berceuse, extraite de Y A rbre de Noël, et d'ex-
primer délicieusement la poétique mélancolie
du Mal du pays.
Le succès de la remarquable artiste a été des
plus vifs et des plus légitimes. C. T.
Au moment de mettre sous presse, nous
apprenons que les directeurs du Théâtre de la
Monnaie, dans les engagements d'orchestre
pour la prochaine saison, ont introduit une
clause interdisant aux musiciens de prêter leur
concours à aucun concert autre que ceux du
Conservatoire. Le but est clair, c'est d'empê-
cher, dans une certaine mesure, le recrutement
de l'orchestre des Concerts populaires. Il n'y en
a pas d'autres. Nous nous abstenons, pour le
moment, de toute appréciation, en attendant la
confirmation de cette étrange nouvelle.
MM. Stoumon et Calabresi paraissent vou-
loir tenir compte des bons avis que leur donne
la presse.
Ils viennent de faire remettre à l'étude les
chœurs et les rôles de Richard Cœtir de Lio}!,
comprenant enfin, que le chef-d'œuvre de
Grétry n'avait pas reçu l'exéoution qui lui
convenait. Ils auraient peut-être mieux fait de
s'en apercevoir avant la reprise, et de ne pas
attendre que la presse et le public leur indi-
quent les lacunes d'une exécution bouffonne.
Brillante, très brillante reprise du Petit Duc
aux Galeries. Si on avait quelque peu oublié
le sujet de l'opérette, la charmante musique de
Ch. Lecocq avait conservé de fervents admira-
teurs. Livret et partition sont restés jeunes,
hâtons-nous de le dire, et le duo des profes-
seurs, la leçon de solfège, la chanson de la
paysanne ont retrouvé le succès de jadis.
Jamais, il est vrai, Petit Duc n'a été mieux
accueilli aux Galeries, que M™^ Bouit incarnant
à favir son élégant personnage. Artiste irrépro-
chable, jolie voix, diction juste, gracieuse per-
sonne, elle possède, par dessus tout cela, un
enjouement communicatif et une gaîté entraî-
nante, qualités qu'on ne peut assez apprécier,
en ces teinps d'ibsenisme maussade et envahis-
sant. A côté d'elle, M™e Fournier maintient
allègrement les anciennes traditions de l'opé-
rette bouffe. Elle fait une maîtresse de pension
très amusante. M'i« Libra est une petite du-
chesse très gentille. M. Hérault un professeur
militaire un peu solennel, mais chantant bien,
et M. Lespinasse,un pédant plein de fantaisie.
En somme, excellente reprise et grand succès
d'interprétation. N. L.
La quatrième et dernière séance de musique
de chambre pour intruments à vent et piano,
donnée par MM. les professeurs du Conserva-
toire aura lieu aujourd'hui 22 courant, à 2 heu-
res de l'après-midi, avec le gracieux concours
de M'i= Irma Sèthe, du quatuor Isaye et de
MM. Marchot, Danneels et Sisseneir. On y en-
tendra pour la première fois au Conservatoire,
le beau quatuor de César Franck, puis M''^ Sè-
the exécutera six duettini de Benjamin Godard,
pour deux violons avec son maître Ysaye. La
séance se terminera par la première exécution
à Bruxelles de l'Octuor pour deux violons, alto,
violoncelle, contrebasse, clarinette, cor, basson,
de Schubert.
CORRESPONDANCES
ANVERS. — Le quarante et unième con-
cert populaire, qui s'est donné au Théâtre-
Royal, a paru particulièrement intéressant par le
fait qu'on y a exécuté la nouvelle œuvre de M. Jan
Blockx, Saint Nicolns. Voici de la musique vrai-
ment descriptive, genre pour lequel notre conci-
toyen paraît posséder des qualités spéciales. S'il
LE GUIDE MUSICAL
393
ne dépeint pas les passions humaines en des
lignes larges et émouvantes, il faut dire aussi qu'il
s'agit d'une pantomime, et, étant donné un sujet
relativement restreint, il est vraiment curieux de
constater le parti qu'en a su tirer M. Jan Blockx.
Malgré le succès bruj'ant que l'on a fait autour
de Milenka, nous est avis que le compositeur
révèle, dans sa nouvelle œuvre, des qualités plus
sincères. L'orchestration y est surtout fine et ori-
ginale.
Inutile d'insister sur l'exécution de la Mer,
l'œuvre de Gilson aj'ant été souvent exécutée ici
Nous réserverons plutôt une appréciation pour
une scène dramatique de E.Wambach, Frédégonde,
chantée par M"' Levering. L'auteur y décrit les
sentiments d'exaltation farouche que ressent cette
femme barbare, au moment où, triomphante, elle
va suivre Hilpéric, son futur époux, au bois sacré.
Musique largement conçue et d'une orchestration
serrée.
L'Opéra-Flamand vient encore de donner le
Vaisseau-Fantôme, le succès de la saison. Nos
artistes s'y font remarquer par un désir sincère de
réaliser le côté caractéristique des héros wagné-
riens. MM. Fontaine et Baets y réussissent pleine-
ment. Quant à M"" Levering, qui a abordé le rôle
de Senta avec une vaillance toute juvénile, nous
lui conseillons, avant tout, de songer moins aux
effets de voix et davantage à la vérité de l'accen-
tuation dramatique. Les points d'orgue, dont la
cantatrice abuse, ne sont pas plus à leur place
dans Weber que dans Wagner. Or, M. Keurvels
étant un chef d 'orchestre trop consciencieux pour se
courber devant les caprices des chanteurs, ceux ci
auraient tort, vu leur peu d'expérience, de vouloir
introduire des effets de mauvais goût dans des
œuvres aussi parfaites. Artiste distinguée et digne
de tous éloges, nous espérons que M"" Levering
acceptera ces remarques comme autant de con-
seils sympathiques. A. W.
BRUGES. — L'antique cité flamande, qui
se laissait entraîner dans un courant civili-
sateur français, vient de rouvrir ses portes à l'art
national flamand, en donnant la Charlotte Corday
de Peter Benoit. Cette rénovation est due aux
eiïorts d'hommes énergiques et convaincus, à la
tête desquels nous citerons M. Sabbe. Aussi le
succès a-t-il dépassé toutes les espérances, car
l'élégante salle de spectacle était occupée jusqu'à
la dernière place.
Nous avons surpris des discussions animées sur
les qualités de l'œuvre, qui paraissait, chose éton
nante, désorienter ce pubic par trop familiarisé
avec les productions énervantes de Massenet.
Quelques-uns de feindre une surprise exagérée en
rencontrant, à la place d'un opéra, un drame
lyrique. D'autres de trouver que le compositeur
aurait pu davantage souligner, de sa musique
descriptive, le dialogue. Nous recommandons à
ces derniers une audition d.e Karel van Gelderland,
l'œuvre maltresse, quoique discutée, du maître
flamand.
Ces opinions, si diverses, n'ont point influé sur
les applaudissements enthousiastes qui ont éclaté,
à tout moment, dans la salle. L'ouverture, où
Benoit dépeint avec un réalisme effrayant la pro-
gression lente, mais impitoyable, de cette terri-
fiante révolution, a produit une profonde impres-
sion. Le monologue de Marat, la scène du bal et
celle de la révolution sont autant de pages
typiques, destinées à immortaliser le nom de
Benoit Les interprètes anversois y ont rarement
mis autant de vérité d'expression. Aussi le public
brugeois a-t-il fait à ceux-ci une réception des plus
flatteuses.
L'orchestre, sous la direction nerveuse de
M. E. Keurvels, a été en tous points excellent.
En un mot, c'est un plein succès.
Souhaitons autant de bonheur à M. Fontaine,
qui vient, lundi, donner une représentation du
Freischûtz. Puisse cette seconde épreuve aider à
convaincre les habitants de Bruges combien mâle
et énergique est la langue de leurs ancêtres.
A. W.
(^ AND — Le second concert d'abonnement
~J[ du Conservatoire a eu lieu samedi dernier,
14 avril, avec le concours d'un violoniste alle-
mand, M. G. Hollaender. Le programme compre-
nait de Beethoven, la huitième symphonie (en /a
majeur) et un concerto pour violon et orchestre (en
ré majeur). La symphonie au menuet, si difficile
au double point de vue des nuances d'intensité et
de mouvement, à été suffisamment fouillée par
l'orchestre de M. Samuel : l'allégretto scherzando
nous a paru un peu trop haché, trop cahotant, le
rythme trop fortement accentué. Le prélude de
Tristan et Isetilt, le Siegriefd-Idyll et la page d'étour-
dissante fantaisie qui s'intitule ouverture du Car-
naval romain ont été également bien rendu, par la
symphonie du Conservatoire, fort en progrès déci-
dément.
M. Hollaender est un virtuose dans toute la force
du terme. Le concerto de Beethoven et un Adagio
de sa composition ont mis en parfaite lumière la
souplesse et la précision de son archet comme le
Perpetmm mobile de Ries a fait pleinement valoir
ses qualités point banales de vélocité. Le Bee-
thoven, en particulier, semblait très étudié, l'inter-
prétation très consciencieuse et fouillée. Comme
auteur, M Hollaender sait certainement son métier,
et son Adagio est vraiment une page bien faite.
Au Cercle artistique et littéraire, mercredi soir,
une audition de la section instrumentale. Un qua-
tuor et un quintette d'amateurs ont interprété du
Haydn (op. 77), exquis de grâce fraîche, du Brahms
(op III), de plastique austère et de mélancolie
contenue, le ravissant quintette (op. 81) de Dvorak.
Un baryton également amateur, M. J. Dubois a
recueilli de nombreux bravos pour son interpréta-
tion de deux airs de Gluck (Iphigénie) et de Sac-
394
LE GUIDE MUSICAL
chinî (Œdipe). La voix est chaude et souple, la dic-
tion un peu empâtée, un peu lourde, un défaut
belge que l'exeicice et le travail peuvent faire
disparaître. En somme, excellente soirée qui nous
a enchanté. Les iimateurs de musique, à Gand, en
ont si peu de semblables ! L. D. B.
LIEGE. — Huit années se sont écoulées déjà
depuis le concert où la brillante et fougueuse
pianiste Marie Jaëll faisait admirer, dans notre
Conservatoire, sa transcendante virtuosité et sa
haute compréhension dans le concerto en mi bémol
de Beethoven.
Depuis, une étonnante transformation s'est
opérée dans le jeu de l'artiste, car à ses facultés
primitives de puissante énergie, elle a ajouté des
qualités de charme, des accents de caressante
douceur.
M™" Marie Jaëll a consacré son récital à des
œuvres choisies, avec un discernement parfait de
gradation et d'effets, dans la musique de piano
de F. Liszt, dont elle est, sans conteste, une
des plus complètes interprètes, tant par son prodi-
gieux mécanisme, sa mémoire infatigable, que
par sa pénétration toute spéciale de l'esprit d'im-
provisation inhérent souvent aux conceptions de
son maître préféré.
A la demande de M. Th. Radoux, l'obligeante
artiste avait, au début de la séance, exécuté la
sonate en ttt dièse (op. 27) de Beethoven, et s'était
efforcée de ramener son jeu vigoureux à la sim-
plicité du sublime adagio, puis de contraster, en
donnant libre cours à son impétuosité dans le finale
emporté.
L'auditoire tout spécial de pianistes et d'artistes
a marqué à l'éminente virtuose toute son admira-
tion. A. B. O.
VERVIERS. — Seconde soirée de musique
de chambre dans une société particulière.
Quartettistes : MM. L et J. Kefer, A. Voncben et
A. Massau. Quatuor op. 2g de Schubert, triste et
presque naïf dans sa petite évolution, — plaintif
dans la première partie, doux dans l'andante et
folâtre dans la deuxième partie, folâtre avec colère
parfois, portant bien le cachet de jeunesse de tant
d'œuvres de Schubert. Andante quasi vanaiioni du
quatuor en fa (op. 41) e Schumann. une des belles
pages de la musique de chambre, d'une grande
intensité et douceur d'expression; exécuté avec
une respectueuse simplicité et une profondeur
d'interprétation émouvante, cet andante a été
admirablement écouté et compris. Fragments du
joli quatuor en sol de Grieg, que le public apprécie
toujours.
Solistes : MM. Longtain, baryton, qui a très
bien rendu une des pages les plus expressives
du rôle d'HamIet et l'air de la Jolie Fille de Perih,
et M""^ Delgoffe : belle et forte voix d'alto, toujours
en progrès. Soirée trop courte au gré de tous.
Au Cercle d'Amateurs, intéressante soirée musi-
cale avec le concours de MM. Mativa, flûtiste,
Gérôme, bassoniste, Lejeune, corniste, Debefve,
pianiste, tous quatre professeurs au Conservatoire
de Liège; de MM. Maggi, clarinettiste, et Flies- ;
sen, hautboïste. Tous bons et sérieux artistes.
M. Gérôme, bassoniste, est absolument remar-
quable à la fois comme virtuose et comme musi-
cien de goût. M. Lejeune a un beau talent de
corniste. C'est dans la musique moderne, où la
couleur l'emporte sur la ligne, que cet ensemble
a été le plus brillant et nous a le mieux plu. Dans
la musique classique, faite de dessin, de finesse de
trait, et où la précision et la fusion des instru-
ments sont des conditions presque capitales, les
instruments en bois, même les plus rares et les
meilleurs, remplacent difficilement les instruments
à archet. Quoi qu'il en soit, excellente soirée dont
il faut être reconnaissant aux directeurs du Cercle
d'Amateurs.
Revue des Revues
M. Gaston Paris vient de publier dans
la Revue de Paris une très belle étude sur
Tristan et Iseult, à propos du drame de
Richard Wagner. En quelques pages d'une
critique à la fois très large et très sagace,
l'illustre philologue français établit l'ori-
gine celtique de la légende, qui a été con-
testée récemment pour la philologie alle-
mande. De preuves directes il n'y en
guère. Mais M. Gaston Paris examine le
cadre de la légende, le costume des héros,
le milieu où ils vivent, la barbarie de leurs ,^
mœurs, l'étrangeté de leurs amours. Cette
étude lui permet d'aiïirmer, ainsi que j'ai
cherché à le démontrer de mon côté, que
l'histoire de Tristan fut pour la première
fois contée par des conteurs bretons
qu'elle est bien une pure création du géniel
celte. Il montre ensuite les variantes appor-f
tées au récit primitif par les trouvères fran-j
çais et les profondes modifications que
Wagner fit subir à ces légendes diverses!
pour composer son drame 13'rique. Toutes!
ses observations ne sont point peut-ètrel
absolument justes, mais elles sont intéres-
santes venant d'une telle autorité. Nos lec-
teurs nous sauront gré de reproduire cettej
partie de l'essai de M. Gaston Paris.
Wagner a lu l'histoire de Tristan dans les]
traductions de Gotfrid et de ses continuateurs}
faites par Kurtz et Simrock, et il s'est enthou-j
siasmé pour la donnée qui en est l'âme. Il a réduit j
LE GUIDE MUSICAL
395
toute l'histoire à cette donnée elle-même, rame-
née à ses éléments les plus simples et a élagué
toute la frondaison touffue, toute la riche flo-
raison qui s'épanouissait autour de la tige. A
part cette simplification un peu excessive, qui
donne à son drame, par endroits, quelque chose
de contracté et d'elliptique, il a pratiqué plu-
sieurs changements, que je n'ai pas ici à juger
au point de vue du théâtre et de la musique,
mais qui ne sont pas tous heureux au point de
vue purement poétique (i).
Le premier acte, qui se passe sur le vaisseau
où Tristan ramène Iseult d'Irlande en Cor-
nouaille, est d'une puissance extrême et d'une
vraie originalité : Iseult et Tristan s'aiment
sans se le dire, sans le savoir ; Iseult croit
n'avoir que de la haine pour l'ennemi de son
pays, qui a tué son fiancé Morhout (c'est son
oncle dans les poèmes) et qui l'emporte, otage
de paix et proie du vainqueur, à l'époux incon-
nu dont il est le serviteur modèle. Elle veut
partager avec lui un breuvage de mort, et c'est
Brangien qui, ne pouvant se résoudre à exé-
cuter l'ordre terrible, verse le breuvage d'amour,
non moins sûrement, mais plus lentement mor-
tel. Le vieux symbole de la légende, qui paraît
forcément un peu puéril à des lecteurs et sur-
tout à des spectateurs d'aujourd'hui, se rajeu-
nit ainsi et s'imprègne d'une poésie nouvelle :
toutefois, il est visible que, du même coup, il
perd de son antique signification, et que, si
Tristan et Iseult s'aimaient avant d'avoir vidé
la coupe, elle n'est plus un emblème suffisant
de la fatalité et de l'irresponsabilité de leur
amour.
Le second acte consiste uniquement en trois
scènes : l'entrevue des amants, où leur passion
s'exprime d'une façon bien étrangère à la sim-
pHcité naïve des anciens récits, la survenue du
roi Marc et ses reproches empreints d'une
dignité touchante, la blessure de Tristan par
son ennemi Melot, en qui Wagner réunit tous
ceux qui, dans les vieux récits, conspirent
contre le bonheur des amants. Ainsi, de ce qui
forme une partie considérable de l'ancienne
histoire, les ruses de l'épouse coupable et de son
amant pour arriver à se voir en secret, les fré-
quentes surprises dont ils sont les victimes,
leur séparation, leurs épreuves de tous genres,
Wagner n'a gardé que ce résumé pour ainsi
dire schématique. Assurément, une bonne
partie de ces épisodes risquait de faire perdre
au poème le ton pathétique où l'auteur, avec
toute raison, voulait le maintenir : plus d'un
tombait presque dans le domaine du fabliau ;
mais on peut regretter que la situation de deux
(i) A frioii, M. Gaston Paris se place ainsi à un
point de vue erroné. Le drame de Wagner étant essen-
liellement une œuvre théâtrale et musicale, le point de
vue poétique n'a qu'un intérêt relatif et secondaire.
(N. de la R.)
êtres voués, par leur faute même, à la dissimu-
lation et à la souffrance, soit à peu près com-
plètement laissée dans l'ombre, et aussi que
certaines parties profondément poétiques de
l'histoire n'aient pas été renouvelées par le
grand magicien de la musique moderne : quel
parti n'aurait-il pas pu tirer de la vie des deux
amants dans la forêt, quand, libres enfin des
conventions et des lois qui étouffent leur
amour, ils le laissent s'épanouir en pleine
nature dans le concert des oiseaux et des fon-
taines, sous le toit des grands arbres et sur les
tapis des mousses épaisses (i) !
Le troisième acte, malgré l'étonnante beauté
du motif de la chanson du pâtre, évoquant dans
l'âme de Tristan tous les souvenirs de sa vie et
tous les pressentiments de sa mort, reste au-
dessous de la conception légendaire. Tristan,
dans celle-ci, meurt « de désir » quand il croit
qu'il ne reverra pas Iseult ; chez Wagner, il
meurt d'émotion en la revoyant : F Iseult du
moyen âge dit à son amant quelques paroles de
suprême adieu et meurt ; l'Iseult moderne se
relève pour adresser à Tristan mort un dithy-
rambe assurément très poétique, mais où la
sombre philosophie qui est au fond de toute
l'œuvre s'exprime un peu trop clairement. Le
nirvana dans lequel Iseult a soif d'anéantir sa
« volonté de vivre » l'éloigné vraiment trop de
Tristan pour la rapprocher de Schopenhauer :
« Dans le retentissement — des ondes éthérées,
— dans la respiration — du souffie du monde,
— me noyer, — me perdre, — inconsciente, —
suprême volupté ! » Telles sont les dernières
paroles d'Iseult ; elles sont belles à leur façon,
mais en quoi sont-elles d'une amante {?,) ?
J'aime mieux celles que lui prête Thomas, et
j'aime encore mieux peut-être les quelques vers
courts et secs d'Eilhart : « Quand la reine
arriva sur la plage et entendit les cris de dou-
leur, elle en eut le cœur serré : Malheur à moi
aujourd'hui et toujours ! dit-elle, Tristan est
mort ! Elle ne pâlit, ni ne rougit, elle ne pleura
pas... Elle releva le drap qui le couvrait et
recula un peu le corps ; elle ne dit pas un mot :
elle s'étendit sur la couche à côté du preux et
mourut aussitôt. »
L'œuvre de Wagner est animée depuis le
commencement jusqu'à la fin d'un souffle hale-
tant et comme fiévreux, qui en secoue la forme
comme il en tourmente la pensée ; ses plus
grands admirateurs reconnaissent qu'il y a dans
l'effet qu'elle produit quelque chose de « patho-
logique 1). Son poème est comme un torrent
(i) Cet épisode, quoi qu'en pense M. Gaston Paris,
nous semble être du domaine de la poésie lyrique ou
narrative pluiôtque du domaine dramatique et théâtral.
(N. de la R.)
(2) M. Gaston Paris oublie tout le début du chant de
la mort d'Iseult où il n'est questio»-que de Tristan ; par là
même, u l'aspiration au néant » qui clôt son invocation a
un sens restreint et précis qui n'est plus du tout « Scho-
penhauer ».
396
LE GVIDE MUSICAL
qui se précipite des montagnes pour s'en-
gloutir presque aussitôt dans la mer, se heur-
tant avec violence contre les rochers et remplis-
sant l'air de son écume et de son fracas.
L'ancien roman était comme un fleuve par
moments tumultueux, et courant aussi vers
l'abîme fatal, mais s'épandant çà et là dans de
riantes vallées, se glissant sous l'ombre sacrée
des hautes forêts, s'élargissant par endroits en
nappes ensoleillées. L'un et l'autre ont jaiUi de
.la même souice, à laquelle ils doivent la force
de leur courant, l'abondance intarissable et la
saveur puissante de leurs eaux : l'amour, dont
aucune œuvre humaine, en aucun temps, et en
aucun pays, n'est aussi profondément pénétrée
que la légende de Tristan et Jseult.
M. Gaston Paris examine aussi la ques-
tion de l'amour dans Tristan et Iseiilt, qu'on
pourrait appeler « l'épopée de l'amour adul-
tère». On sait qu'à ce point de vue, la
légende a été taxée d'immorale, de même
que le drame de Richard Wagner, par des
moralistes moroses et superficiels. Voici ce
que dit à ce sujet M. Gaston Paris :
La poésie lyrique, qui n'exprime ordinaire-
ment que l'aspiration amoureuse, peut s'ap-
pliquer à n'importe quelle forme de l'amour;
mais l'amour conforme aux lois sociales ne peut
fournir un thème à la poésie épique que dans
sa première phase, avant la possession qui est
son but, que cette possession se réalise ou ne
se réalise pas. L'amour conjugal n'a pas d'his-
toire : une fois qu'elle a introduit les époux
dans la chambre nuptiale, la poésie n'a plus
rien à nous dire d'eux, et nous ne voudrions
pas entendre ce qu'elle nous en dirait. Roméo
et Juliette, le seul poème d'amour qu'on puisse
opposer à Tristan et Iseiilt, semble offrir une
preuve du contraire; mais le mariage des
amants de Vérone, qui se cachent de leurs
parents et du monde, et qui meurent à cause
de ce secret même, se rapproche des amours
défendus par son caractère furtif et son opposi-
tion aux devoirs familiaux. Si Roméo et Ju-
liette avaient été mariés publiquement, ni la
scène du balcon, ni celle du tombeau n'exis-
teraient; et si même Roméo avait réussi à
arracher Juliette à sa mort apparente, et l'em-
mener avec lui, leur histoire serait terminée là.
L'histoire de la possession de deux êtres l'un
par l'autre ne peut fournir un thème à la poésie
que dans l'amour coupable, dans l'amour d'un
homme pour la femme d'un autre, parce que
cette possession, toujours précaire, toujours
menacée, soit par les dangers extérieurs, soit
par le changement ou la lassitude possible,
toujours en conflit avec les lois sociales qu'elle
contredit et avec les objections et les reproches
qui sortent du cœur même et de la conscience
des amants, fertile en incidents, en craintes, en
surprises, en angoisses, en rapides enchante-
ments et en déceptions amères, renouvelle per-
pétuellement l'intérêt et l'émotion, présente
mille facettes changeantes à l'éclairage de la
poésie et permet seule en même temps de
montrer dans leur plein développement et dans
leurs rapports variés le caractère et la façon
d'aimer de l'homme et de la femme. C'est pour
cela que l'épopée de l'amour adultère est en
môme temps la seule épopée de l'amour.
Mais l'amour adultère, quelle que soit son
excuse, et par là même qu'il est en contradic-
tion avec les lois inflexibles, bien qu'extérieures,
qui régissent les sociétés, ne peut être le sujet
d'un poème que s'il a un caractère tragique;
autrement, il tombe dans la basse immoralité
des fabliaux ou de certains romans, et cesse
d'appartenir à la grande poésie. Pour cette
poésie, l'amour adultère, qui ne peut, comme
le fait l'amour conjugal, s'apaiser doucement
sans s'avilir, ni se relâcher sans se dégrader
dans son origine même, a pour condition
nécessaire la souffrance et la mort de ceux qu'il
a saisis. La souffrance, on vient de le voir, y
est insépai'able de la possession; la mort en
est le seul dénouement possible, qu'elle soit
volontaire ou imposée. La façon dont elle ter-
mine, dans notre légende, les joies et les dou-
leurs des amants, est particulièrement poé-
tique. Tristan a essayé de vivre sans Iseult :
blessé loin d'elle, il guérirait si elle venait à lui,
et meurt quand il doit renoncer à l'espérer;
Iseult le trouve mort et meurt aussitôt : «Nous
ne pouvons, dit-elle, vivre l'un sans l'autre, ni
mourir l'un sans l'autre. » C'est cette mort des
deux amants, présentée dès le commencement
de leur aventure, et planant sur toute leur des-
tinée, qui élève leur légende au-dessus des in-
cidents parfois vulgaires dont elle se compose,
et transforme l'histoire d'un égarement criminel
en un poème plein de grandeur et de tristesse.
Le vieux poète anglo-normand avait admira-
blement compris quel lien indissoluble existait
entre le breuvage d'amour et la mort : « C'est
notre mort que nous y avons bue » , fait-il dire
à Tristan, repassant les souvenirs de sa vie.
C'est cette pensée que Wagner a saisie, et qui
anime son drame d'un bout à l'autre : en par-
tageant avec Tristan le breuvage d'amour,
Iseult croit partager le breuvage de mort, et, de
fait, il semble que l'un et l'autre aient été insé-
parablement mêlés. La mort, dans le poème de
Wagner, est sans cesse invoquée par les amants,
ses ailes noires les caressent dans la nuit où ils
se cherchent, et elle apparaît dès leur première
étreinte comme la divinité libératrice à laquelle
ils se sont voués. L'alliance de l'amour et de la
mort n'a jamais été plus intime que dans ce
sombre drame, où la vie et le jour sont des
ennemis et n'apportent que des douleurs.
A l'expression de pareils sentiments, la mu-
sique seule était parfaitement égale. Déjà, nous
LE GUIDE MUSICAL
397
l'avons vu, c'est enveloppée de musique que la
légende de Tristan et d'Iseult avait passé des
Bretons aux Anglais et aux Français; c'est trans-
formée en musique qu'elle a repiis de nos jours
une vie nouvelle dans l'âme orageuse et pro-
fonde de Richard Wagner. C'est qu'il y a entre
l'amour et la musique une intime liaison, qui
les unit aussi tous deux à la mort : l'amour
constitue et la musique exprime une même
aspiration vers l'infini, que les paroles ne peu-
I vent rendre, que la conscience même ne peut
sentir clairement; l'un et l'autre éveillent en
nous l'idée d'un bonheur au-dessus de nos
forces, sinon de nos désirs, d'un bonheur que
la vie ne peut réaliser ; et, par conséquent, l'un
et l'autre, en nous poussant à sortir des bornes
étroites de notre personnalité passagère et con-
ditionnée, suscitent impérieusement en nous la
pensée de la mort, comme Leopardi l'a dit de
: l'amour dans des vers immortels, comme Sully
Prud'homme l'a dit non moins splendidement
de la musique :
Ton chant s'évanouit comme un baiser qui tremble.
Et sous tes doigts tendus, arrêtés tous ensemble,
Expira le dernier accord :
Et pâle, les yeux clos, la tête renversée,
Stella, tu répondis tout bas à ma pensée ;
c( Après la mort ! après la mort ! »
— A propos du récent concert dirigé au
Chàtelet par M.Hermann Levi, voici quel-
ques lignes fort intéressantes de M. Paul
Dukas dans la Revue hebdomadaire. On se
rappelle que M. Hermann Levi y avait
■ dirigé la huitième symphonie de Beethoven
'I (dirigée également par lui à Bruxelles) et
que bon nombre de critiques invoquèrent à
ce propos la « tradition » d'Habeneck, qui
prenait tel mouvement plus vite, tel autre
i plus lent. La tradition d'Habeneck est la
, tarte à la crème de la critique parisienne et
\ des chefs d'orchestre en matière de Bee-
] thoven. M. Paul Dukas est à peu près seul
■J à remettre les choses en leur place. Nous
; citons ;
Il résulte des entretiens que Moschelès a eus
avec Beethoven au sujet de ses symphonies,
que le maître était absolument convaincu de
la vérité du principe que Matheson avait
énoncé dans son Parfait Maître de chapelle, à
savoir que moins l'orchestre est nombreux, plus
le mouvement doit être accéléré; et que plus on
dispose d'un nombreux personnel, plus il faut
modérer le mouvement. Rien n'est plus logique
ï ni plus raisonnable.
;| Peu de nos chefs d'orchestre, d'ailleurs, ont
. lu Matheson, peu ont lu même Moschelès, dont
les entretiens avec Beethoven au sujet de l'exé-
cution de ses œuvres sont cependant du plus
haut intérêt. Il est certain que M. Hermann
Levi nous a donné dernièrement une exécution
de la symphonie en /a absolument conforme
aux intentions du maître, à en juger par les
propos qu'il tint à Moschelès. Si nos chefs
d'orchestre étaient mieux informés qu'ils ne le
sont en général, si le public ne prenait pas la
routine pour la vraie tradition, on eût été
d'accord pour reconnaître que M. Levi nous
avait simplement restitué la pensée de Beetho-
ven. Eh ! oui, le ralentissement des phrases
d'expression qui a si fort étonné les auditeurs
du Chàtelet et qui donnait un si grand charme
aux mélodies de la symphonie en fa, les mises
en valeur inattendues des passages rythmiques,
la subordination momentanée d'un groupe
d'instruments à un autre, tout cela est dans
Moschelès. Il ressort de la lecture de son livre
que Beethoven désirait les nuances de mouve-
ment non moins que les nuances d'intensité; et
si l'on exécutait certaines de ses œuvres selon
son vrai sentiment, les auditeurs crieraient au
sacrilège : qui, par exemple, se hasarderait à
jouer les quatre premières notes de la sympho-
nie en ut mineur lentement et en accentuant
fortement le rytJime, cela non seulement au
début de l'œuvre, mais à chaque apparition
des points d'orgue ? Beethoven, pourtant, dési-
rait formellement qu'elles fussent jouées ainsi.
On voit que, sans rien inventer en fait de mou-
vements et de nuances, il serait encore possible
à présent de donner une interprétation origi-
nale et saisissante de ses symphonies.
Conclusion : Piochez les entretiens de
Moschelès avec Beethoven.
J^O U VRLLES DI VERSES
Petite statistique de l'Opéra de Paris pen-
dant l'année i8g3 :
Wagner avec 2 ouvrages a été joué 60 fois;
Saint-Saëns, avec i, 35 fois; Vidal, avec i,
29 fois; Meyerbeer, avec 4, 24 fois; Reyer
avec 2, 23 fois; Gounod, avec 2, i5 fois;
Halévy, avec i, 9 fois; Maréchal, avec i, g fois;
Fournier, avec i, 8 fois ; Verdi, avec 2, 7 fois;
Donizetti, avec i, 7 fois; Massenet, avec i,
6 fois ; Rossini, avec i, 3 fois ; Delibes, avec 2,
3 fois; Chabrier, avec i, 2 fois; Ambroise
Thomas, avec i, i fois.
Les recettes de l'année se sont élevées à
3,296,474 francs, en augmentation de 131,727
francs sur l'année 1892. Le maximum a été
atteint en mai : 326,494 francs. Le mois le
plus faible a été le mois d'aotit: 201, 386 francs.
A la fin de ce mois, aura lieu au théâtre de
Zurich une série de représentations wagné-
riennes. Cette série commencera par Rienzi et
LE GUIDE MUSICAL
le Vaisseau-Fantôme, puis suivront Tann- \
hœuser (vendredi 27 avril), Lohengrin (lundi
3o avril), Tristan et les Maîtres Chanteurs
étant fixés aux 4 et 7 mai prochain. i
Le Sigurd de M . Ernest Reyer ne parait pas
avoir réussi à Saint-Pétersbourg, où il a été
donné par la troupe française de M. Mauriès.
Voici ce qu'en dit le critique musical du Jour-
nal de Saint-Pétersbourg :
« Cette partition passe pour wagnérienne,
sans doute à cause de la similitude du sujet de
la pièce française avec celui des Nihelungen.
Comme musique, il y a bien peu de points de
rapport entre l'œuvre du compositeur parisien
et celle du maître allemand. Dans Sigurd, on
trouve des chœurs, des airs et des ensembles à
effet, et le duo final, non dénué d'élan, s'éloi-
gne on ne peut plus du style du patriarche (?)
de Bayreuth.
« Ce qui frappe surtout dans Sigurd, c'est le
manque d'unité de style. A côté de pages labo-
rieuses et grises, il y en a (dans les parties cho-
rales surtout) d'éminemment triviales sans parler
des airs de Sigurd et de Brunehilde, qui diffè-
rent peu du commun des airs de l'opéra fran-
çais issu de Meyerbeer.
« L'individualité de M. Reyer ne se dégage
guère de la musique. On a vanté son abon-
dance d'idées, — aucune d'elles ne nous a paru
originale ; il passe pour être un instrumentateur
ingénieux, — nous trouvons son orchestre com-
pact et bruyant, et cela bien qu'il fût conduit
par M. Colonne, justement renommé pour la
finesse de son interprétation. »
Les télégrammes que nous avons reçus de
Saint-Pétersbourg constatent le grand succès
obtenu par M. E. Colonne — et les interprètes
M. Van Dyck, M"" Pacary et Tarquini d'Or,
à la première de Werther.
La Damnation de Faust a été un véritable
triomphe pour le directeur des Concerts du
Châtelet.
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
CONCERTOS
ARRANGES POUR
DEUX PIANOS A QUATRE MAINS
ou piano et orgue
par CLEMENT LORET
Première série
N° I. en si bémol.
" 2. en sol mineur.
n 3. en si bémol.
" 4. en fa.
" 5. en si bémol.
" 6. en sol mineur.
Deuxième série
N° 7. en la majeur.
r> 8. en si bémol.
y> g. en ré mineur.
y' 10. en sol mineur.
» II. en si bémol,
j) 12. en fa.
Chaque concerto, net 4 francs.
LE GUIDE MUSICAL
399
PIANOS ET HARPES
ÉRARD
BRUXELLES : 4, rue Latérale
PARIS : 13. rue du Mail
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
A Nice, M. Victor Elbel, directeur de la musique
municipale, né à Strasbourg en 1817.
Il débuta dans la carrière artistique comme chef
de musique au 12" dragons ; plus tard, il devint chef
de musique dans un régiment de ligne. Occupé
tour à tour à Lyon, à Paris, et entre temps à Ber-
lin, Elbel, après un second séjour à Paris, alla
habiter l'Alsace ; il résidait une grande partie de
l'année à Hochfelden, où il possédait une pro-
priété. On se rappelle l'éclatant succès de son
oratorio Der Mûnsterhaa, qui fut exécuté au théâtre
de Strasbourg le 5 mai i855 avec le concours,
comme solistes, de M"'"^ Schwaederlé, Weber,
Kobelt et Bûrck, et MM. Schùtzenberger, Klein,
Porst, Fischbacher, Leroux, Puyvarge et Hum-
mel. On n'a pas oublié non plus l'audition, au
festival de i853, de son oratorio Océan, qui fit un
grandiose effet. En 1870, Victor Elbel avait été
nommé capitaine de la garde mobile.
C'était un musicien sincère et im compositeur
de talent.
— A Berlin, à l'âge de cinquante-trois ans, des
suites d'une attaque d'apoplexie, le D"' Philippe
Spitta, bien connu par sa monumentale biographie
de J.-S. Bach, un chef-d'œuvre d'érudition et de con-
science artistique. Fils d'un pasteur de province,
Philippe Spitta paraissait destiné à suivre la car-
rière de son père; mais la musique l'emporta, et,
après l'achèvement de ses études de théologie, il
s'y consacra entièrement. En 1873, parut le pre-
mier volume de la biographie de Bach. A la suite
de cette publication, il fut nommé à la chaire
EN VENTE CHEZ
BUEÏTKOPF & HJERTEL, BEUXELLES
45, Monta§^ne de la Cour, 48
CUI, César. Op. 5o. Kaléidoscope. Vingt-quatre morceaux pour
Nos j
2
3
4
violon et piano
Moment intime.
Dans la brume.
Musette.
Simple chanson.
N"5 5. Berceuse.
5. Notturino.
7. Intermezzo.
8. Cantabile.
— Tarantella pour violon et piano .
DVORACK. Op. 94. Rondo pour violoncelle et piano
à fr. I 25
N°s g Orientale.
10. Questions et réponses.
11. Arioso.
12. Perpetuum mobile.
I go
5 —
net
"Waldesruhe
Klid ». Adagio pour violoncelle
et piano .......... net
GOLDMARK. Ouverture Sapho, pour piano à quatre mains, net
MATHIEU, Emile. Les Bois, chœur pour voix d'enfants avec
accompagnement de piano, chanté par les élèves des écoles
communales, sous la direction de M. Ch. Watelle. Partition .
Chaque partie
PIANOS BECHSTEIN. — PIANOS BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY
I go
7 5o
» 5 —
» I —
400
LE GUIDE MUSICAL
d'histoire de la musique à l'Université, secrétaire
à l'Académie des Beaux-Arts de Berlin, et direc-
teur-administrateur de l'Ecole supérieure de mu-
sique récemment fondée à Berlin. Philippe Spitta
a collaboré à de nombreux travaux d'histoire
musicale, mais sa biographie de Bach reste son
œuvre capitale et unique en son génie. Il était né
en 1841.
RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Berlin
Opéra-Impérial. — Du i5 au 22 avril : I Pagliacci et
Carnaval. Carmen. Falstaff. Tannhœuser. Cavalleria
rusticana. Mara et Carnaval. Lohengrin. Les Medici.
Falstaff.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — L'Etudiant
pauvre.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du i5 au 22 avril ;
Le Prophète. L'Attaque du moulin. Tristan etiseult.
Orphée et Farfalla. Manon. Tristan et Iseult Concert
de l'Association des artistes-musiciens avec le con-
' cours de Sarasate et M™" Berthe Marx.
Théâtre des Galeries. — Madame Boniface. Le
Petit Duc.
Alcazar royal. — Le Mort, pantomime d'après le
roman de Camille Lemonnier, musique de Léon
, Dubois, jouée par la troupe des Martinetti.
1 Conservatoire Royal. — Dimanche 22 avril, à 2 h.,
I quatrième séance de musique de chambre, donnée
par MM. Anthoni, Guidé, Poncelet, Merck. Neumans
et De Greef, professeurs au Conservatoire, avec le
concours de M"" I. Sèthe, violoniste, du quatuor
Ysaye, Crickboom, 'Van Hout et J. Jacob et de
MM. Marchot, Danneels et Sisseneir. — Programme :
Quatuor à cordes (C. Franck), Ysaye, Crickboom.
'Van Hout et J. Jacob; Six duettini pour deux violons
(B. Godard), M"" Irma Sèthe et M. Ysaye; Octuor,
op. 166, pour deux violons, alto, violoncelle, contre-
basse, clarinette, cor et basson (F. Schubert),
MM. Ysaye, Crickboom. 'Van Hout, J. Jacob, Dan-
neels, Poncelet, Merck et Sisseneir. Accompagnateur,
M. Alfred Marchot.
Salle de la Grande-Harmonie. — Dimanche 22 avril,
à 8 heures du soir, concert au bénéfice des colonies
Iv ACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
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Partition .... 20
Parties séparées 3o
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Op. 3i. Marctie slave
Partition 10
Parties séparées i5
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 32. Francesca da Rimini, fantaisie
d'après Dante
Partition i5
Parties séparées 25
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 3 Variationspourvioloncellesur un
air rococo
Partition 6
Parties séparées. ..."... 10
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 34, Sctxerzo-valse pour violon
Partition (copiée) .......
Partses séparées . 5
Parties supplémentaires cordes chaque i
Op. 35. Concerto en >•« majeur pour Aiolon
Partition 12
Parties séparées. ■ 18
Parties supplémentaires cordes chaque 2
Op. 36. Quatrième symptionie en /a mineur :
Partition 25
Parties séparées 35
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 39. Douce rêverie et 'Valse, pièces ex-
traites de l'Album d'enfants
(n°s 21 et 8), arrangées pour instru-
ments à cordes.
Partition i
Parties séparées 2
Parties supplémentaires . . chaque »
Op. 43 Première suite d'orctiestre :
1° Introduction et fugue ; 20 Divertisse-
ment ; 3" Andante ; 4" Marche minia-
ture; 5' Scherzo; 6" Gavotte.
Partition 20
Parties séparées 3o
Parties supplémentaires cordes chaque 3
Op. 43. Marciie miniature extraite delà suite:
Partition 2
Parties séparées 3
Parties supplémentaires cordes i>"' et 2°
violons seulement. . . . chaque i
Op. 44. Deuxième Concerto en sol majeur
piano ;
Partition 20
Parties séparées 20
Parties supplémentaires cordes chaque 2
'Violon solo I
'Violoncelle solo i
Op. 45. Capricoio italien :
Partition
i5
Parties séparées.
25
Parties supplémensaires cordes chaque 2
(A suivri.)
LE GUIDE Mil SIC AL
401
et de la soupe scolaires de Saint-Gilles, avec le con-
cours de MM. Jean Noté, i""' baryton à l'Opéra;
Crickboom, violoniste; Janssens, pianiste, et d'un
chœur de dames. — Première partie : Les Nymphes
des bois, chœur (Delibes); Finale du Carnaval de
Vienne (Schumann), M. Janssens; Légende bretonne,
chœur (Rousseau); Adagio (Max Bruch), Rondo Ca-
priccioso (Saint-Saëns), M. Crickboom; air de la
Coupe du Roi deThulé (Diaz), M. Noté; Le Nénu-
phar, chœur inédit, le Mois de mai, vieille chanson
champenoise harmonisée à quatre voix (E. Closson).
Deuxième partie ; Etude en forme de valse (Saint-
Saëns), M. Janssens; Chanson de l'Hermine, chœur
extrait de Hulda (C. Franck), chœur inédit extrait
d'Hélène (E. Chausson); air d'Hérodiade (Massenet),
M. Noté; Sur la mer, chœur [V. d'Indy); Légende,
Polonaise (Wieniawski), M. Crickboom; Credo du
paysan (Goublier), M. Noté; Isis, chœur (Lefebvre).
Liège
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rusticana, Mireille. Relâche pour répétition de Fal-
staff. Le Postillon de Longjumeau, Cavalleria rusti-
cana. Falstaff. Falstaff. Mireille, Richard Cœur de
Lion. Falstaff.
Vienne
Opéra-Impérial. — Du i5 au 23 avril ; La Rose de
Pontevedra; la Reine de Saba (Goldraark). Siegfried.
La Rose de Pcntevedra. Mignon. La Rose de Ponte-
vedra. Le Trompette de Seekkingen. L'Ami Fritz,
An der Wien. — Le Mariage à l'essai. Fledermaus.
Le Baron des Tsiganes. Le Mikado. Czar et Char-
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PROSERPINE
DE
Camille SAINT-SAËNS
ÉTUDE ANALYTIQUE
(Suite. — Voir les n"s 16 et 17.)
ACTE SECOND
Le second acte, entièrement de l'inven-
tion de M. Louis Gallet, est, en réalité, un
pur hors-d'œuvre ; mais il a inspiré à Saint-
Saëns des pages tellement gracieuses que
je ne me sens par la force de reprocher au
librettiste ce retard apporté à l'action.
Le prélude, d'une idéale douceur, pré-
pare bien à la scène qui va se passer dans
un couvent de jeunes filles. Une phrase
d'une grande pureté d'iaspiration, chantée
par les bois, fait tous les frais de cette page
symphonique, dont l'instrumentation (quatre
cors, harpe, violons, altos, violoncelles) est
d'une exquise so-norité.
Le rideau levé, nous nous trouvons dans
le cloitre du couvent où Angiola, la sœur
de Renzo, a passé son enfance. Dans la
chapelle, au milieu des accents de l'orgue,
retentit un charmant Ave Maria. Peu à
peu, le cloître se remplit de religieuses et
de pensionnaires. Celles-ci entourent An-
giola, toute pensive. Elles lui parlent de
mariage, mais la jeune fille répond triste-
ment, car elle croit que l'intention de son
frère est qu'elle reste au couvent. Au mo-
ment où elle va se retirer avec ses com-
pagnes, une sœur lui annonce la visite de
Renzo.
Ce début est d'une grande fraîcheur.
Toutes les phrases d'Angiola sont déli-
cieuses. Renzo arrive gaiement et, après
avoir échangé quelques mots avec sa sœur,
il introduit Sabatino. C'est avec une douce
émotion qu' Angiola voit entrer ce dernier,
car elle a secrètement donné son cœur à
l'ami de son cher Renzo. Avec une bon-
homie toute paternelle, le jeune homme
préside à ces rapides fiançailles. Cette
scène d'une grande délicatesse de touche,
contient nombre de choses tout à fait char-
mantes. L'andaniino de Sabatino : Comment
dire bien ce que je veux dire, est une
agréable mélodie. Saint- Saëps a évité
adroitement la banalité qui guettait ce mor-
ceau par la variété des mesures. Regret-
tons, en passant, deux défectuosités proso-
diques, — syllabes muettes tombant sur
des temps forts — (p. Ii5, m. 16, et p. 117,
m. 4). Il faut signaler aussi Vallegroj O joie
immense!... sous lequel les violons soupi-
rent amoureusement la mélodie de V Amour
conjugal. La cadence de cette phrase,
tombant sur la tierce, est d'un effet ra-
vissant. Deux passages remarquables en-
core sont Yandantino : Allez, ô vous que
faillie, et l'ensemble : Effeuillons en riant...
où la voix de Renzo se joint, au bout de
quelques mesures, à celles d'Angiola et de
Sabatino. Dans cet acte, il n'y a pas, à pro-
prement parler, de nouveaux Leitmotive à
signaler. Le thème de Sabatino revient
plusieurs fois dans les scènes II et III.
Au moment ou les fiancés vont se sépa-
rer, le cloitre est envahi par une foule de
mendiants. Les jeunes filles leur font une
distribution de pain. Squarocca, déguisé
en pèlerin, erre parmi les groupes, exami-
nant Angiola à la dérobée.
408
LE GUIDE MUSICAL
Proserpine a raison d'avoir peur
murmure-t-il, en voyant la beauté de la
jeune fille.
Contrairement à celui du premier acte,
ce finale est un pur chef-d'œuvre. Le grou-
pement des voix, l'arrangement des parties,
la distinction de l'idée mélodique, la belle
sonorité des ensembles, tout concourt à
faire de cette dernière scène une des plus
remarquables pages de Camille Saint-
Saëns.
A partir d'ici, le compositeur a fait subir
à sa partition certains remaniements, sur
lesquels il y a des réserves à faire.
La scène se passe dans les montagnes,
près d'un campement de gitanos. L'acte
commence par une tarentelle, qui n'offre
rien de remarquable. Le motif de Squa-
rocca annonce l'arrivée du bandit, que
ses camarades croyaient perdu. Ici repa-
raît l'accompagnement de la scène du pre-
mier acte entre Proserpine et Squarocca.
Le chœur de gitanos, qui vient ensuite, ne
vaut pas grand'chose. Tout ce début n'exis-
tait pas dans la version primitive. Il a été
ajouté pour plaire à cette partie du public
qui condamne d'avance un opéra sans bal-
let et sans chœurs nombreux. Saint-Saëns
a fait là une concession des plus regret-
tables. Ces pages, qui n'ont aucun rapport
avec le drame, n'ont même pas l'excuse
d'être, comme le second acte, an hors-
d'œuvre intelligent, traité par le musicien
d'une façon supérieure.
Proserpine, sous un costume de bohé-
mienne, est venue attendre dans la mon-
tagne Squarocca, qu'elle a envoyé espion-
ner Angiola au couvent de Turin. L'acte
commençait jadis ici. Le bandit rend
compte de sa mission. Une atroce jalousie
s'empare de la courtisane, quand elle
apprend qu' Angiola est belle. Renzo et sa
sœur sont partis le matin de la ville. Saba-
tino les a précédés la veille. Squarocca
a dressé habilement une embuscade : An-
giola ne tardera pas à tomber aux mains
de sa rivale. Cette scène entre les deux
complices est dramatiquement traitée. Le
passage où Squarocca décrit la beauté de
la jeune fille est fort gracieux. Trois nou-
veaux Leitmotive prennent place désormais
dans la trame symphonique. Le premier,
un rapide dessin, confié à la flûte, page 164,
mesures 3, 4, 5,
s'applique au Désespoir de Proserpine; le
second, qui paraît page 164, mesures 11,
12, i3, aux bassons et aux contrebasses.
peut être dénommé thème de l'Embuscade;
le troisième, très expressif, est exposé par
le hautbois, page 167, mesure 11.
Il symbolise la lancinante Jalousie qui rem-
plitl'âme delà courtisane amoureuse(i).
Squarocca s'en va guetter les voyageurs.
Proserpine demeure sur le seuil d'une
hutte grossière, plongée dans ses amères
réflexions. Que veut-elle? Pourquoi est-elle
venue? Peut-elle donc espérer empêcher
ce mariage maudit? Et quand bien même!
Sabatino l'aimerait-il après? Dire qu'elle l'a
repoussé, quand il s'offrait, lui qu'elle
aime, lui qu'elle adore ! Hélas, c'est qu'elle
comprenait bien qu'il la voulait posséder
seulement, qu'il ne l'aimait pas! Ah! ne
pouvoir être aimée. Quelle torture! Et,
dans un élan de douloureux lyrisme, Pro-
serpine évoque la divinité mythologique
dont elle porte le nom :
O déesse infernale, à qui mon nom se mêle,
Ma sombre royauté de la tienne est jumelle.
Nous sommes, ô ma sœur, deux reines sans soleil !
Toi, loin du jour, moi, loin de l'amour, deuil pareil I
Ce long monologue est admirable d'un
bout à l'autre. Au commencement du récit.
(i) Les indications paginales ci dessus se rapportent
à la nouvelle édition. Dans r.încienne version, ces
thèmes apparaissent, celui du Disespoir page 149, me-
sures 3, 4, 5); celui de VEmbuscade page i5o, mesures 2,
3, 4; celui de la Jalousie page i53, mesure 11.
LE GUIDE MUSICAL
409
le cor anglais redit le thème de la Jalousie.
Plus loin, amenant une adorable phrase
mélodique en si majeur, le hautbois soupire
tristement celui de V Aspiration à l'amour.
Le raotiï an Désespoir retentit aussi, lui, plu-
sieurs fois pendant l'invocation à la déesse
des enfers, page où la grandeur de l'inspi-
ration égale l'élévation du style et qui, à
mon humble avis, est l'une des plus belles
que Saint-Saëns ait écrites. Une transfor-
mation du motif du Désespoir clôt ce mor-
ceau de premier ordre (i).
Squarocca revient. Il annonce à Proser-
pine que la voiture qui porte Renzo et
Angiola arrive. Par ses soins, un trait se
rompra pendant la montée voisine et le
voyage du frère" et de la sœur se trouvera
interrompu. Le bandit, pour indiquer aux
voyageurs en détresse qu'il 5' a une habita-
tion de ce côté, entonne une chanson à
laquelle la tonalité prédominante de/a dièse
mineur donne une fort originale physio-
nomie. A l'accompagnement reparaît, de
temps en temps, le thème de Squarocca.
Mais voici Renzo et Angiola. L'accident,
bien combiné, a eu lieu à l'endroit voulu et
force est aux voyageurs d'interrompre leur
route. Squarocca s'offre aimablement à
réparer le dommage; il a là des cordes, des
courroies. Pendant qu'avec Renzo il ira
jusqu'à la voiture, Angiola restera avec la
bohémienne, à qui, en enfant curieuse, elle
demandera la bonne aventure. Rien de bien
particulier à signaler dans cette scène. Le
thème de la Jalousie et celui de Squarocca
se maintiennent à l'accompagnement.
Proserpine, restée seule avec Angiola,
lui examine la main et l'étonné par sa
(i) Sauf l'invocation à Proserpine, qui existe dans
J l'ancienne édition, cette scène est entièrement nouvelle.
j Le début du monologue (version primitive) est loin de
j manquer de valeur. Néanmoins, malgré les choses inté-
i ressantes qu'il contient, la nouvelle version vaut incon-
testablement mieux.
perspicacité. Elle va se marier ; ce soir
même, son fiancé V^ittenà.. M'aime-t-il bien?
demande naïvement la jeune fille. Malheur
à lui s'il t'aime! répond la bohémienne, qui
fait alors tout son possible pour dissuader
Angiola d'épouser Sabatino. Celle-ci,
d'abord effrayée, se remet peu à peu et
tient tête à la prétendue gitana, qu'elle
devine bien maintenant n'avoir jamais dit
la bonne aventure. Proserpine, aveuglée
par la colère, ne se contient plus. Angiola
appelle son frère, qui ne peut venir à son
secours, car, lui aussi, il est tombé dans le
piège, et Squarocca l'a garrotté à un arbre.
Ce dialogue des deux femmes est très vi-
goureusement traité. La phrase de Proser-
pine : Le ciel dit anathème à votre mariage,
a beaucoup d'allure (p. 192, m. 4); le qua-
tuor fait entendre le motif suivant,
qui désigne la Haine de la courtisane pour
la jeune fille Ce thème revient plusieurs
fois dans le courant de la scène. Celui de
la. Jalousie reparaît aussi, page 190, mesure l
et page 196, mesure 2, cette fois en valeur
augmentée.
Squarocca revient. Garde-la jusqu'à de-
main. Je veux le revoir avant elle! lui dit
Proserpine, et elle part précipitamment.
Au loin, on entend des coups de feu. Renzo
a été délivré par des soldats. Il accourt.
Squarocca est arrêté. Dans la nouvelle
version, cette scène a été considérable-
ment raccourcie. C'est encore là un rema-
niement malheureux. A quoi bon suppri-
mer les quelques phrases de Squarocca,
qui complétaient bien la physionomie
romantique de ce bandit italien, et qui
avaient, en outre, l'avantage de révéler à
Renzo et à sa sœur le nom de la fausse
bohémienne.
(A suivre.) Etienne Destranges.
410
LE GUIDE MUSICAL
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
ME n'est pas la première fois que M. Co-
lonne cède à M. Edward Grieg son bâton
de commandement ; il y a quelques années
déjà, le compositeur Scandinave est venu, à cette
même place, diriger quelques-unes de ses
œuvres, entre autres sa suite d'orchestre de
Peer Gynt, qu'on entendait alors, il me semble,
pour la première fois aux concerts du Châtelet.
Edward Grieg est un heureux compositeur ;
sa musique est partout acclamée, et il aura
connu tous les enivrements du succès; si
j'osais, je dirais presque qu'il est « à la mode ».
C'est qu'en effet, si dans son œuvre existe une
personnalité très accentuée, on n'y trouve pas
le coup d'aile du génie qui grave sur l'airain, et
il est à craindre qu'on ne se lasse un peu vite
de cet art délicat sans doute, mais fluet et de
petite envergure. M. Grieg se complaît dans
la demi-teinte qui fait le ciiarme de la nature
de son pays; les passages de force eux-mêmes
sont toujours comme contenus; la passion,
l'enthousiasme d'un Berlioz ou d'un Beetho-
ven s'exprime avec une plus grande richesse de
coloris ; il semble que la brume du fiord et le
soleil de minuit viennent sans cesse atténuer
les contours du paysage. M. Grieg n'atteint pas
les sommets, il reste à mi-côte; mais si le
souffle n'est pas très long, c'est si bien arrangé,
si coquettement présenté qu'en fin de compte
on cède au charme de cette poétique musique.
C'est qu'en effet la poésie règne ici en maî-
tresse, la poésie douce et mélancolique.
M. Grieg fait un usage constant de la mélodie
populaire, qu'il entoure d'une délicieuse den-
telle symphonique et, à ce point de vue, sa
musique peut-être considérée par les Norwé-
giens comme éminemment nationale.
Edward Grieg est né à Bergen, le i5 juin
1843 ; après avoir reçu dans sa famille même
les premières notions de son art, il vint termi-
ner ses études musicales au Conservatoire de
Leipzig. Il fut lié d'amitié avec Liszt, qui eut
une grande influence sur le développement de
son talent, et avec Hans de Bulow, qui,
charmé de son talent de pianiste très person-
nel, l'avait surnommé le « Chopin du Nord ».
Edward Grieg professe un ardent patriotisme ;
il a voué à son pays un culte profond, et il est
incontestable que son amour du sol natal a
contribué à le pousser à tenter la fondation
d'un art éminemment national : il a évidem-
ment réussi en ce qui le concerne personnelle-
ment. Nul mieux que lui n'était capable d'illus-
trer les drames symboliques d'Ibsen et de
Bjœrnson, les dramaturges populaires Scandi-
naves.
Le succès obtenu par M. Grieg, à son con-
cert de dimanche dernier, tient du triomphe •
c'est une véritable ovation faite au compositeur
norwégien, qui s'est montré dans cette séance
sous trois aspects différents, compositeur, pia-
niste, chef d'orchestre. A part son concerto en .
la mineur pour piano, exécuté avec un brio
superbe par Raoul Pugno, tous les morceaux
qui composaient le concert étaient entendus
pour la première fois. Tous ont obtenu d'ail-
leurs le plus franc succès. Citons surtout Bli
temps de Holberg airs dans le style ancien
(disons tout bas que leur ancienneté réside sur-
tout dans leur titre, et à part la Gavotte il est
bien probable que les sonorités très modernes et
même les dissonances qu'ils contiennent auraient
été reniées par les vrais anciens), — le Cygne
mélodie sur une poésie d'Ibsen, que M. Gri-
maud a chanté à ravir et qu'il a dû redire, —
les Romances norwégiennes accompagnés au
piano par M. Grieg lui-même, et chantées dans
leur idiome national avec beaucoup de charmé
par M"^ Esther Sidner.
En somme, succès énorme, et qui prouve une
fois de plus qu'un auteur peut, quand il le veut,
donner un concert composé exclusivement de
ses œuvres et qu'il y réussit à la condition que
ces œuvres soient belles ; c'était bien le cas pour
M . Grieg, et le public lui a rendu en manifesta-
tions chaleureuses et enthousiastes le plaisir
qu'il avait éprouvé de cette délicieuse musique.
H. DUBIEF.
f
Le quatrième et dernier concert d'orgue don-
né par M. Guilmant a été une très belle mani-
festation artistique. Cette séance était consa-
crée entièrement aux classiques de l'orgue. Le
grand attrait c'était les deux cantates de Bach
choisies parmi les plus belles et exécutées parles
« Chanteurs de Saint-Gervais », sous l'habile ai-
LE GUIDE MUSICAL
411
rection de leur chef M . Bordes. On ne dira jamais
trop quel infini plaisir d'art on éprouve en en-
tendant cette société interpréter ces vieux chef-
d'œuvres, à peu près inconnus de notre géné-
ration. Les parties chorales de ces deux
cantates de Bach ont été chantées par eux avec
une habileté, un fini, dont rien n'approche ; les
plus subtiles nuances de cette musique difficile
sont rendues avec une rare habileté.
Les deux cantates sont classiques quant à
leur forme, elles sont taillées sur le patron de
toutes les œuvres similaires du maître, c'est-à-dire
qu'à part les chœurs assez développés, la plus
grande part revient aux sohstes, tant ceux du
chant que de l'orchestre.
La cantate Reste avec nous, voici tomber la
nuit se compose de six morceaux, a. Un chœur
d'ouverture très important, la plus belle page
selon moi, de cette cantate, b. Air d'alto avec
cor anglais très bien rendu par Ml'" Lavigne et
M. Dorel. c. Un choral varié où le violon alto
piccolo et le chœur engagent une aimable
dialogue, d. Un récitatif de basse bien chanté
par M. Manoury. e. Un air de ténor fort diffi-
cile, que M. Chassang a vaillamment enlevé.
f. Un choral final.
La seconde cantate Debout! le veilleur
chante est plus belle encore que la précédente,
elle a obtenu un succès étourdissant. Les sept
morceaux qui la composent sont tous plus char-
mants les uns que les autres, mais il faut tirer
hors de pair : le duo avec violon obligé, rendu
avec autant de charme que de finesse par
M»e Eléonore Blanc, MM. Manoury et de
Guarnéri ; et le duetto avec accompagnement
de hautbois, par les mêmes chanteurs et M. Do-
rel.
Au milieu du concert, M. Guilmant a fait
entendre le choral pour orgue en mi de César
Franck. C'est un morceau très intéressant ; il y
est cependant fait un abus immodéré des jeux
de voix humaine : ce pastiche de l'organe vocal
est curieux, mais il me semble qu'en art pur,
son usage doit être restreint. Ces jeux de l'orgue
chevrotent toujours, et quand l'effet se pro-
longe, c'est un peu agaçant.
Cette belle séance a clos dignement les con-
certs d'orgue de 1894, et nous espérons bien les
retrouver au printemps prochain.
H. DUBIEF.
La Société des compositeurs français devait,
à son concert du 19 avril, faire entendre, pour
la première fois : un quatuor de M. F. de La
Tombelle, pour piano, violon, alto et violon-
celle; la Mort d'Atala, scène lyrique de
M. Camille Andrès (poème de Stéphan Bor-
dèse); les Noces d'Eliane, scène lyrique de
M. B. Crocé-Spinelli. Le quatuor de M. de la
Tombelle rappelle un peu et même beaucoup
la manière de Mendelssohn. Le début manque
d'intérêt, mais le scherzo et le finale attirent
l'attention, réveillent l'auditeur par leur allure
un peu plus franche. La spontanéité, l'inspira-
tion y ont une part, tandis que l'allégro initial
et surtout l'andante choral semblent traduire
un travail lent et pénible. Et cependant, il n'y
a pas là de contexture savante ; la science de
M. de la Tombelle n'a aucun rapport avec les
recherches souvent outrées de la jeune école.
Supérieur nous a paru le sextuor pour piano,
flûte, hautbois, clarinette, cor et basson de
M. Anselme Vincé. Nous n'avons pas encore
cité cette œuvre, qui doit être mentionnée spé-
cialement. Et d'abord, on n'en donnait pas la
première audition ; puis, c'est une composition
de mérite dans toutes ses parties, et la fantaisie
sur un thème populaire breton qui termine ce
sextuor dénote chez son auteur beaucoup
d'esprit et d'adresse musicale, bien que, dans
certaines parties de la salle Pleyel, la simplicité
si suggestive de ce thème breton ait provoqué
une hilarité déplaisante.
Deux des interprètes de la Mort d'Atala
faisant défaut, on avait convenu de faire chan-
ter par Mme Ganne l'air de la Reine de Saba.
Mais l'accueil fait par le public à l'annonce de
cette décision fut si peu rassurant, qu'un nou-
veau changement s'imposait : M. Viardot joua
la Sonate chromatique de Kafif avec beaucoup
de talent et pas assez de succès.
Enfin, Mlle Thérèse Ganne, MM. Ernest Duc
et Bernard viennent interpréter difficilement la
scène lyrique \&sNoces d'Eliane, accompagnée
à quatre mains par MM. Laparra et de Seynes.
Il y a, comme dans toutes les scènes lyri-
ques, un ténor et un contralto qui s'aiment
d'amour tendre et une basse qui, non contente
de jeter le trouble dans ces deux jeunes âmes
aimantes, se sert du poignard pour venger son
honneur, — car il vient d'épouser Eliane. —
Le crime accompli, les remords poursuivent
l'époux outragé, mais attendri.
La situation n'était pas nouvelle, mais il est
si dur pour un musicien consciencieux d'ex-
primer les sentiments d'un autre et d'écrire
des harmonies sur les vers créés par un esprit
étranger, que nous pardonnons volontiers à
M. Crocé-Spinelli les grandes naïvetés qu'il
fait dire à ses personnages.
La partie musicale était difficile à apprécier
412
LE GUIDE MUSICAL
dans les conditions où elle s'est manifestée.
Certains morceaux ont fait plaisir, qu'une exé-
cution complète ferait peut-être secondaires,
tandis que d'autres pages, qui n'ont produit
aucun effet, pourraient acquérir une grande
intensité d'expression dans une réalisation par-
faite de la partition.
Sans nous prononcer catégoriquement, nous
pouvons affirmer, sans crainte d'être démenti,
que l'œuvre a de la valeur, et nous serions
heureux de l'entendre encore.
Félicitons enfin la Société des compositeurs
français de révéler au public ces conceptions
musicales, qui resteraient souvent oubliées et
qui méritent de voir le jour comme tout ce qui
émane d'esprits et de cœurs sincèrement musi-
ciens. Maurice Delfosse.
A la treizième audition de la Société d'Art,
M™« Jeanne Meyer, la charmante violoniste, a
exécuté avec M. H. Frêne la deuxième Sonate
pour piano et violon de M. René de Boisdeffre,
puis, accompagnée pai l'auteur, diverses pièces
tirées de la. Suite romantique, qui font concur-
rence aux mélodies de Joachim Raff, et sou-
vent avec avantage. M. Georges Hue a fait
entendre pour la première fois les Scènes de
ballet, transcrites pour deux pianos, par M. H.
Frêne. On a surtout remarqué le Prélude, dans
lequel M"<= Eléonore Blanc a fort bien dit le
chant de la Nymphe, d'une couleur charmante,
et la Valse lente. Succès également pour M.
Arnold Reitlinger, qui a exécuté brillamment
deux pièces pour piano de Grieg, une Valse
sentimentale d'Henselt et les Biïcherons de
Théodore Dubois.
Belle et nombreuse chambrée au Concert
donné à la salle Pleyel, le 23 avril, par M™^
Roger-Miclos, qui est venue faire confirmer les
succès remportés récemment par elle en Alle-
magne. M. E.-M. Delaborde lui prêtait son
concours pour l'exécution des Variations à
deux pianos de Schumann et des Variations
sur un thème de Beethoven de Saint-Saëns. La
charmante artiste a joué seule, avec cette grâce
et cette virtuosité qui lui sont particulières, les
Etudes symphoniques de Schumann, le Noc-
turne en ut mineur de Chopin, les Papillons
de Grieg, la Romance en fa et la Valse caprice
de Rubinstein.
La salle de la Société des Agriculteurs de
France, 8, rue d'Athènes, est maintenant,
comme les salles Erard et Pleyel, le rendez-
vous des dilettanti. L'acoustique est excellente.
Mais pourquoi n'avoir pas songé à établir sur l'es-
trade, au lieu de ce décor d'une exécution con-
testable, un bel et bon orgue de Cavaillé-CoU ?
M"<= Henriette Cuyer aurait pu ainsi nous faire
mieux apprécier son talent qu'en jouant sur
l'orgue Mustel, dont les sons sont si souvent
désagréables, surtout dans les notes détachées.
Nous ne l'avons pas moins goûtée dans diverses
pièces de son maître M. A. Guilmant, surtout
le scherzo tout à fait mendelssohnien. M. Au-
guez a remporté un véritable succès dans
Jésus de Nazareth de Gounod et dans la
Sérénade du Timbre d'argent de Saint-Saëns.
Le samedi 5 mai à trois heures et demie,
Mme Olga VuUiet, qui a travaillé spécialement
les œuvres de Brahms avec H ans de Bûlow,
donnera à cette salle des Agriculteurs une
séance exclusivement composée des œuvres du
célèbre maître de Hambourg. M"e C. Baldo
chantera les beaux lieder « Vieil amour »,
« Cœur fidèle », etc. M™« Olga Vulliet exécu-
tera la Sonate (op. 5), puis le Caprice (n" i op.
76), l'Intermezzo (n» 3 op. 10), la Rapsodie
(n° 2 op. 79), le Scherzo (op. 4). MM. Parent,
Sailler, Queeckers, ]. Parent, Baretti et Feuil-
lard joueront le merveilleux Sextuor à cordes
{op. 18).
Nombreuse assistance au concert donné
salle Erard par le remarquable pianiste Henri
Falcke. Nous nous étonnons cependant que
peu d'artistes soient venus applaudir un talent
de premier ordre, que de brillants succès au
concert Lamoureux, et mieux encore au
Gev/andhaus , ont fait connaître au monde
musical.
Les dernières difiîcultés du mécanisme,
M . Falcke les a vaincues par un habile entraî-
nement ; il a pu mettre au service d'une compré-
hension artistique très élevée, une technique
incomparable. Souplesse parfaite du poignet
dans les mouvements verticaux et latéraux;.
art souverain d'abaisser les touches moelleuse- '
ment et de ne jamais prendre un son grêle,
même dans les traits rapides et légers : telles
sont les rares qualités que nous avons admirées
chez cet artiste, et qui font du piano le roi des
instruments, l'interprète par excellence des
poèmes sonores.
Après une exécution sévère et pleine de clarté
de la magistrale Toccata con fuga en ré mi-
neur de Bach-Tausig, nous entendons une
Suite dans le style ancien, de Moszkowski.
Ces pièces, inédites à Paris, nous paraissent
habilement ouvrées et riches d'effets pianis-
tiques scintillant sous les doigts magiques du
LE GUIDE MUSICAL
413
virtuose; l'écriture est excellente, mais les
idées sont toutes superficielles. Combien nous
sommes loin de la Suite d'Holberg, de Grieg !
— Deux perles musicales de cet auteur, Prin-
temps et Papillons, sont rendues dans toute
leur suavité par le jeu expressif de M. Falcke :
la seconde évoque tout un vol capricieux
d'ailes multicolores; la première, c'est la
fraîche haleine d'avril passant sur les pommiers
en fleurs...
Voici maintenant que V Impromptu en /a mi-
neur de Fauré déroule ses gammes exquises ;
on ne peut faire valoir avec plus de charme ces
troublantes harmonies où frissonnent toutes les
sublimités de l'art moderne.
Nous arrivons à la partie principale du pro-
gramme : les Etudes symphoniques de Schu-
mann. M. Falcke les enlève d'un bout à l'autre
avec une admirable sûreté ; mais nous souhaite-
rions, dans les Andante une diction plus
simple. Le thème de l'introduction, par exemple,
a été exposé avec une afféterie qui lui enlève
son noble caractère ; de même, la première etla
seconde variation ont étéjouéestrop lentement,
avec une exagération de nuances qui sert mal
la pensée de l'auteur. Ces restrictions faites,
citons toutes les autres études, Scherzaiido,
Cou bravura, Brillante, etc.... comme des
modèles d'exécution. Souhaitons que M. Falcke
nous fasse entendre du Beethoven à son pro-
chain concert, et saluons en lui l'un des plus
glorieux représentants de notre école française
du piano. Rayval.
A rOpéra-Comique on répète activement
Freischiitz da.ns les foyers. Les décors sont déjà
achevés el feront, nous a-t-on assuré, le plus bel
effet. L'opéra de Weber sera chanté par
MM. Vergnet, Mondaud, M^'s Nina Pack et
Laisné. M. Carvalho a adopté pour cette re-
prise l'ancienne version du Théâtre-Lyrique (!),
la version avec récitatifs de Berlioz étant, pa-
rait-il, la propriété de l'Opéra. Trois excellents
artistes, MM. Vergnet, Mondaud et Mme Nina
Pack qui, depuis leurs débuts dans la carrière
théâtrale, n'ont pas encore déclamé une ligne
de poème, seront soumis de cette façon à une
rude épreuve.
Parmi les engagements nouveaux à l'Opéra-
Comique, citons ceux de : MM. Jérôme (ténor,
qui fut à l'Opéra, puis à Bordeaux) ; Leprestre
(premier ténor léger du théâtre de la Monnaie) ;
Isiiardon (basse chantante) ; Bénard (baryton
qui eut des succès dans l'opérette) ; M'"" Gra-
vière une excellente acquisition.
Ajoutons que l'engagement de M™^ Landouzy
sera plus que probablement renouvelé, et que
celui de M. Bouvet est définitivement rompu.
't'
Les études de Djelma, l'ouvrage de Ch. Le-
febvre sont activement menées à l'Opéra.
M. Gailhard s'occupe de la mise en scène et les
répétitions d'ensemble ont déjà commencé. La
première représentation aura lieu vers le
i5 mai.
Voici la distribution :
Djelma . . M™»s Rose Caron
Ourvaçi , . Héglon
Nouraly . . MM. Saléza
Raïm . . . Renaud
Kairam . . DubuUe
Tschady . . Douaillier
L'étoile du ballet sera M"« Laus.
Notre collaborateur M. Hugues Imbert vient
de faire paraître chez Fischbacher, éditeurs,
33, rue de Seine, une E tilde sur Johannès
Brahms, accompagnée du catalogue complet de
ses œuvres.
Intéressante nouvelle :
La Prise de Troie, de Berlioz, sera montée pro-
chainement à i'Eden-Théàtre, avec le concours de
M. Félix Mottl, le chef d'orchestre du Théâtre
grand- ducal de Carlsruhe.
L'orchestre des Concerts Lamoureux, sous la
direction de M. Charles Lamoureux, donnera, le
dimanche 6 mai, dans la grande salle du Troca-
déro, une fête musicale populaire, consacrée aux
œuvres de Berlioz et de Wagner. Prix des places :
I, 2, 3 et 4 francs. Le bureau de location est
ouvert au Trocadéro depuis le samedi 28 avril.
Nous avons raconté le grand succès de curiosité
obtenu dans le grand amphithéâtre de l'Ecole des
beaux-arts par la première audition de l'Hymne à
Apollon^ ce chant grec du troisième siècle avant
notre ère, découvert à Delphes par l'Ecole fran-
çaise d'Athènes.
On sait que M Théodore Reinach, le savant
helléniste, a reconstitué le texte, et que M. Gabriel
Fauré a orchestré l'ode.
M. Bodinier va renouveler cette audition pour
le grand public ; il fera entendre V Hymne à Apollon,
avec orchestre et chœurs, le 4 mai prochain, au
Théâtre d'Application. Cette audition unique sera
précédée d'une conférence de M. Théodore Rei-
nach.
Il est probable que M. Th. Reinach viendra
prochainement â Bruxelles faire entendre l'ode.
414
LE GUIDE MUSICAL
BRUXELLES
p Stoumon et M. Calabresi ont la main
lourde et la rancune maladroite. Dès
rtr'-srl-' le début de leur exploitation, — on ne
sait pourquoi, — ils ont manifesté une hosti-
lité singulièrement tenace à l'égard des Concerts
populaires et de leur chef M. Joseph Dupont.
On se rappellera la tentative qu'ils ont faite
naguère pour obtenir de l'administration com-
munale qu'elle refusât aux Concerts populaires
la salle du théâtre municipal. Il faut croire que
le respectable camouflet qu'ils reçurent à cette
occasion ne leur a pas suffi, puisqu'ils revien-
nent à la charge aujourd'hui.
Ils récidivent, en effet.
L'information que nous avons publiée, dans
notre dernier numéro au sujet des nouveaux
engagements imposés aux musiciens de l'or-
chestre, était parfaitement exacte.
MM. Stoumon et Calabresi ont soumis à
tous les artistes de l'orchestre un traité en vertu
duquel ceux-ci s'engagent à ne prêter leur con-
cours à aucun spectacle ou concert, sauf les
Concerts du Conservatoire, sous peine d'une
amende de cinquante à cent francs, ou même
de la résiliation par simple notification.
La plupart des instrumentistes avaient déjà
signé cet engagement, non sans protester, quand
il s'est rencontré un groupe d'artistes indépen-
dants et fiers qui ont refusé tout net de sous-
crire à de pareilles conditions : nous nous
faisons un plaisir de les citer nommément, car
ce sont ceux précisément qui sont la gloire et
l'honneur de notre orchestre, et leur refus
les honore. Ce sont : MM. Guidé, Anthoni,
Poncelet, Van Hout et Berendès. Ils n'ont
pas voulu apposer leur signature au bas
de l'engagement qu'on leur soumettait, et ils
ont eu mille fois raison. D'abord, parce qu'il
ne doit pas être permis aux simples impresarii
que commanditent les contribuables de la capi-
tale de restreindre arbitrairement l'activité
artistique de qui que ce soit ; ensuite parce que
leur dignité commandait à ces artistes de
repousser sans discussion un article qui les eût
ravalés au rang de simples manouvriers, s'ils
l'avaient accepté. Permis aux gargotiers qui, au
regret de tous les artistes, dirigent depuis cinq
ans le théâtre de la Monnaie, de considérer
comme un simple métier manuel ce que nous
considérons, nous, comme une profession
élevéel Le devoir des mandataires de la ville est
de rappeler à MM. Stoumon et Calabresi qu'ils
n'ont point reçu la délégation d'administrer
le théâtre de la Monnaie poui' la seule satis-
faction de leurs appétits financiers.
L'article nouveau introduit dans les engage-
ments a un double but qu'il faut dévoiler, afin
que chacun soit en mesure d'apprécier la qua-
lité morale des deux impresarii dont la ville a
renouvelé irrégulièrement le contrat, il y a
deux ans.
Detouttemps, il a existé dans les engagements
de l'orchestre, — comme dans ceux de tous les
artistes de théâtre, —un article leur interdisant
de prêter leur concours à toute entreprise
théâtrale concurrente et même à toute entre-
prise de concert, sans l'autorisation expresse
du directeur ou du chef d'orchestre. Cette dis-
position s'explique et est parfaitement justifiée.
Il serait inadmissible qu'un chanteur, par exem-
ple, ou un soliste de Torchestre ne fît pas son
service, — parce qu'il est engagé ailleurs excep-
tionnellement, — un soir de première représen-
tation. C'est pourquoi, de temps immémorial, il
existait dans les contrats un article très expli-
cite à ce sujet. Sous les directions Campo-Casso,
Vachot, Stoumon et Calabresi (iSyS-SS) cet
article était ainsi conçu :
Les artistes de l'orchestre ne peuvent, sans une
permission spéciale des directeurs, exercer leur
talent dans aucun spectacle, sous peine d'être
rayés de l'état du personnel. Ils ne peuvent non
plus jouer, ni être affichés dans aucun concert
public sans l'autorisation du chef d'orchestre.
Au début de la direction Verdhurt-Fétis, il
fut rédigé dans un français plus respectueux de
la langue, dans les termes que voici :
Les artistes de l'orchestre ne peuvent, sans une
permission spéciale du directeur ou du chef d'or-
chestre, exercer leur talent dans aucun théâtre,
concert ou spectacle quelconque, sous peine
d'être rayés du tableau du personnel.
Jusqu'aujourd'hui, cet article avait été main-
tenu sans aucun changement. MM. Stoumon
et Calabresi insinuent perfidement qu'il aurait
été modifié par M. Joseph Dupont à l'époque
de la création des concerts de M. Franz Ser-
vais et dans un sens hostile à ce dernier. Ils
mentent sciemment.
C'est seulement cette année qu'il a été
modifié, et dans le sens que nous avons indiqué
plus haut, dans le but de rendre impossible le
recrutement de l'orchestre des Concerts popu-
laires. « Nul ne peut prêter son concours à un
concert sans une autorisation spéciale, - satlf
aux concerts du Co)iservatoirc)), dit l'article
nouveau. Ces derniers mots dévoilent, — mala-
droitement — tout le plan de campagne. On ex-
cepte les concerts du Conservatoire, parce qu'on
n'ose s'attaquer à M. Gevaert, — n'a-t-il pas
monté VOrphe'c de Gluck au théâtre de la
Monnaie, le seul succès de la direction
LE GUIDE MUSICAL
415
actuelle? — Pour les Concerts populaires il en
est autrement, il faudra que, chaque fois, les
artistes viennent solliciter la permission de
M. Philippe Flon et s'il plaît à celui-ci de ne pas
l'accorder, ils ne joueront pas. Voilà où réside
le caractère spécialement hostile aux Concerts
populaires, de la nouvelle clause des engage-
ments.
Après coup, on a essayé, dans des notes am-
biguës de le nier. Mais trop tard : M. Philippe
Flon s'était imprudemment compromis. Irrité
de la résistance des artistes de l'orchestre, il était
monté sur ses ergots. Il avait déclaré tout net
aux protestataires, étonnés de la clause nou-
velle et demandant des explications, « qu'en
effet c'était les Concerts populaires que l'on
visait, qu'il entendait, lui, être le maître, que
puisqu'on lui faisait la guerre (? !) il l'accepterait,
que l'engagement nouveau était à prendre ou à
laisser » .
Ainsi, parce qu'il plaît à M. Philippe Flon
d'ambitionner une autorité que son talent n'a
pas pu lui assurer, la ville de Bruxelles serait
privée d'une institution qui, depuis vingt-neuf
ans, lui avait fait une auréole et l'avait placée au
premier rang parmi les centres artistiques de
l'Europe?
La prétention est tellement bouffonne qu'on
a peine à y croire. Mais rien ne nous étonne
de la part de ce cabotin du bâton, dont la
fatuité ridicule n'a d'égale que sa désarmante
ingénuité. Comment ne pas sourire à l'idée du
rôle que voudrait s'attribuer M. Philippe Flon?
Flon l'omnipotent ! Ah ! c'eût été du propre !
Tous les artistes obligés de compter avec lui,
pas de concert sans son autorisation, Joseph
Dupont, son ancien maître, celui qui l'a formé
et dont il n'a été jusqu'ici que la pâle copie,
Joseph Dupont humilié, quel rêve!
Malheureusement pour M. Flon et heureu-
sement pour nous, ce rêve n'aura duré qu'un
instant. Que M. Flon patiente seulement un
peu ! Par la bouche de MM. Catulle Mendès et
Alfred Bruneau, Rouen le réclame. On ne tar-
dera pas à l'y renvoyer et nous ne le disputerons
pas aux dilettanti normands. S'ils le veulent,
qu'ils le reprennent,... mais qu'ils le gardent.
Nous leur serons reconnaissants de nous avoir
débarassés de ce bruj-ant personnage.
Au fond, toute cette histoire est d'un comique
intense. MM. Stoumon et Calabresi espéraient
sans doute faire, l'année prochaine, des écono-
mies sur l'orchestre, — ils sont économes, en
effet, et en toutes choses. Cent francs de rete-
nue sur les appointements d'un tel, cinquante
francs sui" les honoraires d'un autre, cela aurait
constitué des petits bénéfices, — certains et
loyalement acquis.
C'est à la fois mesquin et odieux. Les pro-
cédés de ces Messieurs sont indignes de gens
qui se respectent. Il n'y a pas assez de sifflets à
Bruxelles pour les condamner et, s'il y avait à
la tête du département des beaux-arts de la
ville de Bruxelles un homme ayant la notion
claire de ses devoirs, il ferait, dès demain,
savoir à ces deux fantoches directoriaux dont
le ressort est usé qu'ils aient à plier bagage,
en les laissant libres d'aller à Marseille, Car-
cassonne ou Fouillis-les-Oies continuer à
exercer leur industrie et donner une preuve de
leur goût artistique et de leur tact.
M. KUFFERATH.
Tristan et Iseult a été donné jeudi pour la
douzième fois. Cette douzième représentation,
annoncée comme l'avant-dernière de l'œuvre
dans la saison actuelle, avait réuni un public
plus nombreux que les exécutions antérieures,
données devant des salles parfois assez peu
garnies. Il est certain que le succès de public, à
supi oser que la saison se fût prolongée encore,
n'eût pas atteint à beaucoup près celui de la
IValkyrie, et il aura même été loin d'appro-
cher de celui de Siegfried. La faute en est
avant tout à l'exécution ; Tristan aurait sans
doute fait un joli nombre de salles combles
si, au lieu de l'interprétation toute matérielle
qui nous a été servie, on nous avait donné
une interprétation adéquate à la poétique de
l'œuvre, qui en eût rendu non seulement la
lettre — ou plutôt la note, — mais aussi l'esprit.
A défaut d'une interprétation inspirée par
une compréhension intime du drame et de sa
réalisation scénique et musicale, telles scènes
qui touchent au sublime peuvent, auprès des
esprits non initiés, — très nombreux sans
doute parmi le public habituel de nos salles de
spectacle, — paraître bien près de friser le
ridicule. C'est, hélas ! l'impression qui se
dégage, pour beaucoup de spectateurs, de
l'exécution de Tristan au Théâtre de la Mon-
naie. Et cependant les mêmes artistes qui
coopèrent à cette exécution inerte et d'une
morne correction, eussent pu, mieux stylés et
mis, par une direction intelligente, en relation
étroite avec les sentiments de leurs person-
nages, communiquer de puissantes impres-
sions aux auditeurs les plus réfractaires à
l'esthétique wagnérienne. Ces impressions d'en-
semble, si fortes à Bayreuth — et ailleurs, —
on ne les a guère eues, parce que nos artistes
n'ont pas été exercés à nous faire comprendre
416
LE GUIDE MUSICAL
le véritable état d'âme de leurs héros, et dès
lors le public, — celui que ne suffisent pas à
intéresser les beautés purement musicales de
l'œuvre, — est resté presque indifférent, trou-
vant souvent prétexte à plaisanteries dans les
situations les plus pathétiques, de la plus haute
et de la plus poignante humanité.
Tandis que dans ces derniers temps les
spectateurs étaient devenus moins nombreux,
il semblait au contraire que les applaudisse-
ments fussent plus vifs et plus chaleureux qu'au
début. Ce phénomène, en apparence bizarre,
s'explique par ce fait que les déceptions que
laisse, à une première audition, cette interpré-
tation dans un certain sens inexistante, sont
moins sensibles lorsqu'on entend l'œuvre à
nouveau et que, moins préoccupé d'y trouver
les fortes impressions qui font défaut ici, on
s'occupe davantage d'apprécier par le détail la
prodigieuse partition du maître; l'admiration
doit dominer alors tout autre sentiment, et,
oubliant regrets et déceptions, on s'abandonne
aux jouissances intellectuelles et artistiques que
procure l'œuvre elle-même, dégagée des imper-
fections de sa réalisation scénique.
Il faut constater d'ailleurs que l'exécution a
fait certains progrès depuis la première, et que
notamment les deux principaux interprètes,
M^^Tanesy et M. Cossira, ont su trouver, en
quelques endroits, une mimique à la fois plus
juste et plus vivante. C'est ainsi qu'au deuxième
acte, après l'extinction de la torche — toujours
réalisée d'une manière maladroite et puérile,
sans les effets de lumière qui doivent l'accom-
pagner, — M™'= Tanesy est arrivée à traduire
avec bonheur la scène mimée qui précède l'ar-
rivée de Tristan. Elle n'y a plus les gaucheries
remarquées à la première, au moment où elle
agite son écharpe, gaucheries qui paraîtront
bien naturelles lorsqu'on saura qu'à la répétition
générale elle se servait encore de son mouchoir
en guise de signal. Quand donc se décidera-t-on
à faire les dernières répétitions en costume et
avec tous les accessoires qui ont leur rôle mar-
qué dans les jeux de scène? Ne comprend-on
pas qu'on expose l'artiste aux surprises les plus
déroutantes en lui réservant pour la première
représentation l'usage de tout ce qui forme la
physionomie externe de son personnage ?
Ce qu'il faut louer sans réserve chez M™"^ Ta-
nesy, c'est la sûreté avec laquelle elle a su con-
tinuer à chanter le rôle d'Iseult, respectant
scrupuleusement, comme au premier jour, le
texte musical, alors que d'autres se laissent
aller aux improvisations qu'entraînent souvent
les récits fortement modulés. Sa voix n'a, d'ail-
leurs, manifesté aucune défaillance, malgré ces
douze représentations relativement rappro-
chées, et, dans l'ensemble, l'interprétation
fournie par la vaillante artiste n'a cessé de
s'améliorer, tant au point de vue du geste que
sous le rapport de l'expression dramatique.
M. Cossira, toujours aussi déplaisant comme
attitude aux deux premiers actes, a introduit
dans la mimique du troisième quelques va-
riantes heureuses ; il y est d'ailleurs servi à
souhait par la position couchée qu'il y occupe
d'un bout à l'autre, et si cette position nuit
quelque peu à l'émission de sa voix, elle n'en
est pas moins pour beaucoup dans la bonne
impression que laisse l'artiste dans ces maî-
tresses scènes, les plus émouvantes de l'ou-
vrage.
yiHe Wolf s'est débarrassée de la coiffure gri-
sonnante et crépue qui, aux premières exécu-
tions, donnait à sa physionomie une expression
dure et déplaisante, si peu d'accord avec le
caractère du rôle; elle laisse flotter sa cheve-
lure, et il est curieux de constater combien ce
détail matériel, qui paraît de minime impor-
tance, l'aide à procurer l'impression de la douce
et consolante Brangaine.
Le roi Marke, par contre, n'a pu se décider
à abandonner le casque grotesque qui vient
écraser la stature peu étoffée de l'interprète,
pas plus que l'étrange costume jaune — d'un
jaune qui semble crier vengeance ! — par lequel •
nos directeurs ont voulu sans doute souligner
aux yeux du public la situation critique du
personnage. M. Lequien lutte avec courage et
parfois avec bonheur contre le ridicule dont on
semble avoir voulu entourer à plaisir un rôle
déjà fort ingrat par lui-même.
Quant à M. Seguin, il est toujours superbe
d'attitude et d'expression dramatique vraie dans
le rôle de Kourwenal ; il s'est rapidement débar-
rassé de ce que son exécution avait d'un peu
fébrile le premier jour, et son personnage est
aujourd'hui campé de maîtresse façon. Voilà
décidément une admirable création de plus à
l'actif de ce grand artiste.
L'orchestre a, peu à peu, gagné en cohésion, ,
en fondu, et il aura eu ce mérite d'avoir su
éviter, pendant cette série d'exécutions, les
fautes grossières, les erreurs matérielles, les
accidents auxquels expose une partition aussi
touffue ; mais son chef semble avoir complète-
ment négligé de lui inculquer le sens intime
de l'œuvre qu'il avait à interpréter. M. Flon
s'en est tenu aux grandes nuances, et encore
en les marquant par des oppositions trop vives,
trop heurtées ; mais il n'a point paru préoccupé
LE GUIDE MUSICAL
417
de donner à chaque phrase musicale son véri-
table accent, sa physionomie propre. De même,
la mesure est rigoureusement observée, mais
les rythmes sont marqués à l'excès et l'exécu-
tion manque de cette flexibilité, de cette sou-
plesse, de ces inflexions continuelles que
réclame la partition de Tristan plus encore
que les autres œuvres de la dernière manière
du maître de Bayreuth. J- Br.
C'est devant une salle relativement peu gar-
nie qu'a eu lieu l'unique concert donné cette
année par l'Association des Artistes Musiciens ;
les fauteuils et les premières loges notamment
présentaient des vides nombreux, — profon-
dément regrettables en présence du but méri-
toire que poursuit cette institution, si digne
d'intérêt et de sympathie. Et cependant le pro-
gramme portait deux noms de virtuoses, —
Pablo de Sarasate et Berthe Marx, — qui
eussent dû suffire à attirer la foule ! D'où vient
donc que le public témoigne depuis quelque
temps déjà une désafi"ection marquée vis-à-vis
des concerts de l'Association, alors qu'il
accourt avec tant d'empressement aux séances
des Concerts populaires? Aux intéressés, c'est-
à-dire aux artistes-musiciens eux-mêmes, de
rechercher, — ils les trouveront aisément, — les
causes de cette situation, et à eux d'y remédier
promptement s'ils ne veulent voir leur louable
institution condamnée à une fatale décadence.
Si les auditeurs n'étaient pas aussi nom-
breux qu'on pût le désirer, ils ont, par contre,
mis une chaleur peu ordinaire à manifester
l'enthousiasme que leur inspirait le prestigieux
talent de Pablo de Sarasate, cet irrésistible
charmeur. Nous avons rappelé ici, il y a quel-
ques semaines (i), au lendemain du concert
organisé à la Grande-Harmonie par la maison
Schott, les brillantes qualités du maître violo-
niste; nous avons dit aussi, à cette occasion,
les rares mérites de sa brillante partenaire,
M"" Berthe Marx. Ces qualités et ces mérites
se sont affirmés, cette fois, avec non moins de
^vigueur, dans des œuvres concertantes de plus
d'intérêt que les morceaux de pure virtuosité
qui composaient le programme de la séance
Schott : pour le violoniste, la Symphonie
■ espagnole, aux rythmes si piquants, du regretté
Lalo, une des « créations » de Sarasate, et
V Introduction et Rondo. capriccioso de Saint-
Saëns, dont le virtuose a marqué l'exécution
d'un cachet si personnel; pour la pianiste, le
(i) Voir le Guide Musical du 4 février 1894, pages
3[.i32.
concerto n" 4 de Saint-Saëns, et l'obligée Fan-
taisie hongroise de Liszt, où Mme Marx a
montré une main gauche extraordinaire de
vigueur et d'égalité. L'excellente pianiste a
joué seule, en supplément, la grande Polonaise
de Chopin; quant à Sarasate, s'il avait satisfait
aux vœux du public, bruyamment manifestés,
tout son répertoire y eût peut-être passé. Sans
aller jusque-là, il s'est montré d'une rare lar-
gesse en exécutant, de délicieuse façon, un
NoclJtrne de Chopin et, avec la puissante
coloration qu'il met dans les choses de son
pays, une fantaisie espagnole d'un pittoresque
très savoureux.
M. Cossira était chargé de maintenir les tra-
ditions — combien démodées ! — des concerts
de l'Association, en chantant un air d'He'ro-
diade, qui n'a pas précisément éveillé chez
l'auditoire le désir d'entendre à nouveau dans
son entier l'opéra de M. Massenet.
La préparation du concert du 21 avril n'aura
pas demandé beaucoup de peine au chef
d'orchestre, M. Flon, qui s'est sans doute cru
des droits à quelque repos après les fatigues
que lui ont coûtées les études de Tristan et
Iseult. L'orchestre, qui a mis à accompagner
les virtuoses de l'archet et du clavier une hési-
tation d'attaques et de rythmes parfois bien
déconcertante, ne s'est produit seul que dans
l'ouverture de Charlotte Corday de Benoit;
exécution très carrée, à oppositions violentes et
brutales, de cette page haute en couleur,
qui ne réclame d'ailleurs pas de bien fines
nuances. J. Br.
On a très vivement applaudi et en toute
justice, dimanche dernier, deux petits chœurs
charmants de notre collaborateur et ami Ernest
Closson {Nénuphar et le Mois de mai), exécutés
sous sa direction, au concert d'ailleurs très
réussi donné à la Grande Harmonie, au profit
des colonies scolaires de Saint- Gilles. Le
Mois de mai est une simple harmonisation
du chant de quête champenois publié par
M . J . Tiersot, mais cette harmonisation est
faite avec beaucoup de tact et de goût; le
Nénuphar est une composition originale très
délicate, d'une jolie sonorité et qui se termine
d'une façon très poétique. Un groupe char-
mant de dames du monde a chanté encore
d'autres compositions, notamment Sur la mer
de d'Indy et un chœur d'Hélène d'Ernest
Chausson, de sonorité très fine, et, qui ont été
très goûtés. M. Crickboom, l'excellent violo-
niste, l'Ysaye H, a été simplement étourdissant
dans Légende et Polonaise de Wieniawsky, et
418
LE GUIDE MUSICAL
MP" Jeanne De Vigne a dit d'une belle voix et
avec un style intense l'air de Samson de Saint-
Saëns. Comment une pareille artiste n'est-elle
pas au théâtre de la Monnaie? M. K.
A l'unanimité des voix, le prix du concours
de composition institué par la maison Schott a
été accordé à la partition portant le numéro
d'ordre 77 et ayant pour devise Alléluia.
L'auteur de la Marche primée est M. Martin
Lunssens, de Bruxelles, lauréat du concours
de Rome (2^ grand prix en i8g3).
Le jury, reconnaissant en outre la grande
valeur de quelques partitions, croit pouvoir
proposer la classification suivante :
Une première mention aux numéros 4,
ayant pour devise Anibiorix, et 61, ayant pour
devise Artis proprium est creare et gignere ;
Une deuxième mention au numéro 27, ayant
pour devise A u progrès de l'art; enfin, une
troisième mention aux numéros 62, ayant pour
devise Deo et^ Patria, et 56, ayant pour devise
Où peut-on être mieux?
Toutes ces décisions ont été prises à l'unani-
mité des voix, par le jury, qui était composé
de MM. Peter Benoit, directeur de l'Ecole de
musique d'Anvers, président; MM. C. Bender,
chef de musique des grenadiers, inspecteur des
musiques militaires du royaume; Gurickx,
professeur au Conservatoire royal de Bruxelles ;
Balthasar- Florence, professeur, à Namur, et
Léopold Wallner, professeur, à Bruxelles,
membres. La partition de M. Lunssens sera
jouée le jour de l'inauguration de l'Exposition
d'Anvers.
Bonne nouvelle : Le théâtre de la Monnaie
montera Samson et Dalila au commencement
de la prochaine saison. Afin d'avancer les
études, les chœurs vont se mettre au travail
jusqu'à la clôture théâtrale, et il ne serait pas
impossible que M. Saint-Saëns vînt en octobre
à Bruxelles, pour assister aux dernières répéti-
tions de son œuvre.
Mme Théroine-Mège, qui s'est fait entendre
l'an dernier avec grand succès au Cercle des
XX^i donnera une soirée musicale le vendredi
4 mai, à 8 1/2 heures du soir, dans la Salle de
la Grande- Harmonie, avec le concours de M"<=
Maria Michaux.
L'ouverture des concerts du Waux-Hall,
aura lieu le 5 mai, sous la direction de
MM. Lapon et Léon Dubois.
CORRESPONDA NCES
AMSTERDAM. — L'Opéra- Français de
La Haye vient de monter le Vaisseau-Fan-
i
i
tome de Wagner dans d'excellentes conditions.
M. Mertens a prouvé une fois de plus qu'il est un
directeur habile, doublé d'un excellent musicien.
Il a tiré de son orchestre tout ce qu'il était
possible d'en faire. Les chœurs aussi avaient fait
des études sérieuses; mais, néanmoins, ils ont
laissé à désirer. Parmi les solistes, c'est M"" Ba-
rety (Senta) qui a remporté la palme, et elle a
rempli ce rôle avec une conviction profonde; la
comédienne n'est pas moins admirable que la
chanteuse. M™° Barety est une artiste dramatique
dans toute l'acception du mot. Quant à M. Bar-
thini (le Hollandais), il a eu de bons moments, de
même que M. van Loo (Erik), auquel on peut
reprocher quelque excès de zèle. M°^ Tony
(Mony) a fait bonne figure et M. Darras (Daland)
a fait de son mieux. La pièce a été montée avec
beaucoup de soins sous le rapport des décors et
de la mise en scène, et il y a même un vaisseau
en mouvement, qui a été un des clous de la soirée.
Le réalisme est si grand, écrit le journal le Vadey-
land, de La Haye, que deux artistes, qui doivent se
trouver sur le vaisseau pendant tout le premiei
acte, MM. Darras et Desler, ont éprouvé absolu^
ment la sensation du mal de mer.
Prochainement, M. Mertens fera représentai
un ballet d'un jeune auteur belge, M. Emile
Agniez, encore inconnu en Hollande. Nous
rendrons compte en temps et lieu.
A Amsterdam, rOpéra-Néerlandais, qui va quit-
ter le théâtre du Parc pour s'établir au palais de
l'Industrie, vient de donner les RanUau de Masca-
gni. Mais il ne paraît pas devoir se féliciter d(
cette tentative, car l'ouvrage n'a pas réussi. L'exé
cution, il est vrai, a été au-dessous du médiocre
Chaque lois que j'assiste à une représentation d(
rOpéra-Néerlandais, tel qu'il est composé mainte
nant, je me demande comment ce théâtre a pu par-
venir à se soutenir pendant tant d'années avec
une gestion pareille !
Le neuvième et dernier concert Beethoven, qu(
M. Kes a donné au Concertgebouw, a beaucoup
moins réussi que les huit concerts précédents.
L'exécution de la NeuvièmeSymphonieWa. pas donné
tout ce que l'on avait le droit d'attendre delà direc-
tion de M. Willem Kes. Les chœurs n'étaient pas
assez nombreux, l'orchestre était moins parfait
qu'à l'ordinaire et la conception générale de cette
œuvre immortelle a été froide et vierge d'émo-
tion. Cependant, il y a des choses à louer; le
scherzo surtout a été crânement enlevé. Les
solistes. M"''-'* Schauseil, de Dusseldorf, Speet,
MM, Rogmans et Spoel, d'Amsterdam, se sont ho-
norablement acquittés de leur tâche aussi ingrate
que difficile. En dehors de la Nciivicme, le pro-
gramme de ce concert se composait de l'ouverture
deLéoHore i\° 3 et du cinquième concert pour piano
et orchestre, magistralement joué par M. Rôntgen.
Au dernier concert philharmonique, se sont fait
entendre deux artistes néerlandais domiciliés à
Francfort, le pianiste Jakob Kwast, professeur au
Conservatoire de Francfort, et le chanteur Antoine
LE GUIDE MUSICAL
419
van Rooy. M. Kwast, un ancien élève de Brassin,
est un pianiste très remarquable, un excellen-
tissime musicien, mais il aie tort de composer des
concertos et le tort plus grand encore de les
jouer. M. van Rooy est un chanteur de talent,
doué d'une belle voix et qui a chanté Dichterliebe^
cet admirable cycle de Schumann, avec une ex-
pression et un sentiment vraiment poétiques; il a
été accompagné dans la perfection par M Kes,
qui est un accompagnateur incomparable.
La célèbre M"*-' Leisinger, de Berlin, a de nou-
veau trouvé moyen de nous faire faux bond. Elle
devait chanter au concert de la Société pour l'en-
couragement de l'art musical, et c'est M"" Otter-
man, de Dresde, qui l'a remplacée au pied levé
dans la Création de Haydn. Cette partition admi-
rable, où l'inspiration ne faiblit jamais, qui grandit
toujours jusqu'à la péroraison, a été rendue d'une
manière très satisfaisante; les solistes surtout mé-
ritent nos éloges les plus sincères. En premier
lieu, notre éminent baryton Messchaert s'est sur-
passé et a chanté avec une rare perfection. M'^'^Ot-
termann, avec sa voix hannonieuse, l'a parfaite-
ment secondé; sans égaler les deux artistes que je
viens de nommer, le ténor Rogmans a eu sa
grande part dans la belle exécution de l'œuvre. Les
chœurs se sont fort bien comportés, mais l'or-
chestre a joué avec une grande négligence, sous
la direction de plus en plus nerveuse de M, Rônt-
gen. L'auditoire a paru ravi, heureux d'entendre
cette musique si fraîche et si pleine d'inspiration
mélodique.
Votre compatriote le violoniste Ysaye a eu un
grand succès au concert de l'Association des
artistes-musiciens, à La Haye, où M. Kes dirigeait
pour la première fois en remplacement de M. Ni-
colaï, qui paraît fort souffrant en ce moment. Ce
début à La Haye a été pour M. Kes un nouveau
triomphe; il a été acclamé.
Le Wagner-Verein nous promet des fragments
de Parsifal pour le prochain concert.
Le conseil communal de La Haye vient d'accor-
der de nouveau la direction du Théâtre-Français
à M. Joseph Mertens pour trois années. On ne
peut qu'applaudir des deux mains à cette décision.
Intérim.
P. S. — Pierrot trahi, le ballet de M. Agniez, a été
reçu avec bienveillance par le public de La Haye.
C'est une partition aimable, un peu maniérée pour
le cachet du scénario. Sans briller par l'originalité,
la musique de M Agniez évite la banalité, ce qui
est un mérite, et elle est écrite par un musicien
qui connaît son métier, ce qui n'est pas étonnant
pour un professeur de conservatoire.
Du moment que M. Mertens se met à représenter
des ballets de ses compatriotes, nous espérons
qu'il nous fera entendre Milenka de Jan Blockx,
une partition ravissante, et Pierrot macabre de Lan-
ciani, beaucoup moins important, mais spirituel.
Intérim.
rONDRES. — M. Félix Mottl est venu
j diriger, au Queen's Hall, un concert composé
uniquement d'œuvres wagnériennes. Jamais salle
de concert n'a contenu autant de personnes dans
un tel recueillement. Bayreuth s'est trouvé, pen-
dant quelques heures, transporté Régent street. A
tous les rangs, des toilettes luxueuses; à toutes les
places, l'habit noir. Il est vrai de dire que l'organi-
sateur, M. A. Schulz-Curtins, agent des Bayreuth-
Festivals, avait bien fait les choses. M. Mottl avait
sous la main un orchestre d'élite, dont les musi-
ciens avaient été recrutés et choisis parmi les
meilleures « bands » anglaises et formaient un en-
semble parfait.
Après Richter, il semblait un peu téméraire de
se hasarder au sein de ces auditeurs rebelles à
tout ce qui est nouveau. Venir s'implanter chez les
Anglais n'est guère chose facile ; c'est pourtant ce
qu'a fait l'excellent Capellmeister de Carlsruhe. Il
a conquis son public, qui s'est trouvé fasciné dès
le début.
Au programme, nous avions : les ouvertures de
Riemi, du Tannhmtser, les préludes de Lohengrin,
de Tristan et Iseidt, des Maîtres Chanteurs, de Parsi-
fal, en&n\a. chevauchée de la Walkyrie et la marche
funèbre du Gôtterdammerung. N'y avait il pas là
matière pour plus d'un concert. Le public ne s'est
pourtant nullement plaint, et a prodigué aux exé-
cutants, et surtout à leur chef, ovation sur ovation.
M. Mottl, ravi, compte nous revenir le 22 mai.
Au troisième concert delà Philarmonic Society,
M. SapellnikoÉf avait attiré une afïluence peu
ordinaire. II a joué, avec le talent qu'on lui con-
naît, le Concerto de Schumann. Dans le finale, il a
révélé un sentiment passionnel peut-être exagéré,
que ne comporte guère cette composition délicate
et poétique. Rappelé et bissé, il a joué son mor-
ceau favori, une Rapsodie de Liszt. A. L.
MARSEILLE. — Enfin, après trois mois
d'études, d'atermoiements et de tiraille-
ments, détails d'intérieur sur lesquels je passe,
l'opéra de Taï-Tsoung a pu voir le jour le 12 cou-
rant. L'auteur, vous le connaissez de réputation,
c'est M. Emile Guimet, riche industriel, mécène
intelligent et généreux, savant, artiste, voyageur,
créateur et donateur du fameux musée « des Reli-
gions ». Tourmenté à son tour du démon de la
composition et rassuré sans doute sur les satisfac-
tions que son état de fortune lui procurerait aussi
dans cette partie-là, M. Guimet, comme un simple
prix de Rome, s'est attelé à l'édification d'un
opéra; mais, autrement qu'un prix de Rome, il a
trouvé un théâtre, a pu s'entendre, se faire
jouer, et récolter des applaudissements, voire un
rappel. Ah! il y a des gens heureux en ce monde!
Notre musicien a choisi pour sujet de sa pièce un
certain Taï-Tsoung, empereur chinois au vii= siè-
cle de notre ère, rencontré au cours de ses travaux
sur l'histoire des Célestes. Ce... Non, tenez,
voulez- vous? nous allons périphraser et renoncer
420
LE aXJIDE MUSICAL
une bonne fois à ces vocables exotiques. Je manque
sans doute de l'entraînement nécessaire, mais ces
connaissances là me paraissent aux antipodes de
ce que nous appelons l'harmonie, et je ne puis
sans grincer des dents et de la plume me résoudre
à les écrire. Donc cet empereur était une manière
de brave homme et même d'homme supérieur,
qu'on ne s'attendait guère à trouver là-bas, et
qui, vu ses mérites nombreux, tranche si complè-
tement sur ses « frères n et ses « cousins » de tous
les temps et de tous les lieux, qu'il méritait vrai-
ment d'être glorifié dans les siècles des siècles
par la poésie et la musique. M.Guimet a intéressé
à la cause de son prince un littérateur parisien,
M. d'Hervilly, et à eux deux ils ont mis sur pied
un opéra fort présentable, aussi intéressant, aussi
bien charpenté et machiné qu'un autre, ne regar-
dant certes ni à la matière, ni à l'ouvrage. Il n'y a,
en effet, pas moins de cinq heures bien comptées de
musique, et 56o pages de papier réglé dans cette
partition. Mais tout cela se tassera à la longue, les
scories, les lourdeurs et les crasses, précipitées et
éliminées, laisseront briller en leur limpidité les
parties valables de l'œuvre, pour le plus grand
profit de l'auditeur et de l'auteur.
Au lever du rideau, l'armée de l'empereur est en
déroute. Son général s'est laissé battre par les
ennemis, et la chose n'est pas riante pour lui, car,
suivant la loi, une défaite, c'est la mort. Cependant,
ignorant le malheur qui les menace, son fils,
apprenti mandarin, courtise la charmante fille d'un
gros fonctionnaire. Celui-ci, créature du général,
craignant d'être entraîné dans la disgrâce, ne voit
pas d'autre issue à l'aventure que de faire l'of-
frande de sa fille à l'empereur. Troisième tableau :
scènes pittoresques sur la place publique, chœur,
retraite militaire, ballet des lettrés, puis dégrada
tion du coupable. Mais, au moment où celui-ci doit
marcher à la mort, son fils s'offre à le remplacer et
à mourir à sa place. Ce qui, après débat, est ac-
cepté. Quatrième tableau : le harem du prince.
Celui-ci rentre d'une longue absence et n'est guère
au courant des choses de son palais, ni de la
façon dont se préparent ses plaisirs, car, à la vue
de tous ces visages où la tristesse contraste
fâcheusement avec les charmes de la jeunesse, il
licencie tout le monde, y compris la dernière
venue. Cinquième tableau : prison. L'empereur
survient au milieu des criminels et des captifs, et
leur annonce que, l'agriculture manquant de
bras, — déjà, et même en Chine! — et la ré-
colte, pour ce, étant compromise, ils aient à porter
leur aide aux cultivateurs, quitte, sous la foi du
serment, à venir reprendre leurs liens, une fois
les travaux terminés. Sixième tableau : un site
sauvage dans les montagnes, beau décor de Rubé
et Chaperon. Le père et le fils malheureux se
retrouvent, et, dans une scène qui pourrait être
shakespearienne, cheichent la place convenable
de leur tombeau. La jeune fille survient, implore
le père, qui, connaissant enfin l'amour des jeunes
gens, revendique définitivement son droit à la
mort. Enfin, quand réunis sur la place publique,
les condamnés vont subir leur sort, une cloche se
fait entendre. C'est un signal sacré, qu'a placé à la
porte de son palais l'empereur lui-même, prenant
l'engagement d'écouter toujours l'infortuné qui,
sans appui, ferait ainsi appel à la bonté souve
raine La jeune fille se fait connaître, réclame
son fiancé et la grâce du serviteur malheureux.
L'empereur, lié par son serment, pardonne à tout
le monde et prouve ainsi sa magnanimité et ses
vertus.
Cette analyse succincte néglige forcément bien
des détails, des épisodes caractéristiques de mœurs
et d'usages locaux, qui donnent beaucoup d'ori-
ginalité au spectacle et à la pièce. Passons main-
tenant à la musique.
Sans me perdre en considérations étendues sur
l'esthétique de l'opéra en général, je signalerai
seulement que, suivant en ceci un procédé usuel,
l'auteur s'est servi, pour caractériser le lieu et
l'action de sa pièce, de divers motifs authentiques,
échantillons de la musique indigène, venant ap-
porter l'accent voulu de pittoresque, de réalisme
à l'ensemble de l'œuvre. C'est ce qu'on appelle la
couleur locale, et l'on sait quelle place elle prend
certes dans l'art moderne. Qui s'aviserait d'en
médire serait le bien reçu! Le moindre défaut
pourtant de ces emprunts est de créer des dispa-
rates choquants entre la composition normale de
l'auteur et ces éléments étrangers, le plus souvent
infirmes et barbares, appartenant à un système
musical tout différent du nôtre. On n'y obvie que
par une altération, une déformation nécessaire de
ces éléments étrangers, en vue de les utiliser pra-
tiquement, de les traduire en un langage musical
décent et intelligible. Mais alors, que devient la
valeur d'origine du produit ainsi altéré? Quoi qu'il
en soit, M. Guimet l'a fait ainsi, et c'est justement,
il me semble, dans un de ces tours de force qu'il a
le plus réussi.
La musique de M. Guimet appartient à l'art
éclectique, ou plutôt, — car je n'aime pas ce mot
et ce qu'il représente, — à l'art indépendant, rai-
sonnable et tempéré, qui caractérise notre génie
français : art, il faut le dire, un peu de reflet et
d'assimilation, qui ne réussit guère les grands
coups d'aile et n'aspire aux sommets qu'en désir
et en projet, mais se gare aussi des aventures et
des excès, sait imiter avec esprit, utiliser avec
goût, puiser avec discernement à toutes les éroles
et à tous les systèmes, et donner à tout cela la
forme, l'unité, le style qui en imposent et qui
charment. Airs, récit, déclamation, ensembles, à
une ou plusieurs voix, se trouvent tour à tour, chez
M.Guimet, employés judicieusement, suivant l'op-
portunité et les besoins de l'action, reliée, fondue
par cette solidité et cette aisance de facture qui
donnent à l'œuvre la consistance et l'éloquence, et
qu'on est tout étonné de trouver dans l'œuvre d'un
amateur.
Non, ce n'est pas là de la musique d'un ama-
teur; c'est un art de professionnel éprouvé et
LE GUIDE MUSICAL
421
chevronné, et l'on se demande par quelle faculté
merveilleuse M. Guimet se montre tel à nous. Dé-
veloppement et traitement des thèmes, peu aisés,
contexture substantielle des parties, aux voix et à
l'orchestre, appropriation exacte de la forme aux
nécessités de l'action dramatique, « écriture «
élégante et savante, tout s'y trouve et satisfait le
lecteur comme l'auditeur. Taï-Tsoting serait-il donc
un chef-d'œuvre? Et qui fait des chefs-d'œuvre? Il
leur manque, à lui et à son auteur, ce qui manque
à notre génération épuisée, venue trop tard visiter
le beau champ où la glane même du glaneur a
trouvé depuis longtemps d'empressés, d'affamés
poursuivants; il manque, ici comme partout,
l'élément premier et souverain de l'art, l'inspira-
tion, le génie. Il faut le dire, l'idée mélodique chez
M. Guimet ne se présente ni facile, ni originale.
Elle me parait même, comme dans tous les opéras
modernes, faiblir d'autant que la situation est
plus forte et plus dramatique. En revanche, elle
est parfois aimable et intéressante dans les scènes
de demi-caractère, les épisodes. A ce titre, je
signalerai trois morceaux très réussis au troisième
tableau comprenant chœurs, scènes et danses
populaires. C'est là que se trouve l'apport le plus
marquant de l'élément musical indigène, sous
forme de trois petits orchestres d'instruments
pseudo primitifs soufflant chacun un air informe
et grotesque. Je crois bien pourtant que ces pro-
duits exotiques ne nous sont pas servis sans
apprêt, à y voir certaine allure « canonique » à la
tierce, certaine basse contrepointée, artifices de
l'art occidental, probablement tout à fait ignorés
des Célestes. Là-dessus se greffe un chœur excel-
lent, traité de main de maître, sans excès ni affec-
tation de science. Il en est de même d'un des airs
de ballet très bien développé. Dans le genre sen-
timental et poétique, je citerai l'air de la jeune
fille désolée au milieu du harem, qui est une chose
tout à fait exquise avec son accompagnement en
dessin obstiné, délicatement murmuré par la cla-
rinette. Ces trois passages sauveraient peut-être
l'opéra en question d'être une quantité négligeable
dans l'art; mais, combien l'auteur devrait se répé-
ter le conseil du poète et combien de fois sur le
métier il lui faudrait remettre l'ouvrage!...
L'opéra est magnifiquement monté. M. Guimet,
de toute façon, a soigné la venue au monde de son
enfant, et il a grandement fait les choses, jusqu'à
six décors neufs, œuvre d'un bon faiseur parisien,
et qui changent nos yeux des loques sordides et
grotesques qui font notre ordinaire.
L'exécution est très convenable, comme cela
arrive presque toujours pour les « créations », dans
lesquelles les artistes, libérés des comparaisons
et des souvenirs qui les écrasent, peuvent donner
librement leurs moyens. La première place revient
sans conteste à M°" Vachot, qui, sortant de son
genre, s'est révélée chanteuse dramatique de pre-
mier rang. C'a été un étonnement et aussi un ravis-
sement. Les autres sont simplement convenables.
C'a été aussi un étonnement. Je ne cite personne,
de peur que quelque prote ou correcteur bienveil-
lant ne vienne d'un coup de pouce amical trans-
former en superlatif glorieux le modeste positif
que j'écrirais tout juste. Enfin, je vous dirai pro-
chainement la fortune qu'aura eu le nouvel opéra,
et je finirai, suivant la formule, par une félicita
tion à tous sur cette « heureuse tentative de décen
tralisation artistique n.
Le conseil municipal vient de nommer pour
trois ans directeur de notre première scène
M. Mobisson, qui a été, dit-on, secrétaire à
l'Opéra. Un inconnu ; mais bah! avec ce que nous
savons des connus, nous sommes rassurés, les
choses n'empireront pas.
STRASBOURG. — Un public distingué a
sanctionné, dimanche dernier, par ses plus
chaleureux bravos, les débuts aux séances de
l'Eméritat, si justement recherchées, de trois
jeunes artistes, M"""^ Marguerite Kuntz, cantatrice,
élève de M™' Rucquoy; Juliette Mosser, pianiste,
élève de M. Oberdœrffer, et M. Fritz Abry.fliitiste,
élève de M. Rucquoy.
M"' Kuntz, dont la voix d'alto est devenue si
expressive, a chanté avec infiniment de goût plu-
sieurs Lieder et l'air de la coupe de Galathce.
M"» Mosser, qui montre du tempérament, a le
jeu très souple, brillant et perlé; elle a fait valoir
ses qualités de soliste dans la Berceuse de Chopin,
le Coucou de Daquin-Diemer, et Causerie sous bois
de Raoul Pugno.Avec M. Fritz Abry,un des plus
remarquables flûtistes que M. Rucquoy a formés,
ce qui n'est pas peu dire. M"' Mosser a exécuté
les grandes variations op. 160 de Schubert, dans
lesquelles le piano et la flûte ont constamment à
rivaliser de virtuosité. Pianiste et flûtiste se sont
magistralement acquittés de leur tâche.
Raoul Koczalski, le tout jeune pianiste de Var-
sovie qui s'est fait entendre samedi dernier à VAu-
hette, est réellement le virtuose phénomène qu'on
avait dit. Ce que ce soliste de neuf ans accomplit
au piano tient vraiment du prodige. Et ce n'est pas
seulement un simple mécanicien du clavier qu'il
nous présente, mais aussi un musicien intelligent
Son succès a été tel qu'il lui a fallu se décider à
donner un second concert.
VERVIERS. — Concert de l'Ecole de mu-
sique : — L'événement le plus important de
notre saison artistique, et un des plus beaux con-
certs que nous ayons entendus depuis longtemps.
Inutile, je crois, de refaire l'éloge de notre Ecole :
elle peut être mise au premier rang des écoles du
pays, et, grâce à son directeur L. Kefer, elle gran-
dit chaque année.
Tous ses éléments étaient réunis pour exécuter
la Kinder-Cantate de Peter Benoit, qui était venu
entendre son œuvre. II a pu constater que les
petits Wallons comprenaient aussi bien que les
petits Flamands les choses simples, fortes et
422
LE GUIDE MUSICAL
vivantes qu'il avait écrites pour les générations
futures de son pays. Ces chœurs d'enfants étaient
superbes d'entrain, de justesse et d'aplomb.
On a été heureux d'applaudir comme un maître
un artiste belge qui nous donnait une si pure et si
saine jouissance artistique.
Peter Benoit a dirigé lui-même son ouverture
de Charlotte Corday, où l'éclat de la couleur et l'em-
ploi si dramatique de la Marseillaise font oublier
une certaine absence de profondeur — autorisée
d'ailleurs par la conception extérieure du sujet.
Je vous répète tous les ans que notre orchestre
gagne en brio, en finesse, et netteté et devient un
merveilleux instrument. J'ajoute aujourd'hui que
cet instrument est entre les mains d'un artiste qui
lui fait exprimer toujours plus profondément et
plus adéquatement tout ce que l'art a de plus
élevé. La 5<= symphonie de Beethoven n'eût pas
pu être plus héroïquement et plus sévèrement
dramatisée, le Carnaval romain de Berlioz, plus
finement et énergiquement rendu, ni le prélude de
Tristan plus senti, dans sa mortelle intensité.
On a entendu quelques-uns des lauréats de
l'année : MM. Paulus (violon, médaille de ver-
meil) et N. Lejeune (alto, médaille d'argent), dont
les mérites intéressent à divers titres.
M. Longtain (baryton, i" prix), a encore quel-
ques progrès à faire au point de vue de la sûreté
de la voix. Mais on lui pardonne bien volontiers
cette imperfection qui disparaîtra, quand on jouit
de sa sincérité et du grand effort qu'il fait pour
s'assimiler le sens de ce qu'il interprète. Dans
l'air du Hollandais, du Vaisseau-Fantôme, il com-
prenait et faisait très bien sentir le sombre déses-
poir de l'isolé, dont le doute et la douleur aveugles
torturent celle qui croit en lui.
A M"'' Delgoffe (contralto, médaille d'argent',
on pourrait faire la même observaiion. Quand elle
sera complètement sûre de sa voix, elle interpré-
tera admirablement la musique passionnée de
Wagner. Dans le duo de Lohengrin (M'ii^^ Delgoffe
et Lamboray) M"° Lamboray, médaille de vermeil)
nous a charmés par la pureté de sa belle voix. Le
rôle doux et confiant d'Eisa est fait pour elle. Dans
la Mort d'Isenlt qu'elle a chantée ensuite, elle faisait
dominer cette note de joie grave et sacrée, là où
d'autres eussent peut- être mis plus de passion et de
fougue. Mais la fin d'Iseult, vue à travers ce tem-
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
CONCERTOS
ARRANGES POUR
DEUX PIANOS A QUATRE MAINS
ou piano et or|ue
par CLEMENT LORET
P
remière série
io
I.
en si bémol.
J5
2.
en sol mineur.
„
3.
en si bémol.
V
4-
en fa.
y
5.
en si bémol.
r>
6.
en sol mineur.
D
euxième série
N° 7.
. 8.
en la majeur,
en si bémol.
r» 9.
en ré mineur.
» 10.
en sol mineur,
en si bémol.
■r,\%.
en fa.
Chaque concerto, net 4 francs.
LE GUIDE MUSICAL
423
pérament, gardait bien son caractère de grandeur
religieusement humaine.
L'orchestre accompagnait ces diverses scènes
de Wagner que le public tout entier accueille
maintenant avec enthousiasme.
NOUVELLES DIVERSES
L.a. season de Londres sera, cette année, par-
ticulièrement brillante, à en juger par le pro-
gramme de sir Augustus Harris.
Le directeur du théâtre royal Drury Lane
et du Royal Italian Opéra Covent-Garden
compte monter seize ouvrages en onze semaines.
Citons : la Navarraise de Massenet, Signa de
Cowen, la Damnation de Faust de Berlioz et
Sapko de Gounod.
Trois œuvres nouvelles seront également
données sur la scène de Covent-Garden ; la pre-
mière sera Manon de Puccini.
La deuxième nouveauté sera V Attaque du
moulin de MM. Zola et Bruneau; ce dernier
ira à Londres diriger les dernières répétitions,
et M. Emile Zola a promis à sir Augustus
Harris d'assister à la première.
L'orchestre sera alors dirigé par M. Flon, de
Bruxelles, et les décors brossés par M. Caney.
Enfin, comme troisième nouveauté, sir Au-
gustus Harris offrira aux habitués de Covent-
Garden i^a/^^rt/f (en italien); l'orchestre sera
dirigé par M. Luigi Mancinelli.
BIBLIOGRAPHIE
Charles - Quint musicien, par Edm. Vander
Straeten. Gand, librairie J. Vuylsteke, 1894. —
Le savant historien de la musique aux pays fla-
mands vient de réunir en cette élégante plaquette
les renseignements qu'il a recueillis et mis au jour
au sujet de l'éducation musicale que reçut Charles-
Quint et de son goût pour la musique On sait,
grâce â lui, que le grand empereur, après avoir
appris la flûte et le chant dans sa jeunesse, ne
dédaignait pas, dans l'âge mûr, de toucher de l'épi-
EN VENTE CHEZ
BEEITKOPF &, HJEUTEL, BHUXELLES
45, Montagne de la Cour, 45
GUI, César. Op. 5o. Kaléidoscope. Vingt-quatre morceaux pour
violon et piano
N°5 I. Moment intime. N"^ 5. Berceuse
2. Dans la brume.
3. Musette.
4. Simple chanson.
6. Notturino.
7. Intermezzo.
8. Cantabile.
à fr. I 25
N°^ 9 Orientale.
10. Questions et réponses.
11. Arioso.
12. Perpetuum mobile.
90
— Tarantella pour violon et piano . . . . » i
DVORACK. Op. 94. Rondo pour violoncelle et piano . net » 5 —
— "Waldesruhe « Klid «. Adagio pour violoncelle
et piano .......... net » i 90
GOLDMARK. Ouverture Sapho, pour piano à quatre mains, net » 7 5o
MATHIEU, Emile. Les Bois, chœur pour voix d'enfants avec
accompagnement de piano, chanté par les élèves des écoles
communales, sous la direction de M. Ch. Watelle. Partition . » 5 —
Chaque partie » i —
PIANOS BECHSTEIN.
PIANOS BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY
424
LE GUIDE MUSICAL
nette, et c'est un fait historique que, lors de son
couronnement à Bologne, il entonna le premier
verset de l'Evangile d'une voix claire et bien tim-
brée qui fit l'admiration de toute la cour. M. Van-
der Straeten reproduit dans son opuscule le texte
musical de la chanson favorite de l'empereur.
Mille regrets, qui fut mise à quatre voix par Josquiu
Deprés, et il nous donne aussi un motet à quatre
voix attribué au prince et qui date de l'époque de
sa retraite à Saint Just. Curieuse contribution à
l'histoire de la musique au XYi' siècle. M. K.
^ L'éditeur Belaiëff, à Leipzig, a publié récem-
ment quelques recueils de musique vocale de
compositeurs russes, avec une traduction fran-
çaise, originale et habile, signée Scrgennois. Un
recueil de trois chœurs a capella pour voix mixtes,
de Grodzki (op. ig^, d'une facture fort intéres-
sante et d'un sentiment très délicat; un autre fas-
cicule de cinq chœurs a capella pour voix d'hommes,
signés Sokolow (op. i5), malheureusement assez
vulgaires, quoique bien écrits. Trois cahiers de
mélodies pour chant et piano, dont un de
Stcherbatcheff (six mélodies, op. 24), celui que
quelqu'un appelait un peu témérairement « le
Schumann russe »; en tous cas, les mélodies
susdites ont beaucoup de charme et d'inspira-
tion et se distinguent par une couleur slave très
prononcée. Les deux autres recueils (Félix
Blumenfeld, cinq mélodies, op. 5, et Sigis-
mond Blumenfeld, cinq mélodies, op. 3), ne
portent guère cette caractéristique et se rap-
prochent bien plutôt des mélodies allemandes en
ce sens que le soin de l'écriture et la solidité de
leur facture ne les empêchent pas de manquer
d'originalité et de recherche. A noter, dans le
premier de ces deux cahiers (Félix Blumenfeld),
un air d'assez grande allure. Viens â moi, et deux
ou trois autres numéros bien venus; dans le
second (Sigismond Blumenfeld), // ne sait plus et
Dieu seul est grand, d'un sentiment juste et d'une
réelle émotion. E. C.
PIANOS ET HARPES
ÉRARD
BRUXELLES : 4. rue Latérale
PARIS : 13. rue du Mail
MACKÂR et Î^OEL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
Propriétaires des œuvres de TschaikolVilky, Gwttschaik, Prudent, Allitrd
des ^archives du piano et de la célèbre Méthotle de piuuo A. Le Carpentier
Seuls dépositaires de l'Bdition Charnot, spécialement consacrée à la musique de violon
^^^^^^^^^^.^^^^^^^^^^
CEUVRES POUR ORCHESTRE
Op. 48. Sérénade pour instruments à cordes :
1° Pièce en lorme de sonatine ; 2» Valse ;
3o Elégie; 40 Finale (thème russe).
Partition 80
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque 2 »
Op. 49. Ouverture solennelle :
Partition 10 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque r 5o
Op. 53. Deuxième suite d'orcùestre :
10 Jeu des sons ; 2» Valse; 3° Scherzo hu-
moristique; 40 Rêves d'enfant 50 Danse
baroque, style Dargomijsky.
Partition 25 »
Parties séparées 3o »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 55. Troisième suite d'orctiestre :
I» Elégie ; 20 Valse mélancolique ;
30 Scherzo ; 4" Thème avec variations.
Partitiion 3o »
Parties séparées 35 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 56. Fantaisie en sol majeur pour piano,
dédiée à M""^ Essipoff.
Partition 10 »
Parties séparées 20 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 58. Manfred, symphonie en 4 parties,
d'après Byroa :
Partition 40 »
Parties séparées 72 »
Parties supplémentaires cordeE chaque 4 •>
Op. 61. Mozartiana, ^^ suite d'orchestre :
N" I Gigue; n» 2 Menuet; no 3Preghiera;
n., 4 Thème et Variations
Partition 10 »
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 62. Pezzo Cappriccioso, pour violon-
celle et orchestre :
Partition 3 »
Parties séparées 6 »
Parties supplémentaires cordes chaque i 5o
Op. 64. Cinquième symphonie, en mi mineur :
Partition 35 »
Parties séparées 40 »
Parties supplémentaires cordes chaque 3 »
Op. 66. La Belle au Bois dormant, valse
extraite du ballet :
Partition 5 »
Parties séparées 10 »
Parties supplémentaires i 5o
— La même pour orchestre de bal, par
F. Desgranges ;
Conducteur i »
Parties séparées 2 »
Parties supplémentaires cordes chaque » 25
(A stiivri.)
LE GUIDE MVSICÂL
425
Berlin
Opéra-Impérial. — Du 22 au 29 avril : Falstaff. Don
Juan. Les Medici. Bastien et Bastienne et Cavalleria
rusticana. Les Noces de Figaro. Falstaff et Carnaval.
Noces slaves el I Pagliacci. Les Maîtres Chanteurs.
Théâtre Friedrich Wilhelmstadt. — L'Etudiant
pauvre. Le Baron des Tziganes.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 22 au 29 avril ;
Carmen. Tristan et Iseult. Richard Cœur de Lion et
Cavalleria. Orphée. Tristan et Iseult Lohengrin, avec
M. Van Dyck.
Théâtre des Galeries. — Cousin Cousine.
Alcazar royal. — Le Mort.
Concerts populaires (sous la direction de M. J, Du-
pont. — Vendredi 11 mai, à 8 h., au théâtre de la
Monnaie, 4* concert : la Damnation de Faust, légende
dramatique d'Hector Berlioz : Marguerite, M°"> Au-
guez de Montaland; Faust. M. Demest; Méphisto-
phélès, M. Auguez; Brander, M. Vandergoten.
Dresde
Opéra. — Du 22 au 29 avril : Ma:rtha. Marga. L'Enlè-
vement au sérail. Hans Heiling. Lohengrin. Les
Joyeuses Commères de 'Windsor. Le Templier et la
Juive.
Paris
Opéra — Du 23 au 28 avril : La 'Walkyrie. Thaïs, la
Maladetta. Faust. Lohengrin.
Opéra-Comique. — Du 22 au 28 avril : Richard
Cœur de Lion, les Dragons de Villars. Carmen (soi-
rée populaire). Falstaff Mireille, Lalla Roukh. Fal-
staff. Le Postillon de Longjumeau, Cavalleria rusti-
cana. Falstaff.
Salle d'Harcourt. — Grand concert rnsse du mer-
V'Léopold MURAILLE, éditeur à Liège (Belgique)
Tient de paraître :
Dépositaire nnique pour la Belg^iqne de l'Edition Payne
(partition de poche pour la musique de chambre)
FOLVILLE, J. Atala, opéra en 2 actes, partition réduites pour chant et piano, net fr. 10 —
DETHIER, Gaston. Romance violon et piano ...... n 3 —
— La même pour violoncelle et piano .... » 3 —
RAGGHIANTI, J. Gavotte et musette pf instruments à cordes, partit, et parties « 3 —
THOMSON, César. Passacaglia, violon et piano » 3 i5
— Berceuse Scandinave, violon at piano . . . . n 2 5o
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OTTO JUNNE, éditeur, 21, Thalstrasse, Leipzig
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acccompagnement de piano
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3. Quiétude.
4. Souvenir.
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Symphonie d'enfants, pour deux
violons et instruments (mirlitons,
triangle, cornet), avec accompagne-
ment de piano ou quatuor
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(chœur à l'unisson ou solo)
426
LE GUIDE MUSICAL
credi 2 mai, à 9 heures du soir, sous la direction de
M. Alexandre Winogradsky, président de la Sociélé
impériale de musique à Kiew : Quatrième symphonie
(Tschaïkowsky) ; musique des sphères (Rnbinstein) ;
Cosatschok, fantaisie sur une danse cosaque (Dargo-
mijsky); Entracte de William Ratcliff (César Cui);
Rêverie orientale (Iwanowi; Sadko, tableau musical
(Rimsky-Kousakow); Cavatme du Prince Igor (Boro-
dine), M. Warmbrodt; Un lever de soleil à Moscou
(Moussorgsky); ouverture de Rousslan et Loudmila
(Glinka).
Vienne
Opéra-Impérial. — Du 23 au 3o avril : L'Ami Fritz
Le Baiser, Terre et Soleil. Tristan et Iseult Le Diable
au pensionnat et I Pagliacci. Les Contes dorés. La
Rose de Ponfevedra et Amour de conscrit La Flûte
enchantée Carmen.
An der Wien. - La Pauvre F"il]e. Le Château maudit.
Le Mariage à l'essai. Le Carnaval de Rome.
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du Conservatoire royal de Bruxelles
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ANVERS : 49, Marché aux OEufs
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Poème en six chants de Lucien SOLYAT, musique de Léon DUBOIS
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40'' ANNÉE 6 Mai 1894
SOMMAIRE
NUMERO 19
Etienne Destranges : Une partition mé-
connue : Proserpinc de Camille Saint-
Saëns. (Suite et fin.)
C. Perrot : L'Hymne à Apollon.
M. Kufferath : L'orchestre de la Monnaie
et les Concerts populaires.
Clirontque t)c la Semaine : Paris : Rentrée de M. Co-
lonne; Concert de musique russe ; la SainU-Cécik
de M. de Salelles. — Divers.
Bruxelles : M. Van Dyck dans Lohengrin et Werther.
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40" ANNÉE. — Numéro 19.
6 Mai 1894.
Une paiftitiof^ n^éconnue
PROSERPINE
DE
Camille SAINT-SAËNS
ÉTUDE ANALYTIQUE
(Suite et fin. — Voir les n"^ 16, 17 et iS.)
*ANS la version primitive, un long
entr'acte sépare cet acte du précé-
dent. Le mouvement haletant, pré-
cipité du début, semble vouloir dépeindre
la course fiévreuse de Proserpine à travers
la montagne. Les thèmes de Proserpine et
de V Aspiration à l'amour reparaissent dans
la suite de ce morceau symphonique d'une
incontestablevaleur. Ces pages ont disparu
dans la nouvelle édition. Il est certain
qu'un intermède aussi développé, malgré
tout l'intérêt musical qu'il possède, ne
venait guère à propos au dernier acte. Le
compositeur aurait pu néanmoins en faire
un résumé au heu de le supprimer entière-
ment.
Maintenant, le rideau se lève un peu
brusquement sur l'appartement du palais
de Sabatino, où se dénoue le drame : Le
jeune homme attend sa fiancée avec impa-
tience. Il trompe son attente en pensant à
la pure enfant qui va bientôt lui appartenir.
Uaudante qu'il chante est d'une inspiration
déhcate et tranquille, qui rend bien les sen-
timents dont son àme apaisée est mainte-
nant remphe. Page 2o3, sous l'exclamation:
O joie! elle sera ma femme! le motif de
l'Amour conjugal est heureusement ra-
mené.
Brusquement, la porte s'ouvre et Pro-
serpine vient tomber aux pieds de Saba-
tino stupéfait. Mille paroles brûlantes
s'échappent de sa bouche. Elle l'aime à la
folie! Si elle l'a repoussé jusqu'ici, c'est
qu'elle craignait d'être pour lui un objet de
dégoût. Maintenant, que lui importe! Qu'il
la prenne, elle est à lui ! Elle le veut, elle
l'aura, où ils mourront ensemble. Au milieu
de cette scène terrible, on entend le roule-
ment d'une voiture. C'est Angiola et Renzo
qui arrivent. Sabatino désigne à Proserpine
une porte latérale et court, en toute hâte,
au devant de sa fiancée.
Cette scène, point culminant de l'œuvre,
est magnifique d'un bout à l'autre. La sin-
cérité de l'accent dramatique, l'étroite
fusion de la musique et des paroles en font,
dans l'opéra français, le pendant du duo de
Carmen. Au moment où la courtisane
arrive, le violoncelle solo gémit \e Leitmotiv
qui lui est affecté; celui de V Amour vrai
paraît ensuite aux premiers violons et aux
hautbois; enfin, celui de V Aspiration à
r amour revient sous les paroles : J'ai voulu
f arracher de mon âme insensée! Toute la
supplication dé Proserpine : Ecoute, je
souffrais... de la page 20g à la page 2i3,
est d'une intensité d'expression remar-
quable. Outre le thème de V Amour vrai,
page 211, et celui de l'Amour repoussé,
page 212, on retrouve aussi, pages 209 et
211, deux phrases d'accompagnement déjà
parues au premier acte, dans la scène
entre Sabatino et Proserpine. Quand
celui-ci repousse la malheureuse, en invo-
quant son prochain mariage, la mélodie de
l'Amour conjiigalpa.sse encore à l'orchestre.
Superbe, le cri de désespoir de Proser-
pine :
432
LE GUIDE MUSICAL
Tu comprends que voici maintenant une porte,
Dont je ne puis franchir le seuil qu'aimée ou morte 1
La prière de Proserpine se fait de plus
en plus ardente. Elle se traîne aux genoux
de Sabatino, s'offrant à lui avec une in-
consciente impudeur. Ah! ce n'est plus la
fière créature du premier acte, qui, jalou-
sement, cachait à tous, même à l'intéressé,
sa passion profonde ; maintenant, c'est une
humble mendiante, qui demande quelques
bribes d'amour. Toutes ces pages pas-
sionnées sont remarquablement rendues.
Successivement, les thèmes du Désespoir et
de Y Amour vrai passent à l'orchestre.
Quand la courtisane supplie Sabatino de la
prendre au moins pour quelques jours, le
dessin qui souligne, au premier acte, la
jolie scène où Proserpine s'offre à Squa-
rocca, est ramené à l'accompagnement.
J'apprécierai plus loin l'opportunité ce
rappel. A remarquer la belle phrase : Je
suis à tes pieds...] (i).
Sabatino sorti, Proserpine ne s'éloigne
pas. Elle se cache rapidement, pendant
que gronde le thème de la Jalousie. Angiola
entre avec son fiancé tout ému du récit de
l'aventure qu'elle a courue. L'orchestre, à
l'arrivée de la jeune fille, s'apaise, s'adoucit.
Proserpine, la rage et le désespoir au
cœur, assiste à l'amoureux entretien des
jeunes gens, dont les deux voix chantent à
l'unisson une longue phrase mélodique, qui
ne manque pas de charme : Viens! suivons
dans la lumière... Le (rio est complété par
Proserpine, dont la haine ne se contient
plus. Elle surgit tout à coup de sa cachette
et se précipite, le poignard levé, sur An-
giola. Sabatino l'arrête à temps. Tout croule
autour de la courtisane. Violons, altos,
violoncelles exhalent fortissimo le motif de
Proserpine, que l'altération d'une note revêt
d'une morne tristesse, et, tandis que le cor
anglais soupire celui de l'Aspiration à
ramour, la malheureuse se tue. Au quatuor
et au basson, revient encore ce dernier
thème, précédé de celui de V Amour vrai,
La phrase de Proserpine mourante : Mon
(i) Les parties comprises entre les signes [ ont été
supprimées dans la nouvelle édition. On ne saurait trop
regretter cette étrange coupure d'un des plus beaux pas'
sages du dernier acte.
malheur cesse, est d'une merveilleuse et tra-
gique beauté. Soyez heureux, murmure-t-elle,
et elle expire. Alors, une dernière fois,
s'élève de l'orchestre ce motif de V Aspira-
tion à l'amour, qui, en lui-même, résume
tout le drame. Proserpine a voulu aimer et
être aimée. Elle n'a pu. La fatalitp de sa
déchéance première l'a condamnée à ne
jamais connaître cet amour sincère et régé-
nérateur qu'elle rêvait. Et elle meurt de son
impuissance à pouvoir inspirer non plus
un désir brutal, mais un sentiment élevé.
J'ai déjà dit, au commencement de cette
étude, que Proserpine me paraissait être,
après Samson etDalila, l'œuvre dramatique
la mieux venue de Camille Saint -Saëns.
J'ai essayé d'en faire apprécier les beautés
par la minutieuse analyse précédente ; il ne
me reste plus qu'à présenter quelques con-
sidérations générales.
Comme je l'ai démontré par des citationÉ
nombreuses, l'auteur a constamment, dans
sa partition, employé le système du Leii
motiv. Déjà dans Samson et Dalila, on peu!
relever quelques thèmes conducteurs:
Henri VIII en contient davantage ; enfin;
Ascanio, opéra postérieur à Proserpine, eii
est surabondamment pourvu (i). Selon moi;
c'est dans l'œuvre qui nous occupe qu(
Saint-Saëns a fait le plus habilement usage
du Leitmotiv. Dans Ascanio, les thèmes
subissent des transformations plus nom
breuses, ils sont triturés davantage, ils soni
intercalés dans la trame symphonique avec
une maîtrise plus éblouissante peut-être:
mais, et cette critique s'adresse aussi
ceux à! Henri VIII, ils possèdent un défaui
capital.
UnbonLe277«o//i' doit avoir deux qualités'
Il doit être non seulement caractéristique:
mois surtout caractérisé, c'est-à-dire qu'il
faut qu'il ait une phj'sionomie si frappante
que, du premier coup, il se grave dans la
mémoire de l'auditeur. Or, dans Ascanio
comme dans Henri VIII, les Leitmotive
manquent absolument de ces qualités. Ils
(i) Voir mon étude sur Samson et Dalila, celle de
M. Hippeau sur Henri VIII et celle de M. Malherbe
sur Ascanio.
LE GUIDE MUSICAL
433
sont quelconques : ils ressemblent à ces gens
que vous coudoyez depuis dix ans dans la
rue sans que leur figure ait jamais pu fixer
sérieusement votre attention. Dans Proser-
pine, au contraire, les motifs ont, presque
tous, un relief particulier. Néanmoins, leur
emploi peut parfois prêter à la critique.
C'est ainsi que le retour, au dernier acte,
du dessin d'accompagnement de la pre-
mière scène entre Proserpine et Squarocca
ne se justifie guère. M. Saint-Saëns me dira
peut-être que la courtisane, dans les deux
cas, s'offre à un homme, et que le retour du
thème était tout indiqué. Je ne le crois pas.
La situation, en effet, n'est pas la même.
Quand Proserpine veut se donner à Saba-
tino, c'est par amour; quand elle se livre à
Squarocca, c'est par vengeance et par
dépravation morale. Le raisonnement du
compositeur, en admettant qu'il l'ait fait,
et on doit l'admettre, car on ne peut croire
qu'un homme comme Saint-Saëns ait agi
sans raison, est purement spécieux. Des
subtilités pareilles, dignes d'un casuiste,
sont absolument contraires au sens drama-
tique du Leitmotiv. Le système des thèmes
conducteurs, dont Richard Wagner a fait
dans ses œuvres un si merveilleux usage,
n'est admissible qu'à la condition que ces
thèmes soient logiquement employés.
Il faut regretter encore, dans Proserpine,
la réapparition de certains motifs auxquels
il est impossible de donner une signification
bien précise et qui reviennent, on ne sait
pourquoi, dans des situations différentes.
Par exemple, le motif sur lequel les paroles
suivantes sont chantées par Kenzo, p. 22 :
Je serai très ravi de f avoir pour beau-frère,
reparait p. 33 m. i, précédant le thème de
Proserpine, au moment de la rentrée en
scène de celle-ci, puis p. 40, m. i au début
de la scène entre Sabatino et Proserpine, et
ensuite p. iio, m. 12 et suiv. quand Renzo
annonce à Angiola qu'il la marie. Si cette
dernière apparition se trouve expliquée par
la première, il n'en est pas de même des
deux autres.
Malgré ces restrictions Proserpine n'en
est pas moins une œuvre des plus remar-
quables. Chaque acte possède une physio-
nomie bien particulière, ce qui donne à
l'ensemble de l'ouvrage, sans que l'unité en
soit le moins du monde rompue, une
variété qui n'avait nullement besoin d'être
augmentée par les adjutorium sans valeur
que j'ai déplorés plus haut : saltarelle,
chœur de gitanos (i).
Une chose qu'il faut admirer aussi dans
cette partition si intéressante, ce sont les
accompagnements. Outre les Leitmotive,
base principale du tissu symphonique, on
trouve, à chaque instant, de délicieux
dessins d'orchestre, des broderies ravis-
santes, semées à pleines mains par un mu-
sicien pour qui le contrepoint et la fugue
n'ont pas de secrets.
L'instrumentation, toujours solidement
basée sur le quatuor, ne saurait non plus
être passée sous silence. Elle est admirable
d'un bout à l'autre de l'œuvre, pleine de
couleur, de variété, de sonorités agréables,
d'éclats brillants, de poétiques demi-
teintes.
Proserpine a subi le sort commun à la
plupart des belles œuvres. D'ailleurs, ce
drame lyrique d'un de nos plus grands mu-
siciens était peu fait pour le public d'un
théâtre où de misérables productions,
comme Mignon et les Dragons de Villars
sont encore en honneur.
Le jour où une troisième scène lyrique
sérieuse s'élèvera à Paris, Proserpine y
aura sa place toute marquée. Alors, j'en ai
l'intime conviction, le public reconnaîtra
combien il s'est trompé, et il fera fête à la
partition méconnue aujourd'hui, demain
triomphante.
Etienne Destranges.
X'ib^inne à Hpollon
G. Perrot publie, dans le Journal
des Débats, une très intéressante no-
C±-»£^ tice sur l'Hymne à Apollon, récem-
ment découvert à Delphes et qui est venu
II) On ne saurait trop souhaiter qua la reprise de son
œuvre, M. Saint-Saëns rétablisse l'ancien commence-
ment et l'ancienne fin du troisième acte.
434
LE GUIDE MUSICAL
tout à coup ajouter des révélations inat-
tendues à nos connaissances, jusqu'ici
très imparfaites, en ce qui concerne la mu-
sique chez les Grecs. Celles-ci reposaient
jusqu'ici sur les ouvrages théoriques qui
nous ont été légués par l'antiquité, ouvra-
ges sur l'interprétation desquels on est
loin de s'accorder, et, en second lieu,
sur les hymnes attribués à Denys et à Mé-
somède, compostions médiocres, médio-
crement transmises, de l'époque des An-
tonins. A ces documents, depuis longtemps
connus, les découvertes paléographiques
et ethnographiques de notre siècle n'avaient
ajouté que peu de chose, à savoir : les
exercices instrumentaux de Y Anonyme de
Bellermann, la courte inscription musicale
de Tralles et le chétif lambeau d'un
chœur de VOreste d'Euripide, récemment
publié par M. Wessely. La trouvaille de
Delphes est d'une bien autre importance.
Sans compter une douzaine de fragments
plus ou moins longs, où il y a aussi des
notes écrites au-dessus des paroles, elle
nous apporte enfin une grande cantilène du
troisième ou du second siècle avant notre
ère, qui, par son étendue, par sa valeur
poétique et musicale comme par l'authen-
ticité de son texte, prendra désormais la
première place parmi les. reliques de la
musique des Grecs.
Les fragments auxquels on doit cette
révélation, explique M. Perrot, proviennent
du Trésor des Athéniens.
On appelait ainsi la chapelle que ceux-ci
avaient construite à Delphes, en style dorique, et
décorée de nobles et charmantes sculptures, au
lendemain et en souvenir de leur victoire de Ma-
rathon. C'est autour de ce petit sanctuaire que,
pendant les siècles suivants, continuèrent toujours
de se grouper les théories ou députations religieuses
que la cité envoyait, à des dates fixées par la tra-
dition, porter ses hommages au fils de Latone,
protecteur commun de toute la race hellénique. La
députation comprenait, outre ses chefs, choisis
parmi les premiers personnages de la ville, des
musiciens et des chanteurs; l'exécution de cet
hymne à Apollon, de ce Péan, comme on l'appelait,
était la partie la plus importante de la cérémonie.
Le thème poétique ne changeait point; c'était
toujours l'éloge du dieu; mais à ce qu'il semble,
certains de ces péans avaient paru plus beaux que
d'autres, avaient obtenu un plus vif succès, et
celui-ci leur avait valu l'honneur d'être gravés sur
des tables de marbre qui étaient attachées aux
murs du Trésor. C'est ce que l'on constata lorsque,
à l'endroit même qu'indiquait Pausanias, les
fouilles ont mis au jour les débits de cet édifice,
colonnes, entablement et bas-reliefs. Parmi ces
décombres, on remarqua des fragments d'inscrip-
tion qui présentaient un aspect assez extraordi-
naire; avec les vers alternaient, placés dans les
interlignes, des signes bizarres qui surmontaient
certaines syllabes ; il y en avait tantôt deux pour
une seule sj'llabe, où la voyelle était alors
redoublée, tantôt un seul pour plusieurs syllabes.
Ces signes se rapportaient à deux systèmes
différents ;
1° Une série alphabétique incomplète, conforme
( n général aux types de l'alphabet usuel et n'en
différant que par quelques signes. Elle compte
quatorze signes :
B F F 0 I K A M 0 r $, W barré et W renversé,
0 renversé.
2° Une série de signes conventionnels où entrent
quelques signes de l'alphabet.
La poésie parait avoir été divisée en deux ou
trois morceaux qui se distinguaient par le mètre,
péan proprement dît, hymne et prosodie ou chant
processionnel. L'hymne seul a été assez bien con-
servé. Leux fragments subsistent, l'un de dix vers
et l'autre de dix-huit, tous deux, par malheur, cou-
pés au milieu d'une phrase.
C'en est assez cependant pour apprécier la com-
position qui ne manque, malgré la banalité du
sujet, ni de souffle, ni d'élégance.
La queston qui se posait, c'était de savoir si les
signes qui accompagnaient cette poésie étaient
bien des notes de musique. Qu'est-ce qui le
prouve, et, s'ils ont en effet ce caractère, comment
pouvons nous en déterminer la valeur? Or il n'y a
vraiment pas de doute à avoir sur l'exactitude
parfaite et la certitude absolue de la transcription
en notation moderne qui a été donnée de ces signes
par M. Théodore Reinach, aussi savant musicien
qu'il est philologue et numismate habile.
Déjà la superposition de ces signes aux paroles
éveille l'idée d'une poésie destinée à être
chantée; mais il y a mieux : ces signes sont tous
reproduits, avec beaucoup d'aures, dans le traité
qu'Alypius composa sans doute au quatrième
siècle de notre ère, l'Introduction à la musique. Or,
Alypius est l'héritier de théories musicales qui
remontent tout au moins jusqu'au quatrième siècle
avant Jésus Christ, jusqu'à Aristoxepos, l'auteur
lies Eléments d'harmonie, c'est-à-dire jusqu'à une
époque antérieure à la composition de l'hymne
delphique.
Nous retrouvons chez Alypius deux systèmes
de signes qui sont identiques à ceux dont l'inscrip-
tion nous fournit des exemples et nous y appre-
nons que, de ces signes, les uns s'appliquaient à
la musique vocale et les autres à la musique ins-
trumentale. Nous bornant à la notatisn vocale,
nous voyons que ces signes, diversement com-
binés, suffisaient à la notation des trois genres
diatonique, enharmonique et chromatique, ainsi
que des quinze tons que distingue Alypius, le
dorien, le phrygien et le lydien, avec les dérivés
et les composés de ces tons. Chacune de ces com-
binaisons admet un certain nombre de signes et en exclut
d'autres; si donc on dresse la liste des notations
LE OVIDE MUSICAL
435
qui figurent dans notre morceau, en la comparant
à chacun des tableaux fournis par Alypius, on
arrivera par voie d'élimination, à déterminer le
ton et le genre de l'air delphique.
Or, des quatorze signes indiqués plus haut,
douze appartiennent au mode phrygien, et deux
sont exclusivement propres au genre chromatique.
Le morceau est donc écrit dans le ton phrygien et
dans la variété chromatique de ce ton. Les deux
signes restants ont même valeur dans tous les tons
sans distinction. Quant au mode, c'est-à-dire au
point de départ et à la forme de la gamme, on a
pu le déterminer aussi en observant la finale et, à
défaut de la note finale, les terminaisons des
gratides reprises, les mélodies antiques finissant,
en règle générale, sur Vhypaté ou note fondamen-
tale de la gamme modale; on a tenu compte aussi
de la misé, c'est-à-dire de la note qui se réiiète le
plus, de la quarte ou sous-dominante d6 cette même
gamme. Ces observations amènent à conclure que
la mélodie est écrite dans notre ton àhit mineur.
Reste la mesure; c'est le mètre poétique qui la dé-
termine; de ce mètre, tel que l'a restitué M. Henri
Weil, auquel avait été confiée l'étude de tous ces
fragments, M. Reinach a tiré une mesure à cinq
temps. Mais cette mesure n'était pas appliquée
avec une rigueur absolue; elle se conciliait, sans
doute, avec un système moins précis de phrases
musicales et de périodes rythmiques. M. Nicole,
musicien distingué qui habite Athènes, estime que
les temps ne se battaient pas exactement, mais
que les mesures pouvaient être allongées ou res-
serrées, selon le dessin de la phrase ou les néces-
sités de la déclamation lyrique. Cela seul prête à la
discussion; mais la tradition du plain chant semble
autoriser cette hypothèse.
La première exécution de l'hymne, nous
l'avons déjà annoncé, a eu lieu dans la
bibliothèque de l'Ecole française d'Athènes.
Le roi, la reine et la famille royale de
Grèce ont assisté à cette exécution, qui a
fait, sur tous les auditeurs, une profonde
impression.
L'ORCHESTRE DE LA MONNAIE
ET LES CONCERTS POPULAIRES
L'incident auquel a donné lieu l'introduction
d'une nouvelle clause dans les engagements
des artistes de l'orchestre de la Monnaie n'est
toujours pas aplani. Nous y revenons pour
constater la piteuse attitude des directeurs du
théâtre de la Monnaie. Ils n'ont même pas le
courage de leurs actes. A l'exposé irréfutable
des faits, ils ont essayé d'opposer de vagues
dénégations. « Nous, attaquer les Concerts
populaires, s'écrient-ils ; cette institution qui
depuis trente ans a rendu de si grands services
à l'art ? Nous n'y songeons pas? Nous prend-
on pour des imbéciles? Nous ne voulons
qu'une chose, c'est nous prémunir contre des
actes de mauvais gré. »
Et ils répètent et font répéter lemensonge de
la répétition générale du concert populaire
donnée le jour de la première de Tristan.
Ils mentent sciemment et effrontément, car
les quatre-vingts musiciens de l'orchestre sont là
pour témoigner que cette répétition du mer-
credi 21 mars, que M. Joseph Dupont avait
offert spontanément de lever, n'a duré que trois
quarts d'heure, malgré les protestations des
artistes, qui ne demandaient pas mieux que de
continuer.
Ah! ils sont vraiment à croquer ces deux
tartufes. « Nous ne demandons qu'une chose,
c'est l'entente », clament-ils d'un air patelin,
depuis qu'ils s'aperçoivent que le coup a
manqué. S'ils la voulaient, l'entente, pourquoi
avoir modifié la teneur des engagements de
l'orchestre ? Car tout est là. L'entente a toujours
existé. La direction des Concerts populaires
ne peut disposer de la salle sans la demander
au moins quinze jours à l'avance; c'est de
commun accord entre elle et la direction de la
Monnaie que, depuis cinq années, sont fixées
les dates des concerts et aussi celles de la répé-
tition générale, laquelle de temps immémorial
a toujours lieu le samedi, à deux heures. Cette
année même, M. Dupont n'a pas fait une seule
répétition pendant toute la semaine qui a pré-
cédé la première de Tristan. L'intérêt réci-
proque veut que, de part et d'autre, on ménage
les forces des artistes de l'orchestre. L'entente
est ainsi nécessaire, fatale, et elle s'est faite
par la force même des choses depuis qu'existe
le régime actuel. Alors quoi? Que veut-on? A
quoi rime la clause nouvelle des engagements ?
Pourquoi l'excepdon faite en faveur des seuls
concerts du Conservatoire, si ce n'est pour
s'assurer un moyen de taquiner, à l'occasion, la
direction des Concerts populaires? Pourquoi la
nouvelle clause introduite même dans les
engagements des artistes du chant et interdisant
à ceux-ci de se faire entendre à Bruxelles, dans
aucun concert, un mois après la clôture de la
saison théâtrale? N'est-ce pas pour empêcher
M. Joseph Dupont de faire appel aux artistes
du théâtre et désorganiser son concert de clô-
ture, généralement consacré, après la saison,
notez-le bien, à quelque grande exécution
vocale et chorale ?
LE GUmE MUSICAL
Vous voulez l'entente? Il y a un moyen bien
simple de la faire : supprimez le malencontreux
et insidieux article introduit dans les engage-
ments pour satisfaire nous ne savons quelles
rancunes.
Quant à nous donner le change, quant à
faire croire au public que c'est M. Joseph
Dupont qui est responsable de l'exécution
lamentable de Tristan, c'est d'une phénomé-
nale gaîté ! Prière de ne pas nous confondre
avec vos abonnés et vos actionnaires! Si l'on
délaisse votre théâtre, si vous ne faites plus
guère de recettes que les jours de marché et les
dimanches où la province et la banlieue
envahissent la salle, si la scène de la Monnaie,
naguère si brillante, est en pleine décadence et
tombée au rang des pires scènes de province,
ne cherchez pas au dehors, ne vous en prenez
qu'à vous-mêmes, à votre insuffisance, à l'insuffi-
sance de votre chef d'orchestre, de votre régis-
seur, à votre ignorance du répertoire contem-
porain, à votre goût suranné, à votre totale
indifférence aux choses de l'art, à votre unique
préoccupation de la caisse !
Ces mérites négatifs peuvent suffire pour
vous valoir l'estime de M. De Mot, échevin et
président du Cercle artistique et littéraire(?),
pour vous assurer l'appui « éclairé » de M . An-
dré, échevin des beaux-arts de la ville de
Bruxelles ; quant à l'estime du public, il y a
beau jour qu'elle est réduite à rien en ce qui
concerne votre direction. Privés du concours
des deux hommes qui avaient contribué plus
que quiconque à donner un lustre extraordi-
naire au théâtre de la Monnaie, vous avez failli
à toutes les promesses de votre passé, montré
une remarquable inaptitude à la charge quasi
publique dont la confiance du conseil communal
vous avait honoré, et dans laquelle il vous a
indûment confirmé; votre direction a été si
navrante que la génération actuelle, ne pouvant
s'imaginer qu'aujourd'hui soit si différent d'hier,
se demande avec étonnement et incrédulité par
quel miracle vous auriez pu être autrefois des
directeurs intelligents et artistes.
Et c'est alors, sentant le terrain s'effondrer
sous vos pas, que vous cherchez à rendre une
cabale responsable de l'échec pareillement
lamentable de toutes vos entreprises! Vous
faites insinuer qu'on mène une campagne contre
vous ! Contre vous ? Allons donc ! Votre pré-
somption vous aveugle! On ne s'arme pas
contre le néant ; on ne pourfend pas zéro. Vous
n'existez pas pour nous! Voilà tout. Nous
ignorons, nous voulons bien ignorer qu'il y a
un théâtre de la Monnaie mal dirigé, bien qu'il
soit subsidié de nos deniers de contribuables;
n'y pouvant rien changer, nous nous sommes
fait une indifférence, par raison. Seulement,
il y a à cette indifférence, une condition : c'est
que vous continuiez sans tapage et sans forfan-
terie votre industrie de marchands de spectacles
pour vieux Messieurs ; c'est que vous n'ayez
pas la prétention de ra3'onner au delà du
cercle étroit qui vous est assigné, c'est que vous
vous absteniez de toucher à ce qui nous est
cher, c'est que vous n'appliquiez pas votre in-
compétence à l'interprétation de chefs-d'œuvre
que vous êtes incapables de comprendre, vous
et vos chefs d'emploi, c'est que vous subissiez, en
silence et humiliés, la supériorité d'exécutions
simplement orchestrales qui devraient être un
enseignement pour vous et qui vous portent
ombrage parce que vous ne pouvez atteindre
à leur perfection.
Une cabale! Oui, il yen aune. Mais c'est celle
de tous les artistes, de tous les gens de goût, de
tous les amateurs distingués, de tous les cri-
tiques d'art impartiaux et que des liens d'amitié
n'attachent pas, — à regret, — à la mauvaise
cause que vous représentez; il y a contre vous
la cabale du public tout entier, outré de vos
procédés autant que de votre inaptitude artis-
tique ; il y a plus que cela, il y a contre vous la
quasi-unanimité de vos propres artistes, chan-
teurs et instrumentistes, qui vous lâchent avec
une désinvolture significative dès qu'ils sont
certains de pouvoir manifester leur sentiment
sans se compromettre !
Il vous reste un seul moyen d'arrêter les
sifflets qui accueillent la pitoyable comédie que
vous nous donnez : c'est d'avouer que, cette
fois encore, vous n'avez pas vu bien clair, et
que vous vous êtes fourvoyés.
Ce sera au moins un acte intelligent à l'actif
de votre direction. M. Kufferath.
P. S. — M. Philippe Flon adresse une lettre à
la Gazette dans laquelle il dément les propos qui
lui ont été attribués et qui constituent un des élé-
ments du conflit. On nous permettra de trouver ce
démenti, tout au moins tardif. Voilà quinze jours
que les journaux s'occupent de l'affaire, rapportent
les paroles qui auraient été dites par M. Flou et
c'est seulement aujourd'hui qu'il s'aperçoit qu'on
lui aurait fait dire autre chose que ce qu'il avait
pensé. C'est étrange! Ce qui l'est plus encore, c'est
la contradiction entre la version que M. Flon nous
donne aujourd'hui et l'aveu contenu dans la lettre
adressée par MM. Stoumon et Calabresi a la. Ré-
forme et à la Chronique. M. Flon prétend avoir dit :
« que l'article nouveau ne visait ni les Concerts
populaires, ni la Société de Tournai, ni M. Du-
pont moins que tout autre ». Dans leur lettre à
LE GUIDE MUSICAL
437
la Réforme MM. Stoumon et Calabresi reconnais-
sent « qu'ils avaient voulu se prémunir contre des
actes de mauvais gré » faisant ainsi allusion à leur
mensongère affirmation au sujet de la répétition
des Concerts populaires faite le jour de la pre-
mière de Tristan.
M. Flon ajoute :
«C'est une précaution contre toute société mu-
sicale qui disposerait de l'orchestre sans s'être
entendue au préalable avec la direction pour le
travail des répétitions. »
Qu'est ce que ce galimatias! Quelle société
pourrait engager l'orchestre de la Monnaie sans
une entente avec la direction. Voyez vous ces
quatre vingts musiciens subtilisés tout à coup, sans
qu'on s'en aperçoive! Passez muscade! il n'y en a
plus, ni flûtes, ni violons !
C'est à pouffer de rire! La lettre de M. Flon
n'est pas sérieuse. Tout ce que nous en voulons
retenir c'est qu'elle est — non un démenti, — mais
un désaveu des paroles qu'il a dites.
Et celles-ci M. Guidé et plusieurs artistes de
l'orchestre qui les ont entendues, les maintiennent
en dépit des dénégations de M. Flon. Entre les
affirmations de celui-ci et celles de M. Guidé, nous
n'hésitons pas.
Au fond, ce que M. Flon a dit ou n'a pas dit,
importe peu. L'essentiel c'est la clause de l'en-
gagement, et cela c'est l'acte de mauvais gré et de
basse rancune que nous reprochons aux directeurs
de la Monnaie
Il faut qu'elle disparaisse.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
f ENTRÉE triomphale d'Edouard Colonne
aux Concerts du Châtelet. Salle comble
^^^_, pour l'audition de la Damnation de
Faust, avec M"^ Marcella Pregi, Fournets et
Engel dans les rôles principaux. Entre la pre-
mière et la seconde partie, plusieurs abonnés
des Concerts, étant en cela les interprètes du
public, et désirant témoigner à Ed. Colonne
leur satisfaction des succès qu'il a obtenus à
Saint-Pétersbourg, ainsi que de l'initiative
prise par lui de confier, pendant son absence,
le bâton de commandement à des chefs tels
que Félix Mottl, Hermann Levi et Ed. Grieg,
lui ont fait remettre une superbe couronne.
Une ovation chaleureuse a été faite au sympa-
thique chef d'orchestre. L'exécution de la
Damnation, de Faust a été fort belle et les
solistes ont été acclamés. Edouard Grieg assis-
tait au concert, dans la loge de M™^ Colonne.
Au Conservatoire, dix-huitième concert de
l'année. La symphonie en la de Beethoven a
été exécutée avec cette perfection que l'on ren-
contre seulement au Conservatoire pour l'inter-
prétation des œuvres du maître de Bonn. Peut-
être serait-il permis de regretter la trop grande
rapidité avec laquelle a été conduit le finale.
Les chœurs ont fort bien dit la Nuit du Sabbat
de Mendelssohn et le Fater Noster fa capella)
de Meyerbeer. Le grand succès a été pour la
suite en si mineur de J.-S. Bach, où l'habile
flûtiste M. Hennebains, qui marche sur les
traces de son illustre devancier, a recueilli des
applaudissements mérités. Un chaleureux
acc;ueil a été fait également à la Danse maca-
bre de C. Saint-Saëns, et à la Marche de
Tannhœtiser.
Nous devons savoir un gré infini à M. Vin-
cent d'Indy d'avoir organisé, à la salle d'Har-
court, dimanche soir, avec le concours de
M™e Deschamps-Jehin,de MM. Eugène Ysaye,
le grand violoniste belge, Henri Gillet et
Auguste Pierret, une audition des œuvres de
Guillaume Lekeu. Ce jeune compositeur, mort
au printemps de la vie, était né le 20 jan-
vier 1870 à Heusy lez-Verviers (Belgique). II
avait travaillé avec César Franck et, après la
mort de ce dernier, avait terminé ses études
avec Vincent d'Indy. Au concours de Rome
(en Belgique), le second prix lui fut décerné
en i8gi, avec le poème lyrique pour soli,
chœurs et orchestre, Andromède. Cette œuvre,
couronnée par l'Académie de Belgique (sec-
tion des beaux-arts), fut exécutée pour la pre-
mière fois à Verviers. Un air d'Andromède fut
donné le 25 décembre 1892, au dixième con-
cert populaire de l'Association artistique d'An-
gers. Depuis plusieurs années, la famille de
Guillaume Lekeu s'était établie dans la capitale
de l'Anjou, lorsque la mort vint surprendre le
jeune musicien, le 21 janvier 1894. Il n'avait
que vingt-quatre ans.
En donnant, le 21 avril 1894, ^^^ audition
des œuvres de Guillaume Lekeu, dont la riche
organisation musicale s'était dévoilée de bonne
438
LE GUIDE MUSICAL
heure, MM. Vincent d'Indy, Gabriel Séailles,
Carloz Schwabe, Maurice Pujo et Henri Gillet
ont fait acte de cœur et de haute confraternité
artistique. Ils en ont été largement récompen-
sés par l'accueil plus que chaleureux fait à
l'œuvre et aux interprètes par les nombreux
auditeurs accourus à leur appel. Le talent
de Guillaume Lekeu s'affirme principalement
dans les compositions pour l'orchestre. Aussi-
tôt qu'il écrit pour les instruments, il semble
qu'il est déjà en possession d'une certaine maî-
trise. La note est austère ; la conception d'un
grand caractère. L'Adagio, écrit pour violon,
violoncelle et quatuor d'orchestre, la Deuxième
étude symphonique et la Fantaisie pour
orchestre sur deux airs populaires angevins ont
révélé de grandes qualités. Dans toutes ces
pages, plane un sentiment de haute mélancolie;
on dirait que le pressentiment d'une mort pré-
maturée avait inspiré à sa muse les chants les
plus tristes. Par moments, un écho un peu trop
retentissant de la musique wagnérienne se
répercute; mais la personnalité de l'auteur
s'affirme aussi très nettement surtout dans
toute la première partie de cet A dagio pour
violon, violoncelle et quatuor d'orchestre daté
de 1891 et portant pour épigraphe :
Les fleurs pâles du souvenir.
(G. Vanor.)
Les voix émues du violon et du violoncelle
s'enlèvent magistralement sur la trame orches-
trale, dessinant une sorte de marche funèbre.
Il existe de belles sonorités, des harmonies
très séduisantes dans la Deuxième étude sym-
phonique (1890) inspirée par cette pensée de
Gœthe : « L'éternel féminin nous attire en
haut ».
Très éclatante de ton, très mouvementée est
la Fantaisie pour orchestre sur deux airs popu-
laires angevins (1892). Une desplusjolies pages
est celle où les violons dessinent un trait lié en
sourdine sur lequel s'enlèvent les douces notes
du hautbois. Mais pourquoi, dès la deuxième
partie un peu trop déveloi>pée, avoir fait appel
à des souvenirs wagnériens, qui n'avaient rien
à faire dans une œuvre conçue avec des motifs
populaires de l'Anjou ?
On a été moins satisfait des compositions
pour chant, telles que Sur une tombe (1892) et
Andromède, poème lyrique de J. Sauvenière
(1891). L'élément mélodique est pauvre et les
contours sont absolument indécis.
La sonate pour piano et violon (1892) en trois
parties, a de belles pages chaleureuses, rappe-
lant quelque peu certaines tendances de Joa-
chim Raff, notamment dans sa Sonate chroma-
tique ; mais l'abus du système engendre
forcément la monotonie, surtout lorsque la
concision fait défaut.
Que dire du talent d'Ysaye, si ce n'est que
c'est la perfection même ? Il a été acclamé, rap-
pelé à plusieurs reprises. Ce fut un véritable
triomphe, auquel ont été associés M. Vincent
d'Indy, qui dirigeait l'orchestre avec la maîtrise
qu'on lui connaît, M™^ Deschamps-Jehin, dont
la belle voix a fait valoir l'air à' A ndromède,
MM. H. Gillet et A.Pierret, qui, le premier dans
l'adagio pour violon et violoncelle, le second
dans la sonate pour piano et violon, ont été les
dignes partenaires d'E. Ysaye.
Hugues Imbert.
Le concert de musique russe organisé, mer-
credi, à la salle d'Harcourt, par M. A. Wino-
gradsky, président de la Société impériale de
musique à Kief, ne comptait pas moins de
neuf numéros importants, parmi lesquels la
4^ Symphonie de Tschaïkowsky, qui dure, à elle
seule, trois quarts d'heure. C'est dire l'intérêt
présenté par cette séance que de constater la
présence du public jusqu'à la dernière note,
malgré l'heure avancée.
La 4' Symphonie de Tschaïkowsky ren-
ferme les qualités et les défauts souvent relevés
de ce compositeur ; comme la plupart de ses
œuvres, elle gagnerait à être condensée, réduite
de moitié, tant les développements se répètent
textuellement. Ce qui manque, c'est la grada-
tion dans l'intérêt, car les idées sont parfois
belles et la facture aisée. Le second thème de
V allegro est bien venu, d'allure véhémente;
Vandantino est un Lied assez lourd et carré,
qui repasse souvent sans développements. Le
scherzo, ionien pizzicato, a beaucoup plu par
son crépitement continu. Le finale est plutôt
un rondo pour orchestre, car il ne contient
aucun développement vraiment symphonique.
Cosatschok, fantaisie de Dargomijsky, est
un morceau coloré, rude et emporté, qui donne
idée de la vraie école russe sans influence
étrangère; tandis que l'entr'acte de William
Ratcliff de Cui, plus apprêté, civilisé, trahit,
dans le faire et l'orchestration plus étudiée,
l'élément français ; cette pièce est bien venue et
d'un beau sentiment. Laissons la Rêverie
orientale d'Ivanof, un médiocre morceau de
violon à gammes et arpèges, pour arriver à
Sadko, l'étonnante fantaisie de Rimsky-Korsa-
koff. Nouvelle orchestration, dit le programme ;
pour qui connaît la facilité surprenante d'instru-
menter avec originalité de Rimsky-Korsakoff,
LE GUIDE MUSICAL
439
cette indication était pleine de promesses. Rien
de plus curieux et d'un goût plus relevé que
cette fantaisie d'orchestre dont le sujet légen-
daire n'est qu'un prétexte à brillantes colora-
rations et nervosités rythmiques. Pour notre
part, nous préférons Sadko à Antar, qui est
plus rude et moins harmonieux de couleur.
Avec la Fantaisie serbe et des fragments de
Pskovitianka, le tableau musical Sadko carac-
térise à merveille la saveur du tempérament
musical de Rimsky-Korsakoff.
La cavatine du Prince Igor a été chantée
avec goût, quoique un peu froidement, par
M. Warmbrodt; nous croyons nous souvenir
que Borodine, dans une exécution de ce mor-
ceau, avait pris un mouvement tant soit peu
plus lent vers la fin. Le Lever de soleil à
Moscou (prélude de l'opéra K or an ts china] de
Moussorgsky, très intéressant tableau d'or-
chestre, avec des détails d'orchestration très
délicats ; puis l'ouverture de Rousslaii et Lud-
millo du vieux Glinka, de verve assez vulgaire,
terminaient cette belle soirée.
M. Winogradsky est un chef d'orchestre de
grand talent et de profonde sagacité : avec un
orchestre recruté en hâte et peu de répétitions,
il a su inculquer une force de rythme et
d'expression inusitée, travail remarquable si
l'on songe que la plupart des musiciens russes
sont d'exécution difficile et chargés de détails
précis. Ajoutons que tous ces morceaux étaient
non encore connus à Paris.
Sans doute la multiplicité et l'exagération
de gestes démonstratifs de M. Winogradsky a
d'abord dérouté, surpris le public :"mais une
telle chaleur communicative se dégage de sa
mimique, il vibre à l'unisson avec une telle
bonne foi que cette naïveté artistique lui a
conquis toutes les sympathies. Constatons qu'il
conduit les œuvres de ses compatriotes avec un
entrain, une verve du meilleur aloi. Félicitons
sincèrement M. Winogradsky, et souhaitons
qu'il revienne bientôt nous faire entendre en-
core de la musique neuve et intéressante.
M. R.
La Sainte Cécile de M. de Salelles est une
cantate, tout ce qu'il y a de plus traditionnel
dans le genre cantate, malgré cette présomp-
tueuse étiquette « drame lyrique » dont elle
s'affuble. L'auteur, M. de Salelles, est un mu-
sicien amateur qui a écrit également le poème
"de son œuvre ; cette partition a cependant
toute la gaucherie et l'allure réminiscente d'une
composition de concours officiel. C'est une
grisaille continue, un désert de musique où.
quand on croit parfois saisir une idée, une
phrase, on doit bientôt la rejeter, tant elle est
peu originale, archiconnue.
Un prélude très long, très long, qui se traîne
sans annoncer rien, ni présenter même quel-
que intérêt de facture. Suit un chœur en pseudo-
style d'oratorio avec tentative d'écriture clas-
sique; la même mesure à quatre temps, mode-
rato, sévit depuis le commencement, mesurant
l'ennui. Le tableau finit sur une sorte de
serment dans le genre opéra avec tout le redon-
dant et la boursouflure qu'il comporte; un
chœur de soldats, orphéonique au superlatif,
avec des appels de trompettes, fossiles, et une
marche qui rappelle fâcheusement la marche
danoise de VHanilet de Thomas.
Au deuxième tableau, un chœur de prê-
tresses sans caractère ; la marche qui suit est
plus triomphale que nuptiale, un chœur de
prêtres, — toutes les basses, — tout à la Meyer-
beer. U épitiialanie qui suit vaut mieux, malgré
les rosalies.
Le troisième tableau, qui ne contient qu'un
long d2lO entre Cécile et Valère, est le meilleur
de la partition ; rien de bien saillant et encore
des contresens dans l'expression ; un abus de
formules, la fin des tirades, trop déclamée et
terminant sur la tierce, à la Massenet. 'L'arioso
« Enivrante parole » repris en duo ne manque
pas de charme. Mais le Credo final à l'unisson,
avec ses progressions harmoniques empruntées
à Gounod, est bien poncif.
Le dernier tableau renferme le meilleur épi-
sode musical : c'est l'air de l'évéque « Je te
bénis » avec accompagnement de violoncelle :
cela est bien venu, sans effort, encore que le
récit qui précède soit d'une platitude affligeante.
L'extase de sainte Cécile rappelle le Sommeil
de la Vierge : l'analogie de situation ne justifie
peut-être pas la ressemblance des morceaux.
L'appel des anges, faible, avec un pizzicato
de violon assez malheureux.
Le finale nous ramène aux plus déplorables
procédés de l'opéra. C'est d'un dramatique
sommaire, conventionnel. Le chœur u Mort
aux chrétiens», avec de petites entrées fuguées,
est simplement ridicule. La scène entre Cécile
et le peuple se compose d'oppositions d'expres-
sion attendue, puis une reprise sxiraiguë du
Credo. Enfin un chœur quelconque termine
cette partition.
Evidemment, les œuvres de grande valeur
sont rares, et il serait déjà très honorable de
montrer un talent relatif dans une composition
qui tend au grand art. Mais il faut reconnaître
qu'il est d'une ambition déplacée, pour la parti-
440
LE GUIDE MUSICAL
tion de M. de Salelles, de vouloir accéder,
comme il la prétendu, au programme d'un
grand concert dominical, et d'afifronter le
public.
On a fait un joli succès à Fauteur et à ses
interprètes, M"" Blanc, MM. Auguez et Caylus.
M. K.
La légende dramatique Saint Julien l'Hospi-
talier, tirée du conte de Flaubert par M.Luguet
et traduite musicalement par M. Camille
Erlanger, grand prix de Rome de 1888, a été
exécutée jeudi dernier.
Bien que sorti de la classe de Léo Delibes,
M. Erlanger n'a rien emprunté à son maître,
mais beaucoup trop au système wagnérien.
Admirateurs du maître de Bayreuth, nous pen-
sons que celui qui cherche à s'assimiler sa
manière, ses procédés, sa phraséologie, fait
absolument fausse route. A agir ainsi, le com-
positeur perdra le style qu'il aurait pu avoir ;
il n'arrivera qu'à être un être impersonnel.
Nous crions donc « gare » à M. Erlanger, dont
l'œuvre renferme de belles pages, mais dont la
la personnalité ne s'accuse nullement.
Les interprètes, M. et M™" Auguez de Mon-
talant, M. Gibert ont été remarquables, et
M. Taffanel a fort bien dirigé sa phalange
instrumentale.
•f'
Charmant concert donné samedi dernier à
la salle Erard par M'ie Clodilde Kleeberg, avec
le concours de l'orchestie Lamoureux. Dans les
divers morceaux qu'elle a interprétés, la jeune
artiste a dévoilé à nouveau toutes les qualités
de mécanisme, de goût et de science musicale
que nous avons bien souvent signalées et qui
ontjustement établi sa réputation en France et
à l'étranger.
•f"
Les deux derniers concerts de la Trompetie
étaient consacrés à la musique française con-
temporaine.
Il est difficile d'entendre à la fois un concours
de solistes plus distingues et de compositions
plus faibles. M"<îs Depecker et Dubois, MM.
Risler, Gigout, Auguez, etc., ont certes dû
leurs succès aux seules mérites de leur exécu-
tion. Citons cependant hors de pair les Soirs
de Pugno, quatre bien jolies pièces jouées par
l'auteur avec le charme qu'on lui connaît ;
remarquons deux œuvres de Godard, un trio en
sol mineur et le Chœur des Elfes dont M"=
Reine Laurent a chanté les importants soli
avec une fort belle voix mise au service d'une
excellente méthode; mentionnons un trio (op.
3o) d'Emile Bernard dont l'intéressante partie
de piano était vigoureusement enlevée par M.
L Philipp, et un concerto de violon (op. 2g)
du même auteur, parfaitement exécuté par M.
Remy. Quant à certaines productions incolores
inscrites au programme, nous n'avons pas le
courage d'en parler ; elles manquent par trop
de tout ce qui pourrait leur valoir les honneurs
de la critique. Rayval
Nous avons parlé d'un projet de loi déposé à
la Chambre française, qui tendait à supprimer
les droits d'auteur et l'autorisation préalable
pour les exécutions musicales gratuites. La
commission extra-parlementaire chargée d'étu-
dier la question a accepté la proposition de la
Société des auteurs et compositeurs, propo-
sition qui consiste à réduire à un franc par an
la somme à payer pour les auditions dont la
recette est nulle, c'est-à dire auditions popu-
laires, etc., etc.
De cette façon le principe du droit à payer
est sauvegardé. Et quoiqu'il ne soit pas men-
tionné, le principe plus important de l'autorisa-
tion préalable est conservé, coj'ons-nous, puis-
qu'il est subordonné à l'autre. Car il ne faudrait
pas que l'on puisse, pour un franc par an, gal-
vauder les œuvres musicales.
Devant l'Académie des beaux-arts, section
musicale au grand complet, car MM. Ambroise
Thomas, Reyer, Saint- Saëns. Massenet, Pala-
dilhe étaient présents, l'Hymne à Apollon a été
exécuté, avec accompagnement d'armonium et
de harpe.
M. Théodore Reinach a fait précéder l'exé-
cution de la lecture d'un mémoire dans lequel
il a expliqué les circonstances de la découverte,
la méthode poursuivie pour la transcription de
la mélodie, etc.
M. Saint-Saëns aurait, toutefois, exprimé le
regret que le rythme à cinq temps ne fût pas
plus marqué, ce qui faisait croire tout d'abord
que la mesure était six-huit.
BRUXELLES
Le Théâtre de la Monnaie a clôturé sa
saison d'une façon brillante, « grâce à M. Ernest
Van Dyck », comme le constate notre émi-
nent confrère M. Ed. Fétis dans VIndépen-
dance belge. « Grâce à Ernest Van Dyck «
est sévère, mais juste. Sans Van D3'ck, c'eût été
lamentable. M. Fétis ne le dit pas, mais il le
LE GUIDE MUSICAL
4U
donne à penser, en quoi nous sommes tout à
fait d'accord avec lui.
Cette apparition d'Ernest Van Dyck au
Théâtre de la Monnaie est, chose invraisem-
blable, la première qu'il ait faite en Belgique
comme artiste de théâtre. Depuis dix ans, il est
célèbre, fêté, choyé, acclamé partout; il n'avait
encore paru sur aucune scène de Belgique.
Décidément nul n'est prophète en son pays.
Je me souviens encore des impressions que
j'emportai de l'unique et inoubliable représen-
tation de Lohengrin à l'Eden-Théâtre sous la
direction de Lamoureux en 1887, dans laquelle
Van Dyck fit ses débuts à la scène. Il était
déjà très haut coté comme chanteur de con-
certs ; il n'avait pas encore paru sur les
planches. Mais quelle maîtrise, quelle aisance,
quelle sûreté dès les premiers pas ! Cela tenait
du prodige. Dès mon retour, j'en parlai avec
enthousiasme à Dupont et à Lapissida, qui
étaient alors directeurs de la Monnaie. La
Walkyric était en préparation. Van Dyck eût
été le Siegmund rêvé. Il était libre, puisque
Lamoureux ne continuait pas son exploitation
de l'Eden. On parla d'engagement. Malheu-
reusement l'entente ne put se faire. Dupont et
Lapissida avaient déjà le ténor Engel. Il s'en
fallut de quelques billets de cent francs que
l'affaire ne fut conclue. Dupont et Lapissida
hésitèrent. Ils eurent tort, car l'an d'après
Van Dyck s'en allait vers Carisruhe étudier
l'allemand et les rôles wagnériens avec Félix
Mottl, l'incomparable évocateur des grandes
figures héroïques, et deux ans après ayant dé-
buté à Bayreuth dans Parsifal, avec quel
éclat, on le sait, il signait un engagement
avec l'Opéra de Vienne, où il est demeuré
depuis le primo tenore assoluto que tout
auteur rêve d'avoir pour interprète d'une
partition nouvelle. Quelle gloire c'eût été pour
la direction Dupoi^t et Lapissida d'avoir, à côté
de la Melba, découvert et mis en valeur Ernest
Van Dyck !
Par un juste retour, c'est dans ce même rôle
de Lohengrin qu'il eût dû jouer, en 1887, à
Bruxelles, après son remarquable début chez
Lamoureux, que M. Van Dyck s'est, pour la
première fois montré au Théâtre de la Mon-
naie,-— sept ans après. Et, comme on devait s'y
attendre, il a enthousiasmé la salle par la cha-
leur et l'animation de son chant, par l'incom-
parable netteté de sa diction, par l'ampleur et
la beauté du geste, par la justesse du senti-
ment, parla sûreté dans le dessin de la phrase
musicale, par toute la compréhension de ce
rôle de Lohengrin si complexe en ses nuances
et si varié en ses attitudes. On en a vu enfin
une interprétation selon le vœu de l'auteur,
s'astreignant à l'expression vivante et mouve-
mentée des situations du drame, ne cherchant
pas l'effet dans \ebel canto des parties lyriques,
mais comprenant le personnage dans sa totalité,
l'œuvre dans son intégralité, poème et musique,
ne séparant pas celle-ci de celui-là, ni celui-là
de celle-ci. Imaginez ce que serait l'ouvrage
compris de même par tous et nuancé par tous
avec un art pareil en toutes ses parties, de
quel éclat rayonnerait alors cette œuvre d'urt
lyrisme si exubérant ! Nous le verrons, sans
doute, rendu de la sorte, approchant tout au
moins de son idéalité, cet été, au théâtre de
Bayreuth. En attendant ce régal, le Lohengrin
de M Van Dyck nous a donné tout au moins
un aperçu de l'œuvre, et il est à espérer que
directeurs, acfeurs, régisseur auront noté quel-
ques-unes des nuances de jeu et d'accent dont
M. Van Dyck a marqué ce rôle généralement
si affadi par nos ordinaires ténors.
M. Van Dyck a paru aussi dans le rôle de
Werther qu'il a, on le sait, créé à Vienne, il y a
trois ans. Il n'y a pas fait une moins vive im-
pression que dans Lohengrin., encore que nous
le préférions dans ce dernier rôle, auquel sa
haute stature, son large geste conviennent
assurément mieux. Ce qui a particulièrement
intéressé dans son interprétation de Werther,
c'est la variété des nuances. M. Leprestre
faisait un personnage sombre et agité dès le
début. M. Van Dyck, en passantavec de saisis-
santes nuances de la joie de vivre à la désespé-
rance, en marquant fortement la jalousie et le
croissant désir de la mort, donne du person-
nage une interprétation plus naturelle et plus
vivante ; les luttes, les hésitations, les retours,
les emportements de cette âme blessée sont
exprimés avec une intensité de relief dont les
précédentes exécutions, si louables qu'elles
eussent été, ne donnaient pas le soupçon. Ce
qui n'est pas le moins admirable, c'est la sou-
plesse de l'artiste, qui passe avec tant d'aisane
du ton héroïque au ton naturel du drame bour-
geois. Cela a beaucoup étonné ici. En Alle-
magne, le fait est moins rare. On ne cantonne
pas les chanteurs, comme en France, dans des
emplois déterminés qui finissent par imprimer
à tout leur jeu un caractère uniforme et con-
ventionnel : tout artiste doit pouvoir paraître
dans les rôles les plus opposés.
Il y a là, je crois, un système excellent et qui
non seulement est tout à l'avantage du dévelop-
pement artistique des chanteurs, mais encore
très favorable à la liberté des compositeurs trop
442
LE GUIDE MUSICAL
souvent retenus par les traditions de «l'emploi »
pour lequel ils composent un rôle.
Ainsi cette double incarnation de M. Van
Dyck à la scène de la Monnaie a donné lieu à
des comparaisons et à des observations à retenir
à bien des points de vue. Et MM. Stoumon et
Calabresi n'auront pas eu à s'en plaindre au
point de vue de la recette, leur unique souci.
M. Van Dyck a fait salle comble, malgré le prix
doublé des places. Cela suffit aux yeux de
MM. Stoumon et Calabresi pour qu'il soit un
grand artiste et ils le rengageront bien certai-
nement.
Aux Galeries, très grand succès pour Cousin
et Cousine, VoTpéreiie vaudeville de MM. Or-
donneau et Keroul, musique de C. Serpette.
La vogue n'a fait que croître depuis la pre-
mière, et l'amusante partitionnette est rapide-
ment devenue populaire. M. Maugé a de nou-
veau fait grandement les choses. Décors
charmants, costumes coquets et soignés, jolis
minois côté cour et côté jardin. M™^ Bouit,
espiègle et bonne diseuse, fait une cousine
charmante. M""^ Aciana nous est revenue am-
plifiée. Elle chante des couplets qui sont applau-
dis et bissés chaque soir. M™es Duberny, Saint-
Ange, Roche-Laujy entourent bien Mme Bouit.
Du côté des hommes à citer : M. Lespinasse,
toujours drôle; M . Leroux, un vieux gâteux d'un
comique intense ; et MM.Vautier, Gray et Cas-
telain. Cousin et Cousine aura longue vie aux
Galeries. N. L.
L'abondance des matières nous a empêché
de parler en temps la dernière leçon du cours
d'histoire du piano donné par M. Wallner chez
M"e Pauline De Smet.La soirée était consacrée
à Robert Schumann, dont M. Wallner a parlé
avec une érudition très admirée. Il a d'abord
initié le public à l'existence agitée du maître, à
sa vie d'étudiant à Leipzig et à Heidelberg, à
son mariage avec Clara Wieck et à la fonda-
tion du Neue Zeitschrift fur Musik en 1834,
une des grandes dates de l'histoire du roman-
tisme musical, — ce romantisme dont les
œuvres de Schumann sont la plus pure efflores-
cence. Il a fait connaître aussi Schumann dans
la double personnification d'Eiisebius et de
Florestan ; la première figure donnant l'allure
mâle et intellectuelle du maître de Zwickau,
Florestan étant le Schumann féminin et senti-
mental.
Il a prouvé dans la péroraison, l'influence
que les conférences de Thibaut, les écrits de
Henri Heine et de Jean Paul ont exercée sur
le compositeur.
M"« Hœberechts a exécuté Kreisleriana,
Nocturne (op. 23), Novelette (op. 21) et Varia-
tions symphoniques (op. 12) de Schumann
avec son talent habituel, un grand souci des
nuances et une correction parfaite. Le nom-
breux public a justement applaudi l'excellente
interprète et l'intéressant orateur. En somme,
séance qui a dignement clôturé la seconde
année du cours d'histoire du piano.
Rappelons que vendredi a lieu la clôture de
la saison des Concerts populaires. Programme
la Damnation de Faust de Berlioz. La répéti-
tion générale aura lieu, le jeudi soir, à 8 heures,
au théâtre de la Monnaie.
Notre excellent collaborateur et ami M. Ed.
mond Evenepoel vient de recevoir la croix de
chevalier de l'ordre de Léopold de Belgique.
Toutes nos félicitations, auxquelles se joindront
sans doute celles de nos lecteurs.
Le cercle choral YEcho du Peuple sous la
direction de M. Weyts, donnera le samedi
12 mai, à g heures, en la salle de la Brasserie
flamande, la répétition générale des chœurs
qu'il exécutera au concours international de
Charleroi.
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — Le dernier concert de la So-
ciété de Symphonie a eu lieu jeudi devant
une salle archiconible. M. Giani est fort adroit
dans le choix de ses solistes. Cette fols, il nous a
présenté le violoniste, M. Tivadar Nachez, dont la
réputation est devenue européenne. C'est sans
doute à la présence de ce remarquable artiste que
nous devons la première audition, à Anvers, de
la Fantaisie écossaise de Max Bruch. Composition
intéressante, écrite dans un beau style et offrant
bien des ressources au soliste.
Ajoutons que, dans ses soli, M. Nachez s'est
montré un virtuose de tout premier ordre ; son jeu
est d'une pureté rare et d'une grande élasticité.
Dans son interprétation d'une étude en octaves
de Paganini et d'un scherzo fantastique de Bazzini,
il a transporté le public jusqu'au délire.
M"'-' Flament a dit de sa jolie voix, les strophes
de Roméo et Juliette, de Berlioz et le chant de Dalila,
de Saint-Saëns. Bonne méthode et organe sympa-
thique.
Le deu.xième acte d^Orphée, avec ladite artiste
comme soliste et les membres de la Société
Amphion pour la partie chorale, a produit grand
effet. Il faut vraiment remercier M. Giani de
l'heureuse idée qu'il a eue de nous faire entendre
ce fragment du chef-d'œuvre de Gluck.
LE aUIDE MVSICAl
443
Nous voudrions en dire autant pour le fragment
du Crépuscule des dieux, si les pitoyajiles entrées
des cors n'étaient venues troubler l'effet de l'en-
semble. L'exécution de l'ouverture de Taiiiilttsuser
a été ]ilus fondue. Le chant des pèlerins, que nos
orchestres prennent toujours trop vite, a été dit
dans le style indiqué par le caractère de l'œuvre
Notre Kwartel-Kapel a clôturé sa première
saison par une séance dédiée à l'école russe. Au
programme, l'admirable quatuor de Tschaïkowsky
et le sextuor de Davidoff, œuvres qui ont reçu, de
la part de nos jeunes artistes, une exécution
soignée.
M"" Eeckels, une élève de notre Ecole de musi-
que, nous a fait entendre des mélodies de Rimsky-
Korsakow et Borodine. Les compositeurs russes,
d'une autorité incontestée dans leurs productions
symphoniques, se montrent d'une infériorité abso-
lue dans leurs mélodies, fortement empreintes d'un
cachet de mièvrerie qui se ressent fort de l'in-
fluence de Massenei.
Nous avons assisté à une répétition de la can-
tate le Génie de h Pairie qui sera exécutée à
l'ouverture de notre Exposition. L'œuvre de Peter
Benoit fut écrite pour l'Exposition de iSSo, à
Bruxelles, où elle reçut un accueil enthousiaste.
Dans l'immense salle des fêtes de notre Exposi-
tion, la sonorité de cette masse compacte d'exécu-
tants est aussi fondue qu'agréable. La marche
triomphale qui termine l'œuvre porte bien la
marque d'originalité et de grandeur dont sont
empreintes les productions du maître flamand.
A. 'W.
DRESDE. — Chaque année, la fête du roi
Albert donne lieuà des distributions de titres.
Le ténor Anthes et le baryton Perron viennent
d'être nommés « Kammersaenger ». M. Feigerl,
un des premiers violons de l'orchestre royal a été dé-
coré de l'ordre «Albrechtkreuz» de deuxième classe.
C'était un hommage bien dû à leur mérite. L'empe-
reur d'Allemagne, en personne, a présidé la parade
militaire, et son arrivée à Dresde, a été saluée par
d'enthousiastes hourras. Dans ces occasions, la
marche des Folkunger, l'opéra populaire d'Edmond
Kretschmer, est toujours exécutée, et ses mélodies
sont répétées par la foule.
Le même jour, notre éminente maîtresse de
chant, M"" Haenisch,avait son audition d'élèves, —
saison de printemps. Très biillant programme,
comme toujours, où nous relevons la Traviata,
Faust, Don Juan, les Mousquetaires, Orphée, et divers
Licder. Le bouqtiet a été, sans contredit, la bluette
de Delibes, les Filles de Cadix, interprétée en fort
agréable français par une jeune femme norwé-
gienne, dont la voix expressive et bien conduite
n'est pas le moindre attrait de son salon, que fré-
quente d'ailleurs une société d'élite. Sa sœur,
M"" Lalla Wiborg, a dit avec charme deux Lieder
de Jensen et de Hartmann. La gracieuse canta-
trice aura toujours du succès dans ce répertoire
qui convient à sa nature rêveuse, A Christiania,
d'où elle est revenue ces jours derniers, on lui
avait réclamé un concert composé exclusivement
de Lieder.
Samedi passé, la salle du Musenhaus était com-
ble pour entendre le couple Lillian et Georg Hen-
schel. Un duo-bouffe de Paisiello et celui de Don
Pasquale ont soulevé une tempête d'applaudisse-
ments. Méthode parfaite, grâce, vivacité simpli-
cité dans les effets, diction nette, voix pure aux
harmonies caressantes, c'en est assez pour expli-
quer le genre d'impression que produit M""' Hen-
schel.On ne souhaiterait point que sa voix eût un
plus grand volume, elle est si bien proportionnée à
la personne. Pour que sa prononciation française
fût tout à fait juste, il faudrait peu de travail à cette
excellente artiste. Les quelques fautes que nous
avons remarquées nous confirment dans l'opinion,
déjà souvent exprimée, qu'un Français seul ou un
maître ayant une longue pratique en France peut
enseigner ces importantes nuances d'accentuation
dont la finesse échappe forcément aux étrangers.
M. Henschel a accompagné sa femme avec un
rare talent.
Plusieurs reprises à l'Opéra : Marina, oùM""^ von
Chavanne a conquis tous les suffrages; le Templier
et la Juive, de Marschner, et pour le premier mai,
Tristan et Iseult. Quant aux deux nouvelles parti-
tions du compositeur Gramraam, elles ont été ren-
voyées à la saison prochaine. Alton.
LIEGE. — C'est avec le concours précieux de
l'excellent professeur à votre Conservatoire,
M. D. Demest, que se clôturaient les séances de
iTiusique de chambre organisées par les sérieux et
méritants artistes ayant pris titre : le Quatuor
liégeois. Auditoire rapidement conquis par le
parfait chanteur, passant du style contenu de
l'admirable air de Riiialdo de Haendel aux déli-
cieuses compositions de vieux maîtres : Aria de
Caldara et Serenata de B. Bassani, et y imprimant
la flexibilité sonore du bel art italien et ses
nuances caressantes et pénétrantes , M. Demest,
dans la seconde partie de cette séance intéressante,
nous réservait de faire admirer sa diction parfaite
dans le spirituel air d'une Folie de Méhul et dans
deux charmants couplets du même gracieux auteur,
réclamés à la suite d'ovations léitérées et juste-
ment méritées. L'accompagnement de ces œuvres
de caractère si divers était réalisé, au piano, avec
le soin et le goût habituels chez M"» J. Folville.
Le quatuor à cordes en sol majeur op. 77 de T.
Haydn, exécuté d'alerte façon par nos quartettistes
ouvrait la soirée. Y succédait, après M. Demest,
l'étincelante fantaisie M«yc/;wSîW«y de R.Schumann
pour piano et alto, rendue avec élan, fantaisie et
passion par MM. Maasz, un des remarquables
élèves de C. Thomson, fort habilement secondé par
MU' J. Folville. Le superbe et génial quatuor en sol
mineur pour piano et archets, op. 25 de J. Brahms,
réunissait dans une parfaite communauté de sen-
444
lt: gvide musical
timent et d'exécution M"" J. Folville, MM. D,
Geminick, M. Maasz et A. Vantyn. Dans cette
œuvre considérable, se sont affirmés de brillante
façon les progrès réalisés par ces artistes zélés
dans la difficile musique concertante. Aussi esti-
mons-nous que l'hiver prochain nous ramènera
cette excellente réunion musicale à laquelle nous
devons de vives et hautes jouiisanccs.
Pendant l'été, l'intérêt musical ne sera pas sus
pendu en notre ville, car la Société d'Acclimatation
offl-e, cette annéç, à ses abonnés et au public lié-
geois, des concerts quotidiens par son complet
orchestre de symphonie composé, comme pré-
cédemment, de nos meilleurs instrumentistes.
La direction de ces concerts sera partagée
entre M O. Dossin, le chef attitré de la société,
et l'habile corniste M. Lejeune, dont le Guide Mu-
sical a. eu. VoccAsion de faire souvent l'éloge dans
ces derniers temps A. B. O.
Revue des Revues
Dans la Revue de Paris, M. Catulle
Mendès vient d'examiner une question
d'actualité, à savoir qu'elle est l'œuvre
de Wagner qui doit succéder à l'Opéra
de Paris à la Walkyrie, et il conclut en
faveur de Tristan. La chose est d'ailleurs
décidée, on le sait. Mais à ce propos,
M. Catulle Mendès se plaint non sans
raison de l'insuffisance des chefs d'orchestre.
Parmi nos chefs d'orchestre, j'entends parmi
ceux que leur notoriété déjà ancienne désigne
au choix des directeurs, — il n'y en a pas un
seul qui soit en effet capable de diriger un
drame musical de Richard Wagner, selon la
conception du Maître et le sens de l'œuvre.
Cette parole, je le sais bien, semble mal-
séante. Quoi! il existe en l'Vance, glorieuse-
ment vieillis dans l'amour et dans l'étude de
tant de musiques anciennes et modernes, des
maîtres de chapelle qui, par leur merveilleuse
façon d'exprimer Bach, Mozart, Beethoven,
Berlioz et Wagner lui-même, ont mérité non
seulement l'admiration de notre pays, mais
l'estime de toute l'Europe artiste, — et aucun
n'aurait en lui l'art de diriger Parsifal ou le
Crépuscule des Dieux ?
Aucun.
Je n'excepte même pas celui qui, salué de nos
acclamations reconnaissantes, a consacré toute
sa force, tout son admirable zèle et une notable
partie de sa fortune à répandre par d'irrépro-
chables concerts la Bonne Nouvelle wagné-
rienne. En continuant avec une volonté jamais
détournée,' un méthodique enthousiasme et
une compétence toujours grandie, l'apostolat
inauguré par Pasdeloup, qui fut un musicien
médiocre et un fervent initiateur, M. Charles
Lamoureux a mérité la gratitude non seule-
ment des wagnéristes, mais de tous ceux que
tourmentait l'inconscient besoin d'un Beau
nouveau. Ce me serait une grande peine qu'il
se chagrinât de la réserve que je suis obligé de
faire même à son égard. Heureusement, il ne
fera qu'en sourire. Cependant, je suis convaincu
de dire vrai en affirmant que si M. Charles
Lamoureux, avec une science qui atteint la
perfection mais qui, hélas ! — comme disait
Frederick à propos de Mademoiselle Rachel, —
ne la dépasse pas, nous a donné dans sa pléni-
tude et sa hauteur, non toutefois avec l'éclair
qui tremble à la cime, tout ce qu'il y a de mu-
sique en l'œuvre wagnérienne, il est demeuré
impuissant à nous en communiquer la poésie
et le drame. Car il faut toujours le répéter et
le répéter encore, même à ceux qui eux-mêmes
le proclament, beaucoup le disent et le
croient sans le sentir, — Richard Wagner, en
même temps qu'un musicien, est un poète. A
mieux dire, il est un poète qui, pour exprimer
la pensée et la passion, se sert du double moyen
poétique et musical, mystérieusement fondu en
une seule réalisation. Quiconque ne le com-
prend pas ainsi et ne l'interprète pas selon cette
compréhension, ne le comprend pas en effet et
par suite ne l'interprète pas. Pour diriger la
partie orchestrale de son œuvre, il ne faut pas
seulement être un artiste capable de s'assimiler
Bach, Haydn, Beethoven, il faut être un esprit
intuitif d'Eschyle, de Shakespeare, de Cor-
neille, d'Hugo. Il faut, surtout, être un tel
esprit ! il faut exprimer le poème par les moyens
instrumentaux, comme Richard Wagner a été,
par la musique, le réalisateur de l'idéal poé-
tique.
Et M. Catulle Mendès rappelle à ce pro-
pos une anecdote bien topique :
Lorsque par un choix bienveillant, les direc-
teurs de l'Opéra me confièrent la mission, que
j'acceptai avec crainte, de raconter VOr du
Rhin au public en manière de préface de la
Walkyrie, cette circonstance me mit en rela-
tions suivies avec un des meilleurs chefs d'or-
chestre de notre pays, camarade ancien d'ail-
leurs. Nous parlâmes de V Anneau du Nibe-
Iniig, et comme je m'abandonnais à mon
admiration avec l'enthousiasme persistant de
ma vieille jeunesse, ce chef d'orchestre me dit,
l'œil un peu étonné : « Alors, vraiment, vous
croyez que Richard Wagner est un grand
poète? » Eux, ils ne le croient pas! Non, ils ne
le croient pas. Et voilà d'où vient tout le mal.
Ils ont beau avoir vu, à Bayreuth, à Munich,
LE GUIDE MUSICAL
445
à Paris, toute la foule battre et s'exalter d'une
émotion qu'aucune musique jusqu'alors ne lui
avait causée, ils ont beau, cette émotion neuve,
la subir eux-mêmes, ils ne la croient due qu'à
la seule musique, qu'à l'art qui est le leur ; ils
ne se rendent pas compte qu'elle émane invin
ciblement — car il faut radoter toujours la
même chose puisqu'on ne veut pas l'entendre
une bonne fois, — qu'elle émane du plus
ardent des foyers poétiques qui aient jamais
brûlé en un être humain, et que ce qu'ils pren-
nent pour son origine et pour toute sa cause
n'est qu'un de ses moyens de manifestation. De
là les exécutions orchestrales de l'Opéra, excel-
lentes, mais insuffisantes, où rien ne fait défaut,
mais où presque tout manque.
C'est exactement ce que nous pensons de
l'exécution de Tristan et Iseult au théâtre
de la Monnaie. Avec cette aggravation que
presque tout y faisait défaut parce que tout
y manquait.
— Extrait d'une petite revue intitulée Ma
Semaine, que publie à Bruxelles (chez Paul
Lacomblez) M.Jacques Rommelaere,etqui
contient quelquefois de fines et délicates
observations, mêlées à des aphorismes
audacieux. C'est une psychologie de Peter
Benoit.
Dans la musique de Peter Benoit se devine
une sorte de théâtre qu'il n'a pas fait; un théâ-
tre de cité primitive et lacustre. La vie de l'eau,
ses effets de lumière, son écoulement morne et
perpétuel ; le soleil dorant son onde à son lever
et à son coucher, les grands ciels gris, les cieux
pourpres de l'antique Toxandrie, le courage
héroïque des navigateurs, les huttes de bois sur
pilotis, la grandeur des paysages préhistoriques,
les énormes silences, la solitude des grandes
mers intérieures ; puis les barques qui passent,
les larges clameurs patriotiques qui brament
en répercutements sublimes, voilà ce théâtre
invisible de Peter Benoit que perçoit seule
notre cite intérieure, que nous percevons sous
notre âme, comme dirait Maeterlinck.
L'observation est piquante et juste. De
même cette autre :
Wagner, et la musique allemande toute en-
tière, exercent une influence inouïe sur la vie de
tous les jours, où elles sont entrées en maîtresses
absolues. Ce sont eux qui entretiennent le pan-
théisme admiratif du dix- neuvième siècle, et
cela d'une façon journalière. Le large adagio
et la rêverie de la musique allemande ont péné-
tré avec force dans la peinture et jusque dans
le goût. La littérature en est beaucoup moins
imprégnée. Mais c'est dans la vie habituelle
qu'elles ont semé leur progression vers la syn-
thèse et la méditation.
NOUVELLES DIVERSES
M. Ernest Van Dyck a quitté Bruxelles ven-
dredi, par l'express d'une heure, pour Paris, où
il chantera, lundi, le rôle de Lohengrin à l'oc-
casion de la centième du chef-d'œuvre de
Wagner à l'Opéra. Les autres rôles seront
tenus par M""=s Caron (Eisa de Brabant), Du-
frane (Ortrude); MM. Renaud (Frédéric de
Telramund), Delmas (le Roi), Douaillier (un
héraut).
Sauf pour Ortrude qui fut chanté par
Mme Fierens, c'est exactement la distribution de
l'ouvrage lors de la première à l'Opéra, qui est
du i6 septembre 1891. C'est donc en moins de
trois ans que LoJiengriit a atteint sa centième à
l'Opéra de Paris. Bien peu d'ouvrages ont eu
une carrière aussi rapide, et le fait est d'autant
plus significatif qu'une opposition plus acharnée
avait été faite à l'exécution de l'œuvre de
Wagner sur un théâtre subventionné.
Sigurd, le plus grand succès de l'Opéra dans
les dix deinières années a mis plus de six ans
à atteindre à la centième. La première est du
12 juin i885, la centième du 21 décembre i8gi.
Rappelons aussi qu'avant de chanter Lohen-
grin à l'Opéra, M. Van Dyck avait déjà chanté
le rôle du chevalier au Cygne à Paris, lors de
l'unique représentation donnée à l'Eden-Théàtre
de la rue Boudreau par M. Charles Lamou-
reux, le 6 mai 1887.
On commence à se préoccuper beaucoup,
dans le monde musical de Paris, de l'élection
qui doit avoir lieu prochainement à l'Académie
des beaux-arts de l'Institut de l'rance, pour
la succession de Chai les Gounod.
On a dû lire samedi, en séance, les lettres
des candidats au fauteuil de l'auteur de Faust.
Voici, à l'heure qu'il est, la liste des candi-
datures connues : ce sont, — dans l'ordre alpha-
bétique,— celles de MM. Théodore Dubois,
Gabriel Fauré, Léon Gastinel, Benjamin Go-
dard, Victorin Joncières, Emile Pessard,
Gaston Salvayre et Ch. -Marie Widor.
Le samedi 12 mai, la section de musique
formera parmi ces candidats une liste de pré-
sentation qui doit comprendre trois ou cinq
noms; à cette liste, les sections réunies de
l'Académie pourront ajouter trois autres noms.
L'élection aura lieu le samedi suivant.
L'Association universelle Richard Wagner
psssède, à Bologne, sa section la plus impor-
tante et la plus active. Chaque année, un grand
concert est donné dans cette ville, sous la direc-
tion du professeur Martucci, où l'on n'exécute
que de la musique du maître allemand.
446
LE GUIDE MUSICAL
Cette année, le concert n'a pas été seulement
instrumental ; le président de la section, le comte
de Salina, a organisé un festival comprenant les
trois troisièmes actes de Tristan et Iseult, de
Siegfried et du Crépuscule des dieux, et, de
tous points, les dilettanti wagnériens sont accou-
rus dimanche dernier à Bologne.
Le Théâtre Communal, qui est un des plus
beaux de l'Italie, a été littéralement pris d'as-
saut par la foule, et l'on a eu grande peine à
maintenir au dehors les curieux qui n'avaient
pu obtenir de place. Les trois actes de Wagner,
— qui comprennent ses plus belles pages : la
Mort d'Iseult, le Réveil et l'Holocauste de
Brunnhilde, — ont été littéralement acclamés.
On a porté en triomphe le professeur Martucci,
qui dirigeait les i25 exécutants de l'orchestre,
et l'on a couvert de fleurs M'°^ Adini, qui per-
sonnifiait Iseult et Brunnhilde. A la fin du
concert, pendant plus d'un quart d'heure, le
public, debout, a acclamé la cantatrice et le
chef d'orchestre, ne cessant de rappeler et de
confondre dans une solennelle ovation les deux
interpètes de Wagner.
Le Figaro musical a cessé de paraître, par
suite de difficultés survenues, nous dit-on, entre
sa direction et l'administration du Figaro quo-
tidien.
Le centenaire de Palestrina a été célébré
dans la salle Clémentine, au Vatican, où les
chantres de la chapelle Sixtine ont exécuté les
plus belles compositions du célèbre maestro.
Le Pape Léon XIII assistait à cette solen-
nité, entouré des cardinaux, des membres du
corps diplomatique et des hauts dignitaires de
la cour pontificale.
Nouvelles tentatives de théâtre lyrique à Paris.
La première vient de M. Antoine, l'heureux
et intelligent directeur du Théâtre-Libre qui a
rendu de signalés services aux jeunes auteurs
dramatiques en leur permettant d'arriver jus-
qu'au public. M. Antoine a l'intention d'user
de même pour les jeunes compositeurs. La
moitié des soirées de son théâtre sera consacrée
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
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LE GUIDE MUSICAL
447
aux opéras inédits, qui seront joués dans des
conditions de décors et d'accessoires modestes,
évidemment, mais dont on pourra cependant
apprécier la valeur. Par cette mise en lumière,
même insuffisante, l'attention du public sera
attirée sur les œuvres marquantes, qui pren-
dront place tout naturellement, par la suite, au
répertoire des théâtres lyriques réguliers. On
sait que dans son théâtre M. Antoine a opéré
d'importantes réformes en ce qui concerne le
jeu des acteurs; s'il en est de même pour la
saison d'opéra qu'il projette, s'il parvient à
réagir contre la routine et les absurdes conven-
tions de scène dans les œuvres lyriques, il
aura bien mérité des amis de l'art nouveau ;
car, bien plus encore qu'à la comédie, les abus
et les non-sens sévissent au théâtre chanté. Ne
réussît-il qu'à modifier dans un sens plus
rationnel, plus expressif, la mimique des chan-
teurs qui formeront sa troupe, le résultat serait
très appréciable, très important,
L'autre tentative émane d'un groupe de com-
positeurs et critiques d'art qui a conclu un
arrangement avec plusieurs directeurs, artistes
et chefs d'orchestre, de façon à faire repré-
senter un certain nombre d'œuvres lyriques
des jeunes musiciens. Des souscriptions à
quarante francs sont émises et un comité est
chargé du choix des œuvres et du contrôle de
l'emploi des fonds recueillis et destinés à sub-
venir aux frais de cette entreprise.
C'est une combinaison analogue à celle des
« Grandes auditions de France ».
Ce comité, composé de MM. Bordier, Le
Borne, Coquard, Malherbe, Le Senne, Rety,
Rosenleker, StouUig, Soubies et Wormser, a
organisé dernièrement, à Rouen, des soirées
d'abonnement au cours desquelles on a repré-
senté Samson et Dalila de Saint-Saëns.
Il est à souhaiter qu'il soit aussi heureux
cette fois et découvre une œuvre de pareille
valeur. Dès lors, l'Etat lui devrait logiquement
une subvention, dût-on pour cela rogner celles
des théâtres nationaux. Ce ne serait que justice.
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5. Op. 2. Menuet. 6 »
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N" 6. Chœur. 5 »
N" 8. Air d'Holopherne . . . 6 »
N° 16. Récit et Prière de Judith . 5 »
N" 17. Duo : Judith et Holopherne 9 »
LEFEBVRE
MÉLODIES
Adieu, Suzon, chanson. Ténor
Berceuse, mélodie Mezzo-soprano . . - .
Contemplation, mélodie. Mezzo-sopr. ou baryton
Dans la steppe. Ténor ou soprano. . . . '-;-
La Fille de Jephté, arioso. Mezzo-soprano.
Invocation, avec accompagnement de violoncelle
(ailib.). Mezzo soprano
Légende de sainte Azénor. Mezzo-sopr. ou baryt.
Pompéi, scène. Baryton .
Prière du matin, mélodie. Mezzo-soprano
Promenade nocturne. Mezzo-soprano ....
Le Retour (U Ritomo), mélodie. (Français et ita-
lien) . Soprano ou ténor
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"Vision, mélodie. Soprano ou ténor
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La Coupe et les Lèvres, pour deux voix de femmes
avec solo de soprano Net
Espoir, choeur pour voix mixtes avec solo de
soprano , . . . Net
Esther, pour deux voix de femmes . . . Net
Isis, pour deux voix de femmes .... Net
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guez de Montaland; Faust. M. Demest; Méphisto-
phélès, M. Auguez; Brander, M. Vandergoten.
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La Fille du régiment, Tuppenfee, L'Africaine (4" acte).
L'Ami Fritz, Puppenfee. Les Huguenots.
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Samson et Dalila, la Korrigane. Salammbô. La Wal-
kyrie.
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Baucis, la Dame Blanche. Falstaff. Fra Diavolo et
Cavalleria rusticana. Le Pré-aux-Clercs .it Phryné.
Trocadero — Dimanche 6 mai, à 2 h. J/^. concert par
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moureux : Ouverture de Benvenuto Cellini (B^rliozi;
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(fragments) : Chasse et Orage, — Mort de Didon
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De la mi -m ai à la mi- sep-
tembre, le GUIDE MUSICAL,
ne paraît que tous les quinze
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X'1[3\îiniK à Epollon
[;a science moderne suit son cours
régulier; coup sur coup, les dé-
couvertes se renouvellent, s'ac-
cumulent, se complètent, pour
nous rendre des trésors d'histoire et d'art,
dont les mines semblent inépuisables. Ce
ne sont pas des millions perdus, ceux que
les Etats, et parfois des particuliers comme
Schliemann, consacrent à ces explorations;
ni celui qu'a voté le Parlement anglais
pour le sanctuaire d'Eleusis, n'eût-il rap-
porté au Musée britannique que la Dé-
méter assise; ou pour le temple d'Ephèse,
où l'on a trouvé cette colonne sculptée au
bas, d'un relief circulaire : Hermès arra-
chant Alceste aux enfers; ni celui que le
prince Frédéric de Prusse obtint du gou-
vernement de son père pour des fouilles à
Olympie, quand elles n'auraient mis au jour
que l'Hermès de Praxitèle et la \"ictoire de
Paionios ; ni encore le déblayement de la
maison de Livie, au Palatin, à Rome, qui
nous a fait connaître les deux plus beaux
souvenirs de la peinture antique.
La musique de la Grèce était aussi
pauvre que sa peinture, et cette lacune
semblait plus difficile à combler. Sauf le
début d'une ode de Pindare et trois
hymnes de l'époque romaine, qui peuvent
se comparer aux fresques de Pompéi, il
fallait se rejeter sur la liturgie chrétienne,
latine et b3"zantine, où l'on pouvait saisir
quelques échos des hymnes païens.
Les fouilles de l'école française d'Athènes
ont commencé à réparer ces pertes. On
vient de trouver dans le Trésor d'Athènes,
bâti dans le sanctuaire de Delphes, une
douzaine de fragments de marbre où sont
gravés des hj'mnes, poésie et musique ; et,
dans le nombre, on a pu reconstituer, avec
deux de ces tables, les deux tiers d'un
Hymne à Apollon.
Les sanctuaires de la Grèce étaient
d'immenses parcs réservés au culte, donc
aux beaux-arts. Le luxe du bois sacré,
l'étendue des terrasses, de l'agora, du g\'m-
nase, du prjtanée, du stade, de la palestre,
de la place des sacrifices avec leur autel,
la richesse de l'architecture et de la sculp-
ture, rien n'j' manquait. Le temple du dieu
}- tenait le premier rang, orné de sa -statue,
souvent colossale, et entouré de milliers
d'œuvres d'art. Dans chacune de ces
enceintes, une rue, une avenue plutôt, était
réservée aux offi'andes des villes ou des
particuliers, qu'on nommait des Trésors,
tant on }■ déposait de richesses. On peut
voir, d'après la grande publication de
Curtius, Adler, etc., soit dans DurU}", soit
dans le Guide Joanne, le plan reconstitué
du Parc d'Olympie. L'avenue aux Trésors
s'étend au fond, au pied du mont Kronion ;
il y en avait treize, depuis l'édicule rond de
Philippe de ^lacédoine jusqu'au grand
temple de Gela.
Pythia (Delphes) était située dans un
pa3s volcanique. Son sanctuaire s'adossait
au mont Parnasse d'où descendait la fon-
taine de Castalie. Eschj-le l'appelle l'om-
bilic du monde. Le culte du dieu de la
lyre, plus brillant et plus gracieux à Délos,
456
LE GUIDE MUSICAL
où de bonne heure les sacrifices sanglants
avaient été supprimés, prenait à Delphes
une gravité supérieure, digne du « jeune
dieu » que les légendes nous représentent
comme un réfoi-mateur des lois, du culte et
des arts, opposant autaUon des Erynnies ce
que nous appelons les circonstances atté-
nuantes, ou disputant à Hercule ou au
dragon Python, qui donna son premier
nom à la ville, le trépied des oracles, ce qui
personnifie encore la lutte entre l'intelli-
gence et la force, entre la persuasion et la
violence. Chaque fois, Athéna, la Sagesse,
était avec lui, et la dispute du trépied,
peinte ou sculptée souvent, était repré-
sentée aussi dans les fêtes de Delphes;
de temps immémorial, un concours de
poésie chantée y était ouvert, Athènes
envoyait aux grandes fêtes ses vierges, ses
pèlerins et son poète couronné.
Notre hymne s'ouvre en rappelant la
légende :
« Illustre citharède, fils du grand Zeus,
qui, siégeant au sommet des hautes neiges,
fais resplendir, pour les mortels, d'im-
mortels oracles, je dirai le trépied pro-
phétique, et comment tu le conquis, gardé
par l'odieux dragon, quand de tes flèches
tu chassas le monstre aux tortueux rephs. »
Cet hymne a été composé par un Athé-
nien,cbmme il est dit en tête, pour une fête où
Athènes voulut figurer dignement. On croit
qu'il s'agissait de célébrer la délivrance de
l'Attique, et particuhèrement dé Delphes,
d'une invasion de Galates, celle de 279 ans
avant notre ère; ce qui assignerait une
date à la poésie et à la musique. Depuis
qu'on sait que l'Apollon du Belvédère n'est
pas dans une pose qui permette d'y voir le
dieu qui lance des flèches, on croit que
ce marbre fut commandé, à cette même
occasion, pour remercier le dieu, qu'on
représenta défendant lui-même sa ville,
l'égide à la main. La statue du Vatican, si
connue, serait une réplique romaine du
marbre grec, et le chef-d'œuvre perdu pré-
siderait ainsi à l'hymne athénien, dans
l'entente de la sculpture, de la poésie et de
la musique.
Aussitôt le dieu invoqué et la victoire
qui ouvre son culte rappelée, le poète voit
en imagination se former le cortège et
appelle les Muses, qui sans doute étaient
représentées par une théorie de vierges
pythiennes :
« Muses qui reçûtes pour demeure l'Hé-
licon aux arbres touffus, filles aux beaux
bras du dieu qui tonne au loin, venez
chanter votre frère Phébus aux cheveux
d'or, qui, siégeant sur la double cime du
Parnasse et de ses plateaux de roches,
s'avance entouré des illustres Delphien-
nes vers la source, à belle eau, de Cas-
talie; Delphien qui habite le sommet où
se rend l'oracle! »
Il s'agit sans doute de la statue du dieu
qui prenait place, portée dans le cortège.
Athènes est appelée à son tour et l'hymne
s'accentue, le lyrisme, toujours un peu con-
ventionnel du dithyrambe, s'anime.
« Viens, illustre chœur des vierges d'A-
thènes ; grâce à ta prière à la déesse
guerrière Tritonide (i), tu habites un sol
inviolable. Héphaistos brille aux saints
autels, pour consumer la cuisse des jeunes
taureaux; la fumée d'Arabie monte vers
l'Otympe; le bois de Lotos frémissant
(dans les flûtes) retentit en notes variées et
la cithare d'or s'harmonise aux hj'mnes.
Toi , théorie athénienne , toute entière,
prends part au sacrifice. »
L'hymne s'achevait sur une autre planche
de marbre qui n'a pas été retrouvée parmi
les fragments mis au jour. L'écriture mu-
sicale de ce document rentre dans la théorie
connue, et l'on y trouve des traits entrevus
ailleurs, confirmés ici. L'hymne est contem-
porain de ceux de Callimaque, qui, certes,
est plus poète. C'est aussi l'époque où
Théocrite intercalait dans le caquetage
de ses Syracusaines : — deux tj'pes finement
tracés de ces femmes qui ne sont rien,
épouses ni mères, intelligentes ni artistes,
que du bout des lèvres — un charmant
hymne chanté par la belle Argia et célé-
brant le mariage de Vénus et d'Adonis,
hymne plus brillant et plus gracieux et qu'on
dirait écrit pour Délos, tandis que le nôtre
est bien fait pour Delphes.
Quant à la mélodie, le Ménestrel la dit
(i) Homère appelle Minerve ; Tritogène.
LE GUIDE MUSICAL
457
exquise ; M. Reinach y voit la confirmation
d'une idée de Wagner, déjà citée par
Gevaert, et qui disait : « L'art moderne
n'est qu'un anneau de la chaîne qui a son
point de départ chez les Hellènes », et il la
rapproche de la cantilène de solo pour cor
(à Bruxelles, c'est un hautbois) du berger
de Tristan, dans Tristan et Iseult.
On en jugera bientôt à Bruxelles, car la
conférence de M. Reinach est annoncée, au
Cercle artistique, pour le i8 mai. X.
^
M
1
Mil
1
^S
Xlln impôt sur les droits ô'auteur
"^
Ît^ans le projet du budget de l'an prochain,
Kp^ figure l'impôt sur le revenu. Pour ce qui
(^^j concerne les compositeurs de musique,
la taxe (deux pour cent) serait établie au moyen
des comptes tenus chez leurs éditeurs et aussi
par leur situation au registre de la Société per-
ceptrice des droits d'auteur.
Rien de plus juste, du moment qu'on accepte
le principe de l'impôt, que les revenus produits
par les droits d'auteur et d'édition soient
frappés ; 'surtout si l'on tient compte qu'en
France, les œuvres musicales tombent dans le
domaine public non pas trente ans après la mort
de l'auteur, mais cinquante ans après la mort
du dernier héritier. Notez encore que l'impôt
serait en très grande partie supporté par les
riches, par ceux qui vivent de ces revenus et
n'ont lâché le professorat ou autres occupations
que le jour ori le produit des droits a été assez
élevé pour leur permettre d'en vivre aisément.
Ceux-là sont de taille à pouvoir payer tous les
impôts. Les autres, ceux qui n'ont à leur actif
ni la Tzarine, ni la Mascotte, ni Faust, ni les
Blés d'or, ni la Gigolette, ni la Berceuse de
Jocelyn, ceux-là ne trouvent dans les droits
qu'un appoint plus ou moins réduit qui s'ajoute
à leurs ressources de professeurs ou d'exécu-
tants. Ce n'est donc point une question vitale.
Assurément, nous pensons qu'il serait préfé-
rable, au nom de la civilisation, de ne pas taxer
les arts d'un pays, qui sont sa richesse intel-
lectuelle ; mais les partisans de l'impôt répon-
dront avec justesse que trop souvent les arts
confinent à la basse industrie et que dès lors...
Enfin, si l'on doit payer, que ce soit avec le
plus d'équité possible, et non injustement,
comme cela se voit dans les contributions indi-
rectes. Il était question, pour les professions,
de ne taxer que les revenus supérieurs à deux
mille francs ; cette base pourrait peut-être servir
également en l'occurrence.
Mais, ce qui est plus intéressant que ces
théories budgétaires, c'est la façon dont a été
reçue la nouvelle par les futurs contribuables;
tous protestent avec indignation ! Il fallait
jusqu'à un certain point s'y attendre, ces
doléances contre le fisc étant traditionnelles ;
elles affectent, cette fois, des formes assez
plaisantes. Un artiste attaché à un théâtre
national trouve bon d'ajouter à son plantureux
traitement force cachets en soirée : cela ruine
sa santé, gémit-il, et il se révolte à l'idée qu'on
puisse taxer « le produit de ce surmenage » .
Le pauvre homme! que la misère n'oblige nul-
lement à se surmener. Un éditeur s'indigne
assez naïvement de ce que « l'administration
viendrait fouiller dans ses écritures ». Eh! ce
ne serait pas la première indiscrétion des admi-
nistrations : l'octroi, les douanes, les accises,
l'enregistrement, etc., ne sont guère plus
récréatifs, et cependant on les supporte, et
beaucoup s'en trouvent très bien.
Le plus curieux à constater dans la ques-
tion est qu'on s'insurge contre la taxe projetée
non pas tant par amour immodéré des gros
sous, détail déjà prosaïque, indigne d'influencer
les âmes hautes qu'on suppose aux artistes,
mais pour de spéciales raisons d'un caboti-
nisme tout particulier. « La taxe étabhrait
d'une façon irréfutable la situation réelle des
gens ; cela, il ne le faut à aucun prix ; il faut
pouvoir dissimuler les fours et laisser subsister
les légendes. Si le public apprenait que telle
personnalité a gagné moins avec ce livre, cette
partition qu'avec l'œuvre précédente, il en con-
clurait que son talent baisse, et la réputation et
la vente seraient diminuées d'autant. » Ce cal-
cul montre sur quoi s'étayent certaines célébri-
tés contemporaines.
Mais vous verrez qu'on finira par s'arranger
parfaitement de l'impôt, s'il est voté, et qu'on y
trouvera matière à exploitation et à réclame.
Ainsi que certains artistes de deuxième ordre
se font délivrer par un directeur de théâtre
complaisant un faux engagement pour mon-
trer, aux clauses duquel il leur est attribué un
brillant traitement, on verra peut-être des
« sommations avant les poursuites » de com-
plaisance, pour en imposer aux badauds ;
pris, dans les échos des feuilles mondaines, de
petites notes dans ce genre : « Interviewé hier
le receveur général X. Savait-on que notre cher
458
LE GUIDE MUSICAL
maître Bobinard est inscrit au rôle des contri -
butions personnelles pour la somme de... (ici
un chiffre panamique). Cela démontre victo-
rieusement le succès toujours croissant de ces
délicieuses compositions qui, etc., etc. »
On ne dira plus comme conclusion du succès
d'un opéra : « Le caissier se frotte les mains » ,
mais : « La commission du budget vote des
remercîments et félicitations au généreux bien-
faiteur 1). M. R.
CHkOiNIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
fv-J'oRSQUE M. Charles Lamoureux trans-
porta ses concerts au Cirque d'Eté et
fixa le prix des places à un chiffre relati-
vement élevé, il s'adressa à un public un peu
différent de celui qu'avait eu en vue Pasdeloup
quand il avait institué au Cirque d'Hiver les
« Concerts populaires n dans des conditions
de bon marché qui permettaient à l'amateur,
à l'artiste le moins fortuné de les suivre et de
faire son éducation musicale. Pasdeloup avait
surtout travaillé pour l'éducation du pauvre, —
Lamoureux pour celle du riche.
De retour de Milan, où il était allé diriger
plusieurs concerts, M. Ch. Lamoureux a eu
l'heureuse idée de faire entendre, au Troca-
déro, dans des conditions absolument popu-
laires, quelques belles pages de Berlioz et de
Wagner. Aussi le public avait-il répondu avec
empressement à son appel. Le succès de ce
concert à prix réduits engagera peut-être
M. Lamoureux à en donner d'autres l'année
prochaine. Berhoz et Wagner fraternisaient
donc sur l'affiche ; et le public a fait un aussi
chaleureux accueil à l'un qu'à l'autre. Parmi
les pages les plus applaudies, il faut citer la
Mort de Didon, dont lVL"e Région a merveil-
leusement rendu la déclamation lyrique, l'ou-
verture du Carnaval romain, puis celle du
Vaisseau fantôme et surtout la Clievauchée
des Valkyries, que les fanatiques ont voulu
entendre une seconde fois.
L'audition de l'œuvre de Brahms, donnée
par M"": Olga Vulliet à la salle de la Société des
Agriculteurs le 5 mai, a été ce qu'elle devait
être : un triomphe pour le maître de Hambourg
et un succès très franc pour sa vaillante inter-
prète. M™'' Vulliet est une pianiste au tempéra-
ment masculin, rompue à toutes les difficultés
du clavier ; et Dieu sait si elles sont nombreuses
dans l'œuvre de Brahms ! Les pages de force
ont été enlevées avec une fougue extraordinaire,
un brio remarquable ; celles où la douceur
domine, ont été dites avec beaucoup de charme.
Mais ce qu'il faut le plus admirer dans le talent
de M^e Vulliet, c'est l'excellente interprétation
qu'elle donne de la musique si suggestive du
maître qu'elle a étudié spécialement avec Hans
de Bulow. La Sonate pour piano (op. 5), le
Caprice (n» i, op. 76), l'Intermezzo (n" 3, op. 10),
la Rapsodie(n° 2, op. 79) et le Scherzo (op. 4)
ont révélé au public les superbes envolées du
compositeur génial qui a été en Allemagne le
digne successeur de Beethoven et de Schumann.
Le Sextuor à cordes (op. 18), qui est plus connu
en France, a été admirablement exécuté par
MM. A. Parent, SaïUer, Queeckers, J. Parent,
Baretti et Feuillard,etles applaudissements qui
leur ont été décernés étaient fort mérités.
Quant à M)-'^^ Morens, remplaçant pour ainsi
dire au pied levé M'''^ C. Baldo, qui s'était fait
excuser par suite d'indisposition, elle a dit avec
passion et charme les beaux //e^icr .• «Mon amour
est pareil aux buissons » , « Vieil Amour « , « Au
rossignol », « Cœur fidèle ». A l'issue de la
séance, les admirateurs du talent de M""^ Vul-
liet lui ont fait remettre une lyre couverte de
fleurs. Espérons, qu'encouragée par le succès
obtenu cette année. M™"' Olga Vulliet conti-
nuera l'année prochaine la vulgarisation, à
Paris, de l'œuvre de Johannès Brahms.
Si, dans les concerts à Paris, les compositions
de Brahms commencent à se répandre, au
théâtre, l'œuvre de Wagner poursuit sa course
triomphale. C'est ainsi que, lundi 7 mai, M.
Van Dyck chantait à la centième deLohengritt,
à l'Opéra, le rôle principal, qu'il avait créé.
Grand succès pour l'intelligent interprète du
drame wagnérien, partagé par M™« Caron
(Eisa). Ils ont été rappelés plusieurs fois, l'un
et l'autre, après chaque acte.
Hugues Imbert.
LE &U1DE MUSICAL
459
L'élite du faubourg Saint-Germain s'était
donné rendez-vous, lundi dernier, au Concert
donné par M. César Casella à la Salle Erard.
C'est que deux comtesses prêtaient le concours
de leur talent à l'habile violoncelliste et que
trois illustres professeurs au Conservatoire,
MM. Widor, Gillet et Hasselmans, étaient
venus également le seconder. M™»^ la comtesse
Potocka a exécuté avec le plus grand charme
Francesca.àe Ch.-M. Widor; elle était accom-
pagnée du double quatuor et du hautbois. Le
public, qui était nombreux, a goûté beaucoup
cette œuvre, dans laquelle le clavier, soutenu
par les cordes en sourdine, fait entendre un
motif d'un sentiment rêveur, qui s'anime peu à
peu dans un crescendo habilement ménagé.
La charmante comtesse, délicieuse dans son
costume de soie blanche (la symphonie du
blanc), avait bien un peu d'émotion pour son
premier début dans un concert public ; mais
son jeu n'en a nullement souffert, et les dilet-
tanti l'ont rappelée après l'exécution de Fran-
cesca et celle de l'Elégie et Marche des High-
landers de B. Godard, où Gillet a joué du
hautbois en maître. M'^<^ la comtesse de
Guerne, dont la réputation est établie dans les
salons du faubourg, a chanté, un peu froide-
ment peut-être, mais très intelligemment, l'air des
Bijoux de Faust et l'air de Mireille. M. Has-
selmans a été acclamé dans la Légende de
Thomé, où il était accompagné par l'auteur.
On pourrait justement appliquer au merveilleux
harpiste le jugement que Berlioz portait sur
F. Godefroid : « Sans faire fi des houris, le
paradis de Mahomet ne me paraîtrait complet
que si je pouvais y entendre ainsi jouer de la
harpe pendant l'éternité ! » .
Quant au bénéficiaire, M. Casella, il a
exécuté avec cette virtuosité, cette aisance
qu'on lui connaît le Concerto de Popper,
y Allegro con moto de Ch. M. Widor et le
Cygne de Saint-Saëns, deux morceaux très
appréciés, une charmante Gavotte de M. Van
Goens, le Menuet de la Mariée de MM. Tho-
mé-Casella, plusieurs jolies pages de lui, et
enfin la Fileuse (étude de concert) de Popper.
Le succès a été grand et mérité.
A l'école Braille (département de la Seine), la
fête annuelle, présidée par M. E. SpuUer, a été
fort brillante. A l'audition des élèves a succédé
un concert charmant dans lequel se sont fait
entendre M'i^ Jeanne Mérey, élève de M™<^ Ro-
sine Laborde; M'ii^ Marguerite Achard, haj-
piste, premier prix du Conservatoire; MM. F.
Ronchini, violoncelliste ; Paul Lemaître, violo-
niste, et J. Foucault, hautboïste, premier prix
du Conservatoire. Tous ces excellents artistes
ont eu un véritable succès. M"« Jeanne Mérey
e.st engagée au théâtre de la Monnaie et débu-
tera prochainement.
La succession d'Alexandre... Huit candidats
briguent le fauteuil de Gounod à l'Institut. La
proportion est quasi aussi forte qu'au ministère
des postes, où dix mille concurrentes sollicitent
quelques centaines de petits emplois. Il est vrai
que la « place » de membre de l'Institut est
plus enviable : ou est considéré en province,
on est joué à l'Opéra sans examen, on est reçu
et choyé dans le monde des douairières dilet-
tantes (Labiche prétendait qu'on y était nourri),
et, volupté suprême, on exécute à votre enter-
rement votre musique propre (quand elle l'est).
Pourra-t-on dire delà prochaine nomination :
(( Il fallait un artiste, ce fut un... calculateur
qui l'obtint » ? Pour remplacer un maître, nous
voyons, parmi les postulants, beaucoup de
contre-maîtres; ce n'est peut-être pas là un
titre suffisant. Nous avons cité les noms des
candidats dans notre dernier numéro. Aucun
nouveau nom ne doit être ajouté, pas plus
qu'aucun des postulants ne s'est désisté. A
cette heure, la liste est close, et le nouvel aca-
démicien nommé.
'f
S'avait- on que M. Ambroise Thomas eût
composé pour Mignon deux versions radicale-
ment différentes de la romance à manivelle :
Connais-tu le pays? Aux lointaines répétitions
de cet opéra, on hésitait ; ni l'auteur, ni l'inter-
prète, M'"eGalli-Marié, ne se décidait à choisir.
Enfin, on fit appel au jugement des musiciens
de l'orchestre, moyen assurément original de
trancher la question. Sur quoi se basèrent
ceux-ci pour choisir la piteuse complainte deve-
nue célèbre par la suite? Il serait peut-être
curieux d'exhumer l'autre Connais-tu le pays?
afin de constater s'il possède la même distinc-
tion de rythme et le même respect de la pro-
sodie.
''/oici les noms des candidats au concours
d'essai pour le grand prix de Rome, qui sont
entrés en loge samedi matin (5 mai 1894) :
460
LE GUIDE MUSICAL
MM. d'Ollone, Levadé (a^ grand prix iSgS)
Malherbe, Berges, Rabaud, Bouval (2^ année),
élèves de M. J. Massenet.
MM. Mouquet, Brioux, Letorey, d'Ivry,
Cafiot et Roux, élèves de M. Théodore Dubois.
Le jugement du concours d'essai aura lieu
le samedi 12 mai. Les concurrents admis au
concours définitif, qui aura lieu le 19 mai, ne
peuvent dépasser le chiffre de six.
La sortie des loges aura lieu le i3 juin, et le
jugement définitif sera rendu le 3o du même
mois à l'Institut.
Lundi 8 mai, a eu lieu à l'Opéra-Comique, la
première représentation du Portrait de Manon,
opéra-comique en un acte, livret de J. Boyer,
musique de J. Massenet. Les rôles étaient tenus
parMM.Fugère (des Grieux), Grivot (Tiberge),
Mmes Elven (le vicomte de Morcerf), Aurore
(Laisné).
Le public et la presse ont fait bon accueil à
cette partitionnette, écho des pages de Manon.
A huitaine le compte-rendu.
<$>
A l'Opéra.
Voici la distribution exacte de Djelma,
l'opéra en trois actes de MM. Ch. Lomon et
Charles Lefebvre dont la première est immi-
nente.
Djelma : M™" Rose Caron et Bosman.
Ouvraçi : M™" Région et Dufrane.
Nouraly ; MM. Saléza et Vaguet.
Raini : MM. Renaud et Bartet.
Kairam : MM. Dubulle et Delpouget.
Tschcrdyr MM. Douaillier et Muzet.
"^
Les chanteurs de Saint-Gervais exécuteront
à la messe, le jour de la Pentecôte, à 10 heures,
à Saint-Gervais, la messe dite Ascendo ad Pa-
trem à cinq voix de Palestrina considérée
comme une des plus belles du maître romain.
BRUXELLES
On n'avait plus entendu, à Bruxelles, depuis
une dizaine d'années, la Damnation de Faust
de Berlioz, et c'est une très heureuse idée de
M. Joseph Dupont d'avoir choisi, pour le con-
cert de clôture de la saison, cette œuvre
étrange, vieille aujourd'hui d'un demi-siècle et
demeurée cependant encore surprenante en
sa nouveauté. Si inégale qu'elle soit au point
de vue poétique et musical, en ses belles pages
passe un souffle vraiment noble et élevé. Avec
Berlioz, il n'y a pas de milieu : il est vulgaire,
trivial même, ou il est sublime. Le plaisant et
le grave se coudoient et s'opposent, dans la
Damnation, en des contrastes heurtés. La
musique française n'a pas beaucoup de pages
comparables à la belle élégie qui ouvre la
partition, à l'émouvant épisode de la Pâque,
à la délicieuse fantaisie du ballet des Sylphes,
à la grandiose Invocation à la Nature. Et à
côté de ces transcendantes beautés, il y a de
singulières puérilités, des amusettes, des partis
pris d'offenser le bon sens et le goiit qui sont
à en pleurer. L'œuvre a des parties admirables
et des faiblesses désolantes. Le plus singulier,
c'est l'ironie de Berlioz vis-à-vis de lui-même.
Il n'a pas plutôt éprouvé une profonde émo-
tion poétique qu'il semble vouloir s'empresser
à la parodier. Sa bouillante imagination ne
lui laisse pas le temps d'aller au cœur des
choses ; il court d'un tableau à un autre,
s'arrêtant de préférence à l'extériorité des
gestes et des attitudes. Il ne vous donne
l'âme ni de Faust ni de Marguerite. Mais
le milieu ambiant est quelquefois rendu avec
une justesse et un relief de tons uniques.
Aucun des grands adaptateurs musicaux de
la légende de Faust, ni Schumann ni Gou-
nod n'ont pu rendre pareillement l'élément
démoniaque et féerique. Sur ce terrain-là,
Berlioz est le maître. Et ce qui n'est pas le
moins extraordinaire, en dépit de tous les pro-
grès de l'orchestre moderne, il reste avec sa
physionomie originale un assembleur incom-
parablement ingénieux de rythmes, de timbres,
de sonorités. La fureur wagnérienne de ces
dernières années nous avaif un peu éloignés de
lui, comme de bien d'autres maîtres contem-
porains ou antérieurs. Mais on y reviendra, on
y revient nécessairement, naturellement. Et
cette audition de la Damnation de Faust,
qui a brillamment clôturé la présente saison
des Concerts populaires, servira, nous l'espé-
rons, de point de départ à d'autres résurrec-
tions analogues.
L'exécution de la Damnation a été excel-
lente, supérieure à toutes celles qu'on avait eues
antérieurement à Bruxelles, et si les chœurs
aguerris et très sûrs du Choral mixte ont, par
moments, semblé manquer un peu d'étoffe,
l'orchestre, lui, a été remarquable de siireté, de
précision, de légèreté et d'éclat tour à tour.
M. Joseph Dupont s'était assuré le concours
d'artistes d'élite : M™'^ Auguez de Montaland
(Marguerite), la très délicate et fine cantatrice
LE GUIDE MUSICAL
461
parisienne; M. Auguez, l'excellent baryton
(Méphisto); M. Demest (Faust), l'éminent pro-
fesseur de chant au Conservatoire et l'admirable
diseur que l'on sait; enfin M. Vandergoten
(Brander). On peut bien ajouter à ces solistes
du chant les solistes de l'orchestre, MM. Van
Hout et Guidé, qui ont joué avec un charme
indicible les parties obligées d'alto et de cor
anglais de la chanson du roi de Thulé et de la
rêverie de Marguerite.
Le public a fait à l'ensemble comme au
détail de cette exécution, un accueil extrême-
ment chaleureux, et l'on s'est séparé très satis-
fait, jusqu'à l'année prochaine.
Au début du concert, une manifestation
imposante, motivée par les récents incidents
que nos lecteurs connaissent, a été faite en
l'honneur de M. Joseph Dupont et des Con-
certs populaires, menacés par les sottes menées
de MM. Stoumon et Calabresi. Au moment où
M. Dupont a paru au pupitre, toute la salle
debout l'a acclamé et, à trois ou quatre reprises,
les applaudissements mêlés aux cris de : Vive
Dupont ! à bas Stoumon ! à bas Flon ! se sont
renouvelés dans un crescendo superbe.
A la fin de la première partie, après la
marche de Rakocszy, enlevée avec une furia
bien amusante, des palmes et des couronnes
enrubannées ont surgi de tous les coins de
l'orchestre, aux acclamations de toute l'assem-
blée et sont allées se grouper autour du pupitre
de notre éminent Capellmeister. Elles venaient,
ces palmes et ces couronnes, des habitués, des
artistes de l'orchestre et du Choral mixte. A la
palme étaient attachés des flots de rubans mul-
ticolores, portant chacun une trentaine de noms
de souscripteurs, habitués des Concerts popu-
laires et d'amateurs de musique qui, en mani-
festant de la sorte leur sympathie à l'œuvre des
Concerts populaires, ont en même temps con-
damné la campagne entreprise contre cette
institution par les directeurs du théâtre de la
Monnaie. Le total des listes donne près de huit
cents noms, parmi lesquels il en est de con-
sidérables ! Rarement la salle de la Monnaie
aura vu une assemblée aussi animée, aussi
chaleureuse, et nous espérons que le sens de
cette manifestation sera compris à l'hôtel de
ville. M. KUFFERATH.
L'incident des Concerts populaires et du
théâtre de la Monnaie n'est toujours pas aplani.
On se demande ce qu'attend l'échevin des
beaux-arts pour mettre en demeure MM. Stou-
mon et Calabresi de retirer la clause abusive
qu'ils ont introduite dans les engagements
de l'orchestre. Il semble cependant que la cause
soit entendue, comme on dit au Palais.
MM. Stoumon et Calabresi n'ont pu trou-
ver personne pour les approuver dans leur
campagne contre les Concerts populaires ; ils
ont après coup essayé de nier qu'il y eut de
leur part une hostilité quelconque contre cette
institution , et c'est dans ce but qu'ils ont dicté
à leur chef d'orchestre. M, Philippe Flon, une
lettre démentant les propos attribués à celui-
ci. Cette lettre n'est pas restée sans réplique.
Voici la réponse qui y a été faite et qui a
été adressée à la Gazette :
5 mai 1894.
Monsieur le rédacteur en chef,
Dans la lettre qu'il vous adresse ce matin au
sujet des incidents des Concerts populaires et de
l'orchestre de la Monnaie, M. Flon fait allusion
à un seul entretien qu'il a eu à ce sujet avec un
seul artiste.
Cet artiste, c'est moi, et je tiens à assumer toute
la responsabilité du récit que j'ai fait de cet entre-
tien.
Je le maintiens tel que M. Joseph Dupont l'a rap-
porté dans sa lettre à la Gazette, et tel que je l'ai
moi-même fait connaître à l'honorable bourgmestre
de Bruxelles dans une protestation signée de moi
et de mes camarades Anthony, Poncelet et Van
Hout.
A mon tour, j'oppose le démenti le plus absolu
à la version que M. Flon donne aujourd'hui de ses
paroles ; et sans compter le témoignage de notre
régisseur d'orchestre, à la loyauté duquel j'espère
pouvoir me rapporter, j'ai aussi d'autres témoins
qui à l'insu de M. Flon, ont parfaitement entendu
ce qui m'a été dit.
Pour renier ces paroles, M. Flon a attendu dix
jours et la clôture de la saison théâtrale ; moi, j'ai
protesté sur l'heure.
En niant, M. Flon sauve sa situation vis-à-vis
de ses directeurs ; en maintenant mes affirmations,
je compromets, sans doute la mienne.
Vos lecteurs et les artistes jugeront de quel côté
doit être la vérité.
Veuillez agréer, monsieur le rédacteur en chef,
l'expression de mes sentiments distingués.
G. Guidé,
Professeur au Conservatoire royal
de Bruxelles.
Jusqu'à présent, M. Flon n'a pas répondu à
cette lettre extrêmement nette et catégorique, et
nous croyons savoir qu'il n'y sera pas répondu,
parce qu'on n'a rien à y opposer et que les
témoignages invoqués par M. Flon sont défa-
vorables autant à lui-même qu'à la direction de
462
LE GUIDE MUSICAL
la Monnaie. Nous avons interrogé de nom-
breux artistes de l'orchestre : pas un ne s'est
trompé sur le sens de la clause nouvelle des
engagements, et ils reconnaissent tous que
M, Flon ne dissimulait nullement le caractère
agressif de la mesure.
Il reste donc ceci : c'est que les affirmations
et dénégations de MM. Stoumon, Calabresi
et Flon ont été, toutes, l'une après l'autre,
reconnues mensongères.
Aimable trio d'honnêtes gens ! M. K.
M. Th. Reinach viendra donner le i8 mai,
au Cercle artistique et littéraire, une audition
de l'Hymne à Apollon, récemment découvert
à Delphes, et il fera une conférence sur cette
œuvre intéressante.
Mercredi i6, à la salle Marugg, concert au
profit des Enfants martyrs par le Double Qua-
tuor vocal, sous la direction de M. Bauvais.
CORRESPOND A NCES
DRESDE. — Ce n'est pas une légère entre-
prise que de donner tme œuvre comme
Tristnn et IseuU. La vaillante Tliérèse Malten est
toujours prête; un accident de voiture même ne
l'empêche pas de se rendre à son poste. Mais si
les femmes de son tempérament sont rares, que
dire des ténors? Ils seront bientôt aussi introuva-
bles que la pierre philosophale, Sur le refus de
M. Gritzinger, sérieusement malade, dit-on, la
direction s'est adressée à M. Gudehus, le brillant
ténor qui faisait partie, il y a quelques années, de
la troupe de Dresde. Chez les vrais artistes, l'art
supplée aux défaillances de la voix.
C'est ainsi que nous avons eu mardi soir une
représentation magnifique du chef-d'œuvre wagné-
rien. Jamais peut-être M™'- Malten n'avait été plus
passionnée ; sa puissance d'action est si commu-
nicative, que ses camarades, aussi bien que les
auditeurs, en sont électrisés. M"'= von Chavanne
abordait pour la première fois le rôle de Brangaene
jusqu'à présent interprété par M"" Reuther. Cette
excellente artiste y a laissé de vivants souvenirs ;
toujours naturelle, elle personnifiait la fidélité
aveugle et tendrement empressée. Notre sympa-
thique mezzo-soprano a chanté avec une profonde
expression la magnifique scène du premier acte, où
sa belle voix s'harmonise si bien avec celle de
M""" Malten. Quand M"« von Chavanne aura quel-
que expérience du rôle, elle nous donnera une très
noble Biangœne. Pour compléter l'ensemble,
MM. Scheidemantel (Kurvenal) et Perron (Marke)
ont été à la hauteur de leur réputation. L'orchestre,
sous la direction de M. le Generalmuzikdircdor
Schuch, s'est surpassé.
En voilà sans doute assez pour flatter l'amour-
propre des Dresdois. L'enthousiasme du public
est un hommage rendu aux organisateurs de ces
solennités et à leurs éminents interprètes. Eh bien,
le vénérable critique du jotirnal ofiiciel, lui, a con-
staté que la plupart des auditeurs étaient étrangers ;
que, dans cette pièce, Wagner est moins exigeant
pour les chanteurs que pour l'orchestre, et il se
demande si cette énorme virtuosité orchestrale
convient à une œuvre scénique. A l'entendre, la
partition est plus savoiu^euse à la lecture qu'à
l'audition, les sonorités sont écrasantes, l'orches-
tration fatigante ; on se trouve en face de duos
interminables pendant lesquels n il ne se passe
rien sur la scène ». Aussi a-t-il vu bientôt appa-
raître «le fantôme de l'ennui n, qui l'a.., fait fuir.
«Et voilà justement comme on écrit l'histoire.»
Ce soir, M"'' Emmy Téléky a obtenu un gros
succès dans la Traviata. Voix, prestance, action,
tout fait désirer l'engagement de cette intéressante
artiste. M"" von Chavanne, MM. Scheidemantel
et Erl ont eti leur part des applaudissements que
le public, malgré l'interdiction directoriale, n'a
pu s'empêcher de faire entendre avant le rideau
final. Alton.
1~ ONDRES. -- Grâce à l'extrême générosité
A .2 de M. Samson Fox, le Royal Collège of
Music vient d'inaugurer ses nouveaux locaux, atte-
nants à l'Albert Hall.
Cette construction élégante et superbe complète
de la façon la plus heureuse la série des bâtiments
composant le fameux Kensington Muséum. La
cérémonie, faite avec grande pompe, était présidée
par Son Altesse le prince de Galles et sa nombreuse
suite; les princesses Christian, Béatrice, Louise;
les ducs de Cambridge, d'York; les duchesses
d'York, de Teck, de Connaught et d'Albany; les
princesses Maud et Victoria de Galles; enfin, la
princesse Victoria de Schleswig-Holstein. Parmi
les notabilités du monde musical et théâtral, à
citer sir Arthur Sullivan, Cowen, D'' Mackensie,
sir J. Barnb}', Henry Irving et M"= EUen Terry.
Dès l'arrivée de la famille royale, l'orchestre a
entamé l'ouverture des Maitres-Chantcurs. Malheu-
reusement, l'acoustique est détestable; il sera
possible, nous l'espérons du moins, de remédier à
cet état de choses en bouchant les baies par
d'épaisses tentures; pour le moment, la future salle
d'audition et de concours n'est pas encore ornée.
La partie architecturale seule étant terminée, il
faudra qu'une année se soit écoulée avant que les
élèves puissent prendre possession du nouveau
collège.
LE GUIDE MUSICAL
463
Après quelques discours et compliments d'usage,
la famille royale â parcouru les longs couloirs,
s'arrêtant à chaque classe, visitant chaque salle
d'étude, tandis que l'orchestre jouait la marche
solennelle de VAlcesUde Gluck.
M. Samson Fox a fait là un don vraiment royal,
car il ne s'agit pas de moins d'une somme de un
million cent cinquante mille francs; une semblable
générosité serait d'un salutaire exemple pour les
nombreux richissimes anglais, tels les ducs de Bed-
ford et de Westminster. Saisissant la même occa-
sion, M. G Donaldson a cédé sa superbe collec-
tion d'instruments anciens, qui est de toute beauté
et évaluée à six cent vingt-cinq mille francs. Elle
occupe plusieurs salles qui ont entièrement été
ornées par le donateur lui-même, et dans le style
de l'époque des instruments exposés.
Au Drury Lnne, M"" Olitzka a obtenu un
grand succès dans la reprise de l'Orphée de Gluck.
Elle était bien secondée par M"" Pauline Joran,
dans le rôle d'Eurydice.
Un élève de M. Urban, à Berlin, et plus tard
d'Antoine Rubinstein, Joseph Hofmann, qui s'est
fait entendre il y a sept ans comme pianiste pro-
dige, nous est revenu. Les qualités qui furent
chez lui si précoces se sont fortifiées depuis : son
jeu a acquis une plus grande assurance, sa person-
alité se dégage avec plus d'aisance, bien que l'on
remarque, en l'entendant, la grande influence de
Rubinstein.
Dans la sonate op. loi, de Beethoven, il a
déployé cette technique qui lui est si profondé-
ment acquise. Il s'est joué des quelques difficultés
des trois Phantasiestiicke de Schumann, mais a mis
plus en évidence ses nombreuses qualités dans
une excellente exécution des variations op. 88 de
celui qui fut son dernier maître.
Au Queen's Hall, nous avons été invités a enten-
dre le jeune violoniste Bronislaw Hubermann.
Elève de Joachim : c'est dire s'il doit avoir des
capacités. Dans le concerto de Mendelssohn, il a
fait preuve d'une savante technique, et malgré son
jeune âge il a de Joachim certaines allures singu-
lièrement caractéristiques. Le public lui a fait de
chaleureuses ovations dans la Suite en ini majeur
de Bach, le Nocturne en mi bémol de Chopin, et
une Ballade et une Polonaise de Yieuxievnps.
M. Eugène Oudin a chanté au dernier sympho-
nie-concert, avec style et expression, une sérénade
de Tschaïkowsky et la Procession de César Franck,
qui a soulevé de nombreux applaudissements.
Trois fois il a été rappelé.
Enchantée du séjour qu'elle fit l'an dernier à
Londres, la grande tragédienne Eléonora Duse
nous est revenue et reprendra le rôle de Margue-
rite Gautier dans la. Dame aux Camélias. C'est dans ce
rôle qu'elle fit dès la première soirée donnée au
« Lyric » une si grande sensation.
Yvette Guilbert vient d'être engagée à l'Empire
pour huit soirées.
M. N. Vert nous annonce pour celte semaine un
récital au Saint-James Hall par l'excellent violo-
niste tchèque Tivadar Nachez.
NAMUR — Le lundi 3o avril, la salle du
Kursaal était trop petite pour contenir les
nombreux sociétaires du Cercle musical, qui don-
nait son troisième concert. Concert exclusivement
réservé à des musiciens belges.
M. Joseph Ryelandt, de Bruges, qui n'est pas
un inconnu dans le monde de Namur, a dirigé
pour la première fois en public son ouverture
pour le drame de Caïn. Ce n'est pas l'œuvre d'un
débutant, plusieurs pages sont écrites avec chaleur
et prouvent une orchestration qui fait honneur à
son maître Edgard Tinel, et nous promet de belles .
œuvres pour l'avenir.
M. de Grey-Birkin, un ténor amateur plein de
distinction, nous a dit d'une façon charmante deux
mélodies de M. Edouard Drion. Pagina d'amorc de
M. Van der Strucken, a été très goûté ainsi que la
scène du bal de Charlotte Corday de Peter Benoit.
Avec sa modestie habituelle, M. Balthasar-
Florence n'avait voulu qu'une petite place au pro-
gramme, occupée par une Berceuse douce et fine
que M. de Grey-Birquin a très bien dite.
Mais le plus grand succès a été pour M"" J. Fla-
ment qui a interprété la ballade de Mignon d'Emile
Mathieu, Ton cœur est un petit eîifani, jolie mélodie de
M. F.Simon, et une mélodie de Peter Benoit, qui
ont fait ressortir toutes les richesses et toutes les
ressources de son rare et magnifique contralto.
J'arrive au clou de la soirée, à la deuxième par-
tie, réservée à Milenka, le ballet symphonique de
Jan Blockx, que les concerts populaires révélèrent
en janvier 1888 et que le théâtre de la Monnaie mit
à la scène la même année, au mois de novembre.
Une chaleureuse ovation a été faite au maître
anversois, M.Ronvaux,en lui remettant une palme,
l'a remercié, au nom du Cercle musical, d'avoir
bien voulu venir diriger son œuvre.
11 faut remercier aussi M Balthasar-Florence
pour la façon artistique dont l'orchestre s'est
acquitté de ses fonctions.
Après le concert, M. et M™ Balthasar-Florence
ont ouvert leur salon pour recevoir ceux qui
avaient participé à la soirée, avec quelques intimes.
Et l'on a recommencé la musique : M"' Berthe
Balthasar a joué la Tarentelle, de Liszt, avec un
brio sans pareil; M"" Clotilde nous a donné la
Berceuse de son père et le Zigueneitrweisen de
Sarasate, avec tout le talent que nous lui connais-
sons. M'I™ Flament et Clémence Balthasar ont
chanté un duo de Rubinstein ; M"" Clémence, le
Pourquoi dans les grands bois, de Lakmé; M"" Flament
nous a fait entendre une mélodie de Blockx,
accompagnée par l'auteur. M. de Grey-Birkin s'est
fait aussi entendre.
464
LE GUIDE MUSICAL
J^O U V ELLES DI VERSES
Nous recevons de nombreuses questions
relatives aux représentations de Bayreuth.
Nous croyons devoir donner aux personnes
désireuses d'assister à ces fêtes théâtrales le
conseil de retenir dès à présent leurs places, le
nombre de demandes étant considérable. Il
suffit d'envoyer le montant des places qu'on
demande (vingt-cinq francs par place et par
représentation), par mandat-poste, à l'Admi-
nistration des Buhnenfestspiele, à Bayreuth
(Bavière).
Bien que nous ayons déjà publié le pro-
gramme de la saison de Bayreuth, nous croyons
être agréable à nos lecteurs en le reproduisant
à nouveau. Voici dans quel ordre se suivront
les représentations :
Jeudi, 19 juillet, Parsifal.
Vendredi, 20 » Lohengrin.
Dimanche, 22 » Tannhœuser.
Lundi, 23 » Parsifal.
Jeudi, 26 » Parsifal.
Vendredi, 27 » Lohengrin,
Dimanche, 29 » Parsifal.
Lundi, 3o » Tannhœuser.
Jeudi, 2 août, Parsifal.
Vendredi, 3 » Lohengrin.
Dimanche, 5 n Parsifal.
Lundi, 6 » Tannhœuser.
Jeudi, 9 » Parsifal.
Vendredi, 10 » Lohengrin.
Dimanche, 12 » Lohengrin.
Lundi, i3 » Tannhœuser,
Mercredi, i5 » Parsifal.
Jeudi, 16 I) Lohengrin.
Samedi, 18 » Tannhœuser.
Dimanche, 19 » Parsifal.
Voici, d'autre part, la distribution des rôles
des trois ouvrages :
Lohengrin. Le roi Henri : Karl Grengg, de
Vienne, et Max Mosel, de Cologne.
Telramund : D. Popovici, de Prague.
Lohengrin : Ernest Van Dyck, de Vienne.
Le héraut : Hermann Brachmann, de Halle.
Eisa : Lilian Nordica, de New-York.
Ortrude : Marie Brema, de Londres, et Pau-
line Mailhac, de Carlsruhe.
Tannhœicser. Le landgraf : George Dœring,
de Mannheim.
Wolfram von Eschenbach : Theodor Reich-
mann, de Vienne, et J. Kaschmann, de Milan.
Tannhaeuser : Wilhelm Gl'ûning, de Hano-
vre.
WalthervonderVogelw^eide : Emile Gerhaeu-
ser, de Carlsruhe.
Biterolf : Michael Takaets, de Budapest.
Elisabeth : Elisa Wiborg, de Stuttgart, et
Johanna Gadski, de Brème.
Vénus ; Pauline Mailhac.
Le pâtre : Louise Mulder, de Stuttgart, et
Marie Deppe, de Berlin.
Parsifal. Parsifal : Ernest Van Dyck, Wil-
helm Grûning et Willy Birrenkoven, de Ham-
bourg.
Kundry : Rosa Sucher, de Berlin, et Marie
Brema.
Gurnemanz : Grengg et Mosel.
Amfortas ; Kaschmann et Reichmann.
Klingsor : Fritz Planck. de Carlsruhe, et Mi-
chael Takaets.
Titurel : Wilhem Fenten, de Dusseldorf.
Les filles-fleurs : Louise Mulder, Marie Dep-
pe, Elisabeth Hoelldobler, de Stettin; Johanna
Gadski, Adèle Krausz, de Dusseldorf, et Frieda
Zimmer, de Mayence.
M. F. Mottl, l'éminent chef d'orchestre qui
a fait représenter avec tant de succès, l'an
dernier, au théâtre de Carlsruhe, une partie
des œuvres de Berlioz, donne en ce moment à
Carlsruhe une série de représentations des
drames de Wagner, avec les plus célèbres
artistes de l'Allemagne.
Ces représentations ont eu lieu aux dates
suivantes : le 9 mai, le Rheingold ; le 10, la
Walkilre; le i3, le Siegfried; le 17, la Gœtter-
dœmmerung.
Aujourd'hui commencent à l'Opéra-Comique
de Paris les fêtes de la célébration de la mil-
lième représentation de Mignon, d'Ambroise
Thomas. L'œuvre sera donnée avec cette distri-
bution :
Mignon, M"« Wyns; Philine, 'M.'^^ Lan-
douzy; Wilhelm Meister, M. Mouliérat ; Lo-
thario, M. Taskin ; Laerte, M. Carbonne. Ces
trois derniers artistes ont joué leur rôle, le pre-
mier, trois cent cinquante fois ; les deux autres,
cent fois.
Le mardi i5 mai, soirée de gala.
A cette soirée de gala seront invités : le l'ré-
dent de la République, les ministres, le gouver-
neur militaire de Paris, l'Institut, tous les corps
constitués.
Le programme de cette solennité musicale
sera des plus curieux :
Mignon sera cette fois accompagné de mor-
LE GUIDE MUSICAL
465
ceau de l'syché et du Songe d'une nuit d'été,
avec le chœur des chasseurs, exécuté par tous
les artistes hommes du théâtre.
Cette cérémonie offre une particularité inté-
ressante : c'est que la première a été donnée
en 1867, c'est-à-dire moins de trente ans avant
la millième. La Dame blanche et le Pré aux
Clercs, qui ont été commémorés de la même
façon, ont mis près de cinquante ans à attein-
dre leur millième.
Il est décidé que ce sera M. Ernest Van
Dyck qui chantera à l'Opéra de Paris le rôle
de Tristan, au commencement de l'hiver pro-
chain.
M. Ch. Lamoureux vient de rentrer à Paris,
après avoir été acclamé à Milan. Les derniers
concerts de la « Société orchestrale de la Scala »
qu'il vient de diriger, ont été pour l'éminent
chef d'orchestre l'occasion de chaleureuses
> manifestations, non seulement de la part du
public qui lui a prodigué les marques du plus
vif enthousiasme, mais encore de la part des
artistes de l'orchestre qui, au bruit des vivats
de toute la salle, lui ont offert, en témoignage
de leur admiration, un magnifique bâton de
chef d'orchestre en or et en argent.
Il y a eu le 2 mai, trente ans que Meyerbeer
est mort à Paris, dans la maison qui porte le
numéro 2 de la rue Montaigne.
I Cette date du 2 mai est particulièrement inté-
; ressante pour l'Allemagne et la Suisse, où
; les directeurs de théâtre pourront désormais
; monter sans autorisation spéciale et jouer à
: leur guise les œuvres de l'illustre compositeur,
I sans avoir de droits d'auteur à payer.
' En France, la propriété artistique n'est pres-
;! crite que cinquante ans après la mort du der-
; nier collaborateur.
On sait qu'en rapprochant les textes poéti-
ques des diverses chansons populaires, lesfolk-
j loristes ont découvert qu'on les pouvait rame-
:j ner à quelques types assez peu nombreux. En
j un très curieux essai, paru dans les derniers
i fascicules àels. Revue des traditions populaires ,
\ M. Julien Tiersot a tenté d'établir pour les
i mélodies de ces chansons des rapprochements
; analogues. II a comparé les textes musicaux et
a été amené à constater qu'il existait, en quelque
'. sorte, des « familles » de mélodies. C'est ainsi
I qu'on retrouve les mêmes thèmes (avec d'indé-
finissables variantes d'accent et de couleur),
sous deà chansons bretonnes, bressannes, fla-
mandes, etc.. M. Tiersot a évité, du reste,
d'ériger ses remarques ingénieuses en système,
sachant que le génie populaire procède de bien
des façons diverses en ses créations. Mais il y a
là des observations très fines : elles intéresse-
ront les musiciens et tous les curieux qu'inquiète
le problème — toujours non résolu — des ori-
gines de la chanson populaire
Une bien étrange polémique est engagée
en ce moment, dans le Musical Standard
de Londres, entre M™= veuve Prasger et
M. Ashton Ellis, le wagnérien bien connu. On
se rappellera qu'il y a quelque temps, le défunt
mari de M'"'= Prœger avait publié ou laissé
publier sous son nom des mémoires relatifs à
Richard Wagner, sous ce titre : Richard
Wagner tel que je l'ai connu. Ce livre, qui
contenait, au sujet du maître de Bayreuth, cer-
taines révélations et des appréciations person-
nelles assez défavorables pour son caractère,
fut froidement accueilli, et même très vive-
ment attaqué, notamment dans les i^aj^re^/i/zer
Blœtter, l'organe officiel de Wahnfried. Dans
cette dernière revue, M. Houston S.Chamber-
lain avait même pubUé, il y a trois mois, une
étude extrêmement serrée démontrant point par
point les inexactitudes de tout genre dont four-
millait le livre du musicien anglais. Il allait
plus loin. Ayant vérifié sur le texte les originaux
des lettres reproduites par M . Praeger, il put
constater des interpolations et des modifica-
tions de rédaction assez sensibles; un certain
nombre de lettres ne s'étant pas retrouvées
dans leur teneur originale, M. Chamberlain
crut même pouvoir aller jusqu'à accuser
M. Praeger d'avoir inventé ces lettres de toutes
pièces. L'accusation était grave. Elle a été
récemment reprise par M. Ashton Ellis dans
le Musical Standard, qui, examinant les sou-
venirs de Praeger au regard des faits et gestes
de Wagner en Angleterre, découvrit à son tour
de nouvelles inexactitudes. C'est là-dessus que
Mme veuve Praeger est entrée en scène pour
défendre la mémoire de son mari. Elle publie
dans le Musical Standard, en réponse aux
réquisitoires de MM. Chamberlain et Ashton
Ellis, une longue défense du livre de son mari
et reproduit, en partie du moins, les lettres de
Wagner à son ami Praeger dont l'authenticité
et l'existence même avaient été contestées. En
ce qui concerne les inexactitudes relevées dans
la rédaction des lettres publiées. M"": Praeger
explique que le livre de son mari a paru à son
insu et n'a pas été revu par lui, que la tra-
duction allemande en a été faite sur le texte
466
LE GUIDE MUSICAL
anglais, de sorte que les lettres de Wagner, au
lieu de paraître dans leur teneur authentique,
ont paru dans un allemand bizarre qui est une
retraduction de la traduction anglaise.
Bref, ce qui résulte de plus clair de tout
cela, c'est que le livre de Prseger est très sujet
à caution.
Musiques anciennes :
Pendant les fêtes destinées à célébrer les
noces d'argent du couple impérial japonais, un
ballet a été dansé dans la salle du Trône, à
Tokio et les morceaux qui le composaient
appartenaient à l'art antique d'Extrême-Orient.
Voici les titres de ces morceaux : le premier,
Banzairaku, est d'auguste origine. Il a pour
auteur l'empereur Yomei, et date de treize
siècles. Puis vient Taiheiraku. qui fut com-
posé il y a mille trente-sept ans d'après des
motifs chinois ; la danse y figure « la pacifica
tion de l'empire et la suppression des abus »
Enfin, c'est Bairo, œuvre importée de l'Inde
il y a mille cent soixante ans ; on y voit repré
sentée « la soumission des ennemis ». Il serai
à désirer pour l'histoire de la musique orientale
qu'un des européens présents aux fêtes de
Tokio eût pris soin de noter la musique de ce;
trois airs de ballet.
Les Medici du maestro Leoncavallo, l'auteur
fortuné des Pagliacci, viennent d'être repré
sentes au Grand-Théâtre de Moscou, avec le
concours de MM. Tamagno et Battistini. A en
croire les journaux, le succès de la représenta-
tion n'est dû qu'à ces interprètes ; il faut notei
néanmoins que plusieurs morceaux ont été
bissés et, dans le nombre, un seul air seule
ment, — la sérénade de M. Battistini. — Les
deux autres numéros redemandés étaient des
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
A. GUILMANT
nr'x*sti:i.sox*ix>t±03:i.s
GRAND ORGUE AVEC PÉDALES
G. BizET. Op. :;^2. Berceuse et
Duo Fr.
A. Durand. Op. 78. Sous les
Bois
J. Durand. Op. 4. Feuillet d'Al-
bum
B. Godard. Op. 16. Andante .
— Op. 27. Solitude .
— Op. 116. Idylle .
E. Lalo. Op. 20. Romance du
Concerto de violon . . 5
C. Saint- Saëns. Op. 34. Mar-
che héroïque . . Net 3
C. S\int-Saëns. Op. 45. Pré-
lude du Déluge ... 6
C. Saint-Saëns.Op-ôq. Hymne
à Victor Hugo . . Net 3
R. ScHUMANN. Op. i5. Rêverie. 2
— Op. 85. Chant
du Soir 2
5o
5o
LE GUIDE MUSICAL
467
morceaux d'ensemble, — le chœur populaire
du deuxième acte et le septuor du troisième.
— Cette semaine, on donne deux fois les Me-
dici.
Les parfums ennemis du chant.
Un fait curieux vient d'être contrôlé en An-
gleterre. Les fleurs fraîchement cueillie pro-
duisent une atténuation de la voix chez les
chanteurs qui les respirent. Les violettes, tout
particulièrement, provoquent un enrouement
difficile à enrayer.
On raconte qu'une grande artiste, engagée
pendant la saison dernière pour chanter chez les
Rothschild de Londres, fut incapable de rem-
plir son programme pour avoir respiré un
bouquet composé en plus grande partie de
violettes. Les médecins légistes déclarèrent que
certains parfums, comme ceux des tubéreuses,
du mimosa, du lilas, de l'hyacinthe ont le pou-
voir de provoquer l'enrouement.
Mesdames qui chantez, méfiez-vous des par-
fums naturels et même artificiels, prétendent
les docteurs.
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
F A. i^ I s
Propriétaires des œuvres de Tschaikowsky, Ciottschaik, Prudent, Allttrd
des Archives du piauu et de la célèbre lléthoiie de piHUu \. Le l'arpenticr
Seuls dépositaires de l'Bdition Charnot, spécialement consacrée à la uiaslque de violon
CE U V R E S
CHARLES LEFEBVRE
MUSIQUE RELIGIEUSE
Op. 52. Hymne \Prono volutus impetu), pour con-
tralto solo, chœur et orchestre, texte latin et
traduction française de Paul CoLLiN. Net 2 »
Op. 71. Ave Maria 3 «
Op. 78. Stabat Mater, pour soprano (^4 Madame
Krauss) 6 »
Psaume XXIII, texte latin et imitation française
deJuiLLEEAT Net 3 »
MUSIQUE INSTRUMENTALE
Op. 43. Romance pour violon et piano . . . 5 »
Op. 68. Méditation. N" i. Orgue et orchestre
avec conducteur Net 3 »
N" 2. Harmonium et instruments à cordes
avec conducteur Net 2 »
N" 3. Orgue seul, par A. Guilmant. Net 2 »
Op. 72. Deux pièces pour flûte et piano.
N» I . Barcarolle mélancolique .... 6 »
N° 2. Scherzo 9 »
Le N" I pour violon et piano 6 »
Op. 80. Quatuor pour instruments à cordes.
Partition Net 3 »
Parties séparées Net 6 >i
Op. 82 . Cantabile pour viole d'amour ou alto et
piano Net 2
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Op. 20. Prélude choral.
Partition Nel 2
Parties séparées Net 2
Op. 43. Romance.
Partition Net 2
Parties séparées Net 2
Op. 60. Menuet.
Piano conducteur Net 2
Parties séparées Net 2
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Partition Net 6
Parties séparées Net 10
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40» année 27 Mai et 3 Juin 1894 numéros 22-23
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polytechnique.
D"^ D. D. - Le Festival rhénan.
M. R. — A propos de la looo^ de Mignon.
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première à rOpéra-Comique.
H. Imbert. . — Le successeur de Ch. Gounod
à l'Académie des Beaux-Arts de France.
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ES musiciens ont fort à faire de-
puis quelque temps pour célébrer
tous les anniversaires artistiques
Kk^!SZuuwM< qui semblent s'accumuler en notre
fin de siècle. Après le centenaire de Don
Juan et celui de la mort de Mozart, est
venu le centenaire de la naissance de Ros-
sini, qui est resté inaperçu en dehors de
l'Italie ; en 1894 tombe l'anniversaire trois
fois séculaire de la mort de Palestrina et de
•celle d'Orlando de Lassus; on promet déjà
de solenniser en i8g5, le centenaire de la
fondation du Conservatoire de Paris; et les
almanachs des années à venir ne seront pas
stériles non plus en semblables souvenirs.
Il en va de même en dehors de la mu-
sique, et le mois de mai 1894 a été choisi
pour célébrer à Paris le centenaire de
l'Ecole polj'technique. Réceptions offi-
cielles, spectacle de circonstance, messe
funèbre pour les camarades morts, médaille
commémorative, publication de n livre
d'or » et autres ouvrages analogues, rien n'a
été négligé pour raviver en cette occasion
les souvenirs et les traditions d'une école
qui se glorifie ajuste titre d'avoir fourni à
la France, depuis cent ans, l'élite de ses
savants, de ses ingénieurs et de ses offi-
ciers.
La musique, si étrangère qu'elle paraisse
à l'histoire d'une telle institution, s'y glisse
cependant et revenditjue comme lui appar-
tenant soit en entier, soit pour une part
seulement, plusieurs des noms qui figurent
dans le volumineux répertoire des anciens
élèves de l'Ecole. En rassemblant ici ces
noms dans une série de courtes notices,
nous montrerons que l'art peut réclamer
une place, petite ou grande, dans toutes
les fêtes de l'intelligence.
Le premier musicien qui se présente en
suivant simplement l'ordre chronologique
des promotions est peut-être le plus inté-
ressant de tous, ou du moins celui qui
mérite le plus de reconnaissance, comme
ayant rendu le plus de services réels à
l'art musical en France. C'est Alexandre-
Etienne Choron, né à Caen le 21 oc-
tobre 1772, et qui fut en 1794-95 un des
premiers chefs de brigade de l'Ecole pol}'-
technique. Monge avait trouvé Choron à
l'Ecole des mines, où il venait d'entrer,
sortant du collège de Juilly ; frappé de sa
vive intelligence, Monge avait fait de lui
son secrétaire particulier, son collabora-
teur pour la rédaction des premiers règle-
ments de l'Ecole polytechnique, son répé-
titeur pour le cours de géométrie descrip-
tive professé à l'Ecole normale. Mais si
bien doué qu'il fût sous le rapport des
sciences mathématiques, Choron avait
trouvé ailleurs, dès son arrivée à Paris, sa
véritable vocation : la musique. Il s'était
mis- avec ardeur à étudier l'harmonie,
d'abord sous la direction de l'abbé Roze,
puis sous celle plus rigoureuse de Benoit
Bonesi. Ajoutant aux leçons de ses maîtres
l'étude directe des traités classiques ainsi
que l'exe-rcice laborieux et fortifiant de la
mise en partition des anciens chefs-d'œuvre,
apprenant successivement les langues dont
l'usage lui manquait pour lire les théori-
ciens italiens et allemands, rassemblant
notes sur notes, concevant des plans d'ou-
vrages à venir, Choron, fixé par ses études
mêmes sur sa vocation réelle, finit par
476
LE GUIDE MUSICAL
abandonner la carrière scientifique ouverte
devant lui, pour se vouer entièrement à un
art qui avait désormais captivé et subjugué,
sans partage possible, toute son intelli-
gence.
La nature des facultés générales de Cho-
ron ne le portait pas cependant vers la
production artistique proprement dite : la
composition. Il n'était pas non plus assez
foncièrement mathématicien pour se con-
sacrer spécialement, comme beaucoup
d'autres polytechniciens, à la théorie phy-
sique ou philosophique de la musique;
pourtant, dans les tâches qu'il se fixa, dans
les enseignements qu'il répandit, on le vit
dé-^elopper, à côté du sens délicat et enthou-
siaste de l'artiste, quelque chose du sens
logique et précis que peut laisser dans
l'esprit l'habitude ancienne du raisonne-
ment mathématique. La trace de cette
habitude se retrouve dans l'ordre même
des publications de Choron. L'enquête
qu'il entreprenait pour son compte, parmi
les traités théoriques et les anciennes
œuvres de la pratique musicale, se déroula
dans ses ouvrages. Il donna successivement
sous le titre de Principes d'accompagnement
et de Principes de composition des écoles
d'Italie, une sorte de condensation des
études poursuivies par lui pour son instruc-
tion personnelle, tournant ainsi par son zèle
au profit de tous. La suite prouva que ce zèle
était aussi désintéressé qu'ardent et persé-
vérant. Choron dépensa la plus grande
partie de sa fortune en éditions coûteuses
et non rémunératrices de chefs-d'œuvre des
anciennes écoles, inconnus en France, et
dont il jugeait avec raison la connaissance
nécessaire et favorable au développement
de notre art national. Avec le même oubli
de ses propres intérêts et le même désir
d'accroître et d'élever, pour le plus grand
honneur du pays, le degré de culture de
l'art qu'il avait choisi, il essaya successive-
ment de fonder une Société philharmo-
nique et de faire paraître un Bulletin mu-
sical périodique : deux choses dont il avait
compris le premier toute l'utilité, mais pour
lesquelles l'esprit public en France n'était
pas mvir encore. Sur la demande du ministre
des cultes ou sur celle des membres de
l'Académie des beaux-arts, il se chargea de
longues enquêtes et de rapports importants
sur l'état de l'enseignement musical, sur
les maîtrises, etc. Incapable de garder
pour lui seul des connaissances laborieuse-
ment acquises, mais profitables à tous, il
ouvrit sa propre bibliothèque aux travail-
leurs, les encourageant de son exemple, les
aidant de son savoir, et ne pensant qu'à
augmenter leur nombre, sans s'arrêter
jamais à la crainte mesquine de se préparer
des rivaux.
{A suivre.) Michel Brenet.
jfestival IRbénan
EST à Aix-la-Chapelle qu'ont eu lieu,
cette année, les exécutions du soixante
et onzième festival rhénan. Elles ont
été, comme d'habitude, dirigées par deux
capellmeister : M. Eberhard Schwickerath,
chef d'orchestre de la ville, pour toutes les
parties vocales, et M.Ernst Schuch,de Dresde,
pour les grandes pièces orchestrales. Ce choix
était tout indiqué en ce qui concerne l'excellent
directeur de la ville ; M . Schuch ayant conduit
avec beaucoup de succès le festival de 1891, il
était naturel de l'appeler encore à diriger celui
de cette année. L'habitude est, d'ailleurs, de
charger plusieurs fois de suite le même artiste
de la direction; Hiller l'a acceptée douze fois,
dei853à i883.
La paît faite dans ces exécutions à la mu-
sique moderne, bien qu'elle tende à s'agrandir,
est toujours peu importante : c'était une bonne
surprise de trouver cette année, au programme,
non seulement des compositions récentes, mais
encore, et à une place d'honneur, l'œuvre d'un
étranger. Contre toutes les habitudes, et sans
scrupule national on a exécuté Franziskus,
de M . Edgar Tinel ; on l'a exécuté respectueu-
sement, sans coupures, on lui a consacré la
majeure partie de la première journée de fête.
Il était très intéressant d'entendre cette
œuvre, non plus dans une ville belge quel-
LE GUIDE MUSICAL
477
conque, où le genre oratorio n'est guère cultivé,
mais à Aix, où plusieurs grandes œuvres cho-
rales de Bach et de Hsendel sont exécutées tous
les ans. Cela faisait un cadre dans lequel le vrai
mérite de Franziskits allait se dévoiler, soit en
détruisant nos illusions, soit en prouvant que
notre jugement favorable était bien fondé. Et tel
a été le cas. L'œuvre mérite le rare honneur qu'on
lui a fait par cette consécration solennelle. Non
seulement l'opinion d'un critique, mais l'enthou-
siasme du public d'élite venu de loin pour
assister à ces exécutions prouvent que Franzis-
his ne jouit pas seulement d'un succès passa-
ger, mais qu'il fera époque. Certes, ce n'est pas
encore une œuvre de maturité complète, mais
c'est pourtant une œuvre de maître. Ici plus
qu'à des auditions antérieures, j'ai été frappé
par certaines parties extatiques dans lesquelles
les suites d'accords rappellent celles des finales
de Wagner. Il n'y a pas là de copie, mais une
atmosphère analogue, justifiée parfois par le
sujet; elle plaît, elle emporte, car on y sent un
souffle de sincérité et d'art vrai. Certaines
parties, comme la danse, ont paru un peu
longues, d'autres éveillaient trop vivement des
souvenirs connus : tel l'épisode du veilleur de
nuit après lequel on attend quelque motif des
Maîtres Chanteurs. Cet épisode n'est-il pas bien
mutile ici ? De pareils hors-d'œuvre ne sont que
rarement à leur place. — A cause d'une très
grande perfection dans le rendu, les chœurs
ont paru doublement intéressants. Ils sont
d'une exécution très difficile, étant écrits fort
haut, mais les vaillants soprani d'Aix ne recu-
lentdevant rien. Le chœur, dirigé par M.Schwic-
kerath, était composé de 109 soprani, 83 alti,
5g ténors et 84 basses, tous musiciens et chan-
teurs bien doués, surtout bien stylés. Il règne
en Allemagne une discipline inconnue ici,
mais singulièrement favorable au fini d'une
exécution. L'entrée dans la plupart des sociétés
chorales importantes est subordonnée à un
examen souvent difficile ; on exige une grande
assiduité des membres, qui croient plutôt rem-
plir un devoir accepté librement qu'aller à une
partie de babillage. Sans ce sentiment d'une
mission à remplir, sans cette discipline un peu
militaire, sans l'absolu respect des volontés du
chef, on ne pourrait obtenir les artistiques
résultats dont l'Allemagne donne l'exemple.
Ce chœur, soutenu par un orchestre de i3o mu-
siciens, a permis une exécution vraiment gran-
diose de Franziskus. Les soli ont été bien
chantés par M'ie Milka Ternina et M. Birren-
koven, un ténor assez célèbre, mais dont la
voix donne parfois quelques inquiétudes.
La seconde œuvre chorale était Elie (deu-
xième journée), dont on n'a — j'allais écrire
« heureusement » — joué qu.^, la première partie.
Celle-ci forme, du reste, un tout bien indépendant
de la suite, et elle est assez longue pour per-
mettre d'affirmer qu'on a rendu plus que justice
à Mendelssohn en l'inscrivant au programme.
Après le Sanctiis, le Benedictiis et VOsaiina
de la Messe en si mineur de Bach, qu'on venait
d'exécuter, Elie paraissait terriblement vieux,
ou plutôt vieillot. Les formes scolastiques de
la fugue,— chose singulière, — ne faisaient pas
un effet aussi suranné; elles sont si claires pour
qui en pénètre l'esprit, si brillantes et majes-
tueuses qu'elles font toujours une profonde
impression. La mauvaise déclamation des
chœurs à' Elie, au contraire, paraissait faire sur
tous une pénible impression. Encore un efiet, —
involontaire et éloigné, — des créations wagné-
riennes, qui partout modifient, affinent et per-
fectionnent le goût du public. Des solistes
exceptionnels donnaient pourtant un grand
intérêt à cette exécution. Cari Perron, le bary-
ton de Dresde tant remarqué à Bayreuth dans
le rôle d'Amfortas, a déclamé avec sa pronon-
ciation impeccable et son style parfait les pré-
dictions d'Elie. Voilà bien le chanteur par
excellence, le Van Dyck des barytons. Pourquoi
un singulier parti pris, — ou une difficulté
inconnue, — le tient-il éloigné de la scène
bayreuthienne, où il serait, sans concurrence
possible, le meilleur Wolfram, le plus parfait
Amfortas? — Mystère, mais fait à signaler et à
déplorer ! M"« Ternina avait, cette fois, une
partie plus importante, dans laquelle elle a fait
preuve de sérieuses qualités. Cette jeune artiste,
l'étoile de Munich, a de grandes qualités tech-
niques et un profond sentiment, mais elle ne
semblait pas tout à fait à l'aise. C'est le jour
suivant, dans l'air de Léonore, qu'elle s'est
vraiment révélée artiste. On a chanté cet air
avec plus de voix, avec plus de passion, c'est
vrai, mais rarement avec un sentiment aussi
profond, avec une égalité aussi parfaite, avec
un style aussi sûr de soi. Pas d'artifice, pas de
cris, mais une puissance d'expression éminem-
ment impressionnante.
Les parties déjà citées de la Messe de Bach,
478
LE GUIDE MUSICAL
agrémentées d'une orchestration complémen-
taire un peu trop bruyante de Hiller, ont été
exécutées avec une grande clarté, malgré la
difficulté qu'elles présentent. M. Cari Prill, de
Leipzig, a joué d'un bon style le solo du Bene-
dicius; la partie de ténor avait été confiée à
M. Birrenkoven.
A côté de ces magistrales exécutions cho-
rales, les grandes pièces d'orchestre étaient
dignement représentées. Le premier jour,
M. Schuch a dirigé la quatrième sj'mphonic de
Beethoven, cette œuvre pleine de douce mélan-
colie, de demi-teintes, de clair obscur qui repré-
sente en quelque sorte l'envers de la nature da
maître. Il est très curieux de remarquer qu'il a
presque toujours composé, soit ensemble, soit
à des époques rapprochées, deux œuvres de
caractère absolument différent. Ses symphonies
peuvent être ainsi classées d'une façon méca-
nique (i) : à des degrés différents, les sympho-
nies portant un numéro impair [eroica, ut mi-
neur, IX^) sont héroïques, celles de numéros pairs
(4"= et pastorale surtout) ont un caractère tout
lyrique. Et ces dernières sont de beaucoup les
plus difficiles à interpréter, à cause de la finesse
des nuances. L'orchestre doit avoir une riche
gradation de sonorités entre \e piano et lefoi'te,
sans quoi tout se dilue dans une monotonie
ennuyeuse comme un jour de pluie. Et notre
climat est fort pluvieux. . . Mais le soleil demandé
brillait à cette exécution modèle du festival
rhénan. La nuance d'élection de Beethoven,
un crescendo subitement suivi d'un piano, si
difficile à obtenir et d'un emploi si constant
dans la quatrième symphonie, n'a pas manqué
une seule fois. Et les vibrantes ovations faites
à lexcellent chef n'ont été que justice rendue.
Dans l'ouverture de Léonore n° 3, il a su
faire sentir, à côté d'un travail de détail minu-
tieux et impeccable, la grande ligne, le souffle
dionysiaque qui anime cette œuvre sublime.
J'aime moins son exécution de l'ouverture du
Tann]iœiiser, dont le choral, repris par les
cuivres pendant l'accompagnement en triolets
des violons, a été joué un peu brutalement et
sans la conviction nécessaire.
Les œuvres de Berlioz ont fait une brillante
carrière dans l'Allemagne du sud et la mode
s'en étend jusqu'à la province rhénane. La
\i) Voir l'analyse due à l'habile plume de M. Rei-
mann dans la brochure-programme des festivités .
Symplionie fantastique se trouvait, cette fois,
au programme; elle a eu également un vif
succès. Inutile, sans doute, de parler en détail
de cette œuvre qui est et restera une œuvre de
jeunesse, bien faite sans doute, mais iro-p faite,
trop voulue et cherchée. Une seule question à
son propos, et une question à résoudre. La
dernière partie comprend le motif de Vidée fixe
et le Dies irce, travestis de toutes façons. C'est
une caricature musicale; dans le sens gœthien,
un méphistophélisme, une négation. Berlioz
connaissait le Faust, il savait quel est « l'esprit
qui toujours nie ». Tel est l'esprit de cette der-
nière partie ; Berlioz est sans doute le premier
qui ait fait exprimer à la musique de pareils
sentiments. Quelle est, dès lors, l'influence qu'il
a eue sur Liszt,— qui, dans sa F anstsymphonie,
emploie un procédé tout analogue, et sur
d'autres ?
Tod und Verklœrnng de Strauss se trouvait
également au programme ; mais, à cause d'un
malentendu déplorable, l'œuvre, insuffisamment
sue, a paru terne. C'était la seule tache pendant
ces trois journées.
La dernière était réservée aux solistes. Un
jeune alto de talent, qui avait déjà chanté dans
Elie, s'est fait fort apprécier dans un Lied de
Schultz (1782), une ariette de Paisiello et une
ballade de Lœwe. Cette charmante diseuse,
qui a nom Catharina Zimdars, n'a qu'un
défaut : celui d'être un peu jeune et de manquer
encore de développement; mais elle promet de
devenir bientôt une artiste de premier mérite.
La rareté de sa voix lui vaudra une double
célébrité.
Passant quelques numéros, nous arrivons à
Paderewski, qui jouait pour la première fois en
Allemagne et qui a tout lieu d'être satisfait du
succès obtenu. Et pourtant le concerto en la
mineur de Schumann, dans l'interprétation de
ce virtuose, est devenu bien mièvre. Uandan-
tino surtout, rallenti outre mesure, soupiré,
effleuré, m'a fait la plus pénible impression de
raffinement efféminé. Les passages de force, au
contraire, devenaient brutaux, le son se brisait
sous des coups nerveux. A part la technique,
absolument supérieure, est-ce bien là tout ce
qu'on peut attendre d'un homme si renommé ?
Sa Fantaisie polonaise a fait meilleur effet.
C'est une œuvre de couleur locale dans le
caractère de certaines rapsodies de Liszt ; l'un
LE GUIDE MUSICAL
479
des thèmes, très russe, est fort beau. L'orchestre
est bien traité. Paderewski a eu le bon goût
de ne pas donner, en dehors du programme, un
casse-cou ; pour répondre aux ovations, il a
exécuté très simplement un iioctiirne. L'exem-
ple est bon à suivre.
Le festival s'est terminé par la Kaiser marsch
de Wagner. D"" D. D.
A FEOFOS DE LA MILLIEME DE MIQNON
^^
fi Candide eût pu visiter Paris l'autre
semaine, il eût certes été assez étonné.
j-^^_~~ S'il eût demandé à la foule enthousiaste,
au journaux lyriques la place réelle qu'occupe
Mignon dans l'art musical, qu'eût-on pu lui
répondre, si ce n'est : a C'est une musique qui
a des vertus domestiques comme son auteur » .
Le caractère et la personne de M. Ambroise
Thomas ont droit au plus profond respect.
Quelque chose de cette droiture d'âme se fait
sentir dans sa musique, qui, si elle n'a pas
l'accent 13'rique, a du moins, celui de la sincé-
rité. Aussi faut-il savoir gré à M. Thomas,
retiré depuis longtemps dans le fromage intel-
lectuel du Conservatoire, de s'être tenu à l'écart
des questions irritantes qui ont agité le monde
musical ces dernières années. S'il eût dû pren-
dre parti, logique avec lui-même, il eût prêché
peut-être la conciliation d'idées contradictoires,
ainsi qu'il l'a tenté dans ses opéras ; cette solu-
tion palliative n'eût été d'aucun secours.
Paris a décerné à M. Thomas des honneurs,
un triomphe quasi-posthume, tant c'était una-
nime et... sans portée.
Que M. Carvalho « d'accord avec le gouver-
nement » [sic) ait organisé la millième de
Mignon en une soirée de gala où on n'a même
pas joué Mignon, cela nous importe comme la
prochaine cent millième de la Mascotte, avec
figuration officielle ou non et le chœur de la
presse.
Sans doute, mille est un chiffre ; mais il nous
paraît surtout concerner les inipresarii et les
caissiers; comme argument artistique, l'élo-
quence des chiffres est parfois obscure.
Ce qu'il faut admirer dans l'événement, c'est
la badauderie des journaux, qui ont « coupé en
plein » dans cette réclame. Et, d'autre part, leur
embarras au lendemain de la soirée; pas un
seul critique musical n'osant entreprendre de
faire ressortir les « beautés » de la partition.
Et les compositeurs interviewés sur l'œuvre de
leur illustre confrère, se perdant en généralités
vagues, en réticences à peine avouées. C'était
là le vrai spectacle. Et l'oubli où l'on a laissé
le librettiste, M. Barbier! Ni décoration, ni
ovation pour lui. Pourtant, on l'a joué mille
fois, ce livret refusé par Meyerbeer, qui craignait
les pommes cuites de ses compatriotes, s'il avait
osé leur exhiber un tel arrangement de Gœthe,
ainsi qu'il l'a dit.
Si l'on s'obstine à chercher le pourquoi de la
manifestation disproportionnée en faveur de
Mignon, on trouvera des causes multiples : le
besoin d'un pendant national au triomphe
récent de Verdi, l'accord spontané qui s'est
fait sur le nom de M. Thomas, que sa haute
situation officielle, son intégrité artistique et
son aménité personnelle, sa situation d'ancêtre
en dehors des compétitions désignaient tout
naturellement, puis l'heureuse coïncidence de
la millième représentation de Mignon, au mo-
ment où, les officiers russes étant partis depuis
assez longtemps, une soirée de gala s'imposait
comme une nécessité.
Mais quand les quatre-vingt mille concierges
de Paris, sans compter les gens qui ont man-
qué leur vocation, auront versé un pleur
supplémentaire sur les malheurs de Mignon
(édition populaire), nous n'en conclurons pas
à une date probante dans l'histoire de la mu-
sique.
Nous préférons modestement la troisième
.sifflée de Tannhceuser, à l'Opéra, en 1861.
M. R.
LE PORTRAIT DE MAISON"
opéra comique en un acte de M. Boyer musique de
M. J. Massenet.
nch' io son , a pu dire — ou
chanter — l'auteur de Thaïs en pen-
sant au Siegfried-Idyll.
Et c'est un sentiment paternel bien admis-
sible dans son ambition, chez un artiste
célèbre, que de reprendre dans une partition
consacrée tels thèmes désormais burinés dans
LE GUIDE MUSICAL
les mémoires pour servir à un jeu de plume
élégant et désœuvré. Tout rappel, tout effleure-
ment de motif dûment installé dans le souvenir
de chacun, emprunte la force probante d'une
citation classique que nul esprit cultivé ne peut
ignorer ; toute allusion est aussitôt saisie, toute
comparaison, analogie de situation, aussitôt
déduite et raisonnée.
Vraiment ce jeu est charmant, surtout quand
les emprunts sont faits à une partition réussie
et captivante comme l'est la Manon de M. Mas-
senet. Certes, c'est là, l'œuvre à laquelle l'auteur
a imprimé le plus nettement sa griffe person-
nelle, et on ne peut que se réjouir de le voir y
cueillir quelques fleurs de serre chaude pour
exercer à nouveau sa virtuosité.
Le livret de M. Boyer se résume en deux
mots : le chevalier des Grieux, vieilli, passe
ses jours dans la contemplation du passé :
depuis la mort de Manon, son grand chagrin
s'est calmé, mais son caractère est demeuré
morose. Aussi s'offusque-t-il de l'aveu que lui
fait son jeune ami et protégé, le vicomte de
Mortcerf, de son amour pour Aurore, la fille
adoptive de Tiberge. Or, la jeune Aurore n'est
autre que la fille de Lescaut, le sacripant frère
ou cousin de Manon. Et pour fléchir le che-
valier, on revêt Aurore d'un costume analogue
à celui que portait Manon quand elle fut ren-
contrée par des Grieux pour la première fois.
Le chevalier, à la vue de cette nouvelle
Manon, — faut-il dire que la nièce ressemble à
la tante ? — est profondément ému, et consent
à l'union des deux jeunes gens.
Prétextes à rappels de thèmes, comme on
voit ; sans cela, ce petit acte serait à peine une
comédie de paravent. Vivifiée par l'autre
Manon, cette partitionnette prend une saveur
spéciale; et les thèmes à peine altérés, selon
qu'il convient à la situation nouvelle, semblent
d'un intérêt plus piquant. D'autres parties,
plus épisodiques n'ont évidemment aucun lien
possible avec la première partition, et l'auteur
les a traitées avec son adresse accoutumée.
L'interprétation est excellente particulière-
mentdelapart de M. Fugère et deM"'^ Elven.
M. R.
>M
LE SUCCESSEUR DE CHAELE3 GOUNOD
A l'académie des beaux-arts de FRANCE
AR vingt voix contre douze accordées
à M. Joncières et quatre à M. Fauré,
Théodore Dubois a été élu, le 19 mai,
membre de l'Académie en remplacement de
Charles Gounod.
Cette nomination a eu les sympathies de tous.
L'Académie s'est honorée en accueillant un
homme d'une haute probité et d'une grande
maîtrise artistiques.
Né à Rosnay près de Reims, le 24 aotit 1837,
de parents placés dans la condition la plus mo-
deste, il dévoila de bonne heure des aptitudes
étonnantes pour l'art musical. Ce fut son pro-
tecteur M. le vicomte de Breuil qui l'emmena
à Paris vers la fin de 1 année 1854 et le fit
admettre inmiédiatement comme auditeur dans
la classe de Marmontel, puis dans celle de
Bazin. Après avoir suivi les cours d'orgue,
d'ensemble instrumental, de fugue et de com-
position, il remporta, en i856, le premier prix
d'harmonie et, les années suivantes, ceux de
fugue et d'orgue. La classe de composition
était alors dirigée par Ambroise Thomas. Le
premier grand prix de Rome lui fut décerné
en i86i pour la cantate Atala, tirée de l'œuvre
de Chateaubriand par Victor Roussy.
Théodore Dubois considère encore aujour-
d'hui comme les plus belles de son existence
les deux années qu'il a passées à Rome, admi-
rant tour à tour les chefs-d'œuvre de la nature
et ceux des grands génies qui ont laissé des
souvenirs impérissables de leur passage dans
cette ville si bien faite pour le recueillement et
l'étude. Ses premiers travaux en Italie furent
une Ouverture dans le style classique, un
Opéra bouffe et une Messe solennelle.
Ses tendances vers la musique sacrée s'ac-
centuèrent lorsque, de retour à Paris vers la
fin de iS53, il obtint immédiatement la place
de maître de chapelle à l'église Sainte-Clotilde
où César Franck tenait déjà le grand orgue.
De nombreux motets virent le jour; mais ce
furent les Sept paroles du Christ qui, dans
l'année 1867, attirèrent l'attention du monde
musical. En 1868, il passait comme maître de
chapelle à la Madeleine.
LE GUIDE MUSICAL
481
Dans la période qui précéda la guerre de
1870, Théodore Dubois composa une grande
partie de ses œuvres religieuses, ainsi que la
Guzla de l'Emir, opéra comique en un acte,
qui fut représenté plus tard, en 1873, au théâtre
lyrique de l'Athénée.
Lorsque Auber mourut et qu'Ambroise Tho-
mas lui succéda comme directeur du Conserva-
toire, ce dernier n'oublia point son élève et lui
réserva la classe d'harmonie qu'il dirigea effec-
tivement vers la fin de 1871. Personne n'ignore
quel éclat le jeune maître donna à cet ensei-
gnement. Après avoir épousé en 1872 M"^ Du-
vinage, fille de l'ancien chef d'orchestre de la
Renaissance et de l'Opéra-Comique, musi-
cienne de grand talent, il commença à se livrer
plus complètement à la composition. Nous
citerons rapidement plusieurs airs de ballet,
un Andante cantabile pour violon, — en
1873, une Suite d'orchestre, qui fut exécutée
en 1874 aux Concerts du Châtelet, — de 1874 ^
1878, un Concerto capriccioso pour piano avec
accompagnement d'orchestre, — les Voix de
la Nature, chœur pour voix d'hommes, — une
2^ suite d'orchestre [Suite villageoise), — le
Paradis perdu, drame oratorio en quatre par-
ties d'après le poème d'Edouard Blau, — le
Pain bis, oféra comique sur un livret de
M. A. de Beauplan, et enfin plusieurs messes.
En 1877, il fut appelé à succéder, comme
organiste du grand orgue de la Madeleine,
à Camille Saint-Saëns, que ses nombreux
voyages détournaient de ses fonctions. Puis,
désireux de suivre le mouvement musical con-
temporain, il entreprend en 1880, en com-
pagnie de Gabriel P'auré, le voyage de Munich
pour assister aux représentations de Tann-
hœuser, des Maîtres Cha/iteurs de Richard
Wagner. Ces représentations lui laissèrent de
si vives impressions que, de retour à Paris, il
eut le plus vif désir d'étudier et de connaître à
fond les partitions du maître de Bayreuth.
Ceux qui ont eu le bonheur d'entendre dans
l'intimité certaines pages de Circé, la der-
nière œuvre importante de Th. Dubois, ont pu
constater l'heureuse influence du maître d'outre-
Rhin sur le maître français.
L'époque la plus importante de la vie du
compositeur par l'importance des œuvres fut
celle qui s'étend de 1878 à i88g. Furent com-
posés successivement : en 1878 V Enlèvement
de Proserpine, scène pour soli, chœur et
orchestre, et l'ouverture symphonique en lit, —
en 1880, l'ouverture de Frithiojf, — en 1882,
la Farandole, ballet sur un livret de Philippe
Gille et Arnold Mortier qui, représenté pour la
première fois à l'Opéra le 14 décembre i883,
eut un véritable succès.
Sa nomination comme chevalier de la Lé-
gion d'honneur en i883 fut la juste récompense
accordée à ses nombreux travaux et à sa car-
rière si bien remplie de professeur au Conser-
vatoire. A peu près à la même époque, les
fonctions d'inspecteur des beaux-arts lui furent
confiées.
Lorsque nous aurons signalé l'exécution au
Théâtre-Italien, dirigé par M. Maurel, à'Aben-
Hamet (188^), qui n'eut malheureusement que
quatre représentations par suite de la fermeture
du théâtre, — les voyages entrepris à Nantes,
Angers, Orléans, Dijon, Lille, Reims, Boulo-
gne... pour diriger certaines œuvres impor-
tan.es, lorsque nous aurons appelé l'attention
sur la nomination de Dubois aux fonctions de
professeur de composition au Conservatoire en
remplacement de Léo Delibes (1891), lorsque
nous aurons rappelé la composition en 1888 et
i88g de la Marche héroïque de 'Jeanne d'Arc,
de la Fantaisie triomphale pour orgue et
orchestre, lorsque nous aurons indiqué que le
chiffre des œuvres composées jusqu'à ce jour
s élève à quatre-vingt-quatre, quand nous aurons
souligné les beaux travaux publiés sur l'ensei-
gnement et ayant pour titres Notes et Etudes
d'harmonie (1873-1889), - Quatre-vingt-sept
leçons d'harmonie (1879-1891), lorsque enfin
nous aurons dit que le nouvel élu travaille
actuellement à un opéra, Xavière, dont le scé-
nario a été fait par M. Louis Gallet d'après le
roman de Fabre et qui a été reçu par M . Car-
valho, nous aurons tracé à grands traits les
lignes principales d'une vie d'artiste admirable-
ment remplie. Hugues Imbert.
Vient de paraître : TRISTAN ET ISEULT, par
Maurice Kufferath, deuxième édition. En vente chez
Scholt frères, Bruxelles et G. Fischbanher, à Paris.
Pri.x ; 5 francs.
482
LE &UIDE MUSICAL
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
(jr^^-r ous ne reviendrons pas sur les merveil-
jj^f ^^"^^^'^^^^tés qi^e renferme la Vie d'une
^^}] Rose, de Robert Schumann,dont la So-
ciété l'Euterpe vient de donner une deuxième
audition, le 12 mai 1894. L'exécution a été
encore supérieure à celle delà salle Erard;
les chœurs se sont surpassés. Aussi plusieurs
parties de cette délicieuse partition ont-elles
soulevé des transports d'enthousiasme ; le chant
funèbre, la prière et le chœur des Elfes, le
chœur n" i5, visiblement inspiré par Weber,
la mélopée et scène (n» 23), etc., ont été bissés.
Au point de vue de l'acoustique, la salle de
la rue de Trévise est préférable à la salle
Erard ; il y a pour ainsi dire plus d'intimité et
par suite une sorte de communion entre les
acteurs et les spectateurs : une œuvre aussi
poétique que la Vie d'une Rose gagne à être
entendue dans ces conditions. Ordinairement,
ce sont les parties confiées aux solistes, pour la
plupart peu initiés à la langue de Schumann,
qui sont les moins bien interprétées.
A cette séance de l'Euterpe, il y avait un pro-
gjès visible. M'''^ Catala a fort gracieusement
chanté le rôle de la Rose, et M. Lefeuve a
montré, dans celui du récitant (ténor soloj,
qu'il était un excellent musicien. Les autres
SoU étaient fort bien tenus par Mme L. Ott
Mlle Remy, M"^' Jounen, MH'^s M. Servier et
G. Ebstein, — MM. Damad, Narçon et Drou-
vilie. — Nous aurions désiré, toutefois, un peu
plus d'émotion, de chaleur dans la diction.
Le concert avait débuté par le beau Chant
du Destin de J. Brahms. C'est une page d'un
grand caractère et d'une tenue magistrale.
H. L
T
Une dépêche d'un de nos correspondants
nous apprend que Djehna, l'œuvre nouvelle
de M. Charles Lefebvre a obtenu vendredi soir,
un très vif succès à l'Opéra. A quinzaine le
compte rendu détaillé.
't'
Charmante soirée chez M.^<' L. Ott, rue de
Rome, le samedi ig mai. Au programme un
trio très apprécié, pour piano et violon, de
M. Camille Chevillard et Helwita, drame
lyrique en un acte de M. Abel Duteil d'Ozanne
sur les paroles de M. André Mellerio. L'œuvre
a paru charmante, d'une jolie couleur et d'un
tour mélodique fort intéressant. Succès pour les
auteurs et, aussi, pour les interprètes, M™'^ L.
Ott, MM. Auguez, Damad et Drouville.
Le savant organiste, M. Eugène Gigout,
qui a fondé en i885, l'Ecole d'orgue, d'impro-
visation et de plain-chant, a donné chez lui, le
21 mai, une audition où ont été entendus ses
élèves et qui tirait un éclat particulier du con-
cours de Mme Jeanne Remacle, MM. C. Saint-
Saëns, Gabriel Fauré, César Casella et Boëll-
niann. L'exécution, par les élèves de M. E. Gi-
gout, de diverses pièces pour orgue, a prouvé
l'excellence de la méthode du professeur.
Signalons parmi ces élèves M"e Mathilde Théo-
phile Gautier, petite-fille de l'éminent ciseleur
des « Emaux et Camées ».
Le public a fait à Camille Saint-Saëns une
véritable ovation, lorsqu'il a exécuté, avec
M. Casrlla, sa Sérénade, extraite de la Suite
pour violoncelle et piano et, avec M. Gigout,
le Scherzo extrait de ses duos pour harmonium
et piano. Ne pouvant tout citer, contentons-
nous de signaler deux jolies mélodies. Sous
bois et Notre amour de L. Boëlimann, et
deux Liedermexvei\\ç.\xx,Nell et les Roses d'Is-
pahan de Gabriel Fauré, puis le fameux
Hymne à Apollon, chanté par M^e Jeanne
Remacle et accompagné par MM. Gabriel
Fauré et L. Boëlimann.
Mme A. Weingaertner ^ donné, dimanche der-
nier, dans les salons Pleyel, une intéressante
audition de ses élèves, avec le concours de M.
A. Weingartner, l'éminent violoniste, directeur
du Conservatoire de Nantes, et de M"e Marie
Weingaertner, une des plus remarquables élè-
ves de la classe Delaborde. Avec un mécanisme
d'une étonnante maturité, la jeune virtuose a
exécuté certain Carnaval de Widor et la diffi-
cile Sonate (op. 35} de Chopin. Rayval.
Le personnel enseignant du Conservatoire
est allé féliciter M. Ambroise Thomas de la
haute distinction dont il a été l'objet à l'occasion
de la millième représentation de Mignon. On
sait qu'il a été nommé Grand- Croix de la
Légion d'honneur.
M. Massenet ayant adressé à son maître un
charmant discours, plein de sentiment et de
tact, M. Ambroise Thomas l'a remercié dans
LE GUIDE MUSICAL
483
les termes les plus affectueux. Il a dit que l'hon-
neur qui venait de lui être fait, s'adressait, dans
sa personne, à l'art musical français, dont il est
le doyen, et à l'enseignement du Conservatoire,
dont il est fier de seconder le dévouement.
Après ces mots, M. Ambroise Thomas a em-
brassé M. Massenet, puis apercevant M . Léon
Achard, le créateur du rôle de Wilhem Meister,
de Mignon, il alla à lui pour lui exprimer le
plaisir qu'il avait à le voir et à se souvenir de
sa brillante création.
<^
Ainsi que nous l'avons annoncé M. Van
D3'ck créera à l'Opéra de Paris le rôle de Tris-
tan. Mais Tristan ne passera qu'au mois
d'avril i8g5, l'engagement de M. Van Dyck à
l'Opéra de Vienne ne le rendant libre qu'à
cette époque. D'ici là, au dire des personnes
bien informées, la direction de l'Opéra mon-
terait VOtello de Verdi pour lequel le maître
italien a consenti à écrire un ballet et qui
serait représenté en octobre prochain avec M.
Saléza dans le rôle du ténor.
On dit aussi qu'entre Otello et Tristan pren-
drait place la-Montagne Noire, paroles et mu-
sique de M™^ Augusta Holmes.
4,
Voici les chiffres du scrutin qui a eu lieu
samedi dernier à l 'Académie des Beaux-Arts
pour l'élection du successeur de Charles Gou-
nod. Il y avait 35 votants. La majorité était de
19.
Au premier tour : M. Théodore Dubois a
obtenu 14 voix; M. Joncières, 7; M. Fauré,4 ;
M. Gastinel. 7; M. B. Godard, 3; et M. Sal-
vayre, i.
Au deuxième tour : M. Dubois, 17; M. Jon-
cières, 10; M. Fauré,4; M. Gastinel, 2; M. Go-
dard, 2; M. Salvayre, i.
Enfin au troisième tour : M. Dubois a été
élu par 20 voix contre i2 accordées à M. Jon-
cières et 4 à M. Fauré.
Dans sa séance de samedi, où elle a procédé
à la nomination du successeur de Ch. Gounod,
l'Académie des Beaux-Arts de France a décerné
les prix suivants :
Prix Monbine, 3, 000 francs, à M. Alfred
Bruneau, pour son opéra l'A tlaqne du motilin;
prix Deschaumes, i,5oo francs, à M. Dumes-
nil; prix Chartier (musique de chambre), 5oo
francs, à M. Boëllmann.
Elle a également couronné le livret pour la
cantate du grand prix de composition musicale.
Ce poème est de M. RaflaU. Titre : Daphnd.
La Société artistique et littéraire de l'Ouest
donnera, le dimanche 27 mai, à huit heures et
demie du soir, au Théâtre d'Application, une
soirée musicale et littéraire.
Au programme : première représentation du
Diable couturier, légende bretonne en un acte, de
M. J. Tiercelin, musique de M. J.-Guy Ropartz,
et audition d'œuvres de MM. Bourgault-Ducou-
dray, Rougnon, J. Bordier (d'Angers), etc.
— Le concert annuel des chanteurs de Saint-Ger-
vais a eu lieu vendredi, à neuf heures, à la salle
Erard, sous la direction de M. Charles Bordes et
avec le concours de M"" El. Blanc et de MM.Dié-
mer et Gibert. En voici le programme :
Motet (J.-S. Bach). — Air de Castor et Potltix
(Rameau), par M"« Blanc. — Trois chansons
françaises (Rolland de Lassus). — Pièces pour
clavecin, de Rameau, Daquin et F. Couperin,par
M.Diémer. — L,e Citant des oiseaux (Clément Jan-
nequin!. — Air de Joseph (Méhub, par M. Gibert.
- Deux madrigaux (Palestrina). — Pièces pour
clavecin (Rameau), par M. Diémer. — La Bataille
de Marignan (Cl. Jannequin).
BRUXELLES
.-^^ERSONNE ne se doutait vraisemblablement
:|èv qu'il y eût à Bruxelles, et particulière-
'^%5^ ment au Cercle artistique et littéraire, un
tef nombre d'hellénisants! La salle s'est trouvée
trop petite, vendredi dernier, pour contenir la
foule de curieux accourue pour entendre
V Hymne à Apollon récemment découvert à
Delphes et la conférence explicative de M . Théo-
dore Reinach. Très intéressante, très bien faite
cette conférence, avec çà et là cependant
quelques aperçus qui frisaient le dilettantisme.
M. Th. Reinach s'est s'attache à faire ressortir
l'importance de la découverte et à résumer les
informations que la science moderne possède
au sujet de la musique dans l'antiquité. Ce
résumé était e.\cellent. Les deux articles que
nous avons publiés dans nos derniers numéros
nous dispensent, d'ailleurs, de revenir sur ce
sujet.
Quant à l'hymne même, un facétieux critique
du Ménestrel avait cru y remarquer des ana-
logies avec la mélopée du pâtre au début du
troisième acte de Tristan. Ceux qui con-
naissent Tristan ont vainement cherché à
mettre le doigt sur les analogies signalées,
comme aussi à deviner les rapports que ce
spécimen d'un art, en somme, très rudimen-
taire, aurait avec l'art de Richard Wagner, au
dire de M. Théodore Reinach. Les dilettanti
484
LE GUIDE MUSICAL
abusent vraiment du nom du maître de Bay-
reuth et il est temps de leur crier holà ! De la
musique grecque, nous ne connaissons à peu
près rien, et ce que nous en savons se réduit à
si peu de chose, même théoriquement, qu'il
faut une forte dose de témérité ou d'incons-
cience pour hasarder des rapprochements entre
notre art moderne et cet art complètement
disparu. Nous en sommes vis-à-vis de la mu-
sique hellénique au point où en serait la sculp-
ture si elle ne possédait que les deux bras de la
Venus de Milo, sans le torse, et qu'elle voulût
reconstituer toute la statue avec ces seuls mem-
bres. De la musique grecque nous avons à
peine un bras, une jambe, une main; imaginez
la statue entière si vous pouvez?
Aussi, n'a-t-on pu s'empêcher de souiire en
entendant M. Reinach avouer que la science
n'avait aucune indication sur la façon dont se
pratiquait l'accompagnement des mélopées
grecques et dans la même phrase louer « l'in-
génieuse et savante restitution » de l'accompa-
gnement de l'Hymne d'Apollon par M. Gabriel
Fauré. Comment peut-il être question ici de
restitution, puisque toute base solide fait
défaut. Il y a toute probabilité que cet
accompagnement ne se rapproche d'aucune
façon de l'original. Nous demeurons ici dans
un hellénisme de convention qui ressemble
vraisemblablement à l'hellénisme authentique
autant que les mélodies du plain-chant à
nos mélodies modernes. M. Reinach, ou
M. Fauré, se sont même permis de répéter
une des strophes de VHyvine pour donner- au
morceau un semblant de symétrie, nécessaire à
nos habitudes modernes, et à en enfermer les
différentes périodes dans le cadre d'une mesure
déterminée (cinq temps). C'est là tout simple-
ment une hérésie, les Grecs n'ayant pas fait
usage de la mesure et n'ayant vraisemblable-
ment connu que le récitatif syllabique non me-
suré, dont il est resté des traces dans le plain-
chant et le choral protestant. La mesure est une
invention relativement moderne, déterminée
par nos règles poétiques si différentes de celles
des anciens Grecs. Dans ces conditions, l'essai
de restitution et de transcription en notation
actuelle que nous a fait entendre M. Reinach
est, à bien, des titres, sujet à caution. Avant
d'être fixé sur la valeur démonstrative du docu-
ment, assurément très précieux, mis au jour à
Delphes, il faudra attendre que d'autres savants
nous en aient fourni des interprétations plus
fidèles et moins fantaisistes.
La mélodie de l'hymne n'est pas, du reste,
sans un certain caractère, par là même que ses
intervalles sont sensiblement différents de ceux
qui nous sont habituels. En somme, c'est une
mélopée traînante, très voisine de nos chants
populaires primitifs. Vouloir énoncer d'après
elle une appréciation sur la musique grecque
et son degré de développement, c'est comme si
de l'air : Malborough s'en va-t-en guerre, on
voulait déduire la symphonie en jit mineur de
Beethoven !
Louons l'aimable diction de M"^ Remacle,
qui a chanté en grec et en français, cette com-
plainte du bon vieux temps.
M. KUFFERATH.
Nous apprenons que M. P. Depoitier, l'un
des trois du fameux « trio belge » , va ouvrir à
Bruxelles un cours de diction lyrique. Ce cours
comblera une Téritable lacune, car, chose
étrange, même le Conservatoire, qui a de si
hautes visées artistiques, n'en possède pas. Il y
a des classes de chant, des classes de déclama-
tion, des classes de maintien (callisthénie) ; il
n'y a pas de cours de diction où l'on apprenne
aux jeunes gens et aux jeunes filles qui se des-
tinent à la scène l'art de phraser, au point de
vue dramatique, les rôles dont ils n'apprennent
que les notes. Qu'on s'étonne, après cela, que si
peu de lauréats de notre Conservatoire réus-
sissent d'emblée à la scène. Il leur faut, par un
long apprentissage, par la pratique, apprendre
ce qui ne leur a pas été enseigné, l'art de déta-
cher un mot, de faire saillir une phrase, de
distribuer les accents selon le sens du drame
qu'ils ont à interpréter. Il y aurait grande
nécessité aussi d'attacher un professeur de
diction au théâtre de la Monnaie, où il n'y a pas
actuellement un seul homme capable d'indiquer
aux artistes de province engagés par MM.Stou-
nion et Calabresi, ce qui dans leur façon de
dire et de phraser, dans leurs gestes et leurs
attitudes, convient ou ne convient pas au per-
sonnage qu'ils représentent.
M. Depoitier qui, à une longue et glorieuse
carrière de chanteur, joint l'expérience du théâ-
tre et celle du professorat, qu'il a exercé pendant
douze ans au Conservatoire de Marseille, a
donc une idée heureuse en instituant le cours
de diction lyrique qu'il ouvre chez lui, rue
Paul Devaux, 25. Peut-être s'apercevra-t-on,
rue de la Régence et rue de la Reine, qu'il y a
là un talent et une expérience à utiliser pour le
plus grand bien de notre art dramatique.
Mme Théroine-Mège a donné récemment, à
la Grande- Harmonie et avec le concours de
I
LE GUIDE MUSICAL
485
M"'= Michaux, cantatrice, une audition qui a
obtenu le plus vif succès. Mn^^ Théroine-Mège,
qui s'est consacrée au professorat, est une
pianiste des plus sérieuses et une artiste de
goût. Elle a joué avec une virtuosité brillante
et de grandes qualités d'interprétation la sonate
op. 27 de Beethoven, une série de petites
pièces classiques et modernes, la Polonaise
n° 6 de Chopin et, pour finir, l'étourdissante
Méphisto- Valse de Liszt. M"<= Michaux s'est
fait applaudir dans des mélodies de Schumann,
Grieg et Brahms.
Une audition des cours d'ensemble de
l'Ecole de musique de Saint-Josse-ten-Noode-
Schaerbeek sera donnée, sous la direction de
M. Gustave Huberti et avec le concours du
Club symphonique de Bruxelles, le dimanche
27 mai courant, à 2 heures, dans la salle de la
Société royale de la Grande-Harmonie.
Le programme se composera d'œuvres de
Hsendel, Bach, Benoit, Huberti, Grieg,
Franck, et de madrigaux anciens pour chœur
mixte.
Nous avons annoncé qu'à l'occasion des
fêtes Roland de Lassus, qui se donneront à
Mons au mois de juin, un concours internatio-
nal de chant aurait lieu les 24 et 25 juin. Le
jury sera composé de MM. Peter Benoi-t, Ra-
doux, Huberti, Van den Eeden, Mathieu, Mas-
senet, de Hartog, Théodore Dubois, Devos,
Vastersavends, Hinnens, Van Remortel, Vienne
et Willame.
La direction des Nouveaux Concerts de Liège
nous prie d'informer nos lecteurs que le concert qui
devait avoir lieu aujourd'hui dimanche (deux pre-
miers actes de Tristan a dû être de nouveau ajourné
au 10 juin, par suite d'une indisposition de M. Er-
nest Van Dyck.
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — Voici notre Exposition ou-
verte depuis bientôt un mois et, pourtant,
les nouvelles aitisliques n'affluent guère.
Depuis la brillante audition d'inauguration, où
fut exécuté d'une façon vraiment grandiose le
Génie de la Pairie, de Peter Benoit, œuvre d'une
incontestable beauté et où passe un souffle entraî-
nant do patriotisme, — qu'avons-nous eu? Un
concert extraordinaire avec le concours de M"" de
Nuovina et de M.P.Claeys. La grande salle des
Fêtes était, ce soir-là, trop petite ; mais, à notre
humble avis, la série des grandes fêtes eût été
mieux inaugurée avec moins de monde et plus
d'étiquette.
Est-il admissible, en effet, que l'on permette de
fumer dans de telles circonstances? Et qu'a dû en
penser la gracieuse diva bruxelloise?
Le programme de cette mémorable fête n'était
point fait pour relever l'opinion qu'aurait pu se
former l'étranger sur le niveau artistique de notre
pays : Ouverture du Roi d'Ys; Intermezzo de
CavalUria (bissé) ; 2' Rapsodie de Liszt ; air des
bijoux de Faust et des airs à^Héyodiade et de Cinq-
Mars, ainsi qu'un Arioso de Delibes, également
bissé.
L'ouverture de Tannhœuser s'y trouvait aussi ;
mais on n'aime guère à rencontrer de ces pages
élevées dans un programme aussi panaché !
L'étranger ne serait-il pas en droit de se demander
si, oui ou non, notre pays possède une musique
nationale, puisque les programmes, même en
temps d'Exposition, se composent presque exclu-
sivement d'œuvres françaises?
Il se peut que le comité exécutif songe à pré-
parer de grandes choses ; en attendant, les pro-
grammes journaliers des concerts de symphonie
offrent, nous le disons à regret, peu ou point d'in-
térêt artistique
La Société royale d'Harmonie, annonce une
grande fête qui aura lieu le 14 juin, avec le con-
cours du célèbre orchestre philharmonique de
Berlin.
Félicitons la direction et disons que nous ne
comprenons pas que le comité exécutif de l'Expo-
sition, ait laissé échapper une pareille aubaine.
La Marche triomphale de M. Lunssens, qui a été
primée au concours organisé par la maison Schott
frères, de Bruxelles, sera exécutée pour la pre-
mière fois, sous la direction de M. Fréd. Bonzon,
au concert extraordinaire de l'Exposition univer-
selle, lundi, 28 mai, à 8 1/2 heures du soir.
A. W.
GHARLEROI. — Enfin le grand concours
de chant organisé par le Cercle Liégeois est
terminé. Disons qu'il a obtenu un énorme succès.
Concurrents nombreux et toutes sociétés de pre-
mier ordre.
Le concours en première division A, qui a eu
lieu dans l'immense salle construite dans la cour
de la caserne, offrait un intérêt tout particulier par
la qualité des orphéons en présence. Le Vooruit
de Saint-Nicolas, directeur M. Vlemmeren, ouvre
le concours par le chœur imposé : les Nerviens
devant César, d'Ernest Huysmans; l'exécution
manque de coloris et de brio; cependant, cette
société possède les éléments nécessaires pour faire
mieux. Vient ensuite le Mannmhoor Cœcilia d'Ain-
486
L'E GUIDE MUSICAL
sterdam, directeur M. Andriaessen, qui, avec qua-
rante membres, parvient à rendre le chœur imposé
plus vivant, plus sonore que ne l'a fait le Vooruit;
mais son chœur au choix est d'une insignifiance ab-
solue. La lutte s'engage ensuite entre la Sérésin de
Seraing, directeur M. Collinet.et la Chorale de Jem-
mapes, directeur M. J. Duysburgh. La première
possède de plus belles voix, mais moins de distinc-
tion et d'homogénéité, surtout dans le chœur im-
posé. Son morceau au choix. Magnificat de Riga,
a été exécuté d'une façon irréprochable. La So-
ciété de Jemmapes, avec des éléments pourtant
inférieurs à ceux de la Sérésia, donne plus de déli-
catesse, plus de recherche et plus de fini suitout
au chœur imposé. M. J. Duysburgh s'est surpassé,
il a rendu l'œuvre de M. Huysmans d'une façon
tout à fait magistrale. Après délibération, le jury
décerne le premier prix à la Société Chorale de Jem-
mapes, le deuxième à la Sérésia et le troisième à la
Ccecilici; une mention honorable est accordée à la
société de Saint-Nicolas,
Dans la section B, le premier prix a été rem-
porté par la Phalange monsvilloise de Quaregnon;
le deuxième par la Malmédicnne et lé troisième par
le Vereenigde Zangers d'Amsterdam. Comme dans
la division A, la lutte a été très chaude entre les
sociétés concurrentes, surtout entre la Malmédieune
et la Phalange monsvilloise : finalement, la palme est
revenue à cette dernière.
Le soir, a eu lieu à l'Eden-Théàtre le concours
d'honneur entre les sociétés ayant rempoité le
premier prix dans leur division.
'L'Echo du peuple de Bruxelles, directeur M.
Weyts, ouvre le feu par le chœur imposé, le Pays
inconnu de Soubre : exécution un peu faible, et
manquant de justesse, dans les Emigrants irlandais; la
Chorale de la Hestre, directeur M. J. Fischer,
donne une interprétation plus fine au morceau
imposé, mais manque de justesse aussi; elle se rat-
trape dans le chœur au choix, le Muletier de Lau-
rent de Rillé. Le jury décide, par g voix contre 3,
de décerner le prix à la Chorale de la Hestre.
Cette proclamation soulève quelques murmures,
et VEcho du peuple se retire en chantant la Marseil-
laise, en manière de protestation.
Ensuite commence le concours d'honneur entre
les premières divisions. La Chorale de Jemmapes
exécute ses deux chœurs mieux encore que dans
l'après-midi; impossible d'y mettre plus d'homo-
généité, plus de sentiment, plus de fougue. M. J
Duysburgh est admirable dans sa direction; aussi
le public lui fait-il une ovation prolongée. La
Société monsvilloise de Quaregnon, directeur M. Mat-
ton, chante avec moins de précision et de justesse;
le jury décerne, par 14 voix contre 5, le prix à la
Chorale de Jemmapes.
Le concours d'excellence, qui a eu lieu le lundi,
avait réuni quatre sociétés.
L'Orphéon Alsace-Lorraine de Reims ouvre le
concours. Exécution médiocre; la société fran-
çaise semblait ne pas se douter qu'un concours
n'est pas un simple festival.
Le Cercle Vieuxtemps de Verviers, sous la direc-
tion de son jeune chef M. Lelotte, attaque super-
bement le chœur imposé, mais trahit quelque fai-
blesse au milieu du morceau; la Tempête de
Radoux est, à notre avis, mieux rendue.
L'Orphéon des Cristalleries du Val-Saint-Lambert,
directeur M. Collinet, met plus de justesse dans
l'œuvre difficile de M. Mathieu et une grande et
belle sonorité dans Germinal de Riga.
Le concours se termine par les Bardes de la Meuse
de Namur; au début, exécution un peu faible, mais
plus ils marchent, plus ils gagnent de brio et de
chaleur, ils ont surtout bien enlevé le Réveil de
Gevaert.
Le jury décide de partager le premier prix entre
les Cristalleries du Val-Saint- Lambert et les Bardes,
et le deuxième prix va au Cercle Vieuxtemps.
Le lundi soir, le vaste vaisseau pouvant conte-
nir 6,000 personnes est archicomble. L'aspect de
la salle est imposant. C'est la grande lutte entre les
deux plus fortes sociétés du pays, les Disciples de
Grétry, la Légia, et la jeune et déjà excellente
chorale,la Musicale,àe Disoa. A l'entrée des Disciples
de G«ïry, directeur M. Delsemme, toute la salle fait
une ovation à ce dernier. Un profond silence s'éta-
blit et les vaillants lutteurs entament le beau chœur
le Kéve de L. Dubois; l'exécution est d'une belle
allure, les voix sont fraîches et d'une sonorité
admirable, à la fin du chœur, un long frémissement
parcourt l'assistance, qui éclate en bravos enthou-
siastes; la nouvelle œuvre de M. Dubois est ma-
gnifique et restera certainement au répertoire de
nos fortes sociélés chorales. Ensuite les Disciples
exécutent le second chœur imposé ; Vers l'avenir,
de J. Simar, avec la même allure et la même
énergie que le premier; impossible défaire mieux.
Y'Aci enfin la Légia, qui se présente sous la di-
rection de M.Sylvain Dupuis.Des applaudissements
saluent son entrée. La Légia possède des voix
encore plus belles que les Disciples; son exécution
est plus fouillée, plus affinée, surtout dans l'œuvre
de M. Dubois. Selon nous, il y a plus de fougue
peut-être dans Vers Vaveniy.
La Musicaleàe Dison, directeur-amateur M. Bas-
tin, a fait,depuis le dernier concours de Bruxelles,
d'immenses progrès, mais n'est pas de force à sou-
tenir la latte contre les deux sociétés de Liège.
Rendons toutefois hommage à son intelligent chef,
et espérons avoir bientôt le plaisir d'enregistrer
un succès.
'Voici maintenant la décision du jury : 5 voix à
la Légia, 4 voix pour les Disciples et 3 voix pour le
partage du prix. En conséquence, la Légia obtient
le premier prix, et le deuxième est décerné aux
Disciples de Grétry ; une mention très honorable re-
vient à l'unanimité, à la Musicale de Dison.
N'oublions pas de dire que le nouveau chœur
Vers l'avenir, de M. Simar, a obtenu un grand et
légitime succès; l'œuvre est écrite d'un style large
et puissant, et fait le plus grand honneur à son
auteur. Th. L.
LE GUIDE MUSICAL
487
DUSSELDORF. — La Société chorale
Harmonie, à Dusseldorf, avait organisé,
pour les fêtes de la Pentecôte, un concours de
chant international, coïncidant malheureusement
avec celui de Charleroi. Trois sociétés chorales
néerlandaises de Rotterdam, Ruremonde et Maes-
tricht, et une société belge de Dison ont pris part
au concours. Le jury se composait d'un Belge,
M. Devignée, de Verviers, de trois Néerlandais,
MM. de Hartog, Kes et Rothaan, et de treize
Allemands. Dans la première division, c'est la
Société Roltes Mannenkoor de Rotterdam qui a
eu le premier pri.x,par quatre voix contre trois,
bien que ne l'ayant pas mérité; mais, d'après les
conditions stipulées par le comité exécutif, le jury
a été forcé d'accorder un premier prix. Il est vrai
que le chœur imposé, composé par M. Steinhauer
de Dusseldorf, était d'une exécution presque
impossible, d'une difficulté extrême et d'un inté-
rêt presque nul. Dans la seconde division, c'est
le Ruermonds Mannenkoor, de Ruremonde, qui a
eu le premier prix à l'unanimité, et Crefeld le
second prix. Dans la troisième division, ce sont
les Bardes disonnais qui ont eu le premier prix, et
dans la division d'honneur, c'est la Société chorale
de Meerschcid qui a battu Rotterdam. En somme,
un concours d'un intérêt tout à fait secondaire.
DRESDE. — 11 y a environ une année,
quand une représentation annoncée man-
quait pour une cause quelconque, on la remplaçait
par FreischtUz. Le public souriait, désertait, et les
artistes se lassaient déjouer devant une salle à peu
-près vide. On s'est alors proposé de changer tout
cela. Le chef-d'œuvre de Weber a disparu de l'af
fiche; on l'a remis à l'étude avec plusieurs artistes
nouveaux; décors et costumes ont été rafraîchis
et ainsi on est arrivé à une cinq centième fort sou-
haitée. Pour samedi dernier, les demandes for-
maient un nombre si énorme que la caisse, après
avoir servi d'abord les Anglais, — lesquels ne com-
posent pas le public du dimanche, — a remis au
lendemain les autres amateurs. M. Anthes a pris
le rôle de Max tenu autrefois par M. Riese. et s'en
est acquitté à la satisfaction générale. Comme il
se trouva indisposé le jour suivant, c'est le nou-
veau ténor, M. Gershseuser qui le remplaça au
pied levé. Voilà une bonne note pour un débutant
i qu'on entendra encore ce soir dans la Walkyrie.
Avec un peu plus de poésie. M™' Wiltich person-
nifierait très bien le type d'Agathe, pour qui M""
Wedekind a été une compagne (^ï^nnchen) un peu
agitée. Les autres artistes ont retrouvé leurs rôles
comme d'anciennes connaissances qu'on revoit
avec plaisir, et l'orchestre a été admirable en tous
points. — GtiiUauine Tell e si affiché avec un nouveau
ténor, M. Cromberger. Alton.
LIEGE. — Sans se reposer sur une victoire,
retentissante et vaillamment conquise, au'
lérent concours de Charleroi, l'infatigable direc-
teur de la Royale Légia. M. Sylvain Dupuis. repre-
nait, au lendemain de la lutte, les études patientes,
ardues, qu'exigent les premier et second actes de
Tristan et IseiiU.
' Déjà, l'an dernier, aux Nouveaux Concerts,
nous avons été initiés, par une exécution orches-
trale, très soignée et une distribution artistique,
c'e grand mérite, aux émouvantes péripéties du
drame deWaguer. Aujourd'hui, M. Sylvain Dupuis
ne recule pas devant ce second terrible acte du
maître, qu'il entreprend avec une égale ardeur.
S'assurer le concours d'Ernest VanDyck, — le titu-
laire sans partage des grands rôles wagnériens,
— était déjà faire œuvre d'artiste. Le célèbre
ténor sera entouré des chanteurs de la précédente
iiudition à Liège ; M""^ Lejeune, de la Monnaie,
Fick-Wéry, MM. Gilibert et Goffoël. Une indis-
l'Osition de M. Van Dj'ck a malheureusement
forcé la direction à ajourner le concert au lo juin.
A. B. O.
rONDRES. - La cour britannique semble
J vouloir ne plus rester entièrement étrangère,
comme par le passé, au mouvement théâtral lon-
donien. Sir Augustus Harris a été appelé à donner
au château de Windsor le ['aiisi de Gounod. Les
iippartements royaux communément connus sous
le nom de Waterloo Chambers avaient été trans-
formés en un superbe théâtre auquel rien ne man-
quait. Voici comment le programme était com-
posé :
Marguerite, M™" Albani; Siebel, M"° Pauline
[oran ; Martha, M"» Bauermeister ; Méphis-
lophèles, M. Piançon; Valentin, M. Ancona;
Wagner, M. Villani; Faust, l\L De Lucia. Chœur
et orchestre sous la direction de M. Bevignani.
L'ensemble de la représentation, a été bonne,
;'i part quelques petits incidents sans grande im-
portance, tel par exemple cette désagréable sur-
l>rise : Au dernier moment, on s'est aperçu que le
manteau qui doit être porté au premier acte par
Faust ne figurait pas parmi les accessoires! Sir
Augustus, roué au métier, a bien vite remédié à
cet incro^'able oubli, et M. de Lucia s'est borné à
porter le costume transformé et rapproprié d'un
lies figurants.
La même semaine. M™'" Duse et la troupe du
Dal3f's Théâtre avaient été invités au palais pour
interpréter la LocanJiera.
A la suite de ces deux brillantes soirées. Sa
,'vlajesté s'est fait présenter les différents artistes
du Covent-Garden ainsi que M™" Duse et M. Gor-
iitz.
Au Covent Garden, le grand événement de la
semaine a été la première de Falstaff. De longue
ilate, la salle n'avait été aussi bondée. A toutes les
loges, aux stalles, le public sélect des premières.
Verdi n'a pas assisté à la représentation; c'est
regrettable, car il etit été justement ovationné. Le
sujet se déroulant en Angleterre devait naturelle-
ment plaire ici ; aussi les ovations n'ont-elles pas
LE G VIDE MUSICAL
été marchandées. M. Pessina faisait an admi-
rable Falstaff. MM. Pelagalli-Rosetti et Armiondi,
dans les rôles de Bardolph et Pistol, qu'ils ont
créés, ont partagé un égal succès.
L'orchestre avait été renforcé et les choristes
triés sur le volet.
Pendant la même semaine, nous avons eu la
première de Manon Lescaut de Puccini. Certains
de nos critiques n'ont pas manqué de proclamer
que Massenet se trouvait surpassé, d'autres
se contentent d'établir certains rapprochements
faisant ressortir les diverses qualités de l'un et de
l'autre; selon moi, les deux auteurs sont d'écoles
et de capacités tellement opposées que toute com-
paraison devient puérile. Le plus grand défaut de
Puccini, c'est de manquer de personnalité; son
orchestration est empruntée; on y retrouve du
Rossini, du Meyerbeer, du Mascagni dissimulés
sous des formes modernisées, peut-être même wag-
nériennes; dans tous les cas, sa musique sans ori-
ginalité propre et plutôt conventionnelle. Au deu-
xième acte, un madrigal et un menuet d'un style gra-
cieux forment un singulier contraste avec cet
ensemble d'une désespérante monotonie. Sans
aucun doute, sir Augustus a eu la main forcée par
l'éditeur Ricordi, qui n'aura cédé Falstaff qu'à la
condition de voir représenter Manon.
Cette première a été néanmoins un succès, mais
cela s'explique : le public des premières au
Covent-Garden se compose d'habitués peu sou-
cieux des réelles qualités que peut contenir une
œuvre nouvelle et accourus par curiosité et sur-
tout par genre.
Que dire des concerts qui ont été donnés durant
ces derniers quinze jours. Les suivre serait s'ex-
poser à être atteint de musicophobie. Il n'y a
pas eu moins de soixante-quinze! et, dans le nom-
bre; plusieurs donnés par des artistes de grand
talent. Nous nous bornerons à dire quelques mots
des plus intére.->sants.
A l'Albert-Hall, M""" Patti a, pour la première
fois, chanté du Wagner en public; cette raison, à
défaut de bien d'autres, devait attirer, dans l'im-
mense salle de Kensington, une foule énorme. La
diva s'est, du reste, bornée a chanter les Rêves de
Wagner qui commencent à être trop connus.
Vivement applaudie, M'"'' Patti a ajouté la Serenata
de Tosti et l'inévitable home sweet home!!
Johannes Wolff vient de fonder ici un nouveau
cercle sous le titre de Musical Union, placé sous
le patronage de la Reine et du prince et la prin-
cesse de Galles. L'organisateur, M. N. Vert, a
réussi à enrôler des célébrités telles que M"' Cha-
minade, MM. Widor, Van Waefelghem, Delsart,
M™" Julia Wyman et M. Oudin. Le premier con-
cert a été donné lundi dans la salle du Saint-
James; le piogramme comprenait de nombreuses
œuvres modernes, entre autres de M. Widor et de
César Franck. Au prochain concert, M. Saint-
Saëns dirigera l'une de ses œuvres.
Les chœurs a capella d'Amsterdam se sont
fait entendre au Saint-Martin's Town Hall et ont
interprété des œuvres anciennes de Josquin des
Prés, Obrecht, Sweelinck, etc. Ils ont été l'objet
d'un grand et réel succès.
Hier, soirée extraordinaire, au Queen's Hall, à
l'occasion de l'anniversaire de la naissance de
Wagner. M. Félix Mottl dirigeait. Le programme
comprenait cependant de nombreuses œuvres
étrangères au grand maître, entre autres, l'ouver-
ture Benveniiio Cellini de Berlioz, la scène d'amour
et la fête chez Capulet, de la symphonie Roméo et
Juliette, enfin la symphonie en nt mineur de
Beethoven. La deuxième partie du programme
tout entière, était consacrée aux œuvres wagné-
riennes et comprenait l'introduction du troisième
"acte et le fameux monologue de Hans Sachs
« Wahn, Wahn « des Maîtres Chanteurs, la marche
funèbre de la Gôtterdammevung, la délicieuse Idyll
de Siegfried, enfin la marche triomphale composée
en l'honneur du roi de Bavière. Concert superbe,
orchestre excellent, salle comble.
Au Drury-Lane, Sir Augustus Harris a l'inten-
tion de nous .donner la Basoche, outre quelques
opéras allemands
Demain, M"° Calvé se fera entendre dans Car-
men. Jeudi, nous aurons Cavalleria, Pliilémon et
Baucis. Vendredi, M"" de Nuovina fera sa rentrée
dans la Marguerite de Faust'. A. Le Kime.
NO U V EL LES DI VERSES
A Weimar, grand succès l'autre semaine
pour Goiuilram, le nouveau drame lyrique de
Richard Strauss. La critique est unanime a
reconnaître à la partidon une valeur excep-
tionnelle.
Le festival Beethoven à Bonn, a obtenu le
plus éclatant succès au commencement du
mois. Le défilé des neufs symphonies, sous la
direction de M. Fr. WuUner, a produit une
profonde impression. De nombreux critiques
accourus de Berlin, Vienne, Rome, Dresde,etc.,
assistaient à ce festival qui sera renouvelé
l'année prochaine.
Constatons avec plaisir l'e.KceUent accueil
fait par le public anglais et la presse de
Londres à un compositeur français de réel
mérite, M. René Lenormand. Le concept de ce
maître et son style sérieux n'ont point encore
attiré l'attention du public parisien dont les
admirations passives suivent le courant de la
mode et de la réclame. Parmi les œuvres
applaudies, avec le plus de ferveur au Queen's
LE GUIDE MUSICAL
Hall, le i6 mai, citons un Trio en sol mineur
(op. 3o) et un Adagio pour violon (op. 28), que
l'auteur lui-même accompagnait.
A l'occasion de la prochaine Tonkûnstler-
Versaiiimliiug qui se tiendra à Weimar au
commencement de juin, on exécutera trois
opéras au Théâtre grand-ducal de Weimar :
Falstajf de Verdi, Gountram de Richard
Strauss et Hœnsel et Gretel de Humperdinck.
Les programmes des concerts se composeront
de l'oratorio Cliristns de Liszt, de symphonies
de Mahler et de Max Puchat, du Kaiscrmarsdi
de Wagner, d'un concerto pour violoncelle
de Rubinstein, d'ouvrages pour musique de
chambre de Brahms, de Sgambati, de Staven-
hagen, et d'une quantité de Lieder.
Voici les noms des artistes qui prendront
part aux fêtes théâtrales de Munich :
Mmes jj. Bettaque, Bianca Blanchi, L. Dress-
1er, Em. Frank, Kath, Klafsky, I-". Moran-
Olden, H. Pazofsky, G. Staudigl, M. Ternin,
M. Wekerlin.
MM. M. Alvary, Th. Bauberger, Th. Ber-
tram, O. Brucks, A. Fuchs, C. Grengg,
H. Gudehus, E. Gura, S. Hofmûller, M. Mi-
korey, C. Nebe, F. Plank, Th. Reichmann,
O. Schelper, H. Vogl. H. Wiegand.
Les représentations seront dirigées par le
General-musikdirector Hermann Levi, le Hof-
capellmeister Fischer et le [ fofcapellmeister
Richard Strauss.
Pour les billets, s'adresser à M. Josef Seiling,
Theather-Agentur, à Munich.
On a trouvé dans les papiers de Meyeibeer,
dont le coffre-fort vient d'être ouvert selon ses
dispositions testamentaires, trente ans après sa
mort, un opéra inédit la Jeunesse de Gcethe.
Cet opéra, dont le livret est de Blaze de Bury
ne devait être joué, selon le désir que l'auteur
exprima à l'époque de sa mort, que quelque
temps après l'Africaine. Mais cet ouvrage
resta dans l'oubli. En 1867, M. Reyer demanda
vainement que l'Odéon montât la Jeunesse de
Gœthe. Il raconte dans ses Azotes que Meyer-
beer lui montra un jour, à Berlin, une armoire
pleine de manuscrits en disant : « Il y a là
dedans plus de musique de moi qu'on n'en
connaît ; entre autres, tous les morceaux re-
tranchés du Prophète, des Huguenots, Robert,
de quoi faire la valeur d'un opéra que Scribe
m'a proposé d'écrire pour utiliser ces mor-
ceaux. » Meyerbeer se plaignit d'avoir perdu
ou égaré l'ouverture composée pour Robert;
M. Reyer ajoute que, par la suite, l'ouverture
de l'Africaine dont Meyerbeer avait com-
mencé l'instrumentation eut le même sort, et
ne put être retrouvée dans les nombreux ma-
nuscrits du maître.
Or, la dépèche qui annonce l'ouverture du
coffre-fort de Meyerbeer, mentionne qu'outre la
partition de la Jeunesse de Gœthe, on a décou-
vert une seconde partition (?) de l'Africaine;
peut-être l'ouverture cherchée s'y trouve-t-elle ?
La sincérité du dilettantisme mondain ?
Grande matinée musicale dans un salon aristo-
cratique ; des artistes distingués doivent se
produire devant l'auditoire le plus raffiné,
celui qui fait et défait les réputations, celui qui
dispose de la gloire. Seulement, au bas du pro-
gramme, on lit cette note : « M™*^ X (la maîtresse
de la maison) prie ses invités de ne pas causer
pendant l'exécution des morceaux, et de bien
vouloir applaudir les artistes «. Alors le silence
poli ne s'observe même plus ; et il faut sollici-
ter pour les artistes l'aumône d'une approba-
tion ennuyée ?
Franchement, mieux valait l'impertinence
d'une amphytrion disant à un fameux pianiste
invité à sa soirée : « La conversation languit ;
jouez-nous donc quelque chose, pour qu'à la
faveur du bruit, on s'enhardisse à causer! »
On sait que l'œuvre de Bach est quasi iné-
puisable ; tous les jours on découvre de nou-
veaux manuscrits. Cela vient d'arriver encore,
non à Leipzig, mais à Paris. Un savant musi-
cologue, trop modestement anonyme, a non
seulement découvert, mais encore utilisé avec
un soin pieux et une haute compréhension, une
composition jusqu'ici inconnue de Bach. C'est
ainsi qu'au théâtre de la Renaissance, l'autre
jeudi, M'i'^s Invernezzi mesuraient leurs entre-
chats au moyen d'un passepied tiré de la
Suite de danses en si mineur de Bach {sic).
Avec une sagacité merveilleuse, l'éminent
savant a tiré cette conclusion lumineuse que le
titre même des pièces de Bach indiquait for-
mellement leur destination. Ces ravissantes
compositions pour clavecin d'un travail délicat,
d'un style fugué si intéressant sont faites,
paraît-il, pour être foulées aux pieds! Déduc-
tion éblouissante, trait de génie! Nous signa-
lons au perspicace archéologue les Sarabandes
des Partitas ; il y trouvera sans doute de quoi
organiser des danses d'un entrain émoustillant.
Peut-être, pour rester logique, songe-t-il à
déposer des paroles le long de la Canzona en
re mineur pour orgue.
Vite les palmes académiques pour l'ingé-
nieux artiste. S'il n'est déjà palmé !
490
LE GUIDE MUSICAL
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A. Durand et fils.
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M. Dumestre possédait une des plus superbes
voix de baryton qui aient été entendues sur la
scène de l'Opéra. Après avoir obtenu un prix de
chant au Conservatoire de Paris, il débuta avec
succès. Son nom ne restera attaché à aucune créa-
tion, mais il joua en double tous Tes grands
rôles du répertoire, el y a laissé d'excellents sou-
venirs. Il alla ensuite en province, où il remporta
des succès éclatants.
M. Dumestre vivait à Paris, fort retiré; il y est
mort âgé de cinquante-huit ans.
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Waux-Hall. — Tous les soirs, concert de symphonie
par l'orchestre du théâtre de la Monnaie.
Salle de la Grande-Harmonie. — Dimanche 27 mai,
à 2 heures, matinée musicale donnée par le cours de
chant d'ensemble de l'Ecole de musique de Saint-
Josse-Schaerbeek, avec le concours du Club sympho-
nique, sous la direction de M. G. Huberti. — Pro-
gramme : Concerto grosso, n" 3, mi mineur(Haendel),
pour instruments à archets; O fleur de grâce (trad.
Antheunis), — Chanson soldatesque, du temps de
Charles VIII, chœurs sans accompagnem' (F.-A. Ge.
vaert; air de la suite en ré, pour instruments â archets
MACKAR et NOËL, éditours, 22. passage des Panoramas (grande galerie)
Propriétaires des œuvres de Tschaîkowiiky, Cottschaik, Prudcut, /lllartl
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CHARLES LEFEBVRE
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Op. 44. N" I. Marche 5 »
N" 2. Romance sans paroles. . . . 5 »
Op. 60. Menuet . . . 5 »
Op. 70. Prélude d'Eloa, extrait ..... 3 »
PIANO A QUATRE MAINS
Pièces pour le piano à quatre mains.
N" I . Ôp . 20 . Prélude choral 6 »
2. Op. 43. Romance 5 »
3. Op. 75. N° I. Le Retour 6 »
4. N° 2. Cortège villageois . . . 6 »
5. Op. 2. Menuet 5 »
6. Op. 16. Andantino 5 »
7. Op. 12. Scherzo 9 »
Op. 65. Une Sérénade, scène .... Net 3 »
Judith, air de ballet, extrait 7 5o
MUSIQUE VOCALE
ORATORIOS
Eloa, poème lyrique en cinq épisodes, d'après
Alfred de Vigny, par Paul Collin. Parti-
tion chant et piano Net 10 »
Judith, drame lyrique, poème de Paul Collin.
Partition piano et chant. (Texte français et
allemand) Net 12 »
Le poème seul Net i »
Airs extiaits : N» 3. Récit et Air de Judith . . S ■>
N° 6. Chœur 5 »
N" 8. Air d'Holopherne . . . 6 »
N° 16. Récit et Prière de Judith . 5 »
N" 17. Duo : Judith et Holopherne 9 »
MELODIES
Adieu, Suzon, chanson. Ténor 3 »
Berceuse, mélodie Mezzo-soprano . . . . 5 »
Contemplation, mélodie. Mezzo-sopr. ou baryton 5 »
Dans la steppe. Ténor ou soprano 5 »
La Fille de Jephté, arioso Mezzo-soprano. . . 5 »
Invocation, avec accompagnement de violoncelle
(adlib.). Mezzo soprano 5 »
Légende de sainte Azénor. Mezzo-sopr. ou baryt. 5 »
Pompéi, scène. Baryton 5 "
prière du matin, mélodie. Mezzo-soprano . . 5 »
Promenade nocturne. Mezzo-soprano. . . . 5 «
Le Retour (// Ritorno), mélodie. (Français et ita-
lien) . Soprano ou ténor 5 »
Souvenir. Baryton 6 »
Vision, mélodie. Soprano ou ténor 5 )i
Harmonie poétique. Mezzo-soprano . . . . 3 >;
Oublier ! Soprano 5 >
DUOS
Suis mes pas {Segui 0 Cara), (Français et italien).
CHŒURS
Les Anges Gardiens, pour deux voix de femmes
avec solo Net i 5c
La Coupe et les Lèvres, pour deux voix de femmes
avec solo de soprano Net 2 >
Espoir, chœur pour voix mixtes avec solo de
soprano Net 2 :
Esther, pour deux voix de femmes . . . Net i 5(
Isis, pour deux voix de femmes .... Net i 5i
Salut à l'Harmonie, chœur â quatre voix d'hommes
Net 2
N. B. — Pour ces chœurs, les voix seules se vendent sipari
ment .
■•£^
a, uUiiU Vul, quatre morceaux de genre pour le piano, transcrits pour grand orgue, paj
AliEXAJXDKft; CSl.Tl.]fiAI¥T. N» i. Scherzo, net : 2 fr N°2. Romance, net : i fr..5i|
N° 3. Berceuse, net : i fr. 5o. N° 4. Musette, net : 2 fr.
LE GUIDE MTJSICAL
493
(J.-S. Bach); la Vierge à la crèche (C. Franck), —
Boerenkermislied, E. Hiel (G. Huberti), chœurs pour
voix de femmes et instruments à archets ; Aus Hol-
berg's Zeit (suite ancienne), pour instruments à ar-
chets ; Pavane du xtii* siècle ("*), chanson de table
(16. .) (Friederici), — Gagliarda (1564-1612) (Hasier),
madrigaux à 4 voix mixtes (trad. ; L.de Casembroot';
Lucifer (poème de Hiel). fragments (P. Benoit)
Dresde
Opéra. — Du 20 au 27 mai ; Freyschûtz. LaWalkyrie
Freyschûtz. Freyschûtz. Les Noces de Figaro. Guil-
laume Tell.
Liège
Nouveaux Concerts. — Dimanche 10 juin, à 3 h. J/^,
4<î concert. — i*'' et 2" actes de Tristan et Iseult de
Richard Wagner : M. Ernest Van Dyck, du Théâtre-
Impérial de Vienne et du théâtre de Bayreuth. chan-
tera le rôle de Tristan.
Paris
OrÉRA — Du i3 au 27 mai : Faust.
la Korrigane. Thaïs, la Maladetta.
(première), Déidamie. Sigurd.
Opéra-Comique. — Du i3 au 27 mai
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Bruxelles — Impr. Th. Lombaerts, Montagne des Aveugles, 7.
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DIRECTEUR-RÉDACTEUR EN CHEF
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J. BrUNET -^ A. WiLFORD, ETC, ETC.
HbOnnemetltS : aux Bureaux du
journal, à Bruxelles, 2, rue du Congrès ;
à Paris, à la Librairie Fischbacher,
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Pays d'outre-mer .... 18 —
40'' année 10 et 17 Juin 1894 numéros 24-25
SOMMAIRE
Michel Brenet. — Les Musiciens de l'Ecole
polytechnique (Suite.)
Hugues Imbert. — Première représentation
de Djelma à l'Académie nationale de mu-
sique.
Théodore Reinach et l'Hymne à Apollon.
€l)rontquc tt la Semaine : Paris : Concerts divers.
Bruxelles : Concert de l'Ecole de musique de Saint-
Josse-ten-Noode-Schaerbeek.
(dotreeponbane es : Amsterdam, Anvers, Dijon, Dresde.
Nouvelles diverses.
Bibliographie. — Communications. — Nécrologie.
Répertoire des théâtres
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et chez les éditeurs de musique. — A Paris : librairie
Fischbacher, 33, rue Je Seiae; librairie Flammirion.
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MM. E.Mellier et C'"=, Perspective Newski.— A Moscou :
Jurgenson. — A Me.ïico : N. Budin. — A Montréal : La
Montagne, éditeur 14g, rue Siint-Maurice. — A New-
York ; G.-E. Stechert, 810, Broadway.
Le numéro : 40 centimes.
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498
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PARAISSANT LE DIMANCHE
40<^ ANNÉE. — Numéros 24-25.
10 et 17 Juin 1894.
Xe6 nDusictens
be TEcole polytechnique
(Suite. — Voir les n"* 22-23)
E but final que Choron s'était de
bonne heure proposé dans ses
travaux littéraires, et qu'il pour-
suivait sans repos mais sans
hâte, était un grand traité qu'il intitulait
d'avance Introduction à la connaissance
générale et raisonnée de la mtisique, et qu'il
ne publia jamais : d'abord, parce que, à
mesure qu'il y travaillait, il en reculait
l'achèvement, pour approfondir davantage
son sujet en remontant sans cesse de
source en source ; ensuite, parce que son
esprit actif lui faisait toujours apercevoir
et entreprendre plusieurs choses à la fois,
se réduisant toutes, il est vrai, au but
unique de toute sa vie, la diffusion et le
rehaussement de l'éducation artistique
dans son pays ; et enfin pour une dernière
raison, la raison d'argent, parce que ses
éditions d'œuvres anciennes, ses publica-
tions de traités étrangers traduits, avaient
été, commercialement parlant, des opéra-
tions ruineuses, que sa fortune entamée ne
lui permettait plus de renouveler.
En 1810-1811, parut le Dictionnaire his-
torique des musiciens, en deux volumes,
écrit en collaboration avec son camarade
FayoUe, mais dont l'introduction (abrégé
de l'histoire de la musique) était tout entière
de Choron.
Sous l'Empire, Choron avait cru voir se
réaliser les conclusions de ses rapports
officiels, relativement au rétablissement
des maîtrises, à l'abandon de la forme
dégénérée de chant liturgique appelée
plain-chant parisien, et à l'adoption dans les
églises de France du véritable chant gré-
gorien; il semblait qu'à plus forte raison
Choron dût espérer le succès de ces projets
sous le gouvernement des Bourbons; déçu
encore une fois, il ne se découragea point,
et, pendant les Cent Jours, convertissant
Carnot à ses idées, il se voua à la prépara-
tion d'un plan qui lui tenait également à
cœur, l'introduction du chant dans les
écoles. Choron dut y renoncer après Wa-
terloo, et il s'aperçut de nouveau de l'apa-
thie que les questions d'art rencontraient
chez les membres du gouvernement de la
Restauration. On lui proposa d'autres
tâches. Il ne les avait pas choisies, il les
accepta cependant, avec la même ardeur
et le même dévouement aux intérêts de
l'art. Ce fut d'abord la direction de l'Opéra
qu'on lui confia, avec le titre de régisseur
général. La Fage, son élève, son ami et
son biographe, a raconté comment l'ancien
secrétaire de Monge, qui « n'était pour
ainsi dire jamais sorti de son cabinet », se
trouva étrangement surpris et dépaysé à
l'Académie de musique. Justement parce
qu'il était plus étranger aux coutumes et
aux routines théâtrales, il se rendit moins
compte de leur force d'inertie et se fit plus
d'illusions sur la possibilité d'en triompher.
Aussi son administration fut-elle de courte
durée; elle fut cependant féconde, en ce
qu'elle servit à préparer des réformes
accomplies depuis à la longue. Choron
retira de l'exercice momentané de ces dif-
ficiles fonctions une expérience utile, et ce
fut au sortir de l'Académie de musique
qu'il entreprit d'appliquer, dans une école
nouvelle qui n'appartînt qu'à lui, les prin-
cipes que lui avait dictés ses études, et
500
LE GUIDE MUSICAL
qu'il avait déjà mis à l'essai dans des cours
particuliers et dans une classe au Conser-
vatoire.
Réunissant aussitôt un certain nombre
d'enfants et déjeunes gens doués de belles
voix, qu'il alla recruter dans une tournée
de trois mois à travers la France, il com-
mença avec ardeur leur enseignement
musical, professant presque toujours lui-
même, selon la méthode qu'il s'était fixée,
et qu'il avait basée sur les principes du
chant italien au xviii^ siècle. Pour l'usage
de son école, il publia des éditions d'ou-
vrages anciens, inconnus ou oubliés en
France; pour l'instruction pratique de ses
élèves, il donna ces Exercices publics, de-
meurés célèbres, qui furent à Paris les pre-
miers concerts historiques, et où furent
révélés en peu d'années, aux auditeurs
parisiens, d'admirables chefs-d'œuvre, à
peine connus chez nous jusque-là par leur
titre ou le nom de leur auteur : le Stabat
mater de Palestrina, les oratorios de Haen-
del, les duos et les cantates de chambre de
Clari, de Scarlatti et de Porpora.
Tout cela, Choron l'accomplissait seul,
au milieu d'embarras financiers et de diffi-
cultés sans nombre, soutenu qu'il était,
non par l'espoir du gain ou de la renommée,
mais par le zèle ardent et désintéressé de
l'inventeur et de l'artiste. Le gouvernement
de Charles X avait fini par accorder à tant
d'efforts un appui : Choron recevait pour
son école une subvention annuelle de qua-
rante-six mille francs; la monarchie de
Juillet, en quête d'économies, réduisit cette
somme à douze mille francs.
En face d'un événement qui menait ainsi
à sa perte sa plus chère entreprise, Choron
redoubla d'activité. Il chercha d'autres
moyens pour atteindre son but, qui restait
toujours au fond le même, sous une forme
ou sous une autre : la propagation et l'élé-
vation du goût et de la culture musicale en
France. Recommençant en province ses
tournées de propagande artistique, il tenta
de porter dans les séminaires et d'appliquer
au chant liturgique sa méthode d'enseigne-
ment; il renouvela ses essais pour intro-
duire dans les écoles primaires le chant en
chœur, et prouva encore une fois la possi-
bilité de faire germer le bon grain dans le
terrain populaire.
Ainsi la vie de Choron s'usa dans des
entreprises généreuses, que ses seules
forces pouvaient concevoir et expérimenter,
mais pour la continuation desquelles lui
manqua presque toujours l'appui moral ou
financier indispensable. Quand il mourut,
à soixante- deux ans, le ,29 juin 1834, il
laissait inachevé le grand ouvrage théorique
si longtemps médité et préparé par lui. La
multiplicité des tâches qu'il s'était succes-
sivement imposées lui avait fait négliger en
quelque sorte sa propre renommée, en
l'obligeant de reinettre et d'interrompre
tour à tour plusieurs ouvrages importants
qui eussent fait vivre son nom en l'associant
à ceux des plus érudits et des plus célèbres
théoriciens musicaux.
N'eût-il d'ailleurs rien publié, Choron
mériterait cependant le reconnaissant sou-
venir des artistes français. « Peu d'hommes,
a dit Fétis, ont eu plus de dévouement à
l'art, plus de désintéressement; aucun n'a
été plus mal récompensé de ses généreux *
sacrifices.» En notre temps de régime
démocratique, la mémoire de Choron de-
vrait surtout être honorée, à cause de ses
efforts aussi réellement patriotiques qu'ar-
tistiques pour introduire en France l'ensei-
gnement musical des masses.
A propos du Dictionnaire historique des
musiciens, nous avons déjà prononcé le nom
de Fayolle. Choron l'avait connu au collège
de Juilly, puis en 1794 à l'Ecole polytech-
nique, où ils étaient tous deux chefs de bri-
gade. François-Joseph-Marie Fayolle était
né à Paris le i5 août 1774. Après ses deux ■
ans d'école, il quitta les sciences pour la .
littérature. La liste assez longue de ses
publications comprend quelques pièces de f
vers, un Cours de littérature eu exemples, des '
éditions d'œuvres poétiques de Gresset, La
Fontaine, La Touche, un petit recueil tri-
mestriel, les Quatre Saisons du Parnasse, une
Acanthologie ou dictionnaire épigramma- <
tique. Fut-ce lui ou Choron qui eut la pre-
mière idée d'un dictionnaire des musiciens,
peu importe; toujours est-il que Fayolle
en rédigea la plus grande partie. Quelque
imparfait que fût cet ouvrage, il rendit des
LE GUIDE MVSICAL
501
services en France jusqu'à l'apparition de
celui de Fétis. Un recueil de Notices sur
Corelli, Tartini, Gaviniés, Pugnani et Viotti
(i8io), une brochure sur les Drames lyriques
et leur exécution (i8l3), une autre sur Pac/a-
niiii et Bériot (i83o), complètent le bagage
musical de Fayolle. Il convient d'y ajouter
cependant les articles qu'il donna à la Bio-
graphie Michaud, et ceux qu'il fournit au
journal musical anglais The Harmouicon,
pendant le long séjour qu'il fit à Londres,
de i8l5 à 1829. Fayolle mourut àla maison
de Sainte- Périne, à Paris, le 2 décembre
i852.
Ce fut aussi en 1794 que Jean-Baptiste
Biot entra à l'Ecole polytechnique. Né à
Paris le 21 avril 1774, il avait fait ses études
au collège Louis-le-Grand, et, vers le com-
mencement de la Révolution, il avait pris du
service dans l'artillerie. Il n'y rentra point
en quittant l'Ecole, etchoisil la carrière de
l'enseignement. Successivement professeur
de mathématiques àBeauvais, puis à Paris,
il devint membre de l'Académie des
sciences et professa la physique au Collège
de France. C'est par ses travaux sur
l'acoustique qu'il appartient au cadre de
notre étude. Dans son Traité de physique
(1816), et dans son Précis élémentaire de
physique expérimentale, plusieurs chapitres
sont consacrés au son, aux vibrations des
corps, au tempérament, à la construction
des instruments à vent, etc. Quelques-uns
des mémoires insérés par le même savant
dans des recueils scientifiques traitent de
questions analogues, et certaines de ses
expériences acoustiques sont demeurées
célèbres. Biot mourut à Paris, le 2 février
1862.
Tous les bacheliers et presque tous les
musiciens connaissent au moins de nom le
fameux appareil de physique appelé la si-
rène de Cagniard de La Tour, singuhère-
ment modifiée d'ailleurs depuis son inven-
tion en 18 19. Le baron Charles Cagniard de
La Tour, né à Paris le 3i mars 1777, était
encore un membre de la promotion de 1794
à l'Ecole polytechnique. Classé dans le
corps des ingénieurs géographes, il démis-
sionna, et ce fut par ses travaux en méca-
nique qu'il acquit la célébrité. Membre de
l'Académie des sciences, comme Biot, il
mourut à Paris, le 5 juillet 1859.
Avec Siméon- Denis Poisson, né à Pithi-
viers le 21 juin 1781, élève de l'Ecole poly-
technique dans la promotion de 1798, nous
ne sortons pas encore de l'ordre des acous-
ticiens illustres. C'est aussi par quelques
parties de son Traité de mécanique (i833),
et par des mémoires sur la théorie du son
et la construction des instruments à vent
que Poisson nous appartient. Professeur à
l'Ecole normale et à l'Ecole polytechnique,
membre de l'Académie des sciences, il
mourut le 25 avril 1840.
Il faut enfin faire ici, parmi les acous-
ticiens, encore une petite place à Nicolas
Savart, né en 1790, élève de la promotion
de 1808. Classé dans l'arme du génie, et
retraité comme lieutenant-colonel, il s'oc-
cupait de recherches physiques, et publia
en 1842 dans les Annales de chimie et de
physique, un mémoire sur l'élasticité des
cordes vibrantes.
Le nom de Charles -François Guibal
nous ramène à la musique pratique. Né à
Lunéville en 1781, entré en 1800 à l'Ecole
polytechnique, Guibal reçut à la sortie un
poste de professeur à l'Ecole d'artillerie de
Valence ; il occupa ensuite les mêmes fonc-
tions à Douai, puis revint prendre dans sa
ville natale une étude de notaire, et se fixa
enfin comme juge de paix à Nancy, où il
mourut le 26 décembre 1861. Amateur zélé
de musique, jouant de plusieurs instru-
ments, grand lecteur de traités spéciaux,
Guibal s'était convaincu, dans ses rési-
dences provinciales, de l'ignorance des
gens du monde et de beaucoup de profes-
seurs en fait de théorie musicale ; pour
faciliter à ses proches une étude qu'il
regardait avec raison comme indispen-
sable, il rédigea et fit d'abord lithographier
sans nom d'auteur une Introduction à r étude
de l'harmonie, dont il donna plus tard une
édition imprimée (Nancy, i85o), sans con-
server l'anonyme. Ce petit ouvrage était
l'abrégé d'un traité beaucoup plus étendu,
que Guibal ne publia jamais.
La promotion de 1817 compta parmi ses
membres Auguste Bottée de Toulmon, né
à Paris le i5 mai 1797. Les études mathé-
502
LE GUIDE MUSICAL
matiques n'étaient pas son fait, et il fut ce
que l'on nomme un fruit sec, dans le langage
des écoles. Il essaya de la procédure, et
trouva finalement sa voie dans l'archéo-
logie et la littérature musicale. Membre de
la Société des antiquaires de France, et
du Comité historique des arts et monu-
ments, il fut longtemps à peu près seul pour
y représenter l'élément musical. En i83i,
on le nomma bibliothécaire du Conserva-
toire de musique, en remplacement de
F. J. Fétis. Occupé surtout de ses travaux
personnels et de l'accroissement de sa
bibliothèque particulière, F. J. Fétis n'avait
laissé aucune trace utile de son passage de
quatre années à la tète de cet établissement.
Bottée de Toulmon y fit preuve de désin-
téressement, de persévérance et de zèle.
Disposant d'une subvention très modique,
sur laquelle le ministère prélevait encore
le montant d'une pension à Boieldieu,
Bottée de Toulmon ne pouvait enrichir que
très lentement, par voie d'achat, la biblio-
thèque encore bien incomplète dont il avait
la garde. Il s'efforça d'y suppléer par
d'autres moyens. D'une part, il réussit, à
force d'insistance et de fermeté, à régula-
riser le fonctionnement du dépôt légal;
d'autre part, il fit copier à Munich, à
Vienne, à Rome, les œuvres des maîtres du
XV^ au xvii<^ siècle qu'il ne pouvait ac-
quérir autrement, et il forma ainsi la grande
collection de cent deux volumes manus-
crits qui porte son nom au Conservatoire
de musique.
Fétis a donné la liste des écrits de Bottée
de Toulmon, et les a jugés en termes si
sévères qu'on croirait sentir dans ses
appréciations la rancune mal déguisée du
fonctionnaire remplacé. Le bagage scienti-
fique et littéraire de Bottée de Toulmon
est médiocre, à la vérité : mais il a rendu
autrement des services réels à la musique
française.
{A suivre.) Michel Brenet.
Vient de paraître : TRISTAN ET ISEULT, par
Maurice Kufferath, deuxième édition. En vente chez
Scholt frères, Bruxelles et G. Fischbacher, à Paris .
Prix : 5 francs.
DJELMA
Opéra en trois actes, poème de Charles Lomon, musique
de Charles Lefebvre. — ■ Première représentation à
l'Académie nationale de musique, le 25 mai 1894 (i).
I l'on affirmait que les musiciens ont
tort de se plaindre et que leur route
est parsemée de roses, on pourrait
donner la preuve du contraire en citant Charles
Lefebvre. Grand prix de Rome en 1870, notre
compositeur aura cinquante et un ans le
19 juin 1894. Vingt-quatre ans d'attente avant
d'avoir vu un de ses opéras exécuté à Paris, et
il n'a pas composé moins de six œuvres pour
la scène, y compris Djehna! La plus impor-.
tante, Zaïre, opéra en quatre actes sur uii
poème de P. Collin, aurait pu espérer voir lé
jour à l'Académie nationale de musique; mais
elle eut l'herbe coupée sous le pied par la Zaïre
de M. Véronge de la Nux, un jeune dans la
carrière, dont la partition ne pouvait cependant
être comparée à celle de Charles Lefebvre (2).
Un petit opéra-comique en un acte, le Trésor,
d'après le livret de F. Coppée, fut exécuté à
Angers en i883, et l'année suivante à Bru-
xelles. C'est une œuvre gracieuse, bien fran-i
çaise,se rattachant plus au passé qu'au présent,
qui plut aux Angevins et aux Bruxellois. Et ce
n'est pas tout : le bagage musical de M. Le-
febvre comporte, en dehors des œuvres pour
la scène, nombre de compositions importantes
telles que JnditJi, drame biblique, Melka,
légende fantastique, Eloa, poème lyrique, des
symphonies, ouvertures, fragments divers pour
orchestre, notamment Dalila, scènes pour le
drame d'Octave Feuillet, de la musique de
chambre, des chœurs, des Lieder charmants,
des morceaux pour piano œuvre varié,
certes, quant à la forme, mais beaucoup moins
(i) La partition de Djehna a été publiée par MM. Du-
rand et fils, éditeurs. Elle contient un beau dessin de
M. Debat-Ponsan.
(a) Zdirs a été exécutée à Lille.
LE GUIDE MUSICAL
503
quant à la couleur, qui reste souvent dans la
teinte grise. Gounod, qui l'avait conseillé au
début de la carrière, l'appelait son fils ; la
paternité est facile à établir en étudiant l'œuvre
de Charles Lefebvre : Pater is est quent opéra
demonstrant. Ce n'est pas dire que la person-
nalité ne se dégage pas et qu'il n'y ait dans telle
ou telle de ses partitions des pages douées d'une
saveur bien particulière : on n'aurait qu'à citer
la belle invocation à Brahma, qui termine si
fieureusement l'opéra de Djelma.
Nous aurions donc voulu pour ce composi-
teur un livret d'une certaine envergure, lui
permettant de donner à sa muse une large
(I envolée ». M. Charles Lomon, qui avait montré
dans Jean Dacier des qualités de dramaturge
incontestables, n'a pas été aussi heureux dans
Djelma. L'action est presque nulle et pourrait
se passer aussi bien en France qu'aux Indes :
aucune situation puissante dans le drame et de
nature à inspirer le musicien.
R^lïin, rajah de Mysore, a épousé la belle
Djelma, qui est aimée en secret par l'ami fidèle
Nouraly. Le traître Kairam, convoitant la
femme et les trésors de Raïm, a juré sa perte et
celle de Nouraly. Il profitera d'une chasse au
tigre pour faire disparaître le malheureux rajah
et son fidèle. Telle est la situation que déve-
loppe le premier acte. Malgré les supplications
de Djelma et les prédictions sinistres de sa
suivante Ourvaçi,Raïm part avec sa suite pour
la chasse; il reçoit toutefois de sa bien- aimée
une amulette sainte qui le préservera.
Au deuxième acte, même décor qu'au pre-
mier. Deux ans se sont écoulés; le deuil et la
désolation régnent dans le palais de Raïm qui
a disparu et que tous considèrent comme mort.
Seule, Djelma, qui le pleure, espère en son
retour. Elle résiste aux prières de ses suivantes
qui l'engagent à donner trêve à son désespoir ;
ce n'est que sur les instances de Nouraly
qu'elle finit par se résoudre à quitter ses vête-
ments de deuil, à l'occasion de la fête de la
déesse Lackmi.
A peine a-t-elle consenti et s'est-elle retirée,
que Raïm apparaît, se traînant péniblement,
les vêtements en lambeaux. Il raconte ses
malheurs, son cheval emporté dans le désert,
sa captivité, sa fuite; puis, un peu étonné de
l'air de fête qui règne en sa demeure, il se retire
à l'écart, cherchant à découvrir ceux qui l'ont
trahi. Une conversation en a-parte entre Kai-
ram et Tschady lui révèle une partie du com-
plot qui fut tramé contre lui. Au moment où le
cortège approche, Kairam redescend la scène
et se trouve en face de Raïm, qui lui demande
l'aumône. Kairam croit reconnaître Raïm sous
les habits du mendiant et invite Tschady à le
surveiller. C'est alors qu'au milieu de la fête et
des divertissements qui ont lieu au palais et
auxquels assistent Djelma et Nouraly, le traître
Kairam, averti par son complice que Raïm est
caché dans le fourré, guettant et épiant leurs
faits et gestes, passe sa carabine à Nouraly qui
croit tirer sur un fauve : mais, à la lueur du
coup de feu, il a reconnu la silhouette d'un
homme. Effroi parmi les assistants qui s'en-
fuient. « Infâmes tous les deux, — s'écrie
Raïm qui paraît sans être vu de la scène, — je
me vengerai ! »
Nous voici au troisième acte, aux abords
d'un bois touffu ; c'est l'aube. Kairam cherche
les traces de celui qu'il a cru reconnaître. Au
moment où il pénètre dans le fourré, Raïm,
qui le guettait, se précipite sur lui, le tue et
jette son corps dans le fleuve.
Du plus vil des deux justice est faite!
Puis arrivent à propos Djelma et Nouraly.
Raïm assiste, caché, à leur conversation et
reconnaîtra qu'il n'a pas été trompé. Lorsque
Djelma répondra à Nouraly que, si tout n'était
pas mort dans son cœur, elle aurait pu se
laisser toucher par son amour, Raïm apparaît
subitement et se précipite dans les bras de la
bien-aimée. Quant à Nouraly, il n'a plus qu'à
se retirer dans le sein de Brahma ; seul, au
désert, pour ses deux amis enfin réunis, sa
prière montera vers le ciel.
Le crime est puni ; la vertu, récompensée.
Inutile d'insister sur les défauts d'un livret
rempli de bonnes intentions et d'honnêteté.
D'une situation scénique languissante, Charles
Lefebvre, avec ses qualités de distinction et de
charme, a tiré tout le parti possible. Les pro-
cédés d'antan, tels que trilles, vocalises,
rosalies ont été très heureusement bannis ;
l'auteur, qui orchestre clairement, sans sur-
charge, et possède une langue très châtiée, a
cherché à serrer le texte de très près et à
peindre ses personnages sans les exagérer. Il
504-
LE GUIDE MUSICAL
a eu d'heureuses inspirations que le public a
su facilement découvrir.
Ne sont-ce pas de délicates et intéressantes
pages que VAndante sostemito, chanté par
Raïm au premier acte : Tu sais trop bien lire
en mon âme, — l'efifet orchestral peignant la
course du cheval (p. 3g de la partition pour
piano), qui se représentera à diverses reprises
et a beaucoup d'analogie avec celui imaginé
par Berlioz dans la Cojirse à l'abîme {Damna-
tion de Faust) — la phrase de Raïm, soutenue
par le violon solo : Oui, je l'emporterai tout
embaumé, — au deuxième acte, l'air si plein de
tristesse de Djelma : Jour fatal, — la phrase
chaleureuse dite superbement par M^^ Héglon
(Ourvaçi) : Garde-toi d'offenser la déesse, — le
chœur gracieux accompagné par les harpes en
staccati, rappelant le faire habile de Gounod :
Voici les fleurs, — le chœur dansé, dans un
mouvement moderato : Cueilles les lotus, — et
le beau chant de Djelma : Est-ce toi dont je sens
la divine présence, que viennent soutenir très
heureusement, dans la conclusion, les voix à
bouche fermée et pianissimo, — puis les diver-
tissements, parmi lesquels se distingue surtout
VAndante confié aux violons et soutenu par
\es pizzicati des cordes, — et enfin, au troi-
sième acte, la superbe invocation à Brahma
qui est la page maîtresse de l'œuvre ?
Avec des artistes tels que M™'^^ Caron, Hé-
glon,MM. RenaudjSaléza, DubuUe et Douailler,
l'interprétation de Djelma est hors pair.
Saléza s'est taillé un grand succès dans l'invo-
cation de Brahma au troisième acte; M^^ Hé-
glon, dans le rôle d'Ourvaçi, est absolument
remarquable ; c'est une artiste qui par la beauté
de sa voix, par sa merveilleuse entente du
drame, est en train de prendre une des pre-
mières places à l'Académie nationale de mu-
sique. M. Dubulle joue et chante fort bien le
rôle de Kairam. Quant à M™"^ Caron et* à
M. Renaud, ils savent tout le bien que nous
pensons de leur grand talent. L'orchestre, sous
la direction de M. Mangin, a fort bien exécuté
l'œuvre de Charles Lefebvre.
Hugues Imbert.
^^WW#i^^i
M. THEODORE REINACH
ET
L'HYMNE A APOLLON
Nous recevons de M. Th. Reinach, prési-
dent de la Société des Etudes grecques, la
lettre suivante :
A Monsieur le directeur du Guide Musical.
Paris, 7 juin 1894.
Monsieur le Directeur, ■
Quoique j'aie pour principe de ne pas répondre
à toutes les inexactitudes qui s'impriment au sujet
de VHyinne à Apollon, — cela me donnerait trop
d'ouvrage, — je crois devoir faire une exception en
faveur du dernier article paru dans votre estimée
Revue, tant à cause de l'importance de sa publi-
cité qu'en raison du nom dont cet article est signé.
Je laisse de côté vos appréciations sur le
compte des « facétieux critiques » qui ont osé
comparer l'hymne grec à un certain air de Wag-
ner : ceci est une affaire de gorit, de sentiment
personnel, qui ne prête pas à la discussion.
Permettez-moi seulement de vous dire que les
personnes qui, à mon exemple, ont hasardé ce
rapprochement l'ont strictement limité au seul
élément sur lequel il pouvait porter, à savoir la
mélodie. Dès lors, je ne vois pas en quoi le carac-
tère « rudimentaire « de l'art musical des Grecs,
— c'est-à-dire de leur harmonie et de leur instru-
mentation, — peut enlever quoi que ce soit à la
justesse de cette comparaison entre une mélodie
pure et une autre mélodie pure, l'air du paire
pour cor anglais solo au troisième acte de Tristan.
J'arrive aux trois critiques que vous adressez à
l'arrangement de l'hymne tel que l'a entendu et
applaudi le public bruxellois.
En premier lieu, vous ne voulez pas que je loue
« l'ingénieuse et savante restitution »(les guillemets
sont de vous)de l'accompagnement par M. Gabriel
Fauré, sous prétexte que j'aurais avoué dans la
même phrase que la science n'avait aucune indi-
cation sur la façon dont se pratiquait l'accompa-
gnement des mélopées grecques. Il y a là,
Monsieur, une inexactitude matérielle. Ayant pris
le soin d'écrire entièrement ma conférence, je suis
en mesure de reproduire mot pour mot la phrase
que j'ai prononcée à ce sujet. La voici : « Le
poète évoque le doux son de la flûte et de la cithare
accompagnant les chants pieux. C'est cet accom-
pagnement, omis sur la pierre, que nous avons
prié M, Gabriel Fauré de suppléer : tâche délicate
qui ne pouvait être confiée à des mains plus
habiles et plus respectueuses «. Vous êtes trop
LE GUIDE MUSICAL
505
familier avec les nuances de la langue française
pour ne pas sentir toute la différence entre cette
rédaction et celle que m'attribue votre acticle. Il
n'est point question d'une « restitution », encore
moins d'une « restitution savante «, — M. Fauré
ne s'est jamais piqué d'archéologie, — mais d'un
supplément nécessaire, d'une sorte d'encadrement
ou d'habillement sans lequel l'Hymne de Delphes ne
pouvait être présenté au public. Cet accompagne-
ment est habile, — tout le monde en est tombé
d'accord; il est respectueux, car il n'a pas nécessité
le moindre changement aux notes certaines de la
mélodie; enfin il est conforme, dans ses données
générales, aux caractères bien connus de la mu-
sique antique. Nous savons, en effet, que la flûte,
lorsqu'elle concertait avec la voix, exécutait
souvent un chant indépendant et ne revenait à
l'unisson que sur la cadence finale: si défectueuses
que soient nos informations, je n'ai jamais professé
là-dessus l'ignorance complète dont vous m'attri-
buez l'aveu.
Second crime : Nous nous sommes « permis «
de répéter « une des strophes de l'hymne pour
donner au morceau un semblant de symétrie
nécessaire à nos habitudes modernes ». Tout
d'abord, nos habitudes modernes n'ont point, que je
sache, de semblables exigences : ce sont plutôt
des habitudes anciennes. Ensuite, nous aurions bien
été embarrassés de répéter « une des strophes »
de l'hymne, puisque l'hymne n'a point de strophes.
La vérité est tout simplement que le texte
retrouvé s'arrêtait au milieu d'une phrase et qu'il
eût été inadmissible d'en rester là dans une exécu-
tion publique, dans une tentative de vulgarisation.
Il fallait de toute nécessité une conclusion. Au lieu
de fabriquer cette conclusion de toutes pièces,
nous avons, M. Fauré et moi, jugé plus sage,
plus « respectueux »,d'en emprunter les éléments
au compositeur grec lui-même et de répéter textuel-
lement, pour finir, une vingtaine de mesures déjà
entendues. Ce qui subsiste de la coda originale
prouve d'ailleurs que le caractère mélodique en
était très semblable à celui de cette reprise : la
cadence finale était certainement identique.
Jusqu'à présent, nous n'étions que « téméraires
ou inconscients » ; mais voici que nous devenons
« hérétiques». Notre hérésie a consisté u à enfer-
mer les différentes périodes dans le cadre d'une
mesure déterminée, cinq temps.» Or (c'est toujours
vous qui parlez), il paraît « que les Grecs n'ont
pas fait usage de la mesure... que c'est là une
invention relativement moderne, déterminée par
nos règles poétiques si différentes de celles des
anciens Grecs ». J'en demande bien pardon à
mon savant critique; mais s'il y a de l'hérésie
quelque part, c'est assurément de son côté. Une
vérité, en effet, sûre et certaine si jamais il en fut,
c'est que le r3'thme, l'élément u mâle » de la
mélopée, jouait dans la musique vocale des Grecs
un rôle absolument jirépondèraut, qu'il n'}' a
point de rythme sans mesure, et que les mesures
des Grecs, pour être plus variées que les nôtres,
n'en étaient pas moins rigoureuses. Vous invo-
quez l'exemple du plain-chant, « récitatif sylla-
bique non mesuré » : impossible de tomber plus
mal, car c'est précisément en cela que consiste la
différence capitale entre le plain-chant et la mu-
sique grecque : l'une était mesurée et l'autre ne
l'est pas. Dans V Hymne à Apollon, en particulier, la
mesure à cinq temps, le rythme pèonique, se con-
tinue d'un bout à l'autre sans la moindre irrégula-
rité, sans la plus légère déviation, et, plus la
mesure sera fidèlement observée, plus l'exécution
de l'hymne sera parfaite et se rapprochera des
conditions de l'exécution antique. Tout cela est
connu — ou devrait être connu — de tout le monde,
surtout dans le pays où M. Gevaert a élevé à la
musique des Grecs un monument d'une science
aussi profonde qu'exacte et ingénieuse.
En définitive, que reste-t-il des critiques posi-
tives formulées contre notre restitution musicale?
La preuve de quelques défaillances dans votre
mémoire et de quelques lacunes dans votre érudi-
tion. On pourra, sans aucun doute, apprécier
autrement que je ne l'ai fait le caractère esthé-
tique de « cette complainte du bon vieux temps »;
on pourra suppléer autrement les notes qui
manquent sur la pierre et y adapter une instru-
mentation plus simple ou plus compliquée : mais
il ne devrait être permis à personne de qualifier
de peu fidèle et de « fantaisiste » une interpréta-
tion sérieuse, consciencieuse, fondée sur des
études prolongées et qui a reçu jusqu'à présent
l'approbation de tous les musicologues compé-
tents. C'est contre une appréciation semblable,
émanant d'un critique dont nul n'estime plus que
moi le savoir et le talent, que j'ai cru devoir pro-
tester : votre courtoisie m'accordera sans peine
l'insertion de cette protestation, sans que je la
réclame de votre équité.
Recevez, Monsieur, l'assurance de mes senti-
ments de haute distinction.
Théodore Reinach. ■
M. Théodore Reinach voudra bien me per-
mettre de répondre à mon tour quelques mots
à sa très aimable lettre. Il lui est facile de me
prendre en défaut en m'opposant le texte même
de sa conférence. Ce texte, je ne l'avais pas
sous les yeux ; j'ai cité de mémoire, et si je me
suis trompé d'une nuance, je suis persuadé que
ni M. Reinach, ni M. Gabriel Fauré, que je
tiens pour l'un des plus parfaits musiciens de
France, ne voudront voir rien de désobligeant
pour eux dans cette erreur. Si j'ai parlé « d'hel-
lénisme de convention » à propos de la façon
dont VHymne à Apollon nous était présenté,
je n'ai point entendu formuler par là une cri-
tique personnelle soit contre le traducteur de
l'hymne, soit contre M. Gabriel Fauré. Cela
voulait dire tout uniment qu'à mon sens le
506
LE GUIDE MUSICAL
revêtement harmonique et instrumental donné
par M. Fauré à l'hymne retrouvé à Delphes
est purement conjectural. M. Reinach a beau
dire qu'il est conforme, dans ses données géné-
rales, au caractère bien connu de la musique
antique, cela ne nous suffit pas, car si le carac-
tère de la musique antique est, en effet, bien
connu par les traités d'Aristoxène, d'Aristide
Quintilien, d'Al3'pius, par les fragments de
Plutarque sur la musique, etc., etc., il s'en faut
que nous soyons aussi bien renseignés quant à
la forme de cet accompagnement. Or, c'est là
justement le point épineux. Quel était le dessin
de ces chants qui concertaient avec la voix :
étaient-ils de véritables contre sujets dans le
sens de notre musique polyphonique? Etait-ce
de simples imitations, ou des figures d'orne-
ment comme on en rencontre dans la musique
du moyen âge? Dans quel rapport harmonique
se trouvaient ces chants vis-à-vis de la mélodie?
En dehors de la tierce, de la quarte, de la
quinte et de l'octave, les Grecs connaissaient-ils
et possédaient-ils les associations, combinaisons,
renversements, enchaînements d'accords qui
nous sont habituels ? Sur tout cela plane jusqu'à
présent le plus sombre mystère. Il n'y a même
pas une certitude absolue quant à la tessiture
et à l'accord des instruments d'accompagne-
ment et particulièrement des instruments à
cordes pincées. Bref, ainsi que je l'indiquais
dans mon compte rendu, nous nous trouvons,
au regard de la pratique, dans la situation
du musicien de l'avenir qui aurait à reconsti-
tuer, par exemple, avec le fameux thème
initial, tout le premier mouvement de la sym-
phonie en lit mineur de Beethoven, si la parti-
tion venait à en être perdue. Il n'y a, pas certes,
de la faute de M. Reinach si l'archéologie mu-
sicale n'est pas mieux renseignée; je souhaite
ardemment, et autant que lui, qu'un jour les
marbres enfouis sous le sol de l'Attique ou les
papyrus enfermés dans les tombes d'Egypte
nous rendent la musique antique dans sa tota-
lité. En attendant, je constate avec tristesse
l'absence de données suffisamment claires et
précises pour risquer dès à présent une restitu-
tion même approximative. L'harmonisation de
M. Gabriel Fauré est es.';entiellement moderne,
si moderne que c'est elle qui me semble avoir
induit M. Reinach en des rapprochements
hasardés de la mélopée de l'hymne apoUonien
avec la mélodie du pâtre de Tristan.
En ce qui concerne la mesure, M. Th. Rei-
nach se méprend également sur la portée de
mon observation. En disant que les Grecs, fort
probablement, ne connaissaient pas la mesure,
j'entendais parler de notre système moderne ;
c'est ce que toute la phrase indique. Je n'ignore
pas que les Grecs aient eu un chant mesuré ;
mais que leur mesure fût conforme à la nôtre,
c'est ce qui, jusqu'ici, n'a pas été démontré.
Si les beaux travaux de Gevaert et de West-
phal (i) sur la rythmique des Grecs ont révélé
de nombreux et saisissants rapports entre la
théorie rythmique des anciens et la nôtre, ils
n'ont pas établi jusqu'ici la concordance
absolue entre notre façon moderne de compter
et celle des Hellènes. On n'est même pas
d'accord complètement sur le sens à donner
aux termes techniques dont se sert Aristoxène ;
Westphal admet que le mot pous signifie
tantôt chez lui pied, tantôt mesure. Doù il
résulte, qu'en maint endroit on n'est pas
certain de la traduction exacte du texte et que
selon que tel ou tel sens est adopté, la théorie
d'Aristoxène change complètement.
En somme, il serait peut-être préférable, à
propos de la musique grecque, d'employer le
mot mètre au lieu du mot mesure, la mesure des
Grecs étant calquée sur les mètres de leur
langue et de leur poésie, qui était essentielle-
ment rj'^/zwzig?/^, alors que la plupart des langues
modernes ne le sont point. De là, chez nous,
la nécessité de la rime, qui a été un des élé-
ments ayant servi à former notre rythmique
vocale et notre système de mesures. Chez les
Grecs, ce sont les mètres du vers qui constituent
la véritable mesure; sur ce point, il n'y a pas
l'ombre d'un doute ni d'une controverse. Il
n'est pas moins certain que ces mètres ne
correspondent pas exactement à nos mesures
modernes. Tel est le cas particulier du mètre
péonique dans lequel est écrit Y Hymne à Apol-
lon. On l'assimile à notre mesure à cinq temps,
qui est un rythme faux. La façon dont ce
rythme ou cette mesure péonique est expliquée
par Aristoxène laisse beaucoup à désirer.
M. Th. Reinach, cependant, n'a pas hésité à
employer d'un bout à l'autre de l'hymne notre
mesure à ciiiq temps, mieux que cela : il en
recommande l'exécution rigoureuse, d'un bout
à l'autre de l'hj'mne. J'ignorais, au moment où
j'écrivais mon compte rendu de son intéres'-'
santé conférence, qu'il était sur ce point en
contradiction absolue avec M. Nicole, savant
musicien suisse établi à Athènes et qui, aidé
des lumières de M. Homolle, directeur de
fi) J"ai publié ici même, il y a quelque dix ans, une
analyse détaillée du remarquable travail de Westphal
sur la rythmique d'Aristoxène. Je crois même avoir été
le seul, en Belgique et en France, à signaler cet impor-
tant ouvrage.
LE GUIDE MUSICAL
507
l'Ecole d'archéologie française à Athènes, a, lui
aussi, donné une traduction en notation moderne
du fragment d'hymne retrouvé à Delphes. Or,
M. Nicole se trouve tout à fait d'accord avec
moi, quant au choix de la mesure à cinq temps.
Il fait remarquer « que cette mesure enlève tout
le caractère de l'hymne » et ce qui est plus
grave, « qu'elle coupe des phrases en deux. «
Il ne pense pas que les temps se battaient
exactement comme on le fait aujourd'hui, mais
que les mesures étaient allongées ou resserrées
selon le dessin de la phrase ou les nécessités de
la déclamation lyrique. Il cite Alj'pius d'après
lequel la musique vocale n'avait pas de signe
de durée et se réglait sur les paroles. « C'était
plutôt un récitatif qu'un chant mesuré ». Je
n'ai pas dit autre chose.
Ce ne sont pas les seules observations de
M. Nicole à l'endroit de la traduction de
M. Th. Reinach. Cette transcription lui sem-
ble écrite sur un ton beaucoup trop élevé pour
être chantée. M. Nicole a fait une transcription
conforme à celle de M. Reinach pour la ligne
mélodique, mais écrite une quarte plus bas et
en forme de déclamation. Le 'Journal de
Genève, auquel M. Nicole a communiqué ses
observations, nous apprend que son compa-
triote a fait une conférence à Athènes où il
appuie de raisons techniques les objections
qu'il oppose à la version de M. Reinach. Il
serait intéressant que cette conférence fût
publiée, comme aussi la version musicale de
M. Nicole.
Je n'insisterai pas sur l'explication que
M. Reinach nous donne aujourd'hui de la coda
ajoutée par lui à la mélodie de l'hymne. Cette
explication, autant que je me souviens, n'avait
pas été donnée dans sa conférence. Qu'il y ait
ou qu'il n'y ait pas de strophe dans l'hymne,
mon observation à ce sujet n'en était pas moins
fondée. Je veux bien que cette restitution ne
soit pas absolument fantaisiste ; mettons qu'elle
est simplement conjecturale. Moyennant quoi,
M. Th. Reinach voudra bien reconnaître que
si j'ai formulé quelques réserves au sujet de ses
conclusions, ces réserves n'étaient pas simple-
ment le résultat de défaillances de mémoire ou
de lacunes d'érudition.
Il ne suffit pas d'affirmer que la version qui
nous a été donnée a reçu l'approbation de tous
les musicologues compétents. Il y a, en effet,
des raisons de croire qu'elle n'est pas si abso-
lument incontestée que le pense iVI. Th. Rei-
nach. Je n'ai, personnellement, aucune compé-
tence pour trancher la question, mais je n'ignore
pas où se trouvent les points contestables et il
faut croire que j'ai touché juste, puisque ce
sont ceux justement qui sont déjà controversés
par M. Nicole, en attendant d'autres contro-
verses. M. KUFFERATH.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
C'est une évocation réellement charmante
du passé qu'a suscitée M"« Colonne dans la
séance où ont été entendues ses élèves, le
3i mai, à salle Pleyel, — Gluck, LuUy, Mo-
zart, — sans omettre V Hymne à Apollon, qui
est, aujourd'hui, de toutes les fêtes musicales !
Il existe une sorte d'attendrissement à entendre
ces belles pages des maîtres d'autrefois, surtout
lorsque ces pages sont si merveilleusement
exécutées ! Elèves, mais elles sont déjà maî-
tresses elles-mêmes, la plupart des cantatrices
que nous a présentées i\I™'= Colonne, tant elles
ont profité des leçons si intelligemment don-
nées par leur professeur. Voyez-la conduire sa
petite phalange ! Comme elle souligne toutes
les intentions du maître, et cela sans gestes
intempestifs, simplement et spirituellement!
Aussi quels succès pour M™ss Jeanne Remacle,
Mathilde Colonne, Dettelbach, Arnalde Serres,
Mlles Marcella Pregi, Planés, Marguerite Ma-
thieu, Marthe de Brolls!
A signaler, dans le concert du 24 mai,
donné par la Société Guillot de Sainbris, le
Sanctus et le Benedictus de la messe brève
de Fernand Le Borne, le Pardon breton de
Mlle c Chaminade, le Veni Creator de
L. Boellmann, les Fêtes d'Hébé de Rameau et
des fragments de Thésée de Lully. Mais quelle
chaleur dans cette salle de la Société d'horti-
ticulture !
LE GUIDE MUSICAL
Audition intéressante des œuvres de Th. Du-
bois, le 25 mai, à la salle Pleyel, sous la direc-
tion de Mnie Tarpet-Leclercq, professeur au
Conservatoire. Les plus jolies pièces pour le
clavier du nouveau membre de l'Institut ont
été fort appréciées.
•$•
Dernière audition de la Société d'art à la
salle Pleyel, le dimanche 27 mai. On a beau-
coup applaudi les Etudes en forme de canon
(op. 56) de R. Schumann, la sonate pour piano
et violon de Grieg (op. 8) et divers morceaux
de MM. G. Hue, Wormser, I. Philipp, A. Pa-
rent et II. Eymieu. Les bravos ont été aussi
bien pour les œuvres que pour les interprètes,
qui avaient noms : I. Philipp, Wormser,
Hettich, M™" Emile Herneau, G. Rémy,
H. Frêne et M"e Antonia Pouget.
Signalons le concert donné le 23 mai, à la
salle Erard, par les jeunes artistes américaines
pianistes et violonistes, Blanche- Ogautha et
Cora-Mathilde Vet, filles de M. C. M. Vet,
correspondant du New- York Musical Courier.
Leur talent a été fort goûté.
La nouvelle que nous signalions dernière-
ment concernant la section lyriqu-e du Théâtre-
Libre de M. Antoine se confirme pleinement.
La chose s'organise régulièrement, et nous don-
nerons prochainement les détails de cette entre-
prise.
A la Comédie- Parisienne — ravissant petit
théâtre de construction récente, — se prépare
une saison d'opéra. On répète en ce moment
Dinah, opéra de M. Edmond Missa, dont les
rôles principaux seront tenus par MM. Engel,
Manoury, M™<=s Marcolini et Lambrecht.
On avait fait quelque bruit préalable, à pro-
pos de la reprise de Roméo et Juliette à
l'Opéra : décors neufs et prise de possession
du rôle de Juliette par M"": Sanderson.
Les décors nouveaux sont la copie exacte des
anciens, qu'a détruits l'incendie delà rue Richer.
Et M"e Sanderson s'est montrée quelconque
sans faire oublier ses devancières.
Rien à signaler.
•f'
Il est fort probable que M. Maurel chantera
le rôle d'Iago dans VOtello de Verdi, à l'Aca-
démie nationale de musique. Les autres rôles
seront tenus par Mn»= Caron (Desdemone), Sa-
léza (Otello), Héglon (Emilia) et Vaguât (Cas-
sio).
Autres nouvelles de l'Ofjéra : On annonce
pour le mois de décembre prochain la repré-
sentation de la Montagne noire, opéra en qua-
tre actes d'Augusta Holmes. On parle aussi de
la reprise de la Farandole, ballet de Théodore
Dubois, et des études prochaines de Hulda,
l'opéra de César Franck.
Le sympathique chef d'orchestre de l'Opéra-
Comique, M. Danbé, qui avait éprouvé des
brûlures assez vives, chez lui, par suite de
l'explosion d'une lampe à pétrole, est en excel-
lente voie de guérison.
Chez M""= la comtesse de L..., entendu,
l'autre soir, un jeune et intelligent chanteur,
M. Buys, pourvu d'une belle voix et d'une
excellente méthode; un brillant avenir lui
semble réservé.
A la fin du mois se tiendra à Paris, par les
soins de la Société Saint-Jean pour le développe-
ment de l'art chrétien, un congrès musical con-
sacré à l'épineuse question de la restauration
du plain-chant et de la musique sacrée. Les
musiciens, auteurs ou maîtres de chapelle sont
invités à envoyer au congrès le fruit de leurs
réflexions, et leur opinion sur le grave débat
qui s'agite entre les partisans des différentes
méthodes préconisées. Les théories de Dom
Pothier seront exposées, les éditions Pustet, de
Ratisbonne, seront mises en cause, ainsi que
les décrets de la Congrégation des Rites accor-
dant le privilège à l'éditeur allemand.
Ce congrès empruntera un caractère particu-
lièrement intéressantduchef de ces discussions,
où les plus pures préoccupations d'art alterne-
ront avec de secondaires compétitions commer-
ciales et internationales, ainsi qu'il ressort de
la campagne menée depuis quelques mois par
une grande partie de la presse religieuse (et
aussi politique) française contre le monopole
accordé par Pie IX à M. Pustet, de Ratisbonne.
Ce monopole, comme on sait, consiste dans
l'exclusif privilège de la fourniture des livres
choraux aux églises, et cela pour une durée de
trente ans. Comme il est question de renou-
veler ce privilège, des éditeurs français pro-
testent au nom de leurs intérêts -méconnus,
soutenus, mais pour des raisons d'ordre artis-
LE GUIDE MUSICAL
509
tique, par un groupe de musicologues qui
repoussent l'édition de Ratisbonne comme
défectueuse et non conforme à la vraie tradi-
tion.
Nous ne nous prononcerons pas dans une
question aussi délicate, mais nous tiendrons
nos lecteurs au courant.
Le congrès sera terminé par l'audition des
Chanteurs de Saint-Gervais et de la maîtrise
du séminaire de Versailles (pour le chant gré-
gorien).
Croisé, rue de la Paix, Franz Servais, pro-
menant sa gravité tluviale au soleil de midi.
— UApollonide? J'attends, je ne suis pas
pressé. L'audition d'un fragment de mon
œuvre à l'Opéra, voici déjà quelque temps, avait
été favorable, malgré de fâcheuses circon-
stances. Voulant donner idée de l'instrumen-
tation, on ne mit à ma disposition qu'un
ignoble piano bon pour accompagner le Trou-
vère, — ici, uns esquisse du geste guitarisant
des célèbres battements soutenant le Miserere.
— Non certes, les pianos de l'Opéra ne sont
pas en rapport avec la magnificence du monu-
ment.
Depuis cette audition, j'attends, mais sans
impatience. Je sais qu'un des directeurs de
l'Opéra désirerait un examen plus approfondi
de mon Apollonidc. D'autre part, l'éditeur de
la grande partition me sollicite de faire publier
la réduction — achevée — piano et chant. Mais
je ne fais aucune démarche.
De plusieurs côtés, en province, on me
demande mon drame lyrique ; je le refuse.
J'ai mis quinze ans de ma vie d'artiste dans
mon œuvre. Dès lors, je ne veux qu'une exécu-
tion parfaite ou rien.
— Mais Bruxelles ?
— Médiocre, en dessous du médiocre. Je
n'y trouverais pas d'abord les interprètes qu'il
me faut ; ensuite, en ces derniers temps, on en
est venu, à Bruxelles, à ne plus savoir dis-
tinguer ni apprécier le bon ; on goûte plutôt la
médiocrité.
— Reste alors la possibilité d'une exécution
sur une scène allemande ?
— Peut-être. J'y ai parfois pensé, et en ai
même parlé à mon ami Félix Motll, qui,
en plus de la garantie d'une interprétation
musicale et dramatique hors ligne qu'il m'as-
surerait, est un traducteur excellent ainsi que
l'atteste sa récente version allemande des
Troyetis.
Mais, en conclusion, je ne suis pas pressé!
ajoute philosophiquement le compositeur, quo
nous laissons à sa flânerie imperturbable, on
lui souhaitant, quand même, exécution bonne
et proche. M. R.
BRUXELLES
En appelant M. Gustave Huberti à la direc-
tion de l'Ecole de musique de Saint-Josse-ten-
Noode-Schaerbeek, le conseil d'administration
de cet établissement avait en vue l'organisa-
tion d'un cours permanent de chant d'ensemble
qui n'existait pas sous la direction précédente.
L'école susdite était naguère une sorte d'an-
tichambre du Conservatoire royal de Bruxelles,
où M. Henry Warnots préparait, avec le
talent consciencieux qu'on lui a toujours
reconnu, les élèves de son cours de chant
individuel. L'ensemble vocal n'était que l'ex-
ception, et, sauf en des occasions extraordi-
naires, il n'en était question qu'à l'époque où
avait lieu la distribution des prix décernés dans
les concours annuels.
Aujourd'hui, c'est le chant d'ensemble qui
est le but principal vers lequel tend l'enseigne-
ment de l'école. M. Huberti dirige personnelle-
ment la classe d'ensemble vocal, et il met tous
ses soins à former des élèves capables de mettre
en pratique les leçons de solfège et de chant
qui leur sont données par le corps professoral.
Bien qu'elle soit toute récente, l'intelligente
innovation apportée au programme des études
porte déjà des fruits. On a pu en juger,
dimanche dernier, à l'audition donnée, à la
Grande- Harmonie, par le cours de chant d'en-
semble de l'Ecole de Saint-Josse-ten-Noode-
Schaerbeek, avec le concours du Club sym-
plionique, sous la direction de M. G. Huberti.
Les chœurs ont cirante, avec beaucoup d'assu-
rance et un parfait ensemble, d'anciennes chan-
sons disposées pour voix mixtes par M. F. -A.
Gevaert et d'autres pièces vocales traduites
par M. L. de Casembroot. Accompagnées par
les instruments du Club symphonique, les voix
jeunes et fraîches du cours d'ensemble ont
interprété la Vierge à la Crèche, de C. Franck;
une œuvre inédite de M. G. Huberti, Boeren-
kennisticd, sur des paroles de M. E. Hiel,
présentant une suite de couplets variés d'un
tour mélodique fort agréable et d'une exécution
très pittoresque ; enfin, pour finir, deux frag-
510
LE GUIDE MUSICAL
ments importants de l'oratovio Lucijer de
Peter Benoit. Ces derniers, bien qu'étudiés
avec soin, ne pouvaient prétendre à l'effet que
doit produire un ensemble où tous les instru-
ments de l'orchestre sont appelés à prendre
part. Le Club symphonique ne possède pas les
éléments voulus pour produire la sonorité dési-
rable. Son quatuor d'archets, renforcé de quel-
ques bonnes recrues, s'est néanmoins risqué à
l'exécution du Concerto grosso (n" 3 mi mineur)
de Hœndel, d'un air de la Suite en ré, de J.-S.
Bach, et de la suite dans le style ancien : Aus
Holberg 's Zeit, de Edv. Grieg.
Il y a là en perspective beaucoup de bonnes
promesses que l'activité, la science et l'auto-
rité de M. G. Huberti conduiront, nous en
sommes assuré, à des réalisations futures
dictées par le plus sérieux souci de l'art.
M . Gevaert, qui assistait à cette intéressante
matinée, n'a pas marchandé ses éloges au chef
de l'école ainsi qu'à ses jeunes collaborateurs.
E. E.
M. et Mme Ferdinand Kufferath, parents de
notre directeur, ont célébré, le 8 juin, leurs
noces d'or. A cette occasion, M. Léon Soubre
avait eu la délicate attention d'organiser, avec
le concours d'un groupe d'élèves des classes
de chant de M"« Cornélis-Servais, l'exécution
d'un certain nombre de compositions reli-
gieuses du jubilaire, pendant la messe basse
qui a été dite à l'église de Saint-Josse-ten-
Noode. M. Soubre a fait exécuter notamment
un Kyrie, l'Ave Maria et le Laudate Domi-
num, et il a joué sur le grand orgue une fugue
manuscrite du maître.
De toutes parts, Paris, Londres, Berlin,
Anvers, Utrecht, Francfort, Cologne, des
lettres, des télégrammes de félicitations et des
envois de fleurs ont été adressés à l'éminent
professeur du Conservatoire et à sa digne
épouse. Citons notamment les lettres de Son
Altesse Royale M™e la comtesse de Flandre, de
M™e Clara Schumann, de J. Brahms, de
Grimm, de J. Van Riemsdyck, du Cercle artis-
tique et littéraire de Bruxelles, des professeurs
du Conservatoire royal, des dames du couvent
de Berlaymont, etc.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — Le Wagner Verein
a clos dignement la saison musicale, en
exécutant, sous la direction de M. Viotta, des
fragments de Parsifal au Théâtre du Parc, avec le
bel orchestre du Concertgebouw et des solisteH
allemands. Il ne m'a pas été possible d'assister à
ce concert, mais les critiques d'Amsterdam, dignes
de foi, en ont dit le plus grand bien.
Pendant la saison d'été, Amsterdam n'aura que
les concerts hebdomadaires du Concertgebouw
qui, à l'instar du Waux-Hall de Bruxelles, se
dorînent dans le superbe jardin de l'établissement
et qui, en cas de mauvais temps, ont lieu dans la
salle de concert. Ces concerts sont dirigés par
M. Gottfried Mann, qui a succédé comme second
chef d'orchestre du Concertgebouw à M. Renard,
décédé subitement il y a quelques mois. C'est un
excellent musicien, compositeur de talent, qui fait
aussi de la critique dans plusieurs journaux.
M. Mann a été pendant quelques années directeur
de l'orchestre communal de la ville de Leyde et y
était très estimé.
L'Opéra-Néerlandais, qui, pendant de longues
années, a pu se soutenir sous la direction de
M. de Groot, est en pleine révolution. Le chef
d'orchestre, M. van der Linden, dont on a exécuté
un opéra, le Siège de Leyde, à Anvers, et le régis-
seur, M. Saalborn, ont résilié leur engagement en
déclarant une guerre à outrance à M. de Groot,
dont l'ignorance musicale et l'incapacité complète
étaient devenues proverbiales. Ils ont l'intention
de former eux-mêmes une troupe d'opéra néerlan-
dais, et ils se sont assurés déjà du concours de
MM. Arelio et Pauwels, les seuls pensionnaires de
talent que possédât M. de Groot et pour lesquels ils
payeront les dédits stipulés par contrats.
Malgré la formidable opposition qui se lève
contre lui, M. de Groot continue à payer d'audace;
il poursuit son exploitation et fait même cons-
truire une nouvelle salle de spectacle au palais de
l'Industrie. Toute cette affaire amuse beaucoup le
public essentiellement badaud d'Amsterdam, et,
franchement, il y a de quoi rire.
La prochaine saison datera dans les annales
théâtrales d'Amsterdam, car elle commencera par
l'inauguration du nouveau théâtre communal, dont
on dit le plus grand bien. Le bâtiment est monu-
mental et la salle de spectacle est magnifique. Si
l'acoustique répond â l'attente, ce théâtre, qui
était une nécessité à Amsterdam, pourra rendre de
grands services. C'est le Nederlandsch Tonneel
qui a pris le bâtiment à ferme pour plusieurs,
années, et tous ceux qui voudront y jouer ou y
donner des représentations devront s'adresser à
M. W. Stumpff, l'adm inistrateur ; en dehors de
la Comédie Néerlandaise, on dit que M. Mertens,
pour l'Opéra-Français de La Haye, et le Wagner
Verein se sont déjà entendus avec lui.
Le Chœur a capella dirigé par M. Daniel de
Lange poursuit une tournée triomphale en Angle-
terre" et vient d'obtenir, à Londres surtout, un
succès d'enthousiasme. On assure même que la
Reine a exprim.i le désir de l'entendre au château
de Windsor.
LE GUIDE MUSICAL
511
A bientôt le festival de la Société pour l'encou-
ragemeiit de l'art musical à Utrecht, qui promet
d'être d'un intérêt tout exceptionnel.
Intérim.
ANVBRS. — L'art musical n'a pas été
jusqu'ici un des attraits de notre Exposition.
On est unanime à constater le déplorable effet
qu'a produit le deuxième concert extraordinaire,
donné dernièrement pour un auditoire d'environ
trois cents personnes. Il faut bien le dire, le
répertoire de ces concerts symphoniques est d'un
intérêt médiocre, et, si nous admettons que les
solistes : M™" Fischer-Sobell, une pianiste au
doigté délié, et M. Fischer, un ténor au phraser
net, soient des artistes fort estimables, nous n'y
voyons guère de quoi attirer le public exception-
nel d'Exposition.
Disons deux mots des morceaux symphoniques
entendus au dit concert. Deux morceaux de la
jeune école française : Polonaise héroïque, de Th.
Ritter,et Espana,àe Chabrier. Si l'idée fait absolu-
ment défaut dans ces deux pages symphoniques,"
les auteurs y font, par contre, un étalage d'effets
les plus divers et les plus bruyants. Espana, notam-
ment, exécuté par un orchestre de cent musiciens
à peine, faisait dans l'immense salle des fêtes un
tapage étourdissant. Nous nous rappelions avec
regret les quinze cents personnes qui ont exécuté
avec une homogénéité parfaite et une sonorité
toujours agréable la cantate de Benoit, lors do
l'ouverture de l'Exposition. Quelle compréhension
des effets à produire; et quelle sobriété dans l'em-
ploi des instruments, pourtant, dans cette œuvre
d'une conception si grandiose !
Puisque nous citons, au passage, ce remarqua
ble artiste, arrêtons-nous un instant à l'une de ses
dernières innovations : la musique adaptée aux
exercices de gymnastique, dans le but de donner
aux mouvements une impulsion morale directe,
qu'aucun commandement technique ne saurait
produire. Le gymnaste ressent les vibrations de
la musique et ses mouvements en deviennent plus
I souples, plus élégants.
A la fête de gymnastique qui. aura lieu le
i3 courant, deux séries d'exercices seront exécu-
tées, pour lesquelles le maître flamand a composé
une musique toute spéciale.
L'innovation en question ouvre aux concep-
tions de ce genre un vaste champ; aussi Benoit
songe-t-il à faire un cours de musique complet
pour les exercices gymnastiques, avec chœurs
pour les groupes qui ont cessé de travailler, etc.
Le concert de dimanche dernier, à l'Harmonie,
offrait le double attrait d'un violoncelliste parisien
et d'un compositeur norvégien. M. A. Leroy est
un exécutant très habile et qui a fait grand plaisir.
Le jeune artiste a notamment rendu l'admirable
concerto de Lalo avec une belle entente des
nuances et une grande pureté de son. Remer-
cions-le surtout de nous avoir fait entendre une
œuvre de réel mérite.
Nous ne pouvons pas dire autant de bien de
M G. Borch. Si, comme chef d'orchestre, il a
montré de l'aisance et une certaine routine, nous
trouvons qu'il a grand tort de produire, trop vite,
des œuvres non encore mûries et où la note per-
sonnelle fait défaut. Appartient-il du reste à
l'école Scandinave et sent-on dans ses œuvres
l'influence de son premier maître. Ed. Grieg?
Ni la Gavoiie, d'une banalité désespérante, ni
l'Ouverture, aux formes peu arrondies, mais où se
révèlent de réelles qualités de symphoniste, ne
sont faites pour justifier le titre de « compositeur
norvégien ». Abandonner ce titre, lorsqu'on se
sent irrésistiblement attiré vers l'école Massenet,
serait plus juste. A. W.
DIJON. — Le Conservatoire a fêté samedi
(19 mai), dans une véritable représentation
de gala, son vingt-cinquième anniversaire. On a
fait pour cela ce qu'il convenait de faire, en appe-
lant à concourir à cette mémorable solennité,
tous ceux qui, s'inspirant des leçons de leurs
excellents maîtres, ont porté haut, durant cette
période, le renom artistique de notre école de
musique.
Un grand concert a été donné avec le concours
de M. Henri Berthelier, premier violon solo de
l'Opéra de Paris ; de M"" Lucie Jusseaume, pre-
mier prix de piano du Conservatoire de Paris,
M™" Charlotte Vormèse, premier prix de violon
du Conservatoire de Paris, M™" Fernand Dubois,
lauréate du concours d'opéra comique de Paris;
M. Barthel, premier prix de hautbois du Conser-
vatoire de Paris, enfin M Feuillard, violoncelle
solo des Concerts d'Harcourt, tous anciens lau-
réats et élèves du Conservatoire de Dijon. En
voyant acclamer ces artistes aujourd'hui arrivés,
le directeur du Conservatoire, M. Lévêque, et ses
professeurs avaient le droit d'être fiers durésultat
de leurs efforts.
Tout a concouru, d'ailleurs, à rendre cette soirée
particulièrement attrayante. Dans la partie sym-
phonique du concert jubilaire, figuraient des maî-
tres consacrés par le temps, tels que Rameau, le
père de la musique française, dont Dijon est fière
à juste titre d'être le berceau, et le grand Beetho-
ven; la musique moderne était représentée par
des compositeurs contemporains comme Saint-
Saëns, Massenet, Lenepveu et Th. Dubois, le
nouveau membre de l'Institut. Cette partie où
l'orchestre a tenu magistralement sa place, était
digne de l'excellente école musicale de Dijon et
de la solennité dont elle devait singulièrement
rehausser l'éclat.
La symphonie en ui mineur de Beethoven, les
fragments de Castor et Pollux de Rameau, magis-
tralement conduits par M. Lévêque, ont été exé-
512
LE GUIDE MUSICAL
cutés de la manière la plus brillante, avec un
ensemble rare et un réel souci du style et des
nuances. On a entendu ensuite et non moins
applaudi les Scènes villageoises de Th. Dubois et
des fragments de Thaïs de Massenet, du Déluge de
Saint-Saëns et de Jeanue-d'Arc de Lenepveu,
enfin, un mouvement d'un trio de Saint Saëns.
Pendant l'entr'acte de cette belle soirée, les
artistes, les professeurs et les élèves du Conserva-
toire de Dijon ont offert à leur directeur, M. Lé-
vêque, un magnifique bronze d'art, en souvenir du
vingt-cinquième anniversaire de cet établissement
et en reconnaissance des services rendus par
l'éminent virtuose et l'excellent artiste.
DRESDE. — Depuis le commencement du
mois, les deux théâtres royaux ont leurs
représentations à l'Opéra. Il en sera ainsi jusqu'en
juillet, de même que pour tout le mois d'août,
après les vacances, dont la durée ne dépasse pas
quatre semaines. La direction répond aux vœux
de tous les étrangers encore à Dresde, en annon-
çant les Nibehmgen du i3 au 21. Avec quel ténor ?
Aussitôt après le départ de M. Gerhâuser, engagé
prudemment d'avance (i8g5), M. Gritzinger, qui
devait chanter TannhiBuser, a résilié son contrat.
Comment traverser cet intervalle ? Heureusement
que M Gudehus, de Berlin, reste dévoué à son
ancienne scène. Les Noces de Figaro ont eu lieu
malgré l'indisposition de M"« Wittich. C'est M""
Leisinger, de Berlin, qui l'a remplacée. Seule-
ment, au lieu de nous présenter une comtesse
fine, spirituelle, vraie Rosine, elle nous a servi
une femme èplorée, sans charme, à laquelle sa
camériste Suzanne (M"= Téléky) est cent fois préfé-
rable. M. Perron, excellent Escamillo, conserve
toujours ses allures tragiques ; aussi Figaro (M.
Nebuschka) est-il stupéfait de voir son maître
dans des dispositions si sombres.
Le bruit de la millième de Mignon est arrivé jus-
qu'ici ; après une disparition, elle nous sera
rendue sous la figure d'une jeune débutante
fraîchement sortie du Conservatoire. L'intendance
de Dresde est d'ailleurs plus secourable que telle
autre d'une ville moins importante; ce que celle-
ci élimine, celle-là le reçoit avec enthousiasme;
c'est un moyen pour réaliser les économies que
le congrès directorial de Stuttgart va peut-être
consacrer.
Le monde artistique sera douloureusement
affecté par la mort du baron de Kaskel, dont le
père fut un des intimes de Meyerbeer. Lui-même
s'intéressait sincèrement aux artistes, sa somp-
tueuse maison leur était ouverte, et sa munificence
était proverbiale. Que de réputations maintenant
établies ont commencé dans ses salons ! Que de
jeunes artistes dont les yeux se tournaient avec
espoir vers cette hospitalière demeure éprouveront
une cruelle déception ! C'est le plus bel éloge
qu'on puisse faire de cet homme de bien.
Alton.
N'a U V ELLES DI VERSES
Le théâtre de Munich vient de donner une
reprise de Lohcngrin qui fait quelque bruit en
Allemagne. On sait que cette œuvre est égale-
ment, et pour la première fois, au répertoire de
Bayreuth, cette année. Depuis quelque temps
déjà, on travaillait à Bayreuth à préparer la
mise en scène nouvelle de la légende du cheva-
lier au Cygne, conformément aux notes laissées
par Wagner. Celui-ci indique le x^ siècle
comme l'époque où se passe l'action. Or, la
mise en scène que l'oeuvre a toujours eue,
depuis la première à Weimar, est du xiiii=. Il a
fallu faire des recherches minutieuses pour
reconstituer le costume, l'armement et l'archi-
tecture. Or, il paraît que l'une ou l'autre des
personnes chargées de ces recherches a com-
muniqué à la régie de Munich les résultats de
son travail, et c'est ainsi que le théâtre de la
capitale bavaroise a pu, la semaine dernière,
donner un Lohengrin en nouveaux costumes,
deux mois avant Bayreuth. On s'est naturelle-
ment ému à Bayreuth de cet acte de mauvais
gré, qui tendait évidemment à accaparer pour
le théâtre de Munich la curiosité qu'excitait
la mise en scène de Bayreuth dans le monde
des théâtres et des artistes. Nous pensons, tou-
tefois, qu'il ne faut pas s'exagérer les consé-
quences de cette concurrence déloyale.
Munich, malgré tous les efforts de son directeur
général M. Possart, n'atteindra jamais à l'idéale
perfection des représentations bayreuthoises.
Et il suffira de se rappeler ce qu'ont été, l'année
dernière, les exécutions qu'on y a données.
Elles étaient certes meilleures que celles du
théâtre de la Monnaie et de la plupart des
théâtres secondaires d'Allemagne, mais n'ont
pas, dans leur ensemble, donné l'impression d'art
si complète et si absolue des exécutions de
Bayreuth.
Les fêtes commémoratives à la mémoire ds
tlans de Bulow se multiplient en Allemagne.
Jeudi dernier, le Bach-Verein de Heidelberg ei
a donné une sous la direction de Félix Mottl,
retour de Londres.
A part les préludes de Liszt, la marche funè-
bre de l'Héroïque et le prélude de Tristan,
suivi du Liebestod chanté par Mi''= Mailhac, le
programme était composé d'œuvres de Hans de
Bulow pour orchestre, chœurs, piano et chant
solo.
LE GUIDE MUSICAL
513
L'empereur Guillaume II vient de conférei
la commanderie de la Couronne de Prusse au
célèbre maestro italien Sgambati.
Cette distinction honorifique donnée rare-
ment aux artistes prouve de quelle estime le
compositeur italien jouit en Allemagne.
Ses belles compositions symphoniques figu-
rent, du reste, très souvent dans les programmes
des grands concerts de l'étranger. Rappelons
aussi que M. Sgambati est, depuis plusieurs
années déjà, membre correspondant de l'Insti-
tut de France.
L'Opéra royal de Pesth a donné à la fin du
mois dernier, deux nouveautés du crû': un opéra
et un ballet. L'opéra a pour compositeur
M. Rodolphe Raimann, chef d'orchestre du
théâtre que le comte Esztherhazy entretient
dans son château de Tata. Le texte est pris du
célèbre poème de Tennyson : Enoch Arden.
et le traducteur, M. Antoine Rado, ya fait valoi'
tous les charmes d'un des récits les plus tou
chants et les plus poétiques de la littératuic
universelle. La musique, qui dénote beaucoup
de talent et une grande habileté dans l'instru-
mentation, a obtenu un succès complet. Le
ballet est de M. Poldini, il est intitulé VAu-
rore boréale. L'action se passe en Groenland,
dont les femmes sont censées être fort char-
mantes, et présente des innovations extrême-
ment ingénieuses dans l'art de la danse et du
costume. Le public a fait un accueil très cha-
leureux à ce ballet.
Plusieurs journaux allemands ont annoncé
que M. Ed. Lassen avait pris sa retraite de
maître de la chapelle du grand duc de Saxe-
Weimar et qu'il ne conservait que la direction
des concerts delà Cour. Renseignements pris à
Weimar, cette information est inexacte, et elle
semble reposer sur un malentendu. Ce lî'es tpas
M. Ed. Lassen, mais M. Richard Strauss qui
prend sa retraite et quitte Weimar pour devenir
chef d'orchestre du théâtre royal de Munich.
Nous avons parlé déjà à plusieurs reprises
des fêtes qui s'organisent à Mons pour le troi-
sième centenaire de Roland de Lassus. Le pro-
gramme complet de ces fêtes vient de paraître
Elles auront lieu les 23, 24 et 25 de ce mois.
Le Conservatoire de Mons exécutera pour la
première fois, le 23, à 2 1/2 heures, au manège
decavalene,unecantatedecirconstance,i?o/a«^
de Lassus, écrite par M. Jean Van den Eeden
sur un poème de M. Hippolyte Laroche. L'or-
chestre et les choeurs, formant un ensemble de
1,000 exécutants, seront dirigés par l'auteur.
Les solistes seront M'i^s Milcamps et De Cré,
MM. Moussoux et Pieltain.
Le programme porte en outre les ouvertures
de Do7i Ji/an et de Coriolan, la « Chevauchée
des Walkyries », deux antiennes, trois chan-
sons et un Miserere pour voix mixtes, orgue
et quatuor, de Roland de Lassus.
Le lendemain, dimanche, grand concours de
chant d'ensemble.
A 7 heures du soir, sur la Grand' Place, exé-
cution populaire de la cantate de M. Van den
Eeden.
Le lundi 25, seconde journée du concours,
réservée aux divisions d'excellence et d'hon-
neur.
C'est en vue de ce concours que M. J. Van
den Eeden a écrit le double chœur à huit voix
dont nous avons parlé à diverses reprises et inti-
tulé le Rêve.
Le Rêve a paru chez MM. Schott frères,
avec une traduction flamande de M. Antheunis
et une traduction allemande de M. Reymont."
Les mêmes éditeurs ont publié, également
dans les trois langues, le chœur de M. Auguste
Vastersavendts, imposé en division d'excellence,
la Puissance de la musique, description vocale
à quatre parties sur un poème de M. N. Gillet.
Citons encore un chœur à huit parties.
Renouveau, poésie de M. J. De Clève, musique
de M. Ferdinand Hinnens, imposé en division
d'excellence (Bruxelles, J.-B. Katto), et Chan-
son d'amour, chœur pour quatre voix d'hom-
mes, paroles de M. J. De Clève, musique de
M. Désiré Prys (Mons, O. Preumont).
Indépendamment de ces fêtes musicales, il
y aura un cortège aux lumières, une réception
à l'hôtel de ville par le bourgmestre de Mons
et M"ie Sainctelette, un bal populaire, une
exposition horticole et agricole.
Notre correspondant de Montréal nous
apprend que M. Goulet, premier prix de violon
du Conservatoire de Liège, vient de former à
Montréal une association musicale sous le nom
de « Club Schumann «. Le premier concert de
la nouvelle société a eu lieu le 23 mai dernier,
et il a obtenu le plus vif succès. Entre autres
œuvres du maître de Zwickau, M. Goulet a fait
exécuter la Quintette de Schumann, qu'on ne
connaissait guère là-bas. Le violoncelliste du
Club est M.Dubois, un gantois. On voit que
nos compatriotes se signalent là-bas par leur
zèle pour l'art sérieux. Félicitons-les !
514
LE GUIDE MUSICAL
Un journal italien publie l'annonce suivante :
« Il y a à vendre un violon d'Antoine Stradi-
varius, daté de 1727. S'adresser à M. A. Paga-
nini, 14, via Monforte, Milan. «
On annonce que le comte Géza Zichy, inten-
dant de l'Opéra national de Budapest, très
éprouvé par la mort récente de sa femme, a
remis au ministre de l'intérieur sa démission
de cette charge importante.
Une exposition de souvenirs de Liszt s'est
ouverte à Weimar au Liszt-Museum, dans les
premiers jours de juin.
On a réuni là tous les pianos du célèbre vir-
tuose, ses manuscrits originaux, les divers
diplômes qui lui ont été conférés par les uni-
versités, les académies ou les souverains, enfin
les autographes et correspondances d'une foule
de personnages célèbres avec lesquels il était
en relations.
BIBLIOGRAPHIE
On ne saurait trop recommander les six nou-
velles transcriptions par Théodore Dubois des
œuvres des grands maîtres pour grand orgue. Ces
transcriptions, que vient de publier la maison
Durand et fils, faites avec la maîtrise dont est
coutumier le savant professeur au Conservatoire
sont les suivantes : Marche-Gavotte de Josuê, Hasn-
del, — Pi'élude de Loliengrin, R. Wagner, — chœur
de Paulus, Mendelssohn, - Introduction du 3" acte
et Chteur des Pèlerins de Tannkcsuser, de R. Wagner,
— Chœur mystique de Faust, Robert Schumann, —
Psaume, de Marcello.
COMMUNICATIONS
G. S. à Verviers. — Le Conservatoire de mu-
sique d'Anvers porte le titre d'École de musique. Le
gouvernement lui accorde un subside, mais c'est
une institution communale.
Quant au livre de M. Kufferath sur Siegfried, la
première édition étant complètement épuisée, une
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Vient de paraître en édition bon marché
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seconde édition est sous presse et paraîtra sous
peu.
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ÉRARD
BRUXELLES : 4. me Latérale
PARIS : 13, rue du Mail
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
A Paris, M. Ernest Thoinan, de son vrai nom
Ernest Roquet, musicographe et érudit très dis-
tingué à qui l'on doit d'importants travaux d'his-
toire musicale qui élucident des points demeurés
obscurs jusqu'à lui ou rectifient des données
erronées.
Citons ses notices sur Louis Constantin, roi des
violons, sm- les Hoiieterre et les Chefdeville, sur Antoine
de Cousu, sur Michel Coyssard, sur Jean Ockeghem, sur
les Masuel, sur Maugars le violiste, puis son livre sur
les Origines de la chapelle de musique des souverains de
France, et celui qu'il publia avec Albert de Lasalle
sous le titre de la Musique à Paris en 1S62. Plus
tard, M. Thoinan avait publié, en société
avec M. Charles Nuitter, les Origines de V opéra
français. Il avait aussi fourni une nouvelle édition
accompagnée de préface et de notes intéressantes,
du fameux livre d'Arinibal Gantez, {'Entretien des
musiciens, et il avait fait de même pour le Neveu de
Rameau. Enfin, tout récemment, et sortant un peu
de la spécialité qu'il s'était faite jusqu'alors, il
publiait une excellente Histoire de la reliure et des
relieurs français . M. Thoinan avait été l'un des col-
laborateurs de M. Arthur Pougin pour le supplé-
ment à la Bîo^>'(î/'Aî>î()!îwy.s(;&&5 »î!(5î««;;5 de Fétis.
— A Thuin, Hubert Painparé. compositeur et
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
ACADÉMIE NATIONALE DE MUSIQUE
DJELMA
Opéra en trois actes
Poème de G 13: . Xj O lS/£ O 3Sr
MUSIQUE DE
CH. LEFEBVRE
Partition, chant et piano réduite par l'auteur, avec un dessin de DEBAT-PONSAN
PRIX NET : 15 FRANCS
Morceaux de chant séparés — Arrangements divers
516
LE GUIDE MUSICAL
professeur de musique. Ancien professeur de mu-
sique au Collège communal et à l'Ecole moyenne
de Thuin, fondateur de la Société « les Fanfares
thudiniennes », organiste à l'église paroissiale
pendant 27 ans, décoré de la croix civique de
2" classe et de la médaille civique de i'" classe.
Hubert Painparé était le frère aîné de M. Jules
Painparé, inspecteur des musiques de l'armée
belge.
RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Berlin
Opéra-Impérial. — Du 27 mai au 10 juin : Lendemain
de noces, Cavalleria rusticana et Carnaval. Le Frey-
schùtz. I Pagliacci et Carnaval. La Fiancée vendue.
Cavalleria rusticana et le Barbier de Séville. Lohen-
MACKAE et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoraiuas (grande galerie)
Propriétaires des œuvres de Tscbaikowsky, Gottschaik, Pruiient, A.llar4l
des Arclilvos du piauu et de la célèbre lléthoile de piitno A. le Carpeaticr
Seuls dépositaires de l'Ëditiou Cbaruut, spécialement consacrée à la uinslque de violou
SUITE DES ŒUVRES
DE
CHAELES LEFEBVRE
CHŒURS
Les Anges Gardiens, pour deux voix de femmes
avec solo Net i 5o
La Coupe et les Lèvres, pour deux voix de femmes
avec solo de soprano Net 2 »
Espoir, chœur pour voix mixtes avec solo de
soprano Net 2 »
Eslher, pour deux voix de femmes . . . Net i 5o
Isis, pour deux vcix de femmes .... Net i 5o
Salut à l'Harmonie, chœur à quatre voix d'hommes
Net 2 »
N. B. — Pouy ces chœurs, les voix seules se vendent séparé-
ment .
MUSIQUE RELIGIEUSE
Op. 52. Hymne [Prono voluius impetii), pour con-
tralto solo, chœur et orchestre, texte latin et
traduction française de Paul CoLLiN. Net 2 »
Op. 71. Ave Maria 3 »
Op. 78. Slabat Mater, pour soprano (A Madame
Krauss) 6 n
Psaume XXIII, texte latin et imitation française
de J uiLLERAT Net 3 »
MUSIQUE INSTRUMENTALE
Op. 43. Romance pour violon et piano . . . 5 »
Op. 68. Méditation. N" i. Orgue et orchestre
avec conducteur Net 3 »
N" 2. Harmonium et instruments à cordes
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N" 3. Orgue seul, par A. Guilmant. Net 2 »
Op. 72. Deux pièces pour flûte et piano.
N° r . Barcarolle mélancolique .... 6
N' 2. Scherzo g
Le N" I pour violon et piano 6
Op So. Quatuor pour instruments à cordes.
Partition Net 3
Parties séparées Net 6
Op. 82. Cantabile pour viole d'amour ou alto et
piano Net 2 5o
Le même, pour violon et piano. . Net 2 5o
ORCHESTRE
Op . 20 . Prélude choral .
Partition Nei 2
Parties séparées Net 2
Op. 43. Romance.
Partition Net 2
Parties séparées Net 2
Op. 60. Menuet.
Piano conducteur Net 2
Parties séparées Net 2
Op. 65. Une Sérénade.
Partition Net 6
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24 Juin el i" Juillet 18
L'OEUVRE DE
ROLAND DE LASSUS
j'iANDis que Rome et Milan célè-
brent le trois centième anniver-
saire du plus illustre musicien de
l'Italie, Palestrina, Munich en
Bavière et Mons en Belgique commémo-
rent la mémoire du plus illustre des maîtres
de l'école franco-belge du xvi^ siècle : Ro-
land de Lassus.
Etrange destinée ! Ces deux princes élus
du Royaume de l'Harmonie qui avaient
été des rivaux, jaloux l'un de l'autre à l'apo-
gée de leur glorieuse carrière, la mort les
unit la même année dans l'immortalité.
Palestrina succomba le 2 février 1594,
Roland de Lassus le 14 juin de la même
année.
Ils représentaient deux tendances oppo-
sées de l'art à leur époque : Palestrina, la
réaction contre la prédominance de la figu-
Tation contrapuntique dans le chant choral ;
Lassus, au contraire, l'apogée de cet art
unique et inégalé des vieux maîtres flamands
de combiner dans un merveilleux enche-
vêtrement de lignes et d'harmonies les
accents les plus variés de la voix humaine.
A la distance où leurs œuvres capitales
sont aujourd'hui de nous, nous ne percevons
plus exactement la nuance qui les sépjare
l'un de l'autre. Ils nous paraissent deux
maîtres également supérieurs de la période
de la polyphonie vocale. Mais nous voj'ons
plus clairement peut-être le rôle qu'ils
ont joué dans le développement de l'art
musical.
A Palestrina revient l'honneur d'avoir
débarrassé l'harmonie moderne de ses
langes en montrant par ses œuvres qu'in-
dépendamment de la mélodie et du rythme,
les accords, par leur juxtaposition et leur
opposition, constituent par eux-mêmes un
moyen d'expression d'une richesse encore
insoupçonnée. Car jusqu'à lui, la science
de l'harmonie n'existait qu'à l'état embryon-
naire, subordonnée qu'elle était aux règles
de la figuration contrapuntique. Il fut le
révélateur attendu et nécessaire sans lequel,
— combien de temps encore ! — la musique
se fût attardée probablement dans les arti-
fices ingénieux, mais de plus en plus froids
et factices du contrepoint.
Et cependant l'œuvre du Prsenestin,
peut-être en raison de son ascétisme voulu,
semble-t-il plus éloigné de nous que celui de
Roland de Lassus.
Celui-ci nous apparaît comme un artiste
moins profond, sans doute, mais infiniment
plus souple, plus varié, et plus complet
par là-mème, que le maître italien.
Continuateur direct des grands contre-
pointistes franco-néerlandais, il a eu par
son éducation, par l'universalité de son
esprit, par ses rares facultés d'assimilation,
le privilège unique de condenser en quel-
que sorte dans son œuvre tout ce que ses
prédécesseurs et ses contemporains avaient
apporté de personnel et de nouveau dans la
pratique de l'art.
Bien qu'il reste, au fond, fidèle à la tradi-
tion de ses prédécesseurs, qu'il ne rejette
pas, comme Palestrina, les ornements et
les complications du contrepoint, il se meut
avec une habileté consommée dans les
formes infiniment variées des rythmes de la
danse et de la chanson populaires, dé-
daignés par son rival; et dans le travail
524
LE QVIDE MUSICAL
extrêmement compliqué des parties vocales
se répétant en manière de canon, se suivant
en imitation ou se contrariant par des des-
sins opposés, il a su tisser une trame har-
monique incomparablement plus riche que
celle de tous ses contemporains.
Nul d'entre eux n'a possédé plus complète-
ment toutes les ressources de son art et n'a
commandé avec une plus claire et plus sûre
maîtrise aux éléments dont il disposait. Et
c'est ce qui lui a permis de donner des
œuvres marquantes dans tous les genres.
Avec une invraisemblable facilité, selon
l'humeur du jour ou les nécessités de son
service à la Cour du duc Albert de Bavière,
il passait avec la plus incro}'able aisance de
la gravité de l'hymne religieux au style gra-
cieux et léger de la chanson mondaine et
même grivoise. Ce fut à la fois un grand
poète lyrique et un grand poète épique, et
il eût sans doute été un prodigieux poète
dramatique si son époque avait déjà connu
ce genre de musique. Grand dans le style
religieux, il est celui de tous les maîtres
du xvi° siècle chez lequel le caractère na-
tional est le moins sensible. Il n'est ni
italien, ni français, ni flamand à propre-
ment parler; il est universel. Si l'on veut
bien apprécier à quelle hauteur il s'est
élevé, il suffira de lire ses Psaumes de la
Pénitence, dont les belles harmonies expres-
sives, le style singulièi-ement grave et d'une
élévation saisissante, égalent les plus belles
compositions de Palestrina.
Jusqu'ici malheureusement, les œuvres de
Lassus ont été difficilement accessibles et
pour en avoir une idée, il faut faire le voyage
de Munich : visiter la Bibliothèque où se
trouve réunie soit en manuscrits, soit gravée
en de vieilles éditions rarissimes, la collec-
tion presque complète de ses œuvres, ou
aller soit à l'église de Tous les Saints (Aller-
heiligen), soit à l'église de la Cour (Saint-
Michel) entendre aux offices ses mottets et
ses psaumes qu'on 3' exécute encore assez
fréquemment.
Une édition moderne n'a pas jusqu'ici
été publiée. Quelques œuvres séparées
seulement ont paru récemment en entier,
ou par fragments dans les recueils des
Chanteurs de Saint-Gervais. ;
Il est vrai que l'œuvre complet constitue
un bagage considérable : une cinquantaine
d'hymnes rehgieux, 429 chansons sacrées,
i3 Lamentations, 19 Litanies, i?>o Magni-
ficat, I Miserere, 5i Messes, 2 Requiem,
780 Mottets, 2 Passions, 8 Salve Regina,
sans compter une quarantaine de compo-
sitions profanes, chansons latines, dialo-
gues, canzonettes, 371 chansons françaises,
233 madrigaux, — en tout 2.337 pièces de
musique, dont 1,572 religieuses et 765 pro-
fanes !
Il s'est trouvé une maison d'édition qui
ne recule pas devant l'énorme labeur et la
dépense que nécessitera la mise au jour de
cet immense répertoire : MM. Breitkopf et
Hœrtel, de Leipzig, après avoir terminé,
cette année même, l'édition complète de
l'œuvre de Palestrina, annoncent qu'ils
vont entreprendre maintenant la publication
complète de l'œuvre du maître dont Mons
et le Hainaut s'enorgueillissent d'avoir été
le berceau.
La rédaction de cette pubHcation a été
confiée à M. le D^Fr. X.Haberi, direcleur
de l'Ecole de musique rehgieuse de Ratis-
bonne, et à M. le D-- Ad. Sandberger, con-
servateur de la section musicale de la
Bibliothèque roj^ale de Munich, à qui l'on
doit la biographie la plus complète du
maître de Mons. Le travail de préparation
se poursuit déjà depuis de longues années,
en sorte que MM. Breitkopf et Hœrtel
seront à même de faire paraître annuelle-
ment deux volumes, chacun de quarante
feuilles d'impression (160 pages). Les deux
premiers tomes contenant le Magnum opus
musicîim, le plus précieux trésor de motets
qui existe, et les madrigaux à cinq voix,
seront publiés vers le commencement du
mois d'août. L'ouvrage complet formera
soixante volumes environ.
Certes, voilà la vraie manière d'honorer
un tel génie ; mais cette façon de compren-
dre l'hommage honore aussi ceux qui n'y
ménagent ni leurs peines, ni leurs capitaux.
Maurice Kufferath.
En raison de l'abondance des matières, nous nous
voyons obligés, à regret, d'ajourner la suite de l'in-
téressant article de M. Michel Brenet, sur l'Ecole
polytechnique.
LE GUIDE MVSICAL
525
M. THÉODORE REINACH
ET
L'HYMNE A APOLLON
Nouvelle lettre de M. Théodore Reinach.
Nous l'insérons volontiers. Mais, en somme,
elle ne s'adresse pas à nous et elle semble
plutôt destinée à M. Louis Nicole, à Athènes,
auteur de la transcription de l'Hymne à Apol-
lon à laquelle nous avons fait allusion dans
notre dernier numéro. Nous avons dit que
cette transcription ne correspondait pas tout à
fait avec celle que nous devons à M. Théodore
Reinach. Celui-ci croit devoir nous rectifier à
ce propos. Nous n'avons qu'un mot à dire, c'est
que tous les renseignements que nous avons
publiés, au sujet du travail de M. Nicole,
émanent de M. Nicole en personne; ils sont
empruntés textuellement à une lettre parue
dans le Journal de Genève. C'est donc à M. Ni-
cole que nous devons renvoyer M. Théodore
Reinach, tout en le remerciant de l'honneur
qu'il nous fait en se servant de notre Revue
pour vider avec son rival ou son émule la que-
relle savante que suscite son adaptation du pré-
cieux document découvert à Delphes.
Voici la lettre de M. Th. Reinach :
Paris, 17 juin 1894.
Monsieur le Directeur,
Je ne veux pas prolonger la- discussion courtoise
qui s'est élevée entre nous au sujet de VHymue à
Apollon ; ]e vondr-dis toutefois, dans l'intérêt de la
vérité, rectifier encore un renseignement que vous
donnez (p. Soy, au début), touchant la restitution
proposée par M. Nicole, de Genève et d'Athènes.
Vous dites que M. Nicole a donné, « lui aussi »,
une traduction en notation moderne du fragment
de Delphes, et que cette transcription est « con-
forme à celle de M. Reinach pour la ligne mélo-
dique », mais écrite une quarte plus bas. Ce lan-
gage laisserait croire à des lecteurs non initiés que
M. Nicole a opéré sa transcription indépendam-
ment de la mienne et que, par une touchante
coïncidence, elles se sont trouvées d'accord, sauf
le ton. La vérité est que ma transcription a été
communiquée en épreuves à M. Nicole par le
directeur de l'Ecole française d'Athènes, en vue de
l'exécution princeps qu'il se proposait de donner
à l'Ecole. M. Nicole n'a eu qu'à la copier, ce
dont je suis loin de me plaindre;, il trouvait
d'ailleurs dans mon article même (Bulletin de corres-
pondance hellénique, p. 6o3, note 2) l'indication que la
transcription en ut mineur, imprimée au Bulletin,
était purement conventionnelle et que pour l'exé-
cution pratique, le chant devait être transposé une
tierce mineure (non une quarte 1 plus bas. Le travail
original du compositeur de Genève s'est donc
borné 1° à restituer à sa façon les notes qui man-
quaient sur la pierre, 2° à écrire un accompagne-
ment. Il ne m'appartient pas, pour plusieurs
raisons, de critiquer la manière dont M. Nicole a
rempli cette double tâche; mais un fait est certain :
c'est que « les lumières » de M. Homolle n'ont été
pour rien dans la façon... imprévue dont le com-
positeur genevois a découpé le texte musical en
mesures d'inégale durée, ne rentrant dans aucun
système rythmique connu, et dont plusieurs rem-
plissent une ligne entière. M. Homolle, s'il n'est
pas musicien, sait scander les vers grecs.
Recevez, Monsieur, l'assurance de mes senti-
ments de haute distinction.
Théodore Reinach.
Bien que nous n'ayons pas qualité, nous le
répétons, pour répondre à différents points de
cette lettre, M. Th. Reinach voudra bien nous
permettre d'en retenir la fin qui touche à la
question que nous avons soulevée nous-même,
celle de la mesure. Nous ignorons ce que vaut
l'adaptation musicale de M. Nicole, dont
M. Reinach raille si agréablement « les me-
sures d'inégale durée ne rentrant dans aucun
système rythmique connu ». Ce que nous
savons bien, en revanche, c'est que la me-
sure à cinq temps telle que M. Th. Reinach
l'applique à l'Hymne à Apollon et telle qu'il
nous l'a fait entendre, ne rentre dans aucun
système musical connu. On rencontre dans la
musique populaire et de style, ancienne ou
moderne, bien des pièces écrites dans la me-
sure irrationnelle à cinq temps ; mais dans
toutes, cette mesure a un caractère très sensi-
blement différent de celui que M. Reinach lui
donne dans l'Hymne à Apollon. Le rapport
3 : 2 indiqué très justement par Aristoxène
comme la caractéristique du mètre pconique,
n'est pas observé pendant trois mesures de
suite. Tantôt c'est la durée des valeurs musi-
cali^s, tantôt la flexion mélodique, tantôt le
sens et même la contexture des mots qui
viennentdétruire ce rapport et annuler ainsi tout
espèce de sentiment rythmique. Je viens de
relire à plusieurs reprises l'Hymne tel que
M. Th. Reinach l'a publié. C'est une chose
informe quant au rythme et si le « système
connu » dans lequel il rentre était bien réelle-
ment celui des Grecs, il n'y aurait pas lieu de
regretter la perte de tant de chefs-d'œuvre
526
LE GUIDE MUSICAL
musicaux si chaudement décrits par les écri-
vains de l'antiquité. Nous n'aurions rien à y
apprendre.
Heureusement, il y a quelques raisons de
croire que la transcription de M. Reinach n'est
pas la bonne. L'erreur pourrait venir de la
confusion qu'il fait entre notre mesure moderne
et la mesure hellénique qui ne nous est connue
qu'en théorie et non en pratique. Il est vrai que
les divers types de rythmes qui se combinent
dans ce que les Grecs appelaient tantôt un
pied, tantôt une mesure, tantôt un membre,
sont parvenus jusqu'à nous. Nous avons égale-
ment des notions très précises sur la métrique
poétique des Grecs. Mais ce qui nous échappe
jusqu'ici, faute d'exemples notés ou transmis
authentiquement, c'est le rapport exact entre la
métrique et la rythmique. M. Reinach semble
croire qu'il suf&t de savoir scander un vers grec
pour déterminer le rythme de la musique qui
l'accompagne. C'est là une pure illusion. Mé-
trique poétique et rythmique musicale sont
deux sciences ou plutôt deux domaines parfai-
tement distincts quoique voisins. Pas n'est
besoin de remonter jusqu'aux Hellènes pour
en constater les tendances souvent très contra-
dictoires. Dans notre musique moderne, —
qu'il s'agisse de chants populaires ou de chants
d'art, — on peut citer par milliers des pièces
de vers rentrant dans une catégorie prosodique
bien connue et déterminée, dont le musicien,
dans sa rythmisation à lui, contredit obstiné-
ment ou varie au gré de sa fantaisie la consti-
tution métrique. Pour ne citer qu'un exemple,
pris au hasard : l'Hymne à la 'Joie de Schiller,
qui termine la Neuvième Symphonie et qui est
en strophes trocliéiques absolument régulières,
Beethoven le chante tantôt dans un rythme
binaire (au début), sur un quatre-temps très
accentué, tantôt dans un rythme ternaire,
en 6/4. Ainsi, deux types foncièrement diffé-
rents, sont appliqués au même wié/re prosodique
et aux mêmes paroles.
Voilà qui est bien plus étonnant que les me-
sures d'inégale valeur de M. Nicole dont s'effa-
rouchent tant M. Reinach. Et que d'autres
exemples dans le domaine de la chanson popu-
laire : chansons françaises, lieder allemands,
russes, croates, même parmi les chansons
grecques modernes que M. Bourgault-Ducou-
dray a recueillies, on pourrait citer où le
rapport rationnel de la prosodie et de la ryth-
mique musicale est absolument renversé !
Mais il suffît à M. Reinach d'affirmer pour se
croire sur de son fait. Il ne doute pas un instant
des vérités qu'il énonce : relisez sa conférence
qui vient de paraître en différentes versions
dans la Revue de Paris, la Revue d'art dra-.
matique et la Revue des Revues, il vous sera
aisé de vous convaincre de ce que nous avan-
çons. Plus sa thèse est contestable, plus il est
loj mel dans son affirmation.
Malheureusement pour M. Reinach, il n'a
pas affaire seulement à M.Nicole, de Genève et
d'Athènes. Voici que de tous côtés sa transcrip-
tion de l'Hymne à Apollon suscite des contra-
dictions. A Londres et à Berlin, ofi il y a aussi
des hellénistes, et de marque, on la corrige et
même on la démolit de fond en comble.
J'ignore si les professeurs de Vienne s'en sont
déjà occupés. En attendant, nous croyons devoir
signaler la restitution qui vient de paraître à
Berlin, non pas que nous la trouvions meilleure
que celle de M. Reinach, mais parce que sur
certains points elle semble tout au moins plus
conforme à l'idée que nous pouvons nous faire
de la musique grecque d'après les descriptions
et les écrits théoriques des anciens.
Cette nouvelle notation, qui a paru dans
VAllgemeine Mîisikzeitung du i5 juin et qui
émane du D^ H. Reimann, diffère du tout au
tout de la version de M. Reinach.
S'appuyant à la fois sur l'autorité du D'' Os-
car Paul, le traducteur de Bœtius, et sur celle
de Rossbach, le grand métricien de Breslau,
qui fut le collaborateur de VVestphal, M. Rei-
mann conteste à la fois la notation mélodique
et la notation rythmique de la transcription de
M. Reinach. En ce qui concerne le rythme de
l'hymne, il est notamment en désaccord absolu
avec le savant français. M. Reinach donne
comme certain qu'il est écrit dans le rythme
péonique « souvent employé dans certaines
compositions en l'honneur d'Apollon qu'on
appelait péans. » Le D^ Reimann est d'un tout
autre avis. Il déclare que l'hj'mne est dans le
rythme crétique qui était « particulier aux
chants consacrés à Apollon ». Ce rythme est
une dipodie trochéique, dont le dernier pied
(pous) était formé par une longue à trois temps,
qui pourrait s'écrire ainsi :
4 j ;■ j
b
Ce mètre correspond, en somme, à une me
sure deux quatre dont le premier membre for-
merait un triolet :
i J J^ J
♦ V
Comme dans notre musique moderne, une
partie de l'hymne suit exactement le rythme ;
dans d'autres, les rythmes binaires et ternaires
du mètre alternent de façon à donner les
figures rythmiques suivantes :
jo I h I dans la mesure du
"^ • * ■ 6/8 (creticus)
LE GUIDE MUSICAL
527
TH^
dans la mesure du 6/8
i^n
en 6/8 ou
s" } Î^Jl ^" ^/4
0 J é è é en 6,8 ou
mn
Chose intéressante et qui frappe dès le pre-
mier coup d'oeil, avec cette construction ryth-
mique l'hymne donne bien mieux que le rythme
à cinq temps, de M. Reinach,la sensation d'une
marche; et il faut bien admettre qu'il s'agit ici
d'un chant chorique accompagnant une proces-
sion, puisque d'après les indications mêmes du
directeur de la Revue des éludes grecques,
notre hymne était probablement une compo-
'ition recompensée dans les concours des
Sôtéries, toujours accompagnées de proces-
sions.
Or, nous ne voyons pas bien une marche,
nême religieuse, réglée sur un rythme à
inq temps, à moins que ce ne soit une marche
inalogue à celle de la fameuse procession
l'Echternach, où les pèlerins exécutent trois
'las en avant et deux en arrière!
, M. Reimann donne aussi une harmonisation
Dncièrement différente de celle de MM. Th.
ieinach et Gabriel Famé.
Je me borne à signaler ces contradictions
ins les apprécier. Quand les savants hellé-
,istes,qui se disent si siirs de leurs renseigne-
jients sur la rythmique et la mélodie des anciens
13 seront mis (f accord, peut-être pourrons-nous
ous faire une idée approximative de ce qu'était
'irt musical chez les Grecs.
En attendant, et tout en nous laissant
pplaudir à ses persévérantes recherches, que
[. Reinach nous permette de ne point par-
■ iger son enthousiasme prématuré et de rester
:eptiqueen face de ses affirmations peut-être
isardées quant à la supériorité d'un art qui
ous est presque totalement inconnu et qu'on
1^ tant de peine à reconstituer.
M. KUFFERATH.
TRISTAN ET ISEULT
A LIEGE
C'est un grand et honorable succès pour M. Syl-
vain Dupuis que cette exécution intégrale des
deux premiers actes de l'œuvre la plus intense et
la plus mystique de Wagner. C'est le couronne-
ment d'une longue et persévérante campagne,
d'un travail incessant d'initiation et d'éducaHon
aitistiques : éducation d'un orchestre, initiation
d'un public.
C'est un triomphe que cette interprétation des
deux actes de Tris/an, au concert du 14 juin
dernier, malgré quelques imperfections et bien
qu'il soit strictement possible de réaliser plus
adéquatement encore l'idéal du poète-musicien.
M. Sylvain Dupuis est, on peut le dire, le créateur
de l'œuvre wagnèrien à Liège.
L'orchestre, bien qu'il n'ait eu qu'un petit
nombre de répétitions, est en progrès depuis l'exé-
cution du premier acte, qui a eu lieu le 7 mai de
l'an passé. Les violoncelles et basses restent
faibles et certains cuivres indécis : force nous est
de signaler une fois de plus cette imperfection per-
sistante; mais dans l'ensemble il serait difficile
d'entendre une interprétation meilleure que celle
donnée du Prélude, cette page admirable, la plus
passionnée qui soit au monde. Toute la trame
symphonique, ce tissu merveilleux où les phrases
chantées s'entrelacent comme des fils d'or, a été
soutenue par l'orchestre, pendant ces deux terribles
actes, avec une vigueur et en même temps une
clarté parfaites. M. Dupuis a compris à merveille
le rôle wagnèrien de l'orchestre, que certains
s'obstinent à traiter comme un accompagnement.
Quelle vivacité et quel charme l'intelligent chef
d'orchestre a su donner, par exemple, au récit de
Kurwenal, dans la quatrième scène du premier
acte, quand l'écuyer annonce à Iseult l'arrivée au
port et que l'orchestre enlace à cette héroïque et
fière barcaroUe qui symbolise la marche du vais-
seau, les traits agiles où l'on entend sifHer le vent
dans les cordages et palpiter les oriflammes des
mâts !
Mais l'orchestre avait à soutenir un chanteur
dont il lui fallait se rendre digne : Ernest Van
Dyck, le Tristan idéal, comme il est le Lohengrin
type, comme il est l'incarnation absolue de tous
les héros où le rêve surnaturel de Richard Wag-
ner a réalisé quelqu'une de ses déterminations
symboliques.
N'est-il pas étrange que l'on ait entendu, ce
dimanche, Ernest Van Dyck, un Belge, chanter en
Belgique deux actes entiers de Wagner pour la
première fois?
L'admirable interprète! Dès les premiers mots,
dès ces quelques paroles par lesquelles il répond,
en tressaillant, à Kurwenal qui l'avertit du
528
LE GUIDE MUSICAL
message que Brangaene lui apporte de la part
d'Iseult enfermée dans sa cabine, l'auditoire est
subjugué; il entre dans le drame; ce n'est plus à
un chanteur qu'il a affaire, c'est au héros lui-même ;
c'est Tristan qui est là. Et n'est-ce pas une chose
prodigieuse que l'art de la diction, de l'intonation
et du geste d'un homme puisse créer une illusion
si puissante, qu'elle remplace l'illusion de la scène
et qu'elle fasse disparaître tout ce qui avertit de la
réalité, les yeux du spectateur? On com.prend alors
le nom de créateur appliqué à l'artiste interprète !
C'est la diction surtout qui est admirable chez
Van Dyck. Je me suis placé intentionnellement à
l'une des places les plus éloignées et les plus défa-
vorables; malgré cela, les moindres syllabes
m'arrivaient non seulement avec clarté, mais avec
leur intonation propre, leur accent, leur expres-
sion, la nuance que leur impose le sentiment que
doit exprimer tel mot ou telle phrase. Et le geste,
et l'attitude, aussi expressifs que le chant et que
les paroles! Quel créateur Van Dyck ne doit-il
pas être au théâtre! C'est une scène inoubliable,
quaiid on l'a vue représenter par lui, même en un
simple concert, que la scène qui suit celle où
Tristan et Iseult boivent le philtre ; la manière
dont le grand chanteur dit cette phrase : « Qui
donc parlait d'honneur, de gloire? «, phrase qui
exprime toute la fatalité du philtre, vous fait fris-
sonner jusqu'à l'âme.
L'écrasant duo du deuxième acte a été le
triomphe de Van Dyck. Pas un instant l'attention
haletante de l'auditoire n'a faibli; pas un instant
cette scène unique n'a cessé de déborder de
passion et de vie, dans la réalisation qu'en
donnaient les deux vaillants partenaires; car
M''' Gabrieile Lejeune était une Iseult peu en
dessous d'un tel Tristan. Elle a la compréhension
parfaite de son personnage, et sa diction n'a
d'autre défaut que d'être parfois un peu précipitée.
M. Gilibert a fait un excellent Kurwenal, un peu
froid peut-être, sauf dans sa ballade de Morold et
dans son récit de l'arrivée du vaisseau, où il est
parfait. Il est très bon encore dans le rôle du roi
Marke ; il a fort bien exprimé la douleur profonde
et royalement indignée du vieux prince devant la
trahison de Tristan,
M™" Fik-'Wéry a particulièrement bien rendu
les supplications de Brangaene, au début de la
scène nocturne du deuxième acte, quand elle
adjure Iseult de ne pas donner le signal qui doit
amener Tristan.
M. Goffoel a bien chanté la chanson du matelot
et le rôle de Mélot, le traître.
Les choristes étaient de la Légia, c'est assez
dire.
La salle était comble. L'enthousiasme s'est
rarement élevé à un degré pareil à celui qu'il attei-
gnit après le duo du deuxième acte.
L'art wagnérien a définitivement conquis le
terrain artistique à Liège. La persévérance et
l'esprit artistique de M. Sylvain Dupuis y ont
contribué pour la plus grande part. J. M.
dfestival be l'association universelle
ôes musiciens à Meimar
Weimar, i5 juin.
Ce sont les représentations théâtrales qui ont
formé l'attrait principal de cette réunion. Elle
devait avoir lieu à Nuremberg; mais comme le
comité exécutif de cette ville voulait à tout prix
introduire au programme la Création de Haj-dn et
le Paalus de Mendelssohn, il n'a pas pu s'entendre
avec la direction de l'AUgemeine Deutsche Musik-
verein qui ne fait exécuter en général que des
ouvrages de l'école moderne. On a exécuté, au
Théâtre-Grand-Ducal de 'Weimar, Gtiniram de Ri-
chard Strauss, Fahtaff de Verdi et Hœiisel und
Gretcl de Humperdinck. Le drame lyrique de
Strauss est une œuvre très compliquée, très
fouillée; il est difficile d'exprimer une opinion'
après une seule et unique audition. En somme,
GuuU'am me semble être une création très intéres-
sante, de couleur wagnérienne, mais d'une diffi-
culté extrême autant pour l'orchestre que pour les
chanteurs, qui ont à exécuter des sauts d'inter-
valles nécessitant des études vocales toutes spé-
ciales. Si l'on organisait un concours de difficultés
vocales, Richard Strauss serait certain d'obtenir
le premier prix à l'unanimité.
L'opéra de Hiunperdinck est un ouvrage char-
mant, trahissant la main du maître d'un bout à
l'autre, et qui charme et séduit dès la première
audition. La partition a fait déjà le tour de l'Alle-
magne e1 ferait sans doute aussi le tour de
l'Europe, si le poème, un conte populaire alle-
mand, n'était pas d'une naïveté trop germanique
pour pouvoir intéresser un public étranger.
Le Fahtaff de Verdi, cette comédie lyrique si
spirituelle du vieux maître italien, donnée sous la
direction de Lussen, a obtenu un succès éclatant.
A l'exception de l'oratorio Christus do Liszt, les
nombreux concerts ne nous ont fait connaître que
peu de morceaux de valeur. Comme ouvrages
symphoniques, il y avait, entre autres, une sym-
phonie, Tilan,de Mahler, d'une longueur désespé-
rante, dirigée par l'auteur et qui n'a pas réussi; un
concerto pour violoncelle de Rubinstein, joué par i
M. Klengel,et un concerto pour piano, de Staven- i
hagen, joué par l'auteur, deux compositions d'un
ordre tout à fait secondaire. Les séances de mu-
sique de chambre ont offert plus d'intérêt. Ce sont
surtout un quatuor en ré bémol majeur de Sgam-
bati et un quintette du compositeur Scandinave
Sinding qui méritent d'être cités en première
ligne. Un quatuor de Klughardt et un quintette de
Max Puchot ont droit à une mention honorable.
Comme compositions vocales, il y a tout d'abord
une suite de Lùder de Cornélius, de vraies perles,
chantés par M"" Berg de Nuremberg ; des Lieder
de Brahms, Liszt et Sucher, chantés par M™s Rosa
Sucher; une scène dramatique, Saplto, de Volk-
LE GUIDE MUSICAL
529
mann ; des Lieder de Lessman et de Groningen (un
dilettante néerlandais), chantés dans la perfection
par une jeune artiste danoise, M"° Petersen, de
Copenhague, une révélation pour les concerts. On
a d'autant plus regrette que les mélodies qu'elle
avait à dire fussent d'une nullité absolue comme
composition.
L'exécution de l'oratorio de Liszt, sous la direc-
tion de M. MuUer Hartung, dans la Stadtkirche,
avec le concours de M'""'' Stavenhagen et Walther,
MM. Dierich et von Milde, n'a pas dépassé la
médiocrité. Comme impression générale, nous
avons le regret de constater que depuis la mort
de l'éminent professeur Riedel, les festivals de
l'AUgemeine Deutsche Musikverein n'ont plus la
même importance et n'excitent plus le même
intérêt. H. D. E.
FESTIVAL
de la
SOCIÉTÉ POUR L'
DE L'ART MUS1C.4L
A UTRECHT, LES 8, 9 BT 10 JUIN
Sous la direction de M. RICHARD HOL
Utrecht, i5 juin.
Ce festival en trois journées avait un attrait tout
exceptionnel, surtout par la première exécution de
deux ouvrages nouveaux, qu'on n'avait pas encore
entendus dans les Pays-Bas : des fragments de
Moïse, opéra biblique de Rubinstein, et les Béati-
tudes de César Franck. Ces deux œuvres avaient
excité également le plus vif intérêt. Le Moïse
de Rubinstein se compose de huit tableaux
bibliques, et pour l'exécution de l'ouvrage entier
il faudrait au moins trois concerts. On a choisi le
premier et le quatrième tableau. Le premier a
pour sujet le dépôt au bord du Nil de l'enfant des-
tiné à devenir le sauveur du peuple d'Israël.
Comme personnages figurent, avec la sœur et la
mère de Moïse, la fille de Pharaon, Asnath, qui,
en venant se reposer aux bords du fleuve argenté,
accompagnée de sa suite nombreuse, y découvre
l'enfant trouvé et l'adopte. C'est ime idylle orien-
tale écrite presque entièrement pour voix de
femmes et orchestre. Le quatrième tableau est
d'un caractère tout différent et dépeint les diffé-
rentes plaies d'Egypte. Pharaon, sa fille Asnath
et Moïse sont les principaux personnages de
l'action dramatique, et autour d'eux se groupent
les chœurs formés par la suite de Pharaon, par les
prêtres et les prêtresses d'Osiris et par le peuple
égyptien. Un prologue instrumental et sympho-
nique caractérise musicalement quelques plaies
d'Egypte, telles que la transformation de l'eau en
sang, les giboulées de grêle, les sauterelles. Un
Leitmotiv dépeint les ténèbres et fait agir Pharaon
avec Asnath et les prêtres d'Osiris. En vain on
supplie Osiris de faire cesser les ténèbres ; la
lumière ne paraît que quand Moïse a obtenu de
Pharaon la promesse de délivrer Israël; alors la
splendeur, la clarté du soleil forme une apothéose
chorale. Mais Pharaon ne veut pas accorder la
délivrance, et ce n'est que quand ses armées et
celles des Egyptiens ont été battues et dispersées
que Moïse peut rendre la liberté à son peuple.
Quant aux Béatitudes, je n'ai pas à vous esquisser
cette partition, les ouvrages de César Franck étant
suffisamment connus en Belgique; je tiens seule-
ment à constater que c'est une œuvre fort intéres-
sante, écrite et orchestrée de main de maître, mais
empreinte d'une couleur fort monotone et péchant
par de nombreuses longueurs. Le style musical de
Franck est lénitif, un peu gris et terne, mais c'est
le style d'un artiste qui est un penseur. L'exécu-
tion de cet ouvrage difficile a été fort estimable.
Certes, il y a eu des intermittences de médiocrité,
mais, comme impression générale, il n'y a que des
éloges à décerner à M. Richard Hol, qui s'est supé-
rieurement acquitté de sa tâche et qui a été
acclamé à la fin du concert. Les soli étaient
chantés par M"™ Uzielli, de Francfort, Charlotte
Hahn, de Cologne, M"» Betsy HqI, fille du direc-
teur, par votre compatriote M. Demest, par la
basse M. Sistermans, un Néerlandais germanisé
habitant Francfort, et M. Orelio, de l'Opéra-Néer-
landais; ce sont surtout M""* Uzielli (qui prononce
convenablement le français) et M. Demest qui se
sont distingués. M"" Hahn est une chanteuse rou-
tinée, mais sa voix a de la dureté et la justesse
n'est pas toujours irréprochable. M. Sistermans
est un artiste de grand talent, mais qui abuse,
hélas! du chevrotement. M"" Hol était absolu-
ment insuffisante. Les chœurs se composaient de
124 soprani, ii5 contralti, 48 ténors (nombre de
beaucoup trop insuffisant) et 65 basses. L'orchestre
comptait 28 violons, 10 altos, 10 violoncelles,
8 basses, 4 cors, 4 trompettes, 3 trombones,
3 flûtes, 2 clarinettes, hautbois, bassons, harpes, etc.
Le nombreux auditoire, je le répète, a fait un
accueil très S5'mpathique à l'ouvrage du maître
franco-belge.
Le programme du second jour se composait de
la Neuvième Sj'mphonie de Beethoven et des deux
tableaux de Moïse de Rubinstein, et c'est M. Franz
Naval, de Francfort, qui remplaçait M. Demest
comme ténor, et lui était de beaucoup inférieur.
Nous ne comprenons pas comment M. Hol et le
comité du Toouknnst aient pu choisir un ouvrage
aussi insignifiant et d'une pareille nullité. On a de
la peine à croire que ces pages, où l'originalité et
l'intérêt font absolument défaut, soient de la main
du grand pianiste. Par-ci, par là, on reconnaît
encore la grifi^e du lion, mais ces moments sont
rares, et si ces deux tableaux sont les meilleurs de
l'œuvre, comme on l'aflSrme, on se demande ce que
doivent être les six autres. Ni la réputation de
Rubinstein, ni l'art musical n'auraient beaucoup
530
LE GUIDE MUSICAL
perdu s'il avait étouffé ce Moïse dans son berceau.
L'exécution a été excellente sous tous les /ap-
ports, mais n'a pas pu sauver l'ouvrage, et il a fallu
la Neuvième pour ranimer l'attention du public,
bien que l'exécution de cette oeuvre gigantesque
n'ait pas toujours été irréprochable.
Le troisième jour du festival nous a donné le
traditionnel concert de solistes devant une salle
bondée, où le chœur n'avait à remplir qu'un rôle
secondaire pour l'inlerprétation du Loigesang de
Mendelssohn et la répétition d'un chœur de 'Moïse
de Rubinstein. Le succès de ce concert revient à
M"« Uzielli et Hahn, MM. Naval et Sistermans (le
quatuor vocal du Conservatoire de Francfort), qui
ont chanté dans la perfection les Zigeimerlieder de
Schumann, et deux quatuors du père Haydn.
Succès d'enthousiasme; si l'on avait osé, on
aurait bissé tous les quatuors. Les chanteurs ont
été supérieurement accompagnés par M. Mengel-
berg, un Néerlandais actuellement Musikdirector
à Lucerne, pianiste de talent, qui a joué aussi
un concerto de Liszt et la dernière partie de la
Fantaisie op. 17 de Schumann. M"'= Betsy Hol a
chanté des Lieder de Schumann, de son père et de
de M. Van Riemsdyk, et elle s'en est acquittée
mieux que les deux premiers jours. M. Orelio s'est
fait applaudir en nous faisant entendre des mélo-
dies de Peter Benoit (Tzc/e^ Kerelen),Ae Huberti f/l/êi-
lied], de Richard Hol et de Mann, et ce sont sur-
tout les Lieder de Benoit et de Huberti qui ont été
chaudement accueillis. ït faut rendre un hom-
mage sincère à Richard Hol qui, malgré son âge
(il a près de soixante-dix ans), a fait preuve d'un
éclectisme rare à son âge dans la composition
du programme de ce festival. Rester jeune,
marcher avec son siècle, ce sont des faits à noter
dans les annales des septuagénaires. Si je n'ai
jamais eu une bien grande sympathie pour Hol
comme compositeur, je suis d'autant plus heureux
d'accuser ma plus sincère sympathie pour cet
excellentissime musicien comme chef d'orchestre.
C'est un Musihdirectoi' de premier ordre, à rendre
jaloux bien des collègues jeunes. Néerlandais et
étrangers.
Intérim,
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
Grand solennité donnée au Trocadéro, le
mardi 12 juin, renouvelée par invitations le
jeudi 14, en l'honneur de Charles Gounod, par
la Société des « Grandes auditions musicales
de France » (i). Est-ce un réel service rendu
au maître d'exhumer certaines pages qui
pourraient, sans regrets, être reléguées dans les
bibliothèques? Puis, l'œuvre de Gounod con-
vient plutôt au théàt'.e qu'au concert. Ces
réserves faites, constatons le succès obtenu par
ces auditions, dues à l'initiative de la comtesse
Greffùlhe ; par les interprètes, M™"='^ Krauss,
Deschamps-Jehin, Bréval, Lola-Beeth, MM.
Clément, Lafargue, Auguez ; et aussi par
M. Jéhin qui a fort bien dirigé l'orchestre.
M"<=Bartet, de la Comédie-Française, alu une
pièce de vers composée pour la circonstance
par J. Barbier, et a couronné le buste du com-
positeur au milieu des applaudissements de la
salle.
Voici la lettre qu'avait adressée avant le con-
(i) Constatons avec regret que cette Société a absolu-
ment omis de convoquer les rédacteurs du Guide Musical,
,cert du 12, M^i^ Gounod aux membres du
comité des Grandes auditions musicales :
Messieurs,
De concert avec M™" la comtesse Greffiilhe et
les dames patronnesses du comité, vous avez bien
voulu prendre l'initiative d'une exécution solen-
nelle de plusieurs œuvres de M. Charles Goimod.
Vous y avez apporté un zèle et un dévouement
également précieux et rares.
iVIM. les directeurs de l'Opéra et de l'Opéra-
Comique ont facilité votre tâche avec un empres-
sement où j'ai reconnu la marque de vieilles et
solides affections.
Le concours d'artistes éminents et d'un chef
d'orchestre consomme assure le succès de vos 5
efforts.
Je ne puis attendre que les suffrages du public c
les aient récompensés pour exprimer les senti-
ments de gratitude qu'ils m'inspirent.
Je tiens à vous remercier particulièrement de la
délicate pensée qui vous a faitinscriie dans votre
programme un acte de ce Polyeucte que M. Gounod
considérait comme un de ses meilleurs ouvrages,
ainsi que la composition intitulée Repentir, qui
date des derniers temps de sa vie et dont il a
rédigé lui-même les paroles.
L'hommage que vous vous préparez à lui rendre
sera digne de vous. Sa famille et st;s amis en sont
profondément touchés.
LE GUIDE MUSICAL
531
Il m'appartient d'être leur interprète et vous
me permettrez de m'acquitter de ce devoir avec
émotion et reconnaissance. Anna Gounod.
Une simple et courte réflexion : Charles
Gounod était libre de considérer Polyeucte
comme un de ses meilleurs ouvrages. Le public
n'a jamais ratifié ce jugement et Polyeucte n'a.
pu atteindre à l'Opéra les succès de Faîist et
de Roméo et Juliette.
f
A la séance d'ouverture du congrès interna-
tional de Paris pour le rétablissement des jeux
olympiques, qui a eu lieu le i6 juin dans le
grand amphithéâtre de la Sorbonne, l'Hymne
à Apollon a été exécuté pour la première fois
avec chœurs. Cette interprétation, confiée à
des voix de femmes, a paru préférable à celles
qui avaient été données jusqu'ici avec le con-
cours d'une seule voix de femme. Dans un
nouveau commentaire sur Y Hymne à Apollon,
M . Théodore Reinach a cru devoir faire allusion
avec un peu d'aigreur aux critiques qui ont été
formulées sur la reconstitution de cette page de
la musique grecque. Il ne devrait voir dans ces
critiques que l'intérêt suscité par son savant
travail et le désir de lui signaler les points qui
peuvent être sujets à contestation, afin qu'il en
tire profit, s'il y a lieu. Il serait intéressant de
pouvoir comparer à la version que nous avons
entendue jusqu'ici celle de M. Nicole, le savant
musicien suisse établi à Athènes.
Dans la même séance, après un brillant
discours de M. de Courcel, M. Jean Aicard,
avec cette parole vivante qui lui est coutumière,
a fait une Causerie pleine de poésie et de verve,
qui a soulevé les applaudissements de la salle
entière.
*!•
M. Vincent d'Indy vient de faire entendre à
ses intimes, chez M. de la Sizeranne, le drame
auquel il travaille depuis plusieurs années et
dont il a composé le poème et la musique. Ce
drame a pour titre Fcrviuil et l'action se passe
dans les Cévennes en des temps reculés. On
retrouve dans cette œuvre légendaire, très
mouvementée, toutes les qualités et les audaces
du musicien qui, enthousiasmé des composi-
tions de Berlioz et de Richard Wagner, tend
à suivre leurs traces. Nous espérons que
M. Vincent d'Indy fera exécuter Fervaal en
petit comité avec les interprètes des divers
personnages du drame.
Les œuvres qui ont obtenu le plus de succès
au concert donné le 24 mai par la Société Gui-
lot deSainbris, sont la A^i:7//yï7e(première partie)
de Henri Maréchal et le Veni Creator de Léon
Boellmann. Par suite d'une omission regret-
table, l'œuvre de Maréchal n'a pas été signalée
dans le rendu compte du concert, paru dans
notre numéro précédent.
i"
Intéressante séance donnée le 8 juin à la
petite salle Pleyel, Wolff et C'<= par M'''^ Mary
Page. On y a entendu plusieurs compositions
de Grieg, P. de Wailly, Widor, Massenet,
H. Eymieu, B. Godard, David Popper, Levadé,
Mégier et Chapuis. Parmi les interprètes, on
peut citer M. René Cascade qui a exécuté avec
beaucoup de talent et de puissance de son, sur
le violoncelle, la berceuse de Jocelyn et les
Papillons de Popper. Les mélodies de Widor
et de Paul de Wailly ont été fort goûtées. La
Suite pittoresque pour piano de M. H. Eymieu,
divisée en plusieurs parties de courtes dimen-
sions, a fait plaisir.
Un oncours est ouvert par la ville de Paris
entre 'ous les musiciens français pour la composi-
tion d'une œuvre musicale qui, aux termes du pro-
gramme, doit être de haut style et de grandes pro-
portions, avec soli, chœur et orchestre, la forme
symphonique et la forme dramatique étant égale-
ment admises. Les concurrents sont libres de
faire composer ou de composer eu.K-mêmes leurs
poèmes. Sont exclus du concours les œuvres déjà
exécutées ou celles présentant un caractère litur-
gique. Les manuscrits devront être déposés du
/'■■■ au iS mars iSg6, de midi à quatre heures du soir,
à l'hôtel de ville, bureau des Beaux-Arts, où les
artistes désirant prendre part au concours trouve-
ront, dès à présent, le programme.
Les concurrents admis à l'épreuve définitive du
graird prix de composition musicale, viennent de
terminer leurs vingt cinq jours de loge.
Les œuvres des jeunes musiciens seront exécu-
tées dans l'ordre suivant :
I" M. Rabaud; 3» M. Levadé; 3" M. d'Olonne;
4'' M. Mouquet; 5" M. Létorey.
C'est au Conservatoire, le vendredi 22 juin, qu'a
eu lieu le jugement préparatoire; et à l'Institut,
le 23, le jugement définitif.
BRUXELLES
Le petit monde du Conservatoire est en
ébuUition. Voici l'heure des concours. Que de
passions s'allument, que de petites jalousies et
532
LE GUIDE MUSICAL
de grandes rancunes se préparent ! L'impartiale
critique ne peut que noter le succès des uns,
l'échec des autres, creusant plus profondément
ici la plaie, gonflant ailleurs l'orgueil exubé-
rant de la jeunesse conquérante.
Selon la tradition les concours se sont ouverts
par une audition de la classe d'ensemble vocal
(professeurs : MM. Bauwens et L. Soubre), de
la classe préparatoire de chant choral (profes-
seur : M. L. Jouret), et des classes d'ensemble
instrumental (professeuis : MM. Colyns, Agniez
et L. Van Dam). Très joli concert, où l'on a pu
se délecter à l'audition de motets à voix mixtes,
et de chœurs pour voix de femmes de Pales-
trina (Adorenms te Christe, Vigilate et
orate, Destnixit), de beaux chœurs pour voix
d'hommes de Handl (In uomine Jesit) et de
Haller (Non vobis Domine) et enfin les noëls
anciens si finement harmonisés par M. F. -A.
Gevaert.
Au milieu de ces pièces sévères ou naïves
des écoles d'autrefois, s'était glissée une œuvre
ultra moderne, Pâle étoile dîi soir, chœur pour
trois voix de femme (solo par M^''^ R. Charton),
musique de Franz Servais, sur le beau poème
de Musret. On avait déjà entendu et applaudi au
Cercle artistique, naguère, en un concert donné
par l'auteur, cette pièce remarquable, d'un très
beau sentiment poétique et d'une sensibilité
harmonique très intéressante. On lui a trouvé
le même charme distingué et profond, tout en-
semble, en cette nouvelle audition au Conser-
vatoire.
Le grand chœur de Judas Macchabée : « O
Roi des cieux » , terminait la partie chorale de ce
concert d'ouverture, dont la deuxième partie
a été consacrée tout entière aux classes d'en-
semble instrumental. Symphonie en ut majeur
de Mozart ; suite de danses villageoises extraites
de divers opéras de Grétry. Musique facile à
entendre, mais d'une exécution très épineuse.
En ces partitions où domine le quatuor, agré-
menté par ci par là d'un soupir des bois, ou
rehaussé de quelque fanfare bon enfant, toute
tricherie est impossible. Il faut payer comp-
tant, et les violons ne sont pas toujours sur
un lit de roses, obligés qu'ils sont de détailler
des traits d'école, et les grosses voix de l'or-
chestre n'étant pas là pour noyer, dans les flots
d'une sonorité qui emporte tout, les inadver-
tances du doigté ou les défaillances de l'archet.
Les concours d'instruments à vent ont com-
mencé lundi, et ils ont été marqués par deux
particularités intéressantes. Le concours, d'ail-
leurs très brillant, de la classe de trombone s'est
terminé par une audition de la classe d'en-
semble pour instruments à embouchure, créée
il y a quelques mois dans le but de familiariser
les élèves avec Temploi des instruments nou-
veaux introduits à l'orchestre par Wagner
(Tuben, petite trompette en ré aigu, etc.) Sous
la direction de M. Seha, professeur de la classe,
les élèves ont exécuté trois morceaux : le thème
du Walhalla du Rheingold, une fantaisie de
M. Gilson, soigneusement et artistement dispo-
sée pour obtenir des instruments tous les effets
de timbre dont ils sont susceptibles et enfin
un seller zo tourmenté de M. L. Van Dam.
L'effet d'ensemble a été excellent, et il faut
féliciter M. Seha du résultat obtenu en si peu
de temps.
L'autre particularité à signaler est l'audition
de la famille complète des clarinettes par les
seize élèves de la classe de M. Poncelet, aux-
quels s'était joint M. Kiihn, la clarinette basse
du Théâtre de la Monnaie, ancien élève de
l'excellent maître. Rien de plus curieux et de
plus saisissant en même temps que cet orchestre
complet d'anches, comprenant la petite clari-
nette en mi bémol, la clarinette ordinaire
en si bémol, basset horn en fa, les clarinettes
altos en mi bémol, les clarinettes basses en
si bémol, la clarinette basse en fa grave et,
enfin, la clarinette-pédale, récemment con-
struite par M. Besson et ayant toute l'étendue
de la contrebasse à cinq cordes. Cela fait une
échelle de six octaves complètes. On imagine
difficilement les effets nouveaux et inattendus
de sonorités que produit un pareil orchestre.
Les élèves de M. Poncelet ont joué, — et par
cœur, s'il vous plaît, — la XIV^ Rhapsodie
de Liszt, arrangée par leur maître et très habi-
lement, pour cet orchestre spécial. Les sono-
rités tantôt mordantes, tantôt graves et velou-
tées, de cet ensemble instrumental offrent
d'inappréciables ressources nouvelles aux sym-
phonistes de l'avenir. Elles ajoutent une cou-
leur nouvelle à la palette déjà si riche des
virtuoses de l'orchestration. Si l'on peut com-
parer les couleurs aux sons, on pourrait dire
que cet orchestre complet d'anches, opposé aux
enivres, représente le rapport des bleus et des
violets profonds aux jaunes et aux rouges
intenses. C'est la première fois, croyons-nous,
qu'un orchestre pareil se fait entendre en
Europe, et ce sera le très réel et très artistique
mérite de M. Poncelet d'avoir eu l'idée de ce
groupement qui n'avait pas été essayé avant
lui. Déjà, l'année dernière, M. Poncelet nous
avait offert une audition de ce genre ; mais, cette
année, elle s'est trouvée plus complète et abso-
lument décisive par l'adjonction de la clarinette
LE GUIDE MUSICAL
538
pédale, qui manquait encore comme fondement
à l'édifice sonore. Le public a fait une ovation
enthousiaste aux exécutants et à leur professeur.
Voici maintenant les distinctions qui ont été
décernées dans les différentes classes dont les
concours sont terminés.
Saxophone (professeur M. Beeckman). — Deux
concurrents : i"'' prix, M. De Schuyter; 2" prix,
M. Lehert.
Co)' (professeur M. Merck). — Sept concurrents :
i" prix, M. Servais; rappel avec distinction du
a" prix, M. Escuré; 3'', M. Sodoyen et Grégoire;
!"■ accessit, MM. Delhaye et Heynen.
Trompette (professeur M. Goeyens). — 'Six con-
currents : l'T prix, M. Baeyens; 2", avec distinc-
tion, M. Delcourt; 2" prix, M. Vanden Eyden ;
I"''' accessit, MM. Debie, Mechelinck et Hulet.
Trombone (professeur M Se.ha). — Cinq concur-
rents : i" prix avec distinction. M. Detiège ;
l'r prix, M. Mottry; 2' prix, MM. Junion et De
Keyser; i''' accessit, M. Dewolf
Basson (professeur M. Neumans\ - Trois con-
currents : !""■ prix, M. Rifflard; i^'' accessit MM.
Erculisse et Trinconi.
Clarinette (professeur M. PonceletK — Seize con-
cuirents : i"' prix avec distinction, MM. Lardinois,
Lemaire, Duby ; i^' prix, M. Sohy; 2" prix, MM.
Van Praet, Michotte, Keynen, Neuret, Dufrasne,
Masuve ; i'''" accessit, MM. Frédéric, Bagei^rt.
Schenis, Daue, Dujardin, Névraumont
Hautbois (professeur M. Guidé). — Cinq concur-
rents : i>"prix, MM. Bur}', Nachtergaele; 2'' prix,
M. Vranckx; i'"'' accessit. M. Hernette
Flûte (professeur M Anthoni). - Sept concur
rents : i"'"' prix avec distinction, M. Sise; i*'"' prix,
M. Scheers; 2" prix avec distinction, MM. Vinck,
Loots, Boschmans, Berg; 2' prix, M. Van Onac-
ker.
Les concours continueront la semaine pro-
chaine et pendant la première quinzaine de
juillet dans l'ordre suivant :
, Musique de chambre avec piano.
Orgue
Piano (demoiselles). Pri.\ Lame Van
Cutsem .
Piano (hommes)
? Violon.
Harpe.
10 h , Chant théâtral (hommes).
2 h., Chant théâtral (demoiselles). Duos
de chambre.
Vend. i3 » 3 h., Tragédie et comédie.
Deux nouveaux cours viennent d'être insti-
tués au Conservatoire royal : un cours de
diction dont Mme Neury-Mahieu a été nommée
professeur; et un cours de lecture musicale.
Lundi 25
uin, 9 h
Merc. 27
» 3 h
Vend. 29
.> 2 h
Same, 3o
« 2 h
Lundi 2 j
ud. 8 h.
2 h
Mardi 3
« g h.
2 h.
Merc 4
» 3 h
Vend 6
•> 10 h
C'est M. E. Lapon qui est chargé de diriger
cette dernière classe, dont l'utilité pratique est
indéniable. Lire la musique, ce n'est pas seule-
ment déchiffrer avec aisance la partie mélo-
dique d'un morceau ou un accompagnement
de piano, c'est encore et surtout posséder le
don visuel d'embrasser d'un regard simultané
les nombreuses portées qui composent une par-
tition instrumentale, depuis les quatre portées
du simple quatuor jusqu'aux vingt ou trente
portées d'une partition wagnérienne. On ima-
gine aisément que cela ne s'apprend pas tout
seul et qu'il faut à la fois une pratique continue
et une faculté d'analyse très rapide que possè-
dent de très rares musiciens.
Il s'agit, d'autre part, d'initier les élèves des
classes instrumentales à l'exécution des parties
qu'ils peuvent avoir à exécuter dans un
orchestre, dans les œuvres qu'ils n'ont pas eu
l'occasion de parcourir au cours de leurs
études : par exemple, les partitions de Mozart,
Gluck, Beethoven, Meyerbeer, Wagner, Schu-
mann, Liszt, Mendelssohn. M. Lapon, qui est
un chef d'orchestre exercé, aura pour mission
spéciale de leur faire lire et exécuter ces parti-
tions, de façon qu'ils soient en mesure, dès leur
sortie du Conservatoire, de faire convenable-
ment leur partie dans un orchestre de sym-
phonie ou un orchestre de théâtre.
M. E. Lapon pourra rendre, dans ses nou-
velles fonctions, de très précieux services.
Une omission s'est glissée dans la petite note
parue dans notre dernier numéro et relative à
l'exécution musicale qui a eu lieu à l'église de
Saint-Josse-ten-Noode pour la célébration des
noces d'or de M. et de M""= Ferd. Kufferath.
Nous n'avons mentionné que les élèves de la
classe de chant de M""^ Cornélis-Servais. Nous
devons ajouter que les élèves de la classe de
M'ie EUy Warnots ont prêté également leur
concours à l'exécution des œuvres du jubilaire,
autorisées exceptionnellement par leur profes-
seur qui a tenu à s'associer ainsi à la manifesta-
tion organisée en l'honneur du doyen des
professeurs du Conservatoire.
Ffier, samedi, se sont ouvertes, à Mons, les
fêtes organisées par la ville, à l'occasion du tri-
centenaire de la mort de Roland de Lassus. Ce
festival a débuté par un grand concert organisé,
comme nous l'avons dit, par le Conservatoire
de Mons et qui comprenait, outre des fragments
des grands maîtres modernes de la symphonie,
plusieurs œuvres de Roland de Lassus et une
534
LE GUIDE MUSICAL
cantate en l'honneur du maître de Mons, com-
posée par M. J. Van den Eeden. Nous en ren-
drons compte dans notre prochain numéro.
Aujourd'hui dimanche, commence le grand
concours de chant d'ensemble organisé à la
même occasion, qui durera deux jours et auquel
prendront part des .sociétés chorales du Bori-
nage, du pays de Liège et une société néerlan-
daise. La lutte sera surtout intéressante dans
les divisions d'honneur, d'excellence et dans la
première division, auxquelles participeront les
Chœurs Réunis de Herstal, la Réunion des
Chœurs d'Ensival, l'Emulation de Dour,
l'Union chorale de Pâturages, l'Aurore de
Malines, la Concorde de Verriers, Maestrich-
ter Staer de Maestricht et d'autres. Les chœurs
imposés sont composés par MM. Van den
Eeden,Radoux,Hinnens,Prys,Vastersavendts,
et l'administration communale a constitué un
jury de onze membres, composé d'artistes
éminents.
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — L'audition qu'est venu don-
ner, à la Société royale d'Harmonie, le
célèbre Orchestre philharmonique de Berlin, a été
un vrai régal pour nos dilettanti. M. Franz Mann-
stâdt dirige cette remarquable phalange avec une
grande autorité; aussi, obtient-il une correction
absolue dans l'exécution et un fini extraordinaire
dans les nuances.
Citons surtout la superbe interprétation des
œuvres de Beethoven : la Symphonie en er^ mineur
et l'immortelle ouverture de Lëonorc. Une scène de
ballet d'après une étude de Mayseder orchestrée
par Hellmesberger, a littéralement transporté
l'auditoire; l'emsemble des violons dans les pas-
sages de difficulté a été particulièrement remar-
qué.
Le Concertmeister, M. Witek, s'est révélé excel-
lent virtuose dans l'interprétation d'un concerto
de Paganini; grande pureté de son et correction
absolue telles sont les qualités essentielles de
l'artiste.
En somme, soirée remarquable
Dimanche dernier a eu lieu la fête gymnastique
dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs. Une
harmonie, sous la direction de M. Muldermanns,
a exécuté la musique que Peter Benoit avait spé-
cialement écrite pour la circonstance et que
M. Degrez avait transcrite pour harmonie.
D'un caractère mâle et énergique, ces pages
musicales ont souligné d'une heureuse façon les
divers mouvements des gymnastes.
Notre confrère, M. Eug. Landoy, rédacteur en
chef du Précurseur, consacre à ce mouvement
artistique d'un nouveau genre un article fort bien
senti et qui résulte d'un interview qu'il a eu avec
le maître. Nous croyons ne pouvoir faire mieux
que d'en reproduire ici quelques passages :
« On sait que Peter Benoit est très partisan de
la musique appliquée â la gymnastique. Le maître
a déjà conçu un cycle musical ou plutôt une trilo-
gie divisée comme suit : i''" partie, la technique;
3° partie, la technique et l'esthétique; 3" partie, ,
l'esthétique pure.
» Il va de soi que Peter Benoit ne songe pas à I
mettre en musique des exercices acrobatiques, mais i
seulement à combiner le rj'thme musical avec le r
mouvement dans les exercices plastiques, prêtant
à de majestueux déploiements, sans aucune espèce
d'engin. •
» L'idéal des exécutions turnermusicalisàs, nous
dit le maître, ne sera pleinement réalisé que -
lorsque le compositeur dirigera lui-même le tout,
musiciens, chanteurs et gymnastes.
» Peter Benoit voudrait même fondre cet
ensemble dans une action dramatique, empruntée
à l'histoire et permettant l'arrivée successive des
groupes, puis leur combinaison dans une grande
manifestation d'art qui rappellerait, avec les pro-
grès modernes et l'actualité de la conception, les
fastes des anciens jeux olympiques. Comme on le
voit, le plan est grandiose, mais le maître flamand
est digne et capable de l'exécuter. »
Chose curieuse, tandis que chez nous vient de
se réaliser une partie de ce vaste plan, on s'ap-
prête à faire revivre, à Paris, les jeux olym-
piques. Si la coïncidence est singulière, il n'en est
pas moins vrai qu'il y a plus de six mois que
Benoit caresse et étudie ce projet. Quelques au-
ditions intéressantes viennent d'avoir lieu à l'Ex-
position. A. W.
— M. Arthur Wilford, le compositeur anversois
bien connu, ayant dédié une marche nuptiale, pour
orchestre, au prince Charles de Hohenzollern et
à la princesse Joséphine, le prince régnant de
Hohenzollern vient de lui conférer la médaille
d'or des ;i Arts et des Sciences ».
Nos félicitations.
— Les fêtes musicales de l'Exposition d'Anvers,
d'après V Indépendance :
A la fin du mois de juin, festival réservé à la
musique allemande, sous la direction du célèbreu
maître de chapelle Mottl, avec le concours de(
M. Ernest Van Dyck.
Au mois de juillet, festival français avec la col- -
laborationde MM. Emmanuel Chabrier, Vincent i
d'Indy, Alfred Bruneau, Charpentier, etc.
M. Noté et M"!'= Hervé, de l'Opéra de Paris,
ainsi que M"'" Sybill Sanderson, la créatrice de
rhryné à l'Opéra-Comique, se feront entendre
pendant le mois d'août.
A la fin d'août, festival russe. Enfin, un festival
eu trois journées sera consacré aux œuvres des
auteurs belges : Peter Benoit, Huberti, Blockx,
Van den Eeden, etc.
LE GUWF MUSICAL
535
DRESDE. — Avec une douzaine de mille
marcs, la direction de noire Opéra a obtenu
du ténor Gritzinger la résiliation de son contrat.
Sacrifice nécessaire; le public aurait fini par
déserter si on lui avait imposé plus longtemps un
Heldentenor qui n'a d'héroïque que ses six pieds
de haut; M. Gudehus, appelé de Berlin, a chanté
Siegmund jeudi dernier, et nous avons eu, grâce
à son concours, une excellente audition de la
Walkyrie. Ce n'est pas que la voix de notre ancien
ténor n'ait ses défaillances, mais il possède nue
rare intelligence de la scène. Si parfois le geste et
l'expression du visage manquent de jeunesse,
d'irrésistibles élans, une attitude pleine de noblesse
viennent plaider en faveur de ce consciencieux
artiste. Nous l'avons surtout apprécié dans la
scène de l'Epée et dans l'entretien suprême avec
Brunnhilde. Dire que Mn^" Malien a admirable-
ment interprété la Walkyrie, c'est répéter une affir-
mation déjà fort connue. Mais comment ne pas
rendre un nouvel hommage à une personnalité
si puissante? On est entraîné par l'énergie soutenue
de la guerrière et attendri par sa soumission finale
aux décrets paternels. Tempérament généreux et
passionné, voix aux sonorités éclatantes, diction
admirable, accents d'une émotion intense, tels sont
les traits qui font de Thérèse Malien une Walkyrie
accomplie. Jamais, peut-être. M™" Wittich n'avait
été une si touchante Sieglinde. Très en voix, ce
soir-là, et d'une beauté idéale, elle s'est surpassée
dans la magnifique scène avec Brunnhilde.
M. Perron est un remarquable Wotan. Quoiqu'un
peu basse pour sa voix, cette partie convient tout
à fait à la nature sérieuse de sa personne et de
son talent. La charmante M"" von Chavanne
(Fricka) semble mal à l'aise dans son rôle de
justicière, aussi force-t-elle son indignation.
M. Keller a rendu de son mieux le personnage de
Hunding jusqu'à présent confié à M. Decarli.
L'orchestre, sous la direction de M. Schuch est
merveilleux.
A côté de ces fortes et durables impressions
artistiques, faut-il vous entretenir d'un ténor,
M. Rittershaus qui, n'ayant pas beaucoup plu
dans les Huguenots, a désiré se produire dans le
Trouvère où il a mieux réussi? Entre temps, il a
rendu publiques des offres de « claque » à lui
faites directement et'suivies d'un compte en bonne
et due forme. Le tout a causé ici une certaine
sensation, mais il est probable que, de part et
d'autre, on se séparera à l'amiable. Alton
LIEGE. -— Après le mémorable et belliqueux
concours de chant d'ensemble de Charleroi,
qui les avait vu aux prises vocales, dans deux
chœurs si difficiles et si différents de Style, le Rêve
de Léon Dubois et Vers l'Avenir de J. Simar, nos
vaillantes chorales ont voulu se soumettre au juge-
ment du public liégeois - qui n'avait cessé de
porter un ardent intérêt à la lutte. C'est sur un
teirnin neutre, le terrain de la charité que s'est
rouvert, par deux fois, devant un immense audi-
toire enfiévré de plus de cinq mille personnes
entassées dans la vaste salle de la Renommée, un
concours cette fois pacifique.
Le jeudi 14 juin, les Disciples de Grétry se sont
fait entendre précédés d'un très intéressant con-
cert. La partie vocale était confiée à M"" Jeanne
Flament, du Conservatoire de Bruxelles, prix
d'honneur de la Reine, aimable cantatrice, à la
belle voix, se faisant accueillir dans l'air de Saiiison
d DnHla, puis MM. Eug. Henrottc et A.Moussoux,
les excellents baryton et ténor de la société, en-
tendus dans les meilleurs morceaux de leur réper-
toire avec un étourdissant succès et force rappels.
La partie instrumenlale était tenue par un jeune
violoncelliste, lauréat de notre Conservatoire,
actuellement attaché à l'orchestre Lamoureux.
M.A.Weyns, montrant d'excellentes qualités dans
le concerto de Golterman et des morceaux de
genre de B. Godard et de Popper
Enfin, dans un religieux silence, M. Delsemme,
le zélé et persévérant directeur des Disciples, nous
a fait admirer l'art avec lequel il avait mené à une
victoire chèrement disputée, sa remarquable pha-
lange.
Bravos enthousiastes !
Le dimanche 17 juin, affluence encore plus con-
sidérable; s'il est possible, pour applaudir les
vainqueurs, qui, eux aussi, avaient encadré leur
audition d'un non moins superbe concert. L'excel-
lente harmonie du 14" régiment de ligne, sous la
ilirection précise de M. Braet, ouvrait et clôturait
la séance, se faisant applaudir dans de bonnes
transcriptions. Puis, par un sentiment d'émulation
galante, on avait fait appel à M"'' Elise Poispoel,
rie votre Conservatoire, prix de la Reine égale-
ment, qui a révélé son excellente méthode dans des
morceaux de Thomas et de Massenet.La virtuosité
était représentée par une aimable violoniste,
M"" Edith Robinson, jeune élève pleine d'avenir,
confiée aux soins éclairés de notre célèbre profes-
seur C. Thomson.
L'entrée de M. Sylvain Dupuis, entouré des
fidèles compagnons de la Légia, a été saluée par
une grairdiose ovation.
La perfection atteinte par la glorieuse société
liégeoise, surtout dans le Rêve de Dubois, et les
sages gradations réalisées dans V Avenir de J. Si-
mar, n'ont pas laissé de doute sur la supériorité
d'exécution. A. B. O.
XONDRES. — La « Season » bat son plein.
J Les théâtres et concerts, grâce à la tempé-
rature pluvieuse et froide, font d'excellentes
affaires.
Au Covent Garden, sir Augustus Harris a réussi
à grouper un grand nombre d'artistes renommés,
formant une troupe incomparable : M"^'^ Adini,
Melba, Calvé, de Nuovina, M"" Bauermeister,
particulièrement favorisée par la reine, qui lui a
536
LE GUIDE MUSICAL
fait remettre un bijou superbe en souvenir de la
représentation de Faust, donnée dernièrement au
palais de Windsor; M"' Simonnet, M"<^' Giulia
Ravogli et Miss Pauline Joran. Du côté masculin,
nous avons : MM. Plançon, Castelmaiy, Cossira,
Albers, Signor Beduschi, de Lucia, Aucona, enfin
Jean de Reszké, qui vient de jouer le Werther, de
Massenet, avec M"'''^ Emma Eames et Sigfried
Arnoldson.
Indépendamment de cet ensemble remarquable
et prodigieux, sir Augustus Harris nous anncmce,
au Drury Lanc, huit représentations allemandes
des œuvres wagnériennes : La Walkyrie, Siegfried,
Tristan et Isetitt, Loheiigrin, Tannhœuser et, de plus,
Fidelio et Freischiits.
Parmi les artistes engagés, nous citerons les
deux grandes cantatrices en renom au delà du
Rhin : M""== Klafsky et Elyse Kutscherra ; viennent
ensuite M""-'» Gherlsen, Olitzka, Bauermeister,
Dagmar, Sara Moriz, Brassi et Pauline Joran,
MM. Dufriche, David, Bispham, M. Wiegand et
le ténor de Hambourg, Rothmilhl.
Jeudi dernier, à Covent Garden, M""' Adini
remplissait le rôle de Valentine, dans les Huguenots,
pour la première fois en Angleterre. Elle a reçu
un accueil très chaleureux, M"° Simonnet jouait à
côté d'elle le rôle de Marguerite de Valois. On l'a
trouvée un peu affectée. M"" Olitzka personnifiait
Urbain et complétait avec MM. Plançon et Du-
friche un ensemble remarquablement homogène.
Au dernier concert de la Symphonie Society,
M. Edouard Grieg a dirigé sa nouvelle musique de
scène pour Sigur Jorfalgar, le drame de Bjornson.
Grieg est encore peu connu ici, mais son succès
a été très vif.
Très beau concert au Princess Hall, par Miss
Ada Wray's, qui a gentiment chanté la cavatine
des Pécheurs de Perles. Le jeune violoncelliste Jean
Gerardy a, comme l'an dernier, émerveillé son
auditoire par ses qualités précoces et le profond
sentiment dont son jeu est empreint. M"'''^ Douste,
tovijours aimables et gracieuses, ont, au même
concert, recueilli des nouveaux succès.
Au Queen's Hall, une société chorale suisse, le
Berner Liedertafel, se composant de cent vingt
exécutants, a donné une exécution en général fort
sèche et disons même médiocre, de choeurs popu-
laires parfois intéressants. Le défaut prédominant
est le manque absolu de nuances justes et bien
réglées. La plupart des membres, — amateurs, du
reste, — semblent ignorer l'effet déplorable que pro-
duit l'exagération des fortes par un nombre aussi
important de chanteurs. Quel étrange contraste
avec les chœurs entendus, quelques jours aupara-
vant, de l'Amsterdamsche a Capella Koor.
Dans le même Hall, M. Raoul Pugno a obtenu
un réel succès. Son récital de piano se composait
de numéros bien choisis et bien exécutés. Il a fait
preuve d'une technique approfondie tour à tour
dans la sonate du Clair de Lune de Beethoven, dans
une sonate deSchumann et des œuvres de Hœndel,
Chopin, Mendelssohn et Grieg.
Au S'-James Hall, M"° Chaminade a exécuté
à ravir, et devant une salle comble, six de ses com-
positions.
La Cari Roza Company vient de terminer sa
saison théâtrale à Birmingham. M"" Pauline
L'Allemand sera engagée comme soprano pour la
prochaine saison. A. Le Kime.
J\rO U V EL LES DI VERSES
Les fêtes organisées à Munich à roccasion
du tri- centenaire de Roland de Lassus ont
commencé le 14 juin, par une sérénade donnée
sur la place de la Promenade, devant le
monument du vieux maître. Six sociétés de
chant de Munich ont pris part à cette sérénade,
qui comprenait deux chœurs, un Magnificat et
le vii^ psaume de Lassus ; elle s'est terminée
par un hymne de M. Rheinberger. Un grand
concert a eu lieu le lendemain dans la salle de
rOdéon, sous la direction de Hermann Levi.
Dans la première partie de ce concert, on a
entendu les œuvres suivantes de Roland de
Lassus : Dci donum, motet à 6 voix ; Giistate
et videte, motet à 5 voix; Timor et trémor,
motet à 6 voix ; Je l'aime bien, chanson à
4 voix ; Un chasseur (Es jagt ein Jasger), air
allemand à 5 voix; 0 la oclie bon eccho, vila-
nelle à 8 voix ; enfin, Quo pr opéras facunde
nepos, hymne à Albert V et à son épouse, à
10 voix. La seconde partie se composait de la
neuvième symphonie de Beethoven. On sait
que Roland de Lassus mourut à Munich le 14
juin 1694.
M. Siegfried Wagner, le fils du maître de
Bayreuth, vient d'entrer dans sa vingt-sixième
année.
A l'occasion de l'anniversaire de son fils,
iV[me Cosima Wagner lui a fait don d'un pavillon
de musique nouvellement construit dans les
jardins de la villa Wanhfried, à Bayreuth, et
destiné à servir de salle d'études pour les élèves
de l'école dramatique de Bayreuth,
Là ne se sont pas bornés les cadeaux.
M"<ï Cosima Wagner, pour flatter la fantaisie
de son fils, grand amateur de chiens, a composé
pour les cinq bêtes qu'il possède cinq petites
poésies, les a fait imprimer, coller sur de petits
cartons, et les a attachées au cou des chiens.
L'un après l'autre, le jour de l'anniversaire
delà naissance de Siegfried, ils furent introduits
dans le pavillon musical, et le fils, ravi, put lire
au cou de chacun de ses chiens favoris les
vœux qu'ils lui offraient, versifiés par la veuve
du grand Wjgner.
Quelques journaux ont publié ces versiculets
et sont, à ce propos, montés sur leurs grands
LE GUIDE MUSICAL
537
chevaux, dénonçant le « cabotinisnie » de cet
amour maternel.
Il va sans dire que M™e Wagner n'est pour
rien dans la publication de ses petits poèmes,
qui sont une plaisante fantaisie familliale, rien
de moins, rien de plus.
Une indiscrétion a été commise par un des
ouvriers de l'imprimerie où M™= Wagner avait
fait composer les petits cartons destinés aux
chiens de M. Siegfried Wagner. Cet ouvrier
les communiqua au Frankischc Merctir, qui les
reproduisit sans autorisation. On dit même que
Mme Wagner va intenter un procès à ce journal
pour publication non autorisée.
Beaucoup de bruit, en somme, pour peu de
chose.
Le Fremdenblatt de Berlin nous apporte
d'intéressants détails sur les dispositions du
testament de Meyerbeer relative à ses œuvres
posthumes. Il y est formellement stipulé que
Vasco de Gama (Y Africaine) sera la seule de
ses pièces qui sera représentée après sa mort.
Tout» s les autres compositions doivent être
réunies en un volume qui restera ignoré de
tous et qui sera remis à celui de ses petits
enfants qui, à l'âge de seize ans, fera preuve
d'un réel talent musical.
Si cette condition ne se réalise pas, le volu-
me sera livré aux flammes par les soins des
exécuteurs testamentaires. « Jamais, ajoute
Meyerbeer pour expliquer ses décisions, les
œuvres posthumes d'un compositeur n'ont
ajouté à sa gloire. «
En ce qui le concerne tout au moins, l'auteur
des Huguenots, Meyerbeer a eu raison.
On vient d'inaugurer à Munster (Alsace) une
salle de théâtre offerte à la ville par la muni-
ficence de la famille Hartmann, età cette occa-
sion on a exécuté sur la nouvelle scène un
petit opéra-comique en un acte, en dialecte
alsacien, avec chœurs, orchestre, ballet, etc.,
dont la musique est de M. Weckerlin, biblio-
thécaire du Conservatoire de Paris. Titre :
VAstrologne. Le poème est de M. Mangold.
Cette œuvrette date du reste de quelques années
déjà.
Elle n'en a pas moins obtenu un très vif
succès.
Il est question, depuis quelque temps, d'éri-
ger un monument, à Zelazowa Wola, à la mé-
moire de Chopin. L'initiative de l'érection du
monument a été prise par la Société musicale
de cette ville. La maison de Chopin existe
encore, à Zelazowa Wola, près de Sochaczew;
les fonds nécessaires au rachat ont été réalisés
au moyen de concerts donnés à Varsovie et à
Radom, au produit de ces concerts est venue
s'ajouter une offrande de 2,000 francs faite par
M. Paderewski.
Le 14 juin s'est ouverte la saison des bains
de mer à Scheveningue, et à cette occasion a
eu lieu le premier concert de l'orchestre phil-
harmonique de Berlin, qui a fait entendre deux
ouvrages posthumes de Borodine et de Tchaï-
kowsky. C'est la dixième année que le célèbre
orchestre de Berlin joue à Scheveningue pen-
dant l'été, et ce petit jubilé sera célébré par un
festival qui aura lieu au mois de juillet pro-
chain.
Différentes revues allemandes viennent de
publier des séries de lettres de Hans de Bulow
dont certains fragm.ents sont assez curieux.
Mais il en est aussi qui sont très incohérentes
et qui renferment sur les contemporains des
jugements très vifs, acérés, injustes même.
Car Hans de Bulovif était tout nerfs et ses
appréciations des hommes et des choses ont
quelquefois une allure si personnelle qu'elles
n'ont nécessairement qu'une valeur toute sub-
jective. C'est ainsi que, dans un intéressant
morceau daté de 1866, il explique son attitude
vis-à-vis de la Trinité (Wagner, Liszt et Ber-
lioz). Selon lui, on ne peut s'enthousiasmer et
agir que pour un seul grand homme à la fois.
Lorsqu'on se trouve donc avoir trois grands
hommes parmi ses contemporains, il faut
choisir celui auquel on se consacre, au risque
d'être injuste pour les deux autres. On sait
celui qu'il choisit : ce qui ne l'empêcha pas de
blâmer chez Wagner ce qu'il appelait ses pro-
cédés cavaliers envers Berlioz.
« Je ne connais rien de plus sans cœur,
écrit-il dans un fragment — et ce fut pour
l'autre (Berlioz) un vrai coup dans le cœur, —
que le silence de trois semaines qui suivit le
don d'une partition, et ne fut rompu que par
l'envoi d'une autre partition, avec cette dédi-
cace :
» A ROMÉO ET JULIETTE,
» LEURS RECONNAISSANTS
)) TRISTAN ET ISEULT. »
Et il ajoute encore un mot sévère pour
« d'autres choses » qu'il s'abstient de raconter
afin d'éviter de tomber dans les commérages,
mais qui, dit-il, « peuvent à peine s'excuser
dans une nature qui ne serait pas tout à fait
ignoble ».
Il y a d'autres lettres dont le ton vif rappelle
celui des algarades restées fameuses du chef
d'orchestre berlinois.
Aussi ces publications de lettres non desti-
nées à la publicité ont-elles provoqué une
vive émotion dans les cercles artistiques d'Alle-
magne. M""^ veuve de Bulow-Schanger vient
de charger en conséquence son avocat, M. Paul
Michaelis, à Berlin, de prendre les mesures
nécessaires pour empêcher que dorénavant
d'autres lettres de son défunt mari soient
publiées sans son autorisation. M'°'^ de Bulow
se réserve de faire elle-même un choix parmi
538
LE GUIDE MUSICAL
les lettres et écrits du grand artiste, « afin d'em-
pêcher, dit-elle, que la publication isolée de
fragments ou de billets écrits sous l'impression
du moment ne donne une fausse idée du carac-
tère et de la nature de l'artiste. »
Le pape Léon XIII prépare une encyclique
dans laquelle, si l'on en croit les nouvelles
venues de Rome, il condamnerait sévèrement
l'exécution des musiques profanes dans les
églises et rappellerait toutes les maîtrises catho-
liques à la pratique d'un art vraiment religieux.
Il faut reconnaître que, pour la France,
l'Italie et la Belgique, une pareille encyclique
sera singulièrement opportune. Car, en géné-
ral, la musique que l'on fait dans nos églises
. n'est pas de la imisiqnc (T église. Les croyants
en sont affligés. Les artistes commencent à s'en
indigner. Mais les maîtres de chapelle parais-
sent peu s'en soucier. Et, d'ailleurs, la dévotion
mondaine s'en accommode.
D'autre part, à Paris vient de se constituer une
société qui a pour but d'encourager la restitu-
tion du plain-chant et du chant grégorien d'après
les récents travaux de Dom Polhier et des
Bénédictins. Cette société a pour but de réunir
les « grégoriens », de révéler à la foule des
chrétiens l'incomparable beauté d'une liturgie
qu'elle ignore, de créer des écoles de chantres
et, peut-être aussi, donner une édition vul-
gaire des mélodies grégoriennes que, jusqu'ici,
leur notation archaïque rend inaccessibles à la
multitude.
Cette société ne veut point, toutefois, s'arrê-
ter à cette tâche en quelque sorte archéolo-
gique. Elle croit qu'il serait absurde de chasser
de l'église les musiciens d'aujourd'hui, et elle les
invite à composer à leur tour des messes, des
hymnes, pourvu toutefois que leur musique
soit religieuse dans son inspiration et litur-
gique dans sa forme.
Le comité provisoire placé à la tète de la
Société comprend les noms de MM. Vincent
d'Indy, Guilmant, de Polignac, Bordes et
Bourgault-Ducoudray. Celui-ci, dans une lettre
récente, définissait l'œuvre à accomplir en ces
termes : « Construire un temple à la place
d'un casino. »
Enfin, on annonce, pour la fin du mois,
un congrès organisé par la Société Saint-
Jean pour le développement de l'art chrétien et
qui sera consacré à l'épineuse question de
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LE GUIDE MUSICAL
539
la restauration du plain-chant et de la musique
sacrée. Les musiciens, auteurs ou maîtres de
chapelle, sont invités à envoyer au congrès le
fruit de leurs réflexions, et leur opinion sur le
grave débat qui s'agite entre les partisans des
différentes méthodes préconisées. Les théories
de Dom Pothier seront exposées, les éditions de
Pustet, de Ratisbonne, seront mises en cause,
ainsi que les décrets de la Congrégation des
Rites accordant le privilège à l'éditeur alle-
mand.
Ce congrès empruntera un caractère particu-
lièrement intéressant du chef de ces discussions,
où les plus pures préoccupations d'art alterne-
ront avec de secondaires compétitions commer-
ciales et internationales, ainsi qu'il ressort de
la campagne menée depuis quelques mois par
une grande partie de la presse religieuse (et
aussi politique) française contre le monopole
accordé par Pie IX à M. Pustet, de Ratisbonne.
Ce monopole, comme on sait, consistait dans
l'exclusif privilège de la fourniture des livres
choraux aux églises, et cela pour une durée de
trente ans. Comme il était question de renouve-
ler ceprivilège, des éditeurs français ont protesté
au nom de leurs intérêts méconnus, soutenus,
mais pour des raisons d'ordre artistique, par un
groupe de musicologues qui repoussent l'édition
de Ratisbonne comme défectueuse et non con-
forme à la vraie tradition.
On assure, du reste, que le pape Léon XIII
a décidé d'ores et déjà de ne pas renouveler le
privilège de M. Pustet.
BIBLIOGRAPHIE
La Mouche... des Croches, par Willj', publiée par
Fischbacher ! A quand Croches, Doubles Croches et
Anicroches? Nous retrouvons dans ce nouveau vo-
lume l'esprit si particulier de l'Ouvreuse, légère-
ment gouailleur, avec un peu trop d'amour pour le
calembour, mais avec des aperçus souvent justes
sur les hommes et les choses. On aurait bien quel-
ques peccadilles à lui signaler, ne fùt-cc que
celle qui consiste à traiter le Guide Musical de
feuille coloniale (lisez : entichée de Colonne). Ne
pourrait-on lui reprocher, à l'espiègle Ouvreuse,
d'être un peu trop Lamoureuse ?
Harmonies, chœur pour quatre voix d'hommes,
poème de Jules Sauvenière, musique de J.-Th.
Radoux. Bruxelles, Scholt frères, éditeurs. Les
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
DUBOIS
Organiste du Grand Org-ue de la Madeleine
ni
ID
iTI
D
1"^ SERIE
1. Alléluia du i^fe^-s-Ze (Hasndel) .... Prix net, fr.
2. Marche d'^l^Aa/Ze (Mendelssohn) ... — «
3. Marche du Songe d'une nuit d'été (Mendelssohn) —
4. Introductiondu troisième acte et Chœur des fiançailles
de Lohengrin (R. V\7"agner) .... — -
5. Marche religieuse de Lohengrin (R. Wagner). —
6. Marche de T!a/2/2.ô^i/5'er(R. Wagner) . . — r.
2' SÉRIE
7- Marche-Gavotte de Josué (Hœndel)
1 50
2 —
2 -
3 —
1 50
3 —
8.
9-
10.
II.
12.
Psaume XII. 7 Cieli Immensi (Marcello)
Chœur de Paulus (Mendelssohn)
Chœur mystique de J^ai/5'^'(Schumann)
Prélude de Lohengrin (R. "Wagner),
Introduction du troisième acte et Chœur des pèlerins
de Tannhasuser (R. Wagner)
Prix net, fr. 2 —
— -^ 1 25
— » 2 -
— . 2 —
— « 1 50
— - 2 —
540
LE GUIDE MUSICAL
organisateurs du grand concours international de
chant d'ensemble qui va se donner à Mons ont
lieu de se féliciter hautement d'avoir confié, au
très remarquable directeur du Conservatoire de
Liège la composition du chœur imposé en division
d'honneur.
L'art d'écrire pour les voix, faculté particulière
chez le fécond maître liégois, s'était déjà affirmé
avec force et variété dans de nombreuses compo-
sitions versées au répertoire des sociétés cho-
rales; mais la volonté inspirée de l'artiste n'avait
pas encore atteint cette plénitude d'accents sin-
cères et de moyens habiles que nous révèle Har-
monies. Le poème de M. Jules Sauvenière, l'habile
auteur couronné des cantates du Sitiat et d'j4«-
droviêde, est remarquablement conçu pour la
musique. Le choix de M. J. Th. Radoux a
donc été justifié et les phrases idylliques et
lyriques du poème, ont été chantées par l'heureux
artiste, tour à tour avec grâce concentrée et com-
municative, avec une fraîcheur enjouée et un
éclat superbe.
L'œuvre dont il s'agit est de haute et inspi-
rée déclamation, d'un entrelacement harmo-
nique ingénieux et ferme, et de facture essentiel-
lement moderne avec son unité musicale faisant
corps avec la poésie. — Aussi sa réalisation
séduira les sociétés de valeur de chant d'ensem-
ble, — vouées à un art élevé. Ayant cette con-
science intime de ses sincères efforts, le maître
liégeois, par une délicate attention, a dédié à
M™" J.-Th. Radoux sa dernière partition
A. B. O.
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
y[iae 1^ princesse Marceline Czartoriska, née
princesse de Radzivill, décédée en son château près
de Cracovie, le 8 juin 1894.
Excellente pianiste. Elle avait favorisé les
débuts de Chopin à Paris, et elle est toujours
restée fidèle au souvenir du célèbre artiste, son
compatriote.
— A Charleroi,le compositeur de musique A.Da-
gnelies, qui, pendant près de quarante ans, dirigea
MAGKÂh et NOËL, éditeurs, 22, passade des Panoramas (grande galerie).
Piopriélaires des œuvres de Tscbaikofvsky, Qottscbaik, Fruilcnt, Allard
des Arcltiveti «lu piauo et de la célèbre .llétbotlc de piauo A. Le 4'arpcnticr'
Seuls dépositaires de l'Kilitiou Cbarnot, spécialement consacrée à la inasltiue de violon
SUITE DES ŒUVRES
DE
CHARLES LEFEBVRE
PIANO SOLO Airs extraits : No 3. Récit et Air de Judith . . 5
Op. 44. N" I. Marche 5 » N" 6. Chœur. 5
N" 2. Romance sans paroles. ... 5 » N° 8. Air d'Holopherne _. . .5
Op. 60. Menuet 5
Op. 70. Prélude d'Eloa, extrait 3
PIANO A QUATRE MAINS
Pièces pour le piano à quatre mains.
N" I. Op. 20. Prélude choral
2. Op. 43. Romance
3. Op. 75. N° I. Le Retour
4. N° 2. Cortège villageois .
5. Op. 2. Menuet.
6. Op. 16. Andantino
7. Op. 12. Scherzo
Op. 65. Une Sérénade, scène .... Net
Judith, air de ballet, e.xtrait
MUSIQUE VOCALE
ORATORIOS
Eloa, poème lyrique en cinq épisodes, d'après
Alfred de 'Vigny, par Paul Collin. Parti-
tion chant et piano Net
Judith, drame lyrique, poème de Paul Collin.
Partition piano et chant. (Te.xte français et
allemand) Net
Le poème seul Net
7 5o
Airs extraits : N» 3. Récit et Air de Judith .
N" 6. Chœur.
N" 8 . Air d'Holopherne . .
N° 16. Récit et Prière de Judith .
N" 17. Duo ; Judith et Holopherne
MÉLODIES
Adieu, Suzon, chanson. Ténor
Berceuse, mélodie Mezzo-soprano ....
Contemplation, mélodie. Mezzo-sopr. ou baryton
Dans la steppe. Ténor ou soprano
La Fille de Jephté, arioso, Mezzo-soprano. .
Invocation, avec accompagnement de violoncelle
(adlib.). Mezzo soprano
Légende de sainte Azénor. Mezzo-sopr. ou baryt.
Pompéi, scène. Baryton
Prière du matin, mélodie. Mezzo-soprano
Promenade nocturne. Mezzo-soprano ....
Le Retour {Il Ritorno), mélodie. (Français et ita-
lien) . Soprano ou ténor
Souvenir. Baryton
■Vision, mélodie. Soprano ou ténor
Harmonie poétique. Mezzo-soprano ....
Oublier ! Soprano
DUOS
Suis mes pas (Segui 0 Cara). (Français et italien).
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THOMSON, César. Passacaglia, violon et piano ....... 3 i5
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international de chant d'ensemble, qui aura lieu à Mons les 24 et 2S juin 1894.
■%'IEi^T BK PARAITRl'l : A. Le Pas. Aubade à la fiancée, gavotte pour piano^
composée et dédiée à la princesse Joséphine de Belgique, à l'occasion de son mariage.
SOUS l*OESSE ; M. Lunssens. Marche solennelle pour piano, primée au concours de
composition musicale institué par MM. Schott frères. (La première audition a eu lieu à la salle
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Lohengrin. Faust. Roméo et Juliette, La Walkyrie.
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Manon, Phryné et Cavalleria rusticana. Falstaff.
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40" année 8 et i5 Juillet 1894 numéros 28-29
SOMMAIRE
Michel Brenet.— Les Musiciens de l'Ecole
polytechnique (suite).
Marcel Rémy. — La Rénovation de la
musique religieuse.
M. Kufferath. — Les Fêtes de Roland de
Lattre à Mons.
E. S. — Hans Richter et Félix Mottl à
Londres.
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Bruxelles : Les concours du Conservatoire. — Nou-
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40''ANNiîE — Numéros 28-29.
8 el i5 Juillet 1894.
be r£cole pol^tecbntciue
(Suite — Voir les n<"* 24-25)
F.-J. Fétis n'a pas eu de tendresse non
plus pour un autre polytechnicien, le comte
François-Camille-Antoine DURUTTE. Né à
Ypres le i5 octobre i8o3, fils d'un général
comte de l'Empire, il fit partie delà promo-
tion de 1823 et fut classé dans le corps de
l'artillerie. A peine en possession du grade
de lieutenant, il démissionna en 1827, pour
se fixer à Metz, s'y marier, et consacrer sa
vie aux études musicales. Il se lança bien-
tôt avec ardeur dans la composition de
symphonies, d'ouvertures, de messes avec
orchestre, et d'oeuvres de musique de
chambre, qu'il avait de temps en temps le
plaisir assez rare de voir exécuter dans sa
province. Il écrivit plusieurs opéras, sans
se décourager en constatant l'impossibilité
de les faire représenter. Un seul d'entre eux,
le Violon de Crémone, opéra-comique en
deux actes, fut, après une longue attente,
exécuté à Metz, le 10 mars i855. En cette
ville, où Durutte n'avait que des amis, on
estimait hautement son talent. Mais Paris
dédaigne, à l'ordinaire, les célébrités pro-
vinciales, et le système de centralisation
artistique qui prévaut, en France souffre
très peu d'exceptions. Durutte ne vit donc
pas sa réputation de compositeur s'étendre,
et son nom ne serait pas sorti du cercle
restreint de ses concitoyens, sans ses tra-
vaux théoriques.
Elève de Barbereau et ami de Wronski,
ce fut sous l'influence de ces deux maîtres
qu'il conçut et rédigea le grand ouvrage
publié en i855 sous le titre à' Esthétique
musicale, technie ou lois générales du système
Jiarmonique. Trop scientifique pour les
simples musiciens, trop musical pour les
purs mathématiciens, le livre de Durutte,
écrit par surcroît dans un style souvent
emphatique ou obscur, fut vivement criti-
qué. Fétis, en particulier, le traita de
(I dédale abrutissant ». Ses attaques ne
diminuèrent pas la valeur ni le haut intérêt
d'un ouvrage qui ne devait, il est vrai,
point faire école, mais qui ne pouvait pas
non plus passer inaperçu dans le dévelop-
pement historique et théorique de l'art. La
discussion entre F.-J. Fétis et Durette fut
longue et acerbe. On doit reconnaître que
Durutte avait lancé les premières flèches :
en disant, par exemple, que le traité de Bar-
bereau était (i le seul à la hauteur de la pra-
tique des grands maîtres », il portait à
F^étis un coup direct. Sur aucun point de
science pure ni de simple pratique, ces deux
hommes ne semblaient faits pour s'enten-
dre. A l'époque oti Fétis publiait dans la
Revue el Gazette musicale son célèbre réqui-
sitoire contre Richard Wagner, Durutte,
l'un des premiers en France, affirmait hau-
tement son enthousiaste admiration pour le
maître étranger, et par deux fois il plaçait
son nom, ainsi que ceux de Liszt, de Schu-
mann et de Berlioz, parmi les « grands
compositeurs » ou les «grands maîtres mo-
dernes ». Tandis que Fétis, choqué de
rencontrer dans un quatuor de Mozart des
harmonies inusitées, s'arrogeait le droit de
corriger ce qu'il taxait d'hérésie, Durutte
cherchait dans de nouvelles formules théo-
riques la justification de ce « mystère nioza-
rien ». En 1876, dans le Résumé élémentaire
de la Technie harmonique, il répétait encore
548
LE GUIDE MUSICAL
avec une entière confiance et une certaine
fierté : « Le génie musical des grands maî-
tres les a guidés dans la production de
beaucoup de faits d'harmonie transcen-
dantale dont notre théorie des accords
multiples peut seule rendre raison » .
Quelle que soit la proportion d'erreurs
ou d'obscurités contenue dans les écrits
de Durutte, il est deux choses qu'on ne
saurait contester : le savoir de leur auteur
et l'élévation de ses convictions d'artiste.
Chassé de Metz par les événements de
1870, Duhitte passa ses dernières années à
Paris, où il mourut le 24 septembre 1881.
L'ordre chronologique des promotions
appelle maintenant devant nous Joseph-
Antoine Plassiard. Né en 1807, entré à
l'Ecole polytechnique en 1827, classé dans
le corps des ponts et chaussées, il parvint
au grade d'ingénieur en chef, et se fixa à
Lorient, où il mourut le 8 octobre i88g.
Plassiard s'était fait de bonne heure une
certaine réputation dans un genre tout
spécial, la fabrication des cordes d'instru-
ments à archet. Frappé de l'empirisme qui
régnait dans cette branche de l'industrie
artistique, il avait commencé en 1842 de
minutieux calculs et de nombreuses expé-
riences pratiques pour arriver à déterminer
scientifiquement toutes les conditions néces-
saires à l'obtention de cordes parfaitement
justes. Le premier résultat de ces patientes
recherches fut publié par Durutte en
quelques pages de son Esthétique, et fit
l'objet d'un mémoire présenté à l'Académie
des sciences en i858. Plassiard avait établi
tous ses calculs avant l'adoption, en iSSg,
du diapason officiel de 870 vibrations ; il
dut les recommencer sur cette nouvelle
base, et en publia le résumé en 1874 dans
le recueil de l'Association française pour
l'avancement des sciences. Le même travail
reparut en 1880 sous une forme beaucoup
plus étendue, en une brochure intitulée
Des cordes harvtoniques en général et spécia-
lement de celles des instriiments à archet.
Dans leur volumineuse histoire de la
notation musicale, MM. Mathis Lussy et
Ernest David font une vague allusion au
(I système de portée du colonel Treuille de
Beaulieu ». Il s'agit probablement ici
d'Antonin-Hector- Thésée Treuille de
Beaulieu, né à Lunéville le 7 mai 1809,
entré à l'Ecole polytechnique en 1829,
classé dans l'arme de l'artillerie, et mort à
Paris le 24 juillet 1886, avec le grade de
général de division et celui de grand officier
de la Légion d'honneur. Chercheur infati-
gable d'inventions nouvelles, le général
était bien dans le cas d'avoir imaginé, peut-
être à titre de simple délassement, des modi-
fications à la notation musicale. C'est, on le
sait, un fait fréquent. Au lieu de se féliciter
de la précieuse universalité de l'écriture
musicale, qui unit dans un langage commun
les musiciens de tous les pays, nombre
d'esprits distingués appliquent leurs facul-
tés à vouloir introduire dans la notation
quelque chose de la légendaire confusion
de Babel.
Un autre général serait chez nous à peu
près le pendant du célèbre général Cui,
s'il avait porté jusqu'à l'opéra ou la sym- ,
phonie son ambition de compositeur.-
Charles-Joseph-Théodore Parmentier, né
le 14 mars 1821 à Barr (Bas-Rhin), élève
de la promotion de 1840 à l'Ecole polytech-
nique, fut classé dans l'arme du génie, et
parvint, après une brillante carrière mili-
taire, au grade de général de division.
Amateur actif et studieux, élève pour l'orgue
de G. Stern, de Strasbourg, M. Parmentier
s'est fait connaître comme compositeur par
quelques articles insérés naguère dans la
Revue et Gazette musicale, la France musi-
cale, et divers journaux alsaciens. Fixé à
Paris depuis sa retraite, le général Par-
mentier n'a pas cessé de s'occuper de mu-
sique; il prend notamment une part active
à la direction de la société V Eu ter pc. Chacun
sait qu'il a épousé, en i857, la célèbre
violoniste Teresa Milanollo.
Auguste-Lucien DAUTRESME.né à Elbeuf
le 21 mai 1826, entra à l'Ecole poljtech-
niqueen 1846. La carrière maritime, qui lui
fut assignée à la sortie, ne répondant pas à
ses goûts, il donna sa démission, essaya de
l'industrie, puis se fit compositeur, par une
décision tardive, et sans vouloir, comme le
lui conseillait son maître Amédée Méreaux,
entrer dans les classes du Conservatoire,
pour se présenter au concours du prix de
LE GUIDE MVSIGÂL
549
Rome. Quelques petites pièces vocales,
une sonate de piano, précédèrent un opéra
comique en un acte, Sous les charmilles, re-
présenté au Théâtre-Lyrique, le 29 mai 1862.
Peu d'années après, un incident singulier
mit fin aux destinées musicales de Dau-
tresme : il avait un ouvrage en trois actes,
Cardillac, reçu à l'Opéra-Comique, mais
dont le tour de représentation se faisait
attendre ; énervé par la lenteur des études
préparatoires et la longueur totale de
l'attente, Dautresme envoya ses témoins
au directeur du théâtre ; celui-ci refusant le
duel, le musicien s'y prit de si vive façon,
qu'il fut traduit pour voies de fait devant
les tribunaux, et se vit condamner à
six mois de prison. Cardillac futjoué cepen-
dant, le II décembre 1867 ; mais son auteur
sous les verrous n'en put même pas suivre
la courte fortune.
Dautresme, après cette aventure, ne
pouvait conserver ni grand goût ni grand
espoir en fait d'art. Il se fit journaliste, et
pour dernier métier se jeta dans la poli-
tique. Il devint député, fut ministre du com-
merce en i88g, et mourut sénateur, à Paris,
le 18 février 1892.
{A suivre.) Michel Brenet.
LA RENOVATION
DE LA MUSIQUE HELiaiEUSE
La question de la musique religieuse a fait
un petit pas, c'est-à-dire que la Congrégation
des Rites a déclaré qu'elle n'entendait rien
ajouter aux dispositions antérieures relatives
aux éditions de Ratisbonne. Contrairement à
ce qu'on a affirmé, les éditions Pustet ne sont
pas imposées, elles sont seulement reconunan-
dées : les évêques gardent leur libre apprécia-
tion sur la matière. La Congrégation n'entend
nullement donner son approbation aux autres
systèmes de notation.
Tout reste donc en l'état ou peu s'en faut ; et
ceux qui essaient une solution radicale éprou-
vent une légère déconvenue. Pour donner une
idée du degré de passion apporté par certains
dans la question, on ne parlait rien moins que
de millions et de millions qui étaient censément
détournés de l'industrie nationale française ; or,
la plus rapide statistique démontre que, pour
qu'il en fût ainsi, il faudrait que chaque paroisse
de France achetât, chaque année, pour un
millier de francs, en moyenne, de livres sacrés ;
ce qui est loin de la réalité.
Une décision plus importante de la Con-
grégation des Rites concerne la condamnation
définitive de la musique d'un caractère vrai-
ment trop profane qui s'exécute encore, — sur-
tout à Paris, — dans un grand nombre de
paroisses. On veut, enfin, en revenir aux pres-
criptions, — pas nouvelles, — du Concile de
Trente.
Il est vraiment plus que temps de prendre
une résolution énergique à cet égard, car la
situation devient écœurante au point de vue
artistique.
Aussi faut-il avec joie signaler la création
d'une Société française de musique religieuse,
destinée, dans l'esprit de ses fondateurs, au
triple but suivant : restauration du plain-
chant selon le mode d'exécution des bénédic-
tins ; diffusion de la musique religieuse de la
grande époque des Palestrina, Lassus, Vit-
toria, etc.; et création d'œuvres musicales reli-
gieuses conçues dans le respect des textes
liturgiques et de leur expression, en s'inspirant
des traditions palestriniennes et grégoriennes.
On ne peut qu'applaudir à une si noble entre-
prise, qui donne toute garantie de sincérité et
de sérieux par la valeur même des fondateurs :
MM. Bourgault-Ducoudray, le savant mu-
sicologue; Guilmant, l'éminent organiste;
V. d'Indy, Ch. Bordes, deux jeunes et vrais
maîtres; et M. de Polignac, amateur très
distingué.
Les deux premiers points du programme
poursuivi sont particulièrement urgents ; pour
s'en convaincre, il suffit d'assister à quelque
office dominical et d'écouter la criaillerie et les
beuglements des chantres ignares pour ce qui
concerne le plain-chant ; ou bien, pour la
partie musicale non liturgique, de subir la
confiserie poisseuse des Ave Maria et des
Pie Jesu, selon l'occurrence nuptiale ou fu-
nèbre.
Quant au troisième point, la création d'œu-
vres musicales dans l'esprit sinon dans le style
ancien, il est plus discutable, et cela nous
paraît plutôt un expédient destiné à canaliser
tant bien que mal la production ininterrompue
des œuvres soi-disant religieuses dont le cours
ne pourrait brusquement être barré. Car les
projets de réforme auront à passer par la bonne
550
LE GUIDE MUSICAL
volonté des organistes et des maîtres de cha-
pelle, généralement encroûtés, et avec profit,
dans la situation actuelle. Ne pouvant obtenir
une transformation radicale de leurs idées ni
de leur manière de comprendre la composition
musicale religieuse, ne pouvant leur dire « tai-
sez-vous » , on leur proposera d'abord de « faire
autrement » .
Assurément, il serait outrecuidant de vouloir
apprécier un mouvement musical qui n'est pas
encore né ; ce serait un procès de tendances.
Si ces observations préalables s'émettent ici,
elles résultent d'une expérience analogue déjà
tentée, en Allemagne, au cours de ces dernières
années.
Une poussée réformatrice s'est produite qui
a eu les plus heureux résultats quant aux exé-
cutions du plain-chant et au triage des œuvres
non liturgiques à chanter. En même temps
qu'on restaurait les belles pages des anciens,
toute une série de pastiches se succédaient sans
interruption ; un grand nombre de musiciens
se mettaient à « travailler dans cette partie >> .
Quelques-uns, comme Haller Piel et Witt, arri-
vaient à une célébrité relative. Leurs composi-
sitions sont pleines de talent, surtout de
correction rare, d'écriture rigoureuse; quel-
ques-unes, celles de M. Piel, prêtre à Boppard,
sont empreintes d'onction réelle; néanmoins,
l'audition de ce genre de compositions laisse
une certaine impression de malaise. A quoi
cela tient-il ? Confusément peut-être à ce détail
que, malgré la sincérité indéniable des auteurs,
l'aspect de leurs œuvres est conventionnel,
anachronique. Point plus grave, ces musiciens,
s'interdisant de prime-abord certains modes
d'expression, se confinant dans d'étroites règles
traditionnelles, en sont forcément venus à
faire tourner à vide les rouages de leur esprit
tout moderne, à chercher d'autres issues à leur
imagination; ne pouvant, et pour cause,
retrouver la fraîcheur, la quiétude virginale des
anciens, leur plume s'occupa bientôt du jeu
savant ; et telles messes du D"' chanoine Witt,
mort récemment, ne sont pas loin du byzanti-
nisme d'écriture de la Messe de l'homiiie arme.
Mais à quoi bon préjuger? Attendons à
l'œuvre la nouvelle école annoncée ; qui sait si
elle n'apportera pas une formule neuve, con-
ciliant avec la rigide forme traditionnelle
l'esprit mystique moderne !
Marcel Remv.
LES FETES DE EOLAND DE LASSUS A MONS!
ne peut honorer un mort illustre,
en Belgique, sans une cantate à grand
orchestre et sans un concours d'orphéons.
Roland de Lassus n'a pas échappé à
cette commémoration traditionnelle. C'eût été une
tentative hardie peut-être, mais artistique et qui
eût certainement fait sensation dans le monde mu-
sical, de changer cette fois de manière et puis-
qu'il s'agissait d'un des plus grands maîtres de la
musique de donner dans deux ou trois concert":
successifs l'audition de quelques-unes des œuvres
marquantes du maître momois, de confier par
exemple, à quelques unes de nos meilleures socié-
tés chorales d'hommes l'exécution de ses chœurs
profanes ou religieux pour voix d'hommes, d\
opposer les excellents chœurs féminins de la So-
ciété de musique de Mons dans les œuvres écrites
pour voix de femmes, de réunir ensuite les deu>
groupes en un grand ensemble dans les composi-
tions pour chœurs mixtes, le tout coupé par les
compositions de musique de chambre, chanson!
italiennes ou françaises, madrigaux confiés à de;
artistes de choix. Il y avait là de quoi compose:
des programmes d'un intérêt supérieur, et c'eù
été la vraie façon de glorifier le grand maître
objet de la fête en le faisant revivre par se:
œuvres.
Les organisateurs de la « grande solennité mu
sicale » de Mons, comm« dit le programihr
officiel, n'ont pas été de cet avis. M. Van den Eedeii
a-t-il craint que les chefs-d'œuvre du vieux maîtn
ne parussent trop austères à ses auditeurs ? Il y ;
lieu de le croire. Envisageant d'une toute autn
façon le programme, il n'a songé qu'à lui-même e
à la cantate qu'il avait été naturellement chargi
de composer en sa qualité de directeur du Consen
vatoire de Mons. Aussi la « grande solennité mui
sicale » n'a été, en somme, qu'un festival Van dei
Eeden. J'avoue que j'aurais préféré qu'il resta
celui de Roland de Lassus, Il n'y aurait pas ei
de désillusion.
La cantate de M Van den Eeden n'est pa
bonne, et j'hésite d'autant moins à le dire qu
j'estime 'son talent et que je le sais capabl
de faire bien. Est-ce le navrant poème d
M H. Laroche, écrit dans une langue par tro
locale, et d'une composition plus que naïve, qui [
empêché M, Van den Eeden de s'élever au-dessu ,
du banal et de l'ordinaire? Quoi qu'il en soi''
LE GUIDE MUSICAL
551
poème et musique se conviennent, cette fois, et se
recouvrent parfaitement. Ce n'est pas qu'il n'y ait,
çà et là, quelques élans qui semblent promettre
un développement intéressant : mais le dévelop-
pement n'arrive pas. L'élan tourne court et tombe
à plat. M. Van den Eeden avait à sa disposition
un gros orchestre de cent vingt exécutants, des
chœurs mixtes exercés, comprenant cinq à six cents
chanteurs. Tout autre aurait cherché à tirer un
parti de ces masses sonores, il eût opposé les diffé
rentes catégories de voix, ménagé des con-
trastes par les oppositions de timbres et le carac-
tère des chants. M. Van den Eeden n'a vu que les
gros effets; ses voix, entonnant invariablement à
l'unisson, ne se divisent qu'à la strette qui mène à
la conclusion de la phrase, en un geste musical
toujours pareil. Nul essai d'une conduite savante
des voix à plusieurs parties. C'est monodique
comme une élégie pour cornet à piston et rythmé
comme une marche militaire, scandée à chaque
période par un coup de caisse. L'uniformité du
procédé est si choquante qu'on est tenté de croire
que l'œuvre est une improvisation hâtive. M. Van
den Eeden parait avoir attendu un grand effet
d'une sorte d'air populaire qui termine la cantate
et qui est destiné à être confié au carillon du bef-
froi de Mons. Malheureusement, on ne décide pas
d'avance qu'un air sera populaire. 11 le devient ou
ne le devient pas. Le Chant du carillon n'a pas porté,
malgré l'accumulation des effets de voix, de tim-
bales, de grosse caisse et de cuivres appelés à la
rescousse pour en augmenter l'effet. Ce qui n'a
pas empêché M. Van den Eeden de recueillir les
ovations de tradition en province en pareille occa-
sion, avec accompagnement obligé de lyres en
papier doré, de couronnes et de bouquets.
Et Roland de Lassus?
Il s'est trouvé réduit à la portion congrue dans
ce festival Van den Eeden. Et cependant la seule
impression artistique emportée de cette fête est
venue de lui, encore que M. Van den Eeden, pour
faire passer la polyphonie vocale du vieux maître
montois ait cru devoir l'encadrer de pièces instru-
mentales : les ouvertures de Don Juan et de Coriolan
et la chevauchée des Walky ries, c&We-ci venant
après le Miserere de Lassus ! Cette juxtaposition
seule d'œuvres si peu faites pour se trouver
ensemble était un manque de goût regrettable à
tous égards. Et quelle exécution, lourde, pâteuse,
sans âme et sans flamme !
De Lassus on nous a fait entendre trois œuvres
religieuses; Salve Regina, Regina Cœli, le Miserere
et trois petites chansons à quatre voix souvent
exécutées dans ces dernières années depuis que
les Chanteurs de Saint-Gervais à Paris, et l'A Capella
Koor d'Amsterdam ont rendu la vogue à l'ancienne
musique vocale. Encore l'une de ces petites
pièces, Belle qui tiens ma vie, sur un rythme de
pavane, n'est-elle pas de Lassus, mais d'un
anonyme du xvi" siècle. Convenez que M. Van
den Eeden n'a pas eu la main heureuse !
Bien qu'accompagnées de l'orgue et du quatuor
(arrangement de M. Van den Eeden), les œuvres
religieuses ont fait, par leur caractère grave et
leurs belles harmonies une très vive impression.
Mais les chansons à quatre voix, chantées d'ail-
leurs à ravir par le quatuor des solistes, ont fait
naturellement plus de plaisir. L'une d'elles.
Fuyons d'amour le jeu, a même été trissée, ce qui
indiquait que le public en eût volontiers entendu
davantage. Ces réserves faites, louons l'exécution
chorale, qui a été d'une justesse remarquable et
d'une très impressionnante ampleur de sonorité.
C'est merveille de voir avec quel à-propos ces
vieux maîtres maniaient les voix et avec quelle
plasticité, malgré l'extrême complication de la
figuration contrapontique, le timbre particulier et
le caractère de chacune d'elles sont mis en valeur.
Les chœurs, — excellents, — avaient été fournis
par le Conservatoire de Mons, la Société de mu-
sique et les autres sociétés de la ville; l'orchestre
était composé des professeurs et élèves du Conser-
vatoire renforcés par un fort contingent d'instru-
mentistes de Bruxelles. Il y avait là, en somme,
un ensemble de ressources permettant d'offrir au
public attiré par la circonstance, une fête artistique
exceptionnelle. Regrettons que l'on n'ait pas su en
tirer le parti désirable. Les solistes, tous artistes
maintes fois et justement applaudis, M"" Julia
Milcamps, Jeanne Flament, MM. Albert Moussoux
et Pieltain, ont été la seule joie de la fête dans les
petites pièces à quatre voix de Lassus. Volon-
tiers nous eussions donné toute la Cantate pour
quelques madrigaux supplémentaires.
M. KUFFERATII.
Les fêtes données à l'occasion du tricentenaire
de la mort de Lassus se sont continuées dimanche
et lundi, mais sans plus d'attrait artistique. Le
concours de chant d'ensemble n'a guère offert un
très vif intérêt, aucune des fortes sociétés du pays
n'y ayant pris part. Dans la division d'honneur, il
ne s'était même présenté qu'une concurrente,
l'Union chorale de Pâturages, à laquelle le jury a
accordé le premier prix à l'unanimité 1 II faut
d'ailleurs rendre hommage à la vaillance avec la-
quelle elle a chanté, sous la direction de M. J.
Duysburgh, le chœur imposé de M. Radoux,
Harmonies, composition d'une très belle allure et
d'une inspiration soutenue, et les Rêves, de M. Van
den Eeden, chœur à huit parties, d'une difficulté
énorme, œuvre d'ailleurs infiniment supérieure à
tous les points de vue à la cantate. Il est probable
que l'excellent choral de Pâturages ira faire en-
tendre ces deux œuvres à Anvers.
Vient de paraître : TRISTAN ET ISEULT, par
Maurice Kufferath, deuxième édition. En vente chez
Schott frères, Bru,xelles et G. Fischbacher, à Paris.
Prix ; 5 francs.
552
LE GUIDE MUSICAL
HAN8RICHTER ET FELIX MOTTL
A LONDRES
Londres, 2 juillet.
Heureusement remis de la douloureuse
et longue maladie qui l'avait frappé
.^....^ au début de l'année. H ans Richter
nous est revenu en pleine santé et en posses-
sion de toutes les remarquables facultés que
nous admirons en lui ; néanmoins sa maladie et
la perturbation qu'elle a jetée dans l'accomplis-
sement de ses multiples fonctions à Vienne
ont eu pour nous cette fâcheuse conséquence
que l'illustre chef d'orchestre a dû réduire à
quatre, le nombre des concerts qu'il vient
annuel'lement diriger ici, et qui étaient tradi-
tionnellement au nombre de neuf, —comme les
Muses.
Des œuvres qui ont figuré aux programmes
de ces quatre concerts, je ne veux retenir que
celles qui étaient nouvelles ou qui m'ont paru
le plus remarquables. A ce titre, je mentionne-
rai tout d'abord les Variations de Brahms sur
le Choral de saint Antoine de Haydn. Cette
œuvre, par la maîtrise de la facture, par l'in-
géniosité de l'invention, par le charme des
sonorités, compte parmi les meilleures que le
maitre de Hambourg ait produites. Bien qu'elle
date d'une vingtaine d'années déjà, elle est à
peine connue. JRichter l'avait déjà dirigée une
fois à ses concerts de Londres, mais l'ouvrage
avait alors été accueilli froidement, pour ne pas
dire négativement ; tandis que, celte fois, elle a
été accueillie de la façon la plus chaleureuse, ce
qui prouve que Richter s'entend à faire l'édu-
cation de son pubhc. Mais aussi, il possède,
comme personne, l'art de faire saillir de façon
si plastique les moindres détails du tissu poly-
phonique d'une œuvre que la compréhension
s'en impose à qui veut lui prêter son attention.
Le véritable triomphe de Richter a été, tou-
tefois, son exécution de la symphonie en ut
de Schubert, cette œuvre d'une « divine lon-
gueur », comme disait Schumann, et qui fait
paraître bien injuste l'épitaphe que GriUparzer
avait composée pour la tombe de Schubert :
La musique a inhumé ici un riche trésor,
Mais encore de plus riches espérances (i).
Cette symphonie est une œuvre de maîtrise
(I) Die Tonkunst begrub hier einen reichen Bcsi.z,
Aber noch schœnere Hoffnungen !
absolue qui égale ce que l'art musical possède
de plus parfait et de plus élevé.
L'exécution a offert un intérêt particulier,
parce que, pour la première fois, on a pu appré-
cier l'effet du dédoublement des parties d'ins-
truments en bois recommandée par Richter.
En général, il est toujours délicat d'apporter
des modifications, quelles qu'elles soient, à une
œuvre d'art ; mais, cette fois, il faut reconnaître
que l'effet du dédoublement imaginé par
Richter a été profitable à l'œuvre. On ne peut
oublier que Schubert lui-même n'avait- jamais
entendu son œuvre à l'orchestre ! Peu après sa
mort, en 1828,1a Société des amis de la musique,
à Vienne, en fit une lecture, mais elle fut dé-
clarée inexécutable et remisée dans les cartons.
Elle n'eut pas plus de bonheur en 1842, au
Conservatoire de Paris, les exécutants s'étant
refusés, après la première partie, à continuer la
lecture, malgré Habeneck,et bien que, sous l'im-
pulsion de Schumann, elle eût eu déjà en 1839,
au Gewandhaus, à Leipzig, plusieurs exécutions
avec un succès énorme.
Dans les orchestres, tels qu'il existaient à
Vienne du temps de Schubert, et par lesquels il
avait entendu exécuter ses symphonies, il n'y
avait guère qu'une demi-douzaine de premiers
violons. Il est tout naturel qu'avec nos orchestres
actuels où le quatuor est quadruplé, en conser-
vant les instruments en bois simples, tels que
les a écrits Schubert, une disproportion devait se
produire, et l'on ne peut qu'approuver la modi-
fication proposée et essayée avec un incontes-
table succès par Richter. ,
Une nouveauté aux programmes a été
l'ouverture intitulée Carnaval de Dvorack, la
deuxième des trois ouvertures que le maître
tchèque a publiées récemment et qui devait
former avec les deux autres intitulées : Dans la
Nature (op. gi) et Otello (op.gSjjUn seul tout,
une sorte de symphonie. C'est sur le désir de
son éditeur que les trois pièces ont été dis-
jointes et publiées séparément. Ce Carnaval,
d'ailleurs, se distingue plus par son orchestra-
tion brillante que par la profondeur ou l'origi-
nalité des idées. Il s'y rencontre de très frap-
pantes réminiscences de Wagner (Bacchanale
du Tannhœuser) et de Berlioz.
Il fut un temps où le concerto de piano en ré
mineur de Rubinstein me plaisait énormément ;
mais il y a longtemps de cela ! On ne reste pas
éternellement jeune.
Aujourd'hui cette composition m'a paru bien
fade et démodée, avec ses nombreux et multi-
colores passages à effet, ses réminiscences
mendelssohniennes, schumanniennes et cho-
LE GUIDE MUSICAL
553
pinesques. Bref, une beauté fanée. C'est le
jeune pianiste Joseph Hofmann, qui naguère
fit quelque sensation comme enfant prodige,
qui a joué ce concerto. Heureusement pour
lui, il fut retiré à temps de la carrière de vir-
tuose enfant, et à l'école de de Rubinstein,
il s'est développé et est devenu un pianiste
tout à fait remarquable sous le rapport du
mécanisme. II m'a semblé, toutefois, que les
facultés de virtuose dominaient pour le moment
en lui plus que les facultés expressives et
artistiques.
Sans vouloir repousser en principe l'exécu-
tion de fragments wagnériens dans les con-
certs, je crois cependant devoir exprimer la
lassitude que produit l'abus que l'on fait de
pareilles exécutions fragmentées. Le pire, c'est
qu'on nous donne toujours les mêmes frag-
ments dans les concerts Richter. A l'époque
où cette entreprise fut fondée, — il y a quel-
que dix ans, — les fragments des partitions
wagnériennes, de Tristan, des Maîtres Chan-
teurs, de l'Anneau du Nibelung a.v&ient une
raison d'être, parce que ces œuvres même,
n'étaient pas au théâtre. Maintenant que, tous
les ans, à Drury Lane et à Covent-Garden, le
public peut voir les œuvres intégrales, il serait
à désirer qu'on les laissât dans leur cadre. En
ce qui concerne particulièrement les fragments
de Parsijal, l'expérience faite avec la musique
de Marche et la scène de la cérémonie du
Graal a démontré, une fois de plus, qu'ils ne
conviennent nullement pour le concert. L'or-
chestre qu'on voit devant soi, le chœur de
dames et des messieurs en toilette de soirée et,
dans le fond, émergeant au-dessus des têtes des
exécutants, un appareil en forme de gibet pour
les cloches, tout cela vous enlève l'indescripti-
ble et mj'stérieuse impression qui s'empare si
complètement de l'auditeur à Bayreuth. A la
fin de ce long fragment, l'applaudissement très
mou du public indiquait qu'il était plutôt las
que ravi. La symphonie en re mineur de Schu-
mann qui succédait aux scènes de Parsifal, a
produit l'eflet d'une ondée rafraîchissante dis-
sipant de lourdes nuées d'orage.
Combien plus instructifs, combien plus
agréables pour le public seraient ces concerts si,
au lieu de cette olla prodrida de fragments
dramatiques, on lui offrait un choix raisonné de
compositions symphoniques, anciennes ou mo-
dernes, sous la direction du premier chef d'or-
chestre des temps présents ! La faute n'en est
pas à Hans Richter. Il a les mains liées par les
organisateurs de ses concerts, qui se retranchent
derrière les intérêts financiers de l'entreprise et
le conservatisme du public anglais, pour main-
tenir ces pratiques erronées.
Voici, par exemple, le programme du dernier
concert de Hans Richter :
Ouverture de TannJiœuser ; prélude du troi-
sième acte des Maîtres Chanteurs ; prélude et
mort d'Isolde de Tristan; Chevauchée des
Walkyries ; symphonie en ut mineur de Bee-
thoven. Depuis dix ou douze ans, ce pro-
gramme revient périodiquement, stéréotypé
pour ainsi dire ! Cela suffirait pour enlever tout
appétit musical, pour refroidir le plus chaud
enthousiasme même vis-à-vis des prodiges d'art
d'un homme tel que Hans Richter.
Nous avons eu aussi, grâce à l'initiative d'un
imprésario actif, la satisfaction de voir ici au
printemps, Félix Mottl, qui a dirigé notamment,
le 22 mai, un concert à la mémoire de Wagner.
Ce concert s'ouvrait, chose assez étrange, par
l'ouverture de Benvenuto Cellini et par deux
parties de Roméo f.t Juliette de Berlioz. Du
vivant de Wagner, on ne lui eût pas probable-
ment fait grand plaisir en les lui jouant pour
célébrer son jour de naissance. Ce qui a le plus
intéressé ici, c'a été d'entendre, sous la direction
du célèbre capellmeister de Carlsruhe, deux
œuvi es symphoniques que Richter fait enten-
dre annuellement : la symphonie en ut mineur
de Beethoven et le Siegfried Idyll de Wagner.
Mottl, — je le dis tout de suite, — m'a paru de
nouveau un des plus grands chefs d'orchestre,
le plus chaleureux, le plus délicat, le plus
génial ; et cependant il n'est pas encore Hans
Richter. Mottl nous donne des effets d'ombres
et de lumière, des nuances àe piano et de forte,
de crescendo et de diminuendo plus plastiques
que Hans Richter. Ainsi, le long crescendo dans
la coda du scherzo de la symphonie, allant de
l'extrême limite d\x pianissimo jusqu'à l'extrême
limite du fortissimo à l'entrée du finale, était
un trait de virtuosité orchestrale comme jamais
je n'en ai entendu. Mais l'impression qui m'en
est demeurée est qu'il s'agissait avant tout ici de
réaliser, un des effets \es-p\\is difficiles à obtenir
de l'orchestre. Avec Richter, en revanche, on n'a
jamais l'impression de la difficulté vaincue;
tout s'enchaîne et se déduit chez lui de la façon
en apparence la plus naturelle et la moins
factice ; et quand le morceau est terminé, on a
la sensation que, de la façon la plus parfaite,
l'idéal artistique ait été atteint. A cette occasion,
j'ai éprouvé aussi de nouveau plus vivement
à quel degré supérieur Richter possède la
faculté de rendre les œuvres qu'il dirige de
façon à donner l'impression d'un seul inter-
prète jouant d'un seul instrument. De là le
554
LE GUIDE MUSICAL
charme incomparable de sa direction, le fondu
des rythmes, des altérations de mouvement, des
dégradations dans le volume du son, en un
mot, dans les nuances de tout genre. On a
ressenti cela tout particulièrement dans l'exé-
cution du Siegfried Idyll qui, sous la direction
de Mottl, n'a pas atteint, de loin, le charme
que Richter donne à ce ravissant poème.
Dans une prochaine lettre, je vous dirai
quelques mots des concerts qui ont eu lieu
pendant la season qui touche à sa fin.
E.S.
CHRONIQUE DE LA SEMAINE
PARIS
^E Guide Musical manquerait à tous ses
devoirs s'il ne partageait pas la vive
S3?mpathie, la douleur qu'a provoquées
si vivement en France et à l'étranger la mort
tragique de M. le Président de la République
Sadi Carnot.
D'autres ont narré les vertus du grand
citoyen, de l'homme intègre, plein de bonté
qui vient de mourir, — comme il a été si bien
dit, — au champ d'honneur. Dans notre milieu,
nous rappellerons que M. Sadi Carnot fut un
protecteur des muses.
L'élu d'une grande nation se doit non seule-
ment à la politique, mais à l'art. Il s'évertue
plus ou moins à remplir ses devoirs dans ces
deux sphères ; mais il faut avouer qu'en ce qui
concerne la dernière, tous ceux qui sont arrivés
au pouvoir ne se sont pas toujours montrés à
la hauteur... d'un roi de Bavière : c'est que,
s'ils comprennent la nécessité de protéger les
arts, ils n'en saisissent pas les beautés merveil-
leuses et ne sont point des pratiquants. Sans
avoir eu à jouer un rôle comme celui du roi
Louis II vis-à-vis de Richard Wagner, le pré-
sident Sadi Carnot et sa famille s'intéressaient
vivement aux choses artistiques. Ils ne man-
quaient jamais d'assister à l'ouverture de toutes
les Expositions de peinture et de sculpture, et
recevaient à l'Elysée les maîtres contemporains.
Le 21 juin dernier, M. Carnot donnait à la
Présidence un déjeuner exclusivement composé
de littérateurs et d'arlistes : lui et M™^ Carnot
étaient fiers, on le voyait, de s'entretenir avec
l'élite de la nation, celle qui porte haut à
l'étranger la gloire de notre drapeau. Ce fut
leur dernière fête intime.
Au point de vue musical, ils accusaient l'un
et l'autre des tendances encore plus marquées,
plus significatives que pour les arts plastiques.
N'a-t-on pas rappelé qu'en 1864, M. Sadi
Carnot, qui venait de s'installer à Annecy, avec
sa jeune femme, comme ingénieur des ponts et
chaussées, occupait une maison d'où la vue
s'étendait sur les hautes et fières montagnes
qui venaient se refléter dans les eaux d'azur du
beau lac : souvent, par les fenêtres entr'ou-
vertes, on entendait le piano de M™« Carnot,
qui venait apporter une charmante diversion
aux travaux sérieux de son mari. Certaines
soirées étaient consacrées à la musique de
chambre.
A Paris, on les voyait souvent dans la loge
présidentielle, au Conservatoire national de
musique. Ils prenaient un réel et vif plaisir à
ouïr les belles pages des maîtres : Beethoven,
Mozart, Berlioz, Schumann, R. Wagner — et
les modernes.
Nous pourrions enfin, si nous ne craignions
d'avoir l'air de chercher un prétexte à réclame,
qui est bien loin de notre pensée, citer le nom
de telle Revue musicale à laquelle était abonnée
la famille Carnot.
Nous sommes donc l'interprète de tous les
lecteurs du Guide Musical en adressant, à la
veuve éplorée et à sa famille, l'expression de
nos respectueux et sympathiques hommages.
Hugues Imbert.
Le ministre des travaux publics a nommé
récemment une commission chargée d'étudier
les moyens d'installer d'une façon pratique
l'orchestre du nouvel Opéra-Comique. Cette
commission vient de se réunir pour la première
fois, sous la présidence de M. Jules Comte,
directeur des bâtiments civils.
Après une discussion, à laquelle ont pris
LE GUIDE MUSICAL
555
paît divers membres de la commission, on a
décidé qu'il fallait donner à la disposition à
adopter, « le plus d'élasticité possible », sui-
vant l'expression de M. Camille Saint-Saëns,
c'est-à-dire qu'il fallait chercher une installation
permettant déplacer tour à tour, et suivant les
nécessités du répertoire, les musiciens sous
la scène ou tout près du public.
Un rapport dans ce sens va être élaboré ; la
rédaction en a été confiée au compositeiu
Charles Widor. M. Widor s'aidera, en cette
occasion, des plans et des travaux fort complets
que M. Bernier, l'architecte du nouvel Opéra-
Comique, a exécutés au cours d'un récent
voyage qui lui a permis d'étudier avec soin les
dispositions des orchestres les plus modernes
des scènes étrangères, particulièrement ceux
de Bayreuth et de Francfort.
T
Vous verrez qu'on finira par plaindre ce
pauvre M. Carvalho!... il a vraiment à la fia
trop peu de chance.
Il voulait engager M"^ Emma Calvé pour la
saison prochaine, ei. la cantatrice, après un très
petit nombre de représentations à l'Opéra-
Comique, entrera à l'Opéra ; il voulait aussi
monter la Navarraise de MM. Jules Claretie,
Caïn et Massenet... — Or, c'est justement dans
la Navarraise que MM. Bertrand et Gailhard
feront débuter M'i'^ Calvé sur notre première
scène lyrique, vers le mois de mars iSgS.
Dans son désespoir bien naturel, M. Car-
valho a juré de faire un coup d'audace : de
reprendre Zanipa... peut-être aussi la Dame
blanche, et cet homme étonnant le fera comme
illedit!
A l'Opéra, les études d'Ottelo sont commen-
cées. Mn"^ Rose Caron, qui va partir en congé
ces jours-ci, a pris des leçons toute la semaine
durant, pour son rôle deDesdémone. M. Saléza
a étudié pareillement le sien.
Il paraît qu'il y aura l'année piocliaine des
représentations italiennes à Paris.
Il y a un an environ, M. Edouard Sonzogno,
le fameux éditeur milanais, fit part à M. Théo-
dore de Glaser, l'agent théâtral bien connu, du
projet qu'il nourrissait de confier, comme
autrefois, l'interprétation d'ouvrages italiens à
des artistes italiens, sur un théâtre de Paris.
On se rappelle qu'en 18S9, lors de l'Exposi-
tion, M. Sonzogno fit une entreprise semblable
au théâtre de la Gaîté, et qu'auparavant il avait
déjà donné à Vienne et à Berlin des représen-
tation des œuvres de son répertoire d'éditeur
avec la Belleincioni, Stagno, et un ensemble
d'artistes du cru.
Après avoir longuement étudié la question,
ces messieurs ont pris, mercredi soir, les réso-
lutions suivantes : Du i5 mai au 16 juin iSgS,
une troupe, engagée par M. Sonzogno, donnera
des représentations d'ouvrages italiens non
encore entendus à Paris et choisis parmi les
œuvres des jeunes compositeurs tels que '
MM. Leoncavallo, Mascagni, etc. Dans cet es-
pace d'un mois, on consacrera une huitaine de
soirées à dix ou douze opéras nouveaux. Les
mêmes spectacles seront donnés deux ou trois
fois au plus.
L'orchestre et les chœurs, environ i5o per-
sonnes, les costumes et les décors seront em-
pruntés au théâtre international de Milan, dont
M. Sonzogno est le directeur. M. Sonzogno étant
également propriétaire des théâtres de Merca-
dante et de San-Carlo, à Naples, ainsi que de
la P rgola, à Florence, recruterait les artises
dans les troupes de ces quatre théâtres.
On divine aisément que le transport de tous
ces éléments réunis nécessitera des frais énor-
mes !
Voici le résultat définitif du concours pour
le Grand Prix de Rome :
Premier Grand Prix : M. Rabaud, élève de
M. Massenet. — Interprétation de la cantate,
par M">« Carrère, MM.Vaguet et Douaillier, de
l'Opéra.
Deuxième Grand Prix : M. Letorey, élève
de M. Théodore Dubois. — Interprétation :
M'ie Marcy, MM. Drouville et Ballard.
Mention honorable : M. Mouquet, élève de
M. Théodore Dubois — Interprètes : M"« Blanc,
MM. Lefeuve et Bartet.
— Résultat des concours à huis-clos du Con-
servatoire pour le concours de solfège des
élèves du chant.
Jury composé de MM. A. Thomas, président,
Ch. Lenepveu, Samuel Rousseau, Salomé, de
la Mux,Weckerlin,Canoby, Barthe et Gastinel.
Classes d'hommes : 14 concurrents. Pas de
premières ni de deuxièmes médailles. Troi-
sièmes médailles : MM. Edwy et Huberdeau,
élèves de M. Danhauser; — Dantu, élève de
M. Villaret.
Classes de femmes : 26 concurrentes. —
Premières médailles : M"" Dreux, élève de
MM. Vidal et Mouzin; Favier, élève de
556
LE GUIDE MUSICAL
M. Mangin; Tasso, élève de MM. Vidal et
Mouzin.
Pas de deuxièmes médailles.
Troisièmes médailles : M''^^ Flodin et
Robert, élèves de M. Vidal et de M. Mouzin.
— L'Académie vient de décerner le prix Kast-
ner-Boursault (2,000 francs), destiné à récom-
penser le meilleur ouvrage de littérature musi-
cale paru dans les deux dernières années. Ce
prix a été partagé entre M. Julien Tiersot pour
son livre : Rouget de Lisle, son œuvre, sa vie,
et MM. A. Soubies et Ch. Malherbe, pour leur
Histoire de F Opéra-Comique . Tous nos com-
pliments à nos confrères.
L'Association des artistes dramatiques a fait
remettre la lettre suivante à M"<= Carnot :
Madame,
Le Président et les membres du Comité de
l'Association des artistes dramatiques vous prient
d'agréer l'hommage attristé de leur plus respec-
tueuse sympathie devant l'épouvantable malheur
qui vous frappe.
Ils sont certains, d'ailleurs, d'être les interprètes
de la grande fajnille artistique, qui ne peut pas
oublier la bienveillance de l'homme éminent que
l'Europe pleure en ce moment.
Signatures du président et des membres du comité.
On trouvera dorénavant à acheter le GUIDK
MUSICAL au numéro, non seulement à la librairie
Fischbacher, 33, rue de Seine, mais encore à la
librairie Brasseur, Galerie de l'Odéon.
BRUXELLES
Ci-dessous les résultats des concours du Con-
servatoire. Le nombre exceptionnellement con-
sidérable des lauréats nous force à restreindre
nos appréciations, en nous bornant à quelques
observations.
Vendredi 22 juin, contrebasse et alto (pro-
fesseur, M. Eeckhaute) : un seul concurrent :
M. Peeters, i"^"" prix (avec distinction). Alto
(professeur, M. Van Hout) : !«■■ prix (avec dis-
tinction), M. Ecrepont; ler prix, M. Van den
Bossche; 2'^ prix (avec distinction), M. Lem-
pers; 2^ prix, M. Meses. Concours très satisfai-
sant.
Le même jour, à 3 heures, violoncelle :
i^r prix (avec la plus grande distinction),
Mlle Kufferath; ii^f prix, MM. Treichler et De
Bruyn); 2*= prix (avec distinction), Mi''= Ruegger
et M. Lœwensohn; 2«= prix, MM. Blaes, Gail-
lard et Fohstrœm ; accessit, MM. Bonnin et
Doehaerd.
Séance interminable, — quatre heures! —
mais fort intéressante quand même. Mii<= Kuffe-
rath n'est plus inconnue pour notre public ; ses
excellentes qualités se sont brillamment déve-
loppées; c'est maintenant une virtuose accom-
plie, alliant à une technique sérieuse, de rares
facultés d'interprétation. A noter aussi Mi''^
Ruegger, qui promet beaucoup.
Lundi 25 juin, musique de chambre. Ce
concours est d'une importance considérable au
point de vue artistique pur, en ce sens que la
virtuosité proprement dite n'y joue qu'un rôle
secondaire. Professeur : M™= Zarembska. Trois
concurrentes, témoignant toutes trois d'excel-
lentes qualités stylistiques.
1" prix. Mils Huygens ; 2<= prix (avec distinc-
tion), Mii'= Raboux ; accessit, MH^ Doperé.
Mercredi 2"] piin, orgue. Très sérieux, les
concours d'orgue, autant par la valeur des
concurrents que par le goût scrupuleux qui
avait présidé au choix des œuvres interprétées,
du Bach, nu Haendel, du Mendelssohn, —
toute la lignée. Exécutions superbes.
Résultats : i^"' prix (avec distinction) à MU^
Delmotte,plus l'allocation du prix Mailly, fondé
par l'oncle du professeur et consistant dans le
revenu d'une somme de cinq mille francs
léguée à l'Académie.
i<=r prix (avec distinction), M. Chalk; I" prix,
M. Dusoleil ; accessit, M. Van Dyck.
Vendredi 2g juin, piano (demoiselles). Prix
Laure Van Cutsem. Séance palpitante, comme
toujours. MM. Wouters et Gurickx ne présen-
taient que cinq élèves, triées sur le volet. Grand
succès pour M"* Abraham, une jeune Anglaise
possédant, comme toutes les élèves de M. Wou-
ters, une technique très sérieuse, à laquelle elle
joint un style peut-être un peu froid, mais
extrêmement distingué. MH'^ Leclercq n'a dû
son échec, — relatif, — qu'à son extraordinaire
nervosité.
Résultats : i^'' prix (avec distinction), MH^
Abraham, élève de M. Wouters; 2° prix (avec
distinction), Mi'^ Pousset, élève de M. Wouters;
2« prix. M"*: Doperé, élève de M. Gurickx; '
rappel avec distinction du 2'= prix, M "'^Leclercq,
élève de MAVouters; i^r accessit, M'i<= Doelman,
élève de M. Wouters.
Le prix Van Cutsem a été remporté, — on
s'y attendait, — par Mi'e Voué, la toute jeune
et remarquable artiste qui a fait sensation l'an
dernier; sa concurrente, MH^ Mertens.a obtenu
également un succès très honorable.
Samedi 3o juin, piano (hommes 1. Le con-
cours de la classe de M, De Greef a été, cette
année, vraiment superbe. L'un des côtés les_
LE GUIDE MUSICAL
557
plus remarquables de l'enseignement de M. De
Greef, est le soin qu'il met à développer chez
ses élèves la personnalité naissante. Outre leur
prestigieux mécanisme, les quatre concurrents
ont témoigné chacun d'une personnalité telle-
ment tranchée que l'interprétation de chacun
d'eux présentait avec celle des autres concur-
rents le plus frappant contraste; les suffrages
du public, — comme ceux du jury, - ont été
au jeu sobre et très pondéré de M. Cluytens.
Résultats : i'^'' prix (avec la plus grande dis-
tinction), M. Cluytens; 2'=prix(avec distinction),
MM. Bosquet et Barat ; 2° prix, M. Putzeys.
Lundi 2 et mardi 3 juillet, violon. Trente
concurrents, répartis en trois classes ! N'est-ce
pas effrayant ? On se demande où nous mène
cette pléthore de violonistes, et s'il n'y aurait
pas lieu d'enrayer le mouv-ement par quelque
sage mesure, comme l'imposition d'un morceau
de concours un peu plus difficile qu'un concerto
de Viotti, par l'obligation d'une lecture à vue
en public, — que sais-je ? Combien, en effet, —
à pai't le petit Muller, qui n'est qu'un enfant,
M'ies Ruegger et Schmith, M. Ten Hâve et un
ou deux autres, — combien de véritables na-
tures parmi ces ménétriers? M. Ten Hâve, le
vainqueur du tournoi, a fait preuve, dans la
Fantaisie écossaise de Max Bruch, d'une vir-
tuosité et d'un brio qui sont plus qu'une pro-
messe. Au surplus, voici la liste des munifi-
cences du jury :
i" prix (avec la plus grande distinction),
M. Ten Hâve, élève de M. Ysaye. — i^^ prix
(avec distinction), M'-'^ Smith, élève de M. Cor-
nélis; M. Walther, M""^ Ruegger, élèves de
M. Colyns. — l'^^p^ix^ MM. Maurage, élève de
M. Ysaye; Danhieux, Pennequin, élèves de
M. Colyns; Hans, élève de M. Cornélis ; Mo-
renhant, Dubois, M''^^ Dongrie, élèves de
M. Ysaye; MM. Somers, élève de M. Colyns;
Mars, élève de M. Cornélis ; Vengoecher, élève
de M. Ysaye; Prabrion, élève de M. Cornélis;
De Herdt, Mi'^ Macquard élèves de M. Colyns.
2^ prix, M. Muller, élève de M. Cornélis;
M.Gofiîn Prumi, élève de M. Colyns; M"« Heu-
reux, M. Rohn, élèves de M. Cornélis; MM.
Bracki, Josy, élèves de M. Colyns.
I" accessit, M. Mainil, élève de M. Colyns ;
Mi'es l'aternostre, élève de M. Cornélis; Pisart,
élève de M. Ysaye; Lebleu, BoUé, M. Burton,
élèves de M. Cornélis.
Mercredi 4 juillet, harpe. M. Meerloo pré-
sentait quatre concurrentes. Mi'e Baré, une
jeune fille de treize ans, a remporté un éclatant
succès, motivé par d'exceptionnelles qualités.
Résultats : Mil»: Barré, i'^'' prix (avec distinc-
tion); M''-^ Kufferath, i" prix; M"» Hudalgo,
2° prix (avec distinction) ; M"o Devigne, 2'' prix.
Vendredi 6 juillet, chant théâtral. M. De-
mest ne présentait que trois élèves. Cependant,
et indépendamment des qualités individuelles
de chacun des concurrents, le concours est un
véritable succès pour le professeur, dont
c'était les débuts à Bruxelles. Tout le monde
a admiré la facilité absolue de la respiration et
de l'émission, l'aisance et la fermeté des voix,
la pureté du style et surtout la belle articulation
particulière à M. Demest. M. Maas, une très
belle basse, a obtenu le premier prix, et
M. Duquesne, un ténor d'une voix un peu
blanche, le second prix avec distinction. Le
jury s'est peut-être montré d'une sévérité
excessive envers M. Devaux, l'autre ténor, qui,
bien que doué d'un réel tempérament de chan-
teur, n'a pas reçrf la moindre distinction, pas
même un rappel.
L'après-midi du même jour, le jury a témoi-
gné, au contraire, une indulgence outrée en
accordant un premier ou un second prix à toutes
les élèves (demoiselles) présentées par M'ii^
Warnots et M™<= Cornélis : en tout, seize con-
currentes ! Concours assez médiocre dans l'en-
semble. En dehors de ces qualités d'acquis et
de facilité qui sont l'apanage de toute élève
joignant à un travail sérieux une certaine faculté
d'assimilation et d'imitation, on n'a remar-
qué qu'une seulejeune fille dont le goût parfait,
la justesse de style évidemment spontané et
personnel attestent les mériter à porter le
titre d'artiste : c'est M}^'^ ]. Merck, douée d'ail-
leurs d'une voix charmante, d'un timbre extrê-
mement sympathique. Aussi la décision du
jury, accordant à M"" Merck un 2^ prix avec
distinction, est-elle absolument inexplicable.
Pour le surplus, il existe un contraste assez
frappant entre les élèves de M""^ Cornélis et
celles de M"": Warnots, contraste généralement
à l'avantage de cette dernière. On peut repro-
cher aux élèves de M""^ Cornélis une émission
pénible, qui met tout le corps en mouvement,
et des oppositions de nuances d'une fatigante
exagération. Ci, les résultats : i^r prix avec la
plus grande distinction, M"^ Goulancourt et
Callemien (celle-ci a chanté le récit de Sieglinde
au premier acte de la Walkyrié) ; i^"' prix,
Mlles Bolle, Artot (en grand progrès) et Del-
liaye; 2'^ prix avec distinction, M"« Merck;
2'= prix (rappel), M'i^s Gahide et Staquet ; 2'= prix,
Mlles Wilmet (la prière de Tannhœuser, tout en
demi-teinte), Vindevogel, Friche (un contralto
à l'émission bizarre et très gutturale), Dutilh,
Duchatelet (soprano dramatique, très jolie voix).
558
LE GUIDE MUSICAL
Delmée, Braive et Coomans. Le jury, afin de
hâter les opérations, avait supprimé la moitié
des morceaux en faisant interpréter seulement,
au gré des concurrentes, soit le morceau imposé,
soit le morceau au choix. Sauf M"es Braive et
Artot, toutes ont naturellement chanté leur
morceau au choix.
Le concours de tragédie et comédie aura lieu
le vendredi i3 (!) juillet.
•$•
Un détail rétrospectif intéressant sur les
concours de violon du Conservatoire do Bru-
xelles : M. Maurage, l'un des premiers prix de
la journée de mardi, a joué les Variations de
Joachim sur un instrument célèbre : le violon
Hercule de Stradivarius, obligeamment mis à
la disposition du jeune virtuose par un collec-
tionneur émérite, M. Paul Nothomb, procureur
du Roi, à Marche.
"P.
'Le Moniteur du 2 juillet a publié une série
de promotions et nominations dans l'ordre de
Léopold.
Sont promus officiers : MM. H. -F. Kuffe-
rath, professeur de contrepoint au Conserva-
toire royal de Bruxelles ; Alphonse Mailly,
professeur d'orgue.
Sont nommés chevaliers: MM. P. Claeys,
critique d'art musical à Gand ; Arthur De
Greef, professeur de piano au Conservatoire
de Bruxelles ; Guillaume Guidé, professeur de
hautbois au Conservatoire de Bruxelles ; Jehin-
Prume, violoniste à Québec; Octave Maus,
directeur de la Libre Estliétiqiie ; Alphonse
Van Ryn, critique d'art à Anvers; J. Vienne,
professeur au Conservatoire de Bruxelles.
Félicitations !
Le temps, jusqu'ici, n'a guère été favorable aux
auditions quotidiennes de bonne musique que la
Société des concerts du Waux-Hall donne en l'en-
clos ombreux du Parc.
C'est à peine si les instrumentistes de la Mon-
naie ont pu mettre à profit, en deux mois, quelques
belles soirées, pendant lesquelles ils ont fait enten-
dre au public M"" Julia Milcamps, M'" Berthe
Chainaye, M™" Drabbe-Beauvais, le violoncelliste
Merck, le baryton De Backer, M™" Bon voisin, la
falcon du Théâtre des Arts, de Rouen; M""" Sca-
ron-Ceuppens.
Voici heureusement que les beaux jours s'annon
cent. Souhaitons qu'ils se multiplient et que les
artistes du Waux-Hall soient récompensés de leurs
peines.
'I'
M. Ed. Jacobs, l'éminent violoncelliste, est
parti, jeudi dernier, pour la Russie, oii il va, pen-
dant deux mois et demi, charmer les oreilles
slaves.
Le renommé professeur de violoncelle est très
populaire sur les bords de la Neva, où il a cou-
tume de se rendre tous les deux ou trois ans.
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — Nous avons eu, à l'Exposi-
tion, plusieurs auditions musicales très
réussies. C'est la section allemande qui a ouvert la
série des récitals.
D'abord, c'était M™' Fischer-Sobell, l'excellente
pianiste déjà entendue au deuxième concert
extraordinaire de symphonie; puis nous avons eu,
tout dernièrement, M. P. Litta, le pianiste bruxel-
lois très connu. Ces deux artistes, aux qualités
pianistiques très opposées, mais fort appréciables,
ont interprété diverses œuvres de Beethoven,
Chopin, Liszt, Weber, etc.
M"" Fischer-Sobell a également donné ime
séance intéressante, avec le concours de M. Ma-
riën, violoniste, et de M. Fischer, ténor. Malheu-
reusement, cette séance, dont le programme
appelait à l'intimité, s'est donnée dans la salle des
fêtes, devenue depuis peu la demeure de nom-
breux moineaux, dont le petit cri aigu se mêle
d'une façon persistante aux accords du piano!
Mais, ce désagrément n'et^it-il pas existé, la déli-
cieuse sonate en ui mineur de Grieg pouvait diffi-
cilement porter dans cette immense salle. C'était
vraiment regrettable, car l'œuvre a eu de bons
interprètes. M™" Fischer a brillamment enlevé une
Polonaise et quelques études de Chopin. Les Lieder
de Schumann, ces perles du genre, ont été ren-
dus par M. Fischer avec assez de sécheresse.
Arrivons maintenant à la fête américaine : cor-
tège suivi d'un grand concert, sous la direction du
célèbre compositeur M. S. G. Pratt, avec le con-
cours de M""^ Rosa Linde, cantatrice de New-
York. La mise en scène habituelle à toute organi-
sation américaine : l'orchestre symphonique de
l'Exposition doublé de la musique du S** régiment
de ligne; puis, un chœur de dames de la ville et
quelques chanteurs (hommes).
A voir l'estrade ainsi brillamment occupée, on
pouvait se faire un moment illusion en croyant
assister aux apprêts d'un festival rhénan ! Les
premiers accords de l'interminable ouverture que
M. Pratt écrivit pour la célébration du cente-
naire de l'indépendance américaine ont vite
dissipé ce beau rêve. Puis est venue une composi-
tion bien américaine : Fantaisie descriptive de la
guerre civile en Amérique. — Le titre seul nous
dispense de toute analyse.
Le succès a été aux chansons populaires, et
c'était justice. Les chœurs (dames) ont fait plaisir
dans la chanson : The old folks ai home; puis,
M™- Rc'sa Linde a charmé l'auditoire par sa diction
simple et touchante de My old Kentucky home. Lors-
que, dans la seconde partie, la cantatrice a voulu
dire l'air de Samson et Dalila, ily a eu déception com-
plète. Douée d'une excellente voix de contralto.
M""' R. Linde aurait pu, sous la direction d'un
professeur habile, arriver à de beaux résultats.
LE GUIDE MUSICAL
559
Une jeune harpiste de notre Ecole de musique,
M"'' Zellien, a fait entendre une fantaisie de
Hassehnans. Succès sympathique et mérité, quoi-
que la sonorité de la harpe ait été reconnue fort
mince pour la grande salle.
Nous avons un plaisir extrême à annoncer la
nomination de notre concitoyen M. E. Wambach
au poste de maître de chapelle de la cathédrale.
Ce choix est des plus heureux ; non seulement
M. Wambach s'est fait connaître par des œuvres
remarquables, Yolande, Blaiichefloye, et dernièrement
Méhtsine, mais encore dirige-t-il avec talent le
Cercle symphonique, dont les concerts au Jar-
din zoologique ont à souffrir de la concurrence
momentanée de l'Exposition.
Un festival flamand se prépare pour le i5 cou-
rant à Ostende, sous la direction de Peter Benoit,
qui compte y faire entendre des fragments de son
M«7(V/ ainsi que son Hymne â la beauté. Les solistes
seront : M""' Soetens-Flament et M. Henry Fon-
taine. A. W.
DRESDE. — Celte année-ci, les vacances de
l'Opéra, déjà si réduites, sont diminuées
de quelques jours. Clôture le i'"' juillet, après la
représentation de Freyschutz; reprise le 38 du
même mois, en pleines canicules. Siegfried et le
Crépuscule des dieux ont suivi la Walkyrie. M. Anthes,
très bien au premier acte de Siegfried, n'a pu sou-
tenir le rôle jusqu'à la fin. Heureusement que
M"" Malten iBrunnhilde) est de force à supporter
bien d'autres charges. Quelle vaillance! quelle
ardeur infatigable! M. Gudehus lui a donné la
réplique dans le Crépuscule des dieux. Nous aurons,
pendant plusieurs mois d'hiver et de printemps, ce
ténor qui a le mérite de connaître à fond la scène
et les opéras de Wagner. Dans Rienzi, M'I'' Bos-
senberger a été une charmante Irène, et M"" von
Chavanne un sympathique Adrien Le maintien de
son cheval, effarouché par les violentes sonorités
de l'orchestre, n'était pas la moindre préoccupa-
tion du grand tribun romain. M. HofmûUer a
répondu à l'appel de M. le Possart, directeur des
théâtres royaux de Munich. Il chantera David à
Munich. Alton.
LIEGE. — C'est à l'excellent orchestre de la
Société royale d'Acclimatation, dirigé par
son fondateur, M. O. Dossin, secondé par son col-
lègue, le corniste, M. Lejeune, qu'est réservé le
soin, en celte période estivale, de secouer la tor-
peur de nos amateurs de musique.
Ce n'est pas facile besogne que d'établir, chaque
soir, un programme éclectique et, en le variant
sans cesse, d'aboutir néanmoins, à une exécution
très souvent artistique.
Cependant, malgré l'extrême variété d'oeuvres
choisies dans toutes les écoles, et l'apparition de
nombreuses nouveautés, les habiles lecteurs dont
est formée cette infatigable phalange atteignent,
sous la direction respective do leurs chefs et sans
répétitions suivies, à un réel ensemble et à une
réalisation remarquable.
Citons comme exemple le programme très
moderne du concert donné mardi dernier et qui
comprenait, — en première exécution, — le ballet
de Henri VIII de Saint-Saëns, la 3"'" Rapsodie
slave de Ant. Dvorak et des poèmes symphoni-
ques de P. Lacombe, E Broustet, G. Hue, C
Stix. L'intérêt de cette soirée s'augmentait de
l'audilion d'une toute jeune chanteuse liégeoise,
M"'' Gillard, qui, au courant de cet hiver, avait
fait, avec un éclatant succès ses débuts sur notre
première scène.
M"" Gillard, élève de M. Jean Ledent, possède
une voix de mezzo-soprano séduisante, une faci-
lité d'émission naturelle, une vocalisation agile ;
enfin un charme sympathique se dégage de la
personne de l'aimable cantatrice et fait présager
pour elle un très rapide et brillant avenir au
théâtre.
M"'' Gillard nous avait fait d'abord apprécier la
souplesse et l'éclat de sa voix en exécutant l'air à
vocalises du Pré-aiix-Clercs, puis en chantant, avec
un sentiment juste et contenu, le difficile morceau
classique des Noces de Figaro, enfin, avec intrépi-
dité, le périlleux air du Songe de Thomas
Dans une autre sphère plus élevée, la valeur
extraordinaire d'un jeune artiste liégeois ne tardera
pas à être mise en relief A la recommandation de
M. Guilmant, un lauréat de notre Conservatoire,
M. Gaston Dethier vient d'être appelé aux fonc-
tions d'organiste, à l'église Métropolitaine de la
Trinité, à New-York.
En 1892, à peine âgé de dix-sept ans, Gustave
Dethier avait obtenu, à quelques jours d'espace,
d'éclatants premiers prix d'harmonie, de contre-
point et fugue et les médailles en vermeil de piano
et d'orgue, cette dernière distinction par acclama-
tion, fait unique dans nos annales.
Remarquablement doué aussi pour la composi-
tion, cet artiste a fait paraître déjà, — édités par la
maison Muraille, — des morceaux de sérieuse
valeur pour orgue, piano et violon.
Gaston Dethier est une des natures les plus
richement douées qui soit sorties de notre Conser-
vatoire, et s'afÊrme déjà hautement comme une de
nos futures gloires artistiques. A. B. O.
LILLE. —L'Orchestre et le chœur d'amateurs
ont donné, le 23 juin, leur audition semes-
trielle sous la direction de M. Maquet. C'est vrai-
ment plaisir de voir ce que l'excellent et patient
chef d'orchestre parvient à obtenir de son
orchestre de soixante-dix musiciens, dont soixante-
cinq sont de simples amateurs, les quelques autres
artistes prêtant leurs concours à la Société ;i pour
l'amour de l'art ». Avec ces éléments, M. Maquet
nous a donné une exécution excellente de l'ouver-
ture des Maîtres Chanteurs de Wagner, de la Sym-
phonie romantique de V. Joncières, et d'un ensemble
de compositions de M. Bemberg : fragments
560
LE GUIDE MUSICAL
d'Elaine, la Mott de Jeanne d'Arc, scène lyrique
assez inégale, plus quelques mélodies, Repose-toi,
Chant Vénitien et Chant Hindou, qui ont été chantés
par M. Hochstetter.
Très vif succès, en somme, pour cette soirée des
Amateurs.
IONDRES. — La série des œuvres wagné-
J rienne donnée au Drury Lane peut être con-
sidérée artistiquement et financièrement parlant
comme une heureuse entreprise Chaque soirée est
marquée d'un nouveau succès. Nous avons eu une
bonne reprisedu Tannhmiser,h\en que Herr Alvary
n'ait pas répondu à notre attente. Etait-il indisposé ?
Toujours esl-il qu'il n'a pas su nous émouvoir
dans ses invocations à Venuf , tandis que Wolfram
lutte et veut le retenir; pas plus que dans l'admi-
rable récit du pèlerinage, il n'a su inspirer cette
poignante émotion de création toue wagnérienne.
Par contre, il a été meilleur dans son duo avec
Elisabeth (M™= Klaffsky), qui a été excellente au
deuxième acte dans celte difficile scène où elle
s'interpose dans la lutte, sauve le chevalier et
implore son pardon.
M"" Gherlsen a trouvé moyen de mettre en
relief son rôle bien que secondaire dans le duo
avec Vénus. M. Wiegand faisait un Landgrave
imposant s'harmonisant avec le Wolfram de
M. David Bispham
La mise en scène avait été l'objet des soins tout
particulier de sirAugustus, quia scrupuleusement
utilisé les indications laissées par Wagner. L'or
chestre, malheureusement, et les chœurs ont laissé
a désirer.
La deuxième de la Navarraise a dû être ajournée.
M""^ Calvé s'est trouvée indisposée, et, par ce fait
même, l'opéra de Massenet a fait place à VOrphée
de Gluck. Le mèine soir, dans Philémon et Bixucis,
M""^^ Simonnet (Baucis), nous a fait ses adieux,
ayant a remplir un engagement à Aix-les-Bains.
Les frères de Reszké ont été l'objet d'un véri-
table triomphe dans Faust. Quelle charmante
Marguerite que M"" Melba!
Ce soir, nous aurons un des grands événements
de la saison théâtrale : la première de V Attaque du
Moulin, avec M"" Delna comme débutante. M. Bru-
neau a lui-même participé aux nombreuses répé-
titions, et M. Flon, étant à Londres, a prêté le con-
cours de son expérience. On espère ici qu'il
bornera ses ardeurs belliqueuses à diriger V Attaque
du Moulin, et qu'il ne tentera rien contre nos
Populars Concerts.
Au Galety, M'"" Rèjane et la troupe du Vaude-
ville de Paris ont obtenu grand succès dans la
comédie de Sardou, Madame Sans Gêne.
Dans notre prochaine correspondance, nous
entretiendrons nos lecteurs de la première de
Mirette, de Carré, dont la musique piquante et
gracieuse, a été composée expressément pour le
Savoy Théâtre, par M. André Messager.
Décidément, Paris est à Londres ; c'est le monde
renversé. A. Lekime.
NAMUR. — L'Académie de musique de
Namur a fêté dimanche, i"' juillet, le vingt-
cinquième anniversaire de sa réorganisation, par
un concert auquel assistaient les principales nota-
bilités de Namur et de la province. Fondée
en i838, elle n'avait eu d'abord que deux profes-
seurs, MM. Antoine et Angelroth. L'Académie dé
musique fut réorganisée en i86S; le corps profes-
soral devint plus nombreux et la direction en fut
confiée à M. Jacquet. Pendant quinze ans, celui-
ci, qui avait popularisé l'air namurois : Li Bia
Bouquet, consacra son temps et ses efforts à la nou-
velle école; il se retira en i883 en faisant valoir
ses droits à la pension de retraite. M. Jacquet
obtint le prix Blondeau en récompense de son
zèle et de son dévouement.
Il fut remplacé par M. Hemleb, à la fois com-
positeur, chef d'orchestre, corniste de talent et
l'un des meilleurs élèves du célèbre harpiste
Godefroy. Sous cette direction nouvelle, l'Aca-
démie a continué à progresser et le nombre des
élèves qui était de 172, en 1869, s'élève actuelle-
à 507.
Le concert de dimanche, à côté de sa significa-
tion jubilaire, empruntait à son programme un
réel intérêt artistique. C'était d'abord une para-
phrase lyrique, de M. Hemleb, directeur de
l'Académie : la Symphonie du baiser, paroles de
M. J. Prangey. Cette œuvre, entendue déjà à
Namur lors d'un précédent concert, a été très
applaudie.
Puis ont été joués les chœurs, entr'actes et
mélodrames d'Ulysse, tragédie de F. Ponsard, mu-
sique de Gounod, dont l'exécution a été très
satisfaisante.
Parmi les artistes qui ont prêté leur concours à
cette fête, citons M. Vermandel, professeur au
Conservatoire de Bruxelles, et M"'^' Neury-Ma-
hieu, M. Pieltain, M"" Anna Parys, du théâtre
du Parc, et Lunssens, harpiste, et enfin M. Chau-
doir.
|'.«|''f'f|'^|''f'|<|«|«|«f''f''|''|''|''f''f'ff't'|''^ •
iVO C/ V ELLES DI VERSES
Dans quelques jours s'ouvrent à BayreuthJ
les fêtes théâtrales au Théâtre Wagner. Trois
œuvres, on le sait, constituent la série des repré-
sentations de cette année : Parsifal, Tannhœu-
ser et Loliengrin. Cet dernier parait pour la
première fois sur la scène du théâtre modèle.
Voici l'ordre dans lequel vont se suivre les
représentations à Bayreuth.
Parsifal, les 19, 23, 26 et 29 juillet, 2, 5, 9,
i5 et 19 août;
Lohengriv, les 20 et 27 juillet, 3, 10 et
16 août;
LE GUIDE MUSICAL
561
Tannhœiiser, les 22 et 3o juillet, 6, i3 et
18 août.
Simultanément auront lieu à Munich des
représentations cycliques de l'œuvre de Wagner
et notamment de V Anneau du Nibelung.
Voici l'ordre dans lequel ces représentations
auront lieu :
11 août, Rheingold;
12 » la Walkyrie;
14 » Siegfried;
16 » le Crépuscule des dieux;
18 » Tristan;
19 » M eis ter singer ;
22 » Tristan;
25,26 28 et 3o août: Tétralogie du Nibelung;
2 septembre : M eis ter singer ;
5 » Tristan ;
8, 9, II et i3 septembre : Tétralogie ;
16 septembre : M eister singer ;
19 » Tristan;
22, 23, 25 et 27 septembre : Tétralogie ;
3o septembre : M eister singer ;
3 octobre : Tristan.
Nous avons déjà dit qu'on projette à Brème
d'y faire représenter le Christ, opéra sacré de
Rubinstein. Les journaux allemands en parlent
aujourd'hui avec plus de détails. Ces représen-
tations, dix en tout, auront lieu en mai et en
juin de l'année prochaine. Le sénateur Schultz
préside le comité urbain chargé de leur organi-
sation. Le directeur du théâtre de Breslau, à
raison de 3o,ooo marks, fournira le matériel de
la mise en scène, préparé par lui pour les repré
sentations américaines de cette même œuvre.
Il y aura un double ensemble d'exécutants
pour les principales parties. On engagera l'or-
chestre philharmonique et le chœur sera com-
posé de 25o voix. Le théâtre sera spécialement
aménagé pour la circonstance. On a obtenu
déjà l'agrément de la ville et le comité s'est
subdivisé en trois sections.
Ceux qui lisent le Ménestrel auront appris
(( l'immense succès » remporté à Londres par
la Navarraise, la « superbe partition » que
M. Massenet vient de donner au théâtre de
Covent-Garden.
Ceux qui lisent les journaux de Londres
auront vu que I'm immense succès » de la
Navarraise, si complaisamment claironné par
le délicieux Moreno, est, au fond, un bon four.
La critique londonienne n'est pas plus tendre
pour cette nouvelle production de l'auteur de
Manon qu'elle le fut naguère pour Werther.
Le Musical Times blague cruellement cet
explosive opéra, comme il appelle la Navar-
raise.'La musique ébranlante de M. Massenet
ne lui agrée pas du tout. M. Massenet, dit le
critique britannique, tient pour le moment le
record de la musique canonnantc. « Il a cer-
tainement le privilège d'être le musicien ayant
écrit la musique qui produit sur le tympan de
ses contemporains la plus violente impres-
sion. »
M. Massenet en est arrivé à faire concur-
rence à Mascagni !
BIBLIOGRAPHIE
M. F. Duyzings, professeur au Conservatoire
royal de Liège et à l'Ecole de musique de Ver-
viers, vient de faire éditer par la maison L. La-
vcrgne, de Verviers, le chœur Bellone qu'il a dédié
à la Concorde de Verviers, dont il est le directeur,
et que cette société a chanté au concours interna-
tional de Mons.
Le poème, très bien écrit, est d'un jeune écrivain
verviélois, M.H.-O. Longtain, également membre
soliste de la Concorde.
Les grands orphéons voudront sans aucun
doute enrichir leur répertoire de cette œuvre
remarquable.
NECROLOGIE
Sont décédés :
A Ville-d'Avray,de près Paris, lejuin, Marietta
Alboni, l'une des plus célèbres cantatrices ita-
liennes d'il y a trente ans.
M"" Alboni était née le 6 mars 1826 à Cesena,
dans la Romagne. Tout tnfant, elle apprit la
musique ; à onze ans, elle déchiffrait à livre ouvert.
Venue à Bologne, elle connut Rossini, alors
directeur du Lycée musical de cette ville, qui fut
tellement enchanté de son admirable voix qu'il
acheva lui-même son éducation musicale.
Elle débuta à la Scala de Milan (1843) dans le
rôle de Maffio Orsini de Lucrezia Borgia, .et ce
début fut un véritable triomi he De Milan, elle
alla à Brescia, à Vienne, à Saint-Pétersbourg, à
Rome. C'était l'époque où la non moins fameuse
cantatrice Jenny Lind excitait, à Londres, l'en-
thousiasme des dilettanti au Théâtre de la Reine.
Persiani, directeur de Covent-Garden, engagea
l'Alboni Tout Londres se vit partagé en deux
camps, dont l'un tenait pour Jenny Lind, l'autre
pour l'Alboni.
La renommée de l'Alboni allait bientôt s'éta-
blir à Paris d'une façon définitive. Le 9 octo-
bre ',1847, elle parut au Grand-Opéra, dans un
562
LE GUIDE MUSICAL
concert. Son succès fut tel que ce théâtre organisa
pour elle trois autres concerts qui furent donnés
les jours suivants. Quelques semaines après, elle
était engagée par M. Vatel, directeur du Théâtre-
Italien, où elle débutait le 2 décembre dans la
Cenereniola de Rossini. Après deux saisons au
Théâtre-Italien et de nouveaux succès à l'étranger,
l'Alboni ayant chanté en français à Lyon, à Bor-
deaux, à Marseille, la Favorite, Charles VI, la Reine
de Chypre, la Fille du régiment, revint à Paris et
aborda à l'Opéra le rôle de Fidès, du Prophète, que
jyjmc Pauline Viardot avait récemment créé. La
beauté et la puissance de sa voix, la hardiesse de
sa vocalisation produisirent une très grande im-
pression. M"'" Alboni chanta ensuite la Favorite,
et en iS5i elle créa le rôle de Zerline dans la
Corbeille d'oranges, qu'Auber avait écrit pour elle.
La chanteuse fit alors de longs voyages. Les
deux Amériques l'applaudirent et l'enrichirent;
toutes les grandes villes d'Europe la possédèrent,
et le Théâtre-Italien de Paris la retint pendant de
nombreuses saisons; elle y chanta une multitude
de rôles : Zerlina, de Don Giovanni, Maddalena, de
Rigoletto, la Gasza ladra. Il Matrimonio segreio. Maria,
Il Giuramento, Cosi fan tuite. Il Ballo in mascheva, etc.
M"" Alboni était devenue marquise de Pepoli;
en 1S66, à la mort de -son mari, elle quitta la
scène pour n'y plus reparaître.
On put cependant l'entendre encore en 1869 au
Théâtre Italien, où en mémoire de Rossini, mort
l'année précédente, elle consentit à prendre part à
l'exécution de la « messe solennelle » du maître,
pour lequel elle avait toujours conservé un vérita-
ble culte, et aussi en 1871 pour se faire entendre
dans un concert donné par l'œuvre de la Libéra- i
tion du territoire. M""' Alboni s'était remariée en
1877, à M. Charles Zieger, officier de la garde j
républicaine. Elle habitait, l'hiver, à Paris, le ;
Cours-la-Reine, et, l'été, la villa Cenerentola, à j,
Ville-d'Avray.
La voix de l'Alboni était l'une des plus belles
que l'on eut entendues. Elle était d'une étendue
extraordinaire, d'une égalité, d'une pureté incom-
parables, aussi large et puissante dans les adagio
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LE GUIDE MUSICAL
563
que légère et brillante dans les allegro : c'était le
triomphe de la belle voix pour elle-même et de
l'art du chant le plus parfait, le plus sur.
En revanche, en scène elle n'avait aucune espèce
de jeu; même avant d'être gênée par un embon-
point formidable au point de marcher avec peine,
elle ne connaissait guère d'autre geste qu'une
sorte de révérence ou de petit salut qu'elle esquis-
sait à la fin d'une note bien filée ou d'une roulade
admirablement perlée. Ni dans la petite Cendril-
lon, ni dans l'espiègle Rosine, elle ne ."'animait
davantage. « M™'= Alboni, qui joue Rosine, écrivait
Mérimée après une représentation à'Il Barhiere,
chante admirablement, avec l'expression d'une cla-
rinette. »
Les obsèques de l'Alboni ont eu lieu à Paris, la
semaine dernière.
A l'église, une graiid'messe a été chantée pendant
laquelle on a exécuté : Ego sum, de Gounod,
chanté par Faure, Quid sum miser de Gounod,
chanté par la maîtrise. Pie Jesu de Faure, chanté
par l'auteur, Smicùis et Agnus, de la messe de
Dubois, chanté par les chœurs, Agnus Dei de Stra-
della, chanté par M"' Delna et accompagné par la
harpe et le violoncelle.
L'inhumation s'est faite au cimetière du Père-
Lachaise, dans !e caveau de famille où repose
déjà le premier mari de M""' Alboni, le comte
Pepoli.
— A Rome, à l'âge de 48 ans, M. Enrico
Masi, violoniste qui avait fait partie de l'excellent
quatuor Becker, connu sous le nom de Quarteito
Fiorentino, et ensuite du Quar/etlo Rii:naiJ dirigé
par M. Sgambati. En ces derniers jours, il était
secrétaire au ministère de l'instruction publique,
section musicale, et il publiait dans le Bulkiin
ministériel des études très appréciées.
— A Madrid, le 17 juin, à l'âge de 63 ans, le chef
d'orchestré et compositeur Mariano Vasquez y
Gomez. Né â Greaade le 3 février i83i, il vint en
i856 se fixer à Madrid, où il commença à se faire
connaître, tt où il devint plus tard professeur au
Conservatoire, directeur de la Société des concerts
et membre de la section de musique de l'Académie
de San Fernando. On lui doit un assez grand
nombre de zarzuelas et de compositions religieuses
entre autres, une messe de Requiem, exécutée tous
les ans à Grenade, à la mémoire des rois catho-
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564
LE GUIDE MUSICAL
liques. Il était maître de musique de l'infante Isa-
belle.
— A Milan, à l'âge de 88 ans, d'un ancien impré-
sario, M. Giuseppe Brunello, qui fut, entre autres,
directeur de la Scala pendant quatorze ans, et sut
maintenir ce théâtre dans un heureux état de pros-
périté. C'est sous son administration qu'j'' furent
données les premières représentations é'Aïda et de
Lohengrin.
— A Stutgart, Emmanuel Faisst, renommé comme
organiste et comme chef d'orchestre. Né à Esslin-
gen, le i3 octobre i823, il s'était d'abord destiné à
la théologie, mais, sur les conseil ee Mendelssohn,
il se consacra à la musique, qu'il étudia avec ardeur.
Etant allé s'établir à Berlin, il travailla avec deux
excellents théoriciens, Haupt et Dehn. Après un
grand voyage artistique, il alla se fixer définitive-
ment à Stuttgart, où il fonda une société de musi-
que sacrée et devint directeur du Conservatoire.
Il a beaucoup composé, mais la plupart de ses
compositions sont restées inédites.
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né le 4 janvier i836, élève de la promotion
de i856, appartient au corps des ingénieurs
des télégraphes, et remplit aujourd'hui les
fonctions de directeur des études à l'Ecole
polytechnique. Nous le citons pour un
écrit sur la Mesure des intervalles nmsicaux,
inséré dans le recueil de 1872 de l'Asso-
ciation française pour l'avancement des
sciences. M. Mercadier y expose le résultat
d'intéressantes expériences faites avec
l'aide d'un autre polytechnicien, M. Alfred
Cornu, né en 1841, élève de la promotion
de 1860. Ce dernier passait parmi ses
camarades pour un excellent musicien; au
temps où il portait l'uniforme de l'Ecole, il
avait composé pour une joyeuse cérémonie
d'élèves, une Ouverture du poitit gamma, pot-
pourri des priiicipaiix airs de l'École, qui fut
publiée en i85i, mais à laquelle M. Cornu,
devenu ingénieur des mines, professeur à
l'Ecole polytechnique et membre de l'In-
stitut, ne donna jamais de pendant.
M.Georges-RamireGuÉROULT,néàParis
en 1839, élève de la promotion de i858,
entré dans l'inspection des finances, doit
être nommé ici comme excellent traducteur
du célèbre traité de Helmholtz [Théorie phy-
siologique de la musique) et comme auteur
d'une intéressante étude : Du Rôle du moîc-
venient dans les e'nwtions esthétiques, publiée
en juin et juillet 1881 dans la Revue pliilo-
sophiqne.
Ni théoricien, ni compositeur, M. Emile
Lemoine, ingénieur, né le 22 novembre 1840,
élève de la promotion de 1860. est certaine-
ment aujourd'hui le plus connu des poly-
techniciens dans le monde musical, où il.
occupe une place à part, comme fondateur
des célèbres concerts de la Trompette.
L'origine en remonte au temps où M. Le-
moine, pendant ses deux années de pré-
sence à l'Ecole, occupait quotidiennement
la récréation de l'après-midi à faire, avec
quatre ou cinq camarades, de la musique
d'ensemble; entre eux, les jeunes gens
s'étaient forgé le nom de Société philopipo-
bithouinique, dérivé humoristique du grec
philos, du mot pipo, qui dans « l'argot de
rX » désigne le polytechnicien, et du nom
écorché de Beethoven. Cette appellation,
trop compliquée pour se perpétuer, fit
place au nom de la Trompette, donné un
jour par ironie et qui désigne encore, après
plus de trente ans, une des institutions de
concerts les plus originales et les plus artis-
tiques qui existent à Paris.
En effet, la dispersion de la promotion
de i85o n'arrêta point le développement de
la Trompette, dont l'importance s'accrut au
contraire d'année en année. Depuis long-
temps, les amateurs y ont cédé la place,
comme exécutants, aux «professionnels».
Mais M. Lemoine n'a pas cessé d'être
l'àme de ces concerts, qui sont sa création,
sa chose, et aussi sa propriété : car il est
bien convenu que n'y entre pas qui veut et
que les auditeurs sont ses invités, partici-
pant, sans toujours les couvrir, aux frais
de l'entreprise. Les anciens élèves de
l'Ecole polytechnique et leurs familles
forment presque exclusivement un auditoire
572
LE GUIDE MUSICAL
ainsi réuni sur le double terrain de la
camaraderie et d'un amour commun pour
la musique. Le répertoire des soirées heb-
domadaires de la Trompette est extrême-
ment large et varié, dans tous les genres
élevés de la musique de chambre. Deux
œuvres exquises de MM. Saint-Saëns et
d'Indy, avec trompette obligée, composées
spécialement pour les concerts de M. Le-
moine, ont porté en tous pays le nom de
cette curieuse et très artistique institution,
à laquelle les historiens futurs de la mu-
sique française ne pourront se dispenser
de réserver une place.
Tous les lecteurs du Guide Mîtsical con-
naissent et apprécient les travaux si atta-
chants et si approfondis de M.Alfred Ernst
dans la littérature musicale wagnérienne.
M. Ernst est aussi un élève de l'Ecole
polytechnique, de la promotion de 1879.
Classé dans l'arme du génie, il donna sa
démission du grade de sous-lieutenant, pour
entrer à l'Observatoire de Paris, et quel-
ques années après, à la bibliothèque Sainte-
Geneviève. Les promesses de ses deux pre-
miers ouvrages : l'Œuvre dramatique de
Berlioz (18841 et Richard Wagner et le
drame contemporain (1887) ont été tenues
dans le troisième, VA rt de Richard Wagner
(i8g3). Ce volume, ainsi que la traduction
des Maîtres Chanteurs, partiellement en-
tendue cet hiver aux concerts d'Harcourt,
ont reçu ici même des éloges qui nous dis-
pensent d'insister davantage sur la person-
nalité ou les travaux de leur auteur.
M, Ernst fermerait notre liste, si les fêtes
du centenaire de l'Ecole polj'technique
n'avaient précisément fourni à trois anciens
élèves de cette école une occasion excep-
tionnellement brillante de se produire en
public comme compositeurs. Un auditoire
de six mille personnes a entendu le ig mai,
dans la salle du Trocadéro, l'ouverture de
Callirhoe, de M. Alexandre BAZiLLE(né le
20 juin i835, élève de la promotion de i855,
démissionnaire en 1862 du grade de lieu-
tenant d'artillerie, fixé à'Paris comme pro-
fesseur de mathématiques); — puis une
cantate de circonstance, la Polytechnique,
musique de M. Louis Saraz (élève de la
promotion de 1874, professeur au Collège
Sainte-Barbe); — et enfin des morceaux de
musique instrumentale,écrits par M.Charles
KoECHLiN pour accompagner l'Epopée, ou
« représentation des Ombres » , qui formait
le principal attrait de la soirée.
M. Bazille et M. Saraz cultivent la com-
position musicale en amateurs; M. Kœch-.
lin, le plus jeune de tous les polytechniciens '
que nous avons mentionnés, se destine à la ..
carrière artistique, pour laquelle il a quitté ;
le grade acquis dans l'armée. Plus coura-
geux qu'aucun de ses devanciers, il s'est
soumis à la filière de l'éducation musicale
officielle, et il suit aujourd'hui les classes
du Conservatoire de Pai"is.
L'avenir dira les destinées artistiques
de M. Kœchlin, et montrera si la musique
française doit posséder en lui le premier
véritable maître sorti de l'Ecole polytech-
nique. Parmi le nombre d'excellents musi-
ciens ou de savants théoriciens réunis dans
ces notices, nous n'avons pas rencontré un
seul grand compositeur. Ce n'est pas à dire
cependant que la musique ne doive aucune
gloire ni aucune reconnaissance à ces poly-
techniciens, librement venus à elle. Ils lui
ont apporté tous un cœur chaud pour les
progrès de la science ou de l'art, et des
facultés très diverses, largement offertes.
Si nul d'entre eux jusqu'ici n'a mérité d'être
placé au rang des artistes créateurs, c'est
que l'éducation spéciale d'un compositeur
ne s'improvise pas, et que la musique seule
peut et doit remplir la vie de l'homme qui
se voue à elle. Mais il y a plusieurs façons
de servir cet art complexe, que Choron
définissait un art-science. Aucun antago-
nisme n'existe entre la pratique la plus
vulgaire de l'art et sa théorie la plus s
abstraite; si la notation musicale est aux
yeux des non-initiés un amas de signes
incompréhensibles, les équations des phy-
siciens sont pareillement indéchifi"rables
aux musiciens pratiquants : pourtant, ces
deux alphabets dissemblables expriment 1
deux côtés d'un inéme art. La musique a
ceci de grand et d'admirable qu'elle ramifie
pour ainsi dire à l'infini des racines qui
plongent au plus profond du cœur et de
l'esprit de l'homme. De même que ses
aspects artistiques varient depuis l'humble :
LE GUIDE MUSICAL
573
chanson populaire jusqu'aux vastes créa-
tions de la polyphonie, de même ses bases
scientifiques fournissent au mathématicien,
au physiologiste, à l'ethnologue, au philo-
sophe, à l'historien, d'inépuisables sujets
d'études : et côte à côte, les artistes et les
savants puisent fraternellement le breuvage
de vie dans les flots du fleuve sacré.
Michel Brenet.
%'1b^nine à HpoUon
UNE LETTRE DE M. NICOLE
8 juillet 1894.
Monsieur le Directeur,
Excusez-moi, je vous prie, si je ne viens
qu'après coup remettre sur le tapis la question de
rhymne à Apollon. J'arrive d'Athènes, et ce
n'est que ce matin même que j'ai pu prendre
connaissance des trois numéros du Guide Musical
où sont publiées les lettres de M. Reinach et vos
réponses. Comme je me trouve mis en cause,
malgré moi, vous me permettrez bien de vous faire
part de quelques remarques, car moi aussi j'ai à
répondre à M. Reinach.
Laissez-moi vous diie, tout d'abord, comment
j'ai été appelé à m'occuper de cet hymne
En février, à Athèues, M. Homolle m'a
demandé si je voulais me charger de faire exécu-
ter devant la Cour, avec accompagnement,
l'hymne retrouvé à Delphes, et m'a communiqué,
en épreuve, la version de M. Reinach. Je l'ai
examinée et lui ai répondu, en la lui rendant, que
je me chargerais de ce travail s'il m'était permis
d'en faire une version à ma manière, celle de
M. Reinach ne me plaisant pas, soit par sa tona-
lité, soit par sa division à 5/8. M. Homolle m'a
donné carte blanche. J'ai alors relevé les paroles
restituées par M. Weil ainsi que les signes de la
pierre tels que les donnait M. Reinach. Les signes,
je les ai comparés avec les estampages pour
m'assurer de leur exactitude et je me suis mis à
les traduire d'après un tableau synoptique que
j'avais fait de tous les signes que donne Alj'pius,
dans tous les tons. Une traduction en notation
moderne, d'après ce tableau, n'était qu'un jeu de
patience. Ensuite, j'ai complété, avec le matériel
même de l'hymne, c'est-à-dire en me servant des
membres de phrases qu'on y retrouve, les parties
manquantes. C'est par analogie, en rapf<rochant
les contextes des parties en blanc, que j'ai procédé
pour choisir tel ou tel groupe de notes.
Puis, aidé de M. Couve, celui qui a découvert
l'hymne, nous avons cherché à déterminer les
cadences s'accordant 1j mieux avec les paroles et
la musique; et enfin, j'ai fait un accompagnement.
Entretemps, l'idée de cette audition à l'Ecole
française avait fait du chemin et, au lieu d'une
réunion intime, nous allions avoir une vraie
séance solennelle.
M. Homolle m'a alors demandé de faire une
conférence explicative sur les données que nous
possédons sur la musique grecque et sur la
manière dont on s'y prend pour traduire ces ins-
criptions.
« Il la faut brève, ajouta M. Homolle, car le roi
n'aime pas ce qui est long, o
l'ajouterai encore que je n'ai eu que quatre
jours pour préparer cette conférence. Voilà
quel a été mon travail, que M. Reinach appelle
très gracieusement une copie du sien.
Il était convenu avec M. Homolle que ce travail
ainsi que ma conférence n'avaient aucun carac-
tère officiel, vu qu'une œuvre de ce genre
demande du temps pour être retouchée et mise au
point.
C est par la suite des circonstances que, pres-
que malgré moi, ma version a été publiée à
Athènes (bien avant celle de MM. Reinach et
Fauré), et que ma conférence va l'être dans la
Gazette Musicale de la Suisse romande.
Maintenant, permettez-moi de répondre à quel-
ques points des lettres de M. Reinach.
Dans sa première lettre, M Reinach dit qu'il a
pour principe de ne pas rectifier les inexactitudes
qui s'impriment au sujet de l'hymne à Apollon.
C'est bien regrettable ; autrement, M. Reinach,
« de l'Institut » comme disent les journaux, n'au-
rait pas laissé imprimer partout que c'était sa
version et son accompagnement qu'on avait
exécutés à Athènes, ni, comme le disent les
Annales que c'est lui qui a découvert l'inscription
à Delphes, et bien d'autres encore.
Ensuite, je ne pense pas non plus que « tous les
musicologues » approuvent la version Reinach.
La preuve est que, non satisfaits de cette version,
des musiciens m'ont fait demander la mienne à
Vienne, à Lille, à Paris même, et à Constanti-
nople, où M. Cambon l'a fait exécuter avec grand
succès. Quant à l'excuse que donne M. Reinach
pour la répétition qu'il a faite, à la fin du mor-
ceau, des vingt premières mesures, elle n'est, à
mon avis, pas valable.
Lorsqu'on présente au public un document de
cette importance, on doit le lui présenter tel quel,
et surtout sans se permettre de lui constituer
une forme dont nous ne savons rien, et qu'il
n'avait probablement- pas. Tout au plus pouvons-
nous compléter quelques notes effacées. J'ai
regretté, à ce propos, que MM. Reinach et Fauré
n'aient pas jugé bon d'indiquer, dans l'édition, de
574
LE GUI»E MUSICAL
lear travail, ce qui était conservé sur la pierre, et
ce qu'ils ont dû compléter « à leur façon », comme
j'ai cru devoir le faire moi-même, par simple
honnêteté artistique.
Comment, en effet, critiquer les restitutions, si
l'on ne sait pas où elles se trouvent?
En ajoutant une seule note, comme je l'ai fait,
on arrive à un sens fini, bien suffisant pour l'exé-
cution.
Si je ne suis pas d'accord avec M. Reinach sur
sa mesure à 5/8, vous avez pour cela. Monsieur le
Directeur, donné les mêmes raisons que je donnais
en mars, dans ma conférence.
Outre ces raisons, ce qui m'a décidé à choisir
cette forme de récit, c'est la manière dont les
pâtres et les Klephtes chantent dans la montagne.
C'est toujours parmi les classes les plus ignorantes
du peuple que la tradition se conserve le mieux.
Or, j'ai souvent entendu chanter, par ces bergers,
des airs qui rappellent beaucoup, par endroits,
l'Hymne à Apollon. Mais le même air n'est jamais
chanté exactement de la même manière, quant au
rythme, par deux bergers différents.
Ce n'est point par la beauté de la voix qu'ils
cherchent à rivaliser entre eux, mais bien par la
manière d'interpréter ces mélopées.
J'ai remarqué que, comme les nôtres, les pâtres
grecs reprennent parfois leur respiration en
chantant. Or, dans la version Reinach-Fauré, je
ne vois qu'un endroit où le chanteur puisse res-
pirer ; c'est sur un point d'orgue qui tombe au
milieu d'un mot.
Enfin, l'hymne est incontestablement plus beau
en récit qu'à 5/8. Or, puisque nous n'avons pas
de preuves du contraire, il est permis de supposer
que les anciens, qui avaient le sens esthétique
plus développé que nous, n'auraient pas choisi la
manière la moins flatteuse pour interpréter ce
chant.
Avec cette forme en récit, on retrouve constam-
ment cette figure rythmique
si belle et si caractéristique, qui revient fréquem-
ment dans les chants klephtes et qui passe ina-
perçue dans la version à 5/8.
L'hymne en forme de récit a été chanté à
Athènes par les chantres russes de la reine. Ces
artistes, qui ont l'habitude d'un genre de musique
approchant, ont fait valoir toutes les beautés de
ce morceau, et moi, qui l'accompagnais pourtant
pour la quarante-troisième fois, j'ai ressenti un
frisson en les entendant. Battez-leur une mesure
à combien de temps vous voudrez, jamais vous
ne ressentirez une impression pareille.
Je regrette de devoir mettre M. HomoUe en
cause, mais, pour répondre à la dernière phrase
de la dernièie lettre de M. Reinach, je dois dire
que tout mon travail a été, au fur et à mesure que
je le faisais, soumis à M. Homolle et discuté avec
lui. La forme définitive que je lui ai donnée a été
non seulement approuvée par M. Homolle, mais
de beaucoup préférée à la version de MM. Reinach
et Fauré.
Enfin, M. Reinach prétend que j'ai copié son
travail et que nous sommes d'accord, sauf sur le
ton.
C'est à-dire que la seule chose sur laquelle nous
soyons d'accord est aussi la seule sur laquelle
nous ne puissions pas différer : la ligne mélodique.
Je n'admets ni sa tonalité (ma conférence
explique pourquoi j'ai choisi une quarte plus bas,
et non une troisième, comme il le propose), ni son
rythme, ni ses coupures de phrases. Je n'admets
pas non plus tout l'accompagnement de M. Fauré,
que je trouve parfois trop moderne, ni la forme
qu'on a donnée à ce morceau.
Enfin, je n'admets pas non plus que M. Reinach
ait laissé le public croire qu'il était l'auteur de la
version avec accompagnement qu'on a donnée
tant de fois à Athènes, tant qu'il n'avait que du
succès à retirer de cette paternité présumée, et
qu'il « me tombe dessus » maintenant que vous
voulez bien trouver que je suis plus conforme à
la tradition sur un ou deux points
Je n'avais rien dit jusqu'ici officiellement, parce
que j'estimais qu'il n'appartenait pas à un «jeune»
de battre en brèche les théories émises par un
savant tel que M. Reir.ach; mais puisque je suis
pris à partie personnellement, je suis bien obligé
de me défendre.
C'est dangereux, puisque n'être pas d'accord
avec M. Reinach, c'est, comme il vous le dit dans
sa lettre, faire preuve de « lacunes dans l'érudi-
tion ».
J'aime mieux avoir le courage de mon opinion,
même si cela doit mettre au jour monjgnorance.
Un mot encore. La version Reinach-Fauré se
termine par un accord avec troisième majeure. J'ai
pris la troisième mineure, voici pourquoi : Les
cadences sont ce qui fait le caractère d'un mode.
Bien que les anciens n'aient probablement jamais
accompagné avec des accords, comme nous le
faisons, nous devons former des accords, pour les
cadences surtout, tels que les anciens en auraient
pu avoir avec leur système musical. Or, dans le
mode dorien, diatonique, la troisième de la fonda-
mentale (sol chez M. Reinach et fa chez moi) n'était
pas diésée. Donc, surtout pour finir, il le faut
naturel.
Je vous remercie d'avance. Monsieur le Direc-
teur, de l'hospitalité que je suis sûr que vous
m'accorderez dans vos colonnes, et vous prie de
recevoir l'assurance de ma considération dis-
tinguée. Louis Nicole.
LE GUIDE MUSICAL
575
UNE NOUVELLE VERSION FRANÇAISE
DE LA
WALKYRIE
^^
Alfred Ernst vient de publier chez
P. Schott et 0<^, à Paris, la version
. nouvelle de la Walkyrie qui était
annoncée depuis quelque temps déjà. Cette
traduction est en prose rythmée, et l'auteur s'est
appliqué avec une conscience louable à respec-
ter note pour note le texte musical de Wagner.
A ce point de vue, le travail de M. Alfred
Ernst est des plus remarquables; on peut dire
qu'il est en quelque sorte un surmoulage d'un
texte sur l'autre, s'appliquant avec une fidélité
incontestable à la phrase musicale, dont les
lignes et les accents demeurent intacts.
Au point de vue littéraire et poétique,
malheureusement, cette nouvelle version n'a
pas les mêmes mérites. Elle est pénible, labo-
rieuse, rocailleuse, sans harmonie, sans cou-
leur, par endroit même écrite en un français
barbare.
Dans une préface où il expose les considé-
rations qui l'ont guidé dans son travail,
jM. Alfred Ernst prend soin, il est vrai, de nous
[avertir que sa version n'est pas faite pour être
tlue, qu'elle n'est faite que pour être chantée,
r qu'on ne peut donc l'apprécier isolément, à
[l'état de texte littéraire, sans la musique. Cette
[précaution utile ne me semble pas cependant
Idécisive. J'avoue ne pas bien comprendre la
Idistinction que M. Alfred Ernst tente d'établir
[entre les paroles chantées et les paroles parlées
lou lues. Admettons à la rigueur, que la musique
lpuisse,dans une certaine mesure, atténuer ce que
Iles paroles ont de défectueux, ou, en sens inverse,
laccentuer la couleur ou la force expressive de
lvocablesqui,à la lecture, paraîtraient insuffisants
let incolores. Mais la musique n'a pas le pouvoir
[de rendre intelligible ce qui n'a pas de sens
Idans la langue française. M. Alfred Ernst nous
|dit que la fidélité d'une traduction doit être le
premier de ses mérites. Je le veux bien, mais
encore faudrait-il s'entendre sur la portée du
mot fidélité, et c'est là justement l'erreur fon-
damentale du nouveau traducteur : il croit
qu'une traduction, pour être fidèle, doit être
littérale. Il a traduit exactement, littéralement
Wagner. Mais fidèlement, c'est une autre
affaire 1
Non, cette version ne peut à aucun titre
passer pour l'équivalent du poème original.
M. Ernst traduit servilement les mots; mais, le
plus souvent, il ne rend ni l'idée, ni le
sentiment, ni la couleur, ni le mouvement
du texte allemand. Sa traduction est, par
endroits et par sa littéralité même, contournée
à ce point qu'il faut se reporter à l'original
pour saisir le sens. A quoi bon alors une
traduction ? Si ce qui se chante n'est pas
clair, précis, n'est-ce pas comme si on nous le
chantait dans une langue étrangère? M. Ernst
a raison lorsqu'il dit que le pire des contresens
artistiques serait d'employer, en traduisant
Wagner, des formules empruntées à la langue
des livrets d'opéra ; c'est le défaut qu'on a
reproché avec raison à feu Wilder. Mais entre
les formules de la langue des livrets et les
rocailles que nous offre la version de M. Ernst,
il y a place pour une langue simple, forte et
poétique qui complète pour l'auditeur les
richesses de l'orchestration vi^agnérienne.
M. Ernst non seulement s'est trompé en ce
qui concerne la littéralité, mais encore, au
point de vue musical. Il se méprend, je pense,
sur l'importance de certains dessins mélo-
diques et rythmiques de Wagner. Ainsi, il
respecte également les récitatifs proprement
dits et les ariosos. C'est un scrupule assuré-
ment très louable, mais il me paraît singuliè-
rement exagéré et puéril. Wagner emploie
fréquemment, dans la Walkyrie, le récitatif
à l'italienne, avec ses formules élémentaires
d'accompagnement, le plus souvent même
sans accompagnement. Or, je ne ne vois nulle-
ment la nécessité de respecter absolument les
dessins rythmiques de ces récitatifs, nécessaire-
ment calqués sur l'accent des paroles alle-
mandes. Pourvu que le dessin mélodique soit
observé, le traducteur a fait son devoir. C'est,
en partie, pour avoir respecté scrupuleuse-
ment ces parties en récitatif que M. Alfred
Ernst s'est vu obligé de transposer en un fran-
çais barbare des scènes entières, d'autant plus
576
LE GUIDE MUSICAL
importantes qu'elles sont généralement des
dialogues d'explication ou d'exposition. Wag-
ner, sur ce point, n'avait nullement les idées
absurdes que professent certains de ses disci-
ples et admirateurs. Il suffit de se reporter
à la version française de Tannhœuser et de la
comparer avec l'allemande pour se convaincre
qu'il en prenait quelquefois très à son aise avec
ses récitatifs et même ses ariosos, lorsqu'il
s'agissait d'assurer par l'adjonction d'un mot la
clarté d'une phrase ou d'un récit. M. Nuitter
pourrait sans doute nous fournir là-dessus do
très intéressantes et utiles indications.
Prenons, si vous le voulez bien, la première
scène; elle va nous permettre de montrer, en
quelques exemples topiqiies, les qualités et les
défauts de la version de M. Ernst.
Siegmund entre. V. Wilder lui faisait dire :
Quel que soit ce foyer, il m'abrite ou je meure.
Wagner dit plus simplement :
Wess' Herd dies auch sei
Hier muss ich rasten.
« Quel que soit ce foyer, ici je dois reposer
[rasten). » C'est le cri d'un homme qui tombe
épuisé de fatigue. La traduction, non pas litté-
rale, mais fidèle, voudrait qu'on dît : «Quel que
soit ce foyer, j'y reste, je ne vais pas plus
loin. » Rasten implique cette dernière idée.
« Il m'abrite ou je meure », delà version Wil-
der, en était une transcription littéraire qui
serait acceptable si elle n'était trop emphatique
et n'avait l'inconvénient de donner douze syl-
labes au lieu de neuf en allemand.
Voyons maintenant le texte de M. Ernst.
Siegmund entre et s'écrie :
« Qu'importe où je suis! là... je m'arrête. »
J'ai regret à le dire à mon excellent confrère
et ami, mais je trouve cela simplement affreux.
Sans doute, les mots s'adaptent parfaitement à
la musique, mais le mouvement pathétique de
la phrase n'y est plus. Même le sens est amphi-
bologique,car, n'étant préparée par rien, l'excla-
mation de Siegmund a l'air d'un truisme. Pour
ceux qui connaissent la IValkyrie et l'histoire
de Siegmund, elle peut se comprendre. Mais les
autres ? Ces spectateurs naïfs et non initiés aux-
quels Wagner voulait surtout s'adresser, que
peuvent-ils entendre par cette phrase : « N'im-
porte où je suis, là je m'arrête? » Le jeu de
scène même ne suffit pas pour expliquer, dès
les premiers mots de la pièce, que Siegmund
vient se réfugier dans une maison où il est
étranger et qu'il n'a jamais visitée. Cette indi-
cation capitale se trouve, au contraire, très nette-
ment formulée dans les mots : « Quel que soit
ce foyer ». Wilder avait bien traduit. M. Ernst
traduit mal.
Quant au second membre de la phrase, il
est également fautif; il faudrait : « Ici, je
m'arrête », et non pas : « Là, je m'arrête. »
M. Ernst a pris là, parce qu'il a craint d'ajouter
une croche. Eh bien, je suis convaincu qu'il
n'est pas un musicien, si sévère qu'on le sup-
pose, qui puisse soutenir que cette croche
ajoutée eût modifié soit l'allure mélodique, soit
l'allure rythmique du récitatif.
Mais continuons. Sieglinde entre, et, aper-
cevant Siegmund, s'écrie, dans la version de
M. Ernst :
« Un homme ici? Je veux apprendre... qui
vint ici et gît près du feu? Longue i"oute a
lassé son corps ; a-t-il perdu ses sens, est-il
mourant ? Son souffle m'effleure ; il clôt les pau-
pières. Fier semble l'inconnu, bien qu'il cède au
mal. »
On aura beau me vanter l'exactitude r3'th-
mique de ces lambeaux de phrases, qui con-
cordent, en effet, note pour note avec le récitatif
allemand, je ne puis trouver heureux le
langage gauche et mal d'aplomb que M. Ernst
fait parler à l'héroïne. Wagner écrit ceci :
« Un étranger? Il faut que je le questionne !
Comment vint-il et s'est-il étendu près du foyer?
Il aura succombé aux fatigues de la route. A-t-il
perdu les sens? Est-il souffrant? Son souffle
encore s'exhale, il a seulement clos les yeux.
L'homme semble brave, bien qu'il ait succombé
à la fatigue. »
Voilà qui est clair, limpide, d'une netteté
absolue. Les phrases correspondent chacune à
un mouvement de Sieglinde, elles se suivent
clairement et s'expliquent d'elles-mêmes. Tan-
dis qu'en français, là, il y a un article sup-
primé, ici un membre de phrase inachevé,
ailleurs des mots inintelligibles. Si M. Ernst
avait dit : « Il cède à la fatigue», voilà qui eût été
net; mais « Il cède au mal », qu'est-ce que
cela veut dire, quelle idée ces mots éveillent-ils
chez le spectateur? < Quel mal? » demandera- 1-
on. Cela veut être défini, sinon c'est du pur gali-
matias.
Sans vouloir m'érigeren concurrent, je pré-
LE GUIDE MUSICAL
577
tends que tout cela peut se rendre autrement
et mieux, plus fidèlement que ne l'a fait Wilder,'
plus fermement et plus clairement que ne l'a
fait M. Ernst, en respectant le texte musical,
autant qu'il doit être respecté :
« Un homme ici, dans ma demeure? Com-
ment vint-il tomber près du feu ? La fatigue
l'aura brisé. A-t-il perdu les sens? Est-il
souffrant? Ses yeux sont éteints, mais il respire
encore. Il a l'air martial, bien qu'il soit lassé. «
Un peu plus loin, je lis ceci :
Sicglinde : « Du lieu, delà femme, est.Hun-
ding maître. Sois son hôte ce soir : reste, il va
rentrer. »
Wilder avait traduit très exactement :
D'Hunding voici la maison et la femme.
Sauf le mot maison qui est plat et qu'il suffirait
de remplacer par demeure, il n'y avait nulle
raison de modifier cela. M. Ernst, par un scru-
pule exagéré, veut placer le nom de Hunding
exactement où il se trouve dans le texte alle-
mand. S'il y avait un motif musical pour le
faire, je comprendrais, mais il n'y en a aucun.
Sieglinde dit sa réplique : Dies Haus, uiid
dièses Weib, sind Hitndijigs Eigcn, sur une
formule de récitatif absolument banale, sans
caractère particulier, scandée simplement par
des pizzicati de l'orchestre. L'inversion barbare
que commet M. Ernst est absolument arbi-
traire.
A la rigueur, on pourrait dire : « Ce toit, cette
femme, Hunding est leur maître », ce qui ne
nécessiterait qu'une modification légère au
dessin du récitatif et resterait français et com-
préhensible.
Siegmund réplique dans la version de
M. Ernst : « Seul et sans armes, d'un tel blessé
ton époux n'aura crainte. »
Cette réplique est un contresens. Siegmund
n'a pas encore dit qu'il est blessé et, par consé-
quent, les mots : « d'un tel blessé » , ne peuvent se
justifier dans sa bouche comme réponse à
l'invitation de Sieglinde. Le texte allemand
dit : « Je suis sans armes. A l'hôte blessé, ton
époux n'interdira pas son seuil. » C'est inci-
demment que le héros apprend ainsi à Sie-
glinde qu'il est blessé. Cela est plus naturel. De
plus, il n'évoque pas l'idée de crainte ; c'est à
un tout autre ordre de sentiments qu'il fait
allusion : L'hospitalité ne se refuse pas au
blessé, voilà ce qu'il veut dire. Je conviens
volontiers que M. Ernst est ici infiniment supé-
rieur à Wilder, qui avait fabriqué de toutes
pièces une réplique dans le plus pur style
d'opéra :
Sans armes et blessé, veux tu que je m'expose
A braver ton seigneur?
Mais, entre ces deux versions, je crois, encore
une fois, qu'il y a moyen de trouver un équi-
valent. Par exemple : « Je suis sans armes;
un hôte blessé, voudrait -il qu'on le chasse? »
Inutile de répéter le nom de Hunding ou le
mot époux. Les répliques se suivant, tout le
monde comprend qu'il s'agit du mari de Sie-
glinde.
Chose singulière, M. Ernst, observateur res-
pectueux de la liotation de Wagner à ce point
qu'il aime mieux torturer son français, qui
pourrait être excellent, que d'ajouter une note
au texte musical, s'est enhardi tout à coup à
modifier deux notes où ce n'était point néces-
saire, et cette modification est d'autant plus
inadmissible que ces deux notes sont essentielles
et très caractéristiques. Il s'agit de la première
répli(]ue de Siegmund, lorsqu'il revient à lui et
qu'il demande à boire avec le mouvement
fébrile d'un homme qui se raccroche à la vie.
Le texte allemand dit : Ein Qiiell! ein Quell!
Le mot se répète sur deux croches précédées
chacune d'une double croche d'attaque. C'est
la notation parfaitement naturelle d'un cri. Par
une rencontre assez rare, le français nous
donne l'équivalent rythmique absolu de l'alle-
mand : De l'eau ! de l'eau ! Pas une syllabe de
plus ou de moins, et les mêmes accents. Je ne
sais pourquoi M. Ernst passe à côté du mot
juste et fait dire à Siegmund : Une source! une
source !
Non seulement il obtient ainsi juste le double
de syllabes de l'allemand et il détruit, par là
même, la vivacité nécessaire de cet appel, mais
il emploie un mot français, sourd et sans accent,
dont l'effet ne laisse pas d'être comique. Sieg-
mund demandant d'emblée une source, cela
me paraît exagéré, même pour un héros wagné-
rien. M. Ernst se trompe, je crois, sur l'équi-
valence du mot source en français et en
allemand. Quell veut bien dire source, mais ce
vocable n'a pas même valeur dans les deux
langues. En allemand, on emploie couramment
dans le style poétique le mot Quell, dans le
578'
LE GUIDE MUSICAL
sens d'eau, le mot propre est trop plat. Sieg-
mund s'écriant : Wasser! Wasser! l'auditoire
eût éclaté de rire. C'est exactement l'inverse en
français. L'exclamation : de l'eau ! de l'eau !
bien qu'étant de la langue usuelle, peut parfai-
tement s'employer dans le style élevé; en
revanche, ce qui produit un effet bizarre, c'est
Siegmund se réveillant en demandant : une
source !
Mais le comble, c'est la réplique de Sieglinde.
M. Ernst lui fait dire : « J'y cours en hâte! »
J'aime à croire que personne n'attribuera
cette platitude au grand poète Richard Wagner.
Chez lui, Sieglinde ne répond pas : J'y cours ;
elle dit : Erguickung schaff'ich, je vais cher-
cher le soulagement. Erguickung, du verbe
erguicken, vivifier, ranimer, désaltérer, rafraî-
chir, soulager, est un mot rare et précieux. La
phrase est difficile à rendre littéralement en
français, j'en conviens. Wilder avait, en tous
cas, été plus heureusement inspiré que
M. Ernst en traduisant ainsi :
Siegmund : De l'eau ! de l'eau !
Sieglinde : La source est proche.
Ce n'est pas une traduction littérale, c'est
mieux : une traduction fidèle, car ces mots,
accompagnant le jeu de scène de Sieglinde,
expliquent poétiquement son acte.
En continuant d'éplucher de la sorte la pre-
mière scène, il ne resterait, en vérité, de la ver-
sion de M. Ernst que quelques expressions
isolées heureusement rendues. Ainsi, le couplet
de Siegmund :
Malheur me presse
Où je me hâte;
Malheur m'approche
Où je m'arrête :
O femme, vis loin de lui,
Je porte ailleurs mes pas.
Le début est excellent ; les deux derniers
membres sont plus faibles. O femme, vis loin
de lui, c'est-à-dire du malheur, me paraît peu
clair. « O femme, qu'il (que le malheur) s'écarte
de toi », comme dit Wilder, est infiniment meil-
leur ; l'adjonction de deux croches, nécessitée
par cette forme, est absolument sans impor-
tance.
Passons sur quelques maladresses acces-
soires, — par exemple l'ordre de Hunding à
Sieglinde : « Donne aux hommes leurs mets! »
traduction littérale-, mais nullement exacte de
Rus f uns Mœnnern tias Ma/?/, car l'expression
« uns Mœmtern » à la fois familière et brutale,
n'est pas rendue du tout par aux hommes.
La traduction exacte c'est : Prépare-nous le
repas, — et arrivons au grand récit de Sieg-
mund.
Notons d'abord que M. Ernst ne traduit pas
les noms propres que Siegmund se donne :
Wehwalt (porte- Douleur), Frohwalt (porte-
Joie), Friedmund (porte-Paix), etc., et que
Wilder avait interprétés non sans ingéniosité.
Siegmund commence ainsi son récit dans la
version de M . Ernst :
Friedmund je ne puis être,
Frohwalt m'eût été doux,
Mais Wehwalt est le nom juste (I)
Loup, ce fut là mon père.
Il faut convenir que voilà un procédé qui
simplifie singulièrement l'art de la traduction.
M. Ernst nous explique que si l'on traduit ou
si l'on explique ces noms forgés par Wagner à
l'imitation des poètes du moyen âge, il faut
aussi traduire Wotan, Brunnhilde, Siegfried,
lesquels ont chacun un sens déterminé. L'ob-
jection n'est pas sans valeur. Mais si je me
place au point de vue de l'auditeur au théâtre,
le problème change d'aspect, et, en écoutant les
vers blancs cités ci-dessus, je me demande si
Wilder n'a pas eu raison de chercher une inter-
prétation. Par une singulière contradiction,
M. Ernst traduit le nom de Wolfe et de Wôl-
fing que se donne Wotan.
La suite du récit est excellente; elle co'in-
cide, d'ailleurs, mot pour mot, en plus d'un
point avec la version naguère publiée par
M. Henri Lafontaine, qui aura eu l'honneur
d'avoir été le premier adaptateur du poème
des Nihelungen (1876). Malheureusement, à
tout moment, on rencontre des expressions
plates ou triviales qui ne correspondent nulle-
ment à l'allemand :
« Traqué, le vieux s'enfuit avec moi; bien
des ans le jeune vécut près de lui au profond
des bois. »
Le vieux (Wotan), \e jeune (Siegmund) sont
traduits littéralement de « der A Ite, der Jitnge «
que Wagner oppose dans son texte ; seulement
les mots viejix ei jeune, n'ont pas du tout en
français la même familiarité aisée qu'en alle-
mand.
Le récit continue : . , -
LE GUIDE MUSICAL
579
0 Mais loin de mon père jeté, je perdis sa
trace, malgré ma recherche : une peau de loup
seule au fond du bois vide gisait... Le père...
n'est plus là. Des forêts je m'éloignai poussé
vers les hommes, les femmes ; j'allais chez tous
en tout endroit, cherchant l'ami, l'épouse aussi,
mais partout, tous me repoussent. ... » etc.
Je m'arrête à ce dernier vers, sur l'harmonie
duquel je n'insiste pas. Et quel singulier
mélange de verbes au passé, au présent, à l'im-
parfait! Il n'y a pas d'excuse musicale qui
tienne.
Voulez-vous d'autres citations.
En la renvoyant, Hunding dit à Sieglinde :
« Emplis la coupe du soir et puis m'attends,
au lit (sic) ». Utid harre mein' zur Ruk', dit le
texte de Wagner.
Wotan est décrit comme h un homme aux
sombres habits » (in grauem Gewand).
Siegmund, enlaçant Sieglinde, s'écrie :
« Toi-même, ô bonheur, sois à l'ami : J'ai
l'arme et la femme à moi. [Dich selige Fratc,
hait nùn der Freund, dem Waffe imd Weib
bestimmt).
Siegmund chante dans le Lied qui clôt
l'acte :
« Vois, le palais du printemps joyeux rit.
[Fort in des Lenzes lachendes Hatis!).
Voici, au deuxième acte, la grande et belle
phrase qui termine la scène entre Fricka et
Wotan.
« Mon honneur sacré d'épouse éternelle par
elle (Brunnhild) soit gardé ! Raillés des hu-
mains, déchus du pouvoir, tous les dieux vont
à leur fin, si mon droit royal n'est pas pleine-
ment (!) vengé par ta fille aujourd'hui. »
La supplication de Brunnhilde à Wotan :
(même acte).
« A ton vouloir tu parles, me disant ton
désir. Qui suis-je, si je ne suis ton vœu? »
Brunnhilde à Wotan (3" acte) :
Cl Mon regard n'a eu que l'unique amour,
lorsque dans la contrainte où saigne ton cœur,
faibles, tes yeux s'en détournent. Celle qui cou-
vrait ta retraite au combat a vil cela seul caché
pour toi. (Die sali nun Das nur, ivas du nicJit
sah'st). n
Ces quelques extraits suffiront pour donner
une idée de la manière de M. Alfred Ernst. A
côté de pages excellentes, vraiment réussies, se
rencontrent en trop grand nombre, j'ai regret à
le dire, des morceaux dans le style rocailleux
et barbare dont on vient de voir quelques
exemples, des phrases écrites dans une langue
plus allemande que française, absolument inin-
telligibles pour qui ne connaît pas l'original ;
puis, çà et là, des expressions traduites servile
ment sans aucune compréhension, semble-t-il,
de la fleur poétique du vers si souple et si
riche de Wagner. Par parties, la version est
superbe, et puis l'on tombe sur des morceaux
qu'on dirait empruntés à un devoir d'élève
péniblement traduit avec un dictionnaire à la
main.
Conclusion : c'est à revoir et à remanier très
sérieusement. M . Kufferath.
Chronique ^e la Semaine
AVIS
Not e directeur s'absentant pendant le mois
d'août, nous prions nos correspondants de Belgique
et de l'étranger de vouloir adresser du i""' au
3i août, leurs lettres et correspondances, à M. Nel-
son Le Kime, secrétaire du GUIDE MUSICAL,
12, rue du Marteau, à Bruxelles.
PARIS
-'^^;^RÉTRY n'est pas le seul qui ait prêché,
liv^ avant Richard Wagner, Vinvisibilité de
^^^) l'orchestre dans les salles de théâtre et
les réformes qui s'imposent pour donner à la
musique de scène la grandeur à laquelle elle
peut prétendre. Dans une lettre en date du
14 octobre i83o, Frédéric Chopin écrivait à
son ami Titus, du château d'Antonin, rési-
dence d'été du prince Radziwill :
« Tu peux te figurer, d'après cela, de
quelle manière le prince (Radziwill) entend la
musique. C'est un gluckiste. La musiique de
théâtre n'a pour lui d'importance qu'autant
qu'elle sert à dépeindre les situations et à
exprimer les sentiments L'orchestre se
tiendra caché derrière la scène, afin que le
mouvement des archets ne détourne pas l'atten-
tion des spectateurs. »
L'occasion se présente, à propos de la
reconstruction projetée de l'Opéra-Comique,
de^mettre à exécution toutes les réformes pres-
; senties par' Grétry et le prince Radziwill, —
580
LE GUIDE MUSICAL
adoptées par Richard Wagner dans l'édifica-
tion du théâtre de Bayreuth, — réclamées par
tous les esprits ennemis de la routine, qui
souffrent des imperfections considérables de
nos salles de théâtre anciennes.
La commission nommée par M. le ministre
des travaux publics pour étudier et résoudre
les questions relatives à l'invisibilité de l'or-
chestre de la nouvelle salle de l'Opéra-Co-
mique, osera-t-elle toucher à l'arche sainte?
Etendra-t-elle ses études aux modifications
devenues indispensables dans la disposition
des places, autant pour la commodité que pour
la sécurité des spectateurs ?
Hélas ! il y a de grandes probabilités pour la
négative.
On sait déjà que deux de ses membres, qui
ignoraient probablement les desiderata présen-
tés autrefois par Grétry et repris par d'autres,
se sont élevés contre l'orchestre invisible, tel
qu'il est établi au théâtre de Bayreuth. Ils
n'ont pas craint de recourir aux clichés habi-
tuels pour faire appel au chauvinisme et pré-
senter la France à la remorque de l'Allemagne.
Les autres membres présents ne les ont pas
suivis, heureusement, dans cette voie, et M . Ch.
M. Widor, chargé de la rédaction du rapport
relatif à l'installation de l'orchestre, a conclu à
l'adoption des dispositions permettant d'élever
à volonté le plancher de l'orchestre et de pla-
cer, suivant les exigences des compositeurs,
une rangée de musiciens sous le proscenium.
Celte conclusion a été adoptée. Mais pourquoi
s'arrêter en si beau chemin? Pourquoi la com-
mission n'étendrait-elle pas les pouvoirs du
savant rapporteur, du compositeur dont l'es-
prit est si ouvert aux innovations? 11 pourrait
entrer dans le v'ifde la question, et, s'inspirant
des travaux précédents, des modifications
heureuses introduites dans divers théâtres de
l'étranger, il nous piésenterait un véritable
projet de reconstruction du théâtre de l'Opéra-
Comique dans lequel seraient résolues toutes
les réformes réclamées au point de vue de la
disposition intérieure et extérieure du théâtre,
de la commodité des spectateurs, des vomi-
toires en nombre suffisant pour l'écoulement
rapide du public, du développement de la
scène, de l'éclairage de la salle, etc..
En un mot, dans son nouveau travail appuyé
d'un plan inspiré par celui du théâtre de Bay-
reuth, M. Widor mettrait sous nos yeux une
salle modèle, construite ad luajorem Artis
gloriam !
Rappelons- nous les vœux exprimés par
Grétry, qui étaient pleins de bon sens :
« Je voudrais que la salle fût petite et conte-
nant tout au plus m.ille personnes ; qu'il n'y eût
qu'une sorte de places partout ; point de loges
ni petites, ni grandes; ces réduits ne servent
qu'à favoriser la médisance ou pis encore. Je
voudrais que l'orchestre fût voilé et qu'on
n'aperçût ni les musiciens, ni les lumières des
pupitres du côté des spectateurs. L'effet en
serait magique, et l'on sait que, dans tous les
cas, jamais l'orchestre n'est censé y être. Un
mur en pierres dures est, je crois, nécessaire
pour séparer l'orchestre du théâtre, afin que le
son se répercute dans la salle. Je voudrais une
salle circulaire, toute en gradins, chaque place
commode et séparée par de légères lignes de
démarcation d'un pouce de saillie, comme
dans les théâtres de Rome. Après l'orchestre
des musiciens, des gradins formeraient un seul
amphithéâtre circulaire, toujours ascendant et
rien au-dessus que quelques trophées peints à
fresque. Je voudrais que tout dans la salle fût
peint en brun et d'une seule couleur, excepté
les trophées : ainsi les femmes seraient jolies et
la scène éclatante. »
La conclusion n'est pas à la hauteur des
prémisses. Mais ne semble-t-il pas que Grétry
ait prévu la majeure partie des innovations
introduites plus tard au théâtre de Bayreuth,
sur les indications de Richard W^agner, par
l'architecte Semper ?
Inspirons-nous donc des conseils du vieux
maître, qui voyait déjà un avantage considéra-
ble à faire exécuter ses œuvres dans un théâtre
plus conforme aux exigences de l'art, et dotons
la ville de Paris d'une salle dont l'édification
est réclamée de longue date par les bons et
beaux esprits. Hugues Imbert.
Continuation de la série des concours à
huis-clos au Conservatoire :
Classes de solfège pour élèves iustnimeu-
tistes (classes d'Iiomines) : 37 concurrents. -
Premières médailles : MM. de Lausnay, élève
de M. Schwartz; Soulier, élève de M. de Mar-
tini. — Deuxièmes médailles : MM. Chazot,
élève de M. Rougnon ; Bernadel, élève de
M. Kaiser; Daunis, élève de M. Alkan. —
Troisièmes médailles : MM. Delacroix, Lucien
Leclercq, Girard, Migard, Richet et Hazelton.
Classes de femmes : 5o concurrentes.— Pre-
mières médailles : M"<=^ Delattre, élève de
Mme Leblanc; Cudey, élève de M"": Barrât;
Deparis, élève de M^^ Renart; Girard, élèvede
M"^ Leblanc; Guyonnet et Percheron, élèves
de M"" Got ; Jacquard, élève de M"e Barrât. —
■ Deuxièmes' médailles : Mi'« M. Abraham,
LE GUIDE MUSICAL
581
élève de M^i^ Renart; Laye, élève de M"'= Got;
Lipmann, élève de M^e Leblanc ; Roosvelt,
élève de M'i^ Got ; Bérillon, élève de M^e Le-
blanc; Ploquin, élève de M"<= Bairat; et Bouis-
set, élève de M'ii^ Got. —Troisièmes médailles :
M'ie Pougin, Pons, Troy, Fleury, Limosin,
FayoUe, Inghelbrecht et Dupuis.
Classes préparatoires de violon (classes
d'hommes et de femmes) : 14 concurrents
(10 hommes et 4 femmes). Morceau d'exécu-
tion, i^"^ Concerto de Rode. — Premières mé-
dailles : M"" Adolphi, élève de MM. Turban
et Hayot; Dcllerba, élève de M. Desjardins.
— Deuxièmes médailles : M. Domergue et
M"'= Bernheim, élèves de M. Desjardins;
MM. Faure-Brac et Chazot, élèves de MM.
Turban et Hayot. — Troisième médaille :
M. Lesquin, élève de M. Desjardins.
Classes préparatoires de piano (classes de
femmes) : 32 concurrentes. Morceau d'exécu-
tion, 6e Concerto de H. Herz. — Premières
médailles : Ml'^s Holup, élève de M™ Tarpet;
Vergonnet, élève de M^^^ Trouillebert ; Weiss,
élève de M™^ Tarpet; Eptein, élève de M^^
Chêne; Herth, élève de M.^'^ Trouillebert;
Percheron, élève de M™'! Tarpet. — Deuxièmes
médailles : Mi'^s Guyon et Cahen, élèves de
M™e Tarpet; Demarne, élève de M™^ Chêne;
Lehmann, élève de M™^ Trouillebert; Debrie,
.élève de M™e Tarpet; et Léon, élève de
M^e Chêne. - Troisièmes médailles : M"es Bou-
chent et Schliederman, élèves de M"": Chêne,
' Dumont, élève de M™"^ Trouillebert ; et Faraut,
élève de M™e Tarpet.
Classes d'hommes : Première médaille :
M. Bernard, élève de M. Decombes - Deu-
xième médaille : M. Ferté, élève de M. De-
combes. — Troisième médaille : M. Dubaii,
élève de M. Anthiome.
Classe d'harmonie {femmes):Pas de premier
prix. — Second prix : M"<= Chapard, élève de
M. Chapuis. — Premier accessit : M'ie Caus
sade, élève de M. Chapuis. — Deuxièmes
accessits : M"'^ Arger, élève de M. Chapuis;
M"»: Campagne, élève de M. Barthe.
Concours defugJic : Jury composé de M.Am-
broise Thomas, président, et de MM. Fauré,
Tissot, Raoul Pugno, Taudou, Dallier, Gigout,
Gabriel Pierné et Vidal. 20 concurrents. — Pre-
miers prix : MM. Letorey et Emile Roux,
élèves de M. Th. Dubois. — Second prix ;
M. d'Ollone, élève de M. Massenet. — Premiers
accessits : MM. Reine et Caussade, élèves de
M. Th. Dubois. — Deuxièmes accessits :
M. Kœcklin, élève de M. Massenet, et M. Ter-
nisier, élève de M. Th. Dubois.
Classe d'accompagnement au piano : Profes-
seur : M. L. Delahaye. — Premier prix : M. Bian-
cheri. — Deuxième accessit : M. Félix Leroux.
Classe d'orgue : Professeur : M. Ch.-M. Wi-
dor. — Premiers prix : MM. Vierne et Libert. —
Deuxième prix : M. Galand. — Premier acces-
sit : M. Quef.
Violoncelle. — Premier prix : MM. Marnef,
élève de M. Rabaud, et Feuillard, élève de
M. Delsart. — Deuxième prix : M, Desmonts,
élève de M. Rabaud. — Premier accessit :
M. Britt (Delsart) et M"^ Laronde (Delsart).
Deuxième accessit : M. Dulphy (Rabaud).
Contrebasse. — Premier prix, M. Leduc;
deuxième prix, M. Rousseau ; premier accessit,
M. Charron.
Tous ces élèves sont de la classe de M. Viser.
•f
Les concours publics au Conservatoire ont
commencé le mardi 19 pour prendre fin le
mardi 3i juillet.
La distribution des prix aura lieu le samedi
4 août.
•f"
M. Antonin Proust, ancien ministre des
beaux-arts, fera désormais la critique musicale
au Matin.
L'Académie des beaux-arts vient de décerner,
pour la première fois, le prix Kastner-Bour-
sault (2,000 francs), destiné à récompenser le
meilleur ouvrage de littérature musicale paru
dans les deux dernières années.
Ce prix a été partagé entre MM. Albert Sou-
bies et Charles Malherbe pour leur Histoire de
r Opéra-Comique, et M. Julien Tiersot pour
son livre. Rouget de l'Isle, son œuvre, sa vie.
BRUXELLES
Le concours de tragédie et comédie (profes-
seur, M"»: Tordeus) avait attiré au Conserva-
toire une véritable foule; étonnant, le nombre
des gens qui s'intéressent à l'art dramatique!
Concours très honnête, mais non transcendant.
Trois concurrents : M'i^ Loubriat, MM. Soyez
et Tilmont. M"!^ Loubriat possède un tempé-
rament véritablement dramatique; elle est
parvenue à un résultat très honorable dans la
grande scène d'Horace, où l'effet est autant
plus difficile à réaliser que le morceau a été
si fréquemment entendu; la voix, d'ailleurs
fort belle, nous a paru cepeadant fléchir par
instants sous ce lourd fardeau. M. Tilmont,
582
LE GUIDE MUSICAL
dans Mascarille des Précieuses ridicules, a été
d'un comique un peu gros, mais, somme toute,
habilement composé; M. Soyez, très bien en
scène, a une allure un peu trop familière ; pro-
nonciation un peu pâteuse. A concouru dans
une scène des Plaideurs ; a fort bien interprété
son rôle dans Une conversion, une comédie
à deux personnages ajoutée au programme, —
pourquoi ?
Arrêt du jury : Premier prix, M"e Loubriat;
deuxième prix, MM. Soyez et Tilmont.
Voici les résultats des concours de haute
théorie musicale (dont on parle le moins,
peut-être parce qu'ils sont les plus importants
de tous) :
Harmonie théorique (professeur, M. Hu-
berti) : quatorze concurrents : premier prix
avec distinction, MM. Chalk, Cluytens ; pre-
mier prix, MM. Hans, Bosquet, M"' Voué;
deuxième prix avec distinction, MM. Moins,
Baroen; deuxième prix, M. De Bondt; pre-
mier accessit, MM. Dubois, Perkins; deuxième
accessit, M"e Delay.
Harmonie écrite (professeur, M. J. Du-
pont) : quinze concurrents : premier prix avec
distinction, MM. Moulaert, Janssens, Ml'e Fla-
mand; premier prix, MM. Mack, Van Dyck;
deuxième prix avec distinction, Mi'e Galiot;
rappel avec distinction du deuxième prix,
M"e Ité, M. Dusoleil ; deuxième prix, M. Sou-
dant ; premier accessit, M"e Heureux, M.
Smeesters ; deuxième accessit, M"«s Duchatel et
Ruegger.
Harmonie pratique (professeur M. Ed. Sa-
muel) : premier prix, M'ies Galiot, Ité; deu-
xième prix, MM. Moulaert, Janssens, M'ie Fla-
mand, M. Chalk; premier accessit, MM. Du-
soleil, Opsomer.
Contrepoint et Ftigue (professeur, M. Kuf-
ferath) : division supérieure : premier prix avec
distinction, M. Marchand; deuxième prix,
M. Miry. Division inférieure : deuxième prix
avec distinction, M. Kips; premier accessit,
M . Biarent.
A l'occasion des fêtes nationales, la maîtrise
de Sainte-Gudule, sous la direction de M. Fis-
cher, a exécuté, samedi, un Te Deum de
M. Eug. Antoine, maître de chapelle à la
cathédrale de Liège. Cette œuvre est une des
meilleures que nous ayons entendues depuis de
longues années. L'auteur s'est heureusement
inspiré du thème de l'hymne Te Deum lauda-
mus, dont il reproduit le chant initial en le
développant avec habileté et avec d'heureux
effets d'oppositions de. voix.
Il y a une jolie entrée des voix d'enfants, et
le finale est plein d'éclat. Bien que l'auteur se
serve de procédés essentiellement modernes, il
a su conserver, en général, le caractère grave et
sévère qui convient aux chants religieux. C'est
une œuvre très distinguée, d'une facture solide,
évitant la boursoufflure qui dépare malheu-
reusement tant de pages tombées de la plume
de nos musiciens nationaux. La partition est
écrite pour chœur d'enfants, voix d'hommes,
soli (ténor et basse), orchestre et orgue.
*!•
Le différend qui s'était élevé entre la direc-
tion du théâtre de la Monnaie et un certain
nombre d'artistes de l'orchestre, à propos de la
clause des engagements relative aux Concerts
populaires, est aujourd'hui aplani. Ces artistes :
MM. Poncelet, Guidé, Anthoni et Van Hout
ont été appelés à l'hôtel de ville, où l'assurance
leur a été donnée par M . l'échevin André qu'il
ne serait pas fait usage de la clause en
question. Dans ces conditions, MM. Poncelet,
Guidé, Anthoni et Van Hout ont consenti à
signer, puisqu'il est bien entendu que l'enga-
gement de ne pas jouer aux Concerts populaires
sans l'autorisation des directeurs ou de leur
chef d'orchestre est non avenu et sera de nul
effet.
Nous avons idée, du reste, que MM. Stou-
mon et Calabresi ne s'aviseront pas de recom-
mencer leurs déplaisantes manœuvres contre les
Concerts populaires. Ils auront pu s'apercevoir
que le sentiment public n'était pas avec eux.
Ils n'ont pas compris très vite, mais enfin ils
ont compris. C'est l'essentiel.
l-i' Indépendance belge termine par les lignes
ci-après son compte rendu du concours de tra-
gédie et de comédie au Conservatoire royal
de Bruxelles :
« Le Conservatoire s'est mis en frais de déco-
ration pour le théâtre improvisé où ont eu lieu
les concours de musique et de déclamation ;
des salons, un parc, une rue du dix-septième
siècle. Bien que ce théâtre soit imparfaitement
machiné, on a remarqué avec quelle prompti-
tude ont eu lieu les changements de décors.
M. Stoumon, qui faisait partie du jury, a pu y
prendre une leçon dont il serait à désirer qu'il ~
profitât pour abréger les interminables entr'actes
du théâtre de la Monnaie. »
Sévère, mais très juste, cette dernière
réflexion, et il est à espérer que le directeur de
la Monnaie, qui tient en haute estime le savant '
critique musical de V Indépendance, saura en
faire son profit.
LE aUIDF MUSICAL
583
CORRESPONDANCES
ANVERS. — A l'Exposition, les auditions
musicales ont été fort nombreuses durant la
dernière quinzaine ; les récitals de pianistes, sur-
tout. A la section allemande, nous avons entendu
M"» Schmit, une amateur distinguée de notre ville
qui a exécuté avec beaucoup de brio un concerto
de Hummel, le Roudo capriccioso de Mendelssohn-
puis, un petit morceau de Moskowsky et la Tarm-
ielle de Liszt. Malheureusement, la jeune pianiste
n'a pas assez le souci du style ; trop préoccupée de
l'exécution brillante des traits rapides, l'intention
du compositeur lui échappe souvent.
Une autre audition, donnée à la section française
par M"«« le Goulon et Van Mierlo, avait attiré
beaucoup de monde. Ces jeunes pianistes se sont
fait vivement applaudir dans divers morceau.x,
tant à un qu'à deux pianos.
Nous avons eu également un concert sympho-
nique extraordinaire, avec le concours de M">= Jo-
sette Nachtsheim et de M. De Backer, notre bary-
ton de la saison dernière. M'"» Nachtsheim est
douée d'une voix bien timbrée, claire et métallique •
ses vocalises se ressentent d'un travail assidu et
intelligent. L'air des clochettes de Lakmé a valu
; un rappel à la jeune cantatrice, qui a également
; fort bien dit Vieille Chanson de Bizet.
: M. De Backer ne réussit pas trop dans le lied
flamand, malgré son réel talent du chanteur ; on le
devine mal à l'aise dans ce cadre restreint, où
une diction simple peut, seule, être à sa place 'ous
Vaderhnd de J. Blockx, une mélodie dans le style
populaire, a été interprétée d'une façon par trop
emphatique.
Notre concitoyen a également dirigé sa Ker-
messe flamande de Milenka ; page caractéristique
qui lui a valu plus d'un succès.
L'admirable ouverture de Ckarlolie Corday se
trouvait aussi au programme, ainsi qu'une Marche
de E. Tinel; composition que nous n'avons pas
trouvée tout à fait digne de la renommée de
1 auteur.
A la Société royale d'Harmonie, nous avons été
convié à l'audition annuelle des cours de M""^ Pain-
parc. Toute une pléiade de pianistes minuscules
jouant, avec une conviction réelle du Scarlatti'
du Mozart, du Beethoven, etc. Nous avons parti-
culièrement remarqué le côté musical de ces
jeunes talents, auquel M""<= Painparé paraît, avec
ra.son, porter beaucoup de soin. M. Crickboom
qui donne un cours de violon à l'Institut Painparé'
nous a fait entendre quelques-unes de ses élèves'
parmi lesquelles il faut mentionner M"« Tul'
Painparé. une petite violoniste d'avenir.
M. E. De Herdt, qui vient de remporter un pre-
mier prix au Conservatoire de Bruxelles (classe de
M. Colyns) s'est fait entendre à l'Harmonie. Les
luahtes sérieuses que l'on a souvent remarquées
nez ce jeunë artiste, qui tient avec autorité le
premier pupitre aux séances de la Kwartet-Kapel
ont encore été complétées pendant cette dernière
années d'étude.Le public a fait un acceuil chaleu-
reux à l'artiste sympathique et méritant.
A. -W.
^^
LIEGE.— Voici closes les épreuves publiques.
Disons tout de suite qu'elles n'ont pas révélé
de nouveau Liszt. Cependant M. Albert Dechesne
au violoncelle, et M. Oscar Englebert à l'alto pro-
mettent, et au violon MM. Adolphe Betti (de Luc-
ques) et Jules Devillez, dont nous disions déjà les
bonnes qualités il y a un an, se sont distingués; le
dernierfranchit même en une fois, saut rare, l'espace
séparant l'accessit du « i" prix avec distinction i).
Au piano (demoiselles), la jeune classe de M""
Delhaze, dont nous avons noté l'avènement plein
d'espoir, remporte la belle part des récompenses.
De même le palmarès du piano hommes voit poin-
dre la jeune classe de M Sidney Vantyn. Al'orgue,
deux bons élèves : MM. Joseph Jongen et Henri
Deger.
Passons à la musique de chambre. Ici encore, à
côté de banals tapotages et de veules raclages,
brillent des élèves dont nous avons déjà signalé à
cette place les heureuses dispositions, entre autres,
au trio, Mlle Fontenelle (pianiste) et M. Hans
Treichler (violoniste). En dire autant de M. Maasz,
que précédemment nous tirions de pair, nous le
voudrions; mais, hélas! il nous paraît loin de
croître et embellir. La cause? Elle est difficile à
dire ; mettons : surmenage, énervement. Au qua-
tuor, M. Emile Chaumont, dont nous avons déjà
loué la finesse nerveuse, bondit, lui aussi, de l'ac-
cessit au « 16'' prix avec distinction ».
Quant au chant et à la déclamation lyrique, nous
n'y resterons qu'un instant, car je ne veux retenir
que le nom de M'I^^ Irma Weyns, déjà citée antérieu-
rement, laquelle joint à beaucoup d'aplomb beau-
coup de grâce : sa jolie voix à rallié toutes celles
du jury.
Maintenant les concours supérieurs. Ont décoché,
cette année, le diplôme suprême : d'abord un bon
luba, M. Ferdinand Rogister, puis une pianiste
distinguée, au jeunet. M»" Héloïse Weimar ; ensuite
M. Léon Heniy, un pianiste qui joue d'une façon
très intéressante et fait grand honneur à son pro-
fesseur M. J. Lebert; enfin trois violonistes élèves
de César Thomson, MM. Hans Treichler (de Zu-
rirh\ Max Maasz (de Hambourg) et Georges
Lagarde (de Spa). Jeu très pur, le premier, jeune
encore, mais en bonne voie vers l'ampleur et la
mâle énergie. Musicien très sérieux, le second;
comme exécutant, son tempérament le porte plus
vers le doucereux que vers l'intense (en cela je me
répète encore de l'an dernier). Plus virtuose, le
troisième, encore que fort inégal; livré à lui-même
et sorti de son milieu, il pourra réussir, s'il le veut
avec éclat. '
J'ajoute qu'il faut tenir compte de l'état de
prostration physique et morale dans lequel se
présentent au concours ces jeunes violonistes,
584
LE GUIDE MUSICAL
remorquant derrière eux un bagage de huit à
quatorze concertos, sept à dix pièces de musique
ancienne et six à neuf morceaux de genre. On
serait « éteint » à moins. Encore si, pour accomplir
ce tour de force, ils pouvaient emprunter à leur
maître ses nerfs d'acier ! — Les questions sur
l'histoire de leur art posées en plublic ont mis en
lumière la culture d'esprit de MM. Treichler et
Maasz, auxquels je décerne, de ce chef, un diplôme
supplémentaire, celui de docteur es musique
F. N.
IONDRES. — Dans le déluge de concerts
J qui, durant la seasoa, nous a assaillis, je veux
noter comme parliculièrement remarquable d'abord
le piano- yecital qu'a, donné à Princess Hall Miss Mar-
garet Wild, disciple pleine de talent de M"" Clara
Schumann, musicienne accomplie, pianiste au
mécanisme admirablement siir. Le public, très
nombreux, qui assistait à cette soirée et la pre;;se
de Londres ont été unanimes à applaudir l'exécu-
tion pleine de style d'un programme artistement
varié : Fantaisie et fugue en sol mineur de Bach,
Variations sur un thème de lui-même de Brahms (op.
21 n» i); Fantaisie iop. 17) de Schumann, Allegro
appassionato àe S&mtSdièns, outre quelques pièces
détachées de Hermann Goetz et de Zarembski.
Dans la fantaisie de Schumann, en particulier,
l'excellente artiste a atteint un degré de puissance
et d'éclat assez rare parmi les virtuoses du sexe fai-
ble. A côté de Miss Wild, a reparu en public, après
plusieurs années de silence. M'"" Antonia Speyer-
Kufferath, qui a ravi l'auditoire par le charme de
sa diction poétique et pleine d'âme dans différents
Lieder de Brahms et de Schumann.
Des trois récitals d'un genre original donnés par
M"" Fillunger, la cantatrice bien connue, M"« Emily
Schinner, violoniste, et le pianiste Léonard Bor-
wick et qui étaient consacrés chacun à un seul
maître, Schubert, Schumann et Brahms, je n'ai pu
entendre que les deux derniers. Le second était
consacré à Schumann. Le programme en était très
habilement conçu. Sonate pour piano et violon
en ré mineur, dix Lieder du cycle des poèmes
d'Eichendorff, Hîiwflrwi^ifi^ pour piano seul (op. 30),
enim Fantaisies ço\\\ piano et violon (op. 73). Ni
trop, ni trop peu, comme vous voyez. Et ce con-
cert a été, en outre, un régal extraordinaire par la
qualité de l'exécution. Miss Shinner, une élève de
Joachini, a fait grand plaisir par la justesse et la
distinction de son jeu, peut-être un peu" froid.
M""^ Fillunger, qui possède, chose rare, un véritable
soprane élevé atteignant sans difficulté de superbes
si aigus, a chanté avec beaucoup de poésie et de
goût l'incomparable cycle de Lieder que j'ai cité
plus haut. Il est vraiment fâcheux qu'à Londres,
les plaisirs artistiques de ce genre soient si rares
et que dans les concerts on n'entende pour la plu-
part que des pièces de musique vocale archi usés,
chantés par des cantatrices tout à fait médiocres.
Quant à M. Léonard Borwick, son interprétation
de V Humoresque a été une production artistique du
rang le plus élevé et le plus noble.
C'est à Brahms qu'a été consacré le troisième
récital. Cette fois encore, le choix des œuvres et la
sobriété du programme ont été parfaits, si bien
qu'à la fin du concert on se sentait non pas
lassé, comme il arrive si souvent, mais frais et
dispos et avec la conscience du plaisir éprouvé.
Sonate pour piano et violon en ré mineur, huit Lie-
der, variations sur un thème de Schumann (op. 9),
pour piano, quatre danses hongroises pou" piano
et violon.
Miss Shinner eiit peut-être mieux fait de s'en
tenir à la Sonate en la du maître de Hambourg;
celle en ré mineur me semble trop puissante pour
son talent féminin. M"» Fillunger a de nouveau
enchanté ses auditeurs par le choix et l'exécu-
tion des Lieder si pénétrants de Brahms, en
particulier de deux pièces du cycle de Mage-
lone. Le public a redemandé la Solitude et le Lied
op. 32. Les Variations op. 9 pour piano ne sont
jouées que rarement, et je m'étonne qu'une œuvre
aussi intéressante au point de vue de la virtuosité
et aussi profondément musicale ne figure pas plus
souvent au répertoire des pianistes. C'est une des
premières compositions de Brahms (1854). Le
thème est emprunté à une Feuille d^alkim de Schu-
mann, qui lui-même en avait tiré des variations.
L'œuvre, il faut le dire, pour porter et être com-
prise, exige une exécution hors ligne, comme en
peut donner seul un virtuose et un musicien de la
force de M. Borwrick. Après ces variations, le
public l'a 1 appelé avec tant d'insistance qu'il a dû
ajouter le charmant intermezzo de l'op. 47.
E. S.
Autre correspondance. — C'est dans le mois de
juillet que se clôt d'ordinaire la season de Londres.
Mais le mauvais temps retenant tout le monde à la
ville, et les spectacles continuant à être fort courus,
Sir Augustus Harris prolongera sa saison, à
l'Opéra de Covent-Garden, jusqu'au 28 juillet. Les
productions de Sapho et de la Damnation de Fansi
ont été écartées, niais on donnera avant la fin du
mois la première représentation d'un opéra inédit
The lady of Laiigford, dont la musique est df
M. Emile Bach et le livret de MM. Harris e'
Wcatherley. Les principaux rôles de cette nou-
veauté ont été distribués à M"" Eames et i
MM. Alvarez et Edouard de Reszké.
Mardi soir, a eu lieu une première à sensation
celle d'Aïda, que l'on n'avait pas jouée depui
longtemps. M™" Adini, dont c'est un des meilleur
rôles, a obtenu un succès d'enthousiasme dan
l'œuvre de Verdi ; on l'a rappelée une dizaine d
fois dans le courant de la soirée. M™" Adini étai
du reste, fort bien secondée par MM. de Reszk' j
Plançon, Maggi et M'"" Ravogli.
'L'Attaque du moulin de M. Bruneau a obtenu v
très franc succès; la presse musicale, tout
énonçant certaines réserves sur les procédés
LE GUIDS MUSICAL
585
jeune maître, reconnaît qu'il est, de tous les
compositeuis français, celui dont le talent est le plus
personnel. Depuis Carmen, aucune œuvre n'a été
accueillie aussi favorablement. Détail à noter :
VAUaque du moulin a été donnée ici comme elle a
été conçue, c'est-à dire avec les costumes cora-
temporains. On voit sur la scène le costume des
soldats français et allemands, tel qu'il était en'
1870. La mise en scène du dernier tableau repro-
duit exactement les Dernières Cartouches de De-
taille.
NOUVELLES DIVERSES
Jeudi 19, se sont ouvertes, à Bayreuth, les
fêtes théâtrales de cette année. Un correspon-
dant occasionnel nous adresse la dépêche
suivante sur les deux premières représentations
de Parsifal et de Lohengrin.
Bayreuth, 21 juillet.
Les deux premières représentations aux-
quelles je viens d'assister m'ont émerveillé.
Parsifal a eu lieu sous la direction de Her-
mann Levy, avec le ténor Birrenkoven dans le
rôle de Parsifal et M"« Rosa Sucher dans
celui de Kundry. Celle-ci est extraordinaire de
séduction et de passion dans la grande scène du
deuxième acte. Elle est véritablement la Rose
d'enfer. Birrenkoven n'a pas mal composé son
rôle ; mais il chante de la gorge. Bon ténor
allemand. I^e reste de l'exécution est à la
hauteur des années précédentes.
Quant à Lohengrin, la nouveauté de cette
année, rien ne peut vous donner une idée de
la transformation qu'a subie ici cette œuvre
archi-connue. Elle ne ressemble en rien à ce
que nous avons vu. La mise en scène est mer-
veilleuse d'éclat, de couleur et de vie. L'arrivée
du cygne, tout le début du deuxième acte et
la scène finale sont incomparablement rendus,
et l'effet en a été prodigieux. Pas une coupure!
M. Van Dyck, indisposé a dû être remplacé au
dernier moment par M. Emile Gerhœuser de
Carlsruhe, qui a été simplement convenable.
Eisa, c'est Miss Lilian Nordica, une Amé-
ricaine. Ravissante et dramatique tour à
tour. Excellents aussi, M"^ Brema (Ortrude)
et le Telramund du baryton roumain Popovici.
Félix Mottl dirigeait l'orchestre. Chœurs admi-
rables. Je n'ai pas rencontré ici|M. Oscar Stou-
mon, ni M. Flon. Ils auraient pu apprendre
cependant bien des choses qu'ils ne soup-
çonnent pas. Aperçu, en revanche, M. Charles
Tardieu, M. Gailhard, directeur de l'Opéra de
Paris, et combien d'autres personnalités du
monde artistique fianco-bclge! E.H.
Nous avons signalé dans un de nos derniers
numéros, la résolution prise par M^e veuve de
Bulow d'interdire provisoirement la publication
de la correspondance de son mari, et nous
avons parlé, à ce propos, d'une lettre publiée
par la Deutsche Rundschau où, parlant des
relations de Berlioz et de Wagner et de l'envoi
de la partition de Tristan, Bulow semblait
accuser Wagner « de sentiments qui peuvent
à peine s'excuser dans une nature tout à fait
ignoble n.
Notre excellent confrère néerlandais Week-
blad voor Miiziek nous fait observer que cette
interprétation de la lettre de Bulow est fautive,
et nous devons reconnaître qu'en effet, en
lisant le texte allemand, nous avons commis
une erreur : l'accusation que formule Bulow
touche, en réalité, Berlioz. Voici, au demeu-
rant, la traduction littérale de la lettre de
Bulow. Nos lecteurs apprécieront.
Bulow, au début de cette lettre, explique,
comme nous l'avons dit, qu'on ne peut s'en-
thousiasmer que pour un seul grand homme à
la fois, et que lorsqu'on se trouve avoir trois
grands hommes parmi ses contemporains, il faut
choisir celui auquel on se consacre, au risque
d'être injuste envers les deux autres. Et il con-
tinue en ces termes :
« Ne vous méprenez pas sur le sens de mes
paroles, si je fais ici des personnalités. Je n'at-
tache pas à ces idées plus d'importance qu'elles
n'en méritent objectivement. Mais il ne faut pas
oublier que Berlioz est le plus ingrat et le plus
égoïste des deux. (Le troisième [Liszt] n'est pas,
comme homme, à mettre en parallèle avec eux.)
Je ne connais rien de plus sans cœur (et ce fut
pour l'autre un vrai coup dans le coeur) que le
silence de trois semaines qui suivit le don
d'une partition sur laquelle se lisaient ces mots:
A ROMÉO ET JULIETTE
LEURS RECONNAISSANTS
TRISTAN ET ISEULT
» D'autres choses qui ne seraient pas excu-
sables dans une nature tout à fait ignoble, et
que je passe sous silence, afin de ne pas tomber
dans un commérage sans fin, V Allemand
jamais ne s'en serait rendu coupable. »
Cette dernière phrase indique nettement
qu'en effet Bulow songeait à Berlioz et que
c'est bien Berlioz qu'il accuse de sentiments
« à peine excusables dans une nature tout à
fait ignoble n, puisqu'il dit formellement que
l'Allemand, c'est-à-dire Wagner, n'aurait pu
s'en rendre coupable.
LE GUIDE MUSICAL
Je confesse volontiers avoir lu le passage en
question un peu rapidement, et je remercie le
Weckblad de m'avoir signalé mon erreur.
Quant aux insinuations qu'il juge à propos de
greffer sur cette erreur, je ne crois pas devoir
les relever. M. K.
BIBLIOGRAPHIE
On sait que M. C. Saint-Saëns a écrit, en
vue des concours du Conservatoire de Paris, un
Thème varié pour piano. Cette œuvre, qui porte le
n" 97, et qui est dédiée à Ambroise Thomas, vient
de paraître chez MM. A. Durand et fils, éditeurs,
4, place de la Madeleine, à Paris.
— Chez Fischbacher, 33, rue de Seine, vient de
paraître : Etude sur Johannès Brahms, avec le
catalogue complet de ses œuvres, par M. Hugues
Imbert.
Le Théâtre de Richard Wagner
Essais de Cri/ique Liiléraire, Esthétique et Musicale.
Par Maurice KUPFERATH-
PARSIFAL, I vol. de 3o2 p., 2° édit. fr. 3 5o
TRISTAN et ISEULT, i vol. de 375 p., 2» éd. » 5 oo
LOHENGRIN, i vol. de 218 p , 3« édit. » 3 5o
LA WALKYRIE, i vol. de i5o p. , 2» » » 3 5o
SIEGFRIED, I vol. de i3op. 2« édit. » 2 5o
Paris : à la librairie Fischbacher, 33, rue de Seine
Bruxelles : Schott frères, éditeurs, Mont, de la Cour, 82.
Leipzig : Otto Junne, Thalstrasse, 21.
^ ^ ^^C R O L O G I E
Sont décédés :
A Ixelles, enlevé en quelques jours par une
péritonite, Louis de Casembroot, secrétaire-
adjoint et bibliothécaire du Conservatoire royal
de Bruxelles. Louis de Casembroot n'avait que
trente et un ans. Il était né le 7 juillet i853. Sa
famille était originaire des Pays-Bas. C'était une
nature fine et sympathique, un homme de goût, un
BEEÎTKOPP & H^RTEL, BHUXELLES
Editeurs, 45, Montagne de la Cour, 48
Vient de paraître en édition bon marché
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DU
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ÉDITION DES CHEFS-D'CEUVRE CLASSIQUES
DES GRANDS MAITRES ANCIENS ET MODERNES
Corrigée d'après Its lexlcs originaux, doiglée au point de vue du dèveloppemenl ralionnel du mécanisme
ET
PUBLIÉE AVEC LA COLLABORATION DE
M. GUST.AVE SANDRE
Professeur d'harmonie pratique au Conservatoire royal de Bruxelles
PAR
.i^-ULgT'U-Ste I3"CJr3c>3NrT
Livraison 1-40, net : 2 fr. 50
Le catalogue de \Ecole de Piano par Dupont, est envoyé franco à toute per-
sonne qui en l'ait la demande.
PIANOS BECHSTEIN.
PIANOS BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY
LE GUIDE MUSICAL
o87
lettré : il avait publié des poésies qui n'étaient pas
sans valeur, des adaptations musicales qui ont été
appréciées dans les concerts. Il s'était consacré
aussi à la critique comme collaborateur de VEcho
musical Sa mort imprévue cause une profonde
douleur à ses nombreux amis; elle excite les
regrets de tous ceux qui l'ont connu.
— A Louveciennes, où il était en villégiature, le
grand poète Leconte de Lisle.
Leconte de Lisle était né à Saint-Paul (île de
la Réunion\ le 23 octobre 1818. Après de brillantes
ctudes, il voyagea, parcourut l'Inde, les lies de la
Sonde, puis vint en France et, en 1847, se fixa à
Paris. Il prit part au mouvement révolutionnaire
de 1848, mais il abandonna bientôt la politique
pour se consacre!' à la poésie.
Ses débuts, d'ailleurs, furent un coup de maître;
il se révéla par les Poèmes antiques, qui parurent en
i8S3, et auxquels succédèrent, deux ans après,
les Poèmes et Poésies; puis vinrent les Poèmes bar-
lares, les Poèmes tragiques et, entretemps, une série
de traductions : les Idylles de Théocrite, les Odes
anacréoniiques, Hésiode, les Hymnes orpMques, les
œuvres complètes d'Eschyle, les œuvres d'Horace,
de Sophocle, enfin, VIliade et VOdyssée.
Leconte de Lisle toucha aussi au théâtre; il
écrivit les Erynnies, tragédie antique dont la
musique a pour auteur Massenet, et une Apollonide,
drame Ij'rique en trois parties, avec musique de
Franz Servais.
L'Empire avait fait au poète une pension
annuelle de 3, 600 francs et lui avait donné la croix
de la Légion d'honneur. Le gouvernement répu-
blicain l'avait nommé, en 1873, sous-bibliothé-
caire au Luxembourg et, en i883, officier de la
Légion d'honneur.
Le II février 1886, Leconte de Lisle avait été
appelé à remplacer, à l'Académie française,
Victor Hugo, qui, pendant neuf années, en toute
occasion, avait soutenu sa candidature. Il fut reçu
en séance solennelle, le 3i mars 1887, par
M. Alexandre Dumas.
— A Moscou, à l'âge de 67 ans, Vladimir
Kaschpérow, professeur de chant, qui s'était
essayé aussi dans la composition. Elève de Dehn,
à Berlin et encouragé par Glinka, il se rendit en
Italie, où il vécut pendant neuf ans et où il fit
représenter deux opéras italiens, — Maria Tudor, à
Nice, en 1860 et à Milan en 1862, et Rienzi, en
i863, à Florence. Le premier de ces opéras a
obtenu un certain succès, l'autre est tombé à plat,
pour des raisons, dit-on, politiques. Un troisième
opéra italien, — Consuelo, — n'a pas été représenté.
Attaché en qualité de professeur de chant au
Conservatoire de Moscou, dès sa fondation en
i865, feu Kaschpérow s'essaya ensuite dans la
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
TH. DUBOIS
Organiste du Grand Org-ue de la Madeleine
D
rr
D
ut
SERIE
Prix net, fr. 1 50
_ . 2 —
. 2 -
Alléluia du Messie (Haendel) ....
Marche d'^f.Aa//e (Mendelssohn)
Marctie du Songe d'une nuit d'été (Mendelssohn) —
Introduction du troisième acte et Chœur des fiançailles
de Loheng-rin (R. "Wagner) .... — « 3 —
Marche religieuse de Lohengrin (R. Wagner). — "1 50
Marche de 2'a.n/2-ÔÊEi75'er (R. Wagner) . . — » 3 —
2^ SÉRIE
Marche-Gavotte de Josué (Hasndel) . . . Prix net, fr. 2 —
Psaume XII. ZC/'e/y /i33722e/25-y (Marcello), . — " 1 25
Chœur de Paulus (Mendelssohn) ... _ „ 2 —
Chœur mystique de ./^az/fi-f (S chumann) . . — "2 —
Prélude de Lohengrin (R. "Wagner). . . — « 1 50
Introduction du troisième acte et Chœur des pèlerins
de Tannhaeuser (R. Wagner) ... — » 2 —
LE aVIDE MUSICAL
composition d'opéras russes, basés sur des thènies
populaires. Son premier essai dans ce genre a été
ÏOragc (d'après Ostrovsky), dont il écrivit la musi-
que et le libretto. L'ouvrage fut donné en 1867 à
St-Pétersbourg et n'eut que neuf représentations.
Son Tarass Boulba, donné depuis à Moscou, passa
inaperçu. Il a composé encore un opéra russe, le
Boynrd Orscha, et la musique pour le drame
d'Ostrovsky, le Voïévode, ainsi qu'une cinquantaine
de romances.
A la fin de sa vie, Kaschpérow ouvrit à Moscou
sa propre école de chant, fonda la Société des.
amateurs de chant d'église et dirigea un certain
nombre de chœurs scolaires. Il publia des solfèges
choraux et s'essaya aussi dans la littérature musi-
cale par des articles sur Verdi et sur le chant
sacré russe, ces derniers ayant paru en 1881 dans
la Rouss d'Ivan Aksakow.
— A Ville d'Avray, près de Paris, à l'âge de
soixantedix-huit ans, le chambellan du roi de
Danemark de Fallesen. M. de Fallesen avait pris
part à la guerre prusso-danoise, comme colonel
d'artillerie, puis était devenu chef du Théâtre-
Royal de Copenhague.
PIANOS ET HARPES
ÉRARD
BRUXELLES : 4. rue Laté3^ale
PARIS : 13. rue du Mail
RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Bruxelles
Alcazar royal. — Clôture.
Waux-Hall. — Tous les soirs, concert de symphonii
par l'orchestre du théâtre de la Monnaie.
Paris
Opéra. — Du i6 au 20 juillet : Faust. La Walkyrie
Samson et Dalila, la Maladetta.
Opéra-Comique. — Clôture.
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22. passage des Panoramas (grande galerie
Propriétaires des œuvres de Tscbaik.oW«ky, Ciuttschaik, Prudent, Allurd
des tichives du piano et de la célèbre Méthode de piano A. le l'arpentier
St uls dépositaires de l'Bdition Ciiarnot, spécialement consacrée a la musique de violon
Yient de paraître!
Hcuri Mart^cbal, Le Sommeil de Jésus, prélude
de la Nativité, Orchestre 3 —
Parties séparées 5 —
Piano seul 5 —
transcr . facile par Ta van . .3 —
Violon ou violoncelle et piano . 6 —
mélodies de FanI Kongnou
1. Au vent 3 —
2. La Chanson du renouveau . . . .3 —
3. Comment on dit : « Je t'aime ». . . 3 —
4. Etre deux 5 —
5. J'aime, je crois, j'espère 3 —
6. Le Livre de la vie 3 —
7. Premiers baisers du printemps . . . 3 —
8. Le Souvenir 5 —
9. La Valse des nuages 5 —
U.-F. Toby. Sérénade, paroles de A. Semiane . 3 —
— Barcarolle, paroles de A. Semiane . . . .3 —
— Berceuse de A. Cœdes, transcrite pour orgue
et piano 7 5o
p. Tschaïfeowsky. Album russe transcrit pour
violon et piano par Ad. Herman
Si.x numéros, chaque. . 2 ■
réunis. , 6
R. Favarger. Boléro pour piano (20'^ édition)
Piano à 4 mains 10 ■
Piano et violon 9 ■
J. Daubé. Menuet pour piano et violon ... 5
— Mazurka de salon (originale) pour piano et
violon 6 •
C. Galos. Dolorosa, nocturne pour piano. . .6
— Le Lac de Côme . 5
— Le Chant du berger 5
— Souvenir des champs 6
B.-ai. Coloiner. Rondino pour piano. ... 5
G. PfeilTer. Romance pour violoncelle et piano 6
J. Ten BrlucU. Voici le soir, valse, barcarolle .5
Cta. Lefebvre. Oublier, mélodie ■ .... 5
Umlle Waldteafel. Amour et Printemps, valse
chantée
Arrangé pour orchestre, parties sép. 2
— harmonie ou fanfare . 3
A. uXliiU VJill, quatre morceaux de genre pour le piano, transcrits pour grand orgue, pari
A£iJKXA]*fIJKJE Ci Ij'IliJflAWT. N» i. Scherzo, net : 2 fr. N" 2. Romance, net : i fr,5o.
N° 3. Berceuse, net : i fr. 5o. N" 4. Musette, net : 3 fr.
LE GUIDE MUSICAL
589
yVB
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N" I. Air villageois.
N" 2. Chant du village.
N" 3. Air champêtre .
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2 5o
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35
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Variations pour rire, com-
posées sur sept notes
Herrmann, Tti. Six trans-
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N° I . Air de Chérubini
N" 2. Grétry, Romance de
Richard. . . . i —
N" 3. NicoLO, Joconde. . i —
N° 4 . Schubert, Sérénade i 35
N" 5. Schubert, Moment
musical. . . i 35
N" 6. Mendelssohn, Auf
Flûgeln. ... I 35
Hille, G. Op. 6o. Concerto
avec Piano lo —
Hone, J. The Old Folks at
Home
— Suite Irlandaise ;
N° I .When theWho adores
thee
N" 2. If thou wilt be Mine
N» 3 . Oh ! Had \ve some
Bright
N" 4. Is that M"' Reilly. .
75
I 35
Hoyoid, L. Méloiie. . i 75
Jehin-Prume. Romance . i 75
— Berceuse .... i 35
Hubay, Jenô. Cinq mor-
ceaux :
Op. 37 N" I. Fleur de Mai . i 75
Op. 37 N" 2. Au temps jadis 2 5o
Op. 38 N" I. Devant son
image(Chant surla4<'corde) i 75
Op. 38. N" 2 Sous sa fenêtre 2 —
Op. 39. Ramage de rossignols 3 —
Smetkoren, J. Elégie . . i 75
— Berceuse 2 —
Thallorx, R. Romance . . i 75
Ventti, C. Trois morceaux ;
N" I Chanson sans paroles i 35
N" 2. Chanson du soir . . i 35
N' 3. La Sérénade ... 2 —
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N"!. Sur des motifs écossais i 90
N» 2. Sur des mélodies sué-
doises 3 75
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No I. Dans le lointain . .2 —
No 3. Mazurka . . . .2 —
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SOMMAIRE
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l'opéra-comique.
M. Kufferath. — La « Walkyrie » de
M. Alfred Ernst. — Letres de MM. Alfred
Ernst et Ch. Lecocq.
M. R. — Comme chez Nicolet.
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5 et 12 Août i8
REFLEXIONS SUR L'OPERA-COMiaUE
VEC le second volume qui vient de
paraître, MM. A. Soubies et
Ch. Malherbe ont terminé leur
histoire de l'Opéra-Comique ou,
pour être plus précis, de la seconde salle
Favart. Car l'historique rédigé par eux ne
va que de 1840 à 1887. Je n'ai pas compris
et les auteurs n'ont pas expliqué pourquoi
ils n'ont pas commencé leur récit à l'année
1801, date à laquelle finit celui de M. A.
Pougin, intitulé : UOpéra-Comique pendant
la Révolution. Les quarante premières
années du siècle forment une des plus inté-
ressantes périodes de l'histoire de l'Opéra-
Comique, comprenant les meilleures œuvres
de Méhul, Chérubini, Boïeldieu, Hérold et
Nicolo, la première série des productions
d'Auber, d'Halévj' et d'Adam. Il y a là une
lacune à combler, et personne mieux que
MM. Soubies et Malherbe n'est capable de
mener à bien cette besogne d'investigations
rétrospectives. Les matériaux seront moins
abondants, les documents moins précis que
pour la période qu'ils ont racontée, la
tâche sera plus difficile et peut-être plus
longue. Mais elle n'est pas faite pour
rebuter leur patience et leur érudition.
En attendant, l'ouvrage qu'ils ont publié
est d'une lecture très intéressante et très
instructive, d'où l'on peut tirer, au sujet de
l'art musical français et des conditions dans
lesquelles il se produit, des conclusions
variées.
Voici les miennes :
Ce qui a frappé surtout les auteurs de ce
livre, c'est l'évolution du genre qui, « parti
du vaudeville et de la comédie italienne,
est arrivé presque aux confins du drame mu-
sical », et que caractérisent « la diminution
progressive du dialogue parlé, l'accroisse-
ment notable de la partie instrumentale, la
mise en œuvre de moins en moins fréquente
des sujets exclusivement gais, enfin le dis-
crédit de certains procédés, couplets, répé-
titions de paroles, entrées et sorties de
chœurs inutiles à l'action ». Supprimez de
ces caractères le premier et le dernier, qui
sont relatifs au seul opéra-comique, vous
observerez que les autres s'appliquent tout
aussi bien à la transformation de l'opéra.
La prétendue évolution du genre ne résulte
donc, en réalité, que de l'évolution générale
du théâtre musical. Elle n'a servi, dès lors,
qu'à altérer profondément le genre éminem-
ment français et à créer un opéra comique
bâtard, à tendances lyriques, une comédie
musicale larmoyante.
Je suis de ceux qui n'admettent pas la
pièce mi-parlée, mi-chantée; mais si, pour
cette raison, je goûte peu l'opéra-comique,
c'est surtout sous la forme sentimentale
qu'il me paraît haïssable.
L'évolution que MM. Soubies et Mal-
herbe admirent comme un progrès me
paraît avoir consisté à remplacer les situa-
tions gaies par les situations lugubres,
l'esprit par la sentimentalité, la verve par la
pleurnicherie. Tel est le cas de pièces
telles que les Saisons et Fior d'A liza, les
Dragons de Villars et Lara, le Songe d'une
nuit d'été, Psyché et Mignon, Piccolino et les
Contes d'Hoffmann, Jean de Nivelle et
Lakmé. Quant aux partitions composées sur
ces livrets, qu'est-ce autre chose que des
pseudo-drames lyriques écrits par des mu-
siciens qui n'étaient pas capables de faire
des opéras? Mignon, cette grotesque adap-
tation scénique des épisodes du Wilhelm
596
LE GUIDE MUSICAL
Meister de Gœthe, est le chef-d'œuvre de
cette conception bâtarde, Mignon, cet opéra
chéri des concierges, ce répertoire de
romances à chanter dans les cours ! M M . Sou-
bies et Malherbe témoignent pour cet ou-
vrage une bienveillance que j'avais crue
jusqu'ici inhérente au seul Moreno !
S'il fallait en croire le goût persistant du
public, cet opéra-comique dont la millième
représentation est dépassée s'imposerait
par un mérite supérieur. Mais qui com-
prendra jamais les jugements du public?
Pourquoi le Pardon de P/oérae/a-t-il réussi
plutôt que Fior d'A liza ? Pourquoi les Dra-
gons de Villars plutôt que Lara? Pourquoi
Jean de Nivelle plutôt que Piccolino? Il faut*'
pour que le succès se produise, une certaine
correspondance entre l'offre et la demande,
entre le talent des auteurs et le goût du
public, entre la forme d'art qu'apportent
ceux-là et les dispositions de celui-ci. Cet
accord s'est donc réalisé plus particulière-
ment avec ces ouvrages qu'avec des œuvres
du même temps, de valeur égale et de con-
ception identique, parfois du même com-
positeur.
Le succès exige en même temps une
harmonie évidente entre la pièce et la mu-
sique, entre le caractère de l'une et la cou-
leur de l'autre, entre le tempérament des
librettistes et celui du compositeur. Quel
que soit le talent du musicien, l'influence
de la qualité du livret sur le succès n'est
pas niable. Combien de partitions hono-
rables ont été compromises par un libretto
ridicule ou simplement en désaccord a^'ec
l'allure delà musique! Combien d'opéras-
comiques ont dû leur succès précisément à
cette concordance parfaite ! La longue col-
laboration Scribe-Auber en est la preuve.
Mais aussi, librettiste et musicien travail-
laient ensemble et l'un pour l'autre; ou
lorsque le livret était offert à un composi-
teur par le directeur lui-même, celui-ci
avait soin de l'attribuer au musicien le plus
apte à le bien traiter. Lorsque, au con-
traire, les directeurs négligent une précau-
tion aussi élémentaire, ils arrivent à pro-
duire des discordances entre le livret et
la musique, dont pâtissent les auteurs.
Exemple : Pluhis, comédie antique, de ton
tempéré, donnée à Ch. Lecocq ; Bataille de
dames et le Mari d'u7i jour, imbroglios vau-
devillesques attribués à Vaucorbeil et à
M . Arthur Coquard !
Qu'est-ce qui détermine le choix des
ouvrages dans un théâtre lyrique français ?
Il semble bien que, trop souvent, ce soit
l'intrigue, la faveur, la protection, les
influences politiques et financières, celles
des éditeurs. A certaines pages de leur
ouvrage, MM. Soubies et Malherbe citent
des séries d'ouvrages reçus à l'Opéra-Co-
mique et qui n'ont jamais été joués.
Etaient-ils sensiblement inférieurs, ces
ouvrages, à ceux qui ont été mis en scène?
Rien ne le prouve. Souvent, ils' étaient
signés par les mêmes auteurs. A certaines
époques, notamment sous la première i
direction Carvalho, on eût dit que le direc- f
teur, pour se mettre en règle avec le cahier
des charges, faisait exprès de choisir les
œuvres les plus mal venues, comme s'il ne
comptait pas sur les noms nouveaux, et de
revenir le plus tôt possible à l'exploitation
du répertoire et de deux ou trois pièces à
succès. Aussi jamais ne vit-on à l'Opéra-
Comique une telle série de fours : les
Noces de Fernande de Deffer (1878), la
Courte EcJicUe de Membrée (1879), la Ta-
verne des Trabans de Maréchal (1881), Diana
de Paladilhe (i885), le Mari d'un jour de
Coquard, et Maître A mbros deWidor (1886).
Il me semble difficile d'admettre qu'on
n'ait pas présenté au théâtre, dans cette
période, de meilleurs ouvrages que ceux qui
furent choisis par M. Carvalho et exécutés
entre deux reprises du répertoire, dont
quelques-unes absolument superflues, mais
imposées par l'éditeur Heugel : la Perle du
Brésil, le Songe d'une nuit d'été, Psyclié.
Encore des ouvrages en trois actes ne
peuvent-ils être montés sans un certain
soin. Mais quel est le sort des petits actes
commandés aux débutants, pour obéir au
cahier des charges, des petits actes joués
huit jours avant la clôture, étranglés en
trois soirées? Et cette représentation, les
auteurs l'ont parfois attendue dix ans,
comme M. Paul Puget pour le Signal,
M. Lacome pour la Nuit de Saint-Jean.
Si, par des attentes aussi longues, on ne
LE GUIDE MVSIOAL
597
décourageait pas les jeunes, tant de musi-
ciens bien doués, comme MM. Serpette,
Lacome, Pugno, Messager n'auraient pas
versé dans l'opérette; ils auraient continué,
à rOpéra-Comique, la tradition du genre si
fâcheusement abandonné, à mon avis, pour
le drame lyrique bourgeois.
Aujourd'hui, la veine de l'opérette étant
épuisée, l'opéra-comique gai reprend fa-
veur, ainsi qu'en témoigne le succès de la
Basoche et de Phryné. C'est de ce côté-là
que devraient se tourner les jeunes musi-
ciens, du côté de l'invention rythmique
amusante et burlesque, de la franche bouf-
fonnerie, en ayant soin de n'accepter que
des pièces amusantes, claires et de vive
allure.
Depuis plus de trente ans qu'on pleure à
rOpéra-Comique, il serait temps qu'on y
pût rire un peu. G. Servières.
LA WALKYRIE DE M. ALFRED ERNST
propos de l'article que j'ai consacré
dans le dernier numéro du Guide à
la nouvelle version de la Walkyrie
que vient de publier M. Alfred Ernst,
je reçois deux lettres : l'une de l'auteur de la
version, l'autre de M. Charles Lecocq.
Bien que le sujet en cause semble très
spécial, la question est trop importante, puisque
l'occasion se présente, pour ne pas être discu-
tée à fond.
Voici d'abord la lettre de M . Alfred Ernst :
Paris, 24 juillet.
Que les lecteurs du Guide se rassurent : je n'a-
buserai pas du droit de réponse. Ce serait mal
employer leur temps et le mien que de présenter
la défense en règle de tous les passages incriminés
dans ma version, pour facile que me serait la
tâche! Cette version, que j'améliore, d'ailleurs,
sans cesse — mais non pas au sens où l'entend
M. Kufiferath, — importe beaucoup moins que les
principes d'où elle est issue. De même, je me
vois contraint de juger un peu durement les textes
que propose mon savant et sévère contradicteur,
surtout en raison de l'esprit qui les inspire, de la
méthode qu'ils représentent.
M. Kufferath me prête, soit dit en passant, des
contresens qui n'existent que dans son imagina-
tion. Par exemple, voici la phrase : « Seul et sans
armes, d'un tel blessé, etc. » Pour tout homme
qui lit avec attention, tel est la conséquence de
Seul et sans armes ; je n'ai donc jamais dit que Sieg-
mund se donnait comme criblé de blessures : au
contraire, le mot blessé, dans ma version, est plutôt
moins important que l'adjectif wund dans le texte
de Wagner, car il porte sur une note moins accen-
tuée de la phrase musicale.
En écrivant cette dernière ligne, je touche pré-
cisément au point essentiel de la question, celui
dont mon savant contradicteur ne parait pas se
douter. Certes, les fragments de traduction qu'il
propose sont d'une prosodie discutable et d'une
fidélité lointaine (par exemple, « ses yeux sont
éteints » signifierait — en français — que Siegmund
est mort ou n'en vaut guère mieux, alors que
Sieglinde dit exactement l'opposé), mais surtout
ils ne s'adaptent pas à l'accent musical.
M. Kufferath s'écrie à tout propos : « Pourquoi
cette inversion barbare?» parce qu'il ne s'aperçoit
pas que cette inversion, à Texécution chantée,
rétablit Vacceni juste et la clarté du texte original,
poésie et musique. Non seulement nos anciens
auteurs usent d'inversions souvent plus fortes que
celles que je me suis permises (et il me semble que
la langue de la Walkyrie admet bien une certaine
couleur archaïque !) mais ces inversions, dans la
plupart des cas, sont obligatoires. Elles sont obli-
gatoires, parce que Wagner a construit son vers
ainsi ; parce que sa mélodie vocale, déterminée
par cette construction même, n'en saurait tolérer
une autre ; parce que, dans cette forme, il y a un
ou plusieurs points où portent les accents musi-
caux expressifs, et parce qu'en ces mêmes points
Wagner a fait porter aussi les accents poétiques
expressifs. C'est pour cela que ma traduction a été
faite, et c'est en cela qu'elle est nouvelle.
Il s'agit moins de défendre ici la réalisation
donnée à mon programme que d'affirmer ce pro-
gramme lui-même. Si la réalisation est suffisante,
on s'en apercevra bien ; jusqu'à présent, les
expériences faites ont tourné toutes en sa faveur :
j'ai vu des musiciens de profession, des critiques,
des chefs d'orchestre, demeurer stupéfaits, à l'au-
dition, de l'effet produit par ce texte que plusieurs
avaient cru impossible. Car, en traduisant, je me
suis efforcé de prévoir la sonorité des voyelles et
des consonnes, la pose de la voix, les respirations,
les mimiques de l'acteur. Mais, encore un coup,
c'est le programme seul qui importe, et là, entre
M. Kufferath et moi, le désaccord semble profond.
Dans les textes que propose M. Kufferath, la
merveilleuse déclamation de Wagner est rem-
placée par une déclamation constamment incor-
recte, inférieure souvent à celle de Wilder.
M. Kufferath met les articles sur les temps forts
et les mots significatifs sur les temps faibles,
parfois sur la partie faible d'un temps; il place à
la fin ce qui est au commencement, et vice-versa;
il ne fait pas de différence entre la phrase : Nocli
schwiHi ihm der Aihem, et celle qui suit : Das Auge
LE GUIDE MUSICAL
nur schloss er, et, sous le dessin musical de l'une, il
écrit tranquillement les paroles de l'autre. Peu lui
importe qu'en la phrase : Emfremder Mann ! — ihn
muss ichfragen ( « Un étranger ! — il faut que je le
questionne »), il y ait deux modes divers de l'idée,
une constatation d'abord, une résolution ensuite,
car c'est d'un cœur léger qu'il propose cette tra-
duction : « Un homme ici, dans ma demeure (!) »
Mon censeur a mal lu, non mou texte, cette fois,
mais le poème de Wagner, lorsqu'il assure que la
traduction exacte [sic) de : Riisf ims Mcsimern das
Mahl, est : « Prépare-nous le repas ! » Mais, cher
confrère, il y a ici un mot capital, et c'est Manner,
que j'ai traduit de la seule façon dont il puisse et
doive se traduire, par « hommes ». Hunding
pouvait, à la rigueur, faire un signe à Sieglinde :
cela suffisait pour qu'elle préparât le repas; mais
Wagner a tenu à ce qu'il dit cette expression
orgueilleuse et brutale : uns Mannern — « pour
nous, les hommes! » afin d'accuser cette sujétion
de la femme, cette humiliation de Sieglinde (voir
la scène suivante, Im Zwange hait sie der Mann). Je
n'aurai garde ici de retourner à M. Kufferath les
termes désobligeants dont il se sert à mon égard,
un peu à la légère, et qui ont certainement dépassé
sa pensée, mais enfin, entre ces deux manières de
« comprendre » l'œuvre de Wagner, le lecteur
jugera facilement.
Quant à soutenir que Wagner a écrit Ein Quell
^une source), parce que Wasser était trop plat,
cela fait sourire. Wagner a écrit Ein Quell, parce
qu'il a voulu dire Ein Quell. Siegmxxnà ne demande
pas « de l'eau » à Sieglinde, qu'il ne voit pas à ce
moment, mais, se réveillant en sursaut, il se croit
encore dans la forêt, épuisé par sa course et la
chaleur de l'orage [Gewitteybrunstbrach memeu Leib),
et il pousse un cri de désir et de souffrance vers
« une source ». Que ce soit là l'intention expresse
de Wagner (poète allemand, si je ne m'abuse),
c'est ce qu'affirment les Allemands, bien placés
peut-être pour le savoir, M"° Wagner entre autres.
On me permettra de m'en tenir à leur opinion, qui
est la mienne.
Je ne sais si mon contradicteur, dont j'ai plaisir,
après comme avant, à me dire le confrère et l'ami,
fera suivre cette lettre de remarques et de contre-
réponses. Pour moi, il me suffit d'avoir posé la
question des traductions à faire, telles qufe je les
conçois. Si les lecteurs sont persuadés, comme
j'aime à le croire, qu'un texte lu et un texte
chanté présentent de profondes différences, ils
appliqueront à la partition allemande les paroles
que M. Kufferath propose et les miennes, et ils se
feront librement une opinion. Que ma version
doive subir des remaniements et des perfectionne-
ments, je l'ai dit tout le premier en ma préface, et
sans cesse j'y travaille, reconnaissant envers les
admirateurs du maître qui me poussent à serrer
de plus prés encore le texte original. Mais que ces
remaniements soient ceux que M. Kufferath désire,
je n'ose vraiment pas le lui promettre.
Alfred Ernst.
Je laisse de côté tout ce qui porte un carac-
tère personnel dans cette lettre. M. Alfred
Ernst n'ignore pas en quelle haute estime je
tiens ses travaux et son talent; si j'ai cru devoir
critiquer sa version, ce n'est nullement dans
une intention désobligeante, comme il semble
le croire; c'est au point de vue artistique simple-
ment, parce que cette version, tel est mon avis,
n'est pas acceptable dans sa forme actuelle. Ce
n'est pas que je méconnaisse ^incontestable
supériorité du travail de M . Ernst sur celui de
Wilder, surtout au point de vue musical, ni
l'excellence de certaines parties très heureuse-
ment rendues, ainsi que je l'ai dit d'ailleurs.
Ce qui est en cause, ce n'est pas l'archaïsme
de certaines expressions, c'est leur absolue in-
correction au point de vue de la syntaxe fran-
çaise ; ce n'est pas la forme que Wagner donne
à sa phrase en allemand, — et soit dit en
passant en un allemand d'une pureté admirable,
— c'est la forme antifrançaise des inversions
et des ellipses de M. Ernst; c'est le nombre
malheureusement trop grand de mots impro-
pres, de locutions prosaïques, de verbes inco-
lores aux endroits les plus essentiels du
poème; c'est pis que tout cela, l'incohérence
du texte français au point de vue du sens,
si bien, je le répète, que celui qui ne connaît
pas l'original est à tout moment placé par le
traducteur devant d'insolubles énigmes. M.
Ernst passe allègrement a côté de mes obser-
vations. Quand j'ai critiqué la phrase : « Seul
et sans armes, d'un tel blessé, ton époux
n'aura crainte », je n'ai nullement exagéré,
comme il me le fait dire très inexactement, le >
sens du mot blessé; c'est le mot tel que je
trouve malheureux, et cela parce qu'il n'est
motivé par aucune phrase, par aucune expli-
cation antérieure, et qu'il provoque ainsi un
contresens général de toute la réplique.
Quand je me suis permis de proposer cette
traduction dérangeant l'ordre des idées énoncées
par Wagner : « Ses yeux sont éteints, mais il
respire encore », c'est que,vérification faite, ni le
récitatif, ni l'accompagnement instrumental
n'accentuent d'une façon particulière, soit la
première, soit la seconde période de la phrase.
Il importe, au demeurant, assez peu qu'on dise
de Siegmund, qu'il a les yeux éteints, les yeux
fermés, ou les paupières closes, question de
prosodie à part. En employant la très merveil-
leuse façon de raisonner de M. Alfred Ernst,
nous pourrions conclure, dans les trois cas, que
Siegmund est défunt. D'un homme mort, on dit
indifféremment que ses yeux sont éteints, qu'il
a fermé les yeux, ou que ses paupières sont
closes. Cela dépend uniquement du goût litté-
raire de l'écrivain.
Si je désapprouve la phrase : « Donne aux
hommes leurs mets », ce n'est pas que j'ignore
le sens très caractéristique de la phrase de
Wagner ; Rûsf uns Mcemiern das Mahl. Je
LE GUIDE MUSICAL
599
connaissais Wagner et j'en avais déjà traduit
d'importants fragments avant que M. Alfred
Ernst commençât d'écrire, et il n'a vraiment
pas grand'chose à m'apprendra en cette ma-
tière. Si cette phrase me paraît condamnable,
c'est que le « Donne aux hommes » de M. Ernst,
n'est, en aucune façon, l'équivalent de Ru si' mis
Mœnnern; que les mots leurs mets rendent
platement das Malil; qu'enfin l'ensemble de la
phrase est plutôt cocasse que brutal et carac-
téristique : « Donne aux hommes leurs mets » ,
comme on dirait : a Donne leur pâtée aux
chiens)).
J'ai proposé : « Prépare-nous le repas » . Pour
peu que M. Ernst veuille y réfléchir, il devra
reconnaître que cette phrase — malgré sa bana-
lité incontestée, — accuse tout autant que la
sienne, la sujétion de la femme, l'humiliation
de Sieglinde ! Pourquoi Hunding ne va-t-il pas
lui-même chercher das Mahl, le n repas du
soir )), comme dit très exactement Wilder?
Pourquoi ne le prépare-t-il pas lui-même? C'est
que le pauvre Sieglinde est employée à toutes
les viles besognes, conformément aux mœurs de
l'époque primitive où la femme était considérée
comme une chose, comme une esclave de
l'homme ! Dies Weib imd dies Haus sind Hun-
dings' Eigen. Cette femme et cette maison sont
les choses — Eigen — de 1 1 unding. La femme
est un objet de possession comme la maison.
Je pourrais ainsi accompagner d'un commen-
taire chaque phrase du texte de Wagner, de la
version de Wilder, de celle de M. Alfred Ernst,
on enfin des quelques fragments que j'ai tra-
duits pour les besoins de la polémique avec le
nouveau traducteur de la Walkyrie ; mais cela.
ne rendrait pas la traduction plus expressive.
Au fond, M. Ernst ne fait pas autre chose, et
c'est bien la condamnation de son système,
puisque système il y a. Sous ce rapport, sa façon
de comprendre l'art de la traduction est, en effet,
nouvelle. On accole les mots qui jurent le plus
d'être ensemble, qui ne présentent aucun sens,
on commet les plus barbares inversions, de ces
inversions dont jamais, je l'affirme, à aucune
époque, fût-ce aux plus primitives, le français
n'a donné l'exemple ; qu'importe ! Le lecteur et
l'auditeur n'auront qu'à s'en tirer. Au besoin, un
commentaire rendra ce galimatias accessible
aux contemporains curieux de comprendre.
. Car enfin, raisonnons un peu! QuandM. Ernst
nous dit que uns Mœnnern sont deux mots im-
portants, j'en tombe d'accord ; seulement, la
question n'est pas de savoir si uns Mœnnern
est caractéristique en allemand ; toute la ques-
tion est de savoir si aîix hommes en est l'équi-
valent français. Et voilà ce qu'il est impossible
de soutenir, sur quoi M. Alfred Ernst se fait
tout au moins illusion. « Donne aux hommes
leurs mets. » Aux hommes? Quels hommes?
S'agit-il d'une domesticité. Hunding parle-t-il
de ses valets? Est-ce lui-même et Siegmund
qu'il désigne en ces termes ? Tout cela, les
paroles de M. Ernst le laissent dans le vague.
A ux liomnies n'est pas à sa place, aux hommes
est mal venu, aux hommes n'est pas caractéris-
tique, aux hommes ne dit pas ce qu'il voudrait
dire; bref, aux hommes ne vaut rien, et tous
les commentaires ne le rendront pas meilleur.
Ce qui manque, c'est le mot juste, le mot
attendu, le mot qui fixe définitivement l'impres-
sion de l'auditeur, et qui rende l'expression
allemande. Le plus simple est, dans ce cas, de
tourner l'obstacle.
Il en est de même de Ein Quell. Si ingé-
nieuse que soit l'explication de M. Ernst, elle
ne tient pas. Car un homme épuisé de fatigue,
mourant de soif, qu'il soit d'hier ou d'aujourd'hui,
qu'il se trouve dans un bois ou dans un inté-
rieur, n'aura pas l'idée, surtout s'il s'éveille d'un
assoupissement, de demander une source, mais
simplement de Veati, pour qu'il puisse boire.
C'est le cri naturel, le mot nécessaire qui lui
vient : De l'eau ! et, il n'y en a pas d'autre.
Jamais il ne demandera un puits, s'il se croit
près d'une ferme. A ce compte, il devrait
demander une pompe, quand il se croira près
d'une cour !
Soyons sérieux, cher confrère, et laissons ces
subtilités aux insupportables commentateurs
allemands, qui découvrent des intentions dans
chaque mot, dans chaque accord, dans le
moindre dessin rythmique. En nous engageant
sur ce terrain, nous finirions par retomber dans
la détestable manie de cette école critique du
commencement du siècle, qui commentait
chaque vers de Racine, et faillit ainsi nous le
rendre insupportable. J'eus, en rhétorique, un
professeur qui relevait de cette école.
En nous expliquant le Songe d'Athalie,
quand il arrivait à
l'horrible mélange
D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fonge.
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux,
il ne se tenait plus d'enthousiasme. Il se pâmait
d'aise en nous expliquant pourquoi Racine
avait choisi le chien de préférence à toute autre
bête, parce que cet animal était un animal
domestique, par conséquent méprisable. Il
exultait à propos de la justesse de l'adjectif
dévorants. Au verbe disputer, c'était du délire.
« Voyez-vous, nous disait-il, ces chiens qui se
disputent les restes de Jézabel. Quelle image !
Et ce sont des chiens 1 Ils dévorent! Leur
avidité, en déchirant ces os et ces chairs meur-
tries, égale leur bassesse à l'égard du maître
qui les commandait autrefois. )) Tout le Songe,
toute la tragédie y passait, analysée de la sorte.
Des critiques de cette école, il y en a toute une
légion en ce moment en Allemagne, dont le
bon goût égale la niaiserie. Sans doute, Wagner
a mis Ein Quell parce qu'il l'a voulu, et il l'a
voulu parce que, bon ouvrier poétique, il
600
LE GUIDE MUSICAL
appréciait la douceur et la noblesse de ce voca-
ble comparé au vulgaire Wasser, parce que le
mot entrait harmonieusement dans son vers et
qu'il lui offrait une allitération avec Erquic-
kung du vers suivant; parce qu'enfin, à tous
les points de vue c'était le mot propre, le terme
juste, bien mis en sa place, cette expi ession que
trouvent tout naturellement les grands écri-
vains, et que, malheureument, dans sa version,
M. Alfred Ernst a trop rarement rencontrée.
Quant au programme de M. Ernst, il est
certes irréprochable ; mais ce n'est pas le pro-
gramme qui nous divise, c'est son exécution ;
ce ne sont pas les intentions de l'auteur, mais
leurs réalisations qui importent. Voilà où est
notre véritable désaccord. M. Ernst place au-
dessus de tout sa conception très particulière de
la fidélité. Je soutiens, moi, que la fidélité à
l'original ne consiste pas dans la concordance
plus ou moins approximative des mots et des
images, mais dans la concordance du sentiment
et des idées. A l'opposé de M. Ernst, je place
au-dessus de tout la clarté et la justesse de
l'expression dans la langue de la traduction ;
je crois que la fidélité à l'original sera d'autant
plus observée qu'en s'assujettissant moins aux
formules particulièies de la langue étrangère
qu'il transmet, le traducteur se sera plus préoc-
cupé de reproduire le mouvement, le caractère,
la physionomie de l'auteur dans l'idiome dont
il se sert lui-même. C'est l'idéal que M. Ernst
avait devant les yeux, mais il ne l'a pas
atteint parce qu'il s'est mépris sur les moyens
de réalisation, si bien, je le constate à regret,
qu'en beaucoup de pages sa traduction est
moins heureuse que celle de Wilder.
Ceci nous amène à la lettre de M. Charles
Lecocq, que le nom seul de son auteur recom-
mande à l'attention de nos lecteurs. La voici :
Monsieur,
Votre ariicle sur la nouvelle traduction de la
Walkyrie, si bien pensé et que j'approuve entière-
ment, m'a suggéré les quelques réflexions sui-
vantes, que je prends la liberté de vous adresser.
C'est une entreprise téméraire, pour ne pas dire
ug rêve chimérique, que de vouloir traduire en
français les ouvrages de Wagner. Cette convic-
tion, je l'ai depuis longtemps, et ce n'est certes
pas le nouveau travail de M. Ernst qui me fera
changer d'avis. Quelle que soit la somme de talent
et de patience dépensée par le traducteur, il ne
parviendra jamais à rendre son modèle de façon
satisfaisante, et sa reproduction restera toujours
' non seulement incomplète,mais fatalement infidèle.
Il faut donc que les Français — sauf ceux qui pos-
sèdent absolument la langue allemande — se
résignent à ne connaître qu'un seul côté du génie
de Wagner. Qu'ils écoutent l'admirable sympho-
nie de son orchestre, mais qu'ils se gardent bien
de chercher à goûter la partie chantée; car,
excepté dans le récitatif simple et dans les pas-
sages où la mélodie vocale offre un sens musical
précis, tout le reste du chant, c'est-à-dire la plus
grande partie des drames lyriques de Wagner, ne
peut être pour eux qu'un non-sens, une suite de
sons incohérents et sans raison d'être apparente.
Le mérite transcendant du système wagné-
rien, on le sait, consiste dans la cohésion parfaite
de la poésie et de la musique; le sens du
vers et même des mots est rendu musicale-
ment avec une vérité absolue d'accent. Mais
souvent, cette mélopée vocale n'est pas essentiel-
lement chantante. C'est une partie surajoutée à la
symphonie orchestrale déjà complète par elle-
même, qui ne tire sa signification propre que de
ce double lien qui l'unit à la parole et à la sym-
phonie. Il est donc facile de comprendre que,
dans une traduction française, où la phrase est
souvent construite à l'inverse de la phrase alle-
mande et où les mots ne peuvent pas se trouver
sous les mots, il en résulte, entre l'idée exprimée
poétiquement et la note chantée, une discordance
tellement grande que l'effet produit est la négation
même du génie wagnérien. Dans beaucoup de pas-
sages des Maîtres Chanteurs, par exemple, le chant
transporté dans notre langue devient si bizarre
et incompréhensible qu'une simple déclamation
parlée lui serait certainement préférable et ren-
drait mieux l'intention de l'auteur.
J'en conclus que les ouvrages de Wagner, si
essentiellement allemands, ne peuvent être que déna-
turés par la traduction, et que toutes les tenta-
tives faites jusqu'à ce jour, aussi bien que celles
de l'avenir, à l'effet de fianciser Wagner, ne
peuvent que rester stériles.
Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considé-
ration distinguée. Ch. Lecocq.
Il y a, malheureusement, beaucoup de vrai
dans ces réflexions. Une traduction ne sera
jamais qu'une approximation. Le problème,
déjà délicat en soi, est rendu plus difficile en
ce qui concerne Wagner, par les relations très
spéciales qui lient les paroles à la musique.
Mais de ce que le problème est difficile, il ne
résulte pas qu'il soit insoluble, il ne faut sur-
tout pas conclure que toute recherche de la
solution soit vaine. A ce compte, il n'y a pas
un chef-d'œuvre de la musique qui se supporte-
rait, sinon dans sa forme originale. Gluck serait
impossible sur la scène allemande autrement
qu'en français ; Mozart serait inexécutable en
France si ce n'est en italien et en allemand.
J'avoue que je ne pousse pas le rigorisme
aussi loin ; sachant les difficultés de la tâche,
je me contente d'un à peu près qui me per-
mette de suppléer par l'imagination à l'insuf-
fisance fatale de la traduction. Si peu que l'on
ait d'un chef-d'œuvre, cela vaut toujours mieux
que de n'en avoir rien du tout. A défaut d'un
Rembrandt authentique, je me réjouis la vue
d'une photographie ou d'une gravure. L'im-
LE GUIDE MUSICAL
601
portant c'est que les appareils du photographe
soient bien réglés et que le graveur soit maître
de sa pointe ou de son burin.
M. KUFFERATH.
COMME CHEZ NIOOLET
N sait que la petite ville d'Orange, dans
le Midi, possède un magnifique théâtre
romain, qui a été récemment remis en
état par les soins du ministère des
beaux-arts. Les réparations sont terminées, et
vers la mi-août aura lieu l'inauguration solennelle
du théâtre restauré; à cet effet la Comédie-Fran-
çaise ira jouer Œdipe Roi et Antëgone.
Assurément, ce sera un spectacle admirable que
cette reconstitution d'un art oublié dans un cadre
approprié, ces représentations provoqueront un
intérêt historique tout particulier. Mais pourquoi
faut- il que la valeur indéniable de l'entreprise soit
un peu ridiculisée par d'irréfléchis enthousiasmes;
pourquoi cette enfantine unanimité, non pour faire
bien, mais pour tâcher de rabaisser le rival — qui
n'en est pas un, d'ailleurs ?
Ecoutez plutôt les rodomontades de M. Paul
Arène, littérateur méridional :
« On commence déjà à dire du théâtre d'Orange
que c'est le futur Bayreuth français; quand nos
représentations auront eu lieu, on dira que Baj'-
reuth est l'Orange d'Allemagne. »
Voici l'enthousiasme menaçant d'un M. Faure,
député dou Midi :
« Au temple wagnérien nous opposerons, dans un
décor sans rival, une rénovation de la grande tra-
Plus loin : « Nous préparons d'autres fêtes con-
jointement aux représentations; nous aurons une
descente du Rhône en galères, et vous pouvez être
certain que le Rhin n'a qu\ï bien se tenir (\\) Il n'aura
jamais vu de pareilles fêtes et probablement ne
verra jamais un enthousiasme artistique plus sin-
cère que celui de nos cigaliers et de nos félibres. -»
On ne comprend guère trop cette dernière insi-
nuation; M. Faure voudrait-il dire que les paisi-
bles touristes qui vont par « Dampfschiff » de
Mayence à Cologne, pour admirer les bords du
Rhin, ne seraient pas sincères, ou que leur enthou-
siasme ne serait pas d'ordre artistique? On se perd
en conjectures.
Notons encore le lyrisme de M. Capty, maire
d'Orange. « L'Allemagne a Bayreuth : pourquoi
n'élèverait-on fas autel contre autel?... Nous pouvons
espérer que les fêtes du mois prochain seront le
début de représentations, sinon annuelles — il ne
faut pas lasser le succès, — du moins fréquentes.
où nous voudrions mettre à la scène, dans ce lieu
si propre, des œuvres dramatiques et musicales du
génie français de tous les âges. »
Ce programme est bien suggestif. Voit-on Zampa
ou les Noces de Jeannette exécutés en plein air dans
cet amphithéâtre qui peut contenir quinze mille
personnes! Dans ce cas, le Midi, qui fait tout en
grand, allongera peut-être les oreilles des audi-
teurs.
Mais combien plus curieuse cette idée fixe de
« dégoter » Bayreuth; et quel état d'âme bien
caractérisé par le bonhomme La Fontaine :
Mon bien premièrement, et puis le fiial d' autrui /
M. R.
A BAYREUTH
26 juillet.
EPUis la première de Parsifal en 1882,
le théâtre de Bayreuth n'avait pas vu
un succès comparable à celui que
vient de remporter Lohengrin avec le ténor Van
Dyck, Vous avez annoncé qu'il n'avait pu, par
suite d'une indisposition, paraître le jour de la
première, où il fut remplacé par M. Gerhseuser,
de Carlsruhe. De là, grand désappointement
parmi les auditeurs. Ceux qui ont pu rester
jusqu'à la deuxième de Lohengrin auront été
amplement dédommagés. Van Dyck est vérita-
blement merveilleux, et, d'un bout à l'autre de
l'œuvre, il a été admirable par l'autorité et l'in-
comparable justesse de sa diction, par l'ampleur
et la beauté du geste, par le caractère vraiment
idéal qu'il sait imprimer à tout son personnage.
C'est un très grand artiste, et ceux qui, assez
nombreux, essayent de lui opposer les Birren-
koven et les Gruning, sont vraiment bien mal-
avisés. M™« Nordica (Eisa) n'a pas été moins
charmante, M™'> Brehma (Ortrude) moins pathé-
tique que le soir de la première, et l'ensemble
de la représentation a été, vraiment cette fois,
la perfection absolue. Le chœur contribue à la
vie du drame d'une manière inconnue jusqu'ici.
C'est ainsi qu'à la fin du premier acte, lorsque
l'innocence d'Eisa a été prouvée par le Cheva-
lier au cygne, le peuple cueille à tous les arbres
des branches vertes, avec lesquelles il salue
joyeusement le noble couple. De même, au
deuxième acte, lorsque le héraut proclame
Lohengrin duc de Brabant, les acclamations
et la mimique des assistants expriment leur allé-
gresse avec une saisissante vérité. Leur étonne-
ment douloureux n'est pas moins justement
602
LE GUIDE MUSICAL
rendu au troisième acte.... Enfin, l'impression
produite par ces chœurs admirables est vrai-
ment extraordinaire.
Parsifal, même sans Van Dyck, reste une
impression profonde, mais Tamihœiiser donné
exactement comme il y a trois ans, sans qu'on
ait rien modifié aux jeux de scène et aux dé-
cors qui avaient choqué lors de la première,
manque d'attrait avec le ténor Gruning. Il n'y
a que M"e Wiborg qui soit tout à fait char-
mante dans Elisabeth. Reichmann détonne
affreusement. Grengg est excellent; mais, en
somme, l'ensemble laisse beaucoup à désirer.
Le 3i juillet, date anniversaire de la mort
de Liszt, il y aura à l'ancien théâtre une fête
commémorative. L'orchestre du Festspielhaus,
sous la direction de Siegfried Wagner, exécutera
les Préludes et le Tasse de Liszt, l'ouverture
de Rienzi et celle du Vaisseau-Fantôme de
Wagner.
Siegfried Wagner a reçu de nombreux enga-
gements pour l'hiver prochain, et il en a
accepté quelques-uns. Il ira à Milan, à Péters-
bourg et à Londres.
Affluence énorme d'étrangers ici.
Aux alentours du Festspielhaus, on n'entend
que des vocables anglo-saxons ou français,
semés de loin en loin de rares consonances
germaniques. La ville est encombrée d'affiches
en toutes les langues : Eiiglish spokeu. On
parle français . Grand jardin d'agrément aux
étrangers. Les enseignes des restaurants sont
rédigées en français. Bref, les Allemands se
plaignent de n'être plus chez eux nulle part. Le
fait est que la scène elle-même est envahie par
les chanteurs exotiques. Les deux rôles de
femme, dans Lohengrin, sont interprétés,
Eisa par M'i« Nordica, Américaine; Ortrude,
par M""^ Brehma, Anglaise. Lohengrin est
chanté par Van Dyck, Telramund par le
baryton roumain Popovici. Bon nombre de
s'écrier avec un parfait ensemble : « Du vivant
de Wagner, on n'aurait pas vu ça. » E. H.
Chronique ^e la Semaitie
AVIS
Notre directeur s'absentant pendant le mois
d'août, nous prions nos correspondants de Belgique
et de l'étranger de vouloir adresser, du i'''' au
3i août, leurs lettres et correspondances à M. Nel-
son Le Kime, secrétaire du GUIDE MUSICAC,
12, rue du Marteau, à Bruxelles.
PARIS
Les concours du Conservatoire ont pris fin
cette semaine et la distribution des prix aura eu
lieu au moment où paraîtront ces lignes.
Comme de coutume, la partie brillante de ces
concours — tragédie et comédie, chant, opéra,
opéra comique — avait attiré un public mon-
dain très ardent et très passionné. Il est très
parisien de s'intéresser au recrutement des
futurs pensionnaires de nos théâtres subven-
tionnés. Il ne l'est pas autant de se passionner
pour savoir lequel des trente-quatre concur-
rents de la journée de violon aura le mieux
rendu le dix-neuvième concerto de Kreutzer ou
laquelle des trente-sept engagées de la jomnée
de piano se sera le moins péniblement tirée des
Variations sérieuses de Mendelssohn. De
pareils problèmes ne regardent vraiment que
les familles de ces jeunes gens ! Mais le surgis-
sement d'une étoile du chant, la levée d'un
astre comique, il y va de quelque chose d'aussi
sérieux que le destin des empires.
Malheureusement, cette année, l'étoile n'a
pas monté à l'horizon. Tout au plus peut-on
prédire à M"« Wanda de Boncza, avec sa
beauté italienne, son nom polonais et son expé-
rience du monde, une de ces notoriétés où le
talent seul et sans assaisonnements ne parvient
pas toujours très facilement ni très vite. Et
peut-être bien qu'il y a l'étoffe sacrée d'un
artiste dans quelques-uns des adolescents qu'on
nous a montrés ces jours derniers. L'avenir
nous le dira.
En attendant, voici les résultats des épreuves
publiques. Je me bornerai à quelques observa-
tions sur chacun d'eux.
Chant {hommes). — Juiy : MM. Ambroise
Thomas, président; Des Chapelles, Th. Du-
bois, Lenepveu, Bourgault-Ducoudray, Barthe,
Delmas, Vergnet et Melchissédec.
Pas de premier prix. — Deuxièmes prix :
MM. Greil (classe Bussine) et Simon (classe
Crosti). — Premiers accessits : MM. Gautier
(classe Bax) et Lefeuve (classe Warot).
Deuxièmes accessits : MM. Gaidan, Berton
(classe Barbot) et Vais (classe Archainbaud).
Chant {femmes). — Même jur}'.
Premier prix : M"<^ Lafargue. — Deuxièmes
prix : M'i" Dubois et Tiphaine (élèves de
M. Bax). — Premiers accessits : M'i^s Combe
(élève de M. Warot), Marignan (élève de
M. Bax), Mastio (élève de M. Bussine), Ganne
(élève de M. Warot). — Deuxième accessit
M"s Corot (élève de M. Duvernoy).
Ces deux concours ne nous ont révélé aucun
•chanteur remarquable; la plupart des voix que-
LE GUIDE MUSICAL
nous avons entendues étaient convenables,
quelques-unes bonnes ; mais rien de particuliè-
rement brillant, comme il arrive parfois. Il faut
signaler cependant M.Lefeuve, qui dit bien, et
M. Vais, qui chante correctement et avec
méthode. Ils sortiront de pair.
Parmi les cantatrices, il n'y a guère à citer
que Mii<= Lafargue, dont la voix vigoureuse et
bien timbrée est conduite non sans habileté.
Mais elle avait été plus sûre d'elle-même
l'année dernière, lorsqu'elle obtint un second
prix éclatant.
Opéra comique {hommes). - Jury : MM. A.
Thomas, président ; Dubois, Lenepveu, Jon-
cières, Barbier, Lud. Halévy, Deschapelles et
Carvalho, membres.
Premier prix : M. Dufour (élève de M.
Achard).— Deuxième prix : M. Vais (élève de
M.Taskin). — Premiers accessits : MM.Dantu
(élève de M. Taskin), et Gautier (élève de
M. Achard).
Femmes. — Premier prix : M'i^ Dubois (élève
de M. Taskin). — Deuxièmes prix : M"e Ti-
phaine (élève de M. Achard), et M^^ Berges
(élève de M. Taskin). — Premier accessit :
Mlle Marignan (élève de M. Achard). — Deu-
xième accessit : M"e Mauzié (élève de M. Tas-
kin).
Opéra. — Jury : MM. Ambroise Thomas,
président; Dubois, Lenepveu, Joncières, Bar-
bier, Bertrand, Deschapelles et Delmas.
Onze concurrents, tous élèves de M. Girau-
det. Onze récompenses :
Hommes. — Premier prix : M. Vaillier ;
deuxièmes prix : MM. Paty et Gaidan.
Premiers accessits : MM. Courtois et Lefeuve;
deuxièmes accessits : MM. Duc et Lussiez.
Femmes. — Pas de premier prix ; deuxièmes
prix : M'iiî^ Guénia et Ganne.
Premiers accessits : M"es Corot et Comte.
Concours très médiocre, en somme, sauf en
ce qui concerne M'ii: Wanda de Boncza, déjà
nommée, et M. Vaillier. Ce dernier a une belle
voix ; c'est un beau gars, ancien débardeur au
port de Cette, doué de sens artistique et qui
est parvenu à jouer avec accent, avec émotion,
la grande scène de Bertram, valse infernale et
duo avec Alice. Il a le geste sobre, l'attitude
variée et se montre généralement intelligent.
Violon. — Jury : MM. A. Thomas, prési-
dent; Th. Dubois, White, Gastinel, Altès,
Nadaud, Remy, Geloso.
Morceau de concours : premier solo du
192 concerto de Kreutzer en si bémol mineur.
Premiers prix (à l'unanimité) : M"|= Roussil-
lon (classe Garcin), et M. Flesch (classe Mar-
sick). — Seconds prix : MM. Monteux (classe
Berthelier), Touche(classe Garcin), Wuilliaume
(classe Garcin), Loiseau (classe Lefort), et de
Crépy (classe Marsick). — Premiers accesssits :
MM. Soudant (classe Lefort), Duval (classe
Marsick), et Boffy (classe Garcin). — Seconds
accessits : MM. Duttenhofer (classe Garcin), et
Forest (classe Berthelier).
Sur les trente-quatre concurrents de cette
épreuve, il n'y en a que deux ou trois qui aient
mis quelque chose d'eux-mêmes dans ce qu'ils
ont joué. Les autres n'y ont ajouté que ce
goiit vulgaire qui n'est à personne. Le jury ne
s'est pas trompé dans l'attribution des premiers
prix. M"s Roussillon a mieux joué qu'aucun
autre : elle a de la grâce et de la sensibilité. On
peut être sûr de M. Flesch, comme il est sûr de
lui ; mais il n'a pas le goût assez pur.
Piano (hommes). — Même jury.
Morceau de concours : Thème varié de
M. Saint-Saëns. — Morceau à déchiffrer de
M. Widor.
Premiers prix : M. Jaudoin (classe Diémer),
M. Vinès (classe de Bériot). -—Deuxièmes prix :
M. Schidenhelm (classe de Bériot), M. Lemaire
(classe de Bériot), M. Laparra (classe Diémer);
M. Motte-Lacroix (classe de Bériot). — Pre-
miers accessits : M. Cortot (classe Diémer);
M. Chadeigne (classe de Bériot).
Piano (femmes). — Premiers prix : M^'i^s
Weingsertner (élève de M. Delaborde), Cliéné
(élève de M. Delaborde), Ninck (élève de
M. Fissot), et Chambroux (élève de M. Dela-
borde). — Deuxièmes prix : M'i^^ Gresseler
(élève de M. Duvernoy), Belville (élève de
M. Delaborde), et Varin (élève de M. Fissot).—
Premiers accessits : M"s5 Hansen (élève de
M. Delaborde), Cahun et Masson (élèves de
M. Duvernoy), et Loutil (élève de M. Fissot). —
Deuxièmes accessits : M"ss Boissée (élève de
M. Duvernoy), Toutain et Rigalt (élèves de
M. Fissot).
M'ie Weingsertner, qui a de qui tenir, puis-
qu'elle est la fille du directeur du Conservatoire
de Nantes, et qui avait déjà remporté un très bril-
lant second prix en 1892, mérite, par la sûreté
de son jeu et la personnalité de son style, d'être
nommée avant toutes les autres. Cette élève
appartient à la classe Delaborde, qui a rem-
porté encore deux autres premiers prix avec
M"es Chené et Chambroux ; M'ii^ Ninck, la der-
nière concurrente, élève de M. Fissot, a eu le
quatrième premier prix. Parmi les jeunes filles
qui n'ont obtenu aucune distinction, plusieurs
méritaient d'être encouragées, comme M"« La-
vello, pour laquelle le public réclamait une
604
LE GUIDE MUSICAL
récompense; mais on voit que le jury s'est
pourtant montré généreux : il ne pouvait con-
tenter tout le monde. Il réserve sans doute une
compensation pour l'année prochaine à celles
qu'il a remarquées cette fois et qu'il a dû
sacrifier.
Harpe. ■ — Professeur : M. Hasselmans. —
Jury : MM. Ambroise Thomas, président;
Ch. Lenepveu, G. Fauré, G. Mathias, Ravina,
Ch.-M. Widor, NoUet, Philipp et F. Thomé.
Morceau de concours : Légende de M. Fran-
cis Thomé. — Morceau à déchiffrer de
M. Francis Thomé.
Premier prix : M'ii^ Duros et M. Martinot. —
Pas de second prix. — Premiers accessits :
M"e Luigini et M. Cauderer. — Deuxième
accessit : M"e Delcourt.
Instruments à vent : Flûte. — Premiers prix :
MM. Gaubert et Deschamps; deuxièmes prix :
Jules Leduc; premiers accessits : MM. Grenier
et Bavière; deuxième accessit : M. Stenesse.
Hautbois. — Premier prix : M. Louis Rey;
deuxièmes prix : MM. Malézieux et Albert Rey;
premier accessit : néant ; deuxième accessit :
M. Berges.
Clarinette. - Premiers prix : MM. Stiéve-
nard, Vronne et Jeanjean; pas de deuxième
prix; premiers accessits : MM. Guyot et Dela-
croix; deuxième accessit : M. Carré.
Basson. — Premier prix : M. Dubois; deu-
xièmes accessits : M M . Passerin et Duhamel ;
premier accessit : M. Desoubrie.
Cor. — Pas de premier prix; deuxième prix:
M. Penable; premier accessit : M. Voltaire;
deuxième accessit : M. Lemoine.
Cornet à piston. — Premiers prix : MM.
Ballay et Deprimoz ; pas de second prix ; pre-
miers accessits : Lejeune et Petit.
Trompette. — Premier prix : M. Wallerand;
deuxième prix : M. Galonau ; premier accessit:
M. Le Barbier; deuxièmes prix : MM. Pérot
et Planchard.
C'est par ces épreuves que les concours se
sont terminés.
Et la conclusion ? Il n'y en a pas. Cette an-
née, comme les années précédentes, les lau-
réats — surtout dans les classes de chant et de
déclamation — vont rêver du Capitole sans
songer à la Roche Tarpéienne ; les blackboulés
vont maudire leurs professeurs, le jury et les
critiques, — car nous ne sommes jamais exempts
des malédictions. Ensuite, M. Ambroise Tho-
mas continuera de penser que tout est pour le
mieux dans le meilleur des conservatoires !
Intérim.
M. Carvalho vient d'engager M"« Fernande
Dubois et M. Dufour, premiers prix d'opéra
comique, ainsi que Mi'<= Tiphaine, second prix.
'$•
Saison italienne à la Porte-Saint-Martin.
M. Edouard Sonzogno donnera, le prin-
temps prochain, une série de vingt-quatre
représentations d'ouvrages italiens au théâtre
de la Porte-Saint-Martin.
Outre les opéras dont les titres sont connus,
tels que les Pagliacci, de Leoncavallo, l'Ami
Fritz, de Mascagni, le Petit Haydn, Fesia a
Marina, etc., M. Sonzogno donnera, sans nul
doute, la Martire, de M. Spira Samara. Ce der-
nier ouvrage est en trois actes. Il a obtenu un
immense succès à Naples.
Ajoutons que M. Sonzogno vient d'être
nommé, pour trois ans, directeui' de la Scala
de Milan. Il fera la réouverture de la saison
prochaine avec Sigurd, de M . Ernest Reyer.
Verdi vient d'adresser à la direction de
l'Opéra le manuscrit du finale du troisième
acte d'Othello, qu'il a complètement remanié
en vue des représentations de son ouvrage à
l'Académie de musique.
Le compositeur a également promis d'écrire,
pour ce même troisième acte, la musique d'un
grand cortège qui accompagnera l'entrée du
Dans la nouvelle œuvre de M. Richepin,
Vers la joie, que va bientôt jouer la Comédie-
Française, il y a une partie musicale que l'auteur
n'a voulu confier à personne d'autre qu'à... lui-
même.
On ne sait encore quelle sera la valeur de
cette composition, mais déjà les interviews la
célèbrent en termes dithyrambiques :
« C'est un chœur de pa3'sans dont M. Riche-
pin a lui-même composé les paroles et la mu-
sique, — expressive mélopée, infiniment trou-
blante, cadencée, de belle allure. Les paysans
travaillent leur terre, joyeux, lorsqu'une voix
s'élève et jette le premier couplet; comme une
sorte de refrain, les autres reprennent le choeur.
Puis, un deuxième travailleur, à son tour,
lance le second couplet sur un air semblable,
et c'est encore un refrain que les paysans achè-
vent. »
» Sa chanson, Richepin la déclame d'une voix
héroïque, par saccades, le ton ferme, l'accent
vigoureux ; assis au piano, le maître s'accom-
pagne avfcc de grands gestes expressifs, se-
couant sa chevelure vaste, pour mieux marquer
le rythme. — Superbe ainsi. »
Acceptons l'augure de ce chef-d'œuvre im-
minent, quoique dans cet aperçu louangeux
r des termes comme : premier couplet, refrain
au chœur, deuxième couplet sur un air sem-
blable, encore un refrain... ne présagent peut-
LE GUIDE MUSICAL
605
être pas une conception d'une originalité
déconcertante. Un esprit irrespectueux pourrait,
à la rigueur, prétendre qu'il n'est pas d'opérette
bien conformée qui ne présente des signes
distinctifs analogues.
Tout dépendra sans doute de l'interprétation.
Cette chanson de paysans dite « d'une voix
héroïque, et par saccades » aura certes un
cachet spécial. En l'accompagnant, par exem-
ple, sur le violon d'Ingres ?
Parmi les promotions et nominations dans
la Légion d'honneur signées par le ministre des
beaux-arts à l'occasion du 14 juillet, notons
les suivantes :
Commandetir : M. Camille Saint-Saëns,
membre de l'Institut ;
Officier ; M. Marmontel, l'éminentprofesseur
de piano ;
Chevaliers ; MM. Auguste Dorchain, Paul
Ferrier et Raoul Toché, auteurs dramatiques.
Nous recevons de M. Reinach une nouvelle
lettre en réponse à celle de M. Nicole parue
dans notre dernier numéro. Le défaut d'espace
ne nous permettant pas de la donner aujour-
d'hui, nous la réservons à notre prochaine li-
vraison.
MM. Camille de Roddaz et Alfred Douane ont
lu hier à M. Debruyère un opéra comique en
trois actes, intitulé Thimour.
C'est le maestro Robert Planquette qui est
chargé d'en écrire la musique.
Thimour sera joué au théâtre de la Gaîté, avec
Soulacroix comme principal interprète.
BRUXELLES
La musique a joué un assez grand rôle,
dimanche 22 juillet, à la cérémonie d'inaugu-
ration du monument De Coster, sur la berge
des étangs d'Ixelles. M. Léon Dubois avait été
chargé de cette partie du programme, compre-
nant, pour l'après-midi, l'exécution d'une can-
tate et de vieux lieder flamands par les élèves
des écoles communales défilant devant l'édicule
de M. Samuel en jetant des fleurs; et, pour la
soirée, d'un concert donné au musée de la com-
mune. Le Choral mixte y a chanté différents
chœurs, puis l'Hymne à Charles De Coster,
composé par M. Léon Dubois, sur des vers
d'un beau lyrisme d'Emile Van Arenbergh,
l'excellent parnassien qui a fait ainsi sa rentrée
dans la vie littéraire d'où il s'était trop long-
temps retiré.
Toute cette partie musicale en plein air et
dans l'élégante salle du musée a été très soignée.
Le soir, outre le Choral mixte, on a entendu
M. Goffin, violoniste, et M. Victor Mercier.
Tous ces artistes, qui ont prêté leur gracieux
concours à la célébration d'un des héros de
notre littérature, ont été très justement applau-
dis par un public d'élite.
La distribution des prix aux élèves des écoles
primaires de la ville a eu lieu dimanche 29 juil-
let, au Cirque royal. La cérémonie était pré-
sidée par M. André, échevin de l'instruction
publique et des beaux-arts. Grâce à l'initiative
de MM. Wattelle et Landa, qui dirigent l'un et
l'autre les sections musicales des écoles pri-
maires, cette fête enfantine est corsée d'une
partie musicale généralement intéressante.
On a entendu, cette fois, la Chanson au vent
de Ad. Maes; un chœur sans prétentions, gen-
timent enlevé par la section des garçons. La
classe des fillettes a interprété avec beaucoup
de charme le Boerenkermislied de G. Hu-
berti. Cela a été un vrai régal de réentendre ce
chœur, si léger de forme et si vivant d'allure.
C'est une œuvrette gracieuse et qui est à sa
place dans nos écoles.
On peut en dire autant du chœur d'Em. Ma-
thieu : les Bois, que les deux sections ont
exécuté ensemble. L'œuvre est vraiment poé-
tique et très bien écrite pour la voix fraîche
des enfants. Le succès a été naturellement
enthousiaste : MM. Landa et Wattelle ont été
acclamés et une ovation a été faite à MM, Ma-
thieu, Huberti et Maes, lesquels ont dû venir
saluer le public qui les rappelait avec insistance.
Deux concerts intéressants au Waux-Hall la
semaine passée. M . Léon Dubois a dirigé la mu-
sique du mimodrame Le Mort, représenté avec
un long succès à l'Alcazar cet hiver. Ce succès
s'est affirmé encore autant qu'il était possible.
La partition de M. Léon Dubois exécutée à la
perfection par l'orchestre d'élite du Waux-Hall
permettait à l'auditeur d'en apprécier toutes
les beautés. Une autre soirée a été consacrée à
M. Henri Merck, violoncelliste solo du théâtre
de la^ Monnaie. Une foule nombreuse s'était
rendue âii Waux-Hall pour applaudir le jeune
et intére^p.nt artiste. Il a pu faire apprécier
son beau taient dans l'exécution de Kol Nidrei,
chanson hébraïque de Max Bruch, la mazurka
de Popper et l'aria de Bach. Style impeccable,
' beau son, interprétation artiste. M. Merck a
obtenu un bruyant succès. N. L.
606
LE GUIDE MUSICAL
Ml's Pisart nous avait convié dimanche à
une audition des élèves de son cours de mu-
sique. Cette audition a été, en somme, très
agréable, et elle a prouvé l'excellence de l'ensei-
gnement de M"<= Pisart.
Les petits pianistes et violonistes qui se sont
fait entendre ont fait preuve d'une bonne
instruction musicale, basée sur de solides prin-
cipes. Ils ont exécuté des soli pour les deux
instruments, des quatre mains et des six mains
pour piano, avec un bon rythme et un certain
mécanisme. Mentionnons aussi deux chœurs
exécutés avec beaucoup d'ensemble et de
justesse.
La saison des concerts du Conservatoire pro-
met d'être fort intéressante l'hiver prochain.
M. Gevaert se propose, en effet, d'y faire en-
tendre VA Iceste de Gluck, avec M™' Caron dans
le rôle de l'héroïne, et la musique tout entière
du Rheingold, prologue de V Anneau du Nibe-
lung, de Richard Wagner.
M"|= Simonet de l'Opéra-Comique, la créa-
trice du rôle d'Angélique dans le Rêve, vient
d'être engagée pour la saison prochaine par
MM.Stoumon et Calabresi. Autrefois, c'était le
Théâtre de la Monnaie qui envoyait à Paris
les jeunes artistes qu'il avait formés. Aujour-
d'hui, c'est Paris qui nous envoie ses restes.
M. Gevaert met, en ce moment, la dernière
main à un nouvel et important ouvrage d'his-
toire musicale, qui sera, en quelque sorte, la
continuation et la conclusion de son grand
ouvrage sur la musique grecque. Ce travail est
particulièrement consacré aux origines du
plain-chant et, en général, à la musique des
premiers siècles de notre ère dans ses rapports
avec les derniers vestiges de l'art musical des
Grecs. On sait qu'une obscurité profonde règne
sur l'histoire de la musique dans le long espace
allant de la fin du ii<^ siècle jusqu'à l'époque
grégorienne. Il y a là une lacune dans nos con-
naissances qui, évidemment, n'a pu exister en
fait. La musique n'a pas cessé tout à coup,
pour reparaître transformée dans les chants de
l'Eglise chrétienne. L'illustre savant apporte,
dans cette question du plus haut intérêt, des
vues nouvelles, des conclusions inattendues,
qui reconstituent avec une absolue clarté la
chaîne interrompue du développement de l'art
musical depuis les Grecs jusqu'aux premiers âges
de la musique moderne. L'ouvrage de M. Ge-
vaert est sans précédent, et sera certainement
une contribution exceptionnelle à l'ensemble
des grands travaux historiques modernes.
Paul Gilson vient enfin de terminer une
cantate, Francesca di Rimini, pour soli,
chœurs et orchestre, sur un poème de M. Guil-
liaume, secrétaire du Conservatoire de Bru-
xelles. Il est probable que cette œuvre sera
exécutée aux Concerts populaires, l'hiver pro-
chain.
On nous écrit de Tournai pour nous signa-
ler le succès remporté dimanche dernier au
troisième concert d'été de l'Association des
musiciens, par la Marche nuptiale de M. A.
Wilford, récemment composée à l'occasion du
mariage de la princesse Joséphine de Belgique
et du prince Charles de Hohenzollern et dédiée
aux jeunes princes. C'était la première exécu-
tion orchestrale et publique de cette marche.
Non seulement elle a été très applaudie, mais
on l'a bissée.
Annonçons également que M. A. Wilford
donnera une audition à l'Exposition d'Anvers,
dans le salon des Erard, vers la fin d'août.
CORRESPONDA NCES
AMSTERDAM. — Déjà les directeurs de
théâtre rivalisent de zèle et d'activité pour
former leurs troupes pour la saison prochaine.
Amsterdam sera doté de deux Opéras-Néerlan-
dais : les dissidents, sous la direction de M. van der
Linden, l'ancien chef d'orchestre de M. de Groot,
qui joueront au nouveau Théâtre-Communal; et
une nouvelle troupe organisée par l'ancien direc-
teur, qui pe veut pas abandonner la partie, et qui
sera installée dans l'affreuse salle de théâtre
restaurée du Palais de l'Industrie. L'ancien théâtre
du Parc est e.xploité, depuis le mois de mai, par
un imprésario de café-chantant. M. de Groot, qui
se lance à voiles et à rames, a engagé M. Maurice
de Vries, le baryton très connu et très populaire
en Hollande parmi ses nombreux coreligionnaires;
M"'' Stella de la Mar, une ancienne pensionnaire
de Sa Majesté Guillaume III; et, comme chef
d'orchestre, M. de la Fuente, un musicien qui a
fait ses preuves en France et qui connaît le
théâtre. M. van der Linden a détaché les meil-
leurs artistes de l'ancien Opéra-Néerlandais, MM.
Orelio, Pauwels et d'autres, et, comme pension-
naires nouveaux, il a engagé M. van Duinen,
la basse qui s'est fait applaudir au Wagnerverein
et ailleurs, et M"" Louise Heyman, fort connue et
fort appréciée en Allemagne. On parle aussi de
M"" Kempees, mais ce n'est qu'un bruit de coulisses
qui ne se réalisera peut-être pas.
1
LE GUIDE MUSICAL
607
M™" Barety et M. Samaty, deux artistes très
aimés, nous reviendront; mais le contralto, M"""
Andral, n'est pas rengagé, ce qui est regrettable;
nous ne reverrons pas non plus la jolie M™° Vail-
lant-Couturier; le ténor van Loo sera remplacé
par M. Renault, qui s'est fait applaudir à Monte-
Carlo.
On parle vaguement aussi d'un Opéra-Italien,
sous la direction de M. Strakosch, qui donnerait
des représentations au théâtre du Palais de
l'Industrie, avec le concours de M™" Bellincioni et
du ténor Stagno.
En attendant, les concerts en plein vent se
suivent, se ressemblent et se multiplient. En pre-
mière ligne, ceux du Concertgebouw, dans le
magnifique jardin de l'établissement, dirigés par
M. Gottfried Mann, ou par M. Kes lui-même,
quand l'exécution a lieu dans la salle de concert.
Programmes intéressants, exécution parfaite, con-
certs à l'instar de ceux du Waux-Hall de Bruxelles.
Ensuite, il y a des concerts dans le jardin du
Théâtre du Parc, au Jardin zoologique et au Parc
Vondel, d'un ordre tout à fait inférieur, sans oublier
le déluge de cafés-chantants qui ne désemplissent
pas
Aux bains de mer de Scheveningue, l'orchestre
Philharmonique de Berlin, dirigé par le professeur
Mannstàdt, continue à faire florès. Tous les soirs,
la grande salle du Kurhaus est bondée : les habi-
tants de La Haye continuent à faire un pèlerinage
journalier aux concerts du Kurhaus et ne se
lassent pas d'écouter, pendant les chaleurs les plus
tropicales, les mêmes ouvrages qu'on leur joue
depuis dix ans, avec une patience digne d'un meil-
leur objet.
La Société pour l'encouragement de l'art musi-
cal à La Haye se propose d'exécuter, l'hiver pro-
chain, sous la direction de M. Willem Kes,
VOratorio de Noël de Bach et les Béatitudes de César
Franck.
Au festival de musique de Darmstadt, Mes-
schaert, notre éminent chanteur, a obtenu un
immense succès, de même qu'à celui de Kiel,
où il a été acclamé. MM, Lamoureux et Colonne
lui ont fait des propositions, dit-on, pour la saison
prochaine. Un autre de nos compatriotes, le violo-
niste Johannes Wolif, ancien pensionnaire du Roi,
obtient de grands succès à Londres.
A bientôt l'inauguration solennelle du nouveau
Théâtre-Communal d'Amsterdam, dont j'espère
vous rendre compte en temps et lieu,
El). DE H.
P. S.— Le directeur du Théâtre-Français de La
Haye vient d'engager l'excellent orchestre du
« Concertgebouw » pour les représentations
•d'Amsterdam, et a complété sa troupe par l'enga-
gement de M"" Bayer (contralto), Pedrelli et
Vanemelen (chanteuses légères), et du baryton
M. Cheyt. Comme nouveautés, on nous promet
Hiilda de César Franck, Orphée de Gluck, Oiello
de Verdi et la Navarraise de Massenet,
ANVERS. — Le festival français qui vient
d'avoir lieu à l'Exposition sous la direction
de M. Camille Saint-Saëns, peut être considéré
comme un vrai succès. La présence du maître et
celle de M. Diémer, le pianiste parisien si fêté,
devaient nécessairement en rehausser l'éclat.
Si les œuvres de Saint-Saëns sont depuis long-
temps populaires chez nous, il était pourtant inté-
ressant de les entendre exécuter sous l'influence
directe du maître. Plusieurs numérosdu programme
méritent une mention spéciale : ainsi, la rêveuse et
poétique introduction du deuxième acte de Phryné;
puis, le ballet de l'opéra Ascaiiio où\e compositeur
déploie les effets les plus variés. Il est regrettable
que M. Saint-Saëns ne nous ait donné qu'un frag-
ment de la Suite algérienne. Son Afiica pour piano
et orchestre, a trouvé en M. Diémer un interprète
exceptionnel. Quelle fougue, quelle nerf dans l'at-
taque; et, avec cela, quelle sobriété dans le main-
tien !
L'œuvre de Saint-Saëns est d'une coupe toute
moderne ; ce n'est pas le concerto simplifié, mais
bien une production de notre époque, si fertile en
trouvailles. Etourdissant, l'effet qu'a produit le
scherzo à deux pianos, exécuté à la perfection par
M. Diémer et l'auteur.
Impossible de décrire l'enthousiasme qu'a sou-
levé M. Diémer, après chaque nouvelle apparition.
Il faut savoir gré â l'éminent artiste de nous avoir
fait connaître la fantaisie pour piano et orchestre,
de M, Alb, Périlhou, un élève de Saint-Saëns, qui
s'il faut en juger par l'œuvre qui nous occupe, est
destiné à un brillant avenir. Les combinaisons har-
moniques sont heureuses et la partie de piano est
franchement intéressante.
Comme soli, M. Diémer avait fait choix àwCoucou,
ce morceau de Daquin qu'il interprète d'une façon
si exquise ; puis de deux de ses compositions :
Orieniate et Valse. — M. Hasselmans, le brillant
harpiste, a fait aussi une apparition à l'Exposition
et il a été très fêté, ce qui n'étonnera aucun de ceux
qui connaissent son rare talent. Voici comment
s'est organisée cette audition intime, qui a eu lieu
devant la Reine et la princesse Clémentine. Sa
Majesté ayant, paraît-il, exprimé le désir d'enten-
dre M, Hasselmans, avait fait demander à M. Béon,
représentant de la maison Erard, de vouloir orga-
niser une séance dans le salon d'honneur de la
section française. C'est ainsi qu'une quinzaine
d'invités seulement, parmi lesquels nous avons eu
l'honneur de nous trouver, assistaient à cette
intéressante audition. M, F. Thomé a exécuté
quelques-unes de ses compositions pour piano ;
puis, avec M. Hasselmans comme partenaire, une
Légende fort bien venue et qui a servi de morceau
de concours au Conservatoire de Paris.
Sa Majesté a hautement exprimé sa satisfaction
et a examiné personnellement les instruments.
M. Hasselmans a encore fait entendre _une Prière
de sa composition, morceau de style qui lui a valu
les applaudissements les plus flatteurs.
Parmi les récitals qui ont eu lieu ces jours der-
608
LE GUIDE MUSICAL
niers, citons celui qu'adonné M"' Rachel Hoffmann,
dans la section allemande. La jeune pianiste a
tout ce qu'il faut pour parvenir; mais nous lui
recommandons sincèrement de revoir certains mor-
ceaux sous le rapport du style. La Suite Holbeig,
notamment, n'a pas été comprise par l'artiste,
dont nous reconnaissont pourtant volontiers les
mérites. A. W.
TONDRES. — Samedi dernier a eu lieu, à
J CoventGarden, la première représentation
de The Lady of Longford, du compositeur Emile
Bach, dont sir Augustus Harris avait déjà produit
l'année dernière une volumineuse partition intitu-
lée Irmengarde. Le livret est de sir Augustus Har-
ris et de M. F. E Weatherby. Il est habilement
construit, mais sans réelle valeur poétique. La
musiq-je de M. E. Bach n'a pas davantage de
grandes envolées. C'est honnêtement médiocre .
Naturellement, sir Augustus Harris, directeur de
Covent-Garden, devait à sir Augustus Harris,
librettiste, une exécution hors ligne de l'œuvre
nouvelle, et c'est ainsi que The Lady of Longford a
obtenu un succès d'estime. Décors superbes. Inter-
prètes : M™" Eames, Miss Evelyn Hughes, le ténor
Alvary et Edouard de Reszké. L'ouvrage a ce
précieux mérite de n'avoir qu'un acte.
11 était précédé sur l'afSche, samedi dernier, par
les Pagliacci de Leoncavallo, avec M™» Melba
dans le rôle de Nedda.
Lundi, nous avons eu Lohengrin avec M""" Eames
dans Eisa, Edouard et Jean de Reszké dans Lohen-
grin et Telramund, et M. Gillibert comme héraut.
Le Signa de Cowen n'a pas de chance. Ajourné
par suite d'une indisposition de M"" de Nuovina,
il a été repris avec M"" Sigrid Amoldson, mais
sans obtenir plus de succès.
La saison est véritablement close, et les théâtres
se vident.
IUXEMBOURG. — Dimanche dernier,
J pour la seconde fois, la Légia a donné un
concert à Luxembourg. Le succès éclatant qu'elle
avait remporté l'an dernier, faisait prévoir la
réussite extraordinaire réservée à cette seconde
audition, La Société philharmonique s'était chargée
de l'organisation. Le vaste pourtour du cirque,
dans lequel a eu lieu le concert, était absolument
comble; il y avait environ trois mille personnes.
La Philharmonique a joué la Marche triomphale
de Mendelssohn et l'ouverture d'Egmont de Beetho-
ven.
La Légia a chanté les deux chœurs qui lui ont
valu le premier prix au concours de Charleroi : le
Rêve de Léon Dubois et Vers l'Avenir de Simar.
Dans le Rêve, quelques petites rugosités se sont
fait sentir, notamment chez le ténor qui foiçait le
ton parfois. Dans cette partie du concert, la
chaleur était insupportable et elle n'a pas été,
parall-il, sans exercer quelque influence sur les
voix des chanteurs.
En effet, dans les Eburons de Tilman, chœur qui
a été exécuté après la pause pendant laquelle les
chanteurs avaient pris le frais, les voix étaient
devenues plus tranquilles. Malheureusement, un
orage a éclaté au beau milieu du morceau. Le
public qui avait perdu la plus grande part, a bissé,
et M. Dupuis, le célèbre directeur de la Légia, a
dû faire recommencer à partir du solo et du
passage a bocca chitisa. M. Dejardin, lauréat du
Conservatoire de Liège, a récité ce passage d'un
timbre clair et coloré, d'une diction merveilleuse-
ment nette ; après le choral qui clôture ce poème
magnifique, le public trépignait d'enthousiasme et
a fait une véritable ovation à la distinguée pha-
langue artistique belge.
Dimanche, 5 août, la Société Sainte-Cécile, la
maîtrise de la cathédrale de Luxembourg, célébrera
son cinquantième anniversaire; à l'office du
matin, la messe Papa Marcelli, de Palestrina, sera
exécutée par cette maîtrise.
SAINT-PETERSBOURG, — La mort de
Tschaïkowsky, au lendemain de la première
production de sa Symphonie pathétique, dans laquelle
on a cru découvrir comme le pressentiment de
sa fin prochaine (le finale de l'œuvre est un adagio
lugubre), a été l'événement à la fois le plus sail-
lant et le plus douloureux. La perte prématurée
du compositeur a été envisagée comme un deuil
national.
Les concerts symphoniques de la Société musi-
cale russe qui ont suivi les deux premiers, consa-
crés à Tschaïkowsky, ont été extrêmement inco-
lores, à la seule exception du dernier, qui ren-
fermait la symphonie avec chœurs de Beethoven, ,
conduite par M Napravnik, lequel s'était assuré*
le concours des chœurs de l'Opéra Russe. Les
concerts de la « jeune école » ont dévoilé l'in-
fluence exercée sur elle, dans la personne du
jeune Glazounow, par Tschaïkowsky, dont jusque-
là les élèves de M. Rimsky-Karsakow se tenaient
éloignés.
L'Opéra Russe n'a produit aucune nouveauté
digne de mention, se consacrant de plus en plus
à la culture du répertoire occidental, sans en
excepter les Mascagni et les Leoncavallo (le théâ-
tre impérial de Moscou a monté même les Medici).
Le Fahiaff de Verdi, faiblement interprété au
Théâtre-Marie, n'a pas obtenu de succès.
Toute la vogue a été pour l'Opéra Italien privé,
dont la Sembrich continue à former le principal
attrait, ainsi que pour celles des représentations
de l'Opéra Français de M. Colonne auxquelles
prit part le ténor Van Dyck {Lohengrin et Wer-
ther). Les représentations wagnériennes que
voulait organiser le directeur du théâtre de Ham
bourg n'ont pas eu lieu, faute d'un nombre suffi
sant de souscripteurs. En i88g, le cycle di
V Anneau, des Nibelungen avait obtenu beaucoup plu
de succès. Cette fois, les prix étaient trop élevés e
LE GUIDE MUSICAL
609
le public avait dépensé déjà environ un demi-mil-
lion de francs pour l'Opéra Italien !
Comme toujours, il y a eu beaucoup de concerts
de virtuoses, mais sans que paraisse une étoile
nouvelle, et une longue série de soirées de qua-
tuors dont le leader, l'éminent violoniste Auer, a
été très fêté l'hiver dernier, à l'occasion de
l'anniversaire des vingt- cinq ans de son activité
musicale dans notre cité. Rubinstein est venu
passer les fêtes de Noël à Saint-Pétersbourg et a
joué une fois un choix de ses compositions au
profit d'une œuvre de bienfaisance. La matinée a
réalisé une recette de vingt mille francs environ.
Rubinstein passe l'été dans sa villa de Peterhof.
Pendant la belle saison, la musique, en dehors
des pluies et du choléra, prend son vol hors les
portes de la ville. Le.i concerts y sont quotidiens.
Aux « lies » du delta de la Neva, on applaudit
tous les soirs les valses et les polkas de
M. Edouard Strauss, de Vienne; à Pawlosk, de
même la musique sérieuse, interprétée par l'or-
chestre de M. Galkine (chaque vendredi, il y a
concert Symphonique). M. Jacobs, de Bruxelles,
en est un des solistes. Le chœur Archanghelsky
y vient exécuter de grandes œuvres vocales,
a capella ou avec orchestre. Il y a aussi des
concerts symphoniques à Peterhof et à Oranien-
baum.
L'Opéra Français de M. Raoul Gunsbourg
répète à l'Aquarium ; un Opéra Russe privé ouvre
ses portes ces jours-ci à Arcadia. L'opérette est
cultivée avec plus de succès sur trois ou quatre
scènes (la Montbazon et Simon-Girard y ont
passé), de même que la chansonnette française,
de plus en plus grivoise, qui y coudoie le ballet
italien, la féerie, des chœurs et des orchestres
exotiques, des siffleurs, des clowns musicaux, des
acrobates de tout genre...
En somme, en été, on fait ,chez nous plus de
musique qu'en hiver; seulement, à de rares excep-
tions près, l'exécution en est moins bonne.
On a beaucoup remarqué cependant, il y a
quelques semaines, le chœur suédois des étudiants
d'Upsala, qui chante avec plus d'ensemble et de
sûreté que de nuances. Du reste, nous sommes
très gâtés sous ce rapport par la virtuosité prodi-
gieuse des chœurs de nos chantres d'église, dont
le plus célèbre est celui de la Cour.
N^O U V ELLES DI VERSES
Voici le tableau des représentations de Bay-
reuth pour le mois d'août :
Dimanche 5 août Parsifal.
Lundi 6 » Tannhœiiser.
J<iudi g » Parsifal.
Vendredi lo » Lohengrin.
Dimanche la » Lohengrin.
Lundi i3 » Tannhœuser.
Mercredi i5 août Parsifal.
Jeudi i6 )) Lohengrin.
Samedi i8 » Tannhœuser.
Dimanche 19 » Parsifal.
Dès à présent, le Wagnerverein de Berlin
annonce qu'il donnera, pendant la saison
d'hiver, quatre grands concerts sous la direc-
tion de M. Charles Klendworth. Le concert du
II février, date anniversaire de la mort du
maître de Bayreuth, sera dirigé par M. Sieg-
fried Wagner.
M. Edouard Lassen, dont on avait récem-
ment annoncé puis démenti la retraite comme
maître de chapelle du grand-duc de Saxe-
Weimar, abandonne décidément la direction
du théâtre grand-ducal. Sur le désir qui lui a
été exprimé par le grand-duc, M. Lassen con-
tinuera de diriger les concerts de la Cour.
L'empereur Guillaume est décidément jaloux
des lauriers de Schubert. Il vient de composer
un lied, que la maison Bote et Bock a été
chargée de publier.
Ce lied est intitulé Chant à ^gir, et l'auteur
des paroles n'est autre que le comte Eulenbourg.
ALgir est le Neptune Scandinave. Il s'agit donc
d'un chant au dieu des flots. On sait la prédi-
lection de l'Empereur pour les voyages mari-
times.
Le Guide Musical publiera sous peu un nou-
veau et très intéressant travail de M. Etienne
Destranges, intitulé les Femmes de Wagner.
Il s'agit d'une étude sur les types féminins
si intéressants et si captivants des héroïnes du
théâtre du maître de Bayreuth, Senta, Eisa,
Elisabeth, Brunnhilde,Sieglinde,Fricka,Iseult,
Kundry, etc. Nul doute que cette étude
intéressera vivement nos lecteurs.
On nous écrit de Poitiers, le 22 juillet :
La dernière audition du violoniste Emile
Lévêque, donnée la semaine passée, a été on
ne peut plus remarquable.
Au programme figuraient : i» le troisième
trio en si bémol (piano, violon et violoncelle) ;
2° Cinquième quatuor pour instruments à cordes
(absolument intéressant) d'Antonio Bazzini ;
3° Grande sonate en ré (Raft).
Ces diverses œuvres ont été acclamées et les
applaudissements n'ont pas fait défaut à M. E.
Lévêque et à ses vaillants partenaires.
Les sociétés chorales et les sociétés d'agré-
ment avaient jusqu'en ces derniers temps une
situation privilégiée, en France, relativement
aux droits d'auteur, pour les exécutions qu'elles
donnaient en public. Alors que, depuis trois ou
quatre ans, toutes les sociétés belges avaient
été contraintes de payer une redevance pour
l'exploitation du répertoire de la société, les
610
LE GUIDE MUSICAL
sociétés françaises n'avaient plus jusqu'à pré-
sent pu être soumises au payement des droits.
Cette situation va changer : il appert d'une
circulaire adressée aux préfets par M . SpuUer,
avant son départ du ministère de l'instruction
publique, que les travaux de la commission
extraparlementaire réunie pour examiner les
questions relatives aux droits d'auteur à perce-
voir sur les auditions musicales gratuites don-
nées par les sociétés chorales et instrumentales
des départements, ont heureusement abouti à
un accord entre les auteurs de la proposition
de loi et le syndicat de la Société des auteurs,
compositeurs et éditeurs de musique.
A partir du i'^"' janvier iSgS, les sociétés
musicales seront nanties, sans aucune excep-
tion, d'un nouveau traité applicable exclusive-
ment aux auditions musicales gratuites et
stipulant le payement d'un franc par an et par
société.
Ce droit est dérisoire en comparaison des
droits qu'on prélève en Belgique. Les auteurs
français n'ont pas à se plaindre du sort qui leur
est fait dans ce pays. Il est seulement fâcheux
que la réciprocité ne soit point parfaite pour
les auteurs belges.
Quant aux auditions payantes, dont la com-
mission n'avait d'ailleurs pas à s'occuper, elles
donneront lieu à un traité complètement
distinct du précédent et qui ne sera imposé
qu'aux sociétés musicales donnant des audi-
tions non gratuites.
La commission n'avait pas non plus à
s'occuper des représentations théâtiales. Rien
n'est innové à leur égard. Toutes les fois qu'une
œuvre dramatique, quelle que soit son impor-
tance, figurera sur un programme quelconque,
le consentement de l'auteur ou de la société qui
le représente demeurera exigible dans les
mêmes conditions que par le passé.
MM. Darche frères, les luthiers bien connus
ont réuni leurs deux maisons. La nouvelle
installation confortablement située rue de la
Montagne, 4g, a été inaugurée il y a une quin-
zaine. De nombreux visiteurs ont défilé depuis
dans les nouveaux locaux, ils ont été unanime-
ment émerveillés des luxueux et excellents ins-
truments qu'expose la maison Darche. Nous ne
pouvons que conseiller à nos lecteurs une pro-
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611
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par E. Bernard, Chabrier, Eymieu, G. Fauré,
Gigout, Guilmant, L. Hess, Hillemacher, A. Hol-
mes, G. Hue, Vincent d'Indy, E. Lacroix, Ch. Le-
febvre, Lenepveu, Paladilhe, Reyer, Rousseau,
Salvayre, Vidal, etc.
Ce recueil est le premier volume de la série.
— On sait que l'ouvrage de M.Edouard Hanslick,
professeur à l'Université de Vienne, ayant pour
titre : Du Beau dans la musique, n'a pas eu moins de
huit éditions en Allemagne. M. Charles Bannelier
vient de faire paraître chez MM. Ph. Macquet et
C'', éditeurs de musique, io3, rue Richelieu, la
seconde édition française, revue et modifiée
d'après la huitième édition allemande.
— Au tour de l'Espagne de mettre en lumière la
série de compositions de ses grands maîtres, à
partir du xv' siècle. Plusieurs de ces œuvres
peuvent rivaliser avec ce que l'Italie et les Pays-
Bas ont produit de plus remarquable
Il a fallu, pour réaliser cette noble et vaste
entreprise, rechercher et rajuster partout les
fragments disséminés de ces productions, tâche
d'autant plus ardue qu'au rebours de ce qui a lieu
aujourd'hui, les œuvres musicales n'étaient guère
mises en partition. Une basse par ici, un ténor par
là, un alto ailleurs... quelle rude épreuve à subir
et quelle énorme patience à déployer!
M. Philippe Pedrell, un maitre érudit et entre-
prenant, a bien voulu se charger de cette ingrate
besogne, et, grâce à la première livraison spé-
cimen, parue il y a quelques semaines, et entière-
ment formée des compositions de Christophe
Morales — un des plus illustres musiciens
espagnols du xvi" siècle, — on a pu voir que la
publication constituera un vrai monument artis-
tique,digne des grandes individualités qui y figure-
ront.
Rien n'a été négligé, d'ailleurs, pour ce tardif
hommage rendu par l'Espagne à ses glorieux
enfants. L'ouvrage est muni d'une préface histo-
rique et esthétique bilingue ; la traduction de
l'ancienne notation a été opérée dans les meilleures
conditions possibles; la gravure constitue un
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
TH. DUBOIS
Org-aniste du Grand Orgue de la Madeleine
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2. Marche d'^f.Aa/ye (Mendelssohn) ... —
3. Marche du Songe d'une nuit d'été (Mendelssohn) —
4. Introductiondu troisième acte et Chœur des fiançailles
de Lohengrin (R. "Wagner) .... —
5. Marche religieuse de Lohengrin (R. "Wagner). —
6. Marche de Ta/z/jAasz/^-eriR. "Wagner) • . —
2^ SÉRIE
7. Marche-Gavotte de Josué (Haendel) . . .
8. Psaume XII. i" Cieli Immensi (Marcello),
9. Chœur de Paulus (Mendelsschn)
10. Chœur mystique de ^ai/5-f(Sch.umann)
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612
LE GUIDE MUSICAL
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LA WALKYRIE, i vol. de i5o p. , 2» » » 3 5o
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2. La Chanson du renouveau .... 3 —
3. Comment on dit : « Je t'aime ». . .3 —
4. Etre deux 5 —
5. J'aime, je crois, j'espère 3 —
6. Le Livre de la vie 3 —
7. Premiers baisers du printemps . . . 3 —
8. Le Souvenir 5 —
9 La Valse des nuages 5 —
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— Barcarolle, paroles de A. Semiane .... 3 —
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Piano et violon g —
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violon 6
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B.-Il. Culomer. Rondino pour piano. . . 5 — ^.
G. Pfeiffer. Romance pour violoncelle et piano 6 — •
J. Tcn Brinck. Voici le soir, valse, barcarolle . 5 — ■
Ch. I.cfebvre. Oublier, mélodie " . ... 5 —
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chantée
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— harmonie ou fanfare . 3
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No I . Pour Violon avec Piano (originale) . frs 6 —
» 2. •) Violoncelle avec Piano (tran.scrite
par G. Fitzerthagen). . . » 6 —
» 3. )> Chant avec Piano (par l'auteur) . » 5 —
No 4. Pour Harmonium avec Piano .
» 5. » Piano à 2 mains (par l'auteur)
» 6. » Piano à 4 mains (par l'auteur)
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— Rêverie mélancolique .
— Légende écossaise .
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Bohm, G. Cinq morceaux
N° I. Séparation.
N" 2. Douce attente.
N" 3. Dou.x rêves
N" 4. Echo du bal .
N" 5. Mon étoile,
Qabriel-Marie. « Impres-
sions. » 5 pièces originale:
N" I. Simplicité.
N" 2. Insouciance
N" 3. Quiétude .
No 4. Souvenir .
N» 5. Mélancolie
N" 6. Allégresse.
Gilis, A. Soirées enfantines
Six morceaux très faciles
N» I. Air villageois. .
N» 2. Chant du village.
N" 3. Air champêtre ,
N" 4 . Fanfare-Marche .
I 35
I 75
I 35
I 75
I 35
I 90
I 35
No 5. Royal-Gavotte . .
N" 6. Musique militaire .
Hermann, Rob. Petites
Variations p^ur rire, com
posées sur sept notes
Herrmann, Th. Six irans-
cri plions d'œuvres célèbres;
N" I . Air de Chérubini
N" 2. Grétry, Romance de
Richard. . . . i —
N" 3. NicoLO, Joconde. . i —
N" 4 . Schubert, Sérénade i 35
N" 5. Schubert, Moment
musical. . . i 35
N» 6. Mendelssohn, Auf
Flûgeln. . . . I 35
Hille, G. Op. 6o. Concerto
avec Piano lo —
Hone, J. The Old Folks at
Home I 75
— Suite Irlandaise :
N" I . When theWlio adores
thee I 35
N" 2, If thou wilt be Mine i 35
N" 3. Oh! Had we some
Bright I 35
Nû 4. Is that M'' Reilly. . i -
Hoyois, L. Mélodie. . . i 75
Jetiin-Pruine. Romance . i 75
— Berceuse i 35
Hubay, Jenô. Cinq mor-
ceaux ;
Op. 37. N" I. Fleur de Mai . i 75
Op. 37 N" 2, Au temps jadis 2 5o
Op. 38, N" I. Devant son
image(Chant surla4''corde) i 75
Op 38. N" 2, Sous sa fenêtre 2 —
Op. 39. Ramage de rossignols 3 —
Smetkoren, J. Elégie . . i 75
— Berceuse 2 —
Thallon, R. Romance . . i 75
Ventli, G. Trois morceaux ;
N" I. Chanson sans paroles i 35
N" 2. Chanson du soir . . i 35
N" 3. La Sérénade ... 2 —
— Deux Rhapsodies :
N"!. Sur des motifs écossais i 90
No 2. Sur des mélodies sué-
doises 3 75
Ysayë. Deux Mazurkas :
No 1. Dans le lointa:in . .2 —
No 2. Mazurka . . . .2 —
614
LE GUIDE MUSICAL
Etablissement Photographique
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40'' année ig et 26 Août 1894
numéros 34-35
SOMMAIRE
Hugues Imbert. - Vincent d'Indy.
L'Hymne à Apollon. — Réponse de M. Th.
Reinach à M. Nicole.
Maurice Kufferath. — A Bayreuth.
(dljronique île la Semaine : Paris : A propos de la
prochaine saison de l'Opéra-Comique. — La distri-
bution des prix du Conservatoire, M. R. — Nou-
velles diverses.
Bruxelles : La prochaine ouverture du théâtre de la
Monnaie, J. Br.-
(ttorresponbancee : Amsterdain, Anvers : le festival
russe à l'Exposition, Blankenberghe, Dresde.
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VINCENT DINDY
OMME Berlioz, Vincent d'Indy,
bien que né à Paris le 27
mars i85i, a des attaches
avecles contrées méridionales
de la France; car sa famille
était originaire de Vernoux
(Ardèche) et y a conservé des
propriétés. Il a puisé dans la
beauté des sites qui l'entouraient, dans les
montagnes du Vercors, la plaine du Khône,
les beaux bois de hêtres et de sapins, son
profond amour pour la nature. Comme
Berlioz, il aura eu des tendances très mar-
quées pour l'art symphonique; et lorsqu'en
1867 il eut sous les yeux le traité d'orches-
tration du maître de la Côte-Saint-André,
ce fut une révélation : les grands dieux de
l'Olympe musical, Gluck, Spontini, Beetho-
ven, Weber... lui apparurent dans tout le
rayonnement de leur maîtrise et de leur
gloire. La nature et Berlioz, voilà donc les
deux puissants et premiers éducateurs de
Vincent d'Indy; tout le problème de sa
destinée n'est-il pas contenu en germe dans
ces deux facteurs? « C'est une hypothèse
de la philosophie littéraire contemporaine,
a dit Paul Bourget, que l'esprit grandit
comme une plante et qu'il absorbe en lui,
par un travail inconscient et profond, tout
le suc nourricier du milieu dans lequel il
est placé. » Visitez les collines et les mon-
tagnes du Vercors, les cimes et les versants
si pittoresques des Cévennes ; remémorez-
vous les théories, les préférences, les haines,
les enthousiasmes de Berlioz, — le milieu
physique et moral dans lequel a vécu
Vincent d'Indy vous sera perceptible ; son
état d'âme se dévoilera. Plus tard, lorsqu^un
coup de tonnerre éclatera dans le ciel mu-
sical et qu'apparaîtra Richard Wagner, il
sera fasciné, dompté par ce génie puissant
et absorbant. Cherchant d'abord à l'imiter
(certaines de ses œuvres en porteront la
trace), il s'apercevra bientôt qu'il fait
fausse route. Il se repliera sur lui-même, ne
retiendra plus que les grandes lignes du
maître de Bayreuth et créera, dirigé par un
musicien tel que César Franck, de belles
pages dans lesquelles, malgré quelques
réminiscences, la personnalité s'accuse
hautement. Tels la Trilogie de Wallenstein
et le Chant de la Cloche. Ajoutons que si,
dans sa musique, il est poète comme Sully-
Prudhomme, il est encore plus artiste à la
façon de José-Marie de Heredia.
Ce fut sa grand'mère, M"«= Théodore
d'Indy, une excellente musicienne, qui diri-
gea ses premiers pas dans la carrière si
difficile de l'art musical. A l'âge de neuf
ans il commençait l'étude du piano, et à
quatorze ans il était absolument maître de
l'instrument. Il vécut dans l'intimité des
classiques, Bach, Haydn, Mozart, Beetho-
ven.
De 1862 à i865, Diemer lui révèle plus
profondément le mécanisme du clavier;
puis, après cette période, Lavignac lui
enseigne la technique de l'harmonie et
les premiers principes de la composi-
tion. Simultanément, il suit les cours de
Marmontel. C'est en 1867 qu'un de ses
oncles, M. Wilfrid d'Indy, amateur très
passionné pour la musique, lui j&t connaître
le traité d'orchestration d'Hector Berlioz,
620
LE GUIDE MUSICAL
qui devait lui ouvrir un horizon nouveau.
Puis, en 1868 ou 1869, survient sa liaison
avec un musicien fort bien doué, M. Henri
Duparc ; ils travaillent ensemble les parti-
tions de Richard Wagner et, dans leur petit
cénacle, on exécute les belles conceptions
de Jean-Sébastien Bach, notamment la
Passion selon saint Mathieu.
En 1870, il prend la capote de soldat et
vole à la défense du pays. Triste page
d'histoire où sombrent tant d'intelligences,
mais où se révèlent cependant de si beaux
dévouements! Une grande perte pour lui
fut celle de sa grand'mère, M^^ Théodore
d'Indy, qui mourut peu de temps après
l'armistic^e.
C'est à cette époque que César Franck
devient son professeur. Sous sa direction,
le jeune compositeur étudie l'harmonie, la
composition, le contrepoint et la fugue.
Reçu dans sa classe d'orgue au Conserva-
toire en 1873, il remporte en 1874 ^n
second et en 1875 un premier accessit.
Alors qu'il était encore à la classe d'orgue,
il fit ses premières armes comme organiste
titulaire à l'église de Saint-Leu-Taverny,
près Ermont, qui possédait un très bel
instrument de Cavaillé-CoU, grâce à la
libéralité de Napoléon III. Ce que Berlioz
■avait fait, en s'engageant comme choriste au
théâtre des Nouveautés, après l'excommu-
nication maternelle, pour parer aux pre-
mières nécessités de la vie, Vincent d'Indy
l'entreprit, en entrant en 1875, lors de sa
sortie du Conservatoire, à la Société des
Concerts du Châtelet, comme second tim-
balier et chef des chœurs, dans le but de se
familiariser avec l'emploi de l'orchestre, de
se lier avec la plupart des instrumentistes,
et peut-être aussi de prouver sa détermina-
tion bien arrêtée de suivre la carrière mu-
sicale. Ce fut dans cette même année 1875
que fut exécutée à Paris, aux Concerts
populaires dirigés par Pasdeloup, sa pre-
mière œuvre, l'ouverture de Piccoloniini,
seconde partie de la Trilogie de IVallenstein,
d'après la tragédie de Schiller, qui devait
être une de ses plus belles créations, i^uis
viennent les années de production. En 1876,
audition aux Concerts populaires de l'ou-
verture pour Antoine et Cléopâtrc de Sha-
kespeare; — le 24 mars 1878, exécution
de la Forêt enchantée d'après Uhland. Dans
la même année, le quatuor (op. 7) pour
piano et instruments à cordes est joué
simultanément, à la Société Nationale de
Musique et à la Trompette.
En 1881 fut représenté à l'Opéra-Co-
mique un petit acte, sur un livret de
M. Robert de Bonnières : Attendez-moi sous
l'orme. A la même époque, l'auteur termine
la composition du Poème des Montagnes,
suite pour piano (op. i5), qui rentre dans la
catégorie des œuvres inspirées directement
par la nature. Son premier grand succès
fut le Chant de la Cloche, légende drama-
tique en un prologue et sept tableaux, qui
remporta le premier prix au concours
ouvert par la ville de Paris en l'année 1886.
Composée pendant la période de 1879 à
i883, cette belle page a été tirée du drame
de Schiller par Vincent d'Indy. Poème et
musique sont l'œuvre du compositeur, qui
a suivi l'exemple de Berlioz et de Wagner.
Le Chant de la Cloche a été exécuté aux
frais de la ville de Paris, à l'Eden, le 25 fé-
vrier 1886. De nouvelles et nombreuses
auditions en ont été données dans les
grands concerts, en France et à l'étranger,
avec un succès croissant. Bien qu'inféodé
à l'école wagnérienne, Vincent d'Indy a su
se servir des Lcitmotive, ou thèmes conduc-
teurs, sans pour cela copier servilement le
maître de Bayreuth. Il a gardé son origina
lité, et des tableaux comme le Baptême,
V Amour, la Fête, Vision, l'Incendie, la Mort,
le Triomphe lui ont fourni l'occasion de
montrer sa maîtrise dans la variété des
combinaisons instrumentales et les ri-
chesses du coloris musical.
Sauge fleurie, légende pour orchestre,
d'après Robert de Bonnières, a été com-
posée en octobre 1884. Ce poétique conte
de fées devait séduire le musicien qui, dans
son enfance,s'était exclusivement passionné
pour les contes populaires ou fantastiques
des Haut, Andersen, etc.. et ouvrir un
vaste horizon à sa muse rêveuse, éprise
des S}'mboles. La jeune fée Sauge fleurie
erre au bord d'un lac aux eaux bleues et
tout couA'ert de jonquilles. Le fils du roi,
poursuivant un cerf à travers la forêt.
LE GUIDE MUSICAL
621
aperçoit la fée et s'arrête ébloui à sa vue.
Aimer un homme était un cas de mort pour
Sauge fleurie; elle préfère renoncer à
l'immortalité pour posséder, ne fût-ce qu'un
instant, le cœur d'un prince aussi beau.
Charmante scène d'amour où Sauge fleurie
donne sa vie à son amant, qui bientôt
s'éloigne avec la chasse :
Amour et Mort sont toujours à l'affût,
Ne croyez pas que celle que je pleure
Fut épargnée : elle sécha sur l'heure,
Comme une fleur de sauge qu'elle fut
Il se dégage un charme indéniable de
cette œuvre finement ciselée, travail d'un
poète musicien dans lequel la science des
vieux maîtres est alliée à la richesse de
l'harmonie moderne.
En octobre i885, voit le jour la sympho-
nie en sol (op. 25), pour orchestre et piano,
sur un chant montagnard français, laquelle
fut entendue, en mars 1887, aux Concerts
Lamoureux : le piano était tenu par
M"« Bordes-Pène. Vincent d'Indy a su
habilement tirer parti des ressources que
lui offrait le clavier. La symphonie est
divisée en trois parties, qui ne sont que des
variantes d'un thème transformé à l'infini.
Le cor anglais, dès le début de la première
partie, présente le motif pastoral qui est
développé tour à tour par les divers instru-
ments. Dans la deuxième partie, le piano
prend une plus grande importance et donne
la réplique à l'orchestre où l'on distingue
les rythmes les plus opposés, les combinai-
sons les plus fantaisistes. Des appels de
cor, un solo d'alto plein de tendresse,
esquissent fort bien les scènes de la vie
champêtre. Et, comme apothéose, une ker-
messe aux rythmes plein d'entrain et d'hu-
mour !
Le 3 mai 1887 eut lieu l'unique et superbe
représentation de Lohengrin à l'Eden. Ce
fut Vincent d'Indy que Charles Lamoureux
s'adjoignit pour diriger les études chorales
et la musique de scène. On se souvient
encore de la magistrale exécution de
l'œuvre de Richard Wagner, qui, depuis,
ne fut pas dépassée à l'Opéra.
{A suivre). Hugues Imbert.
REIISrAOH COI^TRE NICOLE
Nous recevons de M. Th. Reinach la lettre
suivante en réponse à la lettre de M. Nicole,
de Genève, que nous avons publiée dans notre
numéro du 22-29 juillet :
Paris, 3o juillet 1894.
Monsieur le Directeur,
On me communique une lettre de M. Nicole au
sujet de VHymne à Apollon, qui a paru dans votre
dernier numéro.
Je ne veux pas abuser de votre hospitalité, sur-
tout en faveur de cet hymne, qui vous a déjà pris
beaucoup de place; mais il me faut cependant
répondre en quelques mots au plaidoyer de l'hono-
rable musicien genevois, plaidoyer qui prend un
peu les allures d'un réquisitoire. M. Nicole com-
mence par affirmer que, tout en ayant reçu de
M. le directeur de l'Ecole d'Athènes communica-
tion de ma transcription, il a pris la peine de
refaire, d'une manière indépendante, la traduction
des notes antiques « d'après un tableau synoptique
qu'il s'était fait de tous les signes d'Alypius n. Je
n'ai pas l'habitude démettre en doute les assertions
d'un confrère, mais M. Nicole me permettra de
croire qu'en opérant sa traduction il a cependant
eu... un peu sous les yeux la mienne : autrement, il
serait bien extraordinaire que sur toutes les ques-
tions controversables, par exemple le choix entre
la pure chroinatique et l'inharmoiiique, l'interpré-
tation des caractères I, K, O, etc., il fût, sans
hésitation, tombé d'accord avec moi. En tout cas,
c'est une coïncidence dont j'ai tout Heu d'être
satisfait, et qui, à défaut d'autre mérite, me laisse
celui de la priorité dans l'exactitude.
En revanche, je laisse bien volontiers à M. Ni-
cole le mérite et même, s'il veut, la gloire d'avoir
eu, le premier, l'idée de briser le rythme certain,
limpide et documentaire de l'hymne grec, en s'ins-
pirant de la manière «dont les pâtres et les
Klephtes chantent dans la montagne». Je ne lui
envie nullement la paternité de ce n récit n incohé-
rent, monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen
ademptum. S'il veut être édifié sur la valeur d'une
tentative de ce genre, je me permets de le ren-
voyer à l'article consacré à ce sujet dans le dernier
numéro de la Berliner Phihlogische Wochenschrift
(26 juillet), par le savant le plus compétent qu'il y
ait en Allemagne sur ces matières depuis la mott
de Westphal, M. Karl von Jan. Il y constatera
que ce juge vraiment autorisé donne à ma trans-
cription une approbation sans réserve qui, venant
après celle de M. Gevaert, me laisse peu d'in-
quiétude pour l'avenir.
622
LE GUIDE MUSICAL
Je ne parle ici que science, et non pas goût, car
«des goûts on ne doit pas disputer»; si donc,
comme l'assure M. Nicole, M. Homolle a « beau-
coup préféré» sa version à la mienne, je ne puis
qu'en féliciter... M. Nicole, tout en m'étonnant que
le directeur de l'Ecole d'Athènes n'ait pas cru
devoir manifester publiquement cette « préférence»
en insérant la version de M. Nicole dans le
Bullttin de l'Ecole d'Athènes, à la suite ou à la
place de la mienne. Il est également certain, puis-
que M. Nicole l'affirme, que des musiciens lui ont
fait demander son travail « à Vienne, à Lille, à
Paris et à Constantinople»; mais là où sa mémoire
commet une petite défaillance, c'est quand il ajoute
qu'à Constantinople «M. Cambin a fait exécuter
sa version avec grand succès ». Au contraire,
lorsque les membres du comité chargé de l'orga-
nisation du concert ont pris connaissance de la
version de M. Nicole, ils l'ont trouvée, à bon
droit, tellement supérieure à la compréhension de
leur public, qu'ils ont (à défaut de l'accompagne-
ment Fauré, non encore gravé) fait écrire par un
compositeur italien, M. Radeglia, un accompagne-
ment très simple et très raisonnable, sous la
mélodie rythmée, complétée et découpée d'après
mes indications.
C'est cet arrangement, et non celui de M. Ni-
cole, qui a été exécuté « avec grand ' succès » à
Constantinople; je dois ajouter qu'en publiant {for
privaU circulation) son travail, M. Radeglia a pris
soin d'inscrire sur la couverture : « transcription
de M. Théodore Reinach»; délicatesse scrupuleuse
qui aurait pu trouver des imitateurs.
Il y aurait encore plusieurs inexactitudes à
relever dans la lettre de M. Nicole, par exemple
lorsqu'il affirme que « dans la version Reinach-Fauré
il ne voit qu'un endroit où un chanteur puisse
respirer : c'est sur un point d'orgue qui tombe au
milieu d'un mot». Ce point d'orgue — dont je n'ai
pas d'ailleurs à prendre la défense — ne s'observe,
bien entendu, que lorsqu'on chante les paroles
françaises, et alors il tombe, non pas au miUeu
d'un mot, mais à la fin d'un vers : «Roi des jeunes
taureaux consume les chairs».
En revanche, M. Nicole, s'il s'en était donné la
peine, aurait pu compter dans notre transcription
— reprise non incluse — vingt et une virgules dites
de respiration, six points d'orgue et quatre grandes
coupures marquées par des doubles barres ou des
silences prolongés : si cela ne suffit pas aux « pâtres
grecs» pour reprendre haleine, c'est que ces
messieurs sont devenus très asthmatiques depuis
mon dernier voyage...
Un dernier mot : M. Nicole me reproche
d'avoir laissé imprimer partout {??) que c'est ma
version et mon (?) accompagnement qu'on a
exécutés à Athènes, comme aussi d'avoir laissé
imprimer «dans les Annales» (??) que j'avais
découvert l'inscription à Delphes, que j'étais
membre de l'Institut, «et bien d'autres encore».
Mais, je vous en prie, quel homme d'étude ou de
plume garderait une heure pour ses travaux
sérieux, s'il prenait la peine de répondre à toutes
les inepties qu'on imprime au sujet de lui ou de
ses publications, et qui, la moitié du temps, ne
parviennent même pas à sa connaissance? Autre
chose est de laisser imprimer des sornettes sans
conséquence et qui ne trompent personne, autre
chose d'imprimer soi-même des assertions volon-
tairement ou involontairement inexactes : je
iregrette que M. Nicole, que je ne connais pas et
qui, en sa qualité de musicien et de philhellène
avait tous les droits à mon estime, se soit laissé
tomber, cette fois, dans cette fâcheuse erreur.
Agréez, Monsieur le Directeur, l'assurance de
mes sentiments très distingués.
Théodore Reinach.
OHENGRiN,tel qu'il est donné à Bayreuth,
est un inoubliable spectacle. Non pas
que rexécution nous ait révélé des
aspects inattendus de l'œuvre, comme le fit,
il y a deux ans, la première exécution du
Tannhœitser sur la scène du théâtre Wagner.
Pour Tannhœiiser, l'exécution de Bayreuth
avait eu, en quelque sorte, le caractère d'une
interprétation nouvelle, quelque chose comme
la restitution intégrale d'un tableau rendu mé-
connaissable par des retouches et des repeints.
Le troisième acte, notamment, joué jusqu'alors
suivant les plus déplorables traditions de
l'opéra était demeuré lettre morte, et il avait
fallu la mise en scène de M"^ Wagner, la belle
ordoirnance de toutes les parties de la repré-
sentation, la compréhension de la portée mo-
rale du poème, pour en faire saillir le caractère
grave, le beau sentiment dramatique et reli-
gieux tout ensemble.
Avec Lohengrin, nous n'avons pas eu de ces
surprises, sauf au dernier acte. Il y a là un
chœur qui suit le grand récit du Graal et une
courte apostrophe de Lohengrin au roi Henri,
lui annonçant la victoire et les grandeurs futu-
res de la patrie allemande, qui, partout suppri-
més sur nos théâtres depuis i852, n'en consti-
tuent pas moins une scène d'une étonnante et
saisissante grandeur. Chose singulière, ce
chœur qu'on ne chante pas, sous le vain prétexte
qu'il fait longueur et qu'il n'ajoute rien au
développement dramatique, a pour effet, au
contraire, d'accentuer le déchirement final et
LE GUIDE MUSICAL
623
d'apporter plus de logique et de clarté dans le
dénouement. Lohengrin résistant aux seules
prières d'Eisa semble infliger à celle-ci une
peine cruelle et disproportionnée avec la faute.
Lorsque le chevalier au cygne reste sourd aux
supplications du peuple tout entier, à celles da
Roi, à celles d'Eisa et de ses suivantes, o.i
comprend mieux qu'il obéit à la loi suprême
du Graal, on sent plus poignante la douleur de
la séparation et la grandeur du sacrifice. Enfin
l'apparition du jeune duc Godefroid, ne répon-
dant à aucune nécessité dramatique quand
ce chœur est coupé, paraît non seulement
logique, mais devient le véritable dénouement
du drame.
Ce qui est tout à fait hors de pair, dans l'exé-
cution de ce finale, c'est l'art avec lequel tout
le personnel en scène participe à l'action. Eisa,
affaissée, entourée de ses femmes, a des atti-
tudes exquises de madone au pied de la croix,
et le groupe des suivantes rangées autour d'elle,
les unes agenouillées, les autres penchées,
toutes mêlées activement à la douleur de leur
maîtresse, restitue une vision animée des
admirables compositions des maîtres italiens.
On dirait une mise au tombeau du Titien, ou
une scène biblique de Mazzolino. Lohengrin,
dans le fond de la scène, priant agenouillé,
évoque l'idée de quelque saint Toma de Mutina
perdu dans l'ardente extase de la foi opérante,
tandis que, de l'autre côté, Ortrude, surgissant
des frondaisons de la forêt et se confondant en
quelque sorte avec le tronc du chêne où elle
s'appuie, symbolise d'une façon saisiss.-^nte le
paganisme druidique terrassé par la . religion
nouvelle.
Ainsi les réalisations scéniques de Bayreuth,
intimement inspirées des idées poétiques et
philosophiques du maître, élargissent le cadre
de l'action et suggèrent de lointaines excursions
de la pensée. Il faut rendre hommage à qui le
mérite pour ces remarquables interprétations.
Mais s'il est difficile de distinguer en cette
matière; de dire ce qui revient à chacun, à
Mme Wagner, à Félix Mottl, à Hermann Levi,
à M. Kniese, aux remarquables chanteurs, aux
décorateurs, dans l'œuvre commune, une men-
tion spéciale est due cependant au jeune Sieg-
fried Wagner pour la composition de ce tableau
final, qui est son œuvre propre. C'est lui qui en
a esquissé, au crayon et à l'aquarelle, les évolu-
tions mouvementées et colorées, et, pour ses
débuts dans l'art du régisseur, il s'est signalé
par un coup de maître.
S'il me fallait noter toutes les particularités
intéressantes de cette rénovation de l'ouvrage
le plus joué et le plus populaire de Wagner,
j'aurais fort à faire. Il n'y aurait, pour ainsi
dire, pas une scène qui ne donnât lieu à des
observations où la vulgarité et la navrante pla-
titude de nos exécutions ordinaires devraient
être nécessairement mises en relief. Mais on a
déjà dit, ici même, l'art vraiment surprenant avec
lequel manœuvrent les masses, et mon éminent
confrère Charles Tardieu, dans l'intéressante
lettre adressée par lui de Bayreuth à V Indépen-
dance belge (i), a finement analysé les jeux de
scène expressifs et caractéristiques de cette in-
terprétation bayreuthoise. Je tomberais fatale-
ment dans les redites, si je voulais, à mon tour,
m'arrêter aux détails nouveaux ou curieux,
dignes d'attention : la distinction, ingénieuse-
ment établie par le costume, les armes, par la
coloration et la coupe des cheveux, entre les
différentes peuplades accourues à l'appel du
bon roi Henri l'Oiseleur; la saisissante façon
dont les suivantes d'Eisa se mêlent à la prière
de celle-ci; les évolutions extraordinairement
animées de la masse des choristes à l'approche
du chevalier miraculeux ; la dramatique appa-
rition de Telramund et d'Ortrude, au milieu de
la marche du sacre ; l'adorable défilé des com-
pagnes d'Eisa dans la chambre nuptiale ; l'inti-
mité charmante donnée à la scène d'amour par
l'ingénieuse disposition du décor; la grande
allure imprimée à la réunion des guerriers et
des gens du peuple à l'appel des hérauts
d'armes, etc., etc. Tout cela forme un ensemble
parfaitement ordonné, soulignant d'un geste
général remarquablement juste les grandes
pages du drame. On se demande par quel pro-
dige d'incompréhension, tant de directeurs, de
régisseurs et de chefs d'orchestre ont pu passer
depuis un demi-siècle à côté de la vérité enfin
apparue ici dans sa rayonnante splendeur.
Ce serait, sans doute, exagérer que de pré-
tendre qu'en aucune de ses parties Lohengrin
n'a jamais été bien rendu ailleurs. Le décor du
premier acte, les mouvements de masses, la
belle sonorité des chœurs, enfin la perfection
du rendu orchestral, lors de la première exécu-
tion de l'ouvrage à Paris (à l'Eden-Théâtre),
sous la direction de Lamoureux, n'étaient pas
inférieurs à ce que je viens d'avoir ici; mais il y
avait des taches, des insuffisances en beaucoup
de points. L'Eisa de M^e Nordica ne m'a pas
fait oublier la pénétrante héroïne de M^^Caron,
si dramatique au second acte et si pathétique
au troisième, ni le Frédéric de M. Popovici,
l'interprétation très énergique du même per-
(i) Numéro du 29 juillet 1894. Supplément littéraire.
624
LE GUIDE MUSICAL
sonnage par Maurice Renaud, lors de la pre-
mière à l'Opéra, en 1892.
Ce qui est unique à Bayreuth, c'est la par-
faite concordance des parties, le parallélisme
absolu de l'interprétation vocale, orchestrale et
scénique, si bien qu'un détail manqué se perd
dans le charme idéal du tout. Telle faute qui
vous avait choqué au moment même s'efface
dans le recul de la mémoire, pour faire place à
la vision enchanteresse d'une série de tableaux
merveilleusement composés. Ainsi, je n'ai plus
souvenance des quelques gestes maladroits de
]y[me Nordica, de son inexpérience à se servir
de ses mains et de ses bras battant l'air inutile-
ment ; ni des attitudes parfois exagérées de
iy[me Brema, qui vont jusqu'à l'extrême limite de
la distinction dans la grande scène du deuxième
acte. Il est vrai qu'elle incarne le personnage
odieux de la pièce, das fier chter licite ÏVeib,
l'eÊfroyable femme, comme l'appelle Wagner.
Mais si, dans sa fureur très osée, la querelle des
deux femmes suggère de loin des comparai-
sons fâcheuses avec la fameuse querelle de
la Fille de M"^ Angot, le regard ne conserve,
à distance, que le souvenir des énergies
farouches d'Ortrude s'opposant avec un relief
saisissant à la piété secourable d'Eisa, et des
magnifiques tableaux qui se déroulent l'un après
l'autre à partir de l'arrivée de Lohengrin.
Les deux artistes nouvelles que M™'= Wag-
ner a su attacher à son théâtre ont d'ailleurs
apporté un nouvel élément d'intérêt à l'œuvre
de Bayreuth. M'^ Nordica est une cantatrice
de beaucoup de distinction et de goût. La voix
n'a pas un timbre très brillant, et, par là même,
l'artiste paraît un peu froide ; il semble qu'il
manque à son chant la flamme intérieure, la
vibration qui trouble et pénètre; mais elle a
dans la voix des douceurs très caressantes, de
fines nuances, une mezza-voce particulière-
ment charmante dans la scène du balcon et, au
premier acte, dans la scène d'entrée.
]y[me Brema, qui est une Anglaise d'origine
allemande, a plus de tempérament, et il se
pourrait qu'il en sortît une artiste remarquable.
La voix est belle, elle a de l'éclat, de la sou-
plesse, du timbre, de l'énergie, et la vaillance
un peu désordonnée avec laquelle elle a sup-
porté le rôle écrasant d'Ortrude sans une
faiblesse, sans une hésitation jusqu'à la fin,
prouve les qualités exceptionnelles de cette
artiste. Reste à savoir s'il y a en elle une
individualité. Après Lohengrin, je l'ai revue
dans la Kundry de Parsi/al, où elle m'a paru
tout à fait remarquable, alliant un grand
charme de diction, d'attitudes et de voix dans
les scènes de séduction ou de repentir, à une
fureur énergique à plaisir et farouche sans
excès dans les scènes véhémentes.
Mais que vous parlé-je des interprètes isolés?
Qu'il s'agît de Lohengrin ou de Parsifal, il
faudrait naturellement nommer avant tout
Van Dyck, l'unique, l'incomparable, que j'ai eu
le « rare » bonheur de voir dans le chevalier au
cygne, et la malechance de ne pas entendre,
cette fois, dans Parsifal. Son interprétation
de Lohengrin, déjà si dramatique et si variée
à Paris et à Bruxelles, s'est encore affinée et
complétée ici, et, dans le cadre merveilleux que
lui fait son entourage, il est véritablement le
personnage surnaturel dont la venue miracu-
leuse suscite un drame si poignant. Le malheur
de M. Van Dyck, c'est qu'il rend tous les
autres ténors impossibles. Par le charme de la
voix, la clarté de la diction, la noblesse du
geste, l'ampleur et la justesse musicale du style,
par toutes ses qualités de chanteur et de comé-
dien, il leur est si supérieur qu'on éprouve un
sentiment pénible dès que paraît un Griining
(Tannhœuser) ou un Birrenkoven (Parsifal).
Ce dernier a une jolie voix, une vraie voix
de ténor, chose rare en Allemagne ; il chante
juste et joue consciencieusement. Mais il lui
manque ce quelque chose qui est indéfinissable
et qui fait le don souverain. Il peut nous satis-
faire, mais il ne nous saisit pas, comme l'autre.
Et puis, il est vraiment trop pot-à-tabac, qu'il
porte le costume du jeune fol courant les bois
l'arc à la main, ou l'armure du chevalier noir.
Dans la grande scène finale du Graal, quand
il promène la lance sacrée sur l'assemblée, il a
l'air de courir après un papillon ; il ne manque
vraiment à son épieu que le petit sac de gaze !
Non, voyez -vous, c'est très bien par moments,
mais ce n'est pas ça.
Me voilà discutant les détails d'exécution,
les mérites et les démérites particuliers de l'un
ou l'autre interprète, comme s'il s'agissait d'une
représentation en un théâtre quelconque ! J'ai
tort, je le reconnais, car à Bayreuth, c'est l'en-
semble qui importe et qui demeure la chose
essentielle. Et à ce point de vue, on n'a pas
tort, assurément, de chercher à attirer de nou-
velles forces jeunes au théâtre de Wagner; seu-
lement il y aurait quelque danger si l'on
continuait à vouloir y faire prédominer les pires
méthodes allemandes de déclamation et de
chant. J'ai entendu, à ce sujet, énoncer des
théories qui auraient fait bondir Wagner, car il
fut de tout temps l'adversaire de cette école de
vocalistes qui chantent dans leur barbe et se
comportent en scène avec la gravité solennelle
LE GUIDE MUSICAL
625
de professeurs d'université. On vous explique
que l'allemand est une langue pauvre en
voyelles et forte surtout par ses consonnes.
Conclusion, on ne fait plus entendre les voyelles
et l'on fait sonner seulement les consonnes !
Cela fait à la scène une langue sifflante et péta-
radante du plus désagréable effet.
Et puis l'on recommande maintenant aux
chanteurs et acteurs d'éviter « l'effet théâtral » ,
d'être iniiig, intimes, e'est-à-dire pénétrés du
sentiment qu'ils ont à exprimer. Comme résul-
tat, cela nous a donné, dans Tannhœuser, un
Landgrave qui chantait pour son nombril et
dont le geste allait du sein droit au sein gauche.
Van Dyck, l'excellent Reichmann, la Nordica,
la Brema, tous sont trop theatralisch au gré
de certains esthéticiens des bords du Mein
rouge. On leur reproche de jouer trop en
dehors; il faudrait qu'ils jouent en dedans.
Etrange aberration ! Où veut-on que le chan-
teur soit en dehors, qu'il soit théâtral, si ce
n'est justement à la scène ! Ah ! la belle géné-
ration de chanteurs et de comédiens qu'on va
nous faire avec ce système de la lunigkeit
actuellement en honneur! En peu de temps,
on en sera revenu à cette école de l'abstinence,
la Enthalsamkeits-schule, si justement et si éner-
giquement combattiie et raillée par Wagner de
son vivant. Ce n'est pas lui, ah! certes non,
qui se fût contenté des chanteurs qu'on nous a
fait entendre dans le Tannhœuser, tous stylés
suivant la nouvelle méthode, tous innig, tous
(( en dedans » et absolument insupportables,
cela va sans dire. Ce n'est pas du temps de
Wagner, du temps des Materna, des Betz, des
Niemann, des Cari Hill, de tous les grands
protagonistes de V Anneau du Nibelung qu'on
les eût supportés et prônés.
Nous voilà loin de Lohengrin et de Parsifal !
Sans doute; mais il est impossible de parler
des représentations de cette année sans toucher
aux questions qui ont été agitées à propos
d'elles et qui ont exercé une influence, selon
moi, fâcheuse sur la tenue générale. Des repré-
sentations du Tannhœuser, comme celle à
laquelle j'ai assisté le 6 août, ne sont pas dignes
du lieu. L'enthousiasme des bons Allemands
de province que la mise en scène éblouit ne
doit pas faire naître des illusions sur les
impressions pénibles éprouvées par la grande
majorité du public lettré et cultivé qui se trou-
vait réuni à cette représentation. Sans la
radieuse beauté du troisième acte, d'un si
profond sentiment poétique et religieux, elle se
fûtprobablenient terminée plus que froidement.
Même l'orchestre a semblé à plusieurs riîoins
irréprochable que d'habitude sous la direction
du jeune Strauss. Sans parler de la sonorité
souvent vulgaire des cuivres, de la pauvreté
des bois et particulièrement du hautbois et de
la clarinette, qui semblent demander l'aumône,
il s'est produit des hésitations dans la Baccha-
nale et dans le grand ensemble du deuxième
acte. Les deux autres jours, sous Mottl et Levi,
le groupe instrumental a été, en revanche,
incomparable, à son ordinaire. Quel ensemble,
quelle souplesse et quelle fermeté de rythme !
Quelle vaillance dans les traits les plus difficiles
au quatuor, quelle sûreté d'attaque, quelle
puissance dans les forte, quelle suavité dans les
piano ! La critique perd ses droits ici ; elle n'a
vraiment qu'à s'incliner, en humble admiratrice
devant le souci d'art qui est la souveraine
préoccupation du lieu, et dans lequel la piété
artistique de M™^ Cosima Wagner est géniale-
ment secondée par la maîtrise de collaborateurs
tels que Félix Mottl et Hermann Levi. A ce
point de vue, il n'y a pas, en Europe, une insti-
tution qui se puisse comparer à celle-ci. Depuis
deux ans, M™e Wagner et son fris ont travaillé
sans relâche, sans un jour de repos, à la resti-
titution de Lohengrin dans son intégralité
esthétique, dramatique et musicale, qui aura
été l'honneur et la gloire de la saison de 1894.
Un fait topique, à cet égard, c'est que M^^s Nor-
dica et Brema ont passé deux bons mois à
Bayreuth, étudiant leurs rôles scène par scène,
sous l'œil de M^e Wagner, réglant leurs atti-
tudes, leurs gestes et leur diction d'après les
indications de cette femme supérieure, artiste
autant par les grands souvenirs de sa vie que
par l'élévation de son esprit. Déjà elle est à
l'œuvre pour la reprise de VA nnean du Nibe-
lung, qui aura lieu dans deux ans, en manière
de commémoration de l'inauguration solennelle
du théâtre de Bayreuth en 1876. Tout est à
reconstituer, décors, costumes, mise en scène,
exécution vocale. Quel travail! On est présen-
tement à la recherche d'une Brunnhilde et d'un
Wotan. Avis à celles et à ceux qui se croiraient
de taille à affronter ces deux rôles.
En voyant la somme énorme de travail, le
concours de talents et d'efforts mis à contribu-
tion en vue de ces exécudons de Bayreuth, on
serait presque tenté de montrer quelque indul-
gence aux directeurs de théâtres ordinaires qui
n'ont pas le loisir de se consacrer, en tous sens,
eux et leur personnel, à une préparation aussi
minutieuse. Mais le reproche qui le touche, c'est
l'indifférence qu'ils manifestent au regard de
' tous ces problèmes de mise en scène et d'inter-
prétation musicale et dramatique que le théâtre
626
LE GUIDE MUSICAL
de Bayreuth résout d'une façon triomphale, et
l'on pourrait presque dire avec tant d'aisance.
S'ils ne trouvent rien, l'explication est bien
simple : c'est qu'ils ne cherchent pas. Tout est
exécuté à la « va comme je te pousse ! » Il suffi-
rait de vouloir, pour aboutir à de tout autres
résultats.
En passant par Munich, j'ai entendu Tristan
et Iseult, qui inaugurait ici le cycle des repré-
sentations wagnériennes annoncé à grand ren-
fort de réclame dans le monde entier. Il paraît
que M. Possart, — qui est à la fois, à lui seul,
le Stoumon et le Calabresi de Munich, — a le
ferme propos de « couler Bayreuth » . C'est
l'idée artistique qui a présidé à l'organisation
de cette série de spectacles. Je crois que
M. Possart se fait des illusions. Pour arriver à
ses fins, il lui faudrait une compréhension
esthétique et, en général, une connaissance de
l'œuvre wagnérien qu'il ne semble pas posséder.
Ancien comédien, il n'a pas un suffisant mépris
de la routine théâtrale pour marcher résolu-
ment dans les voies nouvelles et donner aux
représentationp qu'il dirige le sens supérieur
qu'elles devraient avoir. Certes, l'exécution de
Tristan à Munich était incomparablement par-
faite auprès de celle que nous avons vue, cette
année, au théâtre de la Monnaie, mais combien
loin encore de l'exécution à Bayreuth ! M'^'^ Mo-
ran-Olden chantait Iseult. Voix puissante, mais
interprétation vulgaire, et sans véritable poésie.
Brangaine, c'était la charmante Staudigl, main-
tenant attachée à l'Opéra de Berlin; Tristan :
le bêlant Gudehus. Ni lui, ni Iseult ne parve-
naient à s'abstraire du public et à n'être sur la
scène que pour l'œuvre.
C'est et ce restera là le défaut fondamental
et irrémédiable de toutes les exécutions ^à
Munich. La seule chose vraiment parfaite, c'a
été l'orchestre, sous la direction de Levi.
L'excellent flûtiste Léonard et le bon ténor
Demest, qui assistaient avec moi à la représen-
tation,n'en revenaient pas des découvertes qu'ils
faisaient à tout moment dans la partition, grâce
à la magistrale direction de Levi ; et, tous trois,
nous avons regretté, - mais là très sincère-
ment, — que M. Philippe Flon, chef d'or-
chestre cher à M. Bruneau et à Catulle Men-
dès, ne fût point là pour s'orienter dans cette
œuvre demeurée jusqu'ici pour lui à l'état de
continent noir insuffisamment exploré.
Maurice Kufferath.
AVIS
Notre directeur s'absentant pendant le mois
d'août, nous prions nos correspondants de Belgique
et de l'étranger de vouloir adresser, du 1='' au
3i août, leurs lettres et correspondances à M. Nel-
son Le Kime, secrétaire du GUIDE MUSICAL,
12, rue du Marteau, à Bruxelles.
PARIS
La prochaine saison de l'Opéra-Comique
s'annonce bien : d'abord, reprise de Paul et
Virginie, un four de Victor Massé; ensuite,
en fait de nouveautés, la Vivandière de
M. B. Godard, Guernica de M. Vidal, Ninon
de M. Missa, puis un opéra de M. Dubois, un
autre de M. Leroux, un troisième de M. Ser-
pette ; les titres de ces trois dernières œuvres ne
sont pas encore connus. Voilà le programme,
le manifeste, la profession de foi de M. Car-
valho. Net et clair; les réformes promises, les
abus réprimés, le char éminemment national
dans la voie du pjogrès. Parions pourtant que
M. Carvalho, dans sa course fantastique, arrê-
tera d'un frein inexorable sont ramway solen-
nel aux gares somnolentes des Dragons tradi-
tionnels, de l'idoine Fille du régiment, de
l'utile Zampa, des nécessaires Diamants, du
Domino indispensable et, qui sait, de la Dame
blanche et congruente.
Le gouvernement a chargé M. A. Bernheim,
commissaire près les théâtres nationaux, de
suivre les représentations de Bayreuth. Signe
des, temps; on se doute, en haut lieu, que si
l'on v'eut conserver intacte la suprématie de
Paris', en ■ fait de « cuisine théâtrale » , il faut
eiriprunter à l'étranger ce qu'il y a de bon plu-
tôt que de le méconnaître ou le dénier. De retour
de Bayreuth, M. Bernheim, dont on ne connaît
pas encore les impressions rapportées, a dû se
rendre aux fêtes d'Orange. Il aura pu constater
que la partie musicale de ces fêtes si bruyam-
ment lancées n'était pas à la hauteur du reste.
Nous ne mettons nullement en cause la valeur
de l'œuvre de M. Saint-Saëns, ni le talent de
M'i'î Bréval, ni des chœurs et orchestre de la
Comédie-Française. Ce qui aura plus directe-
ment intéressé M. le commissaire du gouver-
nement, retour de Bayreuth, c'est, — nous
citons un journal pourtant bien disposé :
(( Les musiciens, mal installés dans un corn, a
LE GUIDE MUSICAL
627
gauche, sous un arbre poussé là au hasard, et
aux branches duquel étaient accrochés quelques
misérables quinquets, avaient l'air d'un or-
chestre de café chantant improvisé. Cela pro-
duisait un singulier effet, et point du tout
avantageux au point de vue de l'aspect géné-
ral. ))
Et dire que les organisateurs, dont le même
confrère constate n l'ignorance complète des
conditions matérielles de fonctionnement d'un
théâtre «, ne prétendaient rien moins, comme
nous le rapportions dans notre dernier numéro,
que à' élever autel contre autel!
Jusqu'à présent, il est assez mal meublé, votre
hôtel.
Elle a eu lieu la distribution des prix du
Conservatoire ; bien ordonnée comme un finale
d'opéra. Le ministre a congratulé tout le
monde, a célébré la supériorité de l'établisse-
ment sur tous les autres, régionaux ou étran-
gers. « Pour la tragédie et la comédie, nous
n'avons de pairs nulle part en Europe; pour
les classes d'instrumeuts (alto surtout!) et de
chant (pose de la voix, sans doute?), nous
l'emportons sur tous nos rivaux. » C'est con-
venu, nul n'aura de talent que nous et nos
amis. Outre les clichés, le cube de la rue
Bergère (il pleut, il pleut), conserve aussi des
illusions. Le ministre fait allusion ensuite à la
millième de Mignon et à la centième à'Hamlet
(juste dix pour cent). M. Thomas, ému, l'em-
brasse. Puis on décore M. Saint-Saëns, qui
n'appartient pas au Conservatoire. Emu quand
même, M. Thomas l'embrasse comme il avait
embrassé naguère feu M. Carnot, qui provenait
plutôt de l'Ecole polytechnique. M. Thomas
détient, croyons-nous, le record du monde
pour les baisers illustres. C'est beaucoup d'émo
tions à son grand âge. On dit heureusement
M. Casimir moins accessible aux scènes d'at-
tendrissement.
Quant aux réformes et modifications à
apporter à l'organisation du Conservatoire (le
soleil a bien des taches), M. -le ministre a pro-
mis d'y apporter tous ses soins, du moment que
cela ne nécessiterait pas de nouveaux crédits.
Et, dès à présent, on a pris une mesure radi-
cale : les professeurs devront se retirer de l'en-
seignement à l'âge de soixante-dix ans révolus.
Quoi ! comme des généraux alors. Encore,
contre ceux-ci peut-on arguer de leur inapti-
tude aux exercices corporels. Mais les profes-
seurs ne sont à cheval que sur les principes,
lesquels, comme on sait, sont élastiques et con-
fortables. A tout âge, on enfourche Pégase et
chevauche la Chimère. On voit que M. le
ministre est jeune. Le respect s'en va. Que
devient la déférence due aux anciens, aux vieux
savants, aux hommes qui ont connu Panseron
et Castil-Blaze, à ceux qui ont beaucoup vu,
beaucoup lu, beaucoup retenu (et rien compris)?
Que deviennent les situations consacrées ? Et
l'expérience acquise ?
Il est vrai souvent que, quand on est bête
depuis très longtemps, cela s'appelle : avoir de
l'expérience. M. R.
Voici quelques extraits du règlement que
vient d'édicter la Sacrée Congrégation des
Rites, concernant la musique d'église. Ce règle-
ment est spécialement adressé aux évêques
italiens, mais on sait que les abus qu'on veut
réprimer sont quasi généraux.
Art. 5. « Une composition, quoique parfaite,
peut devenir inconvenante, par suite d'une
mauvaise exécution; si on n'est pas sûr de
l'exécuter d'une façon édifiante, il faut la rem-
placer dans la liturgie par le chant grégorien».
Cela ne veut pas dire, espérons-le, que le plain-
cl ant puisse continuer à être lourdement
braillé comme à présent.
Art. 6. « La musique figurée pour orgue doit
se conformer à la nature de cet instrument, et
avoir une marche liée et grave. » Avis aux
Offertoires bêlants, aux Communions trémoli-
santes.
Art. 12. « Défense de jouer des morceaux de
fantaisie sur l'orgue, à quiconque ne sait le
faire convenablement, afin de sauvegarder les
règles de l'art et aussi le recueillement et la
piété des fidèles. » Vous entendez, joueurs
d'orgues dont les gestes arrondis aspirent à la
manivelle.
Art. g. « Est absolument prohibée dans
l'église toute musique profane, surtout si elle
s'inspire des motifs et des réminiscences de
théâtre. »
Art. lo et II. « Défense d'omettre la moindre
parole liturgique dans les chants et défense de
partager en morceaux détachés les versets qui
sont liés entre eux, défense de transposer les
textes ou de faire d'indiscrètes répétitions de
mots. »
Un second règlement d'ordre intérieur invite
les évêques à « surveiller grandement les curés
et recteurs d'églises, afin qu'on ne permette pas
d'exécutions musicales contraires aux présentes
instructions, en recourant, au besoin, aux
peines canoniques contre les désobéissants. »
628
LE GUIDE MUSICAL
D'autre part, l'édition de Ratisbonne est
maintenue et recommandée.
Latitude est pourtant laissée aux évêques
d'employer d'autres livres de chants sacrés,
pourvu qu'ils soient approuvés de la Congré-
gation.
Enfin, une classe d'alto va être créée au
Conservatoire de Paris. M. Laforge en sera
titulaire.
M. Melchissédec, ancien artiste de l'Opéra,
dirigera une classe supplémentaire d'opéra.
•f
MM. Léon Duprez et Masson sont nommés
professeurs de chant au Conservatoire. M Bar-
bot prend sa retraite.
Signalons deux nouvelles promotion et
nomination dans l'ordre de la Légion d'hon-
neur :
Officier : M. E. Réty, chef du secrétariat du
Conservatoire national de musique et de décla-
mation.
Chevalier : M. René de Boisdeffre, composi-
teur.
Félicitations.
L'Académie de musique de Toulouse ouvre aux
compositeurs français, pour l'exercice iSgS, un
concours de composition musicale dont voici le
programme :
1° Chœur à quatre voix d'hommes ; 2° sonate
pour piano et violon, allegro, andante et finale ;
3° mélodie à écrire sur la poésie les Quatre Saisons,
couronnée premier prix en 1S94 "> 4° morceau de
concert pour harpe et violoncelle.
L'Académie ne tiendra pas compte des ouvrages
qui ne répondront pas aux conditions de ce
programme.
Les manuscrits devront être envoyés franco,
jusqu'au 3i mars inclus, 73, rue de la Pomme, à
Toulouse, à l'adresse du secrétaire général de
l'Académie.
BRUXELLES
i 'ouverture de la saison au théâtre de
la Monnaie est proche : on l'annonce
pour le I':'" septembre. Récapitulons
et complétons les renseignements déjà donnés
sur la composition de la troupe et sur le pro-
gramme que MM.Stoumon et Calabresi se sont
tracé pour cette année, la dernière, a-t-on dit,
de leur campagne directoriale. Une année
qu'ils s'efforceront sans doute, s'il en est ainsi,
de rendre brillante, leur désir devant être d'em-
porter dans leur retraite les regrets du public
bruxellois et d'effacer les souvenirs peu favo-
rables qu'a laissés la morne et vide saison
1893-94; à moins cependant que, s'inspirant
de mobiles moins louables mais plus intéressés,
ils ne se préoccupent, avant tout, de rendre,
cette dernière année, d'exploitation fructueuse
au point de vue financier, en vivant de reprises
et d'économies.
Un bon nombre des artistes de la saison
passée ne nous reviennent pas. Parmi eux, il
en est dont le départ ne causera pas de bien
vifs regrets, à côté d'autres que l'on eût été
heureux de retrouver : telle M^^^ Wolf, dont
on suivait les progrès sans cesse croissants avec
un réel intérêt.
Voici les artistes qui nous restent : M™«s Ta-
nésy, Armand, Lejeune, Hendrikx et Legé-
nisel, MM. Cossira, Isouard, Seguin, Ghasne,
Dinard, Gilibert et Danlée. Tous ne seront pas
revus avec un égal plaisir, mais dans le nombre
il en est que l'on a fort bien fait de réengager,
M. Seguin surtout, dont on nous avait im
moment fait craindre le départ.
Les artistes nouvellement engagés sont :
1VIII2 Simonnet, qui fit, l'an dernier, sur la scène
de la Monnaie, quelques apparitions bien
accueillies ; M^^ Cossira, qui partagera avec
M™^ Armand le répertoire des rôles de contralto;
M'ie de Roskilde, la créatrice de Sainte-Freya
au théâtre des Galeries, appelée à remplir les rôles
de Galli-Marié; W^^ Bolle, une des lauréates
de cette année au Conservatoire, qui rempla-
cera M"!^ de Léga. Enfin, il est question de
l'engagement d'une artiste d'origine polonaise
pour l'emploi de première chanteuse légère
d'opéra-comique.
Du côté des homm.es, MM. Casset, de Gand,
et Bonnard, d'Anvers, sont engagés respective-
ment comme ténors d'opéra et d'opéra-comique,
en remplacement de MM. Massart et Lepres-
tre; M. Beyle succède à M. Key comme second
baryton d'opéra; M. Sentein, qui fut de la
première année de la direction Stoumon et
Calabresi (deuxième manière), nous revient
en qualité de basse-chantante.
Dans le personnel de la danse, il faut signaler
le réengagement de M"^ Riccio comme pre-
mière danseuse, et le départ de M"= Rivolta,
la danseuse de demi-caractère, qui n'est pas
encore remplacée et qui le sera difficilement
avec avantage.
LE GUIDE MUSICAL
629
Quant au répertoire de la prochaine saison,
MM. Stoumon et Calabresi se proposent de
monter Samson et Daïila de Saint-Saëns
(enfin!), VEnfancede Rolajid d'Emile Mathieu,
le Luthier de Crémone de Jeno Hubay, déjà
annoncé deux saisons consécutives, / Pagliaci
de Leoncavallo, donné il y a quelques mois en
traduction française au théâtre de La Haye.//
est question aussi de Thaïs, du Portrait de
Manon, de la Navarraise, les trois dernières
« productions » de Massenet; de Hulda, de
César Franck; de Z)7a;7»7e/;,unactedeBizet...,
et Von parle de reprendre la Walkyrie et les
Maîtres Chanteurs, indépendamment de la
reprise de Tristan et Iseult, certaine celle-ci
et annoncée pour le premier mois de la saison.
Voilà des promesses bien nombreuses, mais
diversenient alléchantes.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — Le féminisme musical
s'accentue dans les Pays-Bas; nous avions
déjà M"" Catherine Van Rennes, à Utrecht, qui
compose des Lieder, lesquels sont fort populaires
dans sa patrie : voici une autre demoiselle néerlan-
daise, M"'' Cornélie van Ojsterzee, qui, api es avoir
fini ses études à Berlin, a fait exécuter, par l'or-
chestre Philharmonique, à Scheveningue,une ou-
verture à grand orchestre pourun chœur allemand :
Yolanthe, de Hertz, que l'on va représenter à
Amsterdam pour l'ouverture du nouveau Théâtre
communal. T^a salle du Kurhaus était tapissée
d'amis et connaissances, qui ont fait une ovation
au futur maestro féminin, et, ma foi! si c'est
M"'' van Oosterzee elle-même qui a orchestré sa
partition (avec les compositeurs du sexe faible on
n'est jamais bien certain), sa première tentative a
du mérite. Noiis sommes déjà sérieusement
éprouvés par le dilettantisme musical en Hollande
et voilà que Varisfocraiie commence, hélas ! à. s^ en
mêler aussi. Pour fêter dignement la dixième
année d'existence de l'orchestre Philharmonique
de Berlin à Scheveningue,la direction du Kurhaus
avait organisé un festival de musique de trois
soirées, et la première, consacrée aux œuvres de
Schumann, a été dirigée par le baron van Zuylen
van Nyevelt, un millionnaire appartenant à une
famille de la plus haute aristocratie, qui a voulu
sans doute se payer le luxe de faire concurrence
au professeur Mannstàdt,qui a consenti à s'effacer
modestement, en se produisant comme simple
pianiste à ce même concert. Il était à prévoir que
toute la noblesse, tout le corps diplomatique de La
Haye se donneraient le plaisir d'acclamerle baron,
et la direction du Kurhaus a eu le bon esprit d'en
profiter, en faisant une recette monstre.
Au surplus, le festival jubilaire de Scheveningue
n'a pas tout à fait répondu à l'attente. Des trois
concerts : Beethoven, Schumann, Wagner, c'est le
dernier, donné avec le concours de M"» Thérèse
Malten, de Dresde, qui a obtenu le plus grand
succès et qui avait attiré le plus nombreux audi-
toire. La chanteuse wagnérienne, dont l'intonation
n'est pas toujours d'une pureté absolue, mais dont
le récit et la déclamation sont superbes, a été
accueillie avec enthousiasme.
Au concert Beethoven, le violoniste Heerman,
de Francfort, a eu son succès habituel. La musique
militaire allemande, qu'on avait fait venir de
Munster pourf jouer sur la terrasse de Schevenin-
gue, est de beaucoup inférieure à celle de la
chapelle des grenadiers et chasseurs de La Haye
et a pu parvenir à peine à un succès d'estime.
A un des derniers concerts du Kurhaus, l'or-
chestre Philharmonique a joué l'ouverture de la
Fiancée vendue de Smetana et la musique de ballet
des Ahencérages de Cherubini, deux nouveautés
que nous avons écoutées avec le plus grand
intérêt.
L'Opéra néerlandais, dirigé par M. Vander
Linden, va ouvrir par Rienzi, de Wagner, au nou-
veau Théâtre communal ; le nouveau directeur
paraît prendre sa tâche difficile au sérieux et
déploie autant de zèle que d'activité. Les répéti-
titions des chœurs se poursuivent avec une
conscience et une finesse de détails inconnues dans
les annales théâtrales d'Amsterdam et donnent
déjà préalablement, paraît-il, d'excellents résultats.
Messchaert vient de donner sa démission de
professeur de chant au Conservatoire d'Amster-
dam, ses engagements à l'étranger ne lui permet-
tant plus de remplir ces fonctions. Il sera remplacé
par M"*" Cornélie van Zanten, une élève de
M™" Wilhelmy, de Wiesbaden, et une protégée de
M. Daniel de Lange.
Un marchand d'autographes, à Dresde, qu'on
dit Néerlandais de naissance, vient d'acquérir )a
précieuse esquisse avec le texte de la partition
manuscrite du Tannhieuser de Richard Wagner.
L'orchestration est indiquée, et, par-ci, par-là, on
trouve aussi l'indication de la date où les scènes
différentes ont été achevées ; par exemple, à la
scène première se trouve « Dresde, novem-
bre 1843 II. Le manuscrit contient les deux finales
différents avec la date de l'achèvement de chaque
finale. Ed. de H.
630
LE GUIDE MUSICAL
ANVERS. — Festival de musique russe à
l'Exposition.
M. Winogradsky est de ces musiciens qui suivent
les traces des Richter, Mottl, Levi, ces chefs d'or-
chestre devenus tj'piques. Sa façon de conduire
est à tel point imagée que le public même suit
avec un intérêt croissant les diverses situations
musicales. Dès lors, il n'est pas étonnant que nos
musiciens se soient sentis entraîné?, subjugués par
le bâton de magicien que manie avec une élégance
rare M. Winogradsky.
L'orchestre s'est surpassé; jamais il n'a été plus
clair, plus entraînant! Aussi le succès a-t-il été
énorme ; surtout pour la symphonie de Tschaï-
kowsky, qui a été enlevée avec une verve éton-
nante et dont M. Winogradsky nous a donné une
interprétation vraiment émouvante.
Sadko, le tableau musical de Rimsky-Korsakow,
a surpris par ses effets d'orchestre extraordinaire-
ment réalistes. On sent que le compositeur est
passé maître dans l'art de dépeindre musicalement
les situations les plus diverses. Les mêmes quali-
tés se retrouvent dans un charmant morceau de
Moussorgsky, Un lever de soleil à Moscou.
Quant à César Cui, il pâlit singulièrement à côté
des compositeurs déjà cités. La sentimentalité
énervante des Massenet et des Mascagni ne lui
est point étrangère. L'entr'acle de son opéra iîfl^
cliffse ressent de cette influence.
On a généralement peu goûté l'art de phraser du
ténor, M. Warmbrodt. Voix claire et juste, mais
d'une sécheresse extraordinaire. Est-ce la voix qui
manque de souplesse, ou bien l'artiste qui ne pos-
sède pas ce qu'il est convenu d'appeler « le feu
sacré? >■>
Les strophes de Néron et une cavatine du Prince
Igor (Borodine) ont peu touché l'auditoire, qui
s'était pourtant' emballé pour la symphonie de
Tschaïkowsky.
Il revient une part de félicitations à M. Bonzon,
qui fait travailler journellement son orchestre, et
qui a dû préparer les répétitions, fort dures, des
grandes festivités qui viennent d'avoir lieu.
On a inauguré, au Vieil Anvers, une série d'au-
ditions qui seront consacrées aux chansonniers
flamands du xv" et du xvi" siècle. Les composi-
tions de nos vieux maîtres ont été supérieurement
interprétées par M""- Soetens-Flament, M"" J. Fla-
ment,MM.BerckmansetFontaine. L'accompagne-
ment paraissait faible, l'harmonium ne parvenant
pas à remplir l'espace du vieux marché.
Nous pouvons faire la même observation pour le
charmant ballet de M. Wambach, qui eut un si re-
tentissant succès à la Bourse, lors du Landjuweel.
L'orchestre paraissait fort maigre ; on dirait même
que les sonorités n'arrivaient qu'imparfaitement
aux chanteurs qui se trouvaient sur la scène, car
ceux-ci ont détonné plusieurs fois, chose qui n'est
arrivée ni à la Bourse, ni à l'Harmonie. Cela n'a
pas empêché le public de faire fête au compositeur,
et c'était justice.
Un événement pourtant a jeté du froid dans l'as-
semblée ; Une certaine M"'* Parez est venue d'une
voix chevrotante nous débiter une composition
insipide dont le programme ne donnait ni le titre
ni la provenance. Toutefois, cela nous semblait
vouloir être flatteur pour le Vieil Anvers, quoique
nous doutions fort du véritable succès qu'ait pu
avoir cette note française dans ce milieu éminem-
ment flamand. Cet intermède de mauvais goût a
contribué à diminuer l'effet qu'aurait dû produire
l'œuvre de notre concitoyen. A. W.
BLANKENBERGHE — Malgré l'incerti-
tude momentanée du temps, la foule est
arrivée en masse ces jours-ci; les hôtels regorgent,
la plage est mouvementée, la digue présente
le coup d'œil pittoresque d'un mois plein d'éclat.
Les festivités se succèdent sans nombre. Au Casi-
no, M. Boulvin s'ingénie a divertir ses nombreux
abonnés, et M. Goetinck varie heureusement ses
concerts.
La deuxième matinée artistique était consacrée
à Beethoven, dont M. Goetinck a dirigé la Sy/w/fo-
nie pastorale et l'ouverture n° 3 de Léonore, la plus
belle de ce triptyque d'ouvertures que l'aigle de
Bonn écrivit pour son opéra-symphonie Fidelio.
Quelle belle chose aussi que le concerto de piaiio
en mi bémol que M. Litta, l'enfant gâté du public
du Casino, a joué sur un superbe Steinway. Et
quelle impression laissée par cet andante plein de
grandeur.
Dimanche, nous avons entendu M. Martapoura,
baryton de l'Opéra, qui a chanté l'air du Roi de La-
kore de Massenet, Noël païen de Massenet et l'Ave
Maria de Gounod. Quelle voix admirable et
vibrante, quelle diction correcte, mais quel succès, • I
quel triomphe !
M""-' Milcamps a donné aussi une audition. La
gracieuse cantatrice a détaillé à ravir l'air du Caïd
et deux mélodies très fraîches dont les noms
m'échappent.
Succès très franc aussi pour M"" de Noce, que
nous avons entendue mercredi, dans la cavatine dui
Chevalier Jean de V. Joncières, la gavotte de Manouf
de Massenet et l'Hymne à Eros d'Augusta Holmes.
Mercredi, à quatre heures, àla demande générale,
nous avons eu dans la grande salle une seconde
audition d'œuvres de Paul Gilson. Des fragments
importants du Siuaï, la cantate couronnée, commen-
çaient le concert. Quelques récits chantés par
M. De Backer sont très écoutés et très applaudis.
Après cela, l'orchestre du Casino, sous l'habile
direction de M. Goetinck, donne une excellente
interprétation de la Mer, esquisses symphoniques
sur le poème d'Eddy Levis. L'œuvre, quoique de
plus en plus connue, ne perd point de sa fraîcheui
et présente toujours le même intérêt pour l'audi-
LE GUIDE MUSICAL
631
teur. Pas n'est besoin de dire qu'elle retrouve un
regain de succès.
Dans la petite salle, nous avons eu un concert
Saint-Saëns donné par M"" Louisa Acart, pianiste,
qui a exécuté, avec un toucher nuancé et délicat,
une fougue très expressive, la Suite algérienne, le
Rouet d'Omphale, la Danse macabre, le Menuet et la
Valse, toutes œuvres du grand maître français.
Nous avons entendu, l'autre soir, M. Bonnard,
qui est engagé pour la prochaine saison au
théâtre de la Monnaie et qui a dit avec un goût,
une diction distinguée et une voix de ténor agréa-
ble, le grand air de Mariha et celui de Mignon.
Comme on peut s'en rendre compte, la musique,
et même la bonne musique, ce qui est moins banal,
ne chôme pas à Blankenberghe. L.
DRESDE. — Depuis la rentrée, c'est la
première semaine d'opéra qui présente de
l'intérêt. M. Anthes s'est essaj'é dans le rôle de
Tannhidttser dont il a quelque peine à soutenir le
poids trois actes durant ; on doit néanmoins lui
savoir gré de sa bonne volonté, puisque, sans son
concours, le répertoire serait assez réduit. Parmi
les Heldenienôre qui apparaissent sur notre scène,
plusieurs disparaissent sans laisser de traces ;
M. Gerhîeuser ne sera des nôtres qu'en 1896, et
M, Gudehus, que nous posséderons quelques mois
cette''saison, n'arrivera qu'en octobre. Samedi
passé, a eu lieu un début : M. Ungar s'est produit
avantageusement dans Manrico du Trouvère;
nous l'attendons dans Martha et la Juive.
Un nouveau système de natation sera expéri-
menté dans Rlieingold; on en dit merveille. Il était
temps, du reste, de remplacer ces trucs par trop
primitifs qui choquaient l'œil le plus indulgent,
même celui de ce bon Dresdois, retour de Paris,
s'amusant à comparer les deux opéras. Dans la
capitale française, il a admiré la « Chevauchée »
de la Walhyrie, l'orchestre de cent musiciens dont
la « couleur de son » Klangfarhe l'éblouit; mais,
outre que M"" Bourgeois est loin d'égaler Thérèse
Malten, les « cylindres » qui restent obstinément
sur la tête des auditeurs, le trafic de billets qui se
fait à la porte par ordre de la direction, l'heure
insolite des représentations et, par-dessus tout, les
prix exorbitants, — au lieu d'un parquet, il a dû
se contenter d'une quatrième galerie, — tout cela
le conduit à cette conclusion que l'opéra allemand
est bien supérieur à l'opéra français. Alton.
NO U V ELLES DI VERSES
L'Opéra de Vienne, qui a rouvert ses
portes le i5 août, a donné, dans le courant de
la précédente saison (1893-94), trois cent qua-
torze représentations de quatre-vingt-quatre
ouvrages de quarante-deux auteurs différents,
soit soixante trois opéras et vingt et un ballets.
Wagner, avec dix œuvres, a eu trente-cinq
représentations, se décomposant ainsi : Vais-
seau-Fantôme, 9 représentations ; Lolien-
grin (6) ; Walkyrie (4) ; Siegfried (4) ; Maîtres
Chanteurs (3); Tannhœuser (3); Tristan (3);
Gôtterdœmmerung, Rlieingold, Rienzi, chacun
une.
Mascagni.avec trois œuvres, a figuré trente et
une fois sur l'affiche : Cavalleria (18) ; VAmi
Fritz (7); les Rantzau, 6 représentations.
/ Pagliacci de Leoncavallo ont atteint le
chiffre de vingt-sept représentations. C'est
l'œuvre qui a été le plus souvent jouée.
Verdi n'a obtenu, en tout, que dix-neuf repré-
sentations, avec A i'da (8) ; le Trouvère (5) ;
Hernani (2) ; Othello (2) ; le Bal Masqué (i).
Massenet arrive à seize représentations avec
trois œuvres : Werther (8) ; Manon (7) ; le
Carillon (i).
Signalons le succès d'un petit ouvrage du
compositeur tchèque Smetana, le Baiser, qui
a été donné douze fois.
Mozart et Mej^erbeer n'ont eu chacun qu'un
nombre restreint de représentations : le pre-
mier, huit avec Don Juan ; le second, six avec
y Africaine. Fidelio de Beethoven a eu cinq
représentations. Carmen a atteint le chiffre
relativement élevé de dix soirées. Faust, celui
de neuf. Guillaume Tell, seulement celui de
quatre.
A Leipzig, le chiffre des œuvres représentées
pendant trois cent soixante soirées s'élève à
cinquante-huit.
Voilà qui humilie un peu l'Opéra de Paris et
le théâtre de la Monnaie de Bruxelles.
Gare l'avalanche !
M. Sonzogno, le grand éditeur milanais, a
commandé neuf ouvrages nouveaux à neuf
jeunes maestri. Ce sont : Mascagni,qui compose
un Silvano; Leoncavallo, qui écrit un Orlando
di Berolino ; Samara, qui est chargé d'une
Madonetta; CipoUini, qui met en musique
Ninon de Lenclos; Giordano, qui travaille à
un Andréa Chenier ; Ciba, qui refait VArlé-
632
LE GUIDE MUSICAL
sienne; Casonaro, qui fait un Claudio; van
Westerhout, un Fortunio ; enfin le baron
Franchetti, dont la partition n'a pas encore de
titre.
Le magnifique appartement de Verdi à Gênes
a été mis au pillage par des voleurs. Ce qu'ils
n'ont pu emporter, ils l'ont détruit; tout a été
saccagé, objets ciselés, candélabres d'argent
massif, meubles précieux, tableaux, statues. La
correspondance, musique, libretti sont dans un
état piteux.
La musique n'adoucit pas toujours les mœurs
des antres.
Un procès vient d'avoir lieu aux Etats-Unis
qui touche la question des droits d'auteur à
percevoir en Amérique sur les œuvres musi-
cales. Selon la loi de 1891 sur les droits d'au-
teur (Copyright act), les livres devaient, pour
donner lieu à la perception des droits, avoir
été imprimés sur le territoire des Etats-Unis.
Les partitions musicales étaient-elles dans ce
cas ? Non, dit le jugement d'un tribunal amé-
ricain. C'est donc un avantage remporté par
les éditeurs et auteurs étrangers. Toutefois,
attendons une confirmation formelle.
Mme Gounod et son fils Jean se disposent à
publier un « mémorial » concernant le compo-
siteur de Faust.
L'illustre maître notait, paraît-il, ses impres-
sions de chaque jour, de sorte qu'il sera facile
de constituer une autobiographie complète d'un
intérêt tout particulier.
La correspondance du maître aidera égale-
ment à l'accomplissement de la pieuse tâche
entreprise par sa veuve et son fils.
L'Opéra impérial de Berlin vient d'accepter
un opéra de M. Victor Haussmann sur un livret
tiré d'Enoch Arden, le célèbre poème de
Tennyson.
La première aura lieu en octobre ou novem-
bre prochain.
La distribution est la meilleure que l'Opéra
puisse fournir, et l'attente du public musical
est grande.
La Diète du duché de Gotha ayant rejeté le
subside pour le théâtre de Gotha, le duc a dé-
cidé la suppression des représentations que la
troupe de Cobourg donnait dans cette ville.
Est nommé chevalier de la Légion d'hon-
neur M. Sylvio Lazzari, jeune compositeur
autrichien, dès longtemps fixé à Paris et un
fervent de la Société nationale.
Un amateur de Leipzig vient d'acheter à un
collectionneur de Francfort le manuscrit du
Tannhœuser pour 10,000 marcs.
On a vendu dernièrement, à Berlin, une fort
intéressante lettre de Wagner. Elle est adressée
à Auguste Lewald, à la date du 12 no-
vembre i838, et il y est question d'un projet
d'opéra en cinq actes à tirer du roman de
Kœnig, la Fiancée du lion. Wagner informe
Lewald qu'il a fait une traduction grosso modo
du roman et l'a envoyée à Scribe pour qu'il
l'examine et en tire un livret, s'il y a lieu. Il
ajoute : « Si ce sujet ne plaît pas à Scribe, j'en
ai un autre. J'ai déjà mis un opéra sur le
chantier, Rienzi, et j'ai l'intention de le com-
poser sur un texte allemand, simplement pour
voir s'il y a quelque chance de le faire jouer au
Grand-Opéra de Berlin, d'ici une cinquantaine
d'années. Peut-être plaira-t-il à Scribe, et,
dans ce cas, Rienzi triomphera en français... »
Statistique théâtrale.
On relève à Paris, un théâtre pour 32, 000 ha-
bitants; à Berlin, un pour 8 1,000; à Bordeaux,
un pour 84,000 ; à Budapest, un pour 85, 000;
à Hambourg, un pour ii3,ooo; à Vienne, un
pour 1 38, 000; enfin, à Londres, un pour
145,000.
La ville d'Italie qui, relativement à sa popu-
lation, possède le plus grand nombre de théâ-
tres, est Catane, qui en compte un pour
ç,8oo habitants; viennent ensuite Florence
avec un théâtre pour i5,ooo habitants ; Bo-
logne, un pour 20,000 ; Venise, un pour
24,000; Milan et Turin, un pour 3o,ooo; et
Rome, un pour 3 1,000.
Un ami des arts habitant Leipzig vient de
verser une somme de soixante mille francs au
comité du monument de Schumann. Grâce à
cet acte de générosité, le monument pouna
être terminé et inauguré prochainement dans la
ville natale de l'illustre compositeur.
Bulletin des halles aux chansons. Dernier
cours : bilan de la célèbre composition En
revenant de la revue, 3oo,ooo exemplaires
petit format ; dito, 5o,ooo grand format ; dito,
60,000 réductions pour piano. Bénéfice net :
3o,ooo francs.
Le Père la Victoire, article similaire,
marque légèrement inférieure, 160,000 exem-
plaires.
Modèle courant : quatre chansons à 40,000;
quatre à 3o,ooo ; deux à 5o,ooo ; quatre à
70,000 ; une à 80,000. Le tirage du premier
LE G-UIDE MUSICAL
633
mille couvre les frais. Bénéfice moyen : 6 à
7,000 francs pour l'éditeur.
Marché ferme. Légère tendance à la hausse
en prévision d'un stock concernant la loi sur la
presse et la guerre sino-japonaise.
Et on dit que « les affaires » ne vont pas !
Mais c'est le Pérou, cette industrie-là. Vous
savez, le Pérou, où se trouve le meilleur guano !
Où s'arrêtera le génie inventif des luthiers ?
Un Italien, M. Alessandro Bertinelli, vient
d'inventer un mécanisme qui met en mouve-
ment quatre instruments à archet et forme ainsi
un quatuor.
Il a donné à ce singulier instrument le nom
bizarre de moiiimophone. N'ayant pas réussi à
le faire admirer de ses compatriotes, il s'est
rendu à Leipzig, centre musical de l'Allemagne,
où il donné une audition devant un auditoire
de personnes compétentes qui ont apprécié
l'importance de l'invention. Il paraît qu'il s't;st
même trouvé un fabricant pour entreprendre la
fabrication du monimophone, qui sera lancé
dans la circulation la saison prochaine.
Le quatuor Joachim et le quatuor Ysaye
n'ont qu'à se bien tenir.
Une certaine émotion règne, en ce moment,
dans le monde des auteurs et des gens de
lettres autrichiens.
La Chambre des seigneurs, qui est la Cham-
bre haute en Autriche, a pris l'initiative de
voter, en le modifiant, le nouveau projet de loi
élaboré par le gouvernement pour remplacer la
patente impériale de 1846 protégeant la pro-
priété artistique et littéraire en Autriche.
On sait combien est arriérée cette législation
de 1846, qui fait tomber les œuvres dramatiques
dans le domaine public dix ans après la mort
de l'auteur ; qui, un an après l'édition, reconnaît
comme licites les arrangements et les dérange-
ments d'une composition musicale ; qui édicté
que la permission donnée par l'auteur de repré-
senter l'œuvre donne aussi le droit de la repro-
' duire de quelque manière que ce soit ; enfin,
I qui ne considère pas comme contrefaçon la tra-
ï duction d'une œuvre un an après la publica-
* tion de l'original; etc., etc.
I Eh bien, la Chambre des seigneurs, sous le
S prétexte de modifier cette loi, l'a aggravée en
bien des points, rendant impossible, si la
Chambre des députés venait à l'adopter,
l'adhésion de l'Autriche à la convention de
Berne. Le nouveau projet est aux antipodes
de la loi hongroise, et l'on se demande pour-
quoi ce n'est pas celle-ci qui a servi de type
aux législateurs autrichiens qui viennent d'édi-
fier ce véritable monument d'incohésion et
d'illogisme.
Quelques exemples suffiront pour donner
une idée générale de cette loi, dont le principal
effet a été de mettre hors d'eux les producteurs
intellectuels autrichiens, et que, nous l'espérons
bien, la Chambre des députés repoussera sous
la pression de l'opinion publique.
L'article t5 permet à un auteur d'annuler
dans le délai d'un an tout contrat signé pour
plusieurs années à fins de cession d'œuvres. Il
y a donc une des deux parties contractantes
qui est liée pour cinq ou dix ans, tandis que
l'autre partie ne l'est, si cela lui convient, que
pour un an !
L'article 21 dit que l'auteur peut disposer de
nouveau de la reproduction de son œuvre,
malgré les contrats signés et qu'en ce cas la
partie lésée peut avoir recours au tribunal civil 1
Voilà un joli encouragement à la fraude !...
Et que penser de cette disposition : « N'est
pas considérée comme une contrefaçon la
nouvelle impression d'œuvre faite par l'auteur,
que ce soit même à l'encontre d'un contrat
existant » ? Ici nous appellerions cela le droit
au vol 1
Mais voici qui est plus curieux : Par l'arti-
cle 34, le droit de représentation n'existe pour
une œuvre musicale que tant que celle-ci n'est
pas éditée.
L'article 35 protège les adaptations faites
contre le gré de l'auteur d'une œuvre musicale,
si celle-ci a été publiée. C'est de la démence!
La loi de 1846 déclarait contrefaçon la fabri-
cation d'instruments mécaniques ; la nouvelle
loi annule cette disposition et déclare au con-
traire qu'il n'y a pas contrefaçon. Voilà un
progrès qui étonnera plus d'un Autrichien, sur-
tout étant donné que la loi allemande recon-
naît comme contrefaçon cette fabrication.
Enfin, la loi accorde la protection à l'auteur
sa vie durant et trente ans après sa mort : c'est
un progrès ; mais pourquoi n'avoir pas accordé
le délai post morteni de cinquante ans comme
le fait la Hongrie et comme se prépare à le
faire l'Allemagne ?
Le monde littéraire et musical tout entier a
intérêt à ce qu'un semblable déni de justice ne
soit pas consacré par la Chambre autrichienne,
et nous nous unissons volontiers à tous ceux
qui, au Congrès de la propriété artistique et
littéraire dont les débats commencent à Anvers
précisément, exprimeront le vœu que le gou-
vernement autrichien revienne à des disposi-
tions plus en harmonie avec les progrès légis-
634
LE GUIDE MVSICAL
latifs accomplis dans le monde entier depuis
dix ans et surtout avec les dispositions de la
convention de Berne.
La Musique et les Animaux. Diverses
expériences ont été faites, au Jardin zoolo-
gique de Londres, sur l'efFet que produit la
musique sur les animaux.
Un matin, pendant que les ours dormaient
profondément, un violoniste s'installa sur le
pont qui se trouve au-dessus des cages où ils
sont enfermés, et se mit à jouer de son instru-
ment.
Le plus jeune des ours ne tarda pas à
s'éveiller ; il se dirigea lentement du côté où
jouait le musicien, s'en approchant le plus
possible pour écoutei'.
Le violoniste était à environ dix pieds au-
dessus du sol où sont les cages, et l'ours, pour
mieux entendre, se mit sur ses pattes de derrière
en écoutant attentivement ; puis il se retira et
commença à marcher en avant et en arrière, en
poussant quelques petits grognements doux,
assez distincts. Puis, comme le violoniste se
mit à jouer avec plus de force, l'ours se leva de
nouveau sur ses pattes de derrière, passant
celles de devant et son museau en dehors des
barreaux de la cage.
Le musicien descendit alors devant la cage,
en jouant toujours ; et l'ours, s'asseyant le plus
près possible de lui, passait ses pattes entre les
barreaux, comme s'il voulait prendre l'instru-
ment. Ce ne fut que lorsque le violon cessa de
se faire entendre que l'animal s'éloigna des
barreaux pour aller se rafraîchir dans l'auge
remplie d'eau.
Les deux vieux ours, au premier accord
de l'instrument, s'étaient également éveillés,
s'étaient mis à écouter avec l'attention la plus
comique, et tous deux, debout, passaient aussi
pattes et museaux entre les barreaux de la
cage.
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Godard. A la fontaine, pen-
sée musicale i 90
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mance i 90
— Gavotte des pages ... i go
— Marche des toreros . . i 90
— Pensée intime, impromptu i 90
— Rêves envolés, capriccietto i 90
— Simple phrase, bluefte. . i 90
— Sais- tu pourquoi? romance
sans paroles i 90
Morley, Cti. Au bal, un
tour de valse i 90
— La clochette des Alpes,
morceau de genre . . . i go
— Danse des gnomes, valse
élégante ...... i 90
— La Fée d'amour, impromtu i 90
— Souvenance, mélodie . . i go
— Te souviens-tu? bluette . i go
— Vineta, caprice. ... i 90
PIANO A 4 MAINS
Brahms, Joh. Op. i. So-
nate C majeur par Klengel. 9 5o
Brabms, Joh.. Op. 2. So-
nate par Klengel. . . . 9 5o
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Net fr.
Anzoletti, Marco. Varia-
tions sur un thème de
Brahms 10 »
Botiin, C. Arabesques, 12
petits morceaux . . . à i 25
(N» I Staccato Etude. N" 2
Siegerischer Lsendler. No 3
Nocturne. N" 4 Kujawiak.
No 5 Skandinavische Ro-
manze. No 5 Ritornell)
Bratims, J. Op. 118. No 2
Intermezzo i 90
Gui. César. Op. 5o. Kaléi-
doscope (24 morceaux) . à i 25
(No i3 Badinat,e. No 14 Ap-
passionalo No i5 Danse
rustique. No 16 Barcarola.
No 17 Prélude. No 18 Ma-
zurka. No 19 Valse. No 20
Novellette. No 21 Lettre
d'Amour. No 22 Scherzetto.
No 23 Petit Caprice. No 24
Allegro Scherzoso)
Dvorak Op. 94. Rondo. . 5 »
— Waldesruhe Adagio . . i 90
Sarasate. Pablode, op. 35.
Peteneras 5 25
Net fr.
Zarzyski.op 39 Mazourka. 2 5o
— Op 38. Mazourka . . i go
PIANO ET VIOLONCELLE
Grunfeld, op. 43. No i Min-
nelied i 90
— Op 43. No 2 Mazourka
mélancolique i 90
Moffat, A. Dix morceaux
classiques. . . . . à i 25
No I. Tempo di Sarabanda(Corelli
No 2. Nocturne de Field
No 3. Chanson du gondolier
de Mendelssohn.
No 4 Adagio religioso de Corelli.
No 5. Adagio de Sirutini.
No 6 Gavotte de Biber.
No 7. Cantate de Haendel.
No 8. Chanson sans paroles
de Mendelssohn.
No 9. Romance de Schubert.
No 10 Largo appassionato
de Beethoven.
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BotirQ Gondoliera . • i 9<^
— Invention d'après Corelli . i gc
— Alla marosa . . . . i 9"^
— Sonate d'après Pleyel. . i 9'
— Intermezzo i 9'
— Rondo finale .... i 9'
- PIANOS BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY
PIANOS BECHSTEIN.
LB GUIDE MUSICAL
635
A un faux accord, fait à dessein, ils reculèrent
vivement au fond de leur cage, comme effrayés ;
puis, le violoniste ayant joué une marche, ils se
mirent à marcher de long en large, en réglant
leur pas sur la mesure.
Chez les lions, l'effet fut identique ; tous
s'approchaient le plus possible de l'instrument ;
l'un d'eux balançait, comme en mesure, la
touffe de poils noirs qui termine sa longue
queue ; une lionne vint le pousser pour lui pren-
dre sa place, afin de s'approcher davantage
du violoniste.
Chez les loups, l'effet est tout différent ; la
musique, on le sait, les effraye. Le loup
commun levait son dos et grinçait des dents de
la plus hideuse façon.
Le loup indien paraissait en proie à la plus
lâche terreur, tremblant, le poil hérissé, ram-
pant sur le ventre et se sauvant tout au fond de
sa cage. Les chacals et les renards sont moins
effrayés que les loups. Les brebis, au contraire
des loups, naturellement, paraissaient charmées
et cessaient de brouter pour écouter le violon.
Un éléphant d'Afrique ne parut pas du tout
goûter le talent de l'instrumentiste, ou peut-
être le choix du morceau qu'il jouait ; battant
des oreilles, levant et agitant sa trompe, il se
mit à hurler et à siffler comme une locomotive,
poussant les barreaux avec sa tête. Il donnait
tous les signes possibles de crainte et de dé-
plaisir.
Mais c'est surtout chez les singes que la
musique causa le plus d'étonnement et d'agita-
tion. Les gros singes étaient plus effrayés que
charmés. Unjeune orang-outang tourna tout de
suite le dos au musicien et alla se réfugier tout
en haut de sa cage. Un autre écoutait grave-
ment, les mains croisées. Tous, ainsi du reste
que les autres animaux, semblent véritablement
effrayés par les faux accords.
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
TH. DUBOIS
Or^^aniste du Grand Or^ue de la Madeleine
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3. Marche du Son^e d'une nuit d'été (Mendelssohn) — »
4. Introduction du troisième acte et Chœur des fiançailles
de Lohengrin (R. Wagner) .... — -.3
5. Marche religieuse de Loheng^rin (R. "Wagner). — « 1
6. Marche de Ta73/2Aa2W5'er ^R. Wagner) . . — » 3
2' SERIE
7. Marche-Gavotte de Josué (Haendel) .
8. Psaume XII. / Cieli Immensi (Marcello)
9. Choeur de Paulus (Mendelssohn)
10. Chœur mystique de -Far75'^(Schumann)
11. Prélude de Lohengrin (R. Wagner).
12. Introduction du troisième acte et Chœur des pèlerins
de Tannhaeuser (R. Wagner)
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2 -
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- « 1 25
- « 2 -
— , 2 ~
— « 1 50
» ^
636
LE GUIDE MUSICAL
N ÊCR OLOQIE
Notre rédacteur en chef à Paris, M. Hugues
Imbert, vient d'être douloureusement frappé dans
sa plus chère affection; il a perdu sa mère,
M™° veuve H. Imbert, née Emilie AUoury. L'en-
terrement a eu lieu vendredi 3 août, à Neuilly
(Paris), en présence de notabilités du monde
artistique, qui ont tenu à donner à notre rédacteur
en chef un témoignage d'estime et d'amitié.
Nous nous joignons à eux et présentons à notre
ami et collaborateur nos compliments de con-
doléances les plus sympathiques.
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Violon ou violoncelle et piano . 5 —
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1. Au vent 3 —
2. La Chanson du renouveau .... 3 —
3. Comment on dit : « Je t'aime ». . 3 —
4. Etre deux 5 —
5. J'aime, je crois, j'espère 3 —
6. Le Livre de la vie 3 —
7. Premiers baisers du printemps ... 3 —
S. Le Souvenir 5 —
9 La Valse des nuages 5 —
II.- r. Toby. Sérénade, paroles de A. Semiane . 3 —
— Barcarolle, paroles de A. Semiane .... 3 —
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violon et piano par Ad. Herman
Six numéros, chaque.
réunis. . 6
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J. Danbé. Menuet pour piano et violon . . .5
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violon 6
€. Galos. Dolorosa, nocturne pour piano. .
— Le Lac de Côme . 5-1
— Le Chant du berger 5 -
— Souvenir des champs 6-1
B.-SI. Culomer. Rondino pour piano. . . . S
G. Pfeiffer. Romance pour violoncelle et piano 6' ■
J. Ten Briiick Voici le soir, valse, barcarolle . 5
Cta. Lefebvre. Oublier, mélodie ' .... 5
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chantée
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» 2. ') Violoncelle avec Piano (tran.';crite
par G. Fitzenliagen). . . » 6
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No 4. Pour Harmonium avec Piano
frs 5
5. » Piano à 2 mains (par l'auteur)
» 6. » Piano à 4 mains (par l'auteur) . » 7
» 7. » Orchestre à cordes. Partition net, frs 2
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LE GUIDE MUSICAL
637
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par l'orchestre du théâtre de la Monnaie.
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(partitions de poche pour la musique de' chambre)
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— Prélude sur le Dies Irœ pour grand orgue -.
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partition réduite par l'auteur, pour chant et piano
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— Ruines etSouvenirs, ballade
—Rêverie mélancolique .
— Légende écossaise .
— Polonaise.
Bohm, C. Cinq morceau.\
No I. Séparation.
N" 2. Douce attente.
N° 3. Doux rêves
No 4. Echo du bal .
N" 5. Mon étoile
Gabriel-Marie. « Impres
sions. « 6 pièces originales,
N" I. Simplicité.
N" 2. Insouciance .
N''3- Quiétude . . .
No 4. Souvenir .
No 5. Mélancolie . .
No 6. Allégresse. .
Gilis, A. Soirées enfantines
Si.x morceaux très faciles
No I. Air villageois. .
No 2. Chant du village.
N" 3. Air champêtre .
N» 4. Fanfare-Marche .
I 75
I 75
I 75
I go
1 75
1 35
1 75
1 35
1 75
I 35
No 5. Royal -Gavot le . .
N" 6. Musique militaire .
Herraann, Rob. Petites
Variations pour rire, com
posées sur sept notes .
Herrmann, Tti. Six Irans-
criptionsd'œuvres célèbres;
No I . Air de Chérubini
No 2. Grétry, Romance de
Richard.
No 3. NicoLO, Joconde. .
No 4 . Schubert, Sérénade
N" 5. Schubert, Moment
musical.
N" 6. Mendelssohn, Auf
Flùgeln.
Hille, G. Op. 60. Concerto
avec Piano lo —
Hone, J. The Old Folks at
Home I 75
— Suite Irlandaise :
N" I . When thew'ho adores
thee
N" 2. If thou wilt be Mine
No 3. Oh! Had we some
Bright : 35
N04. Is that Mi-Reilly. . i_
I 90
I 35
I 35
I 35
I 35
I 35
Hoyoi^à, L. Mélodie. . .
Jehin-Prume. Romance .
— Berceuse
Hubay, Jenô. Cinq mor-
ceaux ;
Op. 37. No I. Fleur de Mai .
Op. 37 No 2. Au temps jadis.
Op. 38. N" I. Devant son
image(Chant surIa4«corde)
Op. 38. N» 2. Sous sa fenêtre
Op. 39. Ramage de rossignols
Smetkoren, J. Elégie . .
— Berceuse
Thaï] on, R. Romance . .
Ventla, G. Trois morceaux :
N" I. Chanson sans paroles
No 2. Chanson du soir .
N" 3. La Sérénade .
— Deux Rhapsodies :
N» I. Sur des motifs écossais
No 2. Sur des mélodies sué-
doises
Ysayë. Deux Mazurkas :
No I. Dans le lointain .
No 2. Mazurka ....
I 75
I 75
I 35
1 75
2 5o
1 75
2 —
3 —
1 75
2 —
I 75
I 35
1 35
2 —
1 90
3 75
2 —
2 —
638
LE GUIDE MUSICAL
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Martha. Rheingold. Le Vaisseau-Fantôme,
Paris
Opéra. — Du 12 au 19 août : Djelma, Samson et
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RÉDACTEUR EN CHEF A PARIS
HUGUES IM BERT
Rue Beaurepaire, 33, Paris
N LE KIME, SECRET AIRE- ADMINISTRATEUR
Rue du Marteau, 12, Bruxelles
CoUabotateurs
Ed. Schuré — Michel Brenet
Georges Serviêres
Hugues Imbert — René de Récy
Camille Benoit — Etienne Destranges
Alfred Ernst — Guy Ropartz
Van Santen Kolff
J. Houston Chamberlain
Ed. Vander Straeten— Ed. Evenepoel
Maurice Kufferath
Charles Tardieu — Marcel Remy
I. Ragghianti — J. Malherbe
Henry Maubel — Ed. de Hartog
D'' Victor Joss. — N. Liez. — I. Will
Dr F.-V. Dwelshauwers-Dery
Ernest Closson — Lucien De Busscher
Oberdœrfer — Jean Marlin
J. Brunet — A. Wilford, etc. etc.
HbOnnementS : aux Bureaux du
journal, à Bruxelles, 2, rue du Congrès ;
à Paris, à la Librairie Fischbacher,
33, rue de Seine,
France et Belgique ... 12 francs.
Union postale 14 —
Pays d'outre-mer .... 18 —
40" année 2 Septembre 1894 numéro 36
SOMMAIRE
Hugues Imbert. — Vincent d'Indy (suite
et fin.)
Maurice Kufferath. — Le Congrès de la
propriété littéraire et artistique à Anvers.
Les fêtes d'Orange.
L'Hymne à Apollon. — Réponse de M. Nicole
à M. Th. Reinach.
€l)rontqut ^t la Semaine : Paris.
Bruxelles : La troupe de la Monnaie.
dorresponïlonce» : Anvers, Blankenberghe; Gand,
Spa.
Nouvelles diverses. — Nécrologie.
Répertoire des théâtres. •
EN vente, à Bruxelles : Office central, rue de l'Ecuyer;
et chez les éditeurs de musique. — A Paris : librairie
Fischbacher, 33, rue de Seine; M. Brasseur, Galerie
de l'Odéon. — Luxembourg, G.-D. Simonis, libraire.
— A Londres : MM. Breitkopf et Haertel, i5, Oxford
Street ; Schott et C", Régent street, iSy-iSg. — A Leipzig :
Otto Junne. — A Munich : Josef Seiling, fournr de la cour,
Perusastrasse. — A Prague : F. A. Urbanek. - A Stras-
bourg : librairie Amniel. — A Amsterdam, Algemeene
Musikhandel, Spui, 2. — A La Haye, Belinfante frères.
— A Liège ; M™" veuve Muraille, rue de l'Université. —
A Anvers: M Forst, place de Meir. — K Gand : M"»= Beyer.
— A Zurich ; Hug frères, édit. — A Genève : Ad. Hean,
6, rue Grenus. — A Madrid : Ruiz y C», Principe, 14.
— A Saint-Pétersbourg : MM. E. Mellier et C'", Pers-
pective Newski. — A Moscou : Jurgenson. — A Mexico :
N Budin. — A Montréal : La Montagne, éditeur jrue
S iint- Maurice, 149. — A New-York : G.-E. Stechert,
810, Broadway.
Le numéro : 40 centimes.
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642
LE GUIDE MUSICAL
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PARAISSANT LE DIMANCHE
400 ANNÉE. — Numéro 36.
2 Septembre 1894.
lï^aîtres Contemporains
VINCENT DINDY
(Suite et tin. — Voir le numéro 34-35)
Dans les années suivantes, nous aurions
à citer bien des œuvres émanées de la
plume du compositeur et dont les princi-
pales sont le Trio (op. 29) pour piano, clari-
nette et violoncelle (octobre 1887), qui fut
joué pour la première fois aux concerts des
XX à Bruxelles en 1888; la. Fantaisie [op. 3i)
pour orchestre et hautbois principal sur
des thèmes populaires français (septem-
bre 1888); Sîir la mer, chœur pour voix de
femmes (octobre 1888); Karadec, musique
de scène pour un drame d'André Alexandre
(1890); le quatuor pour deux violons, alto
et violoncelle (août-décembre 1890), exécuté
pour la première fois par le quatuor Ysaye
à Bruxelles, au concert des XX; Tableaux
de voyage, suite pour orchestre en six par-
ties (1891), puis une Cantate (op. 37), chœur
et orchestre, pour l'inauguration de la
statue d'Emile Augier à Valence(juin i8g3).
Nous ne donnons ici que les compositions
les plus importantes, renvoyant le lecteur,
pour la nomenclature complète des œuvres,
au catalogue dressé à la suite de la biogra-
phie.
Nous avons gardé pour la fin Wallen-
siein, la composition marquante entre toutes .
Cette trilogie symphonique a été composée,
de 1873 à 1881, par Vincent d'Indy pour
servir de préface et de commentaire musi-
cal aux trois poèmes dramatiques de Schil-
ler snTlValleiistein : le Camp, les Piccolomini
(Maxet Thécla), la Mort de Wallenstein. Le
propre de la musique symphonique de Vin-
cent d'Indy est de peindre avec une vérité
saisissante, une clarté merveilleuse, une
vigueur remarquable, les divers épisodes
du drame de Schiller. Ecoutez dans la pre-
mière partie (le Camp), après la valse lente,
la danse sauvage si bien rythmée, le sermon
du père capucin confié au basson, le thème
de Wallenstein si énergiquement présenté
par les trombones, le tumulte final dans
lequel apparaissent les quelques notes du
thème de Wallenstein lancées par les trom-
pettes, au milieu des fortissimo de l'orches-
tre, et vous reconnaîtrez la maîtrise du
musicien qui a abordé la traduction musi-
cale d'une scène aussi mouvementée. Vous
y trouverez, en même temps que la pein-
ture des événements et des actes, celle des
sentiments moraux qui animent les person-
nages. Existe-t-il rien de plus délicieuse-
ment tendre que la page d'amour de Max
et de Thécla (deuxième partie)? Comme les
deux thèmes des amants se combinent et
s'enlacent heureusement; mais comme la
fatalité, dont le dessin a été exposé par les
cors dans la brève introduction de cette
seconde partie, étouffe les transports de
félicité idéale de Max et de Thécla ! Le troi-
sième et dernier épisode, c'est la mort de
Wallenstein. Très dramatique est le début,
dans lequel de mystérieux accords, rappe-
lant les belles sonorités de l'orgue, caractéri-
sent l'influence des astres sur les destinées
humaines. Ils sont la traduction poétique
de cette belle phrase de Wallenstein dans
les riccolomini (acte II, scène VI) : « Cette
force mystérieuse qui ourdit et crée dans
les arcanes de la nature, cette échelle des
esprits, aux mille degrés, qui se dresse de
ce monde de poussière jusqu'au monde des
astres et que les puissances célestes mon-
tent et descendent toujours actives, ces
644
LE GUIDE MUSICAL
cercles enfermés dans des cercles qui
enserrent de plus en plus étroitement le
soleil, leur centre, voilà ce que les yeux
des seuls enfants de Jupiter, lumineux et
sereins, peuvent apercevoir. » Après plu-
sieurs épisodes, une progression ascen-
dante des basses ramène l'exposition com-
plète du thème de Wallenstein en si majeur,
qui aboutit à un mouvement très large où
se trouvent reproduits les accords sidé-
raux du début, plaqués par les instruments
à vent, tandis que le quatuor les traverse
en fusées rapides et que les trombones
entonnent le chant fatal. Bientôt le calme
se fait et la phrase s'éteint graduellement
en un long pianissimo des instruments à
cordes.
La première exécution intégrale de la
Trilogie de Wallenstein a eu lieu aux Con-
certs Lamoureux en 1888.
Vincent d'Indy travaille, depuis près de
cinq ans, à un drame musical qui aura pour
titre Fervaal et dont l'action se passe dans
les Cévennes, en des temps non préhisto-
riques, mais assez reculés pour permettre
la légende, étant donné surtout le pays peu
connu et prêtant par cela même au légen-
daire.
Sa nomination au grade de chevalier de
la Légion d'honneur date du 5 janvier 1892.
Il ne faut pas non plus passer sous
silence le rôle prépondérant joué par le
jeune auteur de la Trilogie de Wallenstein
dans la direction de la Société Nationale
de musique, qu'il a prise effectivement, à la
suite des modifications survenues en l'an-
née i885, à propos de l'admission aux
programmes d'œuvres d'auteurs anciens
ou étrangers, ce qui permit de faire exécu-
ter des actes entiers de Gluck, de nom-
breuses cantates de J.-S. Bach ou de
Haendel, des œuvres de musique de cham-
bre de J. Brahms, Borodine, Glazounow,
Grieg, etc.. Après la démission de l'ancien
comité. César Franck fut bien nommé pré-
sident en remplacement de Bussine, mais
il n'exerça jamais que des fonctions hono-
rifiques, étant trop surchargé d'occupa-
tions. Le travail matériel incomba aux
deux secrétaires, Vincent d'Indy et Chaus-
son. Depuis la mort de César Franck, la
Société Nationale de musique est devenue
une république sans président, administrée
par les deux secrétaires.
Sous un aspect un peu sévère, Vincent
d'Indy cache un sentiment intense, une pro-
fonde sensibilité. En pubUc, une grande
réserve; dans l'intimité, une grande affabi-
lité. De haute stature, les cheveux longs et
rejetés en arrière à la mode des artistes ou
des philosophes à tempérament révolution-
naire, le front un peu étroit sur le devant,
mais s'épanouissant sur les tempes, les
yeux très enfoncés sous l'arcade sourci-
Hère, la figure allongée, les traits fins et
arrêtés, la moustache et la mouche de petite
dimension, tel est le détail d'un ensemble
des plus caractéristiques. La tenue géné-
rale est d'une infinie correction : c'est une
figure qui, une fois vue, ne s'oublie pas ;
elle reflète une grande puissance de volonté,
une individualité bien marquée, des idées
profondément enracinées.
Au fond, c'est un modeste qui paraît
toujours avoir peur d'ennuyer le public de
sa personnalité. Mais cette personnalité,
malgré toute sa réserve, a fini par se dégager
hautement et passionner très vivement le
monde musical.
Hugues Imbert.
CATALOGUE DES ŒUVRES
Op. I . Trois romances sans paroles pour piano
(janvier 1870) Schott
2. La Chanson des Aventuriers pour bary-
ton et chœur, V. Hugo (mai 1870) . Schott
3. ^(toïe, mélodie, V. Hugo (1872-1876) Hamelle I
4. Madrigal, mélodie," R. de Bonnières
(1872-1876) Hamelle 1
5 . Jean Hunyade, symphonie en trois par-
ties pour orchestre (1874-1875)
6. Ouverture pour Antoine et CUopâtrt de
Shakspeare (septembre 1S76)
7. Quatuor pour piano, violon, alto et
violoncelle (1878-1882) Durand
8. La Foret enchantée, d'après Uhland,
ballade pour orchestre (février 1878) Heugel
9. Priîïe 50«a(e pour piano (août 1880) . Hamelle
10. Plainte de Thécla, mélodie, R. de Bon-
nières (août 1880) Hamelle
11. La Chevauchée du Cid pour baryton,
orchestre et chœurs, R. de Bonnières
(1879) H^*"'
LE GUIDE MUSICAL
645
Wallenstein, trilogie pour les drames
de Schiller, orchestre (1873-1881) . Durand
Clair de lune, mélodie, V Hugo (1872-
1880) Hamelle
Attendez-moi sous V orme, O'péra.-cotniqvie
en un acte, J. Prével et R. de Bon-
nières, d'après Regnard (1876-1878J. Enoch
Poème des montagnes pour piano (mars
1881J Hamelle
j3Mfli;-e/»«^Mpobrpiano(décembrei882) Hamelle
Helvelia, trois valses pour piano (dé-
cembre 1882) Hamelle
Le Citant de la Cloche, légende drama-
tique en un prologue et sept tableaux
pour soli, chœurs et orchestre (1879-
i883) Hamelle
Lied, pour violoncelle et orchestre
(mai 1884) Hamelle
'L'Amour et le Crâne, mélodie, Baude-
laire (septembre 1884) Schott
Sauge fleurie, légende pour orchestre,
d'après un conte de R. de Bonnières
(octobre 1884) Hamelle
Cantate Domino pour chœur et orgue
(i885) Durand
Sainte Marie-Magdeleine, cantate en
deux parties pour solo et voix de
femmes (juin i885) Durand
Suite en ré pour trompette, deux flûtes
et instruments à cordes (juin 1886) . Hamelle
Symphonie pour orchestre et piano sur
un chant montagnard français en
trois parties (octobre 1886) . . . Hamelle
Nocturne en sol bémol pour piano (no-
vembre 1886) Hamelle
Promenade pour piano (août 1887). . Hamelle
Sérénade et Valse pour petit orchestre
(août 1887) Hamelle
Trio pour piano, clarinette et violon-
celle (octobre 1887) Hamelle
Schumanniana, trois pièces pour piano
(octobre 1887) Hamelle
Fantaisie pour orchestre et hautbois
principal sur des thèmes populaires
français (septembre 1888). . . . Durand
Sur la Mer, chœur pour voix de
femmes (octobre 1888) Hamelle
Tableaux de voyage, treize pièces pour
piano (octobre 1889) Leduc
Karadec, musique de scène pour un
drame d'André Alexandre (1890) . Heugel
Quatuor pour deux violons, alto et vio-
loncelle (août-décembre 1890) . . Hamelle
Tableaux de voyage, suite pour orchestre
en six parties (1891)
Pour l'inauguration d'une statue, chœur
et orchestre (juin 1893)
LE CONGRES DE LA PROPRIETE
LITTÉRAIRE ET ARTISTiaUE A ANVERS
E congrès convoqué par l'Association inter-
nationale artistique et littéraire a tenu ses
assises à Anvers, du samedi 18 au samedi
25 aovit.
Beaucoup de questions inutiles et parfaitement
oiseuses y ont été soulevées et longuement dis-
cutées, comme il arrive toujours en ces parlotes,
quand elles sont organisées par des avocats. Les
questions intéressantes et d'ordre pratique, en
revanche, ont été laissées de côté. Je n'en veux pour
preuve que le silence absolu gardé sur l'organisa-
tion des sociétés françaises de perception qui
imposent en Belgique leurs règlements, leurs
usages et coutumes et même leurs abus. Il eîit été
opportun peut-être d'appeler sur ce point l'atten-
tion des membres du congrès. Je m'étonne qu'au-
cun des délégués belges ne l'ait fait. C'est proba-
blement qu'étant de simples avocats, ils ignorent
complètement la question et ne connaissent pas les
très légitimes griefs des auteurs belges, sans
parler de ceux des autres nationalités.
Sans insister pour le moment sur ce sujet, qui a
déjà fait dans ce journal l'objet de plus d'un
article, il eût été à propos, il me semble, d'exa-
miner à Anvers la question de la constitution, en
Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Italie, dans
tous les pays ayant adhéré à la convention de
Berne, d'organismes analogues à la Société des gens
de lettres, à la Société des auteurs dramatiques, à la
Société des auteurs et compositeurs, organismes indé-
pendants et nationaux qui eussent été en mesure
d'exiger la réciprocité complète d'un pays à l'autre
dans la protection de la propriété artistique et
l'exploitation de ses produits. Il existe, il est vrai,
une Société belge des auteurs, mais elle est une
simple annexe de la Société française et n'a même
pas d'organisation propre; ce qui permet, par
exemple, à la Société française des auteurs et com-
positeurs, de mettre la Belgique en coupe réglée,
sans que jamais un auteur belge ait la faculté de
protester autrement qu'à Paris, même qtiand ses
droits sont manifestement et outrageusement lésés.
C'est là-dessus qu'il eût peut-être été utile
d'échanger quelques vues, non dans un sens
hostile aux sociétés françaises de perception,
dont le principe est excellent et l'organisation
admirable, mais, tout au contraire, dans un sens
amical, afin d'arriver à une entente profitable à
tous, réalisant la réciprocité de nation à nation et
supprimant, par là même, les sourdes résistances
et les abus qui en résultent de part et d'autre.
Après avoir exprimé le regret que les organisa-
teurs du congrès d'Anvers n'aient élaboré qu'un
LE GUIDE MUSICAL
programme, vain et stérile, je me bornerai
à noter les quelques résolutions prises de nature
à intéresser plus particulièrement les musi-
ciens. Signalons d'abord le vœu émis à propos du
projet de loi autrichien sur la propriété artistique
et littéraire. Nous avons dit, dans notre dernier
numéro, que les auteurs et les éditeurs autrichiens
n'avaient pas caché leur vif désappointement
devant ce projet, qui ruinait leurs espérances
Après l'exposé fait sur la question par M. Mail-
lard, rapporteur, et ensuite des explications
détaillées fournies, au nom des intéressés autri-
chiens, par M. Souchon, le congrès, à l'unani-
mité, a adopté la résolution suivante :
« Le congrès émet le vœu que la Chambre des
députés autrichienne introduise, dans le projet de
loi sur la propriété littéraire et artistique qui lui
est soumis, des modifications qui le mettent en
harmonie avec la convention de Berne. A cet
effet, le congrès confie au comité exécutif de
l'Association littéraire et artistique internationale
le soin d'établir un rapport sur les défectuosités
que présente le projet de loi. Ce rapport sera
transmis au bureau international de Berne pour
être communiqué au gouvernement autrichien, n
Un vœu similaire a été voté par le congrès à
propos du projet de loi que vient d'élaborer une
commission d'écrivains et éditeurs russes.
Une importante décision a été prise ensuite sur
la question de la gratuité des représentations et
concerts de bienfaisance. L'immunité au profit de
ces exécutions a été repoussée, à l'unanimité, sur
un rapport de M. Wauvermans. Les vœux for-
mulés par le rapporteur ont été adoptés sans
débat; ils reconnaissent à l'auteur seul le droit
d'abandonner tout ou partie de sa rémunération,
d'interdire les exécutions de son œuvre, quel qu'en
soit l'objet, philanthropique ou éducatif, ou de les
subordonner à des conditions quelconques, et pré-
conisent, en cas d'infraction, indépendamment
des dommages-intérêts, la répression pénale, si
l'atteinte est méchante et destinée à le priver du
produit de son travail.
De même, le congrès a souscrit sans contesta-
tion aux vœux de M. Jules Lermina pour la
création, au bureau international de Berne, d'un
répertoire universel des ouvrages parus dans les
divers pays, au triple point de vue des droits de
l'auteur et du domaine public, de la statistique
internationale et de la bibliographie scientifique.
Le vœu émis dans ce sens porte que le gouver-
nement fédéral suisse sera invité à consulter les
gouvernements unionistes sur la réalisation du
répertoire universel de la production littéraire et
artistique lorsque le bureau de Berne aura pro-
cédé à la coordination systématique de tous les
documents relatifs à la pubUcation des œuvres lit-
téraires et artistiques dans tous lespaysdel'union.
Pour compléter ces dispositions, M. V. Souchon
a émis le vœu qui a été aussitôt accepté par
l'assemblée, de voir se dresser dans chaque pays
de l'union, un répertoire alphabétique des œuvres
parues depuis la promulgation de la convention.
On a discuté longuement la question du contrat
d'édition, mais sans parvenir à formuler sur ce
sujet des principes absolus et d'une application
pratique.
Enfin, il a été décidé que le prochain congrès
se réunirait à Dresde, l'année prochaine.
Espérons que, cette lois, on s'inspirera d'idées
pratiques et que l'on examinera la question des
moyens le plus propres à assurer aux auteurs la
reconnaissance effective de leur droit de pro-
priété.
Dans la séance inaugurale, des paroles très
aimables pour la Belgique et la ville d'Anvers ont
été prononcées. Citons notamment la très jolie
allocution de M. G. Pfeififer, vice-président de la
Société des auteurs et compositeurs de Paris.
« Dans nos congrès internationaux, a-t-il dit, où
sont étudiés les intérêts de tous les producteurs
de la pensée, la musique a obtenu bien légitime-
ment une grande place; et si nous étudions la
marche de l'art, no\is voyons que chaque jour
rend plus nécessaire et plus compliquée la régle-
mentation des droits de propriété du compositeur,
et que ces droits n'ont jamais été plus menacés
qu'en ce moment.
» Autrefois, et même encore il y a quinze ans,
les vieilles écoles italienne, allemande et française
accaparaient le monde; tous les théâtres, tous les
concerts, tous les programmes leur appartenaient;
les autres nations puisaient à pleines mains dans
les richesses des trois pays d'origine, mais ne
produisaient presque pas, se refusaient à toute
rétribution, n'ayant, en retour, rien à réclamer
pour des œuvres indigènes. De là, la lutté perpé-
tuelle contre nos intérêts; mais cette triple souve-
raineté se morcelle et se déplace chaque jour;
beaucoup de nouveaux centres de producteurs se
sont formés qui ont aujourd'hui intérêt à entrer en
arrangement avec nous.
I) Ici même, l'art flamand nous en donne un
frappant exemple : après avoir brillé d'un si
grand éclat au xvi<^ siècle, il semble avoir som-
meillé ensuite, pour refleurir aujourd'hui de la
façon la plus éclatante, après les grands travaux
de reconstitution du savant Gevaert, avec les
œuvres d'un soufile tout national d'un autre grand
maître flamand, Peter Benoit, avec l'élévation
mystique de Tinel dont le Frauciscus fait en ce
moment le tour de l'Allemagne, avec Jan Blockx,
dont encore on nous promet, mardi, le ballet
MiUnka, que nous nous ferons fête d'applaudir,
enfin avec le maître dont l'auréole est venue seule-
ment éclairer la tombe, maître que je nomme à
regret, car nous nous sommes toujours habitués, en
France, à considérer cet enfant de la Belgique
comme un des nôtres : avec le doux maître des
Béatitudes, César- Auguste Franck !
» Les Etats-Unis et la Russie sont encore en
dehors de la convention de Berne et se sont
refusés jusqu'ici à tout arrangement ; mais déjà, en
Amérique, une jeune école de composileurg se
LE GUIDE MUSICAL
647
forme, et, pour la Russie, il suffit de citer les
illustres noms de Rubinstein, Rimsky Korsakoff,
Borodine,Tschaïkowsky,Glazounoiïet tant d'autres
pour prouver le besoin d'un changement de
régime.
» L'Angleterre offre plus qu'aucun pays d'énor-
mes agglomérations de masses chorales et orches-
trales, se transportant chaque année en des centres
différents, pour former des festivals monstres dont
les plus célèbres sont le festival de Haendel, à
Sydenham, et ceux de Birmingham, Liverpool,
Leeds, etc.
)) Dans ces immenses festins pantagruéliques de
la musique, qui durent plusieurs jours, le Messie
de Haendel et le Paultis ou VElie de Mendelssohn
sont de fondation et regardés presque comme des
œuvres nationales, mais le reste du programme
était autrefois attribué à Beethoven, Rossini, Gou-
nod ou à d'autres maîtres de ces écoles, tandis
qu'aujourd'hui les Sullivan, Cowen, Parry, etc.,
suffisent à alimenter de nouveautés indigènes ces
grandes solennités.
» La înusique jette donc, en ce moment, de pro-
fondes et fécondes semences dans des terres autre-
fois improductives.
)) La supériorité de cette divine culture se mani-
feste en ce que, sous toutes les latitudes, une forme
nouvelle et non moins admirable se révèle pour
les fleurs les plus exotiques de notre art.
» Là-bas, non loin du pôle, à Bergen, où s'in-
spire le plus septentrional des compositeurs, Grieg
nous envoie ses exquises pensées; plus loin encore,
Glazounoff nous donne les impressions des rives
du Volga avec une couleur toute personnelle, et
ces œuvres diverses témoignent d'un sentiment
non moins profond et artistique, quoique bien
différemment exprimé, que les mélodies éclatantes
et passionnées écloses sous le soleil d'Italie ou
d'Espagne.
» Le mouvement musical universel a été activé
encore par une individualité si puissante que,
depuis Bach et Beethoven, nul astre pareil n'est
apparu dans notre ciel : Wagner entraîne à sa
suite toute une fougueuse pléiade de compositeurs
qui admirent ses œuvres, les étudient et les dissè-
quent à tous les coins du monde.
» Cette admiration est si fanatique même
qu'elle produit bien des imitations excessives et
nébuleuses qui ne rappellent en rien le génie de
l'initiateur.
)) Mais, après avoir longuement lutté, caché
derrière les nuages de la routine, le grand maître
de Parsifal a éclaté sur notre monde musical en de
si fulgurants éclairs qu'il faut attendre que l'œil
et l'oreille en soient moins éblouis et frappés pour
juger sainement de son influence définitive sur
l'art futur.
» Espérons que chaque école saura retrouver
son bien dans le trésor wagnérien, sans perdre de
son individualité et des qualités qui lui sont
propres. Du tableau du mouvement de l'art inter-
national que nous venons d'esquisser, il résulte que
nos traités sont d'autant plus utiles qu'ils doivent
aider à moissonner cette immense récolte qui se
lève de tous points.
» Jamais cadre plus merveilleux et plus favo-
rable qu'Anvers, la ville artistique par excellence,
n'aura été trouvé pour nos études.
» Demandons lui donc, comme autrefois les
maîtres chanteurs à la vieille cité nurember-
geoise, d'éclairer nos travaux d'un reflet de sa
glorieuse auréole. »
Voilà qui est bien pensé et dit d'une façon
charmante. M. Kufferath.
Ï
LES FÊTES D'OEAÎ^GE
L a paru dans la presse quotidienne des
correspondances dithyrambiques sur les
.^^^ fêtes dramatiques, données au début du
mois d'aoTit sur le théâtre antique d'Orange.
La critique sérieuse est plus réservée quant au
résultat artistique de cette intéressante tenta-
tive.
« Il ne faudrait pas se faire trop d'illusions
sur l'avenir et la portée de l'entreprise i» , écrit
M. J. du Tillet dans la Revue bleue.
« J'ai lu un peu partout le mot de Bayreuth
français ; et vous pensez si nos bons Félibres
se sont gargarisés avec ce vocable flatteur et
sonore. Bayreuth n'a rien à voir ici, n'en
déplaise à M. Paul Arène. Sans prétendre
analyser tout ce qui distingue les représenta-
tions de Bayreuth de celles d'Orange, il faut
bien rappeler qu'il existe entre elles des diffé-
rences assez sensibles ;... que les premières, — ■
supposant égale la « nouveauté » du réper-
toire, — offrent cet attrait d'interprétations
exceptionnelles ; qu'on y trouve une réunion
d'artistes, des drames et un « ensemble n qu'on
ne voit nulle part ailleurs, et qu'enfin l'adminis-
tration du Théâtre Wagner a des habitudes
d'intelligente courtoisie dont la municipalité
d'Orange n'a guère le souci. De celle-ci on a
tout dit. C'est M. Silvain empêché de venir
répéter son rôle, M. Saint-Saëns galamment
mis à la porte; c'est l'autorisation donnée à
quelques protégés d'aller verser à boire aux
spectateurs pendant la représentation, si bien
que les bouteilles de limonade accompagnaient
de leurs détonations les lamentations de Créon,
sur le corps de son fils!... Jamais on ne vit
LE GUIDE MUSICAL
pareil ahurissement, pareil manque de tact et
d'intelligence. »
A propos du théâtre même, voici ce que dit
M. J. DuTillet:
« Si l'on restaure le théâtre, qu'on ne le
restaure pas trop ; que l'on consolide ce qui
reste, qu'on n'y ajoute rien. Outre que la resti-
tution complète serait sans doute au-dessus de
nos forces, le théâtre, tel qu'il est aujourd'hui,
avec les gradins se confondant dans le rocher,
avec son mur de scène en ruines, est cent fois
plus imposant qu'il ne le serait, « remis à
neuf » . Avec le grenadier et le figuier poussés
dans les pierres qui encadrent la scène, il a, si
je puis dire, l'air naturel. On n'y sent plus ou
presque plus la main des hommes; la muraille,
sous le soleil, a pris les tons roux des rochers
qui ferment la salle et semble se confondre avec
eux. On dirait d'un admirable cirque naturel.
Et l'illusion s'augmente de tout ce que le décor
a d'inprécis ; les personnages ont vraiment l'air
de vivre en pleine nature, de vivre chez eux, et
non dans un décor de théâtre. Pour ne citer
qu'un exemple, vous vous rappelez qu'à la fin
du drame, Œdipe quitte la ville d'où Créon l'a
chassé. Si vous saviez quelle impression c'a été
de voir Mounet-Sully, au lieu de rentrer dans
une coulisse, descendre lentement les degrés de
la scène, passant sous les feuilles du grenadier
et disparaître dans les ruines, heurtant du pied
les pierres éboulées ! C'était vraiment la déso-
lation de l'exil qui commençait : on ne la
devinait plus seulement, on la « voyait ». Et
cela était poignant ! »
M. J. Du Tillet voudrait qu'on essayât, au
théâtre d'Orange, de représenter quelques-unes
des tragédies classiques françaises. Elles se
trouveraient, par leur conception même, mieux
« situées » que toutes autres dans cet admi-
rable décor. Les drames « intérieurs » qui font
le sujet de ces tragédies prendraient ici une
hauteur et une ampleur nouvelles. A ce point
de vue, le succès d'AnHgone paraît significatif
à M. Du Tillet.
« Une part, une part très grande, en revient à
M"<^ Bartet. Les plus fervents admirateurs de
la délicieuse artiste n'étaient pas sans crainte
sur le succès : on craignait de voir sa délicate
silhouette comme écrasée par le gigantesque
du décor. C'a été un délice et une surprise. Dès
la première entrée, quand elle erre devant le
palais à la recherche d'Ismène, c'a été un
enchantement. C'a été un ravissement dès les
premiers vers : la justesse et la grâce des atti-
tudes, la noblesse de la diction, cette voix qui
paraît frêle dans une salle de théâtre, et qui ici
avait une sonorité merveilleuse... Son succès,
son succès personnel, a été prodigieux, cent
fois, mille fois plus grand qu'il n'avait été à
Paris ; il est allé augmentant d'acte en acte
jusqu'à la fin... Eh bien, je suis convaincu
qu'il arriverait pour Racine ce qui est arrivé
pour M'ii^ Bartet. Ces drames intimes, ces
drames de cœur, loin d'être écrasés par l'im-
mensité du cadre, grandiraient avec lui. Les
détails délicats prendraient plus de force et
frapperaient plus fort. Ce qui est curieux et
presque incroyable, dans cette salle énorme,
« les effets portent » plus que dans un théâtre
ordinaire. Certes, le point de départ à'Atîti-
gone est exclusivement grec : il tient si fort
aux mœurs antiques que le public devrait,
semble-t-il, avoir quelque peine à entrer dans
les sentiments des personnages. Mais, ici
comme à Paris, bien plus qu'à Paris, le public
a été immédiatement saisi par ce que ce drame
(( national » contient d'humanité éternelle. Il
ne s'agissait plus de savoir si Antigone avait
versé selon les rites la terre et l'eau sur le corps
de son frère, mais si l'ordre d'un tyran empê-
cherait une sœur de vénérer la mémoire de
son frère mort. Les « libations » n'étaient
qu'une forme de la tendresse fraternelle. Et c'a
vraiment été une merveille de voir combien cet
immense public a compris vite le fond du
drame, et s'y est aussitôt attaché. C'est pour
cela que les tragédies de Racine, plus que
toutes les autres, semblent devoir produire un
effet considérable au théâtre d'Orange. »
M. Du Tillet parle, àce propos, d'^ thalic sur-
tout si, aux chœurs terriblement monotones que
l'on chante au Théâtre-Français, on prenait le
parti de substituer ceux de Mendelssohn.
«Ne croyez pas que la musique ne convienne
pas au théâtre d'Orange. L'épreuve de ces der-
nières représentations est aussi concluante que
possible. L'orchestre du Théâtre-Français est
d'une sonorité insuffisante, la musique deMem-
brée pour Œdipe-Roi estfaite pour laisser en-
tendre la parole ; et si les superbes chœurs
à' Antigone ont été massacrés de la façon la
la plus scandaleuse, ce n'est assurément pas
de la faute du théâtre, mais des choristes. Ah!
les misérables !... Croyez, au contraire, qu'avec
un vrai orchestre, de vrais chœurs et de vrais
chanteurs, la musique produirait ici un effet
imposant. Je n'en veux pour preuve que l'im-
pression très vive que M"^ Bréval a faite dans
la. Pallas-Athéttê de M. Camille Saint-Saëns.
Dans un cadre aussi vaste que celui-ci, il ne
faut (( représenter » que des idées générales, des
LE GUIDE MUSICAL
649
sentiments généraux, mais avec toutes leurs
nuances. Et c'est là, je pense, le domaine de la
musique u.
X'ib^mne b'Hpolloii
Nous recevons la lettre suivante de M. L.
Nicole en réponse à la dernière lettre de M.
Th. Reinach.
Monsieur le Directeur,
Serez-vous assez bon pour m'accorder enccHp
une fois l'hospitalité de vos colonnes?
Je ne pensais pas pousser plus loin les débats
sur V Hymne à Apollon ; mais M. Reinach me donnant
un démenti dans la lettre que vous publiez, il me
sera bien permis, je pense, de répondre quelques
mots.
Je maintiens ce que j'ai dit à propos de l'exécu-
tion de l'hymne à Constantinople.
M. Reinach parle, dans sa lettre, de la première
exécution de l'hymne. En effet, comme je l'ai dit,
c'est sa version, avec l'accompagnement de M.
Radeglia, qu'on a donnée en premier lieu. C'est
plus tard, lorsque cette version était déjà publiée
à Constantinople, que M. Cambon a fait demander
la mienne, encore en manuscrit, et c'est d'après
une lettre de la légation française à Constanti-
nople à M. HomoUe que j'ai parlé des succès que
ma version y avait obtenus.
Au reste, si M. Reinach le désire, je pourrai,
sitôt rentré à Athènes, dans trois ou quatre se-
maines, lui prouver, pièces à l'appui, ce que
j'avance.
Autre chose. M Reinach s'étonne que, préfé-
rant ma version à la sienne, M. Homolle ne l'ait
pas insérée dans le Bulletin de l'Ecole d'Athènes
(I à la suite ou à la place de la version Reinach ■ .
M. Homolle m'a précisément fait demander ma
version pour la publier dans le dit Bulletin, ei ma
réponse a été celle-ci :
« M. Reinach ayant été chargé le premier offi-
ciellement de la musique de cet hymne, il ne serait
pas délicat vis-à-vis de lui, je pense, de publier
dans votre Bulletin autre chose que ce qu'il a écrit
à ce sujet. »
Je crois donc avoir agi, en ce cas, avec une
délicatesse dont je suis singulièrementrécompensé.
L'Ecole française est revenue à la charge auprès
de mon éditeur, lorsque je lui eus cédé mes
droits sur ma version, mais celui-ci a aussi refusé.
Je regrette que M. Reinach ne mette pas plus
de courtoisie dans ce débat. Il est vrai qu'après la
manière «cavalière» dont il répond à vos premières
critiques, je n'avais pas le droit, moi, un inconnu
pour lui, de m'attendre à beaucoup de ménage-
ments de sa part.
Néanmoins, comme il répugne à mes sentiments
de continuer cette controverse sur le ton agressif
que M. Reinach croit devoir lui donner, et que,
par conséquent, nous ne combattrions pas à armes
égales, je considère cette discussion publique
comme close, de mon côté du moins.
Agréez, Monsieur le Directeur, avec mes remer-
ciements pour votre hospitalité, l'assurance de ma
considération distinguée. Louis Nicole.
CbroniQue ôe la Semaine
PARIS
La moyenne de production des prix de
Rome, en tenant compte du grade bizarre de
« premier second grand prix », est d'zm sujet
par an (négligeons les fractions). Après le bruit
du triomphe, la gloire de l'exécution acadé-
mique devant la réunion de tous les habits à
palmes vertes ; après le séjour, absurde pour
un musicien, dans la Ville éternelle, où il ne fait
guère rien de sérieux, ainsi que le constatent
piteusement les rapports de l'Institut sur les
envois de Rome, l'heureux lauréat s'en revient
à Paris croyant que la fête va continuer.
Plus rien ! Il rentre dans la foule oublieuse,
stupéfait, puis mécontent. L'Académie, qui l'a
séduit, sinon suborné, s'occupe déjà de sourire
à d'autres adolescents plus jeunes. Mais le
revenant a des droits ; du moins il croit en
avoir. Voyant que les théâtres ne lui sont pas
largement ouverts sur la vue de ses diplômes
— les directeurs s'absorbant dans l'exploitation
circulaire du vieux répertoire, — il se plaint, il
menace, il ameute l'opinion sur la situation
qui ne lui est pas faite. Alors, pour temporiser,
pour calmer provisoirement le famélique, on a
trouvé ceci : « Tous les deux ans, l'Institut
désigne au ministre cinq prix de Rome, pour
qu'il choisisse parmi eux le compositeur qui
aura la faveur de faire jouer deux actes dans
l'année à l'Opéra. «
Voilà, en fait d'alouettes rôties le parcimo-
nieux rogation qu'on exhibe ostensiblement
avant de le décerner.
« Tous les deux ans « — alors qu'il y a un prix
de Rome annuel, en moyenne! L'Institut
escompte ceux qui renonceront, ceux qui tour-
neront mal, ceux qui — plus rares — réussi-
ront sans lui.
« La faveur! » Vous entendez; on vous a,
déjà donné ; ceci est pure bonté d'àme. On
650
LL GUIDE MUSICAL
vous a fait espérer de hautes destinées, on vous
a grisé, mais on ne vous doit rien.
(( Deux actes ! » C'est rationné comme à
l'asile de nuit. Eussiez-vous le tempérament
d'un tragique de longue haleine ou la grâce
menue d'un ciseleur, qu'importe ! deux actes.
Il ne manque que le nombre de mesures (avec
ou sans les reprises).
Et le plus curieux, c'est qu'on trouve encore
moyen de fausser cette insuffisante et dérisoire
institution ; on la fausse dans son esprit, en ce
sens que les directions jouent les pièces impo-
sées, de mauvaise grâce, en fin d'année, ou
avec la distribution la moins brillante ; ceci, on
le comprend de la part d'industriels qui visent
à réduire les frais et réservent leur sollicitude
pour le bon moulin quotidien.
Mais le comble, c'est l'Institut, c'est l'Etat
méconnaissant le but réel de cet encourage-
ment déjà si mesquin. Au lieu de réserver cette
« faveur » aux jeunes compositeurs débutant
dans la vie artistique, on l'a accordée le plus
souvent à des musiciens d'une autre génération
qui se sont souvenus, sur le tard, de leur titre
de prix de Rome et l'ont emporté, dans le choix
ministériel, sur leurs concurrents plus jeunes.
Certes, MM. Bourgault-Ducoudray et Lefebvre
étaient dans leur droit, et leurs partitions Tha-
mara et Djelma méritaient en tout point
d'affronter la rampe. N'est-il pas désolant,
cependant, de constater un [lareil état de choses,
que des artistes à qui leur talent et leur ancien-
neté auraient dû procurer les attributions con-
venables, aient dû, pour forcer les portes d'un
théâtre dont le mécanisme et la subvention font
un établissement ouvert à tous, recourir à cette
sorte d'expédient, car iln'}' a pas d'autre mot!
Il serait grand tijmps que, devant l'eflet déplo-
rable d'un pareil fonctionnement, on se souciât
d'y mettre bon ordre.
Cette année, la liste des candidats était la
même qu'il y a deux ans, à part naturellement
M. Lefebvre dont le tour a eu lieu. Les autres,
MM. Rousseau, Pierné, Huë et Charpentier,
quatre jeunes musiciens intéressants à plus
d'un titre, étaient classés par ordre d'ancienneté
(l'ancienneté dans les jeunes gens, c'était déjà
joli) ! Ils ont été évincés par un professeur du
Conservatoire, homme bien calé qu'on croyait
avoir renoncé, pour le professorat, à la com-
position militante.
On a désigné M. Charles Lenepveu pour la
composition des deux actes que l'Opéra doit
jouer cette année. Félicitons M. Lenepveu de
l'aubaine qui lui arrive. L'Institut eût pu -|*'
moins bien choisir.
Mais, encore une fois, n'est-il pas regrettable
qu'une chose conçue dans un bon esprit soit
détournée de son but primitif, et peut-on quali-
fier autrement que de fumisterie une pareille
organisation? M. R.
« I^a construction des fondations de l'Opéra-
Comique sera terminée vers la fin du mois
d'octobre. »
Telle est la nouvelle officielle. Ajoutons que
de grandes fêtes se préparent à cette occasion,
qui seront données dans la partie déjà cons-
truite, aménagée à cet effet : fancy-fair, con-
cours d'orphéons, bal de nuit, courses de
taureaux, ballon captif, etc. ! Une cantate solen-
nelle, le Phcenix pas pressé... ou Chivapiano...
Valentino, paroles d'A. Thomas, airs nou-
veaux par J. Barbier, accompagnements par
Carvalho (Heugel, éditeur), sera exécutée par
l'orchestre et les chœurs du Théâtre-Français.
Quant à l'inauguration de l'Opéra-Comique
complètement reconstruit, elle coïncidera — les
mesures sont déjà prises — avec la deux
millième de Misrnon.
Une nouvelle qui sera certainement bien
accueillie : M. Félix Mottl viendra diriger cet
hiver une exécution des Troyens de Berlioz
dans un théâtre non encore désigné, mais qui
pourrait bien être l'Opéra. On monterait, à cette
occasion, non seulement les Troyens à Car-
tilage, mais la Prise de Troie, qui sert de pro-
logue et que M. Mottl a montée il y a quatre
ans, pour la première fois, à Carlsruhe.
M. Carvalho a consenti à restituer la parti-
tion des Troyens et à renoncer à donner cette
œuvre à l'Opéra-Comique, où elle n'était pas à
sa place et où elle ne pouvait rencontrer les
éléments d'exécution nécessaires. Il est fâcheux
qu'il faille aller chercher à l'étranger un chef
d'orchestre pour diriger le chef-d'œuvre du
maître de la Damnation de Faust. Mais il
faut bien convenir que nous ne possédons en
ce moment, à Paris, aucun chef capable de
rivaliser avec un Mottl, un Richter ou un
Hermann Levy.
Il n'est pas impossible, d'ailleurs, que M. Fé-
lix Mottl soit appelé aussi à diriger la première
de Tristan et Iseiilt à l'Opéra. Cette première
aura lieu du 20 au 26 avril, irrévocablement.
C'est le ténor Van Dyck qui chantera le rôle
de Tristan, et M"': Breval celui d'Iseuh. M. Re-
naud est chargé pour le rôle de Kurwenal,
M. Delmas pour celui du Roi. La titulaire du
rôle de Brangaine n'est pas encore désignée.
LE GUIDE MUSICAL
651
M. Van Dyck sera à Paris le 6 avril pour la
première répétition d'ensemble.
Signalons aux chefs d'orchestre qui vou-
draient rajeunir leur répertoire une courte
pièce symphonique, les Laudes, paysage bre-
ton pour orchestre, par M. J.-Guy Ropartz.
Ce n'est pas de la musique descriptive, malgré
son titre ; c'est plutôt un paysage intérieur : une
notation sentimentale à l'unisson des horizons
mélancoliques de la Bretagne.
Après l'exposition en style fugué d'une
phrase de rythme indécis et d'harmonies
troubles, un thème plaintif de hautbois se
déroule en appels répétés. Un crescendo très
serré de travail soutient l'intérêt du développe-
ment et aboutit à l'explosion des forces orches-
trales en large coup de vent, puis l'apaisement,
peu à peu, se fait, le paysage reprend sa torpeur.
L'impression, la perspective lointaine sont
d'une touche aussi sûre qu'artistique.
Les qualités personnelles de l'auteur s'y
retrouvent : une distinction soutenue et un
soin constant de correction dans les plus
épineux passages ; et aussi les défauts de ces
qualités : le chromatisme mélodique parfois trop
tendu et certaines harmonies indécises jusqu'à
l'équivoque. Mais, comme acquis sensible de-
puis des œuvres antérieures, il faut noter plus de
doigté dans l'art de développer et plus de sou-
plesse de plume dans l'aisance de l'écriture.
Dans cette œuvrette, malgré l'âpreté de la
jeunesse, s'affirme déjà un faire plus calme,
une force tranquille. M. R.
f
A Monte-Carlo, on annonce pour le prochain
février la Jacquerie, l'ouvrage laissé inachevé
par Edouard Lalo et que M. Arthur Coquard
avait été chargé de terminer. M. Coquard vient
de mettre la dernière main au délicat travail
qui lui avait été confié.
M . Arthur Coquard a terminé également un
petit opéra, les Fils de JaJiel, sur un sujet
breton qu'il a présenté au théâtre de la Monnaie.
Sous la direction de M Léon Jehin, le Casino de
Royan vient de donner deux superbes représenta-
tions de Samson et Dalila, avec le concours de
M'"" Deschamps, la créatrice du rôle à Paris, et du
ténor Bucognani, engagé à Nice pour la prochaine
saison.
Quelques jours avant. M"" Sanderson avait
chanté, avec le baryton Fugère, le rôle de Phryné,
son dernier succès à l'Opéra-Comique. Inutile de
dire le chaleureux accueil fait à l'artiste qui, dans
ce rôle suggestif, déploie tant de charme et de
talent.
Samson et Dalila vient de remporter aussi un vif
succès à Aix-les-Bains. M"" Delna,qui abordait
pour la première fois le rôle de Dalila, a été abso-
lument remarquable ; M. Vergnet (Samson),
M. Mondaud (le Grand-Prêtre) ont mérité égale-
ment tous les éloges. M. C. Saint-Saëns assistait à
cette soirée de triomphe.
Statistique intéressante pour faire suite au con-
grès littéraire d'Anvers,
La Société des auteurs et des compositeurs dra-
matiques vient de publier le tableau des recettes
réalisées pendant le cours de l'année théâtrale
1893-1894, par les théâtres de Paris
Ce tableau comprend non seulement le chiffre
des recettes brutes, mais aussi le montant des
droits d'auteur qui ont, pendant le même laps de
temps, été perçus par les agents généraux de la
Société dans les trente théâtres de Paris.
La recette brute s'élève au total de 20 millions
271,602 fr. 67, sur lesquels les auteurs ont perçu
I million 989,718 fr. 32.
Les résultats de la campagne qui vient de finir
marquent un accroissement notable sur ceux de
l'exercice 1892-1893, dont les recettes ne s'étaient
élevées qu'à 19,033,317 fr. 10.
Les droits d'auteur ont naturellement bénéficié
de cette augmentation; en 1892-1893,113 n'avaient
atteint que 1,934,182 fr. 92 c.
Ils ressort de cette statistique que, quoi qu'on
en ait dit, les théâtres parisiens, loin d'avoir souf-
fert d'une <c crise » — dont on a trop parlé, —
ont, au contraire, bénéficié d'une plus-value consi-
dérable sur les années précédentes.
Il est juste de reconnaître aussi que les «vrais»
théâtres ont été privés par trois établissements —
du genre « cafés-concerts, bals publics et concerts-
spectacles », — ^ de plus de deux millions et demi
de francs : les Folies-Bergère, le Casino et
l'Olympia.
Que serait-ce si on faisait entrer en ligne de
compte l'Eldorado, la Scala, l'Eden-Concert et
tous les cafés-chantants qui pullulent dans Paris ?
Plus de deux millions de recettes sont « détour-
nés », des théâtres parles cafés-concerts!
BRUXELLES
Nous reproduisons ci-après le tableau du
personnel du théâtre royal de la Monnaie pour
la saison 1894-95 :
Chefs de service. — MM. P. Pion, pre-
mier chef d'orchestre ; L. Dubois, chef d'orches-
652
LE GUIDE MUSICAL
tre; Gravier, régisseur général ; Léon Herbaut,
régisseur ; Laffont, maître de ballet ; Desmet,
régisseur du ballet; Louis Maes, P. Mailly,
Nicolay, pianistes- accompagnateurs ; Louis
Barwolf, bibliothécaire ; Achille Chainaye,
secrétaire; Bullens, chef de la comptabilité ; L.
Brusselmans, machiniste en chef; Feignaert,
costumier; Bardin, coiffeur; Colle, armurier;
Jean Cloetens, préposé à la location, contrôleur
en chef; Maillard, percepteur de l'abonnement.
Lynen et Devis, peintres-décorateurs.
Artistes du chant. — Ténors : MM. Cossira,
Casset, Bonnard, Isouard, Depère, Guignot et
Gillon.
Barytons ; MM. Seguin, Beyl et Ghasne.
Basses : MM. Dinard, Sentein,Journet, Gili-
bert, Danlée et Maas.
Cantatrices : M^es Simonet, Tanésy, Ar-
mand, Cossira, Mérey, Lejeune, Belina, Girard,
de Koskilde, Hendrikx, Bolle et Légenisel.
Coryphées : Mm^s Estelle, Delignot, Lalieu
et Derudder ; MM. Deville, Van Brempt, Van-
derlinden, Piens, Simonis, Krier, Roulet et
Van Aker.
Artistes de la danse. — Danseurs ."MM.
Laffont, Artiglio Lorenzo, Desmet et Steene-
bruggen .
Danseuses ; M^^s Térésita Riccio, Adrienne
Charensonney, Lalanne, Jeanne Dierickx et
Zumpichell.
Huit coryphées, 32 danseuses et 12 dan-
seurs.
Chœurs : 86 voix.
Orchestre : 86 instrumentistes.
Musique de scène ; i chef et 20 musiciens.
20 machinistes, 3g employés placeurs et ou-
vreuses, 3o habilleurs et habilleuses.
Ce document vient confirmer et compléter
les renseignements donnés, sur la composition
de la troupe, dans le dernier numéro du Guide
Musical.
Les artistes que nous n'avions pas men-
tionnés sont, du côté des hommes, M. De-
père, remplaçant M. Barbary en qualité de
trial, et M. Journet, engagé comme seconde
basse. Du côté des dames : M"= Jeanne Mérey,
une débutante, élève de M^e Rosine Laborde,
engagée pour l'emploi de chanteuse légère
d'opéra comique, tenu l'an passé par M"^
Horwitz; M"ie Belina, une élève de M™'^Viardot,
qui fait également ses débuts au théâtre et
remplira les rôles de chanteuse légère de giand
opéra, confiés la saison dernière à M"'= de Noce ;
et M"e Girard, qui nous vient de l'Opéra de La
Haye et qui remplacera Mm« Paulin dans les
rôles de dugazon ; M"»; Girard a appris le
chant chez M'°^ Marchesi. Enfin M "« Adrienne
Charensonney succède à M"« Rivolta comme
danseuse de demi-caractère.
Quant au personnel des chefs de service, il
n'a subi aucune modification : orchestre, scène
et ballet restent placés sous la même direction
que la saison dernière
L'ouverture se fera le lundi 3 septembre, pa
FflM5<, qui servira de rentrée à MM. Cossira,!
Seguin et Danlée et à M"°" Tanésy et Legé«f
nisel. M. Beyl fera sa première apparition dans
le rôle de Valentin et M"e Girard dans celui def
Siebel.
Le lendemain, on jouera Werther, aveci
MM. Bonnard, Ghasne, Gilibert, Depère etl
Danlée, M''^^ Lejeune et Bolle.
Mercredi, Orphée, pour la rentrée d^
M"e Armand.
Jeudi, Mireille, pour la première apparitior
de Mlles Merey et de Roskilde et la rentrée de
M. Sentein.
A l'Alcazar, le 5 septembre, première dej
l'A niour en livrée, paroles d'Albert Carré et
Paul Meyan, musique de notre confrèrel
Georges Street, du Matin.
Le Conservatoire de Bruxelles fera sa réou-1
verture demain lundi, 3 septembre.
M. Alhaiza, se rappelant le succès obtenu!
jadis au théâ-tre Molière, par V Artésienne deï
Daudet, s'est décidé à reprendre ce beauî
drame avec la musique de Bizet. La première]
aura lieu le i5 septembre. La délicieuse et'
poétique partition de Bizet sera exécutée par
un orchestre complet, dirigé par M. Van Dam,
chef d'orchestre au Conservatoire. Les chœurs
seront conduits par M. Goossens, directeur des
Artisans Réunis.
On nous écrit d'Ostende : Très grand succès
pour le concert d'Emile Mathieu au Kursaal.
Leprogrammecomprenait l'exécution de Freyr
et du Hoyoux, deux des plus délicieuses com-
positions du maître louvaniste. On a beaucoup
admiré la voix de Mi'i^ Flament qui a superbe-
ment fait résonner son contralto dans la grande
salle du Kursaal. Les autres solistes étaient
Mlle Vranckx, M. Tondeur et M. Van l^eeuw,
qui ont eu chacun leur part de bravos.
L'orchestre et les chœurs ont bien marché,
sous la direction de l'auteur.
LE GUIDE MUSICAL
653
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — L'audition des œuvres de
M. Emile Mathieu, à l'Exposition, n'a pas
obtenu le succès auquel elle avait droit. On avait
imposé au compositeur une exécution en plein air
d'œuvres qui, en raison de leur caractère et de
leur écriture raffinée, ne pouvaient se prêter à
l'audition à ciel ouvert. On ne saurait trop regret-
ter cette faute. D'autre part, M. Mathieu n'a pu
obtenir un nombre sutîîsant de répétitions; la
faiblesse de l'exécution en a fourni une preuve
frappante. Une simple audition, au piano et dans
une salle convenable, de cette délicieuse page qui
a pour titre le Hoyoux nous eût mieux plu que
l'interprétation quelconque en plein vent qui nous
a été donnée. A part la scène de la forge, avec sa
note vigoureuse et bien caractéristique, bien des
pages se sont noyées dans l'inattention, le public
des jours de fête ayant été, comme toujours, fort
turbulent.
Admirons pourtant, sans restriction, la belle
voix de M™" Soetens-Flament, dont les notes
sonores portent merveilleusement. M"= J.Flament
a également bien dit son solo dans le Hoyoux ; et le
baryton, M. A. Tondeur, a été vivement applaudi.
Mais M. Mathieu a droit à une revanche.
Le second concert Saint-Saëns, ayant eu lieu
dans la salle des fêtes, s'est présenté à nous avec
d'autres avantages. Et, pourtant, tout n'a pas
marché à souhait, malgré le talent incontestable
des interprètes. M. Delaborde, l'éminent pianiste
parisien, après avoir été très applaudi pour son
interprétation magistrale du concerto en mi bémol
de Saint-Saëns, n'a pas cru devoir remplir le reste
du programme, où il était inscrit pour trois soli.
Ce manque d'égards vis-à-vis du public n'a pas
laissé de paraître un peu cavalier.
Nous avons admiré le beau talent de M™" Hé-
glon. L'artiste est douée d'une voix chaude et bien
timbrée, et sa diction, surtout dans la Fiancée du
Timbalier, a été des plus remarquables. Un incident
s'est produit à ce moment qui a failli compro-
mettre l'exécution de cette belle composition ;
mais je n'y insisterai pas, me bornant à dire que
l'orchestre, qui avait eu de nombreuses répétitions,
aurait dû marcher d'une façon irréprochable.
On a beaucoup applaudi M. Noté, dont la dic-
tion s'est fort perfectionnée depuis deux ans.
Il nous a fait entendre, avec M"'« Héglon, la
scène d'Horace mise en musique par Saint Saëns.
Je dôme que dans cette œuvre le maître français
ait montré un goût parfait; les vers de Corneille
ne gagnent point à être chantés; je suis même cer-
tain qu'ils perdent de leur grandeur.
Les concerts de musique ancienne sont toujours
fort suivis au Vieil-Anvers, grâce au charme péné-
trant de ces vieux chants et aussi à l'e.xécution
soignée que l'on nous en offre. Nous avons parti-
culièrement remarqué, au dernier concert, un fort
b^au madrigal de Roland de Lassus et une char-
mante chanson, le Coucou, que M™ Soetens-Fla-
ment a dite de ravissante façon.
11 nous faut citer aussi une série d'auditions de
piano. M. Ed. Potjes, depuis peu professeur au
Conservatoire de Gand, s'est fait entendre sur les
pianos Blûthner. Le succès de l'excellent artiste
a été très mérité, car il joint à im toucher ferme
une interprétation raisonnée des œuvres.
Mlle Falkenstein, lauréate du Conservatoire de
Bruxelles, s'est fait entendre quelques jours plus
tard sur les pianos Erard Malheureusement, la
sympathique pianiste a été interrompue à diverses
reprises par des bruits fort discordants, partis des
sections voisines. Cela n'a pas empêché le public
d'apprécier les belles qualités de M^'' Falkenstein,
qui aurait peut-être fait plus d'effet en variant
davantage son programme. A. W.
{D'un autre correspondant)
Très intéressante audition musicale (Pianos
Erard) la semaine dernière à l'Exposition d'Anvers.
M. Arthur Wilford, compositeur distingué, élève
du regretté Auguste Dupont, s'y est fait entendre
et applaudir de façon spéciale.
Vrai pianiste, au jeu sobre, modéré, M. Wilford
a interprété diverses œuvres de Grieg, Liszt, Ru-
binstein, donnant à chacune de ces pages cette
expression vraie, intime qui, seule, provoque l'émo-
tion élevée. A ce point de vue, l'Aria de Grieg à
été particulièrement intéressant.
Les difficultés n'existent pas pour M. Wilford;
aussi sa jolie valse de concert exécutée en dernier
lieu lui a-t elle valu de nombreux applaudisse-
ments.
Un violoncelliste distingué, M. Steindel, prêtait
à cette séance le concours d'un talent remarquable,
que nous souhaitons pouvoir apprécier davantage.
BLANKENBERGHE — Quinzaine très
mouvementée au Casino. Concerts extra-
ordinaires sur concerts extraordinaires. Nous
avons entendu d'abord M. Casset, le ténor engagé
pour la prochaine saison du théâtre de la Monnaie.
Il possède une voix d'un beau timbre et une dic-
tion honorable. Il a chanté les stances de Polyeucte
de Gounod et l'air du Freyschutz de Weber.
Mardi 21 août, M. Goetinck, l'habile chef
d'orchestre du Casino, a dirigé un concert Masse-
r.et. On a entendu, entre autres pièces de l'auteur
de Manon, les Scènes alsaciennes pour orchestre, très
bien enlevées, et les Erynnies, la suite d'orchestre
écrite pour le drame de Leconte de Lisle. C'est
une des bonnes œuvres du maître français, car
c'est d'une écriture personnelle et fantaisiste. Le
finale surtout a été bien accueilli.
M"'' Bender prêtait son concours à cette audi-
tion Elle a dit d'une voix agréable le grand air
d'Hérodiade etVElésie.
654
LE GUIDE MUSICAL
Pour finir, une très bonne exécution de l'ouver-
ture de Phèdre.
A citer encore le concert de M. Warmbrodt,
ténor des concerts du Conservatoire de Paris, qui
a chanté l'air de VEnfnnce du Christ de Berlioz et
des mélodies fort bien choisies de Mozart, Rossini,
Saint-Saëns et Th. Dubois.
Le lendemain, concert de musique belge. L'or-
chestre a exécuté des fragments du Pierrot trahi
d'Emile Agniez et son ouverture pour Fridolin;
Rigodon, Orientale et Springdans norvégien d'A. De
Greef, et marche des Communiers flamands de Léon
Dubois. M"" Rachel Neyt a chanté des mélodies
de E. Agniez, Van Dam, De Greef et Léon Dubois.
La grande attraction était le concert Ysaye.
L'éminent professeur du Conservatoire de Bru-
xelles a obtenu un succès enthousiaste. Quelle
ovation après la Fantaisie écossaise de Max Bruch,
mais aussi quelle exécution magistrale de cette
œuvre pénétrante! Quels applaudissements encore
après les Airs hongrois cVErnstl
Ce même soir, l'orchestre du Casino exécutait
des oeuvres de choix : des fragments des Maîtres
Chanteurs de R. Wagner, le Rouet d'Omphale de
C. Saint-Saëns et l'ouverture de Léonore de Beetho-
ven. Par une fantaisie charmante, pour répondre
aux rappels continus et aux ovations, M. Ysaye
s'est mis au premier pupitre des violons et a joué
sa partie dans l'ouverture de Léonore avec sa fou-
gue accoutumée. L.
("^ AND — Voici le tableau de la troupe du
31" Grand-Théâtre pour la saison de 1894-1895 :
Administration : M. Horace Martini, directeur
administrateur.
Orchestre : MM. Nicosias, i" chef de grand
opéra, traductions et opéra comique; Koderitsch,
2* chef d'opéra-comique et d'opérette, pianiste
accompagnateur et organiste.
Artistes du chant. — Ténors : MM. Gauthier,
Roger Dupuy, Coumont, Roussel et Stevens.
Barytons : MM. Carroul, Duvernet et Duc.
Basses : MM. Vallobra, Pourret, Milbert et Saint-
Martin. Soprani : M">''^ Kériva, Martini, Tachel,
Dupont et Lecuyer. Mezzo-soprani : M'i^s Valdy,
Pourret et Dégustai. Contralti : M"''= Fremeau,
Reynaud et Blauwaert.
SPA. — Quoique la saison n'ait guère été
réussie, il convient de signaler le grand
succès obtenu par M. Isnardon,dont on admire
toujours l'excellente diction et la jolie voix. Un
récital intéressant a été donné dans la salle des
fêtes, au Casino, par le pianiste Jean Sauvage
Programme choisi dont les parties principales
bien détaillées ont obtenu un succès bruyant. On
a surtout admiré l'exécution d'un Notturno de
Grieg, les Variations sur le nom d'Abegg, de
Schumann, Toccata de Dupont, l'étude n'^ ,3 de
Rubinstein, et le Saint Paul marchant sur les flots de
Liszt.
2SrO U V EL LES DI VERSES
Les fêtes théâtrales de Bayreuth ont pris fin
le 19 août dernier, par une représentation de
Parsifal, qui ouvre et clôt traditionnellement
la « season » du Théâtre Wagner.
L'affluence des spectateurs a été, cette année,
exceptionnelle. Aux vingt représentations que
comprenait la série complète ont assisté trente-
cinq mille spectateurs, parmi lesquels huit
mille Anglais et quatre mille Américains. Le
nombre des spectateurs français et belges s'est
élevé à un millier. A en juger par ces chiffres,
les résultats financiers ont dû être brillants.
Chaque représentation a réuni environ mille
sept cent cinquante spectateurs, c'est-à-dire
qu'il y a eu constamment salle comble. La
place coûtant 2.5 francs, la recette totale a dû
s'élever à environ 875,000 francs. De cette
somme, il faut défalquer 35o,ooo francs qu'ont
coûté les décors et les costumes de Z,o/jÊ7i^nw
joué pour la première fois à Bayreuth, et les
gages payés aux artistes du chant et de l'orches-
tre, qui s'élèvent à plus de 200,000 francs.
Reste un boni d'environ 3oo,ooo francs qui
sera versé par la caisse du théâtre, au « fonds
de Bayreuth », pour assurer les représentations
futures.
Les représentations du cycle des œuvres de
Wagner continuent à Munich devant un public
très nombreux, composé en majeure partie
d'étrangers, parmi lesquels beaucoup de Fran-
çais. L'Anneau du Nibelung a de nouveau
produit une profonde impression.
On a beaucoup remarqué les nouveaux appa-
reils que la régie du théâtre de Munich avait
appliqués à la première scène du RJieingold,
qui nous montre les trois ondines nageant dans
les flots du Rhin.
La plus forte recette a été obtenue avec
Tristan et IseuH, qui a produit treize mille
cinq cents marks. C'est la recette la plus élevée
qui ait jamais été encaissée depuis l'existence
du théâtre de Munich.
Prochainement va paraître, chez Breitkopf et
Haertel, une nouvelle édition, soigneusement
revue, corrigée et considérablement augmentée
# de la grande biographie de Richard Wagner,
par C.-Fr. Glasenapp. Le premier volume
LE GUIDE MUSICAL
655
comprenant la période 1813-1843, vient de
paraître. La nouvelle édition est dans un
format plus pratique que la précédente.
Nous avons déjà fait allusion au très impor-
tant procès qui vient d'être gagné, en Amé-
rique, par la maison Novello de Londres. Il
s'agissait, dans ce procès, de fixer le sens exact
de la clause de la récente loi américaine sur la
propriété littéraire, qui exige, comme condition
de la protection, que l'œuvre d'art ait été im-
primée aux Etats-Unis. Le législateur améri-
cain, en définissant ce point de droit, a employé
le mot book, livre. La maison Novello a fait
plaider que le cahier de musique n'était pas un
livre et que, par conséquent, il n'était pas néces-
saire que les morceaux de musique fussent
gravés ou imprimés sur le territoire américain
pour avoir droit à la protection. C'est ce point
que le tribunal vient de trancher dans un sens
favorable à la thèse du demandeur. Il résulte
de là que les éditeurs européens de musique
peuvent désormais réclamer la protection du
Copyright A et en faveur de leurs publications
et poursuivre comme contrefacteurs, les impri-
meurs ou éditeurs, qui les pillaient auparavant
de la façon la plus scandaleuse.
Quand en sera-t-il de même pour les livres?
Le pianiste Paderewsky, qui est décidément
la coqueluche des Américains, va entreprendre,
cet hiver, une nouvelle tournée en Amérique.
Ce sera sa troisième apparition aux Etats-Unis.
Il fera entendre pour la première fois, le
27 décembre, au Metropolitan Opéra House, à
New- York, une Fantaisie polonaise pour piano
et orchestre, qu'il a récemment composée. Il
visitera ensuite les villes suivantes : Buffalo,
Cleveland, Détroit, Chicago, Indianapolis, Cin-
cinnati, Louisville, Saint- Louis, Kansas City,
San Francisco, Sait Lake City, Denver,
Omaha, Minneapolis, Saint-Paul, Chicago,
Milwaukee, Pittsburgh, Baltimore, Washing-
ton.
Si, après cette tournée, il n'est point million-
naire, c'est qu'il ne l'aura pas voulu.
Le nouveau Théâtre-Communal d'Amster-
dam a été inauguré officiellement samedi,
1"=' septembre. La remise solennelle des clefs
du théâtre à la ville d'Amsterdam a été faite à
onze heures du matin, au foyer du nouveau
théâtre, par le président de la commission exe-
cutive du Théâtre-Communal, le baron Tindal.
Le soir, à huit heures, a eu lieu une repré- ^
sentation de gala.
M . Sonzogno ne se contente pas d'être un
remarquable éditeur, il est aussi un imprésario
de premier ordre, et la façon dont il a lancé les
compositions des jeunes maestri édités par lui,
Mascagni, Leoncavallo,Samara, etc., témoigne
assez clairement de ses extraordinaires facultés
à ce point de vue. Sa dernière création est le
Théâtre-International qu'il a fait construire à
Milan et qui sera inauguré le 22 septembre
avec les Medici de Leoncavallo. La nouvelle
salle a été élevée sur l'emplacement occupé par
la salle de la Canobiana, non moins célèbre que
la Scala, et qui, construite la même année
que la Scala, en 1777, avait été inaugurée le
21 août 1779 par un opéra comique de Salieri,
la Fiera di Venezia. L'ancienne salle de la
Canobiana, qui depuis plusieurs années était
demeurée close, avait été rachetée, l'année der-
nière, par M. Sonzogno, qui l'a fait remanier de
fond en comble, démolir et reconstruire en
partie. A la salle de spectacle est annexée une
salle de concert.
La saison Sonzogno, qui s'ouvrira le 22 sep-
tembre, finira le 5 décembre, et M. Sonzogno
a l'intention de produire, dans ces onze
semaines, quatre œuvres italiennes nouvelles :
\e. Martyre, de Samara, Claudia, de Coronaro,
Graziella, d'Anteri, et Cristo di Valapert, de
Brunetti.
M. Sonzogno fera aussi jouer le Portrait de
Manon et Werther, de M. Massenet, Lakmé,
de Delibes, et Djaniileh, de Bizet.
Paleslrina — la petite ville du Latium dont
le nom est connu dans le monde entier — a
fêté, la semaine dernière, saint Agapit, son pro-
tecteur, par une fête de village : loterie, feux
d'artifice, foire, etc.
Mais, au milieu de la gaîté villageoise, un
événement musical digne d'une métropole
attirait l'attention des artistes : une exécution
vraiment hors ligne de la fameuse messe du
Pape Marcel a rappelé opportunément que,
cette année, a eu lieu le troisième centenaire de
la mort du Pr inceps Mîisicormn, de Père
Louis de Palestrina.
Cette exécution est due à l'abbé Millier,
directeur de l'école grégorienne, et à plus de
quarante artistes venus expressément de Rome,
parmi lesquels les maestri Ernest Boezi, Mat-
tini, Giannoli, Martinelli et Mori. L'exécution
a été remarquable comme richesse de coloris,
précision de rythme, d'intonation, équilibre et
juste interprétation de chaque épisode. On a
aussi beaucoup admiré l'exécution des vêpres,
656
LE aVIDE MUSICAL
particulièrement dans les psaumes de Vittoria
et de Viadana et dans le splendide Magnificat
de Roland de Lassus.
De nombreux artistes, entre autres M. Sgam-
bati, s'étaient rendus expressément à Palestrina
pour assister à cette fête musicale.
A Bordeaux aura lieu, l'année prochaine, un
congrès de l'art chrétien, qui s'occupera de
rechercher « la vérité artistique et le caractère
propre du chant grégorien)). Les dififérentes
écoles de plainchant seront représentées à ce
congrès, qui réunira les musicologues de toutes
les parties de la France. C'est le décret de la
Sacrée Congrégation des Rites maintenant le
statu quo en matière d'édition qui a motivé
l'idée de réunir un congrès sur la question.
Il est, paraît-il, question de donner l'an pro-
chain, au Théâtre d'Orange — le Bayreuth
français ! — des représentations de VHérodiade
de M. Massenet.
Bien qu'il faille s'attendre à beaucoup de
pujjisme dans l'entreprise des Tartarimpesarii,
on peut croire que cette nouvelle contient un
lapsus et qu'il s'agirait plutôt des Erynnies.
Mme Patti vient de signer avec M. O. Lafon,
ex-directeur des théâtres de Gand et d'Anvers,
actuellement directeur de l'Opéra de Nice, un
engagement pour la prochaine saison. La diva
donnera quatre représentations. M. Lafon s'est
aussi assuré le concours de M^e Nevada.
L'Opéra Royal de Berlin annonce pour le
mois de novembre la première représentation
d'un nouvel ouvrage .-iïa/fc//^, de M. Mascagni.
Un autre Ratcliff, \ynque celui-là, de M. Vavri-
nez, maître de chapelle de la cathédrale de
Pesth, sera produit vers la même époque au
théâtre allemand de Prague. Les deux opéras
sont tirés du drame de Henri Heine.
Le chef de la police de Munich vient de
prendre un arrêté par lequel il invite ses conci-
toyens, qui se trouvent incommodés par des
amateurs jouant du piano les croisées ouvertes,
à lui transmettre immédiatement leurs plaintes.
Le Droit d'auteur, de Berne, a publié, dans
son numéro du l5 juillet, un tableau systéma-
tique des œuvres musicales éditées en Alle-
magne en 1892 et en iSgS; nous le reprodui-
sons ci-après.
Les chiffres qu'il contient prêtent à des
rapprochements intéressants, quant à la pro-
duction de l'Allemagne dans les divers domaine
de la musique instrumentale et vocale. Oi
remarquera le chifïre particulièrement élevi
des œuvres de musique vocale, chiffre qui n>
s'est d'ailleurs accru que de dix unités de 1891
à 1893, tandis que le nombre des œuvres pou
piano sautait de deux mille huit cent quatre
vingt-cinq à trois mille deux cent quarante
deux. Très imposant aussi le nombre de
revues musicales : cinquante-trois en iSgS
Cette statistique détaillée, due à la Société dei
marchands de musique allemands [Verein det
deutschen Musikabinliœndler) n'avait pas ét<
dressée, paraît-il, pour les années antérieures i
1892. Il sera curieux d'en suivre chaque annéf
la publication.
ŒUVRES MUSICALES
Tableau systématique des œuvres éditées en iSff2 et en iSgS
A. Musique instrumentale
1 . Pour orchestre
2 . Pour orchestre à cordes ...
3 . Pour musique militaire
4 . Pour fanfares
5 . Concerts pour orchestre .
6 . Pour instruments à cordes .
7 . Pour instruments à vent .
8. Pour instruments à percussion .
9 . Pour harpe
10. Po\iT iattjo
11. Pour mandoline
12. Pour luth
i3. Pour guitare
14. Pour cithare
i5. Pour instr.à jouer par des enfants
16. Pour piano
17. Pour orgue
18. Pour harmonium
19. Pour accordéon, harmonica, etc.
B. Musique VOCALE
Musique vocale
C. Ecrits
1 . Livres et écrits concernant la mu-
sique
2 . Revues musicales
3. Livrets
4. Illustrations
Récapitulation
1893
1893
447
490
19
35
191
Iq5
i7
6q
8
28
5o6
683
218
370
7
20
27
12
2
I
20
79
I
—
12
6
794
625
I
7
2,885
3,242
143
i38
119
64
25
7
3,966
201
47
3,976
167
53
85
1892 1893
Musique instrumentale
Musique vocale .
Ecrits
5,462 6,071
3,966 3,976
325 325
9,753 10,372
Le Droit d'auteur donne également k
nombre des maisons d'édition d'œuvres niusi
cales en Allemagne pour les années 1881 £
LE GUIDE MUSICAL
657
1894. De cent quarante en 1881, il a subi une
marche à peu près régulièrement croissante
pour atteindre le chiffre presque double de
deux cent soixante-quatorze en 1894, ^^ 1"'
correspond à une augmentation moyenne
annuelle de dix environ.
[■ MM. Abbey et Grau vienxient de constituer
' leur troupe pour la prochaine saison du Metro-
politan Opéra House, à New-York.
La liste comprend les noms de M™" Melba,
Sibyl Sanderson, Eames, Bauermeister, Zélie
de Lussan, Lucile Hill, Scalchi, et de
MM. Jean de Reszké, Tamagno, Novelli,
1 Mauguière, Rinaldini, Ancona, Vaschetti,
I Maurel, Carbonne, Edouard de Reszké, Cas-
telmai-y, Plançon, Abramoff. Les chefs d'or-
chestre seront MM. Mancinelli et Bevignani,
: et nous relevons au programme de la saison
les ouvrages suivants : Thaïs, Esclarmonde,
Werther, Manon, Mignon, Lahné, Roméo et
Juliette, Falstaff, Otello, les Maîtres Chan-
teurs, Cavalleria rusticana, Samson et Dalila,
: Phryné.
Le Cercle royal le Lion Belge, de Liège,
organise, à l'occasion de son quarantième anni-
versaire, un concours international de chant
d'ensemble, fixé au dimanche et au lundi de la
Pentecôte, 2 et 3 juin i8g5. Le règlement du
concours sera envoyé sous peu aux sociétés
intéressées.
Celles qui, par erreur ou oubli, ne le rece-
( vraient pas, sont priées de le réclamer à M. Er-
nest Lehousse, secrétaire, 21, rue de l'Enseigne-
ment, à Liège.
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
A Bruxelles, le aS août, à l'âge de soixante ans,
■Gustave Frédérix, critique dramatique et littéraire
jde Vlndêpendance belge depuis trente-cinq ans,
membre de l'Académie royale de Belgique.
Gustave Frédérix était l'une des physionomies
littéraires marquantes de la Belgique, et sa mort
est pour les lettres belges une perte sensible.
; C'était un causeur étincelant et un écrivain de
race. Il a été très vivement et très injustement pris
à partie dans ces deux dernières années pour Tin-
différence qu'il avait montrée à l'égard du jeune
mouvement littéraire, indifférence qui n'était pas
justifiée, mais qui s'explique. Gustave Frédérix
appartenait à une période littéraire et artistique
antérieure, et il ne pouvait, par conséquent,
apporter dans l'appréciation des efforts de la
J^une Belgique l'exubérance et Tenthousiasme
généreux des créateurs de ce mouvement; il le
suivait néanmoins avec intérêt. Son esprit était
trop fin pour en méconnaître les mérites, mais son
goût était trop épuré pour en goûter toutes les
productions. Il appartenait à cette classe rare de
lettrés « qui gardent les sources n, comme dit
Daudet. Il tenait étroitement à la justesse de l'ex-
pression, à l'harmonie de la composition, à la
mesure en tout. Sa critique a manqué quelquefois
d'envergure et de hardiesse, mais elle ne fut jamais
ni mesquine, ni terre à terre, et le goût le plus sûr
inspira toujours ses jugements. Ses feuilletons
littéraires à V Indépendance belge, s'ils étaient réunis
en volume, constitueraient une contribution inté-
ressante à l'histoire des lettres et du théâtre dans
la seconde moitié de ce siècle, par les aperçus
personnels, les observations judicieuses, les sou-
venirs qu'ils renferment.
Car Gustave Frédérix, lié d'amitié avec quelques-
uns des grands esprits de la période romantique,
Victor Hugo, Vacquerie, Jules Simon, Alexandre
Dumas fils, Ludovic Halévy, etc., a semé ses chro-
niques hebdomadaires de propos, de saillies, de
remarques recueillis au cours de ses conversa-
tions et de sa correspondance avec tout ce qui
comptait dans les lettres à Paris, sous le second
Empire.
Gustave Frédérix a fait aussi de fréquentes
excursions dans le domaine de la musique, où il
apportait les mêmes qualités de goût et de finesse.
Il avait reçu une suffisante éducation musicale
dans sa jeunesse pour ne point parler sans compé-
tence de cet art qui l'attirait plus que la peinture.
Mais, là encore, des préférences d'écoles et des tra-
ditions auxquelles il était attaché ne lui ont pas
permis de voir toujours juste. Il ne fut pas gracieux
à Peter Benoit à ses débuts, et il eut des ironies
fâcheuses en ce qui concerne Wagner, dont il
avait cependant, l'un des premiers dans la presse
de langue française, salué la gloire naissante, avec
l'enthousiasme de ses vingt ans.
Il n'en était pas moins un fin connaisseur en mu-
sique, et si sa critique s'est méprise quelquefois
sur la valeur de tel ou tel maître, rarement elle a
touché à faux quand elle a signalé des défauts de
proportion ou de composition dans les œuvres
soumises à son jugement. Tout le premier, il
avouait l'erreur de ses premières impressions, et,
avec une bDnne grâce qui ne dissimulait aucune
reculade, il se laissait aller à adorer très franche-
ment ce qu'il avait commencé par brûler.
Par sa situation, il fut naturellement en relations
avec la plupart des directions théâtrales qui se
sont succédées à Bruxelles, et, tant au théâtre du
Parc qu'au théâtre de la Monnaie, il a souvent,
par ses observations et ses conseils, rendu ser-
vice aux débutants qui venaient ici se former pour
des scènes plus vastes et de plus de retentisse-
ment. Son ironie et la vivacité de ses mots égrati-
gnèrent plus d'un artiste; mais elles ne furent
jamais malfaisantes; il avait le trait qui porte
juste, mais sans fiel et sans méchanceté, et ceux
658
LE GUIDE MUSICAL
qui l'ont connu de près et qui ont été à même
d'apprécier l'homme serviable, bon, très acces-
sible à l'émotion, qu'il était au fond, garderont de
lui le souvenir d'un esprit charmant et très supé-
rieur.
Gustave Frédérix était né à Liège en 1834. Il
était fils du général Frédérix, dont le nom restera
attaché à l'histoire de la fonderie de canons de
cette ville. Il appartenait à la presse depuis i855.
D'abord attaché à la Tribune de Liège (i855-58),
puis à VEcho du Parlement de Bruxelles, il était
passé à V Indépendance belge, dont il fut le collabora-
teur assidu jusqu'à sa mort. Le 4 mai 188S, il avait
été élu membre correspondant de l'Académie de
Belgique et en 1889 membre effectif.
Ses funérailles ont été célébrées le mardi
28 août, au milieu d'une afiluence extraordinaire
d'amis et de connaissances, où l'on remarquait
tout ce que Bruxelles compte de notabilités artis-
tiques et littéraires : MM. Gevaert, J.-B. Colyns,
Alphonse Mailly, Léon Jouret, Stoumon, Cala-
bresi, Emile Leclercq, Emmanuel Hie!, Aph. Wau-
ters, Candeilh, Alhaiza, Hennebicq, Jean Robie,
le ijourgmestre Buis, Jules Guillery, ministre
d'Etat, Charles Potvin, Charles Piot, le docteur
Vleminckx, ancien président du Cercle artistique,
Charles Tardieu, Victor Hallaux, Gustave Le-
maire, Léon Dommartin, Gérard Harry, de nom-
breux confrères de la presse bruxelloise, etc., etc.
Trois discours ont été prononcés à la maison mor-
tuaire, par M. Gaston Bérardi, directeur de Vin-
dépendance belge, par M. Alph. Wauters, au nom de
l'Académie, enfin par M.Paul Hymans, au nom de
la commission du Cercle artistique et littéraire.
M. K.
- A Côme, à l'âge de quatre-vingt-deux ans,
M""" Giovannina Lucca, veuve de Francesco
Lucca. M"" Lucca avait été autrefois, avec son
mari, à la tête de la célèbre maison d'édition Lucca
de Milan, qu'elle avait, par sa rare intelligence des
affaires et son travail. élevé au rang des premières
de l'Europe continentale. C'est grâce à M"" Lucca
que la musique moderne allemande a pénétré en
Italie, et elle aura contribué ainsi à la rénovation
de l'art illustré naguère par Rossini, Bellini, Doni-
zetti et Verdi. Elle s'était attachée particulièrement
à la propagande des œuvres de Wagner, dont elle
fit paraître des traductions longtemps avant qu'on
EEEITKOPP & HiEUTEL, EHUXELLES
Editeurs, 45, Montag^ne de la Cour, 4$
PIANO A 2 MAINS
Net
Godard. A la fontaine, pen-
sée musicale
— Chant du Ménestrel, ro-
mance
— Gavotte des pages .
— Marche des toreros
— Pensée intime, impromptu
— Rêves envolés, capriccietto
— Simple phrase, bluette.
— Sais-tu pourquoi? romance
sans paroles
Morley, Cti. Au bal, un
tour de valse
— La clochette des Alpes,
morceau de genre .
— Danse des gnomes, valse
élégante ......
— La Fée d'amour, impromtu
— Souvenance, mélodie .
— Te souviens-tu ? bluette .
— Vineta, caprice.
Zarzyki. Op. 38. Mazourka
PIANO A4 MAINS
Bratims, Joh. Op. i. So-
nate C majeur par Klengel.
Bralims, Joti. Op. 2. So-
nate par Klengel.
I 90
I 90
I 90
I 90
I 90
r 90
I 90
I 90
I 90
90
90
90
90
90
90
9
5o
9
5o
PIANO ET VIOLON
Net fr.
Anzoletti, Marco. Varia-
tions sur un thème de
Brahms 10 «
Bolim, C. Arabesques, 12
petits morceaux . . . à i 25
(N" I Staccato-Etude. N" 2
Siegerischer Lœndler. No 3
Nocturne. N» 4 Kujawiak.
No 5 Skandinavische Ro-
manze. No 6 Ritornell).
Brabms, J. Op. 118. No z
Intermezzo . . . . . i 90
Gui, César. Op. 5o. Kaléi-
doscope (24 morceaux) . à i 25
(No i3 Badinat;e. N» 14 Ap-
passionato No i5 Danse
rustique. No 16 Barcarola.
No r7 Prélude. N» 18 Ma-
zurka. No 19 Valse. No 20
Novellette. No 21 Lettre
d'amour. No 22 Scherzetto.
No 23 Petit Caprice. No 24
Allegro Scherzoso),
Dvorak Op. 94, Rondo. . 5 »
— Waldesruhe Adagio . . i 90
Sarasate. Pablo de. Op.
35 l'eteneras 5 25
Zarzyki. Op 39 Mazourka. 2 5o
PIANO ET VIOLONCELLE
Net fr.
Grunfeld, op. 43. No i Min-
nelied 19°
— Op 43. No 2 Mazourka
mélancolique i 90
Motfat, A. Di.^ morceaux
classiques à i 25
No I . Tempo di Sarabanda(Corelli
No 2. Nocturne de Field
No 3, Chanson du gondolier
de Mendelssohn.
No 4 Adagio religioso de Corelli.
No 5. Adagio de Sirutini.
No 6. Gavotte de Biber.
No 7. Cantate de Hasndel.
No 8. Chanson sans paroles
de Mendelssohn.
No 9. Romance de Schubert.
No I o Largo appassionato
de Beethoven.
PIANO ET 2 VIOLONS
Bohm. Gondoliera . -19'
— Invention d'après Corelli . i 9<
— Alla marosa r 9^
— Sonate d'après Pleyel. . i 9'
— Intermezzo i 9'
— Rondo finale . . . . i 9'
PIANOS BECHSTEIN.
PIANOS BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY
LE GUIDE MUSICAL
659
les connût en France. C'est elle, notamment, qui
avait organisé la première représentation de Lohen-
grin à Bologne, à laquelle Wagner assista en per-
sonne, et qui est demeurée un des faits saillants de
l'histoire de la musique en Italie dans ces dernières
vingt années.
Elle s'était retiré des affaires il y a quelque dix
ans, et avait cédé son fonds à la maison Ricordi,
jadis rivale de la sienne.
— A Paris, Ernest Lacombe, éditeur de musique.
Ernest Lacombe, travailleur actif, intelligent et
estimé de tous ses confrères, tenait, dans le fau-
bourg Poissonnière, le magasin de musique voisin
du Conservatoire. Il avait épousé une nièce du
chanteur Duprez, que l'on a entendue à l'Opéra-
Comique.
— Notre éminent collaborateur M. Alfred Ernst
vient d'avoir la douleur de perdre sa mère,
M™' veuve Ernst-Schattner, décédée le i3 août à
Paris. Nous présentons à notre ami nos plus sin-
cères compliments de condoléance.
— A Montron, à l'âge de 35 ans, le ténor
S. Montariol. Elève brillant du Conservatoire de
Paris, il aborda de bonne heure la scène dans les
théâtres de province et s'y fit remarquer. Il alla
ensuite en Angleterre, où il remporta de nombreux
succès au théâtre de Covent-Garden.
Puis il fit une brillante tournée en Amérique
avec M. Grau et s'y lia d'amitié avec Jean de
Reszké, dont il doubla tous les rôles.
Revenu en France, il se fit entendre pour la
dernière fois dans les Contes d'Hoffmann au Théâtre-
Lyrique (Renaissance).
— A Anvers, le ténor Alexandre Pruym. Le
malheureux artiste s'est noyé accidentellement le
8 août au cours d'une excursion sur l'Escaut.
Lauréat du Conservatoire de Bruxelles, le ténor
Pruym avait débuté brillamment à Anvers, sa
ville natale; pliis il remporta successivement de
nombreux succès â Lille, Marseille, Gand, Avi-
gnon, Limoges, Reims, etc.; un bel engagement
l'appelait pour la prochaine saison au Grand-
Théâtre néerlandais d'Amsterdam.
M. Pruym s'occupait aussi de composition
musicale. Il n'était âgé que de vingt-six ans, et
avait épousé récemment la sœur de M"" Blanche
Dalbe, artiste lyrique;
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
C. SAINT-SAËNS
Op. ç8
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660
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cantatrice de grande renommée qui apparteiuiit à
cette famille fameuse des Brambilla, dont le chef
fut compositeur et qui depuis plus d'un demi-
siècle a fourni une dizaine de chanteuses fort
distinguées.
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de la Nativité, Orchestre . 3 —
Parties séparées 5 —
Piano seul 5 —
transcr. facile par Tavan. . 3 —
Violon ou violoncelle et piano . 6 —
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1. Au vent 3 —
2. La Chanson du renouveau .... 3 —
3. Comment on dit ; « Je t'aime ». . . 3 —
4. Etre deux 5 —
5. J'aime, je crois, j'espère 3 —
6. Le Livre de la vie 3 —
7. Premiers baisers du printemps ... 3 —
8. Le Souvenir 5 —
9. La Valse des nuages 5 —
H.-P. Totoy. Sérénade, paroles de A. Semiane . 3 —
— BarcaroDe, paroles de A. Semiane . . . .3 —
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violon et piano par Ad. Herman
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réunis. , 6
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violon 6
C. Galos. Dolorosa, nocturne pour piano. . . 6
— Le Lac de Côme . 5
— Le Chant du berger 5
— Souvenir des champs 6
B.-IH. Goloiner. Rondino pour piano. ... 5
©. Pfeiffer. Romance pour violoncelle et piano 6
J. Ten Brinck. Voici le soir, valse, barcaroUe . 5
Cb. I.efebvre. Oublier, mélodie • .... 5
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chantée
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» 2. » Violoncelle avec Piano (transcrite
par G. Fitzentiagen) .
" 3. » Chant avec Piano (par l'auteur) .
6 —
5 —
No 4. Pour Harmonium avec Piano ... » —
» 5. « Piano à 2 mains (par l'auteur) . frs 5
» 6. » Piano à 4 mains (par l'auteur) . » 7
» 7 . » Orchestre à cordes. Partition net, frs 2
» 7'. » » » Parties » » 3
LE GUIDE MUSICAL 661
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Paris
RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Opéra. — Du 29 au 3i août ; Faust. Lohengrin.
Roméo et Juliette. La Walkyrie.
,™~™™„,., ™™„,
Opéra-Comique. — i«' septembre : Mignon.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Réouverture le
Vienne
3 septembre. Faust. Werther.
Opéra-Impérial. — Du 20 août au 3 septembre : La
Théâtre des Galeries — Le Tour du monde en
Walkure. Le Baiser. Le Diable au pensionnat. La
80 jours.
Rose de Pontevedra. Les Noces de Figaro. Carmen.
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— Ruines etSouvenirs, ballade
— Rêverie mélancolique .
— Légende écossaise .
— Polonaise
Bohm, G. Cinq morceaux
N" I. Séparation.
N° 2. Douce attente.
N° 3. Doux rêves
N° 4. Echo du bal .
N" 5. Mon étoile. .
Qabriel-Marie. « Impies
sions. » 6 pièces originales;
N" I . Simplicité. .
N» 2 . Insouciance .
N° 3. Quiétude .
N" 4. Souvenir .
N» 5. Mélancolie .
N" 6. Allégresse.
Q-ilis, A. Soirées enfantines
Six morceaux très faciles
N" I. Air villageois.
N" 2. Chant du village.
N» 3. Air champêtre .
N<>4. Fanfare- Marche .
2 —
2 —
2 —
I 75
i 75
I 75
i 90
I 75
i —
I —
I —
I —
I 90
35
No 5. Royal-Gavotte . .
N» 6. Musique militaire .
Hermann, Rob. Petites
Variations pour rire, com-
posées sur sept notes .
Herrmann, Th.. Six trans-
criptions d'œuvres célèbres;
N° I . Air de Chérubini
N" 2. Grétry, Romance de
Richard. .
N° 3. NicoLO, Joconde.
N" 4 . Schubert, Sérénade
N" 5. Schubert, Moment
musical.
N" 6. Mendelssohn, Auf
Flûgeln.
Hille, G. Op. 60. Concerto
avec Piano lo —
Hone, J. The Old Folks at
Home I 75
— Suite Irlandaise :
N" i . When theWho adores
thee . .
N" 2. If thou wilt be Mine
N" 3. Oh! Had we some
Bright
N''4. Is thatM^Reilly. .
35
35
i 35
I 35
I 35
35
Hoyois, L. Mélodie. . . i 75
Jehin-Prume. Romance . 1 75
— Berceuse i 35
Hubay, Jenô. Cinq mor-
ceaux :
Op. 37. N» i. Fleur de Mai . i 75
Op. 37 N° 2. Au temps jadis. 2 5o
Op. 38. N" I. Devant son
image(Chant surla4=corde) i 75
Op. 38. N» 2. Sous sa fenêtre 2 —
Op. 39. Ramage de rossignols 3 —
Smetkoren, J. Elégie . . i 75
— Berceuse 2 —
Thallon, R. Romance . . i 75
VentU, G. Trois morceaux :
N» I . Chanson sans paroles i 35
N" 2. Chanson du soir . . i 35
N" 3. La Sérénade ... 2 —
— Deux Rhapsodies :
No I . Sur des motifs écossais i 90
No 2. Sur des mélodies sué-
doises 3 75
Ysayô. Deux Mazurkas :
No I. Dans le lointain . .2 —
N" 2. Mazurka .... a —
662
LE GUIDE MUSICAL
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Bruxelles : La réouverture de la Monnaie.
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KT
Violoncelles à clavier
Fabrique à Schaerbeek. 10, rue Van Schooi
IfE <^UIDE iDUSICAL
PARAISSANT LE DIMANCHE
400 ANNÉE. — Numéro 37.
9 Septembre 189 j.
LETTRES INEDITES DE R088INI
Arthur Pougin vient de
publier dans le Temps une
série de lettres inédites de
Rossini, dont quelques-unes
ne sont pas sans offrir un
certain intérêt. On doit con-
venir, néanmoins, que la
plupart de ces papiers
sont souverainement insi-
gnifiants et sans aucun autre
mérite que la signature illustre dont ils
sont revêtus. Nous ne sommes pas sûrs
que cette correspondance soit absolument
à la gloire du maître. Elle nous prouve
que l'auteur de Guillaume Tell était un
homme d'afiaires remarquable et qu'il s'en-
tendait merveilleusement à soigner ses
intérêts financiers : cela, nous le savions
déjà. Elle nous prouve encore que le grand
artiste se doublait d'un critique pitoyable,
susceptible de formuler sur le style de
Haydn ou de Beethoven des considérations
d'une bouffonnerie supérieure.
Donizetti, Bellini, Mercadante, Pacini
et Mozart sont ses artistes préférés.
Il n'allait pas plus loin, et voici que dans
une lettre datée de 181 7 (il est vrai qu'il
avait à peine vingt-cinq ans), il accuse Haydn
« d'avoir commencé la corruption du goiit
en introduisant dans ses compositions des
accords étranges » ; pour Beethoven, il
trouve ses compositions pleines de singu-
larité, privées d'unité et de naturel !
Le plus plaisant, c'est que, dans cette
même lettre, il fait la plus amère critique de
ce qui devait plus tard devenir sa propre
manière, et cela en parlant des chanteurs
et de l'école de chant de son époque :
Alors (c'est-à-dire vers 1817), au divin Pacchie-
rotti, à Rubinelli, à Crescentini, à la Pozzi, à la
Banti, à Babbini, furent préférés Marchetti, David,
Antani, la Todi, la Billington, et déjà l'on parais-
sait arrivé au comble de la corruption par le fait
du musico (castrat) Velluti, qui plus que tout autre
abusa des dons admirables qu'il tenait de la
nature, quand l'apparition de la Catalani vint
prouver qu'il- n'est chose si triste qui ne laisse la
possibilité d'une pire. Gorgheggi^ roulades, trilles,
sauts, abus des demi-tons, groupements de notes,
voilà le caractère du chant qui prévaut maintenant.
Par suite, la mesure, partie essentielle de la mu-
sique sans laquelle la mélodie ne s'entend point et
l'harmonie tombe dans le désordre, fut abandonnée
et violée. Ils surprennent au lieu d'émouvoir, et
alors que dans le bon temps les virtuoses s'étu-
diaient à chanter avec leur instrument, aujourd'hui
les chanteurs s'étudient à faire de la virtuosité
avec leur voix. Pendant ce temps, la foule,
applaudissant à ce style détestable, fait de la mu-
sique ce que les jésuites firent de la poésie et de
l'éloquence, lorsqu'ils préférèrent Lucain à Virgile
et Sénèque à Cicéron.
On n'a jamais mieux caractérisé la déca-
dence du chant italien dont Rossini devait
être le dernier échelon.
Dans une des lettres mises au jour par
668
LE GUIDE MUSICAL
M.Pougin,Rossiniraconte àun ami italien
les funérailles de Bellini. Elle est intéres-
sante par la touchante affection que le
maître y manifeste pour son compatriote
et rival.
Je ne puis vous dire combien était grande la
sympathie qu'avait inspirée ici notre pauvre ami.
Je suis au lit, à demi-mort, parce que je ne vous
cHcherai pas que j"ai voulu rester jusqu'à la der-
nière parole prononcée sur la tombe de Bellini ; et
comme le temps était détestable, que la pluie n'a
cessé de tomber toute la journée sans décourager
personne, déjà souffrant depuis plusieurs jours, j'ai
été indisposé davantage encore pour être resté
pendant trois heures dans la boue et sous la pluie.
Je me soignerai et, dans peu de jours, il n'y paraîtra
plus.
Tout s'est passé le mieux du monde, et, les
yeux encore pleins de larmes, j'ai la joie d'avoir
rendu à mon pauvre ami l'affection qu'il me
portait. La souscription pour le monument aug-
mente, et j'espère que nous pourrons annoncer
sous peu que les frais des funérailles (qui ne sont
pas peu de chose) seront couverts.
D'autres lettres nous montrent Rossini,
au comble de la gloire, s'occupant de faire
accepter la direction du Lycée musical de
Bologne à son ami Mercadante, puis à
Donizetti. Un trait amusant dans la lettre
qu'il écrit dans ce but à Donizetti :
J'attends, comme une amoureuse, ta décision.
Rappelle-toi que tu es idolâtré à Bologne. Pense
qu'on vit royalement ici avec quelques écus. Ré-
fléchis, décide.
Malgré sa chaleur, Rossini ne réussit
pas à convaincre ses amis.
Rossini était d'ailleurs très partisan des
conservatoires de musique :
Fils d'un établissement musical public (le Lycée
communal de Bologne), comme je me vante de
l'être, je suis heureux de déclarer que j'ai toujours
été l'ami et le défenseur des conservatoires, les-
quels doivent être considérés, non comme le ber-
ceau du génie, attendu qu'il est donné à Dieu seul
d'en faire don aux mortels — rarement, — mais
bien comme un champ providentiel d'émulation,
comme une sorte de pépinière artistique destinée
à pourvoir les chapelles, les théâtres, les orches-
tres, les collèges, etc., etc.
Je promets, dans le cas on l'on tenterait
quelque chose contre les conservatoires, d'être,
dans la mesure de mon pouvoir, l'avocat le plus
chaud de la cause des conservatoires, dans
lesquels, j'aime à l'espérer, ne prendront point
racine les nouveaux principes philosophiques qui
voudraient faire de l'art musical un art littéraire,
un art d'imitation, une mélopée philosophique, qui
équivaut au récitatif libre ou mesuré, avec accom-:
pagnement varié de trémolos et autres choses
semblables
N'oublions point, nous. Italiens, que l'art musi-
cal est tout idéal et expressif; que le public éclairé
n'oublie pas que le plaisir (diktio) doit être la base
et le but de l'art.
Mélodie simple, — rythme clair.
Dans une autre lettre, il témoigne en ces
termes de son admiration pour Mozart :
Je me déclare fier et heureux de pouvoir contri-
buer par un petit hommage à honorer la mémoire
du véritable Titan de la musique, Mozart, que je
Commençais à admirer dés mon adolescence, et
qui fut toujours mon idole et mon maître. Puissent
les Viennois — qui furent si courtois envers moi,
lors de mon séjour parmi eux en 1822, — agréer
l'hommage que je suis heureux d'offrir â leur grand
et immortel concitoyen, et être indulgents, encore
une fois, pour mes deux compositions, qui sont
l'œuvre d'un vieil adorateirr de Mozart !
Intéressante appréciation sur Verdi et
Boito :
Je sais que Don Carlos (le Don Carlos de
Verdi) a fait fureur à Milan; je m'en réjouis pour
vous et pour Verdi; dites à celui-ci que, s'il revient
à Paris, il se fasse payer largement, car il est le
seul qui soit en mesure de composer un grand
opéra. (Que mes autres confrères me pardonnent!)
Je désire être rappelé à Boïto, dont j'apprécie
infiniment le beau talent ; il m'a envoyé son
libretto de Mefistofele, par lequel je vois qu'il veut
être trop précocement novateur. Ne croyez pas
que je fasse la guerre aux novateurs! Je voudrais
seulement qu'on ne prétendît pas faire en un jour
ce qu'on peut obtenir seulement en plusieurs
années.
Rossini, peu avant sa mort, avait terminé
la Petite Messe solennelle. En tète de sa
partition, il écrivit : « Petite Messe solennelle,
orchestrée par le vieux singe de Pesaro »,
parodie de la qualification que, selon la
coutume italienne, ses compatriotes lui
LE GUIDE MUSICAL
donnaient en l'appelant « le cygne de Pe-
saro ». A la fin du manuscrit, il plaça l'épî-
tre suivante :
AU PÈRE ÉTERNEL
Passy, i865
Dieu bon,
Voici terminée cette pauvre messe. Ai-je écrit
proprement de la musique sacrée ou de la sacrée
musique? Tu sais que j'étais né pour l'opéra boufie
et que tout mon patrimoine consiste en un peu de
cœur et en très peu de science
Sois donc béni, et accorde-moi le paradis!
G. RossiNi.
Il y avait un côté sceptique chez ce
catholique pratiquant et renforcé, et sous
ce rapport il était bien de sang italien.
Tout de même, le trait est original, et Ros-
sini a donné là l'unique exemple qu'on
puisse trouver d'une lettre adressée à un
tel destinataire.
A LA RECHERCHE DU BERCEAU
CYPRIEN DE RORE
E grand musicien passe géné-
néralement pour Malinois
de naissance. Rien toutefois
ne milite en faveur de cette
origine . Les archives locales,
scrutées en tous sens, n'of-
frent, en somme, qu'un résul-
tat négatif.
Il m'est permis de revenir brièvement
sur ce sujet intéressant, grâce à une cir-
constance fortuite réellement extraordi-
naire, d'oti pourrait enfin jaillir la réalité.
Il y a quelque temps, je fis une excursion
pittoresque entre l'Escaut et la Lys, et j'y
rencontrai avec émotion un campagnard
ayant une physionomie étonnamment res-
semblante à celle que Mielich a esquissée
dans le fameux recueil musical de Munich.
J'eus la curiosité d'interroger l'inscrip-
tion réglementaire du chariot que l'agricul-
teur conduisait, et j'y lus, stupéfié, le nom
vibrant de De Rore.
Dès cet instant, je n'eus d'autre souci
que de tirer le meilleur parti possible de
cette coïncidence réellement miraculeuse.
Tout d'abord, le nom exact sur lequel on
a longuement ergoté et qu'on a fini par con-
sidérer comme équivalent à Van Roor.
L'appellation de De Rore n'aurait donc
été qu'une version pure et simple du fla-
mand en latin, ainsi qu'on avait l'habitude
de le faire, dans le monde savant, aux xv«
et xvi« siècles.
Or, si l'illustre compositeur néerlandais
a ainsi traduit son nom, ce n'a pu être, en
définitive, qu'une version purement person-
nelle qui n'aura nullement pris, dans les
documents officiels, un caractère de fixité
permanente.
Cela est si vrai, si indéniable, que la
tamille, j'oserai même dire la colonie des
De Rore, a conservé 7te varietur, dans les
campagnes flamandes, la forme graphique
usuelle du maître, durant trois siècles.
Les archives des environs d'Audenarde,
par exemple, m'amènent facilement, grâce à
la dite forme, jusqu'au xvP siècle. Les faits
révolutionnaires du milieu de ce siècle, à
Rénaix, la confirment pleinement, et les amis
mêmes de l'illustre musicien, si l'on voulait
strictement interpréter ce passage de l'un
d'eux : in Fiandra qiiando era giovine, n'était
que la Flandre d'alors s'entendait pour
Pays-Bas entiers.
Une autre preuve convaincante, c'est,
à côté du nom intégral, la transmission
exacte du type rorien, dans un périmètre
de plusieurs lieues.
Cette répercussion physionomique ne
saurait s'accommoder d'une description,
tout exacte qu'elle fût, et exige impérieu-
sement le secours de la photographie.
Aussi n'ai-je point reculé devant les diffi-
cultés à subir pour en arriver à pouvoir
mettre à côté du portrait officiel et con-
temporain de Munich, l'effigie transmise
fidèlement à travers les siècles.
670
LE GUIDE MUSICAL
Regardez d'abord cette figure troublée,
presque sinistre :
La ressemblance entre le De Rore du
xvi^ siècle et celui d'aujourd'hui est em-
poignante : yeux, sourcils, front, nez, che-
veux, toute la figure enfin donne l'idée de
deux parents contemporains.
Il fallait, pour le rapprochement complet,
la même grandeur et la même pose. Comme
la bouche du principal homophj'sionomiste
se dérobe sous une ample barbe, on a eu
soin de la restituer, à l'aide du portrait d'un
de ses frères, qui, sans offrir la même effigie
frappante, a toutefois une bouche identique,
bouche fine et distinguée :
Pour comble d'étrangeté, le village de
Machelen s'offre dans le rayon précité. Or,
Mechelen (Malines) et Machelen se con-
fondent ortographiquement, et la lettre a
dans Kar, chariot, en Flandre, devient Ker
en Brabant.
Je ne veux rien en conclure de positif.
Mais tout cela ne semble-t-il pas provi-
dentiel ?
L'atavisme ne s'arrête pas là. Le plus
ressemblant des deux frères ne s'est point
borné à la culture des champs ; il s'est
encore adonné à celle des lettres.
C'est un érudit dans toute la force du
terme, un chercheur assidu, fouillant non
seulement les papiers de famille comme un
vrai archiviste, mais s'intéressant à toutes
les choses de l'intelligence, et qui, la char-
rue délaissée, se rejette sur un journal, une
revue, un livre, qu'il ne quittera qu'après
l'avoir appris par cœur, pour ainsi dire.
C'est lui qui m'a fait remarquer l'exis-
tence, en l'église de Sainte-Walburge, à
Audenarde, d'une pierre tombale du xvii^
siècle offrant le nom d'un De Rore.
On sait si les paysans sont méfiants et
soupçonneux. Ils se croient sans cesse
exploités ou bernés. — C'est un « urbain »!
s'écrient-ils en voyant un quidam s'avancer
vers leur demeure. Je m'attendais donc à
un vrai siège à faire. Or, nos De Rore ont
été admirables de courtoisie, étonnants
comme indicateurs. Sans leur pénétrante
collaboration, notre tentative de restaura-
tion généalogique devenait impraticable.
LE GUIDE MUSICAL
671
« Pourquoi, en définitive ces recherches
obstinées ? m'objectera-t-on. Ne suffit-il pas
de savoir que tel ou tel artiste de génie
appartient à tel ou tel pays? Heures per-
dues, s'il en fut. »
L'objection est naïve.
Généralement, le lieu natal mène à la
maîtrise où l'artiste reçut son éducation.
Ces groupes d'instruction soigneusement
établis, on arrivera naturellement à déter-
miner ce qu'il est convenu d'appeler une
école. Il suffira d'entendre, par exemple,
une ancienne composition musicale néer-
landaise, pour savoir à l'instant de quel
centre didactique elle émane : Flandre,
Brabant, Hainaut, Zélande, etc.
Or, notre pays a eu des types d'art mu-
sical si divers et si originaux, que les étu-
dier avec zèle et persévérance est une
nécessité, pour arriver un jour, — on y con-
fine déjà pour quelques individualités mar-
quantes — à établir une unité splendide
dans une immense diversité.
Edmokd Vander Straeten.
be la 5e
PARIS
L'Opéra-Comique a fait sa réouverture offi-
cielle samedi ; mais c'était mercredi soir seule-
ment que ses portes se sont ouvertes avec la
reprise de Falstaff, pour son vrai public.
L'œuvre de Verdi a retrouvé son plein succès
de la première heure ; on a applaudi avec le
même entrain M"!^ Delna dans son rôle de
miss Quickly et Fugère dans le rôle de sir
John. Après l'éclatant succès que Victor Maurel
avait obtenu lors de la création, il devenait
intéressant de voir M. Fugère aux prises avec
ce rôle redoutable. Si extraordinaire que cela
puisse paraître, le nouvel interprète a presque
fait oublier l'ancien ; et, comme preuve du
succès étourdissant qu'il a remporté, il suffira
de signaler que la romance : Quand j'étais
page, redemandée généralement trois fois à
Maurel, a été chantée quatre fois, mercredi,
par l'heureux Fugère, au milieu de bravos fré-
nétiques.
On peut à peine lui reprocher sa tête, plutôt
un peu maladive, qui ne rend évidemment pas
l'impression du grand buveur débordant de
santé. Il doit se faire également à l'illusion de
son obésité fameuse, qu'il semble quelquefois
oublier dans le feu de l'action.
M"e Laisné a remplacé très gentiment
M""^ Landouzy ; sa voix fraîche et dirigée habi-
lement a fait grand plaisir.
M. Badiali, remplaçait M. Soulacroix. On a
trouvé en lui un chanteur habile et très bien
doué.
La soirée a été excellente, en somme.
't'
Mme Rose Caron a fait, à l'Opéra, après un
mois de congé, sa rentrée par sa belle création
de Salammbô.
La grande artiste y a retrouvé son succès
accoutumé. Elle y est admirable d'un bout à
l'autre, soit lorsqu'elle se défend, au second
acte, dans la grande scène du Temple, contre
les séductions du voile de Thanit, soit lors-
qu'elle se laisse aller, au quatrième acte, dans
les bras de Matho, pour lui arracher le pré-
cieux talisman qui assure le salut de Carthage.
Au tableau de la Terrasse, la délicieuse mé-
lodie des Colombes a passé sur ses lèvres,
soupirée dans un style exquis.
M. Saléza, dans le rôle de Matho, le ba-
ryton Renaud, dans celui d'Hamilcar, le jeune
ténor Vaguet, sous la robe du grand-prêtre,
ont partagé avec leur grande camarade le
succès de cette soirée où la belle œuvre d'Er-
nest Reyer a été d'un bout à l'autre chaleu-
reusement applaudie.
M. Bourgeois, deuxième chef d'orchestre à
rOpéra-Comique, est lemplacé par M. Landry,
un excellent musicien qui a déjà fait ses preu-
ves.
On prête toutes sortes de projets de réformes
à M. Carvalho. Il serait question de doter
l'Opéra-Comique de trois chefs d'orchestre
ayant chacun une autorité égale. Deux chefs
d'orchestre s'occuperaient des ouvrages nou-
veaux et le troisième des opéras du répertoire.
MM. Danbé et Jéhin seraient chargés de la
première catégorie d'ouvrages lyriques; M.Vail-
lard conserverait la seconde.
Ce nouveau système serait absolument imité
de celui qui existe actuellement à l'Opéra.
On assure que si M. Danbé n'acceptait pas
cette nouvelle combinaison, M. Gabriel Marie
ou M. Flou, le jeune chef d'orchestre du théâ-
672
LL GUIDE MUSICAL
tre de la Monnaie, serait dès à présent désigné
pour le remplacer.
'I'
Outre les ouvrages que nous avons déjà
signalés comme devant être donnés cet hiver à
Nice, M. Olive Lafon, le nouveau directeur du
Théâtre-Municipal, annonce qu'il donnera
aussi Eugène Onéguine, le plus célèbre et le
plus populaire des opéras de Tchaïkowsky.
Eugène Onéguine a été traduit en français par
M. C. Delines, à qui l'on doit aussi la version
française delà Vie pour le Tsar. La partition
paraîtra sous peu chez les éditeurs Mackar et
Noël, propriétaires pour la France de tout
l'œuvre du regretté maître russe. Souhaitons
qu'Eugène Onéguine obtienne en France le
même succès et la même popularité qu'en
Russie et en Allemagne.
Un concours est ouvert par la ville de Paris,
entre tous les musiciens français, pour la compo-
sition d'une œuvre musicale qui, aux termes du
programme, doit être de haut style et de grandes
proportions, avec soli, chœurs et orchestre, la
forme symphonique et la forme dramatique étant
également admises.
Les concurrents seront libres de faire composer
ou de composer eux-mêmes leurs poèmes.
Sont exclues du concours les œuvres déjà exé-
cutées ou celles présentant im caractère liturgique.
Les manuscrits devront être déposés du i" au
iS mars 189S, de midi à quatre heures du soir, à
l'hôtel de ville, bureau des beaux arts, où l'es
artistes désirant prendre part à ce concours trou-
veront dès à présent le programme. '
BRUXELLES
E théâtre de la Monnaie, qui vient
d'ouvrir ses portes, aura déployé une
activité très louable pendant cette
première semaine de la saison 1894-95 : cinq
spectacles différents en cinq soirées consécu-
tives. Cette activité est d'autant plus méritoire
qu'elle ne s'est pas produite au détriment de la
qualité de l'exécution : nous l'avons constaté
par nous-même pour trois de ces spectacles de
début, Orphée, Mireille et Aïda; quant aux
deux autres, Faust et Werther, nous n'y
assistions pas; mais, d'après des avis com-
pétents, à ces deux premières soirées aussi, on
a remarqué, de la part de l'orchestre et des
chœurs, une exécution d'ensemble qui témoi-
gnait d'une préparation soignée, soucieuse du
détail et respectueuse des nuances.
Avions-nous donc raison, l'autre jour, en
supposant que nos directeurs s'efforceraient
de se rallier les suffrages du public artiste en
cette sixième année de leur exploitation, la
dernière, on nous l'a confirmé, de leur asso-
ciation directoriale ?
^ Ces premières soirées de la saison ont fait
défiler la plupart des nouveaux artistes de la ,
troupe. Le personnel de l'opéra-comique a '
seul subi de profonds remaniements, cette'
année, et dans Mireille, MM. Stoumon ai
Calabresi ne nous ont pas présenté moins d^
cinq de leurs nouveaux sujets. Tous y ont ■
réussi, plusieurs d'une façon fort brillante.
Mlle Jeanne Mérey surtout, qui, quoique débu-
tante dans toute la force du terme, a recueilli
d'emblée les bravos unanimes du public. C'est
naturellement plus par sa voix que par ses
qualités scéniques que MUe Mérey s'est fait
aussi chaleureusement applaudir. Cette voix
est de qualité rare : d'un volume et d'un éclat
très suffisants pour l'emploi auquel l'artiste est
destinée, elle se distingue surtout par une
justesse d'intonation qui fait merveille, et qui
se révèle au sommet de l'organe comme dans
les notes les plus graves; la chanteuse s'en
sert avec beaucoup de goût, sans affectation ni
préciosité, mettant dans son chant de délicates
nuances, — certaines avaient un charme
exquis, — et vocalisant avec une virtuosité
très sûre, qui s'affirme sans s'étaler. Voilà une
élève qui fait grand honneur à renseignement
de Mme Rosine Laborde.
Le jeu de MH^ Mérey se ressent sans doute
de son inexpérience de la scène : le geste n'a
pas toujours beaucoup d'à-propos, et la phy-
sionomie, intelligente et éveillée, de l'artiste
est bien prodigue en intentions de tous genres;
cependant, sous ces exagérations mêmes, on
devine une artiste de tempérament, qui com-
prend ce qu'elle dit et cherche à le faire
sentir, qui met toute son âme dans ce qu'elle
chante, et dont la voix à la fois charme et
émeut.
Très bon début aussi, celui de M. Bonnard,
le nouveau ténor d'opéra-comique, qui s'était
fort distingué, paraît-il, dans Werther, et
qui, dans Mireille, a montré un très complet
ensemble de qualités de chanteur et de comé-
dien. La voix est moins « jolie i> que celle de
M. Leprcstre, mais elle a des accents plus
mâles, qui caressent peut-être moins agréable-
ment l'oreille, mais qui touchent davantage le
cœur; les notes graves surtout vibrent avec
LE GUIDE MUSICAL
673
une chaleur très communicative, et le chanteur
a de la méthode et de l'habileté. M. Bonnard
a le jeu sobre et juste, et cette sobriété, qui
n'exclut ni la passion ni l'élan, contraste heu-
reusement avec les exagérations de gestes et de
mouvements qui ont toujours nui quelque peu
au succès de son prédécesseur. Au total, une
très bonne acquisition.
On était curieux de retrouver sur la scène
de la Monnaie M"e de Roskilde, la gracieuse
Sainte-Freya du théâtre des Galeries. Malgré
les excellents souvenirs qu'a laissés M"e Wolf
dans le rôle de Taven, un de ses meilleurs, la
débutante, grâce à une jolie voix de mezzo,
bien conduite, et à une aisance de comédienne
qui ne se ressent d'ailleurs aucunement du
voisinage de l'opérette, a eu un très encoura-
geant succès, qui se confirmera sans doute
dans les rôles de Galli-Marié auxquels nos
directeurs la destinent.
M. Sentein nous est revenu avec sa voix
grassement timbrée, qu'il fait vibrer trop lar-
gement peut-être dans les imprécations du père
Ramon, mais à laquelle il semble donner
une plus grande variété d'accent qu'autrefois.
Enfin, M'l<= Bolle a fait une courte et favora-
ble apparition au premier acte, et cette jeune
élève de notre Conservatoire paraît donner de
sérieuses espérances. Mais elle n'est pas pré-
parée à aborder des rôles .comme celui de
l'Amour dans Orphée, et il serait vraiment
regrettable la compromettre dans des aventures
aussi périlleuses.
De tout ceci, il résulte que la troupe d'opéra-
comique paraît devoir être, cette saison, très heu-
reusement composée. Quant à la troupe d'opéra,
elle a conservé les principaux de ses anciens
éléments, et MM. Cossira, Seguin, Dinard,
Mmes Tanésy, Armand et Lejeune ont montré,
dans Faust, Orphée et Aida, qu'ils ont con-
servé les qualités et, pour certains, les défauts
qu'on leur connaissait. Une rentrée particuliè-
rement brillante a été faite à M. Seguin, qui
s'est montré excellemment en voix dans le rôle
de Méphistophélès, et à M"e Armand, qui
interprète toujours en artiste de grand style le
l'Ole d'Orphée, encore que sa voix n'ait pas
retrouvé toute la puissance et toute la profon-
deur d'accent qu'on admirait il y a deux ans.
Des deux débutants de la troupe d'opéra,
M. Beyl (Valentin) et M»» Girard (Siebel),
nous ne parlerons, ne les ayant point vus, que
pour constater que leur première apparition a
laissé, en général, une impression favorable.
A bientôt les débuts de M. Casset et de
M'ieSimonet. J. Br.
La réouverture du Théâtre-Flamand, récem-
ment promu à la dignité de théâtre royal, est
fixée au 3o septembre. "**
MM. Hendrickx et Rans commenceront
leur campagne par un drame de Nestor De
Tière : Wilde Lea. Ainsi que nous l'avons
annoncé déjà, ils monteront, dans le courant
de la saison, Alvar, un drame de M. Bide,
traduit en vers flamands par Emmanuel Hiel,
et dont Paul Gilson écrit la musique de scène ;
une traduction à'Africa, le drame antiescla-
vagiste de M. Decamps-David ; Het MeilieJ,
de Julien De Meester, musique de Peter
Benoit.
Le Waux-Hall a lancé ses dernières notes
dimanche dernier. Très beau concert de
clôture, du reste. Au programme, l'ouverture
de Patrie, de Bizet ; la Marche héroïqtie, de
Saint-Saëns et l'ouverture de Phèdre, de Mas-
senet, comme œuvres françaises. L'ouverture
du Tannliœnser, le prélude de Lohengriii, et la
Chevauchée des W alkyries comme œuvres
wagnériennes. Tout cela enlevé avec verve
sous l'habile direction de M. Léon Dubois.
Mi's Milcamps prêtait le concours de son joli
talent à cette soirée ; elle a dit d'une voix pure,
avec une diction élégante et distinguée, le
grand air des Noces de Jeannette de V. Massé
et des mélodies de Bemberg et G. Lemaire.
La réouverture de l'Alhambra avait réuni
une foule nombreuse et mouvementée. On a
fait un succès à M. Marins Richard, baryton,
qui possède une voix d'étendue athlétique. Le
programme est, du reste, varié et présente des
numéros sensationnels qui feront courir tout
Bruxelles.
A l'Alcazar, depuis l'ouverture, on applaudit
chaque soir M"!^ Jeanne May, qui joue une jolie
pantomime, la M. et ikf">= Pierrot, dont la
musique, écrite et dirigée par M. Bert, a été
bien accueillie. Elle a une allure fine et spiri-
tuelle qui charme. M^^ May joue également
une parodie très amusante de Sarah Bernhardt.
On termine chaque soir par V Amour en
livrée, une petite opérette bouffe très bien
enlevée par MM. Gaillard, Ambreville et Crom-
melynck, et dont la musique a de la verve; elle
est de M. Georges Street.
674
LE GUIDE MUSICAL
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — La semaine dernière a
été fort mouvementée et d'un intérêt théâ-
tral tout exceptionnel. Il faut signaler d'abord
l'inauguration du nouveau Théâtre-Communal,
ensuite l'ouverture de l'Opéra Néerlandais dirigé
par M. de Groot dans la nouvelle salle de théâtre
que ce directeur a fait construire au Palais de
l'Industrie.
Le nouveau Théâtre-Communal s'élève sur la
place de Leyde, â l'endroit même où se trouvait
l'ancienne salle, qui brûla en 1890. L'édifice est
une œuvre mi-belge, mi-néerlandaise. Il a été
construit d'après les plans des architectes Springer
et van Gencht, qui sont néerlandais; mais des
artistes belges ont collaboré à la décoration :
parmi eux, MM. Devis, Lynen, Dubosq, Cardon,
Coosemans et le sculpteur Samuel. L'intérieur du
bâtiment, de coloration rouge, avec de nombreuses
tourelles et un toit surmonté de lyres, est conçu
dans le style de la Renaissance flamande. L'aspect
du monument est original De même qu'à l'Opéra
de Paris, l'arrière du théâtre est plus élevé que
l'avant. Le bâtiment a été édifié sur 2,5oo pilotis,
ce qui donne une idée des ditïïcultés matérielles
qu'il a fallu vaincre. Tout l'édifice est en briques
et en fer; les planchers parquetés reposent aussi
sur des voûtes. Le théâtre a quatre entrées diffé-
rentes et chaque espèce de places a son escalier
particulier, ce qui assure une évacuation commode
des locaux; en cas d'incendie ou d'alerte, la salle
pourrait être vidée en trois minutes. La scène aussi
est largement pourvue d'issues faciles et de balcons
de sécurité. Un grand vestibule central de forme
cylindrique et dont le plafond repose sur huit
colonnes de granit rouge conduit dans l'intérieur
du théâtre. En entrant dans la salle, on est frappé
tout d'abord par un lustre magnifique, éclairé à la
lumière électrique, qui se trouve au milieu d'un
plafond superbe peint par MM. Devis et Lynen,
de Bruxelles. Sur les balustrades des premières
loges, se trouvent incrustés en lettres dorées les
noms de dramaturges et de comédiens néerlandais
célèbres de l'ancien temps, tels que Vondel, Van
Lennep, Snoek, Watjier et d'autres. La loge
royale,luxueusement décorée, se trouve en face de
la scène, avec une entrée particulière donnant sur
la rue de Marnix. Les sièges des stalles, du par-
terre, les fauteuils dans les loges et dans les
baignoires sont commodes et spacieux; mais les
tentures, les tapisseries ne brillent point par l'élé-
gance et la richesse. La salle n'est pas grande et ne
contient que 1,200 places; elle est d'une trop
grande simplicité ; mais, avec les moyens pécu-
niaires fort restreints dont on disposait (il s'agis-
sait de ne pas dépasser un million de florins), il
faut convenir qu'on a fait tout ce que l'on pouvait.
Le foyer accuse une simplicité encore plus frap-
pante que la salle proprement dite, mais la déco-
ration n'en est pas achevée. Pour le moment, tout
l'ameublement consiste en un grand buffet de
marbre; pas un fauteuil, aucun canapé pour
s'asseoir. C'est un simple promenoir digne d'une
salle de gymnastique. L'orchestre peut être dis-
posé de trois manières différentes : il peut être
baissé de manière â dissimuler les instrumentistes,
pour les représentations du Wagner Verein; il peut
être élevé au niveau ordinaire des théâtres; ou
même être supprimé complètement, afin d'ajouter
trois ou quatre rangées de stalles. Autant qu'on en
a pu juger par la représentation d'ouverture,
l'acoustique de la salle est bonne, mais d'une
trop grande résonnance.
Pour se prononcer consciencieusement à ce
sujet, il faudra avoir assisté à une audition musi-
cole Quant â la représentation inaugurale du
i"'' septembre, il n'y a pas grand'chose à en dire.
Elle a été offerte à un nombre restreint d'invités,
et il ne me semble pas qu'elle ait été â la hauteur
de la solennité, et que le programme choisi par le
« Nederlandsch Toneel » ait été digne de la cir-
constance. Il était aussi hétérogène qu'étrange.
La musique n'y a joué qu'un rôle tout à fait
secondaire. Cependant, je suis heureux de pouvoir
constater que l'exécution de l'ouverture de Bee-
thoven Weihe des Hanses, de la musique de M. Ber-
nard Zweers pour la tragédie nationale Gysbrecht
van AmsUl de Vondel, et de l'ouverture de Yolanihe
de M"= Van Oostersee,par l'orchestre du Concert-
gebouw, sous la direction magistrale de Willem
Kes, a été excellente C'a été le point lumineux de
la solennité, â laquelle, à peu d'exceptions près, les
correspondants des journaux étrangers n'ont pas
eu l'honneur d'être invités.
Ma prochaine lettre vous donnera des détails
sur les représentations d'ouverture des deux
opéras néerlandais de MM. Vander Linden et de
Groot. Ed. de H.
DRESDE. — Depuis la rentrée, deuxième
W agiter -Cychs. Ce n'est pas qu'il y ait eu
foule au premier, l'époque n'était peut-être pas
bien choisie, mais notre ville se repeuple, les
écoles de musique, les établissements d'éducation
se rouvrent, et ces derniers fournissent la majeure
partie du public de théâtre. M"'= HoffschûUer,
l'étoile chorégraphique de l'Opéra, est remplacée
par M"" Louise Louison. On prépare VHamkt
d'Ambroise Thomas, le Falstaffde Verdi, Ingrid et
das Irrlicht, de Grammann. Les concerts sont
souvent pour le théâtre de dangereux rivaux.
Sans tenir compte des artistes de passage, ni des
Verein qui donnent chaque année une ou plusieurs
fêtes musicales, on en est déjà au nombre trente-
six, tous officiellement annoncés. M. Nicodé, dont
l'intelligente initiative a été si mal comprise l'hiver
passé, vient de faire paraître son programme.
LE GUIDU MUSICAL
675
Solistes : Eugène d'Albert, M"" von Hûbbenet, de
Brème, M. Arthur De Greef, de Bruxelles,
M. Heermann, de Francfort. Plusieurs pièces
nouvelles; en fait de Beethoven, seulement la
symphonie héroïque. Les autres sont laissées au
théâlre qui les prodigue dans ses Siitfoiiie-Concerte.
L'idée de s'adjoindre un soliste pour chaque audi-
tion, introduite par M. Nicodé, a fait du chemin.
Au.x Iradilionnels Siiifonie-Coiiccrte, la direction de
l'Opéra ajoutera, cette année, des soirées musicales
avec « solistes renommés ». Il n'est pas jusqu'à
l'agence Ries-Plœltner qui, avec le concours de la
Gewerbehaus KapcUe, directeur Trenkler, n'organise
aussi une série de concerts populaires dont les
prix d'abonnement seront à la portée de toutes les
bout ses. Puis le trio Stern-Petri, le quatuor Rap-
poldi-Grûtzmacher, etc. Toute cette concurrence
doit produire un élan favorable à l'art. Jusqu'à
présent, la mode est restée exclusivement aux con-
certs du thèâ'.re; l'orchestre y est, sans contredit,
admirable, mais les programmes ne brillent point
par la variété. Jeudi i3. M"" Friedmann, qui n'a
pas été remplacée au Hoftheater, se fera entendre à
Musen Hatis. Alton.
N-Q U V EL LES DI VERSES
Dans un feuilleton sur Lohengrin à Bay-
reuth, qu'il vient de publier au Journal des
Débats, bien qu'il n'y soit pas allé cette année,
M. Adolphe Jullien cite une lettre de Richard
Wagner où celui-ci explique le caractère d'Or-
trude. Seulement il cite très inexactement cette
lettre dont il n'a pas lu évidemment le texte.
Quand M. Adolphe Jullien fait des citations,
il est toujours prudent de recourir aux sources.
L'analyse du caiactère d'Ortrude, auquel il fait
allusion, se trouve dans une lettre de Wagner à
Liszt du 3o juin i852. M. Adolphe Jullien en
trouvera la traduction littérale et exacte dans
le livre de M. Maurice KuiFerath sur Lohen-
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introduite dans son analyse de la Walkyrie
(voir Richard Wagner, sa vie et ses œuvres),
M. Adolphe Jullien devrait être plus circons-
pect.
On nous mande de Venise que le duc dalla
Grazia, propriétaire du palais Vendramini, où,
le i3 février i883, Richard Wagner rendit le
dernier soupir, vient de faire placer une plaque
commémorative de cet événement, sur l'une des
façades du palais. Seulement sous prétexte que
cette plaque ne cadrait pas avec le style du
vieux monument, il l'a fait placer non sur la
façade principale, au-dessus ou près de la
porte où s'arrêtent les gondoles qui amènent
les visiteurs, mais sur l'une des façades latérales,
donnant dans une étroite ruelle, près de la
porte servant d'entrée aux gens de service.
Nous est avis que le noble duc aurait pu
faire preuve de plus de tact et de goût.
NÉCROLOGIE
On télégraphie de Rio-Janerio à la Gazette de
l'Emilie la nouvelle du suicide de Marine Manci-
nelli, le chef d'orchestre italien bien connu.
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N» 2. Chant du village.
N" 3. Air champêtre .
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2 5o
2 —
2 —
2 —
2 —
2 —
1 75
1 75
1 75
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N» 2. Gkétry, Romance de
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N» 3. NicoLO, Joconde.
N" 4 . Schubert, Sérénade
N" 5. Schubert, Moment
musical.
N° 6. Mendelssohn, Auf
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Hone, J. The Old Folks at
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N° i .When theWho adores
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N° 2. If thou wilt be Mine
N" 3. Oh! Had we some
Bright
N" 4. Is that M"- Reilly. .
35
35
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I 35
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Jebin-Prume. Romance . i 75
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Op. 37 N° 2. Au temps jadis. 2 5o
Op. 38. N" I. Devant son
image(Chant surla4"'corde) i 75
Op. 38. N" 2. Sous sa fenêtre 2 —
Op. 39. Ramage de rossignols 3 —
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Tballon, R. Romance . . i 75
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N" 2. Chanson du soir . . i 35
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PARAISSANT LE DIMANCHE
i6 Septembre 1894.
EM. CHABRIER
fRiSTEMENT, il vient de s'éteindre
à Paris, dans son coquet appar-
tement de l'avenue Trudaine,
l'exubérant et fantaisiste auteur
d'Espana et de Gwendoline. Depuis de longs
mois, il n'était plus que l'ombre de lui-
même : l'œil vague, la parole incertaine,
les traits défigurés et tombants, rien ne
rappelait plus en lui le jovial et remuant
compère que nous avions connu, et, navrés,
ses amis qui nous apportaient des nouvelles
de lui nous disaient : Il s'en va!
Le voilà parti ! Une maladie de langueur
qui, dès l'été dernier, l'avait déjà marqué
de sa griffe, l'a emporté. Il rendait le
dernier soupir vendredi matin, sans souf-
frances apparentes : il n'a pas eu de peine
à quitter la vie ; la vie l'avait déjà quitté.
Ce n'en sera pas moins une douleur pro-
fonde parmi ses amis, c'est-à-dire parmi
tous ceux qui l'avaient connu, car, en lui,
disparaît en même temps qu'un véritable
artiste, une de ces natures essentiellement
droites et sincères qu'il semble de plus en
plus rare de rencontrer. Il était impos-
sible d'approcher ce petit homme, au
corps ramassé, aux yeux vifs et flambants
à fleur de tête, toujours en mouvement,
parlant avec une volubilité extraordinaire,
mêlant des saillies d'un pittoresque invrai-
semblable à des réflexions profondes ou à
des propos de cordialité enveloppante,
sans être épris de lui ; et qui lui avait une
fois serré la main ne l'oubliait jamais.
Pour la nouvelle, — on ne peut plus dire
la jeune, — école française, la mort d'Em-
manuel Chabrier, en pleine force du talent
et de l'âge, — il n'avait guère plus de
cinquante-deux ans, — est une perte pro-
fonde ; car, parmi tous les remarquables
symphonistes de cette école, il était peut-
être celui qui était le plus doué au point de
vue musical. Nul ne possédait au même
degré que lui l'art de plier habilement un
thème rythmique, de l'enchaîner avec bon-
heur à un rythme nouveau, de le varier en
le combinant avec des dessins inattendus
et quelquefois très ingénieux. Son inven-
tion mélodique avait cette qualité rare
d'avoir de l'ampleur et un jet puissant. Elle
n'est pas toujours d'une distinction absolue,
mais avec quelle souplesse et quelle finesse
souvent charmante de tact il savait en
sauver la trivialité par des harmonies inat-
tendues ou des détails de facture qui déno-
taient en lui un sentiment de l'art tout à fait
rare et de qualité supérieure ! Il se souciait
d'ailleurs peu de correction et s'était lancé
à corps perdu dans toutes les hardiesses
de l'harmonie nouvelle, sans souci du qu'en
dira-t-on? Quintes successives, fausses re-
lations, accords altérés à seule fin qu'ils
ne fussent d'être parfaits, notes de passage
prodiguées à plaisir, dissonances non pré-
parées et résolues ensuite de la façon la
plus imprévue, il les prodiguait à foison
aussi bien dans ses œuvres symphoniques
que dans ses pièces de piano. Seulement il
avait l'oreille naturellement musicale ; si
quelquefois son harmonie était recherchée
jusqu'à la puérilité, elle revêtait, souvent,
d'un charme nouveau une idée en soi peu
originale; et il fut ainsi un merveilleux
684
LE GUIDE MUSICAL
trouveur de combinaisons sonores cha-
toyantes et d'un accent pénétrant.
Ce fut, au total une personnalité, un cer-
veau original, allant par tempérament vers
l'outrance, mais aussi très subtil ; ce qui
fait qu'en son œuvre d'ailleurs assez iné-
gal, des pages d'un caractère excessif,
hautes en couleur, étonnantes par la
verve des rythmes et la violence des tons
se rencontrent à côté de pages d'un
sentiment tendre et délicat et du faire le
plus fin. Son orchestration surtout est cu-
rieuse, très intéressante, souvent remar-
quable. Il avait un sens particulier des
timbres. Son Espana, qui le rendit célèbre
du jour au lendemain, est à ce point de vue
l'une des pièces les plus originales de la
musique symphonique moderne. Mais on
trouverait également dans le Roi malgré lui
et dans Gwendoline des combinaisons dé-
notant l'artiste de race, ayant deviné des
effets insoupçonnés avant lui, doué d'une
imagination véritablement riche et d'une
sensibilité exceptionnelle.
Le sort lui fut malheureurement cruel,
et c'est peut-être ce qui hâta la fin à jamais
regrettable de l'artiste que nous pleurons.
Il avait débuté tard, mais avec éclat. Trois
ans après que V Espana l'eût révélé au grand
public, il était à Bruxelles, heureux de voir
enfin à la scène sa seconde partition, cette
Gwendoline que l'Opéra n'avait pas con-
senti à représenter. On sait comment la
faillite de la direction Verdhurt interrompit
dès la troisième représentation, le succès
qui s'était annoncé durable. A Paris, le
Roi malgré lui fut arrêté après la troi-
sième représentation par l'incendie de
l'Opéra-Comique. Chabrier crut perdue sa
partition manuscrite, dont il n'avait pas de
copie! Il la retrouva deux jours plus tard,
après d'inconcevables angoisses.
Son rêve, sa seule ambition, c'était
naturellement d'arriver à l'Opéra. Après
Bruxelles, Gwendoline fut représentée à
Carlsruhe, par les soins de Félix Mottl, et,
l'année suivante, à Munich, sous la direc-
tion de Hermann Levi, qui me disait,
tout récemment encore la grande admira-
tion qu'il avait pour cette œuvre, Paris lui
demeurait toujours fermé. Au lendemain du
succès de Carlsruhe, je recevais de Cha-
brier le billet que voici :
Carlsruhe, 3 mai 89.
Hier soir, cher ami, un succès ébouriffant
(souligné trois fois) pour ma chère Gwendoline.
Mottl admirable, ainsi que M"« Mailhac. Mottl
vous enverra les journaux! — On ne jouera
donc jamais ça à Paris ! — Je vous en prie,
camarade, un vigoureux coup de main, je vous
en serai si reconnaissant !
A vous cordialement.
Emmanuel Chabrier.
« On ne jouera donc jamais çà, à Paris ?
Quelle tristesse dans ces mots, surgissant
dans l'ivresse même du triomphe de Carls-
ruhe!
Il y a quelques mois seulement, le vœu
si ardent de toute sa vie devait enfin s'ac-
complir. Gwendoline passait à l'Opéra le
4 janvier dernier. Mais déjà l'artiste était
condamné. Partiellement atteint de para-
lysie cérébrale, il assistait en quelque sorte
inconscient à l'exécution de son œuvre. A.
la répétition générale, assis dans un fauteuil,
on le vit se lever et applaudir frénétique-
ment telle ou telle page, et s'écrier en
s'adressant à ses voisins comme s'il s'agis-
sait de l'œuvre d'un ami : « Mais ce n'est pas
mal, du tout! C'est vraiment très bien!» Le
malheureux ne s'avait déjà plus qu'elle était
de lui, cette musique qui le charmait !
Qui dira jamais la cruauté décevante de
ces attentes qui se prolongent indéfiniment
doublées par la désespérance, de ces illu-
sions d'artiste qui, si rarement, se réalisent
et dont malheureusement est faite, la plu-
part du temps, la vie des poètes. « Désirer,
désirer toujours », comme dit Tristan;
« Désirer jusqu'à la mort et ne pouvoir
mourir du Désir! » Le malheur est que
quelques-uns en meurent.
La tristesse suprême, c'est que Chabrier
laisse inachevée la Briséis (i), à laquelle
depuis sept ou huit ans il travaillait et qui,
conçue dans la pleine maturité, après les
épreuves subies et l'expérience acquise
dans les compositions antérieures, pro-
mettait de nous donner l'œuvre de maîtrise
qu'on était en droit d'attendre légitimement
(i) Brisiis ou la Fiancée ie Corinthc, sur un poème de
Catulle Mendés.
LE GUIDE MUSICAL
685
de lui. Un seul acte, le premier est com-
plètement terminé. Les deux autres sont
écrits en partie seulement. Mais l'esquisse
complète est achevée. En 1888, — au mois
d'août, — il me parlait, dans une lettre
charmante de cordialité, de cette composi-
tion qu'il avait déjà alors sur le chantier
depuis une année. Il venait d'être décoré et
plein d'espoir, il s'était remis au travail :
Je vous remercie de l'envoi de votre jour-
nal. Et, à ce propos, j'ai égaré le numéro
où il est question de mon ruban rouge.
Ma femme ne l'a pas lu. Pourriez-vous m'en
adresser un nouvel exemplaire à la Mem-
brolle (i) ? Je vous serais reconnaissant aussi
de m'y faire parvenir le Guide, jusqu'à nouvel
ordre; car je vais probablement rester à la
MembroUe assez longtemps, afin de travailler
d'arrache-pied à Briséis. Tout labeur régulier
étant difficile à Paris, il est indispensable, si je
veux en finir relativement vite, de m'exiler un
peu. C'est ce que je fais. Je suis là, du reste,
dans un bout de village, avec femme et enfants.
C'est la paix absolue.
La paix absolue ! il la goûte à présent, le
pauvre artiste, si exubérant, si jovial, si
expansif, qui était la joie et la fierté du
petit cénacle de la rue Mosnier dont fai-
saient partie quelques-uns des artistes
marquants du temps présent : Camille
Saint-Saëns, Vincent d'Indy, Massenet,
André Messager, le peintre Manet, Taffa-
nel, Raoul Pugno, etc., et dans lequel la
fantaisie la plus extravagante alternait
avec le culte le plus sincèrement enthou-
siaste de l'art élevé.
Les directeurs de théâtres probablement
vont s'arracher maintenant cette Briséis
qu'ils feront achever par un des faiseurs à
la mode, toujours prêts à se faire un pié-
destal de la détresse du voisin. Gwendoline
aussi va, sans doute, reparaître sur les
affiches.
Malheureusement il est trop tard.
M. KUFFERATH.
Ajoutons à ces lignes bien insuffisantes pour
retracer la physionomie si originale d'Emmanuel
(i) La Membrolle, petit village d'Indre-et-Loire, près
de Mettray.
Chabrier quelques notes purement biographiques
que nous empruntons à la notice que notre colla-
borateur et ami Hugues Imbert lui a consacrée dans
ses Profils de musicien ^première série) et dont un
résumé a paru ici même dans notre numéro du
i" janvier dernier à propos de la première de
Gwendoline à l'Opéra.
Né le 18 janvier 1842, à Ambert (Puy-de-Dôme)
où son père était avocat, Emmanuel Chabrier
passa son enfance dans cette jolie vallée de la
Dore, au milieu des sites pittoresques de l'Auver-
gne; ce n'est qu'en i856 qu'il vint à Paris terminer
ses études et suivre les cours de droit.
En 1862, son père, qui rêvait pour lui le brillant
avenir de la carrière administrative, le fit entrer
au ministère de l'intérieur. Mais il ne ressentit
jamais un fervent amour pour la paperasserie, et
profita des loisirs que lui laissaient ses travaux de
fonctionnaire pour se livrer à l'élude du piano et
étendre ses relations musicales. Très bien accueilli
dans le monde, où son esprit vif et prime sautier
était goûté, il recherchait toutes les occasions
d'étudier les maîtres et de faire de la musique de
chambre. C'est dans le milieu artistique où il vécut
alors qu'il développa ses aptitudes pour l'art musi-
cal. Bach, Mozart, Beethoven, Schumann, Berlioz
étaient ses auteurs préférés. Avec une habileté de
pianiste déjà prodigieuse, une main gauche sur-
prenante, il se livrait avec la plus vive inclination
à la composition, qu'il étudiait avec Semet, l'auteur
àeGil Blas, et Aristide Hignard, l'auteur d'un Ham-
let joué, il y a quelques années, à Nantes.
En 1877, le r7 novembre, il débuta au théâtre
des Bouffes-Parisiens par une opérette en trois
actes, VEtoile (paroles de Leterrier et Van Loo),
qui ne se maintint pas longtemps, mais qui fut
tout de suite remarquée par les musiciens comme
une œuvre d'artiste.
En i88i,Lamoureux venait de fonder la Société
des Nouveaux-Concerts au théâtre du Château-
d'Eau; il avait pu apprécier le mérite de Chabrier,
comme pianiste, comme accompagnateur déjà
profondément versé dans la connaissance des
grands maîtres. Il se l'attacha pour diriger les
chœurs et préparer avec lui l'exécution des œuvres
de Richard Wagner, qu'il avait l'intention, depuis
longue date, de faire entendre à Paris C'est ainsi
que Chabrier eut une part active aux premières
exécutions de fragments de Wagner, notamment
du premier acte de Tristan et Iseuli. Pendant ce
temps, il travaillait à la partition de Gwendoline,
A la suite d'un voyage qu'il fit en Espagne en i883,
il en rapporta des motifs populaires qui l'avaient
séduit et dont il composa sa rapsodie pour orches-
tre, Espana^ exécutée pour la première fois aux
LE GUIDE MUSICAL
Concerts Lamoureux.Ce fut un succès prodigieux,
et tout de suite Chabrier fut lancé.
En 1884, M. Lamoureux donna de lui les
Scène et Légende, tirées du premier acte de Gwendo-
Une; M™" Montalba chantait le rôle de Gwen-
doline. En i885, M™* Brunet-Lafleur interprétait
la Sulamite, pour soprano, chœur et orchestre, sur
des paroles de Richepin, une de ses meilleures
choses.
Enfin, en 1886, Gwendoline faisait son apparition
au théâtre de la Monnaie, tout à la fin de la saison
(18 avril).
A la suite de ce succès, Chabrier fut chargé
d'écrire un ouvragepour rOpéra-Comique de Paris.
Il avait en portefeuille une opérette commencée,
sur un livret d'Emile de Najac et Paul Burani.
On adjoignit à ceux-ci le poète Jean Richepin, qui
remania plus ou moins le plan primitif, orna les
couplets de quelques bons vers, et^en fit un opéra
comique : le Roi malgré lui. La première eut lieu
le 18 mai 1887. L'œuvre de Chabrier en était à sa
troisième représentation quand l'Opéra-Comique
brûla de fond en comble.
En 1889, Gwendoline fit son apparition, le 3o mai,
sur la scène du Théâtre grand-ducal de Carls-
ruhe, où elle fut accueillie d'une façon exception-
nellement enthousiaste. L'année suivante, c'était
Munich qui représentait l'œuvre, toujours dédai-
gnée à Paris.
Dans l'entretemps, Chabrier travaillait à Briséis,
et publiait diverses compositions : Valses romau-
Uqii es -pour deux pismos; Fantaisie pour cor et piano;
Pièces pittoresques pour piano ; Ode à la musique, pour
voix de femmes et soprano, qui eut un retentissant
succès au Conservatoire de Paris (29 janvier 1893),
sans parler de bon nombre d'autres ouvrages qui
sont restés inachevés, ou auxquels il se proposait
de mettre plus tard la dernière main. Parmi
ceux-ci, il faut compter les Muscadins, dont le
livret est de M. Jules Claretie, administrateur de la
Comédie-Française; une petite opérette dix-hui-
tième siècle, écrite en collaboration avec M. Paul
Verlaine; le Sabbat, opéra comique en un acte,
que Chabrier commença à écrire sur un livret
d'Armand Silvestre ; Jean Hunyade, œuvre à
laquelle il collabora avec Henry Fouquier pour la
partie littéraire, en 1867, et dont quelques motifs
se retrouvent dans Gwendoline et Briséis.
Quelques-unes de ces œuvres seront sans doute
publiées.
UN PÈLERINAGE A ENDENICH
CRiVANT de Dresde, le 3 décem-
bre 1849, à son cher Hiller, qui
lui avait demandé s'il était dis-
posé à le remplacer dans les
fonctions de directeur de musique à Dussel-
dorf, Robert Schumann lui posait une
question où se laissaient déjà entrevoir les
tristes pressentiments qui hantaient son
esprit :
En cherchant dernièrement dans une vieille
géographie quelques renseignements sur Dus-
seldorf, j'y ai vu que, entre autres établisse-
ments, la ville possédait trois couvents plus
une maison d'aliénés; des premiers je ne m'oc-
cupe guère, mais l'annonce d'un hospice de fous
m'a été fort désagréable. Voici pourquoi : Il y a
quelques années, tu t'en souviens, nous étions à
Maxen. Je m'aperçus, un matin, que la fenêtre
de ma chambre donnait directement sur le Son-
nenstein(i). Cette vue journalière m'a profondé-
ment attristé, au point de gâter tout le plaisir
que j'aurais dii trouver en ce charmant séjour.
L'idée m'est aussitôt venue qu'il en pourrait
être de même à Dusseldorf. Mais, peut-être, la
géographie se trompe-t-elle, et n'est-ce tout
simplement qu'un hôpital comme il y en a
dans toutes les villes?
Je dois éviter soigneusement toute impres-
sion mélancolique de cette espèce; car, bien
que nous autres musiciens nous vivions souvent
sur les hauteurs sereines, le malheur de la vie
réelle ne nous pénètre que plus profondément,
quand il apparaît devant nos yeux dans toute
sa nudité. Du moins, c'est ce qui m'arrive à
moi avec mon imagination ardente. Et pour-
tant je me souviens d'avoir lu quelque chose de
semblable dans Gœthe (sans comparaison).
N'est-elle pas étrange cette sorte d'intui-
tion qui, à quelques années de distance,
donnait à l'infortuné maître le pressenti-
(i) Maison d'aliénés située près de Pirna.
LE GUIDE MUSICAL
687
ment du triste et sombre avenir? Ce fut, en
effet, à Dusseldorf que sa raison, déjà
ébranlée par de terribles secousses, sombra
définitivement. Le 27 février i854, il quittait
sa demeure nu-tête et, arrivé au pont du
Rhin, se précipitait dans le fleuve, d'où le
retiraient les bateliers. Il vivait; mais quelle
vie devait être la sienne, jusqu'au jour de
la délivrance! Toute joie avait cessé pour
lui; les ombres de la mort s'étaient déjà
étendues sur cette merveilleuse intelligence.
Son génie, pour employer une expression
de Leopardi, « allait devenir la proie de la
divinité du Ténare, de la sombre nuit et de
la rive silencieuse ».
Après des accès violents alternant avec
des instants de prostration complète, sa
dévouée compagne se décida, sur l'avis des
médecins, à le laisser transporter dans un
établissement spécial, où pourraient lui
être prodigués les soins que réclamait son
lamentable état. Le docteur Hasenclever
accepta la douloureuse mission de le con-
duire dans la maison de santé dirigée par le
docteur Richarz, à Endenich, près de Bonn.
L'illustre malade y arriva le 4 mars 1854;
il ne devait en sortir que le 2g juillet i856,
jour de sa mort!
J'ai voulu entreprendre le pèlerinage aux
lieux qu'habita dans les dernières années
de sa vie le chantre de Manfred et de Faust,
auxquels son souvenir demeurera à jamais
attaché. Ne vous semble-t-il pas que les
pays où ont vécu de grands et nobles artis-
tes exercent sur ceux qui ont eu le bonheur
de les comprendre une sorte d'attraction ?
Ce que nous leur demandons à ces lieux,
c'est de nous révéler l'âme de celui que
nous aimons, de nous laisser entrevoir
quelques parcelles de la vie qu'ils y ont
vécue, les joies comme les souffrances (les
dernières, hélas ! plus nombreuses que les
premières) éprouvées par eux. Ne trouve-
rons-nous pas de singuliers éléments de
psychologie dans les milieux qu'ils fréquen-
tèrent? N'irons-nous pas étudier souvent
avec plus de certitude que dans les biblio-
thèques, les physionomies morales de Cha-
teaubriand au vieux château de Combourg
avec son horizon démesuré et son étang
aux eaux tranquilles, de lord Byron à la
mélancolique abbaye de Newrstead, de
Shelley sur les rives de la Méditerranée
près de Pise, de Wagner à Dresde et à Bay-
reuth, de Victor Hugo aux rochers de
Guernesey, de Berlioz à la Côte-Saint-
André et aux beaux sites du Dauphiné, de
Jean-Jacques aux Charmettes, à Ermenon-
ville?... Et les vieilles légendes, où en
rechercherons-nous le sens, sinon dans le
pays qui les a vues éclore?
Une pieuse émotion s'était donc emparée
de moi, lorsque, par un beau soleil d'août
de l'année 1893, je me suis dirigé vers le
petit bourg d'Endenich, situé à quelques
kilomètres de Bonn. Après les sensations
multiples et profondes qu'avait fait naître
en nous la demeure du grand maître Bee-
thoven, il semblait que nous dussions, après
avoir déposé une gerbe de fleurs sur la
tombe de celui qui fut son successeur, nous
mettre en communication plus directe avec
lui en visitant sa retraite dernière, le refuge
où il reçut les soins qui, malheureusement,
ne suffirent pas à lui rendre la raison.
La route qui conduit à Endenich (Ende-
nicher Strasse) longe le mur du cimetière
où repose Robert Schumann. De jolies et
coquettes maisons bordent le chemin
planté d'arbres. On arrive rapidement en
pleine campagne, et le gai soleil d'après
midi, coulant à travers la verdure des
arbres, donne à cette simple nature un
riant aspect. Rendu au petit village, nous
cherchons à nous orienter ; mais, ne parlant
pas la langue allemande, nos efforts sont
infructueux. Pour comble de malheur, la
suscription de la lettre qui nous avait été
remise à Bonn pour un docteur d'Endenich
était erronée ; cela compliquait singulière-
ment les choses. Une des personnes qui
nous entouraient nous fit signe de la suivre,
et nous arrivâmes bientôt à la porte d'une
institution religieuse, qui fut ouverte à
notre appel. Mis en présence d'un ecclé-
siastique de haute stature et d'un accueil
bienveillant, nous lui exposons le but de
notre visite : hélas! l'infortuné sue sang
et eau pour nous comprendre, la langue
française ne lui étant pas familière. L'em-
LE GUIDE MUSICAL
barras était donc grand pour arriver à
une solution, lorsqu'une heureuse inspira-
tion nous amena à tracer sur une feuille
de papier ces deux mots latins : SUilto-
rum domus (maison des aliénés). Mon hôte
devine enfin ce que je désire, lève les
bras au ciel en signe de joie et me confie à
un jeune garçon, qui me conduira en
quelques minutes au but désiré.
Une langue morte fut le trait d'union
indispensable entre deux enfants du dix-
neuvième siècle, appartenant à deux races
différentes. L'étude de cette langue latine
si concise, si forte en ce qu'elle donne
immédiatement toute la valeur à l'image,
ne saurait donc jamais être délaissée, sur-
tout par ceux qui chérissent les lettres et
les voyages ; ils trouveront toujours en elle
une amie sûre et fidèle.
{A suivre.) Hugues Imbert.
NOTES DE VOYAGE
[es pérégrinations, après Bayreuth et
Munich, m'ont mené assez loin : à
_^_^_ Vienne, Prague, Dresde et Leipzig,
et j'en rapporte des impressions diverses, qu'il
me paraît intéressant de noter, d'autant qu'elles
sont toute à l'honneur de mon pays belge.
Vous n'imaginez pas en quelle estime on tient
nos artistes au dehors. Nos instrumentistes sont
réputés depuis longtemps; les Ysaye, les
Thomson, les De Greef, les Jacobs renouvellent
simplement la tradition des de Bériot, des
Vieuxtemps, des Servais ; mais ce qui est inté-
ressant à noter, c'est que leur réputation s'étend
maintenant aussi à nos chanteurs. Van Dyck et
Blauwaert ont fait la trouée. Les autres n'ont
qu'à venir. Pour peu qu'ils aient de talent, les
portes leur sont ouvertes, on les accueillera
bien, de confiance. Nos sociétés chorales ont
aussi une grande réputation. On reconnaît
qu'il n'y a pas à lutter avec elles, et, bien qu'on
n'aime guère le genre de compositions aux-
quelles elles se consacrent, on rend hommage
à leur extraordinaire discipline, à leur ensemble,
à la virtuosité où elles atteignent dans des
œuvres très difficiles et compliquées.
Par dessus tout, c'est au Conservatoire de
Bruxelles que va l'admiration générale. On le
cite comme l'institution modèle en Europe.
On ne se lasse pas d'admirer son organisa-
tion, le nombre des cours qui s'y donnent,
l'excellence des maîtres, dont quelques-uns ont
une célébrité européenne; ce qui étonne sur-
tout, c'est la gratuité de l'enseignement et la
générosité de l'Etat, dotant généreusement
nos établissements de haut enseignement mu-
sical. Les conservatoires allemands ne sont
généralement pas aussi bien lotis. Ils portent le
titre ronflant de Conservatoire royal, par exem-
ple à Dresde, à Leipzig, à Munich. Mais l'Etat
n'intervient guère dans les frais d'entretien. Le
budget est alimenté par un maigre subside de la
caisse du souverain (neuf mille marcs, par
exemple au Conservatoire de Leipzig), et par
une subvention à peine supérieure des adminis-
trations locales, communale ou provinciale ; le
reste, c'est au minerval qu'on le demande.
Chaque élève paie trois cents à quatre cents
francs. Il est vrai que les particuliers inter-
viennent, que les petites communes aussi
subsidient généralement les jeunes gens mani-
festant des dispositions particulières pour la
musique. Il y a, de plus, de nombreuses fonda-
tions et des bourses d'études, qui s'obdennent
assez facilement. Mais, en général, le conser-
vatoire doit vivre de ses élèves ; d'où il résulte
qu'il n'est pas sévère sur leur qualité. Il les
prend où il peut, chaque professeur ayant un
intérêt matériel à voir le plus grand nombre
d'élèves dans sa classe, — d'où dépend le
chiffre de ses émoluments, — il n'a d'autre
souci que d'y faire entrer le plus possible de
têtes. Il accepte sans regarder. Les résultats
sont navrants. A force de patience, on parvient
à développer tant bien que mal le mécanisme
des enfants ; mais le sentiment musical, on n'en
a guère souci. Ce n'est pas pour l'art qu'on
élève tant de disciples, c'est pour le métier.
Quelquefois, un directeur de conservatoire sur-
git qui, plus artiste que les autres, tente unej
réforme, rejette les incapables, expulse les]
fainéants. Après deux ou trois ans, il s'aperçoit!
qu'avec ce système les recettes diminuent, et iîi
LE GUIDE MUSICAL
689
change de méthode, il reprend les lucratifs
errements de ses prédécesseurs, à moins, que
décidément artiste plus que commerçant, il
ne renonce à la lutte.
On s'est beaucoup amusé, dans les journaux
français, d'une annonce qui fait en ce moment
le tour de la presse musicale d'outre-Rhin
et dans laquelle on offre un Conservatoire à
vendre. A Paris, où l'on croit que tous les con-
servatoires sont des instituts d'Etat, on n'a pas
compris. L'explication est dans les circon-
stances que je viens d'exposer. Je crois que le
conservatoire qui est à vendre est celui de
Dresde. Le directeur n'ayant pas fait ses
affaires, cherche à se débarrasser de l'entreprise,
comme on ferait de ce côté-ci de la frontière
d'une concession de théâtre sur les bénéfices
de laquelle l'impresa se serait trompée.
En réalité, théâtres et conservatoires ont, en
Allemagne, une situation tout opposée à celle
qu'ils ont en Belgique et en France. Ici, c'est
l'enseignement qui est subsidié officiellement ;
là-bas, c'est le théâtre. Le roi de Saxe verse, en
moyenne, 25o à 3oo,ooo francs de sa caisse par-
ticulière pour l'Opéra de Dresde. A Munich, on
fait des économies, mais le subside royal se
monte toujours à 200,000 francs au moins. A
Vienne, l'Opéra coûte annuellement à l'Empe-
reur la jolie somme de 3oo,ooo florins c'est-à-
dire près de 700,000 francs. Les théâtres des
petites principautés touchent des subsides énor-
mes, toute proportion gardée. Ainsi le grand
duc de Bade paie annuellement 25o à 3oo,ooo
marcs pour le théâtre de Carlsruhe. Il est
vrai que cette scène est aujourd'hui l'une des
premières de l'Allemagne, après Bayreuth,
cela va sans dire. Les théâtres municipaux
reçoivent, eux aussi, des subventions considéra-
bles : 25o,ooo marcs à Francfort ; 200,000 marcs
à Leipzig. Ces chiffres sont très élevés, il faut en
convenir, en comparaison des subsides consa-
crés à l'enseignement de la musique. Je sais que
les subsides royaux ou princiers sont des dépen-
ses facultatives de la couronne, qui peut du jour
au lenciemain les retirer ; on ne peut donc les
comparer à une intervention de l'Etat, d'où
résulte que les dépenses du Conservatoire sont
inscrites régulièrement au budget chaque année.
La disproportion entre le théâtre et l'école au
regard de l'encouragement public n'en est pas
moins choquante. L'Allemagne, qui a de si
belles universités et si bien dotées, n'a que de
médiocres conservatoires, exception faite de
quelques établissements sur lesquels j'aurai à
revenir. Il y a de bons professeurs particuliers,
mais l'organisation générale laisse énormément
à désirer. Certaines branches de la théorie ou
de la pratique musicale ne sont même pas repré-
sentées dans le programme des cours.
Aussi, quand j'ai raconté là-bas ce que
M. Gevaert venait de faire pour donner, en
quelque sorte, une sanction pratique à l'ensei-
gnement des principes : l'organisation de la
classe d'orchestre, l'institution du cours pour
les iuben wagnériens, quand j'ai dit l'histoire
et les succès de la famille complète des clari-
nettes, la famille de l'excellent Poncelet, j'ai vu
des yeux s'ouvrir énormes de stupeur et d'ad-
miration.
J'ai entendu aussi, de la bouche de Hans
Richter, l'unique, l'incomparable, l'inégalé
interprète de Beethoven, un éloge de l'orchestre
des Concerts populaires, qui a été doux à ma
vieille amitié pour Joseph Dupont. « Auprès
du vôtre, m'a-t-il dit, tous nos orchestres sont
des orchestres de manouvriers. Nous n'avons
pas une trompette comme Zinnen, ni une cla-
rinette comme Poncelet ! Et quel hautbois vous
avez en Guidé! » Puis il me disait, avec un
accent délicieux de sincérité, l'impression que
lui avait faite la sonorité particulière de nos
violons, nos merveilleux altos, l'archet à la
corde de nos violoncelles. « Il y a deux orches-
tres au monde avec lesquels je voudrais
toujours travailler : celui de mes concerts à
Londres et celui des Concerts populaires de
Bruxelles. Avec eux, on a l'impression de la
virtuosité complète, du haut en bas de l'échelle
des instruments. »
Dans la bouche d'un maître tel que Hans
Richter, de telles paroles ont une valeur excep-
tionnelle.
J'ai entendu l'orchestre de l'Opéra de Vienne
sous la direction même de Richter. Malheu-
reusement, dans une partition quelconque : les
Pagliacci de Leoncavallo. Il est, paraît-il,
question de monter cet ouvrage au théâtre de
la Monnaie. MM. Stoumon et Calabresi ont eu
raison de ne pas l'exclure de leur répertoire.
L'œuvre est incontestablement supérieure à
l'infâme Cavallcria de Mascagni, chère aux
publics illettrés et particulièrement germa-
690
LE GUIDE MUSICAL
niques. Le début, avec son prologue débité
parle pitre de la comédie, rideau baissé, devant
le trou du souffleur, est assez original. Mais ce
qui vient après ne l'est plus. Tout le premier
acte est un flagrant plagiat de Bizet; le deuxième
a des oppositions ingénieuses d'orchestration et
de style pour accompagner la comédie qui se
joue sur le théâtre des forains et la tragédie qui
se joue en réalité. Le sujet, vous le connaissez,
n'est-ce pas? C'est l'histoire de la Femme de
Tabarifi, déjà mise en opéra-comique une
dizaine de fois en France et que le bon poète
Catulle Mendès, plus récemment, a traitée en
drame mordant et cruel pour le Théâtre-Libre
d'Antoine. Cette histoire paraît assez nouvelle
aux Allemands, qui ne la connaissaient pas, et
c'est l'explication du succès de l'œuvre de
Leoncavallo. La partition est portée par le
poème. Mais je doute qu'ici elle frappe autant.
Musicalement, l'œuvre ne nous apporte rien
de neuf, et même elle nous désenchante à la fin.
Le musicien, plus correct et sage que Masca-
gni, n'arrive pas à nous donner l'impression
véhémente du drame, lorsque vraiment il se
noue et se déchaîne. Il faut convenir qu'avec
sa grossièreté et sa brutalité Mascagni arrive à
éveiller des impressions plus fortes et plus
viriles.
Il était impossible, cela va sans dire, de
juger l'orchestre de Vienne dans un ouvrage
aussi peu important. Il m'a semblé, toutefois,
remarquable par une qualité qui toujours fait
défaut aux nôtres, la sijreté du rythme, le
fondu des ensembles, la discipline de tous et,
par là même, la qualité tout à fait exceptionnelle
de la sonorité : celle-ci est étoffée, profonde,
complète. C'est un tapis de velours, épais et de
teintes chaudes, qui s'étale sous la voix du
chanteur.
Même observation à propos de l'orchestre de
Dresde, que j'ai entendu dans le Vaisseau-
Fantôme. Cela manque quelquefois d'élan, de
fougue, de couleur. Le chef d'orchestre était
lourd, mais quelle admirable clarté dans la
diction, quelle perfection dans le dessin des
moindres traits. L'atta(]^ue des violons, notam-
ment, était une merveille de précision. Nous
n'avons aucune idée de cela, je vous assure, ni
aux Populairts, ni au Conservatoire, ni surtout
au théâtre de la Monnaie. On dirait un seul
violon, de sonorité immense, égrenant les
gammes et les dessins avec une souplesse d'ar-
chet admirable, Inarquant les points essentiels
du rythme tout en n'escamotant aucun détail
du trait. L'orchestre de Dresde est le seul aussi,
en Allemagne, où j'aie entendu un hautbois de
sonorité agréable et une flûte ayant du charme.
Les cuivres aussi sont très beaux.
Quant aux chanteurs, j'ai regret à dire qu'ils
ne m'ont point paru bien extraordinaires. Mau-
vaise émission, lourdeur du débit, maladresse
et gaucherie dans les mouvements, malgré la
louable recherche du geste expressif. Quand
je songe qu'à Bayreuth on reproche à Van
Dyck d'être trop théâtral, parce que, d'art et
d'instinct, il extériorise son interprétation, je ne
puis ra'empêcher de regretter profondément
l'erreur où de détestables conseillers entraînent
la direction des Festspiele. Non, mille fois non!
la déclamation martelée et dure des moindres
consonnes, qui s'enseigne présentement à
l'Ecole dramatique de Bayreuth, cette façon
aboyante d'émettre le son ou de l'étouffer sous
prétexte de nuances et de sentiment, ce n'est
plus du chant, ce n'est pas ce que Wagner rêvait
et demandait ; et il suffit de se reporter aux si
justes observations qu'il formule en différents
de ses écrits, à propos des chanteurs italiens et
français, pour condamner absolument un pareil
système de déclamation. Il n'y a pas d'illusion
à se faire : encore deux années de ce régime et
c'en sera fait de la gloire du Théâtre- Wagner.
Du vivant du maître et sous sa direction,
c'étaient de vrais chanteurs qui y paraissaient :
les grands protagonistes des Nibelungen, en
1876, et de Parsifal, en 1882, étaient tous plus
ou moi^s directement issus des écoles française
et italienne du chant ; la Materna, Cari Hill,
Belz, Scaria, Niemann, pour ne citer que les
plus marquants. Tous étaient de parfaits chan-
teurs, des virtuoses de la voix, et il avait suffi
de quelques indications du maître sur la dis-
tinction à faire dans ses œuvres entre les
parties en récitatif et les parties lyriques, pour
que les deux éléments dont se compose l'œuvre
d'art wagnérienne, le drame et la musique,
eussent leur part égale dans l'interprétation.
Depuis que la plus récente exégèse a découvert
que Wagner était avant tout un poète drama-
tique, on semble ne plus avoir d'autre préoc-
cupation, dans l'école de Bayreuth, que de
faire valoir la parole ; on néglige la musique.
LE GUIDE MUSICAL
691
Le chant est l'accessoire! Néfaste aberration!
On serait presque tenté de souhaiter que
l'œuvre de Bayreuth fût sauvée d'elle-même
par les chanteurs d'opéra, elle qui semblait
destinée à mettre un frein aux excès de la vir-
tuosité du chant.
(A suivre.) M. Kufferath.
Le Guide Musical commencera, dans sa
prochaine livraison, la publication des
Lettres de Richard Wagner à Auguste
Rœckel, qui viennent de paraître à Leipzig,
chez Breitkopfet Hsertel, et que M. Maurice
Kufferath a été autorisé à traduire. Ces
lettres, qui offrent le plus vif intérêt, occu-
peront une dizaine de numéros.
Le Guide Musical -pMhMer 3., en outre, en
octobre, un travail du plus haut intérêt
esthétique et d'une nouveauté absolue sur
la Métronomie musicale. Ce travail, dû à
MM. H. Alvin et R. Prieur, sera certaine-
ment remarqué, et nous paraît appelé à faire
sensation dans le monde musical.
CbroniQue &e la Semaine
PARIS
Voici l'époque à laquelle les directeurs de
théâtres préparent les nouveautés et les reprises
en vue de la saison nouvelle, où tous, petits et
grands, jouent de la réclame pour développer
de mirifiques programmes. Toutes ces belles
promesses seront-elles tenues ? Qui vivra verra.
En attendant leur mise à exécution, le chroni-
queur, un peu dépourvu de faits intéressants
sur les théâtres et les concerts, est forcé de se
contenter du plus léger grain de mil et d'avoir
recours aux nouvelles qui lui arrivent de
sources diverses.
C'est ainsi que tous les Parisiens revenus de
Bayreuth racontent, à qui veut les entendre,
la splendide exécution de Lohengriu sur le
théâtre de Richard Wagner. Notre ami et colla-
borateur, Edouard Schuré, qui, tous les ans,
piend le chemin de Bayreuth, nous disait com-
bien la mise en scène de Loliengrin avait été
une merveille d'art, au point de. vue des chœurs
surtout, de leur beauté plastique, de leur vie
intense, de leur animation ! La fin du premier
acte était d'un mouvement étourdissant et la
fin du dernier d'une beauté poignante, pathé-
tique, égalant ce qu'on peut imaginer de plus
beau dans la tragédie grecque. Voilà une
réforme que MM. les directeurs de l'Opéra et
de nos théâtres devraient bien inscrire en tête
de leur programme, celle qui a pour but de
donner la vie à tous ces choristes qui, en fait
de mouvements, ne connaissent que celui con-
sistant à élever tous à la fois soit le bras droit,
soit le bras gauche, et à se placer en rang
d'oignons, même dans les moments les plus
pathétiques, devant le trou du souffleur ou
dans le fond de la scène. L'œuvre de Bayreuth
a étendu suffisamment son influence sur le
monde entier, sur Paris en particulier, pour que
nous ne profitions pas de jour en jour des heu-
reuses innovations dues à l'initiative de Richard
Wagner. On dit même que la veuve du grand
compositeur, enchantée du succès obtenu par
la Valkyrie à l'Académie nationale de musique,
se proposerait de venir l'entendre pour étudier
c j] tains détails de mise en scène, dont on lui
aurait dit merveille. Cette visite devrait encou-
rager la direction à poursuivre l'éducation des
masses chorales, alors que l'ensemble de la
décoration, de la machinerie est jugé de
premier ordre par le monde entier.
M. Camille Saint-Saëns, lui, ne fait plus de
pèlerinages à Bayreuth ; mais il ne reste pas
inactif pour cela. Dans les moments où la com-
position lui laisse des loisirs, il prend la plume
pour nous faire connaître son opinion sur l'as-
tronomie, l'architecture des Romains, les
hautes questions philosophiques. Il aborde ces
divers sujets avec une audace et une maestria,
auxquelles la fortune sourit. C'est ainsi que,
sollicité par le livre qu'avait publié le célèbre
astronome Hirn sur l'Espace céleste, il fut
amené à lui écrire une lettre dans laquelle il
aborda la partie métaphysique de son ouvrage.
De cette lettre, qui ne put parvenir à son desti-
nataire, en raison de sa mort subite, est sorti
le nouveau livre de Saint-Saëns; Problèmes et
mystères. Nous n'avons pas l'intention d'ana-
lyser ce nouvel écrit de l'auteur d'Harmonie
et mélodie; ce ne serait ni le lieu ni le mo-
ment ; mais nous tenons simplement à prévenir
nos lecteurs : ce n'est pas un livre de foi, mais
un livre de doute. Que dira la papauté, si l'ou-
vrage vient à lui être révélé ? Quelles foudres
se préparent pour celui qui composa, à l'aurore
de sa carrière, l'Oratorio de Noël, Cœli enar-
rant, la Messe de Requiem? Pour notre part.
692
LE GUIDE MUSICAL
quelles que soient les divergences qui peuvent
exister entre les théories de l'auteur et les
nôtres, nous préférons le voir aborder des sujets
essentiellement littéraires, scientifiques ou phi-
losophiques, que se laisser entraîner à la cri-
tique musicale qui, en thèse générale, ne
convient nullement aux compositeurs, trop
confinés dans leur art propre pour pouvoir
juger sainement les œuvres de leurs confrères.
Nous nous rappellerons toujours à ce propos
les lignes que l'auteur écrivait lui-même en
tête de l'introduction de son livre Harmonie
et mélodie : « Des personnes très sensées, aux-
quelles je suis loin de donner tort, estiment
qu'un artiste doit s'occuper de son art et
emploie plus utilement son temps en produisant
des œuvres qu'en donnant son avis sur celles
des autres. » Il eût été prudent, de la part de
C. Saint-Saëns, de se maintenir dans cette sage
réserve.
Et, pour faire pendant à ces pages sévères,
voici des vers que le maître a adressés à
Mlle Bréval, de l'Opéra, qui chanta aux fêtes
d'Orange une nouvelle composition de lui,
l'hymne Pallas-A théné, sur une poésie de J.-L.
Croze :
Vierge guerrière ou Muse aux strophes étoilées.
Casque en tête, ou le front ceint du bandeau de lin,
A l'art que nous aimons vos notes d'or mêlées
S'impriment dans nos cœurs, comme sur le vélin
Des missels, en couleurs vives que rien n'altère,
Brillent les saints du ciel et les fleurs de la terre.
Quand vous avez paru, si belle que Vénus,
En vous voyant, aurait envié vos bras nus.
Avançant à pas lents sur ce théâtre antique
Au rythme harmonieux qui cadençait vos pas.
Dans les plis envolés de la chlamyde blanche.
Dans l'œil chargé d'éclairs, au contour de la hanche,
Nous avons reconnu la divine Pallas !
Ils sont galants MM. les membres de l'Insti-
tut! Hugues Imbert.
Nous avons parlé, dans notre dernier numéro,
du projet de M. Carvalho de confier la direction
de son orchestre non plus, à un seul chef, mais
à trois chefs pourvus d'une égale autorité.
Interviewé à ce sujet par un de nos confrères
du Matin, M. Carvalho lui a expliqué que son
projet avait un double but. « Un théâtre subven-
tionné est une sorte de musée, a-til dit, où les
chefs-d'œuvre doivent être conservés avec le
respect absolu qa'ils méritent, et le répertoire
de rOpéra-Comique est tellement abondant et
varié qu'il excède les forces d'un maître unique,
quelle que soit sa valeur. En partageant la
direction des ouvrages anciens et nouveaux
entre trois chefs d'orchestre, j'assure à la fois
la perfection continue de l'exécution et j'allège
la tâche de chacun ».
M. Carvalho respectera d'ailleurs les droits
acquis. M . Danbé conservera sa situation intacte
à tous les points de vue. Divers noms ont été
cités pour les postes à créer. Sur ce point, les
choses ne paraissent pas encore aussi avancées
qu'on l'avait affirmé. M. Carvalho a démenti
qu'il fût déjà entré en pourparlers avec qui que
ce soit ou qu'il eût pris le moindre engagement.
Nous avons annoncé que M. Félix Mottl,
chef d'orchestre de Carlsruhe, doit diriger à
Paris une série de représentations d'œuvres
exclusivement empruntées au répertoire de
Berlioz et de Wagner : la Prise de Troie, les
Troyens à Carthage, Bcnvenuto Cellini seront
successivement, représentés, du i5 mars au i5
avril prochain, sur la scène de la Gaîté, selon
toute apparence. Chacune de ces pièces ne
serait donnée que deux fois, quel qu'en ait été
le succès auprès du public. Tel est du moins le
projet auquel se rattache la venue de M. Mottl
à Paris. Pour le moment, on n'attend plus que
la ratification par M. Mottl des engagements
qui lui ont été fournis par M. Lenormand.
Ajoutons que si cette tentative réussit, il y
aurait en i8g6, sous la direction de M. Mottl,
des exécutions de la Tétralogie, des Maîtres
Chanteurs et de Tristan et Iseiilt, au théâtre
de la Gaîté.
A l'Opéra, dès le retour de M. Maurel à
Paris, c'est-à-dire dans peu de jours, on com-
mencera les répétitions de VOtello de Verdi,
dont les décors sont sur le point d'être terminés.
On passera sûrement avant le i5 octobre.
'$'
UArt Musical publie, en ce moment, de
charmants croquis d'artistes du chant (M™" Gal-
li-Marié, Rose Caron, Christine Nilsson), dus
à la plume de M. Henri de Curzon (Kreisler).
Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant
de l'avoir tué... M. Carvalho vient encore d'en
faire l'expérience à ses dépens, naturellement.
Il s'était tiop hâté de parler des représenta-
lions de M""= Melba, pour cette saison.
On avait annoncé l'engagement de l'éminente
LE GUIDE MUSICAL
cantatrice à l'Opéra-Comique, et c'est en Amé-
rique qu'elle se fera entendre.
Oh ! les amis trop zélés !
•f*
On vient de distribuer d'une façon définitive, à
l'Opéra, les rôles de la Montagne voire, l'opéra dont
M""" Augusta Holmes a écrit le poème et la mu-
sique. Les rôles d'hommes ne seront pas tenus par
MM. Delmas et Saléza, ainsi que cela avait été dit
primitivement, mais bien par MM. Renaud et Al-
varez. L'interprétation féminine est confiée à
M"'» Bréval et Héglon.
La Montagne noire va être mise immédiatement à
l'étude et passera après Otello.
Esquissons rapidement le sujet de la pièce :
L'action se passe au Monténégro. Deux frères
d'armes se sont juré une amitié éternelle, serment
de dévouement et de fidélité un peu semblable à
celui qu'échangent encore nos matelots. Un des
deux amis s'éprend néanmoins d'une drôlesse, mal
gré les avis et les supplications de son compagnon.
Celui-ci, enfin, désespérant de ramener le parjure
dans la bonne voie, finit par le tuer, tout en faisant
croire qu'il est mort dans un combat.
M"'' Adams, une jeune Américaine que certains
auditeurs privilégiés croient appelée au plus bel
avenir, débutera le mois prochain, à l'Opéra, dans
Roméo et Juliette.
M. Fournets, après plusieurs semaines de congé,
a fait sa rentrée, dans Roméo et Juliette.
A l'Opéra-Comique, on annonce l'engagement
de M""" Saville, la charmante cantatrice autri-
chienne qui fit, il y a deux ans, une courte appari
tion au théâtre de la Monnaie et qui, depuis, a
chanté avec succès à Saint Pétersbourg et à Lon-
dres. M""" Saville est engagée spécialement pour
chanter le rôle de Virginie lors de la reprise de
Paul et Virginie.
Un concours pour les places de violon alto et
violoncelle, vacantes aux concerts Lamoureux,
aura lieu le i" octobre Les inscriptions sont
reçues à l'administration, 62, rue Saint-Lazare, de
trois heures à cinq heures.
BRUXELLES
Continuation des débuts au théâtre de la
Monnaie.
Cette semaine, c'était le tour de Mme Cossira,
qui a montré quelque témérité à se produire
dans le rôle d'Ortrude de Lohetigrin. Il lui
faudrait, pour y réussir, bien des qualités
qu'elle ne posssède encore qu'à un degré peu
prononcé ; et son exécution a laissé sensible-
ment à désirer sous de multiples rapports. La
voix a quelques belles notes, quoique artifi-
cielles, dans le grave ; mais le haut registre est
d'un timbre peu distingué, sans assiette et sans
assurance, ce qui imprime aux moindres notes
tenues un chevrotement dont le style wag-
nérien s'accommode assez mal ; la musicienne
n'a guère l'oreille exercée, et, comme le son, le
geste manque souvent de justesse.
Malgré ces quelques défauts, la belle stature
de Mme Cossira lui vaut de « tenir » la scène
avec une certaine autorité, qu'on préférerait
sans doute pouvoir attribuer à ses qualités
d'artiste lyrique. Il y a là une compensation.
Peut-être les « habitués » du théâtre de la Mon-
naie voudront-ils bien s'en contenter; mais ce
ne saurait être le rôle de la critique.
Inutile de dire qu'on a fort regretté l'absence
de Mlle Wolf, qui avait fait du personnage
d'Ortrude l'un de ses meilleurs rôles.
Les autres rôles ont conservé leurs inter-
prètes de l'an dernier. Parmi eux, M. Seguin,
que le repos des vacances a mis particulière-
ment en voix, mérite seul de complets éloges.
Mlle Tanésy donne du rôle d'Eisa une exécu-
tion musicale soignée, dont nous avons dit
précédemment tout le mérite; mais elle n'y met
aucune émotion, et l'héroïne de Wagner, ainsi
représentée, n'a ni physionomie, ni caractère
propres.
Quant à M. Cossira, les représentations de
M . Van Dyck, qui marquèrent d'un si vif éclat
la fin de la saison dernière, n'ont pu, vous le
pensez, nous faire trouver meilleure une exé-
cution qui confond le chevalier au Cygne avec
le plus banal des héros de grand opéra.
D'aucuns espéraient revoir Lohengrin avec
une mise en scène renouvelée, inspirée des
précieux enseignements qu'on a pu recueillir
à Bayreuth, cet été. Il n'en est rien. Eflfets de
lumière et mouvements de foules (le mot
« mouvements » est ici bien impropre!) sont
demeurés conformes aux traditions, c'est-à-dire
contraires au plus élémentaire bon sens. Il y
avait cependant là une artistique et facile ex-
périence à tenter. J. Br.
La réouverture des cours de l'Ecole de musique
de Saint-Josse-ten-Noode-Schaerbeek, sous la
direction de M. G, Huberti, est fixée au lundi
l"^ octobre.
694
LE GUIDE MUSICAL
Le programme d'enseignement comprend le
solfège, l'harmonie, le chant individuel et le chant
d'ensemble. Tous les cours sont gratuits.
L'inscription des élèves aura lieu tous les jours,
à partir du 26 septembre courant :
Pottr les jeunes fUes, de 5 à 6 heures du soir, rue
Royale Sainte- Marie, i52, àSchaerbeek;
Pour les jeunes garçons, de 6 1/2 à 7 1/2 heures du
soir, rue Traversière, i5, à Saint-Jossc-ten-Noode ;
Pour les adultes (hommes), de 8 1/2 à 9 1/2 heures
du soir, rue Traversière, iS.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — Le tournoi musical des
deux Opéras -Néerlandais a commencé.
MM. Van der Linden et de Groot ont ouvert les
portes de leurs salles respectives. Le premier
donne des représentations au nouveau Théâtre-
Communal; M. de Groot a fait construire, en
moins de six mois, une nouvelle salle de théâtre
au palais de l'Industrie. Cette salle, sans avoir à
beaucoup près l'importance de celle du Théâtre-
Communal, est fort coquette et très confortable-
ment aménagée; elle contient vingt-quatre loges
dont chacune possède un petit boudoir orné d'une
glace pour les dames. Tout le théâtre est éclairé à
la lumière électrique. Pour les débuts de sa nou-
velle troupe, M de Groot nous a donné Hamlet de
Thomas, avec M. Maurice de Vries, le baryton
bien connu, et le ténor Schmier, un chanteur rou-
tine. Les autres artistes ne dépassent guère la
médiocrité ; ni M"" Vermeeren, ni M"' de la Mar
(une ancienne pensionnaire de S. M. Guillaume III)
n'ont été â la hauteur de leurs rôles. Même chez
M. Maurice de Vries, il y a une exagération de
sentiment et un abus de chevrottement qui finissent
par fatiguer. Les chœurs et l'orchestre ont laissé
beaucoup à désirer; mais comme le nouveau
capelmeisier , M. de la Fuente, est un chef d'or-
chestre qui a l'expérience du théâtre, il est à pré-
sumer qu'avec le temps le tout sera mis à point.
Un enthousiasme plus bruyant que motivé a
accueilli cette première inaugurale. Il y a eu pro-
fusion de couronnes et de fleurs. Personne n'a été
pris à ce vieux jeu.
L'Opéra-Néerlandais dirigé par M. Van der
Linden, nous a donné de meilleures promesses
d'avenir. On a ouvert avec le Riemi de Wagner,
dont l'exécution a dépassé de beaucoup mon
attente. Je dois féliciter sincèrement le nouveau
directeur, qui a prouvé, dès le début, qu'il prenait
sa tâche au sérieux. Ce qui a frappé tout d'abord,
ce sont les ensembles et l'excellence des chœurs.
Ceux-ci ont chanté les pages les plus difficiles de
Rieiizi avec une sûreté et un entrain inconnus dans
les annales théâtrales d'Amsterdam. Certes, il y a
encore loin, très loin même, de la perfection
unique et incomparable des exécutions de Bay-
reuth, de cette perfection des détails que l'on ne
rencontre que là, où rien n'échappe à l'attention
d'une régie pour qui le moindre détail a une
importance, oii les chœurs ne se contentent pas de
chanter, oii ils sentent qu'ils ont un n'ie â remplir;
mais, enfin, quand on ne peut pas avoir ce que
l'on aime, il faut aimer ce que l'on a, et se con-
tenter de constater le progrès immense que M. Van
der Linden a fait faire à nos exécutants. Le début
de M"° Kempees (Adriano), qui vient de terminer
ses études au Conservatoire de Bruxelles, avait
éveillé une grande curiosité. Je me hâte de vous
dire que M"" Kempees, malgré son inexpérience
scénique, a été fort bien accueillie et qu'elle m'a
paru promettre beaucoup pour l'avenir. Le ténoï
Pauwels a très bien chanté le rôle de Rienzi et
M"" Dirks-Van de Weghe a eu de bons moments
dans celui d'Irène. Mais ce qui forme le point
noir, la dissonance traditionnelle des représenta-
tions en Hollande, c'est l'abus ridicule des ova-
tions, qui produissent toujours des efiets contraire
à celui qu'on avait espéré, et que l'on devrait limi-
ter et réserver pour des cas extraordinaires.
Notre éminent chanteur M. Messchaert a con-;
tracté de nombreux engagements pour la saison
prochaine en Allemagne et en Russie. M. Ma
Bruch vient de le prier de se charger du premier
rôle d'une œuvre nouvelle qu'il est en train de;
composer. Ed. de H.
ANVERS. — Exposition Universelle. —
M. Hlavac, professeur de musique à l'Uni-
versité impériale de Saint-Pétersbourg, est venu
nous donner quelques auditions de son « harmoni-
piano ». Cet instrument est un piano à queue
possédant une adaptation qui consiste en un jeu de
petits marteaux légers et bien montés sur une
barre, laquelle se place en-dessous des cordes
et au delà des étouffoirs. La pédale qui fait agir
ces marteaux est au pied, côté droit. M. Hlavac
tire un excellent parti de son invention et se
montre, du reste, très habile pianiste.
Sa fille, M"" Hlavac, possède une voix de con-
tralto d'une belle sonorité ; malheureusement,
l'émission nous en parait bien défectueuse.
Entendu aux dites auditions un jeune violoncel-
liste au type étrange et dont le talent original a
lait plaisir.
La présence de M. Hlavac nous a valu un
nouveau concert sjmphonique russe, qui a eu lieu
sous sa direction. Sans avoir l'attrait de la pre-
mière audition qui, sous la prestigieuse direction
de M. Winogradsky, avait laissé un souvenir inef-
façable, cette deuxième séance de musique russe
n'a pourtant pas manqué d'intérêt. On y a entendu
du Tschaïkowsky en petit, mais où la main du
maître se trahit par des effets d'orchestration très
typiques : Elégie pour instruments à cordes et
Marche miniature.
LE GUIDE MUSICAL
695
Il y a également des choses curieuses dans la
suite de ballet, la Vestale de Swanow; et le Caprice
«s/dgKo/ de Rimsky-Korsakow est une œuvre animée
et de belle tenue.
Les auditions de piano continuent d'attirer un
public sympathique. Chez Erard, une jeune pia-
niste anversoise, M"° J. Mertens, s'est fait entendre
avec succès, se faisant surtout remarquer par une
interprétation élé-;ante et animée d'œuvres de
Liszt : Waldesrauschen et Campanella. Quelques
jours plus tard, la jeune artiste est venue toucher
les pianos Herz, montrant du tempérament dans
l'exécution d'une Etude de Rubinstein et du Car-
naval de Grieg
Une autre concitoyenne, M""^ Leytens-Van den
Berg, s'est fait entendre sur les pianos Bltithner.
L'artiste, dont le talent est très apprécié chez
nous, a détaillé d'une façon charmante l'étude de
Henselt, Si oiseau f étais et, de Grieg, Printemps et
Marche mtptiale.
Les pianos Mand ont eu leur tour, touchés par
M"" L. Parens et son élève. Le toucher délicat de
l'artiste lui a permis de bien rendre particulière-
ment les œuvres de Scarlatti. Sa jeune élève est
certes à bonne école, mais ne devrait pas, à notre
avis, se produire trop vite.
Puis la Kwartet-Kapel a organisé une séance à
la section allemande (pianos Mandi. Cette audi-
tion d'œuvres nationales avait attiré un public
exceptionnel, venu pour applaudir la vaillante
phalange. Au programme : Trio de J. Callaerts et
Quatuor de A. Wilford, ainsi que des Lieder de
Mesdagh et Waelput, que M"= Eeckels, une jeune
élève de notre Ecole de musique, a rendus avec un
sentiment intime qui a beaucoup impressionné.
MM. De Herdt, Dupon et Smit ont recueilli des
bravos bien mérités, tant pour leur désintéresse-
ment à exécuter des ceuvres nationales que pour
le soin qu'ils ont mis à les interpréter d'une façon
digne et correcte.
La première des fêtes qu'on organise au profit
des victimes des tremblements de terre en Turquie,
vient d'avoir lieu, sous forme d'un concert vocal.
Si nous disons vocal, c'est que l'orchestre n'y a
servi que d'intermède, tous les morceaux de chant,
même les airs d'opéras qui sont du répertoire
courant, ayant été accompagnés au piano. Dans
l'immense salle des fêtes, l'effet a été assez maigre,
malgré le talent des interprètes. On a beaucoup
applaudi M""' Hervey, de l'Opéra, ainsi que
M"'-' Milcamps, dont la voix fraîche et cristalline a
été fort remarquée. MM. Duzas et Van denTooren
ont également recueilli des bravos mérités.
On parle de nouveau du concert Mottl, avec le
ténor Van Dyck, ainsi que d'un concert belge, qui
serait dirigé par M. J. Blockx.
Nous souhaitons pouvoir prochainement an-
noncer officiellement ces deux fêtes, qui auraient
un intérêt exceptionnel. A. W.
DRESDE. — A défaut du ténor Gudehus,
tout le poids de la Trilogie est retombé sur
M. Aiithes. En tenant compte de son zèle et de
ses bonnes intentions, il est certain que notre
charmant ténor, très remarquable comme Turiddu
et Pagliacci, ne peut réaliser l'idéal d'un héros
wagnérien. Si parfois il a une juste idée du
personnage complexe de Siegfried, il ne réussit
pas à la fixer; tout à coup, son esprit flotte, il
semble s'égarer pour ne se reconnaître qu'à la vue
de la baguette du chef d'orchestre. Dans les
scènes de la forge et du dragon, il a déployé une
vivacité toute juvénile; mais, en face de Brtinn-
hilde,son attitude est banale et la voix, trop lasse,
ne supplée pas aux lacunes du jeu. M"" Malten est
vraiment inspirée quand elle évoque la radieuse
nature dont ses yeux ont été si longtemps privés.
Son interprétation exaltante de l'admirable finale
de Siegfried {\isionne les deux œuvres : on pressent
le Crépuscule des dieux. L'important et difficile rôle
de Mime est, avec le David des Maitres-Chaiifeurs,
le triomphe de M. Hofmiiller. Il en a fait, pour
ainsi dire, sa spécialité. Cet artiste possède un
rythme si ferme que, d'un seul trait, il caractérise
son personnage. M. Perron cherche ordinairement
le côté tragique de ses rôles; il n'a pas exprimé
l'ironie amère du Wanderer. Quant à la voix de
l'oiseau, que nous a fait entendre M"" Wedekind,
elle n'aurait pas, dans la réalité, le pouvoir de
séduire et de guider un héros. Agile et silre, mais
sèche et sans charme, cette voix ne saurait pro-
duire aucune impression. M. le Generalimisikdirector
Schuch conduisait l'orchestre; le prélude de
violons qui annonce l'arrivée de Siegfried est
céleste.
C'est M"" Friedmann qui ouvre la série des
concerts de la saison. Son programme se compose
de l'air de Mozart, il Re pastore, et de divers Lieder.
A la fin du mois, elle part pour l'Amérique. Dès
le commencement d'octobre, nous aurons M™° Lilli
Lehmann, dont le nom seul exerce une attraction
irrésistible. Les soirées du trio Margarethe Stern
ne commencent qu'en novembre; notre éminente
pianiste donnera en Suède, pendant le mois
d'octobre, plusieurs concerts avec une cantatrice
du pays.
Un anniversaire comme il s'en voit rarement
est celui du professeur Joseph-Ferdinand Bernard,
l'extraordinaire fort ténor dont vous avez signalé
les prouesses vocales. Bernard habite Paris, mais
il a des élèves dans toutes les parties du monde.
Ici l'enthousiasme est grand pour sa Gymnastique
pulmonaire. La presse allemande lui a consacré
des articles en tête desquels il faut citer l'étude du
professeur L. Montchal, intitulée la Voix et la Res-
piration, traduite et reproduite dès son apparition.
C'est le i3 septembre que les admirateurs de
J.-F. Bernard ont célébré le soixante-douzième
anniversaire de ce vaillant artiste, dont les travaux
furent l'objet d'emprunts trop bien dissimulés.
Que ces lignes lui portent l'expression de notre
sympathie ! Alton.
LE GUIDE MUSICAL
LONDRES. — Quel est donc celui qui se
lassera le premier : le musicien, ou bien ce
bon public que mille artistes se disputent le plus
souvent pour son malheur, rarement pour son
délassement et toujours pour ses beaux écus son-
nants ? La season est à peine terminée que l'on
annonce déjà des concerts aux quatre coins de
Londres. On se dispute les Halls et MM. Vert,
Daniel Mayer et Curtius-Schulz ne peuvent suffire
à la demande.
Mais laissons là, ces chercheurs avides de
réclames et d'articulets bienveillants, et occupons-
nous de ceux qui se disputent les succès mérités.
Le pianiste Arthur De Greef est attendu inces-
samment ici. Paderewski, avant d'entreprendre sa
grande tournée en Amérique, aurait aussi l'inten-
tion, paraît-ilj de se produire dans quelques réci-
tals devant les habitués du Saint-James Hall.
Adelina Patti se fera entendre dans son réper-
toire « wagnérien » (qualificatif qui sert de coup de
tam-tam pour agir sur la foule), à l'Albert Hall,
le 26 du mois prochain. Joseph Hollman, ce jeune
pianiste qui a remporté un si juste succès en juin
dernier, à peine remis d'une indisposition assez
grave, ne veut pas laisser toute la tâche à ses
aînés dans l'art de toucher le piano, et annonce, à
son tour, une série de récitals.
Quant aux Thursday concerts pour la saison 94-95,
les listes de souscription se couvrent activement
et comprendront six séances consacrées à différents
auteurs dans l'ordre suivant : D'' A.-C. Mackensie
(au moins les Anglais soutiennent-ils leur compo-
sileur), Schubert, Schumann, D'' Hubert Pany,
Beethoven et Mendelssohn.
Les artistes suivants prêteront leur concours :
MM. W. Nicholl, Hans A. Brousil, Otto Peiniger,
SeptimusWebbe,Miss Esther Palliser, M™°Fanny
Moody, M. Ch. Manners, Miss Louise Philipps,
M. Arthur Oswald, Miss Mary Carmichael,
M. A.-E. Godfrey.
Ysaye se fera entendre au Crystal Palace,
mais la date n'est point fixée.
A peine rentré de New-York, sir Augustus,
l'infatigable, est parti pour Blackpool, où il a
donné, avec toute sa troupe composée de cent
vingt-cinq personnes, Fahiaff, la Navarraise, les
Maîtres Chanteurs, Lohengrin, les Huguenots, Faust,
Vagliacci, Cavalleria nisiicana. Voilà qui n'est pas
mal pour une saison d'automne, en province !
Entretemps, l'extravagant imprésario prépaie,
avec l'aide de MM. Hamilton et Cecil Raleigh,
Un mélodrame sportif à grand spectacle, qui sera
donné au Drury-Lane. Au moins, c'est du nou-
veau, un drame se déroulant au milieu des sables
du Derby. Pourquoi ne pas avoir fait précéder ce
titre ronflant d'un Up to data classique.
Au Lyric,iLî'rt/« Christopher Colomhus, une excel-
lente opérette en deux actes de MM. Geo R. Sims
et Cecil Raleigh, musique de Ivan CarvU, a atteint
et dépassé la deux centième.
Le sujet est suffisamment banal pour être passé
sous silence, mais heureusement relevé par de
charmants motifs music"aux sans prétention et ren-
fermant de nombreuses qualités. Ivan Caryll n'en
est pas à son premier pas, et cependant ses idées
sont jeunes, ses phrases, sans être torturées, sont
empreintes d'un cachet personnel de bonhomie
et de gaieté. Au second acte, une sérénade ou,
pour mieux dire, une complainte à la Yankee, est
devenue bien vite populaire, et plaît beaucoup
lorsqu'elle est chantée par Miss Florence Saint-
John, cette ancienne pensionnaire du Gaiety,
Mabel Love fait une jolie et gentille Pépita. Les
costumes, pris séparément, sont des chefs-d'œu-
vre de bon goût et d'élégance, dûs au crayon de
l'excellent dessinateur M. Edel.
Au Vaudeville, the New Boy semble tenir l'af-
fiche depuis assez longtemps. Vaudeville anglais;
c'est tout dire. Les artistes sont bons, et
c'est grâce à MM. A. Helmore, Beauchamp,
Miss Gladys Homfrey et, surtout, à M. Sydney
Warden, incomparable dans ses imitations du
français à Londres, que l'on passe sur les situa-
tions les plus invraisemblables.
iVO U V EL LES DI VERSES
IU|»
Plaignons les critiques musicaux de Berlin.
Nous ne sommes encore qu'au mois de septem-
bre, et déjà ils savent qu'ils auront à rendre
compte de huit cents concerts ! Car tel est le
chiffre des auditions musicales annoncées dès
à présent dans la capitale de l'Empire.
C'est effrayant !
Sans parler des exécutions orchestrales qui
seront au nombre d'une centaine au moins, ni
des séances de musique de chambre de Joa-
chim et du trio Barth, qui occupent un nom-
bre déterminé de soirées, citons les noms de
quelques uns des solistes, qui dès à présent, ont
fait connaître leur intention de se faire entendre
à Berlin dans des séances particulières. Voici
quelques pianistes de renom : Eugène d'Albert
et sa femme, M^e Teresa Careno ; M^^ Gold-
schmidt (Berthe Marx), qui annonce huit
séances de piano ; Maurice Rosenthal, l'homme
qui joue en tierce les études de Chopin;
M"e Clara Janizewska, dont les débuts, l'année
dernière, ont été très remarqués ; la petite Céleste
Painparé; Mi'^^^ Fanny Davies, une pianiste
anglaise très réputée; enfin, le petit Raoul
Koszalski, qui fera entendre, outre plusieurs
LE GUIDE MUSICAL
697
pièces pour piano, une ouverture de sa com-
position ; Joseph Hoffmann, l'autre enfant pro-
dige devenu homme.
Il y aura aussi une cinquantaine ae violo-
nistes : le Viennois Willy Burmeister; le Franc-
fortois Heermann ; le Russe Gregorowitch ; le
petit Bronislaw Hubermann;le violoncelliste
belge Cornelis Liégeois.
Les chanteurs et cantatrices forment naturel-
lement légion : nommons les plus célèbres
d'entre eux et elles : Lilli Lehmann, M"": Hen-
schel, M"e Joachim, M^e Lilian Sanderson, le
ténor anglais Ben Davies, le ténor Von zur
Mûhlen, etc.
Le tout sans parler des concerts de bienfai-
sance, dont deux seulement sont annoncés : un
concert-soirée du quatuor Joachim, au bénéfice
du monument Haydn-Mozart-Beethoven, la
grande Trinité; l'autre, au bénéfice de la caisse
des pensions des artistes musiciens. Dans une
matinée à l'Opéra , on entendra , pour la première
fois en pubHc, le fameux Chant à Aegir, com-
posé par l'empereur.
M. Henri Neumann, du Berliner Tagblatt, à
qui nous empruntons ces renseignements, nous
apprend encore que le Cœcilienverein met à
l'étude les Béatitudes de César Franck.
Le Gesangverein de Stern prépare VOde à
sainte Cécile de Hsendel, avec M™« Marcella
Sembrich dans la partie de soprano.
Le Wagnerverein, comme nous l'avons
déjà annoncé, donnera quatre concerts, dont
l'un sous la direction de Siegfried Wagner.
Si, après cela, les Berlinois n'ont pas l'horreur
de la musique, c'est que vraiment ils ne sont
pas faits pour la comprendre,... la vraie,
s'entend.
Une société pour l'achat du Musée Wagner
de M. Œsterlein vient de se constituer à Leip-
zig, sous la présidence de M. Richard Pohl.
Le but de cette société est de réunir une
somme de 90,000 mark, que M. Œsterlein
demande pour céder sa collection d'objets, de
manuscrits, de lettres, de portraits, etc., relatifs
à Wagner, qui forment son musée. Actuelle-
ment, le tiers seulement de cette somme est
souscrit. La question de savoir où le musée
sera installé n'est pas encore résolue. A
Weimar, un particulier a oÉfert un immeuble
pour l'abriter, mais la société préférerait
Leipzig, comme ville natale du maître. On
sait que M. Œsterlein a donné, à la Société
pour l'achat de son musée, un droit de préfé-
rence qui expirera à la fin de iSgS. Il faut donc
qu'on se hâte, si l'on veut que la collection extrê-
mement précieuse réunie par M. Œsterlein
ne soit pas dispersée aux enchères. Pour l'his-
toire de la vie et des œuvres du maître, il y a
là réunis un ensemble de documents d'une
inappréciable valeur. Les wagnériens de l'étran-
ger ne s'intéresseront-ils pas à cette œuvre ?
Nous leur adressons un appel pressant.
Les souscriptions peuvent être adressées à
M. Rudolph Gœtze, secrétaire de la Société du
Musée-Wagner, Carlstrasse, 7. I, à Leipzig.
Les Etats-Unis vont faire, cet hiver, connais-
sance avec les deux plus célèbres violonistes
actuels, César Thomson et Eugène Ysaye.
M. Thomson est attendu à Nevvr-York dans les
premiers jours d'octobre et se fera entendre au
Concert philharmonique dans le premier con-
certo de Bruch et la grande fantaisie pour
violon et orchestre de Paganini. Il visitera en-
suite Boston et d'autres villes.
Eugène Ysaye commencerri sa tournée un
peu plus tard, en novembre. Elle ne comprend
pas moins de quarante concerts dans une
vingtaine de villes différentes. Il fera aussi sa
first appearing à la Philharmonie Society, le
16 novembre.
Si nous n'y prenons garde, l'Amérique nous
les enlèvera tous, les uns après les autres.
Antoine Dvorack, le compositeur tchèque
qui dirige le Conservatoire de Chicago, travaille,
en ce moment, à un grand opéra tiré du
Hiawatlia de Longfellow.
L'ouvrage sera chanté d'abord en anglais.
Les journaux américains assurent que M. Dvo-
rack s'est inspiré, dans cet ouvrage, des chants
nationaux des Indiens, qu'il a passé de longues
heures à écouter chez Buffalo-Bill.
Est-ce une réclame pour Hiawatha ou pour
Buffalo-Bill ? Pour tous les deux, probable-
ment.
L'illustre capellmeister viennois Hans Rich-
ter dirigera, cette année, du 2 au 5 octobre,
le festival de musique de Birmingham. On
entendra à ce festival le Te Deiim de Berlioz,
sous la direction de Richter, l'oratorio Saicl de
Parry, \e Messie àe Hœndel, le Stabat Mater
de Palestrina, \Elie de Mendelssohn, la'
9« Symphonie de Beethoven, la Symphonie en
ré dièse de Mozart, le Chant du Destin et
une symphonie de Brahms; enfin des fragmeirts
de Wagner (Richter).
Les journaux de Spa nous apportent des
articles très élogieux sur une ouverture sym-
phonique. Prélude de Sémélé, de M. Paul
Litta, qui a été exécuté, sous la direction de
LE G-UIDE MUSICAL
M. Jules Lecocq, à l'un des derniers concerts
d'orchestre du Casino. M. Litta, le jeune pia-
niste italo-bruxellois bien connu, présent à
l'exécution de son œuvre, a été rappelé par le
public.
Notons, au même concert, l'exécution de la
Feest-Ouverture de M.Joseph Mertens, et,
dans un concert précédent, l'exécution de la
suite tirée du ballet de Milenka de Jan Blockx.
Très beau succès pour l'une et l'autre. Louons
M. J. Jl-ecocq de l'intérêt qu'il porte aux com-
positeurs belges.
La millième représentation de Fatist à
l'Opéra de Paris, est prochaine. La 992° a eu
lieu hier samedi. Il est question de commé-
morer cet événement par une grande fête musi-
cale à l'Académie nationale de musique, qui
aurait lieu après la première à'Otello.
Le chef-d'œuvre de Gounod fut représenté
pour la première fois, au Théâtre-Lyrique, le
ig mars 1859. Il lui aura donc fallu un peu
plus de trente-cinq ans pour arriver à la mil-
lième. Il serait question de décorer M™" Mio-
lan-Carvalho, à cette occasion.
Nous avons reçu de M. Arthur Coquard la
somme de cent cinquante francs pour la sous-
cription au monument de César Franck, à
Liège. Cette somme représente les souscrip-
tions recueillies parmi les professeurs, élèves
et administrateurs de l'Institution des jeunes
aveugles de Paris. Nous la faisons parvenir au
comité Franck, à Liège.
La Société des compositeurs de musique met
au concours pour l'année iSgS :
1° Un quatuor pour deux violons, alto et violon-
celle. — Prix unique de 400 francs, offert par la
Société;
EUEITKOPP & ÏÏ^ETEL, BHUXELLES
Editeurs, 45, Montagne de la Cour, 4$
PIANO A 2 MAINS
Net
Godard. A la fontaine, pen-
sée musicale
— Chant du Ménestrel, ro-
mance
— Gavotte des pages .
— Marche des toreros
— Pensée intime, impromptu
— Rêves envolés, capriccietto
— Simple phrase, bluette
— Sais-tu pourquoi? romance
sans paroles
Morley, Ch. Au bal, un
tour de valse
— La clochette des Alpes,
morceau de genre .
— Danse des gnomes, valse
élégante ......
— La Fée d'amour, impromtu
— Souvenance, mélodie .
— Te souviens-tu? bluette .
— Vineta, caprice.
Zarzyki. Op 38. Mazourka
PIANO A 4 MAINS
Brahms, Joh. Op. i. So-
nate C majeur par Klengel.
Brahms, Joh. Op. 2. So-
nate par Klengel.
9 5o
9 5o
PIANO ET VIOLON
Net fr.
Anzoletti, Marco. Varia-
tions sur un thème de
Brahms 10 »
Bohm, C. Arabesques, 12
petits morceaux . . . à i 25
(N" I Staccato-Etude. N" 2
Siegerischer Lasndler. No 3
Nocturne. No 4 Kujawiak.
No 5 Skandinavische Ro-
manze. No 6 Ritornell).
Brahms, J. Op. 118. No 2
Intermezzo i 90
Gui, César. Op. 5o. Kaléi-
doscope (•i4 morceaux) . à i 25
(No i3 Badinai;e. No 14 Ap-
passionato No i5 Danse
rustique. No i6 Barcarola.
No 17 Prélude. No 18 Ma-
zurka. No 19 Valse. No 20
Novellette. No 21 Lettre
d'amour. No 22 Scherzetto.
No 23 Petit Caprice N» 24
Allegro Scherzoso)
Dvorak Op. 94. Rondo. . 5 »
— Waldesruhe Adagio . . i 90
Sarasate. Pablo de. Op.
35. Peteneras 5 25
Zarzyki. Op 39 Mazourka. 2 5o
PIANO ET VIOLONCELLE
Net fr.
Grunfeld, op. 43. No i Min-
nelied 19°
— Op 43. No 2 Mazourka
mélancolique i 90
Moffat, A. Di.Y morceaux
classiques à i 25
No I . Tempo di Saral)anda(Corelli
No 2. Nocturne de Field
No 3 Chanson du gondolier
de Mendelssohn.
No 4 Adagio religioso de Corelli.
No 5. Adagio de Sirutini.
No 6. Gavotte de Biber.
No 7. Cantate de Haendel.
No 8. Chanson sans paroles
de Mendelssohn.
No 9. Romance de Schubert.
No 10 Largo appassionato
de Beethoven.
PIANO ET 2 VIOLONS
Bohm Gondoliera . . i 90
— Invention d'après Corelli . i 90
— Alla marosa . . . . I 90
— Sonate d'après Pleyel. . i 90
— Intermezzo 19°
— Rondo finale ....19°
PIANOS BECHSTEIN.
PIANOS BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY
LE GUIDE MUSICAL
(Les parties séparées devront être jointes au ma-
nuscrit.)
2° Une œuvre symphonique développée pour
piano et orchestre. — Prix unique de 5oo francs.
(Fondation Pleyel-Wolff) ;
3° Une scène pour une voix, avec accompagne-
ment de piano. — Prix unique de 200 francs, reli-
quat du prix de 5oo francs offert en iSgS par M.
Ernest Lamy, et dont une partie a été distribuée à
titre de prime attachée à deux mentions honora-
bles.
On devra faire parvenir les manuscrits, avant
le 3i décembre 1894, ^ M. Weckerlin, archiviste,
au siège de la Société, 22, rue Rochechouart,
maison Pleyel, Wolffet O^, de Paris.
BIBLIOGRAPHIE
Vient de paraître à la Librairie de l'Art indé-
pendant, II, rue de la Chaussée d'Antin (Paris) :
Apparition, poème de Stéphane Mallarmé, avec
adaptation musicale d'Edmond Bailly.
NÉCR OLO GI E
Sont décédés :
A Berlin, le 9 septembre, le D' Helmholtz,
célèbre physicien et physiologiste, dont le nom se
rattache à la musique par l'un de ses ouvrages, qui
est en même temps l'un des chefs-d'œuvre de la
littérature scientifique moderne : la Théorie de la
sensaiion des sons. Aucun musicien ne devrait ignorer
ce livre classique, qui a une importance capitale
pour toute la théorie de la musique, qu'il a défini-
tivernent assise sur des bases scientifiques. Les
découvertes de Helmholtz ont été importantes,
surtout pour la connaissance des organes de la
voix et des organes de l'ouïe.
Fils de son temps, Hehnholtz ne s'est pas
enfermé dans une science hautaine et inaccessible
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
C. SAINT-SAÊNS
Op. ç8
f PALLAS-ATHÈNÉ
HYMN E
Chanté aux fêtes d'Orange (1894)
POÉSIE DE
J, L. CROZE
N° I en ré pour soprano. N° 2 en ut pour mezzo-soprano.
Prix net : 2 fr. 50
700
LE GUIDE MUSICAL
au vulgaire ; il a compris que le premier devoir du
savant était, api es avoir établi les lois des phéno-
mènes dans toute leur rigueur scientifique, de les
mettre à la portée de toutes les intelligences.
C'est ainsi qu'il publia ses Leçons scientifiques popu-
laires, qni sont devenues la bible scientifique de
toute une génération.
C'est dans la même intention qu'il a donné
successivement le Son et la Musique, les Causes phy-
siologiques de l'harmonie musicale et VOpiique de la
peinture.
Tout artiste qui réfléchit, peintre, musicien,
acteur, trouvera chez Ilelmholtz des conseils qui
lui seront d'un grand secours dans l'exercice de
son art
Helmholtz est mort à l'âge de soixante-treize
ans
- A Paris, le i3 septembre. Emmanuel Cha-
brier, né à Ambert (Puy de- Dôme), en 1842, com-
positeur français (Voir sa notice biographique en
tête du présent numéro.)
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22. passade des Panoramas (grande galerie)
F ^^ n I s
Propriétaires des œuvres de Tscbaikowsky, Gottschaik, Prudent, Allard
des Archives du piauo et de la célèbre .^léthode de piano A. Le Carpenttcr
Seuls dépositaires de l'Ëdîtiou Cbarn»t, spécialement consacrée à la inuNiqnc de violon
Yient de paraître!
Henri Maréchal, Le Sommeil de Jésus, prélude
de la Nativité, Orchestre 3 —
.-■• Parties séparées 5 —
Piano seul 5 —
transcr. facile par Tavan. . 3 —
Violon ou violoncelle et piano . 6 —
Mélodies de Panl Hongnon
1. Au vent . 3 —
2. La Chanson du renouveau .... 3 —
3. Comment on dit : « Je t'aime ». . . 3 —
4. Etre deux 5 —
5. J'aime, je crois, j'espère 3 —
6. Le Livre de la vie 3 —
7. Premiers baisers du printemps . . . 3 —
8. Le Souvenir 5 —
9. La Valse des nuages 5 —
H.-r. Toby. Sérénade, paroles de A. Semiane . 3 —
— Barcarolle, paroles de A. Semiane .... 3 —
— Berceuse de A. Cœdes, transcrite pour orgue
et piano 7 5o
p. Tscha'lhowsfcy. Album russe transcrit pour
violon et piano par Ad. Herman
Six numéros, chaque. . 2 —
réunis. . 6 —
K. Favargrer. Boléro pour piano (20<^ édition)
Piano à 4 mains lo — ;
Piano et violon g — j
J. Daubé. Menuet pour piano et violon . . . 5 — j
— Mazurka de salon (originale) pour piano et
violon 6 — 1
C. Galo s. Dolorosa, nocturne pour piano. . . 6 — 3
— Le Lac de Côme . 5 — j
— Le Chant du berger 5 — j
— Souvenir des champs 6 — |
B.-H. Colomer. Rondino pour piano. ... 5 — i
G. Pfelffer. Romance pour violoncelle et piano 6 — ]
J. Tcn Brinck. Voici le soir, valse, barcarolle . 5 — '
Ch. Lefebvre. Oublier, mélodie • . ... 5 — ]
Unille Waldtenfel. Amour et Printemps, valse
chantée
Arrangé pour orchestre, parties sép. 2
— harmonie ou fanfare . 3
ANTONT SIMON, célèbre Berceuse
î*Mt. •'Pour violon avec Piano (originale) . frs 6 —
» 2. •) Violoncelle avec Piano (tran-scrite
par G. Fitzentiagen) ... » 6 —
» 3. » Chant avec Piano (par l'auteur) . » 5 —
' 4. Pour Harmonium avec Piano . . . » -
5. » Piano à 2 mains (par l'auteur) . frs 5 — 1
6. » Piano à 4 mains (par l'auteur) . » 7 5o j
7. » Orchestre à cordes. Partition net, frs 2 — ;
7°. » » » Parties » » 3 — 1
LE GUIDE MUSICAL
701
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rail et C.ivalleria rusticana. Siegfried, La Fiancée
vendue et Noces slaves, Gœtterdaemmerung. Falstaff
et Carnaval. Mara, Pagliacci et Puppenfee.
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Théâtre royal de la Monnaie. — Orphée. Mireille.
Lohengrin. Orphée Mireille. Lohengrin.
Mardi, reprise de la Traviata, avec M"' Simonnet.
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phète, pour les débuts de M. Casset.
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V™ Léopold MURAILLE, éditeur à Liège (Belgique)
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— Polonaise.
Bolara, C. Cinq morceau
N" I. Séparation,
N" 2. Douce attente.
N° 3. Doux rêves
N" 4. Echo du bal .
N" 5. Mon étoile
Gabriel-Marie. « Impres
sions. » 6 pièces originales:
N° I. Simplicité.
N° 2. Insouciance
N» 3 Quiétude .
N" 4. Souvenir .
N" 5. Mélancolie
N" 6. Allégresse.
Gilis, A. Soirées enfantines
Six morceaux très faciles
N° I. Air villageois.
N" 2. Chant du village.
N" 3. Air champêtre .
N» 4. Fanfare-Marche .
I 75
I 75
I 75
I 90
I 75
I 35
I 75
1 35
I 75
1 35
2 —
No 5. Royal-Gavotle . .
N" 6. Musique militaire .
Hermann, Rob. Petites
Variations pour rire, com
posées sur sept notes
Herrmann, Th. Six trans-
criptions d'œuvres célèbres;
N° I. Air de Chérubini
N° 2 . Grétry, Romance de
Richard.
N" 3. NicoLO, Joconde.
N" 4 . Schubert, Sérénade
N" 5. Schubert, Moment
musical.
N» 6. Mendelssohn, Auf
Flûgeln.
Hille, G. Op 60. Concerto
avec Piano lo —
Hone, J. The Old Folks at
Home I 75
— Suite Irlandaise :
N" I . When theWho adores
thee .... I 35
N" 2. If thou wilt be Mine i 35
N" 3. Oh! Had we some
Bright I 35
N" 4. Is that M"- Reilly. . i -
I go
35
I 35
I 35
I 35
Hoyois, Li. Mélodie. . \ y5
Jebin-Prume. Romance . i 75
— Berceuse i 35
Hubay, Jenô. Cinq mor-
ceaux ;
Op. 37. N» I. Fleur de Mai . i 75
Op. 37 N" 2. Au temps jadis 2 5o
Op. 38 N" I. Devant son
i mage (Chant sur la 4'> corde) i 75
Op 38. N" 2 Sous sa fenêtre 2 —
Op. 39. Ramage de rossignols 3 — ■
Smetkoren, J. Elégie . . i 75
— Berceuse 2 —
Thaï] on, R. Romance . . i 75
Ventli, C. Trois morceaux :
N" I. Chanson sans paroles i 35
N" 2. Chanson du soir . . i 35
N" 3. La Sérénade . . . 2 —
— Deux Rhapsodies :
Noi. Sur des motifs écossais i 90
No 2. Sur des mélodies sué-
doises 3 75
Ysayë. Deux Mazurkas :
No I. Dans le lointain . .2 —
No 2. Mazurka . . .2 —
702
LF. GUIDE MUSICAL
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grin.
Paris
Opéra. — Du lo au i5 septembre : La Walkyrie.
Samson et Dalila et La Maladetta, Lohengrin. Faust.
Opéra-Comique. — Du lo au i5 septembre : Carmen.
. Falstaff. Mignon Mireille et Cavalleria rusticana.
Falstaff. Manon
Vienne
Opéra. — Du g au 17 septembre : Tannhœuser, I Pa-
gliacci. Sylvia L'Africaine La Rose de Pontevedra et
Puppenfee. La légende dorée. Werther. Les Joyeuses
Commère de Windsor. Lohengrin. I Pagliacci et
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Rœckel (Traduction de M. Maurice Kufferath).
Hugues Imbert. — Un pèlerinage à Ende-
nich. (Suite et fin.)
C. T. — A propos de V.Arlésienne de Bizet.
M. Kufferath. — Notes de voyage. (Suite).
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LETTRES DE RICHARD WAGNER
AUGUSTE RŒCKEL
(Traduites par M. Kufferathl
ES lettres de Richard Wagner à
son ami Auguste Rœckel dont
nous publions aujourd'hui la tra-
! duction ont été mises au jour tout
récemment en Allemagne, avec l'autorisa-
tion de M"<= Cosima Wagner, par M"°^ Marie
Lipsius (La Mara).
Elles forment le complément de la corres-
pondance échangée entre Wagner et Liszt,
et sont particulièrement intéressantes par
les excursions philosophiques auxquelles
s'abandonne l'auteur en écrivant à l'ami qui
avait été son collègue à l'Opéra de Dresde,
et qui fut compromis avec lui dans l'insur-
rection de Dresde en 1849.
La première lettre du recueil est datée
de i85i, la dernière de i855. Cette corres-
pondance s'étend ainsi sur la période la
plus active et la plus mouvementée de la vie
de l'auteur de Parslfal, et elle nous apporte,
par là même, des éclaircissements psycho-
logiques du plus haut intérêt sur son œuvre
capitale, V Anneau du Nibclung.
Auguste Rœckel, à qui ces lettres sont
adressées, était — ainsi nous l'apprend
l'éditeur allemand, — le fils aîné de ce Jo-
seph-Auguste Rœckel qui fut en relations
avec Beethoven. Destiné par ses parents à
la carrière diplomatique, Joseph-Auguste
Rœckel avait un jour découvert qu'il possé-
dait une bonne voix de ténor, et, disant
adieu au droit international, s'était con-
sacré à la scène. C'est ainsi qu'engagé au
théâtre An der Wien, à Vienne, il chanta
au mois de mars 1806, le rôle de Florestan
dans Fidelio, lors de la reprise de cet ou-
vrage, qui n'avait eu qu'un succès éphé-
mère en i8o5.Ce fut aussi Joseph- Auguste
Rœckel qui, plus tard, de 1829 à i835, fit
diverses apparitions en France et en Angle-
terre avec des troupes interprétant les
chefs-d'œuvre de Mozart et le Fidelio de
Beethoven. Parmi les artistes de ces
troupes figuraient la Schrœder-Devrient,
la Wild, Hainziger et le chef d'orchestre
Jean-Népomucène Hummel, devenu célè-
bre depuis comme pédagogue musical.
Son fils Auguste, né le i^'' décembre 1814,
à Gratz, en Styrie, l'accompagna tout enlant
dans ses pérégrinations et séjourna ainsi
en France à l'époque de la révolution de
Juillet. L'adolescent s'enflamma pour les
idées et les aspirations politiques du temps,
et, dans sajeune intelligence, s'établirent des
comparaisons peu favorables entre l'Alle-
magne d'alors, amoindrie à l'extérieur,
déchirée au dedans, n'ayant ni unité, ni
liberté, et la France et l'Angleterre à l'apo-
gée de leur prospérité. Aussi, conçut-il une
vive admiration pour Lafayette, Lafitte et
Marrast, avec lesquels il paraît qu'il fut
en relations directes, malgré sa jeunesse.
Deux ans plus tard encore, en i832, le
hasard voulut qu'il se trouvât avec son
père à Londres-; au moment du grand mou-
vement en faveur de la Réforme.
Ces circonstances expliquent et la ten-
dance de son esprit et les aspirations qui
devaient plus tard faire de lui l'un des
acteurs des événements révolutionnaires en
Saxe. Il devait malheureusement paj^er de
treize ans de captivité sa participation à ce
mouvement.
708
LL GUIDE MUSICAL
Auguste Rœckel était revenu en Alle-
magne en i838 et s'était établi tout d'abord
à Weimar, pour y achever son éducation
musicale sous la direction de son oncle Jean-
Népomucène Hummel. Il fut, peu après,
nommé directeur de musique et épousa la
fille de F. Lortzing, frère du compositeur.
Le théâtre l'attirait; il écrivit un opéra
intitulé Farinelli, qu'il envoya, à l'examen, à
l'intendance des théâtres royaux de Saxe, à
Dresde. Cet envoi lui valut le poste de
directeur de musique à l'Opéra de la Cour,
et il en prit possession l'année même où
Richard Wagner venait d'être appelé aux
fonctions de second chef d'orchestre. De
là datent leurs relations. La communauté
d'aspirations et de sentiments ne tarda pas
à établir entre les deux artistes une cordiale
intimité.
•Wagner rappelle même (Communication
à ses amis, Gesani. Schriften, IV, 370) qu'à
la fin de son séjour à Dresde, dans l'état
d'esprit où l'avait placé la contradiction
profonde entre ses aspirations d'artiste
et les nécessités de sa situation officielle,
il avait renoncé à tout espèce de commerce
avec son entourage, à l'exception du seul
Auguste Rœckel. Et il raconte, à ce propos,
que la sympathie de cet ami allait si loin
que Rœckel avait cru devoir spontanément
renoncer à sa propre carrière d'artiste,
dire adieu à la composition et au théâtre,
pour s'absorber plus complètement en
Wagner, pour qui son admiration était sans
bornes.
Depuis ce moment jusqu'au jour où le
peuple se souleva, en mai 1849, Rœckel
s'était consacré de plus en plus activement,
par la parole et la plume, à la propagande
des idées du parti démocratique. Compro-
mis dans les événements de 184g, il fut,
après la répression par les armées du roi
de Prusse, condamné à mort avec Bakou-
nine et Heubner ; mais sa peine fut ensuite
commuée en celle de l'emprisonnement à
vie. Pendant treize années, il fut enfermé
dans la prison de Waldheim. C'est à cette
prison que Wagner lui adressa les sept
premières lettres du présent recueil.
Plusieurs fois, le nom de Rœckel revient
aussi dans la correspondance de Wagner
avec Liszt et avec Uhlig, où il l'appelle
toujours « son pauvre ami » . Dans une lettre
de 1857 à Liszt, il prie celui-ci d'envoyer
à Rœckel la partition du Rheingold et ses
propres poèmes symphoniques. « C'est un
homme vraiment intelligent, lui dit-il, et je
le sais volontiers parmi ceux qui s'occupent
de mes travaux. Cet envoi lui fera plaisir;
je devine, à ses dernières lettres, qu'à la
longue sa captivité commence à lui peser.
Certainement tu accroîtrais considérable-
ment sa joie en lui adressant en même
temps tes poèmes symphoniques, sur lesquels
j'ai appelé son attention à plusieurs re-
prises, ce qui l'a rendu très curieux d'en
connaître quelque chose.
Dans une lettre à Uhlig, il écrivait ceci :
(I Le sort de Heubner, Bakounine et
Rœckel me peine beaucoup. De tels
hommes n'eussent pas dû être faits prison-
niers! Mais ne parlons pas de cela! A leur
égard, on ne peut avoir une appréciation
équitable et juste qu'en considérant le
moment présent sous son aspect gran-
diose : malheur à celui qui a cru devoir
agir selon la hauteur de ses sentiments et
dont les actes seront ensuite soumis au
jugement de.... la police! C'est une misère
et une honte que nos temps seuls peuvent
offrir » .
Le dernier des condamnés politiques de
l'échauffourée de Dresde, Auguste Rœckel,
ne fut rendu que le 10 janvier 1862 à la
liberté et à sa famille. Celle-ci, dans l'entre-
temps, avait trouvé aide et protection au-
près du frère du condamné, à Weimar.
Après sa libération, Auguste Rœckel se
consacra exclusivement à des travaux lit-
téraires. Dans son livre l'Insurrection
saxonne et la prison de Waldheim, livre
effro3'able, comme l'appelle Wagner dans
une de ses lettres, il a raconté les lamen-
tables épreuves de sa vie de prisonnier.
En i863, il devint rédacteur en chef du
journal la Réforme, à Francfort. En 1866, il
s'installa à Munich, mais il quitta bientôt
cette ville pour aller diriger, à Vienne, le
journal la Petite Presse. C'est là qu'en 1875,
il fut frappé d'un coup d'apoplexie dont il
ne devait pas se remettre. Il mourut à
Pesth, chez son plus jeune fils, Richard, le
LE GUIDE MUSICAL
709
l8 juin 1875, au moment même où Richard
Wagner allait voir se réaliser le rêve artis-
tique de toute sa vie par l'exécution de sa
Tétralogie des Nibelungcn sur le théâtre de
Bayreuth.
Auguste Rœckel fut un noble esprit et
un beau caractère. « C'était un homme
doux, cultivé, humain, excellent», a dit
de lui Franz Liszt. Ceux-là mêmes qui ne
partageaient point ses idées n'en parlaient
qu'avec respect. La dignité et la fermeté
de son attitude pendant sa captivité lui
avaient fait accorder des adoucissements
qui étaient un hommage à ses vertus. Quant
à ses amis et aux proches, tous l'entou-
raient d'une affection et d'une estime pro-
fondes. Il aura eu, avant de mourir, la
satisfaction d'avoir vu réalisé, par d'autres
voies, il est vrai, que celles qu'il avait
suivies, l'idéal de sa jeunesse : l'Allemagne
unifiée et forte.
I
Mon cher ami.
Il y a peu de jours seulement, j'ai appris avec
certitude qu'il vous était permis, à toi et à tes
compagnons d'infortune, de recevoir des lettres
non seulement de parents, mais aussi d'amis,
du moment que ces lettres ne touchent que des
intérêts personnels ou, du moins, n'ont aucun
rapport à la politique. Comme ce que j'ai à te
communiquer n'a d'autre but d'abord que de
t'exprimer la part intime et douloureuse que je
prends à ton sort et ensuite de t'informer de
ce que je deviens, j'ai pris la résolution de
t'écrire. Avant tout, il m'importait d'être ren-
seigné de la façon la plus précise sur l'état de
ta santé. Or, par l'intermédiaire de ton médecin
particulier, j'ai appris tout d'abord, ce qui m'a
été extrêmement agréable, qu'il n'y avait rien de
vrai dans le bruit qui a couru que ton insubor-
dination t'avait fait retirer l'autorisation de
t'occuper de travaux littéraires ; puis, que tu te
portais aussi bien que possible dans les
circonstances données et que ta fermeté était
demeurée intacte. J'avoue que c'est seulement
après avoir reçu ces nouvelles qu'il m'a été
possible de t'écrire comme je le désirais.
Tu penses bien que, depuis notre séparation,
j'ai toujours cherché avec la plus vive sympa-
thie à savoir de tes nouvelles, et que, par tous
les moyens en mon pouvoir je les ai obtenues.
Il y a peu de temps, je me suis rencontré avec
ta femme dans la même ville ; malheureusement,
des circonstances singulières ont fait qu'il m'a
été de toute impossibilité de lui rendre visite.
Plus tard, j'ai appris que ton frère Edouard
l'avait recueillie et qu'il l'entourait de soins
vraiment fraternels. Je lui ait écrit récemment,
mais n'ai pas reçu de réponse. Comme j'avais
adressé la lettre au hasard à Bath, il ne l'aura
vraisemblablement pas reçue ; je désirerais
donc beaucoup avoir son adresse exacte. — Il
me reste à souhaiter qu'en ce qui concerne ta
femme et toi-même, il te soit permis de me
donner bientôt les nouvelles les plus explicites ;
j'attends ces nouvelles avec la plus vive impa-
tience et avec une sympathie d'avance surex-
citée. Pour le moment, je crois ne pouvoir
mieux faire que de contenter l'intérêt que tu
m'as toujours montré en te fournissant de
courtes indications sur moi-même et sur ce qui
m'est arrivé.
Pour les événements extérieurs, il me suffira
de peu de mots. Après notre séparation, ou
plutôt après la conclusion de la catastrophe
pendant laquelle nous nous Vîmes pour la der-
nière fois, je partis d'abord pour Paris; mais là,
tout me fit horreur, et particulièrement le
monde artistique, bien que je n'eusse que de
lointains rapports avec lui; si bien qu'après
un court séjour, je me détournai et me dirigeai
vers la Suisse, où je trouvai rapidement à me
faire, paimi les Suisses, à Zurich, un cercle
d'amis dévoués, sincères et sympathisant avec
moi. Ce beau pays alpin m'a ranimé singuliè-
rement. J'espère que tu seras assez fort pour
recevoir ces nouvelles sans tristesse dans ta
captivité. Quand j'ai eu surmonté les pénibles
impressions que m'avaient laissées les derniers
événements, un présent insupportable et l'in-
fortune de beaucoup de mes amis, mon senti-
ment vital individuel reparut avec toute sa
chaleur dans la joie d'être déhvré d'une situation
pleine de contraintes et de contradictions irré-
ductibles. Ce n'est pas à toi qu'il sera nécessaire
de dire que j'ai considéré comme un grand
bonheur pour moi d'avoir été débarrassé de mes
fonctions de maître de chapelle à Dresde : là
où tout se contrecarrait aussi absolument que
mes aspirations d'homme et d'artiste et les
occupations qui découlaient de ma situation,
710
LE GUIDE MUSICAL
un complet déchirement de ces liens pouvait
seul apporter la délivrance. Seulement, il
m'apparut alors qu'un rôle nullement secon-
daire m'était attribué : je dus me convaincre
que j'étais le seul artiste qui eût, comme artiste,
compris le mouvement du temps. J'ai publi-
quement, c'est-à-dire comme écrivain, fait
connaître mes vues à ce sujet, — c'est-à-dire
sur l'Art dans ses rapports avec la Vie. — Je n'ai
pu savoir jusqu'à présent si l'on t'a permis de
prendre connaissance de mes écrits. Le premier
était une petite brochure, VAri et la Révo-
lution, dans laquelle je déniais les véritables
qualités de l'art à tout ce qui passe aujourd'hui
pour être de l'art. Dans un petit livre qui
suivit, VŒuvre d'art de l'avenir, je démontrai
l'impuissance de l'Art moderne comme consé-
quence nécessaire de sa subdivision en diffé-
rents arts distincts qui visent à représenter
aujourd'hui tout l'art; et j'y opposai l'œuvre
d'art de l'avenir, le seul art sincère, toujours
parallèle à la vie et étroitement uni avec elle ;
je le montrai dans ses traits principaux, con-
tradictoire absolument à l'art monumental et
inspiré de la mode qui prévaut aujourd'hui.
Après l'achèvement de ce travail, je fus
amené, -~ au début de i85o, — à retourner à
Paris; dans l'intervalle, Liszt s'était extraordi-
nairement occupé de moi; lui et tous mes
autres amis ne voyaient d'avenir sérieux
pour moi que sous les auspices d'un succès
d'opéra à Paris. Le désespoir dans l'àme, je
me fis effort à moi-même pour leur donner
raison, je rédigeai un scénario et partis pour
Paris. Cette fois, il s'en fallut de peu que cette
épreuve me coûtât la vie : mon dégoût du
monde artistique de Paris et l'horreur de la
contrainte que je m'imposais prirent de
telles proportions et m'affectèrent si violemment
que je fus atteint d'une maladie nerveuse qui
faillit me consumer et dont je ne me délivrai
que par un acte violent, en prenant la résolu-
tion désespérée de tourner le dos à tous mes
amis et de me réfugier dans le complet inconnu.
J'appris à cette époque, — par l'intermédiaire
d'un journal français, je me trouvais alors à
Bordeaux, — que toi et Bakounine vous alliez
être prochainement exécutés ; je vous écrivis
une lettre, espérant pouvoir vous dire encore
un dernier adieu. Ce bruit ne tarda pas à être
démenti, et ma lettre, que j'avais expédiée à
Dresde pour qu'elle vous fût envoyée de là, fut
naturellement retirée.
Cependant la sympathie et l'affectueuse inter-
vention d'une famille me détournèrent de
mes résolutions extrêmes. Cette famille, qui ne
comprend guère que des femmes et qui a habité
longtemps Dresde, doit être connue, — si je ne
me trompe, — de ton frère ; je lui dois énor-
mément. Mais, avant tous.je dois aussi nommer
Liszt : on ne saurait croire vraiment avec
quelle affection et quel dévouement sans cesse
en éveil cet homme s'est attaché à moi ; tout ce
qui en moi doit rester inaccessible à sa raison
pure, il le recouvre d'un sentiment de sym-
pathie dont la vivacité m'étonne profondément.
Il a représenté mon Lohengriti à Weimar et
l'a fait véritablement réussir : — à la suite de
quoi, on parle même à Dresde de monter cet
ouvrage ; mais, — et cela pour plusieurs
raisons, — j'ai fait défense énergique de le
jouer là. Ce qui produit sur moi un effet
véritablement comique, c'est que beaucoup de
gens pensent à une réconciliation entre moi et
ma situation antérieure. Tu le vois, cher ami,
voilà comme on est compris quand on possède
en soi les qualités de l'artiste I — Récem-
ment, j'ai de nouveau et explicitement exposé
mes idées d'artiste sur l'objet même de mon
Art dans un gros livre. Opéra et drame; sur
mon individualité dans ses rapports avec cet
objet, dans Une communication à mes amis,
que j'ai placée en tête d'une édition des trois
poèmes du Hollandais volant, du Taunhœuser
et de Lohengrin. Le premier paraîtra sous peu
chez Weber (i), le second chez Breitkopf et
Hsertel (2). Que je serais heureux si tu pouvais
recevoir ces livres de moi ! Ces Hsertel font
aussi graver la réduction pour piano de
Lohengrin, et, — ce qui t'étonnera certaine-
ment, — ils veulent même graver la grande
partition d'orchestre. Tu vois que l'opinion à
mon égard comme artiste est devenue très favo-
rable ; mais, — précisément dans ma commu-
nication, — j'ai repoussé très catégoriquement
tout témoignage d'esdme, en ce sens qu'on veut
séparer l'homme de l'artiste, et j'ai montré la
(i) Editeur à Leipzig, chez qui parut, en eiîet, la pre-
mière édition à' Opéra et drame.
(2) Paru sous ce titre : Trois poèmes d'opéras avec une
communication à ses amis comme préface, par Richard
Wagner, iS52. IV, 352 pages in-80.
LE GUIDE MUSICAL
711
sottise de cette distinction. Combien déloyal et,
pour le dire franchement, combien misérable
est tout notre art actuel, cela se voit aujourd'hui
seulement qu'il a rejeté le dernier voile de
pudeur et reconnaît ouvertement qu'à tout prix
il lutte pour l'existence. Je n'ai pas besoin de
te dire combien dans ces circonstances un être
de mon espèce doit se sentir malheureux : les
yeux grands ouverts, je dois me livrer à des
illusions pour justifier une productivité qui, de
l'autre côté, peut seule me donner le change
quant à la nullité générale. J'ai horreur main-
tenant de toute théorie : Liszt m'a excité à
entreprendre un nouveau travail artistique. Je
viens de versifier un Jejiiie Siegfried qui, je
dois l'avouer, m'a procuré de grandes joies.
Mon héros a grandi sauvage dans les bois;
il a été élevé par un nain (le Nibelung Mime),
dans l'espoir qu'il tuerait le dragon -géant, gar-
dien du trésor. Ce trésor des Nibelungen est un
élément extrêmement important : des crimes
de tout genre s'y rattachent. Siegfried est,
du reste, à peu près le même personnage que ce
gars dont parlent les contes et qui se met en
route pour apprendre la peur, — ce qui ne lui
réussit pas, parce qu'avec sa saine nature il voit
le monde autour de lui tel qu'il est en réalité. Il
abat le dragon-géant et tue le nain, son père
nourricier, parce que celui-ci voulait se débar-
rasser de lui, afin de s'assurer du trésor. Sieg-
fried, aspirant tristement à sortir de sa solitude,
apprend ensuite par la voix de l'oiseau de la
forêt, — dont il comprend le chant, grâce au
sang du dragon qu'il a bu par hasard, — que
sur un rocher dort Brunnhilde entourée par le
feu. Siegfried traverse la flamme et réveille
Brunnhilde, — la femme, pour les plus déli-
cieuses étreintes d'amour. — Je ne puis ici te
donner plus d'indications ; peut-être pourrai-je
t'adresser le poème. — Un mot encore seule-
ment : — dans nos discussions animées nous
avons déjà touché ce sujet : — nous ne sommes
ce que nous pouvons et devons être qu'autant
■ que — la femme n'a pas été éveillée.
Mais, quelles chansons je te chante là, pau-
vre ami ! Crois-moi, je suis malheureux, moi
aussi, de ne pouvoir que chanter. Je vais tra-
vailler au Jeune Siegfried, — mais sans me
donner le change un seul instant; je sens que
ceci encore est une belle illusion et que rien n'est
au-dessus de la réalité. Souvent nous nous
faisons l'effet d'être emprisonnés plus solide-
ment dans nos chaînes invisibles que ceux
qui hous" paraissent céder à une contrainte
réelle. Aussi, — à bon escient, — je t'adresse
cette seule et triste consolation, — ne sois pas
fâché contre moi ! — car nous n'avons pas autre
chose à nous souhaiter les uns aux autres : sois
bien portant et tâche de conserver la santé !
Tout est là, — espoir, consolation et — certi-
tude !
Et maintenant, mon pauvre cher ami, si on
te le permet, donne-moi de tes nouvelles et bien
complètes, aussitôt que tu auras l'autorisation;
je m'empresserai, de mon côté, à te répondre
autant que je le pourrai; puissent mes lettres te
reconforter et te donner le courage d'endurer
et la résignation! Adieu! Quand tu seras triste,
pense en amitié et affection
à ton fidèle ami
Richard Wagner.
Zurich, le 14 août i85i (i).
(A suivre.)
N PÈLERINAGE A ENDENICH
(Suite et fin. — Voir le n" 38)
S^
La maison de santé où vécut ce pauvre
Schumann, pendant les deux dernières .
années de sa vie, fut fondée en 1844, par le
docteur Richarz; elle est située dans la partie
haute d'Endenich (Poppelsdorfer Strasse).
Imaginez une sorte de jolie pension bour-
geoise des environs' de Paris : une cour
précède la maison, élevée d'un rez-de-
chaussée et d'un étage seulement, dont les
volets de couleur verte donnent aux murs
une blancheur encore plus éclatante. Nulle
(1) Est-ce à cette lettre que fait allusion Richard
Wagner, quand il écrit à son ami Uhlig : « La lettre
(incluse) à Rœckel est fade et forcée ; fais-la-lui néan-
moins parvenir par Schulze (qui pourra écrire l'en-
veloppe) ; l'essentiel est que je reçoive enfin une lettre de
Rœckel lui-même; alors je pourrai lui écrire mieux. »
La lettre de Wagner à Uhlig où se trouve ce passage
n'est pas datée, mais elle remonte à.iS5i, et se rapporte
évidemment au début de la présente correspondance.
712
LE GUIDE MUSICAL
tristesse dans les abords ; l'aspect est, au
contraire gai et réconfortant. Nous sommes
reçu dans un parloir composé de deux
pièces et meublé très simplement. Un des
trois docteurs préposés aux soins d'une
cinquantaine de malades, M. le docteur
Oebeke, se met très obligeamment à notre
disposition. A l'époque où Robert Schu-
marm fut reçu par le docteur Ricliarz à la
maison d'Endenich, M. Oebeke n'était qu'é-
tudiant en médecine à l'Université de
Bonn; mais il était déjà attaché au service
de la maison. Il a donc connu Robert Schu-
mann et se le rappelle fort bien. Le maître
était d'une douceur évangélique; jamais on
ne fut forcé de recourir aux moyens extrî-
mes, à la camisole de force. Les crises
violentes, auxquelles il avait pu être sujet
avant sa chute dans le Rhin, ne se repro-
duisirent plus, une fois entré à la maison de
santé.
C'étaient surtout les hallucinations qui
le tourmentaient, lui enlevant tout sommeil;
il croyait entendre des voix qui lui dictaient
des thèmes, ou lui reprochaient d'écrire
des Lieder qui n'étaient que la reproduc-
tion de ceux de ses illustres devanciers. Il
se mettait au piano ; mais les forces phy-
siques et morales le trahissaient : les idées
arrivaient par intermittence, malheureuse-
ment décousues. On aurait pu comparer le
cerveau du grand homme au mécanisme
d'une montre dont le ressort usé ne
marchait plus qu'à des intervalles inégaux.
Ce piano, qui est actuellement la propriété
de M™" veuve Richarz, était situé au pre-
mier étage dans la salle à manger, voisine
de l'appartement qu'habitait Schumann et
qui se composait de deux pièces, la pre-
mière servant de chambre à coucher, la
seconde de salon ; les fenêtres donnent sur
le jardin.
M. le docteur Oebeke, tout en nous con-
duisant de pièce en pièce, était amené par
nos questions à se remémorer quelques
détails particuliers sur le séjour de Schu-
mann à la maison d'Endenich. C'est ainsi
qu'il nous disait que son malade avait une
habitude assez fréquente, qui consistait à
imiter avec les lèvres une sorte de petit
sifflement. Il aimait la solitude ; et cepen-
dant, il recevait avec plaisir dans les pre-
miers temps ses amis intimes Joachim,
Brahms M"i« Clara Schumann, la pre-
mière, venait s'installer près de lui et lui
apportait des fleurs qu'il aimait tant. Les
fleurs, cette joie des yeux! il en était
entouré. Elles devaient atténuer les an-
goisses des mauvais moments, lorsqu'il se
promenait dans ce joli enclos tout fleuri,
descendant en pente ; puis, remontant quel-
que peu à travers les bosquets ombreux, il
allait s'asseoir sur la hauteur, dans un
kiosque d'où la vue la plus belle s'étend à
droite sur le village de Poppelsdorf, le
Venusberg et le Kreutzberg, à gauche sur
Bonn, et, au lointain, sur le panorama des
sept montagnes, dominées par le grand
Œlberg. Dans cette douce retraite, la ligne
de ces horizons tranquilles apaisait l'âme
tourmentée de celui qui fut si vivement sol-
licité par les grands drames de Manfred
et de Faust. Pour lui, comme pour ses
poètes de prédilection, la nature, cette
grande magicienne, donnait à ses pensées
un repos momentané.
La demeure où réside M™« veuve Ri-
charz est voisine de la maison de santé :
un jeune docteur fut assez aimable pour
nous présenter à elle. C'est une adoratrice
de Schumann, qu'elle a beaucoup connu
alors qu'elle habitait Dusseldorf et qu'elle
chantait dans les chœurs que conduisait le
maître, en qualité de directeur de la mu-
sique. Aussi sa conversation est-elle pleine
d'intérêt pour nous et comme un doux écho
de la vie du chantre de Manfred. Elle le
voit encore, à une soirée donnée en son
honneur, à Dusseldorf, pensif, la main
appuyée sur le front, ne disant rien jus-
qu'au moment où, après l'exécution d'une
de ses œuvres par Johannès Brahms, il se
leva, passa derrière lui, lui posa la main
sur la tête et revint tranquillement à sa
place. Il était généralement taciturne,
plongé dans ses réflexions et préoccupé de
ses compositions. La solitude, son intérieur
le séduisaient avant tout : « N'attendez pas
de moi — écrivait- il à un ami à l'époque
de son départ pour la Russie — que je
LE GUIDE MUSICAL
713
vous dise longuement combien il m'en
coûte de sortir de mon cercle paisible. Je
n'y puis penser sans qu'un ennui mortel
vienne m'assaillir. »
y[mt veuve Richarz réfute la légende qui
nous représente Schumann aimant un peu
trop la blonde liqueur de Gambrinus. On
montre au Kaffebauin, à Leipzig, la place
où le compositeur venait s'asseoir de i833
à 1840 pour prendre sa chope de bière et
fumer les cigares qu'il appelait ses « dia-
blotins ». En cela, il suivait l'exemple de
ses compatriotes, qui fréquentent journelle-
ment la brasserie, sans pour cela se livrer
à un excès de boisson. Il recherchait peut-
être dans cette atmosphère une excitation
de l'évocation créatrice, une sorte de « Pa-
radis artificiel », mais il n'en abusa jamais.
Nous avons vu, chez M^^ Richarz, le
piano à queue et le long tabouret qui ser-
virent à Schumann à l'époque où il était à
la maison de santé, et aussi le beau médail-
lon de Rietchel, représentant de profil
Robert et Clara Schumann. Ce médaillon,
qui lui a été donné par M™« Schumann, nous
disait M™e Richarz, est l'image la plus fidèle
du maître. Elle a servi de modèle au sculp-
teur Ad. Donndorf pour le profil qu'on voit
sur le tombeau de Schumann au vieux
cimetière de Bonn.
Emettons le vœu que, dans un avenir
prochain, les admirateurs de Schumann
forment un musée des souvenirs du maître,
comme les municipalités de Bonn et de
Salzbourg ont eu l'heureuse idée d'en créer
pour Beethoven et Mozart.
Hugues Imbert.
A PROPOS DE L'ARLESIENNE
ETTE Arlésienne que M. Alhaiza
vient de reprendre pour la réou-
verture du théâtre royal du Parc,
date de 1872. Tirée d'un récit de
quelques pages qui en esquisse à peine la,
donnée passionnelle dans les Lettres de mon
moulin, la pièce d'Alphonse Daudet fut
donnée pour la première fois au Vaudeville
sous la direction "de M. Carvalho, et c'est
peut-être au directeur autant qu'à l'auteur
qu'est due l'idée des vignettes musicales
dont Georges Bizet illustra ces cinq actes.
On peut concevoir, en efi'et, que l'ancien
imprésario du Théâtre-Lyrique ait songé à
la symphonie pour soutenir l'action drama-
tique de cette pastorale de Provence, et
qu'ayant deviné l'utilité de ce concours il
l'ait confié à un jeune compositeur qui,
sans avoir encore obtenu ses lettres de
maîtrise, avait déjà fait ses preuves avec
les Pêcheurs de perles et la Jolie Fille de
Perth. Toujours est-il que l'idée était juste
et que la réalisation en fut des plus heu-
reuses.
Si poignant qu'il soit, le drame de Y Arlé-
sienne se traîne en des lenteurs inévitables,
puisqu'en cinq actes, d'ailleurs très habile-
ment diversifiés par d'ingénieux épisodes,
l'action tourne autour d'une situation men-
tale toujours la même. Trahi dans sa pas-
sion pour une femme dont il ne soupçonnait
pas la perversité, Frédéri aura-t-il assez
d'empire sur lui-même pour sacrifier cette
passion au sentiment du devoir, à la ten-
dresse familiale que son désespoir inquiète,
à l'amour ingénu qui s'offre à le consoler,
à sa dignité personnelle ; ou bien cette pas-
sion sera-t-elle assez forte pour qu'il y
sacrifie tout et l'honneur même ; ou bien
encore, ne pouvant se résoudre ni à aimer
ce qu'il méprise, ni à mépriser ce qu'il
aime, las de la vie parce qu'il n'est pas
taillé pour la lutte, prendra -t-il le parti de
se réfugier dans le suicide, optant pour la
dissolution parce qu'il est incapable d'une
solution ? Tout est là, et l'on voit d'ici les
redites inséparables d'un tel « trilemme »,
pour ainsi parler. Poétique et pittoresque,
la localité du cadre ne suffit pas à les dissi-
muler; elle les souligne plutôt, d'autant
que les personnages, non contents d'être de
Provence comme il convient, nous donnent
de cette Provence, de son atmosphère, de
ses sites et de ses mœurs, une interpréta-
tion littéraire peu compatible avec leur
rusticité pourtant très étudiée, l'interpréta-
tion d'Alphonse Daudet ciselée en une
714
LE GUIDE MUSICAL
langue dont l'exquisité est un charme tou-
jours, mais parfois aux dépens du carac-
tère. Le Lignon de Y Astrée n'est pas loin
du Rhône et des montagnes du Père Pla-
nète.
Or, voici le service rendu par la musique.
Où l'action languit, la musique donne le
change sur les longueurs et les lenteurs en
les épanouissant dans le commentaire des
rythmes et des timbres, qui complètent en
les détournant du mot les impressions de
l'auditoire. Où la parole évoque le paysage,
où le décor le cartonne sans le définir, c'est
la musique qui le colore. Où le geste réalise
le mouvement, c'est la musique qui l'anime.
Cela grâce au tact scénique de Georges
Bizet qui, en cette adaptation musicale,
conduite avec autant de discrétion et de
goût que de verve et de puissance, a trouvé
moyen de se faire place sans empiétement.
Sa mélodie obtient le relief en évitant le
développement ; et ce qu'elle semble perdre
à ne pas s'étaler, la virtuosité de l'harmo-
niste et du coloriste le lui rend au centuple
par l'incessant renouvellement des thèmes,
variés et transformés par la marche des
accords, par les dessins d'orchestre, par
les combinaisons des timbres. Qu'il crée
un motif ou l'emprunte au folklore du
terroir, on jurerait que l'œuvre même en
est l'inspiratrice, et si hermétique est l'in-
sertion de la vignette qu'elle fait désormais
partie intégrante du drame.
En écrivant la musique deVArlésieiinc,
Georges Bizet a essayé Carmen. L'ouvrage
qui a consacré sa réputation, et dont il ne lui
fut pas donné de savourer la vogue univer-
selle, est assurément d'une importance
beaucoup plus considérable, et les apti-
tudes dramatiques du compositeur ont pu
s'y donner carrière avec plus de liberté
et d'autorité; mais ce qui fait l'origi-
nalité principale de Carmen ; c'est, avec la
virtuosité harmonique du compositeur, le
caractère de localité que lui assure une
habile et féconde utilisation des thèmes,
rythmes et timbres d'Espagne. C'est par là
que Carmen est de la même veine que VA r-
lésienne, qui lui est antérieure de deux
années à peine. Et VArlésienne elle-même
n'est pas étrangère au succès de Carmen, au'
moins hors Paris, puisque sur maint théâ-
tre lyrique Carmen se corse d'un ballet
dont les divertissements sont pris, pour la
plupart sinon tous, au mélodrame de VAr-
lésienne.
La partition de VArlésienne, telle qu'elle
est exécutée au théâtre du Parc, sous la
direction de M. Van Dam, professeur au
Conservatoire, est une cote mal taillée en-
tre le mélodrame primitif du Vaudeville-
Carvalho, et la Suite d'orchestre que le
compositeur en tira pour les concerts sym-
phoniques de Paris. C'est ainsi qu'après
Vlntermezzo, souvent applaudi aux Con-
certs populaires, M. Van Dam joue le
Carillon de la Suite agrémenté d'un trio qui
ramène la sonnerie des cloches après une
piquante modulation, et non pas seulement ]
le court entr'acte carillonnant qui ouvre le j
quatrième acte de la pièce. La transaction -ï
n'est pas des mieux motivées au théâtre,
où elle fait à la musique plus de place que i
le compositeur n'a voulu en prendre. C'est
rendre un médiocre hommage à cette dis- l
crétion, à ce tact dont se rehausse la
valeur musicale de son œuvre.
A part cela, il faut dire que l'orchestre
recruté tout exprès pour VArlésienne du
Parc, s'acquitte de sa tâche avec beaucoup
de soin; que la pièce de Daudet est jouée
avec un remarquable ensemble et avec un
légitime succès. C. T.
NOTES DE VOYAGE
(Suite. — Voir le n" 38)
Si, à bien des points de vue, les conservatoires
allemands, — j'en excepte ceux de Leipzig, de
■Francfoit et de Cologne, — sont en générai
très inférieurs aux nôtres, on y trouve, cepen-
dant partout des cours que nous ne possédons
pas et dont l'utilité me semble incontestable au
point de vue de l'éducation générale du musi-
LE GUIDE MUSICAL
715
Je veux parler tout d'abord des chaires d'his-
toire de la musique et d'esthétique générale. A
Gand, si je ne me trompe, M. Adolphe Samuel
a pris récemment l'initiative d'un pareil cours.
Au Conservatoire de Paris, il y a un cours
d'histoire donné par M. Bourgault-Ducoudray.
Mais il n'en existe ni à Bruxelles, ni à Liège.
Il y a là une évidente lacune, qu'il serait urgent
de combler. Ces cours sont donnés quelquefois
par des professeurs d'université, qui sont des
savants de premier ordre. La chaire de ce
genre qui, en ce moment, a le plus de réputa-
tion et qui attire le plus d'élèves est celle de
M. Guido Adler, qui est, avec M. Gevaert, le
savant le plus versé dans la musique ancienne.
M. Adler, il est vrai ne professe pas dans un
conservatoire. C'est à l'Université de Prague
qu'il donne son cours d'histoire de la musique,
mais ce cours est ouvert à tous, et les jeunes
artistes désireux de s'instruire peuvent s'y faire
inscrire. La spécialité de M. Guido Adler est
la musique des premiers siècles chrétiens.
Grâce aux merveilleux documents de l'art
médiéval que possèdent les couvents d'Autriche,
M. Adler, est en cette matière, un des musico-
graphes qui ont le plus contribué à faire la
clarté sur les origines de notre art moderne.
Il prépare, sur cette matière, un ouvrage qui
sera devancé probablement par celui de M . Ge-
vaert, que le Guide mitsical a récemment
annoncé.
Il n'est pas indispensable, cela va s'en dire,
que des études si lointaines élargissent le champ
d'exploration de tous les jeunes artistes. Un
violoniste, un chanteur, un pianiste n'a pas
besoin d'être orienté d'une façon approfondie
sur ce sujet un peu spécial. Mais encore serait-
il utile qu'ils connussent tous au moins les traits
généraux de l'histoire de leur art, qu'ils eusent
une notion plus ou moins claire des grandes
époques de la musique dans le passé. En
revanche, ce qui ne serait qu'un luxe de
culture pour les élèves des cours de virtuosité,
devient un complément presque indispensable
de l'éducation des organistes et des élèves
des classes de composition. Or, combien
sont-ils ceux qui, sortant de nos conservatoires
avec leur diplôme de capacité, soient en
mesure d'exposer rationnellement les phases
principales de l'art qu'ils sont appelés à pra-
tiquer et que la plupart d'entre eux enseigneront
par la suite à d'autres générations ? Jetez les
yeux sur le questionnaire que l'on pose à ce
sujet à nos concurrents pour le prix de Rome, —
l'épreuve suprême imposée à nos futurs direc-
teurs de conservatoire, — et vous serez navrés
de l'insuffisance fâcheuse de l'enseignement à
ce point de vue.
Quant à l'esthétique générale, il n'en est pas
même fait mention. Aucun de nos conserva-
toires ne possède de chaire de ce genre, et nos
étudiants en musique prennent leur volée
n'ayant de notions ni de l'histoire de la mu-
sique, ni de l'histoire littéraire, si souvent liée à
celle-là, ni de la peinture, dont cependant les
chefs-d'œuvre seraient de nature à développer
si utilement leur compréhension générale des
conditions de leur art propre. Ils ignorent tout,
même la vie des maîtres dont ils jouent le plus
souvent les œuvres. Où la lacune d'une éduca-
tion littéraire est plus particulièrement sensible,
c'est dans nos classes de chant lyrique et dra-
matique. Et cependant, nulle part elle ne
serait plus nécessaire qu'ici. Comment veut-on
qu'un chanteur ou un acteur appelé à repré-
senter un personnage historique, légendaire ou
fantaisiste, ait une conception, je ne dis pas
juste, mais simplement artistique de son rôle,
s'il n'a aucune idée ni des milieux de l'action
ni de l'époque historique où elle se passe,
ni du caractère particulier du héros qu'il
incarne, ni des circonstances morales dans les-
quelles s'est déroulé le drame ou la comédie
où il intervient ?
Je vais plus loin même, et j'affirme qu'un
chanteur de concert est incapable de con-
venablement interpréter telle ou telle partie
d'un oratorio, voire une simple mélodie, s'il
n'est pas en mesure de comprendre le caractère
du poème dont il chante le texte et s'il ne sait
rien de l'époque à laquelle appartient l'œuvre
qu'il doit interpréter.
Combien n'en ai-je pas rencontré qui, ayant
à dire un simple Lied de Schubert ou de Schu-
mann, un air de Mozart ou de Gluck, un chant
quelconque sur des paroles d'un poète célèbre,
n'avaient aucune notion du style, ni de la
diction, parce que, totalement illettrés, ils étaient
incapables de donner une expression quel-
conque à des paroles et à un accent mélodique
dont ils ne pouvaient saisir le sens et la portée.
Il ne faut pas chercher ailleurs : c'est de
716
LE GUIDE MUSICAL
l'insuffisance de l'éducation intellectuelle que
vient le manque absolu de goût et de style
de la plupart de nos chanteurs, français et
belges. Ils retournent nécessairement et fatale-
ment aux airs toujours les mêmes des mêmes
opéras immuablement chantés, parce que ce
sont les seules pièces qu'ils soient en mesure
de comprendre, les ayant entendues à la scène
et ayant pu se rendre compte ainsi des effets
qu'ils peuvent en tirer. Sortis de là, ils sont
incapables d'aucune compréhension, sauf quel-
ques rares exceptions. Qu'est-ce pour eux un
sonnet de Ronsard, un poème de Victor Hugo
ou de Musset, une chanson de Heine ? Que
leur importe qui est Acis, qui est Galathée, qui
est Saiil, Samson, Dalila, Valentine, Don Juan,
Faust, Obéron, Orphée, Iphigénie, Alceste?
Ils apprennent leur partie de chant, ils l'exé-
cutent d'instinct, plus ou moins convenable-
ment, quand on la leur a bien serinée ; mais
s'ils n'ont pas, à côté d'eux, pour les instruire et
leur faire la leçon des hommes comme Gevaert
ou l'auteur, qui leur indique ce qu'il désire;
jamais le sens intime et profond,jamais le carac-
tère de l'œuvre ne seront rendus. L'une des
causes de la supériorité actuelle de la musique
instrumentale et de la décadence du chant, au
théâtre comme au concert, est certainement
ce défaut de culture intellectuelle du chan-
teur et de l'acteur modernes. Et voyez : les
seuls qui marquent actuellement sont tous des
« privilégiés » qui, par un concours heureux
de circonstances ont pu acquérir une culture
intellectuelle supérieure : Van Dyck, les frères
de Reszké, Maurel, Faure, Engel, etc. Dans le
passé, il suffira de citer les noms de M^s Viar-
dot, de la Malibran, de la Pasta, de M™^ de la
Grange, de Jenny Lind, de Roger, de Nour-
rit, de Duprez, pour évoquer immédiatement
le souvenir de personnalités où la maîtrise
proprement musicale se complétait de connais-
sances générales, littéraires, philosophiques,
artistiques que l'on ne rencontre plus guère. Le
plus curieux, c'est que très souvent chez ces
artistes de haut rang, les moyens naturels ne sont
pas à beaucoup près aussi complets que chez
d'autres, simples produits de la nature, mais
doués par elle plus généreusement au point de
vue de l'instrument. Seulement, ces derniers
n'aboutissent à rien, parce que le cerveau est
nul. La faute n'en est pas toujours à eux-mêmes;
elle est la suite de l'insuffisance de l'enseigne
ment.
Et ceci m'amène à parler d'une institution
qui existe en Autriche et en Allemagne et que
nous ne possédons dans aucun de nos conser-
vatoires, ni en France ni en Belgique. Je veux
parler des écoles d'art dramatique, qui forment
une annexe obligée de tout consei"vatoire
d'outre-Rhin, sous la dénomination à'Opern-
schitle.
Je viens d'étudier de près leur organisation,
et je crois qu'il y a là une idée excellente et
pratique, d'autant plus facile à appliquer chez
nous que, dès à présent, la plupart des éléments
se trouvent réunis pour constituer des écoles
semblables. Il s'agirait seulement de compléter
et d'organiser ce que nous possédons.
U école d'opéra la plus l'emarquable actuel-
lement et la mieux installée est celle du Con-
servatoire de Vienne, que dirige M. Fuchs et
qui est, on le sait, subsidiée par la Société des
amis de la musique (i).
Le cours comprend, au total, cinq années.
Les jeunes gens qui veulent le suivre doivent
pouvoir prouver la connaissance des éléments
de la musique, solfège, lecture à vue, notions
d'accompagnement sur le piano, etc. Ils en-
trent ensuite dans les classes de chant propre-
ment dites où, pendant trois ans, ils reçoivent
l'instruction pratique nécessaire (position de la
voix, émission, diction, solfège, etc). La deu-
xième et la troisième années sont consacrées à
l'étude des œuvres classiques et à celle des
œuvres du répertoire. Quand l'élève a suivi avec
fmit ces cours, il passe aux classes d'art drama-
tique proprement dites, où il suit des cours
parallèles de chant, de musique, de diction,
comme dans nos conservatoires. Concurrem-
ment, il doit suivre un cours d'histoire générale
de la musique (une heure par semaine); un cours
d'histoire de la jioésie et de la mythologie
(deux heures par semaine) ; un cours d'histoire
de l'art dramatique (une heure par semaine) ; un
cours d'histoire du costume (Jeux heures par
mois) ; un cours d'esthétique générale (quinze
conférences dans l'année) ; un cours de langue
(i) La-Société des Amis de la musique a fondé le
Conservatoire de Vienne en 1S17. Le Conseï vatoire est
placé sons le haut protectorat de M""= l'archiduchesse
Stéphanie^ mais il vit de ses ressources propres et des
capitaux formés par la société.
LE GUIDE MUSICAL
717
française et un cours d'italien (trois et quatre
heures par semaine).
Je crois inutile d'insister sur l'importance de
ces cours destinés à former le jugement et le
goût, à donner à l'élève le moyen de s'orienter
dans sa carrière future, en un mot à développer
avec indépendance le sens de sa personnalité.
Mais là n'est pas le point essentiel, il est
dans l'organisation des cours d'ensemble qui,
régulièrement réunissent les jeunes gens des
classes dramatiques pour des exercices en
commun. Le répertoire ne s'apprend pas en
chambre, comme dans nos écoles, en des leçons
individuelles, mais d'une façon pratique, sur
une scène appropriée, munie des accessoires
indispensables où, deux fois par semaine,
jeunes gens et jeunes filles viennent jouer les
morceaux de chant qu'ils ont appris. Tantôt
c'est un solo, tantôt une scène entière à deux
et trois personnages qu'ils travaillent de la
sorte en commun, sous l'œil du professeur d'art
dramatique, qui fait office de régisseur, corrige
les gestes, la marche, les expressions de phy-
sionomie, les entrées et les sorties, tandis que
le professeur de chant veille à la correction de
la partie lyrique.
A l'école d'Opéra de Leipzig, quand une
scène est sue par les élèves solistes, on leur
adjoint de temps à autre des chœurs, qui sont
constitués en partie par les élèves du cours
inférieur et en partie par les classes chorales.
A Vienne, les élèves du cours dramatique infé-
rieur sont tenus d'assister deux fois par semaine
aux exercices d'ensemble des élèves du cours
supérieur.
Enfin, à des intervalles plus ou moins rappro-
chés, les élèves des classes d'opéra sont appelés
à prendre part à des exécutions publiques,
soit de fragments d'ouvrages classiques, soit de
scènes isolées, soit même d'ouvrages complets
en un ou deux actes. Ces exécutions ont lieu
tantôt au piano, tantôt avec le concours de
l'orchestre formé par les élèves de la classe
d'orchestre.
Ainsi, le Conservatoire de Leipzig -a pu
organiser, il y a quelque temps, avec le
concours de ses seuls élèves une exécution
publique intégrale des Noces de Figaro de
Mozart (4 juin 1889), puis delà Flûte eiichaii-
tée (3 février 1890), enfin du Trouvère (i5 dé-
cembre 1890). Quand le nombre d'élèves et les
timbres des voix ne concordent pas avec la
distribution complète d'un opéra, on se borne
à l'exécution de fragments; ainsi, en juin 1891,
on a entendu le troisième acte de Faust, la
première scène du deuxième acte de Freys-
chûtz, le premier acte du Hans Heiling de
Marschner ; ou bien l'on donne une petite pièce
en un acte, le Directeur de théâtre de Mozart,
par exemple, accompagné d'une partie concer-
tante. Cette année (i5 juin dernier), les élèves
de VOpernschule ont exécuté le deuxième acte
de Mignon et les deux premières scènes du
deuxième acte de Freyscliiïtz.
A Dresde, d'après le rapport de cette année,
les exécutions et exercices publics d'opéras
ou de fragments ont été au nombre de vingt-
trois, et nous voyons figurer dans le programme :
\e Domino noir, Fidelio, I Pagliacci, V Armu-
rier, les Huguenots, les Noces de Figaro, les
Joyeuses Commères de Windsor, le Trouvère,
Lohengrin et Freyschiitz.
Au Conservatoire Raff, à Francfort, il y a eu
une exécution intégrale du Barbier de Se'ville,
une exécution, scènes séparées, de Cavalleria
nisticana, de Freyschiitz, des Huguenots, du
Trouvère et de Martha, sans compter une
série d'exécutions partielles en costumes et en
scène, à la fin d'un concert d'élèves.
On voit, en un mot, que l'éducation pratique
du futur comédien marche constamment de
pair avec son éducation théorique. Aussi,
quand il quitte l'école, peut-on dire que le
chanteur, ici, est prêt à aborder la scène. Il ne
connaît pas tout le répertoire, il manquera
d'autorité, mais il ne sera plus inexpérimenté
comme le sont la plupart des élèves de nos
Conservatoires, qui ne savent, quand il parais-
sent sur un théâtre, ni se tenir en scène, ni
faire un geste, ni marcher avec aisance. Munis
de leurs diplômes, ils se croient en possession
du public. Mais que de désillusions les atten-
dent ! Ils ont tout un apprentissage à faire ; ils
courent alors d'un professeur à l'autre pour
combler les lacunes de leur éducation, ou bien,
engagés à de fallacieuses conditions dans un
théâtre de province, ils ont à subir toute la série
des humiliations qui font le désespoir des
débutants. Combien de jeunes artistes, parfai-
tement doués, possédant déjà un acquis, qui se
rebutent à ce jeu, se découragent et, finalement,
disparaissent lamentablement !
718
LE GUIDE MUSICAL
En Allemagne et en Autriche, au contraire,
les élèves doués de quelque talent, et qui ont
fait leurs preuves dans les examens et les exer-
cices publics, obtiennent presque toujours des
engagements sérieux dès leur sortie de l'école.
J'ai entendu, à Vienne, dans les Pagliacci, une
jeune cantatrice qui était, il y a deux ans
encore, au Conservatoire de Leipzig, et qui,
après avoir tenu avec succès l'emploi de chan-
teuse légère au Théâtre de Leipzig, a, dès sa
seconde année de théâtre, obtenu un très
brillant engagement à l'Opéra de Vienne. Et
l'on m'a cité toute une série de chanteurs et de
cantatrices frais émoulus de leurs classes
pourvus d'emblée, non d'emplois secondaires,
mais de rôles importants dans les théâtres les
mieux côtés.
La supériorité incontestable des théâtres
lyriques d'Allemagne sur la moyenne des
théâtres similaires de langue française ne tient
pas à une autre cause. Cette supériorité est d'au-
tant plus surprenante que l'Allemand est, à tous
égards moins doué que n'importe quelle autre
nation pour l'art du comédien, et qu'il a pour y
réussir tout un ensemble d'obstacles à vaincre,
que le Français et l'Italien ne soupçonnent même
pas. Sa langue même et la constitution physique
des organes de la voix, place dès le début le
chanteur allemand dans un désavantage très
^ sensible vis-à-vis de ses rivaux italiens et
français. En général, sur les théâtres français
on chante mieux que sur les théâtres allemands,
cela n'est pas douteux un seul instant ; mais
d'où vient que, malgré l'infériorité relative des
éléments d'exécution pris individuellement,
l'interprétation d'ensemble soit partout, même
sur des théâtres de petites villes, infiniment
supérieure, là-bas, à ce que nous voyons sur des
scènes de grandes villes telles que Bordeaux,
Marseille, Lille, Le Havre, Anvers, Gand,
Liège? Comparez à ce qui se fait dans ces gros
centres le répertoire et les exécutions de
théâtre tels que ceux de Cologne, Francfort,
Hambourg, Leipzig, Dresde, Munich, Carls-
ruhe, Brunn, Prague, etc. : le résultat est
humiliant pour nous. C'est que le programme
d'éducation des artistes dramatiques et des
chanteurs allemands est autrement sérieux que
celui des nôtres, qu'il est mieux compris, qu'il
est synthétique, qu'il est fait non seulement pour
développer leurs facultés techniques, mais aussi
leur compréhension artistique. Ils ont de très
gros défauts individuels, ils ont une qualité
c(Dmmune, c'est le style. Malgré toutes les
qualités qui distinguent la moyenne des chan-
teurs et cantatrices français ou belges, il y en
a une qui leur fait généralement défaut, c'est
justement celle-là : le style. De là l'infériorité de
nos scènes lyriques.
(A suivre). Maurice Kufferath.
(Tbtonique be la Semaine
PARIS
L'Ecole française a été tristement éprouvée
depuis plusieurs années ! A dater de l'année
i8gi : Léo Delibes mort à cinquante-quatre ans,
Guiraud au même âge, et Emmanuel Chabrier
à cinquante-deux ans ! Et nous pourrions rap-
peler la mort foudroyante de Georges Bizet,
enlevé prématurément en i8y5, à l'âge de
trente-six ans (i) ! Léo Delibes et Guiraud
avaient, l'un et l'autre, donné leur note, surtout
le premier ; mais on pouvait espérer de Cha-
brier, comme de Bizet, des œuvres nouvelles
encore plus vibrantes, plus mûries que les pré-
cédentes. Le premier acte de Briséis était entiè-
rement achevé, et il révélait des qualités dont
pouvait s'enorgueillir l'Ecole française. Pour-
quoi un des chefs d'orchestre de nos grands
concerts, M. Colonne ou M. Lamoureux, ne
nous ferait-il pas entendre, à la saison qui va
s'ouvrir, cette page puissante et colorée de
l'auteur de Gwendoline?
Pauvre Chabrier, pauvre vaincu, nous
l'avons conduit lundi à sa dernière demeure,
au cimetière Montparnasse, et le nombre était
grand des amis et des artistes qui avaient tenu
à se serrer autour de son cercueil. Sur le par-
cours, la foule recueillie pouvait lire, sur les
banderoUes des nombreuses couronnes qui
ornaient le char funèbre, les inscriptions sui-
vantes : La direction de l'Opéra, La Société des
auteurs dramatiques. Le théâtre royal de Mu-
nich, La Société nationale de musique, Dernier
salut à notre inoubliable ami: Félix et Henriette
Mottl, La Société des Concerts-Lamoureux,
A E. Chabrier, ses éditeurs et amis.
(i) Si nous n'avons pas ajouté à cette liste le nom du
regretté Edouard Lalo, décédé le 23 avril 1S82, c'est
que ce compusiteur avait déjà atteint un âge relative-
ment avancé, lorsqu'il est mort ; il avait soixante-neuf
ans.
LE GUIDE MUSICAL
719
A l'église Notre-Dame de Lorette, nous avons
reconnu dans l'assistance fort nombreuse :
MM. Saint-Saëns, Ch. Lamoureux, Bertrand,
Bruneau, V. Joncières, Camille Benoît, Masse-
net, Gallet, Danbé, Enoch, A. Silvestre, Ca-
tulle Mendès, Chevillard, Marmontel, TafFanel,
André Maurel, Blau, Jahyer, Moullé, Le Ca-
mus, Ch. Lecocq, Bouvet, Stoullig, Renaud...
M™'^s Lalo, Chevillard, Roger-Miclos, M'i^Cha-
minade, Isaac, une grande partie du personnel
de l'Opéra et de l'Opéra-Comique.
Sur la tombe, MM. Armand Silvestre et V.
Joncières, le premier délégué par M. le minis-
tre de l'Instruction publique et des beaux-arts,
le second au nom de la Société des auteurs et
compositeurs de musique, ont prononcé des
discours retraçant la vie et l'œuvre du regretté
compositeur.
Nous n'ajouterons rien à l'adieu si touchant
que notre directeur et ami Maurice Kufferath
adressait à E. Chabrier dans le dernier numéro
du Guide Musical. Nous n'exprimons qu'un
désir, c'est qu'il nous soit possible de réunir et
de publier la majeure partie de la correspon-
dance si primesautière de notre pauvre ami.
Elle fera encore mieux connaître au public
l'homme gai, bon vivant, gaulois, original,
débordant de joie et d'humour, dont nous
déplorons aujourd'hui la perte. Nous espérons
que tous ceux qui possèdent des lettres de lui
entendront notre appel.
Triste bilan pour cette semaine !
Nous devons cependant signaler l'interpréta-
tion de Manon à l'Opéra-Comique. M""= Bré-
jan-Gravière, qui nous arrive de' Bordeaux,
succède à Mi'^ Sybil Sanderson dans le rôle de
Manon; elle y a obtenu un très vif succès.
M. Isnardon.bien connu des lecteurs du Guide
Musical, a fait une rentrée des plus applaudies
dans le personnage de Lescaut, comme chanteur
et comme acteur, et M. Leprestre s'est montré
un Desgrieux accompli. En somme, triomphe
pour tous les nouveaux interprètes.
Hugues Imbert.
*$»
Les Concerts-Colonne feront leur réouver-
ture le dimanche 14 octobre, à 2 heures, au
théâtre du Châtelet.
On annonce également la reprise des Con-
certs d'Harcourt pour le dimanche 11 novem-
bre. Dans ce premier concert, seraient exécutés
des fragments importants de Taunhccuscr.
M. Charles Lamoureux donnera, cette année,
comme précédemment, avec son orchestre de
cent vingt exécutants, vingt concerts, divisés en
deux séries d'abonnement de dix concerts, les
concerts de chaque série se succédant de quinzaine
en quinzaine. Les concerts de la série A auront
lieu les dimanches 21 octobre, 4 et 18 novembre,
2 et 16 décembre, i3 et 27 janvier, 10 et 24 février,
et 10 mars; ceux de la série B, les dimanches
28 octobre, 11 et 25 novembre, 9 et et 23 décem-
bre, 20 janvier, 3 et ij février, 3 et 17 mars.
Le prix des abonnements pour les dix concerts
est fixé ainsi qu'il suit : parquet (une place), par
concert, 7 francs, soit pour dix concerts, 70 francs;
loges (une place, — les loges sont de six places),
par concert, 6 francs, dix concerts, 60 francs; pre-
mières (une place), par concert, 5 francs, dix con-
certs, So francs ; promenoir numéroté, par concert,
4 francs, dix concerts. 40 francs.
Pour répondre au désir qui lui en a été exprimé,
l'administration délivrera, en outre, des cartes
d'abonnement pour les places non numéroUes de
promenoir-entrée et de secondes de face, au prix
de 2 fr. 5o par concert, soit 25 francs pour les dix
concerts.
Il y aura, pendant la saison et compris dans
l'abonnement, plusieurs concerts extraordinaires
avec le concours de virtuoses célèbres, chanteurs
et instrumentistes.
Nous sommes heureux d'annoncer que, lors de
la visite de M. Casimer-Périer au fort de Vau-
jours, la croix de chevalier de la Légion d'honneur
a été remise par le président de la République à
notre confrère Edouard Noël, capitaine de l'armée
territoriale, à l'état major du général Coste.
M. Edouard Noël, collaborateur de M. Stoullig
pour les Annales du théâtre et de la musique, est, pour
ceux qui l'ignorent, le spirituel « Nicolet » du
Gaulois, en collaboration avec M. Lionel Meyer,
le très aimable secrétaire des Nouveautés.
Félicitations bien sincères au nouveau cheva-
M™« Rosine Laborde, de l'Opéra, reprendra le
5 octobre, 66, rue Ponthieu, son cours de chant
et d'opéra français et italien.
BRUXELLES
M"<= Simonnet,qui fit, la saison dernière, à la
Monnaie, de passagères apparitions, très cha-
leureusement accueillies, appartient cette année
à la troupe régulière de notre première scène.
Elle rendra, pensons-nous, de réels services à
nos directeurs, car la souplesse de son talent,
fait surtout d'intelligence et de volonté, lui
permet d'aborder des rôles de caractères très
720
LE GUIDE MUSICAL
différents. Ne la voyons-nous pas, après avoir
chanté avec succès, il y a quelques iT:ois, le
Rêve et Lakmé, aborder aujourd'hui, pour son
début en cette nouvelle saison, la Traviata,
une œuvre qu'on ne se risquait phis à remettre à
la scène que pour produire les étoiles de pre-
mière grandeur ? La dernière que l'on vit dans
ce rôle à la Moni aie, fut, on se le rappelle, la
Melba, au beau Umps de la direction Dupont
et Lapissida.
Nous ne song:ons d'ailleurs pas à mettre
M'ieSimonnet en parallèle avec ces étoiles raris-
simes, qui, malgré la séduction de leur voix,
ont toujours le tort grave d'entraîner à leur
suite un répertoire démodé, dont la Traviata
n'est pas un des moins pénibles échantillons.
M"': Sirnonnet, qui n'est pas qu'une virtuose,
ne nous imposera pas ce desagrément, et, en se
montrant dans l'œuvre de Verdi, elle n'aura
sans doute eu d'autre ambition que de nous
prouver que son talent sait se plier à toutes
les exigences. Cette preuve, elle nous l'a
donnée complète et convaincante : son succès
dans le rôle de Violetta a été très vif, très
légitime.
Elle y a fait preuve d'une virtuosité très sûre,
alliée à une préoccupation constante — mais
trop marquée — de la vérité du sentiment,
dans l'exécution lyrique comme dans le rendu
des situations dramatiques. En somme, un
ensemble de qualités très satisfaisant.Toutefois,
sa voix a paru dure et froide dans les pages qui
demandent à être enlevées avec brio ; elle a eu,
par moments, des intonations d'une justesse
douteuse — l'organe par lui-même n'a pas une
grande franchise de timbre, — et, en maints
endroits, les vocalises n'ont pas été lancées avec
toute l'ampleur de souffle désirable.
Le jeu de M'ie Simonnet est toujours très
soigné, il serait difficile de trouver grand'chose
à y reprendre; et, malgré cela, l'artiste ne
touche pas, elle intéresse seulement, sans
émouvoir. C'est que, chez elle, on sent trop l'art
de la composidon, on n'a pas l'illusion de la
spontanéité : tout est bien à sa place, et néan-
moins rien ne « porte ». De tous ses mouve-
ments, de toutes ses intentions, cependant cal-
culés avec une réelle intelligence, se dégage
l'impression d'un art tout artificiel, sans pro-
fondeur, qui ne pénètre pas plus le spectateur
que l'artiste. Une certaine recherche, une lé-
gère affectation, que l'on observe chez la chan-
teuse comme chez la comédienne, sont certes
pour beaucoup dans cette impression, et il est
vraiment regrettable que tant d'efforts aussi
largement dépensée, n'arrivent pas à produire
un effet plus vif et plus durable. Si toutes les
intentions de M'ie Simonnet n'ont pas porté,
on ne lui a pas moins tenu compte de son très ,
joli talent, et on l'a applaudie avec chaleur,
sinon avec conviction.
M. Bonnard n'était pas en de bonnes dispo-
sitions vocales, et il serait difficile d'apprécier,
d'après cette unique épreuve, ce qu'il peut
donner dans le rôle de Rodolphe. Ce qui est
certain — et cette remarque est peut-être un
éloge, — c'est qu'il est moins fait pour les
rôles du répertoire italien que pour les ouvrage.s
de facture plus moderne, comme Werther, où
il ne suffit pas d'être beau chanteur, mais pour
lesquels on réclame un talent plus complet. Ce ■
qui paraît avéré aussi, c'est que notre nouveaux
ténor d'opéra-comique — un ténor légèrement
barytonnant — n'a pas la voix assez assouplie •
pour le chant à vocalises, et l'on pourrait le
compromettre gravement en lui faisant chan-
ter, comme on l'annonce, le Barbier de Séville,
qui doit servir de second début à M'ie Mérey.
Le rôle du père d'Orbel, sous la voix de
M. Ghasne, a paru plus somnifère que jamais.
Les petits rôles étaient convenablement
tenus, et l'ensemble de l'exécution témoignait
de soins que l'on préférerait voir appliquer à
des tâches d'un plus sérieux intérêt artistique. •
J.Br.
Succès honorable, à l'Alcazar, pour Madame "
s'enchaîne, la parodie sans gêne de MM. Mau-
gin et Gide. M"|= Aciana a beaucoup d'entrain
et de verve et anime autant que possible cette
pièce où l'esprit et l'animation n'abondent pas.
MM. Crommelynck, Ambreville et Gaillard,
dont on admire les costumes somptueux,
s'évertuent de leur côté d'égayer par des saillies
de leur crû, le public que les énormités de la
parodie napoléonienne laissent indifférent.
Depuis jeudi, à l'Alcazar, Yvette Guilbert est ,
applaudie à outrance. Que dire encore de son
talent si personnel, de sa diction si originale, de
son verbe incisif et de sa personne étrange ? Elle
reste toujours la seule Yvette, et son répertoire,
que tant d'autres s'approprient, garde, exécuté
par elle, une allure caractéristique et inimitable
Sa façon de dire les Demoiselles de pensionnat,
Sa famille et d'autres œuvrettes aux titres
affriolants, émeut et charme. Elle a ajouté à son
répertoire une chanson de Déranger qu'elle
détaille à ravir, et la Pierreuse, une chanson
qui donne le frisson aux plus impassibles
L.
Nous avons eu l'occasion d'entendre, ceS'
jours-ci, M'ii^Julia Decré, complètement remise^
d'un malaise qui avait paralysé, pendant plus
d'un an, les moyens vocaux de la jeune artiste.
La voix est aujourd'hui plus belle que jamais,
d'une étendue et d'une ampleur rares, et d'uri
métiil irréprochable. Souhaitons à la jeune
artiste, enhn remise, de trouver bientôt un*
occasion de faire apprécier son beau contraltc
par le public de nos concerts.
LE GUIDE MUSICAL
721
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — Le mouvement artistique
commence à s'accentuer dans la ville, et
roici deux concerts qui ont réussi à attirer du
monde, malgré la vogue continue de l'Exposition.
Il y a d'abord le concert Pruym, annoncé primi-
tivement au Cercle Artistique et qui a finalement
eu lieu au Théâtre- Royal. Il avait attiré un nom-
breux public, ce qui prouve la sympathie dont
jouissait le jeune chanteur, mort si tragiquement
dans l'Escaut.
Les organisateurs de cette fête de bienfaisance
avaient, du reste, été heureux dans le choix des
solistes. M"= Dyna Beumer et M. De Greef sont
des artistes dont les noms s'imposent ; aussi leur
succès a-t-il été aussi grand que mérité. M"" Beu-
mer étonne par une virtuosité extraordinaire,
tandis que M. De Greef impressionne par son
phraser vraiment artistique. L'orchestre des Con-
certs populaires, conduit par M. C. Lenaerts,
s'est fait applaudir avec les ouvertures de Patrie et
Je Tannhauser, ainsi que la ii" Rhapsodie de Liszt.
Citons encore MM. Duzas et Van den Torren,qui
ont contribué à rendre cette soirée des plus
agréables. Le résultat financier est, parait-il, très
satisfaisant.
La Société royale d'Harmonie avait organisé,
dimanche, un concert extraordinaire avec le con-
cours du Cercle choral des dames, de Diisseldorf.
La jolie salle d'été était bien garnie et le public a
fait fête aux artistes étrangers. Le Cercle choral
des dames, que dirige M"= S. Lenz, jouit d'une
belle réputation dans les villes rhénanes, et les
concerts que cette société organise annuellement
à Dùsseldorf sont très suivis. Les voix sont parti-
culièrement fraîches, et M"° Lenz les conduit avec
beaucoup d'habileté.
Les deux chœurs Heimf aJirt de Rheinberger et
Zigmnerkben de Schumann ont été rendus avec un
grand respect des nuances. Puis est venue une
noxiMtiL\x\é,Indischer Friihliiigsgesang de A. Wilford,
œuvre qui a été chantée dans la perfection, malgré
les difficultés d'intonation qu'elle renferme; et,
pour finir, trois petits chœurs de Schetterer, dont
le dernier, Tanzliedehen, a été bissé.
En somme, M"e Lenz a remporté un grand
succès en nous présentant d'une façon aussi artis-
tique son cercle choral.
Pour la partie symphonique, M. D. De la
Chaussée avait fait un joli choix d'œuvres de com-
positeurs anversois; l'ouverture duiîoirf«5 Aulnes de
Benoit ; une ouverture de Wambach ; un Intermezzo
de Callaerts et la Milenha de Blockx, ainsi que la
Marche nuptiale de Wilford, composée à l'occasion
du mariage de la princesse Joséphine avec le
prince de HohenzoUern. Le public a longuement
applaudi ces morceaux, qui ont été brillamment
enlevés.
Il nous reste à citer quelques auditions de piano
qui ont eu lieu à l'Exposition. M™" E. Dietz est
venue toucher les pianos Erard, et elle a fait
entendre à un public exceptionnellement nom-
breux et ravi du Bach, une Barcarolle de Rubin-
stein et le Menuet de Paderewski.
Mlles Douste ont donné une seconde audition
dans les salons Pleyel. Les morceaux d'ensemble
ont été, comme toujours, rendus avec beaucoup de
fermeté, bien qu'on doive reprocher aux jeunes
artistes un i)eu de dureté dans le toucher. M"" J.
Douste s'est aussi fait entendre comme cantatrice
et sa jolie voix, claire et juste a beaucoup plu;
malheureusement, un léger chevrotement vient
enlever beaucoup au charme qu'elle pourrait nous
procurer. A. W.
BLANKENBERGHE — La saison qui
vient de se clore marquera, certes, dans les
fastes musicaux du Casino de Blankenberghe.
Jamais, à notre souvenir, l'orchestre ne s'est
montré supérieur à ce qu'il a été cette année. Les
artistes qui composaient la symphonie que diri-
geait M. Jules Goetinck étaient de grande valeur :
pour la plupart recrutés dans l'orchestre du Con-
servatoire royal de Bruxelles. Avec de pareils élé-
ments et le talent reconnu qui le distingue, M. J;
Goetinck, le chef consciencieux autant qu'habile,
a pu aborder des œuvres telles que celles qui ont
figuré au programme de cette année : Concert Bee-
thoven,concert Saint-Saëns, concert Gilson, con-
cert Massenet.C'a été un ensemble vraiment remar-
quable de noms et d'œuvres.
M. Goetinck a, d'ailleurs, fait voir que la routine
n'a pas encore droit de cité au Casino. Détail
remarquable, la Mer de Gilson a été donnéepour la
dixième fois cette saison. C'était chaque fois
M. Chômé, le professeur de déclamation au Con-
servatoire royal de Bruxelles, qui, avec beaucoup
d'art, disait le poème d'Eddy Levis. Cette dixième
exécution de l'œuvre grandiose de Gilson est un
véritable événement : quand on songe que, dans
d'autres villes, ce chef-d'œuvre n'a pas dépassé
deux auditions, on peut conclure que c'est surtout
à la science et à la conscience du chef, au soin et
au fini de l'exécution que le public a fait honneur
en accourant chaque fois plus nombreux et en for-
mant salle comble à la dernière séance de la Mer.
Voilà un détail très caractéristique de la façon
dont ce public a reconnu les mérites de l'orchestre
et la valeur du chef qui le dirigeait. En général,
tant vaut le chef, on le sait, tant vaut l'orches-
tre. Il mène au triomphe ou à l'irrémédiable
chute par l'enthousiasme ou par l'indifférence
qu'il inspire à cette unité, l'orchestre, ce corps
dont il est l'âme. Telles sont les qualités que l'on
a saluées dans M. Goetinck et qui lui ont valu de
beaux succès. Les habitués du Casino de Blanken-
berghe ont pu se féliciter de cette saison, et M.
Goetinck n'a pas lieu d'être mécontent de la façon
722
LE aUIDE MUSICAL
dont il a été fêté ! Rien ne lui a manqué : ovations,
cadeaux princiers, palmes, fleurs. Et voici que,
pour « couronner l'œuvre ji, le vaillant chef d'or-
chestre, probablement signalé par la nombreuse
colonie étrangère, qui prise si haut et à juste
titre son talent, vient d'être engagé à Berlin,
pour y diriger, en novembre prochain, le célèbre
orchestre Bilse, qui donnera un concert d'œuvres
belges. On y jouera, entre autres, la Mer de Gil
son. C'est là un nouveau et brillant succès pour
le chef estimé, un honneur rarement accordé à nos
compalrioes, honneur dont l'orchestre du Casino
et Blankenberghe même ont quelque droit de se
montrer fiers ! P. M.
WO 1/ V ELLES DI VERSES
La direction des Festspiele de Bayreuth
ayant résolu de ne pas donner de spectacle
l'été prochain, le théâtre de Munich fait
annoncer, dès à présent, qu'il donnera toute la
série des drames de Wagner depuis Défense
d'aimer ou la Novice de Païenne, son premier
ouvrage antérieur aux Fées, jusqu'à, mais non
compris, Parsifal, qui reste la propriété exclu-
sive de Bayreuth.
Le D'' Hans Richter dirigera trois concerts à
Londres, le mois prochain, à Saint-James Hall.
Le premier concert est fixé au 8 octobre;
on y entendra : l'ouverture à' Euryanthe de
Weber, le Scherzo capriccioso de Dvorak et
la septième symphonie de Beethoven. Au
deuxième concert, la semaine suivante, le pro-
gramme comprend une sélection du Vaisseau-
Fantôme de Richard Wagner, une ouverture
de Smetana, la suite n" i de Peer Gynt de
Grieg, la quatrième symphonie de Beethoven
et la symphonie inachevée de Schubert.
M. Nordica se fera entendre à cette deuxième!
séance. Le troisième concert se donnera à
Queen's Hall, le 20 octobre, et sera encore plus
intéressant que les deux autres, car on y exé-
cutera l'ouverture des Maîtres Chanteurs de
R. Wagner, les variations pour orchestre sur
un thème de Haydn, de Brahms, la scène de
la forge de Siegfried, chantée par M. Andrew
Black et, pour finir, la Neuvième Symphonie
avec chœurs de Beethoven.
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723
Le 12 septembre dernier, M"'^ Clara Schu-
mann, la veuve du maître des Lieder, a célébré
à Interlaken son soixante-quinzième anniver-
saire de naissance. La grande artiste, quelques
jours plus tard, a été victime d'un accident.
Eifrayée pendant une promenade par les évo-
lutions d'un cavalier peu maître de son cheval,
elle a fait une chute dans un fossé de la route,
et s'est fait une contusion au bras. Celle-ci
n'est pas grave, mais la commotion ressentie
n'en a pas moins laissé des traces.
Aux dernières nouvelles, heureusement,
M™^ Schumann semblait être tout à fait remise.
Nous avons annoncé qu'une cérémonie se
préparait à l'Opéra de Paris, à la mémoire de
Gounod, à l'occasion de la millième de Faust.
Voici en quoi elle consistera.
Au chœur final : « Christ est ressuscité ! »
s'enchaînera l'apothéose de l'illustre maître par
l'apparition de son buste, entouré des princi-
paux personnages de ses opéras : Roméo et
Juliette, Philénion et Baiicis, Mireille, etc.
Un chœur composé par M. Ambroise Tho-
mas sur des vers de M. Jules Barbier, seul
auteur survivant de la pièce, sera chanté par
tous les artistes de l'Opéra.
Dans la séance du 14 septembre de l'Aca-
démie des inscriptions et belles-lettres de
France, il a été rendu compte d'une nouvelle
découverte musicale faite au cours des fouilles
de l'école française d'Athènes. Il s'agit d'un
fragment considérable d'un nouvel hymne à
Apollon, accompagné, comme le précédent,
de notation musicale. Il se compose de
28 lignes, dont le commencement est assez
bien conservé. M. Henri Weil, d'après une
photographie envoyée par M. HomoUe, est
arrivé à combler presque toutes les lacunes
avec évidence ou tout au moins avec grande
probabilité. Il a donné lecture d'une traduction
française qui fournit une idée suffisante de
l'original. On s'accorde à reconnaître à cet
hymne unehaute valeur poétique. M.Théodore
Reinach étudiera les signes interlinéaires qui
notent le chant de ce morceau.
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724
LE GUIDE MUSICAL
NÉCROLOGIE
Une bien triste nouvelle, d'autant plus cruelle
qu'elle est tout à fait imprévue, nous arrive de Paris,
celle de la mort de M. Pierre Schott. Il a succombé
subitement, jeudi matin. Dans ce journal, qui lui
avait autrefois appartenu et où il avait conservé
de solides amitiés et de vives sympathies, cette
mort brusque causera de vifs et sincères regrets.
Fils de Pierre Schott, le fondateur de la maison
Schott frères de Bruxelles, et neveu des grands
éditeurs de .Mayence, Pierre Schott avait, à la
mort de son père, repris la direction de la maison
de Bruxelles Après avoir géré celle-ci pendant
quelques années, il en céda le fonds en i8S8,
pour aller réorganiser sa maison de Paris, sous la
raison sociale Pierre Schott et C". Le Guide
musical émigra à ce moment à Paris, et Pierre
Schott en eut alors la direction nominale. Après
deux ans, notre revue revenait à Bruxelles, où
nous regrettons que notre ami ne l'ait pas suivie.
Nous n'aurions peut être pas à déplorer aujour-
d'hui sa mort.
Pierre Schott était un excellent musicien et un
pianiste remarquable. Il avait étudié naguère avec
Louis Brassin, ami intime de son père, et il s'était
même produit en public dans différents concerts
en Allemagne, à Mayence, Wiesbade, etc. La
mort de son père, en l'appelant à la tête des affaires
de sa maison, le força de renoncera la pratique
de l'art. Mais il était resté un lecteur de partition
d'une habileté peu commune. Il s'était essayé
aussi dans la composition, et il a publié, sous diffé-
rents pseudonymes, des romances qui ne sont pas
sans quelque mérite et sans charme. Malheureuse-
ment, l'atmosphère de Paris n'était point ce qui
convenait à sa nature sensitive et mélancolique,
encline à la rêverie et taciturne, et il a été terrassé.
Le pauvre garçon n'avait pas trente huit ans.
— A Cincinnati (Etats-Unis), P. W.Steinbrecher,
pianiste, fondateur d'une fabrique de pianos et de
l'Academy ofmusic de Cincinnati Steinbrecher, qui
était Berlinois de naissance et qui avait dû fuir
l'Allemagne après les événements de 1848, avait
pendant quelque temps été l'élève de Chopin à
Paris. Il était âgé de soixante-douze ans.
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3. Comment on dit ; k Je t'aime ». . . 3 —
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5. J'aime, je crois, j'espère 3 —
6. Le Livre de la vie 3 —
7. Premiers baisers du printemps . . . 3 —
8. Le Souvenir 5 —
9. La Valse des nuages 5 —
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B.-sr. Colomer. Rondino pour piano.
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J. Ten Briuck. Voici le soir, valse, barcarolle .
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No 4. Pour Harmonium avec Piano ... » —
«5. » Piano à 2 mains (par l'auteur) . frs 5 — ^
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726
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N" 2. Douce attente.
N" 3. Doux rêves
N" 4. Echo du bal .
N" 5. Mon étoile
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sions. >) 6 pièces originales:
N" i . Simplicité.
N"2. Insouciance .
N" 3 Quiétude .
N" 4. Souvenir .
N» 5. Mélancolie .
N° 6. Allégresse.
Gilis, A. Soirées enfantines
Six morceaux très faciles
N» I. Air villageois.
N° 2. Chant du village.
N" 3. Air champêtre
N° 4. Fanfare-Marche .
2 —
2 —
I 75
i 75
I 75
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I 75
I 35
I 75
I 35
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N° 2 . Grétky, Romance de
Richard. . . . i
N» 3. Nicolo, Joconde. . i
N° 4 . Schubert, Sérénade i
N" 5. Schubert, Moment
musical. . . i
N" 6. Mendelssohn, Auf
Flûgeln. . . . i
Hille, G. Op 60. Concerto
avec Piano lo
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N° I . When theWho adores
thee ....
N° 2. If thou wilt be Mine
N" 3. Oh! Had we some
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N° 4. Is that M'- Reilly. .
I 75
I 35
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Jebin-Prume. Romance . i 75
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Op. 37 N" 2. Au temps jadis 2 5o
Op. 38. N" I. Devant son
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Op. 38. N" 2 Sous sa fenêtre 2 —
Op. 39. Ramage de rossignols 3 —
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Tballon, R. Romance . . i 75
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N" I. Chanson sans paroles i 35
N" 2. Chanson du soir . . i 35
N" 3. La Sérénade ... 2 —
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No I . Sur des motifs écossais i 90
No 2. Sur des mélodies sué-
doises 3 75
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DIRECTEUR-RÉDACTEUR EN CHEF
MAURICE KUFFERATH
Rtu du Congrès, 2, Bruxelles
RÉDACTEUR EN CHEF A PARIS
HUGUES IM SERT
Rue Beaurepatre, 33, Paris
N LE KIME, SECRET AIRE- ADMINISTRATEUR
Rue du Marteau, 12, Bruxelles
Collaborateurs
Ed. Schuré — Michel Brenet
Georges Servières
Hugues Imbkrt — René de Récy
Camille Benoit - Etienne Destranges
Alfred Ernst — Guy Ropartz
Van Santen Kolff
J. Houston Chamberlain
Ed. Vander Straeten— Ed. Evenepoel
Maurice Kufferath
Charles Tardiéu - Marcel Remy
I. Ragghianti — J. Malherbe
Henry Maubel — Ed. de Hartog
D"' Victor Joss.— N. Liez. — I. Will
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40'' année 3o Septembre 1894
>rUMER0 40
SOMMAIRE
L. P. — Une lettre d'Emmanuel Chabrier.
Richard Wagner. — Lettres à Auguste
Rœckel (Traduction de M. Maurice Kufferath).
M. Kufferath. - Notes de voyage. (Suite).
(HljVontquE bc la Semaine : Paris : Les salles de
concerts. Hugues Imbert. -
A M. Gauthier- Villars.
■ Nouvelles diverses. —
Bruxelles : Reprise du Prophète, J. Br.
Correepanbance» : Amsterdam, Anvers, Dresde, Gand,
Londres, Milan : Inauguration du Théâtre-Lyrique
international.
Nouvelles diverses. — Nécrologie.
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Otto Junne. — A Munich : Josef Seiling, fourn'' de la cour,
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pective Newski.— A Moscou : Jurgenson. — A Me.'cico :
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730
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40" ANNÉE. — Numéro 40.
3o Septembre 1894.
Les tendances de l'ART MUSICAL se
rapprochant chaque jour davantage de
celles du GUIDE MUSICAL, M™^ Leduc
a proposé à M. Kufferath une combinaison
qu'il a acceptée. Les deux revues n'en
feront plus qu'une, dont la publication se
continuera à partir du le"" octobre prochain,
sous le titre LE GUIDE MUSICAL.
Il est bien entendu que M. Maurice
Kufferath gardera son entière indépen-
dance et qu'il sera seul propriétaire et
directeur du GUIDE MUSICAL, dont la
ligne de conduite restera ce qu'elle était
par le passé.
UNE LETTRE
D'EMMANUEL OHABRtER
|a Revue d'Aujourd'hui, qui n'eut
qu'une existence éphémère vers 1890
— qu'on en vit mourir, de revues! —
obtint la promesse de la collaboration de Cha-
brier, qui refusa d'être son critique musical,
mais accepta de lui apporter de la copie de
temps en temps, « en irrégulier, en tirailleur »,
par une lettre charmante, primesautière,
pleine de gaieté et d'esprit, qui peint l'homme
tout entier. Nos lecteurs nous sauront gré de
mettre cette épître sous leurs yeux :
Cher ami (i),
Justement on me remet votre lettre, et le titre
que vous me proposez. Lettres confidentielles sur la
(i) La lettre était adressée à M. Rodolphe Darzens,
rédacteur en chef de la Revue d'Aujourd'hui.
musique, me semble d'une ironie amusante comme
tout; ce titre en tête, un bon article en hedon et ma
signature en coda, ça ferait peut-être un rude effet;
mais, je vous le répète, me lier, ça me turlupine.
Faites-moi, si vous le désirez, une place de bachi-
bouzouk dans la revue, du Monsieur intermittent;
annoncez moi, je vous en laisse absolument libre.
Mais surtout rien pour le premier numéro, car je
serai en Allemagne (i).
Cherchez un homme recta, porteur sérieux d'une
copie parfaite, il y en a de compétents; et quand
même, et surtout un moderne, un ardent.
Aujourd'hui, il faut mettre les pieds dans le plat;
de vingt-cinq à trente ans, on est fait pour ça.
Trouvez un hirsute tueur de répertoire, tombeur
de Ritt, allumeur alerte de nouveaux réverbères,
éteg noir radical des anciens : voilà la tignasse
rêvée.
Mais moi, à quoi bon?
Quand on a peu de cheveux, et qu'ils sont
blancs, on ne doit plus jouer de piano en public.
Au surplus, ce n'est pas cela qui m'arrêterait,
mais bien ce que je vous ai dit dans la lettre n° i.
C'est le fil à la patte du mensuel article; ça, je
renâcle. Encore une fois, merci; utilisez-moi
autrement si je puis être bon à quelque chose.
E. C.
Quel entrain, quelle fougue et à la fois quel
bon sens et quelle modestie respirent ces
quelques lignes du parfait musicien que l'art
pleure en ce moment ! Si jamais le célèbre apho-
risme de Buffon : « Le style c'est l'homme »,
avait besoin de justification, il la trouverait dans
ce fragment de lettre d'une si joyeuse fantaisie
et d'une si profonde justesse.
Quant au critique idéal que rêvait le brave
Chabrier pour la pauvre revue défunte, nous
n'en connaissons guère qui remplissent le pro-
gramme tracé par lui avec tant d'humour et de
vérité. Les tombeurs de Ritt et de Stoumon,
hirsutes tueurs de répertoire, il n'y en a pas à
remuer à la pelle. L. P.
(i) A Carlsruhe, où l'on avait monté le Roi malgré lui.
732
LE GUIDE MUSICAL
LETTRES DE RICHARD WAGNER
A
AUGUSTE RŒCKEL
(Traduites par M. Kufiferath)
(Suite. — Voir le no 39).
n
Zurich, 12 septembre.
Ta lettre, ô toi cher ami, m'a réjoui au delà
de toute mesure ! Elle m'est arrivée si inat-
tendue et si inespérée, elle me donne des
preuves si fortes de ta courageuse et sereine per-
sévérance que rien de plus agréable ne pouvait
se rencontrer pour m'élever et me fortifier moi
même. Ma santé n'est pas des meilleures, et,
tandis que mon corps montre une suffisante
fermeté, mon système nerveux est dans un état
inquiétant d'affaiblissement progressif, — con-
séquence nécessaire de la sincérité sans réserve
de ma sensibilité violente et passionnée, qui
fait de moi un être artiste dans la mesure où je
le suis. C'est plus parliculièrement ma vie
toute d'imagination, sans réalisation suffisante,
qui affaiblit mes nerfs cérébraux au point
de ne pouvoir plus travailler qu'à de longs
intervalles et en m'interrompant souvent, sous
peine de m'exposer à une longue et doulou-
reuse souffrance. C'est dans cet état que ta
lettre m'a trouvé ; son contenu rapproché de ta
situation formait un contraste assez remar-
quable avec ma propre situation et mes senti-
ments. Elle a confirmé en moi une impression
déjà maintes fois éprouvée, à savoir qu'une
demi-liberté est plus humiliante et plus dépri-
mante qu'un esclavage absolu : il me serait
cependant difficile de t'expliquer bien claire-
ment ce que j'entends par là.
Mes travaux littéraires témoignent de mon
manque de liberté comme artiste : je les ai
conçus sous la plus tyrannique nécessité, et ils
n'ont été écrits rien moins que dans l'idée de
faire des « livres » ; s'il en avait été ainsi, tu
n'aurais probablement pas eu à te plaindre
tant de mon style.
Mais cette période de production littéraire
est maintenant bien finie : j'en mourrais si je
devais continuer ; je m'occupe, au contraire, en
ce moment, de l'exécution d'un grand projet
artistique, l'achèvement du poème de trois
drames précédés d'un prologue indépendant,
que je vais mettre ensuite en musique et que
— Dieu sait quand, comment et où? — je
ferai un jour représenter. Le tout sera intitulé :
V Anneau du Nibehtng (1). Le prologue : le
Rapt de l'or du Rhin ; — le premier drame :
la Walkyrie; — le deuxième : le Jeune Sieg-
fried; — le troisième : la Mort de Siegfried.
Les trois drames sont déjà terminés et je
n'ai plus qu'à faire les vers du prologue. Je
pense pouvoir, encore avant la fin de cette
année, soumettre le poème imprimé à mes amis.
L'achèvement du tout (dans l'état actuel de ma
santé) me demandera naturellement beaucoup
de temps : le moment de la représentation, je
dois, pour le rhoment,le reculer dans les temps
fabuleux de l'avenir. — A.u sujet de ce plan, tu
seras renseigné très explicitement par une com-
munication à mes amis relative à mon déve-
loppement comme artiste, que j'ai placée en
tête de mes trois poèmes d'opéra (Vaisseau-
Fantôme, Tannhœuser et Lohengrin). Ce livre
a déjà paru au début de cette année et j'ai
veillé à ce qu'un exemplaire te fût adressé ; je
présume qu'il ne te sera pas encore parvenu;
s'il en était autrement, je te prie de m'en
avertir, que je puisse réparer l'omission s'il y a
lieu. — Au lieu de la réduction pour piano de
Lohengrin que tu attendais, j'envoie à ta
chère femme la partition d'orchestre de cet
ouvrage, qui vient de paraître chez les Pfaertel ;
elle verra s'il lui est permis de te la faire
parvenir. De toutes façons, la partition te
donnera plus de satisfaction que la réduction
pour piano. Je t'envoie également quelques
petits écrits sur des questions d'art, parus en
différentes circonstances. Le dernier est une
introduction à la représentation de mon
Tannliœuscr. Depuis peu, en eifet, un certain
nombre de théâtres allemands s'occupent de
monter cet ouvrage. Même le théâtre de la
Cour, à Berlin, s'y prépare, et je puis admettre
qu'avant peu tous nos théâtres l'auront donné.
(1) En allemand : der Reif des Nibehingen. Plus tard,
Wagner a changé le titre en dcr Ring des Nibclmigen. Ritig
et Reif ont, d'ailleurs, la même signification.
LE GUIDE MUSICAL
73i
Malheureusement, je ne puis plus en ressentir
aucune joie : à tous égards, — il est trop tard :
je sais aussi que nulle part cet ouvrage ne sera
exécuté comme je le veux; artistes et public ne
peuvent entreprendre et comprendre que le côté
le plus efféminé de l'œuvre ; ils ne saisissent pas
l'énergie de passion qui est en elle. Ma
célébrité qui croît d'une façon si inattendue me
procurera-t-elle la possibilité de représenter un
jour mes Nibelmigen ? J'en dois douter aussi,
attendu que telle que j'entends l'œuvre, cette
possibilité ne peut naître que de circonstances
tout à fait autres que celles qui dominent actuel-
lement dans l'art et dans la vie. Le plus pénible
pour moi, — malgré tous mes apparents succès,
— ce sera toujours de savoir que le plus gros
de ces succès, je le dois à l'incompréhension
du véritable esprit de mes œuvres : sur ce point,
malheureusement, je ne puis plus me faire
illusion.
Quand il te sera de nouveau permis de t' oc-
cuper de littérature, je voudrais que tu me fasses
savoir si je puis, de temps à autre, te faire par-
venir des livres. Une lecture qui t'intéresserait
extraordinairement serait celle des écrits de
Feuerbach. Je te passerais aussi le poète en qui
j'ai récemment reconnu le plus grand de tous :
c'est le poète persan Hafis, dont les œuvres
viennent de paraître en une très tolérable adap-
tation allemande de Daumer. Les écrits de ce
poète m'ont rempli d'une véritable terreur :
avec toute notre culture européenne tant
vantée, nous nous trouvons presque humiliés
par ces productions que l'Orient a jadis vues
s'épanouir avec une si sûre, si sereine et si
haute tranquillité d'àme. Je suis persuadé que
tu partagerais mon étonnement. Le seul mérite
du moderne développement de l'Europe, je le
retrouve dans une sorte de désagrégation uni-
verselle, tandis que, dans l'apparition de cet
Oriental, je reconnais une aspiration indivi-
duelle de l'antiquité.
Je me propose d'écrire prochainement une
bonne fois à ta pauvre chère femme, et je
souhaite ardemment qu'il me soit donné de lui
procurer un peu de soulagement et d'espérance.
— Ma situation personnelle s'arrange assez
agréablement et je dois m'estimer heureux de
pouvoir satisfaire les plus pressants besoins de
l'existence sans de trop lourds soucis ; malheu-
reusement je suis très seul; il me manque un
commerce suffisant; et plus que jamais j'ai
l'impression que le côté exceptionnel de ma
situation se retourne contre moi, comme une
véritable malédiction, au point de vue des jouis-
sances de la vie ; un prisonnier ne pourrait
comprendre pourquoi si souvent je suis triste,
pourquoi si souvent j'aspire à la mort : et
cependant je vois cela si clairement, si nette-
ment! — Mais assez de cela. Tu vas rire de
moi, et franchement, je ne puis t'en contester
le droit. Ce que je désire le plus maintenant,
c'est que tu sois autorisé à m'écrire plus
souvent : si tu pouvais, sur ce point, m'ouvrir
une perspective consolante, sois assuré que tu
me ferais une joie infinie.
Adieu et puisses-tu continuer à te tenir
comme tu te tiens ! Tel est le vœu le plus cher
de ton fidèle ami
Richard Wagner.
III
Cher ami.
Il y a quelques temps seulement, j'ai de
nouveau reçu des nouvelles de toi; j'ai appris
aussi que quelques livres que je t'avais destinés
ne t'étaient pas encore parvenus ; avant de te
répondre, j'ai voulu me renseigner à ce sujet
auprès de ta chère femme ; mais, empêchée par
la maladie, elle n'a pu me répondre qu'après
quelques semaines ; moi, de mon côté, j'ai eu,
dans ces derniers temps, quelques occupations
très absorbantes, si bien que, de tout cela, est
résulté un retard dans ma réponse, pour
lequel je te prie de m'excuser ; c'est pourquoi
je place ces banales explications en tête de ma
communication d'aujourd'ui.
Mon nouveau poème : V Anneau du Nibe-
liing (dont j'ai fait tirer seulement un petit
nombre d'exemplaires pour mes plus proches
amis), est déjà parti au mois de février de cette
année pour Weimar, afin qu'il te soit envoyé
par ta femme. Tu ne m'en dis rien : ta femme
m'affirme cependant que ton exemplaire a été
expédié à Waldheim. S'il ne t'a pas été
remis, ce doit être pour des raisons qui
rendraient tout à fait inutile l'envoi d'un second
exemplaire. C'est pourquoi je préfère te de-
mander d'aller aux renseignements. Si l'exem-
plaire s'était perdu, fais-le-moi savoir au plus
vite : un second exemplaire arriverait promp-
tement à ton adresse à Waldheim. — Tout
commentaire sur ce poème me paraît donc en
734
LE GUIDE MUSICAL
ce moment inutile, aussi longtemps que tu ne
m'auras pas annoncé que tu l'as lu.
Mes trois poèmes d'opéra, avec une commu-
nication à mes amis en guise de pvéface^Leip-
zig, Breitkopf et Hcertel), t'avaient également
été envoyés déjà au diJbut de l'année dernière;
par ce que tu me dis je vois que le livre a dû se
perdre ; j'envoie donc directement à ta femme
un nouvel exemplaire, afin qu'elle te le fasse
parvenir. J'y joins ce que tu m'as exprimé le
désir d'avoir : i° Haiis (deux volumes);
2° Feuerbach, conférences sur l'essence de la
religion.
Ton état d'âme, — et je m'en réjouis grande-
ment, — me paraît être de telle sorte que je
puis me promettre pour toi une grande satis-
faction de cette lecture : j'espère que tu es bien
portant et que tu as préservé ton esprit qui ne
se sent ranimé que lorsqu'il peut contempler le
Beau dans la résignation et la contrainte. A ce
point de vue, tu n'es peut-être pas plus mal loti
qu'aujourd'hui tout autre homme : ce qui est
vraiment beau n'est plus pour nous aujourd'hui
qu'une image de la pensée ; que le Beau coit
possible, qu'il doive un jour nous être présent,
qu'il doive un jour être goûté par des hommes
qui éprouvent comme nous, cette pensée rai-
sonnée doit nous servir de consolation ici aussi
bien qu'à toi. Et véritablement, c'est la seule
consolation ; en la sympathie pour une généra-
tion à venir, nous pouvons déjà ressentir de
bienfaisantes impressions. C'est ainsi que je ne
me fais pas de reproche de t' envoyer Hafis à
Waldheim.
Le livre de Feuerbach est, en quelque sorte,
le résumé de toutes ses antérieures spéculations
philosophiques : ce n'est pas un de ses livres
fameux, tels que V Essence du christianisme et
les Réflexions sur la mort et l'immortalité;
mais c'est l'ouvrage qui donne le mieux et le
plus rapidement une connaissance complète du
développement de ses idées et des dernières
conséquences de son exégèse, — Je serais bien
heureux s'il t'était permis de te réjouir dans
l'atmosphère de ce fort et clair esprit.
J 'ajoute encore le programme des exécutions
musicales que j'ai récemment organisées à
Zurich ; cela t'intéressera. Tu t'étonneras sans
doute de ce que j'aie pu me résoudre à donner
de la sorte, au concert, une série de morceaux
extraits de mes opéras. Mais la chose s'explique
aisément. Tout d'abord, j'avais un trop vif
désir d'entendre enfin quelque chose de mon
Lohengrin, notamment le prélude. Mais, pour
réunir l'orchestre nécessaire à cette exécution,
il fallait, avant tout, songer à un conceit
complet et, par conséquent, donner tout une
série de morceaux.
L'engagement de cet orchestre (soixante-dix
exécutants) devait me coûter neuf mille francs;
et, effectivement, lorsque je fis connaître mon
projet, j'ai trouvé des personnes pour me
garantir cette somme. Pour qui connaît Zurich,
ses bourgeois et ses philistins, c'est là un fait
surprenant, et je ne puis cacher que cette
preuve d'une confiance insoupçonnée et d'une
sympathie extraordinaire m'a profondément
touché. Les exécutions ont été parfaites : j'avais
fait venir de très loin, d'Allemagne, les meil-
leurs instrumentistes, et le succès a été tel
qu'il acquerra une signification de plus en plus
importante pour la Suisse. Je ne doute pas en
effet, — quand j'en serai arrivé là, — que l'on
m'offrira ici les moyens d'exécuter mes compo-
sitions dramatiques selon mon désir. Il faudra
naturellement, que je me consacre exclusive-
ment, pendant plusieurs années, à l'éducation
d'un personnel d'exécutants tels que je les
veux; le jour où j'en serai venu là, à mon
entière satisfaction, je représenterai, pendant
une année, toutes mes œuvres, et aussi mes
drames des Nibelungen, sur un théâtre spé-
cialement installé, légèrement construit, mais
approprié à toutes mes exigences. Ainsi j'aurai
atteint, sinon mon idéal, du moins ce qu'un
homme seul a la possibilité d'atteindre. Mais
auparavant j'aurai à concentrer toute ma force
et ma santé, - - qui est souvent chancelante, —
pour achever la composition musicale de mes
drames des Nibelungen. Cela me coûtera trois
ou quatre ans certainement.
Les exécutions de mon Tannhœuser et aussi
de mon Lohengrin qui se donnent présente-
ment, ou vont se donner sur les théâtres alle-
mands, demeurent pour moi sans aucun intérêt!
artistique : je sais que, la plupart du temps, elles]
ne répondent en rien à mes intentions et nel
s'élèvent en rien au-dessus de la moyennej
de nos représentations ordinaires d'opéras.
Quoique, çà et là, je fasse de surprenantes^
expériences et que je m'étonne toujours de
l'effet que ces représentations produisent suri
LE GUIDE MUSICAL
735
de petites scènes, — grâce notamment au zèle
enthousiaste de jeunes musiciens, — je reste
cependant froid au total, en raison des con-
ditions générales et irrémédiables du théâtre.
J'avoue que la diffusion de mes œuvres n'a de
valeur pour moi qu'au regard des bénéfices
matériels. Grâce à ceux-ci, ma situation s'est
améliorée d'une façon très acceptable, j'ai l'avan-
tage à présent de ne devoir plus travailler unique
ment pour l'argent; quoi que j'entreprenne ici,
jamais je ne me fais payer (ce que je ne ferais
d'ailleurs jamais, fussé-je privé de toute res-
source, car faire de l'art pour de l'argent, c'est
ce qui pourrait m'éloigner à tout jamais de l'art,
comme c'est aussi, au demeurant, ce qui pro-
voque tant d'erreurs au sujet de l'essence des
œuvres d'art). En somme, je pourrais dire que
je vis assez agréablement, si j'étais un autre
que je ne suis ! Non seulement j'éprouve plus
cruellement que qui que ce soit la malhonnêteté
de la situation générale, mai.s encore, en ce qui
concerne ma vie toute personnelle, je me con-
vaincs de plus en plus clairement que, depuis
quelques années seulement, — trop tard ! — je
sais que je n'ai pas encore vécu ! Mais je ne
veux pas t'obséder avec ces doléances qui ne
sont point faites pour tes oreilles ! Seulement il
faut bien que je te le dise : mon art devient de
plus en plus le chant du rossignol privé de la
vue et qui se souvient ; mon art serait instanta-
nément privé de toute base si je pouvais em-
brasser la réalité de la vie. Oui, où la vie cesse
commence l'art (i) ; nous entrons dès la jeunesse
dans l'art, sans savoir comment. C'est seule-
ment lorsque nous avons pénétré l'art jusqu'à
son extrême limite qu'à notre désespoir nous
nous apercevons que ce qui nous manque, c'est
la vie ! — Si je pouvais me consoler avec de
nouvelles illusions, je me sentirais, en vérité, à
mon aise : si je pouvais être vaniteux et glo-
rieux, combien ne devrais-je pas m'estimer
heureux en ce moment! Ma renommée va
grandissant; on me considère comme une appa-
rition sans précédent et qu'on ne peut encore
classer ; on écrit à propos de moi des articles
de journaux et des brochures en masse ; l'in-
compréhension et l'admiration se passionnent
(I) Cette idée se trouve plusieurs fois exprimée dans
les lettrés de Wagner à Liszt et à Uhlig-. Il me semble
intéressant de la rapprocher de cette réflexion de Gon-
court qui sous une autre forme et à un autre point de
vue exprime le même sentiment.
contradictoirement à mon sujet, — et cepen-
dant que tout cela me laisse indifférent! Je ne
pourrais plus maintenant faire œuvre d'écri-
vain, tant je suis écœuré des malentendus
provoqués par mes livres, et dégoûté d'être
demeuré à peu près incompris dans le cœur de
mon être et de mes idées. Une seule chose pour-
rait me consoler : c'est que non seulement on
m'admire, mais que l'on m'aime ; où cesse la cri-
tique, la sympathie se présente, et elle a rap-
proché de moi beaucoup de cœurs. Mais cette
sympathie doit toujours demeurer pour moi
une chose lointaine, elle ne pénètre jamais
ma vie que très indirectement, car, — • étant
donnée la forme qu'a prise cette vie, — je ne
puis plonger du regard dans ce royaume de
l'amour que comme dans un paysage lointain.
Si je pouvais devenir un bon égoïste, je serais
sauvé : mais cela ne va pas, et, — comme toi,
— je ne pourrai me maintenir dans la sincérité
de ma nature que par la résignation.
Cher ami, je t'ai parlé de moi, et j'aurais
encore à te dire maintes et maintes choses, mais
je ne veux pas décharger tout cela en une car-
gaison. Ce que je désire maintenant le plus
ardemment, c'est que tu sois autorisé à m'écrire
plus souvent : un commerce plus assidu peut
seul faciliter ces confidences qu'une sorte de
pudeur retient. Et puis, que pourrais-je te
dire au sujet de toi-même? Toi seul, tu peux
m'éclairer sur le problème de ton existence
actuelle : mes impressions, en ce qui concerne
ta situation, je n'ai pas le droit de les com-
muniquer à toi-même ; ce que tu es pour moi,
comment tu apparais à mes yeux, je dois garder
cela en moi, car il devrait m'être défendu de
provoquer en toi le soupçon que je voudrais te
rendre vaniteux. Tout ce que je puis te dire au
sujet de toi-même, c'est que je me ferais l'effet,
d'un sot si je voulais te donner un conseil : mais
tu me rendrais très heureux si tu réussissais à
découvrir en quoi le conseil ou l'encourage-
ment d'un sincère ami pourraient t'être utiles. Si
tu le découvres, tu me le diras ! — J'espère que
mon envoi de livres te parviendra ; je serai en
esprit auprès de toi, quand tu liras ces livres.
Au sujet de mes Nibeliingeii, fais-moi savoir le
plus tôt possible si tu as reçu le poème et, dans
la négative, si je puis te l'envoyer. Il est la
somme de ce que je puis actuellement comme
artiste. Renseigne moi donc bien vite à ce sujet!
Ï36
LE G VIDE MUSICAL
Et là dessus : adieu ! Si tu ne peux m'écrira
bientôt, fais-moi du moins savoir par ta femme
si tu peux recevoir une nouvelle lettre de moi.
Je rattraperai alors beaucoup de choses que
j'omets aujourd'hui, parce que je ne peux me
mettre à une lettre qu'une seule fois et que
déjà je sens ma tète se troubler ! Adieu ! Aie
courage et... patience ! Aucun de nous ne peut
aboutir sans cela.
Ton Richard Wagner.
Zurich, 8 juin i853
(A suivre.)
NOTES DE VOYAGE
(Suite. — Voir les nos 33 et 39)
Prague !... Praha! La ville sainte, l'antique
capitale de la Bohême et l'ancienne résidence
de ses rois. On n'est plus ici ni en Autriche ni
en Allemagne. A l'entrée de la ville, une porte
aux ogives flamboyantes évoque, au premier
moment, le souvenir de Nuremberg, la vieille
cité germanique. Mais, à mesure qu'on avance
et qu'on descend, par la pente douce des rues,
vers la Moldau, l'impression change. Au milieu
des façades rococo, ornées de massives cariatides
qui soutiennent des balcons aux ferronneries
fîeuronnantes, s'ouvrent, çà et là, de vieilles
voûtes aux cintres bas; la tour de l'ancien
hôtel de ville, avec ses quatre clochetons
d'angle soutenant la vieille horloge ouvragée
comme une dentelle, projette son ombre sur la
place où le gothique se mêle à d'étranges imita-
tions de palais italiens ou français. Des ruelles
sordides s'enchevêtrent vers le quartier juif,
groupé autour de la vieille synagogue massive
et sombre. Par dessus un mur, des acacias
tordent leurs branches tourmentées ; c'est le
cimetière juif, dont les pierres tombales, cou-
vertes de mousse et déjetées, ont gardé, semble-
t-il, des attitudes de supplication ou d'horreur,
souvenirs des féroces persécutions d'autrefois.
Dans le lointain brumeux, sur les hauteurs de
l'autre rive, le Hradschin, ensemble prodigieux
de palais massifs et de maisons seigneuriales
aux proportions gigantesques étageant leurs
façades jaunes dans la verdure, d'où émerge la
silhouette en oignon d'une vingtaine de tours
d'églises et d'abbayes. Et voici la Moldau,
roulant ses eaux rougeâtres sur un lit bas de
cailloux à travers les voûtes du fameux pont
orné de trente groupes de statues d'où fut
précipité, selon la légende, saint Jean-Népo-
mucène. Le tableau est vraiment d'un pitto-
resque étrange et nouveau. On a nettement la
sensation d'une civilisation autre. Ce n'est pas
encore l'Orient, mais ce n'est déjà plus la Ger-
manie. L'arbre d'occident a poussé ces racines
jusqu'ici, mais la végétation slave commence.
Non moins que l'aspect général de la ville, la
physionomie des gens du peuple est pleine de
caractère. Ce qui frappe surtout, c'est la recti-
tude de l'angle facial, la hauteur du front, la
fermeté de l'arcade sourcillière. Le nez aquilin
domine. Tous les signes d'une race intelligente,
énergique et fière. Les Tchèques le sont. La
Bohême est un des pays les plus avancés de
l'Europe, et elle est la province la plus civilisée
de la monarchie austro-hongroise. Il n'y a
que trois pour cent d'illettrés, alors qu'en
Belgique, nous en avons 32 p. c. et en France
28 0/0! Peuple très artiste, la Bohême a ses
poètes, ses peintres et ses musiciens, qui sont
à la tête du mouvement intellectuel dans la
monarchie. L'Autriche doit à la Bohême ses
meilleurs écrivains, ses savants les plus illus-
tres, ses compositeurs les plus renommés.
L'histoire de la Bohême est malheureusement ;
peu connue au dehors, les Allemands s'étant
entendus pour accaparer à leur profit la plus
belle part de la riche productivité de ce petit
peuple tenace et volontaire. Aussi dans nos
pays confond-on volontiers les Tchèques avec \
les Allemands, parce qu'ils ne nous sont
connus que par l'intermédiaire des Allemands
et qu'on les croit englobés dans l'ensemble
des populations germaniques qui les entourent.
Mais cette plus occidentale des familles de
la race slave a sa physionomie bien originale
et bien à part ; et c'est vraiment merveille
de voir quelle fécondité de ressources elle
déploie dans toutes les branches de l'activité
intellectuelle. Dans l'histoire de la musique elle
joue un rôle tout à fait extraordinaire en ce
moment. Prague est un centre artistique de
premier ordre. Le Théâtre national tchèque est
LE G UIDE MUSICAL
737
une des scènes les plus remarquables de l'Eu-
rope. On se rappellera la sensation énorme,
produite il y a deux ans, à l'Exposition de
théâtre et musique, à Vienne, par les représen-
tations qu'y allèrent donner les troupes d'opéra
et de comédie du Théâtre de Prague. Ce fut une
véritable et foudroyante révélation. Quatre fois
de suite, les comédiens tchèques durent jouer le
petit opéra comique de Smetana, la Fiancée
vendue (dont l'ouverture a été plus d'une fois
exécutée dans nos salles de concerts), et chaque
fois ce fut un triomphe et pour l'œuvre et pour
les interprètes. « C'est un pur chef-d'œuvre »,
me disait Hans Richter en parlant de cet ou-
vrage qu'il a dirigé à l'Opéra de Vienne, et qui
fait, du reste, en ce moment, la conquête de
toutes les scènes allemandes, en attendant
qu'un directeur intelligent la monte en Bel-
gique ou en France.
Les notions que nous avons de la musique
thèque se bornent généralement à quelques
œuvres de Dvorack. Celui-ci a eu la chance d'être
prôné par Brahms, et cette recommandation a
suffi pour que toutes les institutions de concerts
en Allemagne lui ouvrissent leurs portes. Dvo-
rack n'est pas cependant le seul maître digne
d'attention en Bohême. Le plus illustre et le plus
original représentant de cette école est certaine-
ment Smetana, qui en a été le véritable chef et
l'initiateur. Voilà dix ans qu'il est mort, sourd
comme Beethoven, inconnu au dehors, mais
d'autant plus chaudement admiré par ses com-
patriotes. Mais l'heure de la justice a sonné
aussi pour lui. Depuis l'Exposition de Vienne,
ses œuvres dramatiques ont fait leur chemin
à travers l'Allemagne en attendant qu'elles
passent sur la scène française. On a traduit
d'abord la Fiancée vendue, dont le succès a été
considérable partout et qui a même passé la
Manche et l'Océan. L'Opéra de Vienne adonné,
cet hiver, un autre opéra comique de Smetana,
le Baiser. C'est un véritable bijou, dont le suc-
cès a été tel qu'en une seule saison l'ouvrage a
pu être donné dix-sept fois, chiffre considéra-
ble, quand on songe à la variété du répertoire
de l'Opéra de Vienne. Avant peu, ce théâtre
montera l'un des grands opéras de Sme-
tana : Dalibor, que l'on admire comme son
chef-d'œuvre. Ce qui est certain, c'est que Sme-
tana possédait le don du théâtre et que
ses partitions dramatiques sont remarquables
autant par la variété et la force de l'inspiration
que par l'intérêt et l'originalité de la facture.
Smetana a laissé, d'ailleurs, toute une série
d'œuvres symphoniques qui sont des plus re-
marquables et que je signale à nos directeurs
de concerts en quête de nouveautés intéres-
santes. Il y a, notamment ses poèmes sympho-
nique réunis en un cycle sous le titre géné-
ral. Ma vlast (ma patrie), qui sont des œuvres
d'un caractère profondément poétique. Les
poèmes symphoniques de Smetana sont au
nombre de six ; par la richesse et l'origina-
lité de l'invention, par le caractère des thèmes,
par l'intérêt de la polyphonie et de l'instru-
mentation, ils comptent parmi les plus belles
choses qu'ait produites l'art symphonique mo-
derne.
Dvorack, lui aussi, s'est essayé au théâtre,
mais, à ce qu'il semble, avec moins de bonheur
que dans la symphonie et la musique de cham-
bre, où il a produit des œuvres de tout premier
ordre. Son opéra Dimitri, joué en 1892 à l'Ex-
position de Vienne, paraît avoir intéressé plutôt
par sa valeur proprement musicale que par
ses mérites dramatiques. J'ai lu, il y a quel-
que temps, sa première œuvre théâtrale :
Wanda; très belle en quelques-unes de ses
parties, elle m'a néanmoins paru manquer de
style propre. Çà et là, on sentait des influences
étrangères : tantôt celle d: Wagner, tantôt celle
des Italiens. Rien de semblable chez Smetana,
qui suit sa propre voie, tout en n'ayant rien
ignoré des œuvres du maître saxon et des
grandes réformes apportées par lui dans le style
de la musique dramatique.
Et c'est là un des côtés les plus curieux du
mouvement musical en Bohême qu'il ait su se
préserver de toute imitation directe. La mu-
sique tchèque a d'incontestables affinités avec
l'école russe, d'un côté, et, de l'autre, avec la
musique polonaise, telle quelle nous apparaît
à travers Chopin et Moniuszko ; elle a néan-
moins son caractère propre, un tour mélodique
et rythmique à part, qui se combine avec un
sens vraiment exceptionnel de la polyphonie.
Parmi les jeunes maîtres tchèques, il faut
citer encore M.Zdenek Fibich, dont le Théâtre
Flamand d'Anvers a donné, l'année dernière,
VHippodamia. C'est un esprit original, qui
cherche du neuf. Disciple résolu de Wagner,
M. Fibich ne suit pas, cependant, la même
73S
Î.E GUIDE MUSICAL
méthode que lui. Comme le maestro flamand
Peler Benoit, il croît au mélodrame et se sert de
toutes les richesses de l'art symphonique
moderne pour accompagner la parole, non le
chant. C'est pour lui la conclusion extrême du
système wagnérien, qui a supprimé le chant
dans le sens qu'on y attachait jusqu'ici. La
tentative est au moins originale.
Ce sont là les têtes du mouvement musical
tchèque, à côté desquelles il faut citer encore
Rozkosny, Charles Sebor, Adalbert Hrimaly,
Wilhelm Blodek (1834-1874), qui tous ont
donné au théâtre des œuvres applaudies, soit
dans le genre sérieux, soit dans le genre
comique, sans compter nombre d'œuvres sym-
phoniques, de mélodies, de pièces de piano ou
pour d'autres instruments.
Il y a dix ans, Emmanuel Chlava, un des
meilleurs musiciens et critiques de Bohême,
en jetant un regard sur les vingt-cinq der-
nières années de production de la jeune école
nationale de musique, exprimait la certitude
que bientôt l'étranger, jusqu'alors indifférent,
s'intéresserait à elle et serait étonné de la
richesse des musiciens tchèques.
La prédiction s'est en partie accomplie déjà.
La jeune école tchèque, depuis les révélations
de l'Exposition de Vienne, marche à pas de
géant à la conquête du monde. L'an dernier,
le quatuor de Prague donnait à Vienne une
série de séances qui produisirent la plus vive
sensation. Cette année, ce quatuor va étendre
ses pérégrinations. Il visitera une partie de
l'Allemagne. Pourquoi ne pousserait-il pas
jusqu'en Belgique et en France? Il serait certain
d'y rencontrer une compréhension aussi éveillée
que de l-'autre côté du Rhin et des sympathies
d'autant plus vives qu'elles ne seraient atté-
nuées par aucune prévention politique.
(A suivre). Maurice Kufferath.
P. -S. — Il faut croire que les notes que j'ai
publiées au sujet de l'organisation de « l'éduca-
tion esthétique » dans les conservatoires alle-
mands ont vivement intéressé- les personnes
qui s'occupent d'enseignement, car plusieurs
professeurs m'écrivent à ce sujet et expriment
unanimement le regret, que ce côté de l'éduca-
tion de nos futurs artistes soit, en effet, com-
plètement négligé dans nos écoles officielles,
d'autre part si remarquablement dotées.
Je dois constater, à ce piopos, que le jeune
ministre de l'instruction publique de France,
M. Leygues, semble se rendre compte des
lacunes de l'organisation surannée du Con-
servatoire de Paris. Les réformes qu'il vient
d'introduire dans cet établissement sont ins-
pirées par le très louable désir de relever
l'enseignement officiel de la musique, déplo-
rablement encroûté dans la vieille routine.
Mais elles ne suffisent pas, et il est à souhaiter
que le ministre ne s'arrête pas à mi-chemin,
c'est-à-dire, qu'il organise aussi la haute culture
intellectuelle, qui jusqu'ici n'est que bien faible-
ment représentée dans les cours de la première
institution musicale de France. Il y a là
une nécessité absolue.
Ce qui m'étonne, c'est qu'un journal aussi
sérieux que le Journal des Débats paraisse
prendre sur ce point une attitude hostile aux
projets qu'on attribue à M. Leygues. Il a
publié, cette semaine, un article de M. Georges
Clément, qui combat l'idée d'introduire au
Conservatoire un programme de haut enseigne-
ment littéraire et artistique. Selon l'auteur de
cet article, ce serait perdre de vue le but de
l'institution.
« Le Conservatoire, dit-il, devrait être uni-
quement une école professionnelle, une école
d'apprentissage. Il ne s'agit pas de haute cul-
ture intellectuelle, mais de métier. Les élèves
sont là pour apprendre à fond les éléments
techniques de leur art. Qu'ils commencent à
savoir dire et chanter, c'est tout ce qu'on peut
leur demander : le talent où le génie viendront
par surcroît. »
Et M. G. Clément recommande d'en revenir
aux anciennes traditions. « Autrefois, on se
préoccupait peu de savoir si les élèves connais-
saient rhistoire de l'art et s'ils avaient des pré-
férences pour telle ou telle école -littéraire : on
en faisait tout bonnement des exécutants. Cela
suffisait. ))
Voilà justement l'erreur ! Cela suffisait autre-
fois, d'accord ; mais cela ne suffit plus aujour-
d'hui, parce qu'autrefois on ne demandait au
Conservatoire que de former des virtuoses,
tandis qu'aujourd'hui il importe qu'il nous
fournisse autre chose que des artisans habiles.
Il y a quarante ans, les chanteurs pouvaient
ignorer le nom de ^^'eber, de Schubert et de
Beethoven ; les pianistes ou violonistes pou-
vaient ne pas savoir qui était J. -S. Bach; les
compositeurs pouvaient ne pas remonter plus
haut que Cimarosa, Pergolèse et Gluck; on ne
leur demandait que de faciles mélodies, l'agilité
des doigts et le brio de l'exécution. Aussi les
plus fameux étaient-ils de parfaits ignorants.
Je pourrais citer tels maîtres illustres du violon
qui étaient obligés de faire écrire par d'autres l'ac-
compagnement instrumental de leurs fantai-
sies et concertos (devenus classiques), parce
qu'ils ignoraient jusqu'au.^ éléments de l'har-
monie. Pour les chanteurs, il y a eu pis
encore ; plus d'un, et des plus fameux, ne sa-
vaient même pas lire la musique.
LE GUIDE MUSICAL
739
Qu'est-ce que cela prouve, pourrait-on m'ob-
jecter, sinon l'inutilité de l'éducation supé-
rieure, même musicale !
Raisonnement spécieux ! Cela prouve sim-
plement qu'en ce temps-là, pour le genre de
musique qui était alors à la mode, une éducation
superficielle était suffisante. Je ne sais si M. G.
Clément est musicien, mais s'il l'est, je l'engage
à parcourir la collection des airs célèbres, des
concertos, des fantaisies et autres pièces fa-
meuses qui formaient le répertoire ordinaire
de ces « grands virtuoses » dont on nous
rebat les oreilles et auxquels on voudrait nous
faire revenir. Cette musique fait véritablement
pitié ! On ne la supporterait plus.
Il est à remarquer, d'ailleurs, qu'en dépit
de leur insuffisante éducation, ces virtuoses
illustres étaient presque tous des intelligences
peu communes, et qu'ils avaient presque tous
eu le privilège de recevoir jeunes, en dehors de
l'enseignement musical, une éducation litté-
raire et esthétique générale, qui les avait élevés
au-dessus du rang de simple artisans.
La triste fin de ceux qui n'étaient pas autre
chose que virtuoses, et qui, venus trop tard dans
un monde nouveau, n'étaient plus de taille à y
faire bonne figure, Sivori par exemple, Ole-
Bule, Reményi, la Patti, combien d'autres, vient
cruellement à l'appui de mes observations. Le
temps des acrobates du gosier, de la quatrième
corde ou de la touche est passé. On ne peut plus
dire aujourd'hui comme autrefois : « Trop faible
pour tirer l'empeigne, on en fera un artiste ».
C'est justement pourquoi, un enseignement
artistique, c'est-à-dire allant au delà de l'ap-
prentissage purement technique, s'impose et
deviendra de plus en plus indispensable.
A propos de ce que j'ai dit, des écoles dra-
matiques et d'opéra annexées aux conserva-
toires allemands, je trouve une information
intéressante dans les journaux de Paris. Ils
annoncent qu'il est question de créer un
théâtre qui serait attaché au Conservatoire.
Je suppose que c'est pour servir de scène
d'exercice et d'essai, à l'usage des jeunes gens
. qui se destinent à l'art dramatique. Ce théâtre
contiendrait mille places. Il est entendu que la
saison d'abonnement ne serait que de six mois
(novembre-avril). La moyenne du prix des
places serait de quatre francs. Recette maxima :
720,000 francs. Il y aurait aussi deux séries
d'abonnements de 260 francs par an, par
exemple. Il y aurait enfin le titre de fondateur,
qui donnerait droit à l'entrée permanente. Le
directeur aurait un traitement fixe, les artistes
seraient en société ; par conséquent, il ne s'agi-
rait pas ici d'une spéculation.
L'idée serait excellente, si elle était appliquée
sérieusement aux nécessités de l'enseignement.
M. K.
Cbvonique oe la Semaine
PARIS
u moment où va s'ouvrir la saison des
grands concerts symphoniques, ne
I semble-t-il pas opportun de signaler
l'absence totale, à Paris, de salles spécialement
installées pour l'audition des œuvres des maîtres
anciens et modernes ? Ce brave Pasdeloup avait
établi ses « Concerts populaires » dans un cir-
que ; M. Lamoureux a été forcé de suivre son
exemple, et c'est au Cirque d'Eté, dans une
salle où on gèle l'hiver, où on étouffe l'été, où
l'odeur des écuries vous saisit à la gorge, où les
lois de l'acoustique sont déplorablement obser-
vées, que le public est réduit à entendre les
plus belles pages des maîtres. M. E. Colonne,
lui, n'a trouvé de libre que la salle du Chàtelet,
qui est certes mieux aménagée que le Cirque
d'Eté, mais dans laquelle de sérieuses imperfec-
tions existent encore. Il y a bien l'immense
vaisseau du Trocadéro ; mais quel est donc le
chef d'orchestre assez audacieux pour oser
installer des concerts dans une salle aussi éloi-
gnée du centre de Paris et si défectueuse en
tant qu'acoustique?
En dehors de la Salle d'Harcourt, de celle du
Jardin d'Acclimatation, toutes deux de créa-
tion récente, et de la bonbonnière du Conser-
vatoire, qui, elle, a déjà une longue existence,
il n'y a donc à Paris aucun local établi en vue
de l'audition parfaite des œuvres qui attirent
aujourd'hui à elles un public de plus en plus nom-
breux. Alors que, dans la plupart des grandes
villes de l'Europe, en Allemagne surtout, de
magnifiques salles ouvrent leurs portes aux
amateurs de bonne musique, nous sommes
réduits, dans le beau pays de France, à nous
contenter des premières installations venues
pour nos grands concerts symphoniques.
Nous sommes, il est vrai, beaucoup mieux
partagés en ce qui concerne les concerts de
moindre importance, consacrés principalement
à la musique de chambre. Les maisons Erard
et Pleyel ont ouvert, de longue date, des salons
qu'elles mettent à la disposition des artistes et
auxquels elles ont apporté des améliorations
constantes ; on ne saurait trop les en féliciter.
En dehors de ces deux maisons de premier
ordre, il- existe encore nombre de salons ou
locaux dans lesquels ont lieu, pendant la saison
740
LE GUIDE MUSICAL
hivernale, de fort intéressantes auditions mu-
sicales. Il suffiiait de citer les salons Flaxland,
Rudy, Gaveau, les salles de la rue d'Athènes
(de date récente), de la Société d'horticulture,
rue de Grenelle, où ont lieu les séances de la
(I Trompette », de la Société de géographie, de
la rue de Trévise, 14, etc sans parler des
ctTcles privés qui cultivent la musique de
chambre.
Aujourd'hui, la musique symphonique a pris
en France un tel développement, grâce à l'ini-
tiative de chefs d'orchestre comme Habeneck,
Seghers, Pasdeloup, Colonne et Lamoureux,
que l'on peut suivre avec le plus vif intérêt et
pour ainsi dire pas à pas l'évolution musicale
au xix'^ siècle. Comme l'écrivait si bien M. L.
de Fourcaud, « peu à peu l'on a vu le public,
initié par les organisateurs des concerts sym-
phoniques, prendre goût à l'art sévère. Avec
l'accoutumance, le raffinement tend à venir. Il
y a, maintenant, chez nous un terrain tout pré-
paré pour l'épanouissement d'une école forte,
franchement nationale, sûre de ses doctrines,
maîtresse de ses idées, respectueuse des an-
ciens chefs-d'œuvre, mais jalouse de se pro-
duire telle qu'elle est, selon ses aptitudes et les
modes spéciaux de sa sensibilité ».
Ne pensez-vous pas qu'à cette école comme
à l'école ancienne, il siérait de posséder un
superbe local, dans lequel serait réalisés tous
les perfectionnements désirables et réclamés de
longue date ? Ne pensez-vous pas que les
dilettanti, heureux de pouvoir entendre les
belles œuvres avec tout le confort désirable, se
rendraient en plus grand nombre à ces assises
de la musique symphonique ?
Il est même surprenant que l'enthousiasme
croissant du public pour le grand art et le
succès qui est venu couronner les louables
efforts de MM. Colonne et Lamoureux, n'aient
pas amené tel ou tel industriel à faire édifier la
« Salle modèle », dont l'utilité se fait depuis
longtemps sentir.
A défaut d'un industriel, ne se présentera-t-
il pas un mécène pour se mettre à la tête d'une
entreprise dont la réalisation comblerait les
vœux d'un certain public, des compositeurs et
des chefs d'orchestre?
Il est vrai que l'on trouve plus facilement des
fonds pour couvrir la capitale de cafés-chan-
tants et d'autres drogues ejusdem farincc !
Hugues Imbert.
Médiocres débuts, l'autre soir, à l'Opéra-
Comique : ceux de M"« Nikita et de M. Féraud
dans Mignon. La débutante est cette canta-
trice américaine qui s'est promenée, il y a
quelque dix ans, à travers l'Europe, sous le
nom de la Fée du Niagara. Elle était alors
toute jeune et elle fit quelque sensation par la
précocité de son talent et la facilité de ses
vocalises. Mais elle n'obtint jamais de vérita-
ble succès, et elle finit par échouer en Russie,
où, pendant deux ou trois ans, elle a joué sur
différentes scènes, à Saint-Pétersbourg, Mos-
cou, Odessa, etc.
Les notes qui ont paru dans les journaux
quoditiens à son sujet sont absolument erro-
nées. Son début à l'Opéra-Comique n'a pas été
heureux. La mignonne artiste ne manque pas
d'un certain talent, sa voix n'est pas sans quel-
que charme, mais la méthode de chant est tout
à fait défectueuse, la diction déplorable et le
style totalement absent. On se demande ce qui
a pu engager M. Carvalho à nous montrer
cette Mignon exotique de qualités très insuffi-
santes. M. Féraud a fait meilleure impression
dans Lothario. Il a une belle voix et un com-
mencement de style. M. Féraud est le fils du
colonel Féraud. Il fut lui-même militaire pen-
dant dix ans avec le grade de maréchal-des-logis.
Un beau jour, on lui découvrit une belle voix
de basse. M. Féraud quitta l'armée pour le
théâtre où il entre sans avoir passé par le Con-
servatoire. Enfin nous avons assisté, ce même
soir, à un troisième début qui n'en est pas un.
Mme Verheyden, en effet, a chanté le rôle de
Philine, mais il ne lui sera pas compté comme
une épreuve définitive. M™i= Verheyden, pré-
fère débuter seule dans un autre rôle de son
choix. M""= Verheyden est une ancienne élève
de M.Warnots; elle obtint son premier prix au
Conservatoire de Bruxelles, il y a neuf ou dix
ans. Depuis, M™'^ Verheyden se fit entendre
avec succès à Lyon, à Marseille, à Lille et à
Alger.
Le maestro Verdi est arrivé mercredi matin
à Paris. Il est descendu au Grand- Hôtel, où il
occupe l'appartement dit « l'appartement des
princes », celui-là même qui lui avait été
réservé à son c'ernicr voyage. L'illustre maître
avait été précédé à Paris par son éditeur,
M. G. Ricordi, arrivé depuis quatre jouis, et
son poète, M. Arrigo Boïto.
Verdi est, paraît-il, plus vif, plus alerte, plus
cordial que jamais. Tel on l'a vu au mois de
mars dernier, à l'Opéra-Comique, à l'occasion
de la première représentation de Falstaff, tel
on le revoit aujourd'hui, portant allègrement
ses quatre-vingts et quelques... printemps. On
ne dirait pas qu'il a six mois de plus.
LE GUIDE MUSICAL
741
Le but de son séjour à Paris est de surveil-
ler les répétitions à' Otello, qui passera du loau
20 octobre. *
t
M"^ Emma Calvé, engagée pour une série de
représentations à l'Opéra -Comique, fera sa
rentrée dans le courant du mois de novembre.
Hulda, l'opéra posthume de César Franck>
représenté l'hiver dernier à Monte-Carlo, va
être monté par M. Campo-Casso, directeur du
Grand-Théâtre de Lyon.
Par décision du ministre de l'instruction
publique et des beaux-arts, M. Guy Ropartz, le
compositeur bien connu, est nommé directeur
du Conservatoire de musique de Nancy.
M. Guy Ropartz, qui étudia la composition
musicale sous César Franck, puis sous Masse-
net, est l'auteur de la musique de Pêcheur
d'Islande, l'œuvre de Loti, qui fut représentée,
en 1893, au Grand-Théâtre; du Diable cou-
turier, un petit opéra comique joué au Théâtre
d'Application, et de plusieurs poèmes sympho-
niques.
M. Guy Ropartz est le plus jeune des direc-
teurs de conservatoires français : trente ans.
Une heure de musique nouvelle.
Sous cette rubrique, nos lecteurs se sou-
viennent des matinées données l'an dernier à
la Bodinière, matinées d'un si puissant intérêt
artistique et si appréciées des dilettanti. An-
nonçons la prochaine reprise de ces auditions,
et ajoutons que l'administration nous piie de
faire savoir qu'elle demande immédiatement
des choristes, hommes et femmes.
S'adresser au bureau spécial, 44, rue de Pro-
vence.
f
M""" Ed. Colonne reprendra ses cours et leçons
de chant à partir du i5 octobre, 12, rue Le Pele-
tier.
m: A M. GAUTHIER-VILLARS
Les critiques que j'ai cru devoir formuler à
propos de la nouvelle version de la Walkyrie
publiée récemment par M. Alfred Ernst, n'ont
pas eu l'agrément de M. Gauthier- Villars, alias
Willy, alias « la Mouche des croches », alias
« l'Ouvreuse du Cirque d'Eté ». Et il me le
fait savoir en une suite d'articles à transforma-
tions qui font le tour des petits journaux et des
petites revues de Paris.
Que ce Brunin de la plume trouve excellent
le travail de son ami et collaborateur ordinaire,
je n'y vois rien à redire ; c'est un acte de bonne
confraternité, partant d'un bon naturel, mais
qui ne pourra donner le change à personne, ni
modifier mon opinion sur la version de
M. Ernst, dont je ne nie point les intentions
méritoires, bien que j'en conteste, pour les rai-
sons que j'ai dites, la réalisation artistique.
Je comprends encore qu'après le dissenti-
ment qui l'a privé pendant quelque temps des
précieuses indications de M. Ernst, le spiri-
tuel auteur de Bains de sons veuille, en me
houspillant, donner à M. Ernst un témoignage
de la sincérité de ses sentiments actuels et du
prix qu'il attache à une collaboration qui, pour
discrète qu'elle a été, n'en a pas moins une très
large part dans le succès de ses livres
Ce que je n'admets ni ne comprends, c'est
que M. Gauthier-Villars cherche à faire croire
que mes observations sur la version de
M. Ernst ont été inspirées par le désir de faire
prévaloir, au détriment de celui-ci, une autre
traduction dont je serais l'auteur.
M. Gauthier-'Villars m'impute là des procé-
dés qui sont peut-être les siens, mais qui n'ont
jamais été les miens.
Je l'avais prié, dans une lettre amicale, de
retirer cette méchante insinuation.
Non seulement il me refuse cette satisfac-
tion, mais après m'avoir innocemment plai-
santé dans le Monde Artiste et dans la série
d'autres feuilles sans crédit qui se payent sa
prose-omnibus à prix réduit, il me fait dire
exactement le contraire de ce que je l'avais prié
de déclarer.
Cela me fixe sur la délicatesse du personnage.
Je m'étais fait des illusions à son sujet. Main-
tenant, je sais qu'on ne doit pas attendre de
bonne foi de la part de ce pasquin de la cri-
tique. Maurice Kukferath.
BRUXELLES
Bruyant succès, cette semaine, à la Monnaie,
pour le nouveau fort ténor, M. Casset, qui
débutait dans le Prophète. Dès les premières
notes, sa voix chaude, bien étoffée, avait con-
quis les suffrages d'un auditoire où l'artiste
paraissait compter d'ailleurs d'assez nom-
breuses sympathies, qui se sont traduites en
de vigoureux applaudissements. Cette voix
généreuse est, en effet, d'un timbre très sédui-
sant ; d'une homogénéité rare dans lès diffé-
rents registres, elle s'amincit cependant un
peu lorsque le chant atteint les notes haut per-
chée s, et l'on y observe parfois un certain
vibrato auquel la peur, en cette soirée de début,
n'était peut-être pas étrangère. M . Casset, qui
a déjà quelques années de théâtre passées sur
des scènes de province, en France et en Bel-
gique — il appartenait l'an dernier à la troupe
de Gand, et Gand avait jeudi de nombreux
représentants dans la salle de la Monnaie, —
M. Casset, disons-nous, abordait d'ailleurs
742
LE GVIDE MUSICAL
pour la première fois le rôle, peu commode, de
Jean de Leyde. De là aussi, sans doute, la
défaillance de mémoire qui est venue com-
promettre le succès du « Versez, que tout
respire... », mais qui n'a pas empêché le débu-
tant d'être chaleureusement rappelé après le
dernier tableau.
M. Casset est donc en possession d'un organe
qui lui promet un brillant avenir... si le chan-
teur sait acquérir certaines qualités qui lui
manquent actuellement; il lui faut, en effet,
apprendre à colorer son chant, à y introduire
les accents propres à écarter l'impression de
monotonie qui s'en dégage à la longue; l'art des
demi-teintes lui paraît encore étranger, et la
voix sonne trop constamment en pleine vigueur.
Sans doute, le comédien aussi aura à se perfec-
tionner, mnis si, au point de vue du geste, M.
Casset a manqué d'ampleur et d'autorité, du
moins son prophète avait-il bien la plastique
du personnage, et dans l'ensemble de son
interprétation, on n'a pas eu à relever de
fautes de goût ou des gaucheries trop sensibles.
Les autres interprètes du Prophète sont
restés ceux de l'an dernier, à part M. Sentein,
qui fait un Oberthal sombre à souhait.
Une mention pour M"<= Armand, dont le
talent s'affiime toujours avec une triomphante
autorité dans le rôle de Fidès.
L'orchestre a eu, notamment dans le diver-
tissement— combien long et mal ordonné ! —
des patineuis, des négligences de rythme et des
fautes de mesure bien fréquentes, ce qui n'a pas
aidé à mettre d'accord trois anabaptistes déci-
dément bien peu faits pour s'entendre.
J.Br.
L'Octuor vocal vient de choisir comme
directeur M. Soubre, le renommé compositeur
et professeur au Conservatoire. Prochainement,
il donnera, à la Grande-Harmonie, un concert
qui promet d'être un vrai régal artistique. L'Oc-
tuor a, en outre, plusieurs engagements dans les
salons bruxellois les plus en vue.
Différents artistes ont été remplacés. Telle
qu'elle est acLuellement, la jeune phalange ne
peut manquer de voir grandir rapidement sa
réputation.
Pour toutes les communications, s'adresser à
l'administrateur, M. J. Denefve, rue Melsens, 14.
Le quatuor Crickboom, Angenot, Miry,
Gillet donnera, fin octobre, à la salle Raven-
stein, deux séances de musique classique et
moderne, avec le concours de W^^ L. Merck,
pianiste.
Au programme : les premier et treizième
quatuors de Beethoven ; quatuor en la majeur
de Schumann ; quatuor de Grieg ; sonates de
Bach, Beethoven et Saint-Saëns.
La partition de la Jetmesse de Roland, le
nouvel opéra de M. Emile Mathieu pour les
paroles et la musique, vient de paraître chez
MM. Breitkopf et Haertel,à Bruxelles. On sait ,
que cet ouvrage est destiné à voir le jour cet
hiver au théâtre de la Monnaie, où il est déjà à
l'étude.
Le cours de piano que M™" Théroine-Mège
donne salle Berden, 42, rue Keyenveld, recom-
mencera lundi I""' octobre, à 3 heures. Il y est
adjoint un cours de solfège. Pour les inscriptions ,
s'adresser salle Berden, le lundi et le jeudi, de
2 à 4 heures.
CORRESPONDANCES
AMSTERDAM. — L'exécution du Barbier
de Sévilk à l'Opéra Néerlandais, dirigé par
M. Vander Linden a été de beaucoup inférieure à
celle de Rienzi. D'abord le libretto italien du Bar-
bier ne se prête pas à la traduction en hollan-
dais, ensuite l'ouvrage demande cinq artistes de
talent pour être donné convenablement, et ni le
ténor Thyssen, ni le baryton Pnaus ne sont de
taille à pouvoir chanter ou jouer les rôles d'Alma-
viva et de Figaro. Quant au docteur Bartholo,
M. Van Beem en a fait une charge d'opérette.
Seul, M. de Nobel (Bazile) a été à la hauteur de
sa tâche; M"° Louise Heyman, la sœur du célè-
bre pianiste Cari Heyman. a chanté d'une façon
remarquable le rôle de Rosine et elle a été accla-
mée. C'est une artiste' routinée, vocalisant dans
la perfection, et à laquelle on ne pourrait reprocher
que l'excès du u vibrato ». Comme comédienne,
toutefois, M"8 Heyman n'a pas été la Rosine de
nos rêves. L'orchestre aussi a laissé à désirer,
manquant souvent de justesse et d'exactitude. En
résumé, M. Vander Linden a eu tort de choisir le
Barbier comme seconde pièce d'ouverture ; mais je
suis persuadé qu'il prendra bientôt une éclatante
revanche. Il vient de mettre à l'étude V Attaque du
moulin de Bruneau, et il vient d'engager M. Judels,
un des meilleurs élèves du Conservatoire de Gand
et M"" Engelen-Sevring, une transfuge de la
troupe de M. de Groot.
Le Théâtre royal français de La Haye ouvrira
le 1" octobre par les Huguenots. Il ne donnera
qu'une représentation par quinzaine à Amsterdam,
au nouveau Théâtre-Communal, avec le bel orches-
tre du Concertgebouw. On dit beaucoup de bien
de la nouvelle troupe.
Notre éminent chef d'orchestre Wilhem Kes
nous a fait entendre deux ouvrages nouveaux des
plus importants, au Concertgebouw, avec sa per-
fection habituelle : une Symphonie du compositeur
norwégien Christian Sinding et le prologue de
l'opéra Hansel et Gretel de Humperdinck. La Sym-
LE GUIDE MUSICAL
743
fhonie de Sinding est un ouvrage remarquable,
mais tourmenté; d'un polyphonisme effrayant,
d'une forme difficile à comprendre, un ouvrage
qui fatigue sans émouvoir et où la note du cœur
fait absolument défaut. Par contre, le prologue de
Humperdinck est clair et entraînant, d'un bout à
l'autre, et il a été vivement apprécié par le nom-
breux auditoire dès la première audition, tandis
que le succès de la Symphonie revient en grande
partie à M. Kes, pour le travail gigantesque
imposé à son orchestre, afin d'arriver à cette exé-
cution superbe d'une partition presque inexécuta-
ble.
La Société pour l'encouragement de l'Art musical
va faire exécuter les Béatitudes de César Franck
dans trois villes différentes : à Amsterdam, à La
Haye et à Utrecht. A Amsterdam, on exécutera
aussi la Passion de Bach et l'oratorio Panlus de
Mendelssohn ; à La Haye, l'oratorio de Nocl do
Bach et peut-être la Damnation de Faust de Berlioz.
Au Conservatoire de musique d'Amsterdam, on
va instituer une école d'opéra, sous la direction de
M"" Cornélie Van Zanten, qui a succédé à
M Messchaert comme professeur de chant. Mes-
schaert va. créer, au mois de novembre, à Barmen,
le rôle de Moïse dans le nouvel oratorio de Max
Bruch et sous sa direction, un véritable événe-
ment.
Nous aurons aussi des concerts fort intéressants,
donnés par le trio vocal néerlandais de MM. Cor-
ver, De Jong et Snyders, qui ont obtenu en Alle-
magne, l'hiver dernier, un très grand succès. Le
Wagner- Verein annonce, pour la fin de novembre,
une représentation de la WalkyiHe, au nouveau
Théâtre- Communal, sous la direction de M. Viotta.
Il avait été question d'abord de monter Lohengrin,
mais les dames chantant dans les chœurs du
Wagner- Verein ont refusé leur concours habituel
pour une représentation au théâtre, où elles
auraient dû paraître en costume.
L'Orchestre philharmonique de Berlin, qui, pen-
dant plus de trois mois, a fait les délices du Kur-
saal de Scheveningue, va rentrer bientôt dans ses
foyers. Les programmes se suivent et se ressem-
blent chaque année, et, en fait de nouveautés, le
professeur Mannstâdt ne nous gâte certes pas et
nous en donne de moins en moins. Il est vrai que
l'auditoire habituel du Kursaal ne jure que par
Loin du bal et par VAttbade prinlanière, ce qui nous
donne la mesure de son tempérament musical.
Ed. de h.
ANVERS. — Les auditions de piano sont
toujours à l'ordre du jour et forment vrai-
ment une des attractions de l'Exposition.
Nos deux concitoyennes. M'''" Leytens Van den
Bergh et ]\I"« Parcus, ont fait une nouvelle appari-
tion à la section française; la première de ces
artistes se faisant entendre chez Erard, l'autre
chez Pleyel.
M"" Leytens Van den Bergh, qui va bientôt se
faire entendre à Dûsseldorf, nous a joué des
œuvres de Grieg, Saint-Saëns, Schumann, Chopin
et Liszt, réussissant surtout à rendre le charme
pénétrant du compositeur Scandinave. M"i* Par-
cus, après avoir enlevé brillamment, mais assez
froidement, le scherzo de Chopin, a rendu l'étude
en mi majeur du même compositeur avec beaucoup
de délicatesse, ainsi qu'un air de Schumann, qui a
fait infiniment de plaisir.
Dans la section allemande, M. Ed. Potjes a de
nouveau touché les pianos Blûthner, enlevant la
belle Polonaise de Liszt avec beaucoup de maestria.
Nous reprocherons à cet excellent artiste d'avoir
introduit dans son programme des morceaux de
peu de valeur. Le répertoire du pianiste nous
paraît assez considérable sans qu'on doive y ajou-
ter lesœuvrettes de M''^ Chaminade. La Barcarole
de Moszkowski est un morceau assez incolore et
de beaucoup inférieur aux jolies barcaroles de
Rubinstein. Les deux compositions de M. Potjes :
Pastorale et Dame hongroise ont beaucoup plu.
Nous avons eu le plaisir d'applaudir M. Steve-
nants, l'excellent élève de M. De Greef. Dans une
audition donnée sur les pianos Pleyel, le jeune
artiste nous a joué un programme particulièrement
intéressant. L'étude de concert de Moszkowski
est une composition fort brillante et que M. Ste-
venants a rendue avec une grande sûreté. Nous
aimons moins son interprétation de VAiirore de
Beethoven ; il nous semble que l'artiste, tout en
possédant la technique de cette sonate, n'a pas
assez pénétré dans la profonde pensée musicale
qu'elle renferme. 'L.'Hunioresque russe de Tschaï-
kowsky est une page originale, et le Caprice de
De Greef (morceau encore inédit) est fort bien
conçu. En les interprétant avec infiniment de
goût, M.Stevenants s'est montré artiste de valeur.
Nous préférons ne pas relever les banalités exces-
sives que renferme la Valse-Cotillon de Albeniz. Le
pianiste en a surmonté toutes les difficultés, et
c'est tout ce qu'il pouvait en faire.
On parle de nouveau sérieusement d'un festival
Wagner, qui aurait lieu le 12 octobre, sous la
direction de M. Mottl et avec le concours du
ténor E. Van Dyck. Du festival national belge,
nous n'avons aucune nouvelle officielle, et nous
nous demandons si réellement on verra arriver la
clôture de l'Exposition sans qu'une pareille mani-
festation ait lieu.
Lundi, le célèbre Orchestre philharmonique de
Berlin vient se faire entendre à l'Harmonie. Au
programme, la Symphonie en la de Beethoven,
ainsi que divers extraits des œuvres de Wagner.
Une autre bonne nouvelle: on répète activement
Euryanthe à l'Opéra Flamand. L'intéressant opéra
de Weber servira de début à quelques artistes
nouvellement engagés par M. H. Fontaine pour
compléter sa troupe, et dont on dit le plus grand
bien. On prête également à M. Fontaine l'inten-
tion de monter Tanuhœitser. A. W.
744
LE GUIDE MUSICAL
DRESDE. — Les honneurs de la semaine
théâtrale sont pour Hamlet, cet opéra dont
« le premier acte est sec et banal, comme toute la
musique française nouvelle », dit le tiès vénéré
critique du Dyesdver Anzeiger. M. Perron est un
pathétique Hamlet; M"" Teleky,une brune et plan-
tureuse Ophélie, experte en l'art scénique; M""' von
Chavanne, une sympathique Reine ; M. Erl, un
Laërte sans conséquence. Sous la « lourde » main
du capellmeister M. Hagen, l'orchestre « manque
quelquefois d'élan, de fougue, de couleur », mais
c'est bien malgré lui ; il ne demanderait pas mieux
que de revenir aux allures vives que la baguette
"de M. Schuch sait lui imprimer.
Lundi a eu lîcu le premier concert de la saison.
Avant de partir pour l'Amérique, M"" Friedmann
a voulu saluer ses amis de Dresde, qui l'ont- vigou-
reusement applaudie. De ces auditions, les agen-
ces locales écartent passionnément la presse
étrangère, convaincues — avec raison, du reste, —
que l'impartialité des comptes rendus n'en souf-
frira pas.
Certain alinéa des Notes de voyage publiées
dans le dernier numéro du Gtnde Musical doit ,tin-
ter aux oreilles de l'entrepreneur du « Conserva-
toire à vendre ». Il parait que, déçu dans ses espé-
rances commerciales, cet industriel cherche à
passer la main. L'autorité patronale ne pourrait-
elle mieux surveiller les entreprises de ce genre ?
Sur la foi d'un titre officiel, appuyé de réclames
internationales, les parents font des sacrifices
corsidérables pour des études musicales qui ne
méritent pas ce nom. L'enseignement du Conser-
vatoire, affirmait un ancien élève, est sans valeur.
Avant, pendant et après les leçons mixtes, c'est
un manège de coquetteries réciproques, d'intrigues
même qui se dénouent dans une chambre d'hôtel.
A l'égard de chaque élève, l'attitude de la direc-
tion varie selon le chiffi'e du minerval payé. La
distribution des diplômes dépend de motifs analo-
gues. Souvent les études se bornent à ressasser
un morceau d'examen. Quant au concours, le direc-
teur ne balance jamais entre son intérêt pécuniaire
et ses engagements réglementaires. Pourrait-il en
être autrement, lorsqu'on voit figurer à la tête d'un
conservatoire des pharmaciens, des banquiers, des
architectes, des horlogers ou de vulgaires croque-
notes dont les visées administratives se limitent
aux profits monnayés et... autres? Alton.
(~^ AND — Avec Aida, l'opéra quelque peu
3r tapageur du maestro Verdi, notre Grand-
Théâtre a rouvert ses portes, mercredi dernier,
26 septembre.
C'est devantjune salle bien garnie, moins réser-
vée et froide que de coutume, qu'ont débuté les
pensionnaires de M. Martini, le nouveau directeur.
On comprend que je ne me contente point des
quatre actes de cette première pour porter sur les
artistes un jugement définitif ou même étendu ;
une appréciation hâtive, ici plus que partout
ailleurs, manquerait d'exactitude.
Je signalerai toutefois : M. Carroul, baryton,
qui a eu les honneurs de la soirée : voix généreuse,
diction claire, méthode consciencieuse, port aisé ;
M. Gauthier, ténor, et M">= Kériva, forte chanteuse
falcon, qui ont partagé le succès de leur camarade.
M. Vallobra, basse, et M""' Frémeau, contralto,
n'ont pas répondu à ce que l'on était en droit
d'attendre d'eux. Le premier semble bien inexpé-
rimenté, la seconde parait occuper un emploi par
trop au-dessus de ses forces. Je ne veux cependant
point, je le répète, leur tenir rigueur, et je les
attendrai en d'autres ouvrages.
L'orchestre s'est fort bien tenu, sous la direction
de M. Nicosias, premier chef, qui ne manque ni
d'expérience, ni de stireté, ni de sens des nuances.
Les chœurs pèchent par le défaut de cohésion ; le
corps de ballet est quelconque. L. D. B.
'•^^«^
LONDRES. — Depuis deux jours, il règne
une fiévreuse activité au « Queens' Hall »,
où ont lieu les dernières répétitions en vue du
festival qui sera donné la semaine prochaine à
Birmingham. Vous avez déjà dit que ce festival
sera dirigé cette année, en partie tout au moins,
par Hans Richter.
Le programme des pièces que conduira l'illustre
capellmeister viennois comprend le prélude de
Parsi/al, l'ouverture des Maîtres chanteurs, la
Chevauchée clés Walkyries, la symphonie en ut mineur
de Beethoven, la seconde Rapsodie de Liszt, et des
variations de Brahms. Ces mêmes œuvres seront
exécutées par Richter et son orchestre de quatre-
vingt-douze exécutants, dans les villes de Hudders-
field, Sheffield, Edimbourg, Glascow, Liverpool,
Manchester, Newcastle, Leeds et Brighton, qu'il
visitera dans une tournée en province, — indépen-
damment des trois concerts annoncés sous sa
direction à Londres.
Le Birmingham-Festival comportera cependant
quelques exécutions d'auteurs anglais. Le D'' Hu-
bert Parry dirigera une audition de son nouvel
oratorio King Saûl, dont on dit beaucoup de bien
et qui sera aussi exécuté en février à l'Albert
Hall. La cantate the Stoan and the Skylark, œuvre
posthume du regretté Goring Thomas, sera dirigée
par le D'' Villiers Stanford. Enfin, M. Henscheli
fera exécuter pour la première fois sonStabat Mater,
En attendant que s'organise la saison des con-
certs, peu à peu les théâtres rouvrent leurs portes.
Au Drury Lane, Sir Augustus Harris a inauguré
la saison théâtrale par un drame à grand spectacle,
the Derby Winner, un drame sportif qui se déroule
tout entier dans le monde du turf. L'œuvre est
ingénieusement montée et a produit une sensation
énorme. Dans un siècle, nos arrière-neveux
reliront avec stupeur cette pièce où se trouvent
annotés,' avec une vivacité piquante et souvent
cinglante, les ridicules et travers du temps présent
A. L.
LE GUIDE MUSICAL
745
MILAN. — Inauguration du Théâtre Ly-
rique INTERNATIONAL. — Samedi a été inau-
guré à Milan le nouveau Théâtre Lyrique interna-
ional, fondé par M. Sonzogno et qui est installé
lans l'ancien théâtre de la Canobiana remis à
leuf et complètement transformée.
La nouvelle salle, construite sur les plans de
'architecte Sfondrini, a surpris agréablement tout
e monde par son élégance, le bon goût de sa
iécoration et son confort.
Les notabilités artistiques de l'Italie et le public
ies grandes représentations étaient présents; on
remarquait notamment un grand nombre de criti-
q^ues de journaux étrangers, et les principaux édi-
teurs, de rnême que les directeurs des grands
théâtres de l'Europe.
Le spectacle a commencé par un prologue de
M. Cavallotti, le député-poéte, qui a été outrageu-
sement sifSé; puis on a entendu Martyre, opéra
nouveau de M. Spiro Samara, le jeune compositeur
hellène, sur un poème du poète italien lUica.
C'est une très sombre histoire que cette Martyre,
dont l'action se passe à l'embouchure du Danube,
à Sulina. L'héroïne de la pièce, la martyre, est
la femme d'un commerçant de ce port, nommé
Tristano, lequel se prend d'une folle passion pour
une chanteuse de café-concert, Française cela va
sans dire, répondant au nom coquet de Nina Fleu-
rette. Nina est accompagnée d'un ténor italien
Baciacieli, et d'un virtuose allemand, Chrysostome
Weischeit. Vous devinez les complications qui
résultent de la présence de ces différents person-
nages : la jalousie du ténor, les souffrances de
l'épouse du commerçant, la passion féroce de ce
Tristano. Celui-ci va jusqu'à reprocher publique-
ment à sa femme les amours qu'elle aurait eus
a:vec Mikael Taucich, un pilote du port. Ne pou-
vant subir un tel affront, la martyre rentre chez
elle pour y chercher un réchaud à charbon, et
elle s'asphyxie cornm populo. Cette mort par le
réchaud est la seule nouveauté de la nouvelle
pièce vériste. Comme dans les Pagliacci, on voit, au
second acte, une scène sur la scène, le café-chan-
tant où se produit Nina Fleurette. Et, dans ce
café-chantant, le service est fait par des Kelleriue
tedeschi. Le public est figuré par les ouvriers du
-port. En somme, ni le milieu ni l'action ne sont
intéressants.
Quant à la musique, elle est difficile à définir.
M. Spiro Samara évite assez heureusement la vul-
garité mélodique de Mascagni qui, soit dit en pas-
sant, assistait à la première de l'ouvrage de son
rival; mais elle manque aussi de caractère, comme
la musique de Léoncavallo. L'auteur, ne disposant
d'aucune richesse d'invention, se rattrape comme
Léoncavallo sur des détails d'orchestration qui
sont quelquefois intéressants. Le plus curieux est
la prédominance de rythmes empruntés àla musique
hongroise. Pour tout dire, à part un ou deux mor-
ceaux qui ont été applaudis sincèrement, comme
l'air d'entrée du premier acte (l'onor di priseutarvi),
l'œuvre n'a pas obtenu de succès et elle eût som-
bré lamentablement sans l'exécution très brillante
des artistes du chant : M"''' Frandin et Collama-
rini, MM. Apostolo, Giordano et Beltrami, — et
de l'orchestre, sous la direction animée du maestro
Ferrari.
Le spectacle s'est terminé par le ballet Coppélia
convenablement dansé et exécuté à la perfection
par l'orchestre. La claire et si mélodieuse parti-
tion de Delibes a paru une œuvre d'art exquise
après Martyre.
NOUVELLES DIVERSES
M. Paul Ferrier, auteur avec M. Pessard
du Tabarin joué il y quatre ou cinq ans à
rOpéra-Comique,et M. Catulle Mendès, auteur
de la Femme de Tabarin, forment opposition
aux représentations d'/ Pagliacci de M. Léon-
cavallo sur les scènes françaises.
M. Catulle Mendès adresse, à ce propos, aux
journaux la lettre suivante :
On a annoncé que je renonçais à toute récla-
mation active contre I Pagliacci de M. Léonca-
vallo.
Il n'en est rien.
Tant que / Pagliacci, dont le sujet, en général,
et la scène principale, en particulier, sont mani-
festement empruntés à ma petite parade la Femme
de Tabarin, n'ont été représentés qu'en pays de
langue étrangère, je me suis tenu coi, étant
d'humeur endurante et peu processive.
Mais / Pagliacci doivent être joués à Bruxelles,
puis à Paris, et la partition vient de paraître en
France, avec texte français.
J'ai pensé qu'une plus longue tolérance serait
pure niaiserie, et, le plus courtoisement qu'il m'a
été possible, j'ai essayé d'entrer en accommode-
ment avec M. Léoncavallo, auteur, et M. Sonzo-
gno, éditeur; je désirais surtout que la couverture
des partitions et les affiches des théâtres por-
tassent désormais cet avis : « D'après la Femme de
Tabarin, de M. Catulle Mendès ». Je n'ai pu obte-
nir satisfaction. M. Léoncavallo persiste à croire
que ma pièce est de lui
Cas à juger.
J'ai sollicité l'honneur d'être entendu par la
commission des auteurs dramatiques; elle a bien
voulu prendre en considération la validité de
mon grief, et cette petite affaire, dénuée d'ailleurs
de toute importance, suivra son cours normal.
Bien cordialement à vous, cher ami.
Catulle Mendès.
24 septembre 1894.
La réclamation de M. Catulle Mendès est
parfaitement fondée. Le poème de l'opéra de
746
LE GUIDE MUSICAL
Leoncavallo est directement inspiré de la
Femme de Tabarin, qu'on a vue naguère sur
le tliéâtre de M. Antoine. Le seul point dou-
teux est de savoir si M. Catulle Mendès n'a
pas lui-même utilisé quelque pièce antérieure,
dont aurait pu également s'inspirer M. Leon-
cavallo. L'anecdote qui forme le fond du sujet,
l'histoire de la jalousie de Tabarin, est une
des plus connues de l'histoire du théâtre et
a maintes fois été contée sous la forme dra-
matique.
Tabarin lui-même, dans ses célèbres Farces,
a traité plus d'une fois ce sujet et c'est en s'ins-
pirant d'elles que M. Paul Ferrier écrivit le
Tabarin en trois actes et en vers qu'il donna
en 1874 à la Comédie-Française,_avec Coquelin
dans le rôle de Tabarin, d'où il tira plus tard
le libretto de l'opéra comique mis en musique
par M. Pessard. Il existe un troisième Tabarin,
opéra comique en deux actes, paroles d'Alboise
et André, musique de G. Bousquet, joué en
i852 au Théâtre-Lyrique.
Ajoutons qu'après la réclamation de MM.
Paul Ferrier et Catulle Mendès, il vient d'en
surgir une troisième, de M^e Pauline Thys, qui
a écrit le poème et la musique d'un opéra en
trois actes, Tabarin, dont le sujet offre beau-
coup d'analogie avec la pièce du jeune compo-
siteur italien. Ce qui rendrait plus sérieuse la
réclamation de Mme Pauline Thys, c'est que
son ouvrage aurait été joué en Italie, sous le
titre de la Conspiration de Clievre7(se, bien
avant qu'il ne fût question des Paillasses de
M. Leoncavallo.
Tandis qu'en France un compositeur au-
dacieux met en musiijue la Femme de Claude
de Dumas, un musicien allemand de talent,
M. Cari Goldmark, s'apprête à écrire un opéra,
d'après un roman de Dickens, M. Cari Gold-..
mark avait jusqu'ici montré une préférence
décidée pour des sujets orientaux et magni-
fiques, témoins son Merlet et la Reine de Saba.
Il va se consacrer maintenant à traduire dans
le langage musical les épanchements lyriques
du capitaine Cuttle ou de Squeers le maître
d'école.
La tentative sera curieuse.
COLLECTION DE VIEUX INSTRUMENTS A CORDES
A VENDRE
CONTREBASSES
Une contrebasse avec tête de lion, dou-
blement filée, bombée, très vieille.
Une contrebasse Pillmann, très bel in-
strument
VIOLONCELLES
Un violoncelle Albani, superbe instru-
ment d'un ton magnifique, très sonore
Un violoncelle Jacobi, italien. . . .
— vieille lutherie française
avec étui et archet
ALTOS
Un alto Guersan, anno 1766. Bel instru-
ment, très bien conservé 5oo
aSo
1,000
5oo
2S0
Un alto Klotz, superbe qualité . . . 3oo
— Hoffmann, son égal sur toutes
les cordes 200
VIOLONS
Un Amati, superbe violon 7S0
Un Tononi, violon italien . . . . . 750
Un Jacobus-Stainer 5oo
Un violon ancien, instrument attribué
au même luthier
Un Vuillaume (imitation Maggini) .
Un violon Klotz
— de Tirol, belle qualité . . ,
— Hoffmann
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i
LE GUIDE MUSICAL
747,
De temps immémorial , M°« Marchesi
adresse au Signale, de Leipzig, des lettres de
Paris, qui n'offrent généralement qu'un intérêt
assez secondaire. On y sent percer la réclame
à chaque phrase, et l'absence totale de sens
artiste.
Cette année, M"e Marchesi est allée pour la
première fois à Bayreuth et elle raconte ses
impressions. Elles sont minces , quoique
Ulme Marchesi se dise émerveillée. Seulement
elle n'a pas compris Parsifal; c'est ce qui
prouve justement que son éducation musicale
est très arriérée.
A Munich, Mni<= Marchesi a entendu Tristan
et elle n'y a pas compris davantage. « La valeur
musicale de l'œuvre est très grande, mais le
poème est vraiment trop vide. Un roi trompé
qui tient un long sermon à l'amant de sa femme ?
Non! jamais les Français ne subiront cela! C'est
tout ce que l'éminent professeur trouve à dire
de cette œuvre. Etonnez-vous, après cela, que
les élèves de M""= Marchesi aient une si haute
compréhension de l'art actuel.
Elle parle aussi dans sa lettre de Mi"<i Melba,
son amie, sa meilleure élève, et elle nous
apprend que M"e Melba a signé un traité avec
l'Opéra-Comique pour l'année iSgS, et qu'elle
ira, en juin et juillet, chanter â Londres.
Mais voici le plus curieux : M™'^ Melba
étudie en ce moment l'allemand, elle chante
déjà des Lieder et étudie plusieurs rôles.
Mme Marchesi ajoute ; « Elle serait très heu-
reuse, à la première occasion, de prendre part
aux représentations de Bayreuth. »
Désir très louable ; malheureusement, ce
désir ne semble inspiré que par l'esprit de
concurrence. M™^ Nordica ayant chanté à
Bayreuth, il faut bien que la Melba y chante
aussi.
Oh ! le cabotinisme de l'élève et du professeur.
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
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748
LE GUIDE MUSICAL
NÉCROLOGIE
Est décédée :
A New-Jersey (Etats-Unis), M""" Fursch-Ma-
dier, cantatrice qui eut son heure de renommée.
C'est dans les Parias de Membrée, joués à
l'Opéra populaire en 1874, que son talent se
manifesta pour la première fois avec éclat. L'ou-
vrage sombra, mais l'interprète fut engagée à
l'Opéra. Elle y languissait dans les doublures
lorsque MM. Stoumon et Calabresi, à la un de
1876, l'engagèrent à la Monnaie. Sa jolie voix,
son excellente méthode vocale firent merveille
dans le répertoire du grand opéra. Nous nous la
rappelons notamment dans Faust, la Reine de Saba,
Lohengrin et Jérusalem. Après plusieurs années
passées à Bruxelles, elle fut engagée à Covent-
Garden, où sa réputation atteignit son apogée,
puis elle partit pour une tournée américaine, qui
mil fin à sa carrière dramatique.
M"" Fursch avait été mariée à M. Raoul Ma-
dier, chef d'orchestre à l'Opéra de Paris, qui
obtint contre elle le divorce à la suite d'un procès
en désaveu de paternité.
PIANOS ET HARPES
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Violon ou violoncelle et piano . 6 —
niC'ludles de faiil Rougiion
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3 -
3 —
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1. Au vent .
2. La Chanson du renouveau .
3. Comment on dit : « Je t'aime » .
4. Etre deux
5. J'aime, je crois, j'espère .
6. Le Livre de la vie 3 —
7. Premiers baisers du printemps ... 3 —
8. Le Souvenir 5 —
9 La Valse des nuages 5 —
H.-!'. Toby. Sérénade, paroles de A. Semiane . 3 —
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J. Daubé. Menuet pour piano et violon ... 5
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violon 6
C. Galos, Dolorosa, nocturne pour piano. . . 5
— Le Lac de Côme . 5
— Le Chant du berger 5
— Souvenir des champs 6
B.-M. Coloiner. Rondino pour piano.
G. Pfeïffer. Romance pour violoncelle et piano
J. Ten Brinck. Voici le soir, valse, barcarolle .
Ch. Lefebvre. Oublier, mélodie • . . . .
Kmile Waldteufel. Amour et Printemps, valse
chantée
Arrangé pour orchestre, parties sép.
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No I . Pour Violon avec Piano (originale) . frs 5 —
» 2. I) Violoncelle avec Piano (transcrite
par G. Fitzentiagen). . . « 6 —
» 3. » Chant avec Piano (par l'auteur) . » 5 —
No 4. Pour Harmonium avec Piano . . . »
» 5. » Piano à 2 mains (par l'auteur) . frs 5 —
» 6. » Piano à 4 mains (par l'auteur) . » 7 5o
» 7. » Orchestre à cordes. Partition net, frs 2 —
» 7». » » » Parties » » 3 —
LE GUIDE MUSICAl
749
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rusticana. Le Prophète, Carmen Le Prophète
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N" I. Séparation. . . . i 75
N" 2. Douce attente, , , i 75
N° 3, Dcu.\ rêves , . , i 75
N° 4. Echo du bal ... i 90
N" 5. Mon étoile . . . i 75
Gabriel-Marie. » Impres-
sions. » 6 pièces originales;
N" I. Simplicité. ... i 35
N" 2 . Insouciance . . . i 75
N" 3 Quiétude . . . . i 35
N" 4 . Souvenir , . . . i 75
N" 5, Mélancolie . , . i 35
N" 6. Allégresse. ... 2 — •
Gilis, A. Soirées enfantines.
Six morceaux très faciles ;
N" I. Air villageois. . . i —
N" 2. Chant du village. . i —
N" 3. Air champèlre . . i —
N» 4. Fanfare-Marche . . i —
No 5. Royal-Gavotle . .
N" 6. Musique militaire .
Hermann, Rob. Petites
Variations pour rire, com
posées sur sept notes
Herrmann, Tb. Six irans-
criptionsd oeuvres célèbres;
N° I . Air de Chérubini
N° 2. Grétry, Romance de
Richard.
N" 3. NicoLO, Joconde.
N° 4 . Schubert, Sérénade
N" 5. Schubert, Moment
musical ....
N" 6. Mendelssohn, Auf
Flûgeln.
Hille, G. Op 60. Concerto
avec Piano 10
Hone, J. The Old Folks at
Home
— Suite Irlandaise :
N" I .When theWho adores
thee ....
N" 2. If thou wilt be Mine
N" 3. Oh! Lfad wè some
Bright. . . . . I 35
N" 4. Is tha-t M>' Reilly. . i -
I 90
I 35
I 35
I 35
I 35
I 75
I 35
I 35
Hoyoid, L, Mélodie. . i 75
Jehin-Prume. Romance , i 7.5
— Berceuse 1 35
Hubay, Jenô. Cinq mor-
ceaux ;
Op. 37. N" I. Fleur de Mai . i 75
Op, 37 N° 2, Au temps jadis 2 5o
Op. 38. N" I, Devant son
image(Chant surla4<îcorde) i 75
Op. 38, N" 2 Sous sa fenêtre 2 —
Op. 3g. Ramage de rossignols 3 —
Sraetkoren, S. Elégie . . i 75
— Berceuse 2 —
Thallon, R. Romance . . i 7S
Ventti, G. Trois morceaux :
N" I. Chanson sans paroles i 35
N" 2. Chanson du soir . . i 35
N" 3. La Sérénade ... 2 —
— Deux Rhapsodies :
No I. Sur des motifs écossais i go
No 2. Sur des mélodies sué-
doises 3 75
Ysayë. Deux Mazurkas :
No I, Dans le lointain . .2 —
No 2. Mazurka . . , . 2 —
750
LE GUIDE MUSICAL
Paris
Opéra. — Du 23 au 3o septembre : Salammbô. Faust.
Samson et Dalila, la Korrigane.
Opéra-Comique. — Du 23 au 3o septembre : Mireille,
Cavalleria rusticana, le Maître de Chapelle. Carmen.
Manon. Mignon. Falstaff.
Vienne
Opéra. — Du 24 septembre au 1" octobre : Cavalleria
rusticana et Coppelia. La trompette de Saekingen.
Tristan et Isolde. Werther. L'Armurier. Les Hugue-
nots. I Pagliacci et Rouge et Noir. Iphigénie en
Aulide.
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Simplicius, l'Etudiant pauvre et le Maître de forges.
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RICHTERIANA
L y a quelque temps déjà, je vous
ai communiqué de très intéres-
sants souvenirs de Hans Richter
relatifs à son séjour chezWagner,
à l'époque où, comme copiste, il eut l'hon-
neur d'aider le maître pendant la composi-
tion des Maîtres Chanteurs (i).
Tout récemment, me promenant avec le
grand capellmeister sous les ombrages du
parc de X.., près de Londres, la con-
versation tomba sur le métier et la carrière
de chef d'orchestre. Il n'en fallut pas davan-
tage pour évoquer dans la mémoire de
Hans Richter tout un ensemble de ré-
flexions sur l'art de diriger, de souvenirs
personnels, d'aperçus sur quelques grands
noms de Tart contemporain et, en général,
sur les conditions actuelles de la musique,
qu'il m'a paru intéressant de consigner par
écrit. Simple conversation à bâtons rom-
pus, mais qui vaut par la personnalité de
mon interlocuteur, le causeur le plus
charmant qui soit, plein d'imprévu, de
saillies pittoresques, de boutades dont la
vivacité est corrigée par la sincérité et je
dirai l'honnêteté de ses convictions.
Il m'a été donné, ces jours-ci, d'assister
aux répétitions qui ont eu lieu à Londres
pour le grand festival de Birmingham, avec
un orchestre de cent vingt-huit musiciens,
et d'observer ainsi le maître à l'ouvrage et,
pour ainsi dire, dans l'intimité de son
(i) Hans Richler et Richard Wagner, dans le Guide
Musical du 5 mars iSgS.
travail. Durant quatre jours, on a répété,
pendant quatre, cinq et même six heures
par jour, des oeuvres d'auteurs divers et
des styles les plus divergents. On ne peut
imaginer rien de plus intéressant et de plus
instructif que ces répétitions; elles vous
livrent, en quelque sorte, l'explication de la
grande supériorité de Hans Richter comme
chef d'orchestre sur tous ses collègues. Il
montre une énergie inébranlable, jointe à
une finesse de sentiment et à une certaine
bonhomie qui soutient constamment la
bonne volonté des musiciens et lui assure
leur dévouement le plus complet. II est
exigeant au plus haut degré et ne cède
pas avant que l'effet voulu par lui soit
obtenu, même dans les moindres détails ;
mais il ne devient jamais ni pédant, ni
mesquin. Ses efforts tendent toujours à
atteindre la précision la plus parfaite, l'ex-
pression la plus juste et la plus sincère, et
la clarté la plus nette. Son premier soin
est de mettre en évidence la mélodie, quelle
que soit la partie où elle se trouve ou l'ins-
trument auquel elle est confiée. Il obtient
les meilleurs résultats par le chant. Il
chante, avec une pureté d'intonation et une
justesse d'expression inouïes, à chaque ins-
trument, quel qu'il soit, du premier violon
jusqu'à l'ophicléide, son entrée, son motif,
une phrase, une accentuation, et cela même
dans des oeuvres telles que la neuvième
symphonie de Beethoven et autres, qu'il
dirige par cœur, même aux répétitions.
« Avez-vous jamais été chanteur de pro-
fession », lui demandai-je, « car, à juger par
la façon dont je viens de vous entendre
manier votre voix à la répétition, cela me
paraît presque évident ?» — « Certaine-
ment», répondit-il, «vous savez bien que
j'ai remplacé, un jour, à Munich, à une
représentation des Maîtres Chanteurs, un
Kothner tombé malade à la dernière minute!
756
LE GUIDE MV SIC AL
Mais, pour parler sérieusement, je vous
assure qu'un chef d'orchestre qui n'est pas
capable de chanter ne vaut pas grand'
chose. Le chant est, après tout, la base et
le modèle de tout art instrumental, et j'ob-
tiens de l'orchestre l'expression voulue,
uniquement en lui chantant les exemples.
Ainsi, voilà mon excellent collègue X... qui
n'agit pas de la sorte. Et quelles en sont les
conséquences? J'ai assisté, l'autre jour, à
une représentation de Tristan et Iseult, au
théâtre de Y..., sous sa direction. Dès
l'introduction, la manière de prendre le
motif de Tristan me donna l'impression
qu'il était joué seulement par des violoncel-
listes mariés. On eût dit un tas de Tristans
ayant passé tranquillement par la mairie!
» Tout récemment, à une répétition, un
musicien dirigeant une nouvelle ouverture
de sa composition la faisait jouer d'un
bout à l'autre sans s'arrêter ni corriger
quoi que ce soit ; puis, arrivé à la fin, il
disait : (i Messieurs, encore une fois le
» tout ! » — C'est là une pratique tout à fait
erronée, car rien n'ennuie autant les exécu-
tants. Il faut interrompre dès qu'une faute
se produit. Je puis leur faire répéter six
fois un même passage, corriger, nuancer,
polir autant que je veux, et me conserver,
malgré cela, toute leur bonne volonté et
leur bonne humeur. Ils sentent qu'ils
apprennent de cette façon et y trouvent
leur profit, ce qui n'a pas lieu dans ces répé-
titions « en gros », non motivées.
)i Du reste, c'est une chose étrange que
l'idée qu'on se fait de l'art de diriger. Je
connais des chefs d'orchestre qui travaillent
pour eux devant un miroir! Si j'étais un
homme sans conscience, j'aurais déjà pu
amasser une fortune en Angleterre, car, à
chaque séjour ici, je reçois quantité de
demandes de gens qui veulent apprendre
de moi, en quelques semaines et à n'importe
quel prix, l'art de diriger. On m'a encore
demandé, ces jours-ci, mon avis au sujet
d'un jeune Anglais d'un esprit bien cultivé,
doué d'ailleurs des dispositions les plus
heureuses pour l'art, qui vient de prendre
une grande résolution : celle de se consa-
crer à la musique et d'embrasser la carrière
de chef d'orchestre après n'avoir été
jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans qu'un
dilettante.
» Ah! s'il pouvait abandonner ce projet!
cela ne peut le conduire à rien; il a com-
mencé beaucoup trop tard. S'il savait par
où j'ai dû passer, moi ! Voilà plus de
quarante-quatre ans que j'ai débuté à l'or-
chestre; ce fut à l'occasion d'une exécution
solennelle de la messe dite des Timbales, de
Haydn, à la cathédrale de Raab, en Hon-
grie. Mon père était maître de chapelle;
on m'avait confié la partie des timbales.
C'était en i85o. J'avais sept ans ! Dès avant
l'âge de dix ans, j'étais à même de tenir
l'orgue à l'église pendant les offices, et je
me rappelle encore que, pour me permettre
d'atteindre les pédales, il avait fallu suré-
lever celles-ci au moyen de petits bancs
en bois. A la mort de mon père, en i853,
je vins à Vienne, où, indépendamment de
mes études à l'école de la Lœwenburg, je
fis partie, pendant des années, du chœur de
la chapelle impériale.
» Plus tard, j'entrai au Conservatoire,
pour y continuer mes études, et, pendant
assez longtemps, je jouai le premier cor à
l'orchestre du théâtre de la Porte-de-Carin-
thie. En 1866 seulement, je fus nommé à la
place de chef d'orchestre dans un petit
théâtre de province, dans l'Allemagne du
Nord. Presque en même temps, me parve-
nait l'offre d'aller chez Richard Wagner.
Il avait donné commission à un ami de
Vienne de lui découvrir un jeune musicien
qui pût lui servir en même temps de copiste
et de secrétaire, et dont la. discrétion serait
sûre. Dans la perplexité où je me trouvais
en présence de ces deux offres, je m'adres-
sai à mon chef, le vieux capellmeister
Esser, en qui, — malgré son antipathie
prononcée contre Wagner, — j'avais la
plus absolue confiance, à cause de son
irréductible sincérité : « Mon jeune ami
me dit-il, vous savez que je n'ai aucune
» sympathie ni aucune compréhension pour
» les tendances de Richard Wagner ; mais
» c'est un homme de tout premier ordre,
» chez lequel un jeune musicien tel que vous
» aura l'occasion de beaucoup observer et
» d'apprendre justement ce qui pourra lui
» être utile pour le reste de sa vie. Lâchez
LE GUIDE MUSICAL
757
» donc votre place de capellmeister et
» allez chez Wagner ! n
» Lorsqu'en 1868 je fus nommé à la place
de chef d'orchestre du théâtre de Munich,
j'étais en mesure de jouer de tous les
instruments de l'orchestre, sauf deux : la
harpe et le hautbois; j'en appris le méca-
nisme avant d'entrer en fonctions. La
même année, je jouai, avec Hans de Bulow
qui donnait, à ce moment, des concerts
dans l'Allemagne du Sud, la partie de cor
du trio de Brahms (pour cor, violon et
piano, op. 40).
» Lors de mon second séjour chez Wag-
ner, en 1870-71, à l'époque où il travaillait
au troisième acte de Siegfried et revoyait
les deux premiers, j'entrepris de nouveau
la mise au net de la partition, comme j'avais
fait en 1866-67 pour les M eister singer.
» Vous vous étonnez qu'après avoir oc-
cupé une situation officielle considérable,
en somme, j'aie pu me résoudre à me con-
sacrer à une besogne de ce genre. Eh bien,
je vous assure que si Wagner vivait encore,
je recommencerais demain. Les choses que
j'ai apprises dans mon commerce quotidien
et intime avec le maître, les souvenirs qui
me sont restés, pour rien au monde je ne
voudrais les céder. A cette époque, dans la
villa de Triebschen,il y avait régulièrement,
le dimanche matin, des exécutions de qua-
tuor où, de préférence, on jouait les der-
niers quatuors de Beethoven. Des amis et
des étrangers, venus de près ou de loin,
assistaient à ces matinées. Les répétitions
avaient lieu la veille, le samedi, sous la
direction de Wagner lui-même, et il nous
donnait les indications les plus minutieuses
jusqu'à ce que nous eussions réalisé le
style et les effets qu'il voulait. Je jouais
l'alto dans ce quatuor, dont les autres exé-
cutants étaient d'excellents artistes de Bâle
et de Zurich, qui faisaient chaque fois le
voyage de Triebschen, en vue de ces con-
certs intimes.
» Pour en revenir au jeune Anglais dont
nous parlions tout à l'heure, ce que je viens
de vous raconter vous prouve quels avan-
tages et quelles circonstances extraordi-
naires ont présidé au développement de
ma carrière; et cependant je puis vous
k
assurer qu'après avoir été, à vingt-cinq
ans, chef d'orchestre à Munich, j'ai dû
me livrer à un travail opiniâtre, n'épargner
ni luttes ni efforts pour apprendre mon
métier. Hans de Bulow, cet homme si
extraordinairement doué sous tous les
rapports et surtout au point de vue de la
volonté et de la mémoire, alors qu'il était
déjà à l'apogée de sa gloire, me disait un
jour qu'il m'enviait l'indépendance dans la
direction de l'orchestre que je devais à ma
longue expérience et à ma possession du
mécanisme de tous les instruments. Et il
ajoutait que, tous les jours, il travaillait à
compléter ses connaissances sous ce rap-
port. Moi aussi, j'apprends encore chaque
jour des choses que j'ignorais, bien que j'aie
vingt-cinq ans de direction. Croyez-moi, on
ne s'improvise pas chef d'orchestre.
» La période de ma vie où j'ai le plus tra-
vaillé, c'a été pendant les deux mois qui
furent consacrés, en 1876, aux répétitions
de Y Anneau du Nibelung, à Bayreuth. Tous
les matins, je répétais pendant quatre ou
cinq heures avec rorchestre,et j'en faisais
autant, l'après-midi, au piano, avec les
chanteurs. La musique, pour les uns et les
autres, était une nouveauté absolue, si bien
que l'apprendre était une difficulté énorme:
particulièrement en ce qui concerne l'or-
chestre. Il avait été recruté en majeure
partie à Meiningen. Bien qu'il y eût des
éléments exceptionnels, cet orchestre igno-
rait complètement ce qu'est la musique
dramatique, et plus d'une fois je désespérai
de la réussite de l'entreprise. Chose cu-
rieuse, Wagner ne s'occupa jamais des
répétitions d'orchestre, il ne s'intéressait
qu'à la mise en scène et à la régie. Pour
la musique, il s'en était remis complètement
à moi. C'était, du reste, un trait de carac-
tère curieux chez lui que lorsqu'il s'agissait
d'exécuter des œuvres d'autres maîtres, il
était extraordinairement rigoureux, n'épar-
gnant aucune peine, allant quelquefois
jusqu'à la minutie la plus pénible pour
obtenir une exécution parfaite, tandis que
pour ses propres œuvres, il se disait
satisfait dès que la chose marchait à peu
près. Il ne faisait que de courtes observa-
tions et rarement demandait une seconde
758
LIû GUIDE MUSICAL
exécution. J'ai toujours eu l'impression
qu'en ce qui concerne ses œuvres, la sono-
rité, la réalisation en soi lui suffisait; il était
indifférent pour lui-même à la façon dont
l'orchestre interprétait ses compositions.
» Vous me demandez ce que je pense de
Liszt comme compositeur ?
» Je confesse sans détour que je ne le
range point parmi les « grands maîtres » . Et
cependant, bien que je ne me dissimule
nullement les faiblesses et les insuffisances
de ses créations, je m'irrite souvent de la
façon cavalière et dédaigneuse dont parlent
de lui un grand nombre de musiciens et
une partie du public. J'avoue que déjà par
reconnaissance pour tout ce qu'il a été à
l'égard de Wagner, par admiration pour
sa grandeur d'àme et pour la noblesse de
nature qu'il a révélée dans ses relations
avec l'autre, je joue ses œuvres et je fais
tout ce qui est en mon pouvoir pour les
empêcher de tomber dans l'oubli. Ne sont-
elles pas meilleures que la plupart des
compositions nouvelles qui éclosent de nos
jours, et ne portent-elles pas du moins la
marque d'une personnalité? Et d'ailleurs,
comment refuser à Liszt le mérite d'avoir
créé une nouvelle forme, la rapsodie,
d'avoir été un ingénieux et habile orches-
trateur, d'avoir été l'initiateur d'une tech-
nique nouvelle du piano, qui domine encore
aujourd'hui toute la musique concertante?
» C'est, du reste, une chose singulière que
l'opinion publique en matière musicale.
Autrefois, elle était faite par les critiques
des journaux; aujourd'hui, ce sont les édi-
teurs et leur réclame qui la forment. L'in-
fluence de ces messieurs s'est développée
vraiment d'une façon exagérée. Ils domi-
nent la presse, le public, le monde de la
finance, voire la politique. Voyez, par
exemple, l'histoire de Cavalleria rusticana!
Voilà un ouvrage qui, certes, ferait honneur
à son auteur, si on le considérait comme le
travail d'un élève de conservatoire. Seule-
ment, les faiblesses de l'écriture, les mala-
dresses, le manque d'originalité y sont
encore trop sensibles pour que, sérieuse-
ment, on puisse le considérer comme une
œuvre d'art. Eh bien, que s'est-il passé?
Grâce au tapage de la réclame, cet opéra a
passé d'Italie en Autriche et en Allemagne,
et partout le public allemand l'accueille
avec des transports d'enthousiasme sans
se souvenir un seul instant de ses Mozart,
ses Beethoven, ses Weber, ses Spohr, ses
Wagner, de tant de maîtres et d'œuvres
parfaites que possède sa scène lyrique. Et il
s'y complaît, il va répétant avec satisfaction
les phrases vides que les malins éditeurs
lui font servir par la presse quotidienne :
« Une nouvelle ère s'ouvre, la mélodie va
» revenir en honneur et reprendre ses
» droits; il ne faut plus d'idéalisme fade,
» nous voulons le réalisme à la scène, la
» vérité toute nue et saisissante, le
» vérisme, en un mot. » Le plus plaisant,
c'est qu'au moment où le culte de Mas-
cagni dominait à Vienne, on n'a pas été
peu étonné, dans les cercles politiques, de
voir qu'un journal de Trieste, jusqu'alors
violemment hostile à tout ce que faisait le
gouvernement autrichien, modérait tout à
coup le ton de ses articles et devenait
presque bienveillant. Cela ne devait pas
durer longtemps. Dès le jour où la vogue
de Mascagni commença à baisser et où
les représentations de Cavalleria à l'Opéra-
Impérial diminuèrent, on vit reparaître,
dans le même journal de Trieste, les invec-
tives dont se compose la polémique des
irrédentistes. Au lieu de : « Cherchez la
femme », il faut dire" aujourd'hui : « Cher-
chez l'éditeur » .
» Ce n'est pas seulement en matière de
musique d'opéra, mais dans toute la mu-
sique, que cet odieux régime exerce sa
néfaste influence.
» Voici, par exemple, le célèbre composi-
teur A..., dont les pièces de musique de
chambre, les symphonies et les oratorios
ont acquis quelque célébrité, en Allemagne
et ailleurs, dans ces dernières années, et
cela grâce aux articles modèles du célèbre
critique B..., feuilletonniste de la Gazette de
X...Ce critique nous a prévenus que le com-
positeur A. . . est un « nouveau chaînon » de la
série des grands maîtres de la musique, et
il nous a assuré qu'aussi longtemps qu'il y
aurait de tels hommes, s'appuyant sur les
traditions classiques et capables de nous
donner des œuvres aussi originales et aussi
LE GUIDE MUSICAL
759
vastes, nous n'aurions aucune inquiétude à
concevoir quant à l'avenir de l'art.
Il Seulement, le critique B .. n'est pas que
critique, il est aussi l'ami du célèbre éditeur
C..., chez lequel ont paru toutes les oeuvres
d'A..., jusqu'à l'opus 5y. Or, le hasard veut
qu'un jour, pour une cause ou une autre,
le compositeur A... lâche son éditeur C...,
et s'entend avec un autre éditeur. Qu'arrive-
t-il alors ? C'est que, dans la Gazette deX...,
les éloges dont le célèbre critique B. . . acca-
blait jusqu'alors quotidiennement le com-
positeur A... se changent en leur contraire.
On apprend tout à coup que les composi-
tions du célèbre A... ont le défaut général
des œuvres actuelles ; qu'après avoir donné
jusqu'à l'opus 57 ce qu'il avait de plus
élevé et de plus fort en lui, qu'après avoir
produit toute une série d'œuvres qui auto-
risaient les plus hautes espérances, le
malheureux compositeur a singulièrement
faibli ; cet affaiblissement est sensible jus-
tement depuis son opus 58. L'excellent cri-
tique B... finira inême par nous affirmer que
les dernières compositions d'A... prouvent
clairement qu'il n'a plus rien à nous dire,
et qu'elles ne valent pas le diable !
I) Voilà, ajouta Hans Richter, où nous en
sommes actuellement ! »
La boutade est plaisante. Je me garderai
d'y rien ajouter. Je veux laisser à vos lec-
teurs le soin de tirer les conclusions, de
démêler les causes et les effets, de résoudre
en y réfléchissant les problèmes physiques
et métaphysiques que soulèvent ces confi-
dences.
Je profitai de l'occasion pour questionner
de nouveau Richter au sujet du piquant
incident entre Wagner et Nietzsche, qu'il
m'avait précédemment raconté et que j'ai
rapporté dans le Guide Musical du 5 mars
i8g3. Cet incident ne remonte pas, comme
j'avais cru le comprendre, à 1866-67, mais
se passa lors du second séjour de Richter
à Triebschen-, donc en 1870-71. C'est la
seule inexactitude de mon récit, dont Rich-
ter m'a confirmé de nouveau tous les détails
de la façon la plus positive. Les polémiques
très vives que ce récit suscita dans les
journaux allemands sont donc sans objet et
tout à fait déplacées. E. S.
DEUX NOUVEAUX FRAGMENTS
DE MUSIQUE GRECQUE
la dernière séance de l'Académie
des inscriptions et belles-lettres de
France, le secrétaire perpétuel a
donné communication d'une lettre de M.Ho-
molle, directeur de l'Ecole d'Athènes, où
Ion trouve d'intéressants détails sur les
nouveaux fragments de musique grecque
découverts à Delphes, au cours des fouilles
sur l'emplacement de l'ancien Trésor des
Athéniens. Il s'agit encore une fois de deux
Hymnes à Apollon, gravés sur des tables de
marbre et dont l'un est accompagné d'une
notation spéciale pour l'accompagnement.
Voici les renseignements que M. Ho-
molle communique à ce propos à l'Aca-
démie :
Les deux inscriptions ont été copiées d'abord à
mesure que les fragments sortaient de terre, par
M. Bousquet, membre de l'Ecole; je les ai ensuite
soumises à une revision, qui m'a surtout montré
l'excellence de la copie, et je les ai récomposées
en rapprochant les morceaux et les replaçant
chacun à sa place.
L'inscription musicale provient du Trésor des
Athéniens, comme l'hymne dont nous avions
adressé, l'an passé, la copie à M. Weil et qu'il
a restitué, avec le concours de M, Th. Reinach.
A la diiïérence de l'hymne, elle porte les signes
de l¬aiion instrumentale. Elle est gravée en deux
colonnes, sur une plaque de marbre haute de
om6i et large de plus de o"8o. Cette disposition
diminue de beaucoup la gravité des lacunes, qui
se trouvent réduites à quelques lettres par ligne,
et qui sont encore atténuées par ce fait qu'on a
souvent le commencemeut et la fin des lignes, et,
enfin, par cette particularité que les divisions de
la poésie sont marquées par des traits de sépara-
tion ou par des alinéas. Je crois donc que les res-
titutions pourraient approcher de très près la cer-
titude.
La poésie, comme celle qui a été publiée H an
passé, n'a pas grande originalité ; c'est le dévelop-
pement d'un thème connu, la naissance d'Apollon
dans l'île de Délos, sa venue à Delphes, sa victoire
760
LE GUIDE MUSICAL
sur le serpent : Dionysos, selon la tradition del-
phienne, est associé à Apollon.
Le morceau finit par un couplet de circonstance,
une prière pour la ville d'Athènes et pour les Ro-
mains, nouvelle preuve, après celle qu'avait
donnée M. Comte, que le monument n'est pas du
troisième siècle, comme l'avaient cru les premiers
éditeurs, mais du second, sans doute même de la
fin de ce siècle. C'est, d'ailleurs, en ce temps que
furent gravées sur les parois du Trésor des Athé-
niens la grande majorité des inscriptions qu'il
porte.
La copie des signes musicaux est difficile, à
cause de la très grande ressemblance qu'ils ont
entre eux ; j'en ai fait, après la lecture de M.Bous-
quet, plusieurs lectures et plusieurs collations,
j'espère ainsi avoir évité de mon mieux les erreurs
et les confusions.
Le morceau complet a 42 lignes.
Le Péan qui a été retrouvé près du temple d'A-
pollon, sur un marbre employé comme plaque de
dallage, est plus étendu; il est aussi d'une antiquité
plus respectable.
Le nom du poète, qui était originaire de Scar-
phée,en Locride, nous échappe malheureusement
mais la date est bien établie par l'écriture, qui est
Proxidén et du quatrième siècle, mieux encore par
le nom de l'archonte connu par des inscriptions
voisines de 840 ans avant Jésus-Christ.
La poésie occupe deux colonnes de 46 lignes
chacune, à trente lettres au moins par ligne; 18 li-
gnes manquent absolument; pour le reste, la con-
servation ordinaire des deux bouts des lignes, le
nombre fixe des lettres, les refrains qui marquent
la clôture de chaque membre poétique faciliteront
la restitution, ou du moins lui donneront un carac-
tère mieux assuré de certitude.
LETTRES DE RICHARD WAGNER
A
AUGUSTE RŒCKEL
(Traduites par M. Kufferath)
(Suite. — Voir les nos 33, 39 et 40).
^^
IV
Zurich, 25 janvier 1894.
Comment il s'est fait que j'ai laissé sans
réponse ta dernière lettre pendant quatre mois,
je me l'explique parfaitement à moi-même,
mais il me sera difficile de te le faire compren-
dre à toi, très cher ami ! La cause première
est, en tous cas, la haute portée de ce que tu
m'as écrit. Te répondre sur le même ton, cela
ne dépendait pas seulement de mon bon vou-
loir, mais encore de mon pouvoir. Pendant
tout l'été passé, j'ai été très peu tranquille.
Liszt m'a rendu visite pendant le mois de
juillet; ensuite j'ai fait un séjour dans une
station balnéaire, à Saint-Moritz, dans les Gri-
sons (six mille pieds au-dessus de la mer) ; à la
fin d'août, je suis parti pour l'Italie, — du
moins pour la partie qui m'en est ouverte (j) :
Turin, Gênes, La Spezzia ; puis j'ai voulu voir
Nice pour m'y arrêter quelque temps; mais là,
dans ce monde étranger, ma solitude m'est
apparue si épouvantable que je tombai subite-
ment, — en raison aussi d'un malaise corporel,
— dans une mélancolie si profonde que je n'eus
pas assez de hâte de rentrer chez moi, en passant
par le lac Majeur et le Gothard. Là, tandis que je
revenais à moi, ta lettre m'est arrivée : mais, en
même temps, je recevais une invitation de Liszt
à un rendez-vous à Paris, où je passai tout le mois
d'octobre, — ce qui a fourni aux journaux l'oc-
casion de nous attribuer à Liszt et à moi, l'in-
tention de faire jouer un de mes opéras à Paris.
Dans ce tumulte, je n'aurais pu répondre à ta
lettre; je voulais le faire aussitôt mou retour à
Zurich. Mais, rentré ici, je fus si violemment
envahi par le désir de commencer, enfin, la
composition musicale de l'Or du Rhin (2)
qu'il m'a été impossible, dans ces dispositions,
de répondre à tes critiques de mon poème :
ça ne venait pas, je n'aurais pas pu! Au con-
traire, avec passion, je me jetai, — après six
ans d'interruption absolue, — sur la musique,
si bien qu'à la fin, je me proposai de ne pas
t'écrire avant d'avoir terminé la composition
de l'Or du Rhm. Eh bien, j'en suis là mainte-
nant; — et je comprends seulement aujourd'hui
mon aversion à t'écrire plus tôt ; car main-
tenant, — que la composition est achevée, —
je suis autrement armé pour te répondre, c'est-
à-dire, pour ne rien répondre, en somme, à
tes critiques, ce qui me semble être plus rai-
(i) En raison de son exil de Saxe, l'Autriche, et par
conséquent, les provinces italiennes encore soumises, à
cette époque, à la domination autrichienne lui étaient
interdites.
(2) Prologue des Nibehmgm.
LE GUIDE MUSICAL
761
sonnable, car tu as parfaitement raison de cri-
tiquer, mais j'ai raison moi de faire l'œuvre
et de l'achever comme je peux. Ainsi, je ne
discuterai pas avec toi, mais nous allons
cependant causer un peu de la chose !
Laisse-moi toutefois te dire avant tout, en
ce qui regarde ma présente lettre, que tu m'as
fait un cadeau qui m'a réjoui profondément en
me donnant des nouvelles de toi et de ta santé.
Je répéterai que, dans ta situation, tu me parais
presque plus heureux que moi dans la mienne.
Chaque ligne de ta lettre témoigne presque de
ta bonne santé, à propos de quoi je t'exprime
ma joyeuse admiration! D'autre part, le fait
que tu as été autorisé à m'écrire une lettre de
cinq feuilles indique une amélioration de ta
situation personnelle (i) qui me tient particuliè-
rement à cœur, bien que je doive confesser que
je m'imagine des circonstances dans lesquelles je
renoncerais à tout allégement de l'existence sans
éprouver le moindre regret au sujet de ce que
j'abondonne. Au-dessus de tout, il n'y a qu'une
chose : la liberté ! Seulement, qu'est-ce que la
liberté? Est-ce, — comme le croient nos politi-
ciens, — le libre arbitre? Oh, que non! La
liberté : c'est la Véracité (2). Celui qui est vrai,
c'est-à-dire celui qui se trouve conforme en tout,
harmonieusement, à sa nature, celui-là est libre;
la contrainte extérieure n'est efficace (selon le
but qu'elle se propose) que si elle tue la sincé-
rité dans celui qui la subit, quand elle le rend
hypocrite, qu'elle le conduit à vouloir faire
croire aux autres et à soi-même qu'il est autre
qu'il n'est. Voilà le véritable esclavage ! IVIais,
en subissant la contrainte, on n'en vient pas
là nécessairement, et celui qui sait, — même
sous la contrainte, — sauvegarder sa sincérité,
celui-là, au fond, sauvegarde aussi sa liberté ;
tout au moins mieux que celui qui ne s'aper^
çoit plus de cette oppression, — elle est partout
en ce monde, — parce qu'il n'en a plus la sen-
sation et cela, parce qu'il s'y est soumis intégra-
lement et qu'il dissimule par respect pour elle.
Je crois que cette sincérité est aussi, au fond,
(i) Rœckel avait sans doute annoncé à Wagner qu'on
venait d'atténuer à son égard, la sévérité du régime de
la prison de Waldheim.
(2) Le mot allemand W ahrhafiigheit , dont se sert Wag-
ner, est difficile à rendre dans toute son étendue. '\Vahr-
hafligkeii signifie littéralement : attachement à la vérité,
véracité, véridicité. Dans le sens où il est employé ici, il
pourrait se traduire aussi par sincérité.
toute la vérité dont parlent nos philosophes et
nos théologiens. La vérité est une notion ; elle
n'est rien de plus, au fond, que le vrai objec-
tivé ; mais le Vrai n'est lui-même que la réalité,
ou mieux le réel, ce qui existe véritablement;
or, le réel, c'est ce qui est sensible, tandis que
ce qui n'est pas sensible, c'est le non-réel, c'est-
à-dire ce qui est simplement factice, imagi-
naire. Si donc j'ai le droit d'appeler véracité le
sentiment le plus complet de la réalité en tant
qu'il se manifeste, la vérité ne sera plus, après
tout, que la notion abstraite de ce sentiment;
c'est tout au moins ce qu'en a fait la philoso-
phie. Seulement, cette notion est aussi éloignée
de la réalité que la véracité, — dans le sens
indiqué, — s'en rapproche, au contraire ; d'où
il est résulté que, de tout temps, on n'a jamais
erré plus profondément qu'en ce qui concerne
la vérité, de sorte que ce mot est devenu le
plus fallacieux qui soit. Comme toute notion
abstraite, vérité est devenu un mot sans signi-
fication avec lequel on peut former de belles
théories, mais non pas saisir la réalité. Celle-ci,
nous ne pouvons la connaître qu'au moyen de
la sensation, et la sensation, c'est ce qui est
perçu par les sens. Bien entendu, il ne faut pas
entendre le mot sens selon la signification
dégradante que lui donnent les philosophes et
les théologiens, c'est-à-dire le sens animal;
il s'agit du sens humain, qui va si loin qu'il
peut mesurer les étoiles et se représenter le
cours des astres.
Ceci dit, nous nous entendrons aisément
au sujet du monde, en tant qu'il est l'objet
de notre perception du Vrai. Mais il faut,
pour cela, laisser agir librement notre sen-
timent seul et ne considérer que les impres-
sions éprouvées par lui. L'homme se sert,
conformément à son organisme, d'un nom-
bre infini de moyens pour comprendre le monde
comme un Tout ; ces moyens ce sont les idées
dans leurs plus diverses complications. Nous
sommes assez orgueilleux pour qu'en voulant
comprendre par de simples notions un Tout, —
que nous nous imaginons volontiers posséder,
— nous oublions que nous n'en possédons que
l'idée ; c'est-à-dire que nous prenons plaisir à
notre propre création, tandis que nous nous
éloignons de plus en plus de la Réalité du
monde. Mais celui qui, dans l'ivresse de cette
illusion, ne peut se réjouir, celui-là finit par se
762
LE GUIDE MUSICAL
rendre compte de son être propre, parce qu'il le
sent non satisfait ; il reconnaît la tristesse de
cette illusion orgueilleuse, et finalement com-
prend la nécessité de reprendre contact par le
sentiment, et en pleine conscience, avec la Réa-
lité. Seulement, comment la saisira-t-il, cette
Réalité, qui, — comme Tout imaginaire, —
n'est perceptible que par la pensée et non par
le sentiment ? Il ne le pourra qu'en reconnais-
sant que l'essence de la Réalité consiste dans
une infinie diversité. Cette diversité inépui-
sable, qui, sans cesse, crée et produit, est
perçue par les sens, mais seulement comme
manifestation isolée, variable. Cette variabilité
est l'essence du Réel; l'Imaginaire seul est im-
muable. Il n'y a de vrai que ce qui varie : être
vrai, vivre, — c'est : naître, grandir, fleurir,
se flétrir et mourir; sans la nécessité de la mort,
pas de possibilité de la vie; seul, ce qui n'a pas
de commencement n'a pas de fin, — et rien de
réel n'est sans commencement ; l'imaginaire,
seul, n'a point de limites. En somme, on
devrait dire que, pour être complètement dans
le vrai, l'être humain, en tant qu'être sensible,
doit se consacrer à l'absolue réalité : Nais-
sance, développement, efflorescence, — flé-
trissure, anéantissement, éprouver tout cela
sans réserves, avec volupté et tristesse, ne vou-
loir la vie qu'en vivant dans la joie et la dou-
leur, ensuite — mourir. Voilà la seule façon
de se consumer dans le vrai. Seulement, pour
nous consumer de la sorte, il faut que nous
renoncions à vouloir le Vrai intégral : le vrai
intégral ne se montre à nous qu'en des mani-
festations isolées, car nos sens ne peuvent per-
cevoir que celles-là, dans le sens absolu du
mot; nous ne percevons « réellement » une
manifestation que lorsque nous pouvons être
entièrement remplis par elle et l'absorber entiè-
rement en nous. Comment ce merveilleux phé-
nomène se produit-il le plus complètement ? De-
mandez à la Nature! Seulement dans l'Amour!
Tout ce que je ne puis aimer reste en dehors
de moi, et je reste en dehors de lui. Ici le phi-
losophe s'imaginera volontiers qu'il comprend,
mais non l'homme qui veut être sincère.
L'amour, dans sa réalité la plus complète,
n'est possible que dans la limite des sexes;
nous ne pouvons aimer véritablement que
comme homme et femme ; tout autre amour
n'est qu'un dérivé de cet amour, un sentiment
qui émane de lui, qui se rapporte à lui ou bien
en est une imitation factice. C'est une erreur de
croire que l'Amour ne soit qu'une des mani-
festations d'un sentiment plus général et qu'à
côté et même au-dessus de lui, il puisse exister
d'autres manifestations plus élevées de ce sen-
timent. Celui qui, à l'exemple des métaphysi-
ciens, place l'irréel avant le réel et déduit la
Réalité de l'Idée, — en d'autres termes, qui
prend la Logique pour la Génétique, — celui-là
a raison sans doute de concevoir la notion de
l'amour comme étant antérieure à sa manifes-
tation sensible el il peut affirmer que l'amour
véritable, sensuel n'est qu'une manifestation
de l'amour idéal préexistant ; pour être consé-
quent, il devra mépriser l'amour vrai, comme
en général tous nos sens. De toutes façons, il
y a gros à parier qu'il n'aura jamais aimé, qu'il
n'aura jamais été aimé comme des êtres hu-
mains peuvent s'aimer, sans quoi il aurait dû
s'apercevoir que son mépris de l'amour visait
seulement l'amour animal, la sensualité ani-
male, mais non le véritable amour humain. La
suprême satisfaction de l'égoïsme (i), c'est de
se supprimer complètement lui-même, et c'est
par l'amour seul que nous pouvons obtenir ce
résultat ; or, l'être humain est homme et femme,
et c'est par l'union d'homme et femme que
l'être humain existe réellement, c'est seulement
par l'amour que l'homme, aussi bien que la
femme, deviennent — « l'être humain ». Quand
nous parlons aujourd'hui de « l'être humain »,
nous sommes si sottement dénués d'amour que,
sans le vouloir, nous n'entendons jamais par
ces mots que l'homme seul. L'union de
l'homme et de la femme, c'est-à-dire l'amour
(sensuel et métaphysique), crée l'être humain,
et, comme l'homme, dans toute son existence,
ne peut rien représenter qui soit supérieur à
sa propre existence, à ce qui est sa vie, il ne
pourra jamais s'élever plus haut que cet acte,
qui a fait de lui un être humain par l'amour ; il
ne pourra que le reproduire ; — toute la vie,
d'ailleurs, n'est autre chose qu'une incessante
réitération des mêmes phénomènes vitaux,
répétés dans leur diversité, et c'est cette réi-
tération qui explique toute la nature de l'amour
et qui fait, en somme, qu'il ressemble au mou-
vement de la mer, qui monte et descend,
change sans cesse et ne s'arrête que pour recom-
,(i) 'L'égoïsme est pris ici dans le sens de sentiment
jjersounel, notion de Moi individuel.
LE GUIDE MUSICAL
763
mencer de nouveau. Aussi est-ce une lamen-
table erreur de considérer comme une faiblesse
de l'amour ce pouvoir qu'il a de se réitérer tou-
jours, de se renouveler incessamment, et d'y
opposer l'amour idéal, simple abstraction de
l'amour véritable, ou cet autre amour pour un
Tout insaisissable, — qu'on voudrait nous faire
accepter comme le seul amour sincère et du-
rable. Déjà, cette durée indéfinie qu'on lui
suppose prouve l'irréalité de l'amour idéal.
« Eternel », dans le sens propre du mot,
c'est ce qui supprime la limitation (ou plutôt
l'idée de limitation) ; mais le Réel ne s'accom-
mode pas à l'idée de limitation, car le Réel,
c'est-à-dire ce qui change, se renouvelle, se
multiplie, — est la négation de ce que nous
nous représentons comme borné : l'Infini de
la métaphysique est l'éternel Inexistant. Le
Fini est une représentation qui nous fait peur,
mais seulement lorsque la réalité cesse d'être
présente à notre sentiment; qu'au contraire, la
vérité de l'amour nous saisisse tout entier, elle
fera fuir cette idée terrifiante, parce qu'elle
supprime le Fini en étouffant en nous la notion
d'une limite. Le Réel, seul, est éternel ; or, il
ne se révèle à nous dans toute sa plénitude que
dans l'amour ; c'est donc l'amour qui est l'Eter-
nel. — En somme, l'égoïsme ne cesse qu'au
moment où le « moi » se fond en un « toi ».
Ce « moi » et ce « 'oi », toutefois, ne se pré-
sentent pas dès que je me confonds dans l'en-
semble du monde. Dans ce cas, « Moi » et le
(( Monde », c'est toujours moi et moi seul; le
monde ne sera une Réalité pour moi que lors-
qu'il sera devenu lui-même ce « toi » pour mon
sentiment, ce qui n'arrivera qu'avec l'appari-
tion de l'individu aimé (i). Cette apparition peut
se réitérer dans l'enfant, dans l'ami ; seulement,
nous n'aimerons jamais entièrement l'enfant et
l'ami que si nous avons déjà pu aimer, ce que
l'homme, par exemple, ne peut apprendre que
de la femme. Il est bien certain que l'affection
pour l'enfant ou pour l'ami n'est qu'un pis-aller
qui ne se révèle qu'à ceux qui ont été complè-
tement heureux dans l'amour sexuel ; cette
affection n'est après tout qu'une preuve de la
pluralité de la nature humaine, qui va jusqu'à
(i) Tout ce passage, du plus haut intérêt, est à rap-
procher du poème de Tristan, où Wagner, scène du
deuxième acte entre Tristan et Iseult, reproduit des
idées très voisines de celles qu'il expose ici.
nous offrir des anomalies, anomalies de l'espèce
la plus ridicule comme du caractère le plus tra-
gique.
Mais assez ! Je me risque à t'adresser cette
confession dans ta solitude, sans craindre de
provoquer ta tristesse en te communiquant mes
pensées. Non seulement toi, mais moi aussi,—
nous tous, — nous vivons en ce moment dans
des circonstances et des relations qui ne sont
que des succédanés, des pis-aller; pour toi non
moins que pour moi, la vie vraie, réelle, n'est
qu'une représentation, un Désir. J'ai dû atteindre
ma trente -sixième année avant de découvrir ce
qui est le fond de mon besoin d'art : jusqu'à ce
jour, l'art m'était appani comme le but, la vie
comme le moyen. Par malheur, cette décou-
verte a été tardive ; seules des épreuves tragiques
ont pu répondre depuis à mes nouvelles impul-
sions vitales. Plus nous regardons au fond du
monde actuel, plus nous devons nous con-
vaincre que l'amour est aujourd'hui impossible;
un de mes amis a pu, par exemple, en s'adres-
sant aux Allemands, s'écrier avec toute raison :
« Vuus ne savez rien de l'amour : comment
pourraient-ils aimer, des hommes qui n'ont
aucune initiative de caractère? C'est une impos-
sibilité ! » — En somme, puisqu'il faut se contenter
d'un pis-aller, je n'en puis trouver de meilleur
que la conscience entière de l'état véritable des
choses, que l'aveu loyal de la vérité, même si
de cet aveu ne devait résulter pour nous aucun
autre profit que la fierté de la conscience
acquise, et la volonté, le désir d'indiquer à l'hu-
manité le chemin de sa rédemption en lui révé-
lant ces vérités. Ainsi, je l'accorde, nous nous
adressons de nouveau à l'ensemble de l'huma-
nité, mais seulement par nécessité, parce que
nous savons qu'isolément nul ne peut être
heureux et que chacun de nous ne se sentira
pleinement satisfait que lorsqu'il saura tous les
autres heureux. Tu vois que je me place ainsi
entièrement à ton point de vue. Seulement, ce
point de vue n'est pas pour moi le point final,
il n'est qu'un moyen, un acheminement vers mon
but : ce but, la plupart ne le reconnaissent jms
encore : je viens cependant de le définir, c'est :
rendre l'amour possible comme la plus entière
révélation de la RéaUté- Vérité ; l'amour, non
pas idéal, abstrait, insensuel {le seul qui nous
soit maiiitciidiit possible), mais l'amour du
« toi » et « moi ».
764
LE GUIDE MUSICAL
Aussi ne puis-je faire autrement que de con-
sidérer l'effort énorme de la race humaine et,
par conséquent, aussi toutes nos sciences
comme un moyen et un acheminement dont le
but, au fond, est ce résultat si simple et cepen-
dant si divin. Je respecte chacun de ces efforts,
je reconnais que chaque pas répond à une
nécessité : mais moi-même j'ai ce simple but
si clairement devant les yeux qu'il m'est impos-
sible d'en arracher de nouveau mon regard pour
prendre encore part à la lutte (au fond incons-
ciente de son but) : la détresse d'un grand
mouvement pourrait seule me conduire à cette
abnégation de moi-même ; je la saluerais avec
joie, si elle se produisait, comme la seule
rédemption pour moi.
Pourras-tu m'en vouloir, après cela, si j'ac-
cueille avec un sourire le conseil que tu me
donnes de me détourner de mes rêveries et de
mes divagations égoïstes, pour me consacrer à
la réalité, à la vie véritable et à ses aspirations ?
Je crois, au contraire, que je m'y consacre d'une
façon bien plus décisive, plus consciente, plus
directe en employant tous mes efforts, même
les plus douloureux, à la conquête et à la ma-
nifestation du principe énoncé plus haut. Toi-
même, tu devras me donner raison, lorsque je
me refuse à reconnaître sans réserve à Robes-
pierre la signification tragique qu'il a eue jus-
qu'ici pour toi. Ce type m'est antipathique au
plus haut point, parce que, dans les individua-
lités constituées comme la sienne, je ne puis
découvrir même le soupçon des aspirations de
l'humanité depuis qu'elle s'est éloignée de la
nature. Le tragique chez Robespierre, c'est
l'incroyable ineptie que montra cet homme,
lorsqu'arrivé au but de ses aspirations domina-
trices, il se trouva complètement inconscient de
son rôle, ne sachant que faire du pouvoir con-
quis par lui. Il devient tragique, parce qu'il
doit s'avouer cette nullité et qu'il succombe à
l'incapacité de faire quoi que ce soit pour le
bonheur de l'humanité. Aussi suis-je d'avis
qu'avec lui c'est justement le contraire de ce
que tu penses qui est la vérité : il n'avait
aucun but supérieur, en vue duquel il aurait pu
avoir recours à de mauvais moyens ; c'est juste-
ment parce qu'il n'avait rien en lui, parce qu'il
voulait masquer sa pauvreté, qu'il eut recours à
l'abominable guillotine ; car il est prouvé que
la « Terreur » fut employée comme système dé
gouvernement et instrument de domination
sans aucune passion, simplement par politique,
— c'est-à-dire pour des motifs étroits, d'ambi-
tion personnelle. En somme, ce très pauvre
sire, — qui n'eut d'autre ressource à la fin que
d'exhiber sa très vulgaire « vertu », — a pris
les moyens pour le but, et c'est ainsi qu'il en va
avec la plupart de . ces héros politiques qui
périssent de leur propre incapacité, si lamenta-
blement que bientôt, espérons-le, leur engeance
aura disparu complètement de l'histoire. — En
revanche, je maintiens que mon Lohengrin (du
moins, tel que je le conçois) exprime la plus tra--
gique situation du temps présent, c'est-à-dire
l'aspiration à quitter les plus hautes régions de
l'esprit pour les profondeurs de l'amour, le
Désir d'être enveloppé par le sentiment, ce
Désir que la moderne réalité ne peut encore
satisfaire.
Sur tout cela, au demeurant, je me suis
étendu assez longuement dans ma préface. Il
me resterait seulement à terminer ce qu'à mon
point de vue, je dois considérer comme indis-
pensable pour me rapprocher et rapprocher les
autres de ce but reconnu de l'humanité, — but
qu'il m'est personnellement interdit d'atteindre
parce qu'il est encore interdit à tous, — et cela
sans recourir aux moyens dont je n'ai plus le
pouvoir de me servir. C'est à cela que mon
art doit m'aider ; et l'œuvre d'art que j'ai dû
concevoir dans ce but, c'est mon poème des
Niheliingen.
(A suivre.)
Cbronique 6e la Semaine
PARIS
ous conseillons aux amateurs de par-
titions manuscrites et d'autographes
une visite à l'Exposition du Livre,
installée au premier étage du Palais de l'Indus-
trie ; elle renferme des documents du plus haut
intérêt. Dans une grande vitrine de la salle 28
(exposition rétrospective et documentai le),
M. Charles Malherbe a exposé une partie de la
collection qu'il a formée avec autant d'ardeur
que de bonheur. Notre aimable confrère ne se
contente pas d'être un érudit musicien et
LE GUIDE MUSICAL
765
d'écrire, soit seul, soit en collaboration avec
M; Albert Soubies, des ouvrages qui ont attiré
l'attention du monde musical : il suffirait de
citer les notices sur Esclaruiondc et Ascanio,
l'Œuvre dramatiqne de Richard Wagner,
l'Histoire de r Opéra-Comique et les Mélanges
sur Richard Wagner. Il s'est encore évertué
à recueillir, pour la plus grande gloire de l'art
musical, les riches épaves du passé.
Que de trésors dans cette vitrine de la
salle 28 ! Voici une cantate du grand Sébastien
Bach, curieuse par son écriture couchée, on
pourrait dire un peu maladroite; l'ouverture
d'Armide de Gluck, dont les notes sont lourdes,
appuyées; un quatuor de Cherubini avec cette
dédicace : « Par L. Cherubini pour son cher
(X... nom effacé', septembre 1828 » ; une sym-
phonie de Mozart (Salzbourg 1780), avec la
petite écriture maigre que l'on connaît. Baga-
telle,àe Beethoven, nous remet en mémoire les
pages manuscrites que possède le musée de
Bonn et dans lesquelles on distingue si claire-
ment l'impétuosité, la nervosité du Titan de la
musique. Plus loin, nous nous trouvons en
présence de la Marche funèbre d'Hector Ber-
lioz, tirée de la Symphonie funèbre et triom-
phale. Rien ne peut donner l'idée de la régu-
larité, de la netteté avec lesquelles le cher et
grand maître a écrit tout le début de la partition.
L'explication nous en est donnée peut-être dans
les lignes suivantes, écrites par lui au bas de la
première page :
(( Puisque tu veux savoir, mon cher d'Ortigue,
ce qui est de mon écriture dans cette partition,
va d'ici à la septième page; je me suis reposé
là. » A toi,
» H. Berlioz ».
Quelle élégance, quelle aristocratie s'entre-
voient dans cette Page d'album de Félix Men-
delssohn Bartholdy, datée de Londres, 10 juil-
let 1842 ! Comme l'écriture, si nette, si propre,
avec ses longs traits en doubles-croches, comme
la signature elle-même, si admirablement calli-
graphiée, correspondent bien au tempérament
de l'homme distingué que fut l'auteur du
Songe d'une nuit d'été!
Les tendances rêveuses et mystiques se font
jour, au contraire, dans cette « pièce pour
piano » du poétique Robert Schumann. L'écri-
ture est blanche.
N'est-ce pas tout un poème que ce duo de la
Favorite, arrangé pour deux violons par Ri-
chard Wagner? Page correctement écrite par
le futur révolutionnaire de l'opéra, forcé par la
misère à faire des copies et arrangements pour
les éditeurs !
Quel chemin parcouru depuis la Jérusalem
de Verdi, dont nous pouvons entrevoir la
grosse partition et qui fut donnée pour la pre-
mière fois, à l'Opéra de Paris, le 26 no-
vembre 1847, jusqu'à Otello, que l'Académie
nationale de musique va nous faire entendre !
Curieux est cet album, contenant divers
autographes de Spontini. La dédicace à
Mme Habeneck indique bien le tempérament
et le caractère du compositeur que Richard
Wagner nous peint dans ses Souvenirs comme
un homme pénétré de lui-même, sentencieux,
pompeux.
L'écriture et le style sont à l'unisson. Voici
cette dédicace :
« En offrant un hommage à M"^ Habeneck,
j'ai dû l'écrire dans l'idiome poétique de son
nom et en lui renouvelant le tendre langage de
son époux.
1) Paris, ce 16 mai 1846.
)) Spontini. »
En l'année 1846, Habeneck quittait la direc-
tion de l'orchestre de l'Opéra pour céder le
bâton de commandement à Girard.
Dans le manuscrit de Paganini, on dirait que
le Roi du Violon s'est servi d'un morceau de
bois trempé dans l'encre pour tracer les notes.
Mais que de manuscrits encore à énumérer!
Une Ballade pour piano de Fr. Liszt; la Ma-
zurka en si bémol de Chopin, d'une écriture
de malade ; l'A llegro appassionato de Rubins-
tein, dédié à M"e Caroline Openheimer ; les
Dragons de Villars d'Aimé Maillard; la Li-
berté éclairant le monde, partition de Charles
Gounod ; la Républicaine, marche à quatre
voix, composée pour les enfans {sic) de Paris,
par Adolphe Adam; Mignonne, mélodie de
Victor Massé, d'après Ronsard; deux airs de
ballet d'Hérold ; une pièce pour piano de Bel-
lini; la partition de Bruschino de Rossini
(quel régal 1); un Allegro pour un pas de ballet
d'Auber (écriture fine, lâchée, énamourée du
« Monsieur qui veut toujours chanter sa ro-
mance à Madafne ») ; les Voitures versées de
Boieldieu ; et enfin, des pages de Herz,
Cramer et Thalberg.
Nous remercions M. Charles Malherbe du
plaisir qu'il nous a procuré, des sensations
qu'il a réveillées en nous, au milieu de tous ces
curieux souvenirs d'antan.
Hugues Imbert.
A l'Opéra, on est tout aux dernières répéti-
tions d'Otello. Les quatres actes de l'œuvre ont
été répétés pour la première fois en scène, jeudi
soir, sans costumes mais avec les décors. Après
766
LE GUIDE MUSICAL
la répétition, il a été procédé au réglage de
chacun des décors, ce qui a prolongé la séance
jusqu'à une heure avancée de la nuit, L'ou-
vrage peut être, dès aujourd'hui, considéré
comme prêt. Il y aura une répétition avec cos-
tumes dimanche soir. La répétition générale
aura vraisemblablement lieu mardi, et la pre-
mière représentation serait, dans ce cas, donnée
le vendredi 12 octobre, c'est-à-dire vendredi
prochain. Il se peut, toutefois, qu'elle soit ajour-
née au lundi i5.
M. Ernest Reyer se trouvant, ces jours-ci,
dans l'antique cité des Baux, termina son pè-
lerinage par une visite à Mistral, dont le petit
village, Maillane, n'est situé qu'à quelques
lieues des illustres ruines.
Il se pourrait qu'à la suite de cette visite —
et nous tenons le renseignement de bonne
source, — l'auteur deSigicrdet de Salammbô,
qui est lui-même Provençal, écrivît un opéra
sur la Reme Jeanne, le dernier poème publié
par Mistral.
M. Alfred Bruneau, le compositeur du Rêve
et de VAttaqiie dti moîdin, travaille, en vue de
l'Opéra, à une œuvre lyrique sur un poème
de M. Emile Zola.
Plusieurs journaux ont annoncé à ce propos
qu'il s'agissait de la Faute de l'abbé Monret,
dont le sujet aurait été adapté, sous une forme
moins moderniste que celle du roman, au cadre
de l'Opéra. Mais ce renseignement est inexact.
Depuis longtemps, M. Massenet est en pos-
session d'une autorisation de M. Zola concer-
nant l'adaptation lyrique de la Faute de l'abbé
Mouret.
La vérité, c'est que le drame lyrique de
M. Emile Zola que jouera l'Opéra et dont
M. Alfred Bruneau va écrire la musique, n'est
tiré d'aucun roman.
Il a été écrit spécialement en vue de l'Aca-
démie nationale de musique et sera en quatre
acte et cinq tableaux.
Le Czar a envoyé à MM. P. Gailhard et
Bertrand, directeurs de l'Opéra de Paris, la
croix de seconde classe de l'Ordre de Saint-
Stanislas.
BRUXELLES
Pourquoi et pour qui la reprise de Roméo et
Jiiliette donnée, cette semaine, à la Monnaie ?
Non pour l'œuvre, sans doute, car elle a, dans
ces dernières saisons, figuré très suffisamment
au répertoire de notre scène lyrique, et Faust
et Mireille y ont tenu également une place
assez large pour qu'on pût se dispenser de nous
rendre, cette année encore, un opéra où Gou-
nod a si libéralement reproduit les inspii'ations
de ses deux chefs-d'œuvre. Est-ce alors pour la
principale interprète, M"^ Simonnet, dont les
affiches s'obstinent à mettre le nom en vedette,
comme s'il s'agissait d'une chanteuse de grande
vogue, en représentations ? La gracieuse artiste
appartient cependant à la troupe régulière.
Dès lors, pourquoi ce traitement de faveur, au-
quel d'autres plus qu'elle, semble-t-il, pourraient
prétendre ?
Quoi qu'il en soit, M"« Simonnet n'aura pas
retrouvé dans l'œuvre de Gounod le succès,
peut-être exagéré, qu'on lui faisait récemment
dans la Traviata. Son talent apprêté n'a pu
donner au personnage de Juliette le cachet
d'ingénuité, de charme naturel qui lui convient.
Son exécution vocale n'a pas eu non plus la
douceur poétique que réclament les pages ten-
dres et amoureuses de la partition. Enfin, cette
affectation, cette recherche, dans le jeu comme
dans le chant, que nous soulignions récem-
ment, semblent avoir frappé, cette fois, maints
spectateurs — et maints critiques — qui s'y
étaient montrés tout d'abord peu sensibles, et
cela aussi a nui au succès de M"^ Simonnet,
dont nous reconnaissons d'ailleurs volontiers
le très joli, mais très superficiel talent.
M. Bonnard, que l'on dit dans des disposi-
tions vocales actuellement peu favorables, a eu
de fréquents écarts de justesse dans les pre-
mières scènes de l'œuvre : sa voix, qui s'est
échauffée par la suite, avait peine à atteindre
les notes élevées du rôle de Roméo, et, en de
nombreux endroits, il a chanté trop bas d'une
manière sensible. Souhaitons que cet artiste
consciencieux, dont les débuts avaient été si
satisfaisants, trouve prochainement l'occasion
d'une, revanche de ses demi-succès dans la
Traviata et Roméo.
Les rôles de Capulet et de frère Laurent,
joués précédemment par MM. Seguin et Di-
nard, n'ont pas gagné à changer d'interprètes.
M. Sentein, dans le premier, a manqué de
noblesse et d'autorité, et sa voix claironnante y
a déployé un luxe de vibrations bien fatigant
pour l'auditeur.
Le rôle de frère Laurent servait de début à
une nouvelle basse, M. Journet, qui possède
une voix puissante, mais qui a trop cherché à
le prouver; c'était là, semble-t-il, en cette pre-
mière apparition, sa préoccupation unique ;
nous apprécierons donc une autre fois s'il pos-
sède les qualités de style et de diction sans
lesquelles son organe vigoureusement timbré
ne saurait procurer de réelles impressions d'art.
Décidément, la troupe actuelle compte de
belles et fortes voix ; sous ce rapport, nous
aurions mauvaise grâce à nous plaindre. Mais
les vrais talents y sont-ils aussi nombreux, et
nos directeurs, dans le choix de leurs pension-
LE GUIDE MUSICAL
767
naires, n'ont-ils pas souvent sacrifié les qualités
artistiques à l'éclat et à la puissance de l'or-
gane ?
Nous allions oublier Mi'<= Girard, qui, d'ail-
leurs, ne doit pas être classée dans la catégorie
des « belles et fortes voix )),à en juger par
l'exécution timide et mal assise qu'elle a donnée
de la sérénade du page Stephano. Pourquoi
donc en avait-elle supprimé un couplet ? Elle
eût, sans doute, trouvé dans le second l'occasion
de racheter l'impression malencontreuse qu'a
laissée le premier, dont elle nous a fait entendre
une version toute nouvelle, à laquelle certaines
modulations, vraiment hardies, donnaient un
cachet de modernisme peut-être exagéré.
L'œuvre de Gounod, ainsi interprétée, n'a
pas soulevé grand enthousiasme, et l'on eût
certes mieux fait de nous laisser sous le souve-
nir des exécutions antérieures.
A bientôt, jeudi ou samedi, la reprise de Tris-
tan et Iseult. J. Br.
Les Concerts populaires, sous la direction de
M. Joseph Dupont, ne tarderont pas à rouvrir
leur saison. La première matinée aura lieu pro-
bablement en novembre. La deuxième est dès à
présent fixée au g décembre ; elle aura lieu avec
le concours de M. J. Philipp, l'excellent pia-
niste parisien déjà vivement applaudi il y a
deux ans aux Concerts populaires. M. Philipp
exécutera la symphonie Cévenole de Vincent
d'Indy et les Variations symphouiques de
César Franck.
Par arrêté de M. le ministre de l'intérieur
et de l'instruction publique, M. Alfred Wot-
quenne est nommé secrétaire-adjoint au Con-
servatoire royal de Bruxelles, en l'emplacement
du regretté Louis de Casembroot . M .Alfred Wot-
quenne est maîti'e de chapelle à l'église Saint-
Nicolas, élève de M. Alphonse Mailly et de
M. Gevaert.
A propos du Conservatoire, disons que la
commission des beaux-arts s'est occupée ré-
cemment de la question de l'agrandissement
des locaux, devenus insuffisants par suite de
l'accroissement de la population scolaire.
La commission a chargé M. l'architecte Van
Ysendyck de dessiner les plans d'un complé-
ment de bâtisse, et ceux-ci viennent d'être sou-
mis au gouvernement. Le coût serait de
220,000 francs. On empiéterait sur la cour
fleurie fermée par la grille de la rue de
la Régence et l'on relierait les deux ailes par un
bâtiment à front de rue, mais plus élevé d'^un
étage que les deux ailes.
Un large fronton dominerait cette nouvelle
construction centrale, où seraient installés de
nouvelles classes et le Musée instrumental.
Une nouvelle qui intéressera les vrais ama-
teurs de musique : le dimanche 25 novembre,
l'illustre violoniste Joachim viendra se faire
entendre à Bruxelles, à la Grande-Harmonie,
dans un concert organisé par la maison Breit-
kopf et Hsertel. Dans le même concert, se
feront entendre aussi l'excellent pianiste Max
Pauer, de Cologne, et M"e Julia Milcamps.
Le jury de l'Exposition d'Anvers vient de
conférer à la maison Schott un diplôme de mé-
daille d'or pour son installation dans la
classe i3 (musique et éditions d'ouvrages de lit-
térature musicale).
Nous recevons du comité de la presse à
r Exposition d'Anvers le communiqué suivant,
que nous reproduisons dans toute son anver-
soise candeur :
« Le 10 octobre prochain aura lieu dans la
grande salle des fêtes de l'Exposition d'Anvers
une grande solennité musicale. Monsieur Motll,
directeur de la musique de lacouràKarlsruhe(?)
et premier chef d'orchestre du Théâtre royal (!)
de Bayreuth, dirigera l'orchestre de l'Exposi-
tion, considérablement renforcé. Notre illustre
concitoyen Monsieur Ernest Van Dyck, du
Théâtre-Impérial de Vienne et du Théâtre
royal {\) de Bayreuth, prêtera à ce festival wag-
nérien le concours de son grand talent. Nous
ferons connaître d'ici à peu de jours la composi-
tion du programme de cette audition musicale
exceptionnelle ! »
CORRESPOND A NCES
AN'VERS. — L'événement musical 'Je la
semaine a été, sans contredit, le superbe
concert qu'est venu donner, à l'Harmonie, l'Or-
chestre philharmonique de Berlin. La phalange
symphonique que dirige avec une grande autorité
M. Fr. Mannstaedt, est remarquable à plus d'uu
point de vue. Il y a d'abord les effets de sonorité,
vraiment étonnants, que produisent ces soixante-
cinq musiciens, qui ont exécuté entre autres l'ou-
verture de Riemi, avec un éclat inaccoutumé, im-
primant à cette page wagnérienne, souvent dis-
cutée, mais aussi souvent interprétée à l'italienne,
un cachet de grandeur qui entre bien dans le
caractère de l'œuvre.
Le prélude et finale de Tristan, une des pages,
peut-être les plus émouvantes qu'ait écrites
R. 'Wagner, a transporté la salle entière dans un
mouvement spontané d'enthousiasme. L'exécution
en a été irréprochable.
La symphonie en lu majeur de Beethoven, avec
ses motifs si frais, a été rendue avec infiniment
de délicatesse. Si l'orchestre berlinois parvient
768
LE OVIDE MUSICAL
à rendre les nuances les plus éclatantes, les
derniers degrés, du pianissimo ne lui sont pas
moins familiers.
On était curieux de savoir quelle serait l'inter-
prétation que donnerait M. Mannstaedt à la
Danse macabre de Saint-Saens, étant connu le carac-
tère essentiellement français de cette page origi-
nale. Eh bien, ce morceau a été, pour l'exécution,
un des gros succès de la soirée.
Comme soliste, M. Simon van Beuge s'est fait
entendre dans un concerto de Davidoff. Le jeune
violoncelliste a des qualités sérieuses, qui lui ont
permis de rendre avec clarté cette œuvre diffi-
cile.
Voici la saison brillamment inaugurée, grâce
à l'intelligente initiative de la direction de l'Har-
monie,
A l'Exposition, les auditions commencent à se
faire plus rares. Il y en a pourtant qui méritent
d'être citées.
A la section française (pianos Erard), nous avons
entendu M"" Van der Haegen, une élève de feu
Aug. Dupont. L'artiste a exécuté plusieurs com-
positions de son maître, ainsi qu'une brillante,
mais peu intéressante Polonaise de Rubinstein. Une
jolie Berceuse de A. Béon, le sympathique repré-
sentant de la maison Erard en Belgique, a été
très goûtée. On retrouve chez M""-' Van der Haegen
les qualités qui ont toujours caractérisé l'école de
Dupont.
Un jeune pianiste italien, M. Llorca, s'est fait
entendre plusieurs fois dans le salon de la sec-
tion russe. Nous ne pouvons affirmer que le choix
ait été fort heureux; non seulement une séance
musicale donnée au milieu de ces mille bibelots
étalés pour la vente, manque de décorum, mais
encore, l'instrument ne se trouvant pas sur une
estrade, les effets de sonorité voulus ne peuvent
être obtenus. L'artiste a des qualités, jouant avec
une extrême aisance les compositions, assez
démodées, de Ketten et Gothchalk. H. W.
(^ AN D — Les cinq représentations données
3r jusqu'ici au Grand-Théâtre permettent de
juger assez exactement la plupart des artistes de
la troupe. La direction s'est engagée à donner le
grand opéra, l'opérette et accessoirement l'opéra
comique.
Dans la troupe de grand opéra, les noms de
MM. Gauthier, Carroul et de M"'« Kériva sont à
signaler hors de pair.
M. Gauthier, fort ténor, se sert habilement d'un
riche organe. On pourrait lui reprocher, peut-être,
une tendance au colpo di gola, mais ce n'est pas là
péché mortel aux yeux d'un public de province.
Cet artiste, qui s'est révélé dans la Juive acteur de
goût, s'est attiré déjà la faveur générale. Je crois
que l'on ferait sagement de le ménager quelque
' peu : en l'espace de sept jours, il a chanté cinq
fois : la Juive (deux fois). Aida (deux fois) et Lucie.
Or, l'emploi de fort ténor ne va pas, on le sait,
sans une dépense notable de vigueur physique, et
les forces humaines ont des limites.
Pour M. Carroul, baryton, je répète ici ce que
disait ma dernière correspondance : voix étendue,
et égale, phrasé net, science parfaite de l'art
scénique. Je n'oublie pas cependant que M. Car-
roul n'a paru que deux fois encore, dans le mêniÉ
ouvrage {Aida).
M™° Kériva, forte chanteuse falcon, possède
une voix pure, au timbre agréable, et une diction
correcte : c'est de plus une intelligente comé-
dienne. Une remarque : M""' Kériva a le défaut
de chanter trop bas; il s'en faut d'une minime frac-
tion de ton, sans doute, mais cela suffit poui
agacer une oreille exercée. Peut-être est-ce là
l'effet de notre joli climat auquel cette artiste paye^
en ce moment son tribut, paraît-il, sous forme d'un i
fort enrouement.
M"*^ Lecuyer, chanteuse légère : voix exercée,
d'un timbre joli, grande facilité pour les vocalises,
gentille comédienne... mais la voix manque un
peu de volume, et le public en parait contrarié.
Pourtant, les Gantois, qui sont gens d'esprit — per-
sonne n'en a jamais douté, — disent apprécier les
artistes ne criant pas... Leur logique, sans doute,
aura évolué. Coquin de progrès, va !
M™" Fremeau, contralto, a des notes fort belles,
mais dans le haut seulement. Le médium et le bas
existèrent jadis, presque naguère... peut-être.
M. Duvernet, baryton : la voix est juste et ne
déplaît point, encore qu'elle soit un peu faible, et
la méthode est suffisante. Cet artiste conscien-
cieux paraît devoir fort bien convenir pour
l'emploi dont on l'a chargé.
M. Vallobra, basse, a paru dans Aida et dans la-
Juive : le grand air du premier acte de ce dernier
ouvrage semble démontrer que cet artiste manque
d'expérience et d'oreille (il chanta, d'un bon demi-
ton, trop bas). La voix est lourde, peu profonde, et
la prononciation confuse.
M. Coumont, que nous connaissons depuis l'an ■
dernier, est un jeune et déjà expert ténorino, .
qui manie adroitement un gentil filet de voix.
Cependant, on aurait tort, je pense, de lui confier;
des personnages comme celui de Léopold (la-
Juive), bien au-dessus de ses forces. On a fait bon.i
accueil à cet artiste aimé, mais il serait insensé-;
de chercher le péril. Même observation pouri
M™" Tachel, qui s'est produite dans le rôle écra-
sant de Rachel. Ceci ne veut pas dire, je le répète,
que ces artistes soient inférieurs, mais signifie quei
personne ne doit forcer leur talent.
Quant à la troupe d'opérette, elle donna, lundi,
une représentation approximative, j'allais dire fort
médiocre, de Boccace. On peut être plaisant sans
trivialité et comique sans platitude. J'excepte du
reproche M. Coumont, et je passe. Il 3' a là une
éclatante revanche à prendre.
M. Nicosias, premier chef d'orchestre, semble
expérimenté et scrupuleux. J'avoue ne point
aimer, — mais là, point du tout, — les nuances
qu'il apporte, sous couleur de « tradition ita-
LE GUIDE MUSICAL
769
iienne »,dans l'interprétation de certains ouvrages
Aïda, Lucie).
Les petits emplois, généralement, sont bien
tenus; les chœurs ne vont pas mal, et le corps de
ballet parait en vouloir faire autant.
Un bon point à M Martini, directeur, qui est
vraiment animé des meilleures intentions. Il nous
a promis maintes nouveautés, et voici que, déjà, il
; tient. Vendredis novembre, première représenta-
■ tion en Belgique de Phryné, le très délicat opéra
[comique de Saint-Saëns. A dimanche quelques
notes sur ces deux actes exquis. L. D. B.
NOUVELLES DIVERSES
Les représentations wagnériennes de Munich
viennent de prendre fin. M. André Hallays, qui a
envoyé au Journal des Débats des notes très inté-
ressantes sur ces représentations, résume en ces
termes ses impressions sur l'ensemble.
« Jusqu'à la fin des « cycles », il y a eu de bonnes
et de mauvaises soirées. Certaine représentation
des Maîtres Chanteurs a même été lamentable. Je
n'ai jamais vu cette œuvre aussi cruellement défi-
gurée. Je crois bien que c'est le pitoyable efïet de
cette exécution qui a décidé le directeur du théâtre
de Munich à supprimer les représentations de
Tristan et des Maures Chanteurs d'abord annoncées
pour la fin du dernier u cycle » et à les remplacer
par Lohengrin et Tannhattser prudemment affichés
aux prix ordinaires du théâtre. En revanche, la
dernière série du Ring a été remarquable. M. Lévi
dirigeait. M. Alvary taisait Siegfried. M"" Ternina
faisait Brunnhilde. Qui n'a pas entendu la prodi-
gieuse symphonie du iîî«§, comprise et rendue par
Hermann Lévi, trouvera toujours un peu ridicule
la fureur d'enthousiasme où elle jette les specta-
teurs les plus rebelles et les plus froids. Qui l'a
entendue jugera que tous les adjectifs et toutes les
exclamations sont bien misérables pour exprimer
les jouissances qu'ils doivent à cet admirable
interprète de Richard Wagner. Hermann Lévi
reviendra cet hiver à Paris où, de nouveau, il con-
duira l'orchestre du Châtelet. Remercions M. Co-
lonne d'avoir voulu nous procurer cette joie. »
M. Hallays fait surtout au très grand éloge de
M"» Ternina, dans le rôle de Brunnhilde ;
« D'un bout à l'autre de ce rôle, elle est une
femme, rien qu'une femme pitoyable, amoureuse,
oublieuse de son passé divin... Si Brunnhilde est
ainsi représentée, la conception dramatique de
Wagner éclate dans toute sa beauté et dans toute
sa simplicité. Pour la bien faire entendre, le jeu
et la voix de M"" Ternina valent mieux que vingt
volumes des exégètes les plus ingénieux ».
Autre observation à propos des interprètes :
« Ceux-ci sont tous des chanteurs d'opéra et très
peu d'entre eux ont le sens de la déclamation et
de la mimique qui conviennent aux œuvres
wagnériennes. Richard Wagner en avait formé
quelques-uns : ils sont morts ou fourbus. Il faudra
bien- que quelque jour on s'aperçoive que les
drames de Wagner sont des drames et qu'en char-
geant des chanteurs d'opéra de les exécuter, on
arrive simplement à briser la voix de ces infortunés
sans obtenir d'eux une interprétation satisfai-
sante I).
« En somme », conclut M. Hallays, « lorsqu'on
a entendu le Ring, ne fût-ce qu'une seule fois, on
est tellement frappé par l'unité du drame et la
continuité de la symphonie qu'on se sent pris de
colère contre les barbares qui osent en isoler les
épisodes et en déchirer la trame, deux fois bar-
bares, car ce sont les scènes essentielles, les
scènes en quelque sorte vitales de la composition
de Wagner qu'ils saccagent. Ici, du moins, les
quatre parties du Ring sont données de suite sans
qu'on se permette d'en supprimer une mesure.
Enfin, avouons-le, la plus mauvaise des représen-
tations du théâtre de Munich donne encore
d'inappréciables jouissances, si l'on songe aux
sinistres soirées de l'Opéra, où des Toulousains
hurlent des poèmes de Victor Wilder, tandis que,
sous la direction indulgente d'un flûtiste fatigué,
des instrumentistes distingués, mais somnolerits,
font entendre des harmonies très vaguement
wagnériennes. i)
Suite du différend Leoncavallo-CatuUe Mendès :
A la suite de la réclamation portée devant la
Société des Auteurs dramatiques par M. Catulle
Mendès qui se prétend spolié par l'auteur des
Pagliacci, la Société a offert son arbitrage à
M. Leoncavallo et à M. Sonzogno, éditeur. Cette
ojïre était faite à l'éditeur pour le cas où, par traité,
il aurait acquis tous les droits et toutes les respon-
sabilités de l'auteur. Si ces Messieurs avaient
accepté l'arbitrage proposé — on sait que les sen-
tences de la Société sont sans appel, — l'affaire se
serait terminée promptement et sans procès.
Mais M. Leoncavallo n'a pas accepté l'arbi-
trage. M. Leoncavallo envoie, au contraire, aux
journaux de Paris, le texte des lettres qu'il avait
précédemment communiquées à la commission
des Auteurs. Dans l'une, adressée à M. Sonzo-
gno, il aifirme qu'il ne connaissait, lorsqu'il écrivit
les Pagliacci, ni la Femme de Tabatin de M. Catulle
Mendès, ni le Drame nouveau de l'auteur espagnol
Estebanez, qui date de i83o. Il établit ensuite les
différences de ces trois œuvres et il ajoute :
K Pagliacci est à moi, bien à moi, entièrement à
moi. » Dans la seconde lettre, adressée à M. Ca-
tulle Mendès, l'auteur des Pagliacci reprend les
mêmes arguments et maintient les mêmes affirma-
tions.
M. Leoncavallo fait observer, en outre, qu'on
a joué à l'Opéra un opéra intitulé Tabarin, qui est
de MM. Paul Ferrier et Emile Pessard, et il
ajoute : « M. Ferrier, parce qu'il est Français, a le
droit d'avoir la même idée que M. Catulle Men-
dès, pendant que ce droit m'est refusé, à moi, Ita-
lien. )) Il termine en disant : « Puisque M. Men-
dès persiste à croire que le drame d'Estebanez est
à lui, les tribunaux jugeront. »
Le procès ne peut manquer d'être intéressant.
770
LE GUIDE MUSICAL
Pendant un récent séjour à Ischl, Brahms a
écrit deux sonates pour clarinette et piano, en
fa mineur et en mi majeur ; elles ont été inter-
prétées, pour la première fois, par l'auteur lui-
même avec un clarinettiste de Meiningen,
M. Mlihlfeld, en présence du duc et de la
duchesse de Meiningen. Les deux nouvelles
œuvres du grand symphoniste seraient mer-
veilleusement belles.
BIBLIOGRAPHIE
Les éditeurs Mackar et Noël, à Paris, viennent
de faire paraître toute une nouvelle série de mor-
ceaux nouveaux et d'arrangements des œuvres de
Tschaïkowsky et de Charles Lenepveu, transcrites
par Albert Lavignac. Signalons principalement la
Romance de Pauline et le duetto tirés de l'opéra la
Dame de pique de Tschaïkowsky.
Chez les mêmes éditeurs, deux petites pièces
pour violon, avec accompagnement de piano, de
J. Danbé : Canzonetta et Petite Valse, et une Marche
triomphale d'Aug. Vincent, transcrite par Francis
Thomé. Enfin, un Ave Maria pour mezzo-soprano
ou ténor, par Georges O'KelIy.
Toutes ces nouveautés sont appelées à des
succès divers.
NÉCROLO GI E
Est décédé :
A Suresnes (Seine), à la maison de santé du
docteur Meilhan, Victor Koning, l'ancien directeur
du théâtre du Gymnase.
Il avait débuté au Diogéne de Varner, puis il
avait donné successivement des nouvelles de
théâtres et des chroniques au Figaro, au Nain-
Jaune, au Paris- Journal. Il avait collaboré au livret
de la Fille de M™" Angot et à une vingtaine de
comédies, revues, vaudevilles ou drames : la Mère
Gigogne, le Régénérateur, les Supplices des femmes.
Canaille et O», etc. En 1875, il prit la direction de la
Renaissance et commença la série- de >ses succès
avec la Petite Mariée, la Marjolaine, Girojlé-Girofla,
le Petit Duc, etc.
Les premières années furent encore plus heu-
reuses au Gymnase, avec le Maître de forges et Serge
Panine, d'Ohnet; un Roman parisien, d'Octave Feuil-
let; Monsieur le Ministre, de Claretie ; Sa/ /io, d'Al-
phonse Daudet; VAbhé Constantin, de Crémieux et
de Decourcelle, etc. ; mais bientôt arrivèrent les
mauvaises années, et Koning acheva sa ruine au
théâtre de la rue Boudreau, la Comédie-Pari-
sienne.
Victor Koning avait épousé en 1884 M°'^ Jane
Hading, dont il était divorcé depuis six ans, et en
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ment, très bien conservé 5oo »
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Un Tononi, violon italien 7S0
Un Jacobus-Stainer 5oo
Un violon ancien, instrument attribué
au même luthier 3oo
Un Vuillaume (imitation Maggini) . . 2S0
Un violon Klotz 2S0
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LE GUIDE MUSICAL
771
l863 une autre de ses pensionnaires, M""' Raphaële
Sisos, divorcée elle-même.
— La famille Schott nous prie, et nous le faisons
volontiers, d'exprimer ses bien vifs remerciments
pour les témoignages de sympathie qui lui ont été
prodigués à l'occasion de la mort de M. Pierre
Schott.
Elle nous prie également de l'excuser auprès
des personnes qui, par oubli n'auraient pas reçu
de faire-part.
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enchantée. Czar et Charpentier. La Walkyrie Mara
et la Fiancée vendue. Le Prophète. Premier concert
de la Chapelle royale. Freischûtz. Le Prophète Don
Juan.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 3o septembre
au 6 octobre ; Le Prophète. Aida. Roméo et Juliette.
Faust. Orphée. Werther. Relâche.
Jeudi ou samedi : Reprise de Tristan et Iseult.
Alcazar royal. — Spectacle-concert.
Empire-Palace — Spectacle-concert.
Paris
Opéra — Du 3o septembre au 8 octobre : La Walkyrie.
Thaïs, la Korrigane. Salammbô. Faust.
Opéra-Comique. — Du 3o septembre au 8 octobre ;
Mignon Manon. Falstaff.
Vienne
Opéra. — Du i" au 8 octobre : Iphigénie en Aulide.
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Réponses » 75
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N" I. Simplicité.
N" 2. Insouciance
N" 5 . Quiétude .
N° 4. Souvenir ,
N° 5. Mélancolie
N" 6. Allégresse.
Hermann, Rob. Petites
Variations pour rire, com-
posées sur sept notes
Jebin-Prume. Romance .
Tballon, R. Romance .
Ventb, G. Trois morceaux :
N" I. Chanson sans paroles
N" 2. Chanson du soir .
N» 3. La Sérénata .
— Deux Rhapsodies :
No I. Sur des motifs écossais
No 2. Sur des motifs sué-
doix
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Pangaert d'Opdorp, L.
Mélodie i
— Souvenir de Spa lAnnette
et Lubin), pour violoncelle
et hautbois 2
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I 75
I 75
I 90
I 75
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I 35
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et piano
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criptions pour mandoline
et piano
No
No
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No
No
No
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de fauvette.
2. Cziéii/Aa, /!., Gavotte
Stéphanie .
3. » de la Princesse .
^. Dupont, A., Chanson
5. Faucheux, Nocturne.
6. " Rêverie .
7. Flon, P., Le Temps
des roses .
S.Holhnan,J .Chanson
d'amour.
9. Ludovic, Marguerite
o. » Rêve d'un
• ange
1 75
2 5o
1 75
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40'' année 14 Octobre 1894 numéro 42
SOMMAIRE
E. S. — Festival de Birmingham.
Richard Wagner. — Lettres à Auguste
Rceckel (Traduction de M. Maurice Kufferath).
Hugues Imbert. — Ambroise Thomas et
Giuseppe Verdi.
t£i]rontquc ùc la Semaine : Paris : Première à'Ofello
à l'Opéra. — Nouvelles diverses.
Bruxelles : Reprise de Tristan et Iseidt, J. Br. —
Concerts de la saison.
(Horrcsponbaïucs : Amsterdam. — Anvers : Euryanihe
au Théâtre-Flamand ; Félix Mottl. — Gand : Pre-
mière de Phryné. — Lille. - Luxembourg.
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PARAISSANT LE DIMANCHE
14 Octobre 1894.
LE FESTIVAL DE BIRMINGHAM
Londres, le 8 octobre 1894.
E viens d'assister à ce festival en
quatre journées, qui a lieu tous
les trois ans et dont voici le pro-
gramme :
Première journée, matin : Elie, Mendelssohn.
Soir : Te Deum de Berlioz; symphonie n° 2
de Brahms; air à' Alexandre de Haendel (M™=
Henschel); ouverture nautique Britannia de
Mackenzie; monologue et duo des Maîtres
Chanteurs de R. Wagner (M. et M™" Hen-
schel) ; Rhapsodie n° 4 de Liszt.
Deuxième journée, matin : Oratorio le Roi Saiïl,
composé expressément pour ce festival par
M. Hubert Parry, dirigé par l'auteur.
Soir : Cantate posthume le Cygne et V Alouette
de Goring Thomas; Lohgesang de Mendels-
sohn; ouverture In Memoriam de sir A. Sul-
livan.
Troisième journée, matin : Messie de Haendel.
Soir : Ouverture pour Egmont de Beethoven ;
Siahat Mater ^ composé expressément pour ce
festival par • G. Henschel, dirigé par l'auteur ;
symphonie (fragment) en si mineur de Schu-
bert; Rhapsodie pour contralto solo, chœur
d'hommes et orchestre (chantée parM'^^Brema);
ouverture : Htisitska de Dvorak.
Quatrième journée, matin : Messe solennelle en ré de
Chérubini; scène du Vendredi-Saint de Par-
sifal de Wagner; symphonie en mi bémol de
Mozart.
Soir : Ouverture de Tannhauser, Wagner ;
Faust, troisième partie, de Schumann ; Syiii-
phonie n° ç, avec chœur, de Beethoven.
L'orchestre, de cent vingt-huit musiciens,
se composait des meilleurs instrumen-
tistes de Londres ; le chœur, d'environ
quatre cents chanteurs, venait en partie de
Birmingham même, en partie des villes
environnantes, le tout sous la direction de
H ans Richter.
L'impression que j'ai rapportée de cette
fête est que les Anglais, s'ils ne comptent
pas encore comme musiciens créateurs,
sont du moins, comme exécutants, parve-
nus à se placer au tout premier rang, et je
ne sais même pas s'ils ne sont pas les meil-
leurs que nous ayons aujourd'hui. La supé-
riorité de l'orchestre que je viens d'enten-
dre ne résulte pas seulement de l'excellence
des artistes qui en font partie, elle est une
conséquence de la richesse du pays, de la .
qualité absolument hors de pair de leurs
instruments. De là, une beauté de son
dont on ne trouverait l'équivalent nulle
part. Et que dire du choeur ! L'Angleterre
est, par excellence, le pays des grandes
exécutions chorales; les voix humaines y
sont d'un timbre, d'une sonorité, d'une pu-
reté exceptionnels. La fraîcheur, l'ampleur
et la justesse des soprani, dans les regis-
tres aigus, sont absolument surprenantes
et l'on ne peut assez admirer l'ardeur, la
persévérance, l'enthousiasme de tout ce
monde, qui se sont maintenus inébran-
lables pendant toute la durée de cet
énorme programme.
Les solistes principaux aussi, quelques
uns de nationalité anglaise ou anglo-améri-
caine, les autres allemands ou français :
jVjmes Albani, Brema (la Kundry et l'Or-
trude de Bayreuth, de cet été), M. et
Mni' Henschel, le ténor Lloyd, les barytons
Oudin et Black, peuvent être cités parmi
les premiers du monde.
Le clou du festival a été la Neuvième
Symphonie de Beethoven. Au point de vue
de la grandeur et de la perfection absolue,
l'exécution a laissé loin derrière elle toutes
celles auxquelles j'avais assisté jusqu'à pré-
780
LL GUIDE MUSICAL
sent, et cela dans les pays les plus divers.
Parmi les œuvres chorales, à part cette
symphonie, les impressions les plus pro-
fondes ont été produites par le Te Detim de
Berlioz (peut être le chef-d'œuvre du maître
français) et la Messe solennelle en ré mineur
de Chérubini. Pour beaucoup, cette der-
nière a été une révélation. Que de fois
n'entend-on pas dire de la musique de
Chérubini qu'elle est froide et démodée !
Combien ce reproche est injuste, c'est ce
qu'a démontré clairement l'exécution de
Birmingham. Cette messe atteint, à l'aide
de moyens en apparence les plus simples,
à ce que nous possédons de plus noble,
de plus grand dans l'art musical. La forme
vraiment classique, la facture claire et
transparente, la profondeur du sentiment,
la manière supérieure et spirituelle de trai-
ter l'orchestration et les parties vocales,
tout contribue à faire de cet ouvrage un
vrai chef-d'œuvre. Il était curieux de voir
Chérubini et Berlioz, ces deux- antago-
nistes d'autrefois, se rencontrer côte à côte
sur un même terrain, comme ici, et pro-
duire, malgré leurs styles si divergents,
leurs effets si différents, une impression
également vive.
Je n'ai pu, malheureusement, assister à
l'exécution du nouvel oratorio le Roi Saûl
de l'excellent compositeur anglais Hubert
PaiTy, mais on m'a dit que cet ouvrage a
été chaleureusement applaudi par le public.
L'œuvre est, dit-on, pleine de beautés,
mais, malheureusement, un peu traînante
par sa longueur démesurée.
Quant au Sabat Mater de M. Henschel,
c'est l'œuvre de l'artiste habile et versatile
que nous connaissons. Avec lui, il ne peut
être question d'un style original; la fré-
quence des modulations extraordinaires et
cherchées produit chez l'auditeur un sen-
timent de monotonie et de fatigue.
Parmi les morceaux pour orchestre seul,
il faut noter comme véritables merveilles
d'exécution les symphonies de Brahms, de
Schubert, de Mozart et l'ouverture du
Tannhœuser.
Le Paiist de Schumann (3" partie), cette
œuvre si élevée, n'a pas produit sur le pu-
blic l'impression que j'en attendais. Je
crois que la traduction tout à fait médiocre
du poème de Gœthe a été, en grande partie,
la cause de ce succès douteux, le public
étant dans l'impossibilité de comprendre
et de suivre le sens de la musique.
Il faut mentionner, toutefois, le superbe
air pour baryton du Docteur Marianns (avec
accompagnement de harpe), qui a laissé
uneimpression profonde, grâce à M. Oudin,
dont l'interprétation a été d'une intensité
de sentiment et d'une noblesse qui rappe-
laient l'art inimitable de Stockhausen.
La B.hapsodie de Brahms a été beaucoup
admirée, surtout par les connaisseurs ;
M"= Brema a largement contribué au suc-
cès de cet ouvrage, par la chaleur, la sin-
cérité et la perfection de son interprétation
de la partie de contralto.
A la fin du dernier concert, l'auditoire,
d'environ deux mille personnes, a prodi-
gué à Hans Richter des ovations sans fin,
et ceci n'était que justice, car le succès
énorme de ce grandiose festival doit être
attribué, en premier lieu, à la maîtrise du
grand kapellmeister, qui en a été l'àme et
l'esprit.
Ces quatre journées de musique avaient
attiré une foule énorme. On n'a pas compté
moins de I2,i65 entrées; la recette brute
s'est élevée à 325, ooo francs, les dépenses
ont été de 220,000 francs ; le bénéfice net,
qui revient à l'Hôpital général de Birmin-
gham, sera donc de io5, 000 francs ! Vous
voyez que, sous tous les rapports, on fait
les choses grandement en Angleterre.
Le premier festival de Birmingham a eu
lieu en 1768; depuis 1796, ces fêtes sont
devenues triennales. En 1802, on y exécuta
la Création de Haydn. En i837, Mendels-
sohn y dirigea son oratorio Saint Paul et
se produisit comme organiste. En 1846, il
y dirigeait encore son oratorio £"//<?, expres-
sément composé pour ce festival. Ces quel-
ques dates m'ont paru intéressantes à
rappeler et vous prouveront que Birmin-
gham a sa place dans l'histoire de l'art.
E. S.
LE GUIDE MUSICAL
781
LETTRES DE RICHARD WAGNER
A
AUGUSTE RŒCKEL
(Traduites par M. Kufferath)
(Suite. - Voir les nos 33, 3g 40, et 41).
Je suis tenté de croire que c'est moins
l'absence de clarté du poème dans sa forme
actuelle que le point de vue assez éloigné du
mien où tu t'es placé qui fait que certains
points sont demeurés pour toi incompré-
hensibles. De pareilles erreurs ne sont, en effet,
possibles que de la part d'un lecteur qui crée
lui-même en lisant, qui ajoute quelque chose
de son propre fond : tandis que le lecteur ou
l'auditeur naïf, il est vrai sans conscience bien
assurée, comprend plus aisément la chose telle
qu'elle est. Pour moi, mon poème veut dire
ceci : Représentation de la réalité analysée plus
haut. Au lieu des mots : a Un jour sombre
approche des dieux ; dans la détresse là-bas
s'éteindra ta race, si tu ne quittes pas l'anneau !»
je fais dire maintenant à Erda : « Tout ce qui
est, doit finir ; un jour sombre se lève pour les
dieux : je te le conseille, quitte l'anneau ! (i) »
Nous devons apprendre à mourir, à mourir
dans le sens le plus étendu du mot : la peur de
la fin est la source de toute insensibilité (2) :
l'égoïsme apparaît là où l'amour même com-
mence à pâlir. Comment s'est-il fait que ce
sentiment, le suprême délice de tout être vivant,
ait fui si loin de la race humaine que tout ce
que celle-ci entreprend, ce qu'elle organise et
fonde, émane de cette terreur de la Fin ? Mon
poème le montre. Il montre la nature dans sa
vérité non fardée, avec toutes les contradic-
tions, la nature qui, dans l'infinie diversité de
ses mouvements, comprend également les élé-
ments qui se repoussent les uns les autres.
Ce n'est pas le refus qu'Alberich essuie de la
(i) Allusion à la scène IV de l'Or du Rhin, entre ErJa
et Wotan.
(2) Lieblosigkeit , absence d'amour, insensibilité, cru-
auté, égoïsme.
part des filles du Rhin, — ce refus était tout
naturel, — qui est l'origine décisive du Malheur;
Alberich et son anneau n'auraient pu nuire aux
dieux, si ceux-ci n'avaient été auparavant
accessibles au Mal. Où donc est la source du
Malheur? Relis la première scène entre Wo-
dan (i) et Fricka, — qui se continue jusqu'à la
scène du deuxième acte de la Walkyrie. La
volonté de prolonger au delà du changement
nécessaire le lien sacré qui les unit tous les
deux par suite d'une erreur involontaire de
l'amour, leur résistance à l'éternelle rénovation
et à la variabilité du monde des apparences, —
voilà ce qui conduit les deux conjoints jusqu'à
la torture d'une mutuelle absence d'amour. La
suite de tout le poème développe la nécessité
de se soumettre et de céder au changement, à
la variabilité, à la multiplicité, à l'éternelle
nouveauté de la nature et de la vie. Wodan
s'élève jusqu'à cette hauteur tragique de « vou-
loir » son anéantissement. C'est là tout l'ensei-
gnement que nous pouvons tirer de l'histoire
de l'humanité : vouloir ce qui est inévitable et
l'accomplir nous-mêmes. L'œuvre créatrice de
cette volonté suprême de s'anéantir soi-même,
c'est la conquête de l'homme sans crainte et
toujours aimant : Siegfried. — Voilà tout. —
Dans le détail, au drame se mêle la puissance
malfaisante, empoisonneuse de l'amour : l'or
ravi à la nature et mal employé, l'anneau du
Nibelung : la malédiction qui s'attache à lui
n'est effacée que lorsqu'il est restitué à la nature,
lorsqu'il s'engloutit dans les flots du Rhin.
Wodan lui-même ne reconnaît cela que tout à
la fin, à l'extrême limite de sa carrière tragique :
ce que Loge, tout au début, lui avait dit et
répété avec émotion, le dieu dévoré d'ambition
n'avait pas voulu l'écouter; tout d'abord, il
apprend, — par le meurtre de Fafner, — à
connaître la puissance de la malédiction ; mais
c'est seulement quand l'anneau anéantit aussi
Siegfried qu'il comprend que la restitution de
l'or peut seule arrêter le mal, et c'est pourquoi
il fait dépendre sa propre fin, qu'il désire, de
l'expiation d'une faute originaire. L'expérience
est tout. Siegfried lui-même (l'homme isolé)
n'est pas « l'être humain » complet; il n'est
qu'une moitié, ce n'est qu'avec Brunnhilde
qu'il devient le Rédempteur ; un setd ne peut
(i) J'ai cru devoir respecter l'orthographe de ce nom
qui est devenu Wotan dans la version définitive.
782
LE GUIDE MUSICAL
rien ; il faut être plusieurs, et la femme qui se
sacrifie devient, à la fin, la véritable rédemptrice
consciente : car l'amour c'est, en somme, « l'éter-
nel féminin » même. — Voilà pour les grands
traits généraux, ils contiennent tous les autres
traits de détail, plus précis.
Je ne puis m'imaginer que tu aies compris le
poème autrement qu'en ce sens ; seulement, il
me semble que tu as attaché aux anneaux
moyens et intermédiaires de la grande chaîne
plus d'importance qu'ils n'en ont par eux-mêmes;
comme si tu avais en cela obéi à une nécessité,
pour justifier, au moyen de mon poème, une
thct^e à toi, préconçue. En général, tu ne
m'as pas touché avec certaines de tes observa-
ticrr à propos du manque de clarté. Je crois, au
contraire, que je me suis gardé avec une psocz
grande justesse d'instinct du désir de trop expli-
quer, car, à mon sens, il est évident qu'une trop
apparente manifestation des intentions trouble
au lieu d'aider la compréhension ; l'important
dans le drame, — comme en général dans
l'oeuvre d'art, — est d'agir non par l'exposé des
intentions, mais par la représentation d'événe-
ments involontaires. C'est cela justement qui
distingue mon sujet poétique des sujets politi-
ques que l'on traite presque exclusivement
aujourd'hui. Tu voudrais, par exemple, que je
iTx^'que mieux que je ne l'ai fait les intentions
de Wodan, quand il paraît dans le Jeune
S'egfried; tu nuirais ainsi très sensiblement
à l'arbitraire voulu au plus haut point dans
le développement de l'action. Wodan, après
le départ de Brunnhilde, n'est plus en vérité
qu'un e.jp" it qui abdique ; !e plus qu'il peut
encore vouloir, c'est que les choses s'accom-
plissent, qu'elles aillent comme elles vont,
sans intervenir désormais d'une façon détermi-
née; c'est pourquoi il est devenu le « Voy..-
geur. » Regarde-le bien ! il nous -e.--, p.aible à. c •'
méprendre;.'! est la somme de r'o p'''gence
actuelle, tandis que ^'egfri^d est '''or>rre
désiré, vo^'^u par nous, Tlio nme del'avenir, qui
ne peut toutefois être fait par nous, qiii doit, r^i
contraire, oe fa're 'i'i-a?6me pi.r « i o -e anéan-
tissement ». Sous cette forme, - *u en con-
vierïdras, — Wodan doit no'is .■■'•é'esser vive-
ment, tandis qu'il no'iS pavaitrait indigne,
pareil à un subtil intrigant, s'il donnait des
conseils dirigés « en apparence » contre Sieg-
fried, en réalité destinés à le sauver lui-même ;
ce serait une duperie, digne de nos héros poli-
tiques, mais non de mon dieu qui marche
vai'amment à sa perte. Vois, comme il se pose
devant Siegfried, au troisième acte! En face
de son anéantissement, il est enfin si complète-
ment h'.imain que, — en dépit de ses intentions,
-" son vieil orgueil se redresse et (remarque-le
b'en) excité par — jalousie pour Brunn-
hilde ; car celle-ci est devenue son point vulné-
rable. Il veut, en quelque sorte, ne pas se laisser
mettre de côté sans résistance, il veut tomber,
— être vaincu : mais, cela aussi, est si peu
intentionnel chez lui qu'aussitôt, dans l'entraî-
nement de la passion, il part à de nouvelles
conquêtes, des conquêtes qui, — ainsi qu'il le
dit, — ne peuvent que le rendre plus malheureux.
— Pour marquer mes intentions, j'ai dû impo-
ser à mon sentiment des limites extrêmement
ifclicates : mon héros, bien entendu, ne doit
pas donner l'impression d'un inconscient ; j'ai
cherché, au contraire, à représenter en Siegfried
l'homme le plus parfait, selon ma conception,
dont la conscience so révèle en cela qu'elle ne
se manifeste jamais que dans la vie et l'acte
immédiatement présents ; à quelle hauteur
s'é'ève cette conscience, — qui ne peut jamais
être exprimée, — c'est ce que te rendra clair la
scène de Siegfried avec les filles du Rhin ; ici,
nons apprenons que Siegfried est infiniment
sachant, car il sait la chose essentielle, à 3<rVoir
que la mort est meilleure que la vie dans la
peur: il connaît aussi l'anneau, mais il méprise
sa puissance, parce qu'il a mieux à faire ; il le
garde seulement comme témoignage de ce qu'il
n'a pas appris à avoir peur. Conviens que devant
ce^ homme pâlit nécessairement toute la splen-
deur des dieux !
Ce qui rre f'appe le plus, c'est ta question :
Pourquoi, p.'.'jque "or est rendu ^ i Rb-a, 'es
dieux doivent-ils réanmoins périr?
je crois que, moyennant une bonne repré-
sentation, )e spectateur le p fs ngVf D'à,; .'cuvera
pas le moindre doute à ce sujet. Bien entendu,
la destruction fioa'e r. se déduit pv,s de .o". e-
points : ceux-ci, oa pourrait, cela ^. sans dire,
les interpréter, les retourner et les détourner,
— il Grifiraitr <i po'^acien y-.' .v . poi>r ce (e
besogne; c'eFl six^yement de ro eoea.ixent
intime que doit naître, — comaie cela a lieu
po".r Wodan, — la nécessité de l'anéantisse-
ment. C'est là ce qui importait ; jusdfier par le
LE GUIDE MUSICAL
783
sentiment cette nécessité ; et c'est ce qui arrive
tout naturellement, quand on suit avec sym-
pathie, du commencement à la fin, le déve-
loppement de l'action avec tous ses motifs
simples et naturels; lorsque, finalement, Wo-
dan exprime cette nécessité, il doit exprimer
tout uniment ce que nous tenons déjà pour
inéluctable. Quand, à la fin de l'Or du Rhin,
s'adressant aux dieux qui entrent dans le Wal-
hall, Logue leur dit : « Ils vont à leur perte,
ceux qui se croient si forts dans leur stabilité » ,
il ne fait que manifester notre propre impres-
sion, car, si l'on a suivi avec attention ce pro-
logue, sans subtiliser, sans trop peser, en lais-
sant les événements agir sur son sentiment, on
donnera raison à Logue.
Laisse-moi te parler encore de Brunnhilde.
Tu la méconnais aussi, après tout, quand tu
trouves qu'elle se montre dure et obstinée en
refusant à Wodan de lui céder l'anneau (i). N'as-
tu pas oublié que Brunnhilde s'est séparée de
Wodan et de tous les dieux, pour obéir à l'amour,
parce que, — lorsque Wodan combinait des
plans, — elle aimait ? Depuis que Siegfried l'a
réveillée, elle n'a point d'autre savoir que le
savoir de l'amour. Eh bien, le symbole de cet
amour, c'est, — lorsque Siegfried la quitte, —
cet anneau : quand Wodan le lui réclame, elle
n'a plus présent à l'esprit que ce qui l'a sé-
parée de Wodan (parce qu'elle a agi par aiîiour) ;
elle ne sait plus qu'une chose, qu'elle a renoncé
à sa divinité pour obéir à l'amour. Mais elle
sait aussi que l'amour est la seule chose divine ;
périsse donc la splendeur duWalhall, l'Anneau
— (l'Amour), — elle ne le sacrifiera pas. Je te
le demande, combien ne paraîtrait-elle pas mi-
sérable, avare et banale, si elle refusait de
céder l'anneau, parce que (peut-être par Sieg-
fried) elle aurait appris le charme dont il est
revêtu, elle aurait connu la puissance de
l'or? C'est un sentiment que tu ne peux
vraiment supposer à cette admirable femme ?
— Si tu frissonnes, au contraire, en voyant
qu'elle garde précieusement le symbole de
l'amour justement dans cet anneau maudit,
alors tu éprouveras tout à fait d'après mon
sentiment et tu reconnaîtras la puissance de
la malédiction du Nibelung en ce qu'elle
a de plus terrible et de plus tragique ; alors
(i) Allusion à la scène de Waltraute (acte I) du Cré-
pxtscuU des Dieux.
aussi, tu te rendras compte de la nécessité de
tout le dernier drame, « la mort de Siegfried ».
C'est ce qu'il fallait que nous vissions pour
comprendre les détresses causées par l'or.
Pourquoi Brunnhilde cède si vite à Siegfried,
masqué? Parce que celui-ci lui arrache l'anneau,
qui était sa seule force. En général, toute
l'horreur, tout ce qu'il y a de démoniaque
dans cette scène, t'a complètement échappé :
à travers le feu, que Siegfried, seul, — elle le
savait et l'a éprouvé, — devait pouvoir vaincre,
un « autre » , — sans difficulté, — arrive à elle :
tout s'effondre aux pieds de Brunnhilde, tout
se disjoint ; dans un combat terrible, elle est
domptée, elle « est abandonnée de Dieu ». Et,
de plus, c'est Siegfried en personne qui lui
ordonne de partager sa couche, — Siegfried,
qu'inconsciemment — (ce qui la trouble davan-
tage) — elle reconnaît presque, — malgré son
déguisement, à l'éclat de son œil. (Tu sens, qu'il
se passe ici une chose qui « ne peut s'expri-
mer » et tu as grand tort de m'interpeller pour
que je parle !)
Mais voilà que je me suis étendu extraordi-
nairement, en long et large : je le craignais et
c'est ce qui a toujours retardé ma lettre. J'ai
éprouvé une terreur de ce que tu avais pu mal
comprendre aussi totalement certains traits.
Il est vrai qu'ainsi j'ai pu me convaincre que
seule l'œuvre complètement terminée pourrait,
dans des conditions favorables, se défendre de
l'incompréhension ; et puis, comme je ressen-
tais un véhément désir d'entreprendre la com-
position musicale, je m'y suis mis très joyeu-
sement avant de t'écrire. La composition,
maintenant terminée, de l'Or du Rhin, si
difficile et si important, m'a, tu le vois, rendu
une grande sûreté. Que de choses, étant donné
la nature de mon plan poétique, ne pouvaient
devenir claires que par la musique ! c'est
ce dont j'ai pu me rendre compte de nouveau ; je
ne puis plus regarder maintenant mon poème
sans musique. Quand le moment sera venu, je
pense pouvoir te communiquer aussi la parti-
tion. Pour le moment, je me borne à te dire
qu'elle est devenue une unité fortement consti-
tuée : l'orchestre n'a, pour ainsi dire, pas une
mesure qui ne se développe d'un motif anté-
rieur. Mais, sur ce sujet, il est impossible de
nous expliquer par écrit.
Ce que tu me dis au sujet de l'exécution et
LE GVIDE MUSICAL
de la représentation de l'ensemble, a mon en-
tière approbation : tu sais entièrement de quoi
il s'agit. Certainement, je suivrai tous tes con-
seils. Comment j'arriverai à faire représenter
mon œuvre, c'est un problème extrêmement
difficile. Mais je m'en occuperai en temps et
lieu, sinon je ne verrais plus de but à ma vie.
Je crois avec quelque certitude que toute la
partie purement matérielle de l'entreprise est
réalisable : mais — les interprètes?! Quand j'y
pense, je soupire profondément. Naturellement,
je devrai m'adresser à de jeunes artistes, qui
n'auront pas encore été « ruinés » complète-
ment par nos scènes d'opéra : je ne songe pas
un instant à m'adresser à des « célébrités ».
Il faudra voir naturellement comment il sera
possible de faire l'éducation de mon jeune
monde ; ce que je préférerais, ce serait d'avoir
ma troupe sous la main pendant une année,
sans qu'elle paraisse en public ; je devrais être
quotidiennement en communication avec mes
artistes, les mettre à l'épreuve comme hommes
et artistes, et les laisser ainsi mûrir peu à peu
pour la tâche à accomplir. Bref, en admettant
les circonstances les plus favorables, je ne dois
pas compter sur la première exécution avant
l'été de i858. Qu'importe, au demeurant, ce
que cela durerai C'est un stimulant qui me
donne la force de vivre que de concentrer de la
sorte mon activité sur un projet qui est à moi
tout entier. Pour le reste, je demeure sourd à
tous tes conseils relativement à l'organisation
de ma vie : en cette matière, on ne fait rien soi-
même, tout se fait. Moi aussi, je t'assure, j'ai
déjà pensé souvent au « laboureur » : pour
redevenir un homme sain, je suis allé, il y a
deux ans, dans une station faire une cure
d'eaux; je voulais abandonner l'art et tout,
pour redevenir un homme de la nature. Cher,
que j'ai ri depuis en pensant à ce naïf propos,
j'étais sur le point de devenir fou ! Aucun de
nous ne verra la terre promise ; nous devons
tous mourir dans le désert. L'esprit, — comme
l'a dit quelqu'un, — est une maladie ; et elle est
incurable. Dans les circonstances actuelles de
la vie, la nature n'autorise que des anomalies ;
notre condition, — pour ceux qui ont le plus
de chance, — est d'être martyrs ; qui voudrait
se soustraire à ce sort se révolterait contre les
possibilités de l'existence. Pour moi, je ne
peux plus vivie maintenant qu'en artiste : tout
le reste, — puisque je ne puis plus embrasser
ni la vie ni l'amour, — me dégoûte, ou ne
m'intéresse qu'au point de vue de ses attaches
avec l'art. Cela produit une vie pleine de souf-
frances, mais c'est tout au moins la seule vie
possible. D'autre part, j'ai fait de merveilleuses
expériences avec mes œuvres; quand je subis
l'état de souffrance, qui est présentement mon
état normal, je ne peux faire autrement que de
croire mon système nerveux complètement
ruiné; et cependant, ô merveille, ces nerfs, —
quand il le faut et qu'un stimulant approprié se
présente, — me rendent les plus inappréciables
services ; je sens alors une clarté de vues, une
aise et une sûreté dans la production comme
jamais, auparavant, je n'en avais éprouvé.
Ai-je raison de dire que mes nerfs sont usés? Je
ne le crois pas, je vois seulement que l'état nor-
mal de ma nature, telle qu'elle s'est développée,
est l'exaltation, tandis que le repos est l'état
anormal. En somme, je ne me sens bien que
lorsque je suis « hors de moi » : alors, je suis
tout à fait en possession de moi-même. —
Gœthe était autre ; je ne lui envie pas son
calme ; et, du reste, je ne voudrais changer
avec personne;, même pas avec Humboldt, que
tu tiens pour un génie, ce que je ne fais pas.
Au bout du compte, tu en es là peut-être
aussi ; tu ne voudrais changer avec personne,
et au fond, tu aurais bien raison, — pour moi,
tout au moins, je t'admire sincèrement.
La nature n'est pas aussi éloignée de moi
que tu le croi;;, encore que je ne sois plus en
situation de m j mettre scientifiquement en rap-
port avec elle. Mais Herwegh (i) me sert de
truchement. Herwegh vit ici et se livre à u.ie
étude approfondie des sciences naturell ;s :
par lui, l'ami, j'apprends des choses fort belles
et très importantes sur la nature ; et celle-ci me
guide en beaucoup de points. Seulement, quam
à la vie véritable, c'est-à-dire à l'amour, — je la
laisse à gauche : sur ce point, je fais commi
Brunnhilde avec l'anneau. Plutôt périr, sans
aucune jouissance, que de renoncer à ma foi.
Si je réponds de la sorte à tes bons conseils,
ce n'est pas que, veuille le croire, je ne t'en
sois pas reconnaissant ; comment pourrais-je ne
pas te remercier de l'affection qui t'inspire ces
(i) Herwegh, poète et écrivain politique exilé d'Al-
lemagne et réfugié eu Suisse, après 1848 pour avoir par-
ticipé à l'insurrection dans le grand duché de Bade.
LE GUIDE MUSICAL
785
conseils ? Vrai, c'est ton amitié qui me fait du
bien : je ne puis te dire qu'elle impression tou-
chante elle produit sur moi. Mon émotion ne
peut être égalée que par l'admiration que j'ai
pour toi, pour la fermeté — et en même temps
pour la tendresse de ton esprit. S'il est un vœu
dont je désirerais encore l'accomplissement,
c'est de te voir achever l'ouvrage dont tu
parles; je voudrais que tu l'eusses terminé?
Est-ce impossible? Que te manque-t-il pour le
pouvoir? Dis-moi tout cela en détail, peut-être
pourrai-je t'aider. — N'as-tu donc reçu aucune
nouvelle du libraire Avenarius à Leipzig ? il
est malheureusement le seul sur lequel je crois
posséder une certaine influence ; avec tous mes
autres éditeurs, c'est par des tiers et pas tou-
jours à ma satisfaction que j'ai traité jusqu'ici.
Je lui ai écrit (à Avenarius) aussitôt après ré-
ception de ta lettre, et je l'ai prié de s'adresser
directement à toi, s'il avait quelque travail à te
confier, etc. Bien que je lui aie écrit une se-
conde fois, je n'ai pas reçu de réponse de lui (?)
Pour le moment, je n'ai rien à t'envoyer qui
soit de nature à t'intéresser : moi-même je suis
actuellement étranger à toute lecture. Mais, dès
que je trouverai quelque chose, je te le commu-
niquerai.
Mon Tannhœiiser se joue presque par-
tout aujourd'hui en Allemagne ; les petits
théâtres, en particulier, l'ont tous monté, tandis
que les grands, — tu comprends pourquoi, —
se tiennent encore sur la réserve. Au sujet de
ces exécutions, j'apprends qu'elles sont générale-
ment détestables, si bien que je ne m'explique
pas d'où peut venir le succès ; heureusement,
je ne vois rien de tout cela, si bien que je suis
assez insensible à cette prostitution de mes
œuvres ; récemment, toutefois, j'ai éprouvé une
sensation péniblement douloureuse à propos
de la première exécution de Lohengrin, à
Leipzig : on me dit qu'elle a été épouvantable-
ment mauvaise : pendant toute la soirée, — sauf
le récit du Héraut, — on n'a pas entendu un
mot des paroles ! Aussi j'en arrive à regretter
d'avoir autorisé la représentation. A Boston, on
donne déjà des WagJier-vights, des concerts où
l'on ne joue que des compositions de moi.
On me propose d'aller en Amérique : s'ils pou-
vaient là-bas me procurer les moyens qu'il me
faut, qui sait, j'irais peut-être; mais trim-
baller comme donneur de concerts, même pour
beaucoup d'argent, personne franchement ne
l'attendra de moi !
Et maintenant, cher, il faut bien que je ter-
mine. Pour un peu je noircirais encore une
main de papier ; la matière ne manquerait pas ;
mais réservons cela pour une autre occasion.
J'espère — si tu le peux, — que tu ne me feras
pas attendre une lettre de toi aussi longtemps
que je t'ai fait attendre celle-ci. Parle-moi aussi
et surtout de tes travaux. Si j'avais commis
quelque oubli, je me rattraperais une autre
fois. Sur quoi, adieu, cher et précieux ami. —
Espère, — car au bout du compte, moi aussi
j'espère encore.
Ton Richard Wagner.
Zurich, 26janvier 1854.
A
Auguste Rœckel,
Château de Waldheim
Franco . (Royaume de Saxe).
(A suivre).
AMBRp;iS|E THOMAS
ET
GIUSEPPE VERDI
BiNE reproduction des portraits de G. Verdi
SfciJ hIi ^' *^^ ^ • Thomas , réunis l'un à
l'autre sur la même feuille, et entre-
vue à la vitrine de l'éditeur Ricordi,
nous a fait songer à certaine ressemblance phy-
sique que nous avions notée de longue date entre
l'auteur cVOUlh et celui à'Hamki.
De haute stature et droit comme un I, malgré
ses quatre-vingt et un ans. Verdi porte la barbe
entière, légèrement grisonnante, les cheveux un
peu longs. L'œil profondément enfoncé sous
l'arcade sourcilière est vif, plein de décision; les
rides s'accusent surtout sur les tempes ; le nez en
bec d'aigle rappelle celui de Saint-Saëns. L'en-
semble accuse une rare énergie, une volonté
opiniâtre.
Ambroisc Thomas, également de haute taille, a
résisté vaillamment à ses quatre-vingt-trois ans.
On devine, cependant, qu'il n'a pas la vitalité de
Verdi. Le dos s'est voûté. La barbe, plus blanche
que celle du maître italien, enveloppe toute la
figure; les cheveux, qu'il porte longs, sont rejetés
786
LE GUIDE MUSICAL
en arrière ou sur les côtés. L'œil s'enfonce égale-
ment sous les sourcils; mais il n'a pas d'éclat, il
est morne. C'est bien, à première vue, l'aspect de
Verdi ; mais, en détaillant les traits, les dififérences
s'accusent. Il existe surtout chez Ambroise Tho-
mas une apparcn'^e de tristesse, de pessimisme
qui se laissait déjà entrevoir dans le portrait que
fit de lui H. Flandrin, pendant son séjour à Rome,
et que l'on peut voir encore à la villa Médicis.
Mais s'ils sont frères au physique, les deux com-
positeurs sont fort dissemblables au point de vue
musical.
L'évolution, chez Verdi, a été très caractérisée,
très voulue, radicale : Don Carlos, Aïda, le Requiem,
Otello, Fahiqff sont là pour l'attester. Le maître a
tourné le dos à son passé, reniant les formules de
l'école italienne moderne, pour se retremper au
grand art des Gluck, Weber et R. Wagner. Bien
que resté italien, il a abandonné la routine en
cherchant à assimiler à son tempérament les
grandes théories du drame musical. Il lit Lohengrin
et crée Atda. Quel chemin parcouru depuis les
œuvres de la première période jusqu'au jour où il
rêve l'émancipation avec Don Carlos et l'accomplit
opiniâtrement dans les ouvrages qui ont suivi ! Les
innovations de Richard Wagner le séduisent; il
les admire et se remet au travail à un âge où il
pouvait se reposer sur les lauriers acquis.
Sa musique, essentiellement dramatique, est
puissante, haute en couleur. Si, dans ses pre-
mières œuvres, il était permis de lui reprocher
les erreurs particulières à l'école italienne du
xix" siècle, notamment en ce qui concerne l'or-
chestration, l'harmonie et la vérité scénique, on
ne pouvait lui refuser des idées souvent superbes,
d'un jet robuste et d'un accent très pénétrant.
Chez Ambroise Thomas, l'évolution musicale
n'existe que de nom. Avec Mignon et Hamlet, il
semble vouloir entrer dans une voie nouvelle;
mais il reste fermement attaché aux formules du
passé. Les superbes innovations wagnériennes
le trouvent absolument rebelle. Sa musique est
bien sœur de celle émanant de tous ces maîtres
légers et très démodés d'une certaine école fran-
çaise. Ambroise Thomas, a-t-on dit spirituelle-
ment, est le représentant de « l'ancienne école
moderne ». Après avoir largement ri dans le Caïd,
il .s'est mis à pleurer avec Mignon et Hamlet. Le
rire ne lui convenait-il pas mieux que les larmes?
.Nous savons bien qu'on nous objectera la fameuse
millième de Mîg«o«.' Voyez, cependant, ce qu'écri-
vait sur lui M. René de Récy dans la Remie bleue,
à l'occasion de cette millième. « Ce musicien triste
■n'a jamais réussi que dans la bouffonnerie et ses
airs de danse, le Caid, Cilles et Gillotin, sont de
petits chefs-d'œuvre (!), la fête du printemps
d'Hamlet une fort jolie chose. Cet artiste tout
d'une pièce est le plus irrésolu des timides ; cet
indépendant redoute la critique et défère à ses
avis; ce chef d'école s'est fait remorquer par ses
contemporains; ce gardien de la tradition connaît
à peine les anciens Avec cela, le plus hono-
rable et le meilleur des hommes, le plus conscien-
cieux des artistes. »
Au moral. Verdi est un audacieux, un autoritaire
qu'aucun pouvoir ne pourrait brider. L'écorce est
passablement rude; il reste sous sa tente et,
lorsqu'il en sort, ce n'est pas pour se jeter dans les
bras de ceux qui l'abordent. Ne pensez pas que
l'attitude soit hautaine ou dédaigneuse comme
chez un Chateaubriand. Sa réserve, éloignée de
toute affectation, n'est pas précisément le résultat
d'un parti pris, mais bien plutôt la conséquence
de son tempérament. D'une grande indépendance
de caractère, il en donna des preuves dans maintes
circonstances de sa vie, notamment lorsqu'il
renonça à siéger au Sénat par un scrupule d'amour-
propre peut être exagéré, ou qu'il refusa le titre
de marquis de Busseto, que le gouvernement
italien était, dit-on, prêt à lui offrir après la pre-
mière de Falstaff. Ce ne fut pas non plus un senti-
ment de modestie ou d'orgueil qui l'amena à ne
pas assister à la première représentation ÔLÛtello à
Rome, mais bien un sentiment de dignité person-
nelle. La critique le trouve froid, témoin cette
lettre finement ironique adressée par lui à Hans
de Bulow, pour lui apprendre que ce qu'il avait
pu écrire autrefois de désobligeant sur ses œuvres
ne l'avait pas blessé.
Tout autre est Ambroise Thomas. D'une grande
timidité, irrésolu, ménageant quelque peu la
chèvre et le chou, obéissant facilement aux avis,
aux conseils, il a très grande peur de la critique.
La moindre observation sur telle ou telle de ses
œuvres le rend malheureux. Sa bonté et sa douceur
sont proverbiales. On a dit de lui qu'il était le
plus honnête musicien en pays de langues
latines. Malgré l'abord sombre et triste, l'auteur
de Mignon cherche à plaire . Qu'un visiteur vienne
frapper à la porte de son appartement du Conser-
vatoire, il l'accueillera avec affabilité, lui mon-
trera avec une satisfaction visible l'intéressante
collection d'objets d'art qu'il a réunie avec tant de
goût et de patience, et cherchera à le conquérir.
Si une certaine ressemblance phj'sique nous a
amené à établir un parallèle entre ces deux com
positeurs de tempérament et de style si dissem-
blables, c'est également un peu par amour du con-
traste et aussi par ce motif que la faveur popu-
laire s'est plue à les porter, chacun dans son
pays, à la place la plus élevée.
Hugues Imbert.
LE GUIDE MUSICAL
787
PARIS
La première d'Otello a eu lieu, vendredi
soir, à l'Opéra. Nous n'avons que le temps
d'enregister l'éclatant succès de l'œuvre. La
soirée a été triomphale pour le vieux maître.
Dès le premier acte, le public a bissé l'air
d'entrée d'Otello, lancé avec vaillance par
M. Saléza. Au deuxième, M. Maurel a dû re-
commencer le récit du rêve de Cassio. Desdé-
mone, c'était M.'^^ Caron, qui a été très tou-
chante. Les chœurs et l'orchestre ont été
remarquables. Bref, triomphe complet.
Entre le deuxième et le troisième acte, le
président de la République a remis à Verdi le
grand cordon de la Légion d'honneur, aux
acclamations du public.
Revêtu de ses nouveaux insignes, le maestro
a rencontré sur le théâtre le compositeur de
Mignon, et les deux illustres vieillards se sont
donné l'accolade au milieu de l'attendrissement
général.
Les débuts à l'Opéra-Comique continuent de
n'être point satisfaisants. Lundi, M. Carvalho
nous a fait connaître M"'' Parentani dans Mi-
reille. C'est la deuxième Mireille que l'on nous
présente depuis l'ouverture de la saison, et
celle-ci s'en ira rejoindre la précédente. M"« Pa-
rentani, qui nous arrive du Conservatoire de
Bruxelles par la route de Rouen, possède une
assez jolie voix,mais son style et son jeu sentent
la province.
La représentation du charmant ouvrage de
Gounod a été, du reste, assez médiocre dans
son ensemble.
Comment une œuvre de cette valeur sert-elle
de lever de rideau à la platitude inepte qui a
nom Cavalleria rusticana?
•f
On sait que M. Sonzogno, l'imprésario
italien, était à la recherche d'un théâtre parisien
pour y donner des représentations d'opéras ita-
liens.
M. Sonzogno vient de traiter avec M. Ro-
chard, qui met à sa disposition la Porte-Saint-
Martin pour une durée de quatre mois, à partir
du i5 mai prochain.
M. Rochard, d'après un accord avec les pro-
priétaires de son théâtre, s'est rései-vé, en outre,
le droit de renouveler cette sous-location pen-
dant trois ans, au cas où M. Sonzogno vou-
drait donner plusieurs saisons d'opéra italien.
On annonce déjà des engagements de M.
Sonzogno en vue de sa saison italienne, entre
autres celui de M™'^ Marcella Sembrich, qui
viendrait chanter / Pagliacci et VAmico Fritz.
M. Charles Lamoureux prépare activement
la prochaine saison de ses concerts, dont la
réouverture, au Cirque des Champs-Elysées,
reste fixée au dimanche 21 octobre. Il vient
d'engager M"e Bréval, de l'Opéra; M'^'^ Ma-
terna, de Vienne; M™<^ Klafsky, de Hambourg
et Munich ; le violoniste Hugo Heermann, et
d'autres violonistes célèbres. Ces artistes parti-
ciperont chacun à deux des dix premiers con-
certs qui auront lieu du 21 octobre au 23 dé-
cembre. En outre, plusieurs œuvres impor-
tantes, nouvelles ou inconnues à Paris, sont à
l'étude.
On sait qu'un généreux bienfaiteur, M. Pi-
nette, a légué à l'Académie des beaux-arts une
somme considérable, dont les revenus sont
destinés à assurer aux élèves ayant remporté le
grand prix de composition musicale une rente
de trois mille francs, à toucher pendant quatre
ans, après l'expiration de leur pension de prix
de Rome.
L'Académie des beaux-arts vient d'accorder
à M. Bachelet, prix de Rome de l'année 1890,
le prix de la fondation Pinette.
L'Académie avait à sa disposition des arré-
rages de la rente susdite ; elle les a partagés
entre MM. Charpentier et Erlanger, prix de
Rome des années antérieures à la fondation.
L'Académie a ensuite décidé que la Buona
Pasqua, morceau symphonique de M. Cour-
raud, ancien pensionnaire musicien de l'Ecole
de Rome, sera exécutée à l'ouverture de la
séance publique annuelle du 3 novembre.
t
Une solennité littéraire a eu lieu à Alais, spé-
cialement consacrée au génie espagnol.
M. Louis de Sarran d'Allard, dans une confé-
rence faite à la Société scientifique et littéraire
d' Alais, a étudié la question du Drame lyrique en
Espagne, son passé, son avenir, sa révolution, ou,
pour parler plus exactement, son évolution. Il a
expliqué les théories émises par Philippe Pedrell,
l'illustre maestro catalan, qu'il appelle le « Wag-
ner espagnol », et a donné lecture de plusieurs
passages de l'ouvrage bien connu de ce professeur :
LE GUIDE MUSICAL
Pour noire Musique; il s'est longuement occiipé du
poème dramatique (en catalan), de Victor Balaguer,
que le même musicien a récemment mis en mu-
sique, sous le titre les Pyrénées; puis, il a passé en
revue les opinions émises par les critiques fran-
çais, espagnols, italiens et russes, en citant très
élogieusement le P. Mirarte, le comte de Morphy,
Ménendez-Pelayo, Elias de Molins (Espagnols),
Cazaubon et Savine (Français), Bonaventura et
Portai (Italiens), Cui et Moskowsky (Russes), etc.
Cette conférence, dont la presse espagnole doit
remercier M. Sarrand'AUard, a été très remarquée
et très applaudie.
La reprise des cours de l'école d'orgue fondée
en i8S5, 63fc, rue Jouffroy, par M. E. Gigout, a
eu lieu le 3 octobre. Comme tous les ans, la pre-
mière audition publique scolaire sera donnée à la fin
de décembre. On sait que, dans l'école de l'émi-
nent organiste de Saint-Augustin, l'harmonisation
du plain-chant et l'étude de l'improvisation sont
l'objet d'une attention spéciale. Nous rappelons
que M. Gigout fait bénéficier sesélèves les mieux
doues et les plus travailleurs de l'allocation qu'il
reçoit de l'Etat.
M. et M""^ Carembat ont repris, 8, rue Martel,
leurs leçons et cours de violon, piano et accom-
pagnement.
A M. GAUTHIER-VILLARS
M. Gauthier- Villars essaye de répliquer à la
petite note que je lui ai consacrée dernièrement
et qui a porté juste, semble-t il, puisqu'il s'en
montre très touché.
En manière de représailles, M. Gauthier- Vil-
lars persiste à m'imputer une traduction de la
Walkyric, que je n'ai jamais faite, et, triomphale-
ment, il la déclare (( nauséabonde » auprès de celle
deM. Alfred Ernst, qui existe bel et bien, celle-là,
— malheureusement ! ,
Après quoi, je suis traité de Belge, de pédant,
d'âne, de zéro et, finalement, de Kufferath-de-
jatte...
Ce dernier trait me désarme, et, l'avouerai-je ?
je me demande même si je puis, sans danger, con-
tinuer la conversation avec un adversaire d'une
courtoisie et d'une loyauté si parfaitement fran-
çaises, un gentilhomme, quoi! La lutte serait
inégale évidemment entre moi et un écrivain aussi
fin, aussi brillant, aussi parisien, surtout, que
M. Gauthier-Villars.
On m'avait bien dit qu'il était plein d'esprit.
Vrai ! tout l'esprit d'un bonnet rose !
M. KUFFERATH.
BRUXELLES
t'A été une joie profonde, une source de
pures jouissances artistiques, l'audition
de Tristan et Iseult, à la Monnaie,
jeudi dernier, après l'impression de lassitude
qu'avait provoquée la série des sempiternelles
et encombrantes reprises qui ont occupé ces
premières semaines de la saison théâtrale. Non
pas que l'exécution ait été supérieure à celle de
la saison passée, mais l'œuvre a en elle une
telle puissance de charme, une telle grandeur
d'inspiration, qu'elle séduit et subjugue malgré
tous les défauts d'une interprétation en général
terne et incolore.
La valeur de l'interprétation ne pouvait
s'être modifiée beaucoup, puisque les rôles
essentiels ont conservé les mêmes interprètes.
M"« Tanésy fait toujours une Iseult correcte,
mais peu vivante, fournissant une exécution
musicale soignée et consciencieuse de la parti-
tion, mais ne donnant qu'à de rares moments
la sensation réelle de l'état d'âme du person-
nage. Dans une œuvre pareille, la passion, tout
interne, n'a pas à se traduire par de grands
gestes, d'éloquentes exclamations, elle doit
trouver principalement son expression dans la
physionomie même de l'artiste; or, on sait
que sous ce rapport, M"<= Tanésy ne dispose
pas de moyens très variés. En somme, sa
création du rôle d'Iseult est restée musicale-
ment et vocalement satisfaisante, encore que
son organe n'ait pas paru, cette année, avoir
toute la fraîcheur de timbre qu'on lui connaît.
L'influence de la musique de Wagner, disent
les méchantes langues.
On n'attendait pas, de la part de M. Cossira,
d'agréables révélations à l'occasion de sa réap-
parition dans un rôle où déjà l'an passé, après
de longues et méticuleuses études, il avait
donné plus que ses amis les plus indulgents
n'espéraient de lui; il ne pouvait que nous
rendre le Tristan sans profondeur, à l'attitude
gauche et maladroite, au geste conventionnel
et faux, mais à la voix agréablement timbrée,
qu'il réalisait la saison dernière. Si son exécu-
tion musicale a eu quelques approximations,
assez rares d'ailk;urs, qui altéraient sans profit
l'écriture du maître, dans l'ensemble M. Cos-
sira ne s'est guère montré inférieur à ce qu'il
avait été l'an dernier, et, cette fois encore, c'est
le troisième acte, où la position couchée dissi-
mule si heureusement ses défauts de comédien,
LE GUIDE MUSICAL
789
qui lui a été le plus favorable. Il y trouve
même quelques accents d'une émotion vraie et
touchante. Mais combien il y est aidé par la
musique, qui rend, en ces admirables scènes
de l'agonie de Tristan, la déclamation lyrique
si profondément humaine, d'une éloquence si
douloureusement impressionnante.
Deux éléments nouveaux donnaient un inté-
rêt de curiosité à la reprise de Tristan et
Iseult. MH'= Hendrikx succédait à M''^ Wolf
dans le rôle de Brangœne. On ne saurait
reprocher à la très jeune artiste de s'y être
montrée insuffisante : chargée jusqu'ici de
rôles d'importance assez secondaire, elle ne
pouvait être préparée à aborder victorieuse-
ment une tâche aussi lourde. Le reproche doit
s'adresser à ceux qui l'ont désignée pour
accomplir pareille tâche, alors qu'ils avaient
sous la main une artiste de grand talent,
W^^ Armand, qui eût pu mettre ce rôle à son
véritable rang et qui eût aidé beaucoup au suc-
cès du premier acte, celui que bien des
gens, à tort sans aucun doute, trouvent le
moins assimilable. Mais ne faut-il pas réserver
M"« Armand pour le répertoire, et que devien-
draient le Prophète et d'autres œuvres suran-
nées si le contralto de la troupe allait se fatiguer
à chanter cette maudite musique wagnérienne,
qui « casse les voix et épuise les artistes ! » Mieux
vaut lancer dans ces aventures périlleuses de
jeunes talents inexpérimentés, qui ne sont pas
d'un concours indispensable pour le placement
de la marchandise courante, au risque de com-
promettre tout l'effet d'une œuvre de génie.
Tel est, sans doute, le raisonnement que l'on
tient à la Monnaie ; il donne une piètre idée
de la conception qu'on s'y fait du rôle artis-
tique d'une exploitation théâtrale.
Mais pourquoi ces récriminations vaines?
N'insistons pas, et bornons-nous à constater
que M"'= Hendrikx a eu, de ci de là, dans son
interprétation du rôle de Brangaene, quelques
passages heureusement dessinés ; là où la pré-
cipitation du débit ne venait pas souligner les
défauts de son articulation, elle a eu des phrases
musicalement dites avec charme et d'une voix
qui n'est pas sans accent. Dans l'ensemble,
une exécution frêle, comme sa gracieuse per-
sonne, provenant avant tout d'une dispropor-
tion entre les moyens vocaux et physiques
réclamés par le rôle et ceux que la nature a
donnés à l'artiste; celle-ci paraît intelligente,
et l'on a deviné dans son interprétation, en
bien des endroits, des intentions habilement
calculées, des nuances de sentiment exacte-
ment senties.
Après la critique, l'éloge. Et c'est un éloge
presque sans restrictions que mérite M. Dinard,
à qui l'on s'est décidé à confier le rôle du roi
Marke. Ce rôle, dont les esprits superficiels
trouvent un si facile plaisir à plaisanter le ridi-
cule, est enfin apparu dans son caractère de
réelle grandeur. La diction correcte, le geste
net et mesuré, la physionomie expressive de
M. Dinard ont contribué à obtenir ce résultat;
et cette réalisation fidèle du personnage a été
une vraie jouissance pour ceux qu'avaient péni-
blement impressionnés tous les éléments que
l'on avait réunis l'an dernier, — y compris le
manteau jaune et le casque cornu, — pour faire
de ce héros de second plan un simple mari
malheureux et... bénévole. M. Dinard a eu
l'esprit d'abandonner ces attributs trop expres-
sifs.
Nous ne reprocherons au nouvel interprète
que d'avoir fait vibrer la voix avec une trop
constante complaisance ; l'exemple lui a d'ail-
leurs été donné par la clarinette basse, qui a
ronflé, dans ces pages où elle a fort à faire,
avec une sonorité vraiment débordante.
Nous n'avons pas parlé de M. Seguin, mais
que dire de nouveau de cet admirable artiste,
très en voix cette année, et qui fait de chaque
rôle une saisissante création. Combien son inter-
prétation plane au-dessus de celle de tous ses
partenaires, par la force évocative du geste, par
l'expression mesurée mais vivante et juste de
la physionomie. Et combien il est regrettable
que l'on ne fasse pas un plus fréquent et plus
judicieux emploi de ses qualités d'artiste
lyrique, au sens élevé du mot.
Faut-il parler de l'orchestre? On a dit ici, la
saison dernière tout le bien qu'il y a à dire de
son exécution. Constatons seulement que celle-
ci ne s'est pas améliorée, et que la clarté règne
moins que jamais dans le fouillis des compli-
cations instrumentales, comme le sens intime
de la phrase musicale fait de plus en plus
défaut. J. Br.
La musique ne chômera pas à Bruxelles, cet
hiver, et la saison promet d'être animée.
Outre les quatre concerts du Conservatoire,
dont le premier a pour programme le concerto
en «^mineur de Beethoven (soliste M. Camille
Gurickx), ainsi que la Neuvième symphonie, et
le second le RJieingold de Wagner, — outre les
six Concerts populaires sous la direction de M .
Joseph Dupont (i), ■ — voici qu'on annonce une
(i) Voici les dates dès à présent arrêtées de ces six
concerts : 25 novembre, 9 décembre, i3 ou 20 janvier,
17 février, 17 mars.
790
LE GUIDE MUSICAL
série d'auditions symphoniques et vocales qui
auraient lieu soit à la Grande-Harmonie, soit à
l'Alhambra, sous la direction de chefs d'or-
chestre étrangers. Ces auditions seraient au
nombre de six, et une société vient de se cons-
tituer, sous le nom de Société des Nouveaux
Concerts, pour leur organisation. La première
aura lieu le i6 décembre sous la direction de
M. Félix Mottl ou de M. Hermann Levi. La
seconde audition sera consacrée à la chapelle
vocale de Saint-Gervais, sous la direction de
M. Charles Bordes, qui fera entendre des œu-
vres vocales des grands maîtres du xvi<= siècle,
italiens, français, flamands, espagnols. Puis
viendront des concerts symphoniques dirigés
par MM. Richard Strauss de Munich, Kes
d'Amsterdam, Franz Servais de Bruxelles et
Hans Richter de Vienne.
Enfin, la maison Schott organise trois
soirées de musique de chambre, qui seront
consacrées l'une à une audition de l'excellent
quatuor de Hugo Heermann de Francfort, la
seconde à l'audition du trio vocal d'Amster-
dam et à Mlle Clotilde Kleeberg de Paris, enfin
la troisième à un piano-recital de M. Eugène
d'Albert de Dresde.
Quant aux séances déjà annoncées du qua-
tuor Crickboom, Angenot, Miry, Gillet, elles
sont fixées au mardi 23 et vendredi 26 octobre.
Elles auront lieu, comme l'année dernière, à
la salle Ravenstein. La première sera consacrée
à la musique moderne ; on y entendra le qua-
tuor de M. Lekeu, la sonate (violoncelle et
piano) de Saint-Saëns, et le quatuor (cordes) de
E. Grieg. La seconde sera consacrée à la mu-
sique classique. Le programme comprend le
i3« quatuor de Beethoven, la sonate en mi
bémol du même et le quatuor (la) de Schu-
mann.
Un cercle choral de dames, sous le titre
« Pro Arte », vient de se fonder à Bruxelles.
Les répétitions auront lieu, tous les jeudis soir,
à la salle Erard, 4, rue Latérale. Pour tous
renseignements, s'adresser soit aux directeurs,
MM. Ch. Léonard, 48, rue des Drapiers, et
E. Closson, 82, rue de la Croix, soit, par écrit,
au local de la société.
Le Portrait de Manon de Massenet passera pro-
chainement à la Monnaie. Le rôle de Manon sera
tenu par M"e de Roskilde.
Samson et Dalila est également à l'étude et passera
vraisemblablement dans une quinzaine. M. Camille
Saint-Saëns est attendu, lundi, à Bruxelles, et il
présidera aux dernières répétitions.
Au théâtre des Galeries, l'éternel Tour du
monde va bientôt céder la place à Miss Dollar. La
première aura lieu cette semaine.
M. Maugé a engagé spécialement pour cette
pièce M"'^ de Bériot, des Bouffes, qui obtint un
succès reconnu dans Miss Helyeti, M"= Leriche et
M. Leroux, dont on se rappelle le joyeux et bril-
lant succès dans Cousin et Cousine, aux Galeries, à la
fin de l'hiver dernier.
L'Empire Palace annonce les dernières repré-
sentations du ballet miniature, rappelé en Angle-
terre par d'autres engagements.
A partir de dimanche prochain, matinée tous les
dimanches, de trois à cinq heures et demie, à prix
réduit.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — L'ouverture du Théâtre-
Français de La Haye a eu lieu avec le Faust
de Gounod, et Ton a fait un accueil des plus sympa-
thiques aux deux anciens pensionnaires : MM. Sa-
maty, le charmant ténorino, qui est un des enfants
chéris du public néerlandais, et Darras. On a reçu
aussi avec une extrême bienveillance les débutants
nouveaux : la dugazon M™" Paulin, une transfuge de
la Monnaie de Bruxelles, et M. Andra, bary-
ton qui vient d'Anvers. Quant à M"'' Perdrelli, qui
remplissait le rôle de Marguerite, malgré ses qua-
lités incontestables elle n'a pas fait la conquête
du public à son premier début, peut-être parce que
la nature ne l'avait pas prédestinée à pouvoir per-
sonnifier la figure poétique rêvée par Gœthe.
M'"'' Perdrelli chante avec expression et vocalise
avec une grande facilité ; elle a une jolie meszo-voce,
mais la force fait souvent défaut et l'on sent du
temps l'irréparable outrage. Mais avant d'émettre
une opinion définitive, il vaut mieux attendre ses
prochains débuts et faire la part de ses qualités.
Elle a fort bien chanté l'air des Bijoux et a fait
bisser I'k Anges radieux ». Les chœurs et l'orchestre
surtout, sous la direction de M. Jahn, ont fort
bien marché.
Les débuts de la troupe de grand opéra ont été
heureux aussi. Les Huguenots et Aida ont été
donnés dans d'excellentes conditions. M™= Barety
a été l'objet de nombreuses ovations et la direction
a eu l'heureuse chance d'avoir su mettre la main sur
un fort ténor exceptionnellement doué, dont la voix_
est magnifique, qui a été acclamé dès son premier
début ; si le comédien égalait le chanteur, si le phy-
sique de M. Renault se prêtait davantage aux rôles
qu'il doit remplir, La Haye n'aurait certes pas le
bonheur de posséder un chanteur pareil à l'heure
qu'il est. Quand il se sera acclimaté, quand il ne
LE GUIDE MUSICAL
791
sera plus sous l'impression de l'enrouement dont
il a été atteint, dès qu'il eu passé le Moerdyck,
il deviendra sans doute l'enfant chéri du public
néerlandais.
La direction a pleinement réussi aussi dans le
choix de son baryton, M. Chais, un chanteur sym-
pathique dont la voix n'est pas forte, mais agréable
et qui sait chanter.
Le contralto M"" Bayer a fait aussi une bonne
impression à son premier début, sans égaler
cependant M"'" Andral de l'année dernière, et la
toute jeune chanteuse légère de grand opéra,
M"" Van Emeleyn, a été accueillie avec beaucoup
de bienveillance.
Au théâtre de l'Opéra-Néerlandais, dirigé par
M. Van der Linden, il est question de monter un
opéra de l'éminent directeur du Conservatoire
royal de Bruxelles, M. Gevaert, Quentin Durward
ou le Capitaine Henrioî. Ed. de H.
ANVERS. — Euryanthe au Théâtre-Lyrique
iîamand. — Cette première de l'œuvre de
Weber peut être enregistrée comme un véritable
événement artistique. L'intérêt qui s'attache géné-
ralement aux premières représentations de la
saison dans nos théâtres lyriques, c'est simplement
l'apparition d'une nouvelle cantatrice dont les
qualités ou les défauts seront passés en revue par
le public blasé. L'œuvre est une question toute
secondaire dans ces séances peu artistiques. Il
fallait la conviction d'un artiste de la trempe de
M. H. Fontaine pour rompre avec ces regrettables
traditions, et concentrer l'intérêt sur l'œuvre
représentée. Aussi, malgré les difficultés d'exécu-
tion qu'offrait Euryanthe, on ne s'est pas aperçu de
la présence d'une débutante dans le rôle d'Eglan-
tine. Le public s'est laissé entraîner par les beautés
musicales que renferme cette partition, par trop
ignorée chez nous.
L'exécution a été bonne. Il serait puéril de
relever quelques défaillances de la part de l'orches-
tre et des chœurs, celles-ci étant certainement dues
à l'énervement causé par les nombreuses répéti-
tions.
M. Van Langermeersch, qui remplissait le rôle
d'Adolar, est le nouveau ténor qui remplace
M. Leysen. Malgré les qualités réelles que nous
avons souvent reconnues chez ce dernier, il faut
admettre que le rôle d'Adolar eût été au-dessus de
ses moyens.
M. Van Langermeersch est un habile comédien,
et si sa voix manque un peu de fraîcheur, de
moelleux, il s'en sert néanmoins avec adresse,
réussissant particulièrement bien les passages en
mezzo voce.
M"" Leroy, une élève de l'Ecole de musique de
Malines, abordait la scène pour la première fois.
Si nous ajoutons à cela que le rôle d'Eglantine est
généralement tenu, en Allemagne, par les pre-
mières cantatrices, nous pouvons, dès à présent.
reconnaître à la jeune artiste certaines qualités
sans lesquelles il lui eût été impossible de réussir.
Le rôle d'Euryanthe compte également parmi
les plus écrasants du répertoire allemand, d'une
étendue peu commune pour la voix et exigeant de
la comédienne une expérience à toute épreuve.
Félicitons M"° Levering de s'en être tirée avec
honneur.
On pouvait prédire à M. Fontaine une pleine
réussite dans le rôle de Lysiart. Comme comédien
et comme chanteur, l'artiste a été parfait.
M. CoUignon débutait dans le rôle un peu effacé
du Roi. La voix n'est point mauvaise, et il nous
semble que c'est là une bonne acquisition comme
complément de la troupe.
On a fait une ovation à M. Keurvels, lorsque
celui-ci est monté au pupitre. C'était là une mani-
festation naturelle, car on ne peut assez louer l'in-
cessante activité de cet intelligent artiste.
A l'Exposition, nous avons eu quelques auditions
de piano. Chez Erard, nous avons entendu
M. Sauvage, un jeune Verviétois qui complète, en
ce moment, ses études musicales à Paris Le jeune
pianiste a déjà un doigté remarquable, et la flexi-
bilité de son poignet lui permet de réussir parti-
culièrement bien les staccati. On a beaucoup
applaudi une étude que M. Sauvage a écrite dans
le but de faire ressortir cette qualité.
M. Bossiers a donné une audition sur les pianos
Blûthner, interprétant avec autorité diverses
œuvres de Beethoven, Chopin et Dupont. Le
sympathique professeur de notre Ecole de mu-
sique a été vivement applaudi. A. W.
— Le iestival wagnérien, sous la direction de
M. Félix Mottl et avec le concours de M. Ernest
Van Dyck, « ténor des festivités wagnériennes de
Bayreuth », ainsi que le désignait anversoisement
le programme, a été très brillant. La grande salle
des fêtes était bondée, et les ovations n'ont fait
défaut ni à M. Van Dyck — qui était admirable-
ment en voix et qui a chanté avec une ampleur
superbe de style le récit du Graal, le premier lied
de Walther des Maîtres Chanteurs et le lied du Prin-
temps de la Walkyrie, — ni à M. Félix Mottl qui a
réussi à donner beaucoup de cohésion à son or-
chestre, lequel n'en a guère d'ordinaire, et à en
obtenir des nuances et une ampleur saisissante de
sonorité, surtout dans le prélude àe Parsifal, les
ouvertures des Maîtres-Chanteurs et de Tannhauser.
Le Siegfried Idyll et le Charme du Vendredi-Saint ont
moins porté dans cette immense salle. En somme,
le succès a été très vif et il a prouvé une fois de
plus qu'un vrai chef d'orchestre peut transformer
en peu de jours un orchestre de qualité médiocre.
Les fêtes musicales de l'Exposition se termine-
ront par un festival belge, dont le programme
toutefois n'est pas encore arrêté définitivement.
G AND — La représentation, au Grand-
Théâtre, de Phryné, opéra comique en deux
actes, poème de M. Auge de Lassus, musique de
792
LE GUIDE MUSICAL
M. Camille Saint-Saëns, fut Veveni de la semaine.
Cet ouvrage, donné ici le 5 octobre, n'avait jamais
été joué en Belgique. Il fut créé à l'Opéra-Comi-
que, le 24 mai 1893. M. Hugues Imbert a donné
ici même 'i) l'analyse du poème et une apprécia-
tion de la partition. Aussi n'insisterai-je pas, ren-
voyant le lecteur curieux de détails à l'article de
notre éminent confrère.
Php'ynéa. une qualité maîtresse, qui est d'être un
véritable opéra comique, et non un drame lyrique.
Le livret est honnête et fort supportable, encore
que la versification soit, çà et là, un peu gauche.
La partition est exquise : le prélude; un air de
Dicéphile, dont l'ironique accompagnement par le
basson rappelle, du WalUnsUin de Vincent d'Indy,
le prêche du moine; un air de Lampito; enfin un
hymne à Vénus suivi d'un trio, sont les plus belles
pages de cette œuvre toute de grâce fine et de
charme délicat. C'est une esquisse lestement enle-
vée de l'Hellas lumineuse, artiste, sceptique, où
les esprits sont subtils et pleins d'ironie légère. La
musique si expressive de M. Saint Saëns rappelle
à chaque instant la verve malicieuse d'Aristo-
phane.
L'interprétation est très satisfaisante. M. Duver-
net (Dicéphile), M. Coumont (Nicias) et M"'' Le-
cuyer (Phryné) ont droit à tous nos éloges.
Lundi 8, répétition générale de l'Africaine, qui,
sans doute, sera au point dimanche.
Une représentation de Lucie, dimanche 7, a
porté malheur à M. Dupuy, deuxième fort ténor,
qui s'est vu forcé de résilier son engagement.
M"" Tachel, de même, doit nous quitter, ainsi que
la basse de grand opéra, M. Vallobra. M""' Le-
cuyer, chanteuse légère, ne contente point, paraît-
il, les habitués du théâtre. Enfin la direction
négocie l'engagement d'un ténor de demi-carac-
tère, en remplacement de M. Dupuy, remercié.
Dimitri, opéra de V. Joncières, est à l'étude et
passera probablement au début de novembre.
L. D. B.
*^
LILLE. — Rompant avec les traditions du
théâtre en province, où, sous prétexte de
débuts, les premiers mois de l'exploitation sont
exclusivement consacrés au vieux répertoire,
M. Viguier, le directeur de notre scène munici-
pale, a ouvert, le jeudi 4 octobre, sa campagne
lyrique par la première représentation à Lille de
Samsou et Dalila, le chef-d'œuvre dramatique de
C. Saint-Saëns, une des plus complètes partitions
dont puisse justement s'enorgueillir notre école
française moderne.
Ce n'est certes pas le public qui se plaindra de
cette dérogation à une coutume surannée, puis-
qu'elle lui vaut le double plaisir de pouvoir enten-
dre avant décembre ou janvier un ouvrage nou-
veau et d'interrompre heureusement, par l'audition
d'une œuvre d'art véritable, l'insupportable défilé
(i) Voir le Guide Musical 1893, pages 25i et 262.
de tous les opéras-concerts qui sévissent avec une
déplorable intensité au commencement de chaque
saison. Quand cela ne ferait que lui épargner,
chaque fois qu'on jouera Samson et Dalila, des
représentations de la Dame Blanche, de Si j'étais
Roi, de Mignon, de la Traviata ou autres platitudes
italiennes, ce serait toujours autant de gagné !
La magistrale analyse qui a été faite de cette
partition, dans le Giiide Musical, par votre savant
collaborateur M. Etienne Destranges, me permet
de ne plus vous parler ici que de l'interprétation.
Je m'empresse de constater que, dans son
ensemble, elle a été très satisfaisante,
M"^ Lise d'Ajac conduit avec talent une assez
jolie voix de mezzo, manquant peut-être un peu
d'homogénéité, mais d'un timbre fort agréable.
Elle a nuancé avec beaucoup d'art ce rôle com-
plexe de Dalila, et en a fait pleinement ressortir
toutes les beautés. Aussi a-t-elle été très justement
applaudie, surtout après le fameux duo du
second acte avec Samson, que le public a rede-
mandé.
La voix souple et chaude de M. Gogny convient
admirablement au rôle de Samson, dont il a
chanté les phrases si larges en véritable artiste.
Energique dans les récits du premier acte, il a dit
avec un charme exquis le deuxième, et avec une
émotion communicative la scène de la prison.
Doublé d'un excellent comédien, il a fait preuve,
dans ce rôle important, d'un ensemble de qualités
— assez rares, hélas! chez messieurs les ténors,—
qui lui ont valu un succès très vif et très mérité.
Dans des rôles de second plan, M. Bars (le Grand
Prêtre), et M. Hourdin (le Vieillard hébreu) se
sont fait également applaudir.
Je ne dirai rien du ballet, qui n'a guère d'autre
mérite que celui de nous permettre d'entendre
l'exquise musique que Saint-Saëns a écrite pour
les Prêtresses de Dagon .
Malgré un trop petit nombre de répétitions,
l'orchestre, très habilement dirigé par son chef,
M. Bromet, a convenablement rendu cette diffi-
cile partition, si savante dans son apparente sim
plicité.
En résumé, excellente soirée dont il n'est que
juste de féliciter la direction de notre Grand-
Théâtre. . E. M.
I' UXEMBOURG. - Il est peu de villes
^ qui puissent se vanter d'avoir eu, dans l'in-
tervalle de deux ans, la visite des incomparables
orphéons belges qui ont noms « Légia » et « les Dis-
ciples de Grétry 11,
Cet honneur nous avait été réservé, et c'est
dimanche dernier que les « Disciples » ont donné
leur concert pour couronner les deux que la
(I Légia 11 avait ofterts auparavant.
Comme les deux auditions précédentes donnée;
par la Légia, celle-ci a également eu lieu a\
Cirque, la salle la plus vaste de la ville. Depui:
le commencement jusqu'à la fin du concert, le
ï|
LE GUIDE MUSICAL
793
mateurs ont été sous le charme de ces voix
lerveilleusement stylées.
Après VInvocation de Jouret, l'orpliéon a entonné
i page délicate Chant d'amour, qui a pour auteur
/[.Joseph Delsemme, directeur des « Disciples » et
)rofesseur au Conservatoire de Liège. Cette com-
losition d'un charme pénétrant a fait vibrer tout
s monde; de plus, elle a permis au baryton
il. Henrotte, professeur de chant, de faire admirer
on brillant organe, chaud et coloré.
La Chanson espagnole de Jouret était merveilleuse
vec ses beautés pittoresques, ses effets captivants
lu solo de ténor et des reprises du chœur a bocca
hitisa. M. Albert Moussoux, qui était chargé du
■olo, mérite une mention particulière ; voix cris-
'alline, diction nette; M. Moussoux comprend ce
[u'il chante, il y met de l'âme.
On a fini par le chœur de Gevaert, les Emigrants
rlandais, qui a véritablement soulevé tout l'audi-
oire. Le coloris chatoyant dont cette composition
ist empreinte, le souci des nuances avec lequel
;lle a été inierprétée sont indescriptibles; M. Jo-
;eph Delsemme, le directeur, est un artiste ! N'ou-
)lions pas de remercier M. Kepenne, notaire à
!^iége et président des « Disciples i), qui nous
Lvait amené son admirable phalange.
Au moment où j'écris, j'entends encore les
ormidables accords du finale des Emigrants.
iourra !! Salut à toii et les applaudissements fré-
létiques de la foule qui manquaient de faire crou-
er la toiture du Cirque. N. L.
NOUVELLES DIVERSES
Demain lundi, le célèbre maestro Johann
Itrauss, l'auteur du Danube bleu et de tant
.'autres jolies valses, sans parler d'une longue
érie d'opérettes finement et spirituellement
crites, célébrera le cinquantième anniversaire de
es débuts comme chef d'orchestre. C'était en
844; il avait alors dix-huit ans. Il avait fait ses
lasses, étudié l'harmonie et le contrepoint, jouait
u violon et composait des danses ainsi qu'avait
lit son père, populaire lui aussi comme composi-
3ur de danses. Avec un orchestre de quatorze
iusiciens rassemblés et stylés par lui, il débuta
n beau soir avec sa chapelle dans un établisse-
lent suburbain de Vienne, à Hietzing, qui, bientôt
près, grâce à la musique entraînante de Strauss,
tait devenu le plus fréquenté de la banlieue. Une
)is lancé, Johann Strauss devint rapidement le
ompositeur à la mode. Choyé dans les salons
ristocratiques, aimé du populaire, il n'est pas de
;te publique ou privée qu'il n'ait contribué à
gayer des inventions piquantes de sa muse légère
t gracieuse. Ce qui fait le mérite très réel et peu
ommun des compositions de Strauss, c'est le
harme ingénieux de son harmonie, qui souligne
agréablement des mélodies dont le contour gra-
cieux est marqué en arêtes vives par des rythmes
d'une vivacité et d'une verve entraînantes.
Un fait peu connu, c'est que Johann Strauss fut
un des premiers et plus ardents admirateurs de
Richard Wagner qui, lorsqu'il s'installa à Vienne en
i863, eut des relations très cordiales avec le « roi
de la valse 11. Le maître de Bayreuth n'a pas
dédaigné de parler avec éloge dans ses écrits des
charmantes compositions de Strauss.
Ce qui est certain, c'est que Strauss, dans le
genre léger, est une personnalité, et qu'il laissera
une trace dans l'histoire de l'art contemporain.
Depuis quelques années, Johann Strauss avait
abandonné son orchestre, laissant à Edouard, le
survivant de ses deux frères, le soin de continuer
la tradition de famille. Il a employé ses loisirs à
composer de charmantes opérettes. Il a même, on
se le rappelle, fait représenter un opéra, le Cheva-
lier Pazman, il y a deux ou trois ans, à l'Opéra de
Vienne ; mais il n'a pas tardé â revenir au genre
aimable et léger où il excelle.
Le jubilé durera trois jours. Il sera couronné
par un banquet solennel auquel assistera la jeune
et jolie femme du vigoureu.x vieillard.
On dit que l'Empereur conférera, à cette occa-
sion, à l'éminent artiste, la récompense suprême,
c'est-â-dire le Ehrmzeichen, la croix d'honneur des
Autrichiens.
Et le 12 octobre, afin de prouver qu'il n'a pas
déchu, le maestro a dirigé, à VAn der Wien, la pre-
mière d'une opérette nouvelle, sur un sujet bos-
niaque : labuka.
Si les conservatoires ont du bon, ils ont aussi
leurs côtés fâcheux. Un musicologue allemand
vient de dresser, à ce propos, une statistique
curieuse. Il constate qu'en moyenne soixante- dix
théâtres lyriques de .l'Allemagne n'engagent
guère plus de sept ou huit cantatrices nouvelles
par an. Or, pour chaque place vacante il n'y
aurait pas moins de trente candidates fraîchement
émoulues des conservatoires, munies de tous
leurs diplômes. En moyenne, on paie aux débu-
tantes un cachet de 120 marcs par mois, sous
réserve toutefois de résiliation en cas d'insuffi-
sance. Or, il n'est pas une nouvelle « recrue »
qui ne soit exposée à se voir résilier après les
premières représentations. Ce n'est généralement
qu'un truc de l'imprésario. Il menace de renvoyer
la jeune artiste à moins qu'elle ne consente à
une diminution d'appointements, la moitié par
exemple, c'est-à-dire 60 marks, soit à peine
7S francs.
En moyenne, une cantatrice déjà routinée ne
reçoit pas plus de 3oo marks par mois.
Pour les cantatrices de concert, c'est pis encore.
Il est rare qu'elles ne doivent pas payer les pre-
miers concerts où elles se font entendre. Si la
débutante a quelque succès, elle devient aussitôt
la proie des agents, si nombreux en Allemagne.
Ceux-ci ont bien soin do ne pas stipuler de pris
794
LE GUIDE MUSICAL
fixe par audition, de sorte que la malheureuse
est obligée souvent de chanter à des prix déri-
soires. Il arrive même fréquemment que, déduction
faite de la commission de l'agent, il ne lui reste
qu'un louis, tout au plus, par concert
Faut il s'étonner que tant de cantatrices qui
eussent fait des artistes de talent préfèrent aller
au café-chantant, où Ton paie convenablement !
Le 3oo° anniversaire de la mort de Palestrina
va être célébré à Vienne par un grand concert où
l'on entendra sa messe Ecce ego Johannes
Un journal de Berlin confirme que l'empereur
Guillaume II vient de terminer son opéra comique
en un acte et que cette œuvre sera bientôt repré-
sentée dans l'intimité de la cuur. L'empereur déci-
dera ensuite s'il la fera jouer publiquement sous
un pseudonyme.
Le héros des Maitres-Chanteiirs de Richard Wag-
ner, le poète-cordonnier Hans Sachs, qui eut une
si grande part dans l'œuvre de la Réforme, va être
solennellement fêté à Nuremberg, à l'occasion du
quatrième centenaire de sa naissance,
Le 3 novembre, on donnera une comédie inédite
en trois actes, de M. R. Gênée, traitant de diffé-
rents épisodes de la vie de l'ouvrier-écrivain.
Le lendemain, après une cérémonie à l'hôtel de
ville, un cortège rappellera les principaux faits •
historiques auxquels fut mêlé Hans Sachs ; puis,
devant sa statue, qui se dresse sur une des places
publiques de la vielle cité, on jouera deux farces
de carnaval de sa composiiion.
Le tout se terminera, comme de juste, par une
représentation des Maiïres-ChanUurs.
Nuremberg ne sera pas la seule ville d'Allema-
gne à célébrer la mémoire de Sachs. A Berlin, on
doit jouer une pièce de circonstance. Et Munich
organise des fêtes qui dureront trois jours.
Toutes ces commémorations seront sans doute
très brillantes, car Hans Sachs est une des figures
les plus populaires de la vieille Allemagne.
Durant ses dernières années, on a publié sur lui
d'innombrables études, et il est le héros d'un grand
nombre de pièces de théâtre.
L'Opéra de Vienne, après avoir donné une
reprise de VIphigénie eu Aulide de Gluck, qui ne
paraît pas avoir impressionné beaucoup le public
viennois, a donné, la semaine dernière, sa première
nouveauté, Mara, un acte, musique de M. F. Hum-
mel,dôjà joué à Berlin. M. Hummel est violoncel-
liste à l'orchestre de Berlin. De là, sans doute,
l'accueil très favorable fait à son œuvre dans la
capitale allemande. A Vienne, le succès a été
moins vif, bien que la critique soit assez favorable
à la partition de M. Hummel. Mais on commence
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VIENT DE PARAITRE
DVORAK. Op. 96, Quatuor à cordes, en /o. . . . Partition net 5 65
Parties « 7 5o)
— Op. 90, Dumka, Trio pour piano, violon et violoncelle « 11 25)
VAN DAM. Les Clochettes bleues. Mélodie pour chant ... " 2 —
— Pour un seul Mot, chanson pour une voix .... » ^ l'^
VASTERSAVENDTS.Op. 9, Deux Etudes de concert, pour piano « 3 —
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LE GUIDE MUSICAL
795
à être lassé par toutes ces petites pièces en un
acte écloses à la suite de Cavalkria rusticana et qui
en imitent la brutalité et les gros effets.
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Berlin
Opéra. — Du 7 au 14 octobre : Le Prophète. La Fille
du régiment et Carnaval. Tannhaeuser. Mara et I
Pagliacci. Czar et Charpentier. Cavalleria rusticana
et le Barbier de Séville. Hasnsel et Gretel 'de Hum-
perdinck)et Puppenfee. Lohengrin. Haenselet Gretel.
Les Saisons.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 7 au 14 octobre :
Roméo et Juliette. Le Prophète. Relâche. Mireille.
Farfalla Tristan et Iseult. Traviata. Relâche.
Jeudi 18 : Tris'an et Iseult. Reprise du Barbier de
Séville. — Prochainement : Samson et Dalila.
Alcazar royal. — Spectacle-concert.
Empire-Palace — Spectacle-concert.
Paris
Théâtre du Chatelet (Concerts-Colonne), dimanche
14 octobre 1894, à 2 1/4 très précises. — Première
partie ; Symphonie fantastique de H. Berlioz, ballet
de Promè'.hèe de Beethoven. Violoncelle : M. Ba-
retti; flûte : M. Cantié; clarinette: M. Terrier;
basson : M. Hamburg ; harpe : M^e Provinciali-Cel-
mer Prélude du Déluge de C Saint-Saëns. Violon
M G. Remy.
Deuxième partie : Impressions d'Italie de G. Charpen-
tier, prélude de Tristan et Iseult de Rich. Wagner.
Cor anglais : M. Longy. La Chevauchée des Valky-
ries de Richard Wagner .
Opéra — Du 8 au i5 octobre : Samson et Dalila, la
Korrigane. La Walkyrie. Otello. Roméo et Juliette.
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796
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LEKEU, G"^. Andromède, poème lyrique et symphonique en deux parties,
partition réduite par l'auteur, pour chant et piano . .. m 8 —
— Trois pièces pour piano ......... 3 —
RAWAY Erasme. Scènes Hindoues, poème symphonique en quatre parties,
réduction à quatre mains ....... 4 —
THOMSON, César. Passacaglia, d'après Hasndel, pour violon et piano . » 3 i5
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des ARCHIVES DU PIANO et de la CÉLÈBRE MÉTHODE DE PIANO A. LE CARPENTIER
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mezzo 5 ))
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Dame de Pique, opéra no 7,
duetto, deux femmes. Net 2 «
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contralto .... Net i 5o
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A. Pouchkine. . . Net 20 «
Marietti. Réponse à la Pro-
mise, Chansonnette . . . 3 »
Petit format i «
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Chabrier, Em. Marche des
Cypages 7 5o
Hily, F. Op. i58. L'Oiseau-
mouche, caprice. . . . 5 ):
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec par-
tie d'harmonium adlib. Net 2 r.
Misaler, B. T. Chanson
Suisse Net 5 r.
— Chanson Havanaise » 5 >
— » Napolitaine » 5 >:
Thuillier, E. Fête Alsa-
cienne 5 >:
Vincent, Aug Op. 64
Scherzo 5 r
— Op. 65. Gavotte . . . 5 r.
— Op. 66. Valse Espagnole . 6 r.
PIANO A 4 MAINS
Pr
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Lenepveu, avec harmo-
nium adlib. . . . Net 3
Thomé, F. Marche triom-
phale d' Aug. Vincent, op. 44 10
DEUX PIANOS A 4 MAINS
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec har-
monium adlib . . . Net 4
Ttiomé, F. Marche triom-
phale d' Aug. Vincent, op. 44 12
MUSIQUE DE DANSE
Dessaux, Louis. Quatre
danses faciles :
No I. Quadrille. ... 5
No 2 . Valse ..... 3
No 3. Polka 3
No 4. Polka-Mazurka. . 3
GRAND ORGUE
Salomé, Tli. Op. 21. Trois
Canons
— Op. 25. Première grande
sonate
VIOLON ET PIANO
Danbé, Jules. Op. 3o, n" 4.
Petite Valse 5
— Op. 21, no 4. Canzonetta . 6
MUSIQUE MILITAIRE
■Wittmann. Amour et prin-
temps, harmonie ou fan-
fare Net 3
— Placet, Patins et fourrières.
Polka-Mazurka , harmonie
ou fanfare .... Net 3
Wittmann. Favarges. Op. i
Boléro, harmonie ou fan-
fare Net 4 n
— Le même pour orchestre
(sous presse)
ŒUVRES DE P. TSCHAIKOWSKY
Cent vingt morceaux de piano.
Trois concertos, piano et orchestre.
Cent mélodies, chant et piano.
Six duos à deux voix.
Trois quatuors à cordes .
Trio pour piano, violon et violon-
celle .
Quatre poèmes symphoniques .
Cinq suites d'orchestre.
Six symphonies à grand orchestre.
Trois ballets : le Lac des Cygnes, la
Belle au bois dormant, le Casse-
noisette.
Neuf opéras : le Caprice d'Oksàne,
Snegourotschka ou la Fille de
Neige, Vakoula le Forgeron, Oné-
guine, la Dame de pique, Jeanne
d'Arc, Mazeppa, la Tscharodeika,
Yolande.
OUVRAGES POUR SOLI CHŒURS
ET ORCHESTRE
Eecmnmmidés aux sociétés phillianraniques
Bernard, E. Op. 8. La Captivité de
Babylone.
Bourgault-Ducoudray. Op. 5.
Stabat Mater.
Lefebvre, Ch.. Judith. — Eloa.
Lenepveu, Cti. Jeanne d'Arc.
Maréciial, H. Le Miracle de
Naïm. — La Nativité.
LE GUIDE MUSICAL
797
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dante Religioso . . . i ,
Le Pas, A. Aul)ade à la
fiancée i .
Lunssens, M. Marche so-
lennelle (Fest-Marsch) . .3
Raif, O Op. 4 Suite des
Valses à 4 mains. ... 3
Streabbog, L. Albums (à
4 mains) : Le Collier de
Perles La Corbeille de
Roses. Fleur de Mai. Les
Oiseaux de Paradis. Le
Petit Carnaval. Les Papil-
lons. Les Etoiles d'Or
Chaque album, six danses
faciles 4
VIOLON ET PIANO
Accolay, J. B. Au bord du
ruisseau, idylle .... 2
— La Taglioni, scène de ballet 2
— Ruines et Souvenirs, ballade 2
— Rêverie mélancolique . . 2
" — Légende écossaise ... 2
— Polonaise 2
Gabriel-Marie. « Impres-
sions. « 6 morceaux ;
N" I . Simplicité. ... i 75
N" 2. Insouciance . . . 2 —
N" 3 Quiétude .... i 75
N° 4 . Souvenir ....175
N" 5. Mélancolie ... i 75
N06. Allégresse. ... 2 —
Hermann, Rob. Petites
Variations pour rire, com
posées sur sept notes . . i 90
Jehin-Prume. Romance . i 75
Thallon, R. Romance . i 75
Ventti, G. Trois morceaux :
N" I. Chanson sans paroles i 35
N" 2. Chanson du soir . . i 35
N" 3. La Sérénata . . .2 —
— Deux Rhapsodies :
Noi Sur des motifs écossais i 90
No 2. Sur des motifs sué-
doix 3 75
VIOLONCELLE ET PIANO
Pangaert d'Opdorp, L.
Mélodie i 35
— Souvenir de Spa (Annette
et Lubin), pour violoncelle
et hautbois 2 —
DIVERS INSTRUMENTS
Gilis, A. Symphonie d'en-
fants. Piano, violons I, II,
ornitoph' ne et triangles .
Gobbaerts. Op 33. Concert
dans le feuillage, pour flûte
et piano
Pietrapertosa, 12 Trans-
criptiL.ns pour mandoline
et piano :
No I. Battmann, L., Babil
de fauvet'.e.
No 2 Csibulha.A-.Ga.vo\.is
Stéphanie .
No 3. » de la Princesse .
No n, Dupont, A., Chanson
No 5. Faucheux, Nocturne.
No 6. " Rêverie .
No 7. FUn, P., Le Temps
des roses .
No 8. H ollman,jf., Chanson
d'amour.
No 9. Ludovic, Marguerite
No 10. » Rêve d'un
ange
1 75
2 5o
1 75
2 00
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I 75
I 75
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Sans accompagnement i 25
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J. ARNOUD
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2' » 600 Exercices i 5o
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L'ART DE TRAVAILLER LES ÉTUDES DE KREUTZER
Exemples de doigtés et de coups d'archet, recueillis d'après les notes de
L. MASSART
pyofesseur au Conservatoire Naiional de Musique
Prix net i fr,
E. DURAND
EX-PROFESSEUR AU CONSERVATOIRE NATIONAL DE MUSIQUE
complet d'harmonie : Partie de l'élève, i'^^'' volume 25
allons des leçons d'harmonie : Partie du professeur, 2« volume ... ; I2
d'accompagnement pratique au piano. . 18
798
LF. GUIDE MUSICAL
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TRISTAN et ISEULT, i vol. de 375 p., 2= éd. ., 5 00
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CONTES & BALLADES
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2. Ballade, » . . 5 oo 2. Conte, » . 6 00
3. Conte, » . . 4 00 3. Ballade, » . 5 00
Complet 9 00
(OP. 34)
Complet 9 00
N" I. Conte, 3= suite 6 00
2. Ballade, » . 5 00
3. Conte, » . 5 00
Complet 9 00
N" I. Ballade, 4" suite 6 00
2. Conte, » . 6 00
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Complet 9 00
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LE GUIDE MUSICAL
799
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40" année 21 Octobre 1894 numéro 43
SOMMAIRE
Hugues Imbert. — Othello de G. Verdi.
— La première à l'Opéra de Paris.
Richard Wagner. — Lettres à Auguste
Rœckel (Traduction de M. Maurice KufFeratli).
M. Kufferath. — Notes de voyages (suite
et iîn).
ifftjroiitquc ôc la Semaine : Paris : Revue des Con-
certs-Colonne. —Nouvelles diverses.
Bruxelles : Nouvelles diverses.
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Dratoe lyrique en quatre actes, poème d'ARRiGO BoïTO,
musique de G. Verdi
De dernier né des ouvrages de
Verdi, Falstaff, aura vu le jour à
][ Paris avant Othello, qui est son
aîné. Lorsque ce drame lyrique
fut exécuté pour la première fois, en Tannée
1887, au théâtre de la Scala à Milan, on
fut unanime à reconnaître que le maître
italien, continuant son évolution, avait
inauguré pour ainsi dire sa troisième ma-
nière. Certain critique, dont nous aimons
à reconnaître la valeur, affirma hautement
qu'Othello était le meilleur drame lyrique
qui eût vu le jour en pays de langues
latines depuis la mort de Spontini. L'affir-
mation est peut-être audacieuse ; mais elle
indique bien dans sa brièveté la haute opi-
nion que la critique sincère et éclairée a de
l'illustre maître.
Et lorsque M. le commandeur Negri,
après la première de Milan, prononça, au
banquet offert à la presse par les éditeurs
Ricordi, les belles paroles que nous tenons
à reproduire, elles furent couvertes de
frénétiques applaudissements : « Messieurs,
vous admirez le génie de Verdi, mais vous
ne pouvez pas savoir de quel amour respec-
tueux l'Italie entoure son nom. L'Italie
honore en lui le grand artiste qui, dans les
jours de la douleur et de l'oppression, a su,
par ses chants sublimes, adoucir sa tris-
tesse et soutenir son courage; l'homme qui
n'a jamais courbé la tête ni devant les
menaces, ni devant les flatteries; l'homme
qui, dans les temps les plus difficiles, a fait
toujours respecter la dignité de l'art italien;
l'homme enfin dont la vie irréprochable,
laborieuse et modeste est pour tous, grands
et petits, le plus noble des exemples. » Il
aurait pu ajouter : l'artiste peut-être unique
qui, après une période de gloire et d'eni-
vrement, est entré résolument dans une
voie nouvelle, répudiant pour ainsi dire son
passé et tournant le dos à une école qui
avait eu son temps de vogue.
A ce propos, on a été amené à établir une
comparaison entre VOthello de Verdi et
celui de Rossini; nous n'en voyons pas
la nécessité, puisque les tendances des
deux compositeurs sont diamétralement
opposées. Dire, à la décharge de Rossini,
qu'il faut tenir compte du milieu et de
l'époque où a eu lieu la production, nous
semble un argument de force médiocre,
puisqu'au moment où Rossini a écrit son
Othello, il aurait pu, s'il avait été touché par
la grâce, prendre exemple sur des devan-
ciers illustres, Gluck et Weber, qui avaient
déjà et magnifiquement tracé la voie à
suivre en matière de drame l3Tique.
La mise à la scène de VOthello de Verdi
à l'Opéra de Paris s'imposait; on se
demande même comment un temps aussi
long a pu s'écouler entre l'exécution de ce
beau drame lyrique à Milan en 1887 et son
acceptation à l'Académie nationale de
musique en 1894. La direction a tenu à
réparer le temps perdu en donnant à
l'œuvre le plus brillant éclat et en en con-
fiant l'interprétation aux artistes les plus en
vue.
Tout le monde sait que le libretto, comme
celui de Falstaff, est l'œuvre de M. Arrigo
Boïto, musicien et poète dont l'opéra Mefis-
tofcle révéla un tempérament original. Dans
Othello, le librettiste a inculqué au rôle
d'Iago une telle prépondérance qu'il fut
question, dans le principe, de donner au
nouveau drame le nom à!Iago. La puis-
sance et l'originalité avec lesquelles a été
présenté le personnage n'a pas été sans
influencer le tempérament excessivement
804
LE GUIDE MUSICAL
dramatique de Verdi. Dans le but de
resserrer l'action du drame, M. Boïto a
négligé le premier acte de Shakespeare : et
cependant, c'est dans ce premier acte que
se trouve la fameuse apostrophe du séna-
teur Brabantio, père de Desdémone, à
Othello : «Veille sur elle, More; aie l'œil
ouvert sur elle; elle a trompé son père et
pourra te tromper. »
Eclair, tonnerre, ouragan, tel est le début
du premier acte de M. Boïto, le deuxième
de Shakespeare. Au loin, la mer, dont les
flots sont déchaînés ; sur la plage, les Cy-
priotes attendant avec anxiété la galère du
More, qui vient de vaincre les Turcs et
aborde bientôt à la plage, suivi de marins
et de soldats. Othello entre dans la forte-
resse, alors que le peuple proclame la vic-
toire et qu'un feu de joie s'allume. lago,
préméditant déjà son œuvre de haine,
engage Rodrigue à ne pas désespérer de
son amour pour Desdémone; souvent
femme varie. Quant à lui, il a toujours
détesté ce More qui a injustement donné à
Cassiole grade qu'il convoitait et... « il ne
voudrait pas voir, dit-il, rôder autour de
lui un lago ». Attablé sous une treille avec
ses compagnons, lago invite Cassio à boire,
l'enivre et provoque bientôt une querelle
qui dégénère en un combat furieux. Au
bruit du tocsin que fait sonner le traître,
Othello accourt, suivi de Desdémone. A
son arrivée, le combat cesse, tout s'apaise.
Il enlève à Cassio son grade de capitaine.
Restés seuls, Othello et Desdémone, dans
le ealme de la nuit, sous un ciel qui a repris
sa pureté, se remémorent les premiers
enchantements de la passion qui les lia
l'un à l'autre : ce sera le seul et unique duo
d'amour de la partition.
Le second acte nous conduit à un pavil-
lon vitré donnant sur les jardins du palais,
lago persuade à Cassio de prier Desdé-
mone d'intercéder en sa faveur auprès
d'Othello, afin d'obtenir sa grâce. Cassio
s'éloigne; mais lago, donnant cours à la
haine qui l'anime dans un terrible credo (i),
surveille l'entrevue de Cassio et de Desdé-
mone dans les jardins du palais. Et lors-
qu'Othello vient à lui, il insinue à ce dernier
les premiers germes de la jalousie, en lui
laissant pressentir les relations de Cassio
et de Desdémone.
(i) Ce creio a été ajouté par M. Boïto au texte de
Shakespeare. _
Par la large ouverture du pavillon,
Desdémone apparaît, entourée d'une foule
de femmes, d'enfants, de marins qui lui
offrent des fleurs et d'autres présents. Les
mandolines et les guitares résonnent et
accompagnent les chants. Puis Desdé-
mone, suivie d'Emilia, s'avance au-devant
de son époux et lui demande la grâce de
Cassio. « Pas maintenant », lui répond
Othello. Etonnée de ce refus, elle cherche
à calmer le malaise qu'il ressent en entou-
rant son front brûlant du tissu soyeux de
ce mouchoir qu'il lui a donné, souvenir
précieux venant de sa mère. Il le jette
violemment à terre; mais lago, tramant sa
perfide intrigue, l'enlève à sa femme Emilia,
qui s'était empressée de le ramasser.
L'acte se termine par les insinuations
d'Iago à Othello, le rêve de Cassio et le
terrible serment d'extermination. « Soyez
témoins, s'écrie lago, vous flambeaux tou-
jours brûlants sur nos tètes, vous éléments
qui nous enfermez de toutes parts, soyez
témoins qu'ici lago dévoue son esprit, son
bras et son cœur au service d'Othello ou-
tragé. Qu'il commande et quelque san-
glants que soient ses ordres, l'obéissance
m'affranchira de tout repentir ! »
Superbe décor au troisième acte, don-
nant l'aspect d'une grande salle du palais
avec ses colonnes, rappelant les belles
mosquées d'Espagne ou le palais Ducal de
Venise; au loin, la mer bleue. Ici, l'action
reste un peu la même jusqu'à l'arrivée de
l'ambassadeur de Venise. Othello demande
à Desdémone ce qu'est devenu le fameux
mouchoir; mais celle-ci, ne soupçonnant
pas l'importance que son mari attache à
ce gage d'amour, continue à le supplier de
faire grâce à Cassio. « Jure, lui dit-il, que
tu es une épouse fidèle et damne toi» ; puis
il la chasse.
Après un douloureux monologue d'O-
thello, lago lui persuade d'écouter, caché
sur le balcon, la conversation qu'il va avoir
avec Cassio. Celui-ci racontera ses amours
avec Bianca et Othello s'imaginera qu'il
s'agit de Desdémone; ses soupçons seront
confirmés par la vue du mouchoir que le
jeune officier trouva chez lui l'autre soir,
qu'il présente à lago et qu'Othello con-
temple avec fureur, trouvant là une preuve
éclatante de la trahison de Desdémone.
Les trompettes sonnent : l'ambassadeur
de Venise est annoncé, et son arrivée est
fêtée par des danses d'un caractère orien-
LE GUIDE MUSICAL
805
tal. Ce ballet n'existait pas dans la partition
italienne ; il a été ajouté par l'auteur pour
complaire à certains abonnés de l'Opéra,
qui ne peuvent comprendre une œuvre scé-
nique quelconque sans l'adjonction du
ballet traditionnel. Aussi, disons tout de
suite que ces danses sont la partie la moins
réussie de la partition de Verdi. L'ambas-
sadeur annonce à Othello que la république
vénitienne le rappelle et qu'il devra remettre
le commandement à Cassio. Scène lort
dramatique, dans laquelle Othello préci-
pitera Desdémone à terre, chassera la foule
qui l'entoure et tombera lui-même comme
foudroyé. Debout, avec un geste de
triomphe et mettant le pied sur la poitrine
d'Othello, lago s'écrie : u Le lion est à
terre ! »
Le dernier acte, le plus émotionnant des
quatre, est court. La scène représente la
chambre de Desdémone ; une lampe brûle
suspendue près de l'image de la Madone.
Il fait nuit. Desdémone chante à Emilia la
triste romance du Saule. Puis, restée seule
à son prie -dieu, prosternée devant la
Vierge, elle murmure un : « Je vous salue,
Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec
vous», — et s'étend sur son lit où elle
s'endort. Par une porte secrète apparaît
Othello : furtivement, il éteint la lumière,
écarte les rideaux, contemple longtemps
Desdémone endormie, lui donne plusieurs
baisers. «Qui vient?» murmure Desdémone
s'éveillant. — « Othello». Alors s'engage
entre lui et elle le court et fiévreux dialogue
débutant par cette demande d'Othello :
« Avez-vous dit, ce soir, votre prière ? »
Sourd à ses supplications, à ses plaintes, il
la prend dans ses bras et l'étouffé. Du
dehors, des cris se font entendre : c'est
Emilia qui annonce la mort de ■ Rodrigue
tué par Cassio. Elle entend gémir Desdé-
mone, assiste à son dernier soupir, prouve
à Othello l'innocence de l'infortunée et
appelle à l'aide. La chambre de Desdé-
mone est bientôt envahie par Lodovico,
Cassio, lago, puis Montano et des soldats,
lago, démasqué par Emilia, s'élance l'épée
à la main, puis s'enfuit, alors qu'Othello se
perce la poitrine de son poignard, après
avoir donné un dernier baiser à Desdé-
Musicalement, nous ne sommes en pré-
sence ni d'un drame lyrique, comme l'en-
tendait Richard Wagner, ni d'un opéra avec
les formules conventionnelles. Remontant
aux belles traditions de l'école de Gluck,
Verdi s'est évertué à respecter la vérité
dramatique, à donner aux paroles qu'il
avait à traduire en langue musicale une
justesse d'expression étonnante. Mais, en
renonçant aux errements d'autrefois, le
maître n'a nullement abdiqué sa personna-
lité, et, dans sa belle partition, on trouve
maintes pages dans lesquelles le tempéra-
ment italien domine. Nous lui savons gré
de ne pas avoir cherché à introduire dans
son œuvre des procédés qui ont fait la
maîtrise d'un Richard Wagner par la ma-
nière géniale dont ils ont été mis en œuvre,
mais qui, en une nature absolument autre,
auraient pu troubler son originalité. Dans
Othello, la musique est la résultante du
poème, le suit pas à pas, et aucun élément
parasite, c'est-à-dire emprunté à d'autres
compositeurs, ne s'y découvre.
Dans le premier acte, il faut admirer les
effets par lesquels le compositeur a donné
à la tempête une intensité grande, le grou-
pement des voix du chœur, le dessin léger
de l'orchestre accompagnant la chanson à
boire d'Iago, qui nous rappelle telle page
de Falstaff, et surtout l'unique scène
d'amour d'Othello et de Desdémone. « Mé-
lodie douce, insinuante, voluptueuse et
chaste pourtant, qui, toujours inspirée par
la poésie dont elle n'entrave jamais le cours,
renaît sans cesse, et, au moment où elle
semblait prête à expirer, dévoile ses plus
délicieux trésors! Harmonies voilées, mais
lumineuses, diaphanes, féeriques et qui
feraient croire que le musicien poète a
trempé son pinceau dans le rayon de lune
tombant par une belle nuit d'été sur le col
gonflé d'une tourterelle amoureuse (i) ».
Chaque acte est précédé d'un court pré-
lude; celui du deuxième acte, qui n'a que
seize mesures, est gracieux. Comme l'or-
chestration est caressante, avec ses noires
pointées et ses trois croches liées, lorsque
lago insinue à Cassio que Desdémone est
le chef de leur chef (!) (entre parenthèses,
signalons la faiblesse de la traduction fran-
çaise), — et qu'il doit la prier de demander
sa grâce à Othello ! Mais voici le credo,
page superbe de la partition, avec les
vigoureux appels de trombone, les trilles
sataniques des cordes, les progressions
chaleureuses des imprécations d'Iago sur
(i) Otdlo di Virdi et U drame lyrique, par Georges Nouf-
flard.
806
LjE guide musical
les mots « Je crois... », puis les suspensions
voulues, les sonorités graves de l'orchestre
et la phrase finale, si émouvante, s'étei-
gnant pianissimo : « La mort, c'est le
néant ! » A citer encore le basson doublant
la voix d'Iago, quand il narre les terribles
eftets de la jalousie : « C'est un monstre
horrible aux yeux verts ». Le chœur, ac-
compagné par les mandolines et les gui-
tares placées sur le théâtre, nous a paru
fort élégant et bien en situation. Dans la
scène du mouchoir, il ne faut point passer
sous silence la phrase de Desdémone si
empreinte de résignation : « Si, par mé-
garde... » Mais il y aurait peut-être à cri-
tiquer le mauvais accouplement des voix
dans le trio qui suit entre Desdémone,
Emilia et Othello. La strette « Tout
m'abandonne ! adieu, rêve de gloire ! »
chantée par Othello, est du plus pur style
italien et rappelle un peu telle page du
troisième acte d'Aida; le public l'a couverte
de ses applaudissements et l'a bissée.
Nous lui préférons de beaucoup la scène
dans laquelle lago raconte à voix basse à
Othello le rêve de Cassio. L'orchestre sou-
ligne délicieusement en sourdine cette
mélopée caressante : « Desdémone suave!
Ah ! ton baiser m'embrase ! » — Le serment
«Parle ciel ardent, je jure », dans lequel
s'unissent les voix d'Othello et d'Iago, em-
prunte encore son efièt à la chaude couleur
italienne et se termine sur ces mots à la
tierce : « Dieu terrible et vengeur ».
Le troisième acte est le moins bien venu
de la partition. Nous ne voyons presque à
signaler que le caiitabile de Desdémone,
empreint d'un grand sentiment : « Et vois
mon ame »,puis le curieux air d'Othello, se
développant sur deux notes, la et uii. Nous
ne goûtons pas extrêmement les airs de
ballet [Danse turque, Chanson arabe, Chan-
son grecque, la MiLranese, le Chant de
guerre) : ils n'ont ni la saveur, ni l'origina-
lité que comportent leurs titres. Quant à
l'ensemble hnal, nous regrettons de n'être
pas d'accord à ce sujet avec l'illustre aca-
démicien iVL £. Reyer, qui affirme que
c'est « le morceau le plus grandiose et le
plus habilement traité qu'ait écrit la plume
magistrale de l'illustre compositeur » . Nous
trouvons, au contraire, que l'agencement
des voix n'est pas toujours heureux. Le
travail paraît avoir été pénible,et l'efiétrêvé
par le compositeur n'a pas donné le résultat
attendu.
Mais voici le dernier acte, qui est le
couronnement de l'œuvre. Un court pré-
lude à quatre temps, d'une tristesse indici-
ble, laisse pressentir la triste fin de Desdé-
mone. Lorsque le rideau se lève, l'infortunée
recommande à Emilia, si elle vient à mou-
rir, de l'ensevelir dans les plis de sa robe
nuptiale, et les violoncelles soulignent la
voix de Desdémone. Quel sentiment de vic-
time résignée en cette Chanson du Saule,
dans laquelle se perçoivent l'angoisse et la
détresse! Comme ce mot « Saule! » répété
trois fois et de plus en plus pianissimo, sur
deux notes, avec un écho à l'orchestre, laisse
une impression d'ineffable douceur et de
poignante émotion! Et comme cet adieu
à Emilia est déchirant! Restée seule, elle
prie, et VAve Maria, dont les premiers
versets ne sont que la reproduction de la
psalmoldie liturgique, se transforme en une
ardente supplication. Othello paraît et l'or-
chestre donne immédiatement la sensation
de la soufi'rance qu'endure le malheureux.
Le drame se précipite avec une rare inten-
sité, peignant avec une vérité saisissante le
cri de Desdémone demandant grâce, sa
mort et celle d'Othello.
M. Maurel est l'incarnation même d'Iago,
de ce scélérat, de ce critique imaginé par
Shakespeare, amplifié par M.Boïto.Comme
acteur et comme chanteur, cet incompara-
ble artiste s'est élevé à une hauteur qu'il
est impossible de dépasser. Dans le « récit
du songe »,il a remporté, par la puissance
d'expression de sa diction, un succès qui
est unique dans la vie d'un acteur. Le rôle
de Desdémone ne pouvait trouver une
interprète plus émouvante, plus pénétrée
de sa mission que M™<= Caron, qui ne fut
jamais plus en voix et qui compte un
triomphe nouveau à son actif. M. Saléza
s'est révélé un Othello nerveux, passionné,
terrible; sa réussite a été grande. Parmi
les autres rôles, nous mettrons en première
ligne M™« Héglon, qui est appelée dans un
avenir prochain à tenir les premiers rôles à
l'Académie nationale de musique; enfin,
nous citerons avec éloge MM. Vaguet,
Laurent, Gresse et DouaiUer.
Les décors sont superbes; les chœurs
ont fait des efforts, et l'orchestre s'est sur-
passé sous la direction de M. Paul Taffa-
nel. Hugues Imbert.
LE GUIDE MUSICAL
807
LETTRES DE RICHARD WAGNER
A
AUGUSTE RŒCKEL
(Traduites par M. Kufferath)
(Suite). - Voir les nos 38, 39, 40, 41 et 42.
Très cher ami,
A l'instant je reçois ta lettre et je m'empresse
d'abandonner mon travail pour y répondre,
afin que s'accomplisse finalement l'intention
de t'écrire que j'ai dû ajourner pendant
toute une année. Cette lettre due n'a pas
cessé de me peser sur le cœur, et je ne parviens
pas à m'expliquer comment j'ai pu tant tarder;
c'est vraisemblableinent que je n'aurai pu me
trouver un seul instant dans la disposition
d'esprit favorable pour écrire. Que de fois, au
cours de mes promenades solitaires, je t'ai écrit
en pensée ! Mais je suis devenu un véritable
pédant à cet égard, et une mélancolie qui me
tient avec persistance arrête en moi toute
expansion, état d'esprit dont je cherche à me
délivrer par un travail régulier. Mais je ne
veux pas perdre de temps en ces vaines expli-
cations! — En dernier lieu, la visite que ma
femme t'a faite et les nouvelles de toi qu'elle m'a
données m'ont singulièrement rassuré à ton
égard; il me semblait que je n'aurais pu faire
rien de plus oiseux que de m'inquiéter sur ton
sort. Entends-moi bien ! Ton père aussi, qui
est venu me voir ici, m'a presque mis de
joyeuse humeur à ton sujet; son esprit clair,
réfléchi, hautement net, s'est prononcé en ce
qui te concerne d'une façon si singulière que,
plusieurs fois, — en toute sincérité, — nous
nous mîmes à rire. Si bien qu'à la fin il ne
me reste que moi-même pour sujet d'une lettre
à toi ; malheureusement, avec moi, il y a bien
des anicroches.
Mais, trêve de digressions ! D'abord les
circonstances extérieures. Je continue à vivre
dans la plus absolue retraite, uniquement et
tout entier à mon grand travail, la composition
de mes Nibcluiigen. En Allemagne, mes opéras
marchent bien, quoique un peu lentement.
Le Tannhœuser se joue à peu près partout,
sauf à Berlin, Brunsv/ick, Vienne, Munich,
Stuttgart et sur quelques petites scènes de Ba-
vière et d'Autriche, — cependant on le donne
à Gratz et Prague. Lohengrin vient à la suite,
et se maintient sur le Rhin et à Breslau; ça et
là, on monte aussi le Hollandais volant. En
ce qui concerne l'exécution, je me rends bien
compte qu'elle est généralement mauvaise et que
j'en éprouverais du chagrin si j'y assistais. No-
tamment Lohengrin (que je n'ai jamais pu faire
représenter moi-même) m'inquiète beaucoup.
Ce qu'on t'a dit d'une représentation à Paris
était un canard : je ne sais pas un mot de cette
affaire et ne voudrais vraisemblablement rien
en savoir s'il en était vraiment question. — En
revanche, il s'est passé quelque chose de nou-
veau : la vieille Société philharmonique de
Londres m'a invité à aller diriger ses concerts
pendant cette saison. Lorsque cette invitation
m'est parvenue, je suis tombé des nues : jamais
je ne m'étais soucié de Londres le moins du
monde, et j'avais tranquillement assisté à la
mésaventure de mon ouverture de Tannhceuser
jouée là-bas, — aux mêmes concerts, — et
sifflée il y a un an. Comme j'hésitais à accepter,
on dépêcha spécialement à Zurich l'un des
directeurs de la société pour s'assurer de moi.
J'acceptai finalement, parce que j'avais com-
pris qu'il s'agissait, cette fois^ de renoncer pour
jamais à tout contact avec notre public artis-
tique ou d'accepter la main qui s'offrait à moi.
Ils ne paient pas beaucoup. Mais, comme je
n'ai aucune idée de spéculation dans cette
affaire, j'irai plutôt en curieux, pour voir ce
que font les gens là-bas. Si je pouvais projeter
autre chose, ce serait de réunir une fois à
Londres une troupe allemande d'opéra triée
sur le volet et d'y exécuter mes ouvrages
et enfin le Lohengrin. — Ma foi, on verra ! —
A la fin du mois, je me mets en route : le
12 mars a lieu le premier concert, le 25 juin le
dernier. Je pense être rentré ici à la fin de
juillet, pour aller sur le Seelisberg, au lac des
Quatre-Cantons, mon séjour favori en Suisse ;
là j'espère me remettre des brouillards de
Londres et composer la partition du Jeune
Siegfried. — Quant à la composition de la
Walkyrie, elle est enfin terminée, — au milieu
LE OVIDE MUSICAL
de grandes douleurs intérieures dont personne
ne sait rien, et moins que personne mon excel-
lente femme. Mais, silence 1 Je me propose de
terminer l'instrumentation à Londres ; pour le
moment, elle est seulement commencée.
La mise au net de l'Or du Rhin n'a été
terminée qu'à la fin de l'automne dernier :
j'ai envoyé d'abord la partition à Dresde, afin
d'en faire faire une copie par mon vieux
copiste. Mais Liszt m'a si instamment et si
délicatement prié que j'ai dû interrompre le
copiste pour lui envoyer l'original en lecture.
Liszt vient seulement de le renvoyer à Dresde :
dès que la copie sera terminée, tu recevras
provisoirement l'un ou l'autre exemplaire pour
quelque temps. — Tu es bien capable de
mettre à ton tour le tout en musique, à mon nez
et à ma barbe? Vas-y, je me rejouirais de voir
des preuves de ta composition! Qui sait? tu t'en
tireras peut-être mieux que moi.
Passons maintenant à l'intérieur ! Je ne
parlerai pas, cette fois, philosophie avec toi ;
un autre le fera pour moi. A l'instant, j'envoie à
Leipzig l'ordre de t'expédier de là un exem-
plaire du livre d'Arthur Schopenhauer : le
Monde comme volonté et représentation. J'es-
père que l'autorisation de lire ce livre ne te sera
pas refusée, car il ne contient rien qui puisse se
rapporter à ta situation. Puisque tu vas con-
naître ce livre par toi-même, je ne t'en diiai
rien; voici seulement quelques notes sur son
auteur. Schopenhauer est actuellement âgé de
soixante-deux ans, il vit depuis longtemps tout
à fait dans la retraite à Francfort, et voici quel
a été son sort. Déjà, en 1819, a paru cet
ouvrage, son œuvre capitale, dont il a donné
en 1844 une nouvelle édition, augmentée d'un
volume. Il s'annonça d'abord comme l'héritier
direct de Kant, et cela au même moment que
Hegel. Sa philosophie, qui abat complètement
les insanités et le charlatanisme de Fichte-
Schelling-Hegel, demeura pendant quarante
années ignorée des professeurs de philoso
phie, et cela par calcul et par prudence; per-
sonne n'en entendit parler. Il a fallu qu'enfin
un critique anglais le découvrît véritablement,
et le présentât au monde dans un long article
de la Westminster Review. Ce critique s'étonne
de ce qu'un esprit aussi éminent a pu de-
meurer méconnu pendant près d'un demi-
siècle : naturellement, lui aussi a compris que
c'est en raison du caractère de cette philosophie
que les professeurs, — sous peine de ne plus
avoir de raison d'être, — n'ont pu faire autre-
ment que de séparer hermétiquement ce Scho-
penhauer du monde. L'article en question fut
reproduit, qtx allemand, dans une revue de
Berlin, et, depuis lors, on ne peut plus passer
Schopenhauer sous silence, et la misère de la
philosophie allemande depuis Kant est mise à
nu et expliquée. — Ce livre est d'une inappré-
ciable portée : mais dans un sens qui paraîtra
incommode à beaucoup.
J'avoue que, par l'expérience de la vie, j'en
étais arrivé juste aussi loin que Schopenhauer
et que sa philosophie seule pouvait encore
paraître conforme à mes idées et décisive pour
moi. C'est parce que j'ai pu absorber en moi
sans réserve ses très très graves vérités que j'ai
trouvé en lui la plus décisive satisfaction de mes
aspirations intérieures, et, bien qu'il m'ait donné
une tendance assez divergente de mes vues
antérieures, cette évolution n'en a pas moins
répondu à mon sentiment profondément endo-
lori sur l'essence du monde. Sur toi aussi, ce
livre exercera une grande et décisive influence :
peut-être même y puiseras-tu, si tu en as le
besoin, cette consolation unique qu'il faut pré-
cisément aux esprits les plus forts. — Mais je
ne veux pas m'étendre davantage sur ce sujet.
En revanche, nous aurons ainsi trouvé un nou-
veau sujet de l'ordre le plus élevé pour l'échange
ultérieur de nos idées ; en le lisant, je n'ai cessé
de penser à toi, et je t'envoie maintenant, avec
une émotion vraiment profonde, ce livre qui,
dans un moment très important de ma vie in-
térieure, m'a donné la force de la résignation
et du renoncement.
Lis-le donc : je ne puis te procurer un plus
grand bienfait ! Aussitôt que tu auras fini,
écris-moi, et nous causerons alors de ce sujet.
— Adresse ta lettre à Ferdinand Prseger,
3i, Milton Street, Dorset square, à Londres.
Ton père, qui a été extrêmement obligeant pour
moi, m'a recommandé Prseger; je descendrai
d'abord chez celui-ci. Je suis très curieux de ta
prochaine lettre. Pour aujourd'hui, contente-
toi de ces quelques feuillets. Je n'ai pas grand'
chose à te dire au sujet de l'extérieur, et, pour
ce qui regarde l'intérieur, je t'envoie Shopen-
hauer.
De Londres tu recevras davantage et beau-
LE GUIDE MVSICAL
coup! Adieu, très cher ami ! Ne doute jamais
de moi ni de mon amitié.
Les meilleures salutations de la part de ma
femme.
Ton
EicHARD Wagner.
Zurich, 5 février i855.
(A suivre).
Je dois à mes lecteurs une rectification à
propos de la première lettre de Wagner à
Rœckel. A la fin de cette lettre, parlant de son
poème du Jeune Siegfried, Wagner rappelle à
son ami des conversations d'autrefois, qu'il
rapporte maintenant à Brunnhilde et Siegfried ;
et il ajoute : « Nous ne sommes pas ce que
nous pouvons et devons être tant que la femme
n'a pas été éveillée. »
Dans le Guide (numéro du 23 septembre),
par suite d'une correction sur épreuves mal
interprétée, on a imprimé qtC autant que, et ainsi
tout le sens de la phrase a été bouleversé. On
m'a fait dire tout le contraire de ce que
Wagner pensait. Mes lecteurs auront rectifié
d'eux-mêmes, sans doute, en lisant la dernière
lettre (IV), où Wagner dit clairement que
l'homme ne devient « l'être humain intégral
qu'après l'éveil de la femme » .
M. Gauthier- Villars, relevant cette erreur, dans
le Monde Artiste et la Cocarde, et prétend me
donner, à ce propos une leçon d'allemand.
Dans ce rôle, il est comique. J'admettrais qu'il
voulût m'enseigner l'argot des sous-sols et des
vestiaires. Mais je ne lui en demande pas tant.
J'attends simplement de lui qu'il ne traves-
tisse pas le sens des lettres qu'on lui adresse et
qu'il ne tronque pas les citations qu'il fait.
Dans ces conditions, la lutte cesse d'être cour-
toise et je récuse cet adversaire dont les pro-
cédés sont douteux et la loyauté suspecte.
M. KUFFERATH.
NOTES DE VOYAGE
(Suite et fin.) — Voir les nos 33, 3g et 40.
Leipzig est demeuré jusqu'aujourd'hui le
grand entrepôt de la librairie. C'est le centre
où viennent s'approvisionner d'ouvrages de
science et de littérature non seulement tous les
pays d'Europe, mais les deux Amériques,
l'Asie et l'Australie. Pour la littérature musi-
cale en particulier, la vieille ville saxonne pos-
sède tout un ensemble de grands établisse-
ments, qui sont pour le musicien ou le simple
dilettante une curiosité digne d'intérêt. Il faut
citer tout d'abord la vénérable maison Breitkopf
et Hœrtel, à laquelle nous devons les belles
éditions classiques de Bach, Mozart, Ha3'dn,
Beethoven, Mendelssohn,Schumann, Palestri-
na,etc. Fondée en 1719, cette célèbre maison est
encore la première du monde. Par la beauté de
ses caractères typographiques, la qualité de ses
papiers, le soin extrême de ses tirages, le goût
de ses éditions, elle n'a de rivale nulle part.
Elle est dirigée aujourd'hui par M. le Dr
Haase, un homme d'affaires remarquable, dou-
blé d'un lettré d'une rare distinction. C'est à
Leipzig également qu'est la grande maison
d'édition de Peters, dont les travaux à bon
marché, répandus dans l'univers entier, sont
remarquables à tous égards, si l'on tient compte
de leur extraordinaire modicité de prix. Dans l'in-
térieur de la ville, on ne peut faire trois pas sans
se trouver devant une librairie, un magasin de
musique ou un luthier. Dans les faubourgs, la
vue s'arrête, presque dans chaque rue, sur
d'énormes bâtiments à cinq ou six étages,
massifs et lourds, qu'on prendrait pour des
filatures, des ateliers de tissage ou de quelque
autre industrie moderne. Ce sont, pour la plu-
part, des ateliers de typographie, de xylogra-
phie, de lithographie, ou bien des manufactures
de pianos.
J'ai visité, entre autres, le fameux Institut
lithographique de C.-G. Rœder, le plus vaste
établissement de gravure musicale qui soit en
Europe. Il n'occupe pas moins de 1,200
ouvriers. Dans cet énorme bâtiment, qui a
environ mille mètres carrés de surface, tout
ce qui a trait à la confection du livre ou de la
partition est réuni. Dans lès sous-sols, se trou-
vent les puissantes machines à vapeur activant
toutes les machines-outils employées dans cette
industrie, car le travail se fait presque exclu-
sivement par les procédés mécaniques. Le bro-
chage, le coupage, le pliage, voire la reliure
s'opèrent au moyen d'ingénieux appareils qui
apprêtent les grandes feuilles couvertes de
notes de musique ou de texte impiimé. La
gravure musicale se fait exclusivement par le
procédé lithographique, invention du fondateur
de la maison, qui, tout en l'enrichissant, a
rendu de grands services à l'art. Dans les
étages supérieurs, sont répartis les ateliers des
graveurs de musique, dessinateurs, typogra-
phes, zincographes. Il y a même un atelier de
photographie, pour la reproduction des plan-
ches gravées ou des dessins de titres, apprêtés
pour la typographie d'après les procédés les
plus nouveaux de la zincographie. En un mot,
toutes les branches de l'industrie du livre de
musique sont représentées dans le même éta-
blissement, et de cette réunion résulte à la fois
810
LE GUIDE MUSICAL
une grande économie de temps et une sérieuse
économie de travail matériel. En deux jours,
la maison Rœder pourrait graver, tirer,
brocher, livrer, en un mot complètement ter-
minée une partition de 3oo pages. On cite
encore comme un véritable tour de force l'im-
pression de la partition allemande de Savisoii
et Dalila de Saint-Saëns, qui fut achevée en
quelques jours, à l'époque où cette partition,
dédaignée et incomprise en France, voyait le
jour à Weimar, grâce à ce grand et généreux
artiste qui avait nom Franz Liszt (1877).
Mais Leipzig n'est pas seulement un grand
centre industriel, c'est aussi un centre intellec-
tuel de tout premier ordre. Son université est
la seconde de l'Allemagne ; elle vient immédia-
tement après Berlin pour le nombre de ses étu-
diants, la richesse de ses installations, le nombre
de ses cours et l'illustration des maîtres qui y
professent.
Les institutions musicales de Leipzig ne
sont pas moins remarquables. Son conserva-
toire est le premier de l'Allemagne. Il fut fondé,
on le sait, par Mendelssohn, et acquit rapide-
ment, grâce à la direction de ce grand maître,
une renommée universelle, qui lui vaut encore
aujourd'hui une clientèle de disciples de tous
pays et de toute couleur. J'y ai vu naguère un
quatuor, parfaitement authentique, de nègres
venant de l'Inde ou de l'Amérique et qui sui-
vaient les cours de violon, violoncelle et piano,
avec une assiduité et un succès que bien des
blancs auraient enviés à ces moricauds.
Le Conservatoire est installé, depuis peu,
dans un monument nouvellement construit,
qui contient une belle salle de concert destinée
exclusivement aux auditions des élèves. Chaque
semaine, il y a un exercice pi blic, où se font
entendre ceux qui sont as:ez avancés dans
leurs études pour se présenter au public.
Aussi, quand ils sortent de l'école, sont-ils déjà
aguerris et n'ont-ils plus à redouter l'épreuve
des débuts, si fatale souvent aux natures
timides.
Tout à côté du Conservatoire, est le remar-
quable monumei.'t du « Nouveau Gevi^and-
haus », où se donnent aujourd'hui les concerts
célèbres de l'orchestre de Leipzig. Ces concerts
sont au nombre de vingt-deux. Ils ont lieu, le
jeudi de chaque semaine, du i^r octobre à la
fin de mars. Ils avalent lieu autrefois dans la
salle de la « Halle-aux-Draps » (Gewandhaus),
qui était l'une des plus merveilleuses de l'Eu-
rope au point de vue de l'acoustique. Déjà, au
siècle dernier, on y donnait régulièrement des
concerts. Rien de plus curieux que d'en par-
courir les programmes et les comptes, conservés
dans la bibliothèque du Nouveau Gewandhaus.
On y voit figurer les noms de Mozart et de Bee-
thoven, à côté de ceux des chanteurs et vir-
tuoses célèbres du commencement de ce siècle.
Une très intéressante collection de portraits des
artistes ayant participé aux concerts du Ge-
vi^andhaus complète celle des programmes.
La nouvelle salle du Gewandhaus, construite
d'après les plans de Gropius et Schmieden, a
été inaugurée il y a quelques années. C'est une
merveille de goût. En y pénétrant, on a une
singulière impression d'harmonie, tant les pro-
portions semblent justes. Il y a au rez-de-
chaussée environ gSo places; au premier étage
s'ouvrent de chaque côté et dans le fond, d'élé-
gantes arcades en plein ceintre qui conduisent
à un balcon peu en saillie, contournant toute
la salle, et contenant 5oo places dites de galerie.
Le plafond est plat, et seulement légèrement
arrondi dans les angles. Au fond de l'orchestre,
un bel orgue devant lequel s'étàgent sur des
gradins peu élevés les instrumentistes de l'or-
chestre, au nombre de 80. La salle est un paral-
lélogramme parfait dont la longueur est double
de la largeur et la hauteur égale à la largeur.
Peut-être est-ce cette proportion juste qui favo-
rise l'acoustique, laquelle ne le cède en rien à
celle de l'ancien Gewandhaus. A côté de
la grande salle pour les concerts à orchestre,
s'en trouve une plus petite (900 places) pour les
séances de musique de chambre. Elles sont
toutes les deux à signaler comme des modèles
aux architectes chargés de construire des salles
pour les exécutions musicales, salles qu'ils ont
si rarement le talent d'approprier à leur but. On
ne fera jamais mieux.
L'esprit qui règne dans ces établissements
n'est, malheureusement, pas très large. Leip-
zig est demeuré la citadelle du classicisme. On
y a l'horreur de l'art nouveau. Berlioz et Wag-
ner y sont encore traités en révolutionnaires,
qu'il faut abominer. Défense de prononcer le
nom de Liszt; il fait hausser les épaules.
Jugez par là en quelle estime on doit tenir
les jeunes qui se réclament de Bayreuth!
Brahms est le seul maître contemporain
qui soit reconnu et admis. Quant à la mu-
sique étrangère, on l'ignore ; César Cui, Gla-
zounow, Rimsky-Korsakoflf, Napravnik sont
dédaignés. La musique russe commence pour
Leipzig à Rubinstein et finit à Tschaïkowsky.
Le nom de César Franck est inconnu totale-
ment. Saint-Saëns est tout juste toléré; Lalo,
Vincent d'Indy, Gabriel Fauré ne comptent
pas. C'est M. Gouvy qui représente, à Leip-
zig, toute la musique française. Pour la
musique Scandinave, elle se résume dans
Edouard Grieg, dont les moindres fadaises
harmoniques sont accueillies avec des trans-
ports d'enthousiasme. Bref, Leipzig est un mi-
lieu artistiquement très arriéré et qui s'en fait
accroire sur sa renommée et son passé. Mais
son classicisme est de qualité telle qu'il ne Fa
pas empêché d'acclamer Mascagni follement.
C'est, du reste, une chose curieuse que l'Al-
lemagne musicale d'aujourd'hui. Du Nord au
Sud, elle est divisée en petites chapelles,
LE GUIDE MUSICAL
811
j'allais dire en garnisons musicales. On n'a pas
d'opinion indépendante, on obéit à un mot
d'ordre. Si vous êtes wagnérien, défense de rien
admirer en dehors du maître de Bayreuth. Si
vous êtes brahmsiste, il vous est interdit de
trouver aucune idée musicale dans les parti-
tions de Wagner. J'ai entendu un illustre chef
d'orchestre wagnérien me dire avec un accent
de sincérité absolue que Brahms n'était pas un
musicien et que Schumann n'avait pas laissé
une œuvre. De l'autre côté, un distingué violo-
niste, professeur de musique dans une univer-
sité, m'a déclaré, un jour, que dans la moindre
danse hongroise de Brahms il y avait plus de
musique que dans tout Parsifal! Je n'exagère
rien, je vous prie de le croire, et je ne rapporte
pas là des propos de table : ce sont des opinions
que j'ai entendu émettre à jeun, et le plus sé-
rieusement du monde. Si des artistes parlent
ainsi, que doit être l'âme musicale d'un simple
amateur !
Avec cela, ils produisent énormément. On a
fait récemment la statistique des morceaux de
musique et des partitions qui se sont publiées,
l'année dernière, de l'autre côté du Rhin. Leur
chiffre s'élevait à plus de 6,000. Mais quelle
musique ! Que de platitudes ! Les moins mau-
vaises de ces compositions, si elles sont conve-
nablement écrites, sont vides de sentiment et
d'idées. C'est ce qu'on appelle, en Allemagne,
une œuvre solide, Gediegenes Werk! Méûez-
vous de ces choses gediegen. Elles sont géné-
ralement assommantes. Bien entendu, je mets
hors de cause le grand et admirable maître
Johannes Brahms, comme aussi quelques ta-
lents saillants, tels que Briickner, Goldmarck
et le jeune Richard Strauss. Ce dernier est le
seul, avec Briickner et Engelbert Humper-
dinck, l'auteur de -Hœnsel et Gretel, qui ait
donné une impression de personnalité. Tous
les autres copient ou bien Brahms, ou bien
Wagner, à moins qu'ils ne ressassent Grieg,
Chopin et Schumann.
Combien plus originaux, plus libres dans
leurs mouvements, plus dégagés de préoccupa-
tions d'écoles et de partis, les symphonistes
français Saint-Saëns, César Franck, Fauré,
d'Indy, Lalo, Chabrier, Delibes, Duparc,
Chausson et nos compositeurs belges, si savou-
reux en leur robustesse un peu massive mais
saine. Peter Benoit, Gustave Huberti, Jan
Blockx, Emile Mathieu, Gilson, etc. C'est à
peine si, en Allemagne, on en connaît les noms
et les partitions! Quelques chefs d'orchestre
ont lu peut-être ces dernières, mais tout de tra-
vers, en y cherchant inconsciemment la fac-
ture allemande, car ils sont très étroits, ces
bons chefs d'orchestre, et ne saisissent pas aisé-
ment le sens de ce qui n'est pas écrit selon
leurs conventions et leurs traditions. Il ne faut
pas chercher ailleurs l'explication du succès en
Allemagne du Franciscus de ïinel, qui est.
certes, l'œuvre la moins nationale que la Bel-
gique ait produite depuis trente ans. Mais elle
est écrite correctement dans le style convenu
de l'oratorio allemand ; et cela a suffi pour lui
ouvrir toutes les portes, alors que des ouvrages
d'une portée artistique plus profonde, d'une
puissance incomparablement supérieure, comme
le Sclieldc ou le Lucifer de Benoit, n'ont pu
jusqu'ici se frayer un chemin de l'autre côté
du Rhin. Autrefois, on y montrait une curio-
sité universelle ; aujourd'hui, on y affecte, pour
lus écoles française et belge, un dédain d'au-
tant plus déplacé, que la production actuelle
est d'une insignifiance rare et que la décadence
est, en somme, manifeste, en dépit des quel-
ques maîtres qui sauvent la réputation du
« pays de la musique ». Les circonstances qui
ont, pendant si longtemps, éloigné d'Allemagne
les artistes français, sont sans doute pour beau-
coup dans cette méconnaissance de leur art de
l'autre côté du Rhin. Le jour où un quatuor
français bien composé se mettrait en peine
d'aller initier les Allemands aux belles œuvres
de Franck, de Fauré et de Saint-Saëns, la situa-
tion changerait sans doute ; et si nos chanteurs
belges disaient là-bas nos Lieder et les airs des
oratorios de Benoit, d'Huberti, de Mathieu,
bien des préventions tomberaient. En Belgique,
nous avons, du reste, ce très vilain défaut de
nous débiner les uns les autres, même vis-à-vis
de l'étranger, et de nous tenir à un rang mo-
deste, qui semble convenir à notre neutralité
politique. Si nous y mettions un peu de l'entre-
gent actif des Français et de l'impudence récla-
mière des Allemands, nous arriverions vite
plus loin que nous ne sommes.
Je n'entends pas, bien entendu, méconnaître
les qualités très remarquables qui distinguent,
encore aujourd'hui, l'art musical allemand,
qu'il s'agisse de composition ou d'exécution;
un pays qui a de si longues et de si glorieuses
traditions ne saurait déchoir complètement et
il conserve, sur bien des points, des supériorités
qu'il serait puéril de vouloir nier. N'empêche
que le recul est manifeste. S'il n'y avait pas
Bayreuth, on se demande ce qu'on pourrait
aller entendre en Allemagne, tout au plus, ça et
là, un bel orchestre et des chœurs bien stylés,
comme à Cologne et à Francfort.
Cette dernière ville, grâce à son beau théâtre,
qui vaut, certes, celui de Munich pour le soin
donné aux exécutions wagnériennes, et qui lui
serait supérieur, s'il y avait Levi à l'orchestre,
est en ce moment l'une des villes les mieux
dotées au point de vue musical. Ses concerts du
Muséum, qui, depuis longtemps, étaient excel-
lents, sont devenus tout à fait remarquables
depuis qu'ils sont placés sous la direction de
M. Kogel, un disciple de Hans de Bulow, qui
fit ses premières armes, sous ce maître, à la
Philharmonie de Berlin. C'est un artiste intelli-
gent, plein, d'ardeur et aux vues larges; il
812
LE GUIDE MUSICAL
suffit de jeter un coup d'œil sur le programme
des concerts du Muséum pour s'en convaincre.
Les noms de Cherubini, Berlioz, César Franck,
Lalo, Saint-Saëns y figurent à côté de ceux des
grands classiques et des contemporains russes,
tchèques et allemands, Glazounow, Borodine,
Arensky, Tschaïkowsky, Richard Strauss,
Brahms, Volkmann, Goldmark, Grieg, etc.
Outre les concerts du vendredi, -réservés aux
abonnés riches de la Société du Muséum,
M. Kogel vient d'organiser une série de dix
concerts populaires à prix réduits, où il exécute
les mêmes programmes à peu près, avec le
même orchestre. L'abonnement aux dix con-
certs n'est que de vingt-cinq francs. Avec les
douze concerts du vendredi, cela fait vingt-deux
concerts par saison. Un joli chiffre!
Il y a aussi, à Francfort, l'excellent quatuor
de M. Hugo Heermann, qui donne, chaque
semaine, des séances de musique de chambre
très suivies et justement réputées.Enfin, les deux
Consei-vatoires de Raffetde Scholz, qui se dis-
putent la faveur des familles, organisent tous
deux des auditions qui sont quelquefois très
artistiques et très intéressantes.
On aime, du reste, beaucoup la musique à
Francfort, et la riche aristocratie financière de
cette place de commerce si importante n'est pas
en peine, on le comprend, pour s'assurer le
concours d'artistes de talent et de virtuoses
illustres. L'argent reste toujours le nerf de la
bonne musique, comme il est celui de la guerre.
Et à Francfort, on préfère la première à la
seconde, et l'on a raison.
Le hasard aimable des relations personnelles
m'y a fait découvrir l'intéressante collection de
curiosités musicales recueillies par M. Nicolas
Mannskopf, qui, tout récemment, faisait don,
à la bibliothèque du Conservatoire de Bruxelles,
d'un portrait rarissime de Grétry. M. Manns-
kopf possède la série presque complète des
effigies connues du maître liégeois, et cela en
plusieurs exemplaires souvent et même cer-
taines gravures en plusieurs états, que ne pos-
sède pas jusqu'ici le Musée Grétry, à Liège. Il
y a aussi toute une série de lettres et de souve-
nirs d'artistes célèbres, par exemple la mèche
de cheveux donnée par Beethoven à la fan-
tasque Bettina Brentano; le manuscrit original
du Chant du combat de Rouget de Lisle ; une
série de reçus signés de la Malibran, qui nous
apprennent que la grande, l'incomparable
artiste se contentait du modeste cachet de 200
ou de 3oo francs par concert; l'engagement de
la Grisi, au Théâtre-Italien à Paris, au prix
de 2,000 francs par mois, en i833; des lettres
de Wagner datant de la période des folies de
Vienne, adressées à une petite ballerine; des
lettres de Méhul, dont une datée du 5 décem-
bre i8i3 et qui nous révèle le goût tout parti-
culier du maître pour les fleurs :
(I II faudrait que vous puissiez concevoir le
prix que j'attache aux belles tulipes, écrit-il à
Datys, et le calme heureux que la culture des
fleurs répand depuis quelques années sur ma
vie, pour avoir une idée de ma gratitude... Ma
fortune étant médiocre, je suis contraint de
limiter mes désirs et de renoncer à la culture
dispendieuse de fleurs étrangères, mais cette
contrainte m'attache encore plus fortement aux
indigènes que je puis posséder. »
Je mentionnerai enfin la partition manus-
crite complète d'un grand opéra romantique
en trois actes de Charles Nuitter, texte allemand
de vonWolzogen, « musique de Jacques Offen-
bach ». L'opéra est intitulé die Rheinnixen
(les Nixes du Rhin). Cet ouvrage du maître
de l'opérette fut joué, le 4 février 1864, à
l'Opéra-Impérial de Vienne. Mais le plus plai-
sant, c'est que cette partition, dont le succès
fut d'ailleurs éphémère, balança dans la faveur
des directeurs de l'Opéra-Impérial l'admirable
partition de Tristan et Iseult. C'est à ces
Rheinnixen que Wagner fait allusion dans son
Epilogischer Bericht sur V Anneau du Nibe-
lung {Gesammelte Schriften.Vl, 383), lorsqu'il
rapporte « que la direction de l'Opéra de
Vienne, à l'offre d'une nouvelle œuvré [Tristan],
lui répondit, par écrit, qu'elle croyait avoir fait
suffisamment pour le nom de Wagner, et qu'il
fallait laisser la parole à un autre compositeur».
Je crois que ce détail était jusqu'ici peu connu.
Ce qui n'est pas moins curieux, c'est que
l'adaptateur allemand du texte de Nuitter est,
si je ne me trompe, le père de Hans von Wol-
zogen, qui devait devenir un si fervent com-
mentateur et ami du maître de Bayreuth !
Les quelques heures que j'ai passées dans la
bibliothèque et dans l'hospitalière maison de
M. Mannskopf sont parmi les plus agréables
que j'aie goûtées en Allemagne.
M. KUFFERATH.
PARIS
RÉOUVERTURE des CONCERTS-COLONNE
'est fort probablement pour fêter la
présence de G. Verdi au premier
concert du Châtelet (dimanche 14 oc-
tobre), que M. E. Colonne avait
inscrit sur son programme les Impressions
d'Italie de M. G. Charpentier. Le maître
italien, installé dans une loge de face, a suivi
avec le plus vif intérêt l'exécution des œuvres
LE GUIDE MUSICAL
813
par l'orchestre de l'Association artistique; il
paraissait prêter une oreille plus attentive à la
musique qu'aux observations que lui faisait
peut-être avec un peu trop d'insistance son très
vénérable confrère Ambroise Thomas. Il est
fort probable que c'est également à la visite de
Verdi aux Concerts-Colonne qu'il faut attri-
buer la nombreuse et élégante chambrée que
nous avons pu constater.
Au programme : la Symphonie Fantastique,
le Ballet de Prométhée, le Prélude du Déluge,
— puis, dans la deuxième partie, les Impres-
sions d'Italie de M. G. Charpentier, le Pré-
lude de Tristan et Iseult et la Chevauchée des
Walkyries. Certes, nous n'avons rien à dire
contre les œuvres choisies par M. Colonne
pour la réouverture de ses concerts ; mais ne
pense-t-il pas qu'il aurait dû nous faire enten-
dre, dès le début, une composition inédite?
N'a-t-il pas dans ses cartons quelques jolies et
intéressantes études de compositeurs français
et, à défaut de celles-ci, ne pourrait-il com-
prendre dans son répertoire des œuvres, non
encore entendues à ses concerts, les symphonies
dejohannes Brahms, par exemple, les dignes
sœurs des pages symphoniques de Robert
Schumann ?
L'orchestre de M. Colonne triomphe dans
l'exécution des partitions de Berlioz; aussi la
Symphonie Fantastique, malgré ses dévelop-
pements un peu trop prolongés, a-t-elle re-
trouvé son succès habituel. Dans la Scène aux
champs, digne pendant de la Symphonie
pastorale, le dialogue des deux pâtres, le léger
bruissement des arbres doucement agités par
le vent, le bruit éloigné de l'orage, puis les
effets de solitude ont été fort bien rendus.
Dans le Ballet de Prométhée, qui rappelle
l'époque du fameux septuor, MM. Baretti
(violoncelle), Cantié (fltite), Terrier (clarinette),
Hamburg (basson), et Mn»^ Provinciali-Celmer
(harpe) ont donné à leurs parties tout le
charme qu'elles comportaient. Quant à M. Ré-
my, qui faisait sa rentrée en qualité de violon
solo, il a été très justement applaudi dans le
solo du Prélude du Déluge, qu'il a joué avec
une grande distinction.
Les Impressions d'Italie, de M. G. Charpen-
tier, sont inférieures, nous l'avons déjà écrit, à
sa Vie du poète ; ce n'est pas mal pour un
débutant ; mais l'originalité fait défaut, malgré
toute la peine que le compositeur s'est donnée.
Les morceaux sont beaucoup trop longs, sur-
tout le dernier, le moins réussi des cinq, dans
lequel les traits persistants et sans intérêt des
violons et un solo de violoncelle, véritable para-
phrase du Carnaval de Venise, ne rendent,
selon nous, que d'une manière absolument
imparfaite le texte poétique du compositeur.
Une des pages que nous préférons est la
seconde partie : A la fontaine. Ici l'auteur
s'est souvenu très à propos de Schumann et,
sans le copier, nous a donné une note émue :
nous pouvions nous figurer cette longue théo-
rie de jeunes filles « graves, paisibles, sans
voix, sans pensées, allant, en un rythme calme
et presque religieux, la cruche de bronze sur
la tête, avec un balancement des hanches sous
la rigidité du buste » .
Le concert se terminait par deux superbes
pages de Richard Wagner : le Prélude de
Tristan et Iseult, (troisième acte) dans lequel
M. Longy a joué le solo de cor anglais,
absolument en maître, et la Chevauchée des
Walkyries. Hugues Imbert.
•^
A propos du théâtre d'application qu'il est
question de créer à Paris, au Conservatoire, le
Gil Blas nous apporte quelques renseignements
assez intéressants qu'il est allé demander à
M. Martinet, l'auteur du projet. Le point de
départ de ce projet, c'est l'observation déjà faite
maintes fois qu'au lieu de créer des artistes
capables, à leur sortie, de jouer de façon bril-
lante sur n'importe quelle scène, le Conserva-
toire n'est parvenu jusqu'aujourd'hui qu'à
façonner d'excellents élèves, auxquels la pra-
tique du public manque absolument.
« Je veux attacher au Conservatoire de mu-
sique et de déclamation un théâtre pratique, a
dit le vieil imprésario au reporter du Gil Blas.
Les artistes ne se forment que devant le public.
Aussi arrive-til souvent que de très bons élèves
deviennent d'exécrables cabotins, et ce n'est
qu'au détriment des pièces et des directeurs, la
première année de l'engagement, que se for-
ment les artistes. Mon théâtre remplira cette
lacune.
» Le public, convié à des spectacles toujours
renouvelés, aux programmes variés (opéra,
opéra-comique, comédie, ancien et nouveau
répertoire), verra se former devant lui les
jeunes artistes et les suivra avec plus de plaisir
dans les grands théâtres. Aussi les prix de fin
d'année auront-ils une portée tout autre que
celle qu'ils ont, leur distribution étant basée
sur des commencements d'états de services.
» Chaque rôle sera distribué en double, en
triple, et il y aura certainement une lutte poru:
attirer la faveur publique dont l'art profitera.
» Les frais seront réduits autant que pog-
814
LE a VIDE MUSICAL
sible : trente choristes, trente musiciens, dont
un chef d'orchestre, qui, eux aussi, se forme-
raient sous la direction de professeurs éminents.
La presque totalité des recettes sera répartie
entre les élèves... »
Telle est l'idée de M. Martinet, ancien inspec-
teur des Beaux-Arts, directeur heureux de
plusieurs scènes parisiennes et notamment
du Théâtre-Lyrique qui fut bmlé sous la Com-
mune.
A rOpéra-Comique, on répète le Domino noir,
HaydéeeXPaulet Virginie. Il n'est question d'aucune
œuvre nouvelle. La Femme de Claude n'est pas
encore distribuée, et Giiermca, dont le directeur de
rOpéra-Comique ne connaît pas encore la parti-
tion, ne verra pas de si tôt le feu de la rampe,
pour des raisons que nous avons exposées.
La nouvelle d'une reprise d'iï«VoAWe paraît tout
à fait prématurée.
MM. Antony Mars et Edouard Noël pour les
paroles, Victor Roger pour la musique, viennent
de faire recevoir par M. Carvalho un acte intitulé
la Chambre bleue.
M"»^ Tiphaine, engagée par M. Carvalho, à la
suite des derniers concours du Conservatoire,
étudie en ce moment le rôle de Caroline du Toréa-
dor d'Adolphe Adam.
M. J. Audan, le distingué professeur de chant,
a repris ses cours et leçons de chant à son nou-
veau domicile, i, place Wagram (à l'entresol),
ainsi que les cours et leçons de solfège (théorie,
dictée, lecture des clés, etc.). Piano et harmonie
professés par M"»'' Marie-Louise et Marguerite
Audan.
Les lauriers de M. Antonin Proust empêchent
de dormir M. L. Carvalho. On dit que le direc-
teur de l'Opéra-Comique entrerait comme rédacteur
au uMaiin» et qu'il y rédigerait une chronique où
seraient narrés ses souvenirs de théâtre.
M. Théodore Dubois a terminé à Rosnay, près
Reims, la partition de Xavière, dont le livret a été
tiré par M. L. Gallet de l'idylle charmante de
M. F. Fabre. L'orchestration seule reste à termi-
ner. L'œuvre, qui est en trois actes, pourrait être
représentée à l'Opéra Comique dans les derniers
jours de l'année i!
BRUXELLES
Au théâtre de la Monnaie, Samson ei Dalila est
annoncé pour jeudi prochain, aS octobre. M. Saint-
Saëns, qui est à Bruxelles depuis lundi dernier, a
dirigé les dernière.s répétitions. Des deux princi-
paux rôles, celui de Samson sera tenu par M. Cos-
sira, celui de Dalila par M"'' Armand.
Aussitôt après Samson, aura lieu la reprise du
Barbier de Séville pour le second début, si l'on peut
ainsi parler, de M"" Merey.
Enfin, l'on prépare une reprise de PhiUmon et
Baucis pour M"* Simonet.
La prochaine nouveauté sera la Navarraise de
M. Massenet, qui est déjà à l'étude. Le principal
rôle de cette œuvre sera joué par M"^ Leblanc,
de rOpéra-Comique.
CORRESPOND A NCES
AN'VERS. — Csar ei Charpentier , au Théâtre-
Lyrique flamand. — La première repré-
sentation de l'opéra comique de Lortzing a
obtenu un joli succès, dû principalement à une
interprétation soignée. Non pas que nous mé-
prisions la muse légère de l'auteur; si l'œuvre
n'a pas des tendances artistiques très élevées, elle
est pourtant bien écrite. Les chœurs sont brillants
et le sextuor du deuxième acte est vraiment bien
conçu.
Il était surtout intéressant de voir nos jeunes
artistes se produire dans une œuvre de caractère
moins dramatique et où leur talent de comédiens
pouvait se mouvoir plus à l'aise.
M. Tokkie, sous les traits de Van Belt, le bourg-
mestre de Saardam, a étonné tout le monde par
sa mimique enjouée; sa belle voix de basse qui,
dans les rôles dramatiques, péchait souvent parla
dureté, s'est admirablement pliée à ce nouveau
genre. M. Tokkie sera désormais une excellente
acquisition sur le terrain de l'opéra comique.
Nous pouvons en dire autant de M. Berkmanns,
dont la voix claire et un peu blanche convenait
peu pour le rôle d'Erik du Vaisseau-Fantôme. Dans
l'opéra qui nous occupe, l'artiste a chanté avec
beaucoup de talent le rôle de l'ambassadeur de
France. Au deuxième acte, sa jolie romance a été
très applaudie et on a généralement remarqué la
souplesse de sa voix dans les passages difficiles du
sextuor. M. Derickx est un comédien expérimenté;
sa personnification du jeune russe Ivanow est très
réussie. La voix n'est pas mauvaise, mais le côté
musical nous paraît faire défaut. Nous regrettons
de devoir le dire, c'est bien à lui qu'il faut
attribuer les petites défaillances survenues dans le
sextuor.
M. Baets a eu de bons moments, quoique cet
excellent artiste ne fût pas très en voix au début
de la soirée. Du reste, le rôle de Pierre le Grand
n'est point parmi les meilleurs de la pièce et
n'offre guère de ressources à l'artiste. M. Baels a
détaillé avec beaucoup de finesse les jolis couplets
du troisième acte.
M"° Saphir a été très applaudie dans le rôle de
Marie. La jeune cantatrice a beavicoup gagné
depuis l'an dernier, et complète d'une façon satis-
faisante la troupe d'opéra comique.
LE GUIDE MUSICAL
815
Les afiSches nous font espérer sous peu BergUst,
le drame lyrique de Grieg, ainsi que le charmant
opéra de Kreutzer : Une Nuit à Grenade.
A l'Exposition, nous avons eu quelques auditions
de piano : chez Blûthner, Ml''' R. Hoffmann s'est
fait entendre avec succès. M"" Leytens Vanden
Bergh, de retour d'Allemagne, a joué chez Pleyel,
se faisant applaudir dans un morceau de Mos-
kowsky, Etincelle, et 'des œuvres de Liszt et Men-
delssohn. M"«' L. Parcus, dont le toucher élégant
est très apprécié, a donné une audition chez
Herz; au programme : la Ballade de Gritg, Polonaise
de Liszt et des morceaux de A. Dupont.
On parle sérieusement de deux concerts belges
qui auraient lieu le 24 et le 29 de ce mois La
commission de fêtes voudrait, paraît-il, inviter
les compositeurs à venir diriger leurs oeuvres.
A. W.
"^
DRESDE. — Les pasquins se sont donné le
mot. A son tour, Lilli Lehmann est vilipen-
dée. Un Gauthier-Garguille s'est rencontré en la
personne ancestrale d'un aristarque saxon, pour
reprocher à l'éminente interprète de Schubert son
incompréhension du Rvi des Aulnes. L,a. galerie, qui
s'en égaie d'avance, ne désespère pas d'entendre
le porteférule exécuter le fameux Lied à sa manière,
c'est-à-dire clas-si-que-ment. On voit qu'à l'instar de
son confrère, si étonnamment parisien, le journaliste
allemand est né coiffé du bonnet rose. Quel dom-
mage que d'aussi spirituelles gentillesses soient
dédaignées par les connaisseurs ! Pour chacun,
Lilli Lehmann demeure l'artiste de haut vol, dont
la noblesse d'attitude, de conception et d'exécution
console du cabotinage lyrique et du reportage
d'hippodrome.
A propos des conservatoires, on pourrait signa-
ler l'influence néfaste de leur enseignement sur le
caractère des élèves du sexe féminin. Sans nier les
exceptions, il est à remarquer que les natures les
plus sérieuses ou les plus aimables y perdent
rapidement leurs qualités. Une brutalité d'allures,
une sécheresse de parole, un égoïsme cynique
apparaissent chez les premières. Pour les autres,
c'est la frivolité irrémédiable, l'impuissance défi-
nitive d'étudier avec persévérance, un demi-savoir,
fait de lectures hâtives, de bribes pédantesques
débitées par les forts en thèmes.
Fraîchement sortie du Conservatoire de Dresde,
M"« Wedekind s'essaie dans tous les genres. Par
la retraite de M"'" Schuch, elle a hérité des
Pagliacci, mais ne fait pas oublier sa devancière.
Animée d'un beau zèle, la jeune cantatrice se
lance dans le dramatique; mais il se pourrait que
le public ne la suivît pas dans celte voie-là.
Deux nouveaux opéras, trois actes en tout, du
compositeur Grammann, Ingrid, Irrlicht, inter-
prétés par nos meilleurs artistes ont vu le feu de
la rampe la semaine dernière. Sous peu, Falstaf,
puis Hansel et Gretel.
Pour son concert d'adieu, M™' Camil a composé
un magnifique programme. Pagliacci, Traviata,
Faust en feront les frais. La sympathique, mais
craintive artiste est engagée pour cinq ans à Buda-
pest, où son talent sera sans doute apprécié.
Les conférenciers ne se découragent pas. Un
ex-acteur du Hoftheater, M. Drach, nous a
gratifiés d'une lecture de deux heures, où la
monotonie le disputait à l'affectation. Qui sou-
tenait que les acteurs lisent très mal? L'im-
pression soporifique a été atténuée par les
excentricités d'outre- Manche d'une troupe fémi-
nine qui avait oublié la signification du mot
« cant ». Aux séances en français annoncées par
un agrégé de passage à Dresde, la tenue du public
étaitdu moins convenable. Le « lecturer », d'origine
anglaise, s'exprime volontiers en allemand. Il en
résulte, pour la prononciation française, des alté-
rations qui n'ont pas échappé aux professeurs
dresdois. Ce n'est pas, affirmaient-ils, l'acoustique
de la salle qui laisse à désirer, mais la faiblesse de
la voix et l'uniformité de la parole. De vieilles
pièces aussi connues à Dresde qu'à Paris, super-
ficiellement commentées et coupées sans art par
des citations tronquées... Maigre régal!
Alton.
LIEGE. — Après le long silence qui succède
aux concours du Conservatoire, voici qu'en-
fin les projets artistiques caressés pour la saison
qui s'ouvre se dessinent et prennent forme.
M. Th. Radoux, dans un de ses concerts du
Conservatoire, nous promet l'épisode dernier du
Crépuscule des dieux de R. Wagner. La grande
scène de la mort de Brunnhilde sur le bûcher
serait confiée à M"'' Ternina, la jeune artiste qui
a montré de si brillantes qualités dramatiques dans
le dernier cycle des représentations wagnériennes
à Munich.
La troisième symphonie de Beethoven {Hé-
roïque), à côté d'autres pièces orchestrales, nous
ramènerait dans le domaine purement classique
instrumental.
La Damnation de Faust de Berlioz occuperait
une soirée romantique.
Aux quatre auditions du dimanche après-midi
seraient inscrits : Beethoven et Haydn, pour deux
auditions; les Russes et certains auteurs du xvii"
siècle, pour les deux dernières.
Les NouveauxConcerts paraissent aussi résolus
à ne pas s'endormir sur leurs lauriers. M. S3'lvain
Dupuis a déjà entrepris les études vocales de la
périlleuse Messe eu ré de Beethoven. Secondé
par les chanteurs aguerris de la Légia, entouré
d'un contingent de dames amateurs dévouées, des
artistes habiles et confiants de son orchestre, la
tentative hardie de Sylvain Dupuis, qui ne connaît
que des victoires, est appelée à une victoire nou-
velle.
Avec non moins de résolution, M, Delsemme,
le sympathique directeur des Disciples de Grétry,
816
LE GUIDE MUSICAL
s'attaque au grandiose Magnificat de J.-S. Bach,
complètement ignoré ici. Ce sera, pour les audi-
teurs de nos concerts, une révélation.
Le quatuor fondé par M. Geminich, entièrement
renouvelé, reprendra ses instructives et intéres-
santes séances au cours de l'hiver. A côté de Ge-
minich, s'essayeront les lauréats de notre Conser-
vatoire : MM. Robert, deuxième violon; Gillard,
violoncelliste ; Englebert, altiste. S'adjoindront à
ceux-ci : le ténor Demest, le baryton Henrotte et
le professeur Haseneier, l'extraordinaire virtuose
clarinettiste. M. César Thomson a promis sa par-
ticipation à la dernière séance; c'est là un précieux
encouragement pour le quatuor liégeois. Seront
exécutées les œuvres suivantes : XV= quatuor
de Beethoven, quatuor de Stanford, quatuor de
Tschaïkovirsky, quintetteavec clarinette de Brahms,
quintette avec deux altos de Brahms, trio diverti-
mento pour cordes, de Mozart.
Il faut signaler la fondation d'un second qua-
tuor, composé également de lauréats du Conser-
vatoire : MM. L. Charlier, violoniste; J. Harzé,
violoniste; Falla, violoncelliste; Léop.Herremans,
altiste, qui se produiraient dans quatre soirées
consacrées aux classiques proprement dits et aux
principaux auteurs contemporains allemands,
français et russes.
Un seul élève formé par M. E. Radoux a af-
fronté, cette année, les redoutables épreuves de
la fugue et du contrepoint. C'est le jeune Léon
Henry, qui enlève le prix par acclamation, avec
un travail remarquable de tous points, dit-on.
C'est cet excellent musicien qui, déjà, avait pro-
duit une vive sensation, comme pianiste, aux
derniers concours, et avait obtenu une médaille
décernée par acclamation. A. B. O.
^ttfir
LONDRES. — Au Saint-James, FranzRum-
mel nous a donné, mercredi, un récital qui
lui a valu un très grand succès. Au programme,
trois concertos d'auteurs bien difierents : le
quatrième en sol majeur op. 58 de Beethoven,
celui de Schumann en h mineur op. 54, enfin celui
de Saint-Saëns en sol mineur op. 22.
Ecrites à des époques suffisamment distantes,
chacune de ces œuvres avait un caractère bien
différent M. Rummel s'est joué des difficultés
sans efforts apparents. Son jeu coloré est d'un
mécanisme irréprochable. Peut-être traite-t-il un
peu à la légère certains mouvements qui doivent
être rigoureusement observés. Le tempérament
n'exclut pas la mesure. En somme, succès.
Samedi, matinée interminable au Queen's Hall,
donnée par M. Notcutt. Public accouru en foule,
attiré en partie par la présence de S. A. la du-
chesse de Teck. A côté de débutants, quelques
artistes connus, M""^ Fanny Davies, Palliser,
Trebelli, MM. Andrew Black, Ben Davies, Eugène
Oudin. Concert long, long, interminable et fran-
chement ennuyeux. Quatre heures de musique !
M. Notcutt ne m'y prendra plus!... A. L.
SAINT-PETERSBOURG. —Hier diman-
che, a eu lieu, à Zelazovi^a-Wola, un petit vil-
lage aux environs de Varsovie, l'inauguration du
monument de Chopin, érigé par les soins de la
Société musicale de l'ancienne capitale de la Po-
logne. Ce n'est qu'un petit obélisque orné d'un bas-
relief à l'effigie du maître. Chopin aurait mérité
mieux sans doute, étant non seulement l'un des
compositeurs les plus inspirés du siècle, mais
encore un initiateur dans le domaine musical. La
tendance nationaliste a été l'une des conquêtes du
xix"^ siècle, et Chopin est incontestablement l'un
des maîtres qui ont le mieux réalisé cette tendance,
non seulement par l'emploi et l'harmonisation des
thèmes populaires de son pays, mais, ce qui est
plus important, par l'évocation du génie national,
du caractère, voire de l'histoire de son peuple, La
sonate en 5î bémol mineur n'est-elle pas tout un
poème épique, comme le sont quelques-unes de
ses polonaises et mazurkas? C'est en restant dans
les limites de l'expression purement musicale qu'il
a pu exprimer tout le passé, les joies et les peines
de son peuple, mieux que ne l'aurait pu faire
aucune musique à programme. Quel sens clair et
profond à la fois se dégage d'un grand nombre de
ses morceaux d'un caractère plus intime et qui lui
ont valu le surnom de « poète du piano n 1
Cet instrument aussi lui doit, en grande partie, sa
prodigieuse divulgation. Les virtuoses tels que
Liszt et Rubinstein y ont contribué, sans doute,
en première ligne, mais c'est en jouant Chopin
surtout qu'ils ont séduit et enivré les âmes sensi-
bles, celles qui possèdent l'enthousiasme commu-
nicatif.
Chopin, qui, au Père-Lachaise, à Paris, a reposé
auprès de Bellini jusqu'au moment où les restes
de celui-ci ont été transportés à Catane, sa pairie,
a, comme inspiration, beaucoup de parenté avec le
chantre de la Norma et de la Somnambule ; seulement,
à la séduction mélodique de celui-ci il joignait une
richesse harmonique et une variété de formes qui
étaient absolument inconnues au compositeur sici-
lien.
Si le comité chargé d'ériger un monument à
Chopin avait ouvert une souscription universelle,
il est certain que les offrandes seraient venues de
tous les pays du monde civilisé, et l'on aurait pu
élever au grand musicien un monument digne de
sa gloire. Le centenaire de sa naissance aura lieu
dans quinze ans. On a le temps, on le voit, de se
préparer dignement à sa célébration et de réparer
la faute qui vient d'être commise. Le monument
de Zelazowa-Wola n'en est pas moins un témoi-
gnage touchant de l'amour des compatriotes du
maître.
LE GUIDE MUSICAL
817
La Société musicale russe prépare une saison
musicale intéressante, qui s'ouvrira le i5 octobre.
A cette première soirée, on exécutera le Paradis
et la Péri deSchumann, dirigé par M. Krouschevsky.
Les autres neuf concerts, fixés aux 22 octobre,
12, 19 et 26 novembre, 10 et 17 décembre, 7, 21 et
28 janvier, seront conduits par MM. Auer et Na-
pravnik, ainsi que par MM. Safonow et Vino-
gradsky, les habiles chefs d'orchestre des sections
de la même Société à Moscou et à Kiew.
Parmi les oeuvres annoncées figurent des poèmes
symphoniques de César Frank et de M. Naprav-
nik, des Suiiis de ce dernier compositeur, de
MM. Saint-Saëns et Kazatchenko, ime ouverture
de M. Arensky, le Carnaval des artistes norvégiens, et
la deuxième symphonie de M. Svendsen. Les
autres symphonies seront : la troisième de Haydn,
la quatrième de Beethoven, la troisième de Rubin-
stein et la deuxième de Tschaïkowsky, sans comp-
ter la Symphonie fantastique de Berlioz.
On entendra aussi beaucoup de Wagner, pour
l'interprétation des œuvres duquel on a engagé
M. Scheidemantl, de Dresde. Citons notamment
des fragments tirés des M eister singer, de Tristan et
Iseult et de Parsifal.
A Moscou aussi, les concerts symphoniques de
la même Société seront dirigés par plusieurs chefs
d'orchestre — dix par M. Safonow, et deux autres,
pendant que celui-ci ira à Prague diriger un ou
deux concerts, par MM. Mottl et Nikisch.
P. V.
YERVIERS. — Premier concert de l'Har-
monie, 17 octobre. — Un concert qui révèle
l'état des choses musicales dans une ville : trois
solistes et trois morceaux d'orchestre, — le grand
public et la petite classe des lettrés de l'art, sou-
tenus par le talent et l'inépuisable volonté du
directeur de l'Ecole de musique, M. Kéfer. Pour
l'orchestre, l'ouverture des Francs Juges, le Prin-
temps (Grieg) et des parties de ÏArlésienne. Les
qualités d'exécution sont celles de beaucoup
d'orchestres d'Outre-Rhin : absorption dans la
pensée du chef, qui inspire tous les exécutants, et
de là unité complète de l'interprétation. La valeur
des éléments isolés se décuple dans cette disci-
pline bienfaisante. — M. Guidé a fait entendre
son excellent hautbois dans un fastidieux solo de
concert de Vogt. J'ai dû quitter la séance avant
Idylle et A travers champs de J. Jacob (sous la direc-
tion de l'auteur), qui eussent été sans doute de
plus d'intérêt. M. Henrotte (de Liège) remplaçait
au pied levé M. Demest, empêché. Il s'en est tiré
fort à son honneur ; mais le remplacement de L\
Procession de Franck par un air de Giralda a, certes,
été regretté par la petite partie du public dont je
parlais tantôt. M''« Margerie, dans les variations
de Proch, s'est montrée bonne chanteuse légère ;
voix bien travaillée et jolie, faite pour chanter
ramages et bocages. Dr. D. D.
NOUVELLES DIVERSES
Ainsi que nous l'avons déjà dit, il est tout à fait
décidé que la Tétralogie complète sera représen-
tée au cours de la saison de i8g6 sur la scène du
théâtre de Bayreuth. Le Journal des Débats annonce,
à ce propos, que M™" Cosima Wagner a, dès à pré*
sent, engagé MM. Jean et Edouard de Reszké
pour ces représentations. Malgré les plaintes qui
s'étaient élevées au sujet d'engagements d'artistes
habitués au répertoire français, la veuve du maître
a été obligée de prendre cette détermination en
présence de la pénurie absolue de chanteurs alle-
mands.
Les frères de Reszké se perfectionnent en ce
moment dans la langue allemande, qu'ils ne par-
laient jusqu'à présent qu'avec difficulté.
Ajoutons que Brunnhilde,ce sera plus que pro-
bablement M""' Sucher. Le chef d'orchestre n'est
pas encore désigné. Mais ce sera très vraisembla-
blement Hans Richter, qui fut le collaborateur
artistique de Wagner en 1876.
M. J. HoUmann, le célèbre violoncelliste néer-
landais, fait en ce moment une tournée de concerts
en Angleterre, en compagnie de Miss Tudichum,
élève de M™" Viardot. La jeune et charmante
cantatrice obtient de très vifs succès dans la
Chanson d'amour de M. HoUmann, qu'elle chante
tous les soirs.
M. Louis Nicole vient de publier dans V Avenir
Musical de Genève la conférence sur la musique
grecque dont il avait accompagné la première exé-
cution, à Athènes, de VHymne à Apollon retrouvée
l'année dernière à Delphes. Cette conférence est
accompagnée d'un tableau synoptique des signes
d'Alipius qui a donné la clef de la notation musi-
cale des anciens Grecs. Ce tableau est, croyons-
nous, appelé à rendre de grands services et simpli-
fiera singulièrement la tâche des traducteurs des
tables de marbre nouvellement découvertes à Del-
phes.
Le jubilé de Johann Strauss, à Vienne, a pris
des proportions épiques. Après une manifestation
enthousiaste au théâtre An der IVien qui donnait
en même temps la première de sa nouvelle opé-
rette, Jabuka, Strauss a été ovationné comme
jamais peut-être artiste ne l'a été. Le lendemain,
à l'Opéra impérial, on a joué à son intention un
ballet, représentant les diverses localités de
Vienne où Strauss avait dirigé son orchestre. Le
jubilaire assistait au spectacle dans une loge en
compagnie de sa femme et de sa fille. Là aussi,
où était réuni tout Vienne, comme au théâtre An
der Wien, les airs si connus du beau Danube
bleu, etc., ont électrisé le public; on voyait le
grave ministre comte Kalnoky applaudir avec
818
LE GUIDE MUSICAL
frénésie tout comme les gens de la galerie. Force
a été au jubilaire de paraître devant la rampe pour
recevoir les ovations enthousiastes du public, qui
l'a couvert littéralement d'une montagne de cou-
ronnes et de fleurs
Une députation est même venue d'Amérique pour
lui remettre une statuette en argent, représentant
l'Apollon victorieux! Parmi les offrandes, la plus
originale est celle d'un Hongrois qui envoie dans
un grand bahut, orné de peintures tirées des diffé-
rentes scènes des opéras de Strauss, des échan-
tillons des produits du sol hongrois, vins de
Tokay, liqueurs, paprika, saucisses, etc. La com-
mune de Vienne a envoyé aussi une députation au
jubilaire pour le féliciter au nom de la ville. Si
Vienne peut être fière de compter Strauss au
nombre de ses citoyens, celui-ci de son côté peut
être satisfait de voir de quelle popularité il jouit
dans sa ville natale.
BIBLIOGRAPHIE
M. Sidney Van Tyn, professeur de piano au
Conservatoire de Liège, vient de publier chez
Muraille un recueil d'études pour la main gauche.
Bien écrites, bien doigtées et d'une ligne mélo-
dique intéressante, ces études ne peuvent man-
quer de prendre place parmi les ouvrages d'en-
seignement les plus appréciés de la technique
pianislique. E C.
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Régiment. Freyschùtz Pagliacci. Puppenfee.
Paris
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Opéra-Comique. — Du i5 au 22 octobre : Mireille.
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villard); PallasAthéné, hymne, première audition,
chanté par M"e L. Bréval (C. Saint-Saëns) ; Fantaisie
pour piano et orchestre, exécutée par M. I. Philipp.
Air d'Obéron, chanté par M'ie L. Bréval (Weber);
deux Danses hongroises (Brahms).
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très précises, avec le concours de M. Sarasate.
Première partie ; Symphonie fantastique (H. Ber-
lioz); Suite écossaise, première audition, M, Sarasate
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et rondo capriccioso, M. Sarasate (C. Saint-Saëns);
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majeur, de Beethoven. Sarabande et Rigaudon, op. 93
de Saint-Saëns. Fête polonaise, tirée du « Roi malgré
lui », de Chabrier. RéformationSymphonie, op. 107
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livre, in-i6
2 5c
» 5c
I 5c
» 5(
II
LE GUIDE MUSICAL 821
Salle de la Société royale « LA GRANDE-HARMONIE », rue de la Madeleine
TROIS CONCERTS CLASSIQUES
ORGANISES l'AR
SCH0 7T FRÈRES, éditeurs, 8-2, Montag-ne de la Cour
Ces Séances Musicales, au nombre de trois, se donneront, comme de coutume, dans la Salle de la Société
Royale « La Grande-Harmonie », rue de la Madeleine, aux dates suivantes :
PREMIERE SÉANCE, jeudi, 8 novembre 1894, à 8 heures du soir, avec le concours du célèbre
Quatuor à archets de Francfort, composé de
MM. Hugo Heermann (violon I| 1 MM Narel Koning falto)
F. Bassermann (violon II) I Hugo Becker (violoncelle)
DEUXIÈME SÉANCE, samedi, 24 novembre, à 8 heures du soir, avec le concours de
M"'' Clotilde Kleeberg, pianiste,
et du trio vocal des Dames hollandaises
lAnnette de Jong, Anna Corver et Marie Snyders).
TROISIÈME SÉANCE, samedi, i5 décembre, à 8 heures du soir, avec le concours de
MM. Eug. d'Albert, pianiste et
Ed. Jacobs, violoncelliste, professeur au Conservatoire royal.
Les souscriptions aux trois Concerts seront reçues dès ce jour dans nos Magasins, Montagne de la
Cour, 82, aux conditions suivantes :
Prix des places pour l'abonnement des trois Concerts ;
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822
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Otto Junne. — A Munich : Josef Seiling, fourn"" de la cour,
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bourg : librairie Ammel. — A Amsterdam, Algemeene
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ÉTUDE SUR LES MOUVEMENTS
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QUELQUES EXÉCUTIONS MUSICALES
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lous commençons aujourd'hui la publica-
des très curieuses observations de métro-
nomie musicale recueillies par MM. H. Al via
et R. Prieur au cours d'un grand nombre
d'expériences et dont l'ensemble constitue un
travail d'une nouveauté absolue, d'une portée
esthétique inappréciable. Les auteurs ont bien
voulu réserver au Guide musical la primeur de
quelques-uns des plus importants chapitres de
leur livre actuellement sous presse. Afin de
permettre à nos lecteurs d'embrasser l'ensemble
de leur travail, nous reproduisons ici la table
des matières du volume; elle permettra d'ap-
précier l'intérêt et la variété des expériences
métronomiques de MM. H. Al vin et R. Prieur.
TABLE DES MATIERES
I. Introduction.
II. Choix des œuvres étudiées a l'exécution.
m. Le Quatuor.
-Exemples spéciaux (X.le et XlVe quatuors à cordes de
Beethoven). — Exécutions des Sociétés Maurin et
A.. Geloso (Paris). — XVe quatuor de Beethoven,
^p. i32. — XVI« quatuor de Beethoven, op. i35. —
XIII^ quatuor de Beethoven, op. i3o. XlVe quatuor
de Beethoven, op. i3i. — Résumé.
IV. L'orchestre seul. — i" Exécutions isolées : Bee-
thoven, deuxième symphonie (Conservatoire de Paris;
M. Garcin). - Beethoven, quatrième symphonie (Con-
servatoire de Paris; M. Taffanel). — Beethoven, cin-
quième symphonie(Conservatoire de Paris; M. Garcin).
— Beethoven, huitième symphonie(Paris, orchestre des
Concerts Colonne, sous la direction de M. Hermann
Levi); Beethoven, ouverture A'Egmoni (Conservatoire
de Paris, M. Garcin; Munich). — Berlioz, les Treyens
(Opéra-Comique de Paris, M, Danbé); 2» Exécutions
comparées : la Walkyrie, prélude du premier acte(Mu-
nich, M. Hermann Levi); \a.Walkyrir, prélude du pre-
mier acte (Opéra de Paris, M. Colonne); la Walhyri/,
préludes des deuxième et troisième actes (Munich,
M. Hermann Levi ; Opéra de Paris). — Siegfried. Pré-
lude du premier acte (Munich, M. Hermann Levi). —
VOr du Rhin. Prélude (Munich, M. Hermann Levi).
— Les Maîtres Chanteurs. Ouverture et fragments (Bay-
reuth et Munich, M. Mottl). — Parsijal. Prélude
(Bayreuth, M. Hermann Levi; Paris, orchestre des
Concerts Colonne, sous la direction de M. H. Levi). —
Tristan et Iseult. Prélude (Bayreuth et Munich,
M. Mottl; Paris, M. Lamoureux; Conservatoire de
Paris, M. Taffanel).
V. Orchestre et chant. — VOr du Rhin (Munich,
M. Hermann Levi'.— he Créfitscule des dieux (Munich,
M. Hermann Levi). - Siegfried (Munich, M. Hermann
Levi. La Walkyrie (Munich, M. Hermann Levi;
Opéra de Paris, MM. Colonne et Madier de Montjau).
— Prii si/ai. Deuxième tableau du premier acte (Bay-
reuth, M. Hermann Levi; Paris, orchestre des Con-
certs Colonne, sous la direction de M. H. Levi;
Conservatoire de Paris, M. Danbé). — Les Maîtres
Chanteurs (Bayreuth et Munich, M. Mottl). - Tristan
et Iseult (Bayreuth et Munich, M. Mottl ; chant de mort
d'Iseult : Bayreuth et Munich, Mme Sucher et
M. Mottl; Paris, Mme Materna et M. Lamoureux).
VI. Résumé et Conclusions.
INTRODUCTION
ALGRÉ la diversité des formes de
l'art, il y a deux éléments essentiels
qui ne sauraient manquer dans
l'œuvre esthétique : l'ordre et la proportion.
Tout artiste choisissant librement son sujet
en définit les limites, et, dans le cadre vaste
ou restreint qu'il s'est tracé, rassemble,
ordonne et proportionne les matériaux
qui serviront à traduire sa pensée. Quels
que soient ces moyens sensibles d'expres-
sion, lignes, surfaces, reliefs ou couleurs
dans les arts du dessin, sons successifs
ou simultanés, de hauteur, d'intensité et
de timbre variables dans l'art musical,
leur édifice doit être ordonné dans l'espace
ou dans le temps. Son eurythmie, dans la
partie purement physique ou mécanique
1.1 GUIDE MUSICAL
des moyens d'expression, se prête à la me-
sure et l'on a pu y découvrir des lois.
A ce point de vue, l'étendue et la durée
jouent respectivement dans les arts du
dessin et dans l'art musical des rôles com-
parables. On a dit, non sans raison, que
les mesures de l'étendue et de la durée, dèg
que le sentiment les anime, conduisent aux
deux grands arts de l'Architecture et de la
Musique; et que si l'architecture est la mu-
sique de l'étendue, inversement la musique
est l'architecture des sons et de la durée. ,
Mais si la genèse de l'œuvre d'art en mu-
sique, en architecture, en sculpture est
soumise à des lois analogues, il n'en est
plus de même pour les moyens d'expres-
sion qui diffèrent totalement.
Un monument, un tableau, un buste aux-|
quels l'artiste a mis la dernière main n'ont
plus besoin d'auxiliaire pour agir sur
l'esprit de celui qui les contemple : ils se
suffisent à eux-mêmes, et, tant qu'ils ne
seront par altérés ou détruits, ils donneront
fidèlement de la pensée du créateur l'ex-
pression même qu'il a voulue.
Il en est autrement pour le compositeur,-
qui ne peut trouver pour son idée la forme
immédiatement vivante sous laquelle l'au-
diteur devra la saisir, car il est contraint de
la traduire tout d'abord dans une écriture
conventionnelle et malheureusement peu
précise. Sans doute, il réglera la série des .
successions mélodiques, les concomitances
harmoniques de ses matériaux sonores ; il
dessinera les contours généraux et les
détails ; il assignera sa couleur à chacune
des parties par la distribution précise des
timbres et l'indication du sentiment géné-
ral qui doit présider à l'exécution. Mais il
reculera devant la complication énorme
qu'entraînerait la notation exacte du mou-
vement pour chaque groupe de mesures
correspondant à une idée distincte ou à une
nuance différente de la même idée. Il se
bornera le plus souvent à de rares indica-
tions, verbales ou chiffrées, sur les vitesses
des successions sonores.
C'est ce symbole imparfait, cette incom-
plète traduction de la pensée de l'auteur, ,
que l'interprète doit traduire à son tour
pour rendre sensible l'œuvre d'art elle-
même. Combien d'infidélités à craindre
dans cette double traduction! L'œuvre du
peintre, du sculpteur se passe d'intermé-
diaire; elle parle elle-même et parlera
toujours le même langage. Celui de l'œuvre
musicale paraît subordonné aux fluctua-
tions d'un perpétuel devenir, car l'exécution
introduit un élément parfois perturbateur :
à savoir l'interprète même. Ainsi, pour les
arts plastiques, l'ordonnance dans l'espace,
une fois fixée, se maintiendra sans peine,
tandis que la musique, qui ordonne dans lé
temps les phénomènes sonores, ne saurait
prétendre à la même rigueur.
Signalons une autre différence non moins
importante. L'exacte et scrupuleuse réduc-
tion d'une statue, la copie à échelle diffé-
rente d'un tableau, d'un monument, n'éveil-
leront peut-être pas chez le spectateur des
émotions de nature et d'intensité compa-
rables à celles que provoquerait l'original
lui-même; mais on ne songera point, par
exemple, à traiter de caricature une réduc-
tion au cinquantième de l'Apollon du Bel-
védère ou du Parthénon. Or, les durées ne
se prêtent pas en musique aux variations
d'échelles que peuvent subir les distances
et les surfaces. Le respect absolu de ces
durées est un élément esthétique d'ordre
capital : c'est un fait d'expérience courante
que les impressions provoquées à l'audition
ont pour facteur essentiel l'observation
stricte des rythmes et des mouvements.
Une exécution à mouvements serrés ou
élargis ne ressemble pas à l'exécution nor-
male comme la réduction ou l'amplification
d'un tableau ou d'une statue ressemble à
l'original : elle éveille, au contraire, des im-
pressions différentes, parfois des impres-
sions inverses, si les altérations des mouve-
ments sont importantes. C'est une véritable
anamorphose rythmique. Que penser d'une
exécution où la Cavatine du XIII^ quatuor
à cordes de Beethoven serait jouée prestis-
simo? Elle en donnerait non point une
copie (un tel mot serait ici un non-sens), pas
même une réduction, mais une caricature.
Ainsi, pour produire l'effet voulu par
l'auteur, l'exécution d'une œuvre musicale
doit être comprise entre des limites déter-
minées et fort étroites. Il serait, par contre,
LE GUIDE MUSICAL
829
I inexact de dire que l'effet sera sensiblement
altéré si les mouvements généraux ou lo-
caux ne sont pas reproduits avec une
rigueur absolument mathématique. Nos
sens sont incapables, en effet, d'apprécier
les différences au delà d'un certain degré
de petitesse; deux mouvements, acousti-
quement équivalents au point de vue des
impressions produites, pourront n'être pas
rigoureusement égaux. Mais, comme nous
le verrons par la suite, on ne relève que de
très légères différences chez les artistes qui
ont un bon sentiment du rythme et de la
mesure.
L'indication et la réalisation des mouve-
ments convenables ont donc toutes deux
une importance de premier ordre, résultant
à la fois de l'essence même des matériaux
mis en œuvre et des conditions pratiques
auxquelles la création et l'interprétation de
l'œuvre sont subordonnées. Aussi cette im-
portance n'a-t-elle échappé ni aux théori-
ciens ni aux compositeurs. On s'est efforcé,
par des moyens divers, de définir et d'as-
surer la reproduction correcte des mouve-
ments d'ensemble et de détail. On a généra-
lement emprunté à la langue italienne des
inots qui ont pour fonction de donner une
idée du mouvement. Mais cette idée n'est
pas précise; s'il est facile d'établir les diffé-
rences entre un presto, un moderato et un
lettto, la terminologie usuelle est impuis-
sante d'abord à fixer les valeurs absolues
correspondantes, ensuite à établir un ordre
invariable dans les nuances intermédiaires.
Ce qui rend cette terminologie plus vi-
cieuse et plus incertaine encore, c'est
qu'en raison du choix des termes, elle
mélange deux ordres d'indications tout
différents : l'ordre de la vitesse et du mou-
vement proprement dits {presto, moderato,
lento), et l'ordre dynamique, affectif, pas-
sionnel {allegro, maé'stoso, appassionato, etc.).
Il y a là une cause d'incertitude, de confu-
sion et d'erreurs non seulement pour les
exécutants, mais pour le compositeur lui-
même. On connaît l'incident relatif au
douzième quatuor, op. 127, de Beethoven.
Dans ce quatuor, le maître avait écrit en
un endroit : andante. A l'exécution devant
■ lui par le célèbre Bœhm, qui pensait obte-
nir un effet plus considérable en continuant
le mouvement précédent, Beethoven se
leva et, prenant un crayon, il effaça sur les
quatre parties le mot andante; et, après
avoir serré la main à chacun des exécu-
tants, il leur dit : Merci ! (l) Il est bien per-
fhis de penser que Beethoven avait été
victime d'une terminologie vicieuse plutôt
que coupable d'une fausse appréciation
sur le degré du mouvement.
Le vague de cette terminologie résulte
d'ailleurs, en pratique, des discordances
entre les estimations d'un même terme par
les compositeurs, et surtout d'un même
terme par le même compositeur dans ses
œuvres différentes.
Il semblait que l'invention du métronome,
permettant de mesurer, de chiffrer et de
reproduire avec exactitude les vitesses
attribuées à l'œuvre musicale, dût faire table
rase des désignations vagues ou impropres
usitées auparavant. Mais il n'en a rien été,
ou presque rien. Quelques compositeurs
seulement ont muni leurs œuvres d'indica-
tions métronomiques ; d'autres, après avoir
adopté ces indications, les ont abandonnées
ou condamnées dans la pratique comme
insuffisantes ou trompeuses.
Cependant le métronome avait été ac-
cueilli avec faveur. Weber reconnaissait
son utilité pour garantir de fautes gros-
sières. Beethoven lui rendit justice, mais
renonça plus tard à son emploi; Wagner
fit de même.
Il est intéressant de rechercher quels
sont les motifs pour lesquels les composi-
teurs ont ainsi réduit ou relégué au second
plan l'usage des indications métronomiques
qui, a priori, paraissaient si favorables à
l'interprétation correcte de leurs œuvres.
Pour ne pas multiplier inutilement les
exemples, nous choisirons les deux plus
remarquables : celui de Beethoven et celui
de Wagner.
Déterminons tout d'abord les services
que peuvent rendre les indications métro-
nomiques pour traduire, à l'exécution, la
pensée de l'auteur. Elles sont susceptibles
de caractériser les mouvements généraux
pour les morceaux dont l'allure doit rester
U)Mathis Lussy, Traité d'expression musicali.
8S0
LE GUIDE MXJSWAL
à peu près uniforme; de fixer, à chaque;
changement important d'allure, la relation
entre les vitesses antécédente et suivante.
Mais, à moins de compliquer énormément ,
l'écriture, à moins de hérisser la parti-
tion d'une accumulation de chiffres prati-
quement illisibles, elles ne sauraient repré-
senter mesure par mesure, note par note,
les altérations infiniment nombreuses, lé-
gères, mais indispensables pourtant à
l'expression, qui se succèdent à chaque
instant. Comme le disait Weber, la mesure
ne doit être ni un tyran ni une enrayure. Il
n'y a point de mesure lente dans laquelle
certains endroits n'exigent un mouvement
plus vif pour empêcher qu'il ne soit traî-
nant; il n'y a guère de presto dans lequel
l'oreille n'exige parfois un mouvement plus
calme. Ces modifications, ces flexions de
détail, seraient sans doute théoriquement
traduisibles en chiffres; mais demander au
compositeur de les noter comme un physi-
cien, ou à l'exécutant de les rendre comme
un appareil mécanique, c'est assurément
demander l'impossible.
C'est donc à la notation des mouvements
fondamentaux, de leurs altérations ou modi-
fications importantes qu'il faut réduire le
rôle pratique de l'échelle métronomique.
[A suivre.) H. Alvin et R. Prieur.
LETTRES DE RICHARD WAGNER
A
AUGUSTE RŒCKEL
(Traduites par M. Kufferath)
■ -uita). — Voir les nos 38, 39, 40, 41, 42 et 43.
VI
32, Portland Terrace. Regent's Park, Londres.
Cher ami,
Je viens de lire ta lettre et ne trouve rien de
mieux que d'y répondre séance tenante, bu
plutôt de t'écrire ce qui me vient pour le mo-
ment à l'esprit à l'encontre de ce que tu me dis ;
car, pour une réplique détaillée, il ne faut pas
y compter ; je craindrais de me laisser entraî-
ner à remuer un tas de futilités. Je vois que tu
es demeuré un optimiste obstiné et notamment
que le judaïsme est encore profondément
ancré en toi ainsi qu'en ton ami Paulus. Pour
moi, voilà longtemps que je luttais pour me
maintenir sur le pied de l'optimisme en face des
impressions qui m'assaillaient ; l'ami Schopen-
hauer n'aura eu, avec toute son énorme puis-
sance, qu'à chasser tout juste ma dernière
superstition judaïque ; et voici qu'au milieu de
grandes souffrances, il est vrai, mais aussi
avec la consolation de m'être débarrassé de la
dernière illusion de ma fantaisie, il m'a fait
aussi libre qu'on peut l'être.
Ce qu'il y a de plus profond dans la doctrine
de Schopenhauer et ce que les têtes les plus
éminentes peuvent, seules, saisir, découle de la
grande découverte faite par Kant de l'idéalité
de toutes les apparences ; c'est là ce qu'il faut
avant tout avoir compris pour pouvoir faire un
pas en avant et saisir la chose en soi que
Kant, — tu le sais, — considérait comme
totalement exclue de nos perceptions et que
Schopenhauer, d'une façon si décisive et si
frappante, désigne comme étant la Volonté [i).
Je ne me flatte pas d'être, à tout moment, en me-
sure de procéder en moi-même à la solution de
ce problème capital, à plus forte raison de
pouvoir, avec clarté, m'expliquer à ce sujet ; la
compréhension intégrale de l'idéalité du temps,
de l'espace et de la causalité, comme formes
de la connaissance, est une opération si supé-
rieure de notre cerveau, qu'elle ne peut se pro-
duire, — ainsi que Schopenhauer le démontre,
— que dans un cerveau organisé d'une façon
(i) Pour comprendre cette lettre, il faut se reporter
naturellement à la terminologie philosophique de Scho-
penhauer, dont Wagner résume en quelques mots,
tcute la théorie. Volonté est pris ici dans le sens de
force première. Schopenhauer l'identifie avec la chou en
soi, que Kant oppose au phénomène, quand il anal5'se le
sujet et Vobjet de nos intuitions. Pour Schopenhauer, la
Volonté est donc l'objet; seulement, au lieu d'en faire,
comme Kant, le corrélatif du sujet, Schopenhauer lui
accorde la première place. La Volonté est le principe
même de la vie, la substance toujours identique à elle-
même, qui se manifeste en des appannces infiniment
variées sans changer de nature, qui n'a ni limite ni
durée, car V Espace et le T««/^ n'ont point de réalité et ne
sont que des idées de notre cerveau et non pas des pro-
priétés, des choses. De là, toute sa théorie morale. La
Volonté, c'est-à-dirt, le principe de vie, ne pouvant
s'exercer qu'au détriment d'elle-même dans autrui, sa
suprême conquête est de se nier elle-même, de cesser de
se manifester individuellement; d'où la négation du Moi,
auquel se substitue la sympathie universelle, la charité
pour tout ce qui vit.
LE GUIDE MUSICAL
831
anormale, et seulement lorsque ce cerveau se
trouve dans un état exceptionnel de surexcita-
tion. Mais, cette compréhension une fois
acquise, toutes les illusions dont notre enten-
dement était jusqu'alors obscurci se dissipent
comme par enchantement, et, du même coup,
les paroles nous font défaut pour nous expli-
quer clairement ; car notre langue a été formée
au service de notions tout à fait différentes de
celle que nous venons d'acquérir. La difficulté,
c'est de nous faire comprendre, au moyen du
langage très incomplet des images, sans pro-
voquer à tout propos des malentendus. Le
mieux est de commencer avec les phénomènes
les plus simples, qui sont le plus voisins de
notre intuition ordinaire; l'immense mérite de
Schopenhauer est d'avoir été clair dans ce sens;
il ne peut, toutefois, éviter de provoquer des
malentendus qu'en s'adressant à celui qui a
fait, avec lui, cette première et indispensable
opération; et le difficile, c'est justement elle.
Néanmoins, il n'y aura pas d'hésitation sur
l'exposé qui va suivre pour tout penseur
au-dessus du commun, parce qu'il s'agit ici de
principes irréfutables, même comme point de
départ des sciences naturelles modernes. L'être
humain met tous ses organes, et notamment le
cerveau, organe de la connaissance, au service
de la Volonté ; détacher la connaissance du ser-
vice de la Volonté est, au contraire, un acte
anormal, qui n'a lieu que dans des organismes
d'exception (à l'état de phénomène monstrueux,
en quelque sorte). Or, dans cet état anormal,
qui se révèle en sa plus haute puissance chez
l'homme de génie, l'intuition ne reconnaît
comme possible que la faculté normale y c'est-à-
di"e elle reconnaît cet organe, — libre seule-
ment en lui seul (i), — asservi partout ailleurs
à la Volonté, et elle se demande alors comment
cette Volonté, dominatrice et qui forme tout, se
comporte jusqu'au moment où elle se tait, —
dans l'état anormal de l'intuition, devenue indé-
pendante de lui? Alors nous voyons, à notre
honte, que cette Volonté ne tend à rien de plus
qu'à vivre toujours, c'est-à-dire à dévorer (par
l'anéantissement d'autrui) et à se perpétuer. En
dehors de cette activité, nous ne pouT'ons abso-
lument rien connaître. Dans l'état anormal, qui
nous permet de reconnaître cette vérité, nous
en arrivons à devoir nous demander si ce n'est
(i) Dans l'homme de génie.
pas une chose inquiétante de nous mettre au
service de la Volonté ainsi constituée, et nous
cherchons à approfondir les manifestations de
ce phénomène. Nous reconnaissons alors que,
dans toutes les apparences perceptibles, cette
Volonté reste, au fond, toujours identique
à elle-même, qu'en conséquence toutes les
apparences individuelles ne sont que celles de
notre aperception, qu'elles ne sont, suivant les
procédés de notre connaissance, que des indivi-
dualisations reconnaissables de cette même
Volonté, c'est-à-dire d'un principe qui se dévore
constamment lui-même pour se reproduire tou-
jours lui-même; par conséquent, d'un principe
toujours en lutte avec lui-même, en contradic-
tion 'avec lui-même, et qui ne peut nous mon-
trer que la douleur et la souffrance comme
uniques moments sensibles de ses contradic-
tions. Jusqu'à quelle hauteur maintenant cette
Volonté peut-elle s'élever, dans les cas les plus
favorables? Jusqu'au point où nous nous trou-
vions tout à l'heure, jusqu'à la libération d'un
de ses organes, de l'organe de la connaissance
dégagée de sa servitude (phénomène, bien
entendu, anormal), en un mot, jusqu'à la con-
science de sa nature. Et que percevons-nous,
— dans ce cas exceptionnel, — au moyen de
notre conscience? Evidemment, l'importance,
disons même le côté terrible de cette Volonté,
— et, finalement, — la Compassion, — la
Pitié. (N'est-il pas caractéristique que nous
ne possédions pas le mot opposé : Conjouis-
sance) ? (i) Par là, notre connaissance reçoit
sa portée morale, jusqu'alors ignorée : dans
l'état le plus heureux, le plus élevé, s'éveille
en nous la compassion à tous les êtres
vivants qui se trouvent dans la servitude
inconsciente de la Volonlé; voilà la source
des plus hautes vertus, de toute rédemption :
communion complète avec tous ceux c j sont
séparés de nous par l'illusion de 1 mdividua-
tion ; de tous temps, c'est de là que sont parties
(i) Wagner oppose à Compassion : Miileidm (de mil =
avec et leiden = souffrance) à Mitfreuit (de mit = avec
et Friude = joie, allégresse) pour lequel le vieux
français nous donne les mots : conjouir et conjouissance,
qui n'expriment toutefois qu'imparfaitement l'idée de
Wagner. Il veut dire tout simplement que nous a-' ons
bien un mot pour exprimer la sympathie dans la souf-
france, mais aucun mot pour exprimer la sympathie
dans la joie, ce qui caractérise, ajoute-t-il, notre çt^t de
misère.
832
LE GUIDE MUSICAL
les religions. Mais comment, à la fin, se
résout l'effroyable douleur de cette compas-
sion? Est-ce dans le souci de rendre la chose
plus agréable, d'atténuer, au moyen d'institu-
tions humaines, l'éternelle contradiction de la
Volonté avec elle-même, son besoin de se
dévorer toujours et de se reproduire? Celui qui
pourrait le croire et le désirer avouerait, par là
même, qu'il n'a pas encore la connaissance de
la Volonté ; il se trouverait encore complète-
ment dans la servitude de la Volonté, qui, — au
moyen du mensonge de l'individuation, —
nous trompe sur sa propre nature. Nous ne la
connaissons, vraiment (et c'est ce qui est si dif-
ficile à comprendre), qu'après avoir, — dans
l'état anormal, — nié notre volonté individuelle,
qu'après nous être soustraits à la servitude de
la volonté, après l'avoir rejetée. Ainsi, il ne
reste qu'une rédemption possible à cette
suprême conséquence de notre connaissance de
la Volonté, la compassion; et cette rédemption,
c'est : la négation consciente de cette volonté,
c'est-à-dire l'intuition de ce qu'elle a de con-
damnable, le refus de participer à ce qu'elle
ordonne ; et cela, nous ne pouvons le com-
prendre et l'exécuter qu'en renonçant la
Volonté individuelle dans la compassion. C'est
cela précisément qui est la négation absolue de
la Volonté, son anéantissement.
Eh bien, je dois l'avouer, cette doctrine me
va profondément au cœur et à la tête, et il
me semble qu'il ne peut y en avoir de plus
noble, de plus juste. — Tous les malentendus
sur les résistances de la Volonté individuelle
contre la Volonté de tout ce qui vit en dehors
de moi reposent uniquement sur l'incomplète
compréhension de l'idéalité de nos perceptions,
en tant qu'elles sont conditionnées par les
formes de notre connaissance (temps, espace,
causalité); celui qui aura compris clairement
ce plus profond des problèmes, celui pour qui
le Temps, l'Espace et la Causalité ne sont plus
des réalités, pour celui-là aussi son individua-
lité, qui n'existe que dans son intuition (au
moyen des formes de celle-ci), ne sera plus une
réalité; il considérera comme l'acte suprême
de sa Volonté, la négation d'elle-même, il ne
demandera plus ni temps, ni espace, ni causa-
lité.
Il n'entre pas d'ailleurs dans la pensée de
Schopenhauer de nous conduire à un résultat
utilitaire, pratique, de formuler un postulat ; car
il sait que la philosophie lie peut pas avoir à
s'occuper de nouveaux fantômes, que sa mis-
sion, au contraire, autant que le permet notre
connaissance, est de troubler les créations men-
songères de la connaissance encore asservie. Il
ne songe pas à gâter le plaisir de celui qui, pour
garder quand même le goût de la vie, se crée
mille fantômes nouveaux ; il s'adresse exclusi-
vement à ceux qui veulent connaître. Ainsi la
philosophie, somme de toutes les sciences, ne
peut aboutir qu'à la négation; au contraire,
toute spéculation soumise à la Volonté cher-
chera toujours l'affirmation.
Cette affirmation, poursuivie à tout prix, est
tout simplement le Judaïsme, redevenu si puis-
sant aujourd'hui et dans lequel se manifeste la
plus mesquine conception du monde qui jamais
se soit manifestée. De tout temps, l'entende-
ment devenu indépendant par l'organisation
anormale a éprouvé le besoin de se commu-
niquer à l'entendement normal, asservi à la
Volonté, en s'adressant au peuple ; ceux qui
ont obéi à ce besoin de la façon la plus élevée,
ce sont les fondateurs de religions; mais il y a
ceci de tragique dans leur cas, qu'ils n'ont
jamais pu s'exprimer autrement que par le
langage et par des images accessibles à la
fausse interprétation du monde. Celui qui a
parlé la langue correspondant le mieux à la con-
naissance absolue, — dans ce sens, — c'est, en
tous cas, Bouddha ; les plus récentes études sur
l'Orient nous ont fait tomber les écailles des
yeux au sujet de cette apparition que nous ne
connaissions auparavant que soi. s l'odieux tra-
vestissement des religions populaires actuelles
de l'Inde.
On ne saurait formuler en images popu- ;
laires la connaissance suprême mieux que •
ne l'a fait la doctrine primitive et pure de
Bouddha, notamment la doctrine de la transmi-
gration des âmes, qui conduit à une vie vrai-
ment humaine, faite de sympathie, même à
l'égard du monde inconscient des plantes et
des animaux ; c'est certainement l'invention la
plus heureuse d'un esprit élevé obéissant à son
besoin d'expansion. Les plus récentes investi-
gations scientifiques ont, du reste, démontré
d'une façon irréfutable que la pensée fondamen-
tale du christianisme a son origine dans l'Inde :
la difficulté de greÉfer le mépris de la vie et de
LE GUIDE MUSICAL
833
la Volonté de vivre qui en est l'essence, sur le
tronc stérile du Judaïsme, voilà ce qui a causé
tous les malentendus qui, jusqu'aujourd'hui,
ont si déplorablement travesti le christianisme,
au point de le rendre presque méconnaissable.
Le fond essentiel du judaïsme, c'est cet opti-
misme inepte et glacé à qui tout est indifférent,
pourvu que le ventre et la bourse soient remplis,
ce qui est toujours possible si l'on s'y prend
adroitement et si l'on sait organiser le monde
tel qu'il existe et en tirer parti. Combien divine,
au contraire, la conscience claire du néant du
monde dans la doctrine chrétienne primitive,
et combien merveilleuses les doctrines de
Bouddha, qui, par la pitié, nous unissent à tout
ce qui vit!
Si, par la suite, tu étudies la philosophie du
droit pénal chez Schopenhauer, n'oublie pas,
comme je l'ai déjà fait remarquer, qu'il ne for-
mule jamais ni postulats ni approbations, mais
qu'il se borne à analyser l'essence de ce que
nous voyons. Il montre, par exemple, ce que
sont l'Etat, la Justice, etc., mais il ne dit pas qu'ils
doivent être tels; tout au contraire, si ce qu'il
t'en montre te déplaît, tu partageras complète-
ment le sentiment de Schopenhauer, qui tourne
le dos simplement à tout ce fatras et se borne
à nous dire : « Voyez, voilà où vous pouvez en
arriver, voilà les moyens auxquels vous devez
avoir recours pour affirmer votre volonté de
vivre ; c'est sur de pareils sophismes que
repose ce que vous appelez les institutions
humaines en vue de la pénible conservation de
l'espèce et dont vous savez parfaitement la
valeur : mais n'essayez pas de m'en faire
accroire, et surtout ne me parlez pas d'une phi-
losophie d'Etat et d'autres insanités analogues. »
En résumé, tout devrait donc tendre à la satis-
faction de la profonde pitié éveillée en nous
dans l'état suprême ; mais cette satisfaction, ce
n'est pas dans toutes les institutions bour-
geoises et sociales imaginables que vous la
trouverez.
A l'occasion, il faut que je t'envoie encore les
petits écrits de Schopenhauer, parmi lesquels
il y a un traité très explicite sur le somnambu-
lisme, etc. Tu verras avec quelle profondeur
unique le philosophe a étudié ce problème et
comment, dans ce phénomène, où paraît l'acti-
vité d'une seconde faculté intuitive, il trouve
les preuves les plus décisives de l'idéalité de
tout notre système de connaissance, de l'unité
de la Volonté dans tous les êtres vivants, et du
néant, — ici bien tangible, — de la réalité de
l'individualité; le problème de la négation du
Vouloir te deviendra par là très saisissable.
Mais assez de tout cela ! Ma démonstration
avait pour but moins de t'instruire (tu le feras
bien mieux toi-même) que de m'éclairer de
nouveau une bonne fois moi-même. Car je
dois te dire que je fais chaque jour dans ce que
j'éprouve l'application de cette profonde philo-
sophie; je considère maintenant le monde d'un
regard qui me fait connaître des choses qui, —
dans leurs impressions sur moi, — me saisis-
sent profondément et d'une façon irrésistible,
alors qu'autrefois je cherchais consciencieu-
sement à me faire illusion au sujet d'elles dans
une sorte de rêve optimiste. Je suis particuliè-
rement ému de plus en plus profondément de
nos rapports avec les animaux, si odieusement
maltraités et torturés par nous; je suis on ne
peut plus heureux de pouvoir, aujourd'hui,
m'abandonner sans honte à la forte compassion
que j'ai de tout temps éprouvée pour eux et de
n'avoir plus à recourir à des sophismes pour
essayer d'embellir la méchanceté des hommes
à ce point de vue.
Si, au demeurant, une chose avait pu accroî-
tre mon mépris du monde, ce serait mon expé-
dition de Londres. Laisse-moi te dire seulement,
en peu de mots, que je paie cruellement la
sottise que j'ai commise en acceptant cet enga-
gement ici, entraîné que j'étais, malgré toutes
les expériences déjà faites, par un fol accès de
curiosité. Qu'est-il besoin de t'en dire davan-
tage? Je ne pouvais, même dans les conditions
les plus favorables, rien trouver ici ; et ma pré-
sence, mes concerts ne peuvent que provoquer
de nouveaux malentendus. Je n'ai même pas eu
la joie d'avoir pu préparer des exécutions par-
faites d'oeuvres de Beethoven, etc. Car on ne
me donnait pour chaque concert qu'une seule
répétition, et cela ne suffisait pas pour me
mettre en complet unisson avec l'orchestre,
même s'il avait été meilleur. Que la presse juive
me déchire, cela ne me fait naturellement rien;
mais je suis d'autant plus heureux que d'autres
journalistes et aussi mon auditoire ne se laissent
pas troubler et me rendent justice dans la me-
sure où ils peuvent me connaître. Mais je sens
parfaitement, qu'ils ne peuvent me comprendre
834
LE GUIDE MUSICAL
entièrement et je dois ainsi regretter profondé-
ment d'être venu. J'en ai encore jusqu'à la
fin de juin ; il ne faut pas songer à réunir ici une
troupe (bonne) d'opéra allemand; même si
c'était possible, je ne voudrais plus penser à
une exécution de mes opéras à Londres. Cela
n'irait pas — et puis à quoi bon ? Il n'y a plus
que la chose même, non le succès, qui puisse
m'jntéresser. D'autre part, je suis toujours de
méciiante humeur ici et le travail n'avance que
très lentement.
Je suis beaucoup avec Prseger, cet homme
bon et extravagant ; récemment aussi, Edouard
nous a rendu visite : j'irai demain le voir à
Bath et m'amuser avec lui pendant quelques
jours. Si nous avons parlé beaucoup de toi!? —
Pour le reste, je fuis les nouvelles relations :
j'irai cependant voir M.Tulk. A ce propos, tous
mes remercîments !
On parle tout de même maintenant à Berlin
de monter Tamihdtiser, mais sans Liszt ; je n'ai
pu l'imposer (i), et puis, à la fin, je ne pouvais
plus me passer des recettes de là-bas. Le bruit
que je le dirigerais moi-même est un canard;
je ne sais rien à ce sujet, et il n'y a pas proba-
bilité que j'en sache jamais rien. L'été, je retour-
nerai, — en passant par Paris, — dans ma
chère Suisse, que je pense ne plus jamais
quitter ; solitude, belle nature et — travail, ce
sont les uniques éléments de ma vie et je ne
veux plus m'en laisser détacher.— Contente-toi
pour aujourd'hui de ces pages ; bientôt, proba-
blement, je t'écrirai de nouveau. Il est possible
que j'aie à revenir sur différents points.
Adieu! continue à montrer toujours pareille
vaillance.
Ton
RicH. Wagner.
Chronique &e la Semaine
PARIS
EÉOUVERTURE DES CONCERTS-LAMOUREUX
M. Lamoureux aurait-il été sensible au
juste reproche qui lui a été maintes fois
adressé de consacrer, dans la composition
(i) Wagner avait posé comme condition à l'exécution
à Berlin, que Liszt dirigerait et monterait l'ouvrage.
de ses programmes, trois ou quatre numé-
gramme un^ fragment des œuvres de Wag-
ner.
Les intransigeants, ceux qui n'admettent
pas que le nom du maître figure dans un
concert, vont peut-être applaudir; mais
n'oublions pas que le système réprouvé par
les purs, et qui consiste, comme ils disent,
à servir Wagner par tranches, a permis au
public de se familiariser peu à peu avec un
art merveilleux, et à rendre possible sur la
scène de l'Opéra la représentation de Lo-
kengrin et de la Walkyrie, en attendant le
reste.
Mais passons. M. Lamoureux compren-
dra facilement que la disette est d'autant
moins supportable qu'il nous avait jus-
qu'alors donné la surabondance. Il saura
d'autre part, espérons-le, contrairement à
son habitude, faire preuve d'un peu plus
d'éclectisme et d'impartialité dans la com-
position de ses programmes.
Ces derniers mots ne s'appliquent pas au
concert d'ouverture, qui se recommandait
par la variété tant des œuvres que des
noms d'auteurs. Sans l'éclipsé totale du
nom de Wagner, on eiit pu se déclarer
satisfait.
La séance s'ouvrait par l'exécution vrai-
ment remarquable de la Symphonie en sol
rnajeur de Haydn, œuvre qui, pourrait-on
dire, ne porte point son âge, tant certains
effets d'orchestre paraissent modernes.
La Fantaisie symphonique de M. Che-
villard a reçu un bon accueil de l'auditoire.
Les idées qu'elle renferme ne sont pas
d'une distinction remarquable; elles man-
quent un peu de suite et de cohésion ; mais
l'auteur a su faire montre d'une certaine
habileté dans l'art de manier l'orchestre. A
cet égard, son succès nous paraît assez
légitime.
Ceux qui, en très grand nombre, n'assis-
taient pas aux fêtes d'Orange, connaissaient
seulement par les comptes rendus qui en
furent donnés l'hymne de M. Saint-Saëns
composé sur une poésie de M. Croze et
intitulé Pallas-Athèné. Dans cette œuvre,
le musicien a fait tous ses efforts pour se
hausser jusqu'à Gluck. S'il n'y a pas réussi,
on doit au moins lui savoir gré de cette
noble tentative. L'orchestration, d'ailleurs,
nous paraît de beaucoup supérieure à la
déclamation.
Le public a vigoureusement applaudi;
mais ses applaudissements, croyons-nous,
LE GUIDE MUSICAL
835
s'adressaient surtout à l'interprète de l'œu-
res sur cinq ou six à la musique de
Wagner? Se serait-il aperçu qu'il faisait
en général la part trop belle au maître de
Bayreuth? S'il en était ainsi, on ne saurait
que le féliciter ; mais, pour réparer une
faute, il n'était point nécessaire d'en com-
mettre une autre, car c'est une faute
d'avoir fait la réouverture des concerts du
Cirque d'Eté sans introduire dans le pro-
vre de M. Saint-Saëns, à M"'= Bréval, la
vaillante Valkyrie, dont la voix chaude et
vibrante a ravi tous les auditeurs. Mais
c'est principalement dans l'air A'Obéron que
la charmante cantatrice a su déployer tout
son talent et fait valoir ses grandes qualités
de tragédienne lyrique. Aussi a-t-elle été
l'objet d'une véritable ovation.
La fantaisie pour piano et orchestre de
M. Widor a été exécutée, pour la première
fois, au Conservatoire, où elle fut très
goûtée; c'est l'œuvre d'un maître en pos-
session de tout son talent. Contrairement à
ce qui se passe d'ordinaire, le piano n'y
tient pas une place trop prépondérante et
l'orchestre n'y est pas réduit au simple
rôle d'accompagnateur. Le thème princi-
pal, que le piano et l'orchestre font en-
tendre alternativement, est mis en relief
par des motifs incidents confiés à chaque
classe d'instruments. Tout s'unit, tout s'en-
chaîne admirablement dans cette composi-
tion, et l'auditeur suit sans effort et avec
intérêt la pensée du musicien. Le début de
l'œuvre semble peut-être un peu froid ;
mais bientôt, l'orchestre s'anime, s'échauffe
et arrive à l'explosion finale de toutes ses
sonorités par un crescendo habilement
ménagé. Grâce au précieux concours de
M. Philipp, le célèbre pianiste, l'exécution
a été de tous points excellente.
Pour terminer, M. Lamoureux a fait
entendre deux Danses hongroises de Brahms,
que l'orchestre a su rendre avec toute la
maestria d'une troupe de Tziganes.
Ernest Thomas.
•t*
Le deuxième Concert-Colonne a eu lieu
dimanche dernier avec le concours du presti-
gieux violoniste Sarasate. Il suffit que son nom
soit inscrit en vedette sur une affiche pour que
le public vienne en foule applaudir celui qui
est aujourd'hui un des maîtres incontestés du
violon. Au Châtelet, son talent a été beaucoup
plus apprécié dans l'Introduction et Rondo
capriccioso de Saint-Saëns, qui est une œuvre
intéressante et distinguée, que dans la Suite
écossaise de Mackensie, composition incolore
et inégale. La grande difficulté pour un violo-
niste, aujourd'hui, est de trouver, pour les exé-
cuter, des morceaux remarquables non seule-
ment par les qualités de virtuosité, mais encore
par le haut sentiment musical. Rari nantes !
Aussi Sarasate doit être reconnaissant à des
compositeurs modernes comme J. Brahms,
Saint-Saëns, Lalo, Max Bruch et d'autres
d'avoir écrit pour le violon des œuvres qui
sont à même de faire valoir son étonnante
virtuosité et qui, en raison de leur valeur
musicale, resteront. Le public qui fréquente
les grandes salles de concert a fait son éduca-
tion ; il ne pourrait plus entendre aujourd'hui,
sans protester, des élucubrations qui faisaient
le bonheur de la génération de i83o.
Le grand succès obtenu dimanche par
Sarasate l'a engagé à retarder son départ pour
l'étranger et à se faire entendre encore aux
Concerts-Colonne.
Dans la mêmeséance,on a exécuté à nouveau
la Symphonie fantastique de H. Berlioz; puis
les Scènes alsaciennes, septième suite d'orches-
tre de J. Massenet, et une page de Lohengrifi.
Pu if que nous sommes sur le chapitre de
M. Colonne, annonçons que l'habile chef
d'orchestre ne retournera pas diriger, l'année
prochaine, les concerts symphoniques du
Cercle d'Aix-les-Bains.
Voici la lettre adressée par lui au président
du cercle :
Aix-les-Bains, le 3o septembre 1894.
Monsieur le Président,
Malgré l'entente survenue au sujet de la pro-
chaine campagne artistique du Cercle, entre les
membres de la sous-commission, M. le directeur
général et moi, en votre présence, à la séance du
28 septembre, j'ai le regret de vous informer que,
toute réflexion faite, il me serait impossible de
collaborer avec M. Gandrey, le directeur général
que vous avez cependant accepté de mes mains.
Je me retire sous l'impression de l'adieu cha-
leureux et enthousiaste qu'un public d'élite a bien
voulu me faire au dernier concert de la saison, et
je remercie le conseil d'administration du Cercle
qui, par l'envoi de sa carte et de ses fleurs, s'est
associé à une manifestation dont je suis fier.
Recevez, Mensieur le Président, etc..
Signé : Ed. Colonne.
Toutes les personnes qui, passionnées pour
l'art musical, prennent leur villégiature à Aix-
lesBains seront au regret de sa détermination ;
on assure qu'il serait remplacé par M. Jehin.
Hugues Imbert.
836
LE GUIDE MUSICAL
Les « Chanteurs de Saint-Gervais » prêteront
leur concours aux offices de l'église Saint-Gervais
le jour de la Toussaint et le jour des Morts.
Le jour de la Toussaint, on entendera pour la
première fois la messe : le Bien quej'ay, du vieux
musicien français Goudmel, le maître de Pales-
trina, messe spécialement remise en partition
d'après la notation ancienne. Le jour des Morts,
M. Bordes fera exécuter la messe : Douce Mémoire^
de Roland de Lassus.
Aux vêpres de la Toussaint, on entendra des
faux-bourdons à deux chœurs, plain-chant et mu-
sique polyphone alternes, et des motets fort
beaux, propres à la fête du jour.
La Société nationale de musique, qui a fait
connaître au public tant d'oeuvres intéressantes de
la jeune école française, annonce qu'elle va multi-
plier ses concerts d'orchestre. Elle en donnera
quatre cette année dans la salle d'Harcourt. Deux
séances données salle Pleyel demeurent consa-
crées à la musique de chambre. En outre, comme
on a souvent reproché aux musiciens de la Société
nationale de former une église un peu fermée, ils
ont résolu d'admettre le public à leurs concerts.
Il est à souhaiter que les compositeurs et le
public répondent à l'appel qui leur est adressé, et
que la transformation projetée rende un peu
d'éclat et un peu de vie à celte Société, qui, depuis
quelques années, était singulièrement languis-
sante.
BRUXELLES
joiLA dix ans que le Théâtre de la Mon-
naie nous devait Samson et Dalila de
M. Camille Saint-Saëns. Il vient de
s'acquitter de sa dette. Malheureusement, en
matière d'art aussi, les dettes arriérées portent
des intérêts composés. Généralement, l'œuvre
ajournée qui, dans sa nouveauté, eût répondu
entièrement aux aspirations du public, a déjà
perdu, au bout de dix ans, quelque chose de sa
puissance d'impression ; et il arrive que ce qui
eut été inscrit alors à l'actif de MM. Stoumon
et Calabresi comme une action d'éclat, ne leur
sera plus compté, aujourd'hui, que comme un
acte d'élémentaire probité directoriale.
Ils paraissent, du reste, s'y être attendus, car
ils ont fait tout juste le nécessaire pour donner
à l'œuvre le cadre convenable. Des décors
rapiécés, un décor neuf (celui du temple), des
costumes quelconques, sans style ni caractère,
et une exécution musicale adéquate, voilà tout !
C'est payer correctement, mais sans largesse ni
grandeur.
L'œuvre, pour ses hautes qualités, méritait
mieux cependant. Elle est, certes, par la no-
blesse du style, par la sûreté de sa facture, par
l'unité de l'inspiration, la partition dramatique
la plus parfaite qui ait paru depuis les grands
drames wagnériens. Sans doute, elle n'en a pas
la richesse de coloration, ni l'extraordinaire
puissance expansive; et même, dans l'école
française, on pourrait citer à côté d'elle mainte
partition ayant des envolées plus généreuses.
Mais aucune n'a cette pureté absolue de lignes
et cette netteté d'accent qui font à Safttsott et
Dalila une place à part dans la littérature
dramatique contemporaine. C'est une de ces
œuvres auxquelles il faut revenir et qui
n'enveloppe entièrement que lorsqu'on l'a bien
pénétrée. Alors, elle vous charme profondé-
ment par la sincérité du sentiment, elle vous
séduit de plus en plus par mille ingéniosités
artistiqr.es de détail, sans que disparaisse le
relief saillant des oppositions que le composi-
teur a su marquer si heureusement entre les
deux éléments de son sujet : d'un côté, le culte
matériel de Dagon; de l'autre, la foi spiritua-
liste du peujile juif. Ce contraste s'accuse par-
ticulièrement dans les deux tableaux du pre-
mier acte, si tranchés d'allure, de rythme,
d'harmonies et de couleurs, et plus encore dans
la grande et belle scène de la déploration de
Samson tournant la meule, — la page maîtresse
de l'œuvre, selon moi, — succédant aux har-
monies voluptueuses de la scène de séduction
et précédant l'orgie fuguée des prêtres et prê-
tresses de Dagon. D'un bout à l'autre de
l'œuvre, il y a une force et une variété de
rythmes, s'associant à une richesse expressive
de mélodies et d'harmonies, qui sont d'un grand
maître, — cela ea dépit des quelques pages
banales du début ou du développement conven-
tionnel de certains morceaux. Je touche là à
l'éternelle misère des poèmes français d'opéra,
car les pages disparates auxquelles je fais allu-
sion sont l'œuvre du poète plutôt que du mu-
sicien. Ce qui manque dans Samson et Dalila,
c'est le poète dramatique. Samson, comme
personnage, existe à peine ; ce que le poète lui
fait dire, n'a rien de caractéristique, et, sauf la
scène de la captivité, toute l'action, — comme
s'il était besoin d'une action! — est coulée
dans le moule traditionnel de l'opéra d'his-
toire : et c'est ce qui nous vaut ces appels
guerriers et ces chœurs de gens qui implorent
le Seigneur, sur le mode ordinaire de ces sortes
de morceaux ; et ces scènes de séduction qui se
LE GUIDE MUSICAL
837
jouent cor am populo ; et ces déplorations de
prêtres qui se souviennent du vieil opéra, en
dépit des modalités anciennes au moyen des-
quelles le compositeur croit nous donner le
change ; et ces formules de cavatine où abou-
tissent les confidences de la courtisane poli-
tique et de l'Hercule patriote. Il est vraiment
intéressant d'observer que la musique s'élève,
que l'inspiration grandit, qu'elle prend le véri-
table accent dramatique partout où l'élément
lyrique et dramatique de la légende est bien
exposé, et qu'elle tombe au contraire chaque
fois qu'elle s'applique à une scène où à des
paroles non nécessaires et de remplissage.
En réalité rien n'a vieilli dans la partition que
ce qui était déjà vieux dès le premier jour. Tant
il est vrai que poème et musique doivent être
issus d'une même compréhension supérieure
des conditions du drame musical.
De l'exécution, je ne dirai pas grand chose.
La mise en scène est inexistante. L'orchestre
a des mérites d'exactitude avec une tendance
à précipiter les rythmes au détriment de l'accent.
C'est une nuance qui a toujours échappé à
M. Flon. Les chœurs ont été excellents, irré-
prochables. Mme Armand, en Dalila, joue intel-
ligemment, mais la voix est bien inégale.
M. Cossira n'a rien du personnage qu'il repré-
sente. Il entre, bêle, sourit et sort. Sa jolie voix
dolente et son chant fade, qui efface tous les
rythmes, arrivent cependant à donner un cer-
tain charme triste à l'admirable scène de la
meule. Je ne crois pas indispensable de citer
les autres interprètes. Les uns ont chanté trop
bas, les autres trop haut. Cela ne fait pas
compensation.
A la fin, une longue ovation a été faite à
M. Saint-Saëns.Justice lui a été enfin rendue(i).
M. KUFFERATH.
Voici la saison musicale ouverte. Rendons
grâce aux jeunes. Ce sont eux qui, cette fois,
ont attaché le grelot. Le quatuor Crickboom,
avant de partir pour Paris, a donné, cette
semaine, à la salle Ravenstein, deux séances
de musique de chambre qui ont été justement
applaudies.
La première séance comprenait le quatuor
avec piano de Guillaume Lekeu, ce jeune Ver-
viétois, second lauréat du prix de Rome, mort
l'année dernière à vingt-trois ans ; un quatuor
(i) A propos de Samson et Dalila, recommandons à nos
lecteurs l'exellente analyse de l'œuvre publiée par notre
collaborateur Etienne Destranges. Paris, librairie Fisch-
bacher.
d'Edward Grieg ; et la sonate pour violoncelle
de M.Camille Saint-Saëns. On a applaudi par-
ticulièrement cette belle œuvre, que M. Gillet
et M"<= L. Merckx (piano) ont jouée avec infi-
niment de goût et dans un excellent style.
Gbinbien cette composition, si sûreriient écrite
et si clairement conçue, a paru simple auprès
du quatuor de Lekeu !
La polyphonie de celui-ci est exaspérée,
quelquefois exaspérante ; mais il y a, çà et là,
notamment dans l'adagio, des idées et des so-
ntjrités d'un charme vraiment pénétrant et
d'une profondeur de sentiment rare. Quel re-
gret que cet artiste si poétiquement doué n'ait
pu donner sa mesure! M"'= Louisa Merckx
a tenu la partie de piano avec une vaillance
peu commune et une sûreté rare de musi-
cienne. Quant au quatuor pour cordes de
Grieg, s'il intéresse par la nouveauté des sono-
rités, il est bien insignifiant comme idées, et
l'uniformité des rythmes de danses qu'affec-
tionne si particulièrement le maître norvégien
finit même par être lassante. En somme, cela
rappelle les fantaisies sur des airs norvégiens
ou suédois du vieux Romberg, violoncelliste
éminent. Seulement, ici c'est du Romberg
pour quatre instruments ! Dieu nous en pré-
serve! Louons la vaillante exécution par le
quatuor de M. Crickboom.
La seconde séance comprenait leXIII"^ qua-
tuor de Beethoven, la Sonate en mi mineur du
même pour piano (M"" Merckx) et violon
(M. Crickboom); enfin, le Quatuor en la, de
Schumann.
Il nous a semblé qu'en cette dernière soirée,
soirée d'adieux, M. Crickboom et ses parte-
naires ont mis particulièrement toute leur âme.
Leur exécution a été vivante, pleine de nerf,
par moments pleine d'éclat, et animée d'un
bout à l'autre d'un généreux souffle de jeunesse
et d'enthousiasme. Et voici que ce jeune qua-
tuor si intéressant nous quitte au moment où
il arrive à maturité, non pas pour aller tenter la
fortune à Paris, mais pour l'y goûter. M. Crick-
boom devient violon solo des concerts d'Har-
court, et avec ses compatriotes Miry (alto), et
Gillet (violoncelle), il va former le quatuor de
la Société Nationale de Paris. Le départ de
ces jeunes sera vivement regretté. Avec la belle
fougue de leur âge, avec leur virtuosité élevée
à la sévère école de notre Conservatoire, et déjà
très sûre, ils auraient pu contribuer largement
à nos plaisirs intellectuels et artistiques. Les
voilà engagés à l'étranger, où ils sont certains
de faire leur chemin, comme tant d'autres qui
les ont précédés dans les sentiers fleuris de la
gloire.
Cohue habituelle pour la première de la
revue de l'Alcazar, qui s'appelle, cette année,
Bruxelles sans gêne et qui a pour auteur
LE GUIDE MUSICAL
Théo Hannon. Les Bruxellois aiment les
revues et on leur en donnera cette année pour
leirr argent, car Bruxelles savs ge'tie est des-
tiné à tenir l'affiche, grâce aux clous nombreux
et à la mise en scène luxueuse dont M. Mal-
pertuis a voulu l'entourer : décors de M. Du-
bos; costumes dessinés par MM. Duyck et
Crespin.
Le sujet des revues ne se raconte pas, et celui
de Bruxelles savs gêne moins que tout autre.
M. Hannon a fait ses preuves de bon revuiste
et il est inutile d'insister sur les drôleries et les
mots spirituels de sa dernière création.
Les artistes de la maison, de leur côté,
mettent tout en œuvre pour l'égaler et ils y
arrivent étrangement. La scène de l'Exposition
d'Anvers et l'imitation des sœurs Barrison,
telles qu'elles sont comprises par MM. Ambre-
ville et Crommelynck, dérideront les Bruxellois
que la situation politique afflige ou exaspère. Il
y a aussi dans la revue un trio de congressistes
mené par M. Lejeune, qui a su se faire, d'une
manière frappante, la tête du rédacteur en chef
d'un journal théâtral bruxellois.
La commère est M™e Aciana, la diseuse que
nous avons applaudie l'hiver dernier, aux Gale-
ries; le compère, M. Gaillard, du Vaudeville.
M. Nazy a agrémenté les vers de M. Han-
non d'une musique très gaie qui remémore
les refrains connus et les derniers succès des
cafés-concerts. Chose méritoire, les allusions
politiques et la Brabançontie font défaut dans
cette revue. N. L.
La séance publique annuelle de la classe des
Beaux-Arts de l'Académie royale de Belgique,
aura lieu le jeudi i*'' novembre, à i 1/2 heure, au
Palais des Académies, dans la grande salle des
séances solennelles.
Le programme de la séance comporte outre le
discours par M. Stallaert, directeur de la classe,
et la proclamation des résultats du concours de la
classe, l'exécution de la cantate Lady Macbeth,
poème couronné de M. J.-B De Snerckx ; musique
de M. J.-M. Lunssens, premier second prix du
grand concours de composition musicale de i8g3.
M. A. Massau, l'excellent professeur de violon-
celle à l'École de musique de Verviers, vient de
recevoir la médaille d'or à l'Exposition d'Anvers
pour sa belle Méthode de violoncelle. Ajoutons que
cette méthode vient d'être adoptée par les conser
vatoires de Florence et de Saint- Omer.
Le Moniteur publie l'arrêté royal autorisant le
Conservatoire à accepter une somme de 34,000
francs, léguée par M. Henri Van Cufsem, à l'effet
de fonder un prix annuel de 1,000 francs, sous le
nom de « Prix Aline Van Cutsem n ; ce prix sera
attribué à une élève ou ancienne élève de la
classe de piano pour jeunes filles qui, ayant ob-
tenu le diplôme de capacité, satisfera aux épreuves
imposées aux élèves qui se présentent pour l'ob-
tention du diplôme de virtuosité.
. Le prix n'est pas divisible. Dans le cas où il ne
serait pas décerné, la somme restée sans emploi
sera jointe au prix du concours suivant; alors seu-
lement, la somme totale pourra être partagée par
moitié, s'il se présente plusieurs concurrentes.
Les trois concerts Schott sont fixés aux jeudi
8 novembre, samedi 24 novembre et samedi
i5 décembre On trouvera le programme plus loin,
au Répertoire.
CORRESPONDA NCES
AMSTERDAM. —La direction du Théâtre-
Royal de La Haye nons a donné une soirée
fort intéressante, en nous faisant entendre, dans
le Barbier de Séville, une toute jeune chanteuse,
M"" Bertelly, douée d'une toute petite voix, mais
vocalisant dans la perfection, une véritable étoile ^
d'avenir, qui a transporté d'autant plus le nom4
breux auditoire qu'elle n'était précédée d'aucune
réputation et absolument inconnue. Après le
Variations de Proch, intercalées dans le troisième
acte, le public était en délire, trépignant d'enthoul
siasme et faisant trisser les Variations, un succé
comme on en voit rarement à La Haj'e. Jamais!
ni par la Patti, ni par l'Arnoldson ou la Sembrichl
je n'ai entendu des staccati plus parfaits et plii§
cristallins, même dans les registres les plus élevés^
Si la comédienne était plus expérimentée, si elle
avait l'habitude du théâtre et possédait un réper-
toire, ce serait une inappréciable acquisition pour
la direction.
Le baryton Andra a fait un bon Figaro;
M. Darras était bien disposé comme Bazile, mais
M. Samaty était un Almaviva impossible, et j'ai
été navré de voir un chanteur de tant de qualités
se fourvoyer ainsi, en se chargeant d'un rôle
absolument contraire à ses moyens. Il a pri» une
éclatante revanche dans le Wilhelm Meister de
Mignon, où M™'' Paulia a fait une Mignon remar-
quable, surtout comme comédienne. Ensuite, nous
avons eu d'excellentes reprises à^Aïda, où le suc-
cès du ténor Renault s'est accentué, et de Caval-
leria rusticana, le grand succès de M"'° Barety, une
Santuzza très dramatique.
Ces deux reprises ont été dirigées par M. Joseph
Mertens,qui a prouvé de nouveau qu'il est un chef
d'orchestre di primo cartelb, qu'on a été heureux de
retouver au pupitre.
Au premier jour, débuts de la chanteuse légère
d'opéra comique, qui va remplacer M"" Perdrelli.
A La Haye, le succès des deux opéras néerlan-
dais est très modéré, pour ne pas dire plus, et, à
Amsterdam même, on a beau battre le caisse, le
public boude.
La direction du Concertgebouw a fait connaître
les noms des artistes qui se feront entendre, cet
hiver, dans les concerts philharmoniques. Comme
LE GUIDE MUSICAL
839
chanteuses, nous aurons M""'' Lillian Sanderson,
Henschel, Antonine Trebelli, Nathan et peut-être
aussi M"« Jeanne Flament; comme pianistes, tout
d'abord votre éminent compatriote Arthur De Greef,
puis d'Albert, Siloti, M"" Rappaldi; comme vio-
loniste, MM.Joachim, Léopold Auer et Undricek.
M. Willem Kes continuera à nous faire entendre
tous les ouvrages sj'mphonipues importants de la
littérature musicale moderne, entre autres la sym-
phonie de César Franck et une reprise de la Mer
de Paul Gilson. Au dernier concert, nous avons
déjà écouté deux ouvrages nouveaux : le poème
symphonique Macbeth de Richard Strauss, que le
•public a accueilli avec une froideur extrême, et
l'ouverture du Prince Igor de Borodine, qui a fait
grand plaisir. Regrettons que M. Kes soit peu
sympathique aux compositions néerlandaises, qui
n'obtiennent presque jamais l'honneur de figurer
sur ses programmes et parmi lesquelles se trouve
une minorité douée d'un incontestable talent et
qui sait même se faire valoir en Allemagne.
Le baryton Messchaert poursuit une tournée
triomphale dans les principales villes de la Hol-
lande, avec le pianiste Julius Rôntgen, l'infati-
gable travailleur, qui ne se repose jamais.
Le 3i octobre, nous aurons, au Concertgebouw,
un concert dirigé par M. Siegfried Wagner
Il est question, dit-on, d'organiser, si possible,
pour la fin de la saison d'hiver, à Amsterdam et à
La Haye, un festival Gevaert. On exécuterait, au
Théâtre-Royal de La Haye, un opéra de l'illustre
directeur du Conservatoire de Bruxelles, et les
meilleures sociétés chorales de La Haye et d'Am-
sterdam donneraient un concert dans les deux
villes, composé d'oeuvres du maître belge.
Ed. de h.
ANVERS. — Grand Festival belge, à PExposi-
tion. Première journée. Voici enfin une véri-
table manifestation de notre art national; après
les Russes, les Français, les Allemands, nos com
patriotes sont venus démontrer, par une longue
série d'œuvres, que les Belges pouvaient, à bon
droit, prétendre aux mêmes honneurs
Cette première audition était consacrée aux com-
positeurs de race vi^allonne; M.E. Mathieu nous a
fait entendre des fragments de son opéra Rickilde,
dont la prière, dite par M. Demest. a produit
grand effet. M. Demest a encore chanté un Chant
d'amour de M.Léon Dubois, l'auteur dumimodrame
le Mort, dont on a exécuté un fragment. Nous
n'aimons pas beaucoup la déclamation, un peu
emphatique, de cette composition qui, pour méri-
ter son titre, devrait nous communiquer une sen-
sation plus intense, plus vraie. Du reste, il faut
bien le dire, M. Demest a une diction parfaite,
mais un peu froide.
M. Balthazar- Florence nous était peu familier
comme compositeur. Sa rêverie pour instruments
à cordes, Au soir, est d'un effet délicieux, le sujet
a été parfaitement traité par l'auteur. Sa Polonaise
héroïque est d'une orchestration brillante et pro-
duit grand effet.
Les mêmes qualités se retrouvent dans la para-
phrase symphonique Macbeth de M. Sylvain Du-
puis Nous reprocherons pourtant à cet excellent
artiste d'avoir un peu abusé des effets de cym-
bales. Il nous semble qu'une description moins
extérieure, et par là même plus profonde, aurait
mieux dépeint les remords du héros de Shakes-
peare.
La symphonie de M. L. Kéfer, dont on a exé-
cuté Vandante et le finale, a produit une impression
profonde. C'est de belle musique, dans toute
l'acception du mot. M. Kéfer connaît son art à
fond; c'est une nature d'élite.
Arrivons à M"» Folville, la virtuose étonnante,
qui manie d'une façon également heureuse le cla-
vier et Tarchet. La sympathique artiste a exécuté,
au piano, un concerto de M.Ch. Smulders, actuel-
lement professeur au Conservatoire de Liège.
L'œuvre est conçue dans un style tout moderne, l'au
leur y consacrant une part importante à l'orchestre.
M"' Folville nous a fait entendre également une
partie d'un concerto, pour violon, de Vieuxtemps,
morceau qui a été très applaudi. N'oublions pas
un charmant morceau pour piano Légende du rouet
de M. Th. Radoux, que M^^ Folville a brillamment
enlevé.
L'orchestre a exécuté aussi une fugue du même
auteur, œuvre savante et d'un effet superbe. La
fête s'est terminée par deux danses, extraites
à'Atala, l'opéra de M"'' Folville, la jeune artiste
conduisant elle même l'orchestre.
Il convient de féliciter nos musiciens exécutants,
ainsi que leur chef M. Bonzon. à qui était échue
une grosse part des repétitions. La deuxième jour-
née aura lieu lundi prochain, avec le concours de
Ml'« Levering de MM. De Greef et Anthoni.
Nous avons eu dernièrement deux auditions de
piano d'un intérêt peu commun. M"' E. Dietz,
dont nous avions pu précédemment apprécier les
qualités sérieuses, est venue toucher les pianos
Erard. L'artiste s'applique à interpréter d'une
façon exacte les œuvres qu'elle nous fait enten-
dre. C'est ainsi que nous avons pu savourer les
beautés contenues dans cette simple page de
Schumann, Des Abends, souvent dénaturée par le
mouvement vif que lui impriment nos virtuoses.
M""' Dietz a rendu avec délicatesse le ravissant
Alhumblatt, de Grieg, et a brillamment enlevé une
valse de Rubinstein,
M""^ Depret-Cousin, une pianiste liégeoise, est
venue se faire entendre chez Pleyel. Jeu brillant
et perlé, qui a servi à mettre en relief une belle
cadence introduite dans la Rhapsodie de Liszt. La
jeune pianiste a rendu Au printemps, cette délicate
pensée de Grieg, avec une parfaite compréhension
du style. Ce morceau subit souvent le même sort
que l'œuvre de Schumann; un mouvement trop
accentué lui imprime un cachet de banalité.
A. W.
La fnaison Henri Herz, de Paris, a clôturé ses
840
LE GUIDE MUSICAL
auditions à l'Exposition d'Anvers par un récital de
M"'^ Juliette Voué, élève de M. Wauters, profes-
seur au Conservatoire ro)'al de Bruxelles. L'inté-
ressante pianiste a fait entendre le prélude et la
fugue en sol de Bach, les pièces pour piano op. 55
de Kufferath, la valse de Wieniawski et la bal;
lade en sol mineur de Chopin. Le nombreux public
qui remplissait le compartiment réservé à la
maison Herz, a vivement applaudi la gracieuse et
intelligente interprète et a aussi admiré l'excel-
lence des instruments grand format qui ont servi à
l'exécution.
("^ AND — Il est maintenant permis déjuger
^ notre troupe d'opérette, qui parut à diverses
reprises, cette quinzaine, devant le public.
M"'' Dupont, dugazon, a de l'habileté et de la
grâce espiègle. Elle sait les planches et ne manque
ni de tact ni de goût. La renommée aux cent
bouches l'avait annoncée comme un rare oiseau
idéal, une manière de petit merle blanc. La
renommée avait exagéré, et tout d'abord le public
en prit de l'humeur. Quoique notre brumeuse
contrée semble avoir joué à la chanteuse plus d'un
tour, on apprécie aujourd'hui la comédienne, et la
reprise de la Pérklwk fut presque un succès.
M. Duvernet est l'adroit acteur et le musicien
expérimenté que j'avais deviné en lui dès l'abord.
MM. Coumont, Ranté, Milbert et Roussel sont
bien à leur place et constituent, pour le côté des
hommes, un ensemble cohérent, un tout homogène.
Du côté des femmes, M""^^ Pourret et Valdy,
pour leur conscience et leurs efforts, méritent des
éloges.
Pour la troupe de grand opéra, les reprises de
l'Africaine, du Trouvère, et le gros succès de Faust
confirment pleinement mes antérieures apprécia-
tions. MM. Gauthier, Carroul et M°" Kériva-se
disputent les faveurs du public ; M""' Fremeau s'est
tirée fort à son honneur de l'emploi d'Azucéna.
A signaler la reprise de Faust, où M. Pourret
donna, de Méphistophélès, une incarnation ample
et intelligente, comme rarement on en vit en pro-
vince.
Si je mentionne le départ de M"» Lecuyer,
chanteuse légère, de M. Vallobra, basse noble,
enfin la première et dernière apparition de M. Gro-
zel, un de ces astres qui filent, filent et disparais-
sent, j'aurai donné une figure assez exacte du
mouvement musical gantois, en ces quinze derniers
jours.
Le public, semble-t-il. boude un peu notre pre-
mière scène. Les cabrioles et les calembours de
certains mimes, sans doute, l'auront ébloui. Des
gaudrioles et des coups de pied, c'est évi-
demment délicieux! En matière de goûts artis-
tiques, l'humilité et la bassesse sont proches
voisines, et, pour certains esprits, des planches ou
des tréteaux, c'est tout un. L. D. B.
LONDRES. — Aux deux concerts des 8 et
i5 courant, à Saint-James Hall, Hans
Richter a vu se renouveler l'empressement du
public. Salles combles et enthousiastes. Mais aussi
quelle exécution, quel fini dans les moindres traits!
Sous la magistrale direction de l'illustre kapell-
meister, les musiciens de l'orchestre se sont sur-
passés.
Les programmes de ces deux concerts compor-
taient les œuvres suivantes :
Première soirée : Ouverture d'£'!«'ji'ff«ft«,Weber;
Siegfried Idyll; Monologue de Sachs de l'acte III
des Maîtres Chanteurs; Scherzo capriccioso, op. 66, de
Dvorak; Adieux de Wotan, de la Walhyrie ; enfin
la Symphonie en la (op 42) de Beethoven.
Seconde soirée : Ouverture du Hollandais volant;
Symphonie en si mineur de Schubert; L'Invi-
tation à la valse, op. 65, Weber-Berlioz ; Lustspiel
Ouverture de Smetana; Suite pour orchestre, n° i,
op. 46. de Peter Gynt d'E. Grieg; Symphonie
en si bémol, op. 60, de Beethoven.
Peut-on imaginer plus beaux programmes?
Cependant, certains critiques anglais ont trouvé à
y redire. C'est toujours le même Hans Richter,
c'est sa même phalange, c'est surtout son même
programme, disent-ils, et, de cet ensemble, à notre
avis irréprochable, est née pour eux la monotonie.
Combien notre confrère et ami F. Remo, dans ses
notes : la Musique au pays des brouillards, a raison,
lorsqu'il dit : « L'Anglais n'aime pas, mais subit 1^
musique ». Il aurait peut-être pu ajouter : en pre-
mière audition seulement.
M. David Bispham, pas plus dans le monologue
de Sachs que dans le récit de Wotan, n'a pu bien «
émouvoir l'auditoire.
Les ovations n'en ont pas moins été nombreuses
en l'honneur de Richter, qui a depuis longtemps
acquis droit de cité à Londres.
La saison d'automne des concerts Richter s'est
terminée, samedi dernier. Outre l'ouverture des
Maîtres Chanteurs, il comportait les fameuses Va-
riations pour orchestre, de Brahms, sur un thème
de Haydn, Choral de Saint- Antoine, le finale du
premier acte de Siegfried, enfin la neuvième sym-
phonie avec chœurs de Beethoven.
M. Edward Lloyd est maître d'une jolie voix
aux tonalités chaudes, d'un timbre irréprochable,
qu'il a su mettre à profit dans les récitatifs deii
Siegfried ; mais il se trouvait mal secondé par un 1
Mime, M. W. Nicholl, qui avait peine à se faire
entendre. A la place que nous occupions, son
chant se trouvait étouffé par la masse orchestrale.
C'est à M"^ Antoinette Trebelli, M"" Clara
Poole, M. Edward Lloyd, M. Watkins Mills,
qu'étaient confiés les soli dans la neuvième
symphonie. Composée naguère pour la London
Symphonie Society et payée par elle 5o livres
sterling, cette œuvre a été exécutée à la perfec-
tion et a valu à Richter de nombreuses ovations.
Prochainement, le premier concert dirigé ici pa:
Siegfried Wagner. Il conduira deux compositions
de son grand-père Fr. Liszt, l'ouverture de Tarn
LE GUIDE MUSICAL
841
hmtser, Siegfried Idyll, le prélude et le finale de
Tristan, ce dernier chanté par M™" Marie Brema,
qui dira également deux lieder de Wagner, Tfàuinc
et Schmerzen, enfin l'ouverture du Vaisseau Fantôme.
Jeudi dernier, une foule énorme se pressait au
Queens' Hall; il s'agissait de l'exécution de la
Création, toujours jeune, de Haj'dn. La Choral
Society n'en est ni à son premier concert, ni
à son dernier succès. Elle compte quatre
cents membres triés et capables. Les voix sont
fraîches et travaillées par un chef qui s'y entend,
M. W. Carter. On pourrait cependant reprocher
à une partie de ces chanteurs une certaine non-
chalance qui se trahit pendant l'exécution. A. L.
^^
PRAGUE. — Théâtre national tchèque, B««-
venuto Cellini d'Hector Berlioz. — Le lo oc-
tobre, notre théâtre national a donné, pour la pre-
mière fois, le Benvenuto Cellini de Berlioz, représenté
à Paris déjà en i838. Mais, à cette époque, le
grand maître français ne pouvait être compris. Il
lallut que Liszt, à Weimar, et Bulow, à Hanovre,
eussent monté cette partition, pour que l'on s'avisât
qu'elle n'était pas seulement une compilation
d'harmonies et de mélodies, qu'elle renfermait
aussi une abondance de traits caractéristiques que
la musique ne connaissait pas auparavant. Berlioz,
il est vrai, n'est pas un compositeur d'opéra,
aii sens propre, mais quelle supériorité partout
dans son orchestre et particulièrement dans l'ou-
verture. A ce point de vue, le second et le troisième
actes valent mieux que le premier, qui est plutôt
vocal. Nos chanteurs ont fait tous leurs efforts
pour rendre avec tout le respect voulu l'ouvrage
du grand maître, et le directeur, M. Subert, n'a
rien négligé pour en augmenter l'effet. Benvenuto
Cellini était représenté par M. Lasek, un chanteur
doué d'une très grande voix ; les autres rôles
étaient aussi tenus par nos meilleurs artistes :
MM. Polak (Giacomo Balducci), Krôssing (Féra-
mosca), Siehr (Pompeo) et Kliment (Salviati);
M"" Weiss-Cavalar, en particulier, a joué Ascanio
d'une manière tout à fait charmante, et M"" Sitt-
Petzold (Thérèse) lui a donné la réplique très heu-
reusement. L'orchestre, sous la direction de
M. Cech, s'est tiré de sa tâche avec intelligence,
et il a montré une grande bravoure dans l'ouver-
ture du Carnaval romain, intercalée entre le second
et le troisième acte. Victor Joss.
NOUVEI.LES DIVERSES
Dès à présent, le Théâtre Royal de Munich
aniionce qu'il donnera, aux mois d'août et sep-
tembre de l'année prochaine, tous les opéras de
Wagner dans leur ordre chronologique, excepté
Parsifal, réservé par M"^ Cosima Wagner au seul
théâtre de Bayreuth.
Il y aura deux séries de douze représentations
chacune. Voici l'ordre des spectacles : les Fées,
la Novice de Païenne, Riemi, le Vaisseau Fantôme,
Tannhduser, Lohengrin, VOr du Rhin, la Walkyrie,
Siegfried, le Crépuscule des Dieux, Tristan et Iseult
et les Maitres-Chanteurs .
Le seul intérêt de cette série, c'est la représen-
tation de la Novice de Palerme qui, depuis l'unique
représentation qui eut lieu naguère à Magdebourg,
sous la direction de Wagner même, n'a plus été
représentée.
La Novice de Palerme est antérieure, on le ;sait,
aux Fées. On se rappelle que Wagner a lui-même
raconté très plaisamment l'unique représentation
de cette œuvre de jeunesse.
M. Camille Benoit a naguère traduit pour le
Guide Musical cet amusant récit qu'on retrouve dans
le volume qu'il a publié sous le titre de Richard
Wagner : Souvenirs.
Imprudente, la petite note ironique que voici,
coupée dans le Ménestrel de dimanche dernier :
« Il est question de modifier, ou plutôt d'aug-
menter d'un mot l'inscription qui est actuellement
au frontispice de notre Opéra : Académie nationale
de musique. On y ajouterait simplement le mot
« étrangère », ce qui ferait : Académie nationale
de musique étrangère. Comme on y joue trois fois
par semaine Othello, et que les autres jours seront
vraisemblablement réservés à Lohengrin, à la Wal-
kyrie ou à la reprise (ÏAïda qu'on prépare en toute
hâte, en attendant les représentations de Tristan et
Isèillt, il faut convenir que la nouvelle appellation
donnerait une idée plus exacte de la destination
nouvelle de notre premier établissement lyrique.
On dirigerait les ouvrages des compositeurs
français vers les Institutions des jeunes aveugles
ou des sourds muets. »
Le fait est que des oeuvres comme Thaïs et le
Mage (Heugel, éditeur), seraient très bien à leur
placé dans ces refuges; si elles ont disparu du
répertoire de l'Opéra, c'est qu'elles n'j' avaient
obtenu aucun succès. Nous comprenons que le
Ménestrel en soit attristé, mais il ne peut vraiment
pas vouloir qu'on les impose au public, pour
l'unique satisfaction de M. Heugel. C'est égal, il
n'a pas eu de chance avec ses grands opéras !
'Depuis Françoise de RUnini, quelle suite de fours!
M. Jules Lecocq, l'excellent chef d'orchestre,
des concerts de l'Association artistique de Mar-
seille et du Casino de Spa, nous annonce qu'il va
faire exécuter prochainement, pour la première
fois, à Marseille, la Mer de Paul Gilson, et les
Scènes rustiques (suite d'orchestre) de Louis Van
Dam, deux Belges.
Viendront ensuite un concert exclusivement
d'œuvres russes, une reprise d'Orphée de Gluck et
l'Enchantement du Vendredi-Saint de Parsifal.
Voilà qui est faire d'excellente besogne.
Au prochain Concert symphonique à Utrecht,
M. Hutschenruyter fera exécuter une nouvelle
Suite pour orchestre, Waldscenen, et trois esquisses
caractéristiques, Im Garten, Ein Mdhrchen et Gno •
mentanz, de notre distingué correspondant néer-
landais, M. Edouard de Hartog.
842
LE GUIDE MUSICAL
Est décédée :
A Wurzbourg, le i6 octobre, à l'âge de soixante-
six ans, M™* Jachmann- Wagner, nièce du maitre
de Bayreuth, célèbre artiste lyrique et comé-
dienne qui, de 1840 à 1862, occupa avec éclat les
rôles de première forte chanteuse à l'Opéra de
Dresde, puis à l'Opéra de Berlin et qui fut la
créatrice du rôle d'Elisabeth du Tannlwuscr, en
1843, à Dresde. Elle fut aussi la première Ortrude
lorsque Lohengrin fut joué pour la première fois à
Berlin, et elle y créa le rôle de Fidès du Prophèfe
de Meyerbeer. Douée d'une voix remarquable par
sa puissance, elle dut le meilleur de ses succès à
l'énergie de sa diction et au caractère de son jeu.
Lorsqu'en 1862 elle dut se retirer de la scène lyri-
que, elle n'en continua pas moins d'appartenir au
théâtre : pendant dix années eijcore, elle fit
figure dans les drames classiques au Schauspiel-
haus de Berlin, et excella dans les grands rôles
tragiques, tels que Clytemnestre, Anligone, Lady
Macbeth. Elle avait pris sa retraite en 1872 dans
le rôle d'Antigone. Depuis, elle ne reparut plus à
la scène qu'une seule fois : en 1876, à Bayreuth, où
elle consentit à se charger du rôle de Waltraute
dans Y Anneau du Nihelung. Johanna Wagner, qui
avait épousé M. Jachmann, artiste estimé et régis-
seur du Schauspiehaus, de Berlin, était la fille
d'Albert Wagner, le Irère de Richard Wagner, qui
fut régisseur aux opéras de Wurzburg, de Hano-
vre et de Berlin.
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LE GUIDE MUSICAL
843
Berlin
Opéra. — Du 21 au 29 octobre : Le Prophète, deu-
xième Concert de la Chapelle royale. Haensel et Gre-
tel. Les Saisons. Tristan et Isolde. Le petit Haydn.
. Haensel et Gretel. Tannhaeuser. Don Juan, Le petit
. Haydn et Ha2nsel et Gretel.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 21 au 29 octobre :
Aïda. Romèo et Juliette Relâche. Mireille et Farfalla.
Sam^n et Dalila. Relâche. Samson et Dalila.LaTra-
viata. Samson et Dalila.
A l'étude : le Barbier de Séville. La Navarraise. Les
Noces de Jeannette. Philémon et Baucis et l'Enfance
de Roland .
Galeries. — Miss Dollar.
Alcazar royal. — Bruxelles sans-gène.
CoNCERTs-ScHOTT. — Jeudi 8 novembre, à 8 heures du
soir, séance du Quatuor à archets de Francfort, com-
posé de MM. Hugo Heermann (premier violon) ;
F. Bassermann (deuxième violon) ; Koning (alto) ; Hugo
Becker (violoncelle). Programme : Quatuor, op 5i,
n» 2, la mineur (J. Brahms); Sonate pour violoncelle
solo, M. H.ugo Becker (Locatelli); Adagio, mi majeur
(Mozart) ; Deux danses hongroises, M. Hugo Heer-
mann (Brahms Joachim) ; Quatuor, op. 59, n" 2, mi
mineur (Beethoven) .
Dresde
Opéra — Du 22 octobre au 28 : Le Czar et le Char-
pentier. Les Noces de Figaro. Le Trompette de Saek-
kingen. Sinfonie-Concert (Eugène d'Albert). Fidelio.
Le Preneur de rats.
Munich
Du 21 au 28 octobre : Obéron. Tannhaeuser. Gwendo-
line Haensel et Gretel. Bajorra. Cavalleria rusticana.
Marseille
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M. Jules Lecocq. Programme du concert du î8 octo-
bre : Ouverture d'Athalie (Mendeissohn ; Symphonie
. en il bémol, n" i (Schumann; Ouverture des Maîtres
" Chanteurs (Wagneri; Adagio du 44'' quatuor(Haydn);
Gavotte en rouleau (Lully); Kermesse flamande,
extraite du ballet Milenka (Jan Blockx).
Paris
Opéra —Du 23 au 3q octobre : Othello. Faust. Othello.
OpÉRA-CoMiQUE. — Du 23 au 3o octobre : Manon.
Carmen. Falstaff. Mignon.
Concerts-Colonne. — Dimanche 28 octobre, à 2 h. 1/4
très précises, avec le concours de M. Sarasate. Pre-
mière partie : Symphonie en at mineur, n" 5 (Beetho-
ven); Premier concerto pour violon, M. Sarasate
(Max Bruch): Scènes alsaciennes, septième suite
d'orchestre (Massenet).
Deuxième partie ; Impressions d'Italie (G Charpentier);
Fantaisie norvégienne pour violon, première audition,
M. Sarasate (Ed. Lalo) ; Samson et Dalila (C. Saint-
Saëns).
Concerts-Lamoureux. — Dimanche 28 octobre, à
2 h. 1/2 Symphonie en til mineur, n"" 4X (Mozart) ;
Ouverture de Sapho (Goldmark); Pallas-Athèné,
hymne chanté par M"" L. Bréval, de l'Opéra
(C. Saint Saëns); Ouverture des Maîtres Chanteurs
(Wagner); Air dObéron. chanté par M"" L. Bréval
(Weber) ; Chevauchée des 'Walkyries (Wagner).
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(ballet). Crépuscule des Dieux. Manon. Autour de
Vienne. I Pagliacçi et la Noce chez le coiffeur. Car-
men. L'Africaine.
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réduction à quatre mains ....... 4 —
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mezzo 5 )i
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duetto, deuxfemmes. Net 2 «
— N» 8, Rom. de Pauline,
contralto .... Net i 5o
Pour paraître prochainement :
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intime, paroles françaises
de M. C. Delines, d'après :
A. Pouchkine. . . Net 20 «
Marietti. Réponse à la Pro-
mise, chansonnette . . . 3 >i
Petit format i »
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Chabrier, Em. Marche des
Cypages
Hitz, F. Op. i38. L'oiseau-
mouche, caprice. ... 5
Lavlgnae, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lejiepveu, avec par-
tie d'harmonium adlib. Net 2
Missier, B. T. Chanson
Suisse Net 5
— Chanson Havanaise » 5
— » Napolitaine » 5
Thuillier, E. Fête Alsa-
cienne 5
Vincent, Aug, Op. 64.
Scherzo 5
— Op. 65. Gavotte ... 5
'- Op. 66. Valse Espagnole . 6
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Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Lenepveu, avec harmo-
nium adlib. . . . Net 3 »
Thomé, F. Marche triom-
l'hale d'Aug.Vincent, op.44 10 »
DEUX PIANOS A 4 MAINS
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec har-
monium adlib . . . Net 4 »
Thomé, F. Marche triom-
phale d'Aug. Vincent, op. 44 12 »
MUSIQUE DE DANSE
Dessaux, Louis. Quatre
danses faciles ;
No I. Quadrille. . . . 5 »
No 2. Valse 3 »
No 3. Polka 3 »
N» 4. Polka-Mazurka . . 3 »
GRAND ORGUE
Salomé, Tti. Op. 21. Trois
Canons
— Op. 25. Première grande
sonate
VIOLON ET PIANO
Danbé, Jules. Op. 3o, n» 4.
Petite Valse 5 »
— Op. 21, no 4. Canzonetta . 6 »
MUSIQUE MILITAIRE
■Wittmann. Amour et prin-
temps, harmonie ou fan-
fare. . . . . . Net 3 n
— Placet,PatinS'etfourrières.
Polka-Mazurka, harmonie
ou fanfare . . .' . Net 2 »
Prix
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Boléro, harmonie ou fan-
fare Net 4 »
— Le même pour orchestre
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ŒUVRES DE P. TSCHAIKOWSKY
Cent vingt morceaux de piano.
Trois concertos, piano et orchestre.
Cent mélodies, chant et piano.
Six duos à deux voix.
Trois quatuors à cordes.
Trio pour piano, violon et violon-
celle.
Quatre poèmes symphoniques .
Cinq suites d'orchestre.
Six symphonies à grand orchestre.
Trois ballets : le Lac des Cygnes, la
Belle au bois dormant, le Casse-
noisette.
Neuf opéras : le Caprice d'Oksàne,
Snegourotschka ou la Fille de
Neige, Vakoula le Forgeron, Oné-
guine, la Dame de pique, Jeanne
d'Arc, Mazeppa, la Tscharodeïka,
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Bernard, E. Op. 8. La Captivité de
Babylone
Bourgault-Duooudray. Op. 5.
Stabat Mater.
Lefeb-vre, Ch. Judith. — Eloa.
Lenepveu, Cti. Jeanne d'Arc.
Maréchal, H. Le Miracle de
— Naîm. La Nativité.
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TROIS CONCERTS CLASSIQUES
ORGANISÉS PAR
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MM NareL Koning (altj)
Hugo Becker (violoncelle)
heures du soir, avec le concours de
Ces Séances Musicales, au nombre de trois, se donneront, comme de coutume, dans la Salle de la Société
Royale « La Grande- Harmonie n, rue de la Madeleine, aux dates suivantes :
PREMIERE SÉANCE, jeudi, 8 novembre 1894, à 8 heures dj soir, avec le concours du célèbre
Quatuor à archets de Francfort, composé de
MM. Hugo Heermann (violon I| i
F. Bassermann (violon II) I
DEUXIÈME SÉANCE, samedi, 24 novembre, à
M"'' Clotilde Kleeberg, pianiste,
et du trio vocal des Dames hollandaises
(Annette de Jong, Anna Corver et Marie Snyders).
TROISIÈME SÉANCE, samedi, i5 décembre, à S heures du soir, avec le concours de
MM. Eug. d'Albert, pianiste et
Ed. Jacobs, violoncelliste, professeur au Conservatoire royal.
Les souscriptions aux trois Concerts seront reçues dès ce jour dans nos Magasins, Montagne de la
Cour, 82, aux conditions suivantes :
Prix des places pour l'abonnement des trois Concerts :
Places numérotées (nef centrale). . . fr. 18 — 1 Places non numérotées (fond de la salle).
Galeries numérotées et estrade . . . » 18 — I Galeries de côté (non numérotées)
Prix des places pour chaque Concert :
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concert 3 —
GALEOTTI (C.) Op 89. Hallucination. ... i 65
HUE (G.) Sérénade (jouée au 2" acte des Roma-
nesques) in
RATEZ (E.) Op. 27. Sept canons à tous les inter-
valles. ... 2 —
MUSIQUE INSTRUMENTALE
DALLIER (H.) Messe nuptiale, six pièces pour
orgue-harmonium 2 —
SALOMÉ (Th.) Douze pièces pour grand orgue . 8 —
SCHVARTZ (E.) Aubade, trio pour piano, violon
et violoncelle . 2 5o
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Galop, mélodie 2 —
— Rondel, mélodie 1 35
LEROUX (X ) A un Enfant, mélodie .... i —
— Chrysanthème, mélodie .... i 65
— Sérénade i 35
MISSA (Ed.) Le Marchand de sable, petit chœur
à une ou deux voix {ad lih.) .
Le même, sans accomp' (f in-8")
— Les Petits Loups, petit chœur à une
ou deux voix {ad lib.)
Le même, sans accomp' (f* in-80)
VIDAL (P.) Lou Metjoun (Le Midi), chœur à
quatre voix d'hommes. La partition 2 5o
Les parties de voix en partition . . » 5o
I 25
» 25
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constatés dans
QUELQUES EXÉCUTIONS MUSICALES
EN FRANCE ET EN ALLEMAGNE
( Suite) . — Voir le no 44
(Reproduction interdite)
Examinons maintenant pourquoi, même
dans cette limite raisonnable, le métronome
n'a point donné à Beethoven et à Wagner
la satisfaction qu'ils en avaient 'attendue
d'abord.
On sait que Beethoven portait sur les
mouvements d'exécution une attention toute
spéciale. Lorsqu'un de ses ouvrages venait
d'être exécuté, sa première question était ;
Comment a-t-on pris les mouvements? Le
reste lui semblait de peu d'importance.
Aussi n'est-on pas surpris des apprécia-
tions hautement favorables à l'usage du
métronome, conservées dans sa lettre à
Ignace de Mozel (i) :
« Je me réjouis cordialement de vous voir
partager mes vues relativement aux termes
de musique, qui sont encore dans un état
barbare. Y a-t-il quelque chose de plus con-
traire à la raison que le terme allegro, qui
veut dire gaiement, lorsque souvent un
morceau portant cette indication renferme
des passages qui expriment le contraire?...
(i) A. SCHINDLEK, Hisloiy
tien A. Sowinsky), p. 337.
de Ui vie et (h: Vieitvve (traJuc-
Les paroles (désignant le caractère du
morceau) ne peuvent être jetées légèrement
sans un grave préjudice pour l'esprit et
pour la nature du morceau, attendu que
la mesure est à la musique ce que l'àme
est au corps. Ce qui me passe et ce à quoi
je pense souvent, ce sont ces absurdes
dénominations : allegro, andante, adagio,
presto. Le métronome de Maelzel en fait
justice; aussi je vous donne ma parole que
je ne les emploierai plus dans mes com-
positions Arriverons-nous, par là, à
généraliser le métronome, dont l'usage est
si commode et si nécessaire? Je le crois
à peine! On ne manquera pas de nous
dénoncer comme tyrans! Je crois donc
que ce sera pour le mieux (surtout pour
notre pays, où la musique est un besoin
national) qu'on exige que chaque maître de
musique ait un métronome, même dans les
écoles de village »
Voilà, certes, une profession de foi caté-
gorique ! Elle est d'autant plus significative
qu'elle suivait le long désaccord et le pro-
cès survenus entre le Maître et l'inventeur
du métronome. Mais on lui oppose l'apos-
trophe que Beethoven lança plus tard :
« Pas de métronome ! Celui qui a un sen-
timent juste n'en a pas besoin; quant à celui
qui en est dépourvu, le métronome ne lui
sera d'aucune utilité, il s'enfuit tout de
même avec tout l'orchestre! » A.-B. Marx
estime que cette seconde opinion est la
plus digne de confiance, sans se préoccuper
d'ailleurs de la concilier avec la précé-
dente.
Cependant la contradiction est plus appa-
rente que réelle et les renseignements
mêmes rapportés par Schindler suffisent à
l'expliquer facilement. Il y a eu, en effet,
deux modèles difi"érents du métronome de
Mœlzel : l'un datant de i8i3, gradué de 5o à
100 divisions; l'autre de 1820, gradué de
852
LE GUIDE MUSICAL
40 à 208. C'est d'après le premier modèle
que Beethoven marqua les mouvements
de ses symphonies. Mais les valeurs numé-
riques d'un même mouvement étant diffé-
rentes sur les deux modèles, les chiffres
des premières indications devenaient inuti-
lisables avec le second instrument. Il en
est résulté une confusion presque inextri-
cable dans la métronomie chiff"rée des
œuvres de Beethoven. Moschelès et Czern}',
souvent chargés de marquer les mouve-
ments au métronome dans les diff'érentes
éditions, donnèrent des chiffres tout à fait
discordants. C'est, dit Schindier, une véri-
table tour de Babel. On comprend aisément
que Beethoven, témoin et même victime de
pareilles confusions, ait abandonné peu à
peu l'usage du métronome, et qu'à propos
de la Neuvième Symphonie il ait lancé
contre cet instrument l'apostrophe citée
plus haut. Son usage n'était possible que
si l'on pouvait compter sur l'uniformité et
la permanence de ses indications ; or, au
lieu d'un modèle unique, on en trouvait
deux fort différents, auxquels venaient se
joindre, dans tous les pays, de nombreuses
contrefaçons (i).
Beethoven a donc bien plutôt condamné,
et à juste titre, la confusion des métro-
nomes que le principe même du métronome.
Quoi qu'il en soit, nous retiendrons que le
Maître voyait dans la mesure rame même
de la musique, et dans l'exactitude des mou-
vements généraux l'élément capital d'une
bonne exécution.
Les idées de Wagner sur ce point ne
sont pas moins nettes; elles s'accordent
pleinement avec celles de Beethoven; il
attachait aussi aux mouvements exacts la
plus -haute importance. Mais ce grand
créateur était doublé d'un théoricien de
premier ordre; il est nécessaire de montrer,
par une courte analyse, quelle place il assi-
gnait aux mouvements dans l'ensemble des
moyens expressifs. Aussi bien, c'est dans
(i) Voir les intéressants détails rapportés par Schind-
ier et Moschelès dans The Life of Beethoven, edited by
Ignace Moschelès, London, H, Colburn, 1841.
ses ouvrages que nous avons trouvé le
véritable point de départ et comme l'idée
directrice de nos études (i).
Parlant de la Neuvième Symphonie,
dont il n'avait entendu d'abord que des
exécutions très imparfaites, Wagner relate
l'excellente audition qu'en donna l'orches-
tre du Conservatoire de Paris, en iSSg,
sous la direction de Habeneck. Cette fois,
explique le Maître, l'orchestre avait appris
à discerner ce que d'autres n'avaient pas su
reconnaître : dans chaque mesure, la mélo-
die de Beethoven ; grâce à cette reconnais-
sance du ;«c/o.?, l'orchestre c/m7?/flz7 vraiment
la symphonie. Mais, et c'est là le second
point que Wagner signale comme l'a3'ant
frappé : pour bien chanter la symphonie, il
fallait aussi avoir trouvé partotct le mouve-
ment exact. Inversement, à la suite d'un
travail soutenu, le discernement du melos
avait amené la découverte du mouvement
exact. Ces deux termes : exacte compréhen-
sion du melos, et connaissance du mouvement
exact, sont pour Wagner inséparables :
l'un des deux conditionne l'autre. Pour lui,
le mauvais chef d'orchestre n'entend rien
au mouvement exact, parce qu'il n'entend
rien à la mélodie; réciproquement, le mou-
vement exact permet presque à lui seul au
bon musicien de trouver l'exécution exacte
avec l'étude détaillée de l'œuvre.
Aussi, pour indiquer en abrégé tout ce
qui, dans l'exécution exacte, dépend du
chef d'orchestre, Wagner se sert-il de cette
simple formule : donner toujours le mouve-
ment exact. Car, dit-il, le choix et la défini-
tion du mouvement nous font reconnaître
aussitôt si le chef d'orchestre a compris ou
n'a pas compris le morceau (2). C'est donc
bien, comme Beethoven, la première place
que Wagner assigne aux mouvements
exacts parmi les moyens d'exécution ; il
éclaire singulièrement la question en mon-
(i) GesammeUe Schriften uni Dichtungen, tome VIII : Ueber
das Dirigiren.
(2) Cf. Màttheson, Der volltommeiie Capellmeister (Ham-
burg, 1739), Ile partie, chapitre 7 (Vo7t der Zeit-maasse),
et sa citation de Jean Rousseau : « Les mouvements
différents sont le pur esprit de la musique, quand on y
sait bien entrer. »
LÉ ntriDE MUSICAL
853
trant que, par ces mouvements exacts, et
par eux seuls, on peut reconnaître et expri-
mer les idées essentielles, le melos.
On pensera peut-être qu'attachant avec
tant de raison une si haute importance aux
mouvements exacts, prenant, comme on le
sait, tant de soins pour en donner la tradi-
tion à ses interprètes, Wagner aurait dû
munir toutes ses partitions d'indications
métronomiques précises. Il n'en est pas
ainsi pourtant. Etait-il donc indifférent aux
mauvaises exécutions de ses œuvres? Nul-
lement; faire durer le Rheingold trois
heures, au lieu de deux heures et demie, ou
l'ouverture de Tanuhœuser vingt minutes
au lieu de douze, étaient de lourdes fautes
d'interprétation qu'il relevait avec une
•juste sévérité [Ueber das Dirigiren). Mais il
prend soin de nous expliquer, dans le même
opuscule, les motifs, ou plutôt l'unique
motif pour lequel il n'a pas cru devoir se
servir du métronome. Ses premières œuvres
données aux théâtres étaient pourvues
d'indications métronomiques. Cependant,
au lieu de constater entre les mouvements
d'exécution et les mouvements prescrits la
conformité rigoureuse qu'il avait espérée,
Wagner releva d'importants écarts ; malgré
les chiffres, on prenait parfois des mouve-
ments ridicules, et l'on se défendait inva-
riablement contre ses récriminations en
prétendant avoir suivi les indications mé-
tronomiques le plus consciencieusement
du monde. Je reconnus ainsi, dit le Maître,
combien est peu sûr l'emploi des mathéma-
tiques dans la musique, et depuis lors, non
seulement je supprimai le métronome, mais
je me bornai même à indiquer le mouve-
ment principal par des désignations très
générales; j'appliquai exclusivement mes
soins aux modifications de ce mouvement,
auxquelles nos chefs d'orchestre n'enten-
dent pour ainsi dire rien.
Cela revient à dire que Wagner s'est fait
un peu une métronomie spéciale : en effet,
ses partitions sont remplies d'indications
de ce genre : Ji = J., J = J J J, etc. Si Wag-
ner ne donne point de chiffres absolus pour
chaque mouvement pris en lui-même, il
indique ainsi avec une précision rare les
rapports numériques entre les mouvements
consécutifs. Nous aurons à revenir sur ce
point.
Le métronome n'était pas responsable
des erreurs relevées par Wagner. On peut
admettre qu'il a accueilli avec trop de
complaisance l'excuse de ses infidèles
interprètes, et rejeté sur l'emploi des ma-
thématiques, qui n'en peuvent mais, les
erreurs dues exclusivement à la négligence
ou à l'incapacité. Est-il admissible, par
exemple, qu'un chef d'orchestre conscien-
cieux prenne à J = 3o un andante marqué
J = 5o, ou à J = 48 un allegro marqué
J ^ 80? Evidemment non; et ce sont là
pourtant les énormes écarts dont, en
moyenne, se rendait coupable le chef incri-
miné, pour que la durée de l'ouverture de
Tanuhœuser s'étendît de douze à vingt mi-
nutes. Ce ne sont ni les mathématiques, ni
le métronome qui sont peu sûrs ; le vrai
coupable est le chef d'orchestre, et les
mesurages les plus rudimentaires pendant
l'exécution suffiraient à constater son fla-
grant délit.
Nous n'avons pas à insister sur ce point,
car le but de notre travail n'est pas de dis-
cuter les avantages que le compositeur
peut trouver à mettre sur sa partition des
indications chiffrées plus ou moins nom-
breuses, ni l'influence plus ou moins heu-
reuse que celles-ci exerceront sur la cor-
recte interprétation de l'œuvre. Il nous
suffit, quant à présent, d'avoir rappelé : que
l'exactitude scrupuleuse des mouvements,
chiffrés ou non par l'auteur, pris par les
interprètes dans la tradition ou découverts
grâce à l'étude personnelle, est la condition
primordiale, indispensable à la traduction
de l'œuvre musicale ; que cela résulte de la
nature même de ses éléments constitutifs
dont les proportions ne souffrent ni ampli-
fication ni réduction ; et qu'enfin le témoi-
gnage de maîtres incontestés comme Bee-
thoven et Wagner prouve combien il- est
important d'atteindre dans la pratique
cette exactitude scrupuleuse.
Nous ne nous occuperons guère, dans ce
qui va suivre, des œuvres pour lesquelles
l'auteur a donné lui-même, sans erreurs, la
métronomie chiffrée des principaux mou-
854
LE GUIDE MUSICAL
vements. Sans erreurs, disons-nous ; car il
est arrivé que des compositeurs ont inexac-
tement chiffré, faute de repérer correcte-
ment au métronome l'allure répondant à
leurs intentions réelles ; il n'est pas sans
exemple non plus que la fantaisie des édi-
teurs ait marqué sur la partition les chiffres
les plus invraisemblables. Si nous écartons
les œuvres métronomisées sans erreurs,
c'est que Tétude comparative de leurs
exécutions ne servirait qu'à constater le
plus ou moins d'écart entre les allures réa-
lisées et les allures prescrites; elle serait
utile sans doute pour la critique de chaque
exécution en particulier, mais elle n'ap-
prendrait rien qu'on ne sût déjà sur les
intentions de l'auteur; le problème de l'in-
terprétation métronomique serait réduit à
sa plus simple et à sa moins intéressante
expression.
Il en est tout autrement pour les œuvres
dont la métronomie chiffrée n'a pas été
donnée par l'auteur. Tout semble livré à
l'arbitraire ; on n'a pour se guider que des
traditions plus ou moins vagues, parfois
discordantes, et l'examen de l'œuvre elle-
même où le sentiment individuel, bon ou
mauvais, pourra se donner librement car-
rière. Le problème devient complexe et
intéressant ; comment sera-t-il résolu dans
la pratique ? Comment comparera-t-on les
solutions et distinguera-t-on la valeur rela-
tive de chacune d'elles ?
Evidemment, a dit Reicha, il y a une
manière d'exécuter qui, si elle était connue
des musiciens, exclurait toute autre exécu-
tion (i). Mais cette manière ne sera proba-
blement jamais susceptible d'être fixée par
des signes, ni contrôlée par des moyens
rigoureux. Trop d'éléments divers influent
sur l'exécution : variations d'intensité des
sons, nuances expressives de toute sorte
pour chaque voix et chaque instrument
isolé, importance respective des divers
groupes sonores à chaque instant, etc. ;
enfin les mouvements. A part ceux-ci, tous
ces éléments sont difficilement mesurables ;
aussi, quoique facteurs essentiels de l'ex-
pression, échappent-ils souvent à l'analyse ;
(i) Epigraphe du Traité
Mathis Lussy.
l'Expression musicale, par
la critique exercée sur eux paraît générale-
ment pauvre et arbitraire, parce qu'elle
n'est pas et ne peut pas être documentée.
Ou discutera, par exemple, longuement les
mérites comparatifs de deux orchestres au
point de vue de l'exécution des nuances et
du bon équilibre des groupes d'instruments ;
la supériorité de chacun d'eux trouvera ses
défenseurs; mais ceux-ci donneront des
impressions et non des preuves ; etl'on sera
fort embarrassé pour choisir entre de pures
affirmations contradictoires dont l'exacti-
tude est invérifiable et l'impartialité parfois
suspecte.
Si les mouvements ne sont qu'un élément
dans l'ensemble de l'exécution, ils sont du
moins le plus important, puisqu'ils consti-
tuent un véritable critérium de la com-
préhension de l'œuvre et qu'ils en condi-
tionnent l'expression; ils sont, de plus, faci-
lement mesurables dans la plupart des. cas.
C'est ce qui nous a conduits à rechercher
comment on observe les mouvements dans
les exécutions, bien qu'ils ne soient que le
signe partiel d'une bonne interprétation.
Après les avoir recueillis pendant l'audi-
tion, et rapportés au métronome, nous
étudions s'ils sont on non conformes aux
indications générales fournies par le com-
positeur, et nous discutons les résultats
ainsi obtenus.
Mais on a fait à cette méthode l'objection
suivante : Oui, il faut admettre avec Wagner
que les mouvements exacts conditionnent
et caractérisent la bonne exécution ; il est
certain que, sans rien savoir à priori de la
métronomie voulue par l'auteur, l'auditeur,
le musicien, le critique peuvent quelquefois
reconnaître que les mouvements généraux
et même locaux sont mauvais à l'exécution.
Sans doute, il existe théoriquement pour
toute œuvre un ensemble d'allures meilleu-
res que les autres et sur lesquelles on
devrait se régler pour diriger ou critiquer
chaque interprétation. Mais cet idéal ma-
thématique, vous ne le connaissez pas, car
l'auteur ne l'a fixé ni dans ses détails infinis,
ni même souvent dans ses grandes lignes.
Vous serez donc dans vos constatations,
quelque précises et documentées qu'elles
soient, sans guide et sans boussole; votre
LE GUIDE MUSICAL
855
accumulation de relevés chiffrés, loin de
rien éclaircir, ne sera qu'un chaos obscur
et discordant. Est-ce que le sentiment
variable et quotidien des mêmes interprètes,
dans les exécutions successives d'une
même œuvre, et à fortiori d'interprètes
différents, n'exercera pas sur les allures
générales ou locales une influence person-
nelle prépondérante? Est-ce que les mou-
vements ne pourront pas être notablement
divergents dans deux exécutions produi-
sant des impressions esthétiques également
bonnes?
Si cette grave objection est fondée, il
devient évident que les constatations chro-
nométriques les plus précises ne serviront
pas à grand'chose; car le but, l'impression
esthétique, étant également atteint, qu'im-
porte la différence des moyens? Mais alors
il faudrait donc admettre que les mouve-
ments ne conditionnent pas la bonne
exécution, et qu'il y a une inconciliable con-
tradiction entre des principes théoriques
qui s'imposent impérieusement à l'esprit et
des faits qui les démentent.
C'est l'observation, l'observation seule,
qui peut trancher la question. Considérons
un assez grand nombre d'exécutions des
mêmes œuvres, en des temps, en des lieux
et par des interprètes divers ; notons, à
l'aide d'appareils précis, les mouvements
métronomiques de chacune d'elles. Puis,
classons dans un premier groupe celles qui
nous ont paru confuses, peu conformes au
caractère de l'œuvre, en un mot défec-
tueuses ; et dans un second groupe, celles
qui, nous ayant causé les impressions les
plus vives et les plus claires, nous ont paru
bonnes. Interrogeons enfin les chiffres
représentant les allures générales et locales
dans les deux groupes. Voici ce que cette
expérience nous apprendra dans l'immense
majorité des cas : les mouvements des exé-
cutions du premier groupe, que d'instinct
nous jugions mauvaises, sont variables et
bizarrement discordants de l'une à l'autre;
ceux du second groupe, au contraire,
malgré la différence des époques, des lieux
et des interprètes, restent d'une fixité
souvent surprenante. Sans doute, c'est le
sentiment du chef et des exécutants qui,
en fait, inspire l'allure, qui règle à chaque
instant ses altérations et ses flexions expres-
sives ; mais toutes les fois que l'œuvre est
bien rendue, il semblerait qu'un invisible
métronome, souple autant que précis, et
toujours d'accord avec lui-même, commande
les mouvements point par point.
Tel est le fait qui se dégage avec la
netteté la plus saisissante de nos nombreux
mesurages. Ici l'expérience se joint à la
théorie pour affirmer avec Wagner que les
mouvements exacts conditionnent la bonne
exécution. Il est donc bien vrai de dire
qu'à de rares exceptions près, la constata-
tion détaillée des mouvements permet
d'apprécier la manière dont le chef d'or-
chestre entend sa partition, le soin avec
lequel il l'a étudiée, le degré d'assimilation
qu'il a atteint, l'efficacité et la fixité de
l'action qu'il exerce sur ses collaborateurs.
Mais, dira-t-on encore, n'est-il pas inu-
tile d'introduire dans nos salles de concert
ou de théâtre des appareils de précision
pour enregistrer mesure par mesure, et en
chifiVes, les mouvements suivis? L'auditeur
ne peut-il pas discerner les allures, an sen-
tiineut, les observer ou les comparer sans
cet encombrant attirail de chronomètres
et de métronomes? Nous n'hésitons pas à
répondre négativement. Il est certain qu'un
auditeur exercé reconnaîtra par l'oreille
seule l'imperfection notable des mouve-
ments; mais cette appréciation, peut-être
juste dans l'ensemble, sera vague, sinon
erronée dans le détail, si elle n'est pas
accompagnée de mesurages convenables.
Diverses défectuosités contribuant à l'effet
défavorable d'ensemble, l'auditeur n'aura
les moyens d'indiquer ni la nature exacte
des fautes métronomiques commises, ni
l'importance des modifications à faire pour
les corriger.
Nous donnerons immédiatement un
exemple montrant l'impuissance relative
de l'étude métronomique « au sentiment ».
L'année dernière, le critique musical d'un
journal français comparait les exécutions
de la Walkyrie données au Théâtre- Ro3'al
de Munich, et à l'Opéra de Paris. Il cons-
tatait qu'à Munich, abstraction faite de
l'interprétation individuelle, le premier acte
856
LE GUIDE MUSÏCAl
produisait une impression plus grande, plus
intense, et il attribuait, avec raison, cet effet
à la justesse des mouvements. L'œuvre,
disait-il, est jouée à Munich dans un mou-
vement tout différent du nôtre ; le premier
acte surtout est, d'un bout à l'autre, pris
plus lent, beaucoup plus lent. La critique
était fondée, en ce sens que la plupart des
mouvements suivis à Paris étaient moins
satisfaisants que ceux de Munich. Mais il
résulte de nos mesurages sur quatre repré-
sentations de l'œuvre à Paris et à Munich,
que les durées totales du premier acte dif-
féraient extrêmement peu ; des altérations
métronomiques proportionnées aux diffé-
rences de ces durées auraient été difficile-
ment saisissables à l'oreille. Les durées
totales auraient bien autrement différé si le
premier acte avait été, d'un bout à l'autre,
pris à Munich beaucoup plus lent qu'à Paris.
La vérité est que les mouvements avaient
entre eux de grosses différences, mais tantôt
en plus, tantôt en moins, de telle sorte que
les durées totales restaient néanmoins à
peu près pareilles. D'aussi multiples écarts
ne pouvaient être constatés, ni surtout
rapportés, sans instruments de mesure;
aussi le critique n'avait-il retenu que les
écarts particulièrement choquants et avait-
il ensuite généralisé à tort leur sens et leur
caractère.
Il nous sera permis de conclure des con-
sidérations et de l'exemple précédents, que
si l'on veut chercher dans les mouvements
le critérium (critérium partiel, bien entendu)
d'une bonne exécution, et si l'on veut tirer
de leur étude expérimentale les fruits qu'elle
doit donner, il faut procéder par mesurages
précis et détaillés. Il est impossible de
remplacer ces mesurages par des appré-
ciations « au sentiment » dont le caractère
vague et contestable est le moindre défaut.
Il ne faut pas songer non plus à les suppléer
par les renseignements recueillis auprès
des exécutants et des chefs d'orchestre en
dehors de l'exécution. C'est un fait bien
connu, et dont nous avons rencontré pour
notre part plusieurs exemples, que des
artistes interrogés sur les mouvements
métronomiques des œuvres exécutées ou
dirigées par eux hésitent à répondre, ou
fournissent avec la plus parfaite bonne foi
des chiffres erronés. Et cela s'explique fort
bien ; ils ont pu sans aucun chiffre s'assi-
miler l'œuvre, il la sentent avec la plus
grande netteté, ils sont capables de la dire
et de la redire sans varier d'une unité dans
ses diverses allures : tels ces acteurs de
premier rang qui, ayant étudié minutieuse-
ment leur débit, leurs accents, leurs jeux de
scène, une fois en pleine possession du rôle,
reproduisent sans incertitude et sans écart
l'unique et parfaite interprétation qu'ils ont
réglée. Mais les interprètes de l'œuvre
musicale sont arrivés le plus souvent à un
résultat de même ordre sans se préoccuper
le moins du monde des chiffres du métro-
nome; la justesse, la fixité de ces chiffres
sont, en général, la conséquence et non le
point de départ de leur travail et de raffine-
ment de leur sens musical ; ils rendent
l'allure convenable avec la précision d'un
instrument, mais ils n'ont que faire de la
mesurer pour la suivre. « Vous me demandez
quel est le degré métronomique convenant
à ce morceau de quatuor, nous disait, il y a
quelques années, un éminent violoniste;
mais je ne connais pas ce degré et ne puis
vous le dire. Je sens le morceau, et je le
joue comme je le sens. Je vais jouer ma
partie devant vous ; écoutez-moi et notez
les chiffres qui vous intéressent.» Oserons-
nous ajouter que cet artiste jouant isolé-
ment sa partie ne sentait plus l'œuvre de la
même manière que quand il l'interprétait
en public_avec ses trois coexécutants, et
que les degrés métronomiques recueillis
dans les deux cas différaient notablement?
Discordance étrange, en apparence, facile-
ment explicable cependant. Car le -senti-
ment de l'œuvre dirigeait seul l'allure;
exact et sûr pour l'interprétation en com-
mun, il était un peu désorienté et faussé par r
l'isolement ; dans l'œuvre mutilée, l'artiste
avait peine à retrouver sa rythmique habi- ■
tuelle.
On fera donc sagement de n'accepter
que sous bénéfice d'inventaire les rensei-
gnements fournis par les artistes sur les
mouvements qu'ils croient suivre dans
l'exécution. C'est en action, dans l'ensemble
complet, dans le milieu normal qu'il faut
les saisir et les observer.
Si nous avons réussi, par cette courte
LE GUIDE Ml) SIC AL
857
introduction, à faire comprendre le prin-
cipe, les conditions et la portée de nos
études, le lecteur nous suivra volontiers
dans l'analyse et les commentaires de
quelques fragments extraits de nos volumi-
neuses statistiques. Il nous demandera de
lui montrer, avec chiffres à l'appui :
Dans quelles limites varient les métro-
nomies effectives des bonnes exécutions
d'une même œuvre ;
Si la précision est la même pour les
œuvres de nature différente : musique de
chambre, œuvre d'orchestre, opéra ou
drame lyrique ;
Si le même orchestre, sous la même
direction, exécutant la même œuvre à plu-
sieurs reprises, réussit à suivre identique-
ment les mêmes mouvements ;
Si le même chef, conduisant deux orches-
tres différents, parvient à maintenir effec-
tivement ses intentions et dans quelle
limite ;
Si le chronomètre révèle une influence
personnelle et perturbatrice des solistes,
instrumentistes ou chanteurs, ou si, dans
certains cas, cette influence est annihilée,
au bénéfice de la rectitude métronomique,
par l'autorité prépondérante du chef d'or-
chestre.
Telles sont, pour nous borner à une énu-
mération partielle, les questions dont nos
documents chiffrés permettent d'aborder
l'étude. Bien que nos recherches s'étendent
déjà sur plusieurs années, nous n'avons pas
la prétention de présenter ici un exposé
complet ni des solutions définitives. Nous
espérons toutefois dégager dès maintenant
quelques résultats intéressants, attirer
l'attention sur les fautes et les contre-sens
qu'une critique insuffisante couvre trop
souvent de son silence. Notre travail n'eût-
il d'autre résultat que de contribuer à la
découverte et au redressement de ces
erreurs, nous nous estimerions ample-
ment récompensés de l'avoir entrepris.
(Astdvre.) H. Alvin et R. Prieur.
LETTRES DE RICHARD WAGNER
AUGUSTE RŒCKEL
(Tradvf'ites par M. Kufferath)
(Suite). — Voir les nos 33, 39, 40, 41, 42, 43 et 44.
VII
Zurich, 23 août i856.
Ta lettre, très cher ami, ne m'a nullement
rendu d'humeur batailleuse, elle m'a, au con-
traire, confirmé dans cette opinion que les dis-
cussions ne mènent à rien dans le inonde. Ce
qui nous appartient le plus en propre, ce ne
sont pas les idées, mais les intuitions ; mais
celles-ci nous sont si particulières que nous
n'arrivons jamais à les exprimer intégralement,
que nous ne parvenons pas à les communiquer
d'une façon entièrement analogue; même
l'effort le plus complet dans ce sens, l'acte de
l'artiste, l'œuvre d'art, n'est comprise après
tout, par les autres, que d'après le point de vue
propre à chacun. Combien est vain l'espoir
de l'artiste de voir son sentiment reproduit
parfaitement dans celui d'autrui, alors que
lui-même, devant son œuvre, si c'est véri-
tablement une œuvre d'art, il doit se trouver
comme devant une énigme au sujet de laquelle
il peut s'égarer dans les mêmes illusions que les
autres ! Comment, d'autre part, nous expliquer
ce singulier mystère, si ce n'est en nous
interrogeant de nouveau nous-mêmes ? Je puis
parler de cette question, car j'ai fait, à ce sujet,
les plus surprenantes expériences. Bien rare-
ment, un homme aura été autant que moi
contradictoire dans ses idées et son sentiment,
aussi étranger à lui-même ; car je dois avouer
que mes propres œuvres d'art ne sont devenues
compréhensibles pour moi-même, c'est-à dire
qu'elles n'auront été embrassées par mon intelli-
gence et expliquées à ma raison que mainte-
nant, grâce à un tiers, qui m'a livré les notions
absolument adéquates à ce que j'éprouve. La
période dans laquelle j'ai commencé à créer,
d'après mon propre sentiment, s'ouvre avec le
Hollandais volant; Tannhœuser et Lohengrin
ont suivi; si, dans ces œuvres, se trouve
858
LE GUIDE MUSICAL
exprimé un trait poétique fondamental, c'est
bien le tragique élevé de la Résignation, du
Renoncement motivé, devenant à la fin néces-
saire et seul rédempteur, à la Volonté. Ce
trait profond est ce qui a imprimé à mes
poèmes, à ma musique, la gravité sans laquelle
mes œuvres n'auraient pu émouvoir, comme
elles l'ont fait. Or, ce qu'il y a de plus
remarquable, c'est qu'avec toutes les forces
intellectuelles consacrées par moi à la réflexion
et à la compréhension des conditions de la vie,
je travaillais, en réalité, dans un sens radicale-
ment opposé à cette vue fondamentale. Alors
que l'artiste, en moi, voyait clair avec une sûreté
si impérieuse qu'il imposait cette impression à
toutes mes créations, le philosophe, en moi, cher-
chait à se créer une explication du monde abso-
lument contraire; et cette explication, mainte-
nue avec la dernière obstination, mes intuitions
d'artiste toutes spontanées, purement objec-
tives, la renversaient, à tout propos, à mon grand
étonnement. Le plus étrange à cet égard est
ce que j'ai éprouvé avec mon poème des Nibe-
lungen : je le conçus à l'époque où je m'étais
forgé un monde optimiste, suivant l'esprit de
l'hellénisme, croyant sa réalisation absolument
possible, à la condition de la vouloir, et, à ce
propos, je m'efforçais assez ingénieusement de
m'expliquer pourquoi, en somme, nous ne vou-
lions jamais. Je me rappelle maintenant que,
dans ce dessein conscient de création, j'avais
mis à part l'individualité de mon Siegfried,
avec la ferme volonté d'en faire le représentant
d'une vie sans souffrance; mais, plus encore,
je croyais m'être exprimé distinctement en met-
tant à nu le mal premier d'où découle la suite
d'iniquités auxquelles succombe tout un monde ;
ce devait être une leçon nous invitant à mettre
à la place un monde plus équitable. Eh bien, dès
que j'entrepris de développer mon projet, déjà
même en élaborant le plan, je dus me rendre
compte qu'inconsciemment j'obéissais à une
intuition bien plus profonde ; qu'en réalité, au
lieu d'embrasser seulement une phase du déve-
loppement du monde, j'avais reconnu le monde
dans l'essence même de toutes ses phases pos-
sibles et dans tout son néant; d'où il résulta,
naturellement, que, demeurant fidèle à mes
intuitions et âmes idées, je mis au jour quelque
chose qui différait totalement de ce que je
m'étais proposé. Je me souviens cependant
qu'une fois, à la fin, j'ai arbitrairement fait
prévaloir mes intentions premières, — mais
c'est la seule fois, — dans la phrase à ten-
dance que Brunnhilde adresse, à ceux qui
l'entourent loisque, les prémunissant contre
les iniquités de la Possession, elle leur montre
l'Amour, seul rédempteur (i), sans que (mal-
heureusement!) cela soit bien clairement ex-
pliqué, puisque, dans tout le cours du mythe,
nous voyons l'Amour comme agent essentielle-
ment destructeur. Voilà à quel point l'interven-
tion de mon intention préconçue a pu m'aveu-
gler dans cet unique passage ! Chose curieuse,
cet endroit n'avait cessé de me torturer, mais il
fallut le bouleversement complet des représen-
tations de ma raison, provoqué finalement par
Schopenhauer, pour me faire découvrir le
motif de ma peine et m'apporter la pierre
terminale correspondant à l'esprit de mon
poème, la sincère constatation du véritable et
profond état des choses, sans la moindre allu-
sion à une tendance.
Je te raconte ce détail assurément intéres-
sant, pour te montrer bien clairement comment
la différence entre les Intuitions et les Concepts
si profondément et si heureusement dégagée par
Schopenhauer, a été comprise par moi non pas
comme une idée, mais comme une vérité d'ex-
périence ; celle-ci s'impose à moi avec une
certitude si impérieuse qu'après avoir reconnu
par moi-même l'exactitude des rapports établis,
je me borne à la cultiver en moi sans avoir
la prétention de la faire partager à d'autres
par le chemin de la dialectique. Moi même, je
sens trop profondément que, de cette manière,
elle n'aurait jamais pu m'être inculquée, si
elle n'avait déjà répondu entièrement à ce que
j'avais éprouvé; je reconnais encore qu'il est
impossible de la faire saisir à quiconque ne la
posséderait pas déjà en soi, par l'intuition
propre, avant la compréhension raisonnée.
Comme nous n'embrassons rien au moyen des
idées si nous ne le connaissons auparavant
par l'intuition, il est clair qu'un homme
qui a reconnu tout cela nettement, à plus
(i) Allusion à la scène finale du Crépuscule des Dieux .
Dans les Œuvres complètes, on trouvera la version pri-
mitive du poème où se trouve développée l'idée de la
Rédemption par l'Amour, à côté de la version défini-
tive qui supprime complètement toute allusion de ce
genre. V. Gesam. Schriften, toui VI, rages 36i 63.
LE GUIDE MUSICAL
859
forte raison quand il se sent aussi peu
philosophe que moi, ne peut avoir l'envie de
s'exposer à être mis en défaut comme dialec-
ticien. Je ne puis m'exprimer que dans les
œuvres d'art. — Cependant, et pour en finir,
je te demande encore ceci : — Peux-tu t'ima-
giner une action morale qui ne soit inspirée
de l'idée de Renoncement? Et qu'est-ce que le
plus haut degré de sainteté, c'est-à-dire la
rédemption la plus complète, si ce n'est le
Renoncement pris comme base de toutes nos
actions? — Mais, ces simples questions me
mènent déjà trop loin, et je me lance là dans
l'abstraction plus qu'il ne m'est favorable.
Aussi, laisse-moi t'entretenir encore de ma per-
sonne concrète.
Je suis artiste et rien que cela : — ce qui
fait mon bonheur et mon malheur ; sinon, je
voudrais bien être saint et savoir que je n'ai
plus rien de commun avec la vie; seulement,
fou que je suis, je cours et m'éreinte pour me
procurer le repos, ce repos artificiel d'une vie
tranquille, suffisamment agréable, — pour pou-
voir travailler et n'être qu'artiste. C'est si diffi-
cile à atteindre que souvent je dois rire de ma
course éternelle après le repos. Depuis que je
ne t'ai plus écrit, je me suis trouvé assez misé-
rable; l'expédition de Londres a été une folle
inconséquence de ma part, et j'en ai supporté
avec humilité la punition, notamment en rem-
plissant jusqu'au bout mon engagement. Là-
bas, j'ai perdu tout goût à mon travail ; je vou-
lais y terminer ma partition de la Walkyrie,
mais j'avais perdu la mémoire intérieure et je
revins malade à Zurich; ici, j'ai terminé péni-
blement (mais, entre nous, superbement) la
Walkyrie, dans le courant de l'hiver, au milieu
de fréquents accès de l'érysipèle facial ; puis,
au début de cet été, je suis allé à Genève, où
j'ai fait, sous la direction d'un excellent méde-
cin, une cure d'hydrothérapie très efficace ;
c'est en rentrant de là que j'ai trouvé ta lettre.
Je n'ai pu songer encore à commencer la com-
position du Jeune Siegfried; à la fin de sep-
tembre, Liszt me rendra visite, je repasserai
avec lui les deux partitions terminées; ainsi
ranimé et encouragé, j'espère pouvoir alors
entreprendre Siegfried, pour l'offrir terminé
au monde l'année prochaine. Voilà tout ce que
je sais à mon sujet. — A grand' peine, j'ai
encore reçu, l'année dernière, à Londres, une
copie complète de VOr 'du Rhin; jfe l'ai laissée
là-bas à un jeune ami, l'excellent pianiste
Klindworth, afin qu'il en fasse une belle réduc-
tion. Mais le malheureux a, lui aussi, été gra-
vement malade pendant longtemps et il vient
seulement de me renvoyer la partition avec la
réduction pour piano : celle-ci doit être mise
au net ici et le copiste aura besoin de la parti-
tion pour les indications de scène ; ce ne sera
donc que lorsque ce travail sera terminé que
je pourrai de nouveau disposer de la partition,
mais je te promets alors de te l'envoyer, après
la visite de Liszt. Il n'existe pas encore de
copie de la Walkyrie, car je n'ai ici qu'un seul
bon copiste, et il dispose de peu de temps. Je
déteste de me séparer du manuscrit de mes
partitions ; c'est pourquoi je n'ai pas fait copier
la Walkyrie à Dresde. Ce n'est pas tant que
je craigne la perte de l'original, — ce qui serait
assurément bien fâcheux, — mais j'ai besoin
du manuscrit pour pouvoir continuer mon
travail. Toutes ces circonstances t'expliqueront
le retard dans l'envoi de mon œuvre.
Quant aux petits écrits de Schopenhauer, je
vais te les faire envoyer. Il s'y trouve tant de
choses nouvelles et importantes, que je t'en
promets une grande jouissance malgré les
indéniables duretés et les partis pris du soli-
taire, devenu trop absolu, qui te froisseront
ça et là. Tu recevras en même temps la parti-
tion de mon Ouverture de Faust, que je viens
de retravailler, dans une occasion récente, et
qui ne me paraît pas indigne de moi dans sa
nouvelle forme. Les livres, je devrai d'abord
les faire venir de Leipzig.
Pour ce qui est de mon sort extérieur, on
continue à donner mes opéras en Allemagne,
mal, mais avec un succès durable, ce qui
m'étonne, tout en me faisant sourire. On s'oc-
cupe aussi de me procurer l'autorisation de
rentrer en Allemagne, le grand duc de Saxe-
Weimar s'est intéressé très activement à ces
démarches, sans avoir pu aboutir jusqu'ici à un
résultat favorable. Pour moi, je me souhaite
surtout la santé, afin de pouvoir développer
tous les projets dont je suis encore plein; mal-
heureusement, j'en suis plus plein qu'il ne fau-
drait, car, outre mes Nibelungcn, j'ai encore
en tète un Tristan et Iseult (l'Amour comme
supplice effroyable) et un nouveau sujet, les
Vainqueurs (Suprême Rédemption, légende
860
LE GUIDE MUSICAL
bouddhique), qui, tous deux, me harcèlent de
si près que, par considération pour les Nibe-
lungen, je dois lutter énergiquement pour les
aujourner.
Voilà, cher Auguste, tu as maintenant noir
sur blanc, ce que je puis lâcher en une fois, moi
qui ai encore grand besoin de repos. Conserve
la gaîté et la clarté de ton intelligence, et
arrange-toi une philosophie selon tes besoins ;
au bout du compte, nous ne saurons jamais
que ce que nous voulons savoir, car tu m'accor-
deras bien qu'en dépit de tout notre savoir,
nous sommes et demeurons toujours toute
Volonté et que, par là, si nous sommes les plus
puissants, nous sommes loin d'être les plus
sages.
Adieu et garde en affection
ton Richard Wagner.
(A suivre).
Cbtonique oe la Semaine
PARIS
CONCERT-COLONNE
I OMBiEN douce et reconfortante est cette
admiration que professe la jeunesse
^1 actuelle pour les belles œuvres de
Beethoven! Avec quelle frénésie elle a ap-
plaudi, dimanche dernier, au Concert-Colonne,
la plus connue des symphonies du maître,
celle en ut mineur, dans laquelle Beethoven
a inauguré la série des grandes pages orches-
trales où son génie, s'inquiétant moins des
formes déjà employées, a ouvert un si vaste
champ à l'art musical ! Comme cette jeunesse
soulignait avec passion toutes les beautés
de cette œuvre, l'allégro du début avec ses
fougues et ses véhémences, l'andante avec
son thème gracieux, présenté par les violon-
celles et les altos, le scherzo suivi du trio dans
lequel les conlrebasses et les violoncelles exé-
cutent un trait que Berlioz comparait aux
ébats d'un éléphant en gaieté! Comme elle
était haletante en suivant les péripéties de ce
mystère d'harmonie qui sépare le scherzo du
finale, véritable chant de victoire. Le succès
fut considérable. Lorsque nous assistions à ces
explosions de joie et d'enthousiasme, nous
nous reportions malgré nous aux premières
exécutions des symphonies de Beethoven au
Conservatoire, et nous ne pouvions oublier
qu'Habeneck fut forcé d'y pratiquer des cou-
pures, pour les faire accepter du public. Que les
temps sont changés !
Le premier concerto de Max Bruch qu'a
exécuté Sarasate n'est pas un nouveau-venu
pour nous. C'est une œuvre qui, sans être com-
parable aux concertos de Beethoven et de Men-
delssohn, offre un vif intérêt tant au point de
vue mélodique que sous le rapport de l'harmo-
nie. L'expression dramatique y est très intense,
et l'orchestre, fort bien écrit, vient admirable-
ment en dehors. Après un prélude chaleureux
où les doubles cordes sont heureusement,
employées et dans lequel un motif principal
d'un tour fort gracieux et distingué, puis une
phrase d'orchestre très lumineuse se dessinent,
l'adagio, un peu mendelssohnien, est d'un
sentiment contemplatif. Quant au finale, il
débute par une attaque vigoureuse en doubles
cordes, que l'auteur affectionne, et se développe
très magistralement; nous y avons noté un
trait rapide en forme d'arpèges, d'une grande
difficulté, que Sarasate a enlevé avec sa facilité
ordinaire.
Dans la seconde partie du concert, le vir-
tuose impeccable a fait entendre, pour la pre-
mière fois à Paris, la Fantaisie norvégienne
de Lalo. Cette œuvre, plus connue sous le titre
de Rapsodie norvégienne, fut écrite primitive-
ment pour violon et orchestre (1878) et dédiée à
Sarasate, qui la fit entendre à Berlin, sous la
direction de Max Bruch, le 29 novembre 1878.
Plus tard, l'auteur en fit une Suite d'orchestre
qu'il dénomma Rapsodie norvégienne et dédia
à M. Ed. Colonne; la première audition en fut
donnée le 26 octobre 1879 aux Concerts du
Châtelet. Des trois parties qui composent la
Fantaisie norvégienne (allegretto, andante,
finale), c'est la première qui nous semble la
mieux venue. Les motifs sont intéressants,
pleins de poésie, et leur interprétation, confiée
tantôt au violon solo, tantôt à l'orchestre, est
fort habilement rendue. L'andante est d'un
joli sentiment, peut-être légèrement incolore,
— et le finale donne au soliste l'occasion de
déployer toute sa virtuosité. Le triomphe de
Sarasate a été complet.
Le concert du 28 octobre avait encore à son
programme les Impressions d'Italie de M. G.
Charpentier, les Scènes alsaciennes de Masse-
net et des fragments de ballet tirés de Sanison
et Dalila. Nous avons déjà dit ce que nous
pensons des Impressions d'Italie, et nous
croyons inutile d'y revenir. Des Scènes alsa-
ciennes, nous ne retiendjons, si vous le voulez
LE GUIDE MUSICAL
861
bien, que la troisième partie « Sous les til-
leuls ». Tout Massenet est là. Sur le quatuor
en sourdines, avec quelques tintements de
cloche au loin, se détache le dialogue du
couple amoureux. « Doucement penchée vers
: lui, elle murmure : « M'aimeras-tu toujours? »
! Le violoncelle (M. Baretti) et la clarinette
I (M. Terrier), reprenant tour à tour la phrase
' émue, sœur de telle page de Gounod, se réu-
nissent à la tierce, enveloppés l'un et l'autre
par les traits caressants des violons, puis mur-
murent une dernière fois leur litanie d'amour.
Mais quelle chute avec le Dimanche soir!
Toutes les vieilles ficelles en jeu, le bruit des
tambours, les clairons sonnent la retraite der-
rière la coulisse — et cela maladroitement
présenté, — bruyant, manquant de distinction
et sans valeur aucune !
La Danse des prétresses de Dagoii et le
Réveil des prétresses, tirés de Samson et
Dalila, ont retrouvé le succès qui leur est dû.
Hugues Imbert.
Wagner a fait sa réapparition, dimanche
dernier, aux concerts du Cirque d'Eté, avec la
Chevauchée des Walkyries et l'ouverture des
Maîtres Chanteurs ; l'exil du maître, que nous
signalions l'autre jour, aura donc été de courte
durée.
Ne trouvez-vous pas qu'il serait bon de laisser
de côté, pour un certain temps, du moins, cette
pauvre Chevauchée des Walkyries, une page
assurément fort belle, mais dont on abuse un
peu partout, et qui commence à touiner au
pâté d'anguille? Les farouches guerrières ne
chevauchent-elles pas d'ailleurs depuis long-
temps à l'Opéra, où elles sont à leur place? La
mission des chefs d'orchestre de concerts est
terminée en ce qui les concerne; ils doivent
désormais les rayer de leurs programmes.
Pour débuter, on nous donnait la symphonie
en ut mineur de Mozart, fort bien rendue, fine-
ment détaillée ; mais que le public a écoutée,
ce semble, d'une oreille un peu distraite, réser-
vant sans doute son attention tout entière pour
l'œuvre importante qu'il allait entendre, nous
voulons dire l'ouverture deSapho de Goldmarck,
véritable symphonie, composition de haut style,
d'une grande envergure, puissamment conçue
et dans l'exécution de laquelle l'auteur ne paraît
pas avoir été, à aucun moment, trahi par ses
moyens. Nous aurons l'occasion de revenir sur
cette œuvre toute débordante de 13'risme, car
on ne s'en tiendia pas, espérons-le, à une pre-
mière audition.
M. Lamoureux ne perdra-t-il donc jamais la
détestable habitude, — qui est devenue chez lui
un véritable tic, — de faire entendre à tout
bout de champ, au beau milieu d'une exécution,
des sifflements aigus, pour imposer silence au
public et prouver qu'il a le droit de faire lui-
même la police chez lui ? Ces manifestations
intempestives et antimusicales, accompagnées
le plus souvent d'un geste de mauvaise humeur
et d'un regard qui voudrait être imposant et
qui n'est que ridicule, sont d'autant plus incon-
venantes qu'elles s'adressent en général à
quelque dame assez infortunée pour n'avoir pu
gagner à temps la place qui lui est réservée.
Ce crime passerait la plupart du temps innperçu,
et l'exécution n'en serait point troublée ; mais
M. Lamoureux ne manque jamais, avec un
tact merveilleux, de mettre, comme on dit, les
pieds dans le plat. Alors les auditeurs sont
distraits; ils perdent le fil de l'idée musicale
qu'ils suivaient et portent instinctivement à
leur tour les yeux sur la pauvre délinquante,
qui s'assied en rougissant. Et quand bien même
on n'aurait pas à déplorer tous ces inconvé-
nients, on préférerait, j'imagine, le léger frou-
frou d'une robe qui passe aux sifflets perçants
du maître de céans.
N'oublions pas, en terminant, d'enregistrer
le nouveau succès remporté par la charmante
M'i<^ Bréval dans l'air à'Obéron de Weber et
dans Pallas-Athèiié de M. Saint-Saëns.
Ernest Thomas.
p. -S. — Le metteur en pages a quelque peu boule-
versé l'article que je consacrais, dans le dernier numéro
du Gtiide Musical, à la réouverture des Concerts-Lamou-
reux. Mais le lecteur aura sans doute rectifié de lui-
même cette erreur typographique.
Il s'agit de transposer à la deuxième colonne de la
page 834, après la première ligne, les lignes 2, 3, 4, 5, 6,
7, 8, 9 et 10 de la première colonne de la page 835,
Le Joiirval des Débats assure que Tristan
et Iseiilt ne sera pas donné au printemps pro-
chain à l'Opéra de Paris. Et il ajoute à ce pro-
pos :
« Il faudrait être un wagnérophobe forcené
pour ne pas se réjouir de cette excellente nou-
velle. Le massacre de la Walkyrie ne pouvait
laisser aucun doute sur le sort réservé à Tris-
tan. A la vérité, il y aurait peut-être un moyen
de donner, même à l'Opéra, des représenta-
tions intéressantes de Tristan. M^^ Wagner
l'avait fait proposer aux directeurs du théâtre :
c'était de confier à M. Félix Mottl le soin de
diriger les répétitions. Naturellement, les trois
chefs d'orchestre de l'Opéra ont déclaré qu'ils
donneraient leur démission, si Ton appelait un
étranger au pupitre. La perspective de cet heu-
reux événement n'a pas suffi à décider les
directeurs à accepter l'offre de M"<^ Wagner.
862
LE GVIDE MUSICAL
C'est, dit-on, Tannhàuser qui pâtira à la place
de Tristan. Le fait est que si l'orchestre est
somnolent dans Tamikànser, les chiens seront
nombreux, et si les pèlerins crient trop fort, le
ballet sera brillant ».
M. Siegfried Wagner vient de passer par
Paris, venant de Carlsruhe, où il était allé voir
son ami Félix Mottl. Le fils du maître de Bay-
reuth a eu une entrevue avec M. Lamoureux,
au sujet a-t-on dit d'un concert qu'il dirigerait
à Paris. Mais M. Lamoureux fait démentir
cette information. M. Siegfried Wagner aurait
aimé voir la Walkyrie, mais obligé de partir
pour Amsterdam où l'appelle un engagement,
il a dû se borner à une répétition de la Chevau-
chée, organisée à son intention par les direc-
teurs de rOpéra. M. Siegfried Wagner tenait
à se rendre compte de l'effet du truc inventé
par M. Lapissida pour réaliser la chevauchée,
truc qu'il est question d'appliquer à Bayreuth,
lors de la reprise du Ring.
L'Opéra donnera, l'année prochaine, au com-
mencement de l'hiver, l'ouvrage en quatre actes
d'Ernest Guiraud que M. Camille Saint-Saëns
termine en ce moment et qui a pour titre : Fré-
dégonde et Brmiehaut. La chose est absolu-
ment décidée. Les deux premiers actes étaient
presque complètement achevés par Guiraud, et
le travail d'orchestration en était très avancé.
On sait que M. Saint-Saëns doit se rendre en
Algérie pour achever cette œuvre, que la direc-
tion de rOpéra vient d'inscrire à son pro-
gramme.
Liste des élèves admis dans les classes de
chant du Conservatoire :
Hommes : MM. Beyle, Vialas, Wilson,
Gatimel, Rothier, Sizes, Béchard, Laffitte et
Duthier.
Femmes : M"" Achté.Bontoux, Jeanne Petit,
Fouchier, Varney, Truck, Aubocq, d'Hervillée,
Gottraud, Deville et Marciale.
•!•
On répète à l'Opéra-Comique un petit acte
de M. Armand Silvestre, dont Lalo avait
commencé la partition et qui a été achevé par
l'infatigable Massenet.
Répélition également au même théâtre de
Pris au piège, ouvrage de M. Gedalge.
t
Verdi a adressé de Gênes, aux directeurs de
1 Opéra, la dépêche suivante :
« Arrivé à Gênes, j'ai trouvé sur mon écri-
toire deux télégrammes, l'un de vous, l'autre
de Taffanel. J'ai cru un instant être encore au
milieu de vous, pendant ces bonnes répétitions
avec mes vaillants artistes, avec ce superbe
orchestre, avec ces chceurs et tout ce monde de
l'Opéra, si intelligent, si bienveillant, si cordial
envers moi.
» Dites, je vous en prie, ma reconnaissance à
tous, maintenant et toujours, — et dites à ma
poétique Desdémone que je garde sa lettre et
compte sur sa promesse. «Verdi. »
Théodore Dubois a lu à M. Carvalho et à ■
M. Louis Gallet la partition de Xavier e.
L'œuvre a plu beaucoup à M. Carvalho, qui va
s'occuper immédiatement de l'interprétation.
BRUXELLES
Jeudi, à la séance annuelle de l'Académie
des beaux-arts, a eu lieu l'exécution publique
de la cantsiteLady Macbeth, poème de M. J.-B.
de Snerck, musique de M. Martin Lunssens,
premier second prix du grand concours de com-
position musicale de iSgS.
A ces compositions académiques, avec leur
poème imposé, ne sortant guère plus que les
précédents du moule réglementaire, ne permet-
tant pas à la personnalité de se dégager, on ne
demande que de fournir la preuve du savoir-
faire acquis par le concurrent en de labo-
rieuses études. A ce point de vue, l'œuvre de
M. Lunssens dénote une excellente instruction
musicale et une connaissance peu commune
des ressources de l'instrumentation. Sa cantate
est orchestralement bien conçue. Malheureuse-
ment, la personnalité du style fait défaut,
autant que la rigueur des formes. Les sonorités
sont abruptes, forcées; l'indécision est parfois
flagrante ; et les sources les plus pures du wag-
nérisme, Tristan, la Walkyrie, Tannhœuser,
sont utilisées avec abondance. Terrible in-
fluence, que peu de musiciens actuels parvien-
nent à éluder!
La seconde partie de la cantate — Fête chez
Macbeth — est la meilleure, et la seule aussi où le
champ est laissé libre à l'inspiration. M. Luns-
sens a bien développé cette partie; les danses
ont du rythme et le chœur des soldats est d'une
belle venue.
Félicitations, applaudissements, rappels,
rien n'a manqué au jeune auteur, qui a dirigé
son œuvre avec énergie et vigueur. N. L.
Le théâtre des Galeries vient de monter, avec
le goût intelligent et le soin qui lui sont habi-
tuels. Miss Dollar àe MM.Clairvilleet Vallin,
musique d'André Messager. Ce n'est point une
opérette, ce n'est pas un vaudeville et c'est
moins encore une féerie. C'est les trois tout
ensemble, les auteurs ayant eu soin de faire
LE GUIDE MUSICAL
863
intervenir les fées du pays de l'or et de l'argent
au moment où l'esprit achevait de leur faire
défaut. M . André Messager a brodé quel-
ques couplets de bonne facture, d'aimables
romances et duos et plusieurs numéros de mu-
sique de danse d'un rythme entraînant, sur le
livret de ce vaudeville-opérette-féerie sans pré-
tention. L'essentiel est que la fantasque aven-
ture de Miss Dollar, mariée à l'américaine,
c'est-à-dire à la vapeur, séparée de force de son
mari, puis réunie de nouveau à lui, soit jouée
avec verve et entrain, et c'est ce qui a lieu aux
Galeries, grâce à la mignonne M"<= de Bério, à
la fantaisiste M^i^ Leriche,à l'excellent Leroux,
au sublime Décori, phénoménal de yankisme !
Et puis, il y a un ballet aérien, le dernier mot
du truc chorégraphique! M. K.
M. Massenet vient de passer quelques jours
à Bnixelles, où il a donné les premières indica-
tions pour les dernières études de la Navar-
raise et du Portrait de Manon, qui passeront
prochainement au Théâtre de la Monnaie.
U Enfance de Roland, de M. Emile Mathieu,
passera vraisemblablement vers le i5 décembre
à la Monnaie.
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — Grand festival belge. Deuxième
journée. — Le public a-t-il voulu protester
contre l'attitude hostile qu'avait prise nos jour-
naux à l'égard de ces auditions d'œuvres natio-
nales, qui, pour arriver tard n'en offraient pas
moins d'intérêt? Toujours est-il qu'il est arrivé en
foule, cette fois, prouver d'une façon éclatante que
la prose malveillante que répandent des gens,
souvent incompétents ne pourra jamais nuire à
l'art.
La présence, au pupitre, de Peter Benoit, l'âme
du mouvement artistique flamand, donnait un
lustre incontestable à cette seconde journée.
Aussi, des applaudissements nounis ont salué
l'éminent artiste lorsqu'il est venu diriger son con-
certo pour flûte, qu'interprète d'une façon si remar-
quable M. Anthoni, le virtuose bien connu. L'ou-
verture du Roi des Aulnes, quoique classée parmi
ses œuvres de jeunesse, n'en est pas moins remar-
quable par la pureté de la forme et la richesse
mélodique.
Mentionnons ensuite M. Edg. Tinel, l'heureux
auteur de Francisais, qui nous a fait entendre son
Polyeucfe. Les œuvres de M. Tinel sont orchestrées
avec un art infini et, ce qui est rare chez nos
jeunes, les effets ne nous paraissent point cher-
chés. La Fêie dans le temple est d'une inspiration
élevée ; les airs de danse même y ont un cachet
de grandeur. Sous la direction du jeune maître, ces
tableaux symphoniques ont obtenu un grand et
légitime succès.
M. G. Huberti a dirigé des fragments de sa
Symphonie funèbre. L'œuvre conçue dans un esprit
tout moderne, parle, avant tout, à nos sens. Le
scherzo original que l'autetir intitule Tableau fantas-
fique est des plus réussis. L'andante nous transporte
dans les sphères où nous attend la « consolation ».
M. Mestdagh, le compositeur brugeois, nous
offrait une œuvre d'un caractère bien opposé Sa
Suite a des allures franchement gaies. On se
demande comment le compositeur, flânant dans
les rues désertes de l'antique cité flamande, a pu
trouver pareilles inspirations. Dans le passé, peut-
être? La Sérénade s'éloigne de la forme habituelle;
c'est distingué et personnel à la fois Le Rêve est
un charmant morceau pour instruments à archets,
et la Ronde, avec ses rythmes de danse flamande,
termine d'une heureuse façon cette composition
méritante.
Nous regrettons vivement que le fragment de
VApollonidede M. Fr. Servais n'ait pu nous donner
une idée de l'ensemble de l'œuvre entière. L'en-
tr'acte en question émane incontestablement d'un
symphoniste expérimenté, et contient des effets
vraiment délicieux.
Les tableaux symphoniques de M. Van den
Eeden nous transportent en pleine révolution fla-
mande. Ces morceaux descriptifs ont, parfois, une
réelle intensité d'expression; la marche funèbre,
par exemple, qui est très réussie. C'est le travail
d'un musicien consciencieux.
Mai est le titre d'un délicieux morceau d'orches-
tre, que l'auteur, M. L. Mortelmans, faisait enten-
dre pour la première fois. Nous n'avons qu'un
reproche à formuler ici, c'est que, d'après nous,
l'orchestre est par moment trop exubérant, vu le
sujet fin et poétique que le compositeur avait à
traiter.
M. A. De Greef reste toujours le virtuose impec-
cable que l'on sait. Cette fois, l'artiste interprétait
une composition sortie de sa plume. Sa Fantaisie
sur des airs flamands était parfaitement à sa place
dans ce programme essentiellement flamand. Elle
n'a pas obtenu moins de succès que son excellent
interprète.
M""' Levering a dit, de sa voix cristalline, deux
lieder de M. F. Van der Stûcken, et le concert s'est
terminé par la Marche nuptiale de M. A. Wilford,
morceau qui avait été très applaudi, quelque temps
auparavant, â l'Harmonie.
En somme, ce concert national a dignement
clôturé la série des grandes auditions musicales de
notre Exposition.
MM. Joseph Mariën et Jules Roelants annoncent
qu'il reprendront, l'hiver prochain, leurs séances
de musique de chambre, qui ont eu tant de succès
les années précédentes dans la petite salle de
l'Harmonie.
La première séance aura lieu en novembre avec
le concours de M. Arthur De Greef, professeur de
piano au Conservatoire royal de Bruxelles. Elle
864:
LE GUIDE MUSICAL
a pour programme le quatuor en mi bémol de
Schubert, la sonate pour piano et violon de César
Franck, les études syraphoniques de Schumann et
le quintette pour piano et iustruments à vent de
Rubinstein. La deuxième, au mois de décembre
avec le concours de M. A. Eibenschûtz, profes-
seur de piano au Conservatoire de Cologne,
DRESDE. — Ce ne sont pas les pianistes
qui nous manquent : un par jour. Ceux-ci
doués d'une poigne sous laquelle gémit le rude
instrument Bechstein ; ceux-là tout simplement
bouffons. Le public les acclame quand même, et
la critique leur réserve ses tendresses. M. d'Albert
nous a compensé ces déceptions vendredi dernier,
au Sinfonie-Conceri du théâtre. Le cinquième con-
certo de Beethoven a été interprété par lui avec
une perfection que, seuls, les connaisseurs peuvent
apprécier. D'ailleurs, le génial artiste ne s'inquiète
guère de cette classe d'auditeurs qui, ennemis
d'un art qu'ils avouent ne pas connaître, se per-
mettent déjuger les œuvres et les hommes.
Le concert-tournée Ben Davies, Tivadar Na-
chez, Algernon Ashton n'a fait qu'un quart de salle
[Geiaerbehans). Des élèves de musique ont égayé la
soirée par leurs éclats de rire et leurs sifflets. Il
faut avouer qu'en dépit de ses violons de rechange,
M. Nachez n'a point séduit son petit auditoire.
Le non moins comique Comettant n'aurait pas
baptisé «compositeur-né» M. Ashton. Quant au
ténor Ben Davies, il a causé un vif plaisir par
l'originale distinction de son chant, la souplesse,
le fini et la clarté de son exécution des morceaux
de Haendel, Schumann, Gounod. Il est rare d'en-
tendre une voix d'un volume aussi considérable et
d'un timbre aussi sympathique.
Le 19, grand concert jubilaire de l'Association
générale des mtisiciens, au bénéfice de la caisse
des malades. A la grande satisfaction de l'or-
chestre et du public, l'éminent directeur, M. Schuch,
a conduit toute la soirée. C'est dire que la partie
symphonlque et lyrique a réussi de tous points,
malgré l'agglomération des cent trente instru-
mentistes. L'acoustique de la salle n'est pas favo-
rable à un personnel orchestral aussi nombreux.
Une ex-élève du Conservatoire de Dresde a chanté
agréablement ses deux morceaux accoutumés :
l'arioso du Prophète et Ich liehe dich de Grieg. Au
point de vue de la technique, la pianiste russe
M"° Sudarska est remarquable : une réelle puis-
sance, mais de l'afféterie et peu de charme. Nous
voici loin des Steru, des Roger-Miclos etdesKlee-
berg
Première soirée de musique de chambre du
quintette Rappoldi. Musique sérieuse, sérieuse-
ment interprétée par des instrumentistes dignes de
ce nom : M. et M™" Rappoldi, MM. Grutzmacher,
Frohberg, Remmele. Quartette de Mozart en sol
majeur; quartette en mi mineur de Beethoven; en
passant par le superbe quintette de Dvorak, exé-
cuté pour la première fois à Dresde.
fflfa^a^ subira huit jours de retard, par suite de
l'indisposition de M Schuch. On attendra du
reste volontiers. Ce n'est pas la direction impas-
sible de M. Hagen qui conviendrait à l'opéra de
Verdi, pas plus qu'elle n'était susceptible, dans le
dernier Sinfonie-Concertj de mettre en valeur les
beautés de la symphonie en td majeur de Schu-
mann. Alton.
SAINT-PETERSBOURG. - Le Théâtre
Michel vient de reprendre la Nuit de Mai. le
second en date des opéras de M. Rimsky-Korsa-
koff, qui avait déjà été donné ici il y a treize ans,
en 1881. L'impression produite à la reprise
actuelle n'a guère différé de celle que nous avions
éprouvée dans le temps. Le premier acte, lyrique
par excellence, fait songer aux mélodies mélanco-
liques d'un Moniuszko, un peu uniformes sans
doute, mais plus finement traitées que celles de
l'auteur de la Hatkai ; le second acte est empreint
d'humour populaire, en dépit des formes contre-
pointiques dont le compositeur y a usé avec une
habileté consommée ; enfin, le troisième n'est joli
que dans sa berceuse du commencement, suivie par
une interminable scène de naïades [roiissalkas),
sèche, aride, dépourvue de tout caractère fantas-
tique. Ce troisième acte fait du tort à l'œuvre, qui,
sans lui, compterait parmi les plus agréables de
notre répertoire national
En écoutant la Nuit de Mai, on est frappé surtout
de la veine mélodique d'un compositeur qui aime
généralement à varier de mille façons des thèmes
élémentaires et courts, comme c'est le cas aussi
cette fois dans le malencontreux acte des naïades.
Ensuite, on y acquiert la conviction que le genre
comique convient mieux au talent de M. Rimsky-
Korsakoff que le genre sérieux ou fantastique,
comme le prouvent sa Snégouvotcltka (la scène du roi
Bérendéi notamment) et le premier tableau du
deuxième acte de la Nuit de Mai. Le compositeur
russe y a devancé Verdi dans le genre de la
comédie lyrique à la Falstaff.
Comme chez son émule italien, et, à vrai dire, '
même plus que chez lui, l'orchestre donne une
illustration à la fois spirituelle et pittoresque, non
dénuée de sens comique, des situations et des
personnages. Voir les traits pleins d'humour des
bassons dans la ballade du distillateur ou l'ensenble '
martial, on ne peut plus bizarre, àufiigato destiné
à célébrer les vertus du pouvoir. Malheureusement,
l'orchestre enfoncé du Théâtre-Michel a fait, cette
fois, manquer cet effet d'orchestration, le son du
cor surtout se perdant dans les bas-fonds.
Parmi les interprètes, le héros de la soirée a été
le ténor comique, M. Ougrinovitch, dont chaque
rôle de répertoire populaire constitue un progrès.
Il est tout à fait remarquable dans la personnifica-
tion des types populaires, à la façon de M. Stra-
vinsky, passé maître dans cette spécialité. ^
La Nuit de Mai restera, croyons-nous, au réper- '
toire, les deux premiers actes ayant obtenu à cette
reprise bien plus de succès qu'à l'origine.
V. P.
LE GUIDE MUSICAL
865
STRASBOURG. — La saison des concerts
d'abonnement de notre orchestre municipal a
été ouverte mercredi dernier. Sous la direction de
M. F. Stockhausen, l'orchestre a exécuté l'ouver-
ture de la Braut von Messina de Schumann et la
symphonie en si bémol de Haydn. M. Charles
Prohaska, de Vienne, un excellent virtuose du
piano, qui vient d'être nommé professeur à notre
Conservatoire municipal, s'est fait entendre à
cette séance. Il a joué le concerto en mi bémol de
Beethoven, la fantaisie en fa mineur de Chopin,
une Passacaglia de Haendel et la tarentelle de
Vcnezia et NapoU de Liszt.
M. Prohaska, qui est élève d'Eugène d'Albert,
possède un brillant mécanisme, remarquable sur-
tout par une giande sensibilité de toucher. Son
style laisse quelque peu à désirer; l'expérience
et la pratique sauront le développer. M. Prohaska
n'a que vingt- quatre ans; il a un bel avenir devant
lui.
La Société de chant sacré vient de choisir pour
son directeur M. Alfred Lorentz, remplaçant
M. Ernest Mûnch, démissionnaire. M. Lorentz
est directeur des chœurs et troisième chef d'or-
chestre à notre Théâtre-Municipal.
Prochainement, on donnera, au théâtre, \esDeux
Philosophes, opéra comique en un acte de M. A.
Krantz, de Mulhouse, ancien premier prix de flûte
au Conservatoire de Paris, qui avait étudié la
composition sous la direction de feu Victor Massé .
On dit grand bien de l'œuvre de M. Krantz. Au
théâtre également, le public s'est intéressé tout
récemment aux débuts d'un jeune chanteur stras-
bourgeois, M. Gérold, baryton, qui a été l'élève,
à Paris, de M. Giraudet. M. Gérold, qui a fait de
sérieuses études musicales, a bien réussi dans dif-
férents rôles de second plan.
Le 20 novembre, M. Raoul Pugno se fera en-
tendre, à Mulhouse, dans un concert organisé pat
M. Stiehlé, violoniste.
Joachim se produira à Strasbourg, le 21 no-
vembre, au troisième concert d'abonnement de
notre orchestre municipal. Au second concert, le
7 novembre, on entendra M"'' Meyer, pianiste,
élève de B. Scholtz.
N'oublions pas de mentionner le succès éclatant
remporté, au premier concert d'abonnement, par
le ténor von Zur Miihlen, un chanteur d'origine
russe, qui comprend bien Wagner, dont il a phrasé
avec goût le Preislied des Meistersinger, et qui dit
à ravir les vieilles mélodies françaises de LuUy et
Rameau. A. O.
NOUVELLES DIVERSES
La première audition du Chant à JEgir, compo-
sition de l'empereur Guillaume, a eu lieu lundi à
l'Opéra de Berlin, dans une matinée au profit de la
fondation Guillaume I". Le théâtre était rempli.
L'empereur, l'Impératrice et toute la cour étaient
présents.
L'œuvre, transcrite pour chœur et orchestre, a
été applaudie et redemandée en entier.
Naturellement! Mais la critique se montre assez
réservée quand à la valeur de la composition.
Celle-ci trahit l'amateur, ce qui tendrait à prouver
que Guillaume en est bien l'auteur.
Contrairement à ce que l'on croit généralement,
l'empereur a fait d'excellentes études musicales
comme la plupart des membres de la famille impé-
riale, d'ailleurs. Il joue parfaitement du violon; il
apprit cet instrument pendant son temps d'uni-
versité à Bonn, pour faire une surprise à ses
parents, et son père lui fit même ce compliment
flatteur : « Guillaume, tu deviendras maître de
chapelle. »
Le prince Henri de Prusse, son frère, joue fort
bien du violon également et a composé une marche
militaire qui est devenue vite populaire. La prin-
cesse Charlotte de Saxe-Meiningen, sœur de l'em-
pereur, est pianiste ; et son autre sœur, la prin-
cesse Victoria, touche de l'orgue. La princesse
Louise de Prusse, grande-duchesse de Bade, leur
tante, est également musicienne.
Dans la collection d'autographes de M. Fritz
Donebauer, de Prague, dont on vient de publier le
catalogue, il y a une curieuse lettre de Liszt au
docteur Benfey, auteur d'une brochure intitulée :
Beethoven et Liszt. « Il y a cinquante ans, écrit Liszt,
je voyais souvent au Jardin des Plantes, à Paris,
un inoffensif petit épagneul enfermé dans la même
cage qu'un grand lion de l'Atlas. Et je me suis
rappelé ce souvenir de mon enfance en voj'ant
mon nom accouplé sur la couverture de votre livre
à celui de Beethoven. J'ai revu l'épagneul tenant
compagnie au roi des forêts. »
L'Opéra de Munich prépare une reprise d'Utltal
de Méhul. C'est dans cet ouvrage que, voulant
donner à son orchestre le caractère grave et
mélancolique que comporte le sujet, Méhul
imagina de supprimer les violons comme trop
brillants et d'un trop riche éclat. Deux parties
d'altos divisés tiennent lieu dans tout le cours de
l'ouvrage des parties de premiers et seconds
violons. Uthal, ]OMé en 1S06 au ThéâtreFeydeau,
n'a plus guère été joué depuis lors qu'en i823, où
l'on en donna quelques représentations à l'Opéra-
Comique.
M. Nestor Massart, l'ancien premier ténor delà
Monnnie, vient de quitter Bruxelles pour se
rendre au Caire, où l'appelle un brillant engage-
ment au Théàtre-Khédival. Il aura pour chef d'or-
chestre un autre de nos compatriotes, M. Alexan-
dre Lagye, qui conduisait naguère l'orchestre de
rAlcazar,à l'époque déjà lointaine de la direction
Humbert.
Par testament mystique en date du 27 juillet 1887,
M"ie Elisabeth-Barbe Lamarche, veuve de M. F.
J. B. Dumont, rentière à Liège, dispose notam-
ment comme suit :
Art 4. « Je lègue à la ville de Liège la somme
de cent mille francs, à charge par elle, à l'aide des
revenus de cette somme, de faire exécuter de la
musique dite de chambre (trio, quatuor, quintette),
des meilleurs auteurs, dans le but de propager le
goût pour te genre de musique.
» Ces concerts, dont l'entrée devra être gratuite,
866
LE GUIDE MUSICAL
seront organisés au moyen de l'Intégralité desdits
revenus, par les soins de la commission adminis-
trative et du directeur du Conservatoire. »
Un arrêté royal en date du 8 octobre 1894
autorise le conseil communal de Liège à accepter
le legs repris ci-dessus.
Considérant, toutefois, qu'il ne s'agit pas, dans
l'espèce, d'une fondation en faveur de l'enseigne-
ment artistique qui se donne au Conservatoire de
musique, mais seulement de l'institution de con-
certs gratuits ayant pour objet d'encourager la
pratique de l'art musical et de développer le goût
pour cet art, institution répondant aux besoins
d'une grande ville et pouvant, à ce point de vue,
être considérée comme rentrant dans la sphère
d'activité de l'administration communale, l'arrêté
décide qu'il appartiendra à l'autorité communale
de régler tout ce qui est d'intérêt purement local,
l'intervention du personnel du Conservatoire
dans l'organisation desdits concerts ne pouvant
être prescrite à titre obligatoire, mais seulement sous
la forme d'un simple désir auquel il sera loisible à
l'administration compétente de se conformer.
Voilà une bonne aubaine pour la très musicale
ville de Liège.
Souhaitons que ce généreux exemple trouve des
imitateurs ailleurs qu'à Liège.
Le nombre des élèves s'accroissant très sen-
siblement au Conservatoire de Genève, la création
d'une nouvelle classe de piano, du degré supérieur,
a été décidée. Jusqu'ici, cet établissement n'en
avait qu'une, dirigée par Willy Rehberg, le brillant
pianiste et savant chef d'orchestre. Pour cette
nouvelle classe, le comité directeur a choisi
M"^ Janiszewska, qui, au concert classique, en
novembre dernier, avait été très remarquée, pro-
duisant une impression très vive et très profonde.
Elle commencera son professorat le !"■ février
prochain, au début du second semestre.
NÉCROLO GIE
Est décédé :
A Vienne, samedi dernier, Alphonse Czibulka,
le chef d'orchestre et compositeur, dont la musique
de danse surtout était populaire en Autriche-
Hongrie et en Allemagne. Une de ses œuvres,
Stéphanie-Gavotte, composée lors du mariage de l'ar-
chiduc Rodolphe avec la princesse Stéphanie de
Belgique, a fait son tour d'Europe.
Après avoir conduit les orchestres de divers
théâtres en Autriche et celui du Carltheater à
Vienne, Czibulka avait été appelé à diriger la
musique militaire du 19" régiment d'infanterie, à
la tète de laquelle il fit plusieurs tournées artisti-
ques à l'étranger.
Czibulka était Hongrois de naissance. Il meurt
à cinquante-deux ans, laissant plus de trois cents
pièces de musique et quelques opérettes dont plu-
sieurs se sont maintenues au répertoire des
théâtres de Vienne, mais n'ont point passé à
l'étranger.
— On nous prie d'annoncer aux amis et con-
naissances de la famille Schott, que la translation
des restes de M. Pierre Schott de Paris au caveau
de la famille à Ixelles, aura lieu mardi 6 novembre.
On se réunira à la gare du Midi, sans autre avis.
PIANOS ET HARPES
ÉRARD
BRUXELLES : 4, rue Latérale
PARIS : i3, rue du Mail
BREITKOPF & HiERTEL, BRUXELLES
Editeurs, 48, Montagne de la Cour, 45
VIENT DE PARAITRE :
DVORAK. Op. 96, Quatuor à cordes, en /a. . . . Partition net
Parties «
— Op. go, Dumka, Trio pour piano, violon et violoncelle »
VAN DAM. Les Clochettes bleues, Mélodie pour chant ...»
— Pour un seul Mot, chanson pour une voix .... »
VASTERSAVENDTS. Op. g, Deux Etudes de concert, pour piano »
PIANOS BECHSTEIN.
PIANOS BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY
PIANOS D'OCCASION — PIANOS EN LOCATION
LE GUIDE MUSICAL
867
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 28 octobre au
5 novembre : La Traviata. Coppelia. Samson et
Dalila. Werther et Farfalla. Samson et Dalila Roméo
et Juliette. Le Barbier de Séville.
Dimanche, Faust ; lundi, Samson et Dalila. Au premier
jour, Philémon et Baucis. A l'étude : le Portrait de
Manon. La Navarraise. L'Enfance de Roland.
Galeries — Miss Dollar.
Alcazar royal. — Bruxelles sans-gène
CoNCERTS-ScHOTT. — Jeudi 8 novembre, à 8 heures du
soir, séance du Quatuor à archets de Francfort, com-
posé de MM. Hugo Heermann (premier violon) ;
F.Bassermann (deuxième violon); Koning (alto) ; Hugo
Becker (violoncelle). Programme : Quatuor, op 5i,
n" 2, /a mineur (J. Brahms); Sonate pour violoncelle
solo, M. Hugo Becker (Locatelli); Adagio, mi majeur
(Mozart) ; Deux danses hongroises, M. Hugo Heer-
mann (Brahms Joachim) ; Quatuor, op, 59, n" 2, mi
mineur (Beethoven) .
Berlin
Opéra. — Du 28 octobre au 5 novembre : Le petit
Haydn. Hsensel et Gretel Lohengrin. Falstaff. Le
petit Haydn. Hsensel et Gretel Don Juan Le petit
Haydn. Hsensel et Gretel Le Prophète. Haensel et
Gretel. Les Saisons. Les Maîtres Chanteurs de
Nuremberg.
Dresde
Opéra — Du 3o octobre au 4 novembre : Les Fol-
kunger. Freischûtz. Tannhéeuter. Rienzi, Fidelio.
Marseille
Association artistique de Marseille, chef d'orchestre
M. Jules Lecocq. Programme du concert du 4 no-
vembre : I. Ouverture de Freischûtz (Weber): 2.
Concerto de Beethoven pour violon (M"'- Roussillon
Milliet); 3. La Chevauchée des Walkyries (Wagner);
4. Rapsodie Norvvégienne (Lalo); 5 Phaéton, pour
symphonique (Saint Saëns); 6 Mazurka, Wieniiwski
(Mi'« Roussillon-Millieti; 7 Danse slave (Chabrier).
Paris
Opéra — Du 3o octobre au 4 novembre : La Walkyrie
Othello. Faust. Othello.
Opéra-Comique. — Du 3o octobre au 4 novembre :
Manon. Carmen. Falstaff Mignon.
Concerts-Lamoureux. — Dimanche 4 novembre, à
I h. 1/2 Symphonie en ul de Mozart; Air d'Adria-
no I Rienzi), de R. Wagner, chanté par Mme Materna;
Prélude d'Hasnsel et Crepel.de Humperdinck; Ouver-
ture de Sapho, de Goldmark ; Fragments de Tristan
et Iseult, prélude et mort d'Iseult (M^e Materna);
Huldigunge Marsch iR. Wagner).
Concerts-Colonne — Dimanche 4 novembre, à 2 h. 1/4
très précises Première partie : Symphonie' pastorale
(Beethoven); la Marguerite au rouet (Schubert); Mélo-
die orchestrée par M. Ambroise Thomas : M'i'e Mar-
cella Pregi; Peer Gynt, suite d'orchestre (Ed. Grieg).
Deuxième partie : Wallenstein. trilogie (V. d'Indyi :
Caprice arabe, première audition; Scherzo (C. Saint-
Saëns, pour deux pianos, par MM. Louis Diémer et
Edouard Risler; Lamento (G, Fauré); Procession
(C. Franck I, par MUe Marcella Pregi; Deuxième
rapsodie hongroise (F. Liszt), orchestrée par M Mul-
1er Berghaus.
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
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MEMBRE DE L'INSTITUT
Professeur de composition au Conservatoire National de musique et de déclamation
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LE GUIDE MUSICAL
Vienne
Opéra. — Du 29 octobre au 5 novembre : L'Africaine.
I Pagliacci et Puppenfee. Werther. Robert le Diable.
Fra Diavolo. Le Barbier de Séville et Valse Viennoise.
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tion) 20 »
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la voix (2* édition) . . . 10 »
Coh.en, L.. Solfège . . . i5 »
Cuelenaere, P. Méthode
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simultanément dans toutes
■ les clés n "j'i
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Conservatoire. Théoris mu-
sicale (Cours élémentaire).
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Questionnaire ....
Réponses
Dtirand, E. Professeur au
Conservatoire, Solfège élé-
mentaire et progressif, théo-
rique et pratique, avec
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écoles communales, 2° édi-
tion
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Le même, sans accompa-
gnement, 5<' édition.
Cartonnage
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parallèlement avec le sol-
fège précédent ....
— Leçons de solfège, pour
les voix graves d'enfant, cor-
respondant aux exercices
du même solfège ....
— Solfège à deux voix égales
(clé de sol), élémentaire et
progressif, avec accompa-
gnement de piano, inscrit
sur la liste des ouvrages
fournis gratuitement par la
Ville de Paris à ses écoles
communales, 2^ édition.
Cartonnage ....
— Le même, sans accompa
gnement, 3" édition.
Cartonnage ....
— Solfège mélodique et pro
gressif, pour l'étude des
trois clés à'ut usitées, avec
accompagnement de piano,
faisant suite au solfège élé-
mentaire, 2° édition.
fr,
» 75
» 75
6 »
» 3o
2 5o
» 25
Net fr.
Cartonnage . . . . » 3)
Le même, sans accompa-
gnement, y édition ...21
Cartonnage » 2:
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piano(théorique et pratique) 5 )
Duvernoy, H. Professeur
au Conservatoire, 36 leçons
de solfège à changement de
clés (ouvrage couronné par
l'Institut) 3o )
Maury- Renaud Profes-
seur au Conservatoire. Le-
çons de solfège à change-
ments de clés, composées
pourpes e.xamens supérieurs
de chant de la Ville de
Paris I 5c
— Solfège manuscrit à chan-
gements de clés . . . . 6 >
Rougnon Paul, professeur
au Conservatoire. Solfèges
manuscrits à changements
de clefs(enseignement supé-
rieur)suivis dans les classes
du Conservatoire de Paris.
IT volume, 40 leçons, moyen-
nes, difficiles et assez diffi-
ciles, dédiées à M. J. Mas-
senet.
2'= volume, 27 leçons, dédiées
à M. Ambroise Thomas,
3" volume, 29 leçons, dédiées
à Théodore Dubois (diffi-
ciles), ,
4« volume, 3o leçons, dédiées à
M. Ambroise Thomas (diffi-
ciles et très difficiles).
Chaque volume grand f, net 5 «
LE GUIDE MUSICAL
Salle de la Société royale « LA GRANDE-HARMONIE », rue de la Madeleine
TROIS CONCERTS CLASSIQUES
ORGANISÉS PAR
SCH07T TRÈRES, éditeurs, 82, Montagne de la Cour
Ces Séances Musicales, au nombre de trois, se donneront, comme de coutume, dans la Salle de la Société
Royale n La Grande- Harmonie », rue de la Madeleine, aux dates suivantes ;
PREMIÈRE SÉANCE, jeudi, 8 novembre 1894, à 8 heures du soir, avec le concours du célèbre
Quatuor à archets de Francfort, composé de
MM. Hugo Heermann (violon J) . MM Naret, Koning l'ait A
F. Bassermann (violon II) I Hugo Becker (violoncelle)
DEUXIEME SÉANCE, samedi, 24 novembre, à 8 heures du soir, avec le concours de
M'ii' Clotilde Kleeberg, pianiste,
et du trio vocal des Dames hollandaises
(Annette de Jong, Anna Corver et Marie Snyders).
TROISIÈME SÉANCE, samedi, i5 décembre, à 8 heures du soir, avec le concours de
MM. Eug. d'Albert, pianiste et
Ed. Jacobs, violoncelliste, professeur au Conservatoire royal.
Les souscriptions aux trois Concerts seront reçues dès ce jour dans nos Magasins, Montagne de !a
Cour, 82, aux conditions suivantes :
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Le même, sans accomp' (ft in-80) . » 25
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II Novembre 18
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(Suite). — Voir les nos 4^ et 45
(Reproduction interdite)
*^
LE QUATUOR
Depuis le solo non accompagné jusqu'à
l'œuvre lyrique avec orchestre, soli et
chœurs, la composition musicale revêt des
formes très diverses, toutes sujettes à
l'ordre dans leur durée et susceptibles, par
suite, de faire l'objet d'une étude métrono-
mique expérimentale. Mais il est une de
ces formes dont l'examen nous a paru le
moins intéressant et que nous avons exclue
à peu près complètement de nos investi-
gations; c'est la plus simple, celle du solo.
Sans doute, il peut être curieux de noter et
d'indiquer comment tel ou tel grand vir-
tuose comprend et nuance les allures de tel
ou tel morceau; si, dans des exécutions
successives, il reste toujours constant avec
lui-même, ou si, au contraire, il a plusieurs
manières métronomiques. Il ne serait pas
indifférent non plus de comparer, au même
point de vue, les exécutions d'un même solo
par deux virtuoses différents. Toutefois, il
semble difficile de tirer de là autre chose
que la constatation de faits individuels se
prêtant peu à la généralisation.
Il n'en est pas de même pour les œuvres
d'ensemble et particulièrement pour les
œuvres classiques. Ici, nous devenons
d'autant plus sévères que notre culture
musicale est plus avancée. Nous ne tolérons
pas aisément les altérations expressives et
rythmiques du texte. Nous aimons que l'in-
terprète soit chaleureux et communicatif ;
mais nous lui demandons avant tout une
fidélité rigoureuse. Son individualité, par-
fois dominante dans le solo, doit ici s'effacer
à l'arrière-plan. Ses efforts et ceux de ses
collaborateurs convergent vers un but
commun, l'œuvre elle-même, situé en de-
hors et au-dessus de chacun d'eux. On doit
donc attendre, dans ce cas, de l'étude
expérimentale quelque chose de mieux que
la constatation pure et simple de faits indi-
viduels; on peut espérer y découvrir des
phénomènes d'ordre et d'intérêt généraux.
Tels sont les motifs qui nous ont con-
duits à étudier spécialement, au point de
vue de la métronomie d'exécution : 1° les
œuvres classiques de musique de chambre;
2° les œuvres symphoniques ; 3'' les œuvres
13'riques.
Il nous paraît utile d'indiquer tout d'abord
au lecteur, par un exemple isolé, la forme
sous laquelle nous présenterons les résul-
tats de nos constatations. Nous choisirons
le premier temps du Quatuor à cordes de
Beethoven n° XI, op. gS, sans nous préoc-
cuper, quant à présent, d'aucune compa-
raison entre différentes exécutions du
morceau. Il a une étendue totale de i5o
mesures à 4 temps. Allegro cou brio. Il
débute par un thème vigoureux, posé
parallèlement aux quatre instruments :
Après le forte du début (5 mesures), se
succèdent des contrastes très accusés de
douceur et d'énergie, jusqu'à la dernière
rentrée du thème initial page 8 (i). Le fortis-
simo suivant,scandé parles croches figurées
au premier violon et au violoncelle, et
grandiosement accentué sur les temps fai-
bles par le second violon et l'alto, cons-
(i) Partition, édition Peters, no io23 c.
876
LE GUIDE MUSICAL
titue le point culminant du morceau; la
coda s'éteint dans le pp après un dimi-
nuendo sur le thème initial.
Malgré les alternatives des nuances sono-
res qui correspondent aux différents motifs,
le travail thématique est tellement continu
qu'on est porté à assigner d'avance à l'allure
métronomique une assez grande fixité.
Nous aurons probablement à constater,
dans une bonne exécution, des écarts assez
faibles du mouvement autour d'une valeur
moyenne.
Définissons, sur cet exemple, ce que nous
entendons par mouvement métronomique
général d'exécution. L'allégro dont il s'agit
ici comprend i5o mesures à 4 temps (sans
compter l'accord final), et l'exécution que
nous allons citer a duré deux cent quatre-
vingt-six secondes. Il passe donc 600 noires
en deux cent quatre-vingt-six secondes ; d'où
l'on déduit, par un calcul simple, que le
mouvement métronomique général de cette
exécution a été J = 126. Cela veut dire
que l'allure moyenne 126 à la noire étant
mathématiquement observée d'un bout à
l'autre du morceau, sa durée totale serait
précisément de deux cent quatre-vingt-six
secondes.
Mais, de même que l'indication J = 126
inscrite en tête d'un morceau n'obligerait
pas fatalement l'exécutant à s'y conformer
d'une manière rigoureuse à chaque mesure,
de même cette allure ainsi calculée ne
donne qu'une idée d'ensemble des vitesses
observées dans l'exécution. Si donc, au lieu
de nous borner à la durée totale, nous
observons les durées partielles de divers
fragments de l'œuvre et que nous calculions
isolément leurs allures locales, nous devons
nous attendre à trouver des degrés mé-
tronomiques variables, tantôt supérieurs,
tantôt inférieurs à 126.
Ce seront là des mouvements métronomi-
ques locaux, s'écartant plus ou moins de la
moyenne générale.
Comme il serait impossible, — ou du
moins fort difficile, et d'ailleurs peu utile, —
de constater la durée de chaque note ou
même parfois de chaque mesure isolée, on
comprend que ces mouvements locaux
calculés sont eux-mêmes des moyennes ;
mais chacun d'eux s'applique à un nombre
de mesures relativement peu considérable
et caractérise ainsi, exclusivement, l'allure
d'un fragment et non du morceau tout
entier.
Ainsi, par exemple, dans l'exécution qui
nous occupe, nous avons mesuré, à l'aide
d'instruments assez précis, le temps qui
s'écoule depuis l'attaque jusqu'au troisième
temps de la cinquième mesure (A) :
(A) cf=
Cette durée a été de huit secondes. Le
mouvement local du début a donc été
J= i35, tandis que le mouvement général
n'a été que 126.
Le tableau ci-après donne les mouve-
ments moyens observés pour quatorze
fragments différents du premier temps du
m^ Quatuor. Nous espérons qu'après les
explications précédentes la lecture du ta-
bleau sera facile.
PARTITION
Pages
lignes et
nos des
mesures
MORCEAUX
(Beethoven, Xle Quatuor,
op. 95)
Mouvements
métrono-
miques
observés à
l'exécution
Allegro con brio, 4 temps
Noire =
Attaque et 5 mesures forte
fer fragment
i35
2—3—1
sf puis p
2" fragment
120
2—4—1
3 — I 3
3e fragment
120
4e fragment
120
3-4-3
4—4—2
5—2—1
5e fragment
120
6e fragment
126
7e fragment
125
5—5—1
S" fragment
127
6-2-4
7—2—1
7—4—1
8-5-4
8—5
ge fragment
125
loe fragment
129
ne fragment
III
12e fragment
128
i3e fragment
p, sf et grand forte
i36
14e fragment
120
LE GUIDE MUSICAL
877
Comme il était facile de le prévoir, les
mouvements locaux sont restés à l'exécu-
tion peu différents du mouvement général
J =126. Le maximum est J = i36, pour le
l3">« fragment, le minimum J = 1 1 1 pour
le li™« (écarts respectifs 10 en plus et i5 en
moins). On remarquera particulièrement :
I» L'allure de l'attaque J = i35, à laquelle
succède le mouvement très légèrement
plus lent J= 120. Cette nuance n'est point
prescrite par une indication formelle (telle
que piîl lento, rallent., etc.), mais, dans de
pareilles limites, elle est bonne, ration-
nelle, satisfaisante à l'audition (bien que
l'oreille seule s'en rende difficilement
compte). Il est, en effet, naturel et comme
instinctif (nous aurons d'ailleurs l'occasion
de le constater souvent) que le mouvement
se précipite légèrement sur l'attaque pas-
sionnée et forte, puis qu'il se modère
légèrement aussi, mais sans grande altéra-
tion de la carrure générale, sur les mesures
calmes et piano qui suivent.
La concomitance d'une petite accéléra-
tion effective avec les indications dyna-
miques cresc, sfz., etc., et d'un petit
ralentissement avec les dépressions de
sonorité p, pp, dolce, etc., est un phéno-
mène très fréquent.
2° Le point culminant métronomique,
J=i36, pendant le i3^ fragment. Le simple
examen de la partition permettait de con-
jecturer que ce point correspondrait bien
au grand forte de la page 8.
Rien n'est plus simple que de mettre en
évidence, par des mesurages détaillés, la
permanence ou Tirrégularité accidentelle
de l'allure à des passages spéciaux de la
partition, par exemple : lorsqu'un instru-
ment prend momentanément la direction
du quatuor, soit comme soliste absolu, soit
sur un très simple accompagnement des
autres; lorsque, après une altération mar-
quée du mouvement, on doit revenir à
l'allure primitive; lorsqu'une ou plusieurs
parties entrent successivement dans l'en-
semble, etc. C'est dans ces fragments spé-
ciaux que se trahissent surtout les incor-
rections ou que se manifestent, au contraire,
la carrure, la sécurité de l'ensemble, ainsi
que les qualités, les tendances individuelles
des exécutants.
Nous citerons immédiatement quelques
exemples de ces points spéciaux pour bien
fixer les idées du lecteur. Les deux pre-
miers sont tirés des résultats constatés lors
d'une exécution du XP quatuor de Bee-
thoven, op. 95 (celle qui nous a déjà servi
pour le tableau précédent) ; ils sont relatifs
à l'influence exercée sur l'allure générale
par l'arrivée d'un solo de quelques me-
sures.
1" Exemple. — Allegretto ma non trop-
po 2/4 de l'op. g5 (partition Peters, page g,
ligne 5). Pendant environ quatre mesures,
l'alto dit en solo le thème suivant, qui entre
successivement aux autres parties :
Nous avons mesuré isolément les durées
d'exécution : i" de quelques mesures précé-
dant le solo d'alto, fragment (i) ; 2° du solo
lui-même, fragment (2) ; 3° de quelques
mesures suivant le solo, fragment (3). Nous
avons ensuite calculé, comme il a été expli-
qué, les mouvements métronomiques qui se
déduisent de ces durées pour les fragments
(i), (2) et (3); nous avons ainsi trouvé les
allures suivantes :
Fragment (i) J = 65
Fragment (2) solo . . . . J = 60
Fragment (3) J = 63
Ces trois nombres sont tellement voisins
que les différences d'allures qu'ils caracté-
risent sont, en pratique, à peu près insai-
sissables. Ainsi, dans ce cas, l'alto a chanté
librement son thème sans pour cela modifier
d'une manière appréciable la carrure anté-
rieure.
2' Exemple. — Que le lecteur veuille bien
maintenant se reporter à V Allegro assai
vivace ma serioso 3/4 du même quatuor (par-
tition Peters, page 16, lignes 2 et 3). Le
premier violon parle seul, pendant la durée
de deux noires et trois mesures :
878
LE QUIDU MUSICAL
Vlonno I. (1)
^Nous avons mesuré les durées : i" d'un
court fragment (i) précédant le solo ; 2" du
solo du i^"' violon (2); 3° d'un court frag-
ment (3) suivant ce solo. Et nous avons
obtenu :
Fragment (i) ,1=164
Fragment (2) solo . . . . J=i8o
Fragment (3) J = 167
Entre le premier et le dernier de ces
résultats la différence est insaisissable à
l'oreille et les instruments de mesure peu-
vent seuls la révéler. Au contraire, l'allure
du I" violon devenu momentanément soliste
passe de 164 à 180. L'effet, déjà sensible
pour l'auditeur exercé, est bien mis en
relief par le mesurage. Nous nous bornons
ici à le constater, laissant au lecteur le soin
d'apprécier s'il se justifie par le caractère
du morceau ou par les indications de
l'auteur.
3^ Exemple. — Il est tiré, ainsi que le
suivant, d'une exécution du XIV'= quatuor
de Beethoven op. i3i (v. Partition Peters,
vol. I023 d). Le morceau n^ i de ce qua-
tuor. Adagio ma non troppo e molto espres-
sivo (Alla brève), fugué avec intermèdes
libres, débute par un thème douloureux de
quatre mesures exposé tout d'abord par le
premier violon seul. Aux intervalles nor-
maux de quatre mesures entrent successi-
vement le deuxième violon, l'alto et le
violoncelle (nous nous bornons à trans-
crire ici quelques mesures des parties des
violons) :
Nous avons noté d'abord, pendant l'exé-
cution, la durée occupée par le solo entre
les points A et B. Nous avons trouvé que
cette valeur de seize noires durant douze
secondes, il en résultait que le premier
violon dessinait l'allure à J = 80. Comment
au delà de B, cette allure allait-elle être
respectée par le deuxième violon? Il suffisait,
pour s'en rendre compte, de noter le mou-
vement local après son entrée. Or, ce nou-
veau mesurage à donné non plus J = 80,
mais J = 58. L'arrivée de la deuxième
partie a donc occasionné un ralentissement
sensible, mais à vrai dire, pour bien peu de
temps. En effet, après l'attaque de l'alto,
un troisième mesurage du mouvement local
nous donne J = 80, c'est-à-dire l'allure
même du début; et, à partir de ce moment,
l'exécution se maintient au voisinage de 80,
sans qu'on y rencontre aucun ralentisse-
ment au-dessous de J = 76.
4== Exemple. — Celui-ci s'applique à la
fin de V Adagio ma non Iroppo e seuiplice QI4
du XIV'= quatuor (pages 20 et 21 de la par-
tition). Les nuances marquées pour les
deux fragments que nous considérons sont :
cresc, diin., p., più p., inoreiido, p. p. p.
Violino I.
t ?
îtt # \
-P•^^.- ,.
-, ~-^
51
^
\iifti-i\Hi^n-i\^ "irprrfrrrrrrrrrri
*J
cresa.
cresc;
cfesc.
dira.
p àolce
Considérons isolément les mouvements
locaux suivis dans l'exécution, d'abord pour
les trois premières mesures de l'extrait ci-
dessus, de A à B, puis pour les quatre sui-"
vantes, de B à C (trilles du premier violon).
Nous avons constaté que le fragment A B;
a duré treize secondes, et le fragment B C.
en a duré onze; on en déduit que les mou-'
vements locaux ont été respectivement;
J ^ 124 pour le premier et J = 196 pour'
le second. Il y a donc eu accélération très
considérable, alors que les indications de
la partition sembleraient plutôt conseiller
un léger apaisement de l'allure. '\
(A sxd'orc)
H. Alvin et R. Prieur.
LE. GUIDE MUSICAL
879
LETTRES DE RICHARD WAGNER
A
AUGUSTE RŒCKEL
(Traduites par M. Kufferath)
(Suite). — Voir les nos 33, 39, 40, 41, 42, 43 44, et 45.
VIII
A Monsietir Auguste Rœckel,
directeur de musique,
à Wcimar.
Biebrich, 6 mars 1862.
Tu peux penser, cher ami, que des im-
pressions nombreuses et variées m'assaillent
chaque fois que je pense à notre passé, à ta
captivité et, enfin, à ta libération! Reçois mes
félicitations à propos de cette dernière et laisse-
moi te souhaiter avant tout de pouvoir bien
jouir de ta liberté. Ce que j'entends par là
n'est pas si facile à dire! En tous cas, te
voilà dans une situation enviable : tu reviens
à toi comme après un long sommeil d'hiver;
tes forces sont reconfortées et conservées dans
toute leur fraîcheur, grâce à ta nature si mer-
veilleusement vigoureuse ; tu as beaucoup
souffert, mais tes souffrances peuvent te
paraître des rêves; ils n'ont rien modifié en toi,
non seulement tu es resté semblable à toi-
même, ainsi que me l'apprend ton exposé im-
primé, mais encore tu as conservé le désir ren-
forcé de reprendre les choses au point où tu les
avais laissées. C'est là un véritable prodige, et
il ne peut me venir à l'esprit de te plaindre,
parce que je ne saurais pas par où commencer.
Puisque tu as choisi ouvertement l'agitation
politique comme le champ de ta nouvelle
activité, tu dois être, — logiquement, — plein
d'espérance au regard du dehors et de la tour-
nure des choses dans le monde : dans de telles
conditions, les soucis de famille et de situation
doivent te paraître secondaires; tu as besoin
de relations nombreuses avec les hommes et
tu peux en avoir autant que tu voudras :
bref, tout ce qui m'est à charge à moi, tout ce
que je fuis par principe, tu dois le rechercher ;
la fraîcheur de sentiment que tu as pu con-
server par de si longues privations te sauvera
d'un dégoût trop prompt. Je te suivrai donc
avec un vif intérêt et je me réjouirai de ce
qu'un cerveau aussi éclairé, un caractère aussi
entier que le tien se mettent aussi vigoureuse-
ment au service d'une action que je crois très
nécessaire, seulement je ne me sens pas la
moindre vocation d'y prendre part moi-même.
Quand j'aurai ajouté que je ne demande plus
rien au monde que de me laisser en repos, de
me donner le seul bonheur qui me convienne,
la tranquillité et le calme intellectuel indis-
pensables pour pouvoir travailler, que je
renonce à toutes relations quelconques avec
les hommes, qu'un domestique dévoué et un
chien sont mes seuls compagnons et que leur
compagnie me suffit, que je puis — à l'excep-
tion d'un ami véritablement intelligent (que je
fête comme un ange) — vivre ainsi très bien
sans demander ni devoir rien à personne, — tu
comprendras à peu près quel sentiment étrange
j'éprouve en te voyant entrer de nouveau
dans les rangs d'un parti politique et t'enrégi-
menttr d'humeur joyeuse avec un tas de
cerveaux creux et de goujats de toute espèce.
Mais — c'est ton affaire !
Afin de te donner quelques renseignements
à mon sujet, sache que je viens, au prix
de mille peines, de m'installer ici pour quel-
ques mois, pendant lesquels, dans la tran-
quilité et la plus absolue retraite, je veux ter-
miner un nouveau travail (i). Ma femme,
venant de Dresde, m'a fait la surprise de venir
aider à mon installation; elle est restée dix
jours; ta lettre m'est arrivée au début de son
séjour ici. Au demeurant, je compte ne plus
entrer qu'aussi rarement que possible en rela-
tions avec notre monde artistique et nos
théâtres; peut-être réussirai-je ainsi à obtenir
ce que tu devais à ta captivité et ce qu'une
visite au théâtre de Weimar t'a si promptement
enlevé, à savoir : d'avoir du monde et de ce
qu'il produit une idée meilleure qu'il ne mérite.
En un mot, je cherche à me créer une sorte
de prison, à m'enfermer dans une sorte de
système cellulaire; tu peux croire que ma
captivité ne sera pas plus volontaire que la
tienne ne l'a été ; il n'y a pas grande diffé-
rence dans la contrainte. Une contrainte
brutale, comme celle que tu as subie, peut
même être plus favorable à un tempérament
musculaire que ce qui m'impose cette claustra-
tion. Je ne nie pas, d'ailleurs, que, vraisembla-
(i) Wagner fait allusion évidemment aux Maîtres Chan-
teurs,qyà furent composés, en majeure partie, à Biebrich.
880
LE GVIDE MUSICAL
blement, je me Serais soumis d'aussi mauvais
gré que toi à la contrainte que tu as eue
à subir; plus d'une fois, il est vrai, j'avais le
désir de te voir te délivrera tout prix, et j'ai
conseillé ouvertement aux tiens de remplir
toutes les formalités nécessaires à cet effet. Je
vois, aujourd'hui, que tu ne l'aurais pas pu et
je t'avoue mon entière admiration pour ta
vaillance vis-à-vis de tes bourreaux. Evidem-
ment, la conscience suffit à ta récompense.
Mais si tu veux faire désormais de la poli-
tique, je suis curieux de voir comment tu t'y
prendras. Ce qui me semblerait le plus intel-
ligent, ce serait de te voir chercher à entrer
quelque part au service d'un Etat libéral , parce
que j'en suis arrivé à croire qu'il n'est pas pos-
sible d'être utile dans le domaine de la politique
autrement que par des voies essentiellement
pratiques, c'est-à-dire en ayant le pouvoir en
main. Finalement, c'est à cela que tout
aboutit, puisqu'on apparence tout au moins
il s'agit uniquement, en s'attachant aux be-
soins les plus urgents, de procéder de temps
à autre aux améliorations nécessaires sans
lesquelles il ne peut y avoir que confusion et
arrêt total. Etre politique, suivant ce que m'a
appris l'expérience, c'est se borner à n'envisager
toujours que ce qui est possible, car c'est la
seule façon de réussir; toute action politique
qui ne réussit pas est un pur non-sens. Les
« idées » appartiennent au domaine de la phi-
losophie et non pas au gros de l'humanité, pour
qui toute pensée élevée devient aussitôt une
superstition ou une folie.
Maintenant, j'espère que nous aurons bien-
tôt l'occasion de nous revoir enfin : une excur-
sion vers l'Est n'est pas pour moi inimagi-
nable, et volontiers je m'arrêterais alors à Wei-
mar. Je souhaite qu'à cette occasion tu me
trouves entièrement semblable à ce que j'étais
autrefois, et même plus accessible à l'Espé-
rance et à la Foi au progrès que je ne vou-
drais me le souhaiter : c'est qu'après tout, on
reste toujours un âne. — Pour le moment, je
suis heureux d'avoir devant moi un travail qui
me procure un peu de joie. — Dieu ! si j'étais
seulement en plein cœur de l'ouvrage! Sois
encore une fois remercié pour ton aimable
lettre et ne te méprends pas sur mes sentiments.
Je suis un être souffrant, rien de plus. Adieu!
Je te souhaite cordialement la bienvenue parmi
les bipèdes, et je te prie de croire à l'envie sin-
cère avec laquelle je te contemple! Mes meil-
leures salutations aux tiens !
Ton Richard Wagner.
IX
Monsieur Auguste Rœckel,
directeur de musique
(au théâtre de la Cour),
à Weiniar.
Biebrich s/Rh., le 5 avril 1862.
Très cher ami,
J'ai chez moi un jeune musicien très bien-
doué, dont j'attends quelque chose et qui m'est
attaché avec un dévouement touchant : il serait
heureux pour la vie, s'il avait un vrai et bon
poème d'opéra. Je lui ai parlé de Wieland (i)
Dis-moi, grand politique, songes- tu sérieusement
à redevenir jamais un compositeur d'opéra ?
Franchement, je n'en crois rien ! Tu ne m'as,
du reste, plus rien dit de ce projet de poème.
J'en conclus que tu ne le composeras pas, que
quelque chose t'arrête. En tous cas, il suffirait
à mon jeune ami de pouvoir s'essayer comme
musicien sur un sujet poétique. Donc, le cœur
sur la main, si ^u ne penses plus à composer
Wieland, je te prie de me renvoyer ici le ma-
nuscrit le plus tôt possible. Tu m'obligerais
infiniment, si mes suppositions sont exactes.
Penses-y, réfléchis et décide-toi.
J'ai l'impression que tu as dû prendre mal
ma dernière lettre. Tu aurais tort. J'étais juste-
ment à ce moment d'une humeur atroce. Main-
tenant, cela s'éclaircit peu à peu. Je souffre
d'un mal ancien, qui dévore inutilement la
moitié de mes forces.
Mais assez de cela. Ma femme vient de
m'obtenir amnistie pleine et entière à Dresde.
Je n'en reste pas moins ici, je m'y suis installé
très agréablement et je jouis — pour le moment
— d'un repos admirable pour le travail. Le
travail est pour le moment le despote de ma
vie ; à tous les points de vue, intérieur et exté-
rieur, il est pour moi la chose la plus néces-
saire, sans laquelle je ne saurais subsister. Je
ne sais véritablement pas où décrocher un
thaler, si, l'hiver prochain, je ne suis pas prêt
avec quelque chose de nouveau « pour les*
théâtres ». Ne me juge actuellement que d'aprèSf
cette nécessité!
Ecris-moi ou plutôt viens toi-même jusqu'ici.
De tout l'été, je ne bougerai pas d'une semelle,
je le dois!
Porte-toi bien ! Salue les tiens de ma part e1
fais que j'apprenne bientôt de bonnes nouvelles
de toi !
De cœur Ton R. Wagner.
(i) Il s'agit de Wieland le Forgeron, esquisse -poat ûl
drame que Wagner avait écrite en 1847 et qu'il ne déve
loppa jamais. L'exquisse a été réimprimée dans lei
Gcsammelte Schriflen, tome III, page 211 .
LE GUIDE MVSICAL
Cbvonique oe la Semaine
PARIS
Beethoven, Schubert, Ed. Grieg, Vincent
d'Indy, C. Saint-Saëns, G. Fauré, César Franck,
F. Liszt, tels étaient les compositeurs figurant
I sur le programme du quatrième Concert-
Colonne du dimanche 4 novembre ! Concert
éclectique s'il en fut et rendu encore plus inté-
i ressant par la première audition du Caprice
! arabe pour deux pianos, de C. Saint-Saëns !
1 Cette admirable scène de la vie rustique que
! Beethoven a mise en musique sous le titre de
Symphonie pastorale est une réponse triom-
phante à ceux qui se déclarent ennemis de
toute musique descriptive ou à programme.
Qui pourrait trouver à redire à cette peinture
émouvante des sensations à l'aspect d'un riant
paysage, du murmure du ruisseau qui jase en
courant sur les cailloux, du chant des oiseaux,
de ces ébats campagnards, sorte d'imitation
de la danse nationale du peuple autrichien et
rappelant la tumultueuse kermesse de Rubens
au musée du Louvre, de cet orage, véritable
chef-d'œuvre de musique pittoresque, et enfin
de l'hymne de reconnaissance des paysans
après le retour du beau temps. « Voilez-vous la
face, — s'écriait Berlioz dans son beau volume
A travers chants, — pauvres grands poètes
anciens, pauvres immortels; votre langage
conventionnel si pur, si harmonieux, ne saurait
lutter contre l'art des sons ! »
L'orchestre Colonne n'a peut-être pas détaillé
avec toute la précision nécessaire les beautés
de ce poème champêtre. Il a pris largement sa
revanche dans la Suite d'orchestre, Peer Gyitt,
écrite par Edouard Grieg pour le drame
d'Ibsen. Les quatre parties de cette suite sont
peu développées ; mais elles sont absolument
charmantes dans leur concision. Voici encore
de la musique descriptive et de la bonne ! Le
Matin débute par un motif dessiné par les
instruments à vent et repris fortissimo par les
cordes; les sonorités en sont délicieuses. Dans
la Mort d'Aase, c'est le même thème, sorte de
marche funèbre avec les cordes en sourdine,
qui passe par toutes les nuances du piano et
au forte et dans lequel on distingue à la péro-
raison de curieuses harmonies : épisode réelle-
ment émouvant du drame d'Ibsen. La Danse
d'Ânitra débute par un bruissement de trian-
gle; puis une partie des cordes en piszicati
accompagne le motif de ballet fort gracieux,
exécuté par les premiers violons. Enfin, les
Kobolds poursuivent Peer Gynt dans un mou-
vement vertigineux et l'auteur a rendu cette
poursuite avec un véritable bonheur. Grand
succès pour l'œuvre et pour l'interprétation. La
Mort d'Aase a été bissée.
La Trilogie de Wallcnstein de Vincent
d'Indy n'a pas été moins goûtée, et le public a
su reconnaître une fois de plus la maîtrise du
jeune compositeur; nous n'avons pas à rappeler
les qualités de cette œuvre, qui ont été déjà
longuement énumérées dans le Guide musical.
Bien qu'indisposée, la charmante cantatrice
M"'^ Marcella Pregi a donné une expression
charmante à la Marguerite au rouet de Schu-
bert, au Lamento de G. Fauré et à la Proces-
sion de César Franck. Elle devrait nous faire
entendre plus souvent les lieder si personnels
de G. Fauré, de Brahms, de Schumann, de
Franck. Il y a là une mine inépuisable de
trésors à exploiter ; — le public lui en serait
reconnaissant.
MM. Diemer et Risler ont enlevé magistra-
lement le Caprice arabe de C. Saint-Saëns,
qu'on entendait pour la première fois, et le
scherzo du même compositeur, que les deux
virtuoses avaient déjà exécuté aux Concerts-
Colonne. On a retrouvé toute la science et la
fantaisie de l'auteur des Poèmes symphoniqiies .
dans la manière de traiter les sujets recueillis
par lui dans la blanche Alger ou dans la vallée
de la Mitidja. Sans avoir peut-être la valeur de
certaines pages antérieures, le Caprice arabe
a plu; on a reconnu tels motifs langoureux,
rappelant la danse des aimées, que le composi-
teur a su varier sans lasser l'attention des
auditeurs ; et les virtuoses ont fait valoir leur
talent, notamment dans un passage à contre-
temps, qui ne semble pas avoir été écrit pour
des élèves de première année.
Le concert se terminait par la Deuxième
rhapsodie hongroise duF. Liszt, orchestrée par
M. MuUer-Berghaus, C'est presque toujours,
selon nous, une grave erreur de transporter à
l'orchestre des œuvres écrites spécialement
pour le clavier. Ainsi, dans la Deuxième rhap-
sodie, certaines brutalités qui pouvaient, à la
rigueur, s'expliquer au piano, deviennent
insupportables à l'orchestre. Le public a paru
partager cet avis, en se pressant de quitter la
salle avant la conclusion de cette débauche de
sons, qui rappelle les danses échevelées en
honneur dans plusieurs établissements qui
S82
LE GUIDE MUSICAL
n'ont lien de commun avec l'Académie natio-
nale de musique. Hugues Imbert.
Dimanche dernier, concert extraordinaire au
Cirque d'Eté, avec le concours deM°"= Materna.
La célèbre cantatrice viennoise a débuté par
l'air d'Adriano de Rienzi, morceau de facture
italienne, peu intéressant, que le public a
écouté sans trop d'impatience, parce qu'il est
signé : Wagner, mais que M. Lamoureux fera
bien de laisser dormir définitivement au fond
de ses cartons. Il a mieux, beaucoup mieux à
nous offrir, surtout dans un concert spécial
avec tarif extraordinaire.
]y[me Materna s'est fait entendre une seconde
fois dans Tristan et Iseult. Après une excel-
lente exécution du prélude par l'orchestre, elle
a interprété la magnifique scène de la mort
d'Iseult avec un sentiment profond des nuan-
ces, une diction parfaite et une intelligence
supérieure du drame w^agnérien.
Malheureusement, ces qualités n'ont fait que
rendre plus sensibles encore la faiblesse de sa
voix, les défaillances de son organe. M™f^ Ma-
terna fut une tragédienne lyrique remarquable;
aujourd'hui, ses moyens l'abandonnent, et il
ne reste plus guère en elle que l'âme d'une
grande artiste. Le public a néanmoins ap-
plaudi avec frénésie; ses applaudissements,
toutefois, semblaient être plutôt les marques
d'une admiration rétrospective.
C'est avec un nouveau plaisir que nous
avons entendu l'ouverture de Sapho, de Gold-
marck. Ce plaisir, cependant, n'a pas été
sans mélange. Comme à la première audition,
nous avons reconnu dans cette page la griffe
puissante d'un musicien supérieur, doué d'une
haute inspiration, en même temps que rompu
à toutes les difficultés de la science musicale.
Cette fois, mieux familiarisé avec l'œuvre, nous
avons pu nous rendre un compte plus exact
de la façon dont elle a été interprétée. Si l'or-
chestre, dans son ensemble, mérite de grands
éloges, on ne saurait en dire autant des deux
solistes, le cor anglais et le violon, qui tous
deux, le premier surtout, ont joué sans netteté,
sans précision et parfois sans justesse. Voilà
deux artistes qui ne font guère honneur à leur
chef.
M. Lamoureux a eu l'heureuse idée de nous
faire entendre un fragment de Hdnsel et Gre-
iel, de M. Engelbert Humperdinck; il en a
choisi le prélude. C'est im morceau très inté-
ressant, quoique d'un caractère très diflicile.à
définir, qui tient le milieu entre l'opéra et l'opb-
rette et qu'on dirait écrit par Wagner avec la
plume d'Offenbach ou vice-versa.
Le concert avait débuté par la Symphonie
en ut majeur de Mozart que M. Lamoureux, à
notre humble avis, dirige d'une façon trop
carrée, trop métronomique. On désirerait un
peu plus d'abandon, de laisser-aller dans l'in-
terprétation de la musique de Mozart.
Enfin, pour terminer la séance musicale, on
nous a fait entendre une marche de Wagner,
Hiildiguiîgs Marsch, au rythme martial, et
que M. Lamoureux a fait exécuter — cette fois
à juste titre — avec une précision, une correc-
tion mathématiques. Ernest Thomas.
Ayant engagé, pour son dernier concert,
Mme Materna, chanteuse à la voix ruinée,
M. Lamoureux en a profité pour élever le priX:
de ses places à un diapason extraordinaire (les
moins chères étaient de 3 francs !) et pour refu-
ser à un certain nombre de nos confrères de la
presse parisienne et à l'un de nos collabora-
teurs de modestes entrées de promenoir. Est-ce
que les bêtises de l'année dernière vont recom-
mencer, et M. Lamoureux veut-il se brouiller
avec ceux qui ont fait le succès de ses con-
certs ?
D'ailleurs, son calcul mercantile a été déçu.
Ee beau soleil, la douceur de la température
avaient détourné beaucoup de personnes d'aller
subir un bain de vapeur au Cirque d'Eté. Nous
avons compté aux premières un certain nom-
bre de places vides, et l'on aurait pu caser sans
peine au promenoir tous ceux à qui M. Lamou-
reux en avait refusé l'entrée.
Au cours de la séance annuelle de l'Acadé-
mie des beaux-arts, qui a eu lieu le samedi
3 novembre et dans laquelle a été exécutée la
cantate Dapliné, de M. Rabaud (poème de '
M. Raffalli), qui a remporté le premier grand I
prix de composition musicale, M. le comte
Delaborde a fait la lecture d'une notice sur la .
vie et les œuvres de Charles Gounod.
On n'attache pas d'ordinaire une grande im- ■
portance à ces sortes de panégyriques, où i;
l'éloge du défunt est de règle absolue, où là :
moindre critique à son adresse est rigoureuse-
ment prohibée. Cette notice satisfait en tous i
points aux conditions du genre, mais elle ren-
ferme un passage qui vaut la peine d'être si-
gnalé ; le voici :
La sincérité! Elle est, je l'ai dit déjà, l'essence
même du génie de Gounod, comme elle était en
principe aux yeux du maître la condition nécessaire
de toute œuvre d'art, la loi primordiale imposée à
tout artiste. De là sa profonde aversion, en matière-
musicale, pour les artifices de l'esprit de s)'Stème,
pour les pêdantesques ruses tendant à déguiser
LE GUIDE MUSICAL
883
l'indigence de l'invention sous des formes surchar-
gées et ne réussissant en réalité qu'à rendre, comme
il disait, la musique « irrespirable ». En face de
certaines entreprises tentées de nos jours, en ce
sens, — si contrairement d'ailleurs aux inclinations
mêmes et au passé de notre art national, — il ne
se tenait pas, surtout quand les coujiables étaient
au début de leur carrière, de donner à ceux-ci ou
à leurs dupes de sévères avertissements. Lui,
d'ordinaire si bienveillant pour tous, si prompt à
reconnaître le talent même à l'état de lueur et à
l'encourager, quelque novice qu'il fût encore, il se
montrait en pareil cas sans pitié, «Ah! jeunes gens,
s'écriait-il naguère en s'adressant à ceu.x qui, sous
couleur de progrès scientifique, essayent de faire
prévaloir cette religion du néant, jeunes gens qui
repoussez la doctrine des maîtres comme un joug
humiliant pour votre individualité ombrageuse et
qui vous jetez à la remorque du premier charlatan
venu! je vous connais et je sais ce que vous vou-
lez : vous ne visez qu'à l'efiet personnel. Ce n'est
pas votre art qui vous possède, c'est votre moi.
Vous vous souciez bien moins d'être que de paraî-
tre, et la passion qui vous anime n'est rien de plus
que le caiichemar de votre propre succès.
Cette citation, que M. Del aborde approuve
et admire, est extraite de l'étude sur Mozart
écrite par Gounod et lue par lui à la séance des
cinq académies, en octobre 1882.
Le charlatan dont il est ici question n'est
autre que Richard Wagner. Gounod se sentait
vieillir; l'échec successif de ses derniers opéras
avait aigri son caractère; il comprenait que
Faust n'avait plus le pouvoir de satisfaire les
générations futures et disparaîtrait peu à peu
devant l'idéal nouveau. C'est alors que dans un
moment de dépit il lança l'épithète de charlatan
à celui dont les œuvres commençaient à con-
quérir la faveur du public français. Il n'eut pas
la franchise de citer le nom de Wagner. Mais la
phrase tout entière, à n'en pas douter, s'ap-
plique à lui ; autrement elle n'aurait pas de
sens, et le panégyriste de Gounod, qui la con-
sidère comme un véritable manifeste, ne l'aurait
point citée.
En prononçant ces mots, le maître a com-
mis une maladresse, expliquable après tout, de
la part d'un auteur sur son déclin et qui recon-
naît son impuissance à lutter contre la nou-
velle école. Mais M. Delaborde, qui n'avait
point les mêmes motifs pour rééditer ces
paroles, eiit agi prudemment et fait preuve de
bon goût en les passant sous silence. E. Th.
A l'Opéra, l'ajournement de Tristan et Iseiilt
est bien définitivement décidé, et c'est Taiiii-
hœiiser qui sera repris au printemps prochain.
La nouvelle est confirmée d'une façon offi-
cielle.
Les admirateurs autorisés du maître alle-
mand ainsi que la presse ont influencé la
direction dans son choix définitif et fait re-
mettre à plus tard l'épreuve de Tristan et
Iseult.
MM. Bertrand et Gailhard étaient, du reste,
d'avis qu'il était plus rationnel de monter
d'abord Taniihœuscr, auquel ils avaient pri-
mitivement songé.
«$1
La Société chorale d'amateurs, fondée par
M. A. Guillot de Sainbris et dont le président
est aujourd'hui M. Ed. Guinant, va reprendre
ses séances hebdomadaires, 20, rue Saint- La-
zare, à partir du mercredi 14 novembre. Les
études seront, comme par le passé, dirigées
par M. A. Maton.
»$•
M. Charles Lefebvre vient d'être nommé
professeur de la classe d'accompagnement du
Conservatoire, en remplacement de M. Benja-
min Godard, que sa santé a forcé à s'éloigner
de Paris.
A rOpéra-Comique : Mii« Nikita, qui a fait
une récente apparition dans Mignon., vient de
renouveler son engagement avec M. Carvalho.
Elle doit faire prochainement une tournée en
Russij et en Allemagne, après quoi elle fera sa
rentrée à l'Opéra-Comique dans Lakmé.
BRUXELLES
EU brillante reprise du Barbier de
Séville, à la Monnaie, il y a huit
^ jours. Décidément, nos chanteurs ne
sont plus formés pour exécuter cette légère et
spirituelle musique, dont les ans n'ont pu
éteindre la jeunesse et la vie. M. Bonnard,
dans le rôle d'Almaviva, ne s'est pas montré
meilleur que son prédécesseur, M. Leprestre;
l'on ne s'attendait pas, d'ailleurs, à l'y voir
réussir, sa voix n'ayant aucunement la sou-
plesse que réclame la musique rossinienne.
M. Ghasne, en Figaro, a manqué, ainsi que
la saison dernière, de légèreté comme chanteur
et comme comédien. M. Sentein fait un
Basile bien sombre, d'exécution bien appuyée.
M. Gilibert a paru en progrès dans le rôle de
Bartolo ; il y a mis plus de naturel que précé-
demment, et, bien en voix, il s'est réellement
distingué dans la partie musicale de sa tâche.
Mlle Mérey, qui eut de si remarqués débuts
dans Mireille, n'a pas réussi au même degré
dans le rôle de Rosine. Elle n'a pas toujours
fourni une exécution très siire des vocalises,
souvent de mauvais goilt, que, sous prétexte
de virtuosité, on lui a fait introduire dans la
884
LE GUIDE MUSICAL
partition du maître italien; comme si les inévi-
tables Variations de Rode, intercalées dans la
leçon de chant, ne devaient pas suffire à don-
ner satisfaction aux amateurs — en est-il
encore? — des roulades à jet continu. Cela
manquait d'assurance et de netteté dans le
rythme; tantôt les notes se succédaient avec une
précipitation exagérée, tantôt mettaient à se
suivre un retard qui témoignait d'une certaine
timidité à vaincre des difficultés d'ailleurs bien
inutiles. En somme, si Mi'c Mérey ne possède
pas encore toutes les qualités que réclame la vir-
tuosité transcendante, elle a plus et mieux
que cela : elle nous l'a prouvé dans Mireille,
et nous l'attendons dans un rôle qui soit'
comme celui ci, approprié à son jeune et très
réel talent. j, -q^^
A la cinquième représentation de Samson et
Da'lila, M. Casset a repris le rôle de M. Cos-
sira. M. Casset n'a, certes, pas l'habitude des
planches comme M. Cossira, mais son phy-
sique vigoureux, sa voix puissante et énergique
lui ont permis de réaliser aussi bien, si pas
mieux, que son prédécesseur la figure du héros
hébreu. M. Casset a été très bien accueilli.
La Navarraise et le Portrait de Manon
passeront cette semaine.
Le quatuor Heermann, de Francfort, a reçu,
aux concerts Schott et au Cercle artistique, un
accueil extrêmement chaleureux, qu'il doit à
ses belles qualités d'ensemble et de sonorité.
Ce n'est pas la haute noblesse et l'énergie ryth-
mique du quatuor Joachim, — priniiis inter
pares, — ni la virtuosité enflammée du quatuor
Ysaye, mais une distinttion étudiée, correcte,
un peu froide, sans qu'elle manque pour cela
de charme, une perfection de détail indiquant
l'intelligence des matérialités de l'œuvre, sans
aller jusqu'à la compréhension supérieure, spi-
ntuelle et profonde. Aussi M. Hugo Heermann
etsespartenaiies, MM. Bassermann (2= violon),
Naret Konigin (alto, excellent!) et Hugo Bec-
ker, ont-ils surtout réussi dans les œuvres de
demi-caractère, comme le quatuor de Schubert
en ré mineur (posthume), avec ses séduisantes
variations, et le quatuor en la mineur de
Brahms, dont les rythmes berceurs et les har-
monies chatoyantes ont, du reste, un air de
parenté très marqué avec Schubert. Poui' Bee-
thoven, leur interprétation, sans laisser rien à
désirer au regard de la correction et du fini des
nuances, manque cependant d'accent et d'en-
volée. Les artistes francfortois ont fait entendre
en outre, au Cercle, un curieux quatuor de
Verdi, étude intéressante, plutôt qu'œuvre de
maître.
Les deux protagonistes principaux du qua-
tuor, M. Hugo Heermann et M. liugo Becker
I
se sont produits aussi comme solistes. M. Heer-
mann, qui n'est du reste pas un inconnu pour
Bruxelles, puisqu'il est un disciple de son école
de violon et qu'il débuta jadis aux Concerts
populaires, sous la direction de Vieuxlemps (i), a
été très applaudi dans la romance en sol de
Beethoven qu'il a jouée (au Cercle) avec un
très beau son, un style large et pénétrant. Il a
été moins heureux au concert Schott dans un
adagio de Mozart et les Danses hongroises à&
Brahms-Joachim. M. Hugo Becker a fait ad-
mirer, dans une sonate de Locatelli et de
petites pièces d'auteurs divers, l'ampleur du
son qu'il tire de son Stradivarius, la merveil-
leuse siireté de son mécanisme, la pureté et la ;
clarté de ses intonations dans les traits les plus'
difficiles. C'est un violoncelliste tout à fait
remarquable, puissant et délicat tout ensemble, ■
dont la virtuosité pleine de finesse et de goût
n'a qu'un défaut si c'en est un : celui d'être un
peu timide et réservée.
En somme, ces deux soirées ont vivement
intéressé les vrais amateurs de musique.
La Classe des Beaux-Arts de l'Académie
royale a rendu son arrêt dans le concours de
quatuor. Le prix de mille francs a été accordé
à M. J. Jongen, répétiteur au Conservatoire
royal de Liège.
Aujourd'hui dimanche, au Conservatoire,
distribution des prix, suivie du concert tradi-
tionnel des élèves lauréats et des classes d'en-
semble instrumental et vocal.
Au concert du 25 novembre, M. Joachim ■
jouera avec M. Max Pauer la sonate en sol\
majeur de Brahms, l'Adagio de son propre'
concerto pour violon, la Barcarolle de Spohr, ,
et comme dernier numéro,la suite en mmajeur.i
Le pianiste P. Litta donnera prochainement
trois séances de musique de piano. La pre-
mière sera consacrée à Schumann, la seconde
à Beethoven, et la troisième aux œuvres roman-
tiques et modernes.
Ces trois auditions sont fixées au 3o no-
vembre, i3 décembre et 10 janvier, et elles'
auront lieu le soir à 8 heures et quart, à la
.salle Ravenstein.
M. Demest, professeur de chant au Con-
servatoire royal de Bruxelles, vient d'être
nommé, en la même qualité, à l'Ecole de mu-
(i) Rappelons à ce propos la notice que notre colla-
borateur Hugues Imbert a consacrée à Hugo Heermann,
dans le Guide musical, n" 5i du 17 décembre 1893.
LE GUIDE MUSICAL
885
sique de Saint-Josse-ten-Noode-Schaerbeek.
Les cours de chant se donnent à l'Ecole
moyenne, rue Traversière, i5, les mardis et
vendredis, de 7 h. 1/2 à 9 heures du soir.
Un arrêté ministériel vient de prescrire à
dater du 1" janvier prochain, la réduction à
quarante-deux du nombre des musiciens gagis-
tes élèves et soldats dans les régiments d'infan-
terie.
Pour la cavalerie, les musiques, à l'exception
toutefois de celle du premier régiment des
guides, seront réduites au chiffre de trente-
quatre exécutants, y compris les trompettes et
élèves- trompettes et non compris le trompette-
major.
Les généraux d'infanterie et de cavalerie
sont chargés de veiller à ce que ce nombre ne
soit dépassé sous aucun prétexte.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — A LaHayc, le Théâtre-
Royal français nous a donné une excellente
représentation de la Juive, où M""' Barety a été
remarquable et où le ténor M. Renault a eu un
très grand et très légitime succès. Avec sa belle
voix, il nous a donné un des meilleurs Eléazars
que nous ayons entendus depuis de longues années
et c'est un chanteur qui a de grandes et rares qua-
lités. Pas de chevrotement, pas d'exagération de
sentiment, pas d'efforts. Il chante avec goût, pro-
nonce clairement; son succès grandit à cha<iue
représentation, et la direction a eu la main heu-
reuse en s'attachant un artiste de pareille valeur.
Nous avons eu les débuts de M'''^ Duval-Erard,
dans Faust et Mireille, qui, sans égaler ni M" ' Mar-
colUni, ni surtout M™ Cognault, a reçu un accueil
très sympathique,
A Amsterdam, l'Opéra-Français de La Haye n'a
encore attiré jusqu'ici qu'un public très restreint,
à cause de la concurrence des deux Opéras-Néer-
landais, qui non seulement se dévorent entre eux,
mais qui remuent ciel et terre pour arriver à
rendre impossible dans la capitale les représenta
tiens « françaises ». Le plus fâcheux, c'est que ces
trois entreprises vivent sur le même répertoire.
Les directeurs des deux Opéras-Néerlandais, au
lieu de donner des ouvrages allemands, flamands
ou néerlandais, s'obstinent à ne d onner que des
ouvrages français, avec des traductions impos-
sibles.
Au Concertgebouw, M. Kes nous a fait entendre
une chanteuse de Dresde, M'"^ Schmidt-Czyani,
une Liedei'sàiigeyiu qui a du talent, une jolie voix, et
qui dit bien. Le choix des Liedev qu'elle a chantés
et qui appartenaient presque tous à la nouvelle école
allemande, n'a point paru du goût du public néer-
landais. En revanche, M. Timner, le concert-
meister de l'orchestre dirigé par M. Kes, a été
acclamé, après une exécution magnifique du con-
certo de Mendelssohn. C'est un violoniste de pre-
mier ordre. Dans^l'ouveiture d'Eg-ozo/îMe Beethoven
et les autres ouvrages symphoniques, l'orchestre
s'est surpassé.
Le concert donné par M Siegfried Wagner,
dans la grande salle du Concertgebouw, n'avait
attiré qu'un public très restreint, mais le jeune
capellmeister a été accueilli avec une sympathie
extrême et a reçu un accueil on ne peut plus en-
courageant. Il a eu la bonne fortune de diriger
l'orchestre formé par M. Willem Kes, un orchestre
do premier ordre, qui connaît et possède à fond
les œuvres de Wagner et de Liszt. Pour pouvoir
apprécier plus complètement les dispositions direc-
toriales de M. Siegfried Wagner, nous aurions
voulu qu'il dirigeât un ouvrage nouveau, joué par
l'orchestre pour la première fois. Ce n'est évidem-
ment que partie remise.
La Société Excelsior a organisé un concert à la
mémoire des victimes de Lombock et au profit
de leurs familles, sous la direction de M. Henri
Viotta. Il nous a donné une très bonne exécution
du Requiem de Berlioz et une exécution superbe
de l'admirable marche funèbre du Crépuscule des
dieux de Richard Wagner, une des marches funè-
bres les plus imposantes qui ait jamais été com-
posées, et qui a produit, comme toujours, la plus
vive impression.
Il me reste à vous parler d'une séance vocale
donnée par M"''^ Corner, de Jong et Snyders, qui
se sont constituées, depuis quelque temps, en trio
vocal, sous le nom de Trio hollandais, et se sont fait
entendre dans plusieurs villes allemandes. Vous
pourrez les juger prochainement à Bruxelles,
dans un des concerts Schott. La voix de M"' Cor-
ner et sa manière de dire m'ont fait grand plaisir;
M'I" Snyders a un joli timbre de contralto; j'aime
moins M}^^ de Jong, dont l'éducation vocale n'est
pas encore mûre. Dans les ensembles, dans les
trios et duos chantés par ces trois artistes, il y a
beaucoup d'unité, les nuances sont heureusement
fondues, la justesse laisse peu à désirer. Un chant
populaire a capejla d'Otto Grimm a été particuliè-
rement bien rendu, ainsi que le duo de Brahms,
les Sœurs. Ces trois jeunes artistes néerlandaises
méritent d'être entendues.
Le Wagner-Verein nous promet, pour la fin de
novembre, une représentation de la Walliyrie, au
Nouveau Théâtre Communal, avec le concours de
Mlles Termina (Brunnhilde), Wittich (Sieglindc),
MM Georges Anthes (Siegmund) et Cari Perron
(Wotan). L'orchestre sera dirigé par M. Henri
Viotta et les décors doivent venir de Vienne. Un
véritable événement artistique ! La seconde audi-
tion du Wagner-Verein se composera de Siegfried
ou de Tristan et Iseult.
M. VauderLinden a l'intention de monter, cet
LE GUIDE: MUSICAL
hiver, Hansel et Greiel de Humperdinck; pourvu
que la traduction soit plus « écoutable » que celle
des opéras français! Ed. de H.
ANVERS. — La direction du Théâtre
lyrique flamand se montre d'une activité
qui mériterait d'être mieux secondée par notre
public. Depuis le début de la campagne théâtrale,
nous avons eu deux nouveautés : Euryanihe, de
Weber, et Czar et Charpeidier, de Lortzing.
Pendant que se poursuivent les études de l'opéra
de Kreutzer, Une Nuit à Grenade, on a repris les
deux succès de l'hiver dernier : Freyscliûtz- et le
Vaisseau-Fantôme. C& dernier opéra paraît spéciale-
ment convenir à nos jeunes artistes, qui y ont été
tous excellents, ainsi que les chœurs et l'orchestre.
Celui-ci, dans Czar et Charpentier, a une tendance
à trop dominer. La musique de Lortzing exige,
avant tout, une extrême délicatesse d'exécution.
En ce qui concerne le drame lyrique, plusieurs
nouveautés nationales sont annoncées. On parle,
en attendant, d'une reprise de Preciosa.
M"" veuve Rummel fait annoncer une série de
concerts, qui se donneront à l'Harmonie et pour
lesquels elle s'est entendue avec plusieurs artistes
de mérite.
Le jour de la clôture de l'Exposition, M™^ Dietz,
la gracieuse pianiste bruxelloise, donnait une troi-
sième et dernière audition chez Pleyel. L'excel-
lente artiste s'est fait écouter et applaudir, malgré
les rumeurs de la foule qui avait envahi les salles
de l'Exposition.
Au Théâtre royal (Opéra français) après des
débuts lamentables, la direction vient de déposer
son bilan! A. W.
«
Un de nos abonnés d'Anvers, qui signe C. D. B.,
nous adresse une longue lettre, pour protester
qu'il n'est pas de ceux qui ont pris dans la presse
une attitude hostile aux concerts d'oeuvres natio
nales â l'Exposition d'Anvers. Dont acte! En
même temps, il exprime le regret que « le comité
exécutif n'ait pas confié les destinées de la mu-
sique à un groupe d'individualités plus compé-
tentes, plus soucieuses des grands intérêts de
l'art ».
Ce regret, nous le partageons. Mais il nous im-
porte fort peu que les petits clans artistiques de
la « Nécropole des Arts » se chamaillent aujour-
d'hui à ce propos. Nous ne nous occupons pas de
questions de boutique.
(~^ AND — DIMITRI, grand opéra en cinq actes
J[ et six tableaux, paroles de MM- Henri de Bornier^
et Armand Silvestre, musique de M- Victorin de Jon^
CIÈRES, représenté pour la première fois en Belgique, an
Théâtre royal de Gand, le y novembre 1SÇ4. , 'i
Commençons par rendre justice aux efforts et 4
la bonne- volonté de la direction Martini, qui 4
monté l'opéra de M. de Joncières avec le plus
grand soin et est parvenue à nous donner une inter-
prétation d'une homogénéité et d'un fini remar-
quables. Avec la même franchise, disons tout de
suite qu'il est triste de voir tant de travail et de
temps dépensés pour atteindre un résultat infime,
nous allions dire négatif, au point de vue de l'art
musical pur, Dimitri étant une œuvre de cinquième
ordre. Si nous étions chargés de la chronique
théâtrale de l'un des quotidiens gantois, peut-être,
ayant â ménager l'intérêt de la caisse directoriale,
ne dirions-nous qu'à moitié notre pensée. Ecrivant
dans une revue d'art, nous pouvons négliger cette
considération, et nous nous sentons à l'aise pour
dire simplement toute la vérité.
Le livret de MM. de Bornier et Silvestre met
en œuvre le canevas d'une tragédie, Démétrius, que
Schiller laissa inachevée, et que l'on trouva à
l'état d'ébauche dans les papiers du poète alle-
mand, après sa mort. L'action est touffue et l'intri-
gue compliquée. Les librettistes ont suivi de près
l'histoire, et celle-ci, parfois, c'est ici le cas, est
plus invraisemblable qu'un roman. Ce poème
offre une incontestable qualité : il présente de
fortes et nombreuses «situations».
Quant à la partitionn elle est dans son ensemble,
d'un technicien habile et exercé. L'auteur sait son
métier, il s'entend à composer de fragments peu
originaux, de cantabiles de valeur inégale, cette
chosehybride et amorphe qu'est presque tout grand
opéra : indéfinissable bouillabaisse, défroque d'ar-
lequin assemblant des morceaux de bure et de
vagues loques de velours fripé. M. de Joncières
est à un musicien ce qu'un versificateur est à un
poète. Il lui mcinque ce qu'on nomme parfois
l'inspiration, cette vertu cachée, ce souffle secret
qui fait qu'une œuvre émeut, qu'elle touche ou
qu'elle indigne.
L'écriture de M. de Joncières est compliquée et
recherchée; c'est ce qui explique que son ouvrage
ait pu, en 1876, donner à un certain public français
l'illusion d'une œuvre de maître. Harmonie tortu-
rée, altérations et tonalités brisées innombrables,
emploi, pour les passages chromatiques, du mou
vement contraire, tels sont ses principaux carac-
tères.
Dimitri est une œuvre d'artisan, non de créa-
teur, et fort inégale, abondant en passages com-
muns et en mélodies insipides. Parmi les parties
qui méritent d'être appréciées, on peut citer; l'invo-
cation : Exauce-nous, Seigneur ; la rêverie de Marina :
Pâles étoiUs; l'air de Marpha : Mon fils! il est /non fils,
d'une belle expression dramatique; et, au cin-
quième acte, le trio de Marina, Dimitri et Vanda.
La Marche du couronnement, au cinquième acte
également, est la meilleure page.
Qu'a pensé le nombreux public qui assista à
celte première? Le public était bien froid, et nous
sommes éloigné de croire que Dimitri soit jamais
un succès d'argent. M. Martini avait inauguré par
Pliryné la. série des nouveautés promises : cela ne
faisait pas précisément présager ce qu'il nous
LE GUIDE MUSICAL
887
donne aujourd'hui. S'il désire attirer et intéresser
même le public gantois, il n'y parviendra point
avec des Dimitri et autres Benvenuio. Qu'il
reconnaise son erreur et se hâte de pousser l'étude
de TannhtBHser et de Sainsoii et Dalila, qui nous sont
promis dès longtemps. Alors, il fera œuvre tout
ensemble artistique et (il le faut bien) profitable
pour lui.
A signaler, au Grand-Théâtre, les bons débuts
de MM. Paul Gautier, ténor léger, doué d'une
voix agréable, acteur inexpérimenté, et Montfort,
basse noble, aussi bon chanteur que comédien de
goût.
Prochainement, concert donné par la section
chorale du Cercle artistique et littéraire Au pro-
gramme : quelques pages A'Alcesti, et fragments
de le Paradis et la Péri avec M™'' SoetensFlament
et M. Demest.
La section symphonique des Artistes-Musiciens
inaugurera bientôt, dans la salle des bains Van
Eyck, une série de concerts hebdomadaires, qui
auront lieu chaque dimanche. Plusieurs soirées
extraordinaires seront données avec le concours
d'artistes éminents.
L'entreprise du vaillant orchestre dirigé par
M. Van der Gracht mérite les encouragements et
la sympathie de tous les amis de l'art musical.
Enfin, on aura à Gand quelques concerts de
bonne et belle musique ! Cela console un peu des
beuglements de telles fanfares provinciales et des
flonflons idiots dont on ne saurait nier la vogue
déplorable. L. D. B.
LEIPZIG. — Dès la réouverture du théâtre,
la direction a eu à cœur de nous faire con-
naître quelques nouveautés. La première a été la
féerie -légende [MârcJimspiel] Hœiisel und Greiet,
paroles d'Adélaïde Wess, née Humperdinck, mu-
sique d'Engelberti Humperdinck.
L'ouvrage a obtenu ici un succès énorme. De-
puis la première, qui a eu lieu le 21 septembre,
on l'a redonné une dizaine de fois, sans que la
faveur du public se soit un seul instant refroidie.
C'est, sans conteste, l'œuvre la plus réussie que
le théâtre lyrique allemand ait vu paraître depuis
la mort de Richard Wagner, et, en même temps,
elle signifie un triomphe de l'art wagnérien. Le
sujet, seul, fournit matière à la critique; il y a un
contraste trop frappant enlre la naïveté de la fable
et la richesse de la musique. Mais ce contraste
n'est, à ce qu'il nous paraît, qu'extérieur et spé-
cieux, car, pour éviter le péril de tomber dans le
vulgaire ou de donner prétexte au ridicule, le
compositeur devait chercher à donner, par une:
forme riche et châtiée, une vie artistique à un
pareil sujet; pour relever l'intérêt de celui-ci, il
fallait bien doubler celle là d'éléments polypho-
niques et symphoniques. M. Humperdinck y a
réussi à merveille; en tous sens, il paraît un maître
accompli. Sa partition est parfaite par la pureté' e\
la noblesse du style, par la sûreté de la facture
et l'unité de l'inspiration. Toute l'œuvre répand
un charme séduisant. En maint endroit, la parti-
tion respire l'esprit de Wagner, et particulière-
ment des Maîtres Chanteurs, mais il n'y a point pla-
giat, et, en somme, elle triomphe par l'aimable
ingénuité et la simplicité ingénieuse de l'inspi-
ration.
Cette première de Hœnsel und Gretel a été, je le
répète, un éc'atant succès. La salle entière a ap-
plaudi avec enthousiasme.
L'ouvrage a, du reste, été donné dans d'excel-
lentes conditions : Gretel, c'était M"" Béatrice
Kernir, qui est incomparable dans ce rôle; et
M"" Osborne (Hsensel) ne lui a pas été inférieure-
M"" Doxas a fait de la sorcière une incarnation
intelligente; dans le rôle du père Pierre, M.Schel-
per a réalisé un type naturel et caractéristique.
L'orchestre, sous la direction de M. Panzner, a
été remarquable. Edm. Rochlich.
'^^^^
LIÈGE. — Indépendamment des quatuors
Géminich et L. Charlier, dont nous avons
cité les exécutants et exposé les projets très inté-
ressants, une troisième société sollicite, cet hiver,
les suffrages de nos dilettantes. La nouvelle asso-
ciation prend le titre de : « Cercle de musique de
chambre, piano et archets ». Elle est composée
de MM.Jaspar, pianiste; Marris et Bauwens, vio-
lonistes; Foidart, altiste, et Péclers, violoncel-
liste, auxquels s'adjoindront des chanteurs distin-
gués, comme M. Eugène Henrotte, M"" Irma
Weyns, et des instrumentistes réputés, comme
M. Wilmet, l'habile clarinettiste, chef de la mu-
sique du 2" lanciers.
La première audition sera consacrée à l'exécu-
tion du quintette de Dvorack, de la sonate pour
violoncelle et piano de Grieg et du quatuor avec
piano de V. d'Indy.
Dimanche dernier a eu lieu la première audition
au Conservatoire royal. M. J. Jongen, médaille en
vermeil de la classe de M. J. Ghymers, premier
prix d'orgue chez M Danneels, s'est d'abord
afiirmé comme parfait organiste, dans une exécu-
tion nerveuse, précise et colorée de la deuxième
symphonie de Ch.-M. Widor. Remarquable élève
de la classe de composition de M. Th. Radoux, où
il a, l'an dernier, remporté par acclamation le
prix de fugue et de contrepoint, M, J. Jongen figu-
rait comme compositeur à cette audition, par une
Marche solennelle. Cette marche, qui a obtenu la
mention honorable au concours de l'Exposition
d'Anvers, est d'excellente allure, intéressante dans
ses développements et d'une mise au point parfaite.
A peine dans sa vingt et unième année, ce très
intéressant artiste vient de remporter le premier
prix de quatuor au concours institué par l'Aca-
démie de Belgique.
]y[iies J Looze, premier prix de chant de la classe
de M. Verrken, dans l'air du Freyschûts, et H Wei-
ihar, médaille en vermeil, classe de M. Donis,
dans le conceito en «u mineur de Chopin, sans
LE GUIDE MUSICAL
révéler des qualités transcendantes, se sont ac-
quittées avec goût et sentiment de leur partie.
Sous la direction de M. O. Dossin, les élèves de
la classe d'orchestre se sont montrés très en pro-
grès dans la majestueuse symphonie dite JiipHer
de Mozart et une ouverture très vétilleuse de Men-
delssohn.
Les journaux de notre ville sont unanimes à
décerner des éloges aux artistes engagés par le
nouveau directeur de notre théâtre, M. Brunet-
Rivière. Les trois premières représentations, de la
Jitive,\a. Fille du régiment et de Mignon, ont attiré la
foule et provoqué, par leur ensemble et les qualités
des exécutants, des manifestations répétées et
très flatteuses. A. B. O.
MARSEILLE. — Et il y a des gens qui mé-
disent de la vie!... Mais il faudrait la faire
exprès, cette vie, si elle était différemment ! Quelle
agréable variété d'effets et de plaisirs nous ap-
porte, par exemple, le cours naturel des saisons,
entretenant de leur contraste nos appétits et
égayant notre humeur! L'automne vient; c'est la
fin des beaux jours, la rentrée des champs, l'at-
trait renouvelé des plaisirs de la ville et du foyer.
Le théâtre de la nature a revêtu des teintes som-
bres, le Conservatoire du bon Dieu s'est fermé et
a renvoyé ses pensionnaires; mais voici que ceux,
bien autrement intéressants, de nos théâtres repa-
raissent et nous convient à leurs chants bien
autrement merveilleux et séducteurs ?
Une fois de plus, tout s'est passé chez nous sui-
vant l'ordre établi. Notre municipalité qui, dans
un but louable de vulgarisation populaire, mais
par des moyens peu pratiques, avait voulu, l'an
dernier, imposer à la direction des tarifs ruineux,
est revenue, cette année, aux anciens errements.
Et, après une lutte ardente entre le titulaire pré-
cédent, M.Dufour, et un nouveau-venu, M. Mo-
bisson, c'est celui-ci qui a été nommé directeur de
notre première scène. Ce choix a tout d'abord
surpris. Le privilégié était un inconnu, sans pré-
cédents, sans répondants autres que sa parenté,
dit-on, avec le directeur de l'Opéra; bref, il
n'inspirait aucune confiance et on pronostiquait
déjà sa chute pour tout à l'heure. Mais depuis,
l'opinion a changé. M. Mobisson nous a présenté,
en effet, une troupe très convenable, d'ensemble
solide et homogène; ses représentations d'ouver-
ture ont relativement montré une tenue avanta-
geuse; si bien que, chose sans précédent ici et
probablement aussi ailleurs, le personnel tout
entier est en passe d'être reçu d'emblée, sans
échec ni désagrément pour personne. Si des con-
venances d'ordre spécial, financier, dit-on, ont
obligé M. Mobisson à inscrire en tête de la troupe
M. et M''"' Escalaïs, dont les services me parais-
sent avoir donné tout ce qu'ils pouvaient, l'an
dernier, nous avons des sujets qui, aux points de
vue de l'art et de la nature, peuvent constituer des
cadres solides et méritants et nous promettre pour
cette saison des services profitables à nos plaisirs.
Ce sont les ténors Cornubert, Searemberg,
Jouanne et Baroche, les barytons Layolle, Bégué
et Cadio, les basses Sylvestre, Javid et Bello. Du
côté féminin, nous ne sommes pas mal partagés
non plus, avec M"" Martini (de l'Opéra), M'"" An-
dral, Demours, Vauthrin etSavine. Pour la danse,
c'est Mlle Rivolta et M. Natta; et enfin, comme
maître d'orchestre, on a fait choix de M. Barwolf,
déjà avantageusement connu ici. Vous trouverez
dans cette liste plusieurs noms à vous familiers;
cela vous donne une idée de la valeur d'ensemble
de notre troupe et de ce qu'on peut attendre d'elle
dans la mesure du fonctionnement habituel à nos
théâtres lyriques.
Il ne faudrait pas s'illusionner, en effet, et croire
que nous allons voir enfin quelque réforme apportée
à la vieille machine lyrique, quelque pas en
avant fait dans la voie d'un art un peu plus effec-
tif, ou quelque nouveauté piquante, tranchant sur
l'insupportable routine du système en vigueur.
Non, rien ne s'annonce dans ce sens du côté de la
direction et rien ne paraît être désiré non plus du
côté du public. Ce sont encore, comme ce seront
toujours, les débuts dans le répertoire consacré,
avec leurs attractions banales des nouveau-
venus, plus ou moins favorisés en poumons infa-
tigables, en notes retentissantes, plus ou moins
habiles à se tirer des mauvais pas de la partition,
où, comme un chasseur, le fusil en arrêt, les
guette l'auditeur, de l'orchestre au paradis. Ce sont
les mêmes exécutions immuables d'un répertoire
suranné, où rien ni personne ne vient introduire
une innovation, un effort, une pensée nouvelle.
Cependant, â en croire les interviews préalables,
qui sont maintenant de règle pour les gens en vue,
M. Mobisson aurait le projet de presser le plus
possible la période de piétinement sur place, qui
dure toujours quatre ou cinq mois, pour arriver
bien vite à celle des travaux utiles et intéres-
sants.
Ces travaux utiles seraient constitués par
l'étude des six ouvrages que voici : Werther et la
Navarraise de M. Massenet; l'Attaque du 7iwuKn de
M. Bruneau; Cyptis de M. Desjoyaux, Othello, « si
le succès de cet ouvrage sa dessine à Paris », et
enfin, vous l'avez deviné. Paillasse de M. Leon-
cavallo. Quoique aucun de ces six ouvrages ne me
fasse battre le cœur, sauf peut-être Othello, je tien-
drais pour singulièrement précieuse et glorieuse
la gestion de M. Mobisson, si elle arrivait, cette
année, à retrancher un peu sur la ration immo-
dérée de Juive, de Huguenots et de Guillaume qui
nous est dévolue régulièrement par nos directeurs
depuis cinquante ans. Ce serait peut-être un ache-
minement pour notre public à une conception un
peu plus intelligente du théâtre lyrique et du
genre d'intérêt qu'il comporte.
Maintenant, vous n'attendez pas de moi, je sup-
pose, que je vous montre le défilé de nos artistes
dans chaque rôle en vous donnant le menu de leurs
qualités et de kuis défauts. Ce sont là jeux de
LE GUIDE MUSICAL
plume d'une trop complète inanité pour nous inté-
resser, vous et moi, ainsi que vos lecteurs. Il est
entendu, n'est-ce pas? que M. X... a été un
superbe Raoul et M"«Y... une non moins belle
Valentine, que si l'un a plus de voix, l'autre a
moins de jeu, et que, l'un portant l'autre, ils vont
de succès en succès, pour le plus grand proiit de
l'art et de la direction du public et d'eux-mêmes.
J'aime mieux vous annoncer la création d'une
nouvelle société de musique de chambre, com-
posée de MM. A. JoUy, jeune musicien d'avenir,
dont je vous ai déjà parlé; L. Pellene, violoniste,
tous deux premiers prix du Conservatoire de
Paris ; et Wein.statter, violoncelliste. Cette société,
principalement formée pour l'exécution des trios
de piano des compositeurs anciens et modernes,
ne fera pas double emploi ni rivalité avec les
deuxsociétés de quatuor que nous possédons déjà;
elle constituera seulement un précieux élément
de plus dans notre existence intellectuelle et mu-
sicale.
Il me faut aussi signaler la reprise des concerts
classiques, faite avec succès, le 21 octobre, sous
le direction de M. Lecocq (vous en avez donné
le programme), et aussi la réouverture de nos deux
théâtres de genre, le Gymnase et les Variétés,
sous la direction l'un de M. Galabert, l'autre do
M. E. Simon, ayant tous deux même programme
de comédie et d'opérette, et sans doute aussi iiiême
promesse" de difficulté pour leur existence respec-
tive E M.
iVO i/ V ELLES DI VERSES
Le directeur de l'Ecole de musique d'Anvers
met la dernière main, en ce moment, à un nouveau
drame lyrique en trois actes : les Derniers jours de
Pompét, dont le livret est tiré du roman de sir Ed
Bulwer-Lytton : The lasi days of Pompeï. Il est
question, parait-il, de monter cet ouvrage, en tra-
duction française, au théâtre de la Monnaie. La
ville d'Anvers compte, à l'occasion des fêtes do
l'affranchissement de l'Escaut, donner des repré-
sentations populaires de cette œuvre nouvelle de
Peter Benoit.
Rappelons, à ce propos, que le même sujet a
inspiré, il y a vingt-cinq ans, MM. Vintler et Beau-
mont qui ont écrit un opéra en quatre actes et
cinq tableaux, le Dernier jour de Pompeï, musique
de M. Victorien Joncières, qui fut représenté, le
21 septembre 1869, au Théâtre Lyrique de Paris.
Ajoutons que le nouveau drame de Peter Benoit
ne sera pas un opéra, mais un drame parlé, où le
texte sera incessamment commenté par l'orchestre.
Le maître anversois a déjà donné deux œuvres
dans cette forme, Karl van Gelderhxnd et Meylief,
Les journaux de Londres et de la province
anglaise font le plus vif éloge de M"" Thérésa Gé-
rardy, qui accompagne, cette année, son frère, le
jeune et déjà illustre violoncelliste Jean Gérardy,
dans sa tournée actuelle en Angleterre. M'I» Thé-
résa Gérardy est pianiste, elle est élève du Con-
servatoire de Liège et l'on vante son joli toucher
et son intelligence musicale.
Après leur tournée en Angleterre, le petit vio-
loncelliste et sa sœur feront une tournée en
Ecosse, qui sera suivie d'une tournée en Amé-
rique.
ly'Allgemeine Muzik Zeitung de Berlin annonce que
le Musée Wagner de M. Oeslerlein de Vienne que
son propriétaire avait proposé de céder à la ville
de Leipzig et qui n'avait pas trouvé jusqu'ici
acquéreur en Allemagne, va passer en Amérique.
Une maison de New- York — on ne dit pas
laquelle, — lui a fait offrir la somme de i25,ooofr..
Le marché serait conclu et le i'' avril iSgS les très
curieuses collections de M. Oesterlein passeraient
entre les mains des Américains.
Dans les papiers laissés par Chopin, à Varsovie,
on a trouvé le manuscrit d'un nocturne inconnu
jusqu'à ce jour et composé pour sa sœur avant le
départ du maître pour Paris. Ce nocturne a été
exécuté à Varsovie par M. Balakirew, maître de
chapelle de la cour impériale, d'après le manus-
crit, à un concert donné le jour de l'anniversaire
de la mort de Chopin.
NÉCROLOGIE
RENE DE RECY
Nous avons le regret d'annoncer à nos lecteurs
la mort de notre collaborateur M. René Bauny de
Récy, attaché au ministère des finances, à la
direction de l'enregistrement, des domaines et du
timbre, avec le grade de chef de bureau.
M. René de Récy avait publié dans la Revue des
Deux-Mondes, de remarquables études sur des ques-
tions de législation et d'administration. C'était un
juriste éminent et on a de lui un ouvrage considé-
rable et très apprécié : Traité du domaine public.
Mais il était aussi un écrivain de rare talent et,
dans la Revue Bleue, il s'était signalé au premier
rang des critiques musicaux de Paris. Le Gui<le
musical perd en lui un de ses plus précieux colla-
borateurs. Nos lecteurs n'auront certainement pas
oublié la très intéressante et très neuve étude que
M. de Récy publiait ici même, il y a deux ans
(février 1892), sur la Critique musicale au siècle dernier,
ni les fines et frappantes observations que nous
avons fréquemment empruntées à ses articles de
la Revue Bleue. Ayant fait de très sérieuses études
musicales et travaillé la composition sous le même
maître que S.iint-Saëns, il avait continué, quoique
attaché au ministère, à s'occuper passionnément
de musique. Il était lié d'une amitié particulière
avec l'auteur de Samson et Dalila, qui appréciait
hautement son talent et son sens critique. Ce qui
est certain, c'est que sa critique n'était pas celle
de tout le monde, et l'on peut dire qu'il descen-
dait, à certains égards, des grands critiques du
xviii" siècle, par l'allure mordante, vive, alerte de
ses écrits. C'était, au total, un esprit tout à fait
supérieur et un homme d'une rare délicatesse de
goût et de sentiment. Nous ne pouvons assez dé-
plorer sa perte.
LE GUIDE MUSICAL
Sont décédés :
A Londres, dimanche dernier, le baryton Eugène
Oudin, dont, tout récemment encore, notre correspon-
dant nous disait l'éclatant succès aux concerts Richter.
Il a été emporté en quelques jours par une maladie
contractée au chevet d'un ami malade, qu'il avait soigné
et qu'il avait eu le regret de voir mourir. Il n'a pas tardé
à le suivre.
Eugène Oudin était un chanteur remarquable, un
véritable artiste. D'origine française, mais né à New
York, en i858, il avait d'abord été destiné au droit. Il
fit ses études de chant sous la direction d'un maître ita
lien, Moderati, et débuta dans les églises de New- York
En 1886, il vint à Londres, où il ne fut guère remarqué
s'en retourna en Amérique, où il joua dans la troupe de
la Compagnie MacCaul, puis fut engagé, par sir Arthur
Sullivan, pour créer le rôle du templier dans Ivanhoe
C'est de là que date son succès à Londres, dont il devint
du jour au lendemain, le chanteur le plus recherché
Parmi ses créations, il faut encore rappeler le rôle
d'Eugène Oneguin, dans l'opéra de ce nom de Tschaï
kowsky, qu'il chanta à l'Olympic-Theater. L'année der-
nière, il avait fait une tournée très applaudie en Russie
Il meurt à peine âgé de trente-cinq ans I
— A Florence, Luigi Chiastri, violoniste, qui a été
pendant longtemps le second violon du quatuor florentin
de Jean Becker.
COMMUNICATIONS ET AVIS
Une bourse de 1,200 francs, instituée par le gouver
nement, pour encourager l'étude du chant au Con-
servatoire royal de Gand, sera conférée à la suite d'un
concours auquel sont admissibles les Belges des deux
sexes qui n'ont pas dépassé l'âge de 26 ans pour les
hommes et de 22 ans pour les femmes.
Le concours aura lieu le samedi, i" décembre 1894,
à 2 heures de relevée.
Les inscriptions seront reçues au secrétariat du Con-
servatoire jusqu'au 26 novembre 1894
Les demandes doivent être accompagnées de l'extrait
de naissance de l'aspirant et dun certificat émanant du
directeur d'une école de musique ou d'un professeur de
chant, constatant que le postulant possède les connais-
sances nécessaires et les dispositions requises pour se
présenter au concours.
Les bourses sont conférées pour un an. Elles peuvent
être renouvelées, d'année en année, pendant trois ans,
sur l'avis du président du jury chargé de la collation,
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vembre r Faust. Samson et Dalila. Le Barbier de
Séville. Samson et Dalila. Aida. Samson et Dalila.
Philémon et Bauris. Samson et Dalila
Lundi ; Tristan et Iseult. Prochainement La Navar-
raise Le Portrait de Manon. En répétition, L'Enfance
de Roland .
Galeries. — Miss Dollar. Au S' acte ballet aérien.
Matinée le dimanche à i heure.
Alcazar royal. — Bruxelles sans gène.
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Dimanche 25 novembre 1894, à 2 heures
(3ranb Concert Classique
DONNÉ PAR LE CÉLÈBRE VIOLONISTE
^/L . J. J O -A. G H I 35^1
ET LE RENOMMÉ PIANISTE
M. MAX PAUER
AVEC LE CONCOURS DE
M'''^'' JULIA MiLCAMPS, CANTATRICE
PROGRAMME
1. Sonate en iW Brahms
MM. JOÀCHIM ET PAUER
2. Arioso de Quentin Durward Gevaert
M'i« MILCAMPS
3. Grande Sonate en ut majeur .... Weber
M. PAUER
4. aj Adagio du Concerto en sol .... Joachim
bj Barcarole Spohr
M. JOACHIM
5. a) Pour un seul mot Van Dam
bJ Les Clochettes bleues Van Dam
cj l'Etoile cachée (Violoncelle MUe Rueg-
ger) Van Dam
Mlle MILCAMPS
6. Suite en mi majeur pour violon seul . . Bach
M. JOACHIM
On peut se procurer les places chez MM. BEEITKOPF & HJERTEL, éditeurs, 46, Montagne de la Cour.
LE GUIDÉ MUSICAL
891
Berlin
Opéra. — Du 4 au ii novembre : Haensel et Gretel.
Les Saisons. Les Maîtres Chanteurs de Nurem-
berg. Djamilé Hœnsel et Gretel, Faust. Haensel et
Gretel Mara. Troisième concert symphonie. Hasnsel
et Gretel. Les Saisons. Le Prophète.
Dresde
Opéra — Du 5 au n novembre : La Flùle enchantée.
Faust. La Croix d'or. Sang an Aegir. Sinfonie-Con-
cert. La Fille du Régiment. Rienzi.
Paris
Opéra — Du 4 au 11 novembre ; Othello. Thaïs. Gwen-
doline Othello. La Walkyrie.
Opéra-Comique. — Du 4 au 11 novembre : Falstafï.
Manon. Carmen. Mignon.
Concerts-Lamoureux. — Dimanche 11 novembre, à
2 h. 1/2 Quatrième concert avec le concours de
M""= Materna et de M. Gibert. Programme : Prélude
de Haînsel et Gretel, (Humperdinck); Air d'entrée
d'Elisabeth, Tannhœuser (Wagner), chanté par M'"^
Materra; Fantaisie symphonique, deu.xième audition
(C. Chevillard) ; Fragmentsde le Crépuscule des dieux
de Wagner, a) Duo du Prologue (adieux de Siegfried
à Brunnhilde), chanté par M'"= Materna et M. Gi-
bert; b) Marche funèbre; c) Scène finale, chantée par
Mme Marterna ; Huldi gungs Marsch (Wagner).
CoNCERTS-CoLONNE — Dimanche 11 novembre, à
2 h. 1/4 très précises. Première partie : Symphonie en
a< mineur, n" 5 (Beethoven); i Allegro, 2. Andante,
3. Scherzo et Finale; Fantaisie persane pour piano
première audition, M. L. Diémer (B. Godard). Deu-
xième partie : Parsifal. paroles françaises de V. Wil-
der (Richard Wagner), deuxième tableau du premier
acte, grande scène religieuse, i Introduction-Marche
(Orchestre); 2 Entrée des Chevaliers (Chœurs); 3.
Consécration du Graal. ; 4. L'Agape (Chants alternés) ;
5. Marche finale. 5'- Concerto, pour piano, flûte et
violon (]. S. Bach), piano : M. Louis Diémer, flûte :
M. Cantié, violon : M. G. Remy; Deuxième rhapsodie
hongroise (F. Liszt), orchestrée par M MuUer Berg-
haus.
Liège
Premier concert annuel du Conservatoire royal.
Samedi 17 novembre 1894, à 8 heures du soir, avec le
concours de M'I" Clotilde Kleeberg, pianiste. Pre-
mière partie : 1. Symphonie héroïque, n" 3 (Beetho-
ven) ; 2. A. G. omnes, raottet, 1540 (T L. da Vit-
toria) ; B Le vœu, i52o 1594 (Roland de Lassus).
Chœurs A capella, par les élèves de la classe de
chant; 3 Cinquième concerto en mi bémol (Beetho-
ven), Mil» c. Kleeberg. Deuxième partie : 4. Entr-
acte du troisième acte de Tristan et Iseult iR. Wag-
ner), cor anglais, M. Fleyssens. 5. MU" C Kleeberg.
a) Minuetio de la suite op. 72 (J. Rafï); b) Rêve ange-
lique, op. 10, n° 22(Rubinstein); c) Valse en la bémol,
op. 34, n" I (Chopin). 6. Kaiser Marsch (R. Wagner).
Marseille
Association artistique de Marseille, chef d'orchestre
M. Jules Lecocq. Programme du concert du 11 no-
vembre : I. Scènes et impressions rustiques (L. Van
Dam) première audition; 2. Concerto pour violon-
celle, exécuté par M. Merck (Saint-Saëas); 3. Ouver-
ture du Carnaval romain (Berlioz); 4. Le Rouet
d'Omphale (Saint-Saën,-); 5. Kol Nidrei, M Merck
(Max Bruch) ; 6. Marche militaire française (Saint-
Saëns).
Munich
Opéra. — Du 3o octobre au 11 novembre : Uthal
(Mehul) Saint Foix de Hans Sommer (première repré-
.sentation). Franciscus d'Edgar Tinel ; Hôensel et
Gretel. Tannhseuser. Les Maîtres Chanteurs. Uthal.
Saint Foix. Lohengrin. Fidelio.
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Pierné [G.) Pastorale variée, net 2
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mise, chansonnette ... 3 »
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Cypages 7 5o
Hitz, F. Op. i38 L'oiseau-
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Sacre, de la Jeanne d'Arc,
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tie d'harmonium ailib. Net 2 »
Missler, B. T. Chanson
Suisse Net 5 »
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Thuillier, E. Fêle Alsa-
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Vincent, Aug. Op. 64.
Scherzo 5 »
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— Op. 66. Valse Espagnole . 6 »
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Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Lenepveu, avec harmo-
nium adlib. . . . Net 3
Thomé. F. Marche triom-
phale d'Aug. Vincent, op. 44 10
DEUX PIANOS A 4 MAINS
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec har-
monium adltb . . . Net 4
Tliomé, F. Marche triom-
phale d'Aug. Vincent, op. 44 12
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Dessaux, Louis. Quatre
danses faciles t
No I. Quadrille. ... 5
No 2. Valse 3
No 3. Polka 3
No 4. Polka-Mazurka. . 3
GRAND ORGUE
Salomé, Th. Op. 21. Trois
Canons
— Op 25. Première grande
sonate
VIOLON ET PIANO
Danbé, Jules. Op. 3o, n" 4.
Petite Valse 5
— Op. 21, no 4. Canzonetta . 6
MUSIQUE MILITAIRE
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temps, harmonie ou fan-
fare Net 3
— Pla cet, Patins et fourrières.
Polka-Mazurka, harmonie
ou fanfare .... Net 2
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Boléro, harmonie ou fan-
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Trois concertos, piano et orchestre.
Cent mélodies, chant et piano.
Six duos à deux voix.
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celle.
Quatre poèmes symphoniques.
Cinq suites d'orchestre.
Six symphonies à grand orchestre.
Trois ballets : le Lac des Cygnes, la
Belle au bois dormant, le Casse-
noisette.
Neuf opéras : le Caprice d'Oksàne,
Snegourolschka ou la Fille de
Neige, Vakoula le Forgeron, Oné-
guine, la Dame de pique, Jeanne
d'Arc, Mazeppa,la Tscharodeika,
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Lenepveu, Cti. Jeanne d'Arc.
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Les prochaines Séances se donneront, dans la Salle de la Société Royale « La Grande-Harmonie », rue
de la Madeleine, aux dates suivantes ;
DEUXIÈME SÉANCE, samedi, 24 novembre, à 8 heures du soir, avec le concours de
W'' Clotilde KleeTjerg, pianiste,
et du trio vocal des Dames hollandaises
(Ai3 nette de Jong-, Anna Corver et Marie Snyders).
TROISIÈME SÉANCE, samedi, i5 décembre, à 8 heures du soir, avec le concours de
MlV. Eug. d'Albert, pianiste et
Ed. JaOOTbs, vio oncelliste, professeï r au Conservatoire royal
S'adresser pour les places à MM. SCHOTT FRÈRES
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nesques) in
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valles. ... ...... 2 —
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— Chrysanthème, mélodie .
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MISSA (Ed.) Le Marchand de sable, petit
à une ou deux voix (ad lib.)
Le même, sans accomp' (f in
— Les Petits Loups, petit chœur
ou deux voix (ad lib.). . .
Le même, sans accomp' (ft in
VIDAL (P.) Lou Metjoun (Le Midi), chœur à
quatre voix d'hommes. La partition 2 5o
Les parties de voix en partition
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I 35
1 65
2 —
1 35
I —
I 65
I 35
I 25
» 25
I 25
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18 Novembre 1894.
MÉTRONOMIE EXPERIMENTALE
(Suite). — Voir les nos 44, 45 et 46
(Reproduction interdite)
. Dans la suite de leur travail, MM. Al vin
et Prieur donnent quelques comparaisons
! métronomiques entre diverses exécutions
i de la même œuvre soit par les mêmes
I artistes à différentes époques, soit par des
artistes différents.
Pour ne pas allonger inutilement les
citations, nous leur emprunterons la com-
paraison entre les exécutions de deux
groupes de quartettistes, tous deux de
Paris, que nous désignerons sous les noms
de leurs premiers A'iolons : M. Maurin,
professeur au Conservatoire de Paris,
récemment décédé (Société des derniers
grands quatuors de Beethoven); et M. A.
Geloso (Fondation Beethoven); on verra
combien sont intéressantes les observa-
tions de MM. Alvin et Prieur. Ceci dit,
nous leur rendons la parole :
Nous prendrons comme exemple deux
interprétations du XII I« quatuor à cordes
de Beethoven, op. i3o, l'une du 26 fé-
vrier 1892 par le Quatuor Maurin, l'autre
du II mai 1892 par le Quatuor Geloso. Le
tableau suivant fait connaître, pour les
différentes parties de l'œuvre, quelques-
uns des chiffres résultant de nos constata-
tions chronométriques.
Pages
et lignes
Xllle QUATUOR
DE BEETHOVEN
OP. l3o
Mouvem's métrono-
miques observés
aux exécutions des
quatuors
Maurin | Geloso
le 26 févr. le II mai
1892 I 1893
67 — I et 2
67 — 3 et 4
68—1 et 2
69-
74—4 et 5
75 — 4 et 5
76—5
77-
78-
78-
81-
Si — 4 et 5
85— I à 3
89—1
93 — I
93-2
95 — 1-2
A dagio ma non trofpo 3/4
Allegro t
Id. (apr. le Tempoio3l^)
Solo du violoncelle...
Solo de l'alto
p. et ditn
A dagio ma non troppo 3/4
Presto Sp
PP-
L'istesso tempo 6/4. . . .
Anianle con moto
ma non troppo \^
Trille du ler violon.
Tempo /o
cresc cresc
A lia dama ledesca
A Ihgro assai 3/8
Cavatina. — Adagio
mollo espressivo 3/4
Finale. — Allegro 2I4
• = l32
• = l32
J= 112
J^ 112
J= 120
•'=96
I = 90
s =96
o. =-- 96
» = 96
;=...
• = 104
durée : 4"
0 = 120
I
•■ = 60
J ■ = 66
J = 66
i=6o
^
• =77
I
•=120
I
•= III
I
• = ii6
• = 127
I
• ^ 120
» =72
0 =
S>.=
^
durée : 3"
.^ = 96
^ 120
54
r =58
» ^ 60
^=68
L'introduction, tendre et douloureuse,
Adagio ma non troppo 3/4 :
Adagio ma non troppo.
Violino I.
est attaquée, ^rdans les] deuxjcas, à des
allures absolument pareilles J = 76 et
# == 77 ! différence insignifiante, acousti-
quement insaisissable, et qui est presque
900
LE GUIDE MUSICAL
de l'ordre des erreurs possibles de l'obser-
vation chronométrique. Ne dirait-on pas
vraiment qu'il y avait là identité des senti-
ments rythmiques, équivalence exacte des
impressions, perfection égale dans leurs
traductions?
l.'A llegro, 4 temps, débute par le double
thème :
introduit aux violons. On voit que, pour
les deux exécutions, les allures réalisées
sont, comme celles de l'introduction, tout
à fait semblables J = i32, J= i33.
Les cinq mesures d'allegro sont suivies
d'un retour de l'introduction, tempo 1°, avec
mélodie principale au violoncelle et imita-
tions aux autres parties. Puis VA llegro
reprend, frais et joyeux, avec son double
thème.
Les allures constatées à ce retour de
Yallegro diffèrent assez sensiblement pour
les deux exécutions : J = i32, c'est-à-dire
exactement celle du début, pour le Quatuor
Maurin; et J= I20 (au lieu de l33 au
début) pour le Quatuor Geloso. Cette der-
nière version, comportant un ralentissement
relatif sur la reprise de V allegro, n'est peut-
être pas formellement contraire au texte ;
il n'est pas écrit qu'on doit retomber sur le
tempo 1° de V Allegro. Néanmoins, on préfé-
rera sans doute au ralentissement le retour
scrupuleux de l'allure initiale, comme l'a
réalisé le Quatuor Maurin.
Arrêtons-nous un instant, page 6g, qua-
trième ligne, de la partition, au petit solo
du violoncelle sur la corde ut:
Après le ré b, pris comme dominante de
sol bémol majeur, le violoncelle expose seul
un motif tiré de la figure par doubles-
croches du thème principal ; c'est un motif
pour ainsi dire interrogateur, auquel les
trois autres instruments répondent avec
une admirable douceur. Sur un motif de ce
genre, amené dans le diminuendo et sotto
voce, on attend tout naturellement une
réduction d'allure. Elle ne manque, comme
on le voit au tableau, dans aucune des deux
exécutions. Ce qui est digne de remarque,
c'est que ce ralentissement est chiffré dans
les deux cas par le même degré métrono-
mique J=li2 0Uiii. Ainsi, malgré l'indé-
pendance relative qui leur est laissée pen-
dant ce solo, les deux violoncellistes se con-
forment instinctivement à la même allure.
Et si les concordances de ce genre souf-
frent accidentellement des exceptions, elles
n'en ont pas moins un curieux caractère de
permanence. Voyez, par exemple, à la
page 74, ligne 4, un épisode analogue avec
solo d'alto; nous retombons encore, aux
deux exécutions, à des allures tout à fait,
pareilles J = 112 et J = 116.
Deux différences quelque peu impor-
tantes sont à noter parmi les autres chiffres
du tableau. Elles portent sur les mouve-
ments suivis au diminuendo de la page 76,
ligne 5, et de V Adagio ma non troppo de trois
mesures à 3/4 qui lui succède :
-Adagio ma non frqppa
Le Quatuor Maurin, qui antérieure-
ment jouait à J = 120, tombe à J= 96,
beaucoup plus lent, sur le diminuendo pour
pvenàv&VAdagio k J" = 90; le Quatuor
Geloso, antérieurement à J = 127, ralentit,
au contraire, très peu sur le diminuendo,
J = 120, tandis qu'il aborde l'Adagio à unei'
allure relativement beaucoup plus lente, ,
j^= 72. Voilà une des rares exceptions oùa
ce que l'on peut appeler la compréhension 1
métronomique est sensiblement différentec
dans l'une et l'autre interprétation. Let
Quatuor Maurin a considéré le diminuendO'
comme devant servir à réaliser une transi-
tion suivie et complète entre la noire de
V Allegro et la croche àeVAdagio;\e Quatuor
Geloso, au contraire, tout en apaisant
très légèrement l'allure sur le diminuendo,
conserve entre les deux valeurs métrono-
miques, noire et croche, une chute brusque
et très accusée; les uns ont cherché
LE GUI DR MUSICAL
901
[il'enchaînement métronomique progressif;
'les autres ont laissé subsister plus de con-
traste entre les deux allures. Il est bien
difficile, dans ce cas, d'approuver plutôt
l'une que l'autre des deux manières ; aucune
d'elles ne viole le texte ; notre avis n'aurait
ici que la valeur d'une impression person-
nelle. Le cas ne serait pas le même si le
; Maître avait indiqué, comme Wagner l'a
i fait si fréquemment, le rapport numérique
\ entre le mouvement antérieur et le mouve-
ment suivant.
; Dans le second morceau du XIII= Qua-
[ tuor, Presto %, à la fois si mystérieux dans
i son effet, si serré dans sa coupe et si précis
I dans son rythme, nous remarquons, aux
' deux exécutions qui nous occupent, des
■ attaques d'allures identiques, exactement
; g5 à la ronde dans les deux cas. Mais, au
' passage dans le 6/4, Yistesso tempo, nous
constatons une divergence sensible : le
Quatuor M aurin maintient imperturbable-
ment la valeur d'origine g5; le Quatuor
Geloso tombe à 88.
Le morceau suiv a.nt, A 11 dante cou moto ma
non troppo, à quatre temps, est attaqué un
peu plus lentement dans la seconde inter-
prétation que dans la première, sans que
les différences aient toutefois rien de cho-
quant. Le parallélisme se retrouve, du
reste, d'une manière frappante au retour
'du tempo j°, page 87. Dans cette coda pas-
sionnée, les allures montent respectivement
de 92 ou 96 à 120 à la croche.
L'.4 llegro assai 3/8 {À Ha dansa tedesca), à
motifs simples et simplement développés,
très uniformément rythmé, ne se prête pas,
on le devine, à de grandes variations de
mouvements. Aussi n'en constate-t-on, pour
-. ainsi dire, aucune dans les deux exécutions
comparées; nous pouvons nous borner à
citer deux chiffres seulement, extrêmement
voisins, 5o et 54 à la noire pointée, pour
'chacune d'elles. Si l'on était curieux de
savoir avec quelle fixité l'allure peut être
maintenue d'un bout à l'autre du morceau,
nous citerions, pour le Quatuor Maurin,
les chiffres suivants :
Page 89. . . . . . J. = 60
90 J. = 60
92—3 et 4 . . . J. = 60
92-5 . . . . J. = 60
C'est, comme on voit, la permanence
mathématique absolue. On se contenterait
facilement d'une moindre approximation,
mais elle est bien dans le caractère de
l'œuvre.
Arrivons à la célèbre Cavatine, Adagio
molto espressivo 3/4, que Beethoven ne
pouvait relire sans verser une larme. La
trame thématique en est simple : deux mélo-
dies principales plaintives et suppliantes.
L'émotion mélancolique et douloureuse y
est portée à sa plus haute expression; il
faut sentir cet Adagio, mieux et plus que
tout autre morceau, pour le bien dire.
Malgré ce caractère qui tendrait à rendre
l'interprétation plus personnelle, plus arbi-
traire, nous voyons que les allures conve-
nables sont jugées à peu près pareilles par
les deux quatuors : 66 à la noire d'un côté,
58 et 60 de l'autre.
Le finale, Allegro 2/4, est attaqué aussi
dans des vitesses très voisines l'une de
l'autre : 60 et 58 à la blanche. Nous avons
affaire, dans ce finale, comme dans VA llegro
assai, à un morceau de rj'thme uniforme.
Ici, non seulement la coupe rythmique se
continue, d'un bout à l'autre du morceau,
par quatre mesures, mais en outre tous les
développements thématiques, généralement
fort simples, sont tirés du motif principal,
de quatre mesures aussi, exposé au début
par le premier violon :
Violii
On peut inférer de là que, dans une exécu-
tion satisfaisante, les mouvements métrono-
miques locaux resteront, sinon tout à fait
fixes, du moins peu variables d'un bout à
l'autre. C'est ce que Texpérience constate.
Ainsi, pour le Quatuor Maurin, la fixité de
l'allure a été merveilleuse. Les mesurages
chronométriques effectués sur différents
fragments des pages gS, 96,- 97, gS, ici,
io3, 104 de la partition, ont donné rigou-
reusement, à huit reprises différentes, la
valeur constante J = 60. Tout au plus, à
la page Ï08, sous la poussée grandiose et
irrésistible des sf., le mouvement s'est-il
accéléré jusqu'à J = 66.
Nous terminerons cette série de résumés
comparatifs par quelques extraits des
90â
LE GUIDE MUSICAL
résultats constatés dans trois exécutions
différentes de la même œuvre, du XIV<= qua-
tuor de Beethoven op. i3i (partition Pe-
ters, vol. I023 d).
XlVe QUATUOR
DE BEETHOVEN
OP. l3l
Mouvements métronomiques
observés aux
exécutions des quatuors
Geloso
Maurin
le 25 mars
1892
Geloso
le 12 mai Ile 25 mai
1892 1894
4-2
5-4
6-3
7-2
11-3
11-4
12-1
i3-i
l3-4
14-1
i5-i
i5-5
16-1
16-3
17-1
18-1
18-3
18-4
20-1
21-1
82-2
22-3
23-1
27-2
33-1
33-3
33-4
No I. Adagio ma non
troffo ïp
cresc. crssc
No 2. Alligi'o mollo
vivace 6/8
cresc. crjsc
No 3. Allegro moderato E
A dagio etpiùvivace (tripl .
croches du 1er violon)
No 4. Andante ma non
troppo e mollo cantabiU 2/4
= 120
^126
IJ
= 108
= 112
Più mosso !
cresc et sf
Anda7ite moderato
e lusingkiero fc
Violonclle et alto seuls
doke
Id., cresc cresc.
Adagio 6/8
cnsc. . .
A llegrelto 2/4 , . .
cresc.
Adagio ma non iroppo
e semplice 9/4
Allegretto 2/4
Id. (au sempre
più allegro).
trait ht tempo du i^rviol.
No 5. l'r.slo ^2
: 120
:l85
No 6. Adagio quasi un\ p
poco luidante 3/4 . .
No 7. AHegro ip ■
184
= 63
= 69
= 76
= 80
= 69
= 72
.= l52
= i38
= 92
= i38
= 60
= 114
I
= 112 ■ /Q--
^
' =88
^
' = 90
I I
144; =i==i44
'=87
. ». . . .
» = i35
1= i35
I
F = l32
J.--?5
: IIO
: IIO
: 109
: III
: 112
^171
-180
= 67
= 96
: ro3
: io3
= i5o
= 120
= 108
= go
= io5
= 120
: 104
= 94
= 144
Nous n'insisterons pas sur les deux pre-
miers morceaux Adagio tna non troppo ^
et Allegro molto vivace 6/8. Les allures
suivies aux trois exécutions sont rigoureu-
sement égales pour les attaques (J = 80
pour l'Adagio et J = 120 pour V Allegro
molto vivace), et très semblables pour le
reste. Cependant, on notera ce fait, répété
pour les deux morceaux, que, dans l'exécu-
tion n° 3, les nuances cresc. cresc. des pages 5
et 7 entraînent, au delà du mouvement ini-
tial, des accélérations sensiblement plus
grandes ; on passe de 80 à 90 au lieu de
80 à 84; de 120 à 137 au lieu de 120 à 12S.
Au point de vue métronomique, on dirait
donc que le Quatuor Geloso, dans sa
deuxième exécution, vise à accentuer ses
effets (I).
Pour le morceau n° 3 Allegro mode-
rato B, constatons encore la grande simi-
litude des allures; elle s'étend même à la
cadence en triples croches du i^'' violon
(J =84 et J = 83j. Il est curieux de voir
ce passage de bravoure phrasé avec des
vitesses si exactement pareilles par deux
instrumentistes différents.
Le n° 4, Andante ma non troppo e molto
Cantabile 2/4, auquel le précédent sert d'in-
troduction, se. compose, comme on sait,
d'un thème fort étendu (mélodie à long
souffle, de 32 mesures), développé ensuite
en six merveilleuses variations. La profonde
et inépuisable imagination du Maître s'est
donné là libre carrière. Non seulement,
les caractères de ces variations sont d'une
grande diversité : successivement héroïque,
caressant et humoristique, dramatique, re-
ligieux, suppliant; mais, en outre, les
(i) Dans l'opuscule Uebcr das Dirigiren (p. 294), Wag-
ner fait une très importante remarque sur les allures 4
choisir pour le début ieV Allegro molto vivace 6/8. D'après
lui, la nuance molto vivace ne doit pas être prise dès l'at-
taque, mais seulement sur les Crescendo suivants. Il faut,
dit-il, que le mouvement plus rapide prescrit par le
Maître ressorte comme une conséquence rythmique corres-
pondant à la signification dynamique du Crescendo. Cette
condition est à peu près remplie. daBS les trois exécu-
tions comparées.
Nous avons déjà rencontré et nous rencontrerons dans -
la suite beaucoup d'exemples de la correspondance
générale (mais non sans exception) des nuances sonores
et des modifications d'allure.
LE GVIDE MUSICAL
903
rythmes changent, la mesure passe du 2/4
au 4/4, puis au 6/8, au 2/4, au g/4, pour reve-
nir au 2/4 Allegretto dans la Coda. Il n'y a
donc de commun dans ces variations que
leur origine thématique ; tout le reste dif-
fère. En conséquence, même en l'absence
des indications générales Andante, Adagio,
Allegretto, qui les accompagnent, nous
devions nous attendre à trouver dans leurs
allures respectives de très grosses diffé-
rences.
Exception doit être faite cependant
pour la première, qui commence dès la
page 12 de la partition (ligne 4) :
^
^S
^
celle-ci, en effet, dans la même mesure que
le thème, ne comporte que des modifica-
tions d'accents relativement faibles. Aussi
trouvons-nous encore dans la page i3 les
valeurs de 112 et 120 à la croche, peu diffé-
rentes de celle du début.
Dès la seconde variation, Più mosso Ë
(page 14), l'allure change brusquement.
Malgré le pp., l'énergie s'est accrue; la
figure mélodique par croches s'élargit de
plus en plus ; la force sonore subit un cres-
cendo continu. La nuance métronomique
s'accuse parallèlement dans les exécutions
comparées à notre tableau ; l'allure passe
de i58 à 184, ou de 171 à 180.
U Andante moderato E (page i5), qui
constitue la troisième variation, est, au con-
traire, d'une nuance douce et tendre, con-
trastant avec la précédente. Les mouve-
ments constatés aux attaques (J = 63, 68 et
67) pour les trois interprétations sont d'une
remarquable concordance. Mais le contre-
coup métronomique des accroissements
de sonorité dus aux crescendo n'est pas tout
à fait semblable dans les trois cas. Moins
sensible dans le premier (63 à 69), beau-
coup plus accusé dans le second (68 à 80),
il devient, dans le troisième, d'une énergie
un peu outrée (67 à g6). On est en droit de
se demander si le Quatuor Geloso n'aurait
pas mieux fait de conserver sa première
manière et s'il n'y a pas, dans la seconde,
quelque exagération plutôt défavorable à
l'impression.
"L'Adagio 6/8, page 16, où la mélodie
principale est heurtée par les pizzicati du
deuxième violon et du violoncelle, présente
un accent dramatique. C'est la quatrième
variation. Les mouvements d'attaque sont
acoustiquement identiques dans les deux
premières exécutions (76 et 77 à la croche);
dans la troisième, au contraire, on attaque
beaucoup plus vite:,'* = io3. A la page 17,
nous retrouvons la parité approximative
pour les deux premiers cas : l'allure s'est
accélérée de 76 à 80, ou de 77 à 90; dans
la troisième interprétation, autre diver-
gence : le mouvement était relativement
très vif au début, mais il ne s'est pas accru;
il est resté à io3. Où est la meilleure
version : JJ puis 90, ou lo3 et encore lo3 ?
Anotre avis, il n'y a pas de doute; même en
l'absence d'indication formelle, la chaleur
plus dramatique de la seconde moitié de
V Adagio, figurée par la répétition fréquente
des crescendo, s'accommode mieux d'une
légère accélération de l'allure.
U Allegretto 2/4 (page 18) {5^ variation),
syncopé et d'accent religieux, nous conduit
à une remarque analogue. Il paraît plus
conforme au texte d'observer dans l'allure
locale du petit crescendo, à la ligne 3, une
légère accélération, comme dans la pre-
mière interprétation, qu'un ralentissement
comme dans la troisième.
Ne nous arrêtons pas à la 5'"^ variation,
Adagio ma non troppo e simplice ÇI4, dont
les mouvements ne donnent lieu à aucune
remarque spéciale (i), et arrivons à la
coda [Allegretto 2/4) (page 21), où revient le
thème principal, mais plus rapide et pres-
que dansant. Nous trouvons là une discor-
dance exceptionnelle dans les mouvements
(i) Cependant nos mesurages ont donné lieu à une
constatation curieuse. L'exécution de l'Adagio a été
interrompue : rupture de la chanterelle du premier
violon et changement d'instrument. L'allure locale
observée était à ce moment J = 154. Le quatuor
reprend ensuite l'exécution sur le passage même de
l'arrêt. Il était intéressant de savoir si, à cette nouvelle
attaque in médias res, sous l'iniluence un peu énervante
de l'incident, l'allure ne serait pas modifiée. Or, un nou-
veau mesurage a donné J = i5o. La différence est
insaisissable. Les exécutants, et en particulier le premier
\'iolon, étaient donc assez sûrs d'eux-mêmes pour rentrer
tout de suite et rigoureusement dans leur interprétation
primitive.
904
LB GVIDE MUSICAL
d'attaque : Quatuor Maurin J = 92, Qua-
tuor Geloso J = i32 et 120. Le retour du
thème ne suffit pas, certes, pour indiquer
dans quelle limite le mouvement de cette
coda doit ressembler à celui du début
(page 12). Seulement, il y a peut-être un
écueil dans la seconde interprétation; nous
constatons, en effet, que le mouvement local
dn Sempre più allegro a été accéléré, pour
la première version, de 92 à i38, tandis que
dans la seconde il est resté à sa valeur
ancienne (i32 à i35) ou même s'est ralenti
de 120 à 108. Pour ce dernier cas surtout,
l'indication de la partition n'est pas suivie
et il y a faute.
Le morceau numéro 5 du XIV'^ quatuor
(page 3) Presto ^
a des motifs principaux clairs et bien ryth-
més. Aussi, à part les passages adagio et
ritardando, les allures oscillent-elles fort
peu autour de leur valeur moyenne. Conune
le montre notre tableau, les trois interpré-
tations répondent à très peu près aux
mêmes degrés métronomiques (de io5 à
120 à la ronde.)
Les comparaisons relatives aux deux
derniers morceaux (n°" 6 et 7) résultent suffi-
samment des chiffres du tableau. On serait
tenté de relever cette différence : tandis
que le mouvement s'accélère un peu, dans
la seconde interprétation, en passant du
début à la fin de Y Adagio (page 33 de la
partition), de / = 88 à ,1^ = go, il ralentit
au contraire dans la troisième de J ^ 104 à
^ == 94. Mais ici, la succession rapide des
indications cresc. et dim. ne permet guère
de rattacher les nuances de la sonorité à
celles de l'allure, car les influences inverses
de ces indications peuvent troubler le
résultat final.
Quant à V Allegro %, qui termine le qua-
tuor, ses allures locales sont, pour une
même exécution, passablement variables
d'un bouta l'autre. Nous nous bornons à
constater l'identité des mouvements ini-
tiaux dans les interprétations comparées :
144 à la blanche pour les trois cas. C'est,
une fois de plus, la concordance rigou-
reuse.
Malgré le petit nombre des comparaisons
que nous avons citées et le caractère réduit
de nos tableaux chiffrés, nous espérons
avoir fait passer sous les yeux du lecteur
assez de résultats documentaires pour bien
fixer son opinion. Il reconnaîtra dès à pré-
sent que la méthode métronomique expéri-
mentale, ainsi pratiquée, permet de contrô-
ler, d'expliquer et d'analyser avec précision
les impressions purement auditives. Cette
méthode révèle un certain nombre d'imper-
fections de détail dont l'oreille perçoit
vaguement l'effet sans en discerner la
nature etle remède ; saisissant, avec preuves
à l'appui, la fixité ou l'incertitude des
allures, elle prend pour ainsi dire sur le vif,
chiffre et compare les sentiments rythmiques
des interprètes.
Notre étude actuelle n'est qu'une mo-
deste ébauche; des constatations plus éten-
dues et plus prolongées pourraient avoir
pour résultat de modifier nos ' appré-
ciations sur tel ou tel point. Mais les
erreurs de détail, toujours possibles en
matière d'observation, ne sauraient com-
promettre la valeur générale de la méthode.
Notre but est moins d'apporter à l'étude
des interprétations musicales une contribu-
tion statistique que d'appeler l'attention
sur certains faits intéressants, impoitants,
déjà vaguement connus sans doute, mais
dont l'analyse n'a jamais été faite, croyons-
nous, avec la précision désirable.
Si ces faits paraissent, au premier abord,
d'ordre exclusivement métronomique, ils
se rattachent néanmoins d'une façon très
directe, comme on l'a déjà vu, à l'ensemble
des moyens expressifs. A ce titre, ils intéres-
seront non seulement les musiciens — et le
nombre en est grand — qui, à l'exemple de
Beethoven et Wagner, attachent une im-
portance capitale aux mouvements; mais
encore tous ceux qui, sans porter particu-
lièrement leur attention de ce côté, aiment
à étudier avec soin et à comparer les
interprétations des grandes œuvres.
(.4 suivre.) H. Alvin et R. Prieur.
LE GUIDE MTJSIGAL
905
LETTRES DE RICHARD WAGNER
AUGUSTE RŒCKEL
(Traduites par M. Kufferath)
(Suite et fini. — Voir les nos 33, 3g, 40, 41, 42, 43,
45 et 46
X
Monsieur le directeur de musique Rœckel,
^- Weimar.
■f-' Biebrith, 23 avril 1862.
Cher ami,
Ta lettre m'a vivement rappelé lo meilleur
de l'ancien temps. Tout de même, quand nous
étions réunis, ça promettait quelque chose.
Moi aussi, je désire de tout cœur me retrou-
ver quelque jour avec toi. Dis-moi, ne pour-
rions-nous pas, l'été, quand ton frère aura
ses vacances, l'appeler à comparoir ici avec toi,
afin de faire le veau une bonne fois, pendant
une huitaine! Nous serions ici tout à fait sans
dérangement aucun, ce qui, — pour moi tout
au moins, — ne serait pas facilement le cas
ailleurs. Je crois qu'à la fin de mai, je pourrais
bien passer par Weimar et te rendre visite pour
un jour. Fais-moi savoir où tu seras vers cette
époque. Si, toutefois, tu avais auparavant
l'envie de me venir voir ici pour quelques
temps, n'hésite pas : je suis justement en
mesure en ce moment de te payer ton voyage !
Durant l'été, — juin et juillet, — ■ les Bulow^
viendront ici. — C'est encore la seule chose
que l'on ait, et je voudrais, pour tout au
monde, être en situation d'avoir toujours un
ami auprès de moi. Quand on est ensemble
dans une grande ville, « sa vie durant », il n'en
sort rien : il y a des choses dont il faut jouir à
la dérobée.
Ainsi !
Décide-toi vite. Je n'aimerais pas aller te voir
à Weimar.
Forte-toi bien et sois intelligent.
Ton W.
XI
Monsieur Auguste Rœckel
(demander au théâtre)
à Weimar.
Biebrich, 17 juin 1862.
Très cher ami,
Je suis bien heureux d'avoir de nouveau de
tes nouvelles. Exécute ton projet de venir me
voir. Je ne m'en irai pas d'ici de tout l'été. Si
cette combinaison te va, je préférerais te voir
arriver au commencement de juillet. A cette
époque, les Bulow seront ici pour quelque
temps. Je songe maintenant à leur faire bientôt
une lecture des Maîtres Chanteurs ,■ et je vou-
drais te les lire aussi. J'ai déjà fait souvent des
lectures, mais je perds à la fin toute vigueur pour
ces sortes d'actions, et puis, cela me fatigue
toujours un peu. J'aimerais donc beaucoup que
tu te mettes en relation avec Bulow (Hans de
Bulovi^, 12, Shœnebergerstrasse, Berlin), afin
de convenir, si possible, avec lui, du jour de
votre arrivée à Biebrich. Bulow pourrait éga-
lement faire connaître ce jour à Schnorr
(Dresde), qui, lui aussi, se propose de venir me
voir vers le même temps pour une exécu-
tion (i).
Je vis d'ordinaire dans une si complète soli-
tude et une si absolue retraite que j'aime quel-
quefois me préparer ainsi une explosion com-
binée ; et cela me fait du bien. Choisis, du
reste, ce moment, parce que je serai alors le
mieux pourvu pour vous régaler de fragments
de mes nouvelles œuvres : Hans (de Biilow)
tiendra le piano et Schnorr (très bon musi-
cien) aidera au chant, qui ne me réussit plus
guère. ■ — S'entend qu'Edouard (2) sera le très
bien venu.
Te revoir est un de mes plus vifs et plus
ardents désirs. Souvent, je m'étonne d'être
encore en vie, alors que tant de choses autour
de moi et en moi se sont survécu et qu'en
somme, — hélas! — je me sens toujours le
même, si bien que je me fais l'effet d'un
fantôme. Dieu me pardonne, mais en ce qui
te concerne, il m'arrive souvent de ne plus
penser du tout à ta carrière de prisonnier, si
incroyablement longue, et de m'entretenir en
pensée avec toi tout à fait comme au temps de
nos promenades à Dresde !
Ta physionomie doit cependant s'être mo-
(i) Il s'agit du ténor Schnorr de Carolsfeld, qui vint,
en effet, dans l'été de 1862, visiter Wagner, à Biebrich,
et chanta, avec sa femme, toute la partition de Trislait.
(2) Edouard Rœckel, le frère d'Auguste.
906
LE GUIDE 2WSICAL
difiée. Quelle était la mienne, il y a deux ans,
tu le verras par le portaait ci-inclus.
Mais, nous verrons bien!
Hier, je me suis surpris de nouveau un accès
de fureur politique. J'avais une fière envie
d'écrire aux Suisses de ne pas se rendre au tir
de Francfort, ces ânes s'étant si profondément
compromis vis-à-vis des Italiens; c'eût été une
leçon admirable et bien méritée. Peut-être
l'écriras-tu, cette lettre? Et, cependant, tu
as une situation politique et des convenances à
prendre en considération; il se comprend que,
de temps à autre, on soit malin. Que le diable
vous emporte tous !
Donc, au revoir! Arrange tout au mieux!
Salut cordial
de ton
R. W.
XII
Monsicvr A. Rœckel,
Rédadettr de la Réforme de Francfort,
à Francfort sjMew.
Mon cher vieil ami !
Ton livre est tenible! (i)
Tout cela raconté avec cette modestie, ce
calme, cet inaltérable amour de l'humanité,
c'est une lecture à vous remuer vraiment d'une
façon incendiaire !
Tout de même, tu es un des êtres les plus
étranges, et Dieu sait à quoi tu es encore des-
tiné. Avec la foi qui t'anime, tu dois pouvoir
soulever des montagnes; il n'en peut être
autrement !
Discuter avec toi serait mal, — aussi je n'y
songe pas.
J'ai littéralement dévoré ton livre !
En ce moment, j'éprouve les impressions que
tu avais dans ta prison ! Comment me délivrer?
— Je demande le calme, la concentration, —
pour pouvoir remplir ma mission, que personne
ne peut accomplir à ma place. Oui, — du
calme! — et voilà que du ciel me tombe un jeune
homme (2), que les étoiles me destinaient : Il
me sait et me connaît, — par révélation, —
comme personne : il bénit le sort qui l'a fait roi
si jeune, afin — de me rendre heureux, de réa-
liser mon idéal, — rien autre n'a pour lui
sens ni but! — Voilà! — Imagine-toi la Ba-
vière, Munich — et ajoute le reste! — je n'as-
(1) Il s'agit du livre d'Auguste Rœckel, la Révnhdîon
de Saxe et la prison de Waldheim, qui venait de paraître à
Francfort.
(2) Allusion au roi Louis II de Bavière.
pire qu'au repos, parce que je ne peux plus
rien supporter et que le dégoût en moi domine
trop tout le reste !
Que faire maintenant? — J'aspire à m'en
aller — dans un beau coin de l'Italie, — étran-
ger à tous — en lazzarone — pour soigner
mes pauvres nerfs : — mais comment aban-
donner de nouveau ce jeune roi à son abomi-
nable entourage, avec son cœur si merveilleu-
sement enchaîné à m.oi ? — Voilà où j'en suis !
— Que vais-je devoir, que vais-je pouvoir faire?
— Je me le demande, et ne peux trouver la
réponse ; — personne ne peut me la donner !
Je suis trop las ! Quant à toi, — je n'ai pas
peur. Tu as ta vocation et tu raccompliras. Tu
as la force de supporter même le journal de
Francfort. — Sois remercié cordialement : tu
as de nouveau bien fait ce que tu as fait et ton
livre vaut au moins autant que ta captivité !
Adieu, garde-moi ton affection comme je te
reste fidèle et proche.
Ton
R. W.
Munich, le 7 mars i865.
LE CZAR ALEXANDRE III
'a saison musicale d'hiver, à peine inau-
gurée, a été brusquement interrompue,
celte année, à Saint-Pétersbourg, et pour
longtemps, par le décès de l'empereur Alexan-
dre III, qui a succombé, le i" novembre dernier,
des suites d'une terrible maladie des reins, dans
sa villa de Livadia, en Crimée. On sait l'impres-
sion profonde produite par cette mort prématurée,
le monarque russe ayant été universellement con-
sidéré, et à juste titre, comme le plus puissant
soutien de la paix européenne.
On a beaucoup écrit, ces derniers temps, sur
son caractère droit et loyal, sur son amour de la
vérité et les qualités éminentes de l'homme privé,
de l'époux et du père de famille ; mais on a
presque perdu de vue le mécène qui, dans le do-
maine de l'art surtout, s'est affirmé d'une façon
incontestable. Comme en toute chose, il y agissait
avec modestie, sans pose ni tapage, mais il com-
prenait que la protection de l'art national était un
devoir pour un souverain et n'a cessé de la prati-
quer.
Dans le domaine des arts plastiques, il méditait
la fondation d'un musée national des beaux-arts,
LE GUIDE MUSICAL
907
en vue duquel il ne cessait de faire d'impor-
tantes acquisitions, de tableaux surtout, choisis
parmi les plus belles œuvres de tendances di-
verses, mettant à côté de la Phryné de Siemiradzki
les Zaporogues de Répine.
En musique, il a su subordonner ses goûts par-
ticuliers à ce qui était son devoir de souverain.
Doué personnellement d'une oreille excellente, il
à appris dans sa jeunesse à jouer du cornet et du
bourdon (i) et a formé, dans son palais d'Anitch-
kow, un orchestre d'instruments à vent, composé
d'amateurs (d'officiers surtout) et dirigé par
M Wurm; il y jouait lui même sa partie. Cet or
chestre d'amateurs s'est produit plus d'une fois en
public (sans le concours de l'Empereur, bien
entendu), dans des concerts au profit de la Croix-
Rouge, qui, dans les premières années du règne,
se donnaient au Théâtre Marie, pendant le carême.
La cour y assistait toujours, comme à d'autres
concerts et spectacles d'amateurs que l'Empereur
semblait affectionner particulièrement, ne voyant
rien à redire à ce que les personnes de son entou-
rage, voire les membres de la famille impé-
riale, y prissent part.
C'est parmi ces amateurs de haute volée qu'il
a choisi les directeurs des théâtres impériaux et de
sa musique particulière, dont ilfituncorps spécial,
composé de deux orchestres, l'un d'instruments à
vent, l'autre mixte, avec instruments à cordes,
dirigés tous deux par des musiciens allemands.
Ces orchestres, destinés à jouer aux dîners et aux
bals de la cour, cultivent princijialement la mu-
sique légère. En été, ils se font entendre, chaque
semaine, au parc de la résidence impériale de
Peterhof.
La chapelle des chantres de la cour, celle que
Berlioz déjà avait proclamée la première du monde
et qui, sous l'action des Bortniansky et des Lvow,
s'était créé un genre d'exécution [a capella) qui lui
était propre — toute vaporeuse et en demi-
teinte, comme un tableau de Murillo, — cette cha-
pelle a été confiée, sous le règne de l'empereur
Alexandre III, à MM. Balakirew et Rimsky-Kor-
sakow, deux musiciens sérieux, qui eurent le tort
cependant de viser à une exécution chorale sévère
à l'allemande, ce qui fit perdre, en partie du
moins, les traditions de la maison. Quoiqu'on ait
doté, dans ces derniers temps, l'édifice de la cha-
pelle impériale d'une magnifique salle de con-
certs, construite un peu dans le genre de la nou-
velle salle philharmonique de Berlin, les concerts
publics s'y donnent très rarement, tandis qu'aux
temps de Lvow et de Bakhmétew (le prédécesseur
de M. Balakirew;, les concerts symphoniques de
la chapelle et ses auditions publiques de musique
sacrée a capella étaient réputés. Il y a trois ou
quatre semaines, la nouvelle salle a été détruite
par un incendie.
(Il Le bourdon dont Sa Majesté s'est servie se con-
serve au musée de l'Amirauté, à Saint-Pétersbourg.
M Balakirew, on le sait, est considéré comme
le chef de la jeune école russe, dont on connaît
les tendances avancées Avant de devenir direc-
teur de la chapelle impériale, il s'était trouvé à la
tête de l'Ecole gratuite de musique, créée
naguère pour réagir contre les tendances clas-
siques du Conservatoire fondé par Rubinstein.
Cette école gratuite a fini par n'exister que sur le
papier et son souvenir ne se perpétuait que par
un ou deux concerts, composés dans leur majeure
partie d'oeuvres de compositeurs novateurs, tant
russes qu'étrangers, donnés dans le courant de la
saison d'hiver. A l'un d'eux, organisé au profit du
fonds de la statue de Glinka, érigée en i885 à
Smolensk, et dirigé par M. Balakirew, nous avons
vu apparaître l'empereur Alexandre III, qui, étant
encore césarévitch, avait porté le titre de protec-
teur de la dite école gratuite.
En général, le monarque russe n'aimait pas les
concerts de musique classique et n'affectionnait
pas davantage l'opéra italien. Dans ces dernières
années, même les brillants concerts de virtuoses,
dits « patriotiques «. et auxquels naguère assistait
toute la famille impériale, sont tombés en désué-
tude, et l'Opéra Italien « subventionné » fut sup-
primé dès i885. L'Empereur n'est jamais venu
non plus à l'Opéra-Italien privé, qui, depuis quel-
ques années, jouit d'une si grande popularité. Au
palais d'Anitchkow aussi, les soirées musicales
en petit comité n'eurent lieu que bien rarement, —
celle à laquelle furent conviées Rubinstein et le
vieux baryton Cotogni, datant déjà de plusieurs
année.
Par contre, l'Empereur allait assez souvent à
l'Opéra Russe, tout en se plaignant de l'absence,
à ce théâtre, de voix et de chanteurs de premier
ordre. C'est à lui cependant que l'Eugène Onéguine
de Tschaïkowsky a dû une grande partie de sa
vogue. Le public élégant ne s'est porté aux repré-
sentations de cet opéra si original qu'après s'être
aperçu à\i goût du Czar pour cette partition. A
partir de ce moment, le succès en fut inépuisable
et a rejailli aussi sur les partitions subséquentes
du maître, montées avec un luxe féerique et une
exécution admirable pour ce qui concerne du
moins le ballet, les chœurs et l'orchestre, ce der-
nier, à l'Opéra, étant porté aujourd'hui à cent trois
musiciens (douze contrebasses)
Les compositions de Rubinstein n'étaient pas
du genre qui pouvait plaire à l'Empereur; néan-
moins, tant lui que l'Impératrice, voyant en ce
grand artiste une gloire nationale, ne lui ména-
geaient pas leurs attentions. Le jour du couron-
nement, le Czar lui conféra, en même temps qu'au
peintre Siemiradzki et au sculpteur Antokolsky,
la commanderie de l'ordre de Saint-Vladimir ; le
jour du jubilé du virtuose, les télégrammes des
augustes époux furent les premiers qui lui par-
vinrent à Peterhof; enfin, outre la qualité d'E.x-
cellence qui lui fut décernée, Rubinstein se vit
décorer d'un grand cordon, tout en obtenant une
LE GUIDE MUSICAL
pension viagère, servie par la cassette impériale,
avantage dont a joui aussi Tschaïkowsky.
Citons encore le don roj'al fait par le défunt
monarque à l'œuvre de Rubinstein — le Conser-
vatoire de Saint Pétersbourg Sa Mnjesté lui
offrit l'édifice du Grand -Théâtre, abandonné
par le ministère de la cour, et accorda les fonds
nécessaires — deux millions de roubles environ
— pour les frais de reconstruction. Cet hôtel du
Cons~ervatoire renfermera une église, recouverte
de fresques, et deux grandes salles de concert
avec orgue et une scène, salles dont la plus grande
ne comptera pas moins de deux mille places.
L'inauguration aura lieu dans un an. Grâce à
la munificence de feu l'Empereur, aucun conser-
vatoire du inonde ne sera installé comme celui-ci.
Quel qu'ait été le goût musical personnel
d'Alexandre III, il a su honorer les maîtres qui
ont mérité de la patrie, et on peut dire hardiment
que les deux hommages publics les plus éclatants
rendus pendant son règne à des illustrations
nationales furent décernés à deux musiciens, —
Antoine Rubinstein, à l'occasion de son jubilé,
dont les fêtes ont duré,eniS89, toute une semaine,
et Pierre Tschaïkowsky, lors de ses obsèques
solennelles, qui eurent lieu il y a juste un an.
X.
Cbronique &c la Semaine
PARIS
ous ne nous plaindrons jamais de voir
exécutées, à des intervalles très rap-
prochés les mêmes œuvres du grand
maître Beethoven : ce sont des pages qui res-
tent tellement immuables dans leur beauté
qu'on peut les entendre indéfiniment sans
lassitude et les admirer toujours. Telles cer-
taines toiles des grands peintres, \a.Joconde du
divin Léonard, les Pèlerins d'Emiuaits du
colosse Rembrandt, le Printemps de Botti-
celli toujours nouvelles et adorables pour
ceux qui les revoient. M. E. Colonne, en
nous donnant, aux concerts des 28 octobre et
II novembre 1894, la symplionie en ///mineur,
n'a donc à encourir aucun reproche ; cette
seconde audition l'avait même amené, aux
répétitions, à soigner davantage les détails, et
l'exécution n'en a été que meilleure. Toutefois,
il nous sera permis de lui signaler, ainsi qu'à
ses confrères, certaines comporitions sympho-
niques du maître de Bonn qui n'apparaissent
jamais sur les programmes des grands con-
certs. On se demande le pourquoi de cet
ostracisme. L'ouverture du prologue le Roi
Etienne [o-p. 117), composée pour l'inaugura-
tion du théâtre de Pesth, en 1812; la Grande
Ouverture en z// majeur (op. ii5), dédiée au
prince Radziwil, composée et exécutée en
i8i5 ; l'Ouverture de fête en ?// majeur (op. 124),
dédiée au prince Nicolas Galitzin, avec la
fugue double ; VOuvertiire pour « la Consécra-
tion du théâtre » , dont la première exécution
eut lieu en 1822, à l'occasion de l'ouverture du
théâtre Josephstadt, à Vienne, et enfin, la F/c-
toire de Wellington ou Bataille de Vittoria
(op. 91), dédiée au prince régent d'Angleterre
Georges IV, exécutée pour la première fois
en i8i3, toutes ces œuvres sont totalement
négligées par les directeurs des grands con-
certs et sont inconnues, par suite, de'la géné-
ration actuelle. Et nous ne citons ici que les
œuvres poilr orchestre seul ; nous pourrions
joindre à notre liste les belles pages pour
chœur, soli et orchestre, qui sont aussi négli-
gées, notamment l'op. 118, Calme de la mer et
hejireuse traversée; l'op. i36, le Moment glo-
rieux, cantate sur un poème d'A. Wcissen-
bach, poiu' quatre voix et orchestre, exécutée
au congrès de Vienne, en 1814, etc
Pasdeloup, que l'on ne saurait jamais
oublier et auquel M. E. Reyer a rendu un si
juste hommage dans son dernier article des
Débats, avait eu l'heureuse idée de faire enten-
dre dans la même séance les quatre ouvertures
composées par Beethoven pour l'opéra de
Fidelio. Pourquoi M. E. Colonne ne renou-
vellerait-il pas cette tentative?
Le succès qu'avait obtenu le directeur des
concerts du Chàtelet en donnant déjà la grande
scène religieuse de Parsifal (deuxième tableau
du premier acte), l'a engagé à la comprendre
dans le programme du concert extraordinaire
du II novembre 1S94.
Cette page majestueuse et séraphique du
drame qui a été si justement appelé le Cantique
des cantiques de l'amour divin, perd, comme
toutes les œuvres dramatiques de R. Wagner, [
a être séparée de la scène et, par suite, est;
privée d'une partie de son prestige.
Il n'en est pas moins vrai que la musique est
si belle par elle-même, si suggestive, que
l'impression au Chàtelet a été très grande, et
que le public a fait un accueil enthousiaste aux
beautés de l'œuvre.
"A part un manque de décision ou d'énergie
dans l'attaque de la marche, l'exécution a été
bonne et les chœurs étaient bien espacés der-
rière la coulisse.
Le cinquième concerto pour piano, flûte et
violon de J. -Sébastien Bach a été, pour les vir-
IK GUIDE MUSICAL
909
tuoses MM. Louis Diémer, Cantié et G. Rémy,
l'occasion d'un véritable triomphe. Ils ont fait
valoir les beautés si particulières de l'œuvre
du vieux maître, en ont rendu les nuances
multiples et ont fait preuve d'une rare virtuo-
sité dans les traits vertigineux dont le concerto
est parsemé. Le dialogue entre la flûte et le
violon a été plein de discrétion et de charme.
M. Louis Diémer est un pianiste admirable-
ment versé dans la langue de Bach ; il l'a bien
prouvé, surtout dans ce passage en notes
rapides du premier morceau, dans lequel le
clavier joue seul : il est impossible de rêver une
exécution plus parfaite.
Nous avons peu de chose à dire de la Fan-
taisie persane pour piano de Benjamin Godard
(première audition), si non qu'elle est fort
habilement écrite pour l'instrument et que
M. L. Diémer lui a donné tout le relief désiré.
Hugues Imbert.
Les compositeurs français ont eu, pour
ainsi dire, cette année, les honneurs de la pre-
mière séance des concerts du Cirque d'Eté ;
trois d'entre eux, en effet, figuraient au pro-
gramme. Mais M. Lamoureux semble mainte-
nant les laisser de côté, persuadé sans doute
qu'après un pareil effort il est désormais quitte
envers eux .
Un seul pourtant a trouvé grâce auprès de
lui à la matinée musicale de dimanche dernier,
c'est M. Chevillard. Ce choix prouve que le
chef de nos concerts connaît les devoirs d'un
bon père de famille ; mais au point de vue
artistique, il nous paraît discutable. Non pas
que nous contestions le talent de M. Chevillard,
qui est très réel, mais ce compositeur n'est pas
de taille à personnifier notre musique nationale,
surtout dans le voisinage du titan Wagner.
Nous parlons uniquement ici de la Fantaisie
symphonique, dont la première audition avait
suffi pour y constater, à côté d'une certaine
habileté d'orchestration, la pauvreté et l'incohé-
rence des idées.
Après les compositeurs, viennent les artistes
français, chanteurs et chanteuses, pour qui
M. Lamoureux paraît avoir un égal dédain.
M. Gibert, il est vrai, chantait aux côtés de
Mme Materna ; mais il avait du pour la circons-
tance oublier la langue de son pays et dire
le texte même de Wagner, car M'd'= Materna,
sa partenaire, n'entend point le français.
Ce qui n'a pas empêché l'auditoire, dans
lequel on n'aurait peut-être pas trouvé vingt
personnes sachant l'allemand, d'applaudir à
tout rompre. C'est donc la musique qu'on
applaudissait. Mais eût-elle été moins admi-
rable sur des paroles françaises? Pourquoi se
faire illusion ? Il faut savoir l'allemand pour
jouir pleinement des beautés de l'œuvre wagné-
rienne. Quant à ceux qui l'ignorent, ils doivent
se contenter d'une jouissance imparfaite, qui,
néanmoins, a bien son mérite ; mais ce n'est
certes pas en faisant sonner à leurs oreilles
vocables incompréhensibles qu'on leur rendra
cette œuvre plus accessible, plus limpide et
plus belle.
Cela dit, sans aucuhe arrière-pensée de
chauvinisme et en ne considérant que notre
goût et nos aptitudes artistiques et httéraires,
nous devons reconnaître que le duo du pro-
logue du Crépuscule des Dieux, duo d'une
poésie sublime et tout brûlant d'amour, a été
interprété par les deux artistes avec une inten-
sité, une justesse de sentiment remarquables,
et a provoqué dans l'auditoire une profonde
émotion. Nous avons indiqué, il y a huit jours,
les qualités et les défauts de M">= Materna;
inutile d'y revenir. Disons, toutefois, que
M. Lamoureux avait la délicate attention
d'atténuer la sonorité de son orchestre, dès que
la célèbre cantatrice se faisait entendre. Quant
à M. Gibert, qui va, dit-on, se consacrer à
l'interprétation des œuvres de Wagner, son
début est de bon augure ; et si le public pari-
sien doit être bientôt privé du plaisir de
l'applaudir, le théâtre de Bayreuth fera en lui,
croyons-nous, une excellente recrue.
Deux autres fragments du Crépuscule des
Dieux nous ont été donnés : la marche funèbre,
dans laquelle Wagner a su peindre en touches
si puissantes la tristesse, la désolation, et que
l'orchestre a merveilleusement rendue; puis la
scène finale, beau et pathétique monologue
interprété par M™'^ Materna.
La cantatrice viennoise nous avait fait enten-
dre auparavant l'air d'Elisabeth du deuxième
acte de Tannhànser, chant de triomphe et
d'allégresse, qui exige, pour être mis en valeur,
ce que Mn"= Materna ne possède plus ; une voix
fraîche, sonore et vibrante.
Le concert, qui débutait par une nouvelle
audition du prélude de Hdnsel et Grctcl
d'Humperdinck, s'est terminé avec Huldi-
gungs-Marsch de Wagner, exécutée déjà à la
matinée précédente. Ernest Thomas.
M. d'Harcourt a repris ses concerts. Après
Pasdeloup, Lamoureux, Colonne, M. d'Har^
court se pose, lui aussi, en initiateur de l'art
910
LE GVIDE MUSICAL
wagnérien, et ses efforts, quoique un peu
gauches, n'en sont pas moins couronnés de
succès. A la seule annonce de Tannhœuser, la
foule, — recueillie et sympathique, — est ac-
courue.
Nous voudrions pouvoir nous en tenir à
l'appréciation de l'intelligente initiative de
M. d'Harcourt et n'avoir point à faire œuvre
de critique... Cette partie de notre tâche n'est
pas la moins délicate, si nous voulons garder la
franchise à laquelle sont accoutumés les lec-
teurs du Guide Eh bien, disons-le tout de
suite, l'interprétation de ces fragments de
Tannhœuser a été faible : et, ce qui est plus
grave, le chef d'orchestre seul doit en être
tenu responsable. L'orchestre a été mou, les
chœurs médiocres et les solistes s'en sont res-
sentis. Quels que soient les dons que vous
ait départis la nature, on ne s'improvise pas
chef d'orchestre. M. d'Harcourt manque évi-
demment d'expérience. Sous son bâton, le
quatuor reste froid et les cuivres, au lieu de se
fondre harmonieusement dans l'ensemble, se
détachent violemment de l'orchestre, sonnant à
briser les vitres... et les tympans. La salle est
troj) petite, dira-t-on, et l'acoustique en est
défectueuse, — mais le chef d'orchestre doit
tenir compte de ces défauts et y obvier autant
que possible. M. d'Harcourt devrait aussi se
faire renseigner fidèlement sur les mouvements
de la musique qu'il exécute : le début de
l'ouverture de Tannhœuser a été joué avec une
lenteur désespérante, tandis que l'exposition de
la marche fut prise beaucoup trop vite. Je cite
seulement ces deux exemples, mais ce ne serait
pas les seuls passages à incriminer au point de
vue métronomique.
A part ces inconvénients, rendons justice au
choix judicieux des fragments, à la bonne
tenue des chœurs d'hommes, — ceux de
femmes étaient moins bons, — à la parfaite
justesse des cors et aux qualités des solistes.
Mme Fierens a su donner au rôle de Vénus tout
le relief musical dont il est susceptible ;
Mlle Blanc possède une excellente voix et
chante avec correction, mais elle ignore l'art
des nuances expressives. M. Auguez, tout au
contraire, malgré la pauvreté de son organe, a
trouvé des accents profonds et touchants.
M. Vergnet et les autres solistes ont été suffi-
sants.
En somme, si l'idéal artistique n'a pas été
atteint, applaudissons aux louables efforts
lentes. Une telle audition est d'un effet un peu
pénible pour les vrais artistes ; mais le nombre
en est rare ; et telle est la puissance de cette
musique de Wagner que la masse des auditeurs
a été transportée. Sous ce rapport, du moins,
la courageuse tentative de M. d'Harcourt a
pleinement réussi et portera ses fruits.
Reyval.
•f"
M. Maure! a chanté jeudi soir, pour la der-
nière rois, le rôle d'Iago dans Othello, à l'Opéra,
Samedi, le célèbre baryton s'est embarqué au
Havre, sur le transatlantique la Bretagne, à
destination de New-York.
Il ne reviendra à Paris qu'au mois de mai
et reparaîtra dans Othello, puis dans Hamlet.
C'est probablement lui qui chantera le rôle
de Wolfram d'Eisenbach du Tan7ihduser, qu'il
a déjà interprété à Londres, jadis, sous la direc-
tion de Richard Wagner lui-même.
Le comité de la Société nationale de mu-
sique a pris la résolution de donner, cette
année, à la salle d'Harcourt, quatre grands
concerts avec orchestre. A côté des œuvres
symphoniques, figureront les compositions
dites musique de chambre, dont l'interprétation
sera confiée au quatuor belge Crickboom, An-
genot, Miry et Henri Gillet. Le premier con-
cert aura très probablement lieu le 23 dé-
cembre, à 2 h. 1/2.
t
Résultat du concours d'admission pour
les classes de piano au Conservatoire :
. Classes des hommes. — 29 aspirants. —
Admis dans les classes supérieures : MM. Ber-
nard, Grosvlez, Imberti, Levy et Salomon. —
Dans les classes préparatoires : MM.Bromner,
Cœur, Debert, de Lausnay, Moreau, Nérini et
Pesse.
Classes des femmes. — 187 aspirantes. —
Admises dans les classes supérieures : M"' Ep-
stein, Forest, Herth, Percheron, Vergounet et
Weil. — Classes préparatoires : résultat non
encore connu.
Au Conservatoire de Paris :
M. Franquin, de l'orchestre de l'Opéra, est
nommé professeur de trompette, en rempla-
cement de M. Cerclier, atteint par la limite
d'âge.
L'état de santé de M.Alfred Turban, profes-
seur d'une classe préparatoire de violon, ne lui
permettant pas de continuer son cours, a dû
être placé en congé illimité ; il est remplacé par
M. Hayot, chargé du cours.
M. Benjamin Godard, professeur de la
classe d'en emble pour la musique de chambre,
atteint d'une maladie qui le forcera à passer
une partie de l'hiver dans le Midi, sera sup-
pléé pendant son absence par M. Charles Le-
febvre.
LE GUIDE MUSICAL
911
Le concours d'admission pour la classe
d alto a eu lieu. Cette classe, de création nou-
velle, et dont M. Laforge a été nommé profes-
seur, a ouvert jeudi.
Le cours d'histoire et de littérature drama-
tique de M. Marcel Fouquier rouvrira le mer-
credi 21 novembre, à 4 heures.
Le cours d'histoire de la musique fait par
M. Bourgault-Ducoudray rouvrira le jeudi
22 novembre, à la même heure.
BRUXELLES
f'p-^A direction du Théâtre de la Monnaie
Y^ fait, dans le répertoire de cette année,
;^=A, une large, très large part à deux auteurs
français d'un incontestable talent, mais dont
les œuvres ne gagnent pas à se suivre à de trop
courts intervalles : Charles Gounod et Jules
Massenet.
I Du premier, on nous a servi, en ces deux
\ premiers mois d'exploitation, Faust, Roméo
V et Juliette, Mireille, et tout récemment Philé-
■■ mon etBaticis; c'est beaucoup, surtout lorsque
I le niveau de l'interprétation ne dépasse pas
î. une honnête mo3'enne. Du second, après une
', reprise tout éphémère de Werther, on nous
\ annonce comme très prochaine l'exécution de
la Navarraise et du Portrait de Manon, et
l'on nous promet ensuite la lascive Thaïs;
donc, les trois dernières productions du maître,
lesquelles ne sont pas précisément ses meil-
leures. Ce n'est pas là, pensons-nous, le réper-
toire qu'il faudrait pour attirer à la Monnaie un
public qui, jusqu'ici, ne s'y est pas porté en
foule.
Les spectateurs n'étaient pas cohue à la
reprise de Pliiléinon et BaiiciSy et nous ne
dirons pas que les absents ont eu tort. Non que
l'interprétation ait été mauvaise, mais elle n'a
eu, pour aucun des rôles, la touche légère qui
convient à cette œuvre gracieuse, mais un peu
vieillie, en son second acte surtout. M"<= Simon-
net y a donné des éclats de voix bien intem-
pestifs, et sa vocalisation n'a pas eu la netteté
habituelle; ses partenaires masculins, MM.
Isouard, Sentein et Gilibert,— ce dernier rem-
plaçant, non sans succès, M, Ghasne indisposé,
— se sont, eux aussi, trop fréquemment
préoccupés de faire valoir la puissance de leur
organe, ce qui nous a valu des ensembles bien
lourds, d'une solennité bien déplacée. L'or-
chestre, par contre, a mis des soins remarqués
à détailler la fine orchestration de Gounod, une
orchestration où l'esprit s'allie souvent à la
grâce et qui rachète parfois ce que le dessin
mélodique a de banal.
Dans la même soirée, Coppélia, le toujours
jeune ballet de Delibes, a été revu avec plaisir,
encore que la partie chorégraphique n'eût pas
été réglée avec un goût parfait. J. Br.
Le Conservatoire a ouvert, dimanche, sa
saison concertante par la traditionnelle distri-
bution des prix et le concert des lauréats.
Après le discours d'usage, prononcé par M. Ed.
Fétis, membre de la commission de surveillance,
et la lecture du palmarès, les classes d'en-
semble vocal et instrumental, sous la direction
de MM. Colyns, Agniez et Léon Soubre, ont
exécuté successivement l'ouverture de Roméo
et Jiiliette, la suite en si mineur de Bach et la
Pâle étoile dit soir d'Alfred de Musset, mise en
chœur par M. Franz Servais. Le Conservatoire
continue ainsi de mettre à la disposition de
nos compositeurs la troupe déjà aguerrie de
ses chœurs et de son jeune orchestre. Voilà
qui est très bien ! La composition de M. Franz
Servais, instrumentée récemment, est de très
fine et délicate sonorité, avec, ça et là, cepen-
dant, quelques modulations harmoniques mala-
droites et une uniformisé dans la disposition
des voix du chœur qui nuit à l'intérêt. Le
public n'en a pas moins fait un accueil très
chaleureux à l'œuvre de l'auteur de VApollo-
iiide. Parmi les jeunes solistes qui se sont fait
entendre, on a particulièrement applaudi
M'i' Kufferath, lauréate de la classe de violon-
celle de M. Jacobs, dans un fragment de con-
certo de Servais. Elle a du charme et du nerf.
Très bien accueillie aussi M'i^Smith, une jeune
violoniste, dont le mécanisme est remarquable.
Mi'e Goulancourt, lauréate du chant théâtral,
a dit les stances de Don Carlos de Verdi. Très
belle voix, et puissante; diction suffisante. Mais
le registre de tête laisse beaucoup à désirer et
l'émission est souvent défectueuse. Enfin,
M"e Delmotte a clos cette intéressante audition
par l'exécution de fragments de Bach et Hagn-
del sur l'orgue, qu'elle a vaillamment joués.
Une femme à l'orgue, le cas est assez rare
pour être signalé spécialement.
A propos de la classe d'ensemble orchestral,
nous devons faire remarquer aux honorables
professeurs qui la dirigent qu'ils ne semblent
pas se préoccuper beaucoup d'inculquer à leur
jeune orchestre l'art de nuancer. L'ensemble
est excellent de sonorité, mais on n'entend
jamais de/orfc véritable, parce qu'on n'obtient
jamais de véritable piano. C'est un point sur
lequel il y aurait lieu de veiller sérieusement.
Remarqué, dans la suite de Bach, un excellent
fîùtiste.
Dimanche, au Conservatoire, second concert
des élèves lauréats' des derniers concours.
M. Jean Ten Hâve, premier prix avec la plus
grande distinction de la classe do M. Ysaye, y
fera entendre le concerto de violon de Lalo.
912
LE GUIDE MUSICAL
Le premier concert de la Société des Nou-
veaux-Concerts, dont nous avons annoncé
récemment la constitution, est fixé au 3o dé-
cembie. Il aura lieu sous la direction de
M. Franz Servais, qui dirigera les Idéals de
Liszt, les airs de ballet de son propre opéra,
VApoUonidc, et probablement le finale du Cré-
puscule dfS dieux, qui sera chanté par M^e Marie
Brema, la belle Ortrude des dernières fêtes
théâtrales de Bayreuth.
Le second concert aura lieu en janvier. On
y entendra les Chanteurs deSaint-Gervais.
Lundi 19, à 3 h. 1/2 aura lieu à l'église de
N.-D. du Sablon, l'inauguration des nouvelles
orgues de cette église. Elles seront jouées par
M. Ch. Danneels, professeur au Conservatoire
de Liège et M. J. de Decker, organiste titulaire
de l'église.
Vendredi 23 novembre, la troupe d'opéra
du Théâtre-Flamand d'Anvers viendra donner,
au Théâtre-Flamand de Bruxelles, une repré-
sentation du Vaisseau-Fantôme de Richard
Wagner.
Au concert qu'il donnera, le mardi 27 cou-
rant, à la Grande-Harmonie, l'Octuor vocal,
sous la direction de M. Léon Soubre, exécu-
tera des œuvres de Ph. de Mons, de Benevoli
et de J.-H. Bernabei, des chansons flamandes
recueillies et harmonisées par M. FI. Van
Duyse, des chansons florentines et napolitaines
recueillies et haimonisées par M. Gevaert et
des chansons françaises recueillies et harmo-
nisées par MM. Béon et Soubre. M. Gustave
Kefer jouera i'allegro du concerto en re'mineur
de J.-S. Bach, pour clavecin, avec accompa-
gnement de quatuor, et trois pièces de clavici-
nistes flamands. M.Emile Agniez fera entendre
sur la viole d'amour une Sarabande de Bach
et une Cadenza et rouiauza de Locatelli, puis
un adagio de Corelli et un menuet de Mi-
landre. Enfin, MM. Agniez et Kefer exécute-
ront un menuet de Boccherini, pour viole
d'amour et clavecin. Le clavecin a été mis gra-
cieusement à la disposition de l'Octuor pai' la
maison Erard.
Samedi 24 novembre 1894, ^ ^ heures du
soir, deuxième séance des concerts Schott,
avec le concours de M'I'J Clotilde Kleeberg,
pianiste,etduTrio vocal des dames hollandaises,
Mmes Annette de Jong, Anna Corver, Marie
Snyders.
Pour les billets et le programme, s'adresser
à MM. Schott frères, éditeurs, 82, Montagne de
la Cour,
CORRESPONDANCES
ANVERS. — On vient de reprendre, au
Théâtre Lyrique flamand, les représenta- ■
tiens du drame lyrique avec la Prcciosa, de VVeber.
M"e J. Cuypers a reparu à cette occasion, dans le
rôlederhéroïne. On lui a fait fête; quant à la parti-
tion, sous la conduite nerveuse de M. E. Keurvels,
l'orchestre Ta jouée avec un ensemble parfait. Les
chœurs ont contribué à la réussite de l'ensemble.
On annonce, pour mardi, la 'pxem.ièïeàe.Bergliot,
le petit drame lyrique de Grieg. Cette œuvre, qui
ne comporte qu'un acte, sera jouée avec l'opéra de
Kreutzer : Une nuit à Grenade.
Après l'installation définitive des concerts popu-
laires au Théâtre-Ro5'al, voici nos quartettistes qui
émigrent vers l'Harmonie. M. J. Mariën annonce
sa première séance pour le 19 courant. Quelques
jours plus tard, ce sera le tour de la Kwartet-Ka-
pel, qui s'est assuré le concours du pianiste alle-
mand, M. Max Pauer. Au programme figurent :
Quatuor de Rheinberger; une Suite pour violon et
piano de Schtiff; puis, en fait de soli, Andante de
Beethoven et Etude de concert de Moskowsky.
Le premier concert populaire a lieu dimanche,
avec le concours de M™° Falk-Mehlig et de Mi'e J.
Flament. Le programme sera entièrement consa-
cré aux œuvres de Beethoven.
M. Horace Martini, directeur du GraridThéà-
tre de Gand reprend — - moyennant une subven-
tion mensuelle de 12,000 francs — la direction du
théâtre Royal d'Anvers, rendue vacante tout
récemment par suite de la déconfiture de M. de
Biemme; M Martini exploitera simultanément
les deux scènes avec, bien entendu, deux troupes
absolument distinctes. A. W.
LONDRES. — Le Concert Siegfried
W.\GNER. — Devant un public qui com-
prenait au bas mot trois mille auditeurs, M. Sieg-
fried Wagner a fait sa première apparition en
Angleterre en la nouvelle salle de Queen's Hall. Le
programme ne comprenait que des œuvres de son
père et de son grand-père Liszt. Ce concert était
attendu avec d'autant plus de curiosité qu'indé-
pendamment de son intérêt musical, il avait en
quelque sorte un intérêt historique. En effet, bon
nombre des auditeurs d'aujourd'hui, étaient de
ceux qui, en 7877, avaient assisté aux concerts
dirigés par Richard Wagner à l'Albert Hall et en
avaient gardé un très vif souvenir; d'autres étaient
curieux d'entendre le Siegfried Idyll sous la direc-
tion de celui-là même que cette œuvre touche de
plus près. Enfin, beaucoup d'artistes de l'orchestre
sont encore les mêmes qui, en 1S77, avaient joué
sous la direction du maître de Bayreuth.
Je citerai notamment la première harpiste, alors
une toute jeune fille, maintenant une respectable
matrone, qui rappelait au jeune Siegfried Wag-
ner que le maître l'avait embrassée sur le
front après l'exécution d'un morceau où la harpe
joue un rôle important. Bref, soit curiosité, soit
intérêt musical, le public était très nombreux, et il
est sorti de ce concert enchanté du plaisir artis-
tique éprouvé, ravi non seulement d'avoir vu le
fils du maître illustre, mais encore d'avoir dé-
couvert dans ce jeune homme un musicien doué
LE GUIDE MUSICAL
ôiâ
d'éminentes facultés directoriales. Accueilli à son
arrivée au pu_pitre tout enguirlandé, par des accla-
mations chaleureuses, M. Siegfried Wagner a été
applaudi après les Préludes et le Mcphistovaher de
Liszt, et véritablement acclamé à la fin de chacun
des fragments d'oeuvres de son père, — Siegfried
Idyll, ouverture du Vaisseau b'aniôme, Prélude et
chant final de Tristan et Iseiilt, scène finale du Cré-
puscule des Dieux. A la fin du concert, c'a été une
véritable ovation. En général, on a beaucoup
admiré l'interprétation finement nuancée, la fer-
meté du rythme et la sûreté de direction vraiment
remarquable chez un aussi jeune chef. Les appré-
ciations de la presse de Londres — Le Times en
tête — sont toutes très élogieuses, encore que l'un
ou l'autre des critiques trouve à redire sur tel ou
tel détail; tous sont, en tous cas, unanimes sur un
point à savoir : que les débuts du jeune artiste sont
pleins de promesses pour l'avenir. Je dois ajouter
que l'orchestre de Queen's Hall, qui est, au regard
de la beauté, la sonorité et de la perfection du
rendu, l'un des premiers du monde, a joué avec
ardeur et enthousiasme dans son jeune chef,
jyfme Marie Brema, dans la scène finale du Crépus-
cule et le Chant de mort d'Iseult, a vivement impres-
sionné le public par sa diction et sa voi.K profon-
dément dramatiques. E. S.
PRAGUE. — Le Théâtre national tchèque,
vient de reprendre les Deux Veuves de Frédé-
ric Smetana — dont le sujet est emprunté à une
comédie de MallefiUe. C'est la plaisante histoire
de deu.\ femmes qui ont perdu leurs maris. L'une,
Caroline, se console vite, mais se refuse à convo-
ler une seconde fois. L'autre, Anne, porte con-
sciencieusement le deuil de son éj'ioux, qui était
très vieux, — mais elle ne veut à aucun prix
rester veuve. Elle aime secrètement un jeune
homme, Ladislav, qu'elle a connu jadis avant son
mariage. Caroline s'est bientôt aperçue de cet
, amour et elle s'ingénie à la rendre jalouse, afin
qu'elle quitte plutôt le deuil et n'écoute que son
cœur. Elle réussit et Anne devient bientôt l'épouse
de Ladislav.
La partition de Smetana est d'une distinction
spirituelle charmante. C'est, si l'on peut ainsi dire,
une vraie musique de conversation où s'expriment
les malices de la piquante intrigue qui se déroule
à la scène. L'ouverture et les interludes sont des
perles musicales, et, dans toute l'œuvre, il faut
admirer la force du rythme, l'instrumentation,
l'abondance de mélodies, celles-ci pas du tout
nationales, mais libres et caractéristiques, con-
formes au sujet français, que traite le poème. Au
second acte, cependant il y a une scène des
paysans qui contient des motifs tchèques. A citer
particulièrement le trio du premier acte, l'entrée
. de Ladislav et le duo du second acte (Lidka, An-
toine).
Smetana a commencé cet opéra en 1S73 et le
termina en 1874. La première représentation eut
lieu la même année. Mais il revit la partition
en 1877; Is- première représentation dans cette
nouvelle forme eut lieu en r878. Hors de Prague,
les Deux Veuves n'ont été jouées, jusqu'ici, qu'à
Hambourg, avec une traduction de Roderich Fels
et sous la direction de M. Jos. Sucher, en iSSi.
La dernière rcprèscntaliou à notre théâtre était
presque parfaite; tous les chanteurs et cantatrices,
les MM. Lasek (Ladislav), Folak (Mumbal;,
■yesely (Antoine) et les dames Matura (Anne) et, en
particulier, Weis-Cavallar (Caroline), ont produit
grand effet dans leurs rôles respectifs. L'orchestre,
sous la direction de M. Cech, a, comme toujours,
été excellent. Victor Joss.
VIENNE, — Jeudi dernier, Tristan avec le
concours de M'"" Doxat, de Leipzig, dans le
rôle d'Isolde. Je me suis rendu à l'Opéra sans le
moindre enthousiasme, les musiciens viennois
m'ayant fait un épouvantail des représentations
wagnériennes à l'Opéra. Dans la Gotterddnimerung,
me dit-on, on retranche la scène des Nornes pour
arriver au duo d'amour de Siegfried et de Bnmn-
hilde, tout eu commençant par le sombre prélude
en mi bémol mineur ! La plupart du temps, la
scène entre Brunnhilde et Waltraute est aussi
coupée. Un musicien m'a même affirmé avoir vu,
l'année dernière, couper la scène d'Alberich et de
Hagen. Quant au Rhcingold, on a trouvé bon d'in-
troduire une pause de vingt minutes entre les
second et troisième tableaux, excellente habitude
contractée également par l'Opéra de Berlin. Dans
Tristan, le deuxième acte est réduit de moitié. Inu-
tile de dire que le troisième subit aussi des cou-
pures. La seule chose qui eîit pu m'attirer était
d'entendre l'orchestre sous la direction de Hans
Richter. Mais je n'ai pas même pu avoir cette
dernière satisfaction, le bruit de portes ouvertes et
fermées, et le bavardage du public (en majeure
partie composé de boursiers) m'ont mis en fuite
après le prélude. Je me suis juré de ne plus
remettre les pieds dans pareille basse-cour. Quand
verrons-nous reparaître un second Biilow, venant
imposer silence à cet écœurant public qui remplit
actuellement nos théâtres et nos salles de con-
cert?
La Société philharmonique dirigée par Hans
Richter vient de publier le programme du premier
concert : Ouverture d'Obéron; Sérénade de Fuchs ;
Sarka, poème symphunique de Smetana; et la Hui-
tième Symphonie de Beethoven
Les programmes des prochains concerts com-
porteront des œuvres de Berlioz, Brahms, Bruck-
ner, Dvorak, Mozart, Haydn, Schubert, Tschaï-
kowsky, Grieg, Wagner, Hasndel, etc., etc.
E. B.
NOUVELLES DIVERSES
Samedi dernier a eu lieu au théâtre de Pesth,
la première représentation du Luthier de Crémone.,
la pièce en un acte de M Jeno Hubay que devait
donner le théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Le
livret, tiré de la pièce de Coppée que créa jadis
Coquelin, a été habilement coupé pour la musique
par M. Beauclair. Il a été naturellement chanté
au théâtre de Pesth dans une traduction hon-
groise. L'exécution a été très soignée sous la
direction de .M. Nikisch. Le compositeur, dissi-
mulé derrière un paravent, jouait lui même le solo
de violon mimé par le luihior. L'aveu de Filippo,
une des pages les plus senties de la partition, a
914
X£ (}Un>E MUSICAL
vivement ému l'auditoire, fort nombreux. Succès
très vif. Ovations répétées à l'auteur et à ses
interprètes.
M. Saint-Saëns vient de partir pour le Caire. Il
compte faire un séjour prolongé en Egypte, où
il espère terminer l'opéra laissé inachevé par
Ernest Guiiaud. Cet opéra ne s'appelle pas comme
on l'a annoncé : Frcdégonde et Brnnehaut, mais bien
Bninhilda Deu.x tableaux de Brunhilda sont écrits
par Guiraud. M. Saint Saëns fera les deux autres.
Nous apprenons que M. Philippe Ruffer vient
de terminer un nouvel opéra : Ingo. La première
aura probablement lieu en février, à l'Opéra de
Berlin. ^
Le célèbre violoniste belge M. César Thomson
a fait ses débuts à New-York le 3o octobre, à Car- .
neggie-Hall, assisté jiar M"» Marie Louise Bailey,
jeune pianiste, qui s'est fait aussi entendre pour
la première fois.
Les journaux sont dithyrambiques à son égard.
Il y a bien longtemps que le public de New-
York n'avait entendu un tel artiste. M. Thomson
a joué Y Air vayié « Non piu Mesta », de Paganiui.
et le Concerto n° i, de Bruch. Le public lui a fait
une vraie ovation; acclamé et rappelé, il a joué
la Danse espagnole de Sarasate et la Berceuse de
Lamoureux.
Encore une pièce française qui verra le jour
hors de France. Il s'agit du Drac, opéra roman-
tique, poème tiré de George Sand et PaulMeurice
par M. Louis Gallet, musique des frères Hille-
macher.
Le nouvel ouvrage des auteurs de Saint-Mégrin
a été inutilement présenté à l'Opéra-Comique de
Paris et au théâtre de la Monnaie ce Bruxelles.
M. Félix Mottl a.yant lu la partition d'orchestre',
s'est empressé d'accepter l'œuvre, qui, terminée
au printemps dernier, a été depuis traduite en
allemand. C'est dans le courant de décembre que
le Drac sera joué au théâtre grand- ducal de Carls-
ruhe, sous la direction de M. Mottl.
PIANOS ET HARPES
BRUXELLES : 4, rue Latérale
PARIS : i3, rue du Mail
iÉPERTOi«S ŒTRK^^CONCERTS ^
Anvers
Salle de la Société royale d'Harmonie - Lundi
19 novembre 1894, à 8 heures du soir, première séance
de musique de chambre organisée par Joseph Mariën
avec le concours de M De Greef, professeur de piauô
au Conservatoire, et de MM. G Verbeeck (second
violon), Ed Lemoine(alto), J Roelants (cello), Quitin
(flûte), Billet (clarinette). Bal (cor) et Verdonck (bas-
son). Programme : i. Quatuor pour cordes en mi
bémol (Fr. Schubert); 2. Sonate pour violon et piano
en /«majeur (César Franck); 3 Etudes symphoniques
pour piano (Robert Schumaun); 4. Quintette pour
piano et instruments à vent (Ant. Rubinstein).
Berlin
Opéra, — Du 11 au 18 novembre : Le Prophète
™™™^i::£i?£i:^2£i^£.i^^^^^^ ^^ ^^ grande harmonie
Dimanche 25 novembre 1894, à 2 heures
(Branb Concert ClassiQue
DONNÉ PAR LE CÉLÈBRE VIOLONISTE
ET LE RENOMMÉ PIANISTE
M. MAX PAUER
AVEC LE CONCOURS DE
M"' JULIA MiLCAMPS, GANTAT]
.^EIOE
PRO GRAM M E
1. Sonate en sW. Brahms
MM. JOACHIM ET PAUER
2. Arioso de Quentin Dutwaid Gevaert
M"« MILCAMPS
3. Grande Sonate en ut majeur .... Weber
M. PAUER
4. a) Adagio du Concerto en sol . . . . Jqachim
. b) Barcarole Spohr
M. JOACHIM
5. a) Pour un seul mot . Van Dam
b) Les Clochettes bleues Van Dam
c) l'Etoile cachée (Violoncelle M'ie Rueg-
GER) Van Dam
Mlle MILCAMPS
6. Suite en mi majeur pour violon seul . . Bach
M. JOACHIM
On peut se procurer les places chtez MM. BREITKOPF Si HJEETEL, éditeurs, 45, Montagne de la Cour.
LE GUIDE MUSICAL
915
Djamilé Hœnsel et Gretel. L'Ami Fritz et Cavalleria
rusticana. Hœnsel et Gretel Les Saisons. Le Frey-
schutz. Haensel et Gretel. Mara. Tannhasuser. Hîeii-
sel et Gretel. Carnaval.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du ii au i8 no-
vembre : Tristan et Iseult. Mireille. Samson et Dali-
la, Barbier de Séville. Samson et Dalila. Dimanche,
Le Barbier de Séville. Lundi, reprise des Huguenots.
Mardi 'abonnement suspendu), le Prophète. Mercredi
première représentation du Portrait de Manon et Phi-
lémon et Baucis. Incessamment La Navarraise.
Galeries — Miss Dollar. Au 3"= acte ballet aérien.
Matinée le dimanche à i heure.
Alcazar royal. — Bru.xelles sans gène.
Concerts-Schott. — Samedi 24 novembre, à 8 heures
du soir, deuxième séance avec le concours de
M"e Clotilde Kleeberg, pianiste, et le trio vocal des
dames hollandaises (M"»»* Annette de Jong, Anna
Corver, Marie Snyders). Programme : i. Sonate
op. 109, mi majeur (Beethoven); 2. a) Belooning, b)
Kerstnacht, A capella, 3 voi.x (Cath. van Rennesl Trio
vocal des dames ; 3. Les Poèmes sylvestres (Th. Du-
bois) M}'" Clotilde Kleeberg ; 4. a) Ich fahrl dahin
(Grimm). b) Es muss ein wunderbares sein (Kret-
schmann), c) Dà unten im Thaïe (J Brahms), A
capella, 3 voix. Trio vocal des dames; 5. a) Minuetto
de la suite op. 72 (Raff); b) Rêve angèlique (Rubin-
stein); Cj Valse, op. 84 n" i (Moszkowski).'M"= Clo-
tilde Kleeberg; 6. a) Per piëta (Martini', b) Blanche
de Provence (Chérubinij. Trio vocal des dames.
Marseille
Association artistique de Marseille, sous la direction
de M. Jules Lecocq. — Programme du iS novembre ;
I. Symphonie en i! bémol (Schumann); 2. Air du Pro-
phète (Meyerbeer), chanté par Mlle Passama; 3. Deu-
xième Rapsodie hongroise (Liszt) ; 4. Prélude du deu-
xième acte de Gwendoline (Chabrier); 5. Air de Sam ■
son et Dalila (Saint Saëns). chanté par Mlle Passama;
6, a) Souvenir d'Hapsal (Tschaïkovvski), b} Entracte
de Galante, Ouverture (Guiraud.; 7 Air classique
(Gluck), chanté par Ml'e Passama ; 8. Danse hon-
groise (Brahms).
Nancy
Salle Victor Poirel. — Diraancl.e 18 novembre 1894,
à 4 heures, sixième concert du Conservatoire, Pro-
gramme : I L'Arlésienne, première suite (G. Bizet);
2 Les Djinns (première audition) (C Franck), piano
I M'ie Louisa CoUin; 3. Axel (preirière audition) (M. A.
I Georges); 4 Rhapsodie hongroise, n» 12 iF. Liszt)
j Ml'eCollin; 5 Symphonie en ul mineur, n" 5 (Beet-
' hoven). Le concert sera dirigé par M. J. Guy Ropartz
I Pans
! OrÉRA, — Du 18 au 24 novembre : Othello. Ciwendoline,
Samson et Dalila Thaïs. La Maladetta.
j Opéra-Comique. — Du 18 au 24 novembre : Mignon
Le Domino noir et le Chalet. Falstaff Les Pêcheurs
i de perles. Manon.
, CoNCERTS-CoLONNE — Dimanche 18 novembre,
i 2 h. 1/4 très précises Symphonie pastorale (BeethO'
ven); le Rouet d'Omphale (Saint-Saëns); Peer Gynt
(Grieg); fragments de Parsifal(R. Wagner), deuxième
tableau du premier acte; prélude du troisième acte de
Tristan et Iseult; marche de Lohengrin
Concerts-Lamoureux. — Dimanche 18 novembre, à
2 h. 1/2, avec le concours de M°"' Materna et de
M. Gibert. Ouverture d'Iphigénie en Aulide (Gluck) ;
Concerto pour violoncelle, joué par M. Salmon (Saint-
Saëns); air d'entrée d'Elisabeth du Tannhaeuser
(Wagner), chanté par M"'" Materna ; fragments du
Crépuscule des Dieux (Wagner) : M'"" Materna et M.
Gibert; Marche hongroise de la Damnation de Faust.
Concerts d'Harcourt. — Dimanche 18 novembre, à
2 h. 1/2, Fragments des i", 2" et 3" actes du Tann-
hasuser, de R Wagner, traduction française de
M-Ch Nuitter. Distribution; Vénus, M'"" Fierens;
Elisabeth, Mlle Eléonore Blanc; un pâtre, N. ; Tann-
hasuser, M. Vergnet; Wolfram, M. Auguez; le Land-
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
NOUVEAUTÉS POUR PIANO SEUL
Dolmetsch (V.) Gavotte Im-
promptu 5
— 4^ Mazurka 5
— Promenade champêtre . 5
Durand (Aug.) 6« Valse . . 6
Durand (Jac.) Air à danser . 6
— Promenade . 6
Galeotti (C.) Au bord du Nil . 6
En songe
4 -
Halphen (F.) Vase lente . . 5
LiUtz (H.) Aragonaise ... 5
— Pavane 5
— Valse 4
Magnard(A.) Promenades, net 5
Meyer (G.) Gavotte .... 6
Pierné^G.) Pastorale variée, net 2
— Sérénade à Izéyl . 5
Saint-Saëns Thème varié, net 3
Ô16
LE GUIDE MUSICAL
grave, M. Challet Orchestre sous la direction de
M. Eugène d'Harcourt.
Vienne
Du 12 au 19 novembre
Hans Heiling.
I Carmen Les Huguenots. Tannhœuser. Aida. Autour
i de Vienne (balietj. La Flûte enchantée. Cornélius
I Schutt (première représentation).
I An der Wien . — Jakuba. L'Enfant du Dimanche. La
! Belle Hélène. Le Postillon de Lonjumeau.
V'^ LÉOPOLD MURAILLE, éditeur a liege (Belgique)
l>4^poKitairc tiiiii|iic de l'K<U<i4^ii Fayiie
(partitions de poche pour la musique de chambre)
DETHIER, Gaston. Thème, variations et finale pour grand orgue.
— Prélude sur le Dies Irœ pour grand orgue
— Romance pour violon et piano ....
— La même transcrite pour violoncelle et piano.
LEKEU, G"'^. Andromède, poème lyrique et symphonique en deux parties
partition réduite par l'auteur, pour chant et piano
— Trois pièces pour piano . .
RAWAY Erasme. Scènes Hindoues, poème symphonique en quatre parties
réduction à quatre mains .....
THOMSON, César. Passacaglia, d'après Hsendel, pour violon et piano
— Berceuse Scandinave pour violon et piano
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élémentaire (2'' édition) . 3 »
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thode théorique et pratique
pour prendre, avec la iLéine
lacilité, toutes les int na-
tions,même les plus bizarres
e 1 les plus éiranges ; com-
plément indispensable de
tous les solfèges qui existent
(2" édition) 2 n
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^uConservaioire Exercices
journalierspour la voix, em-
ployés dans tous les Conser-
vatoires (20'' édition) . 20 »
Bussine, R. Professeur au
Conservatoire. Pages d'exer-
cice pour la voix (5"= édi-
tion) 20 »
— Pages de vocalises pour
la voix (2" édition) . . . 10 »
Cotien, L. Solfège . . . i5 »
Cuelenaere, P. Méthode
pour apprendre à sollier
simultanément dans toutes
les clés » 7.1
Donne, L. Professeur au
Conservatoire. Théoris mu-
sicale ^Cours élémentaire).
Net fr.
Questionnaire . . . . » 75
Réponses » 75
Durand, E. Professeur au
Conservatoire. Solfège élé-
mentaire et progressif, théo-
rique et pratique, avec
accompagnement de piano,
inscrit sur la liste des ou-
vrages fournis gratuitement
par la Ville de Paris à ses
écoles communales, z" édi-
tion 6 »
Cartonnage » 3o
Le même, sans accompa-
gnement, 5" édition. . . 2 »
Cartonnage » 25
— Questionnaire, marchant
parallèlement avec le sol-
iège précédent . . . . » 5o
— Leçons de solfège, pour
les voix graves d'enfant, cor-
respondant aux exercices
du même solfège .... i »
— Solfège à deux voix égales
(clé de sol), élémentaire et
progressif, avec accompa-
gnement de piano, inscrit
sur la liste des ouvrages
fournis gratuitement par la
Ville de Paris à ses écoles
communales, 2" édition. . 6 »
Cartonnage » 3o
— Le même, sans accompa-
gnement, 3' édition. . . 2 5o
Cartonnage '. . . . » 25
— Solfège mélodique et pro-
gressif, pour l'étude des
trois clés à'ut usitées, avec
accompagnement de piano,
faisant suite au solfège élé-
mentaire, 2' édition. . . 6 «
Net
Cartonnage , . . . .
Le même, sans accompa-
gnement, 3' édition .■
Cartonnage
— Traité de transposition au
piano(théorique et pratique)
Duvernoy, H. Professeur
au Conservatoire. 36 leçons
de solfège à changement de
clés (ouvrage couronné par
l'Institut) ...... 3
Maury- Renaud Profes-
seur au Conservatoire. Le-
çons de solfège à change- -
ments de clés, composées
pour|les examens supérieurs
de chant de la Ville de
Paris
— Solfège manuscrit à chan-
gements de clés ....
Rougnon Paul, professeur
au Conservatoire. Solfèges
manuscrits à changements
de clefs(enseignement supé-
rieur)suivis dans les classes
du Conservatoire de Paris.
iT volume, 40 leçons, moyen-
nes, difficiles et assez diffi-
ciles, dédiées à M. J. Mas-
senet.
2" volume, 27 leçons, dédiées
à M. Ambroise Thomas.
3*^ volume, 29 leçons, dédiées
à Théodore Dubois (diffi-
ciles).
4" volume, 3o leçons, dédiées à
M. Ambroise Thomas (diffi-
ciles et très difficiles).
Chaque volume grand f, net
fr.
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LE GVIDK MUSICAL
917
Salle de la Société royale « LA GRANDE-HARMONIE », rue de la Madeleine
TROIS CONCERTS CLASSIQUES
ORGANISÉS PAR
SCHOrTI^RÈRES, éditeurs, 82, Montag-ne de la Cour
Les prochaines Séances se donneront, dans la Salle delà Sociélé Royale « La Grande-Harmonie », rue
de la Madeleine, aux dates suivantes :
DEUXIÈME SÉANCE, samedi, 24 novembre, à 8 heures du soir, avec le concours de
Mlle Clotilde KleeTserg, pianiste,
et du trio vocal des Dames hollandaises
(Annette de Jong-, Anna Corver et Marie Snyders).
TROISIÈME SÉANCE, samedi, i5 décembre, à S heures du soir, avec le concours de
MM. Eug. d'Albert, pianiste et
Ed. JaCObS, violoncelliste, professeur au Conservatoire royal
S'adresser pour les places à MM. SCHOTT FRÈRES
82, Montagne de la Cour, 82
Paris, ALPHONSE LEDUC, Editeur, 3, rue de Grammont.
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MUSIQUE POUR PIANO
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ANTHIOME (E.) Elégance, valse 2 —
DESLANDRES (Ad.) Air de ballet 2 —
DIÉMER(L.) Op. 43 .Pièce en forme de menuet i 35
— Op. 44. Réveil sous bois, étude de
concert. . 3 -
GALEOTTI lO Op 89. Halluc nation. . . i 53
HUE (G.) Sérénade (jouée au 2^ acte des Roma
nesques) !• »
RATEZ (E.) Op. 27. Sept canons à tous les inter-
valles. ... 2 —
MUSIQUE INSTRUMENTALE
DALLIER (H.) Messe nuptiale, six pièces pour
orgue-harmonium 2 —
SALOMÉ Th.) Douze pièces pour grand orgue . S —
SCHVARTZ (E.) Aubade, trio pour piano, violon
et violoncelle 2 5o
CHANT ET PIANO
Prix nets
(Chaque mélodie existe en deux tons)
DUBOIS Th.) Chanson de ['rintemps, mélodie
— Extase, mélodie .
Galop, mélodie.
— Rondel, mélodie .
LEROUX (X ) A un Enfant, mélodie .
— Chrj'santhème, mélodie
— Sérénade
MISSA (Ed.) Le Marchand de sable, petit
à une ou deux voix (ad lib.)
Le même, sans accomp' (f in
— Les Petits Loups, petit chœur à une
ou deux voix (ad lib.)
Le même, sans accomp' (ft in-S")
VIDAL (P. 1 Lou Metjoun (Le Midi), chœur à
quatre voix d'hommes. La partition 2 5o
Les parties de voix en partition . . » 5o
chœur
S")
I 35
I 65
I 35
I 65
I 35
I 25
» 25
I 25
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40° ANNÉE. — Numéro 48.
35 Novembre 1894.
Antoine RUBINSTEIN
|;E compositeur russe qui vient de
s'éteindre dans sa villa de Peter-
hof, près Saint-Pétersbourg, fut
un grand artiste, le plus remarqtiable,
certes, des pianistes de ce siècle avec
F. Liszt. Son talent était incomparable ;
nous ne croj'ons pas qu'il soit possible d'in-
terpréter avec plus de grandeur, avec une
compréhension plus parfaite, les œuvres
des Olympiens, notamment celles de Bee-
thoven et de Schumann. La puissance du
jeu était portée à son apogée ; les passages
de vigueur étaient rendus avec une inten-
sité, une fougue et une autorité qui subju-
guaient absolument l'auditeur. Les épi-
sodes dans lesquels dominent le charme, la
délicatesse, la grâce atteignaient sous ses
doigts un degré d'idéale perfection. Du cla-
vier il tirait des effets de sonorité, de sou-
plesse, d'imprévu que nul autre avant lui, si
ce n'est Liszt, n'avait trouvés. Peut-être au-
rait-on à signaler quelques incorrections,
certaines notes accrochées; mais elles dis-
paraissaient dans l'ensemble absolument
merveilleux. C'était en compositeur et non
en virtuose qu'il jouait : Beethoven devait
comprendre ainsi le piano. Lorsqu'il se
fit entendre à l'étranger, surtout lorsqu'il
donna à Paris ses concerts historiques, il
souleva un véritable enthousiasme. La salle
Erard était trop étroite pour contenir le
nombre de ses admirateurs. Séances inou-
bliables, dans lesquelles le merveilleux
artiste donna à tous les sensations les plus
intenses qu'il soit possible de rêver ! Il
jouait également de l'orchestre en maître ;
et nous nous souvenons de certain concert
où, sous sa direction, l'orchestre fut, pour
ainsi dire, transformé.
Comme compositeur, Antoine Rubinstein
aura été moins heureux. Ce fut, selon nous,
principalement dans la musique de chambre
qu'il cueillit des lauriers souvent mérités.
Lorsque l'on jette un coup d'œil sur le
catalogue assez volumineux de ses œuvres,
on découvre à son actif, en ce genre spé-
cial de musique : un octuor pour piano,
violon, alto, violoncelle, contrebasse, flûte,
clarinette et cor ; un quintette pour piano,
flûte, clarinette, cor et basson ; un quin-
tette pour deux violons, deux altos et vio-
loncelle; un quintette pour piano, deux
violons, alto et violoncelle; dix quatuors
pour cordes ; un quatuor pour piano, vio-
lon, alto et violoncelle ; cinq trios pour
piano, violon et violoncelle ; trois sonates
pour piano et violon ; deux sonates pour
piano et violoncelle; une sonate pour piano
et alto, et enfin divers morceaux : romances,
caprices pour piano et violon, ou pour piano
et violoncelle. Que distinguons-nous dans
ces compositions? Un grand respect du
classique, uni à un sentiment mélodrama-
tique très marqué, une belle sonorité, une
réelle habileté dans l'écriture, un profond
savoir et une tendance visible pour l'école
allemande, surtout pour Mendelssohn.
Dans toutes les œuvres que nous venons
d'énumérer, les qualités et les défauts de
notre auteur se laissent entrevoir en pleine
clarté. La mélodie coule de source, facile,
abondante; la chaleur est souvent commu-
nicative; il s'y rencontre même de fort
belles idées. Malheureusement, à côté de
pages hors ligne, il faut souvent subir des
longueurs, des lieux communs, des hors-
d'œuvre absolument inutiles : tel ce déluge
de notes confiées au violon dans le finale
924
LE GUIDE MUSICAL
de la sonate pour piano et violon (op. 19), —
véritable trait à la Paganini, qui dure plus
d'une page, et qui est si mauvais (disons-le
franchement) que nous avons vu plusieurs
artistes le supprimer à l'exécution.
On a comparé le talent de Rubinstein.en
tant que compositeur, à celui de Brahms
et de Raff. En ce qui est du dernier, l'as-
sertion peut être vraie. Joachim Rafï a
souvent, comme Rubinstein, procédé par un
travail hâtif, pas assez mûri. Aussi trouve-
t-on dans son œuvre des pages fort iné-
gales, quelquefois même dénuées d'intérêt,
des développements beaucoup trop longs.
Quant à l'assimilation de Brahms avec
Rubinstein, elle nous semble impossible.
Johannes Brahms est un compositeur de
premier ordre qui, à l'inverse de Rubin-
stein, n'a jamais livré au public que des
œuvres absolument réfléchies et concises.
C'est un maître dans l'acception la plus
haute du mot. Il est un descendant direct
de Beethoven : sa musique de chambre, ses
symphonies, son Requiem portent les em-
preintes de son grand devancier. Après
Robert Schumann, il a su donner éclosion
à une foule de Lieder qui sont aussi remar-
quables par la distinction de la forme que
par la profondeur du sentiment.
Dans les symphonies de Rubinstein
(elles sont au nombre de six, dont la plus
connue est YOcéan), dans ses Lieder, dans
ses compositions pour clavier, il y a certes
de belles pages; mais elles sont déparées
par les défauts que nous avons cru devoir
signaler dans sa musique de chambre;
puis elles manquent, le plus souvent, d'ori-
ginalité.
De tous ses opéras, qui portent les titres
de Dimitri-Donskoi, Fonika donratcJiok, les
Chasseurs de Sibérie, laBataille de Konlikoff,
Féramors, Néron, Kalaschnikow, le Démon,
les Machabées, etc., celui qui paraît avoir le
plus réussi est le Démon, qui n'est cepen-
dant pas la meilleure de ses partitions. Le
succès fut dû, en majeure partie, au poème
de Lermontoff. Les pages les mieux venues
sont celles qui sont purement symphoni-
ques, telles que les Danses orientales, très
riches en couleur, — et quelques beaux
chœurs. Dans cet opéra, comme dans
toutes les autres œuvres écrites pour là
scène, les parties dramatiques laissent à
désirer. Les opéras de Rubinstein, à l'ex-
ception de Néron, qui fut représenté à
Anvers, il y a une dizaine d'années, et plus
récemment au théâtre de Rouen en fé-
vrier 1894, n'ont jamais vu le feu de la
rampe en France.
Ses oratorios, la Tour de Babel,le Paradis
perdu, ont eu peu de succès, même en Alle-
magne, où ils ont figuré de temps à autre
dans les grands festivals rhénans.
Nous préférons ne pas rappeler ici les
critiques qu'a soulevées dans la presse
l'apparition du volume publié par Rubins-
tein, en 1892, et qui a pour titre la Musique
et ses maîtres. Nous croyons qu'il aurait été
plus sage pour le maître russe de s'abstenir
de prendre la plume de critique.
Né le 3o novembre 1829 à Berditcheff
(gouvernement de Kiew), Rubinstein allait
donc atteindre bientôt sa soixante-cin-
quième année ! L'acte le plus important de
sa vie artistique fut la création, en 1862, du
Conservatoire de Saint-Pétersbourg.
On a dit de Rubinstein pianiste : « Le
maître, un vrai lion! » Il avait bien la somp-
tueuse crinière du fauve ; elle encadrait un
masque d'une grande énergie, fortement
musclé, où se percevaient les indices très
caractéristiques de la race slave : front,
bombé, envahi par la chevelure abondante
rejetée en arrière, sourcils très accusés
protégeant les yeux légèrement bridés,
d'une expression vague, étrange et portés
quelquefois vers le ciel, nez un peu épaté,
bouche large avec les lèvres charnues et i
relevées. La figure était complètement im- ■
berbe.
Au premier aspect, bien que dans les
détails les différences s'accusent très nette-
ment, on songe à la tète de Beethoven.
Comme devant celle du grand maître de
Bonn, la pensée fait un temps d'arrêt; elle
se complaît à scruter, à deviner sous ce
masque énergique et étrange les passions
qui l'agitèrent; elle s'évertuera à saisir le
moral. Ce sont de ces visages qui, une fois
vus, ne s'oublient pas; ils pensent, agissent
et se livrent. Hugues Imbert. „
T,n amoE misTOAt
925
METRONOMIE EXPÉRIMENTALE
Suite . — Voir les nos ^^^ ^s, ^g et 47
Reproduction interdite)
L'ORCHESTRE SEUL
Dans la suite de leur travail, MM. Alvin
et Prieur examinent les conditions dans
lesquelles ont lieu les- exécutions orches-
trales. Les principes qu'ils ont exposés à
propos de l'interprétation de la musique
en général et du quatuor en particulier,
s'appliquentnaturellementà celles-ci. Leurs
observations portent sur les œuvres les
plus diverses^ symphonies de Beethoven,
de Berlioz, fra.gnients symphoniques des
opéras de Wagner, etc. Nous allons repro-
duire celles qui ont trait à des pages uni-
versellement connues et présentes à la
mémoire de tous, en raison de leur fré-
quente exécution dans nos concerts : l'in-
troduction de la Walkyrie, celle de Parsifal
et celle de Tristan et Iseult.
Dans cette seconde partie de notre tra-
vail, nous procéderons, comme dans la
première, par extraits peu nombreux et
très succincts de nos notes statistiques.
Nous irons encore du simple au composé ;
après avoir cité quelques constatations
relatives à des exécutions isolées, nous
mettrons en regard les résultats de deux,
trois ou même quatre exécutions diffé-
rentes de la même œuvre.
Prélude du i<"' acte de la Walkj'rie.
Exécutions des 4 et 2S septembre iSçS, au Théâtre royal
de Munich (M. Hermaun Levi).
Nous considérons spécialement les 141
premières mesures de l'œuvre, depuis le
début 3/2 Stûrmisch, Tempestoso, jusqu'à
l'entrée de Siegmund :
Wess^ Herd diess audisei.
Les durées totales de ces 141 mesures ont
été respectivement 23o secondes pour la
première exécution et 23 1 secondes pour
la deuxième. Il est impossible, comme on
voit: de demander une permanence plus
rigoureuse dans les mouvements d'ensem-
ble; ceux-ci ressortent, en effet, tous deux au
degré J = 1 10, à une fraction de degré près.
Les mouvements locaux restent égale-
ment très comparables. L'allure à l'attaque,
d'environ ^ = 112, subit une assez impor-
tante accélération vers les mesures 27 et
suivantes, dans le crescendo; elle atteint en
ce point la valeur J=i36; puis, après
quelques oscillations, elle s'abaisse progres-
sivement, surtout au grand diminiiendo qui
suit la centième mesure, où elle atteint
J = io3. On retrouve, en somme, dans les
nuances métronomiques, la traduction fidèle
des indications du texte.
Ajoutons qu'à l'arrivée de Sieglinde,
l'allure tombe, pour la mesure à quatre
temps, à J = 80 (dans les deux cas), et pour
la mesure à trois temps à J = 60 (ou 72), le
tout en parfaite concordance avec les indi-
cations : Mdssig {moderato) et Etwas lang-
sam (unpoco lento).
Prélude du i^'- acte de la Walkyrie.
Exécutions des s 2 mai iSç3(M. Colonne) et 12 mars iSg^.
à V Opéra de Paris.
Au point de vue des durées totales des
141 premières mesures, ces deux exécu-
tions diffèrent peu entre elles : l'une a occupé
2o5 secondes, l'autre 212. Mais, comme on
voit, ces durées s'écartent légèrement des
temps observés à Munich (23o et 23 1 se-
condes). Le mouvement général est un
peu plus rapide à Paris; au lieu de 1 10 à la
blanche, nous trouvons J = 124 et J = 120.
La différence de. iio à 124 n'est pas
extrêmement sensible au point de vue
acoustique; à elle seule, et si les mouve-
ments locaux restaient réglés proportion-
nellement, elle n'entraînerait pas une varia-
tion bien notable dans les effets produits.
Mais si les durées totales sont comparables
à Paris et à Munich pour les exécutions
citées, il n'en est plus du tout de même
pour leurs parties élémentaires correspon-
dantes; le parallélisme des nuances d'al-
926
LE GUIDE MUSICAL
lures n'existe pas, et c'est là un des princi-
paux motifs de la différence des effets.
Nous citerons un seul exemple, mais
caractéristique, de ce défaut de parallé-
lisme des allures locales. Considérons le
crescendo des mesures 27 et suivantes. A
Munich, nous l'avons dit tout à l'heure, le
mouvement initial J= iio s'accélère sen-
siblement sur ce crescendo et y atteint, peut-
être sans que l'auditeur s'en rende bien
compte, le degré J = i36. A Paris, au
contraire, le mouvement initial (exécution
du 12 mars 1894) est pris à J = i33; et, au
lieu d'une légère accélération sur le cres-
cendo dont il s'agit, nous trouvons un ralen-
tissement à J= 122. Les nuances métrono-
miques sont donc, dans les deux cas, en
complet désaccord; nous laissons au lec-
teur le soin de décider quelle est la bonne.
Prélude de Parsifal.
Exécutions du S août iSç2, à Bayreuth (M. Hermann
Levi) et du 23 mars iSç4, à Paris, par V orchestre des
Concerts Colonne, sous la direction de M. Hermann
Levi.
Sans entrer dans le détail de toutes les
nuances métronomiques suivies à ces deux
exécutions, nous considérerons spéciale-
ment trois fragments successifs du prélude.
Le premier de ces fragments s'étend du
début, thème de la Cène :
jusqu'à l'an-ivée du thème de la Foi attaqué
par les cuivres (page 4 de la réduction
Kleinmichel), après le changement de me-
sure de 4/4 en 6/4 :
(J J J; J J) Mesure 45
L'étendue de ce premier fragment est de
44 mesures. Le second fragment s'étend
de la mesure ci-dessus à la mesure 80, où
le thème de la Cène revient aux bois et aux
violoncelles :
JJ.JJJ),
Le second fragment comprend 35 mesures
environ, mais de natures diverses : 6/4, 4/4
et 9/4. Le troisième et dernier des fragments
considérés s'étend de la mesure 80 précitée
à la mesure 106 :
Voyons quelles ont été les durées de ces
trois fragments dans les deux exécutions
que nous comparons. Malgré la différence
des orchestres, M. Hermann Levi va-t-il
rester maître des vitesses, et dans quelles
limites de précision? La réponse est celle-
ci :-Oui, à deux années de distance, sous la
direction du même chef, les deux orchestres
différents ont exécuté l'œuvre avec des
mouvements pareils; leurs écarts, que
l'oreille seule serait incapable d'apprécier-,
varient seulement de un à trois degrés du
métronome. Voici, en effet, les durées
constatées aux exécutions de Bayreuth et
de Paris pour les trois fragments définis
plus haut :
BAYREUTH PARIS
ler fragment (mesures i à 45) 840 secondes 3o6 sec.
2^ fragment (mesures 45 à 80) 240 » 224 »
3^ fragment (mesures 80 à 106) 217 » 206 »
Durées totales (mesures i à io5) 797 » 736 »
La différence relative des durées totales
est d'environ 8 pour cent; celles des durées
partielles sont respectivement lopour cent,
7 pour cent, 5 pour cent. L'exécution de
Paris est donc très légèrement plus rapide
que celle de Bayreuth; mais l'accroisse-
ment de vitesse, réparti sur tous les frag-
ments, est pour ainsi dire purement théo-
rique ; il est saisissable au chronomètre,
mais non à l'oreille.
Car, si l'on calcule les degrés métro-
nomiques moyens correspondant au pre»
mier fragment, on trouve : J = 3i pour
Bayreuth et J = 34 pour Paris. Si l'on fait
de même pour le troisième fragment, on
obtient : J = 29 à Bayreuth, J = 3o pour
Paris (l).
(1) Le calcul donnerait des résultats analogues pour
le deuxième fragment ; mais il faudrait le faire en détail
et non en bloc, à cause de la diversité des mesures 4/4, ■
6/4, etc., qui le composent.
On constate que les allures, parties de j = 3o environ,
LE GUTDE MUSTCAl
&27
Voilà donc un magnifique exemple de
permanence acoustique dans les allures; le
sentiment du directeur est resté fixe et il a
eu l'autorité sufilisante pour se traduire de
même, dans les deux cas, avec une exacti-
tude presque mathématique.
Mais ce n'est pas tout. Le lecteur a
remarqué, sur deux des extraits notés ci-
dessus, les indications :
I I I = I :
• • • — • •
au passage de la mesure à 4/4 à la mesure à
6/4, et inversement :
J I = I I I
au passage de la mesure à 6/4 à la mesure
à 4/4. ^
Voilà le premier exemple que nous ren-
controns des nombreux problèmes métrono-
miques que les partitions de Wagner posent
à leurs interprètes. Si les degrés du métro-
nome ne sont pas indiqués en valeur
absolue, le Maître indique néanmoins rigou-
reusement le rapport numérique qu'il entend
faire observer entre les mouvements consé-
cutifs. Nous avons déjà rappelé quelle
importance Wagner attachait à la fidèle
observation des modifications de mouve-
ment ; il y insiste à maintes reprises dans
son opuscule Ueber das Dirigiren.
Examinons donc si les intentions du
Maître sont exactement suivies sur ce
point, c'est-à-dire si, lorsque l'on passe de
la mesure à 4/4 à la mesure à 6/4, trois
noires de la seconde équivalent bien à deux
noires de la première. Pour que cette équi-
subissent des accélérations à peu près progressives
jusqu'à un point culminant, pour décroître ensuite dans
la fin du prélude et revenir à leur vitesse primitive.
Du reste, les nuances sonores et expressives de ce
prélude se succèdent suivant la même ordonnance ;
douces et veloutées au début, elles s'accroissent succes-
sivement jusqu'à la plainte la plus poignante, puis
s'éteignent peu à peu jusqu'au /ia«îsi('»»i;. Ces gTadations
ont été parfaitement saisies par M. Maurice Kufferath
(Parsijal de Richard Wagner, p. 22^), qui en donne une
idée fort nette par la figure suivante :
On voit par ce qui précède que les nuances d'allures
sont pour ainsi dire parallèles aux nuances de sonorité
et d'expression; la même figure pourrait servir à repré-
senter graphiquement les unes et les autres.
valence soit réalisée, il faut évidemment
que si l'on rapporte dans les deux cas la
noire au métronome, le degré de la noire
du 6/4 soit les 3/2 de celle du 4/4 précédent;
par exemple, lorsque la noire du 4/4 aura
été prise à 40, celle du 6/4 devra être prise
à 5o. En est-il bien ainsi dans l'exécution
dirigée par M. Hermann Levi? Voici la
réponse des chiffres : le mouvement local
saisi dans le 4/4 un peu avant le change-
ment de mesure nous donne J du 4/4 = 40;
puis le mouvement local saisi immédiate-
ment après le changement de mesure nous
donne J du 6/4 = 62. Au lieu de 62, nous
devrions avoir 60; l'indication est donc par-
faitement réalisée au point de vue acous-
tique.
Il en est de même au passage du 6/4 au
4/4 à la 78^ mesure. Le mouvement local
constaté immédiatement avant la mesure 78
est J du 6/4 = 60; théoriquement, nous
devrions avoir J du 4/4 suivant = 40; or,
notre mesurage du mouvement local immé-
diatement après la mesure 78 nous a donné
J du 4/4 = 3g. C'est donc encore l'exacti-
tude acoustique parfaite.
En résumé, non seulement les mouve-
ments des deux exécutions comparées ont
été de la plus remarquable concordance,
mais en outre les modifications d'allure
voulues par Wagner ont été réalisées avec
une rigueur presque mathématique.
Nous terminerons la partie purement
symphonique de nos exemples par une
comparaison quadruple relative au prélude
de Tristan et Iseiilt. Elle mettra en regard
quatre interprétations, par quatre orches-
tres et trois chefs d'orchestre différents.
Prélude de Tristan et Iseult.
Exécutions : du S août iSps à Bayreuth et dui'] sep-
tembre i8g3 au Théâtre royal de Munich ( M. Motil);
du 12 mars iSg3 à Paris (M. Lamoureux); du 10 dé-
cembre jSç3 au Conservatoire de Paris [M. Taffanel).
Bien que ce prélude soit relativement
peu étendu, il comporte, comme on sait,
des nuances de sonorité et d'expression
extrêmement variées. Outre les indications
formelles, rallentando, ritenuto, a tempo,
relatives aux mouvements, les nuances
928
LE GTJIDE MUSICAL
sonores et expressives doivent, en général,
se traduire et se traduisent effectivement
par des altérations métronomiques plus ou
moins notables et très nombreuses. Nos
comparaisons ne suivront donc pas dans
toutes leurs flexions les allures constatées
et nous citerons seulement les chiffres prin-
cipaux.
Pour ne pas trop embrouiller les éléments
des quatre interprétations, comparons
d'abord l'une à l'autre celle de Bayreuth et
celle de Munich, laissant momentanément
de côté celles de Paris.
Les durées totales du prélude ont été :
700 secondes à Bayreuth et 616 secondes
à Munich. La différence ne dépassant guère
un dixième est peu sensible ; elle corres-
pond à la différence des degrés métrono-
miques moyens J ^ 57 à Bayreuth et
^p = 65 à Munich. Nous insistons sur le
caractère moyen de ces indications ; comme
nous l'avons dit, les nuances métrono-
miques locales sont assez importantes et
les chiffres ci-dessus ne donnent qu'une
idée d'ensemble.
La petite différence des mouvements
moyens provient surtout de la seconde
moitié du prélude. Si, par exemple, nous
considérions isolément les 64 premières
mesures, jusqu'à l'arrivée des quintolets
de la Bravade :
nous trouverions des durées de 400 se-
condes à Bayreuth et 37g secondes à Mu-
nich, correspondant à des mouvements
moyens de ,1^ = 57 et J' = 60. Dans cette
première partie, la différence d'allure qui,
pour l'ensemble, était de huit degrés mé-
tronomiques, se trouve réduite à trois
degrés c'est-à-dire qu'elle est tout à fait
insensible.
Prenons maintenant l'une des deux exé-
cutions précédentes, dirigées par M.Mottl,
et comparons quelques-uns de ses mouve-
ments locaux avec ceux que nous avons
mesurés aux exécutions de Paris conduites
par MM. Lamoureux et Taffanel. Voici un
tableau d'ensemble faisant connaître les
allures correspondantes en divers endroits
du prélude pour les interprétations de Mu-
nich et de Pari§ :
Mouvements
locaux
A l'attaque
• • —
Vers la
Mesui
e 17
f^~fl-
mesure 17
4
m^
r T^r
1' ^
#•
piùf
jSr^-p
Mesures
24 et 25
Au crescendo
des mesures 55
et suivantes
Exécutions de Munich
Dirigées par MM Mottl
' jioco ratl.
(puis -f, più f et ff)
Après le molto dii
Les quelques chiffres ci-dessus ne suffisent
pas sans doute pour rapporter fidèlement
les très multiples nuances d'allures obser-
64
Paris I Paris
Lamoureux Taffanel
64
78
vées dans les exécutions. Cependant, ils en
dessinent la physionomie générale. Abs-
traction faite des légères variations qui
LE GUIDE MUSICAL
929
accompagnent les accroissements de sono-
rité, comme par exemple à la mesure 17,
ou les rallentando passagers, comme aux
mesures 24 et 25, le mouvement s'accroît
notablement du début jusque vers la qua-
tre-vingtième mesure. C'est le caractère
commun des trois exécutions comparées;
l'allure s'élève de 5o à 88, de 53 à 96, de
58 à 85. Toutes les trois observent du reste
nettement les indications poco rail, et riten.
des mesures 24-25.
Mais il y a entre les deux premières et
la troisième une différence extrêmement
importante. Dans les deux premières, l'ac-
célération du mouvement est ménagée
jusqu'au grand^des mesures 81 à 83; nous
trouvons les séries d'allures 60-72-88, 53-
75-96 et le point culminant correspond,
pour toutes deux, aux mesures 81 à 83.
Pour la troisième exécution, au contraire,
un mouvement ^ = 86 qui, d'après le
tableau, paraît être le maximum, est cons-
taté dès le crescendo qui suit la cinquante-
cinquième mesure. En réalité (c'est là un
détail que le tableau ne donne pas), le point
culminant métronomique est atteint, dans
l'exécution dirigée par M. Taffancl, vers la
mesure 72 et il correspond à ^ valeur
^ = 93. 11 arrive donc environ dix mesures
plus tôt que dans les deux premières inter-
prétations et entraîne un ralentissement, de
J" = g3 à ^ = 85, entre la mesure 72 et la
mesure 82. De plus, la différence d'allure
que les deux premières exécutions établis-
saient entre le crescendo des mesures 55 et
suivantes et le^des mesures 81,82 n'existe
plus dans la troisième; on y trouve l'égalité
au lieu d'une accélération d'environ vingt
degrés métronomiques.
On remarquera également la vigueur de
la nuance d'allure qui, dans les deux pre-
mières exécutions, succède au Molto dimi-
iniendo de la mesure 85; on tombe de
^^ = 88 ou 96 à ,1* = 64 ou 6g. La nuance
est observée, il est vrai, dans la troisième
interprétation, puisqu'il y a chute de J =85
k ^ = 78, mais elle est beaucoup moins
accusée. S'il en est ainsi, cela tient proba-
blement à ce que le point culminant métro-
nomique se trouvait, pour les deux pre-
mières, aux mesures 81-82, tandis que pour
la troisième il était arrivé plus tôt; l'effet
de ralentissement, commencé d'avance,
perdait un peu de son énergie.
En résumé, les versions métronomiques
de MM. Mottl et Lamoureux nous parais-
sent de nature à mieux ménager l'effet
d'ensemble du prélude; elles sont pour
ainsi dire plus enchaînées et plus claires.
Comme auditeurs, nous avions trouvé que
l'exécution dirigée par M. Taffanel n'avait
pas tout à fait éveillé chez nous une impres-
sion aussi vivante et aussi large que les
précédentes. L'analyse et les chiffres dont
nous venons de donner quelques extraits
nous ont permis d'en saisir et d'en préciser
les motifs.
[A suivre.) H. Alvin et R. Prieur.
CROQUIS D'ARTISTES
MADAME ROSE CARON
RÈs grande et admirablement prise,
fivec une distinction pleine de simpli-
cité et de charme, une extrême pureté
de lignes et, par dessus tout, un air de
noblesse calme et souveraine, nulle jamais ne
fut mieux faite que M"^ R. Caron pour repré-
senter et douer d'une vraie vie ces personnages
de légende et de mythe, ces déesses, ces héroï-
nes d'un monde étrange et poétique, dont nous
sommes aujourd'hui si friands, et qui peuvent
bien être les seuls dignes d'inspirer vraiment le
musicien.
Nous vous donnerons peu d; détails sur sa
biographie : les campagnes de Beauce ont vu
s'écouler son enfance au grand air et au grand
soleil. Elle y a puisé sans doute quelque chose
de cette sérénité grave et de cette vérité d'ex-
pression qui comptent parmi ses qualités ordi-
naires; et aussi ce dédain des procédés et des
viituosismes, qu'on ne trouve que trop rare-
ment à louer sur la scène. Pour des dates,
bornons-nous à dire que M.'°<^ Caron était au
Conservatoire en 1S80 (déjà mariée), et que
c'est en 1882 qu'elle quitta ces murs trop étroits
pour elle, avec un modeste prix de chant, un
simple accessit d'opéra. Son tempérament
exceptionnel et peu fait aux petites habiletés, à
la convention des « airs de concours », avait
besoin de la scène pour se révéler tout à fait; il
lui fallait une figure complète à incarner, un
caractère à développer, à vivre...
930
LE GUIDE MUSICAL
C'est à Bruxelles qu'elle fut engagée, après
des leçons plus sérieuses de M™« Marie Sasse,
et quelques apparitions discrètes dans les con-
certs de Paris ou de la province. On sait que
généralement ce n'est pas chez nous que se
révèlent d'abord les artistes, comme les œuvres,
de premier ordre, quand ils ne sont pas pré-
cédés d'une série bien établie de triomphes.
Elle chanta pour ses débuts les rôles d'Alice
dans Robert le Diable, de Marguerite dans
Faust, puis de Valentine dans les Hugtieiwts.
Ici, nous ne pouvons mieux faire que de
reprendre, après tant d'autres, ce qu'a dit
M. Rayer de cette « révélation » soudaine de
l'extraordinaire tempérament dramatique de
M""' Caron ; l'impression est frappante d'exacti-
tude, et définitive.
« Je partis pour Bruxelles, dit l'éminent
auteur de Sigîird; j'arrivai au théâtre : elle
était en scène et chantait la chanson du Roi de
Thulé. Et avec quel sentiment, avec quel style,
avec quel charmel Et qu'elle me parut belle et
gracieuse la Marguerite au rouet ! La voix avait
pris en quelques mois une ampleur surprenante
et le timbre en était délicieux. Et ce qui me
frappa surtout, dans les passages dramatiques
du rôle, ce fut la simplicité des moyens avec
lesquels la cantatrice obtenait les plus grands
effets. Son geste était noble autant que son
chant était classique et pur. C'était une appari-
tion, c'était une révélation... »
Tout ceci, on peut le dire encore, et avec
plus de raison que jamais, aujourd'hui et
depuis longtemps déjà, que la maturité du
talent est venu ajouter à tant de qualités une
sûreté, une autorité souveraines. Ce rôle de
Marguerite, en particulier, qu'elle a si souvent
chanté à Bruxelles, et qu'on a semblé hésiter à
lui laisser à Paris, on sait quel relief M">e Caron
lui donne. Quelle grâce aimable dans son
entrée au milieu de la foule en fête, quelle
chaste sérénité dans les scènes du jardin, quel
foudroyant effet de terreur dans la mort de
Valentin !
Et puis toujours, la simplicité dans les
moyens, la sobriété dans les gestes : ainsi
Rachel obtenait ses plus tragiques effets... Au
surplus, c'est proprement ce qu'on appelle le
style : et peu d'artistes en ont montré autant
que celles-là.
Chez M™<= Caron, il n'y a d'ailleurs jamais de
convention, de procédé : il n'y a qu'une
recherche, celle de la vérité, et celle-là, el!e la
poursuit toujours, à chaque représentation
nouvelle, constamment attentive à ce qui peut
y contribuer. Dans certains rôles, elle a atteint
ainsi à une hauteur, à une perfection, qui dé-
passait tout ce qu'on avait d'abord espéré. Elle
chante avec son âme, a-t-on dit bien des fois,
et c'est ce qui rend sa voix si pénétrante dans
sa moelleuse douceur ; elle joue aussi avec son
âme et son intelligence, et c'est ce qui donne
tant de relief à ses rôles, tant de personnalité
à leur action.
Tenez, sans aller chercher ses plus éclatantes
héroïnes, prenons cette Sieglinde pour laquelle
on a été généralement si injuste. Le rôle est
ingrat, difficile, parce qu'il n'a pas été très
poussé par Wagner, malgré sa grande impor-
tance : M™^ Caron a commencé par dérouter
tout le monde. Nous ne savons ce qu'on
attendait, mais on a trouvé que ce n'était pas
cela. Eh bien, en fait, nul parmi les vaillants
interprètes de la Walkyrie n'en a aussi com-
plètement donné l'impression, la couleur Vfag-
nériennes. On s'en est bien aperçu plus tard,
quand M™|= Caron a été remplacée par telle ou
telle : on a eu ainsi la bonne banalité d'opéra,
mais non cette intense vérité d'expression qui
donne la vie et qui émeut. — Des critiques l'ont
trouvée trop déesse, sous ses vêtements de
peau : ils ignoraient donc que Sieglinde est
fille de Wotan : ce contraste avec la brute Hun-
ding est essentiel ici, et M""^ Caron le rendait
avec une noblesse incomparable. Jamais, d'aiU
leurs, elle n'a fait preuve de plus hautes quali-
tés de diction que dans le premier acte, où il
faut avant tout du grand style, un sentiment
plus profond qu'au dernier... Telle, par exem-
ple, au moment où Brunnhilde l'amène après
l'avoir sauvée, la phrase : « N'ayez nul souci
de mon sort », qui, à elle seule, montrait à
quel point l'artiste avait compris le rôle et
combien son art dominait tous les autres.
Ces phrases-là, ces révélations soudaines,
elle en a dans toutes ses créations. La place
nous manque pour raconter en détail cette bril-
lante carrière ; et qu'en dire, en somme, qui iie
soit bien connu ? De combien de triomphes
n'est-elle pas semée? — A Bruxelles, où elle est
si aimée, M""= Caron a eu deux engagements
ide i883 à i885 et de 1887 à 1890), et a créé
Sigurd, Salammbô, Jocelyn, la gracieuse et
coquette Eva des Maîtres Chanteurs, la fière
Richilde ; outre le répertoire, elle a chanté
Norma, Fidelio (combien gracieuse en tra-
vesti, et qu'on devrait donc nous la montrer
ainsi à Paris!), puis l'étrange Salomé,et pour
finir, la poétique, la rêveuse Eisa de Loken-
grin .
A Paris, c'est en i885 que nous l'avons
entendue d'abord : elle nous a apporté Sigurd,
dont lasublime héroïne restera toujours sa plus
essentielle incarnation. Quelle grandeur dans
son réveil, quel style, quelle émotion contenue
aux derniers actes! Incomparable en toutes ses
créations, au point qu'il faut un effort de justice
pour reconnaître les mérites de celles qui lui
succèdent, où l'est-elle davantage que dans la
fière et pure walkyrie, poétique évocation que
le génie du compositeur a si splendidement
parée? — Mais l'est-elle moins dans sa mys-
tique et étrange sœur Salammbô, toute en-
fiévrée par les jaloux effluves de Tanit, toute
LE GUIDE MUSICAL
931
fascinée par l'amour insensé de Mathô? — ou
dans cette rêveuse et timide Eisa, plus délicate
en ses chastes visions, plus humaine en sa
fatale curiosité qui trahit Lohengrin ?
M'"^ Caron, à Paris, n'est jamais beaucoup
sortie du cercle radieux de ces trois figures,
auxquelles il faut joindre celle de Marguerite,
dont nous avons parlé plus haut. Elle a cepen-
dant imprimé de son originalité habituelle plu-
sieurs autres rôles du répertoire, pour lesquels
son talent précieux était tout indiqué : Rachel
de la Juive, où elle fut exquise, Valentine des
Huguenots, Agathe du Freischiltz, où il faut
tant de grâce et de style à la fois ; sans compter,
par occasion, Chimène du Cid et Catherine
à' Henry VIII, où elle se montra si fière et si
touchante. Dernièrement, elle a animé de son
charme si pur la figure gracieuse, mais un peu
pâle de Djelnia.
Enfin nous venons de la voir dans Othello,
et son triomphe a été complet. Quelle Desdé-
mone idéale n'estelle pas en effet, fière et
enjouée, passionnée et déchirante! Pleine de
grâce aimable dans les premiers actes, on la
voit peu à peu fléchir sous le poids de l'incom-
préhensible fatalité, et les dernières scènes la
montrent comme détachée de la terre, aussi
touchante que belle, avec une exquise simpli-
cité d'effets. C'est bien la digne héritière des
Pasta, des Malibran, des Viardot, des Krauss...
Mais elle a encore une longue carrière devant
elle, nous y comptons bien, et la liste de ses
créations superbes est loin d'être épuisée. Heu-
reux le théâtre qui possède une artiste aussi
accomplie, aussi sérieusement éprise de son
art, et qui en comprend si bien, jusqu'en sa vie
privée, toute la dignité.
Mme Rose Caron vit entre sa jeune sœur et sa
jeune fille, entourée du respect et de la sym-
pathie de tous ceux qui l'approchent.
Voici le tableau complet de sa carrière
lo BRUXELLES
1884. DÉBUT : Robert le Diabie {A\ice)
Hérodiade (Salomé)
Faust (Marguerite)
Les Huguenots 'Valentine)
Sigurd (Brunehildei cr.
i885. Les Maittes Chanteurs lEva) cr.
La Juive 'Rachel)
Norma iNormaj
20 OPÉRA DE PARIS
i885. DÉBUT : Sigurd ^Brunehilde)
La Juive (Rachel)
1886. Le Cid (Chimènel
Les Huguenots (Valentine)
Henry VIII (Catherine;
Faust (Marguerite)
Le Freischiltz (Agathe)
30 BRUXELLES
1888. yo«/)/n (Laurence) cr.
i88g. RichiUe (Richilde) cr.
Fidelio (Fidelio)
Lohengrin (Eisa) •:
1890. Salammbô (Salammbô) cr.
40 OPERA DE PARIS
Sigurd (Brunehilde)
Lohengrin (Eisa)
Salammbô (Salammbô)
1893. La Walkyrie (Sieglinde)
Djelma (Djelma)cr.
Othello (Desdémone) cr.
So MONTE-CARLO
i88g, La Statue {Ma.rgy3.ne)
60 CONCERTS
1881. (Paris) Les Argonautes
i883. La Damnation de Faust
i885. (Brux.) Eve
Scènes des Horaces
1894. (Paris) lor acte d'Alceste
H. DE CURZON
MAX PAUER
Max P;iuer naquit à Londres le 3i octobre 1866.
Il fit ses études de piano en même temps qu'Eu-
gène d'Albert sous la direction de son père, le
pianiste bien connu Ernest Pauer.
Dès l'âge de quatorze ans, il paraissait en pu-
blic à Londres et à Darmstadt, sans pour cela
interrompre ses études musicales.
En i833, nous le retrouvons à Carlsruhe, où il
fait, sous la direction de Vincent Lachner, des
études théoriques. En même temps, il professe
le piano au Conservatoire de la capitale du Grand-
Duché.
L'année suivante, il retourne à Londres et entre-
prend une tournée dans les villes jouissant d'une
réputation musicale. En 1886, il est nommé membre
du Royal Collège of Music de Londres. Peu de
temps après, M. Max Pauer entreprend une tour-
née en Allemagne et en Hollande, et y fait ample
moisson de succès. La direction du Conservatoire
de Strasbourg offre au jeune pianiste la place de
premier professeur de piano, mais il préfère celle
de professeur au Conservatoire de Cologne, que
lui offre le D'' Wûllner.
Depuis lors, M. Max Pauer a fait de nom-
breuses tournées artistiques en Angleterre, en
Hollande, en Belgique, en Allemagne, en Autri-
che-Hongrie et même en Russie.
En entendant jouer cet artiste, on n'a pas l'im-
pression de se trouver en présence d'un simple
932
LE G VIDE MUSICAL
virtuose du clavier; le musicien domine le vir-
tuose. Son inlerprctation témoigne en même temps
d'un mécanisme rare, joint à une intelligence déli-
cate et à un excellent sentiment musical.
M. MaxPauer s'est aussi essayé dans la compo-
sition. Il a publié :
Op. I. Deuxgavottes pour piano, à deux mains;
op. 2, Presto à la Tarentelle, pour piano à
•4 mains ; op. 3, Rapsodie pour piano à 2 mains;
op. 4, Valse pour piano à 2 mains; op. 7, Minia-
tures (8 peti'.s morceaux) ; op. 5, Sept morceaux
de piano à 4 mains, en forme de valse; op. 5,
Trois morceaux caractéristiques : Rire de fan-
tômes, Mazurka, Petite valse.
Fr. -Nicolas Manskopf.
Chronique &e la Semaine
PARIS
OpÉRA-CoMiguE. — Reprise des Pêcheurs de Perles, de
MM. E. CoRMON et Michel Carré, musique de
BizET. — Débuts de M. Jérôme. — Concerts-Co-
lonne : Cycle Berlioz.
Dans une lettre datée du 11 mars 1867 et
adressée au compositeur Paul Lacombe,
Georges Bizet écrivait : « Je suis allemand de
conviction, de cœur et d'âme... mais je
m'égare quelquefois dans les mauvais lieux
artistiques... Et, je vous l'avoue tout bas, j'y
trouve un plaisir infini. En un mot, j'aime la
musique italienne comme on aime une cour-
tisane; mais il faut qu'elle soit charmante. »
On devine cette tendresse pour l'école ita-
lienne dans les Pécheurs de Perles; elle s'y
épanouit largement. Avec la Jolie Fille de
Perth et Djaiiiileh, elle tend à disparaître in-
sensiblement. Dans Y Arlésienne et Carmen,
elle s'est éclipsée totalement; l'école des rou-
lades, des flonflons aura disparu ! Aussi est-il
permis de se demander pourquoi la direction de
l'Opéra-Comique, au lieu de reprendre les
Pêcheurs de Perles, l'œuvre la moins person-
nelle de G. Bizet, dont les exécutions récentes
ont révélé à nouveau les faiblesses, ne nous a
pas donné la Jolie Fille de Perth ou Djamileh,
qui sont des étapes successives vers un but plus
élevé et qui sont beaucoup moins connues.
Lorsque ces deux œuvres furent exécutées, la
première le 26 décembre 1867, la seconde le
22 mai 1872, le public n'était pas à même d'ap-
précier les qualités qui, déjà, laissaient entre-
voir et pressentir les beautés de V Arlésienne
et de Carmen ; aujourd'hui, les temps sont bien
changés et nous sommes convaincu que la
Jolie Fille de Perth et Djamileh seraient
mieux appréciées que les Pécheurs de Perles.
Quoi qu'il en soit, l'interprétation de l'ou-
vrage a été bonne. M. Jérôme, un transfuge
de l'Opéra, qui était allé recueillir des lauriers
sur les bords de la Gironde, a eu un début très
heureux. La voix est bien timbrée, d'un assez
joli volume; en outre, le chanteur est doublé
d'un musicien, ce qui ne gâte rien, bien au
contraire. M"'= Calvé a été également très
appréciée dans le rôle de Leïla.
Aux concerts Colonne, les œuvres exécutées
étaient les mêmes que celles inscrites aux pro-
grammes des concerts précédents ; nous en
avons déjà rendu compte; il est donc inutile
d'y revenir. A partir du dimanche 25 novem-
bre, nous aurons les séances consacrées au
Cycle Berlioz : 25 novembre et 2 décembre,
Roméo et Juliette; g et i6 décembre, le Re-
quiem ; 23 et 3o décembre, V Enfance du
Christ; i3 et 20 janvier, la Damnation de
Faust; 27 janvier et 3 février, Lelia et le Te
Deum. Nous ne pouvons que féliciter haute-
ment M. E. Colonne de célébrer la 21" année
d'existence de l'Association artistique par une
grande et superbe manifestation en l'honneur
de Berlioz, le maître français dont le vaillant
chef d'orchestre a été l'un des premiers à révé-
ler les œuvres au public français.
Hugues Imbert.
w
CONCERTS D'HARCOURT
Félicitons M. d'Harcourt d'avoir fait enten-
dre de nouveau les fragments de Taniihcriiser.
Grâce au surcroît de répétitions, sans doute,
l'exécution a été, cette fois, sensiblement
meilleure. La bacchanale du Venusberg a été
assez bien enlevée par l'orchestre, et le septuor
vocal s'est fait justement applaudir. Nous avons
déjà fait l'éloge de M™!^ Fierens et de M. Au-
guez ; mais pourquoi ce dernier observe-t-il si
mal les croches et les doubles croches de la
partition ? La mesure n'en souffre pas, soit,
mais la ligne s'empâte et perd la vivacité de
de ses contours. Ce défaut, malheureusement
commun à la plupart des chanteurs, n'est point
imputable à M"^ Blanc, dont il faut décidément
louer le style juste et précis ; un tel chant serait
excellent s'il n'était un peu froid.
La troupe chorale d'hommes a fort bien
rendu le magnifique chceur des Pèlerins, dans
sa sonore plénitude. Pour ce qui est du chef
d'orchestre, nous sommes heureux de lui
adresser, cette fois-ci, plus de compliments
que de reproches. Qu'il nous permette cepen-
dant de lui demander à (ju'elle tradition il
croit obéir en précipitant à tel point les sonne-
ries de trompettes et les triolets qui se trouvent
dans la marche? Cette fantaisie est tout à fait
bizarre et incompréhensible. Reyval.
LE GUIDE MUSICAL
933
A rOpéra-Comique, mercredi, Phryné de
Saint-Saëns, pour le début tant de fois an-
noncé de M^<' Lyse Gelda, de son vrai nom la
baronne de Gimel.
C'est la -troisième artiste que nous voyons
dans ce rôle. M'i'^ Sanderson, la créatrice, y
remporta un joli succès de femme et de chan-
teuse; M"'= Jane Harding, qui lui succéda, y
gagna quelques applaudissemsnts — et un
lapin, entre autres comestibles !
Après cette algarade, l'accueil fait à M™» Gelda
a pu paraître d'une courtoisie un peu sèche et
d'une correction froide.
M'°'= Gelda est une blonde, très mince, qui
porte gracieusement le déshabillé de Phryné.
Mais sa voix n'est pas posée ; et elle en a peu,
•très peu, trop peu. Son inexpérience de l'art
du chant et de l'art de la scène a désarmé
toutes les critiques.
En somme, un début que M. Carvalho au-
rait aussi bien fait d'épargner à la jeune artiste
— et au public. -Z.
<$•
L'Association des artistes musiciens a célé-
bré le jeudi 22 novembre, à l'église Saint-
Eustache, la fête de Sainte-Cécile en faisant
exécuter la Messe solennelle de Sainte-Cécile
avec soli, chœur, orchestre et orgue, de Chailes
Gounod, sous la direction de M. P. Taffanel.
Les soli avaient été confiés à MM. Auguez et
Vergnet. A l'offertoire, les violons ont exécu-
té V Hymne à Sainte-Cécile du même maître.
A l'issue de la messe, on a entendu la Marche
religieuse de Gounod. C'était un hommage
Tendu à la mémoire du maître français. Le
grand orgue était tenu par M. A. Dallier et
l'orgue d'accompagnement par M. Gauchin.
Le quatuor belge engagé par M. d'Harcourt
€n vue des séances de musique de chambre
qu'il se propose de donner tous les quinze
jours, a fait jeudi ses débuts. Ce quatuor, ainsi
que nous l'avons annoncé, se compose de
MM. Crickboom et Gillet, un violoniste et un
violoncelliste de grand talent, qui firent partie
du fameux quatuor Ysaye, et de MM. Angenot
et Miry, tous deux premiers prix du Conserva-
toire de Bruxelles. Ces jeunes artistes ont
exécuté, avec une correction parfaite et un
rare sentiment, deux quatuors de Beethoven et
de Schumann. Dans ces deux œuvres de fac-
ture et d'esprit si différents, ils ont pu faire
apprécier leur jeu fondu et probe, leur noble
' souci de respecter les rythmes, les nuances et
le style des maîtres. Leur succès a été complet
et nul doute que les fervents de belle et bonne
musique ne se rendent désormais deux fois par
mois, le jeudi soir, chez M. d'Harcourt, afin de
les applaudir.
Au cours de la soirée de jeudi, on a entendu
également M. Deschamps et Mme Lovano,
une cantatrice dont nous avons eu souvent
l'occasion de dire grand bien.
Pour une fois, la direction de l'Opéra de
Paris s'est montrée bien inspirée en inscrivant
au programme d'une même soirée Samsoii et
Dalila et Gwcndoline. Les rares esprits qui
goûtent l'art sérieux ont dii se réjouir d'avance
de cette aubaine... et passer au bureau de
location. Mais, hélas! la promesse était trop
belle pour être tenue! Le 16 novembre, au
matin, les affiches, brusquement métamorpho-
sées, annonçaient Faust! Les places ont été
remboursées sans difficultés aux mécontents ;
mais ajoutons que, depuis, la direction de
l'Opéra s'est bien gardée de reprendre ce beau
programme, ayant sans doute le défaut d'être
un peu long pour les fantoches mondains
qui font la causette en grignotant des bonbons
dans leurs loges.
Avant de s'embarquer pour l'Egypte où il
doit passer l'hiver et terminer Bninnhilde.
M. Saint-Saëns s'est arrêté quelques jours à
Toulouse, pour surveiller les répétitions de son
opéra Proserpine, qui doit passer prochaine-
ment au théâtre du Capitole.
Nous recevons d'un de nos abonnés la lettre
suivante :
L'Académie des Beaux- Arts de Paris vient de
mettre au concours, pour le prix Kastner-Bour-
sault, le sujet de Vinfltisitce rêciproqHe des écoks fran-
çaise et étrangères dans les diverses branches de la mu-
sique dejyuis LtiUi jusqu'à 720s jours. Ne pensez -vous
pas qu'il serait bon de protester dans le Giude
Musical contre le caractère banal et trop général
de ce sujet? Au moment où l'esthétique et l'his-
toire de la musique suscitent des travaux origi-
naux et fouillés qui s'imposent même à l'attention
du grand public, il est triste de voir l'Institut
réserver un prix musical important à un exercice
littéraire basé sur des matériaux d'érudition de
seconde main; car on ne peut prévoir un autre
caractère à l'ouvrage qui sera couronné, et qui,
du reste, se trouvera naturellement placé à côté
de productions similaires déjà honorées des mêmes
encouragements, mais sévèrement appréciées par
les musicographes français et étrangers.
Nous partageons entièrement l'avis de notre
correspondant.
934
LE GUIDE MUSICAL
- BRUXELLES
THÉÂTRE ROYAL DE LA MONNNAIE
Le Portrait de Manon, opéra-comique en un acte, de
M. Georges Boyer, musique de M. Jules Masse-
net (i).
M. Jules Massenet, dont la facilité de travail
est proverbiale, n'a pas dû consacrer grand
temps à écrire la partition de la piécette que Je
théâtre de la Monnaie a représentée cette se-
maine. On sait qu'il lui arrive de composer ses
œuvres les plus sérieuses au milieu de ses invi-
tés, et tout en prenant part à la conversation ;
nous ne serions pas surpris que le Portrait de
Manon eût été écrit au cours des repas de ce
musicien consommé, si préoccupé de produire,
et qui produit tant; cette circonstance — atté-
nuante — expliquerait d'ailleurs comment
l'inspiration y est si courte, d'un souffle aussi
fréquemment interrompu, les « idées m si me-
nues, si hachées et... si rares. Car elle est d'une
indigence peu ordinaire, cette partitionnette,
si l'on en retranche les emprunts faits à Manon,
emprunts naturellement intentionnels et pré-^
sentes d'ailleurs avec une adresse et une légè-
reté de touche vraiment heureuses. Ces rappels
des principaux motifs d'une œuvre aimée et
considérée aujourd'hui avec raison comme la
plus réussie des productions du maître, ont
servi à composer le meilleur morceau de la
partition, l'air où Des Grieux, contemplant les
traits de l'héroïne, se remémore les principaux
épisodes de sa vie amoureuse; il est piquant et
habilement présenté. Dans le reste de la
partition, on cherche en vain une page qui
charme ou qui intéresse : mélodiquement,
M. Massenet ne fut jamais aussi mal ou aussi
peu inspiré.
Mais n'est-ce pas faire injure au compositeur
français que d'examiner de près la valeur d'une
œuvre dont il n'a entendu faire, sans doute,
qu'un spectacle d'été pour casinos de villes
d'eaux? Si tel a été son but, on peut considérer
sa partition comme réussie, car, avec ses qua-
lités de grâce et de fi aîcheur, elle est d'une
audition assurément reposante, et ne doit rien
perdre à être écoutée d'une oreille peu atten-
tive.
Encore pour plaire, l'œuvre devrait-elle rece-
voir une exécution meilleure que celle qu'en a
donnée la Monnaie. Nous faisons exception
pour M. Gilibert, qui a chanté avec goût et
dune fort johe voix, bien que sur un ton un
peu larmoyant, toutes les pages où Des Grieux
évoque le souvenir de sa regrettée Manon;
nous rendons hommage aussi au jeu intellil
gent de MUe de Roskilde, très gracieuse dans
le jole du vicomte Jean. Mais M"= Lejeune
(i) Représenté pour la première fois à l'Opéra-Comi-
que de Pans, en mai 1S94 ^voir le Guide mmiccl des
27 mai-3 juin 1S94, P- 479-480
pouvait-elle, malgré sa jeunesse, qui existe
ailleurs qu'en son nom, réussir dans le rôle
d'Aurore ; et comment ne s'est-on pas aperçu
aux répétitions que, surtout à côté du mignon
amoureux que fait M"«= de Roskilde, elle ne
pouvait donner, physiquement, l'illusion du
personnage ? M"e Lejeune a dépensé, pour
donner cette illusion, de visibles efforts, qui
ont constamment dépassé le but, et, mal dis-
posée sans doute, elle n'a pas mieux chanté son
rôle qu'elle n'en a fourni la réalisation scé-
nique. Vrai, il y avait là de quoi compromettre
le succès d'une œuvre qui eût même offert-
quelque intérêt musical. On ne saurait, d'ail-
leurs, rendre M"e Lejeune responsable de cette
erreur de distribution, mais comment M. Mas-
senet s'y est-il prêté? M. Depère, le nouveau
trial, débutait, en quelque sorte, dans le rôle
de Tiberge : un début qui n'a été favorable ni
au chanteur, ni au comédien !
Le rideau s'est baissé au milieu de chuts
nombreux, accompagnés de rares et timides
applaudissements.
Espérons que la Navarraise, annoncée
pour le 26, constituera pour M. Massenet, qui
a dû être à tous égards peu satisfait de la soirée
de jeudi, à la fois une revanche et... une répa-
ration.
— Les Huguenots ont été repris cette se-
maine— seulement! Meyerbeer serait-il délaissé
au profit de... Gounod?
Distribution peu nouvelle. M™^ Tanesy,
MM. Cossira, Dinard et Sentein sont connus
dans les rôles de Valentine, de Raoul, de Mar-
cel et de Saint-Bris. M"eSimonnet, quiabordait
pour la première fois celui de la reine de Na-
varre, l'a détaillé avec un zèle, une conviction
qui lui ont fait mettre du sentiment, de l'ex-
pression jusque dans les vocalises, rendues
par suite, souvent, dans un mouvement fort
ralenti ; malgré toute la virtuosité de l'artiste,
cette exécution trop soignée, appuyée, -méticu-
leuse, a paru allonger encore un acte — le
deuxième — qui pour beaucoup, sinon pour
tous, fait longueur dans le chef-d'œuvre de
Meyerbeer. Les deux autres nouveaux inter-
prètes, M. Beyle (Nevers) et M'i<= Girard
(Urbain), ont eu des intonations bien fantai-
sistes, et les chœurs ont maintes fois imité
leur très mauvais exemple. J. Br.
Dimanche après-midi , au Conservatoire,
deuxième audition d'élèves lauréats des con-
cours de 1894. Ils sont si nombreux qu'une
seule audition ne suffit plus. Ne nous plaignons
pas de cette abondance. Elle est le meilleur -
indice de l'activité et de l'émulation qui régnent
dans cette pépinière des virtuoses du clavier, de
l'archet et du gosier.
Les triomphateurs ont été, cette fois, deux
instrumentistes : M. Jean Ten Hâve, un bril-
LE GUIDE MUSICAL
935
lant violoniste, élève de M. Ysaye, et M. Cluy-
tens, un tout jeune pianiste, issu de l'école de
M. De Greef. Tous deux ont été chaleureuse-
ment et très légitimement applaudis.
M. Ten Hâve a joué avec une remarquable
sûreté d'archet et de doigté le concerto pour
violon de Lalo, œuvre intéressante, de style un
peu composite, mais pleine de jolies idées et de
combinaisons ingénieuses, amenant entre l'or-
chestre et l'instrument solo des dialogues vrai-
ment gracieux. M. Ten Hâve a interprété cette
œuvre avec l'autorité d'un artiste déjà maître
de son art. Il a du lythme, de la verve, un en-
train servis à souhait par un archet d'une
remarquable souplesse et une intelligence
musicale exceptionnelle. Le début de ce jeune
altiste est plein de promesses.
M. Cluytens, a joué avec un mécanisme
partait et d'intelligentes nuances de rythme
et d'expression une Fantaisie espagnole rare-
ment exécutée, mais bien amusante de Liszt.
Le chœur de femmes et l'orchestre ont redit
avec un succès plus vif encore qu'à la première
audition, la Pâle Etoile de M. Franz Servais.
L'auteur dirigeait en personne, et il a été, de la
part du public, à son arrivée, l'objet d'un
accueil particulièrement S3'mpathique.
Notons encore un motet ancien et des Noëlsà
quatre voix harmonisés par M. Gevaert et chan-
tés irréprochablement par la classe préparatoire
de chant choral sous la direction de M. Jouret ;
le duo de Freyscliiltz chanté par M"" Bolle et
Duchâtelet; enfin, la s)'mphonie n" i3de Haydn,
exécutée intelligemment sous la direction de
M. Van Dam, par la classe préparatoiie d'or-
chestre.
En somme, cette deuxième audition de lau-
réats a constitué un concert varié, d'un intérêt
soutenu, et certes aussi agréable que mainte
audition d'artistes cotés et célèbres. M. K.
L'inauguration des nouvelles orgues de
l'église Notre-Dame du Sablon a eu lieu lundi,
devant un auditoire nombreux et choisi.
La cérémonie s'est ouverte par un morceau
de circonstance : Ecce Sacerdos, de la compo-
sition de M. le curé J. Gras, exécuté par la
maîtrise de l'église, sous la direction de M. Co-
manne ; après quoi a eu lieu la bénédiction
solennelle de l'orgue, par S. E. le cardinal Goos-
sens, archevêque de Malines.
M. Charles Danneels, professeur d'orgue au
Conservatoire de Liège, était chargé du récital
réglementaire. Il a exécuté avec une correction
très admirée, la grande fugue en 50/ de J. -S.
Bach; deux pièces anciennes d'une belle
pureté de formes, l'Elcvatio}!, de Frescobaldi
(i5S']-ib5^)et\e Prélude, àe Clarambault (1676-
1749) et diverses pièces modernes souvent inté-
ressantes ipfls/orfl/t', deGuilmant; Invocation,
de Mailly ; Cantilène,àe Th. Dubois; Sclierzo,
Adagio, Toccata, de Widor.
M. J. De Decker, organiste titulaire, a exé-
cuté avec brio la Toccata de Dubois et la
Bénédiction, nuptiale de Renaud de Vilbac,
deux œuvres qui tout en n'étant pas de forme
élevée ont très bien fait valoir les qualités du
nouvel instrument.
Pendant l'absence de M. Eugène Ysaye,
c'est M. Jean Ten Hâve qui est chargé de don-
ner le cours de violon au Conservatoire royal.
Par suite du deuil qui vient de frapper
M. Fontaine, en la personne de son père, la
représentation du Vaisseau-Fantôme qui de-
vait avoir lieu vendredi dernier, au Théâtre
Flamand, est remise à huitaine.
La Société des Nouveaux Concerts vient de
lancer les circulaires qui annoncent sa consti-
tution et le programme des auditions qu'elle
organise pour la saison. Ainsi que nous l'avons
déjà dit, la première aura lieu le 3o dé-
cembre à deux heures, sous la direction de
M. Franz Servais, et avec le concours de
Mme Marie Brema.
Puis viendront : le 27 janvier iSgS, l'audi-
tion des Chanteurs de Saint-Gervais, dirigés
par M. Charles Bordes, avec le concours de
M"^ Blanc, des Concerts d'Harcourt , et un
intermède de clavecin de M. L. Diémer ; le
3i mars, l'orchestre d'Amsterdam, conduit par
M. Wilhelm Kes; le 21 avril, un concert Ri-
chard Strauss; le 5 mai, un concert Mottl.
En outre, on annonce un concert Siegfried
Wagner, provisoirement fixé au 10 février; et
pour finir, un concert H ans Richter, probable-
ment le 12 mai.
Tous ces concerts auront lieu à l'Alhambra.
Le premier Concert populaire, sous la direc-
tion de M. Joseph Dupont, est fixé au 9 dé-
cembre prochain. Le programme est ainsi
arrêté : Ouverture du Songe d'une nuit d'été
de Mendelssohn; Symphonie sur un air mon-
tagnard français (piano et orchestre) de M. Vin-
cent d'Indy, joué par M. I. Philipp ; Conte
féerique de Rimsky-Korsakoff (première exécu-
tion à Bruxelles) ; Fantaisie pour .piano et
orchestre de Charles Bernard (exécutant,
M. PhilippJ; Introduction du deuxième acte
de Gwendoline d'E. Chabrier; enfin l'ouver-
ture de Tannhœuser.
Les séances de musique classique pour
instruments à vent et piano vont reprendre au
Conservatoire. La première de ces séances,
données annuellement par MM. Anthoni,
Guidé, Poncelet, Merck, Neumans et De
Greef, aura lieu cette année le dimanche 2 dé-
cembre à deux heures précises, dans la grande
936
LE GUIDE MUSICAL
salle du Conservatoire, avec le concours de
Mme Lagneau-Nachtsheim, cantatrice.
•Uf»
Le Cercle artistique et littéraire annonce,
pour le 27 iiovembre, une conférence de
M. Théodore de Wyzewa, suivie d'une audition
musicale. Dans le courant de décembre, un
concert de M. Eugène d'Albert.
M"e J. Decré.que l'on a souvent applaudie
dans les concerts de Bruxelles, est engagée au
Théâtre- Royal d'Anvers. Elle débutera, jeudi
29 courant dans le rôle de Fidès du Prophète.
Les dilettanti anversois l'entendront d'abord à
l'Harmonie, où elle chantera aujourd'hui 25 no-
vembre.
M. E. Uuray, l'artiste dramatique bien
connu, lauréat des Conservatoires de Bruxelles
et de Paris et élève de Got, ouvre à Bruxelles
un cours de déclamation, de diction et de lec-
ture à haute voix, ainsi qu'un cours spécial de
mise en scène pour l'opéra, l'opéra-comique,
l'opérette et la comédie. Ces cours nous sem-
blent appelés à combler une lacune à Bruxelles,
et par là même à obtenir du succès. Ajoutons
que M. Duray a été chargé de l'organisation
des soirées dramatiques de la Grande-Har-
monie.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — Au dernier concert de
l'Association des artistes musiciens, dirigé
par M. Viotta, on a exécuté la Symfhonie de César
Franck, les ouvertures cTEgmont de Beethoven et
d'Obéron do Weber, le prologue sj-mphonique des
Maîtres Chanteurs de Wagner, et les Préludes de
Liszt. La Symphonie de César Franck, exécutée
ici pour la première fois, trahit la main du maître;
elle accuse un travail polyphonique de premier
ordre, mais elle n'est point parvenue à réchauffer
l'auditoire. Bien qu'elle ait été fort honorablement
exécutée, elle n'a obtenu qu'un succès d'estime.
En revanche, l'ouverture à'Obéron et le prologue
des Maitres Chanteurs ont été chaudement accueil-
lis. L'exécution était fort bonne, tout en man-
quant un peu d'homogénéité.
M. Kes se propose de donner, cet hiver, une
série de concertshistoriques, présentant un aperçu
du développement de la musique instrumentale
depuis le commencement du xvn" siècle jusqu'à
nos jours. Il fera même entendre les instruments
anciens, clavecin, viola di gamba, viola d'amore
et d'autres. Le programme de ce cj-cle de huit
concerts comprend des ouvrages de Montevende,
Carelli, Schenk, Scarlatti, Haendel, Bach, Gluck,
Phil.- Emmanuel Bach, Haydn, Chérubini, Mozart,
Beethoven, Eberl, Spohr, Schubert, Weber,
Schumann, Mendelssohn, Brahms, Wagner, Ber-
lioz, Liszt, et se terminera par l'ode sympho-
niquela Mer de Nicodé,pour chœurs et orchestre.
La première séance sera donnée le 9 décembre
et la dernière le 3r mars iSgS.
Au dernier concert philharmonique, s'est fait
entendre votre éminent compatriote, le pianiste
Arthur De Greef, qui a joué le second Concerto de
Saint-Saëns et la Fantaisie hongroise de Liszt dans
la plus complète perfection. Le jeune artiste, déjà
célèbre, a été acclamé par une salle bondée et
rappelé trois fois après la Fantaisie de Liszt, admi-
rablement accompagnée par l'orchestre ; il a
encore joué une Marche de Grieg. C'était, je crois,
la première apparition deM.DeGreef en Hollande.
M. De Greef ne se contente pas d'être un des
meilleurs pianistes contemporains : il tient aussi à
se faire connaître comme compositeur; le mois
prochain, M. Stutschenruyter exécutera à Utrecht,
àl'un de ses concerts symphoniques,uneSî(îYisdelui,
M. Henri Viotta annonce une série de confé-
rences musicales, accompagnées de musique, qui
aura certes sa part d'intérêt. Le Wagner Verein
annonce la reprise de la T'F«?A_)'n'«, au Théâtre-Com-
munal.
Les deux Opéras-Néerlandais continuent à lutter
contre l'indifférence générale.
Dans les villes de province, grands succès,
salles pleines; mais, à Amsterdam, Rotterdam et
surtout à La Haye, cela ne va guère.
En revanche, le Théâtre- Royal français fait de
bonnes affaires à La Haye. La plupart des
artistes, M°>" Barety, Paulin, MM. Renault,
Samaty, Chais ont été bien accueillis.
Au premier jour, on annonce les reprises de
Pagïiacci de Leoncavallo et de Samson et Dalila
de Saint-Saëns; la direction nous promet aussi la
Navarraise et Werther de Massenet, Georgetie de
Gevaert et Hulda de César Franck.
La Société chorale Caecilia, à La Haye, une des
meilleures des Pays-Bas, dirigée par M. Richard
Hol, a donné un grand concert jubilaire avec
orchestre et chœurs. Au programme, la Neuvième
de Beethoven, le Liehesmahl des Aposfel de Richard
Wagner et Frùhlingshoischaft de Niels Gade. En
général, l'exécution n'a pas été à la hauteur de ce
que l'on avait le droit d'attendre d'une société
chorale aussi importante et de son excellent direc-
teur. Parmi les solistes, Messchaert seul mérite
des éloges. Ed. de H.
AN'VERS. — La Société des Concerts po-
pulaires vient d'inaugurer sa saison par un
concert Beethoven. La séance de dimanche, qui a
débuté par l'ouverture Zur Weihe des Hanses et qui
s'est terminée avec la Huitième Symphonie, après
avoir passé par le merveilleux concerto en mi
bémol, a produit l'eÉfet d'un immense crescendo.
yime Falk-Mehlig interprète les œuvres clas-
siques avec sobriété, trouvant dans la délicatesse
du toucher des eSets délicieux. Le piano Blilthner
que touchait l'artiste avait des sonorités exquises.
L'orchestre a bien rendu la partie symphonique
LE GUIDE MUSICAL
087
de ce chef-d'œuvre. M"" J. Flament nous a fait
entendre deux Lieder assez peu connus, notamment
Abendlied, dont la note religieuse convenait tort
bien à la voix moelleuse de la jeune cantatrice.
La symphonie, sous la direction de M C. Lee-
naerts, a fort bien marché. Certains mouvements,
par trop précipités, en ont par moment trahi le
véritable caractère ; ceci pour le premier allegro
surtout.
M. J. Mariën a donné, lundi, sa première séance
de musique de chambre, avec le concours de
M. A. De Greef. Au programme, le Quatuor de
Schubert, que l'on avait déjà entendu à ces
séances. MM. De Greef et Marïen ont joué ensuite
la sonate pour violon et piano de César Franck,
un véritable chef-d'œuvre, où l'auteur unit à une
science profonde une riche et brillante fantaisie.
Rendue avec une conviction absolue, cette sonate
à été le clou de la soirée; car, il faut bien le dire,
le Quintette de Rubinctein pour piano et instru-
ments à vent qui la terminait a beaucoup perdu
à ce voisinage éblouissant. D'une inspiration
faible, les quatre parties dont se compose l'œuvre
sont d'une longueur désespérante.
Nous étions heureux de trouver au programme
les belles études symphoniques de Schumann.
Interprétées avec une rare maestria, nous n'y
avons pourtant pas retrouvé le sentiment de gran-
deur qui plane sur toute l'œuvre. L'immense piano
. de concert avait, du reste, dans la petite salle de
l'Harmonie, des sonorités excessives.
Au Théâtre lyrique flamand, deux nouveautés
BeygUot d'Edouard Grieg, un fragment, un mono-
logue plutôt, dont la musique s'élève par moment
à une haute expression dramatique; et le vieil
opéra de C. Kreutzer, Vue unit à Grenade. On
s'explique difficilement que cette œuvre se soit
maintenue au répertoire des théâtres allemands,
malgré la pauvreté du sujet. Mais la musique est
si ingénument mélodique qu'elle plaît toujours.
Les chœurs du premier acte, notamment, comptent
parmi les meilleurs du genre. M. Baets a été parti-
culièrement heureux dans le rôle du chasseur ;
chœurs et orchestre se sont vaillamment com-
portés.
A l'occasion de la Sainte-Cécile, M. E. Wam-
bach, le nouveau maître de chapelle de la cathé-
drale, a fait exécuter la belle messe de Beethoven.
L'œuvre a fait une profonde impression, grâce à
l'excellente façon dont elle à été rendue. M. Cal-
laerts, l'organiste bien connu, a ensuite exécuté
la première partie de son concerto pour orgue, qui
contient des pages remarquables. A. W.
AVIS. - ]'ai reçu depuis quelque temps, à diffé-
rentes reprises, des lettres anonymes ou signées d'initiales
à propos des correspondances d'Anvers, parues dans le
Guide Musical, Je n'ignore pas d'où elles émanent et
quelles basses rancunes les ont inspirées. Je tiens à
prévenir les personnages qui me les adressent qu'ils
font fausse route. Toute lettre anonyme constitue une
lâcheté de la part de son auteur, et je la méprise par
cela même. Quant aux artistes qui donnent des concerts •
à Anvers et qui désirent qu'il soit rendu compte de leurs
auditions, je les prie d'adresser les invitations, non pas.
à Bruxelles à la direction du journal, mais au corres-'
pondant du Guide Musical à Anvers, M. Arthur Wil-
ford. M. K.
^^^^
DRESDK. — Les premières auditions pour
1894-1895 de la « musique de chambre »
Margarethc Stern-Petri-Liliencron, ont fait salle
comble au Mnsenhaus. Programmes superbes, très
harmonieusement exécutés. Parmi les œuvres
exécutées, signalons la sonate pour piano et
violon, n° 5 de Bach, interprétée magistraleme'nt
par le violoniste hollandais Pétri, concerimeister de
l'Opéra. Les fervents de Bach ont reconnu que cet
artiste s'était identifié au génie du compositeur.
A signaler aussi la première exécution â Dresde du
quintette, op. Si de Dvorak. L'œuvre tchèque,
d'une ^écriture si imprévue, a été mise en pleine
lumière par l'exécution radieuse des quintettistes.
Margarethe Stern, Pétri, Liliencron, Gunkel et
Wilhelm ont interprété, sans aucune préoccupa-
tion de pure virtuosité, cette composition d'une
grâce entraînante.
La dernière semaine a été des plus brillantes :
Concert du quatuor de Prague, concert Mary
Krebs, concert Sarasate, deuxième soirée de mu-
sique de chambre de M. Rappoldi, et première de
Falstaff.
A propos du dernier opéra de l'illustre maître
italien, constatons, une fois de plus, que le gros
du public veut éprouver au théâtre de fortes émo-
tions Ou les œuvres héroïques de Wagner qui
s'imposent par leur grandeur, ou les partitions
nouvelles : Cavalkria, Pagliacci dont les scènes
brutales laissent dans l'esprit de la jeunesse les
impressions violentes qu'elle recherche. Les jeux
d'esprit, les finesses de composition ne peuvent
être appréciés que d'un petit nombre de connais-
seurs. C'est ce qui d'emblée a inspiré cette pré-
diction : Falstaff ne tiendra pas longtemps l'affiche
à Dresde. Les interprètes : MM. Scheidemantel,
Perron, Erl, HoflmtiUer, M™""^ von Cha vanne.
Teleky, Bossenberger, Zerny sont très bons;
M. Schuch et son orchestre, excellents, mais on
ne sont pas dans l'auditoire cette correspondance
qui consacre un succès. Le soir même de cette
première, M. Sarasate donnait un concert au
Geii'ei'bi'liaus. Salle bondée, enthousiasme toujours
égal, bruyamment exprimé. On a infiniment re-
gretté l'absence de M. Goldschmidt, que l'accom-
pagnateur Pittrich n'a pu remplacer.
En fait de musique d'ensemble, il faut décerner
la palme au quatuor tchèque, qid a joué avec une
perfection rare le quatuor en mi mineur de Sme-
tana, celui de Dvorak en ut majeur et le Kaiser
Quartclt de Haydn. Ce sera une réelle jouissance
que d'entendre â nouveau, le mois prochain, ces
artistes accomplis : MM. Cari Hoffmann, Joseph
Suk, Oskar Nedbal, Hans Wilian. Alton.
LE GVWE MUSICAL
LKIPZIG. — La deuxième nouveauté de
cette saison, au théâtre, a été le Fifre de
Hardi, opéra populaire en cinq actes, de Ferdi-
naVid Langer. Le sujet, se rattachant à l'histoire de
Souabe, est tiré d'un roman, Lichienstein, de Guil-
laume Haufi. Le librettiste, M. Hermann Haas,
en a pris quelques épisodes, lesquels, jolimentver-
sifiés, forment un tableau plein de vie et de cou-
leur, mais qui, d'un côté, manque d'unité, de l'autre
n'offre pas de progression dramatique. L'auteur
de la musique, M. Ferd. Langer, n'est ni le pre
mier, ni le seul qui ait été séduit par ce roman,
autrefois très en vogue; il a été devancé par Lind-
paintner (i856), et plus récemment par Fr. Schil-
ling. L'ouvrage de Lindpaintner n'a guère franchi
les frontières du Wurtemberg, où vivait l'auteur;
celui de Schilling a paru chez L.-F. Kahnt, à
Leipzig, mais n'a pas encore été mis à la scène.
Quant à la partition de M. Langer, elle est d'un
artiste routine, mais le savoir n'a jamais pu
remplacer le génie, ni le talent.
Les concerts du Gewandhaus ont repris le
II octobre L'orchestre est toujours digne de sa
grande réputation, sous la direction de M. Reinecke.
Au deuxième concert, on nous a donné la Sym-
fhonie en mi mineur de J. Brahms, qui, dans sa
facture savante, répand un nouveau charme à
chaque nouvelle audition. En outre, on a entendu
le prélude de Lohengriii, de Wagner, et des frag
ments du ballet de Prométhée, de Beethoven.
M"" Sophie de Sakomowski, une très jeune
élève de Rubinstein, a fait grand honneur à son
illustre maître. Elle a joué avec une sûreté et une
bravoure presque parfaites le concerto en la mi-
neur de Schumann, et avec beaucoup de senti
ment deux morceaux de Rubinstein et Berceuse, de
Chopin, pièce qui aurait exigé un peu plus de
berçante douceur.
Au troisième concert, M. Eugène Ysaye a fait
sensation par l'infaillibilité absolue de son méca-
nisme, qui défie toute description, autant que par
la beauté brillante du son et l'élégance de son
exécution II a joué la Fantaisie écossaise de Max
Bruch, et nous a fait connaître le concerto en si
mineur de Saint-Saëns, qui, sans être d'une origi-
nalité frappante, nous apporte, dans une forme
parfaite, des pensées nobles et des combinaisons
séduisantes.
L'orchestre a joué à ce concert la troisième
symphonie (la Rhénane) de Schumann, l'ouverture
du Printemps, de Goldmark, un joli poème printa-
nier, et un Te Deum laudanms pour orchestre à
cordes et orgue du maître italien G. Sgambati,
qui a vivement impressionné l'auditoire.
Edm. Rochlich.
LIÈGE. — Le premier concert annuel du
Conservatoire royal, donné le samedi 17 no-
vembre, nous a valu la sérieuse et rare satisfaction
musicale d'entendre M'" Clotilde Kleeberg.
M"» Kleeberg a joué le concerto en mi bémol de
Beethoven, dans lequel d'illustres devaiiciers nous
avaient laissé de profonds souvenirs. Cependant,
la charmante virtuose a su donner à cette œuvre
magistrale une interprétation vivante et person-
nelle.
Dans la seconde partie du concert, l'aimable
artiste a conquis définitivement tout l'auditoire par
ses qualités de grâce caressante et de douce inti-
mité, dans le Rêve angélique de A. Rubinstein et les
Myrtilles, pièce extraite des poèmes sylvestres de
Th. Dubois, et par son mécanisme éclatant dans
les Valses et Étude en la bémol de Chopin.
Deux chœurs A capella de Da Vittoria et de Roland
de Lassus, exécutés avec d'excellentes nuances-
par les élèves de la classe de chant, ont inspiré
un véritable intérêt.
Enfin, sous la direction ferme et convaincue de
Th. Radoux, l'orchestre nous a fait entendre
VHéroïque de Beethoven, et de Wagner, dont le
nom rayonne maintenant au progiamme de tous
nos concerts, l'introduction, avec solo de cor
anglais, du troisième acte de Tristan et IseuU,
déclamé avec une touchante simplicité par M. G.
Flyssens, et la Kaiser Marsh, pompeusement
enlevée. A. B. O.
IILLE. — Concerts populaires. — La So-
J ciété des Concerts populaires inaugurait
dimanche^ dernier sa 18" année d'existence par une
fort intéressante matinée, avec le concours de
M"' Merguillier, de l'Opéra-Comique, remplaçant
au dernier moment M'"* Deschamps-Jehin, primi-
tivement engagée, mais retenue à Paris par une
indisposition.
Après une bonne exécution de la Symphonie
italienne, de Mendelssohn et de la Rapsodie norvé-
gienne, de notre illustre concitoyen Lalo, nous
avons eu la première audition de deux œuvres
nouvelles : le Prélude d'Axel, écrit par M. Alexan-
dre Georges pour le drame de Villiers de ITsle^
Adam, et l'ouverture de Lyderic, le drame lyrique
de M. E. Ratez, dont la première représentation
aura Heu prochainement â notre Grand-Théâtre.
Le Prélude d'Axel est une simple introduction,
dans laquelle on remarque une superbe phrase
d'un beau sentiment religieux, qui, après un court
passage apassionato, revient agrémentée d'un con-
trepoint de harpes et de flûtes à l'unisson. Peut-
être pourrait-on reprocher au compositeur quelques
harmonies et même des phrases trop fortement
inspirées de Wagner, mais l'œuvre, dans son ,
ensemble, est très expressive et d'une remarquable
sonorité. Quant à l'orchestration, elle est fort
habile et dénote, chez son auteur, une excellente
technique musicale.
Il est assez malaisé de juger, comme elle le
mérite, l'ouverture d'un opéra encore inédit et
qu'on ne connaît pas, surtout quand il s'agit de
celle d'un drame lyrique, faite avec les principaux
thèmes de l'œuvre qu'elle précède. Dès qu'on la
sépare de l'ouvrage pour lequel elle a été écrite,
dont elle est, en quelle sorte, la préface ou, pour
LE GUIDE MUSICAL
939
mieux dire, la synthèse, on s'expose à lui faire
perdre une partie de sa valeur réelle, puisqu'on
brise ses rapports avec le drame dont elle a pour
but d'indiq\ier le caractère général, et il n'est plus
guère possible de l'apprécier qu'au seul point de
vue purement symphonique.
Cependant, malgré ces conditions défavorables,
l'ouverture de Lydcric nous a paru être une p^g^
musicale, écrite par un compositeur qui connaît à
fond toutes les ressources de nos orchestres mo-
dernes, et à travers laquelle on sent passer un
véritable souffle lyrique.
Elle débute par une large phrase fuguée, d'un
beaiicaractère, entrecoupée d'appels de trompettes,
qui rappellent probablement un combat. Puis, pro-
gressivement, le mouvement s'accélère et devient
un alUgro, dans lequel on devine aussi d'autres
liiotifs de l'ouvrage — nous aurons l'occasion de
compléter cette analyse lorsque nous étudierons
l'opéra tout entier. La fugue du début reparait alors
pour former le milieu de cet allegro — traité, du
reste, comme un premier morceau de sj-^mphonie,
avec la première partie à la quinte du ton prin-
cipal — et c'est dans ce milieu que se fait entendre
un thème expressif, d'une inspiration élevée et
d'un profond sentiment dramatique. C'est aussi
avec ce même thème, qui éclate aux trombones,
que se termine cette remarquable ouverture, très
personnelle, quoique conçue dans le style wagné-
rien, et dans laquelle une science consommée de
l'orchestration est mise au service d'idées origi-
nales et de motifs d'un charme pénétrant.
L'accueil chaleureux qu'elle a reçu, hier, du
public des Concerts populaires nous est un sur
garant du succès que Temportera, sur notre scène
lyrique, l'ouvrage de l'éminent directeur de notre
Conservatoire.
M"° Merguillier, l'excellente artiste de l'Opéra-
Comique, que nous avons déjà eu le plaisir d'ap-
plaudir plusieurs fois à Lille, nous a fait entendre
le grand air de la folie d^Hamlet qu'elle a chanté
avec son talent habituel, la romance àe PhiUmon et
Baucis, une gracieuse mélodie de M'"" Chaminadc,
Amour capUf,q\\' on lui a redemandée, et, hélas! pour
finir, les sempiternelles Variations de Proch. Quand
donc nos meilleures cantatrices voudront-elles bien
renoncer à nous infliger ces insupportables gar-
gouillades, de nature à faire briller leur virtuosité
et à raccrocher les applaudisserr.ents, je le veux
bien, mais combien démodées et prodigieusement
agaçantes. C'est admirablement exécuté, je le re-
connais volontiers, mais, même comme cela, quelle
pitoyable musique ! Et qu'est ce que cela peut bien
avoir de commun avec l'art? E. M.
LONDRES. — Les Monday and Saturday
Popular Concerts en sont à leur trente-
septième saison. Fondés par l'importante maison
d'édition Chapell et C°, ils n'occuperont pas moins
d'une quarantaine de soirées, d'octobre 1894 aux
premiers jours d'avril 189S. Si cette institution est
aussi florissante, c'est à son intelligente organisa-
tion qu'elle le doit. Les artistes de cette année
sont Fcnsiblement les mêmes que ceux de la der-
nière saison. Le quatuor se compose de M"" Wie-
lrowel7., MM Ries, Gibson et Whitehousc. Outre
M. Joachim, on annonce M. Schônberger, le clari-
nettiste Mûhlfeld, M. Popper, signor Piatti, lady
Halle, M. Arbos, tandis que miss Fanny Davies,
MM. Joseph Slivinski, Hugo Beçker, Léonard
Borwick ont déjà payé de leur personne aux"
premières soirées.
Au premier de ces concerts, nous noterons
particulièrement l'excellente interprétation du
quatuor en mi bémol op. 74 de Beethoven: de la
sonate en mi mineur op. 3, jouée avec une déli-
catesse et une justesse d'expression impression-
nantes pnr M. Borwick, et enfin du dramatique
trio en ré mineur op. 63, piano (Borwick), vio-
lon (Wietrowetz), violoncelle (Whitehouse) Pro-
gramme exclusivement beethovenien, comme vous
voyez. M"' Helen Trust a chanté d'une voix
ravissante, en demi-teinte surtout, deux romances
de Max Stange.
Au Saturday, avec la très loyable intention de
commémorer l'anniversaire de la mort de Men-
deissohn, une place prépondérante avait été
réservée au programme à son quatuor en ré ma-
jeur op. 44, n" i; à ses Variations sérieuses, très
bien jouées par M. Slivinski; enfin, à son trio en
ut mineur (op. 65), piano (Slivinski), violon
^Wietrowetz", violoncelle (Whitehouse).
M"" Dale a chanté à cette séance, avec quel-
ques trilles d'une très belle pureté, Première ren
contre àa Grieg et Quand tu dors de Kjerulf.
M. Henschel est entêté. Pourquoi fixer ses
Symphonie Concerts aux mêmes dates que celles
choisies pour les grandes auditions, à l'Albert Hall,
de la Royal Choral Society ? C'est imprudent et
téméraire. Une salle aussi peu fournie que l'était,
jeudi dernier, le Queen's Hall, ne fera certaine-
ment pas l'affaire de la London Symphonie So-
ciety Au surplus, programme intéressant, com-
prenant le prélude de HànseletGretel, la symphonie
cnréàe Brahms et l'ouverture des Maîtres Chan-
teurs. M""^ Henschel a été vivement applaudie dans
les romances de Claire de VEgmont de Beethoven.
Au Queen's i. ail, la London Choral Union, qui
compte, chœurs et orchestre, environ quatre cents
exécutants, sous la direction de M. J.-W. Lewis,
a donné VEltc de Mendelssohn.
Une même ardeur animait tous les chanteurs, qui
se sont distingués par une justesse de nuances
irréprochable, avec une précision, un ensemble,
qu'il serait difficile ailleurs d'obtenir de masses
aussi importantes. Les soli ont été chantés par
Miss Kate Cove, voix sympathique d'une belle
étendue ; Miss Meredyth Elliott ; M. Harper Kear-
lon; et l'excellente basse M. Andrew Black.
Au même Hall, M. W. Carter nous a fait enten-
dre, il y a quelques jours, une cantate sacrée de sa
composition, Placida (Novello Ewer et C"). C'est
une œiivrciqui contient de bonnes pages, mais l'en-
940
LE GUIDE MUSICAL
semble est monotone. Du Haendel contrefait.
M. Carter, en tous cas. manie habilement les
masses chorales; c'est déjà un mérite. A. L.
NANCY — Lé résultat d\i premier effort de
Mi Guy Roparfz.^en arrivant à la direction
du Conservatoire de Nancy, a été la création de
séances de musique de chambre. Elles seront au
nombre de quatre et seront données, au salon carré
de l'hôtel de ville, les premiers mercredis des
mois de décembre, janvier, février et mars, à
8 1/2 heures du soir. On y entendra les œuvres
de Beethoven, C. Saint-Saëns, César Franck,
G. Fauré, A. Glazounoff, Vincent d'Ind)', Guy
Ropartz, Lekeu et E. Chausson. Le quatuor
d'archets est composé de MM. Hekking, Schwartz,
David et Dupuis. M"'* Hélène Moulins, Margue-
rite Moulins, Suzanne Hekking et M.Emile Mou-
lins prêteront leur concours à ces intéressantes
séances. . -,
Quant aux, grands concerts , çymphoniques,, ils
seront au nombre de huit.
rj'^OURNAY. — M. Maurice Leenders, di-
j_ recteur de l'Académie de musique de Tour-
na)', organise trois séances de musique de cham-
bre, qui auront lieu en novembre, décembre et
janvier, avec le concours de M. Félix Pardon,
pianiste et ancien grand pri.x de Rome; de M Pa-
ternosler, violoncelliste, professeur à l'Académie
de Tournay; et de M™' Félix Pardon, cantatrice.
Ces trois séances comprendront une série d'œuvres
du répertoire classique et moderne du chant, de
Bach, Beethoven et Schumann à Brahms, Ge-
vaert, Massenet, Emile Mathieu, etc., la suite
pour piano, violon et violoncelle de Widor, le
trio en nii de M. Ferd. Kufferath, le trio en wi mi-
neur de Wiernsberger,. des soli de violon et de
violoncelle, et une série de compositions pour
piano classiques et modernes, qu'exécutera M. Fé-
lix Pardon, lequel fut, on se le rappelle, un élève
d'Auguste Dupont et de Brassin.Ces trois séances
auront lieu le quatrième dimanche de chaque
mois, à midi, dans la salle des concerts, place du
Parc.
YIENNE. — Dimanche dernier, premier
Concert philharmonique. Cet orchestre se
compose exclusivement des musiciens de l'Opéra,
au nombre de 110, et est dirigé par Hans Rich-
ter. On donnait, pour la première fois à ces con-
certs, le poème sj'mphonique Sarka de Smetana,
le compositeur tchèque bien connu. Ce morceau
fait partie du cycle Ma Patrie. Sarka est une
jeune fille qui, trompée par son amant, jure de se
venger de lui, et même de l'homme. Le prince Chi-
rad, jiarcourant avec ses guerriers la forêt, ren-
contre Sarka et en devient amoureux. On fait
halte, on fête l'heureuse rencontre, et Saïka, profi-
tant du sommeil de Chirad et de ses hommes,
appelle ses compagnes, qui fondent sur l'armée et
l'anéantissent.
La musique de Smetana est presque exclusive-
ment « extérieure 11. Si nous exceptons quelques
récitatifs de la clarinette exprimant tantôt l'amour
de Sarka, tantôt celui de Chirad, il ne reste que
de la musique purement descriptive, sans la
moindre profondeur. La marche des guerriers
dans la forêt est d'une allure tout à fait vulgaire.
Nous n'avons pas reconnu là le spirituel auteur
de la Fiancée vendue et du beau quatuor Aus meinem
Lehen.
Comme seconde nouveauté, une sérénade de
Fuchs,, composée pour le jubilé de Johann
Strauss. A l'entendre, on se serait figuré qu'elle
l'erit été pour celui de Johannes Urahms, tant le
compositeur se sert de thèmes et de formules de
son illustre modèle. La sérénade porte le n" 5;
1 auteur y emploie pour la première fois les cors.
Espérons les trombones pour la trentième.
Inutile de parler de la musique. On a droit à de
meilleure dans des concerts qui ne durent qu'une
heure et demie et qui coûtent fort cher.
Les classiques étaient représentés par Weber
et Beethoven. L'ouverture à^Ohéron a été enlevée
avec beaucoup de brio, surtout par les cuivres,
qui l'ont de temps en temps exagérée.
La huitième symphonie de Beethoven terminait
le concert. Elle a été rendue dans la perfection. Le
menuet assez lent, contrairement à la mauvaisa
tradition de Mendelssohn. Quant à l'allégretto
scherzando, jamais, jamais je ne l'ai entendu in-
terpréter avec agitant d'esprit, autant de délica-
tesse. C'est incroyable la finesse qu'obtient
Richter de ce formidable orchestre. Pour la pre-
mière fois, j'ai songé aux deux enfants dont parle
Berlioz, cueillant des fleurs par une belle matinée
de juin.
M. Fuchs, de l'Opéra, vient d'être nommé défi-
nitivement directeur du Conservatoire, en rempla-
cement de Hellmesberger, décédé.
On nous donne les nouvelles les plus inquié-
tantes de la santé d'Antoine Bruckner. Le maitre
souffre d'une hydropisie malheureusement fort
avancée. Bruckner travaillait depuis quatre ans à
la composition de sa neuvième symphonie (aussi en
yt" mineur, comme celle de Beethoven), On craint
qu'il ne puisse y mettre la dernière main. E. B.
iVO U V EL LES DI VERSES
— Il y a quelques années, on avait ouvert un
concours pour l'érection, à Berlin, d'un monument
commémoratif à Beethoven, Haydn et Mozart.
Aucun projet n'ayant été adopté, l'idée avait été
momentanément abandonnée, sur L'avis de l'Empe-
reur lui-même Aujourd'hui, on y revient; l'empla-
^_ iMWiBh MsiàiL "'
941^'
cément du monument est déjà désigné; des projets
ont été demandés aux premiers sculpteurs alle-
mands.
— M"" Materna, après l'éclatant triomphe qu'elle
a'Tè'Ap'oïté- au Concert'-Lamoureux à Paris, est
rentrée lundi à Vienne. L'illustre créatrice de
Brunnhilde va abandonner le théâtre, auquel elle
appartient depuis vingt-cinq ans. Elle va donner
ses représentations d'adieux, à l'Opéra de Vienne,
où elle ne jouera plus que quatre fois.
Au mois de janvier, la grairde cantatrice doit
s'embarquer pour l'Amérique, où elle doit faire
une tournée au cours de laquelle elle donnera
trente-six concerts.
— On se souvient que les journaux parisiens
annoncèrent, il y a qiielque temps, que la Patti
avait une jeune nièce douée d'une voix extraordi-
naire, comparable par sa flexibilité et son étendue
à celle que possédait la Patti elle-même à l'âge de
ses débuts. Paris entendra bientôt cette enfant
prodige. M. Strakosch, l'irapressario ordinaire de
toute la dynastie des Patti, vient de traiter avec
M. Marchand, directeur de l'Eldorado et de la
Scala de Paris, qui produira la jeune cantatrice
sur l'une de ces deux scènes. La nièce de la Patti
a tout juste quatorze ans. Elle débutera, au com-
mencement du mois de janvier.
— L'Opéra de Paris continue de faire de superbes
recettes, depuis qu'on y est résolument entré dans
la voie des nouveautés. Les recettes réalisées par
les huit premières d'Olello, dans le mois d'octobre,
se sont élevées au chiffre global de 158,496 francs.
La plus forte recette a été celle de la troisième
qui a fait 22,844 francs. Pendant le même mois,
les plus fortes recettes ont été réalisées ensuite
par Faust, qui a fait successivement 20,706 francs
et 19,35s francs, et la Walkyrie qui a fait
18,469 francs.
Pendant le mois d'octobre, TOpér.a a joué
dix huit fois et encaissé 327,3x0 francs, ce qui
donne le chiffre de i8,i83 francs par représen-
tation.
Pendant le mois correspondant de l'année iSgS,
l'Opéra avait joué seize fois et encaissé 290,125 fr.,
ce qui donnait une moyenne de i8,i32 francs par
représentation.
— C'était le 6 novembre l'anniversaire de la mort
tant regrettée de Pierre Tschaïkovsrsky.
Pour honorer la mémoire du maître favori de la
Russie, les sociétés musicales de Saint-Péters-
bourg, de Moscou, de Kieff et d'Odessa avaient
projeté des concerts symphoniques composés exclu-
sivement d'oeuvres de Tschaïkowsky ; mais, à cause
du deuil national de la Russie, ces concerts ont du
être ajournés.
A Nice, l'Opéra honorera, cette année, la mé-
moire de Tschatkowskv en faisant représenter son
meilleur drame lyrique, Onéguiue, traduit, sous la
direction du maître, par M. Delines.
Tschaïkowsky a beaucoup d'admirateurs à Paris.
M. Carvalho ne suivra-t-il pas l'exemple du diiec-
teur du théâtre de Nice ?
— Le Figiiro'viéiit de iious l'cvélér en quatrième
page le Chant à ^Egir de l'empereur GuillHurae H,
composition dont la réclame nous a rebattu les
oreilles depuis plusieurs semaines Nous ignorons
les qualités que peut posséder Sa Majesté l'Empe-
reur, en tant que souverain; mais ce que nous
savons bien, c'est que ses aptitudes musicales sont
plus que médiocres. Il est impossible d'écrire une
page plus banale que ce Chant à JEgir. Le composi-
teur n'a pas trouvé d'autre début à son œuvre que
les premières notes de la Marseillaise; il s'en est
tenu là... malheureusement, et son inspiration n'a
pas été à la hauteur de sa bonne volonté. C'est un
rossignol impérial qu'il nous a servi, très mal
accommodé, sous la forme d'une marche quelcon-
que, qu'il pourra imposer à ses régiments, mais
non au public artiste.
— Le Métropole Opéra House de New-York,
annonce une saison d'opéra allemand, qiii s'ouvrira
le 25 février, sous la direction de M. Walter
Damrosch. Parmi les artistes engagés, citons :
yimea Rosa Sucher, Kutschera, du Théâtre royal
de Berlin; Brema, du Covent-Garden, Londres;
MM. Max Alvary, Nicola Rothmûhl, du Théâtre
royal de Berlin; Theod. Schwarz, du Théâtre do
Weimar; Auguste Oberhauser, du Théâtre royal
de Carlsruhe; Fischer et Conrad Behrens, du
Metropolitan Opéra House de New-York.
Le répertoire comprendra ; Tannhàuscr, Lohen-
grin, Meistcrsinger, Tristan et Iseiilt, la Walkiire, Sieg-
fried et Gôtterdammerung.
Le mercredi 28 novembre et le samedi 2 dé-
cembre, auront lieu à Genève, les deux séances
solennelles d'inauguration de la nouvelle salle de
concert Victoria Hall, construite, pour la Société
d'Harmonie nautique, par le consul de S. M. Bri-
tannique, Sir Daniel Barton, son président.
La salle, qui contient trois mille personnes, est
un vaste rectangle, au fond duquel se trouvent
placés l'orchestre et le grand orgue, sortant d'un
atelier de Zurich.
M. Ch.-M. 'Widor dirigera sa nouvelle œuvre
(symphonie pour orgue et orchestre). Le directeur
de l'Harmonie nautique, M. Bonade, fera exécuter
une ouverture de Smetana ; la Symphonie funèbre
et triomphale de Berlioz ; le Chant des Bohémiens de
Schumann et le finale de Noé, opéra d'Halèv}',
achevé par Bizet.
— Le Conservatoire de Paris célébrera son cen-
tenaire l'année prochaine. A ce sujet, un travail
important a été entrepris, qui comprendra un
aperçu de l'enseignement musical dans le passé,
l'histoire administrative de l'institution, la liste et
la biographie de tous ses professeurs avec les
récompenses annuelles.
Ce travail a pour auteur M. Constant Pierre.
942
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A VENDRE
PORTRAIT EN PLATINOTYPIE GRANDEUR NATURE DE
ANTOINE RUBINSTEIN
s'adresser, 65, rue Royale, Bruxelles.
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
Aux bains de la Poretta (Halie), M""' Rosine Penco,
cantatrice, qui eut son heure de célébrité et qui brilla
notamment au Théâtre Italien de Paris, sous les direc-
tions successives de Calzado et de Bagier.
Née à Naples, de parents génois. Rosine Penco débuta
à Copenhague, puis se fit applaudir successivement à
Stockholm, à Berlin, à Constantinople, avant devoir sa
réputation consacrée par ses compatriotes à Florence, à
Trieste, à Naples, à Rome et à Gênes, où elle se maria,
piiis à Madrid, doù elle vint à Paris ; elle y débuta à
la salle Ventadour, en i855.
Sa superbe voix de soprano dramatique, sa diction
expressive, sa chaleur d'accent et sa beauté plastique lui
valurent tout de suite un brillant succès auprès du pu-
blic parisien. Elle était également remarquable dans le
genre sérieux et dans le genre bouffe, jouant alternati-
vement Noraia et /i Matrimonio segreio, Don Giovanni et
Don Pasquate, Semiramide et les Nosze di Figaro.
D'après Francesco Regli, son biographe, elle serait
née en i83o.
— A Paris M Floury, directeur du Châtelet, ancien
peintre de l'Opéra, où il avait comme élève de Desplé-
chin collaboré à de nombreux et remarquables décors,
non seulement pour l'Opéra, mais aussi pour le Châtelet
et d'autres théâtres.
Associé de Castellano lorsque celui-ci dirigea le Châ-
telet et le Théâtre- Historique, Floury df vint, en 1881,
adjudicataire du droit au bail du théâtre du Châtelet
et, successivement, monta : Madame Thérèse, la Gutrre,
d'Erckmann-Chatrian ; ie Bossu la. Queue du chat, Peau-
d'Ane, le Tour du Monde, la Poule aux œufs d'or, le Mariage
au tambour, l'Assommoir, les Aventures de M . de Çrac,
Germinal, Cendiillon, la Chatte blanche, Michel Strogoff, le
Prince Soleil, Orient- Express, Madame l'Amirale, Jeanne
d'Arc, les Environs de Paris, etc , etc.
Dans sa jeunesse, Floury a composé un cours de
perspective théâtrale dont on se sert encore au Conser-
vatoire des Arts et Métiers H était officier d'Académie.
Il est mort à làge de soixante ans.
PIANOS n HARPES
É R A R D
BRUXELLES : 4, rue Latérale
PARIS : i3, rue du Mail
SALLE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE LA GRANDE HARMONIE
Dimanche 25 novembre 1894, à 2 heures
(Branb Concert Classique
DONNÉ PAR LE CÉLÈBRE VIOLONISTE
H/L . J . J O -A. G n I Iwl
ET LE RENOMMÉ PIANISTE
M. MAX PAUER
AVEC LE CONCOURS DE
M"'^'' JULIA MiLCAMPS, OANTAÏRIOE
PRO GR AM ME :
1. Sonate en m; Brahms
MM. JOACHIM ET PAUER
2. Arioso de Quentin Durward Gevaert
M''= MILCAMPS
3. Grande Sonate en ut majeur .... Weber
M. PAUER
4. a) Adagio du Concerto en sol . . . . Joachim
*; Barcarole Spohr
M. JOACHIM
On peut se procurer les places chez MM. BREITKOPF & HSIIITEL, éditeurs, 46, Montagne de la Cour
5. a) Pour un seul mot Van Dam
bj Les Clochettes bleues Van Dam
c) l'Etoile cachée CVioloncelle MUe Rueg-
ger) Van Dam
MUe MILCAMPS
6. Suite en mi majeur pour violon seul . . Bach
M. JOACHIM
I
LE GUIDE MUSICAL
943
RÉPERTOIRE DES THÉÂTRES ET CONCERTS
Berlin
Opéra. — Du i8 au 25 novembre : Hasnsel et Gretel.
Carnaval. Relâche. Haensel et Gretel Mara. Concert
des chœurs de l'Opéra Hasnsel et Gretel. Les Saisons.
La Walkyrie Haensel et Gretel. Carnaval. L'Afri-
caine.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du i8 au 26 no-
vembre : Le Barbier de Séville et Farfalla Les Hu-
guenots.Le Prophète. Faust. Philémon et Baucis et le
Portrait de Manon. Samson et Dalila. Aida, Samson
et Dalila et le Portrait de Manon. Lundi La Navar-
râise (première représentation)
Galeries. — Lundi irrévocablement dernière de Miss
Dollar. Jeudi reprise de la Fille de M"" Angot.
Alcazar royal. — Bru.\elles sans gène.
Empire Palace. — Ungarista, ballet de M. Graziani.
Paris
Opéra. — Du 25 novembre au i^r décembre ; Othello.
Thaïs Gwendoline Lohengrin.
Opéra-Comique. — Du 25 novembre au 1='' décembre :
Les Pêcheurs de perles. Pré aux Clercs Phryné. Le
Domino noir. Le Chalet.
Concerts-Lamoureux. — Dimanche 25 novembre, à
2 h. 1/4, avec le concours de M"""' Héglon, de
l'Opéra, Le Roux-Corso, Tarquini d'Or, MM Noté,
de l'Opéra, et de M. Hugo Hermann.
Ouverture d'Iphigénie en Aulide (Gluck); Scène d'Ho-
race de Corneille, musique de C. Saint-Saëns. chantée
par M™« Héglon et M. Noté; Concerto pour violon,
exécuté par M. Hugo Hermann (Beethoven); premier
tableau de l'Or du Rhin, chanté par M'"" Le Roux-
Corso, Tarquini d'Or, Héglon et M Noté; Marche
hongroise de la Damnation de Faust (Berlioz).
Concerts-Colonne. — Dimanche 25 novembre, à
2 h. 1/4 très précises. Septième concert : Roméo et
Juliette, drame lyrique, d après la tratjédie de Sha-
kespeare, paroles d'Emile Deschamps, musique de
Hector Berlioz, soli chantés par M'"" Auguez, de
Montalant, MM Emile Ent;el et Fournets, de l'Opé-
ra
Concerts d'Harcourt. — Dimanche 25 novembre, à
3 h, 1/2, troisième audition de Tannhaeuser (Richard
Wagner).
Opéra — Du 20 au 25 novembre : Falstaff. Frei-
schûlz. Sinfonie-Concert. Le Preneur de rats.
Marseille
Association artistique de Marseille, sous la direction
de M. Jules Lecocq. — Programme du 25 novembre :
I. Manfred, fragment (Schumann), a) Ouverture,
b) Entr'acte, c) Ranz des vaches, cor anglais, M. Jean,
d) Apparition de la fée des Alpes; 2. Namouna. suite
d'orchestre (Lalo); 5 Les Maîtres Chanteurs, frag-
ments (Wagner), a) Prélude du troisième acte, b) Danse
des apprentis, c) Défilé du corporations; 4. Gavotte en
ré mineur (Bach); 5 Walther's preslied des Maîtres
Chanteurs (Wagner), violon, M. Audoli ; 6. Ouverture
de Tannhaeuser (Wagner).
Municti
Du II au 25 novembre ; Obéron. Lohengrin. Traviata.
Manfred Lucia de Limmermoor. Barbier de Séville.
Tristan Haensel et Gretel. Tanuhœuser.
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
SCÈNE D'HORACE
DE OOïlISri£:iLILjE
(iV^ ACTE, SCÈNE v)
mtse en mtistque par
C. SAINT-SAËNS
OP. lo
ÉDITION ORIGINALE ÉDITION TRANSPOSÉE
Soprano et Baryton Mezza-Soprano et Baryton
PRIX NET : » Francs
Partition eti^ Parties d'orchestre en location
944:
LE GUIDE MUSICAL
Opéra. — Du 12 au 19 novembre ; L'Ami Fritz
Cavalleria Rusticana. Autour de Vienne. Le Vaisseau
Fantôme. Le Baiser. Puppenfee. Cornélius Schutt, de
Smareg ia 'première représentation). La Walkyrie^
Mignon. Cornélius Schutt.
An DER WIÈ^ . - Jakuba. L« Postillon de Lonjumeau.
V'^ LEOPOLD MURAILLE, éditeur a liege (Belgique)
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MAGKAR et NQEL, éditeurs, 22. passage
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mise, chansonnette ... 3 »
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Chabrier, Em. Marche des
Cypages . . . . . . 7 5o
Hitz, F. Op. i38 L'oiseau-
mouche, caprice. . . . 5 »
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec par-
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— Chanson Havanaise » 5
— » Napolitaine » 5 «
Tiiuillier, E. Fèe Alsa-
cienne 5 rt
Vincent, Aug. Op 64.
Scherzo 5 »
— Op. 65. Gavotte ... 5 »
'- Op. 65. Valse Espagnole . 6 »
PIANO A 4 MAINS
Pr
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Lenepveu, avec harmo-
nium adlib. . . . Net 3
Thomé. F. Marche triom-
phale d'Aug. Vincent, op.44 10
DEUX PIANOS A 4 MAINS
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec har-
monium adlib . . . Net 4
Ttromé, F. Marche triom-
phale d'Aug. Vincent, op. 44 12
MUSIQUE DE DANSE
Dessaux, Louis. Quatre
danses faciles ■
No I. Quadrille. ... 5
No 2 . Valse 3
No 3
No 4.
Polka. . . .
Polka-Mazurka .
GRAND ORGUE
Salomé, Th. Op. 21. Trois
Canons
-— Op 25. Première grande
sonate. .^
VIOLON ET PIANO
Danbé, Jules. Op. 3o, n" 4.
Petite Valse 5
— Op. 21, no 4. Canzonetta . 6
MUSIQUE MILITAIRE
Wittmann. Amour et prin-
temps, harmonie ou fan-
fare Net 3
— Placet,Patinsetfourriéres.
Polka-Mazurka, harmonie
ou fanfare .... Net 2
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Wittmann. Favarges. Op. i
Boléro, harmonie ou fan-
fare Net 4 »
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Cent vingt morceaux de piano.
Trois concertos, piano et orchestre.
Cent mélodies, chant et piano.
Six duos à deux voi.x.
Trois quatuors à cordes.
Trio pour piano, violon et violon- j
celle.
Quatre pot'mes symphoniques.
Cinq suites d'orchestre
Six symphonies à grand orchestre..
Trois ballets ; le Lac des Cygnes, Il
Belle au bois dormant, le Cassq
noisette.
Neuf opéras : le Caprice d'Oksàn^
Snegourotschka ou la Fille M
Neige, Vakoula le Forgeron, On^
Ruine, la Dame de pique, Jeann
d'Arc, Mazeppa, la "rscharodeik^
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Bourgault-Ducoudray. Op. 5.
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Lenepveu, Cb. Jeanne d'Arc.
Marécbal, H. Le Miracle de
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945
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— Ruines etSouvenirs, ballade 2 —
— Rêverie mélancolique . . 2 —
— Légende écossaise ... 2 —
— Polonaise 2 —
I go
I 75
I 75
Gabriel-Marie. « Impies
sions, » 6 morceaux
N» I . Simplicité.
N° 2. Insouciance
N" 3 Quiétude .
N° 4. Souvenir ,
N° 5. Mélancolie
N° 6. Allégresse.
Hermann, Rob. Petites
Variations pour rire, com
posées sur sept notes .
Jebin-Prume. Romance .
Tball on, R. Romance
Ventb, C. Trois morceaux :
N" I. Chanson sans paKiles i 35
N" 2. Chanson du soir . . i 35
N' 3. La Sérénala ... 2 —
— Deux Rhapsodies :
N"! Sur des motifs écossnis i go
No 2. Sur des motifs sué- "
doix 3 75
VIOLONCELLE ET PIANO
Pangaert d'Opdorp, L.
Mélodie ...... I
— Souvenir de Spa Annette
et Lnbinl. pour violoncelle
et hautbois 2
35
DIVERS INSTRUMENTS
Gilis, A. Symphonie d'en-
fants. Piano, violons I. Il,
ornitophone et triangles . ;
Gobbaerts. Op 33. Concert
dans le feuillage, pour flûte
et piano
Pietrapertosa. 12 Trans-
criptions pour mandoline
et piano :
No I. Battmann, L., Babil
de fauvette.
No 2 Czibiilka. A., Ga.votte
Stéphanie .
No 3. » de la Princesse .
No 4. Dupont, A , Chanson
No 5. Faucheux, Nocturne.
No 6. ■• RêveriQ .
No 7. Flon, P , Le Temps
des roses .
No 8.Ho//j«ff«,y .Chanson
d'amour.
9. Ludovic, Marguerite
No
No 10.
Rêve d'un
ange.
1 75
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1 75
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nesques) .... i .... I »
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(Suite^ — Voir les nos 44, 45, ^6 47, et 48
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ORCHESTRE ET CHANT
Quelle que soit la façon dont les voix
sont traitées par le compositeur, la juxta-
position à l'orchestre de l'élément vocal
.présente, au point de vue qui nous occupe,
une importance très considérable. Ce ne
sont pas seulement quelques parties nou-
velles qui s'introduisent dans l'édifice sym-
phonique pour le compléter, l'enrichir, en
fixer le sens par la parole ; il y a là autre
chose qu'une simple addition, car l'élé-
ment nouveau diffère de ceux auxquels il
s'ajoute. L'ensemble orchestre et chant est
moins homogène et la correction des
allures métronomiques devient beaucoup
plus difficile à réaliser.
Au théâtre, dans l'opéra ou le drame
lyrique, l'artiste chargé d'une partie vocale
ne doit pas se borner à la chanter; il doit
en outre représenter un personnage. Tan-
dis que le musicien de l'orchestre n'a qu'à
lire sa partie et à jouer de son instrument,
le chanteur, au contraire, sans texte sous
les yeux, doit employer en même temps des
moyens d'expression musicaux et scé-
niques. On ne saurait demander à l'un et à
l'autre la même perfection métronomique.
La réalisation des meilleurs mouvements
est donc rendue plus malaisée par l'hétéro-
généité de l'ensemble et par les obligations
spéciales des chanteurs; pour obtenir la
même rigueur que dans les œuvres pure-
ment symphoniques, les chanteurs de-
vraient avoir, plus développées encore, les
qualités « musicales » des instrumentistes
de l'orchestre.
Or, il n'en est pas souvent ainsi, surtout
en France. Les bons instrumentistes ne sont
pas rares ; on trouve beaucoup d'orchestres
dont les éléinents constitutifs ne laissent
pour ainsi dire rien à désirer. Mais sur
quelle scène trouvera-t-on un ensemble
d'artistes chanteurs dont la valeur musi-
cale soit équivalente? Sur aucune, peut-
être. D'une part, quelques individualités
distinguées, très en vue, que nous appelons
« étoiles », sans doute parce qu'elles sont
entourées d'obscurités; d'autre part, une
réunion d'artistes dont la culture musicale
est trop souvent rudimentaire, aussi peu
respectueux des intentions de l'auteur que
de l'autorité du chef. Cette différence entre
les valeurs respectives des instrumentistes
et des chanteurs ne provient pas seulement
d'études plus ou moins complètes ; elle
tient aussi à une cause plus profonde. C'est
qu'en effet, outre les aptitudes musicales,
le chanteur doit trouver en lui, par grâce
de nature, son propre instrument. Cette
condition essentielle limite les choix; la
rare qualité d'une voix peut assurer à l'ar-
tiste qui la possède des engagements et
même des succès que l'infériorité de sa
culture et la médiocrité de son style sem-
bleraient lui interdire. On assure même
qu'en certains pays des motifs étrangers à
l'art musical facilitent à des artistes de
second ordre l'accès des scènes les plus
importantes.
Les instrumentistes et les chanteurs
fussent-ils même d'égale qualité, l'œuvre
lyrique resterait néanmoins plus exposée
que l'œuvre purement orchestrale à l'arbi-
traire et au désordre métronomiques.
952
LE GUIDE MUSICAL
Incarnant un personnage sous les yeux du
public, le chanteur, même instruit et capa-
ble, se permettra des altérations de mesure
plus facilement qu'un soliste de l'or-
chestre. Si sa conscience artistique, son
respect du texte, sa soumission au chef ne
le retiennent pas, il visera l'effet individuel
au détriment du bon ensemble ; il altérera
les nuances métronomiques aussi bien que
les nuances sonores. N'arrive-t-il pas trop
souvent que ces infidèles interprètes se
taillent un succès de mauvais aloi aux
dépens de l'œuvre, imposant leurs ridicules
exigences à leurs camarades et à leurs
chefs, habiles courtisans du public, mais
traîtres à leurs rôles? Que devient la métro-
nomie en pareil cas? Hélas ! on le devine :
une caricature incohérente, une outrageante
insulte aux intentions de l'auteur !
Ce n'est encore que demi-mal lorsque
l'orchestre remplit Je modeste rôle d'une
« grande guitare » d'accompagnement sous
la mélodie prépondérante des voix. De
maître qu'il doit être, le chef devient
esclave; mais du moins, dans ce monde
renversé, l'orchestre peut encore suivre les
parties vocales directrices et s'accommoder
à leurs fantaisies. Mais quand il est vrai-
ment symphonique, qu'il a de son côté des
idées à formuler et à développer, une trame
thématique à dérouler régulièrement, sa
soumission à l'arbitraire des parties vocales
n'est plus possible. Non seulement l'altéra-
tion des mouvements s'oppose alors à la
bonne et claire expression de la partie
orchestrale, mais même, pour peu que les
discordances s'accentuent, il y a rupture,
dislocation momentanée ou définitive entre
l'orchestre et les voix. Il ne faut malheu-
reusement pas remonter bien haut dans
l'histoire de la première scène parisienne
pour en trouver un très regrettable exem-
ple. Les allures incorrectes dans les œuvres
où l'orchestre joue un rôle symphonique
sont extrêmement fâcheuses, puisqu'elles
ne sauraient manquer de rendre obscures
ou méconnaissables les idées maîtresses de
l'œuvre; et c'est à cette cause que nous
attribuons pour une large part l'infériorité
relative de certaines représentations vs^agné-
riennes à Paris.
La rectitude métronomique des exécu-
tions d'Allemagne dont nous aurons à nous
occuper ici est, au contraire, des plus satis-
faisantes, et nous en rapporterons plus
loin, dans nos comparaisons chiffrées, des
preuves nombreuses et irrécusables. Satis-
faisante, disons-nous, mais non point, bien
entendu, mathématiquement parfaite : cette
perfection n'est réalisée ni en deçà ni au-
delà du Rhin. Elle n'est du reste pas indis-
pensable en matière musicale; la perfection
acoustique suffit.
En comparant nos extraits relatifs aux
exécutions d'œuvres lyriques avec ceux
qui se rapportent aux œuvres purement
orchestrales et surtout au quatuor, le
lecteur appréciera l'influence perturbatrice
exercée dans certains cas par l'élément
vocal. Mais il ne faut jamais oublier que
les chiffres cités donnent les mouvements
moyens de fragments plus ou moins éten-
dus, quelquefois très courts, mais présen-
tant toujours une certaine durée. Il nous
est impossible de reproduire ici m extenso
tous nos documents élémentaires; mais
ceux-ci eux-mêmes ne représenteraient pas
encore dans toute leur variété les allures
successives d'instant en instant. Cela n'est
pas nécessaire, il est vrai, pour définir et
comparer les vitesses et leurs principales
nuances ; mais il importe que le lecteur ne
s'y trompe pas et assigne à nos mesurages,
généralement résumés ici, leur véritable
caractère. Un exemple le fera mieux com-
prendre encore.
Prenons quelques lignes d'une partition
quelconque placées d'un bout à l'autre sous
la même nuance métronomique : Accele-
raiido. — Partageons ce passage en deux
parties et mesurons les durées d'exécution
de l'une et de l'autre. Le calcul des mouve-
ments locaux correspondants donnera, je
suppose, J = 60 pour la première et J = 70
pour la seconde. Ces deux chiffres suffisent
à nous révéler que la nuance a été faite (si
nous trouvions l'inverse, 70 d'abord, 60 en-
suite, nous affirmerions à bon droit qu'elle
a été violée). Mais ces chiffres sont des
moyennes, et l'allure n'a probablement pas
passé brusquement, de la fin du premier
fragment au commencement du second, de
LE aVWE MUSICAL
9o3
60 à 70; il est à supposer, au contraire,
qu'il y a eu entre ces deux mouvements une
transition progressive que les chiffres bruts
n'indiquent pas. Pour saisir cette transi-
tion, il faudrait scinder les fragments en
intervalles plus petits dont on mesurerait à
part les durées élémentaires. En pratique,
la subdivision n'est possible que jusqu'à un
certain degré qui dépend à la fois de la
précision des appareils chronométriques
employés et de la rapidité des modes d'ins-
cription dont on dispose (i).
Les avantages des observations multi-
pliées ont été signalés déjà, et nous n'avons
pas à y revenir. Disons seulement que la
plupart des nuances raétronomiques inté-
ressantes sont saisies avec exactitude sans
que la multiplicité des fragments néces-
saires pour les mettre en relief devienne
trop gênante pour l'observateur.
Ainsi, on ne perdra pas de vue que les
chiflres de nos tableaux sont des moyennes,
aussi bien pour les oeuvres dont nous allons
nous occuper que pour les précédentes.
Mais ici, ils s'appliqueront parfois à des
fragments plus petits, car l'analyse doit
devenir plus pénétrante pour démêler cer-
taines influences spéciales plus complexes.
Après ce que nous avons dit plus haut
sur le rôle de l'élément vocal, si facilement
perturbateur, on ne sera pas surpris des
quelques discordances métronomiques re-
ie.vées dans nos comparaisons. Mais, pour
les bonnes exécutions, elles restent tou-
jours peu importantes en valeur absolue,
et généralement négligeables au point de
vue acoustique. La loi générale : condi-
tionnement de la bonne exécution par les
mouvements, recevra donc une nouvelle
confirmation. Toutefois, pour les oeuvres
(i) Il serait trop long d'expliquer ici en détail les
moyens qui nous ont servi. On devine sans peine qu'il
' faut certaines précautions pour obtenir des mesurages
exacts : les indications chronométriques doivent être
contrôlées de très près ; des instruments ad hoc sont par-
fois indispensables pour lire et inscrire les durées (par
exemple dans la salle obscure de Bayreuth), etc.
Une fois les observations recueillies, il s'agit de les
rapporter au métronome. Les calculs nécessaires, por-
tant sur des milliers de nombres, ont été faits avec
autant de célérité que d'exactitude grâce à la machine
imaginée spécialement pour cet objet par M. le docteur
J. Alvin.
lyriques, la tolérance auditive est un peu
plus large, et cela compense, dans une cer-
taine mesure, la moindre précision réalisée
par les interprètes. De légères irrégularités
d'allures, sensibles au quatuor, passent
inaperçues dans l'œuvre lyrique. Car l'audi-
teur est devenu en même temps specta-
teur ; son oreille est sollicitée à la fois par
le texte chanté et la musique ; son œil est
attiré par le décor, l'action scénique, etc.
Une imperfection d'allure ne sera nette-
ment discernée dans ces conditions que s'il
y a faute assez grave.
Pour la commodité de nos. explications,
nous distinguerons deux genres de fautes
métronomiques : l'erreur et le contresens.
Nous appellerons erreur la non-conformité
suffisante de l'allure avec les indications
de la partition. Il y aura erreur quand on
prendra prestissimo un Allegro comodo ;
quand on triplera une mesure antérieure,
alors qu'il est écrit de la doubler ; quand
on passera de J -= i5o à J = 149 sur un
Molto rallentando, etc. Ainsi, en cas à'er-
reiir, les interprètes ne serrent pas d'assez
près les intentions de l'auteur, et l'inexacti-
tude est sensible à l'audition.
Nous réserverons le nom de contresens
métronomique au fait d'exécuter contrai-
rement à l'indication ; par exemple : ralen-
tir sur un piii allegro, presser sur un rallen-
tando, altérer très sensiblement l'allure en
l'absence de nuance indiquée ou justifiée
par le texte, etc. Dans ces divers cas, la
faute est particulièrement grave; il ne.
s'agit plus seulement d'une insuffisante
conformité avec le sens, mais de sa viola-
tion formelle.
Il est clair que dans toute bonne exécu-
tion, et c'est le cas pour nos exemples
d'Allemagne, il y a peu d'erreurs et,, pour
ainsi dire, pas de contresens métrono-
miques; la concordance est très grande.
Quand, au contraire, deux exécutions de la
même œuvre présentent de grands écarts
métronomiques, on peut, en général, affir-
mer que l'une d'elles au moins fourmille
d'erreurs et de contresens. Nous aurons
occasion de le montrer.
La limite de tolérance des erreurs est
assez large, nous l'avons dit, pour l'œuvre
951=
LE GUIDE MUSICAL
lyrique. Il est telle erreur, même fort grave
en valeur absolue, qui peut, en certaines
circonstances, échapper à l'auditeur. En
voici un exemple entre mille. Nous calcu-
lions les mouvements de la Walkyrie
{2" acte), d'après deux exécutions suivies à
Munich, et, à chacun de nos petits frag-
ments, nous comparions les allures locales
dans les deux cas. Nous trouvions, depuis
longtemps déjà et régulièrement, des nom-
bres très voisins. Tout à coup, à notre
grande surprise, le calcul nous donne,
pour un même intervalle, des allures abso-
lument discordantes : environ J = 5o pour
l'une des exécutions, J = 80 pour l'autre ;
puis, dans les fragments suivants, l'accord
presque parfait reparaît. Aucun doute,
d'ailleurs, sur l'exécution fautive : ce de-
vait être la première, car, dans toutes les
deux, les allures des fragments voisins se
rapprochaient de 80 et non pas de 5o. Il
était vraiment étrange de rencontrer cette
chute brusque de 80 à 5o dans la série
régulière des allures de la première inter-
prétation ; cette anomalie devait être expli-
quée. Laissant là nos tableaux de calcul,
nous avons repris la partie de nos notes
relative aux observations non métrono-
miques; la clef du mystère s'y trouvait,
sous la forme de cette brève mention :
(1 Grane se fait prier pour rentrer ». Et, en
effet, le coursier de Brunnhilde, trop peu
docile, avait dû retarder de quelques
secondes l'aparté de la Walkyrie, au début
de la scène II. Mais, au moment de ce
petit incident, il eût été bien difficile de
saisir par l'oreille seule le retard métrono-
mique, et, pour ce qui nous concerne, nous
ne l'avions pas discerné. Cependant, pour
une symphonie, une œuvre de musique de
chambre, l'intercalation d'un fragment à
J = 5o entre deux autres à J = 80 ne man-
querait pas de frapper un auditeur même
peu attentif.
Si l'intervention des parties vocales et
des exigences scéniques tend à diminuer
la rectitude des allures, elle rend, en
revanche plus vaste et plus intéressant le
champ des investigations possibles. Voici
quelques-uns des points sur lesquels peut
porter l'analyse :
1° Allures de l'orchestre lorsqu'il est
momentanément seul, ou presque exclusif"
vement conducteur, par exemple lorsque
les parties vocales sont interrompues par
de fréquents tacet. Retrouve-t-on alors
dans chaque représentation la rectitude
et, d'une représentation à l'autre, la per-
manence des mouvements constatés dans
les œuvres purement instrumentales ?Com-
nie on le verra, la réponse est affirmative
pour les bonnes exécutions.
2° Les nuances métronomiques réalisées
par l'orchestre restent-elles bien compa-
rables pour différentes exécutions de la
même œuvre? Oui encore, dans les bonnes
exécutions et en général ; mais il y aura des
exceptions, car les parties vocales pour-
ront parfois troubler l'orchestre. Dans
l'immense majorité des cas, sous la direc-
tion d'un chef énergique et expérimenté,
l'orchestre servira pour ainsi dire de pivot;
si, par exemple, la carrure et la perma-
nence des allures viennent à être altérées
par les chanteurs, elles reparaîtront presque
imraanquableiuent dès que l'orchestre sera
seul et libre ; celui-ci, à travers les petites
incorrections qu'il devra subir, retombera
victorieusement sur les mouvements cor-
rects dès que l'influence perturbatrice
aura cessé. Il créera de la sorte, pour ainsi
dire de page en page, des repères métrono-
miques inébranlables, limitant les écarts
des parties vocales qu'ils encadrent et
assurant la rectitude des allures dans l'eii-
semble de l'œuvre.
3" Lorsque deux chanteurs différents
sont successivement chargés, avec le même
orchestre et le même chef, de la même
partie vocale, les mouvements restent-ils ;
néanmoins comparables? Oui, en général,
si le rôle est bien compris par tous lesi
deux ; mais les nuances métronomiques de
détail comporteront des écarts d'autant
plus nombreux et sensibles que le rôle
vocal sera plus « en dehors » .
4° Il est intéressant de rechercher si,
considéré isolément cette fois, quand il est
presque sohste, le bon chanteur nuance
métronomiquement avec la même exacti-
tude que le bon orchestre. On pourra, grâce
aux inesurages, comparer la variation des
LE GUIDE MUSICAL
955
allures ,du chanteur soit avec les indica-
tions formelles de la partition, soit avec le
sens du texte chanté ; reconnaître comment
tel ou tel artiste comprend la succession
des idées exprimées par la mélodie ou par
le livret, comment il met en relief certaines
d'entre elles par l'accélération ou le ralen-
tissement de son débit.
Dans les œuvres de Wagner, les phéno-
mènes de ce genre ne seront révélés, si
Fexécution est bonne, que par des mesu-
rages précis et multipliés. Les écarts cons-
tatés entre les interprétations vocales
seront faibles, en effet, et l'influence indivi-
duelle de l'artiste sera quelquefois insensi-
ble, souvent difficile à saisir.
5° On pourra se proposer d'étudier les
caractéristiques métronomiques, non plus
d'un ou plusieurs artistes chargés du même
rôle, mais des rôles eux-mêmes indépen-
damment des artistes qui les tiennent.
Dans une même scène entre plusieurs per-
sonnages, sous la même rubrique générale
de mouvement (Moderato, par exemple),
tous les personnages suivront-ils indistinc-
tement la même allure? ou bien chacun
d'eux imprimera-t-il tour à tour à la car-
rure générale une flexion délicate, mais
sensible? La noblesse sérieuse de Wotan,
la barbare lourdeur de Fafner, la franchise
primesautière de Siegfried, la pétulance
rusée de Loge, dans un même morceau
sous une même rubrique, ne seront-elles
pas souvent caractérisées, si les artistes
comprennent bien leurs rôles, par de petites
nuances métronomiques?
6° Existe-t-il quelque relation, directe ou
éloignée, entre les leit-motive mélodiques
ou harmoniques et les mouvements des
passages qui les rappellent? Dans quelles
circonstances et dans quelles limites con-
servent-ils avec leurs formes d'origine une
parenté métronomique reconnaissable?
7° Dans les bonnes exécutions, comment
sont résolus les problèmes métronomiques
si fréquents : j = J, J. = ^, etc. ? Wagner,
nous l'avons dit, attachait une importance
capitale aux modifications des mouve-
ments; mais en fait, pour le drame lyrique,
peut-on satisfaire avec une exactitude suffi-
sante aux exigences impératives du Maître?
Nous sommes obligés d'écourter notre
énumération. Mais nous en avons dit assez
pour montrer que le champ des recherches
est aussi vaste qu'intéressant ; son explora-
tion complète dépasserait de beaucoup le
cadre de la présente étude.
[A suivre.) H. Alvin et R. Prieur.
Chronique oe la Semaine
PARIS
CONCERT COLONNE
Cycle Berlioz. — Roméo et Juliette, symphonie drama-
tique, d'après la tragédie de Shakespeare, paroles de
Emile Deschamps, musique de Hector Berlioz.
A une époque où les œuvres du rénovateur du
drame lyrique, Richard Wagner, sont exécutées
en France au théâtre et au concert, il n'était que
juste de voir une manifestation s'organiser en
faveur du créateur de la symphonie drama-
tique, Hector Berlioz. N'oublions jamais que,
dans rhistoire de la musique française, la pre-
mière place lui revient.
Il appartenait à celui qui a dii sa fortune au
maître de la Côte Saint- André d'être le promo-
teur de cet hommage rendu à sa mémoire.
M. Edouard Colonne s'est dit que, si Félix
Mottl, à Carlsruhe, avait présenté au public
allemand les œuvres de notre illustre compa-
triote, il était nécessaire qu'à Paris un cycle de
ses maîtresses pages fût donné dans la salle
même où leur première apparition fut saluée
par les applaudissements enthousiastes de la
foule.
M. Ed. Colonne a débuté, le dimanche
25 novembre, par l'exécution de Roméo et
Juliette, symphonie dramatique dont la belle
Henriette Smithson inspira, en 1829, les pre-
mières ébauches, mais qui ne fut terminée
qu'en i838 et dédiée à Nicolo Paganini. Hector
Berlioz, dans ses Mémoires, si pleins d'intérêt,
mais souvent sujets à caution, s'est bien défendu
d'avoir prononcé, après la représentation de
Roméo et Juliette, de Shakespeare à l'Odéon,
(avec Henriette Smithson dans le rôle de Ju-
liette), la phrase suivante : « Cette femme, je
l'épouserai, et sur ce drame j'écrirai ma plus
vaste symphonie. » M. E. Hippeau, dans son
beau livre sur Berlioz, a prouvé par des cita-
tions tirées de divers documents et, notam-
ment, d'une lettre même du compositeur
adressée en 1S29 à Humbert Ferrand, que les
LE GUIDE MVSICAL
paroles relatées ci-dessus ont dû être prononcées
par Berlioz, "et qu'en tout cas, les premières
tentatives de composition remontent bien à
l'année 1829. On sait également que, s'il ter-
mina en i838 Roméo et Juliette et la dédia à
Paganini, ce tut pour témoigner toute sa recon-
naissance au grand virtuose qui, après avoir
entendu au Conservatoire, le 16 décembre i838,
la symphonie à'Harold en Italie, fut si enthou-
siasmé qu'il lui fit remettre une somme de
vingt mille francs.
Nous serions tenté d'adresser un léger
reproche à M. Ed. Colonne. Pourquoi, sur le
programme, donner à Roméo et Juliette le titre
de drame lyrique, alors que l'auteur lui-même
a eu le soin de désigner l'œuvre, et cela très
justement, sous le nom de Symphonie drama-
tique? Les Nibelungen, Tristan et Jseult,
l'arsifal voilà les véritables drames lyri-
ques ! Harold en Italie, Roméo et Juliette, la
Damnation de Faust sont, au contiaire,
des légendes ou symphonies dramatiques avec
soli et chœurs, écrites non pour la scène, mais
pour le concert. Berlioz a, du reste, expliqué,
dans les lignes placées en tête du livret (i83g)
et de la grande partition, le but qu'il a pour-
suivi. Nous croyons devoir en donner le para-
graphe final : « Si, dans les scènes célèbres du
jardin et du cimetière, le dialogue des deux
amants, les a parte de Juliette et les élans pas-
sionnés de Roméo ne sont pas chantés, si enfin
les duos d'amour et de désespoir sont confiés à
l'orchestre, les raisons en sont nombreuses et
faciles à saisir. C'est d'abord ^et ce motif seul
suffirait à la justification de l'auteur) parce qu'il
s'agit d'une symphonie et non d'un opéra. En-
suite, les duos de cette nature ayant été traités
mille fois vocalement et par les plus grands
maîtres, il était prudent autant que curieux de
tenter un autre mode d'expression. C'est aussi
parce que la sublimité même de cet amour en
rendait la peinture si dangereuse pour le musi-
cien qu'il a dti donner à sa fantaisie une lati-
tude que le sens positif des paroles chantées
ne lui eût pas laissée, et recourir à la langue
instrumentale, langue plus riche, plus variée,
irioins arrêtée et, par son vague même, incom-
parablement plus puissante en pareil cas. »
Qui ne connaît les belles pages de cette
œuvre ! L'introduction orchestrale dans la-
quelle les altos, violoncelles et violons dessi-
nent successivement un motif plein d'agitation,
donnant l'impression du tumulte et du combat
entre les Capulets et les Montaigus, l'interven-
tion du prince confiée aux cuivres, puis le
retour du premier motif s'éteignant insensible-
ment, — l'émouvant Prologue, où les voix
entrent à l'unisson et qui a dû inspirer à Gou-
nod la belle page initiale de son opéra, les
Strophes pour contralto avec accompagne-
ment des harpes, et la jolie phrase de violon-
celle au deuxième couplet, fort bien dites par
Mme Auguez de Montalant, — hommage rendu
par Berlioz au génie de Shakespeare, — et
enfin le fin et original scherzo de la Reine
Mab, que M. Engel a bien détaillé.
On a tout dit sur ces merveilleux morceaux
d'orchestre de la première partie, dépeignant
la tristesse de Roméo, la fête chez Capulet, la
Nuit sereine avec les voix des Capulets se fai-
sant entendre au loin, la scène d'amour, puis
la reine Mab ou la Fée des songes. On pour-
rait s'arrêter, en dehors des pages souvent
signalées, sur le chant du hautbois, fort bien
soupiré par M. Longy, sur de curieux effets
de basson qui laissent entrevoir l'étude qu'en a ■
faite Vincent d'Indy, le mouvement descen-
dant et persistant des contrebasses et des vio-
loncelles. Tout en admirant les caressantes et
troublantes harmonies de la Nuit sereine et de
la scène d'amour, il serait peut-être permis de
regretter que Berlioz leur ait donné un peu
trop de développement . Mais cette scène
d'amour n'en est pas moins, comme l'exprime
si bien M. Ad. JuUien dans son bel ouvrage
sur Berlioz, « une création unique dans l'art
musical, par l'intensité, le rayonnement de
l'expression orchestrale, par la transfiguration
de simples instruments, qui semblent avoir
une âme, une voix, et s'animer presque au
souffle de Berlioz ».
La seconde et dernière partie est non moins
belle. Le convoi funèbre de Juliette, dans
lequel les chœurs psalmodient sur la note mi
ces mots : « Jetez des fleurs », alors que l'or-
chestre exhale un chant éploré, la superbe
entrée du chœur dans la scène du cimetière,
l'intervention magistrale du père Laurence,
qu'a fait valoir la belle diction de M. Fournets,
et, enfin, le serment de réconciliation, sont t
une magnifique péroraison à une œuvre qui est t
peut-être, avec la Damnation de Faust, la
plus puissante et la plus géniale création d'Hec-
tor Berlioz. Le public du Chàtelet lui a fait un
accueil des plus chaleureux.
Hugues Imbert.
concerts-lamoureux
La conduite de M. Lamoureux à l'égard dés
compositeurs français nous semble de plus en,
plus étrange, de plus en plus énigmatique.
LE GUIDE MUSICAL
957
Pêche-t-il par ignorance ? Est-ce chez lui incons-
cionce absolue? Ou bien cherche-t-il à jeter la
défaveur sur la musique de notre pays et à la
sacrifier au profit exclusif des œuvres étran-
gères ?
Nous ne savions vraiment pas à laquelle de
ces trois hypothèses nous arrêter, en assistant,
dimanche dernier, à l'exécution d'une œuvre
qui figurait sur le programme entre une ouver-
ture de Gluck et un concerto de Beethoven. Il
s'agit de la scène à'HoT ace que M . Camille Saint-
Saëns écrivit, il y a une quarantaine d'années,
sur le texte même de Corneille. C'est un péché
de jeunesse, soit ; on pardonne tout à la jeu-
nesse, même la profanation des œuvres de
génie. Mais les reproches violents qui furent
adressés à M. Massenet pour avoir, dans son
opéra du Cicî, mis en musique quelques vers
du grand auteur tragique, auraient dtà servir de
leçon à M. Saint-Saëns et l'engager à enfouir
d'une façon définitive, au fond de ses tiroirs,
cette méchante partitionnette. Et puis, est-il
donc indispensable, quand on a écrit la sympho-
nie en ut mineur, de faire savoir au public qu'on
a été capable, jadis, de pasticher le style de
Meyerbeer? M. Lamoureux n'a d'ailleurs point
fait violence à l'auteur, comme on aurait pu le
croire, pour obtenir de lui qu'il exhumât cette
composition, puisque tout récemment M. Saint-
Saëns transposait pour mezzo-soprano la par-
tie de Camille, dans le but de la faire interpréter
par M™e Iléglon au concert du Cirque d'Eté.
Mais une partie du public se refusant à jouer
le rôle de dupe, a manifesté d'une façon très
nette, quoique peut-être un peu brutale, son
mécontentement bien légitime, car des sifflets
ou tout au moins des chut très significatifs se
sont fait entendre à la fin du morceau. Quant
aux interprètes, M™^ Héglon et M. Noté, ils ont
fait de louables efforts pour donner un peu de
relief à cette musique vieillotte, plate et préten-
tieuse. Voilà donc, sans aucun doute, la scène
d'Horace définitivement enterrée. Que M. La-
moureux profite de cette mésaventure, et qu'il
répare sa bévue en nous donnant le plus tôt
possible une œuvre de Saint-Saëns... dernière
manière, et nous continuerons, comme par le
passé, à couv7'ir de fleurs l'illustre composi-
teur (i).
C'est par une bonne exécution de l'ouverture
à'Iphigénie en Aulide que la séance musicale
a commencé. On souhaiterait entendre plus sou-
vent dans nos concerts quelques pages impor-
tantes de Gluck, puisqu'il nous faut renoncer
(i) Voir la lettre de M. Saint-Saëns (Echo de Paris, zS
novembre 1894).
à l'espoir de voir jamais représenter sur la
scène de l'Opéra une œuvre entière de celui qui
personnifie la révolution musicale du siècle
dernier.
M. Hugo Heermann, grand ami de Brahms,
dont la réputation est universelle en Alle-
magne, et qui dirige, à Francfort, le remar-
quable quatuor qui porte son nom a interprété
d'une façon merveilleuse le concerto pour
violon de Beethoven. Cet artiste n'est point
un virtuose, au sens que nous attachons à ce
mot, car il joue sans pose, sans contorsions,
sans grands gestes; et son style sévère, d'une
pureté remarquable, est exempt de cette
mièvrerie que nous prisons tant, que certains
considèrent même comme la caractéristique du
talent. Il n'est pas atteint non plus de cette
détestable manie des nuances, si fort en hon-
neur chez nous, et grâce à laquelle la plupart
de nos artistes, chanteurs ou instrumentistes,
arrivent à dénaturer les œuvres qu'ils inter-
prètent, en cherchant à découvrir dans chaque
mesure, dans chaque note même, une intention
particulière de l'auteur ; ce qui faisait dire à un
personnage qui occupe une très haute position
au Conservatoire de Paris : « Quel ministre
nous donnera donc un professeur d'anti-
miaitces! » M.Hugo Heermann s'est imposé au
public par l'excellence de sa méthode et l'a
bientôt charmé par la finesse et la sûreté de
son jeu. Aussi son succès a-til été complet.
Nous voudrions pouvoir en dire autant des
interprètes du premier tableau de V Or du Rhin.
C'est, bien au contraire, un échec qu'il nous
faut enregistrer, échec pour les artistes du
chant, pour les musiciens de l'orchestre et
pour le chef lui-même, M. Lamoureux; enfin
échec pour tous, excepté cependant pour
Mme Héglon, qui jusqu'au bout a su tenir son
rôle avec beaucoup de vaillance et de talent, et
sans laquelle nous aurions assisté aune déroute
complète. Après une paieille audition, il est
bien difficile d'avoir une idée exacte des
beautés que renferment ces pages pleines de
lumière, de couleur et de vie, dans lesquelles
Wagner a rendu avec une vérité saisissante et
un charme merveilleux le calme qui règne au
fond des eaux, le doux bercement des vagues,
les joyeux ébats des filles du Rhin, ^préposées
à la garde du trésor dont l'éclat fascine le
regard d'Alberich, la rage impuissante de ce
dernier, objet de la raillerie des coquettes
ondines, puis la victoire du Nibelung qui finit
par s'emparer de l'éblouissant et précieux
métal.
LE GUIDE MUSICAL
Seule, avons-nous dit, M™e Région (Floss-
hilde) s'est montrée à la hauteur de sa tâche.
Quant à ses compagnes, M"«s Tarquini d'Or
(Welgunde) et Le Roux- Corso (Woglinde), la
dernière surtout, elles ont été d'une médiocrité
désespérante. Après un pareil essai, elles
doivent renoncer bien vite et pour toujours à
interpréter la musique de Wagner. M. Noté est
très capable de chanter Alberich, mais il avait
eu le grand tort de ne pas étudier suffisamment
son rôle.
De son côté, l'orchestre n'a pas donné ce
qu'on était en droit d'attendre de lui ; nous
n'étions pas, en effet, habitué de sa part à
autant d'incertitude et d'indécision. Partout on
sentait l'hésitation, aussi bien chez le chef que
parmi les musiciens.
M. Lamoureux a donc à prendre une
revanche, car, il nous faut bien l'avouer,
depuis des années que nous suivons ses con-
certs, nous n'avions jamais assisté à une aussi
pitoyable exécution. Ernest Thomas.
Nous avons assisté, le 24 novembre, à un
concert donné par la Société chorale l'Euterpe,
dans la salle de l'Union chrétienne, rue de
Trévise. L'auditoire, fort nombreux, a écouté
avec une attention mêlée d'un respect religieux,
la cantate de Bach, Actus tragicus, dont l'in-
terprétation mérite tous les éloges. Signalons
parmi les solistes M. Drouville, à qui était
confiée la partie de ténor.
Venait ensuite l'éxjithalame de Gwevdoline,
dont le style moderne faisait un piquant con-
traste avec l'œuvre précédente. Pour répondre
au désir du public, on a redit une bonne partie
de cette belle page du pauvre Chabrier.
Une jeune violoncelliste détalent, MH= Mar-
guerite Chaigneau, s'est fait applaudir en exé-
cutant le Cygne, de Saint-Saëns; elle a été
moins heureuse dans la Tarentelle, de Pop-
per.
Un chœur de Gounod, Près du fleuve
étranger, admirablement écrit pour les masses
chorales, terminait cette charmante soirée musi-
cale. E. Th.
Il est question de reprendre cette année, à
rOpéra-Comique, un grand ouvrage de M.
Saint-Saëns, mais la direction hésite entre
Proserpine et la Timbale d'argent.
La Timbale d'argent, qui fut représentée
pour la première fois le 22 février 1877 sur le
Théâtre national lyrique (Gaîté), et qui eut un
très vif succès à Bruxelles, est un opéra fan-
tastique en quatre actes de MM. Barbier et
Carré.
Proserpine fut jouée dix ans plus tard, en
1887, sur le théâtre de l'Opéra-Comique. Elle a
subi quelques remaniements et va être donnée
sous sa nouvelle forme au théâtre du Capitole
de Toulouse.
Nous avons annoncé que le Tannhœtcser ■
serait donné en avril prochain à l'Opéra de
Paris à la place de Tristan etiseult. Le Jour-
nal des Débats donne la distribution suivante
de l'œuvre : MM. Van Dyck (Tannhasuser),
Renaud (Wolfram), Delmas (le Landgrave);
Mn"î Caron (Elisabeth), et Bréval (VénusJ.
•f
Les chanteurs de Saint-Gervais exécuteront, le
lundi 3 décembre, à Saint Gervais, à dix heures,
la célèbre Messe du Pape Marcel de Palestrina, et
divers motets.
Une quête sera faite au bénéfice de la Schola .
caniorum, société fondée par MM. Guilmaut,
prince de Polignac, Bourgault-Ducoudiay, Vin-
cent dindy, de Boisjoslin, Ch. Bordes, etc., pour ■
la restauration du chant grégorien et de la musique
palestrinienne dans les églises.
BRUXELLES
THÉÂTRE ROYAL DE LA MONNAIE
La Navarraise, épisode lyrique en 2 actes, poème de
Jules Claretie et Henri Caïn, musique de Jules Mas-
senet (i).
1.3. Navarraise est une Cavalleriarusticana
dont l'action se passe en Biscaye, sans que la
musique en soit espagnole. Elle n'est même
pas française. C'est du sous-Mascagni.
Comment un musicien de talent comme
M. Massenet a-t-il pu en arriver là ? Les lau-
riers glanés par le jeune maestro dans la plu-
part des capitales européeiines — et même
d'outre-mer — portaient-ils ombrage à sa
gloire ? A-t-il voulu donner une preuve de plus
de son étonnante facilité à... s'assimiler la ma-'
nière des autres? Ou plutôt le succès, très
lucratif, du compositeur italien ne lui a-t-il pas
fait croire qu'il y avait, dans ce genre nouveau,
— un très mauvais genre, — une veine « produc-
tive I) à exploiter? De toutes ces hypothèses,
c'est — hélas ! — la dernière qui paraît la plus
vraisemblable. Elle ne saurait suffire à excuser
(i) Représenté pour la première fois en juin 1894 sur
le théâtre de Covent Garden, à Londres.
LE GUIDE MVSIGAL
959
la peu artistique tentative du compositeur
français. Et quelle que soit la valeur relative
des deux opéras dont le parallèle s'établit fata-
lement, M. Mascagni aura, en tous cas, sur son
concurrent, l'avantage d'avoir été le premier en
date, et surtout celui d'avoir écrit son œuvre
en toute sincérité, suivant son propre tempé-
rament : ce n'est pas lui qu'on accusera d'imi-
tation, de plagiat !
Le sujet de la Navarraise a été tiré par
M. Caïn d'une nouvelle de Jules Claretie, la
Cigarette, ayant pour cadre un épisode de la
guerre carliste. Le voici en deux, mots : la
Navarraise, une bohémienne sans nom, sans
famille, aime éperdument un soldat de l'armée
libérale et en est aimé. Mais le père du soldat,
pour faire obstacle à ces amours, déclare qu'il
n'acceptera la jeune fille pour bru que le jour
où elle lui appoitera comme dot une somme de
2,000 dourosl La pauvre fille va se retirer, lors-
qu'elle entend le général espagnol, dont les
troupes viennent d'essu5'er un échec de la part
f des carlistes, promettre une fortune à celui qui
tuerait leur chef. La Navarraise, inspirée par
l'amour, n'hésite pas à tuer le général carliste.
Elle touche la récompense promise, — les
2,000 douros de sa dot. Araquil, le jeune sol-
dat, qu'on ramène mortellement blessé, la
voyant en possession de cet argent, croit à son
déshonneur ; mais bientôt la nouvelle de la
mort du chef carliste lui fait deviner la vérité.
Il meurt en maudissant la criminelle, qui, folle
de douleur, se précipite sur le cadavre du bien-
aimé.
Les points de contact entre les deux œuvres
que nous rapprochons plus haut sont nom-
breux et frappants ; ils existent à la fois dans la
manière dont le livret et la partie musicale ont
été traités.
Des deux côtés, un fait divers sombre et
brutal, tout imprégné de la fougue des carac-
tères méridionaux; une action peu complexe,
découpée en une série de scènes à arêtes vives,
se succédant en oppositions violentes et vou-
lues, mettant les passions brusquement aux
prises, ne faisant qu'esquisser les personnages
en traits rapides, sans analyser leur étatd'àme,
et ne nous montrant de celui-ci que les mani-
festations matérielles, tout extérieures. En un
mot, une suite de tableaux animés, traités à
l'emporte-pièce, et impressionnant plus les sens
que l'esprit : du mélodrame-express, plus ou
moins mis en musique.
Détail piquant : les deux œuvres ont abso-
lument la même coupe; et, dans la Navarraise
comme dans Cfl^fl/Zma, l'action est unmoment
interrompue pour faire place à un intermède
musical qui s'exécute le rideau levé, et que
motive ici le repos des soldats, accompagné par
une page symphonique en forme de nocturne,
d'un dessin bien banal ; malgré l'intérêt d'une
instrumentation d'ailleurs assez alambiquée
et prétentieuse, nous ne serions pas loin
de lui préférer le coupable intermède de
Mascagni ; pour les spectateurs auxquels
s'adressent ces sortes de morceaux, il ne sau-
rait y avoir d'hésitation, et M. Massenet doit
être, à leurs yeux, piteusement battu.
Sur le poème, en somme brutal et certes de
moins de couleur que celui de Cavalleria,
dont nous avons donné l'analyse, M. Massenet
a composé une musique qui n'ajoute pas grand'
chose aux impressions essentiellement ner-
veuses que ces scènes tragiques sont appelées
à produire. La grosse caisse yjoue le rôle essen-
tiel ; elle intervient fréquemment pour corser
de coups de canon la fusillade, très nourrie,
qui se tire dans la coulisse. On sait, d'ail-
leurs, si M. Massenet affectionne cet instru-
ment de percussion. Au moins, cette fois, l'em-
ploie-t-il à propos ; — pas toujours, toutefois,
car il lui sert encore à marquer, selon son habi-
tude, l'apogée des situations pathétiques, ce
qui déroute ici parfois le spectateur, qui croit
tout d'abord à l'intervention de l'artillerie, ce-
pendjnt inactive. En somme, le compositeur a
compris son rôle d'une façon fort modeste, et
la musique de la Navarraise, la vraie, celle où
l'on trouve autre chose que des formules, tien-
drait en quelques pages. Aussi, et ceci caracté-
rise nettement l'impression que laisse cette
production bizarre, les spectateurs de la pre-
mière représentation, profondément secoués par
les horreurs du drame et le tragique de sa
principale interprète, semblaient avoir oublié
qu'ils venaient d'assister à l'audition d'une
œuvre lyrique.
Les rares pages où M. Massenet se soit
mis en peine d'écrire une musique quelque peu
personnelle sont d'une banalité déconcertante;
chose étrange et dont on cherche en vain
le pourquoi, il semble s'y être efforcé d'imiter
les formes italiennes de son émule Mas-
cagni. Tel est, par exemple, le leitmotiv — la
partition n'en est pas riche et ils sont eux-
mêmes des plus pauvres — par lequel débute
l'œuvre et qui paraît caractériser la lutte entre
l'armée libérale et les troupes carlistes ; il y a
là des répétitions de notes avec accents qui sont
un des moyens à effets chers au jeune compo-
siteur italien. Encore une fois, qu'a donc voulu
prouver M. Massenet ?
Si la valeur musicale de sa tâche est à peu
près nulle, le compositeur s'est du moins mon-
960
IF GUIDE MUSICAL
tré homme de théâtre, et il a eu l'adresse, pré-
cieuse dans une œuvre comme celle-ci, de ne
jamais arrêter l'action par le désir de dévelop-
pements musicaux excessifs — ce qui ne
l'excuse pas, d'ailleurs, d'y avoir mis si peu de
vraie et d'intéressante musique.
On peut affirmer que la partition de M . Masse-
net ne compte pour rien dans le succès qu'a
obtenu la Navarraise au théâtre de la Mon-
naie, et le compositeur n'y a certes pas trouvé
sa revanche de l'insuccès du Portrait de
Manoti. Par contre, nos directeurs lui ont
fourni une éclatante réparation de ce même
insuccès, dont ils étaient un peu responsables,
en donnant pour principale interprète à son
œuvre une artiste d'un tempérament qui paraît
surtout parfaitement adéquat au caractère
de l'héroïne qu'elle avait à personnifier; on
la dit cependant préparée à aborder avec
autant de bonheur des rôles d'une allure plus
« classique », la Vestale par exemple, qu'il est
dans ses vœux de pouvoir interpréter sur la
scène de la Monnaie. Si Mlle Leblanc a incar-
né le rôle d'Anita avec une passion, une
vigueur de sentiment extraordinaires, elle n'a
peut être pas recherché dans son interprétation
la variété de nuances qui aurait accentué
encore l'effet des passages pathétiques du rôle ;
elle s'est ainsi vue amenée à dépasser parfois
la mesure, et de même que plastiquement
elle a eu des attitudes aux lignes trop cons-
tamment tourmentées et brisées, elle n'a pas
suffisamment mis à profit les moments où
une diction simple et reposante eût été en
situation. Elle a, en un mot, trop perdu de
vue la loi des contrastes.
M. Bonnard, qui, sous cet irrésistible exem-
ple, s'est laissé parfois entraîner à ^des éclats
de voix qui nuisaient à la qualité du timbre, a
bien composé le rôle du soldat Araquil. M. Se-
guin, parfait d'allure et de tenue dans le
général Garrido, MM. Journet (Remigio),
Isouard (Ramon) et Gilibert (Bustamente)
complètent une 1res bonne exécution d'ensem-
ble. La mise en scène, encadrée d'un des
décors les plus réussis et les plus pittoresques
qu'aient brossés MM. Devis et Lynen, est
réglée avec un souci de réalisme, avec un art
de composition qui ne laissent aucun doute
sur la part active qu'y a prise l'un des auteurs,
M. Caïn. Voilà une excellente leçon pour nos
régisseurs ordinaires, — très ordinaires ; espé-
rons qu'elle leur profitera. J. Br.
Profonde a été l'impression produite par
Joachim à la matinée organisée par la maison
Breitkopf et Haertel, dimanche dernier. Il a
joué la belle sonate en sol de Brahms avec une
noblesse incomparable de sentiment et une
simplicité qui avait je ne sais quel charme doux
et pénétrant. Le plus souvent, on interprète
Brahms en violence, les particularités de sa
technique pianistique font qu'on le joue d'une
façon tourmentée, et, par là, sa musique paraît
souvent pénible ou cherchée. Quand on le pos-
sédera mieux, on reviendra de ces erreurs d'in-
terprétation. Brahms est un vrai lyrique, un
poète de l'intimité et des rêveries intérieures,
profond souvent, exubérant quelquefois, mais
dont les accents passionnés ont une expression
contenue qui fut l'éclat. Joachim — d'ailleurs,
admirablement secondé par M. Pauer — a
joué de la sorte toute la sonate, dans un mou-
vement relativement lent, avec une expression
tout intime, sans nuances fortement marquées,
mais avec une exquise et profonde tendresse
d'accent. C'a été une inoubliable jouissance
d'art. L'illustre maître a joué ensuite des frag-
ments de Spohr, quelques-unes des danses
hongroises de Brahms et la suite en mi de
Bach, avec cette ampleur et cette pureté de
style qui lui sont personnelles. Mais la sonate
de Brahms est, malgré tout, demeurée la chose
parfaite, absolue de cette audition.
Le pianiste, M. Max Pauer, n'a point paru im-
pressionner extraordinairement l'auditoire. C'est
un artiste de talent, un virtuose du clavier doublé
d'un excellent musicien ; mais la sonate de
Weber, qui eût été à sa place dans un récital
de piano, ne lui a pas été favorable ici : il a pu
y faire valoir des qualités assez exception-
nelles, un joli son, une égalité remarquable
de doigté, un perlé plein de finesse et de légè-
reté, mais l'œuvre ne prêtait pas, et la person-
nalité du pianiste n'a pu s'y marquer.
Entre les diverses pièces instrumentales
jouées par Joachim et M. Pauer, M'i^ Mil-,
camps a roucoulé agréablement l'arioso du'
Quentin Durward de Gevaert , des mélo-
dies de Van Dam et la Sérénade inutile de
Brahms, dite beaucoup trop vite. La voix de
M'iiî Milcamps a de très jolies qualités ; elle a
de la distinction, mais la diction est souvent
affectée.
La veille, en la même salle, avait eu lieu la
deuxième des séances organisées par la maison
Schott. On devait y entendre le trio des dames
hollandaises. Au dernier moment, ce trio a
fait défaut. Le jeune violoniste Ten Hâve l'a
remplacé, avec talent d'ailleurs. Mais le prin-
cipal attrait de la soirée était M'i^Kleeberg. La
gracieuse artiste nous est revenue sans nous
faire éprouver des impressions nouvelles. Son
joli toucher, la clarté de son jeu, la vivacité
aimable de son interprétation n'ont pu donner
le change sur la valeur de son exécution de la
sonate log de Beethoven, le morceau capital'
du programme. Involontairement, la mémoire
LE GUIDE MUSICAL
961
se reportait sur Rubinstein, qui, dans cette
même salle, il y a quelques années, interpré-
tait, comme' seul il le pouvait, cette œuvre
d'un sentiment si poétique. J'ai bien peur
qu'avec lui le piano même ne soit mort. Il n'3'
a personne qui puisse lui être comparé aujour-
d'hui. Nous avons d'excellents, de remarqua-
bles virtuoses, qui jouent très bien du piano. '
Lui il jouait Beethoven, Schumann, Chopin.
Et voilà justement ce qui nous manque, l'ar
tiste capable de se faire oublier lui-même et de
donner l'impression toute pure de l'œuvre
par la supériorité de son interprétation.
Mais je n'ai garde de vouloir ensevelir
M"« Kleeberg sous de si grands souvenirs. Son
aimable talent peut nous donner d'autres im-
pressions, et cela suffit. Dans les petites pièceK
de genre, même celles d'un goiit douteux, la
grâce a les séductions de son jeu justifient
les succès qu'elle obtient et qui ne lui ont pas
fait défaut, cette fois, dans les Poèmes syl-
vestres de Dubois et la Valse de Moskowski.
M. K.
Mardi, réouverture de la saison musicale du
Cercle artistique et littéraire. Conférence de
M. de Wyzewa sur Smetana, le maître
tchèque, et exécution du quatuor de celui-ci :
Ans meinem Leben (De ma vie).
La conférence a paru un peu superficielle.
Le sujet était cependant des plus intéressants.
Smetana est une figure digne d'être étudiée de
près. Ses débuts quelconques dans la musique
de salon, ses hésitations entre le wagnérisme et
l'école classique allemande, l'irrésistible atti-
rance que finalement exerça sur lui la mélodie
populaire du pays natal, le rôle qu'il joua dès
son retour à Prague, où il devint le centre et
l'âme du mouvement de régénération artistique
et littéraire du peuple tchèque, tout cela, indé-
pendamment des notes proprement biogra-
phiques, eût fourni ample matière à une causerie
instructive et révélatrice. M. de Wyzewa a
passé à côté du sujet. Il nous a parlé abondam-
ment de Beethoven, qui n'a rien à voir avec
Smetana, si ce n'est que le maître tchèque fut
atteint de surdité comme le maître de Bonn ;
et ces considérations, inspirées d'un amateu-
risme dont peuvent s'accommoder la critique
musicale à la Revue des Deux Mondes et la
causerie dans les salons de Paris, ont paru
bien minces au public musical du Cercle artis-
tique.
Cette conférence de carême a été suivie d'une
exécution très inégale du quatuor A US meinem
Leben. Il n'avait été ni suffisamment étudié, ni
suffisamment pénétré dans son essence par les
exécutants, MM. Colyns, Fiévez, Enderlô et
Jacobs.
On n'en a pas moins deviné qu'il y avait
dans cette œuvre de belles pages, d'une inspi-
ration poétique véritable et de sonorité capti-
vante. Le Cercle artistique voudra certainement
nous faire entendre, un jour, cette œuvre exé-
cutée par le « quatuor de Prague » qui est en
train de prendre une place tout à fait hors de
pair, en Autriche et en Allemagne. M. K.
L'audition de musique ancienne donnée par
l'Octuor vocal, mardi dernier, a été fort intéres-
sante et elle a obtenu un joli succès. Si l'Octuor
n'a pas atteint encore à la perfection de l'A Capella
Koor d'Amsterdam, il est en bonne voie, et sous la
direction de son nouveau chef, M. Léon Soubre,
il ne tardera pas à acquérir l'homogénéité et le
fondu qui sont si nécessaires dans toute musique
d'ensemble. Le programme de cette intéressante
soirée réunissait un choix intelligent d'ceuvres
curieuses, d'origine et de caractère variés; la
mieux venue, la plus captivante, était un Chnste
deisoii de Benevoli (xvn= siècle), d'inspiration se-
reine. Dans les chansons flamandes, harmonisées
par M. Florent Van Duyse, on a goûté le charme
gracieux du Chani de mai, et l'allure désolée, la
ligne mélancolique de Crudh Islande; grand succès
aussi pour le joli caquetage de la Chansoii napoli-
taine, la tendresse pénétrante d'une chanson d'amour
de Maiiduit (1557-1627, transcription de M. Béon)
et le babil animé de la Chanson du Gril, de Ron-
sard, inise en musique par N. de la Grotte (xvi^)
et harmonisée par M. Soubre.
Avec ces chants anciens ont alterné des pièces
de musique instrumentale pour clavecin (M. Gus-
tave Kefer) et Viole d'amour(M. Agniez), M. Kefer
a joué notamment, sur un clavecin de la maison
Erard, le concerto exiré mineur de Bach. M. Agniez
des fragments des sonates de Locatelli et Corelli.
Malheureusement, le programme était trop chargé.
Il faut de la mesure en tout, — particulièrement
en matière de musique ancienne.
Le conseil communal vient par décision en co-
mité secret, de renouveler pour trois ans la con-
cession du théâtre de la Monnaie à MM. Stoumon
et Calabresi.
Cette décision 'a fait la plus pénible impression
dans les cercles artistiques de la capitale.
Les conférences de M. Léopold Wallner, dans
les salons de M'''^ Desmedt, sur la Uttérature du-
piano, reprendront le 12 décembre.
CORRESPOND A NCES
ANVERS. — Pleine réussite pour la pre-
mière séance de musique de chambre,
organisée par la Kwartet-Kapel dans la petite salle
de l'Harrhonie.Non seulement cette jeune associa-
tion s'est attiré bien des sympathies, mais encore
la présence au piano de M. Max Pauer offrait
un attrait sérieux. L'excellent artiste, si fêté en
Allemagne, s'est immédiatement imposé à nous
comme une nature d'éhte, M. Pauer se joue des
difficultés; et, pourtant, loin de nous éblouir
962
Li: GUIDE MUSICAL
par sa merveilleuse technique, il nous transmet
d'une façon pénétrante les intentions du compo-
siteur. En un mot, on oublie l'exécutant en écou-
tant l'œuvre, ce qui est le but vers lequel doit
aspirer tout véritable artiste. Sachons gré à
M. Pauer de nous avoir fait connaître la suite de
Edm. Schutt, une œuvre de valeur dont les diffé-
rentes parties ont leur cachet particulier, bien
distinct. M. Pauer a été bien secondé par M. Edm.
Dé Herdt dans l'interprétation de cette œuvre
originale. Dans l'exécution des soli, andante de
Beethoven et étude Us Vagties de Moskovi^ski,
M. Pauer s'est révélé virtuose de tout premier
ordre. Aussi le public a-t il salué l'artiste par des
applaudissements prolongés. Le joli quatuor de
Rheinberger terminait cette belle séance. L'exé-
cution en a été irréprochable.
M. Jos.Marïen annonce pour lundi, 3 décembre,
sa deuxième séance demusique de chambre avec le
concours de Ml'" Levering et de M. Eibenschûtz,
qui, ainsi que M. Pauer, est professeur au Con-
servatoire de Cologne.
M, Gustave Walther, un jeune violoniste qui
se distingua aux derniers concours du Conserva-
toire royal de Bruxelles, vient de donner une
soirée musicale à l'Harmonie. La Chaconnede Bach
et la Tarentelle deWieniawski ont été fort bien ren-
dues par le jeune artiste, qui paraît exception-
lement bien doué. Nous regrettons de ne pouvoir
en dire autant de son partenaire, M"' J. Van Dael.
L'inexpérience de cette jeune pianiste s'est fait
jour d'une façon flagrante et il est à regretter que
les morceaux d'ensemble tels que la sonate en fa
de Beethoven, pour ne pas parler de l'accompa-
gnement de la Tavenielle de Wieniawski, aient eu
à en souffrir.
Au Théâtre lyrique flamand on répète active-
ment Fidelio. En attendant cette intéressante
première, Bergliot de Grieg et les opéras le Czar
et le Charpentier et Une Nuit à Grenade obtiennent
encore un joli succès.
On annonce pour le g décembre un nouveau
concert spirituel au temple évangélique allemand,
avec le concours de M"" Soetens-Flament, M. J.
Callaerts, organiste, et M. J. Seghers, violon-
celliste. A. W.
P.-S. — Jeudi, au Grand Théâtre, reprise du
Prophète, avec M"« Julia Decré dans le rôle de
Fidès. M""" Decré a obtenu un éclatant succès.
G AND. — Par une audition de la section
chorale, le Cercle artistique et littéraire a
repris, lundi dernier, la série de ses concerts
d'hiver. Au programme, Grieg, Max Bruch et sur-
tout Gluck et Schumann, chœur et air à''Alceste, frag-
ments de le Paradis et la Péri, soli par M™" Soetens-
Flament et M. Demest. L'interprétation fut plus
que satisfaisante de ces pages si éminemment
caractéristiques, l'une montrant le Gluck savant
peintre de l'âme humaine, l'autre révélant le par-
fait lyrique Schumann, celui des musiciens con-
temporains dont la mélodie rappelle le plus celle
de 'Wagner, — Berlioz faisant songer aux opuleiv-
dcs polyphoniques du maître de Bayreuth. Ajoutez
â cela le superbe contralto de M^e Soetens-Fla-
ment et l'irréprochable diction de M. Demest. Un
mot de reproche pourtant à ce dernier, qui a
trouvé bon de dire deux romances assez vulgaires,
ces morceaux de salon, parfaitement convenables
â bercer la digestion de tels Prud'hommes.
Quelques éloges aussi aux anonymes solistes de la
section chorale. En somme, une vraie soirée artis-
tique, dont l'honneur revient surtout à M. Neve-
jans, directeur, et à M"' Dutry-Bruneel,la dévouée
présidente de la section.
Au Grand-Théâtre, les heureux débuts de M™=
Olivier, une apparition de M"" Bouland, l'excel-
lente chanteuse d'opérettes, artiste aimée du public
gantois, et la reprise de Samson et Dalila. L'œuvre
de l'habile maître français semble avoir quelque
difficulté â conquérir les suffrages des habitués de
notre théâtre. Lesdits habitués ont tort. Peut-être
le motif de leur indifférence est-il celui-ci ; le bel
opéra de M. Saint-Saëns ne leur ayant été joué
que deux ou trois fois, et n'ayant pas encore été res-
sassé, ces Messieurs sont déconcertés. Ils ne peuvent
aller au théâtre pour juger seulement si tel ténor
ou telle contralto lance telle note, chante tel
air de la même façon que tels artistes autrefois
fêtés. Est-ce là, me dira-t-on, tout ce qui pousse
les Gantois au théâtre? La plupart au moins, j'en
ai peur. Pour la grande majorité, mettons, si l'on
préfère, pour le grrrand ptcUic, une œuvre est d'au-
tant plus belle et plus goûtée qu'elle dérange
moins les habitudes... O progrès de l'esthétique!
Je rends justice au directeur M. Martini, qui sait
varier ses spectacles, et faire travailler les fort
bons artistes composant sa troupe. Il vient de
donner Samson et Dalila et déjà Lohengrin est à
l'étude. Au Grand Théâtre de Gand, Wagner n'est
pas encore tout à fait oublié! L. D. B.
GENÈVE. — La première séance d'inaugu-
ration de la nouvelle salle de concert 'Vic-
toria Hall, due à la munificence de sir Daniel
Barton, consul d'Angleterre, a eu lieu, avec le
plus vif éclat, le mercredi 28 novembre. Dans
cette séance, a été exécutée, pourla première fois,
sous la direction du compositeur, une Symphonie
pour orgue et orchestre de M. Ch -M. Widor.
Quelques lignes sur cette symphonie permettront
au lecteur de s'en rendre com})te.
Dès le début, introduction en mi mineur, se pré-
sente un large thème imposé par les cors, puis
repris, fortissitno, après quelques modulations, par
les cuivres. Un allegro nerveux et agité (6/8) sur-
vient brusquement dont le deu.xième thème est
exposé par l'orgue seul, choral pianissimo (3/4).
L'andante en rc bémol se lie à l'allégro par un
court prélude d'orgue. Puis, le quatuor, à l'unis-
son, reprend le choral de l'allégro, qui est savam-
ment développé. Le scherzo en mi mineur à 6/8,
LE GUIDE MUSICAL
963
très mouvementé, dérive du premier thème orches-
tral de l'allégro, à l'exceptionde l'épisode original
de la partie médiane, qui tient lieu de trio. Un
crescendo chromatique lie le scherzo au finale (8/4),
qui débute par le choral de l'orgue, exposé dans
l'allégro, répondant aux thèmes de l'introduction.
Sauf un nouveau thème rythmique qui servira de
contresujet dans l'ensemble final, tout ce dernier
morceau est construit sur les thèmes déjà enten-
dus. Puis, comme conclusion, après quelques me-
sures à 2/4, une préparation, et, enfin, l'explosion
en mi majeur : le choral de l'orgue est repris par
tous les cuivres à l'unisson ; le quatuor est aux
prises avec le thème rythmique du finale en con-
tresujet, l'orgue seul, dans toute sa puissance,
soutenant le choc de l'orchestre, remplissant l'har-
monie, ses pédales se mêlant aux grandes basses
de l'orchestre dans un continiio non interrompu
jusqu'au point d'orgue final.
Les habitants de Genève, qui s'étaient présen-
tés en foule au Victoria Hall, ont fait un accueil
des plus chaleureux à l'œuvre de M Ch. Widor.
L'orchestre a été au-dessus de tout éloge.
^^
IILLE. — Grand-Théatre — Après Samson
J et Dalila, Phryné ! Après le drame lyrique aux
grandes lignes sévères, le pimpant opéra-comique,
— j'allais dire l'opérette ! Le contraste ne laisse
pas d'être piquant entre ces deux ouvrages, d'un
caractère si différent, du même compositeur.
Le mot d'opérette est peut-être irrévérencieux,
appliqué à une oeuvre de M. Camille Saint-Saëns;
mais s'il vient naturellement au bout de la plume,
c'est qu'on est tout d"abord un peu désorienté par
les apparentes allures d'opéra-bouffe qui singula-
risent certaines parties de cette curieuse partition
Heureusement, on est bien vite reconquis par la
maîtrise avec laquelle elle est écrite, et on ne
tarde pas à reconnaître que si l'auteur n'a voulu
que s'amuser en poussant une pointe fantaisiste
dans l'antiquité grecque, il n'a pu s'empêcher d'y
rester le merveilleux harmoniste et le musicien
érudit que nous connaissons.
En réalité, Phryné est bien un opéra-comique,
avec airs, duos, couplets, chœurs, finales etc
C'est frais et surtout spirituel, plutôt que vraiment
gai. C'est une œuvre conçue dans le style des
opéras comiques du siècle dernier, mais écrite avec
tous les raffinements de l'orchestration moderne,
et, qui malgré les allures volotairement rétrogrades,
n'en est pas moins singulièrement avancée du côté
de la comédie lyrique, tant par l'art avec lequel
les scènes sont fibres que par la consistance du
fond symphonique sur lequel évoluent les person-
nages
Faut-il voir dans celte partitionuette, que l'on
sent t lès voulue, malgré son apjiarente simi)licilc, la
manifestation d'un art nouveau, ou bien, tout bon
nement, le délassement d'un maître qui, sous une
forme originale, a voulu nous faire admirer, une
fois de plus, l'incomparable souplesse de son beau
talent? Je n'en sais rien; mais ce que je sais, c'est
que PlD'yné est une œuvre très originale, fort cu-
rieuse à examiner de près, d'une extrême élégance,
d'une délicatesse de touche infiniment précieuse et
rare et d'autant plus intéressante qu'elle a pour
auteur le plus savant des musiciens français, le
puissant et sévère compositeur de Samson et Dalila,
du Déluge et de l'admirable symphonie en ut mineur.
L'interprétation a été, en général, assez terne.
Faute de répétitions suf&santes, les artistes
n'étaient pas complètement en possession de leurs
rôles.
Quant à la mise en scène, elle est quelconque
et sans aucun caractère artistique.
Ou annonce comme prochaine, la première
représentation de V Attaque du Moulin. E. M.
LONDRES. — M. Gabriel Fauré vient de
passer quelques jours ici et d'y être l'objet,
lui et ses œuvres, du plus sympathique et du plus
chaleureux acctieil II a fait entendre notamment,
dans l'atelier de M. Pargent, le célèbre peintre,
plusieurs de ses compositions de musique de
chambre et un lieder qui ont vivement impres-
sionné le public hautement seleci qui assistait à
cette réunion intime. M. Gabriel Fauré s'est fait
entendre aussi dans un concert au Saint-James
Hall, avec le violoniste Johannes Woliï, quia joué
sa sonate en la, qu'Ysaye nous avait déjà révélée,
il y a deux ou trois ans, dans un des Popular con-
certs. Son quatuor en 2it mineur (exécutants :
Joh. "Wolff, von "Wœfelgem, L. Sternet l'auteur) a
obtenu un succès du meilleur aloi, surtout parmi
les musiciens, qui y ont reconnu une composition
de belle facture et de noble inspiration. M"'= Jeanne
Remacle, enfin, a fait applaudir plusieurs morceaux
du maître français, r'.otamment sa Lydia, qui a plu
énormément. Au même concert, Francis Thomè a
fait entendre différentes pièces instrumentales et
vocales de sa composition . On a particulièrement
eoùté les Perles d'or et la Fiancée du Timballier.
^ ES.
"X TICE. Pendant que le Casino inaugure ses
__[^ représentations d'opéra comique avec Ma-
non, et que la Jetée-Promenade, avec M. Thaon
pour chef d'orchestre, se dispose à remonter cette
année ses concerts classiques de l'an passé, le
Grand-Théâtre de Nice a rouvert ses portes jeudi
dernier, 22 novembre, avec Lohengrin. Le choix
était heureux, puisqu'il a permis de distinguer,
dès le premier soir, les parties fortes et faibles de
la troupe recrutée par le nouveau directeur,
M. Olive Lafon, qui nous vient d'Anvers. La par-
tie forte, ce sont les chanteurs : depuis deux ans,
on n'était plus habitué à entendre à Nice un en-
semble d'artistes tels que M. Bucognani, remar-
quable dans le rôle principal, M"' Borg (Eisa),
MM. Labis (Frédéric) et Cobalet (le roi); la partie
faible, c'est l'orchestre, mou, hésitant, assez mal
recruté et dirigé sans énergie. La faiblesse en
964
LE GVIDE MUSICAL
était plus sensible encore pour qui avait assisté
le même jour au premier concert classique de
Monte-Carlo, dirigé par M. Léon Jehin. Sous un
Ici chef, l'orchestre du Casinoaretrouvéla vigueur
et le souci des nuances qu'il avait tant soit peu
perdus dans les concerts de l'an dernier, et l'exé-
cution de la symphonie en ut mineur (n" 8) de
Beethoven, de l'ouverture du Carnaval romain, du
Phacfon, de l'ouverture de Tannhœuser a satisfait les
plus difficiles; le violoniste Casanego lui-même,
d'ordinaire froid dans son jeu, a su joindre, sous
une telle impulsion, à sa virtuosité incontestable
un sentiment plus pénétrant dans l'exécution du
concerto en sol mineur de Bruch.
En somme, des deux côtés, à Monte Carlo
comme à Nice, premier et réel succès, qui sera
suivi de bien d'autres; les amateurs de bonne mu-
sique l'espèrent du moins. L. Alekan.
•^■^^^^
PRAGUE. — Antoine Dvorak a refondu son
DimUri. opéra en quatre actes. Cet ouvrage
était déjà terminé en i883, mais le maître tchèque
le remania presque aussitôt, sans pourtant que
cette revision l'etit satisfait. Il vient de le rema-
nier pour la troisième fois. De cette dernière ver-
sion, il ressort que le compositeur a changé
d'avis sur la forme de l'opéra. Son premier ou-
vrage dramatique était l'opéra Wanda. Lorsqu'il
l'écrivit, Dvorak plaidait encore la cause de Ri-
chard Wagner. C'est pourquoi il donnait à son
opéra la forme de Lohengrin. Depuis, il tourna le
dos au réformateur allemand, persuadé que la
musique nationale tchèque ne pourrait s'adapter
aux nouvelles formes sans perdre tout son carac-
tère. Zdenko Fibich est le seul wagnérien parmi
les compositeurs tchèques, et ses ouvrages ont
fait un plus grand effet que ceux de Dvorak, parce
qu'ils, ont à leur actif la vérité de l'expression
musicale. La déclamation naturelle est, depuis
Richard Wagner, une des conditions essentielles
de l'opéra. Pour ne pas s'y être conformé, M. Dvo-
rak n'a guère réussi jusqu'ici dans le genre drama-
tique. Il a quelque similitude, à ce point de vue,
avec Antoine Rubinstein, dont les opéras souffrent
presque du même défaut. Dans la dernière version
de DimUri, l'auteur revient à son premier point de
vue sans avoir pu écarter toutes les défaillances
de sa seconde manière; mais, du moins, voit-on
qu'il a trouvé son chemin de Damas et qu'il revient
au système wagnérien.
Dimiiri vient d'être donné au Théâtre national
de Prague, et l'œuvre, cette fois, a réussi. Elle a
été, du reste, montée avec beaucoup de soin et
exécutée avec un ensemble excellent par les ar-
tistes de la troupe. Citons MM. Florjansky (Dimi-
iri), Hynek (Basmanow), Victorin (Schujskey),
Kliment (Jow) et M'"»' Vykoukal (Marfa), Vesely
(Xénia) et Matura (Harina). L'orchestre, sous la
direction de M. Anger, s'est acquitté de sa tâche
avec la plus grande précision.
Au Théâtre allemand, nous avons entendu un
Requiem, oeuvre de M. E.-N. de Reznicek. Ce
compositeur a déjà écrit quatre opéras, qui ont
été donnés tous les quatre à Prague, la Piicelle
d'Orléans, Satanella, Emerich FortunatelDonna Diana.
La nouvelle composition, qui a été terminée en
deux mois, témoigne que l'artiste a beaucoup de
talent, son Dies ira en particulier. On trouve ici
toutes les couleurs qui peuvent peindre la terreur
et le désespoir du Jugement dernier. I^e Eex tre-
mendœ majestatis est aussi un morceau de vigueur et
de profonde beauté. Dans la première partie, Re-
quiem œiernam, jusqu'au Confittatis, domine un sen-
timent très sombre, qui, dans la seconde partie,
s'éclaire peu à peu. L'instrumentation est digne
d'attention. C'est, à tous égards, une œuvre mar-
quante. Victor Joss.
VIENNE. — M. Joseph Weiss, de Saint-
Pétersbourg, a donné dernièrement une soi-
rée consacrée tout entière à Brahms. Ce pianiste
a un culte tout particulier pour la musique de
Brahms, qu'il interprète, du reste, fort bien. Mal-
heureusement, et si nous exceptons la gigantesque
variation sur les thèmes de Paganini et de Haen-
del, une soirée entière consacrée aux sonates,
intermezzi et valses de Brahms ne laisse pas de
provoquer la fatigue chez l'auditeur. La sonate en
fa mineur est la plus célèbre des trois; elle n'offre
que le premier allegro de très nouveau. L'adagio
rappelle mainte page de Beethoven, le thème du
scherzo est la reproduction fidèle de celui du finale
du trio en ut mineur de Mendelssohn (pris lui-
même dans la sonate en ré mineur de Beethoven).
Les intermezzi op. 117 sont bien, surtout le pre-
mier en mi bémol et le dernier en ut mineur. A
remarquer chez Brahms cette façon de former
une mélodie : prendre un membre de phrase, en-
suite le répéter en changeant certain intervalle en
un autre plus grand, par exemple dans les thèmes
de cet intermezzo en ut mineur, du finale de la
sonate en^a pour violoncelle, de l'allégretto de la
troisième symphonie, de l'adagio du quintette en
sol, etc. (César Franck en offre aussi des exemples,
l'allegrettode la symphonie). Les intermezzi op. 119
sont moins heureux; les valses op. Sg sonnent très
bien; elles sont inspirées de valses de Schubert.
Enregistrons, pour finir, le grand succès remporté
par M. Weiss, qui est un pianiste très remar-
quable.
A propos de Brahms, nous aurons prochaine-
ment l'occasion d'entendre de nouvelles sonates
pour piano et clarinette. Le maître tiendra lui-
même le piano ; il aura comme partenaire M. Milhl-
feld, le célèbre clarinettiste de Meiningen.
Cette semaine, foule de récitals : de D'Andrade,
le chanteur portugais, de Rossi, des quatuors
Rosé et tchèque, de Vladimir de Pachmann, de
Rummel, etc., etc. Prochainement, celui de d'Al-
bert, qui vient d'achever un nouvel opéra, Ghis-
monda. C'est le théâtre de Dresde qui en donnera
la première représentation. E. B.
LE GUIDE MUSICAL
NO U VEJLLES DIVERSES
— Les funérailles d'Antoine Rubinstein ont
été célébrées jeudi, à Saint-Pétersbourg, aux
frais de l'Etat. La mort du grand artiste a pro-
voqué, comme celle de Tschaïkowsky, un véri-
table deuil national. Les théâtres de musique
ont fermé, les concerts ont été suspendus. Dans
toutes les classes de la société, des témoi-
gnages touchants de regrets se sont manifestés.
Aussi la cérémonie des funérailles a-t-elle été
très imposante. Au service funèbre en la cathé-
drale de la Trinité, on remarquait, outre les
représentants du Conservatoire et de la société
musicale russe, des députations du théâtre
impérial et de la Société philharmonique de
Moscou et les délégués de quatre-vingt-douze
associations musicales.
Aux premiers rangs étaient ; la grande-du-
chesse Alexandra-Josephow^na, la duchesse
Vera de Wurtemberg, les ducs de Mecklem-
bourg-Strelitz, un grand nombre de dignitaires
de la Cour et .de hauts fonctionnaires, etles
représentants municipaux de Saint-Pétersbourg
et Moscou. L'Empereur et l'Impératrice ont
envoyé des couronnes.
Les chœurs se composaient de deux cents
voix.
Une foule immense se trouvait massée sur la
place de l'Eglise, dans les rues adjacentes,
notamment sur la perspective Newsky, pour
voir le passage du cortège.
Quatre chars immenses portant les cou-
ronnes innombrables suivaient le corbillard,
devant lequel marchaient les élèves du Conser-
vatoire, le clergé et les personnes qui portaient
les insignes honorifiques du défunt.
Le cortège s'est arrêté devant le Conserva-
toire, fondé par Rubinstein, et devant l'église
de Saint-Vladimir, où des prières ont été dites.
Les restes mortels de Rubinstein ont été
inhumés au couvent de St-Alexandre Newsky.
— Samedi dernier a eu lieu à l'Opéra de Vienne,
la première représentation de Cornélius Sclmt, opéra
en trois actes du compositeur austro italien
Antoine Smareglia.
Cornélius Sclmt avait déjà été joué à Dresde et à
Prague, sans grand succès. A l'Opéra de Vienne,
le succès a été plus franc, grâce à l'interprétation
sans doute. Les deux rôles principaux étaient
joués par M"" Lola Beeth et le ténor Van Dyck
Ils ont été rappelés une vingtaine de fois dans le
cours de la soirée.
BIBLIOGRAPHIE
Verdi et son œuvre par le prince de Valori (librai-
rie Calmann-Lévy). — C'est un livre de combat.
L'auteur exaile Verdi pour dénigrer Richard
Wagner : il nous semble que l'occasion était mal
choisie, puisque le maitre italien a su prouver
maintes fois qu'il était loin de repousser le sys-
tème wagnérier. Depuis Don Carlos jusqu'à Fal-
staff, il a donné des gages à l'école nouvelle en
écrivant des oeuvres se rapprochant de plus en
plus du drame lyrique et s'éloignant très sensible-
ment des compositions scéniques de la première
période de sa vie artistique. Aussi M. le prince de
Valori est-il embarrassé pour dire ce qu'il pense
d'Othello et de Falstaff surtout. De cette dernière
création il ne dit qu'un mot; « car il se déclare in-
compétent «.C'est qu'à l'exemple de Stendhal qui,
dans l'œuvre de Rossini, mettait les premiers
opéras bien au-dessus des derniers, le prince de
Valori déclare qu'après Tair du Ballo in maschera
cri tu cite, Verdi aurait dû écrire au bas de la par-
tition : Finis imperii Veydiani! II fait cependant
une exceptiou pour le duo final à'' Aida.
Les sujets sont très variés dans ce livre écrit
admajorem Verdi gloriam : le lecteur y trouvera une
critique du poème des trois Othello : celui de Sha-
kespeare, puis ceux du marquis de Berio et d'Ar-
rigo Boïto,une revue de certaines partitions orien-
tales à propos A''Aïda, notamment de Samson et
Dalila, qui n'a pas le don de plaire à l'auteur, et de
Salammbô, qui lui sourit, etc.. On découvre aussi
que la Passion de Bach n'atteint pas dans sa subli-
mité l'élégie des Ténèbres de la Messe de Requiem de
Verdi...
Dans ce livre écrit facilement par un amateur
passionné pour la musique italienne, il n'existe
aucune analyse sérieuse des œuvres du maître,
ni même la biographie détaillée. C'est plutôt mie
série d'anecdotes ou d'impressions suggérées au
littérateur par ses tendances ou celles de sou
entourage et également par le rapprochement qu'il
fait des œuvres de Verdi avec celles de ses com-
temporains.
L'opinion du prince de Valori se résume' dans
les lignes qui terminent le préambule de son
livre :
« Depuis la mort de Rossini, Joseph Verdi est
le plus grand musicien comtemporain : j'essaye le
portrait de son génie. » H I.
On annonce la prochaine publication d'une traduction
française des Quinze lettres de Wagner, adressées, de 1S64
à 1870, à M""= Eliza Wille, femti e de l'un des promo-
teurs de la Révolution de 1848, que la chute du libéra-
lisme avait chassé comme Wagner sur la terre hospita-
lière de la Suisse.
Ces lettres, qui n'avaient été jusqu'ici traduites qu'eu
partie, ont été tiaduites par M"e Augusta Staps.
L'ouvrage formera un volume in-8" sur papier de
Hollande. Prix ; 3 francs. S.adresser, pour les souscrip-
tions, à M"" Augusta Staps, 43, rue Saint-Bernard, à
Bruxelles.
IPPOLITO RAGGHIANTI
Ce nom, qui, pour la plupart, n'expliquera rien
et que la gloire n'aura pas proclamé encore, est
pourtant celui d'un très noble musicien qui meurt
en pleine jeunesse, après une vie tout entière
consacrée aux idées les plus purement artistes,
celui d'un compositeur et violoniste d'une matu-
rité précoce, comme s'il eût pressenti les 'délais
écourtés que lui laisserait le sort.
966
LE GUIDE MUSICAL
Notre ami et collaborateur Ippolito Ragghianti
est mort la semaine dernière clans sa ville natale,
Viareggio, près de Pise, après une très longue et
pénible maladie, que de douloureuses opérations
n'ont pu enrayer.
Les lecteurs du Guide ont vu, en ces colonnes,
les notes intéressantes prises au cours de ses
voyages ; mais le tempérament de Ragghianti le
portait, plutôt qu'à la critique, vers la musique
active.
Il avait fait des études complètes de violon et
de composition au Conservatoire de Florence,
puis était allé à Liège s'initier à l'art magistral de
Thomson. En 1888, il obtenait la médaille supé-
rieure de violon en présentant 'au concours un
Concerto de sa composition. Et je me souviens qu'à
l'issue de cette séance inoubliable, où il avait été
ovationné comme un maître futur de l'archet, il
me dit en se scrutant .■ « Non, je ne veux pas
être virtuose, mais musicien », parole qui, dans
une circonstance pareille, accusait l'ambition pure
et haute d'une àme vraiment artistique.
Dès lors, il se mit au travail autant que le per-
mirent les nécessités de l'existence au jour le
jour. Déjà sa santé, dès longtemps médiocre, exi-
geait des ménagements qu'il dédaigna. L'été à
Londres, l'hiver à Nice, il employa ses rares loi-
sirs à la composition et produisit, outre une Sym-
phonie thématique et son Concerto de violon, plusieurs
pièces d'orchestre, de piano et de violon, dans
lesquelles s'affirme une personnalité inquiète et
chercheuse Ces derniers temps, il avait terminé
la partition d'un court opéra, qui fut reçu au
théâtre de Nice, mais dont l'orchestration n'a pu
être achevée; ce fut la préoccupation constante
de ses dernières heures, si tourmentées^ par la
maladie.
La mort de Ragghianti est une perte pour l'art
jeune et sincère ; les plus beaux dons lui étaient
dévolus, et l'avenir l'assurait d'une gloire indé-
niable.
Et ce qui ne se peut dépeindre ici, ce sont les
qualités intimes de cordialité, de finesse, de
charme communicatif qui lui avaient concilié
toutes les sympathies, acquis de précieuses ami-
tiés et en faisaient pour nous un frère d'élection.
Avec ce dernier adieu — auquel s'associeront
tous les collaborateurs du Guide — à un bel artiste
fauché au début de sa vie consciente, à vingt-sept
ans, nous envoyons aux vieux parents désolés
l'expression de notre solidarité dans leur douleur.
M. R.
PIANOS ET HARPES
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BRUXELLES : 4, rue Latérale
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No 10. Spinnlied
No I. Intrada
No 4. Gavotte
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BUNTE REIHE (six petits morceaux)
No 2. Menuetto No 3. A la Polka
No S. A la Valse No g. Lœndler ..... à
MINIATURES (six mélodies)
No 2 Kleine Romanze No 3. Sérénade
No 5. Mazurka N» 6. Tyrolienne .... à
SIX MORCEAUX DE SALON
No 2. Cazonetta No 3. Italienische Romanze
No 5. Intermezzo No 6. Léendler à
BAGATELLES (douze petits morceaux)
No 2. Scherzoso No 3. Intermezzo
No 5. Zigeuner Weise No 6. Polonaise
No 8. Siciliano No g Berceuse
No II. Menuet No 12. Walzer à
FEUILLES D'ALBUM
No 2. Canzone No 3, Sarabande
No 5. Courante No 6. Mazurka
No 8. Lœndler No g. Boléro
No II. Adagietto No 12. Spanisches Stœndchen à
PETITE SUITE
No 2 Loure No 3. Aria
No 5. Intermezzo No 6. Perpetuo mobile ... à
ABENDLIED (Berceuse)
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Berlin
Opéra. — Du 25 novembre au 2 décembre : L'Afri-
caine. Hasnsel et Gretel. Les Saisons. Cavalleria rus-
ticana et la Croix d'Or. Hasnsel et Gretel Carnaval.
Oberon Hsensel et Gretel. Carnaval. Les Maîtres
Chanteurs de Nurenberg (centième représentation à
Berlin). Hasnsel et Gretel. Puppenfee.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 22 novembre
au 2 décembre : Samson et Dalila. Le Portrait de
Manon. La Navarraise. Le Portrait de Manon et Cop-
pelia (deuxième acte), Philémon et Baucis et le Por-
trait de Manon Faust La Navarraise. Le Portrait
de Manon. Coppelia. Samson et Dalila. Philémon et
Baucis. Coppelia.
Galeries. — La Fille de M"" Angot.
Alcazar royal. — Bruxelles sans gène.
Dresde
Opéra — Du 27 novembre au 2 décembre : Agliacci.
Cavalleria rusticana. Rienzi. Falstaff. Mignon. Fal-
staff.
Marseille
Association artistique de Marseille, sous la direction
de M. Jules Lecocq. — Programme du 2 décembre ;
I. Symphonie en B( mineur (no 5) (Beethoven); 2 Air
de l'oratorio, Tobie (Gounod), chanté par M. Warm-
brodt ; 3. Prélude de Gwendoline (Chabrier); 4 Ou-
verture de Sapho, première audition (Goldmark) ; 5. a)
Rêverie (Saint Saëns); bj Air des pécheurs de perles
(Bizet), Warrabrodt; 6. a) Largo (Ha^ndel), hautbois,
M. Jean; b) Danse des prêtresses de Dagon (Saint-
Saëns) ; 7. Air de l'enfance du Christ (Berlioz), M.
Warmbrodt; 8. Marche tzigane (Reyer)
Nancy
Concerts du Conservatoire — Le dimanche 2 décem-
bre, à 4 heures. Programme : i. Hermann et Doro-
thée (R. Schumann); 2. Symphonie en fa majeur
(R Boellmann); 3. Harold en Italie (H. Berlioz);
4. Sérénade (A. Glazounow); 5. Ouverture des Maî-
tres Chanteurs (R. Wagner) Le concert sera dirigé
par M. J. Guy Ropartz.
Paris
Opéra. — Du 25 novembre au le'' décembre ; Othello.
Thaïs Gwendoline. Lohengrin.
Opéra-Comique. — Du 25 novembre au 1"'' décembre :
Les Pécheurs de perles. Pré aux Clercs Phryné. Le
Domino noir. Le Chalet.
Concerts - Colonne — Dimanche 2 décembre, à
2 h. 1/4 très précises Dernière audition de Roméo et
Juliette, drame lyrique, d'après la tragédie de Sha-
kespeare, paroles d'Emile Deschamps, musique de
Hector Berlioz, soli chantés par M""' Auguez, de
Montalant, MM. Emile Engelet Fournets, de l'Opéra
Concerts-Lamoureux. — Dimanche 2 décembre, à
2 h. 1/2. Programme ; Ouverture du Carnaval Ro-
main (Berlioz); Esquisse sur les Steppes de l'Asie cen-
trale (Borodine); Concerto en ré majeur, pour violon,
exécuté par M. Hugo Heermann (J. Brahms); La
Fiancée du Timbalier, chantée par Mn>= Iléglon
(Saint-Saëns); Chasse et Orage, les Troyens (Berlioz) ;
Scènes de la Czarda, exécutées par M. Hugo Heer-
mann (J. Hubayj; Ouverture des Maîtres Chanteurs
(■Wagner).
Reims
Premier concert de la Société philharmonique (28 no-
vembre). — Programme ; i. Troisième symphonie en
mi bémol (Schumann); 2. Air d'Hérodiade(Massene;);
3. A) Pannychis, idylle antique. Mi'= Baldo, B) Féli-
cité vaine (J. Bordier); 4 Adieu suprême, poème
symphonique (J. Bordier,; 5. La Nativité (H. Alaré-
chalj; 6. A) Ch!>nt florentine d'Ascanio (Saint-Saëns),
B) Pastorale (Bizet), par M'"= Baldo; 7. Déidamie,
Entr'acte et ballet (H. Maréchalj. Sous la direction
de M. E. Lefèvre.
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
SCÈNE D'HORACE
IDE COK,3Srj£;iILiLE
(iV^ ACTE, SCÈNE v)
mue en musique par
C. SAINT-SAËNS
OP. lo
ÉDITION ORIGINALE ÉDITION TRANSPOSÉE
Soprano et Baryton Mezzo-Soprano et Baryton
PRIX NET : 3 Francs
Partition et|^ Parties d'orchestro en location
9Ô8
LE GUIDE MUSICAL
Opéra. — Du 23 novembre au 3 décembre: Cornélius
Schutt, Autour de Vienne, Carmen, Cornélius Schutt.
Otello, L'Armurier, Cornélius Schutt, Le Trouvère.
An der Wien . — Le pauvre Jonathan. Le Marchand
d'Oiseau. Czar et Charpentier.
r LÉOPOLD MURAILLE, éditeur a li£ge (Belgique)
net Ir. 3 —
3^
4 —
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RAWAY Erasme. Scènes Hindoues, poème symphonique en quatre parties
réduction à quatre mains .....
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— Berceuse Scandinave pour violon et piano
JLiivoi franco des culalugues
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journalierspour la voix, em-
ployés dans tous les Conser-
vatoires (20'' édition) . 20 »
Bussine, R. Professeur au
Conservatoire. Pages d'exer-
cice pour la voix (5° édi-
tion) 20 »
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la VOIX (2"= édition) . . . 10 »
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Cuelenaere, P. Méthode
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vrages fournis gratuitement
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par la Ville de Paris à ses
de solfège à changement de
écoles communales, 2= édi-
clés (ouvrage couronné par
tion . . . .
6 >>
l'Institut) ... . .
Cartonnage
« 3o
Maury- Renaud Profes-
Le même, sans accompa-
seur au Conservatoire, Le-
gnement, 5", édition. . .
2 n
çons de solfège à change-
ments de clés, composées
Cartonnage
» 25
— Questionnaire,, marchant
pour|les examens supérieurs
parallèlement avec le sol-
de chant de la Ville de
fège précédent ....
>i 5o
Paris
— Leçons de solfège, pour
les voix graves d'enfant, cor-
respondant aux exercices
— Solfège manuscrit à chan-
gements de clés ....
du même solfège . . . .
I »
Rougnon Paul, professeur
— Solfège à deux voix égales
au Conservatoire. Solfèges
(clé de sol), élémentaire et
manuscrits à changements
progressif, avec accompa-
de clefs (enseignement supé-
gnement de piano, inscrit
rieur)suivis dans les classes
sur la liste des ouvrages
du Conservatoire de Paris.
fournis gratuitement par la
iT volume, 40 leçons, moyen-
Ville de Paris à ses écoles
nes, difficiles et assez diffi-
communales, 2* édition.
6 »
ciles, dédiées à M. J. Mas-
Cartonnage
» 3o
senet.
— Le même, sans accompa-
2= volume, 27 leçons, dédiées
gnement, 3'^' édition. . .
2 5o
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Cartonnage ....
» 25
3" volume, 29 leçons, dédiées
— Solfège mélodique et pro-
à Théodore Dubois (diffi-
gressif, pour l'étude des
ciles).
trois clés d'ut usitées, avec
4» volume, 3o leçons, dédiées à
accompagnement de piano.
M. Ambroise Thomas (diffi-
faisant suite au solfège élé-
ciles et très difficiles).
mentaire, 2" édition. . .
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Chaque volume grand f*, net
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969
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dante Religioso . . . i 35
Le Pas, A. Aubade à la
fiancée i 35
IjUnssens,tM. Marche so-
lennelle (Fest-Marsch) . .3 —
Raif, O Op. 4 Suite des
Valses à 4 mains. . . . 3 —
Streabbog, L. Albums (à
4 mains) : Le Collier de
Perles La Corbeille de
Roses. Fleur de Mai. Les
Oiseaux de Paradis. Le
Petit Carnaval. Les Papil-
lons. Les Etoiles d'Or.
Chaque album, si.x danses
faciles 4 —
VIOLON ET PIANO
Accolay.J. B. Au bord du
ruisseau, idylle . . . . 2 5o
— La Taglioni, scène de ballet 2 —
— Ruines et Souvenirs, ballade 2 —
— Rêverie mélancolique . .2 —
— Légende écossaise . . . 2 —
— Polonaise 2 —
Gabriel-Marie. « Impies- |
siens. » 6 morceaux : 1
N" I. Simplicité. ... i 75
N" 2. Insouciance . . . 3 — j
N" 3 Quiétude . . . . i yS j
N°4. Souvenir . . . . i yS
N" 5. Mélancolie . . . i yS
N° 6. Allégresse. ... 2 —
Hermann, Rob. Petites
Variations pour rire, com
posées sur sept notes . . i go
Jebin-Prume. Romance . i y5
Thallon, R. Romance . i y5
Ventti, G. Trois morceaux ;
N" I. Chanson sans paroles i 35
N" 2. Chanson du soir . . i 35
N" 3. La Sérénata ... 2 —
— Deux Rhapsodies :
No I. Sur des motifs écossais i 90
No 2. Sur des motifs sué-
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de fauvette. . . i yS
2 Czihdha, A . . Gavotte
Stéphanie . . . 2 5o
3. n de la Princesse . i 75
No ^. Dupont, A., Chanson 2 00
No 5. Faucheux, Nocturne, i ^5
No 6. " Rêverie . I 75
No 7. FJon, P., Le Temps
des roses . . i 75
S.HoUman,J .Chanson
d'amour. . . . i 75
9. Ludovic, Marguerite i 75
» Rêve d'un
ange i 75
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de la grande opéra ... 3 — 5 Le petit employé .... 3 —
3. Valse des bonnets .... 3 — 5. L'Ouvreuse '. ' 5 —
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Dans quelques jours va paraître à Paris, la troi-
sième édition du beau livre de M. Ed. Schuré sur
le drame musical et l'œuvre de Richard Wagner (i).
L'auteur y a fait d'assez notables changements et
remaniements. Il veut bien nous com.muniquer et
nous autoriser à reproduire l'introduction et la
conclusion de son étude sur Parsifal :
luoiQUE les drames de Richard
Wagner s'expliquent suffisamment,
par eux-mêmes, nous compren-
drons mieux le sens et la portée de sa der-
nière œuvre en donnant un coup d'œil à sa
nature d'homme et à tout son développe-
ment.
R. Wagner impose à la psychologie un
des problèmes les plus curieux et les plus
difficiles par le grand contraste entre son
caractère et son génie, entre son tempéra-
ment d'homme et ses aspirations d'artiste.
Ce contraste est, à vrai dire, la clef de sa
nature et de son évolution. Mais il a donné
lieu à tous les faux jugements portés par
des amis et par des ennemis également
aveugles. — Au premier abord, on sentait
en lui comme un insaisissable mélange de
■ tous ses héros : la profondeur et la gran-
deur de Wotan ; la spontanéité ravissante
et l'égoïsme naïf d'un Siegfried, parfois la
bonhomie familière de Hans Sachs, un
humour étincelant, des tendresses d'enfant,
des élans de générosité, de silencieuses
(i). Richard Wagner, son œuvre et son idée. Un vol.
in-i6 chez Perrin, librairie acadétaique, à Paris. — 3"
édition, augmentée et remaniée.
Un mois après, en janvier, paraîtra V Histoire du Drame
musical, 3" édition, revue et corrigée. — Les deux vo-
lumes se vendent séparément.
mélancolies, suivies de violences superbes,
de fiertés tyranniques, pareilles aux éclairs
d'un Lucifer indompté.
Essayons maintenant de résumer les
deux traits essentiels de cette nature unique
en son genre. — D'une part, un fond iUimité
de désir, d'orgueil et de domination; de
l'autre, un vaste intellect, doué des plus
merveilleuses facultés esthétiques et d'un
idéalisme transcendant. — Entre ces deux
extrêmes se débattait, incertaine, la divine
Psyché, ce que nous appelons l'âme; et
avec elle cette aspiration de l'être spirituel
à la pureté, à la bonté, à la perfection, qui
seule peut ennoblir la nature inférieure, l'at-
tirer peu à peu vers les hauteurs de la spiri-
tualité et de l'intelligence divine.
L'homme avec ses passions déchaînées
et l'intellect avec ses pouvoirs supérieurs
furent donc en Wagner comme deux natures
diverses cherchant leur trait d'union. Ses
œuvres furent ainsi une série de tentatives
pour joindre et réconcilier ces deux élé-
ments contraires. Comme artiste, Wagner
ressemblait à un puissant magicien capa-
ble d'évoquer toutes les passions humaines
par les incantations de la musique et le res-
sort du drame. Comme penseur, il avait
quelque chose du démon qui cherche à
concevoir l'ange par la force de l'intellect,
et qui, malgré ses étonnantes facultés, souf-
fre sous le poids de sa nature et aspire à la
délivrance. Ce désir est le fil qui relie ses
œuvres.
Le premier type qu'il invente est celui du
Hollandais, du marin désespéré, maudit
par son orgueil et que sauve le dévouement
d'une femme. — Tannhaiiser aspire des
profondeurs de la sensualité à l'amour vrai,
et c'est encore l'amour et le sacrifice d'une
femme qui le sauve de la damnation du Ve-
misberg. — Dans Lo/;éH^rz«, inspiration mer-
veilleuse, le monde divin apparaît, l'ange
976
LE GUIDE MUSICAL
se révèle dans le hérOs. Mais il n'est pas
compris de celle-là même qui l'avait pres-
senti et appelé. L'ange se retire dans son
inaccessible solitude; Eisa, l'âme malheu-
reuse,expire ; et nous restons sous l'impres-
sion navrante que l'idéal n'est qu'un rêve.
■ — Après avoir achevé cette œuvre, Wag-
ner tomba sous l'influence de la philosophie
pessimiste de Schopenhauer, et cette in-
fluence se combine curieusement avec la
phase la plus païenne de sa vie et de sa
pensée. Malgré la splendeur des œuvres
que créa sa forte virilité, on trouve au
fond de ces tableaux débordants de vie et
ruisselants de lumière, les teintes crépuscu-
laires d'un pessimisme assombrissant. Tris-
tan et Isetilt est une peinture admirable de
l'amour-passion; mais c'est un amour qui
aspire à l'anéantissement plus qu'à la re-
naissance. — La tétralogie des Nibelungen
est un essai de cosmogonie; mais ce qu'il
y a de caractéristique, c'est que le dieu
Wotan, qui a conçu le monde, abdique de
guerre lasse et que le génie de l'Amour,
représenté par Brunnhilde, meurt trahi et
sans espoir.
Après avoir parcouru ainsi sa phase
païenne, Wagner, parvenu au seuil de la
vieillesse, changea une fois encore de
direction et résolut d'aborder face à lace le
problème du christianisme par la légende
du Saint-Graal. Ce n'est pas qu'il eût
changé le fond pessimiste assez noir de sa
philosophie. Mais en lui l'Inspiré, le génie
intuitif et créateur, qui est le moi occulte et
divin, surpassait de beaucoup le philosophe
spéculatif. Parvenu à la vieillesse, au seuil
solennel du mystérieux Au delà, il prêta
une oreille plus attentive à la Psyché pro-
fonde de son être. Son esprit se tourna de
plus en plus vers cette régénération spiri-
tuelle, tourment secret de sa vie, but
suprême de l'homme et de l'humanité. C'est
sous l'empire de cette pensée qu'il écrivit
le poème et la musique de Parsifal. Il
donna ses dernières forces à cette compo-
sition qui couronne noblement et magnifi-
quement son œuvre....
...Parsifal n'est pas seulement le plus
beau drame religieux des temps modernes.
Comme le dit à merveille M">« Emilie de
Morsier dans sa belle étude (i) : « C'est
une œuvre qui atteint jusqu'au fond de
l'âme et de l'esprit. » La Religion et l'Art
sont d'essence diverse. Dans une société
idéale, ils marcheraient d'accord, mais
jamais l'un ne pourra remplacer l'autre.
Car la vraie Religion est la mise en œuvre
du Divin au cœur des hommes comme
dans l'organisme social; l'Art véritable est
la réprésentation vivante de cette même
vérité divine par la splendeur du Beau. Le
Parsifal de Wagner réalise le rêve du Mys-
tère moderne. Il est \efiat lux de l'Art élevé
à la hauteur de la Religion universelle.
Essayons d'en résumer les caractères do-
minants.
Le drame de la rédemption se joue au-
tour de quatre personnages qui vont du
fond du mal au sommet du bien. Klingsor,
le luxurieux et l'ambitieux, a cru mériter
le Saint-Graal en se mutilant. Repoussé
par le Temple, il devient le mauvais magi-
cien, le type de la perversité intellectuelle,
qui cherche la jouissance dans la corrup-
tion des autres. C'est l'être humain, mutilé
non seulement au physique, mais encore
au moral de toute compréhension du bien
et voué par avance à l'infaillible destruc-
tion, parce qu'il ne sait que détruire les
autres. Kimdry représente la Femme en sa
double phase de Séductrice et de Repentie,
ardente et faible, passionnée et passive,
(i) Parsifal et l'idée de la Rédemption par Emilie de Mor-
sier (chez Fischbacher, iSgSi. — Je ne saurais trop re-
commander ce travail captivant à ceux qui veulent
pénétrer dans les arcanes les plus profonds de Parsifal.
Ce drame religieux y est étudié dans i. sa signification
ésotérique 'i et le Mystère chrétien y est mis en rapport
avec la philosophie hindoue. Les beautés spirituelles de 'c
l'œuvre sont pénétrées et mises en lumièredans ces pages
vibrantes d'émotion par une àme voyante, qui a tra-
versé elle même les vérités transcendantes, grâce à cette '
intuition de la sympathie qu'on ajustement nommée la
Religion de la souffrance. A peine est-il besoin de
rappeler ici le beau livre de M. Kufferath, où Parsifal est
étudié an triple point de vue légendaire, poétique et mu-
sical — M Alfred Ernst lui a aussi consacré un chapi-
tre remarquable dans son savant livre : Y Œuvre poétique de
Richard "Wagner. — Je citerai encore l'intéressante bro-
chure : Trois moments de la pensée de Richard Wagner;
l'Anneau du Nibelung, Tristan et Iseult, Parsifal, par tiîar-
cel Hébert. Cette étude contient quelques aperçus neufs
et d'une grande justesse sur le développement philoso-
phique du maître.
LE GUIDE MUSICAL
977
mais aspirant à l'Amour divin du fond de
ses amours décevants. ^7;z/or/fl5estrhomme
qui a compris le Divin et qui aspire à la
sainteté, mais qui demeure esclave de ses
passions. «Je souffre de mon désir, et dans
ma souffrance je désire toujours. » — Par-
.-sifal, le simple et le pur, raconte l'histoire
de l'Ame depuis l'ignorance jusqu'à la toute
science. Il illustre cette vérité que la sym-
pathie consciente et active conduit à l'in-
telligence des derniers mystères et à la
perfection. La mort du cygne lui a fait
comprendre la souffrance universelle et la
loi de solidarité qui unit tous les êtres. La
vue d'Amfortas lui a révélé la souffrance
humaine en ce qu'elle a de plus aigu, l'as-
piration impuissante à la délivrance. La
tentation de Kundry lui fait saisir la source
même de ce mal, en son propre cœur et en
celui des autres, dans le désir. L'ayant ter-
rassé par la grandeur de sa pitié, il recon-
quiert la lance, la volonté souveraine, et
revient en vainqueur à Montsalvat, pour
être couronné roi du Graal.
Voici, sur ce drame, la conclusion lumi-
neuse de M"e Emilie de Morsier : « Le
mystère du salut s'est accompli à un triple
point de vue. Parsifal a sauvé Amfortas
parce que, en prenant sur lui la douleur du
roi pécheur, il a conquis le pouvoir que
confère l'Amour parfait de guérir et de con-
soler. En cherchant à retrouver le Graal,
il ne poursuivait pas le rêve d'un bonheur
personnel, mais il répondait à l'appel de la
douleur humaine qui avait retenti jusqu'au
fond de son cœur. Il a sauvé Kundry par
le rayonnement de sa pureté, qui, rencon-
trant l'aspiration d'une âme égarée, l'en-
traîne dans la sphère de la vérité et du
grand Amour. Ainsi le pur et le simple se
sauve lui-même en devenant le sauveur des
autres. Par la sainte Pitié, il s'est élevé au
foyer de l'Amour divin, il s'est uni à la
source de toute vie, à l'Esprit pur et devenu
UN avec lui, il participe à sa force, à ses
vertus, à son pouvoir créateur. Tel le sens
profond des paroles ultimes : « Rédemption
au Rédempteur (i) / »
Un mot encore sur la musique de ce
(i) Parsifal et l'idée delà Rcdemptiou, par Emilie de Mor-
sier. IFischbacher, iSg3.)
drame merveilleux. Les harmonies de Par-
sifal ont une beauté d'outre-tombe, voilées
d'une lumière astrale, et en quelque sorte
surnaturelle. Le tissu harmonique y est
d'une transparence et d'une fluidité, le
coloris instrumental d'un fondu et d'une
morbidesse qui tiennent du rêve et de la
vision. « On ne sait avec quoi cela est fait,
me disait un jour un illustre compositeur
français ; c'est du Corrège orchestré. » En
effet, l'harmonisation et l'instrumentation
deviennent ici le dernier mot de l'alchimie
des timbres et des sons. Cette musique
nous fait vivre dans une région intermé-
diaire entre la terre et le ciel, où l'âme à
demi dégagée du corps est devenue moins
opaque et pour ainsi dire translucide. Les
passions infernales et les célestes ardeurs y
vibrent avec des nuances subtiles et une
intensité douloureuse. L'innocence naïve
du héros vierge, du chaste fou, sa sympa-
thie poignante pour tout ce qui souffre; la
rudesse grondeuse et loyale du vieux Gur-
nemanz ; les séductions, les rires démonia-
ques, les repentirs et les sanglots de la
pécheresse, les râles de son âme mourante
et de son désir submergeant ; les enchan-
tements diaboliques du mauvais magicien
qui ressemblent à des mouvements gira-
toires d'esprits élémentaires et de sala-
mandres en des flammes agiles ; les remords
lancinants d'Amfortas, dont tous les efforts
pour s'élever à la pui-eté spirituelle n'abou-
tissent qu'à le faire retomber sous le joug
du désir; la montée laborieuse vers Mont-
salvat à travers les entrailles du rocher, où
l'orchestre, en son rythm.e tragique de
marche funèbre, semble soulever comme
une montagne la douleur du monde entier ;
enfin les splendeurs de la foi, les cantiques
ravissants, les extases du temple, où le
sang vivant du Rédempteur reluit et ful-
gure sur les Initiés dans la coupe divine du
sacrifice et fait descendre par son immense
amour la Colombe du Saint-Esprit sur les
âmes adorantes et palpitantes; tous ces
sentiments sont figurés par des motifs aux
traits suaves et précis comme les peintures
mystiques de Memling. Ils traversent tout
le drame en des formes presque invaria-
bles, mais ils se colorent et s'embrasent
978
LE GUIDE MUSICAL
d'harmonies de plus en plus ardentes jus-
qu'à la transfiguration suprême. Et sur
l'ensemble plane, avec une mélancolie dou-
loureuse, une douceur attendrie, la Plainte
du Sauveur, qui se résout à la fin en un
hymne céleste.
Quand j'entendis pour la première fois
Parsifal, — c'était en i883, peu après la
mort du maître, — j'eus l'impression d'écou-
ter un Requiem que Wagner se chantait à
lui-même. Et, dans le chant du cygne de ce
génie prodigieux, il y avait une tristesse
infinie, mais aussi une délivrance, une paix
suprême. On y sentait comme l'ombre
envahissante du tombeau, mais traversée
par une grande lumière d'au delà, par une
blancheur sublime de résurrection.
Ed. Schuré.
MÉTRONOMIE EXPÉRIMENTALE
(Suite). — Voir les nos ^^^ ^5, ^5, 47, 48 et 49 •
(Reproduction interdite)
"^
Nous allons reproduire maintenant quelques-
unes des observations métronomiques faites par
MM. Alvin et Prieur en Allemagne et en France,
à l'appui des principes énoncés dans le précédent
chapitre de leur travail. Nous regrettons vivement
de ne pouvoir les donner toutes et de devoir nous
en tenir à celles qui nous paraissent les plus
frappantes au point de vue des conclusions géné-
rales qu'on en peut tirer. Ceux que les résultats
esthétiques et critiques de cette méthode si origi-
nale et si nouvelle intéressent plus particulière-
ment devront nécessairement recourir au travail
intégral de MM. Alvin et Prieur, qui paraîtra sous
peu et qui formera un volume de 3oo pages. Par
ce qui suit, nos lecteurs pourront juger de l'intérêt
et de la portée de ce travail. Nous choisissons
pour aujourd'hui, dans les notations de nos
auteurs, celles qui ont trait à quelques-uns des
^rohUmes métronomiques qui se posent dans les
œuvres de Wagner que MM. Alvin et Prieur
examinent toutes en détail. Nous nous bornerons
à quelques exemples tirés du Crépuscule des Dieux et
de Siegfried.
LE CREPUSCULE DES DIEUX
Parmi nos observations relatives au Cré-
puscule des Dieux, nous choisirons celles
qui se rattachent aux problèmes métroyio-
miques, fréquemment posés dans cette par-
tition.
Bien que le lecteur sache déjà ce que
nous entendons par problème métrono-
mique, il ne sera pas inutile de bien pré-
ciser l'objet du présent chapitre.
Wagner, nous l'avons dit, attachait une
extrême importance aux tnodifications suc-
cessives des mouvements, et, dans beau-
coup de cas, il a pris soin d'indiquer
expressément le rapport entre les allures
antécédente et suivante. Sans fixer, au
métronome, les valeurs absolues des vi-
tesses, il leur impose certaines relations
définies par des symboles, tels que :
^-^ J.-J. J. =«?, etc..
Il y a là autant de problèmes posés aux
exécutants, et ceux-ci doivent les résoudre
en pratique avec une suffisante exactitude,
sous peine de violer non seulement les
intentions, mais les prescriptions formelles
de l'auteur. Car il ne s'agit plus seulement
alors, comme dans un Rallentando un Acce-
lerando, etc., de réaliser une nuance mé-
tronomique dont le sens est seul donné
et dont la grandeur dépend un peu du sen-
timent et du goiit de chacun ; il faut, en
outre, être précis; une fois le premier:
mouvement choisi, le suivant doit êtrei
avec lui dans un rapport métronomique
déterminé.
Prenons un exemple. Voici une mesure à;
quatre temps dont l'allui'e au métronomeij
n'est pas indiquée ; elle est suivie d'une j
mesure à trois temps dont le mouvement
absolu n'est pas indiqué davantage. Mais
au changement de mesure, le compositeur
a formulé la prescription suivante : }=0',
c'est-à-dire, une mesure du 3/4 doit avoir la
même durée qu'une mesure du 4/4 précé-
dent ; ou encore : la noire du 3/4 et celle du
4/4 seront entre elles dans le rapport métro-
nomique de 3 à 4. Supposons que le chef
d'orchestre conduise le 4/4 à l'allure
LE GUIDE MUSICAL
979
J = 80; celle-ci sera bonne ou fautive,
là n'est pas la question pour le moment.
Mais ayant choisi J = 80 au 4/4, le chef
d'orchestre n'est plus libre du degré du 3/4
qui suit; car, pour se conformer à la pres-
cription de l'auteur, il doit battre le 3/4 à
J = 60. Si donc, nous constatons que ce
3/4 est conduit à J = 40, nous dirons qu'il
est trop lent; à J = 80, qu'il est trop vif;
dans l'un et l'autre cas, il y aura erreur
métronomique ; si, au contraire (le 4/4 ayant
toujours été pris à J "= 80), le 3/4 est pris à
J = 60, ou à un degré très voisin, nous
dirons que la prescription de l'auteur est
suivie, que le problème est bien résolu.
Il va sans dire que le problème métrono-
mique sera plus ou moins difficile, suivant
la relation plus complexe ou plus simple
entre les mouvements, suivant la nature
des mesures, binaires, ternaires, ou celle
de leurs unités constitutives, etc.
Il y a encore problème métronomique,
dans le sens où nous l'entendons ici,
lorsque le retour à un Tempo I" est formel-
lement indiqué. Il faut parfois se reporter
assez loin en arrière pour retrouver le
Tempo I" auquel on doit revenir, et la
reproduction exacte de ce mouvement,
après des alternatives de ralentissement et
d'accélération, ne paraît pas des plus
faciles.
Nous avons déjà vu certains exemples de
ces différents problèmes. Relevons mainte-
nant sur une exécution du Crépuscule des
Dieux, la façon bonne ou mauvaise dont
quelques-uns des problèmes ont été ré-
solus. L'exécution qui nous servira est
celle du 8 septembre 1893, au Théâtre
royal de Munich, sous la direction de
M. Hermann Levi.
!'■' Exemple. — Passage d'une mesure à 6J4 à une
mesure à 3J4 avec l'indication J = J — •
Cet exemple est tiré du prologue, scène
des Nomes [page 5 de la réduction alle-
mande, page 4 de la réduction française (,1)]:
J= J . .Mesure 64
Eln kiili-ncr Gott
Un Dieu vail - lant
Le mouvement local du 6/4 constaté une
dizaine de mesures avant l'arrivée du 3/4
(vers les paroles : Aeste IVald, frondaison
géante), est J = 74. Immédiatement avant
la soixante-quatrième mesure, citée ci-
dessus, il atteint J = 76. Puis, le 3/4 est
réglé sur ses six premières mesures à
J = 72. Théoriquement, nous devrions
avoir la valeur ancienne, 76, puisque
J = J . Mais on voit que la différence est
insaisissable à l'oreille. L'accélération très
minime qui précède le 3/4 et le ralentisse-
ment qui l'accompagne sont, du reste,
très explicables par la succession des
nuances sonores cresc.,più cresc.,/., dim.,p.
Même sans tenir compte de cette consi-
dération, nous dirons que le problème a
été très bien résolu ; car, étant donnée la
valeur du premier mouvement, le second
n'a différé dé ce qu'il devait être que d'en-
viron 5 pour cent.
2" Exemple. — Mesure à 4J4; etwas zuriickhaltend,
un poco rallentando; vorigesZeitmaas, tempo 1°;
mesure à 3/4 J = J', mesure à 6J4.
Cet exemple est encore tiré de la scène
des Nornes. Le 4/4 dont nous partons
succède à une mesure à 3/2 (A. 8, F. 8) :
(i) Pour abréger, nous donnerons dorénavant ces
indications sous la forme : A. 5, F. 4.
Nous constatons qu'il a été conduit, dans
les quelques mesures qui suivent, à l'allure
J = 80; c'est là le Tempo I" auquel il fau-
dra revenir. Vient ensuite (A. 10, F. 10) une
mesure de rallentando :
Voriges Zeitmaass.
" ' Tevtpa I.
dam - mert o - wig dar - auf
Vans le crépuscule é - ' ter - net
Le mouvement local, constaté dans cette
mesure, est de J = 40; la nuance métrono-
mique est donc faite (elle est même très
accusée). Puis, après le retour du Tempo I",
nous constatons J = 80 ; la reproduction de
l'allure initiale est donc absolument exacte.
Cinq mesures plus loin, arrive le 3/4 succé-
dant au 4/4 avec l'indication J = J :
LE GXJIDE MUSICAL
L'allure de ce 3/4, mesuré avant le point
d'ofgue, a été J = 84. Théoriquement, elle
aurait dû être J = 80. La différence est
insignifiante; ici encore, elle s'explique par
les nuances p., poco cresc, poco /., qui
régnent sur le 3/4 ; et, à ne considérer que
les chiffres bruts, elle n'est que de 5 pour
cent. Enfin, dans le 6/4 :
la très légère accélération se maintient et
s'accentue insensiblement à J = go.
En résumé, les deux problèmes du retour
au Tempo 1° et du changement de mesure,
4/4 en 3/4 avec J = J , sont l'un et l'autre
parfaitement résolus.
3° Exemple. — Passage d'une mesure à 6jS à une
mesure à 3i4 avec l'indication J = J — .
Il est tiré de la deuxième scène du pro
logue (A. 40, F. 3g). Siegfried vient de
quitter Brùnnhilde; le son du cor se fait
entendre du fond de la vallée (mesure 6/8
Schnell, Vivace) ; l'orchestre passe en 3/4,
Rascli, A llegro :
. 1 Rasûi. Allegro.
Voici les résultats de nos constatations :
dans le 6/8, immédiatement avant le chan-
gement de mesure, le cor allait à J. = j5, soit
,1^ = 225; puis, dans le 3/4, l'allure était
j = ig8, soit ,1^ = 3g6. Les valeurs des
croches qui devraient être égales ne le sont
donc pas, tant s'en faut ; l'allure antérieure
est relativement trop lente d'environ 40
pour cent. Le problème est mal résolu,
et nous ne sommes pas habitués à reù-
contrer dans les bonnes exécutions de
pareils écarts. C'est un fait exceptionnel,
évidemment dû à l'influence perturbatrice
du soliste. Malgré le caractère un peu ad
libitum du solo, la relation des allures
successives constatées viole tellement l'in-
dication formelle ^ = ^ qu'on doit qua-
lifier l'interprétation de fautive.
4' Exemple. — Mesure à 4J4; fréquentes modifications
de Lento à Animato J = J et de Animato à Lento
Le commencement du second acte est
extrêmement riche en contrastes d'allures.
Alberich et Hagen, dans leur dialogue,
sont merveilleusement caractérisés par les
nuances niétronomiques ; les appels et les
conseils passionnés d'Alberich sont menés
dans l'allure fiévreuse de l'Anitnato ; mais,
à chacune de ses répliques, Hagen, impas-
sible et dédaigneux, revient au calme du
Lento. D'après les indications du texte,
l'allure se double et se dédouble successi-
vement.
Le prélude orchestral 4/4 Sehr mdssig
bewegt, Moderato molto, a été conduit à une
vitesse à peu'près constante, J = 60 environ,
sauf sur la nuance locale Alhndhlig noch
langsamer, poco a poco più lento (A. 140,
F. i3i), où une diminution d'environ 5 de-
grés métronomiques a été constatée. La
première modification de mouvement, effec-
tuée par l'orchestre seul, prépare l'entrée
vocale d'Alberich (A. 140, F. i3i) :
L'indication a été exactement suivie, car
nous trouvons J = 60, valeur initiale de la
noire. Nous revenons peu après au Tempo I",
deux mesures avant la réplique de Hagen :
(Erstes Zeitmaass.
Tempo /.)
Aussitôt, et conformément à l'indication,
nous retrouvons J ^ 60 par nos mesurages
d'exécution. Exactitude mathématique.
Alberich reprend la parole (A. 141,
F. i32) Wieder lebhaft, Animato J = J; le
mouvement d'exécution constaté n'est plus
exactement J = 60, mais J = 54 ; différence
acoustiquement insignifiante.
Puis, retour du Langsam, Lento J = J
sur la réplique de Hagen ; l'allure revient,
LE GUIDE MUSICAL
981
rigoureusement cette fois, à J = 60. Au
Wieder lebkaft suivant, le mouvement cons-
taté est J -= 54 (A. 142, F. i33). Nouveau
Lento (A. 144, F. l35) :
Schl'dfst du Ha- gen
Dors tu Ha-g&n
et nouvelle constatation J = 60. Enfin sur
le dernier Lebhaft portant toujours la men-
tion J = J (A. 144, F. i35), nous trouvons à
l'exécution I = 56, valeur exacte à moins
de 7 pour cent près.
Ainsi, à sept reprises différentes dans ces
quelques pages, la mesure a été doublée ou
dédoublée avec une très grande précision,
conformément au texte. On s'explique aisé-
ment la netteté et la vigueur des contrastes
que produit à l'audition une aussi remar-
quable rectitude.
S' Exemple. — Passage d'une mesure à 3J4 à une
tnesure à 2I4, avec l'indication : 2 mesures à 2J4 équi-
valent à une mesure à 3J4, — Passage d'une mesure à
2I4 à une mesure à 3/4 avec égalité des noires.
Le fragment considéré ici comprend une
partie du chœur des hommes accourus à
l'appel de Hagen ; il commence à ces
paroles de Hagen : « Starke Wa^en ! Des
haches tranchantes ! » (A. 162, F. i5i). Nous
sommes là dans une mesure à 3 temps ; elle
était conduite, dans l'exécution qui nous
occupe, à J = go (ou 3 J = 3o). A l'entrée
du chœur, la mesure passe à 2/4 (A. 164,
F. i53):
Zwei Takte so schnel!, wie zuvor ein Takt 3/4
(La réduction française porte simplement : Più vivo.)
L'indication métronomique de la réduction
allemande est des plus nettes : deux me-
sures du 2/4 doivent valoir une mesure du
3/4 précédent. (L'auteur de la réduction
française croit sans doute inutile de s'em-
barrasser d'un aussi mince détail ; il écrit
tout bonnement : più vivo!). Or, à l'arrivée
du chœur, dans le 2/4, nous constatons le
mouvement d'exécution J = Ii5; il en
résulte que 4 J ou deux mesures du 2/4
= 2g, et nous avons dit plus haut que 3 J
ou une mesure du 3/4 précédent = 3o. Il
s'en faut donc d'un seul degré du métro-
nome (environ 3 pour cent) que l'indication
du texte soit mathématiquement suivie.
On revient ensuite à la mesure à 3/4, mais
point dans l'allure du 3/4 antérieur ; ici, la
nouvelle noire doit être égale à celle du 2/4
immédiatement précédent. (A. i6g, F. l58):
In diesem 3/4 Takt werden die Viertel so schnell
genommen, wie im 2/4, Takt, somit schneller als im
vorangehenden 3/4 Takt.
Dans ce 3/4, les noires ont la même valeur que
celles du 2/4, le mouvement est donc plus rapide
que dans le 3/4 du passage qui précède.
1 I
wohl
tard
Le mouvement constaté à l'exécution pour
ce 3/4 est J = io3. On aurait dû avoir
J = 116, puisque telle était l'allure du 2/4;
la différence absolue est de i3 degrés
métronomiques ; mais elle est relativement
bien faible, 11 pour cent environ. Les deux
problèmes métronomiques de cet exemple
sont donc bien résolus, quoique le premier
soit singulièrement compliqué.
Dans les exemples qui précèdent, dont
quelques-uns comprennent plusieurs cons-
tatations différentes, nous avons passé en
revue plus de vingt problèmes métrono-
miques posés dans le Crépuscule des Dieux ;
ces problèmes ne sont pas les seuls, mais
les principaux de la partition. En mettant
sous les yeux du lecteur, au risque peut-
être de lasser sa patience, une aussi impor-
tante collection de mesurages, nous avons
voulu l'amener à en tirer lui-même cette
conclusion : Malgré leur complexité, les
modifications précises des mouvements
imposées par Wagner à ses interprètes sont
réalisables à l'exécution ; quand on dispose
de bons éléments, elles sont réalisées
presque mathématiquement, au grand avan-
tage de la clarté et de l'expression.
Est-on curieux de savoir avec quelle
approximation moyenne les principaux
problèmes métronomiques du Crépuscule
des Dieux ont été résolus à l'exécution du
8 septembre i8g3? Abstraction faite de
l'écart accidentel dû au solo de cor (voir le
982
LE GUIDE MUSICAL
3« exemple) l'écart moyen est de 4 pour cent ;
c'est, si l'on veut, la différence qui existe
entre les allures J = 96 et J = 100 ; nous ne
croyons pas qu'il existe d'oreille assez déli-
cate pour la saisir dans l'exécution.
[A suivre.) H. Alvin et R. Prieur.
Cbronique ^ la Semaine
PARIS
CONSERVATOIRE NATIONAL DE MUSIQUE
PREMIER CONCERT DE LA SOCIÉTÉ DES CONCERTS
La mort du grand artiste russe Antoine Ru-
binstein imposait l'exécution d'une de ses
œuvres symphoniques dans l'un des grands
concerts que Paris possède. Nul n'y a songé,
et la Société des concerts donnait sa première
séance de l'année 1894-1895, sans inscrire sur
son programme une page de celui que nous
n'entendrons plus interpréter si génialement
les œuvres des maîtres. Ce programme était
voulu, et la Société a choisi de préférence une
série de compositions les plus connues, pour
inaugurer la nouvelle saison musicale. Ne
soyons pas trop difficiles; espérons cependant
que, dans ses prochains concerts, elle s'éver-
tuera à nous faire entendre certaines œuvres
des grands maîtres, notamment de Beethoven,
que l'on ne joue que rarement, ou, pour mieux
dire, jamais : nous avons cité quelques-unes
d'entre elles dans l'une de nos dernières chro-
niques. Ajoutons à cette liste, déjà donnée, les
symphonies de Johannès Brahms, que l'Alle-
magne considère à juste titre comme le plus
grand symphoniste contemporain après Ro-
bert Schumann. Insistons également sur l'exé-
cution des œuvres des compositeurs modernes
français, qui les gardent en portefeuille, faute
de pouvoir trouver un chef d'orchestre assez
avisé pour les produire au grand jour.
La Symphonie en ut mineur est, avec la
Symphonie pastorale, la plus jouée, et, par
suite, la plus répandue du cycle beethovénien.
Depuis la réouverture des grands concerts de
la saison, c'est la troisième fois qu'elle est don-
née, deux fois chez Colonne et, dimanche
dernier, au Conservatoire. N'eût-il pas été plus
rationnel de choisir une page moins connue
dans l'œuvre du maître ? L'interprétation a été
superbe ; on ne trouve, décidément, qu'au Con-
servatoire cette perfection dans les attaques.
cette plénitude du son, cette finesse des nuan-
ces, qui donnent un si haut relief aux œuvres
exécutées. Le premier morceau a été, toutefois,
pris un peu trop rapidement. M . Taffanel a
dirigé la symphonie avec beaucoup de feu et
de nervosité. Aussitôt après l'audition, l'intelli-
gent chef d'orchestre a été mandé dans la loge
du Président de la République, auquel il a été
présenté par M. Ambroise Thomas.
Comme VAve verum de Mozart, une des der-
nières œuvres du maître de Salzbourg, daté du
17 juin i7çr, est magistralement écrit pour les
voix I Quelles douces harmonies et quelle plé-
nitude de l'orchestre et du grand orgue !
Dans l'ouverture de Mélusine, que la Société
des concerts n'avait pas donnée depuis long-
temps, nous retrouvons toute la grâce si parti-
culière à Mendelssohn et la couleur propre au
sujet légendaire. On peut noter les traits Ués
des cordes, au début, donnant la sensation de
la transformation de Mélusine en serpent, puis
la cantilène si enveloppante des violons.
Le concert se terminait par le Gloria patri,
double chœur sans accompagnement de Pales-
trina et par la cinquante-deuxième symphonie
ensi bémol de J. Haydn.
M. Berthelier, violon solo de la Société des
concerts, a donné sa démission et a été rem-
placé au premier pupitre par M. Nadaud.
H UGUES Imbert.
CONCERTS-LAMOUREUX
Moins heureux que Wagner qui, grâce à la
courageuse initiative de nos chefs de concerts,
a pu enfin forcer les portes de l'Opéra, où le
public, naguère hostile, l'applaudit et l'acclame,
Berlioz, fêté sur les scènes étrangères, n'a pas
encore vaincu l'indifférence et le dédain des
directeurs de nos théâtres subventionnés ; car
il faut citer seulement pour mémoire cette
reprise des Troyens à l'Opéra-Comique, reprise
qui, après quelques représentations, fut, sans
motifs plausibles, brusquement interrompue.
Il nous reste heureusement les concerts; et l'on
ne doit ménager à ceux qui les dirigent ni les
éloges ni les encouragements toutes les fois
qu'ils nous font entendre les œuvres du plus
grand musicien français du xix^ siècle.
Notre excellent collaborateur et ami M. Im-
bert vous raconte ce qui se passe au Châtelet,
où Berlioz va tenir l'affiche pendant presque
tout le reste de la saison. De son côté, M. La-
moureux a eu la bonne idée de donner à sa
dernière matinée musicale deux fragments
du même compositeur : l'ouverture du Carna-
val Romain, cette page pittoresque et enso-
LE GUIDE MUSICAL
983
leillée, que l'on entend toujours avec le plus
vif plaisir ; puis l'épisode symphonique des
Troyens intitulé « Chasse et Orage «, curieux
exemple de musique descriptive qui fut jadis
l'objet des cruels sarcasmes d'une certaine
presse musicale à la têto de laquelle figuraient
les Scudo, les Jouvin, et que le public d'aujour-
d'hui applaudit et admire.
Nous avons peu goûté VEsqiiisse sur les
steppes de l'Asie centrale de Borodine. Cette
composition, dans laquelle l'auteur ressasse
d'un bout à l'autre un chant populaire de
médiocre intérêt, pêche par la monotonie, que
viennent encore augmenter la sobriété des
développements et l'insuffisance de l'orches-
tration. L'interprétation, du reste, laissait à
désirer ; les cors surtout n'ont pas épargné les
fausses notes.
Le grand succès a été, comme le dimanche
précédent, pour M. Hugo Heermann, qui a
exécuté avec un rare talent le concerto en rê
majeur de Brahms, dont l'adagio, construit sur
un thème empreint d'une douce mélancolie,
lui a permis de faire valoir le charme de son
jeu expressif. Le maître violoniste a rendu
ensuite avec une maestria incomparable les
Scènes de la Czarda du compositeur hongrois
Hubay, page très brillante que le public enthou-
siasmé a voulu entendre une seconde fois.
M. Lamoureux, — le cas est assez rare pour
qu'on le signale, — n'a pas cru devoir opposer
son veto.
Bien que la Fiancée du timbalier n'ait pas
été destinée, par Victor Hugo, à être mise en
musique, ce genre de poésie se prête assuré-
ment mieux à l'adjonction de notes que les
alexandrins de Corneille. Aussi, tout en désap-
prouvant en général ces tentatives artistiques,
consistant à illustrer musicalement des poèmes
qui se suffisent à eux-mêmes et n'ont nul besoin
d'une parure dont ils ne tirent, la plupart du
temps, aucune force expressive nouvelle, M.
Saint-Saëns ne mérite pas, dans le cas présent,
tous les reproches que nous lui avons adressés,
l'autre jour, à propos de la scène d'Horace. La
musique de la Fiancée du timbalier est d'ail-
leurs très intéressante, et quelques strophes de
la ballade, les deux dernières surtout, sont fort
bien traitées. Et avec une interprète comme
M™" Héglon, le succès ne pouvait être douteux.
Mais M. Saint-Saëns devrait s'abstenir de
chercher des collaborateurs, non seulement
parmi les maîtres de la poésie, mais même
parmi les fabricants de livrets. N'est-il pas, lui
aussi, un poète ou, tout au moins, ne tourne-t-il
pas les vers avec une certaine habileté? Pour-
quoi n'essaierait-il pas d'être lui-même son
propre librettiste ? Ce serait, en effist, de sa
part une tentative très artistique et du plus
grand intérêt, s'il consentait à mettre au jour
une œuvre lyrique dont il aurait écrit, tout à la
fois, les paroles et la musique. Lui seul, parmi
nos compositeurs, serait capable de faire cesser
ce dualisme, cet antagonisme, ces tiraillements
qui existent toujours entre les deux collabora-
teurs d'un opéra et produisent trop souvent
l'œuvre hybride que l'on connaît si bien. Telle
est la tâche noble et féconde que nous nous
permettons de signaler à M. Saint-Saëns, et à
laquelle il devrait se consacrer, non seulement
en vue de sa propre gloire ; mais encore dans
l'intérêt et pour l'honneur de l'art musical fran-
çais. Ernest Thomas.
La Société d'Art a donné sa première séance
de la saison 1894-1895,4 la salle Pleyel, le 2 dé-
cembre. Programme des plus intéressants, où
figuraient des œuvres nouvelles non sans mérite.
Nous avons surtout remarqué la belle Sonate pour
piano et violon (première audition) de M. Anselme
Vlnée; c'est l'œuvre d'un parfait musicien, abso-
lument versé dans la connaissance des classiques,
mais qui suit avec Intérêt le mouvement contem-
porain. Le Menuet, surtout, est charmant et a été
fort applaudi. Exécution parfaite par MM. Lucles
Wurmser et Armand Parent. La Sérénade espagnole
de M. I. Phillpp, composition fort bien inspirée
des cantilènes indigènes, a obtenu également un
fort joli succès, et l'interprète. M"" Louise Rùc-
kert, a eu sa part dans les applaudissements. Pour
n'oublier personne, nous citerons une Mazurka
originale de M. A. Parent, exécutée par l'auteur,
de jolies pièces pour le piano de M. Ch. René, des
mélodies très suggestives de M. H. Letocart, des
morceaux pour violoncelle de M. Daniel Van
Goens et de Max Bruch, admirablement présentés
par M. Jules Loeb et enfin la Marche militaire de
Beethoven, brillamment enlevée par MM. L Phi-
llpp. et H. Frêne.
M"' Clotilde Kleeberg a donné une soirée qui
laissera de durables souvenirs à tous ceux qui y
ont assisté. Au programme, quatuors de G. Fauré
et de R. Schumann, fort bien interprétés par la
charmante artiste avec, pour partenaires, MM. Na-
daud. Van Waefelghem et Salmon, des Lieder de
Schumann dits avec un art parfait par M™° Hel-
mann, les Scènes sylvestres de Th. Dubois, qui sont
en train de faire le tour de l'Europe et que
M"« Kleeberg joue à ravir, etc....
A l'occasion de la millième de Faust, le Journal
publiera un numéro exceptionnellement consacré
à l'opéra du maître français.
LE GUIDE MUSICAL
On sait que M. Ambroise Thomas a écrit pour
cette millième, une cantate, que les aïtistes répè-
tent actuellement, sous la direction de M. Vidal.
•$•
C'est par suite d'une erreur de typographie que
nous avons annoncé dans le dernier numéro du
Guide Musical (page gSS) la reprise probable à
rOpéra-Comique de la Timbale d'argent. C'est le
Timbre d'argent qu'il faut lire.
BRUXELLES
M. Maugé vient de nous donner, au Théâtre
des Galeries une excellente reprise de la Fille
de Madavte Angot. La piquante opérette plu-
sieurs fois centenaire de Siraudin, Clairville et
Charles Lecocq a fait un très vif plaisir, bien
que la dernière reprise à Bruxelles, au Théâtre
de la Bourse, ne remonte guère à plus de six
ou sept années. Mais là le cadre était un peu
vaste pour le tableau; au Théâtre des Galeries,
l'œuvre est tout à fait à sa place et sa reprise a
été bruyamment accueillie. C'est qu'elle est
restée alerte, entraînante, gaie, colorée avec ses
types si amusants et si bien campés de
l'époque du Directoire, ses couplets et ses
ensembles d'un rythme si franc et d'une fac-
ture si délicate en leur apparent abandon. La
partition tout entière a gardé sa fraîcheur, et si
l'on ne chante plus guère aujourd'hui sur ce
ton aimable, facile et gouailleur, c'est que per-
sonne, vraiment, depuis Lecocq, n'a retrouvé la
veine mélodique et l'aisance d'écriture, qui,
d'un bout à l'autre, distinguent cette œuvre
charmante, et en ont fait, malgré la mode
changeante et l'esthétique bouleversée, un des
ouvrages les plus parfaits du théâtre contem-
porain. Tout au plus, çà et là, se marque une
légère ride, mais plutôt dans le dialogue et dans
l'agencement convenu de certaines scènes. Il y
aura bientôt un siècle que le type populaire de
Mme Angot aura paru à la scène : la première
pièce de théâtre où il figure, c'est Madame An-
got ou la Poissarde parvejnie, de Maillot, qui
fut jouée,avec un succès prodigieux, en 1796, au
Théâtre d'Emulation, depuis le Théâtre de la
Gaîté, à Paris. C'était une satire qui amusait
profondément la foule, aux dépens des trafi-
quants, des agioteurs, des mayolets du Perron
de la rue Vi vienne, des fournisseurs tranchant
du hobereau, de tout ce monde interlope de
parvenus et d'intrigants né de l'orage de la
Révolution. Depuis lors, il ne disparut plus de
la scène pendant une dizaine d'années, et s'y
maintint, sous les formes les plus diverses, jus-
qu'après le premier Empire. C'est, assurément,
une coïncidence bizarre qu'il y ait reparu, —
après une éclipse d'un demi-siècle, — au len-
demain de la chute du second Empire.
M. Maugé a eu, nous semble-t-il une heu-
reuse idée en reprenant la Fille de M"°« An-
got, au moment où la curiosité se reporte vers
cette étrange et pittoresque époque, grâce à la
publication de mémoires jusqu'ici inédits, qui
l'ont fait revivre à nos yeux dans ces derniers
temps. Ce n'est plus naturellement l'exécution
de la nouveauté, de l'inoubliable première bru-
xelloise à l'Alcazar, sous la direction de Hum-
bert, avec Luigini, Desclauzas, Mario Widmer
et Jolly. Mlle Lafontaine (Clairette) était, le soir
de la reprise, grippée affreusement; la vaillante
artiste a dû, le lendemain, renoncer à tenir le
rôle où elle avait marqué, malgré son indisposi-
tion, de la verve et de la gaîté ; et l'Ange Pitou
de M . Servais a paru bien morose et dénué de
comique; mais la belle M^^ Lesœur est très
séduisante dans le rôle de M'ie Lange. Leroux
fait un Larivaudière suffisamment comique,
l'excellent Lespinasse est un Pomponnet à la
fois naïf et malicieux, les chœurs sont bons,
l'orchestre discret et de sonorité distinguée, les
costumes en partie ravissants, les décors ingé-
nieux et pittoresques. Bref, la pièce a fait rire
et la musique a charmé comme autrefois.
M. K.
Dimanche, au théâtre de la Monnaie, dans
les Huguenots, débuts de M"e J. Milcamps,
l'élégante cantatrice, si souvent applaudie dans
nos concerts. M''^ Milcamps, dont on connaît
la voix bien timbrée et la jolie diction, a été
bien accueillie dans le rôle du Page qui lui a
été confié. Il y aurait, naturellement, foule de
critiques à formuler, manque de crânerie, atti-
tudes défectueuses, accointances continues avec
la rampe (gravierisme aigu). Mais ces défauts,'
inhérents à l'émotion d'une première appari-
tion, se corrigeront évidemment par l'habitude
des planches. N. L.
Très intéressante, la première séance popu-
laire de musiquedu piano à lasalleRavenstein.
Ce premier récital était consacré à Schumann.
M. Litta, très en progrès, a interprété avec ■
charme et distinction, les première et troisième
partie de la Fantaisie, op. 17, la première par-
tie du Carnaval de Vienne et les l'apillons -
(12 pièces). Mais à ces œuvres, qui exigent de-
l'exécutant, comme de l'auditeur une connais-
sance approfondie de la vie du maître de
Swickau, de cette vie si intellectuelle, dont ses
œuvres sont le reflet, le public a généralement
LE GUIDE MUSICAL
préféré les Papillons noirs, l'Oiseau prophète,
Chanson triste. Nocturne en fa majeur et les
autres pièces détachées que M. Litta a dé-
taillées à ravir, en mettant à profit les sonorités
si chaudes du piano Steinway.Au l3 décembre,
seconde séance Beethoven.
Rappelons qu'aujourd'hui, dimanche, a lieu
la réouverture des Concerts populaires, sous
la direction de M. Joseph Dupont. On trou-
vera le programme au répertoire des concerts.
M. Vincent d'Indy est arrivé vendredi à
Bruxelles, pour assister à l'exécution de sa
symphonie Cévenole, dont M. I. Philipp jouera
la partie de piano. Rappelons, à ce propos, la
notice que le Guide Musical a publiée sur ce
remarquable et fin pianiste dans son numéro
12, du ig mars 1893.
Voici le programme complet de la première
des cinq auditions organisées par la Société
des Nouveaux Concerts, qui a lieu avec le
concours de M™'^ Marie Brema et sous la direc-
tion de Franz Servais (3o décembre) :
I. Ouverture du Barbier de Bagdad (Peter
Cornélius); 2. Die Idéale, poèmesymphonique,
d'après Schiller (Liszt); 3. Deux poèmes :
a) Trduine, h) Schmerze7i (R. Wagner), chan-
tés par M'1'2 Brema, instrumentés par Mottl ;
4. Ouverture de Leonore, n» 3 (Beethoven);
5. Deux fragments de V Apollonide : a) Elégie,
h) Scène dans la tente : festin, hymne, danse
sacrée (F. Servais) ; 5. Scène finale de la Gœt-
terdàmmerung (R. Wagner). Brunnhilde :
M">e Brema.
Pour les places et pour toute demande rela-
tive à l'abonnement, s'adresser chez Breitkopf
et Hsertel, 46, Montagne de la Cour, où se
trouve déposé le plan de la salle.
Nous apprenons que l'Ecole de musique
d'Anvers va être prochainement élevée au rang
de Conservatoire ro3'al. En réponse à une de-
mande qui lui a été adressée récemment, à ce
sujet, par le gouverneur de la province, M. le
baron Osy, M. de Burlet, ministre de l'inté-
rieur, vient de répondre n qu'il était disposé,
en principe, à accorder à l'Ecole de musique
d'Anvers le titre de Conservatoire royal, et à
consacrer ainsi la renommée artistique de cette
institution, à la condition que l'augmentation
de dépenses qui pourrait en résulter pour le
Trésor public, ne soit pas importante ». M. de
Burlet a demandé, à ce sujet, à M. le baron
Osy, quelques renseignements complémen-
taires, d'où dépendra sa décision.
Nous rappelons que la troisième séance musi-
cale organisée par la Maison Schott se donnera
le samedi i5 décembre, à 8 heures du soir, dans
la salle de la Grande-Harmonie, avec le concours
de MM. Eug d'Albert, pianiste, et Ed. Jacobs,
violoncelliste. Voir le programme plus loin.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — La représentation mo-
dèle de la Walkyrie, donnée par le Wagner-
Vereiii, sous la direction de M. Henri Viotta, au
nouveau Théâtre-Communal d'Amsterdam, a été
un très grand succès. En trois répétitions seule-
ment, l'émiuent chef d'orchestre est parvenu à
réaliser une exécution vraiment parfaite. Il est
vrai qu'il avait sous sa direction le superbe
orchestre de M. Kes et des chanteurs wagnériens,
venus tout e.xprès d'Allemagne et connaissant la
WalhyrieA'wn bout à l'autre : M"'"Ternina(Brunn-
hilde), Wittich (Sieglinde), Gisela Staudigl
(Fricka), MM. Anthes (Siegmundj et Perron
(Wotan).
La seule tache de cette exécution a été M. De-
carli, de Dresde (Hunding), qui a laissé beaucoup
à désirer comme pureté d'intonation. Le chœur
des Walkyries, chanté par des artistes allemandes,
avait été beaucoup mieux rendu l'année dernière
par les dames du Wagner- Verein, toutes dikttantt.
Le premier et le troisième actes surtout de
l'œuvre ont provoqué le plus grand enthousiasme.
Le second acte continue à produire sur le public
une impression beaucoup plus froide. A la fin de
l'ouvrage, on a acclamé M. Viotta, auquel on vou-
lait faire une ovation bien méritée, mais il s'était
déjà esquivé pour se dérober à toute manifesta-
tion.
La seconde audition du Wagner- Verein se com-
posera probablement de Siegfried ou de Tristan et
IseitH.
Il est jiossible qu'au Théâtre- Royal français
de la Haye, on monte prochainement Hansel et
Gretel de Huraperdinck. Le directeur va partir
pour Dusseldorf, afin d'assister à une exécution de
cet ouvrage, déjà si populaire en Allemagne.
Nous avons eu une excellente reprise âesPagiiacci
de Leoncavallo, en attendant, au premier jour,
celle de Samson et Dalila.
La Société pour l'encouragement de l'art musi-
cal nous a fait entendre l'oratorio Pmdns de Men-
delssohu, sous la direction, de plus en plus
nerveuse, de M. Rôntgen, et avec le concours de
M""' Reddingius, MM. Litzinger, de Dusseldorf,
et Sistermans, de Francfort. L'ouvrage, malgré
ses nombreuses beautés, a paru un peu suranné,
et l'exécution n'a pas dépassé la médiocrité. Les
chœurs ont manqué de rythme et d'unité, et la
justesse d'intonation a laissé beaucoup à désirer,
surtout du côté des soprani. M"" Reddingius, dont
la diction est excellente, qui chante juste et ne
chevrote jamais, deux grandes qualités, a, mal-
heureusement, la voix faible et manque de tempe-
LE GUIDE MUSICAL
rament. Sa froideur est extrême. Le ténor Litzinger
est un chanteur de haute école, et sa manière de
dire le récitatif, surtout, trahit l'artiste expéri-
menté. M. Sistermans n'était pas très bien dis-
posé; il a, néanmoins, fort bien rendu l'arioso
GoU.,sci mir gnâdig, une des plus belles pages de la
partition.
Au prochain concert de la même société, on
exécutera les Béatitudes de César Franck, de même
qu'à la Haye, sous la direction de Willem Kes.
Au premier concert de la Haj'e, on doit exécu-
ter l'oratorio de Noèl de Jean-Sébastien Bach.
En attendant, nous sommes menncés d'une in-
vasion de grands pianistes : après De Greef, Eugène
d'Albert; après d'Albert, Paderewsky, Siloti et
M"°« Rappoldi.
Au premier concert historique qui sera donné
par M. Kes, le 9 décembre, nous aurons la bonne
fortune d'entendre une Sonata de Monteverde, un
'Concerto grosso de Corelli,pour instruments à cordes
avec violon-solo et viola di gamba, un Menuet de
Nilander, Plaisir d'amour de Martini pour viola
d'amore et clavecin, la sonate Horttis musica de
Reintœn, un air à'Hippolyte et Aride de Rameau, le
concerto pour hautbois de Hasndel, une suite pour
viola di gamba et clavecin de Schenk,une cantate
de Scarlatti et le Concerto grosso n° 6 de Hœndel,
pour instruments à cordes, deux violons et violon-
celle-solo. C'est M. Kes en personne qui tiendra
le clavecin dans cette séance si pleine d'intérêt.
Ed. de h.
ANVERS. — La maison Fréd. Rummel
vient d'inaugurer très heureusement la série
des séances de musique de chambre qu'elle compte
donner, cet hiver, dans la salle de l'Harmonie. La
"première soirée avait réuni trois artistes M""' Falk
Mehlig, MM. Joh. Smit et Ed. Jacobs. Ils ont
rivalisé de talent dans l'exécution du grand Trio
en si bémol de Beethoven ainsi que dans celui de
Schumann en ré mineur. Ces œuvres capitales,
interprétées avec un ensemble parfait, ont été un
vrai régal pour les dilettanti. Et la sonate en ut
mineur de Grieg,"qui traduit si bien le sentiment
rêveur du;maitre norwégien, a fait un délicieux
intermède entre les chefs-d'œuvre que je viens
de citer. Le violoniste, M. J. Smit, s'y est fait
remarquer autant par sa correction que par son
phraser élégant et d'une pureté exceptionnelle.
La deuxième séance est annoncée pour le i5 de
ce mois, avec le concours de Mi'= R. Hoffmann,
pianiste, de M"» Irma Sethe, violoniste, et de
M. Demest, ténor.
La deuxième séance de musique de chambre que
nous a offerte, lundi, M. J. Marïen, a été loin de
valoir la première. La composition du programme
n'était pas heureuse, et le pianiste, M. Eibenschûtz,
de Cologne, n'a guère su en relever l'intérêt. Son
jeu est bien sec et les gestes maniérés de l'exécu-
tant n'y adjointent point de relief. Dans la sonate
de Brahms, op. 78, et dans le quintette de Schu-
mann, l'artiste a été absolument incolore. La
Polonaise de Liszt, qu'il a jouée seul, n'était guère
à sa place, avec ses cadences brillantes, dans ce
milieu classique. Enfin, M'I'^ Levering,au lieu d'in-
terpréter quelques unes des délicieuses mélodies
de Schubert ou de Schumann, a préféré chanter le
grand air (TObéron. Cet air est très beau, mais il
n'était point à sa place et ne se supporte guère
avec un simple accompagnement de piano. Men-
tionnons l'exécution d'un quintette de Mozart,
comme particulièrement réussie. Un jeune clari-
nettiste, M. Cootmans, s'y est fait remarquer. Le
célèbre larghetto a été fort goûté.
La première de Ondine au Théâtre Lyrique fla-
mand, a obtenu un franc succès ; l'ouvrage a été
monté avec goût et nous y voyons figurer les meil-
leurs éléments de la troupe lyrique.
M''" Levering, sous les traits d'Ondine, a été
charmante et a partagé les honneurs de la soirée
avec MM. Fontaine et Berckmans. N'oublions
pas M Dierickx qui a beaucoup gagné comme
chanteur et qui a été, comme comédien, d'une
gaîté communicative.
Quant à la partition de Lortzing, elle est d'une
assez mince valeur. Incontestablement inférieure
à celle de Czar et Charpentier, elle offre également
moins d'intérêt pour la partie symphonique.
A. W.
LEIPZIG. — Pendant les deux derniers mois
le répertoire du théâtre n'a pas manqué de
variété. Des œuvres de Richard Wagner, nous
avons entendu Tristan et Iseult, les Maîtres Chanteurs,
Tamihœiiser ; de Mozart, Cosi fan tutte, Bastien et
Bastienne, les Noces de Figaro; de Lortzing, Csar
et Charpentier, Ondine; de Schumann, Geneviève; de
Meyerbeer, V Africaine ; de Smetana, la Fiancée
vendue. L'école française a été représentée par Ha-
\évy {la. Juive etl'Eclair), Ambroise Thomas [Mignon],
Bizet (Carmen); celle des Italiens, par Verdi (la
Traviata, avec leconcours de M""'Lillian Nordica,
et Faktaff); Rossini [Tell) etLeoncavallo(Pa^/mm).
L'œuvre qui a eu le plus grand nombre de repré-
sentations dans ces deux mois est Hansel et Gretel.
Nous avons eu aussi le 26 novembre, au théâtre,
une exécution du Chajd à ASgir, de l'empereur
Guillaume II. Cette composition innocente, pro-
duit d'un caprice de souverain, sur la valeur
musicale de laquelle il ne vaut pas la peine d'in-
sister, a reçu ici l'accueil qu'on lui doit; — elle a
été sifflée énergiquement, fait qu'une partie de la
presse n'a pas eu le courage de mentionner.
Le 12 novembre, la Singakademie, sous la di-
rection de M. le docteur Paul Klengel, nous a
donné une exécution très réussie du Franciscus
d'Edgar Tinel. Si remarquable que soit l'ouvrage,
il a paru, en raison du sujet, trop mondain pour
porter le titre d'oratorio; en général, l'orchestra-
tion est un peu trop exubérante. L'auditoire n'en
a pas moins fait l'accueil le plus sympathique à
l'œuvre et accablé le compositeur, présent à
LE GUIDE MUSICAL
987
l'exécution, d'ovations on ne peut plus flatteuses.
Les concerts du Liszt-Verein, qui complètent
heureusement les concerts du Gewandhaus, en
nous fai-sant connaître, avant tout, l'art musical
contemporain sous ladirection dechefs d'orchestre
renommés, ont repris le 21 octobre et retrouvé
leur vogue d'antan. Ils réunissent un auditoire
presque cosmopolite d'environ trois mille per-
sonnes. Le premier des cinq concerts annoncés a
été conduit par M. le kapellmeister Emile Stein-
bach, de Mayence. Le programme comprenait,
comme œuvres orchestrales, les Préludes et Fest-
Mange de Liszt et V Apparition de Vénus de Stein-
bach. C'est une composition de valeur ; l'auteur
s'entend parfaitement à manier l'orchestre ; sa
traduction musicale du sujet est à la fois spiri-
tuelle, pittoresque et colorée, encore que l'in-
fluence de Wagner se fasse trop sensiblement sen-
tir.
Le pianiste Lamond, de Francfort-sur-Mein,
a exécuté avec succès le concerto en si mi-
neur de Tschaïkowski. A côté de lui, M"^ Lil-
lian Sanderson n'a obtenu qu'un accueil assez
jnpdeste.
Au deuxième concert, le 24 novembre, c'est le
kapellmeister Zumpe, de Stuttgart, qui dirigeait.
Il a fait jouer la Faust-Symphonie de Liszt et VEs-
pana de Chabrier. Les deux pièces ont été applau-
dies 'avec enthousiasme. Le pianiste Feruccio
Busoni, de Berlin, a joué le concerto en la majeur
de Liszt, et M. le professeur Brodsky, une suite
pour violon de Novarck, dont la troisième partie
perpétua mobile), seule, a pu nous intéresser.
. Pour donner un aperçu du développement do la
musique instrumentale, M. Hermann Krelz-
schmar, professeur à l'Université, a institué des
concerts académiques, dont le premier compre-
nait des compositions du xvui^ siècle de Gluck
(ballet tiré de Don Juan), Bach, Hœndel, Rameau
(suite de l'opéra Platée), Mozart et Haydn
Ledeu.xiéme concert a été consacré à des com-
positions de Beethoven. Edm. Rorhuch.
LIEGE. — Le quatuor liégeois fondé, l'an
dernier, par M. Geminich, a ouvert, le
23 novembre dernier, la série de ses séances de
musique de chambre. M. Geminich, et ses jeunes
partenaires, MM. J. Robert, O, Englebert et Gil-
lard, se sont efforcés de nous convaincre du tra-
vail accompli par eux et de leurs nobles intentions,
d'abord dans le célèbre dixième quatuor de Bee-
thoven ; ils en ont rendu les difîérents mouve-
ments avec style et sentiment. Mais ils ont mieux
réussi dans le Quintette en fa mineur pour piano et
archets de C. Franck, dont les allures toutes mo-
dernes s'identifient mieux, stmble-til, avec leur
compréhension musicale. La partie de piano dans
le Ç)ï(î;ife</(; était tenue par M. S. Vantyn, profes-
seur à notre Conservatoire, qui, entre les deux
pièces concertantes, avait joué, non sans qualités,
les études -symphoniques de Schumann.
La Société de musique de chambre rivale du
quatuor Geminich a inauguré ses séances le 28 no-
vembre, à la Salle Orientale. Le quatuor en la
majeur de Mozart, exécuté par MM. L. Charlier,
J. Harzé, L. Hermans et J. Falla, lauréats de
notre Conservatoire, servait d'ouverture. Adorable
composition musicale, caressée avec délicatesse et
esprit.
Les mêmes soins ont été donnés par les jeunes
quintettistes au quatuor n° 10 de Beethoven. Enfin,
l'admirable sonate en la majeur de C. Franck,
pour piano et violon, a été interprétée d'une
façon inspirée par le fondateur de la nouvelle
société, M. Léon Charlier et M''" H. Donnay,
musicienne parfaite, médaille de la classe de
M. J. Ghymers
Au Conservatoire, le dimanche 2 décembre,
seconde audition consacrée à Beethoven. Pièce
principale, Egmont, avec texte explicatif de Jules
Guilliaume; l'ouverture seule, jusqu'ici, avait été
entendue à Liège. Exécution très soignée et ani-
mée.
La partie récitée à'Egmont a été déclamée par
M. E. Sigogne, chargé du cours d'éloquence à
l'Université, et qui s'en est acquitté avec un art
sincère et avec des effets gradués et très émou-
vants. A ses côtés, charmante dans les chansons
de Claire, M"" M. Lignière.une de nos meilleures
cantatrices, très communicative aussidans l'admi-
rable élégie Adélaïde.
On espérait beaucoup de M. Max Maaz, sorti
récemment, avec la médaille en vermeil, de la
classe de M. Thomson, et qui se produisait dans la
première partie du concerto en ré majeur de Bee-
thoven. En très remarquable artiste, le jeune vio-
loniste a fait, en effet, briller les qualités rares qui
caractérisent l'école de son illustre maître : inter-
prétation convaincue et raisonnée, justesse im-
peccable, sonorité flatteuse et sentiment musical
intense, servi par une maîtresse technique.
M. Max Maaz, qui nous quitte, ira augmenter
avec éclat, à l'étranger, la pléiade des virtuoses
sortis de notre Conservatoire.
La Victoire de Wellington, symphonie militaire
écrite, en i8i3, par le maître, à l'occasion de la
bataille de Hanau, clôturait bruyamment, et à
l'étonnement del'auditoire, cetteseconde audition.
Le soin de régler cette attachante séance avait
été confiée à M. Jules Debefve, qui, comme précé-
demment, s'est acquitté de sa tâche avec compé-
tence et dévouement. A. B. O.
LONDRES. — Semaine très mouvementée.
Je n'ai pu assister qu'au dernier des trois
concerts donnés par M. Félix Mottl à Saint-James
Hall. L'illustre capellmeister y a été accueilli avec
le même enthousiasme que l'année dernière. Mais
aussi quelle maîtrise ! C'est plaisir à voir comme
nos musiciens se surpassent sous la baguette d'un
Richterou d'un Mottl. Au programme, du Berlioz,
du Liszt, du Wagner, entre autres, l'ouverture des
LE GUIDE MUSICAL
Fées, œuvre de jeunesse où se révèle déjà la puis-
sance de celui qui devait devenir le maître de Bay-
reuth. Mottl a aussi dirigé admirablement le
Maseppa de Liszt, qui, rendu d'une manière saisis-
sante, a produit une profonde impression.
Public moins clairsemé au dernier Symphonie
Concert. M. Henschel nous a fait entendre à
nouveau le prélude de Hansel et Cretel d'Humper-
dinck; numéro redemandé, disait le programme.
Il figurait également la veille au concert de Royal
Amateur orchestral Society ! C'est, décidément, le
succès du jour.
L'ouvrage de M. Humperdincknous sera donné
sous peu par la Cari Rosa Company. En vue de son
exécution, de nombreux engagements ont été
faits; dans le nombre, nous sommes heureux de
inentionner M"" Jeanne Douste.
L'éminentvioloncellisteDavidPopperajouéchez
Henschel une nouvelle composition de sa façon,
Im Walde, suite pour violoncelle et orchestre dont
on a bissé et redemandé l'adagio et l'allégro mo-
derato.
Le concert de la London Amateur orchestral
Society était peu intéressant, à part la quatrième
symphonie de Beethoven. A côté du prélude de
Hansel ti Greiel, on y a entendu une Mandoline-Séré-
nade de M. Eilenberg, pizzicato pour instruments à
cordes! Œuvre très banale, mais elle est à la por-
tée d'amateurs vis-à-vis desquels on ne peut se
montrer exigeant. Comme précédemment, le duc
d'Edimbourg occupait sa place parmi les exécu-
tants.
Au Savoy-Theatre, une bonne petite opérette,
Mirette, livret de Michel Carré, musique d'André
Messager, a fait une assez heureuse carrière. Miss
Florence Saint-John fait une bohémienne se res-
sentant un peu trop du West-End. M. Passmore
et miss Emmie Olden, pleins de bonne humeur,
ont été bissés dans un duo chorégraphique étour-
dissant. A. L.
NANCY. — La saison des concerts du Con-
servatoire s'est ouverte, le i8 novembre,
avec un éclat inaccoutumé, un succès sans analo-
gue dans l'histoire de la musique à Nancy. La
vaste salle Victor Poirel s'est trouvée trop petite
pour recevoir toutes les personnes qui tenaient à
saluer la première apparition au pupitre de chef
d'orchestre de M. J. Guy Ropartz, le nouveau
directeur de notre Conservatoire.
Il a fait un début vraiment triomphal. Le très
distingué compositeur des Landes et de Pêcheur
d'Islande est assez connu : mais il s'est révélé, ce
jour-là, comme un guide très sîlr, très énergique,
capable de faire accomplir à ses musiciens des
miracles. De fait, aucun auditeur n'a reconnu
l'orchestre de l'année dernière, absolument méta-
morphosé.
Le programme, composé avec beaucoup de bon-
heur, comprenait la première suite de VArUsienne,
Jes Djinns de César Franck, où M"'' Louisa CoUin,
professeur au Conservatoire, a tenu' l'importante
partie de piano avec sa virtuosité habituelle,
l'Axel de M. Alexandre Georges, et la symphonie
en ut mineur de Beethoven ; tous morceaux
accueillis par de chaleureux applaudissements.
Le deuxième concert, donné le 2 décembre, a
confirmé ce succès d'une manière décisive Une
brillant Symphonie, entièrement inédite, de M.
Léon Boëllmann, organiste à Saint- Vincent de
Paul de Paris, constituait la pièce de résistance.
Cette œuvre, à la fois d'une orchestration très
riche et d'une belle clarté, a été acclamée longue-
ment ainsi que son auteurj lequel s'est dérobé par
excès de modestie.
Venaient ensuite la Marche des Pèlerins, à'Harold
en Italie de Berlioz, une jolie sérénade inédite de
M. Glazounow, et l'ouverture des Maîtres Chan-
teurs, que l'orchestre a interprétée avec une
maestria également « inédite » et qui a produit
une grande impression.
D'ailleurs, le public nancéen semble s'intéres-
ser de plus en plus aux belles œuvres de musique :
c'est ainsi qu'il s'est porté en foule à la première
des quatre séances de musique de chambre orga-
nisées par notre confrère la Lorraine-Artiste,
malgré l'austérité voulue du programme.
Le superbe quatuor de Franck pour archets a
été interprété dans un sens artistique, avec un
souci scrupuleux des intentions du maître et avec
une telle intensité d'émotion que plus d'un
essuyait furtivement une larme. MM. Hecking,
Schwartz, David et Dupuy ont été vivement
applaudis, et c'était justice. M. David a joué ÏElégie
pour alto de Glazounow en véritable artiste et
a été fort bien accompagné par M"' M. Moulins. Et
pour terminer, le quatrième quatuor en ui mineur
de Beethoven a été très soigneusement détaillé
par les quartettistes déjà nommés. Excellente
soirée en somme, dont le succès est bien fait pour
encourager notre jeune société de quatuors.
Adolphe Garnier.
ryiOURNAI. — Le dernier concert de la
|_ Société de musique était consacré aux deux
premiers actes des Pêcheurs de Perles de Bizet et à
la musique de VArlésienue, du même auteur. Les
solistes engagés étaient M"" Aubecq, du Conser-
vatoire de Paris, M. Tondeur, professeur au Con-
servatoire de Mons, et Gogny, du théâtre de Lille.
Le prochain concert, fixé au 22 décembre, aura
un programme composé presque entièrement des
œuvres de M. Th. Dubois, de Paris. On exécutera
de cet auteur Hylas et VEnlèvement de Proserpine,
pour soli, chœur et orchestre. De plus, l'orchestre
interprétera sa Marche de Jeanne d'Arc&t son ballet
la Farandole. Les artistes qui prêteront leur con-
cours à cette soirée musicale sont : M"^ Milcamps,
M. Tondeur, baryton, M. Colonne, de Paris, pia-
niste-compositeur, et M. Lilier, violoniste. Le
comité de la Société de musique a eu l'heureuse
LE GUIDE MUSICAL
inspiration de s'adjoindre un orchestre complet
pour chacun de ses concerts.
YERVIERS. — Quatorzième grand con-
cert ANNUEL DE LA SOCIÉTÉ ROYALE l'ÉmULA-
TION. — Concert composé principalement d'œuvres
pour chœurs mixtes : parmi les plus intéressants
était la Nuit Persane de Saint-Saëns, dont la jolie
voix de ténor de M. A. Moussoux, de Liège, faisait
ressortir le principal charme ; puis deux petits
chœurs du xvi« siècle arrangés par Gevaert. Les
belles voix de l'Emulation et toutes les peines
que se donne son chef dévoué M. Voncken, ont
fait écouter avec sérénité deux chœurs de
Th. Dubois, où, soit myopie musicale, soit défaut
d'enthousiasme, je n'ai découvert ni intense person-
nalité, ni grande nouveauté.
Entendu un jeune violoniste verviétois qui est
allé apprendre le violon et désapprendre l'art au
Conservatoire de Liège, où les leçons d'un excel-
lent et grand artiste ne parviennent pas (ce serait
miraculeusement impossible) à réagir contre le
niveau esthétique général de Liège (Conservatoire),
très à l'abri du courant moderne. Peu d'idée de
l'ensemble d'une œuvre, de ses creux et de ses
reliefs. Du reste, succès très grand pour M. Ch.
Herman auprès du public, moins grincheux que
votre chroniqueur. On a beaucoup applaudi aussi
deux élèves de notre école, M. Longtain et
M"s Henrotay — jolie voix claire, — dans le duo
d'Aben Hamet et les solos de Hylas de Th. Dubois.
Le concert s'ouvrait par une œuvre du pauvre
Guillaume Lekeu dont le souvenir semble grandir
dans nos mémoires à mesure que s'éloigne le
temps où nous l'avons connu. Son «chant lyrique »
pour chœur et orchestre avait «té composé pour
l'Emulation elle-même, et on sait gré à celle-ci de
le redire. Ce n'était cependant pas une des meil-
leures compositions de Lekeu; elle avait été
écrite hâtivement. Mais on y retrouve son faire
si personnel et des associations de notes et d'ac-
cords qui semblent le caractériser, et qui rappel-
lent qu'il était déjà tout entier une nature
exceptionnellement une.
VIENNE. — Si le manque de respect du
public envers les grandes créations drama-
tiques (en particulier envers celles de R. Wagner)
nous éloigne de l'opéra, combien, en revanche,
nous réjouissons-nous de pénétrer dans la salle du
Conservatoire, où se donnent les concerts phil-
harmoniques ! Ici règne le plus grand recueille-
ment, puis, dès que Richter apparaît au pupitre,
toute porte se trouve à l'instant fermée, et le
gardien se convertit en cerbère. Quant au parterre,
composé des fervents, il est d'une « férocité »
qui vous met toute la salle au pas.
Le second concert commençait par l'ouverture
à'Egmmil de Beethoven, A propos du silence qui
précède la seconde partie de cette ouverture, le
Programm-Buch nous apprend que Beethoven
écrivit, en certain endroit, de ses esquisses (1810) :
« La mort pourrait être exprimée par une pause. »
Faut-il dire que l'exécution a été merveilleuse?
La marche triomphale a transpoité d'enthou-
siasme tout l'auditoire, qui' a rappelé Richter
quatre fois. Quiconque a vu diriger un Bûlow, un
Weingartner, s'étonne du résultat obtenu chez
Richter avec une telle sobriété de gestes. Tout au
plus voit-on s'élever son bras gauche pour un
forte des timbales ou des cuivres. Et, cependant,
quelle vie au sein de cet orchestre, quelle chaleur,
quel enthousiasme !
Le concerto en mi bémol de Liszt, interprété
par M. Epstein, fils du professeur au Conserva-
toire, m'a laissé froid. Le jeu du pianiste manque
d'énergie et d'accent, et son phrasé dans le piano
est trop caoutchouc.
Le concert se terminait par la seconde sympho-
nie en «1! mineur d'Anton Bruckner. L'œuvre est
une des plus faibles de Bruckner. Dans la pre-
mière partie, le thème de la prière de Rienzi s'y
développe longuement. L'adagio est écrit dans le
style raendelssohnien, c'est-à-dire avec du miel à
la clef. Le scherzo est la partie la mieux venue,
encore que le trio en forme de Lendler ne soit
pas très symphonique. La septième symphonie de
Bruckner (il y en a huit) est, décidément, la meil-
leure. Celles qui la précèdent peuvent être consi-
dérées comme de grandes esquisses préparatoires.
Dans chacune d'elles perce le « système » de l'au-
teur : le renversement des thèmes (parfois très
malheureux!) le trémolo, l'abus du contrepoint et
des accords sans tierce et de tierce et quarte, ces
derniers dans la composition des canlilènes, une
pédale ramenant la troisième partie après le tra-
vail thématique, etc., etc.
La seconde symphonie est dédiée à Liszt, qui,
nous le savons, ne professait pas pour elle de l'ad-
miration.
L'auteur, un vieillard de soixante-et-onze ans
est en ce moment très souÉfrant; il assistait néan-
moins au concert. Le public, électrisé plutôt par
sa présence que par la valeur de l'œuvre, l'a rap-
pelé plusieurs fois après chaque partie sturmisch.
E. B.
JSrO U V ELLES DI VERSES
Sainte-Foix, l'opéra en un acte, paroles de
M. Hans Wolzogen, le wagnériste fameux, mu-
sique de M, Hans Somme, n'a pas réussi à
l'Opéra de Munich.
En revanche, la reprise de VU thaï de Méhul se
maintient et obtient un vif succès de curiosité.
Le théâtre de Munich vient également de
reprendre Vlphigénie en Aulide de Gluck. Princi-
paux interprètes : M"' Wekerlen, M. Vogl «t le
baryton Gura.
990
LE aUIDE MUSICAL
— L'opéra de Berlin s'italianise de plus en plus.
Cette semaine — le 8 décembre — y a com-
mencé une série de représentations italiennes
données par trois artistes célèbres : M™" Albani,
le baryton Francesco d'Andrade et le ténor Ra-
velli. La représentation de début se composait de
la Traviaia.
— Dans un grand nombre de villes d'Allemagne,
la mort de Rubinstein a été commémorée par
l'exécution de l'une ou l'autre de ses œuvres sym-
phoniques, créées à Brème, à Hambourg, à Colo-
gne et à Dresde. A Vienne, la Société des Amis
de la musique a fait exécuter, à son concert du
2 décembre, des chœurs de son oratorio la Tour
de Babel.
— Une communication intéressante arrive de
Gènes au Ménestrel, Verdi a consacré les dernières
semaines qui viennent de s'écouler à la rédaction
définitive de son testament. Sa fortune, évaluée à
plus de dix millions de francs, sera entièrement
consacrée à une œuvre grandiose de bienfaisance.
Après avoir exposé qu'il ne laisse pas d'enfant et
qu'il ne croit pas devoir enrichir des parents éloi-
gnés, le vieux maître déclare dans son testament
que sa fortune doit faire le bonheur de ceux qui
ont contribué à la lui faire gagner, c'est-à-dire des
musiciens et des artistes lyriques. Il fera cons-
truire sur ses terres, dans un paysage charmant,
un splendide palais, en forme de croix latine, qui
pourra abriter jusqu'à deux cents personnes des
deux sexes, et ce palais servira d'asile aux musi-
ciens et artistes lyriques italiens qui se trouveront
sans fortune à la fin de leur carrière.
L'installation sera des plus confortables : la
lumière électrique, l'hydrothérapie et le chauffage
perfectionné n'y manqueront pas. Tous les instru-
ments de musique s'y trouveront à profusion ; on
y comptera jusqu'à cinquante pianos et plusieurs
orgues. Une salle de musique avec une petite
scène et une grande bibliothèque seront à la dis-
position des heureux habitants. Aux grandes réu-
nions servira la salle principale, qui sera décorée
de fresques représentant des scènes tirées de
l'œuvre de Verdi. Tous les plans sont terminés, et
Verdi espère assister à l'ouverture de son asile,
ayant l'intention de mener activement les travaux,
qui commenceront sous peu. « Ce sera ma der-
nière œuvre », aurait-il dit aux jurisconsultes et
notaires qui l'ont assisté dans l'élaboration très
compliquée de son testament.
BIBLIOGRAPHIE
Chez les éditeurs A. Durand et fils à Paris, a
paru récemment un cahier d'exercices journaliers
pour le piano, suivis d'exercices tirés d'auteurs
anciens et modernes par M. L Philipp. Il s'agit
d'exercices pour les élèves déjà avancés dans
BREITKOPF & H^RTEL, BRUXELLES
Editeurs, 45, Montagne de la Cour, 4$
NOUVELLES COMPOSITIONS POUR
TriolorL et
x^.no
PAE Charles BOHM
BUNTE REIHE (six petits morceaux)
No 2. Menuetto No 3. A, la Polka
No 5. A la Valse No g. Laendler à fr, 2 »
MINIATURES (six mélodies)
No 2. Kleine Romanze No 3. Sérénade
No 5. Mazurka N» 6. Tyrolienne . . . . à fr. i 35
SIX MORCEAUX DE SALON
No 2. Cazonetta No 3. Italienische Romanze
No 5. Intermezzo No 6. Laendler à fr. i 35
BACîATELLES (douze petits morceaux)
No 2. Scherzoso No 3. Intermezzo
No 5. Zigeuner Weise No 6. Polonaise
No 8. Siciliano No 9. Berceuse
No II. Menuet No 12. Walzer à fr. i 35
FEUILLES D'ALBUM
No 2. Canzone No 3. Sarabande
eise No 5. Courante No 6. Mazurka
No 8. Lœndler No g. Boléro
No II. Adagietto No 1-2. Spanisches Staendchen à fr. 1 35
PETITE SUITE
No 2. Loure No 3. Aria
No 5. Intermezzo No 6. Perpetuo mobile . . . à fr. i 35
ABENDLIED (Berceuse) à fr. i 35
PIANOS BEOHSTEIN ET BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY téléphone 2409
No
No
1. Arioso
4. Maercheu
No
No
I. Liedbeslied
4. Cantilène
No
No
1. Praeludium
4. Gondellied
No
No
No
No
I. Larghetto
4. Sérénade
7. Fugato
10. Gigue
No
No
No
No
I. Madrigal
4. Italienische
7. Spiccato
10. Spinnlied
No
No
I. Intrada
4. Gavotte
LE &UIDE MUSICAL
991
leurs études et intéressant même les pianistes
déjà arrivés. Nous appelons à ce double titre
Tattention sur ce recueil magnifiquement gravé
par les grands éditeurs parisiens. L'ouvrage se
présente à nous sous le haut patronage de
M. Camille Saint-Saëns, qui est lui-même un des
maîtres du clavier. Dans cette préface, M. Saint-
Saëns loue surtout Tingénieuse idée qu'a eue
M. Philipp d'ajouter à ses exercices originaux un
choix de passages scabreux, pris dans des œuvres
que l'exécutant est exposé à rencontrer sur sa
route, de façon qu'il ne soit pas arrêté par ces
casse-cou redoutables quand l'occasion de les
affronter se présentera; ils sont fort bien doigtés,
de la façon la plus moderne et la plus pratique. Il
en résulte une sorte de vade mecum d'exécution
transcendante, où l'intérêt musical se joint à
l'utilité.
Chez les éditeurs Mack.a.r et Noël, à Paris,
vient de paraître la Marche funèbre de P. Tschaï-
kowsky, exécutée par l'orchestre de la cour de
Russie aux funérailles de l'empereur Alexan-
dre III.
Chez les mêmes éditeurs, va paraître sous peu
une partition française d^Eugéne Onégttine, le chef-
d'œuvre dramatique de Tschaïkowsky. La version
française du poème est de M. C. Delines, qui a
traduit le livre de Rubinstein sur la Musique et les
musiciens.
NÉCROLOGIE
Est décédée :
A Schaerbeek, dans le courant de novembre.M™^ Léon
Tilmont, née Fanny Debas, ancien premier prix de
piano au Conservatoire de Bruxelles (classe de M'""
Pleyel), et fille de feu Salomon Debas, qui fut long-
temps alto solo au théâtre de la Monnaie.
M">6 Tilmont avait vu le jour à La Haye (le 26 dé-
cembre i835) et s'était mariée à Bruxelles, où, tant
comme femme que comme pianiste enseignante, elle
occupait une situation des plus honorables. Edouard
Gregoir, dans ses Arlistes musiciens néerlandais, Anvers.
1864, lui a consacré une notice, page 6g
PIANOS ET HARPB
ÉEARD
BRUXELLES : 4, rue Latérale
PARIS : i3, rue du Mail
RÉPERTOIRE DK JHÈATRESJKONCERTS ^
Berlin
Opéra. — Du 25 novembre au 2 décembre : L'Afri-
caine. Haensel et Gretel. Les Saisons. Cavalleria 1 us-
ticana et la Croix d'Or. Haensel et Gretel Carnaval.
Oberon, Hîensel et Gretel. Carnaval. Les Maîtres
Chanteurs de Nurenberg (centième représentation à
Berlin). Haensel et Gretel. Puppenfee.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du 2 au g décem-
bre : Samson et Dalila. Le Portrait de Manon. La
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
SCÈNE D'HORACE
IDE OOl^3Sri£;iI-iIjE
(iV^ ACTE, SCÈNE v)
mise en musique par
C. SAINT-SAËNS
OP. lo -
ÉDITION ORIGINALE ÉDITION TRANSPOSÉE
Soprano et Baryton M ezzo- Soprano et Baryton
PRIX NET : S Francs
Partition et^^ Parties d'orchestri; en location
992
LE GUIDE MUSICAL
Navarraise. Coppelia (deuxième acte), Philémon et
Baucis, Les Noces de Jeannette. — Prochainement le
Rêve.
Galeries — La Fille de M""" Angot. Dimanche, mati-
née à I h. 1/2.
Alcazar royal. — Bru.Nelles sans gène
Concerts Populaires sous la direction de M. Joseph
Dupont. Dimanche 9 décembre, premier concert avec
le concours de M.. 1. Philipp. — i. Ouverture du
Songe d'une nuit d'été (Mendelshonn) ; 2. Symphonie
pour piano et orchestre, sur un chant montagnard
français (Vincent d'Indy); 3 Conte féerique, première
exécution (Runsky Korsakow); 4 Fantaisie pour piano
et orchestre, première exécution (Bernard) ; 5 Intro-
duction du deuxième acte de Gwendoline (Chabrier) ;
6. Ouverture de Tannhœuser.
Dresde
Opéra — Du 4 au 10 décembre : La Reine de Saba.
Obéron Freischûtz Sinfonie-Concert. Falstaff. Mi-
gnon.
Marseille
Association artistique de Marseille, sous la direction
de M. Jules Lecocq, avec le concours de M. Raoul
Pugno. — Programme du 9 décembre 1894 :
I. Symphonie, no 11, en si bémol (Haydn), la reine de
France; 2. Concerto pour piano, op. 16 (Grieg),
M. Raoul Pugno; 3. Les Landes, paysage breton,
première audition (Guy.Ropartzi ; 4. o) Air varié en
sol (Hasndel); b) Sérénade à la lune (R. Puguo),
M. Raoul Puguo: 5, Siegfried, murmures de la forêt
(Wagner) ; 5. ai Nocturne en fa dièze (Chopin) ; b) La
chasse (Mendelssohn), M. Raoul Pugno; 7. Introduc-
tion du troisième acte de Lohengrin (Wagner».
Liège
Salle du Conservatoire royal. — Nouveaux Concerts,
sous la direction de M. S Dupuis Premier concert,
dimanche 9 décembre 1894, à 3 1/2 heures, avec le
concours de M. Ferruccio Busoni. Prot,Tamme : i.
Première symphonie en m/ mineur, op. 68 (J. Brahms) ;
2. Concerto pour piano et orchestre (F. Busoni),
Ferruccio Busoni ; 3. Prélude de Haensel et Gretel,
légende en trois tableaux (E. Kumperdinck) ; 4 Rap-
sodie espagnole, orchestration F. Busoni (J Liszt),
F. Busoni; 5. Moldau, poème symphonique(B. Sme-
tana), du Cycle « Ma Patrie». Deuxième concert,
dimanche i3 janvier iSgS, à 3 1/2 heures, avec le con-
cours de M. Franz Ondricek, violoniste. Troisième
concert, dimanche 3 mars 1895, à 3 1/2 heures, avec
le concours de M'^" Fanny Bloomfield-Zeisler, pia-
niste. Quatrième concert, dimanche 7 avril 1895, à
3 1/2 heures, avec le concours de M, J.-M. Orelio.
MÀCKÂE et NOËL, éditeurs, 22. passage des Panoramas (grande galerie)
PARIS
Propriétaires des œuvres de TSCHAIKOWSKY, GOTTSCHALK, PRUDENT, ALARD
des ARCHIVES DU PIANO et de la CELEBRE METHODE DE PIANO A. LE CARPENTIER
Seuls dépositaires de l'EDITION CHARNOT, spécialement consacrée à la MUSIQUE DE VIOLON
DERNIÈRES PUBLICATIONS:
CHANT ET PIANO
Prix
O'Kelly G. Ave Maria, solo-
mezzo. 5 »
Tsctiaïko-wsky , P . L a
Dame de Pique, opéra no 7,
duetto, deux femmes. Net 2 «
— No 8, Rom. de Pauline,
contralto .... Net i 5o
Pour paraître frochaùiemcnt ;
— Onéguine, drame lyrique
intime, paroles françaises
de M. C. Delines, d'après ;
A. Pouchkine. . . Net 20 n
Marietti. Réponse à la Pro-
mise, chansonnette . . . 3 »
Petit format i «
MORCEAUX DE PIANO SEUL
Ctiabrier, Em. Marche des
Cypages
Hitz, F. Op. i38. L'Oiseau-
mouche, caprice
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec par-
tie d'harmonium adlib. Net
Misaler, B. T. Chanson
Suisse Net
— Chanson Havanaise »
— » Napolitaine »
Thuillier, E. Fête Alsa-
cienne
64.
7 5o
Vincent, Aug. Op
Scherzo
— Op. 65. Gavotte . .
— Op. 65. Valse Espagnole
PIANO A 4 MAINS
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Lenepveu, avec harmo-
nium adlib. . . . Net 3
Ttiomé, F. Marche triom-
phale d'Aug. Vincent, op. 44 10
DEUX PIANOS A 4 MAINS
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec har-
monium adlib . . . Net 4
Ttiomé, F. Marche triom-
phale d'Aug. Vincent, op. 44 12
MUSIQUE DE DANSE
Dessaux, Louis. Quatre
danses faciles ;
No I. Quadrille. 5
No 2. Valse 3
No 3. Polka 3
No 4. Polka-Mazurka 3
GRAND ORGUE
Salomé, Tti. Op. 21. Trois
Canons
— Op. 25. Première grande
sonate
VIOLON ET PIANO
Danbé, Jules. Op. 3o, n" 4.
Petite Valse 5
— Op. 21, no 4. Canzonetta . 6
ŒUVRES DE P. TSCHAIKOWSKY
Cent vingt morceaux de piano.
Trois concertos, piano et orchestre.
Cent mélodies, chant et piano.
Six duos à deux voix.
Trois quatuors à cordes.
Trio pour piano, violon et violon-
celle .
Quatre poèmes symphoniques.
Cinq suites d'orchestre
Six symphonies à grand orchestre.
Trois ballets : le Lac des Cygnes, la
Belle au bois dormant, le Casse-
noisette.
Neuf opéras : le Caprice d'Oksàne,
Snegourotschka ou la Fille de
Neige, Vakoula le Forgeron, Oné-
guine, la Dame de pique, Jeanne
d'Arc, Mazeppa, la Tscharodeïka,
Yolande.
OUVRAGES POUR SOLI CHŒURS
ET ORCHESTRE
Recommandésauxsociétésphilluxrmoniques
Bernard, E. Op. S. La Captivité de
Babylone.
Bourgault-Ducoudray. Op. 5.
Stabat Mater.
Lefebvre, CJa. Judith. — Eloa.
Lenepveu, Cti. Jeanne d'Arc.
Maréclaal, H. Le Miracle de
— Na'im. La Nativité.
Pr>^r\pTj « TI//^117'CM/\/' Marche funèbre exécutée par l'orchestre de la cour impériale aux fénérailles
, 1 oLrl AlivU W oiv ï ', des. m. l'Empereur Ale.xandreIII, d'aprèssonop. 676^.
No I. Piano solo net fr. i 5o j No 2. Piano à quatre mains
net ic. a 5o
LE GUIDE MUSICAL
Mons
Société de, musique. — Soirée intime le 3 décembre.
Programme : i. Vieilles chansons néerlandaises
(F. Van Duyse). a) Si douce chanson (xiv" siècle) ;
b) Voici lejour (xv« siècle); c) C'était une nuit (xvi<^sié-
cle). 2 Quatrième Sonate en ré majeur pour violon
(G -F. Hasndel), M. R Josz ; 3. Air d'Iphigénie en
Aulide (Gluck), M. Dufrasne; 4. Alceste, tragédie-
opéra, premier acte (Gluck) Alceste, M"" Houzeau
de Lehaie; le Grand-Prêtre, M Tondeur; l'Oracle,
M Kainsccipp; Evander, M. Dequesne 5 Chaconne
pour violon (J.-S Bachi, M. R Josz; 6. Air du Mare
chai ferrant (Philidor), M. Dufrasne; 7. Vieilles chan-
sons néerlandaises (F Van Duyse). di Dans la Cité
ixvii" siècle); sj Or, dans la Nuit (xviii" siècle).
Nancy
Soirées de la Lorraine-Artiste. — Première séance
de musique de chambre, classique et moderne, par
le quatuor d'archets, MM Hekking, Schwartz, David,
Dupuis. Mercredi 5 décembre 1894, à 2 1/2 heures du
soir, avec le concours de M"" Marguerite Moulins
Programme : i Quatuor en ré majeur (César Franck);
2. Elégie (A. Glazounow), alto, M David; piano,
M"= Marguerite Moulins; 3. Quatuor en «( mineur,
op. 18 no 4 (Beethoven).
Paris
OrÉRA — Du 2 au 9 décembre : mercredi, Salammbô;
vendredi. Othello; samedi, laValkyrie.
Opéra-Comique. — Du 2 au 9 décembre : mercredi.
Mignon; jeudi et samedi, Carmen; vendredi, le Do-
mino noir et le Chalet
Concerts du Conservatoire — Le dimanche g décem-
bre, à 2 heures. Programme : i. Symphonie en ut
mineur (Beethoven); 2. Ave verum (Mozart); 3. Ou-
verture de Mélusine (Mendelssohn) ; 4 Gloria patri.
double choeur sans accompagnement iPalestrina); 5,
52"= Symphonie en jî bémol (Haydn'. Le concert sera
dirigé par M. Paul Taffanel.
Concerts - Colonne — Dimanche 9 décembre, à
2 h. 1/4 très précises Ouverture des Francs-Juges.
Le jeune pâtre breton Rêverie et caprice La Cap-
tive. Requiem : i Requiem et Kyrie; 2 Dies iroe;
Tuba rairum ; 3. Quid sum miser; 4 Rex tremendœ;
5. Quœrens me; 6 Lacrymosa ; 7. Offertoire; 8. Hos-
tias etpreces; g. Sanctus Deus Sabaoth ; 10. Agnus
Dei (Berlioz . Interprètes : M"e Planes, MM 'Warm-
brodt. G. Rémy.
Concerts-Lamoureux. — Dimanche 9 décembre, à
2 h. 1/2. Programme ; Symphonie en si bémol (Schu-
manni; 2, Air d'entrée d'Elisabeth, Tannhaeuser
(Wagner), par M™" Klafsky; 3 Chasse et Orage, les
Troyens (Berlioz); 4 Air de Fidelio (Beethoven), par
M"" Klafsky; 5 Les Murmures de la forêt, Siegfried
CWagner); 6. Tristan et Iseult, fragments; Prélude,
Mort d'Iseult (Wagner), Iseult : Mra= Klafsky; 7. Le
Rouet d'Omphale, poème symphonique (Saint-Saéns).
Concerts d'Harcourt. — Dimanche 9 décembre, à
2 i|2 heures Dernière audition du Tannhasuser. Ou-
verture premier acte : Venusberg, duo; Scène du
Pâtre. Septuor. Deuxième acte : Introduction, Récit
de Wolfram, Chœurs des Pèlerins, Prière d'Elisabeth,
Romance de l'Etoile, Air de Tannhaeuser, Finale.
Solistes ; M'ie Eléonore Blanc, MM. Vergnet, Auguez,
Challet, Commène, etc 450 exécutants, sous la direc-
tion de M. Eugène d'Harcourt.
Vienne
Opéra. — Du 23 novembre au 3 décembre: Coméliu
Schutt, Autour de Vienne, Carmen, Cornélius Schutt.
Otello, L'Armurier, Cornélius Schutt, Le Trouvère.
An der Wien . — Le pauvre Jonathan. Le Marchand
d'Oiseau. Czar et Charpentier.
LES ETRENNES DES PETITS PAUVRES
Une heureuse idée, à laquelle nous nous associons de
Paris, ALPHONSE LEDUC, Editeur, 3, rue de Grammont.
A. BORODINE
PETITE SUITE
N" I, Au Couvent N° 5. Sérénade
» 2. Intermezzo » 6 Nocturne
» 3 Mazurka (en ut) >' 7. Rêverie
» 4. Mazurka (en ré) » 8. Scherzo
Edition pour Piano, réduite par l'Auteur fr. 4 >>
MORCEAUX P'QBLIÉS SÉPARÉMENT ;
N" 4. Mazurka en ré . . fr i 65
N»^ 6. et 7. Nocturne et Rêverie i 35
Pour ORCHESTRE (partition et par-
ties séparées) 32 »
La partition seule . . 12 «
Chaque partie supplémentaire . . . . . 2 5o
PREMIERE SYMPHONIE
Pour piano à quatre mains fr- 7
L'orchestre en location
DEUXIEME SYMPHONIE
Pour piano à quatre mains fr.
L'orchestre en location
MÉLODIES POUR CHANT ET PIANO
Fleur d'Amour (2 tons) fr. i ••
La Reine de la Mer (2 tons) i 65
994
LE GUIDE MUSICAL
tout cœur, a été lancée cette semaine par notre confrère
le Petit Bleu. Le Petit Bleu rappelle la généreuse et ingé-
nieuse initiative de M.Labouchere, le député et écrivain
libéral anglais, qui, par l'intermédiaire de son journal
The TrittJi, ouvre, chaque année, en décembre, une sorte
de vaste concours de charité destiné à assurer à la plus
chétive partie de l'humanité les charmantes et innocen-
tes ivresses de \3. Christnuis , — la Noël, la grande fête
des Anglo-Saxons, A cette époque de l'année, M. La-
bouchere recueille, pendant trois semaines, toutes les
poupées, tous les jouets que veulent bien lui adresser
des milliers de braves gens. Et quand M. Labouchere a
réuni tout son butin de Père Noël, il en fait une exposi-
tion publique; il décerne des prix aux dames dont les
mains de fée lui ont habillé les plus belles poupées ou
envoyé le plus gros tas de cadeaux pour ses humbles
protégés.
t' Pourquoi, dit le Petit BIru, ne tenterions nous pas
quelque chose de ce genre en Belgique, en appliquant
celte tentative au premier de l'an, à la date des étrennes,
à la journée qui devrait s'ouvrir pour tous, et surtout
pour les petits pauvres, comme une aube souriante
d'ère nouvelle? Le Petit Bleu est persuadé que ses lec-
teurs et ses lectrices l'y aideront, »
Les nôtres se joindront certainement à ceux du Ptiit
Bleu qui fera connaître ultérieurement les détails
d'exécution de l'œuvre charitable entreprise par lui.
Bornons-nous à ajouter que les dons et envois sont
reçus à l'administration de l'Office central, du 5 au 20 .
décembre.
Salle de la Société royale « LA GRANDE-HARMONIE », rue de la Madeleine
CONCERT CI.ASSIQUE
ORGANISÉ PAR
SCHOTT FRÈRES, éditeurs, 82, Monta§rne de la Cour
Samedi i5 décembre, avec le concours de
I. Eug. d'Albert, pianiste
Ed. JaCObs, violoncelliste, professeur au Conservatoire ro7al
1. Sonate, op. 32, pour violoncelle . . . Saint-Saëns
d'Albert et J»cobs.
2. a) Prélude Bach
S) Sonate, op 57 Beethoven
d'Albert.
3. a) Aria Bach
h) Air Ungarde Schubert
Kd. Jacobs.
4. «) Nocturne, op. g, n° 3. i) Polonaise 53 Chopin
d'Albert.
5. a) Invocation d'Elektra, tirée des
Erinnyes. Massenet
V) Menuet Becker
Ed. Jacobs.
6. a) Rondo, la bémol Mozart
i) Rapsodie, op. 79, no 2 J.Brahms
c) Impromptu, op. go, no 3 Schubert
i) Valse-Impromptu , Liszt
e) Tarantelle (Napoli) Liszt
d'Albert.
S'adresser pour les places à MM. SCHOTT FRÈRES
82, Montagne de la Cour, 82
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partition réduite par l'auteur, pour chant et piano
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RAWAY Erasme. Scènes Hindoues, poème symphonique en quatre parties
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r. Enterrement gai .... 5 — 4 Recette pour faire un dis-
2. Mélanie à la représentation cours électoral .... 3
de la grande opéra . . . 3 — 5 Le petit employé. . . . 3 _
3. Valse des bonnets , . . . 3 _ 5. L'Ouvreuse . '. . . ' . . 5 _
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d)rontque ôt la Semaine : Paris : Concert-Colonne,
Cycle - Berlioz, H. Imbert; Concert -Lamoureux,
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— Nouvelles diverses.
Bruxelles : Concerts populaires, M. K. ; M. d'Al-
bert au Cercle, E. E. ; Les Noces de Jeannette, J. Br.
Nouvelles diverses.
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Simple explication. — M. K.
Nouvelles diverses. — Bibliographie. — Réper-
toire des théâtres.
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A Londres : MM. Breitkopf et Haertel , Great Malborough
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16 Décembre 1894.
MÉTRONOMIE EXPÉRIMENTALE
I Suite . — Voir les nos 4^^ ^5, ^6, 47, 48, 49 et 5o
(Reproduction interdite)
SIEGFRIED
Nous donnons aujourd'hui un important
fragment de l'étude métronomique sur Sieg-
fried. Elle se rapporte aux exécutions du
6 et du 27 septembre 1893, données au
Théâtre royal de Munich, sous la direction
de M. Hermann Levi.La distribution était
la même, sauf pour les rôles de Siegfried,
le Voyageur, Brûnnhilde et l'Oiseau, tenus
respectivement par MM. Alvary, Brucks,
Mmes Sucher et Borchers pour la première
représentation, et par MM. Vogl, Grengg,
M""Terninaet Abendroth pour la seconde.
Ces détails sont utiles à retenir ; MM. Aivin
et Prieur recherchent, en effet, quelle in-
fluence peut exercer sur les mouvements le
changement des artistes chargés des parties
vocales et quelles différences résultent du
rôle même.
L'exemple suivant va nous faire saisir
quelques faits nouveaux relatifs non plus à
l'influence métronomique de tel ou tel inter-
prète, mais à celle du rôle lui-même; il
comprendra, dans toute son étendue, le
combat de Siegfried contre le dragon Faf-
ner. Siegfried aperçoit le monstre, éveillé
par les appels du cor (A. 162. F. i85) :
Massig \angssim.- ifoderato.
Le 4/4 Moderato s'étend pendant toute la
durée du dialogue entre les deux adver-
saires ; au moment du combat, la mesure
passe au 6/8 ou 2/4 Animato; après la vic-
toire de Siegfried arrive le 4/4 Lento (A. 167,
F. 190) :
Me5urel096 Langsam. _ Zen^o.
hung tragst du im He
De Ires-sf est dans ton cœur
Voici comment les allures ont été réglées
aux deux exécutions pour quatorze frag-
ments successifs. Sans entrer dans tous
les détails, nous avons isolé divers inter-
valles correspondant au rôle de Siegfried,
au rôle de Fafner, et à l'orchestre seul :
TEXTE CHANTE
Mouvemts
constatés
aux exécu-
tions
I I 2
167
167
Ha Ha da hâtte. .
Ma sérénade
Mâssig langsam 4/4
Moderato
Was ist da
Qu'es-tu
Von dir erfahren . .
Bien l'apprendre
Was weiss ich . . .
Est certaine
Trinken woUt' ich .
Je cherche à boire
Auch Frass
A manger
Lachende Zâhne . .
Jamaisje n'en vis
Sich zu weit
Gouffre béant
FrommtderSchlund
Trouve parfaite
Cresc,
Râthlichundfromm
Pour me dévorer
Prahlendes Kind ! .
Jeune vantard !
Der Prahler naht ! ,
Affreux braillard !
8 et 2/4 Leb/taft
Animalo
Nothung— Im Herzn
Détrese— dans ton cr
4/4 Langsam
Lento
Kiihner Knabe ....
Fils intrépide
OBSERVATIONS
Siegfried
Siegfried
Siegfr. et Fafn.
Siegfried
Fafner
Siegfried
Siegfried
Fafner
Siegfried
Fafner
Siegfried
Orchestre
. Siegfried .
Orchestre
Fafner
1000
LE GUIDE MUSICAL
Notons d'abord l'excellente concordance
acoustique des mouvements pour les pas-
sages : 1° où l'orchestre est seul; 2° où la
voix de Fafner s'ajoute à l'orchestre (le
rôle de Fafner était tenu dans les deux
exécutions par le même artiste, M. Bau-
sewein). La concordance est encore satis-
faisante, quoique un peu moindre, pour les
intervalles correspondant à la partie de
Siegfried (M. Alvary à la première repré-
sentation, M. Vogl à la seconde). Il n'y a là
qu'une confirmation de nombreuses consta-
tations antérieures. Mais un autre fait
important résulte du tableau : c'est que,
régulièrement, à chaque entrée de Fafner,
l'allure tombe notablement, durant tout le
dialogue précédant le combat, bien que ce
fragment soit situé d'un bout à l'autre dans
le même 4/4, Mdssig langsam, Moderato : le
mouvement général est nuancé suivant
qu'il s'applique à Siegfried ou à Fafner.
C'est ainsi que l'allure tombe de 68 ou 64
à 60; de 65 à 48 ; de 72 ou 80 à 56 ; de 80 à
65 à chacune des répliques du monstre.
Nous avions rencontré déjà quelque chose
d'analogue dans la scène du Crépuscule
des Dieux entre Alberich et Hagen (voir
8'= exemple du Crépuscule des Dieux,
page 173 ci-dessus) ; mais là, les contrastes
métronomiques étaient formellement pres-
crits par les indications successives Ani-
mato et Lento. Ici, les deux rôles ne sont
pas moins caractérisés métronomiquement,
mais cela ne résulte pas d'une indication
formelle du texte. Les effets de contraste
ainsi produits sont, on le devine, excellents
à l'audition, parce qu'ils sont en parfait
accord avec l'esprit de l'œuvre et les carac-
tères des personnages.
Du reste, le lourd Fafner, toujours plus
lent que l'intrépide Siegfried, s'échauffe
cependant au cours de la querelle ; voyez
l'allure de ses répHques s'élever de 48 à 56,
puis à 65 immédiatement avant le combat !
Ces contrastes si intelligemment réglés et
cette progression si logique méritent d'être
signalés parmi les plus remarquables.
Après le combat, après les avertisse-
ments et la mort de Fafner, Siegfried,
ayant porté à sa bouche ses doigts tachés
de sang, va comprendre le langage de l'Oi-
seau (A. 171, F. igS) :
Notons les allures suivies pendant ce pre-
mier dialogue entre Siegfried et l'Oiseau
(nous avons dit que la voix de l'Oiseau était
chantée par M'>e Borchers à la première
exécution et par M'i^ Abendroth à la se-
conde). Isolons diverses parties correspon-
dant à Siegfried et à l'Oiseau :
TEXTE CHANTE
Mouvemts
constatés
aux exécu-
tions
Ist mir doch fast. , .
Des oiseaux
3/4 et 9/8
Das selt'ne Vôglein.
Voyons un peu
Hei ! Siegfried. . .
Tio! Tio! Siegfried
Den Tarnhelm gewn
Heaume magique
Walter der Welt . . .
Le fera souverain
Folg' ich demRuf .
Sera suivie
78
OBSERVATIONS
Siegfried
Siegfried
L'Oiseau
L'Oiseau
Siegfried
Dans les intervalles chantés par Siegfried
(sauf le dernier), il n'y a aucun écart métro-
nomique d'une exécution à l'autre, malgré
le changement d'interprète. Les intervalles
chantés par l'Oiseau sont, au contraire,
conduits plus lentement, tous deux, à la
seconde exécution.
Mais n'est-ce pas un simple hasard qui
a produit ces deux discordances légères
et de même sens? C'est bien possible, et
il serait prématuré d'en conclure que
M'ii^ Abendroth chante le rôle, en général,
moins vite que M"»: Borchers. Pour vérifier
s'il en est bien ainsi, comparons les allures
locales suivies à la fin de la scène troisième,
lorsque Siegfried interroge l'Oiseau après
avoir tué Mime (A. igg, F. 229), depuis la
première
LE aVlDE MUSICAL
1001
jusqu'à la dernière question de Siegfried
A. 2o5, F. 235) :
Wi) find' ich zum Fel - sen den
Weg?
Main le chf-min qui me lin-digue - ra
Nous diviserons ces quelques pages en
treize fragments successifs, dont huit cor-
respondant au rôle de Siegfried et cinq à
la voix de l'Oiseau. Pour rendre la com-
paraison plus simple et plus frappante,
nous indiquerons dans le tableau suivant
non plus les mouvements calculés comme
de coutume, mais les durées brutes des
fragments, relevées au chronographe pour
chacune des deux exécutions :
—
Durée des fragments en secondes pour
jl
CHANT
M. M.
Alvary Vogl
m». Mil.
Borchcrs Abendrolh
I
Siegfried
17
i8
Oiseau
17
19
1
l5
17
4
Siegfried
20
20
5
Siegfried
7
4
fi
20
26
7
8
12
i5
Siegfr. et Orch.
i3
i3
9
Siegfried
9
9
lO
Siegfried
i6
16
i3
16
12
Siegfried
21
21
i3
Siegfried
7
7
Durées totales
iio"
io8"
77"
93"
Mo
uvemts moyens.
»= io5
#= 107
• =75
;,62
et II (l'Oiseau), il en est tout autrement;
celles de la seconde exécution sont toutes
supérieures à celles de la première; aussi
les totaux correspondants, TJ et 93 se-
condes, diffèrent-ils notablement, de 19 pour
cent environ. Nous trouvons donc bien là
les caractéristiques personnelles que nous
avions soupçonnées chez les deux inter-
prètes : avec M"e Abendroth, la voix de
l'Oiseau a été menée toujours plus lente-
ment qu'avec M"« Borchers.
On pourrait se proposer d'établir quelle
est la meilleure version métronomique.
Mais il faudrait pour cela procéder à une
analyse détaillée qui nous entraînerait trop
loin. Il nous suffit, quant à présent, d'avoir
nettement montré une influence légère,
mais saisissable, de la partie vocale.
Nous n'avons pas pu discerner cette in-
fluence pour les passages correspondant au
rôle du Voyageur (MM. Brucks et Grengg).
Voici, par exemple, un fragment de la pre-
mière scène du troisième acte (Wotan,
Erda) depuis cette réponse du Voyageur
(A. 214, F. 245) :
143
Or, voici ce que révèle immédiatement
l'examen des chiffres : les durées d'exécu-
tion pour les fragments i, 4, 5, 8, 9, 10, 12
et i3 (Siegfried) sont d'une remarquable
concordance; elles présentent de;ux écarts
seulement, l'un en plus pour le premier
fragment, l'autre en moins pour le cin-
quième. Leurs totaux, 1 10 et 108 secondes,
sont égaux à deux pour cent près.
Pour les durées des fragments 2, 3,6, 7
Bcr
Wcck - ru
- ter
tin Ich
C'est
moi qui
t'ar -
ra- che au sommeil
sur le 4/4 Erstes Zeitmaass, Tempo 1° jus-
qu'au Langsamer, Pitllento (A. 2i5, F. 247):
Pages des
réductions
TEXTE CHANTÉ
Mouvemts
constatés
i
1
tio
I
ns
2
OBSERVATIONS
214
214
2l5
2l5
7 16
245
246
246
247
247
247
247
C'est moi quit'arrace
Erstes Zeitmaass
Tempo frimo 4/4
139
• =
126
Wotan
Puisant la science
Was Berg und Thaï
Tu sais
Sei dir bekannt . . .
Tout est tributaire
126
120
i33
126
124
120
Wotan
Wotan
Wotan
216
2l5
Femme, je suis
Aus dem Schlaf . . . .
Venu te voir
Ritard.
Mein Schlaf ist. . . .
Mon sommeil
Langsamer- Più lento
96
fS
62
120
68
63
Wotan
Orchestre
Erda
1002
LE GUIDE MUSICAL
A partla nuance métronomique prématurée
de la première exécution, avant le Ritar-
dando, les allures sont tout à fait compa-
rables aussi bien pour Wotan que pour
Erda (M'i'= Blank dans lesdeuxcas). Comme
d'habitude l'orchestre, dans le Ritardaiido
où il est seul, reste identique d'une exécu-
tion à l'autre.
Comme dernière citation, nous prendrons
la fin de la troisième scène du troisième
acte (Siegfried et Brùnnhilde) depuis le
dernier fragment chanté par Brùnnhilde
seule (A. 294, F. 332) :
Kin - di-scher Heldl
jusqu'à la fin du duo. Voici les allui-es ob-
servées :
l'âge
rédu
- des
lions
â
s
294
332
295
333
295
333
296
333
296
334
296
335
297
335
298
336
299-2
337-2
TEXTE CHANTE
3/4 gISEtwasmâssige;
Più moderato
O kindischer Held
O cœur sublime
Thôriger Hort . . . .
Nobles exploits
Lachend lass uns . .
L'âme joyeuse
2/2 Lcbhaft , doc/i
hrâftig und ohrie zti
eiUn. Allegro risoluto
Du wonnige mir . .
Ineffable et divine
Deine stolze Burg .
Monumt orgueilleux
Zerreist ihr Nornen.
Rompez le câble
Sie ist mir ewig .
Mon âme entière
Ein und AU'. . . .
Qu'un seul désir
Lachender Tod
Vivre et mourir
Mouvemts
constatés
aux exécu-
tions
OBSERVATIONS
176
Brûnnh.-Siegfr.
On voit que, métronamiquement, les
deux premiers intervalles sont d'une rigou-
reuse concordance. A partir du 2/2, dans
l'ensemble, il en est autrement; les allures
de la seconde exécution (M"'= Ternina et
M. Vogl) sont plus rapides pour tous les
intervalles, que celles de la première
[M.^^ Sucher et M. Alvary). Constatons
néanmoins que, pour la succession des in-
tervalles, les nuances métronomiques sont
pratiquées dans les mêmes sens : accélé-
ration (120 à i53, ou iioà 186), puis ralen-
tissement (i53 à 144, ou i85 à i5o), puis
accélérations (144 à i55, puis lyS, ou 160
à 176, puis 192), et enfin ralentissement
(175 à i5o, ou 192 à i63). Le point culmi-
nant (175 ou 192) correspond bien, dans
les deux cas, au même fragment. On peut
donc dire que le phrasé métronomique est
semblablement nuancé dans ce duo par les
deux groupes d'interprètes; seulement, il
est moins précipité^ avec M"<= Sucher et
M. Alvary qu'avec M'i^ Ternina et M. Vogl.
C'est en partie pour cela, sans doute,
que la première intei-prétation nous a pro-
duit l'effet de grandeur et de largeur le plus
saisissant.
[A suivre.) H. Alvin et R. Prieur.
Chronique be la Semaine
PARIS
Concerts-Colonne . ■ — • Cycle Berlioz. — Le Requiem
(op. 5) et œuvres diverses. — Notice sur Charles Gounod
par Théodore Dubois.
Le rapprochement, sur le dernier programme
des Concerts-Colonne, du Requiem de Berlioz
et de plusieurs compositions de petite dimen-
sion du même maître a laissé entrevoir plus
que jamais la distance qui les sépare. Berlioz
était l'homme des grandes œuvres sympho-
niques et chorales, des belles pages lyriques où
sa fantaisie géniale trouvait un libre et magni-
fique essor, où son exaspération vers le Beau
l'amenait à écrire des pages vraiment flam-
boyantes. Tels la Damnation de Faust,
Roméo et Juliette, le Requiem, Harold en
Italie ! Dans les morceaux de courte
haleine, au contraire, comme Rêverie et
caprice pour violon (op. 8), le Jeune Pâtre
breton (op. i3), la Captive (op. 12), tous ses
défauts de style se laissent facilement entre-
voir. La pensée du maître s'élance trop haut
pour pouvoir se complaire à des œuvres
LE GUIDE MUSICAL
1003
restreintes. Etant plus littéraire que musical, il
lui faut les giandes manifestations descriptives
et lyriques. Berlioz comprit lui-même que des
morceaux fragmentés ne pouvaient entière-
ment lui donner satisfaction, puisqu'il en
rassembla un nombre assez considérable pour
les réunir, les coordonner, les remanier et en
former des poèmes qui, seuls, répondaient à sa
conception de la Beauté. Voyez ce que sont
devenus les nombreux fragments écrits avant
i832, lorsqu'ils formèrent l'Episode de la vie
d'un artiste! Voyez également quelle transfor-
mation subit cette Captive que nous entendions,
dimanche dernier, interprétée parle beau con-
tralto de M'iis Planés, lorsque Berlioz la déve-
loppa et l'arrangea pour l'orchestre! Il en fut
de même pour 5araA la Baigneuse et d'autres
pages entièrement refondues et amplifiées.
Nous ne pouvons donc considérer les pages
détachées qui ont été conservées en leur forme
primitive qu'à l'égal d'ébauches dans lesquelles
se perçoivent les tendances d'un génie aspirant
à trouver sa voie définitive. Ne reconnaissait-il
pas, du reste, « qu'il avait besoin de beaucoup de
moyens pour produire quelque_e£fet (i) »? Cet
aveu fait à un des grands maîtres d'outre- Rhin,
qui, lui, n'avait nulle nécessité de recourir à
des moyens extraordinaires pour soulever
l'émotion la plus intense, était rigoureusement
vrai. Dans toutes ces pages que nous citons
plus haut, d'ordre et de mérites inférieurs,
Rêverie et Caprice pour violon, qui fait songer
à une Elégie d'Ernst, hachée et morcelée, ou
le Pâtre breton, sorte de complainte avec
l'abus du couplet, on pourrait dire qu'elles
sont curieuses, mais peu musicales dans le sens
le plus intime du mot. Si vous voulez un terme
de comparaison, prenez tel Lied ou tel morceau
instrumental de Schumann, et vous décou-
vrirez ce qui différencie un artiste essentielle-
ment musical d'un artiste avant tout littéraire.
Le Requiem, arrivant après ces œuvres
légèrement ternes, a soulevé la plus vive
émotion. Le Dies irœ, le Tuba niiruni, avec
ses foudroyantes sonorités des cuivres, ses
batteries de timbales, ses explosions chorales,
le Sancliis, avec son chant séraphique confié
au ténor et repris par le chœur, ont enthou-
siasmé l'auditoire. Nous n'avons plus à pré-
senter l'analyse de cette belle création de
Berlioz, l'ayant déjà faite dans le numéro du
Guide Musical, en date du ii mars 1894, et
nous prions nos lecteurs de vouloir bien s'y
reporter. La jolie voix blanche de M. Warm-
(i) Lettre à Robert Schumann. iSSy.
brodt a donné au Sanctus toute l'intensité poé-
tique rêvée par le compositeur ; aussi son succès
a-t-il été grand.
Il fallait le talent de M. G. Rémy pour im-
primer le relief nécessaire à Rêverie et caprice.
M. Ed. Colonne a conduit vaillamment ses
troupes, chœur et orchestre, dont le nombre
avait été considérablement augmenté.
Nous ne terminerons pas cette chronique
sans signaler la n Notice » écrite sur Charles
Gounod par son successeur à l'Académie,
M. Théodore Dubois, et lue dans la séance du
24 novembre 1894. L'étude est admirablement
écrite, remplie de renseignements puisés à
bonne source; elle donne, dans la mesure qui
convient à un panégyrique, la physionomie
morale et physique de l'auteur de Faust. Elle
glisse forcément sur les ombres, pour ne laisser
entrevoir que les côtés lumineux de la vie d'un
artiste auquel Th. Dubois applique le vers du
poète, en le modifiant : « Son verre éi&ïi grand,
et il buvait dans son verre » ! Cette notice com-
plète heureusement les travaux qu'ont suscité
jusqu'à ce jour la vie et les œuvres du maître
français. Tout aura été dit sur lui, lorsque la
famille se sera décidée à publier sa nombreuse
correspondance qui révélera plus complètement
son esprit littéraire, ses théories, ses apoph-
tegmes, empreints d'un sentiment poétique et
mystique. Hugues Imbert.
CONCERTS-LAMOUREUX
Un concours semble ouvert, au Cirque d'Eté,
entre les chanteuses étrangères. Les morceaux
imposés sont l'air d'entrée d'Elisabeth, du
TannhcBUser, et la scène de la mort de l'héroïne
de Tristan etiseult. Ajoutons qu'il est interdit
de chanter en français ; l'allemand seul est
toléré. Deux artistes ont déjà concouru :
Mme Materna et M""^ Klafsky, toutes deux
chaudement applaudies et trois fois rappelées
par un public d'autant plus enthousiaste qu'il
payait ses places plus cher et qu'on lui faisait
entendre une langue à laquelle il ne compre-
nait rien. Et, maintenant, à qui le tour? Nous
promettons aux nouvelles cantatrices qui se
produiront un succès au moins égal à celui de
leurs devancières, et cela surtout pour les mo-
tifs que nous venons de signaler.
Mais, trêve de plaisanterie ? Il est vraiment
regrettable, — pour ne pas dire plus, — devoir
M. Lamoureux se faire ainsi le barnum des
chanteuses exotiques, au lieu de puiser, comme
autrefois, l'élément de son succès dans la va-
riété et l'intelligente composition de ses pro-
lOOé
LE GUIDE MUSICAL
grammes. Il est non moins fâcheux de voir le
public, dont on aurait pu croire l'éducation
musicale plus complète et le goût plus épuré,
non seulement ne manifester à ce sujet aucun
signe de mécontentement, mais, au contraire,
encourager un pareil système, en réservant ses
plus frénétiques applaudissements pour des
chanteuses dont la principale supériorité sur
les nôtres consiste à venir de loin et à parler
une langue inconnue à la grande majorité des
auditeurs.
Quant au mérite de M°<= Klafsky, on peut
dire, si on la compare à M™^ Materna, qu'elle
a les défauts des qualités de celle-ci, comme
elle a aussi les qualités de ses défauts. En efifet,
la cantatrice hongroise qui s'est fait entendre,
dimanche dernier, possède une voix fraîche,
d'un éclat et d'une puissance remarquables ;
mais le débit est chez elle un peu monotone,
et son chant manque, en général, de charme
et d'expression. Disons pourtant, pour être
juste, qu'elle a interprété l'air de Fidelio de
Beethoven avec beaucoup plus d'âme et de sen-
timent que les deux morceaux de Richard
Wagner.
Le concert débutait par la Symphonie en si
bémol de Schumann, œuvre attrayante, sédui-
sante même, mais dans laquelle, cependant, ne
se révèlent pas encore le génie original, la
complète personnalité du maître. Schumann
occupe une place trop minime dans le réper-
toire de nos concerts ; et l'on s'explique mal
cette sorte d'indifférence que manifestent nos
chefs d'orchestre à son égard. Quelle mine
pourtant à exploiter! Quelles richesses à mettre
au jour! Mais, que voulez -vous, Schumann
n'est pas encore à la mode.
On nous a fait entendre, de nouveau, Chasse
et Orage des Troyens. L'exécution de cette
admirable page a été de beaucoup supérieure à
celle du dimanche précédent.
Enfin, après les Murmures de la Forêt de
Siegfried et le prélude de Tristan et Iseult,
deux morceaux parfaitement rendus et sur les-
quels il ne reste plus rien à dire d'niléressant
pour le lecteur, l'orchestre a interprété, pour
terminer, le Rouet d' Omphale de Saint-Saëns.
Combien notre grand maître symphoniste se
meut plus à l'aise ; comme son allure est plus
libre et plus dégagée, lorsqu'il reste dans l'élé-
ment musical pur et qu'il n'a pas à subir sur-
tout la tyrannie des Corneille et des Victor
Hugo! Ernest Thomas.
A l'Opéra, M. Renaud a pris possession, ces
jours derniers, du rôle de lago, laissé il y a
quelques semaines par Maurel, dans Othello.
Il y a été en tous points remarquable et a
presque dépassé les espérances que l'on fondait
sur lui. Il faut dire que le rôle faisail valoir
admirablement, outre la beauté et la souplesse
de sa voix, son art de diseur et son goût plas-
tique. Il est impossible de donner plus d'ex-
pression aux ténébreuses insinuations du per-
sonnage, et M. Renaud y joignait parfois un
rire sinistre, comme intérieur, qui les relevait
singulièrement. Son succès, comme acteur et
comme chanteur, a été très vif, surtout au
second acte, où on a bissé d'enthousiasme le
fameux songe, qu'il a dit avec un style exquis.
M. Ernest Reyer, qui est un disciple passionné
de Berlioz, annonce dans son feuilleton du
Journal des Débats que l'Opéra va monter la
Prise de Troie de Berlioz. Cette partition est,
on le sait, la première partie des Troyens qui
comprennent deux partitions distinctes et qui
devaient se jouer en deux roirées successives.
La Prise de Troie n'a jamais été jouée inté-
gralement en France. Lors de la première des
Troyens au Théâtre-Lyrique de Paris en 1861,
sous la direction Carvalho, Berlioz avait réduit
la Prise de Troie en un simple prologue. La
partition originale telle qu'elle fut écrite par le
maître n'a été exécutée pour la première fois
qu'en décembre 1890 au théâtre grand-ducal
de Carisruhe, sous la direction de M. Félix
Mottl. Le Guide Musical rendit compte de
cette première exécution, qui a eu de nombreux
lendemains à Carisruhe et détermina, il y a
deux ans, la reprise de Troyens à Carthage
à rOpéra-Comique, par les soins de la Société
des grandes auditions de France.
Vendredi soir, à l'Opéra, la millième de Faust.
La représentation a été brillante, et rapothéose
finale, — chœurs d'Ambroise Thomas, sur des
vers de Jules Barbier, avec couronnement d'un
monument allégorique de Falguières, — a été un
émouvant hommage à la mémoire de Gounod.
f
Voici la distribution définitive de Tannhâuser à'
l'Opéra :
Tannhâuser (M. Van Dyck), Wolfram (Re-
naud), Le landgrave (Delmas», Walter (Vaguet),
Henry iLaurent), Biterolf (Ballard), Reinnar (Du-
bulle), Elisabeth (M°"= Rose Caron), Vénus (M"°
Bréval), Le pâtre (M"" Agussol).
C'est la Zucchi qui viendra mettre en scène le î
ballet de la Bacchanale qu'elle avait déjà monté àî
1
LE GUIDE MUSICAL
1005
Bayreuth. La première représentation aura lieu
dans la seconde quinzaine d'avril.
On annonce que M. Paul Vidal a complètement
terminé sa partition de Gaultier d'Aquitaine, opéra
en quatre actes, sur un poème de MM. Emile
Bergerat et Camille de Sainte-Croix. Par traité,
cet ouvrage doit être donné à l'Opéra, dans le
courant de l'hiver 189S-96.
•$•
Une intéressante audition des élèves de M'"» L.
Carembat a eu lieu le jeudi i3 décembre à la petite
salle Pleyel, avec le concours de M. et M™" Ron-
chini. Les élèves de M'"" Carembat ont su faire
preuve dans les divers morceaux qu'elles ont inter-
prétés, des qualités qui leur ont été inculquées par
leur excellent professeur.
BRUXELLES
Les Concerts populaires ont rouvert, diman-
che, leur saison. Salle absolument comble.
Quelle joie, après la longue privation des mois
d'été, que ces fêtes de l'art ! Quel régal, pour
l'oreille et l'intelligence, que ces vivantes et
colorées séances, où le bel orchestre de Joseph
Dupont vous enveloppe des sonorités pro-
fondes et éclatantes de sa symphonie ! L'em-
pressement du public témoigne de l'intérêt
croissant avec lequel il les suit. Le programme
comprenait trois œuvres nouvelles pour Bruxel-
les : le Conte féerique de Rimsky-Korsakofï, la
Symphonie sur un thème montagnard de
Vincentd'Indy,etune F an tai si e,'çouv or chesire.
et piano, d'Emile Bernard, dans lesquelles
M. L Philipp a tenu, avec sa finesse de toucher
et son élégance d'interprétation, la partie de
piano.
I>a symphonie montagnarde de M. d'Indy
est une œuvre charmante, remarquable par la
variété et la richesse des développements que
l'auteur a su tirer de l'agreste mélopée qui lui
sert de point de départ. Il la varie, la trans-
forme, l'amplifie avec un art qui s'élève à la
poésie la plus captivante. C'est tout un tableau
de vie champêtre, sans aucune recherche vaine
d'effets imitatifs, hâtons-nous de le dire, et
■reproduisant, néanmoins, les impressions ca-
ractéristiques de la montagne. Des rythmes"
vigoureux et heurtés donnent l'impression de
rochers lourdement entassés ; de larges harmo-
nies soutenues, traversées par la mélopée ini-
tiale, donnent la vision de vastes horizons où
se perdent dans l'infini les bruits de la terre ;
et le carillon, sur lequel se développe tout le
finale, évoque le spectacle pittoresque et animé
de quelque joyeuse réunion de montagnards.
C'est un poème musical haut en couleur, vi-
vant, merveilleusement instrumenté, d'allure
très moderne, où le piano mêle ingénieusement
ses gammes, ses dessins et ses traits brillants.
La Fantaisie de M. Bernard est un morceau
plus concertant. C'est, à vrai dire, un concerto
de piano, mais un concerto où l'orchestre joue
un rôle important et traité symphoniquement
par un musicien nourri des classiques et ayant
le respect des formes consacrées. L'œuvre est
habilement conçue en ses développements,
très châtiée de forme et d'un intérêt soutenu.
On a particulièrement goûté le joli allegretto,
qui, sans viser à l'originalité, péché mignon de
la jeune école, séduit par sa grâce facile.
Il en va tout autrement du Conte féerique
de Rimsky-Korsakoff. Poème symphonique
essentiellement pittoresque. Illustration musi-
cale, musique littéraire plutôt que symphoni-
que. Mais c'est exquis, une fois le genre
admis. .. et connu le sujet du poème. En réalité,
c'est une préface au conte de Ruslane et
Ludmilla de Pouchkine, que tout enfant con-
naît en Russie. Imaginez la Belle au Bois
dormant ou le Chat botté mis en mu-
sique : tout le monde comprendrait et suivrait
avec intérêt la traduction musicale de tous les
épisodes. Malheureusement, notre public occi-
dental ne connaît guère Ruslane et Ludmilla,
et il n'a pas compris. C'est le danger de
ces musiques exotiques. Il eût été prudent
de donner au programme quelques indications
à ce sujet, et on les eût obtenues très com-
plètes et très intéressantes en s'adressant à
M. Léopold Wallner, qui n'est pas seulement
un excellent musicien, mais un lettré très au
courant de toutes les littératures, et particuliè-
rement de la littérature russe. Ainsi, toutes les
intentions de l'auteur fussent devenues claires.
Il a fallu se contenter d'admirer son incompa-
rable maîtrise orchestrale, absolument admi-
rable dans cette jolie pièce.
Le concert s'était ouvert par l'ouverture du
Sofige d'une nuit d'été, et il s'est terminé par
l'ouverture de Tannhceuser, où les nouveaux
trombones à coulisse, rétablis par M. Joseph
Dupont, ont sonné à merveille. Et par un
délicat hommage à la mémoire de Chabrier, le
poétique prélude du deuxième acte de Gwen-
doline prenait place entre ces deux grandes
pages symphoniques.
Faut-il ajouter que M. Joseph Dupont a été
1006
LE GUIDE MUSICAL
véritablement acclamé à la fin du concert ? Il
semble que le public saisisse chaque occasion
de lui témoigner le regret qu'il éprouve de ne
plus le voir à la tête de l'orchestre du théâtre
de la Monnaie. Et il a raison, lepubhc !
M. KUFFERATH.
Eugène d'Albert, engagé pour le troisième
concert Schott^ a profité de son séjour à
Bruxelles pour se faire entendre la veille au
Cercle artistique et littéraire. Soirée du plus
haut intérêt, cela va sans dire, d'Albert suffi-
sant, à lui tout seul, pour exciter une vive
curiosité ; mais soirée intéressante surtout par
le choix du programme et par l'étonnante
variété d'interprétation qu'y a su déployer le
célèbre artiste, comme musicien et comme vir-
tuose.
Avec la Passacaglia en «/ mineur de Bach
(arrangement d'Albert), on a eu l'impression
des orgues, aux basses puissantes, au positif
moelleux et soutenu, aurécit clairet strident, le
tout fondu dans l'inffexible'développement du
sujet, dans les retours constants et toujours
variés des mêmes figures mélodiques tourbil-,
lonnant 'dans un grandissement continu. La
sonate op. loi, en la majeur, de Beethoven,
œuvre de méditation, de tendresse contenue,
d'éclats subits et de luttes intérieures, a trouvé
sous les doigts du pianiste une exécution telle
qu'on doit l'attendre de celui qui s'est pénétré
de la pensée du maître ; exécution sobre, sans
recherches exagérées d'accents et de nuances ;
exécution sévère, élevée de ton, rappelant, dans
sa réserve même, le style de Biilow.
D'Albert a compris la transition qui existe du
style de Beethoven à celui de Schumann. Il
s'est fait romantique dans l'interprétation de
cette grandiose et altière fantaisie, op. 17, en
ut majeur, du maître de Zwickau ; il en a
chanté merveilleusement l'idéale poésie, assou-
plissant l'instrument quelque peu rebelle qu'il
s'était choisi, aux phrases les plus expressives,
aux sonorités lesplus chatoyantes; etsonsuccès,
après l'adorable Andante final, a été triomphal.
Bach, Schumann et Beethoven existent par
eux-mêmes. La sonate en si mineur de F. Liszt
n'existe pas, à tout dire, sans le concours d'une
virtuosité transcendante. Ici la collaboration
s'impose, c'est l'exécutant qui fait le morceau.
D'Albert s'est surpassé dans l'énorme difiîculté
qu'il y avait pour lui, nouvel Atlas, à soutenir
à hauteur voulue ce ciel quelque peu vide de
soleils, où lés comètes et le clair de lune pro-
jettent seuls des liieurs fantastiques dépourvues
de chaleur. Il a été prodigieux d'invention dans
la combinaison des effets de timbres et dans
l'assemblage de ce chaos qui au surplus n'est
pas une chose banale, et dans lequel il y aurait
à glaner des détails et des effets qu'une grande
imagination seule peut concevoir. Mais voilà,
il n'y a dans cette sonate que de l'imagination,
tandis que chez les autres
D'Albert s'est fait longuement applaudir
tout de même; il a terminé par l'impromptu en
fa dièze. majeur de Chopin, et par une valse
{Mail lebt nur einmal) de Strauss-Tausig. Je
me trompe, on l'a rappelé et il s'est encore assis
au piano pour jouer un Nocturne de Chopin
en guise de remerciement.
Rubinstein et de Bûlow, morts tous deux
cette année, laissent vacante une succession
qui pourrait bien revenir un jour à Eugène
d'Albert. Il a tout ce qui caractérise le grand
virtuose et son répertoire n'est pas quelconque.
E. E.
Les Noces de Jeannette ont pris place à
côté du P or tirait de Manon, dans le spectacle
qui encadre à la Monnaie la tapageuse A'az^flr-
raise. M"^ Mérey et M. Gilibert fournissent
une exécution très satisfaisante du petit acte de
Victor Massé ; tous deux y font apprécier leur
jolie voix, et si M''^^ Mérey montre toujours une
certaine inexpérience de la scène, encore met-
elle dans ses naïvetés de débutante un charme
qui les rend presque S3'mpathiques.
Quant à la Navarraise, elle obtient, grâce
au concours de M)^^ Leblanc, un succès que
l'on est de moins en moins porté à attribuer à
la musique ; car l'impression en quelque sorte
négative que celle-ci avait laissée, le premier
soir, chez de nombreux spectateurs, s'est trans-
formée, àuneseconde audition, en une impres-
sion plus nette, mieux définie, mais qui n'est
guère favorable au compositeur ! M'if^ Legrand
a introduit dans son jeu certaines nuance.';
délicates qui, au début, faisaient défaut, et son
interprétation n'en est que plus appréciée et
plus applaudie. A M. Bonnard.qui se prépare
à jouer le Rêve, annoncé pour lundi, a suc-
cédé, dans le rôle d'Araquil, M. Isouard, qui
s'est acquitté de sa tâche d'une façon vrai-
ment distinguée. On n'en pourrait dire autant
de M. Depère. qui le remplace .dans le petit
lôle de Ramon: à une allure peu militaire, il
joint des intonations d'une justesse fort dou-
teuse, qui déchirent le tympan au même point
que les rudesses de l'orchestration de M. Mas-
vsenet. ]• Br.
LE GUIDE MUSICAL
1007
Il y avait quelque audace, de lapartde la troupe
du Théâtre-Flamand d'Anvers, à venir exécuter, à
Bruxelles, le Vaisseau-Fanlâme de Wagner. Il y a
quatre ans, le théâtre de la Monnaie en avait
donné une interprétation relativement artistique,
sous la direction de M. Franz Servais. Et il était
à craindre que le public ne fît des comparaisons.
Il a eu le bon esprit de ne pas les faire et de pas-
ser condamnation sur la naïveté d'une mise en
scène à rendre jaloux les incomparables metteurs
en scène du théâtre de la Monnaie. On a pris plai-
sir à la sincérité et à la conviction communicative
des artistes flamands. M. Fontaine, en particulier,
a été excellent d'attitude et de diction dans le rôle
de Daland. Et M"" Levering a chanté très agréa-
blement le rôle assez lourd de Senta. Le Hollan-
dais et l'amoureux Erick ont paru de voix un peu
cotonneuse et d'allure trop compassée. A louer,
particulièrement, les chœurs, qui ont été tout à
fait excellents dans la grande scène du deuxième
acte. L'orchestre, sous l'intelligente direction de
M. Keurvels, a eu du rythme et du caractère. Le
quatuordes cordes laisse, malheureusement, beau-
coup à désirer.
Il serait à souhaiter que le Théâtre-Flamand
d'Anvers renouvelât son excursion à Bruxelles.
L'année dernière, il y avait déjà paru avec Chay-
lotie Corday de Benoit. Il y pourrait faire d'heureux
lendemains aux soirées de drames avec les ouvra-
ges lyriques qu'il joue à Anvers. Et la question du
théâtre lyrique flamand, si souvent discutée et
mise à l'essai, se trouverait par là même résolue.
M. Buis est, dit-on, très favorable à ce projet. Il
est certain qu'il y a place, à Bruxelles, pour un
théâtre de ce genre, à côté du théâtre flamand de
comédie et de drame.
L'abondance des matières nous a obligés â re-
mettre à huitaine le compte rendu de la première
audition de la Société des instruments â vent au
Conservatoire royal. Elles sont toujours bien inté-
ressantes, ces séances, et méritent d'être suivies
avec attention, tant en raison de la composition du
programme, qu'en raison de la supériorité de l'in-
terprétation. Quelle admirable pièce que les Etudes
symphonicjiies de Schumann! On les joue rarement,
à cause de leur difficulté, sans doute. M. De Greef
les a merveilleusement exécutées, avec, toutefois,
une recherche de l'effet que ne comportent pas
les grandes œuvres des classiques allemands,
écrites tout d'une haleine, et d'une inspiration si
large et si claire que c'est un peu les diminuer
que de vouloir y mettre trop d'intentions.
'L.e, iyio en si bémol, pour piano, violon et cor, de
Brahms, l'une des plus intenses compositions du
maître, a été exécuté avec beaucoup de soin par
MM. De Greef, Enderlé et Merck. M. Enderlé,
seul, semblait un peu jeune dans son interpréta-
tion.
Bien applaudie, et à juste titre. M"" Lagneau-
Nachstheim, qui a chanté, de sa jolie voix et avec
une excellente diction, des Lieder de Brahms,
César Franck, Grieg et Schumann.
La seconde séance des instruments à vent a lieu
cet après-midi.
On y entendra, outre une Sonate pour piano et
flîite et le célèbre septuor de Hummel, qui n'a plus
été exécuté à Bruxelles depuis de nombreuses
années, et une cantatrice suédoise.
L'audition annuelle que donne M™'- Marguerite
Lallemand, pianiste, aura lieu dans la salle de la
Société royale de la Grande-Harmonie, le mardi
i8 décembre prochain, â huit heures très précises
du soir. M"" Lallemand a obtenu, pour cette
séance, le gracieux concours de M""= Denefve-van
Daele, cantatrice, et de M. ten Hâve, violoniste.
Trois excellents artistes, MM. Sevenants, pia-
niste, Deru, violoniste, et Bouserez, violoncelliste,
donneront deux séances de musique de chambre,
dont la première aura lieu le vendredi 28 décembre,
â 8 heures 1/4. Comme œuvres modernes , on
entendra le deuxième trio d'Alexis de Castillon et
la Son ue pour piano et violon d'Emil Sjôgen.
Au mariage de M"'= Van den Corput avec
M. Félix De Bruyn, fils du ministre, le jubé de
Saiut-Boniface, dirigé par M. Carpay, a exécuté,
avec infiniment de soin et de charme, une Bêné-
diciion nuptiale de M. Camille Gurirkx et un Motet
de M Edgard Tinel. L'organiste, M. De Boeck,
adjoint de M. Mailly au Conservatoire, a touché
les orgues d'une façon remarquable.
Coupé dans le Gaulois :
C'est chose absolument décidée. Hiilda, l'opéra
posthume de César Franck, sera donné, cet hiver,
au théâtre royal de la Monnaie, à Bruxelles.
MM. Stoumon et Calabrési viennent de mettre
l'ouvrage à l'étude.
Jeudi 20 décembre, à 8 1/2 heures, aura lieu, au
Palais de la Bourse (Salle des ingénieurs), la pre-
mière des séances de musique de chambre don-
nées par M. M. Alfred Marchot, J. ten Hâve, L.
"Van Hout, J. Jacob et Th. Ysaye. Le programme
se compose du Quatuor n" 2 de Beethoven, du Pré-
lude, Choral et Fugue de César Franck pourpîano, et
du Quintette pour piano et cordes du même com-
positeur. _ ' '
-Le prix d'abonnement est de 12 francs pour les
1008
LE GUIDE MUSICAL
quatre séances. L'entrée pour chacune d'elles est
de 5 francs. S'adresser pour les billets et abonne-
ments à M. Alfred Marchot, 6i, rue du Nord, et
chez les éditeurs de musique.
Vient de paraître : LETTRES DE RICHARD
WAGNER A AUGUSTE RŒCKEL, traduites par
M. KuFFEKATH. Bruxelles, Leipzig : Breitkopf et
HJertei-, éditeurs. Prix : 2 fr. 5o
CORRESPONDANCES
ANVERS. — Les concerts spirituels qui
s'organisent au nouveau Templeévangélique
allemand, obtiennent une véritable vogue, grâce
au choix des programmes etàceluides interprètes.
Le temple de la rueBex est fort coquet et l'acous-
tique y est excellente. Ajoutons à cela que l'église
possède une orgue touchée par M.Callaerts.Dans
l'andante de sa deuxième sonate, l'excellent orga-
niste a su particulièrement faire ressortir les dif-
férents timbres de l'instrument.
Quant à M"* Soetens-Flament, sa voix résonnait
admirablement ; l'artiste a charmé l'auditoire dans
l'air de la Cantate de Noé'làe Bach, et l'air de Mer-
cadante, avec violoncelle obligé.
Le violoncelliste, M. J. Seghers, se produit fort
peu. D'une nature modeste, il se retranche volon-
tiers derrière son titre d'amateur ; et, pourtant-,
celui qui interprète l'air de Bach avec im senti-
ment aussi profond, a droit à tous nos éloges.
Félicitons les organisateurs de ces auditions,
qui sont bien faites pour initier les dilettantes aux
œuvres des grands maîtres.
Depuis longtemps déjà, la Liedertafel n'avait
plus fait parler d'elle. Voici que cette société
chorale, dans un concert donné à l'Harmonie,
sous la direction de son nouveau chef, M. Welc-
ker, vient d'obtenir un franc succès. Plusieurs
chœurs, notamment Am Sonntag de Abt et le Chœur
des Pèlerins de Wagner, ont reçu une exécution très
soignée. Citons aussi les Chansons toscanes de
Weinwurm pour chœur et soli, avec accompagne-
ment de piano à quatre mains. Le caractère de la
composition, toutefois, est peu italien et rappelle,
par la forme, les Liehcsioalscr de Brahms. N'ou-
blions pas le Chant à ^gir, composition tant dis-
cutée de, l'empereur d'Allemagne. Franchement,
cette œuvrette si naïve et qui s'éloigne de toute
forme prétentieuse, n'est pas si mauvaise qu'on le
prétend.
Comme soliste, citons M'"* Gunter, de Francfort,
qui, douée d'une voix peu volumineuse, a su
plaire par sa diction très sentie des Keder de
Brahms et Schumann. On a également applaudi
M. Honigsheim dans le chant d'amour de la
Walkyrie.
Si nous reconnaissons l'autorité avec laquelle
M. Welcker dirige les chœurs, nous ne pouvons
admirer son interprétation extrêmement fantaisiste
des œuvres de piano. Des Abends de Schumann a
été joué sans nuances et dans un mouvement peu
en rapport avec la rêverie. Quant au Scherzo de
Chopin, il est destiné à devenir bientôt une ronde
infernale, grâce au mouvement précipité que lui
infligent nos pianistes.
Plus heureux dans les transcriptions des œuvres
de Wagner, M. Welcker a été. très applaudi,
contribuant ainsi au succès de la soirée.
Au Théâtre-Lyrique flamand, le succès deOndine
s'accentue. Décidément, lapièce de Lortzing tien-
dra encore longtemps l'affiche. A. W.
BKRLIN. — Mercredi, 12 décembre, a eu
lieu « Ein belgischer Componisten Abend au
Concerthaus-Bilse», pour lequel la direction avait
engagé un chef d'orchestre belge, M. Jules Goe-
tinck. Le programme comprenait : Marche jubilaire
de Jehin, Fantaisie espagnole de Gevaert, Scène et ker-
messe flamande du ballet Milenha de Blockx, scène du
Rêve de Stella de Waelput, entr'acte et scène du
Bal de P. Benoit, Polonaise en ré de Dupont, qua-
trième concerto pour violon et orchestre de Vieux
temps. La seconde partie du concert se composait
de la Mer esquisses symphoniques en quatre par-
ties d'après un poème d'Eddy Levis, par Paul
Gilson. Toutes ces œuvres sont connues des
lecteurs du Guide Musical. Il ne me reste donc qu'à
parler des interprètes. M. V. Carnier, le concert-
meister du Concerthaus, a joué supérieurement le
quatrième concerto pour violon de Vieuxtemps.
Il a une grande pureté de style, un joli son, une
virtuosité irréprochable ; il a été chaudement
applaudi, et c'était mérité. Pour l'orchestre, l'œuvre
capitale du programme était la Mer de Paul Gil-
son. Cette œuvre était jouée pour la première fois
à Berlin; elle est d'un symphoniste tout à fait
exceptionnel: le public l'a chaleureusement accueil-
he.
L'exécution, envisagée sous le quadruple point
de vue de' la perfection technique, de l'ensemble,
de l'expression des nuances du coloris, a été d'un
achevé rare. M. J. Goetinck s'entend à « dégager
le melos » pour parler comme Wagner; il h)'pno-
tise les artistes sous sa direction et a le don de faire
passer dans l'orchestre son propre moi artistique.
Le public et les artistes de l'orchestre lui ont fait
une longue ovation.
— I>es deux récitals donnés à la salle Berhs-
tein, par M"* Clara Janiszewska, vers la fin
du mois dernier, ont définitivement assuré à la
jeune et vaillante artiste une place au premier
rang dans le monde musical. Les critiques les plus
compétents, Tappert, Taubert, L. Bùssler, Eich-
LE GUIDE MUSICAL
1009
berg, Welti, etc., constatent le succès éclatant de
la jeune virtuose.
Les deux programmes, très variés, comprenant
des œuvres de Beethoven, Mendelssohn, Mozart,
Scarlatti, Chopin, le Carnaval de Vienne, do
petites pièces de Schumann, entre autres le déli-
cieux Oiseau-Prophète, et des œuvres plus modernes
.de Schytte, Pfeiffer, Paderewski, lui ont non seu-
lement valu les bravos, les rappels les plus cha
leureux, mais ont encore eu le pouvoir ~ ( hose
assez rare, assure Bùssler, — de retenir les audi-
teurs, vivement intéressés, jusqu'à la fin de la
soirée, où l'artiste a dû ajouter une petite pièce à
son programme.
Tous les critiques s'accordent pour signaler l'art
exquis, vraiment magistral, avec lequel M''" Ja-
niszewska interprète surtout les classiques :
« Depuis longtemps, écrit Taubert, je n'avais
entendu exécuter la Sonate op 28 de Beethoven
avec une semblableperfection.n«M"''Janiszewska
a donné, dit Tappert, aux Variations sérieuses de
Mendelssohn une nouvelle vie, par les nuances
chaudes et colorées de l'interprétation, la grandeur
poétique et l'élévation de la pensée. »
M"" Janiszewska va également se faire connaître
dans le sud de l'Allemagne; elle prendra part, le
29 de ce mois, à un concert donné par la Société
Liederkranz, à Mannheim.
GAND. — Le troisième concert d'abonne-
ment du Conservatoire a eu lieu le samedi
8 décembre, avec le concours de MM. les profes-
seurs Johan Smit et Joseph Jacob. M. Edouard
Potjes, récemment chargé des cours supérieurs de
piano au Conservatoire de Gand, s'est également
fait entendre.
Disons tout de suite que M. Potjes nous a quel-
que peu déçu. Il possède incontestablement un
mécanisme parfait. C'est une qualité sérieuse,
mais, au point de vue purement artistique, ce
n'est pas la qualité idéale. Son jeu, bien que tout
à fait correct en soi, manque d'intellectualité.
M. Potjes exécute, il n'interprète pas. Ces obser-
vations visent surtout l'exécution du concerto en mi
bémol de Liszt, et les pièces pour piano de Mosz-
kowski et Chopin.
M. Potjes a cru devoir nous faire entendre une
Berceuse et une Danse hongroise de sa composition,
qui, manquant à la fois de souffle et de nouveauté,
ne nous ont guère plu.
Le trio en si bémol de Rubinstein a été très
bien rendu par MM. Smit, Jacob et Potjes. Ici, ce
dernier fut vraiment fort bien, notamment dans le
très gracieux scherzo. Ensemble, cohésion, sens
des nuances, fini des détails, le tout à souhait.
Très satisfaisants aussi, les ensembles, surtout
si l'on considère que certaines parties de l'orches-
tre dont M. Samuel dispose sont relativement
faibles. C'est ce qui explique la déroute effarée
des seconds violons, qui sont, parait-il, presque
tous des élèves, dans les pizzicati de la jolie
Danse d'Anitra. Sachons gré à l'honorable direc-
teur de nous avoir fait entendre, de Smelana l'ou-
verture de Fiancée vendue, pleine de couleur, de
science, d'originalité et d'ampleur, \m très inté-
ressant Albumblait de R. Wagner, et enfin la mer-
veilleuse introduction des Maîtres Chanteurs.
Au Grand-Théâtre, dimanche dernier, Samscn et
Dalila, avec M. Martini, directeur, dans le rôle de
Sarason. M. Martini, qui fait de la direction après
plusieurs années de succès au théâtre, est un véri-
table artiste, sachant composer et camper un per-
sonnage. Il a fait un Samson dramatique et pas-
sionné, au jeu intelligent, au geste sobre, de sorte
que, malgré une voix un peu molle et usée, le
vaillant imprésario est loin d'avoir déplu. Il inter-
préterait excellemment le drame lyrique.
Ces jours derniers, également, bonnes reprises
de Roméo et Juliette et à'Hérodiade; enfin, exhuma-
tion assez lugubre et inopportune d'une partition-
nette de Suppé : Juanita.
M. Martini, qui s'est engagé à donner l'opéra,
l'opérette et accessoirement l'opéra-comiqiie, ne
ménage ni sa peine ni ses efforts. De plus, il
s'efforce de varier le répertoire et de monter des
nouveautés. Il nous annonce, enti'e utres, Gyptis
de M. Noël Desjoyaux, qui fut joué, il y a deux
ans, à Bruxelles, avec un certain succès.
L. D. B.
LIÈGE. — Nouveaux concerts. -- Quand on
réentend un orchestre après plusieurs années
d'intervalle, sa physionomie générale frappe da-
vantage, on sent mieux l'ensemble, l'orientation
en bien ou en mal attire plus sûrement l'attention.
Et il me faut, ici, consigner l'heureux étonnement
ressenti à l'audition du premier (pour la saison)
des Nouveaux Concerts liégeois. L'entreprise de
MM. Dupuis et Vanden Schilde n'en est plus à sa
période de tâtonnement, de dégrossissement,
comme nous l'avions connue jadis; elle entre dans
sa septième année. Les œuvres les plus saillantes
du grand répertoire symphoniqueyont été jouées,
et les programmes de cette année accusent la plus
louable recherche des productions nouvelles ou
peu connues. Signe des temps, Wagner n'y figure
plus ; tous les extraits possibles au concert ayant
été, maintes fois, exécutés ces années précédentes.
On peut donc organiser des concerts purement
symphoniques sans recourir encore aux sélections,
heureuses ou non, des œuvres lyriques de Wagner.
Il est devenu trop commode, vraiment, de se
donner l'air pionnier, explorateur ou apôtre intré-
pide, en faisant servir à satiété l'ouverture de
Rienzi.
Le temps est venu peut-être de démarrer, —
après cette halte très explicable, sinon nécessaire,
— et d'aller de l'avant en laissant aux attardés
volontaires le soin fastidieux de découvrir à non-
1010
LE GUIDE MUSICAL
veau l'œuvre wagnérien avec l'amoureux conten-
tement qu'il leur suggère encore.
M. Dupuis tient maintenant son orchestre en
main; il on a le doigté et il manœuvre en terrain
conquis avec la sécurité et la désinvolture désira-
bles. La notion intime de cet organisme complexe,
il se l'est assimilée patiemment ; son toucher s'est
affirmé jusqu'à savoir distinguer, dans la mosaïque
d'une partition, le relief imperceptible dés détails
qu'il faut traduire à leur place. C'est l'éclosion du
sens propre au chef d'orchestre. Cette maturité
s'affirme par des signes probants, comme l'allure
vivante, onduleuse et continue imprimée à la
première symphonie de Brahms, en délaissant de
faciles alternatives de nuances extrêmes qui cons-
tituent tout le coloris de certains conducteurs. Au
contraire, des gradations sans boursufflures, des
v:ezzoforfe, des tnezso piano affeclior^nés despolypho-
ristes, si épineux à obtenir et surtout à prolonger.
Sans doute, il subsiste encore parfois certaine
lourdeur dans les passages de tendresse, — ça,
c'est un défaut de terroir, — surtout chez les ins-
truments à vent. Mais le quatuor s'est singulière-
ment assoupli ; je ne parle pas de la sonorité inci-
sive des violons, c'est une chose qu'on ne trouve
qu'à Liège ou que les Liégeois exportent.
Nous voilà loin de la vie végétale quelconque
de jadis; à présent, on devine une vitalité cpij-
sriente. Quelques défauts d'acoustique de la salle
sont aussi à pallier.
J'apprécie ici la phalange des Nouveaux Concerts,
non sous un angle local, mais sur le pied des
orchestres des grandes capitales. Et si les musi-
ciens de M Dupuis avaient des doutes ou des
hésitations sur eux-mêmes et sur le résultat pos-
sible de leuis efforts, je conseillerais à M. Dupuis
d'inviter undes fameux chefs d'orchestre allemands
à conduire un des Nouveaux Concerts. Le rayon-
nement de Richter, l'enthousiasme de Mottl, ou
U- paroxisme expressif de Levy confirmeraient les
bons instrumentistes hégeois dans la marche à
suivre L'autorité de ces maîtres est hors de dis-
cussion, et le talent désormais g,ppréciô de M. Du-
puis ne s'en trouverait pas diminué. Une fois ces
magiciens partis, les exécutants, ayant touché au
but, ayant constaté à quel degré de perfection on
pi ut atteindre avec un chef convaincu et éclairé,
se remettraient au travail avec plus d'ardeur en-
core, sachant où ils vont.
Avec la première Symphonie de Brahms figuraient
au programme le prélude de Haiisel etGreteld'Hnnx-
perdinck, dont la grâce a été déjà dite en ces co^
lonnes, el Moldau, poème symphonique deSmetana
(extrait du cycle : Ma patrie). C'est une œuvre fort
intéressante, d'un aspect national bien caractérisé
par des thèmes populaires. Le faire n'est pas très
sciré ni même ingénieux parfois, mais les idées
sont séduisantes.
Le soliste du concert, M. Ferruccio Busoni,
])ianiste, est un jeune homme de vingt sept any, né
à Florence, élève de sa mère, artiste renommée,
puis de Rubinstein, mais surtout de lui-même, car
il a une façon bien personnelle de jouer de son
instrument. Dans le genre de Paderewsky, d'un
style plus modéré que celui-ci, qu'il dépasse par-
fois, même dans les passages les plus périlleux,
M. Busoni a un toucher d'une grâce extrême, fait
les tierces rapides en demi-teinte avec une facilité
prodigieuse, se maintenant volontiers dans des
sonorités atténuées, mais sans affectation. Ce vir-
tuose, peu connu en Europe, car il vient dépasser
une période assez longue en Amérique, va certai-
nement faire parler de lui Son Concertstûch, qui lui
a valu le prix Rubinstein, à Saint-Pétersbourg, est
beaucoup plus symphonique qu'on aurait pu
attendre de la part d'un virtuose. Les idées sont
bien courtes et parfois peu claires, mais l'aspect
général est distingué. Il a ensuitejoué la Rhapsodie
espagnole de Liszt, dont l'orchestration, joliment
colorée, est de son cru, et, sur rappel, la Campa-
nella. d'une façon vraiment étonnante de finesse.
M. R.
Le comité de la Société d'Emulation a eu l'heu-
reuse idée de faire entendre, à sa première soirée,
la Société bruxelloise de musique de chambre
pour instruments à vent, qui est si appréciée par
les amateurs de la capitale.
Les excellents artistes ont fait sensation. Le
Quintette en mi bémol de Mozart est apparu dans
toute sa grâce, sa fraîcheur, par l'interprétation
si bien pondérée des exécutants. Il faut, surtout,
admirer cet ensemble, et la discrétion de chacun
concourant à l'unité harmonieuse. La musique de
Mozart, sans remplissage, toujours concertante,
exige vraiment cette mise au point si difficile d'ob-
tenir avec des instruments de timbre et de djma-
mique différents. C'était plaisir de les entendre
dialoguer ou se joindre sans se nuire et, à la
chute des phrases, rentrer avec aisance dans la
sonorité du piano, et réciproquement. Jamais un
fortissimo, qui serait un contresens et ferait songer
à un orchestre incomplet, mais des nuances en
demi-teinte d'une suprême distinction.
Il sied donc de louer ces artistes, en tant que
groupe d'une homogénéité rare; sans qu'on veuille
méconnaître leur talent personnel, le lyrisme
ingénu du hautbois de M. Guidé, le phrasé cares-
sant de M Poncelet, clarinettiste, l'embouchure
aussi impeccable que véloce du corniste, M. Merk,
et la discrétion intelligente dubassoniste, M. Neu-
mans. Quant à M. De Greef, il soutenait ses par-
tenairer avec tant d'à-propos et de modération,
que jamais la prédominance du clavier ne s'éta-
blit, ce qui eût rompu le charme.
Les mêmes qualités d'exécution se sont retrou
vées dans le Sextetie de Ludwig Thuile,une œuvre
d'écriture habile, quoique de style assez peu per:
sonnel, où des souvenirs classiques s'allient à des
velléités modernes.
M. Anthoni, flûtiste, a joué avec goût une Sonate
de Frédéric le Grand, et M. Guidé a soupiré, avec
une o-râce infinie^ un Nocturne de. Roslçowy. , _
Des mélodies de Brahms, Grieg, De Greef. et-
LE GUIDE MUSICAL'
1011
Franck ont été chantées par M"' Lagneau-Nachs-
teim, dont la rigueur de la température altérait
les moyens. Néanmoins, on a pu apprécier à sa
valeur un style agréable et un organe, si pas
volumineux, du moins d'un moelleux sympathique.
Le Théâtre-Royal a donné, jeudi, la première
représeritation de Benvenuto, opéra de Diaz. Succès
d'estime. M. R.
^^
LONDRES. — Deux mois seulement pour
m entionner la charmante soirée donnée, sa-
medi dernier, au Savoy Hotcl, qui réunissait, en
une agape joyeuse et cordiale, les membres de la
Foreign Press Association et bon nombre de nos
confrères anglais Deux mots seulement aussi pour
faire part à mes lecteurs des avantages qu'offre le
service des paquebots du Great Eastern Railway
et des angoisses que j'ai éprouvées à bord de la
malle belge Marie-Henriette, lors de son dernier
accident. J'ai juré, depuis lors, de ne plus me
servir que de la ligne Anvers-Harwich, qui est la
plus agréable de toutes et que je recommande à
tous les artistes se rendant à Londres.
M. Moberly est un musicien consciencieux, doué
des aptitudes nécessaires pour devenir un excel
lent chef. Son dernier concert, au Princcss Hall,
était intéressant à plus d'un titre. Son orchesire
d'instruments à cordes, confié à des dames, éveille
de prime abord des inquiétudes par sa composi-
tion même ; mais cet orchestre est vraiment excel-
lent, et cela suffit pour expliquer l'énorme succès
de ces concerts.
Le dernier programme comprenait la Sérénade
descriptive, , op. 48, de Tschaïkowsky; Mélancolie,
une page de la plume toute gracieuse de Naprav-
nik; de Borodine, un Nocturne, et une Danse chorale
de Rimsky-Korsakoff.
Au même concert, M"^" Hutchinson a remis en
lumière quelques sonnets anciens. Dans le nom-
bre, deux romances de Jean-Jacques Rousseau, le
Rosier et Se tu m'ami.
Par sa remarquable exécution do la sonate en
.■;/ mineur de Chopin, M. Emile Sauer a obtenu, au
dernier Popular concert, un succès extraordinaire.
Dès son arrivée ici, le pianiste dresdois s'est
ac<]uis la faveur du public. Il s'est montré impec-
cable dans le trio en si majeur de Brahms, op. S,
avant à ses côtés lady Halle et M. Hould.
Le Crystal Palace est, malheureusement, situé
au bout du monde, ou tout au moins à Sydenham.
C'est regrettable, car on y fait de bonne besogne.
Au dernier récital, à noter la sj'mphonie de Haydn,
Reine de France, et M"" Clotilde Kleeberg, très bien
accueillie.
Un public nombreux a donné, hier soir, à
M"'' Douste, de nouvelles preuves de sympathie
et d'cnlicresatisfaction. C'était, au Steinway Hall,
. leur concert annuel. M''' Jeanne Douste, notam-
ment, a dit, avec grâce et finesse, /i/we-WOT de
Bemberg, Uniîl we met de Pizzi, et Bonjour Suzo»
de P. Tosti. A. L;. ;,
SIMPLE EXPLICATION
^^ ■
Un confrère néerlandais, le W eelihlad voor Musiek,
de Rotterdam, faisant allusion à différents articles -
où; M. Gauthier-'Villars critique, avec la trivialité
quïlui est habituelle, ma version des Lettre&ide
Wagner à RcBckel, ne s'explique pas mon silence et
sçrnble en conclure que je n'ai rien à répondre.
Use trompe. Si je n'ai pas relevé les critiques
de'M. Gauthier-'Villars, c'est qu'il ne me convient
pas de discuter avec ce pitre. En m'invectivant
comme il le fait, il sert tout uniment les rancunes
d'une vairité blessée, et, dans ce rôle, il est plus
dangereux pour celui qu'il veut défendre que pour
celui qu'il croit pourfendre.
Quant aux contresens qu'il prétend découvrir dans
ma traduction, puisque le Weekhlad paraît y atta-
cher quelque importance, il me suffira de citer
deux exemples, pour donner une idée de ce que
valent les observations de M. Gauthier-'Villar.s.
Il me reproche, par exemple, de r prendre le
mot Unwillkiir pour celui de Wilkûr, de significa-
tion diamétralement opposée, et de bafouiller au
sujet de l'arbitraire voulu au plus haut point dans le.
dàrelappement de l'action des Nibelungen, phrase qu'une
vache espagnole ne meuglerait qu'avec une cer-
taine timidité ».
11 s'agit du passage où 'Wagner parle de l'appa-
rition de 'Wotan dans Siegfried. « Tu voudrais,
dit-il à Rœckel, que je marque plus nettement
que je ne l'ai fait les intentions de 'Wotan », et il
ajoute : So schadest Du der von mir cù hôchst heab-
sichiigten Ummllh'ir in der EntwicMung des Ganzen.
schy enipjindlich, ce que je traduis : « Ainsi, tu
nuirais à l'arbitraire voulu au plus haut point
dans le développement de l'action. »
N'étant pas très fort, M. Gauthier-'Villars ouvre
son dictionnaire au mot Willlmr et y trouve la
traduction suivante : Choix, libre arbitre, volonté,
arbitraire. Unwillhilr, se dit-il, c'est donc le con-
traire, c'est-à-dire l'absence de volonté, tout
l'opposé, croit-il, de l'arbitraire. C'est en quoi il
se blouse lamentablement.
Dans le texte de 'Wagner, le mot Unwillkiir
veut dire Varbiirairc dans son sens le plus étendu,'
tel que le définit le Dictionnaire encyclopédique :
c'est le contraire de finalité, d'ordre, de raison,
de détermination, de choix. Arbitraire est bien le
mot qui exprime toute la pensée de 'Wagner.
En effet, le maître nous montre 'Wotan sans
(Volonté, laissant les événements s'accomplir
1' sairs y ifitervenir, au gré de leur caprice, sans
J012
LE GUIDE MUSICAL
direction, c'est-à-dire arbitrairement. Wotan,
nous dit-il, a abdiqué : Er hann nur noch gewâkyen
hssen, il laisse aller les choses, il est le jouet des
événements qu'il ne peut plus diriger et ceux-ci se
développent d'une façon arhitraire par rapport à
hii. Voilà le sens de Unwillkur. VoWkVarhitraire (^yxe.
Wagner a voulu que l'on sentit dans le dévelop-
pement de l'action. Si quelqu'un, en cette affaire,
« meugle comme une vache espagnole », c'est,
on le voit, l'imprudent animal qui veut m'en remon-
trer.
L'autre exemple des facultés interprétatives de
M. Gauthier- Villars est plus plaisant encore. Je
cite textuellement :
ce Wagner emploie le mot Werlizeug (instrument,
outil) pour désigner notre faculté d'abstraction :
la possibilité de former des concepts abstraits est
im des outils de l'intelligence, mais la joie de les
postcder ne doit pas nous faire oublier l'œuvre (la
vie), et Wagner semble nous comparera un sculp-
teur qui, tout occupé d'aiguiser son ciseau, ou-
blierait de tailler le marbre, de créer. Hélas-i-le
penseur Kufferath se blouse et traduit : « Nous
1) prenons plaisir à notre création », exactement
le contraire de ce qu'a écrit Wagner. »
Je demande pardon à mes lecteurs de devoir
leur infliger la lecture de ce fatras, qui n'est
même pas français (la « possibilité de former
des concepts », qui est ii un outil «!). Wag-
ner ne parle ni d'œuvre, ni de vie, ni de sculp-
teur, ni de marbre, ni de ciseau. Après avoir
opposé le sentiment, l'intuition, das Gejûhl, comme
seul moyen de la connaissance du monde, à. Begi'îffe,
les idées, les concepts qui nous permettent de nous
donner à nous-mêmes une représentation du
monde dans sa totalité, il oppose ensuite la réalité
du monde, die Wirkhchkeit der Welt, c'est-à-dire la
réalité contingente et essentiellement variable
comme il vient de l'expliquer, — à la réalité
abstraite, ce grand ensemble iramuablCj ce Tout
imaginaire construit au moyen de nos idées. Sa
phrase est d'une limpidité absolue : Unwillkurlkh
vergessen wir dass wir nur einen Begriff haben, ako
eigeiitlich nui' an unsrem Werhzeuge uns eyfreuen.'LMé-
ralement ; « Nous oublions que nous n'avons qu'un
concept (de la totalité du monde), qu'ainsi nous ne
prenons plaisir en vérité qu'à notre organe, ii
Je dis organe. Car tel est le sens propre du mot
Werkzeug, qui, dans la pensée de Wagner, il le
dit quelques lignes plus haut, correspond à
Begriff. concept, idée, comme u organe de la
connaissance ». Le mot Werkeeug ne doit donc
pas être traduit ici platement, comme on le pro-
pose, par outil ; il a un sens beaucoup plus étendu,
qui ressort de tout le contexte; sich an seinen Werk-
seuge erfreueu, veut dire : pi'endre plaisir à l'œuvre
qu'accomplit l'organe, c'est-à-dire, dans le passage
qui nous occupe, à cette notion abstraite du
Monde et de l'Amour opposée par Wagner dans
toute sa lettre (IV) à la Réalité vraie, sensible,
à la Vérité concrète. C'est pourquoi j'ai traduit
Werkieug par « création », qui rend clairement et
exactement en français l'idée de l'auteur, mieux,
en tous cas. que ne l'aurait fait outil, instrument ou
organe.
Je défie le lecteur le plus perspicace de décou-
vrir dans la lettre en question rien qui, deprès ou
de loin, puisse se rapporter à ce « sculpteur, tout
occupé d'aiguiser son ciseau, qui oublierait de
tailler le marbre, de créer ».
Je n'insiste pas sur les autres « gaffes » que
M. Gaulhier-Villars prétend avoir découvertes. Il
oppose quelque part la Science à la Vie, attri-
buant ainsi une banalité à Wagner, qui, en réa-
lité, oppose la Nature à la Vie, c'est-à-dire
les satisfactions, les jouissances matérielles à cette
vie d'amour et d'union morale, dont il vient de
parler siéloquemment. Ailleurs. M. Gauthier- Vil-
lars fait intervenir la fatalité, idée que Wagner,
dans ses explications sur les Nibelungen, écarte
systématiquement, parce qu'il n'a pas voulu que
la fatalité y fût. Le mot Schicksal, fatalité, n'y appa-
raît pas une seule fois.
Et ainsi de suite !
Franchement, on ne peut demander que je ré-
ponde à toutes les niaiseries de ce furnambulesque
étournèau.
Quant aux invectives de M. Gauthier- Villars,
elles ne peuvent me toucher, elles partent de trop
bas.
Voilà pour calmer les confraternelles, mais un
peu naïves inquiétudes du Weehhlad voor Musieh.
M. Kufferath
iVO U V ELLES DI VERSES
Il est question de l'érection, à Weimar, d'une
statue à la mémoire de Franz Liszt. Un comité
vient de se former à cet effet, à la tête duquel se
trouvent M. Edouard Lassen, maître de chapelle,
du grand duc de Saxe- Weimar, et le baron de Bras-
sar!, intendant du théâtre grand ducal.
Les admirateurs du maître sont invités à lui
envoyer leurs souscriptions, s'ils désirent parti-
ciper à un témoignage d'admiration qu'on voudrait
rendre, à Weimar, international.
- Le Ménestrel a été bien mystifié par le corres-
pondant de Turin (?j qui lui a annoncé la fondation
du magnifique établissement de refuge que Verdi
se proposait de faire par son testament.
L'illustre maître adresse au Caffaro, de Gênes,
la lettre rectificative que voici :
» Jusqu'à mon testament! Ah! mais il n'y a donc
pas moyen de vivre un peu tranquille !
LE GUIDE MUSICAL
1013
» Avant tout, personne n'a lu mon testament : et
en supposant, après tout, qu'il fût dans mes inten-
tions de faire quelque chose pour les vieux musi-
ciens pauvres, ce serait dans des proportions bien
modestes, car ma fortune non seulement n'arrive
pas à dix millions, comme on l'a dit, mais même
pas à la moitié de la moitié de ce qu'on a pré-
tendu. »
« GiusEPPE Vkrdi >)
— On se propose d'élever à Vykhvatintsj', sur
l'emplacement de la maison où est né, en 1829,
Antoine Rubinstein,une école qui sera placéesous
l'invocation du grand artiste tant regretté.
Jusqu'ici, les biographes de Rubinstein ne parve-
naient pas à indiquer exactement la province dans
laquelle se trouve la localité où il était né; on a
commencé par dire qu'elle était en Moldavie, près
de Yassy, depuis on a parlé de la Bessarabie, de
la Volhynie, voire même du gouvernement de
Kherson, à trente verstes de Doubassan et à cin-
quante de Balta. Il se trouve maintenant que la
bourgade de Vykhvatintsy est en Podolie, dans le
district de Balta.
D'après M. Yartsew, les années d'enfance de
Rubinstein, de l'âge de cinq à onze ans, se sont
passées à Moscou, à la Grande Ordynka, maison
Koslylew. Ce n'est qu'en décembre 1840 qu'il
partit avec son maître Villoing pour l'étranger, en
prenant la voie de Saint-Pétersbourg.
— Des prières des morts pour Rubinstein ont
été dites, le 18 novembre, à Kiew, par les soins
de la Société musicale russe.
— M. Paderewski travaille à un opéra en quatre
actes dont le livret, en langue polonaise, lui a été
fourni par un jeune auteur dramatique, bien connu
dans son pays. Le sujet est moderne et l'action
se déroule dans les Carpathes, à la frontière, entre
la Galicie et la Hongrie. Sir Augustus Harris s'est
assuré, par traité, le droit de jouer cet opéra au
théâtre de Covent-Garden, en langue française.
Une traduction en allemand est également pré-
parée pour l'Opéra royal de Dresde, et l'Opéra
royal de Budapesth va jouer celte œuvre en même
temps en langue hongroise. MM. Grau et Abbey
ont le droit exclusif de la jouer en Amérique.
Le pianiste chevelu, cher aux dames, s'entend,
on le voit, aux affaires Ce n'est pas pour rien qu'il
est allé au pays des Yankees.
Reste â savoir ce que vaudra cet opéra si savam-
ment annoncé et déjà si disputé partout, bien qu'il
ne soit même pas terminé
— Les journaux de Paris publient une curieuse
lettre de Rubinstein à son éditeur parisien, M.
Philippe Maquet, au sujet de son opéra les Mac-
chabées, qu'il aurait voulu voir accueilli sur une
scène parisienne :
Mon cher ami.
Je lis dans les journaux que l'Opéra-Comiquo
possède, en ce moment, une des plus belles voix
de contralto qu'on ait jamais entendues, celle de
M"« Delna. Pourriez-vous demander à cette jeune
artiste de vouloir bien prendre connaissance du
rôle de Leah, dans les Macchabées?
Il l'intéresserait peut-être et elle pourrait alors
décider son directeur à mettre en scène l'ouvrage,
pour qu'elle puisse créer le rôle à Paris. J'en
garantis le succès avec une bonne exécution. Je
tiendrais tant à l'exécution d'un ouvrage de moi à
Paris, surtout des Macchabées! N'est-il vraiment
pas possible de voir cet ouvrage arriver devant le
public parisien? Je ne puis vraiment m'expHquer
le boycoiage qu'on me fait subir comme composi-
teur, quand toutes mes aspirations tendent vers
cette ville, surtout, je vous le répète, pour les
Macchabées... Enfin, prenons patience, peut-être
qu'après ma mort tout cela changera.
Tout â vous. Antoine Rubinstein.
Cette lettre est tout à fait caractéristique. Le
grand artiste s'imaginait être l'objet d'un boycoiage
et ne se rendait pas compte des véritables raisons
de ses insuccès dramatiques Ne trouve-t-on point
là l'explication de plus d'une page de son livre :
la Musique et les Musiciens ?
— Lu dans le Journal des Débais cette histoire :
(( M. HansRichter, le grand chef d'orchestre de
Vienne, a des affections et des haines éternelles.
Sa plus chaude affection en musique appartient à
Richard Wagner, et sa haine est acquise à qui-
conque n'a point pour l'auteur de Tristan le culte
qu'il a lui-même. Or, les admirateurs viennois de
Rubinstein organisent, en ce moment, un grand
festival pour honorer la mémoire de l'illustre pia-
niste. Ils ont demandé à M. Richter de prêter,
pour la circonstance, les musiciens de l'orchestre
qu'il dirige, — celui de la Société philharmonique.
Mais Rubinstein avait souvent attaqué Wagner,
en paroles comme en écrits, et M. Richter ne l'a
pas oublié. Il a impitoyablement refusé d'accorder
un seul de ses musiciens, et il a juré ses grands
dieux que la Philharmonique ne jouerait jamais le
moindre morceau de Rubinstein. Ce beau cas de
rancune artistique fait grand bruit à Vienne en ce
moment. Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des
Kapellmeister? »
11 n'y a qu'un défaut à ce récit. C'est qu'il attribue
à M. Hans Richter un pouvoir qu'il n'a pas . celui
de disposer de l'orchestre philharmonique. Il y a
là une erreur matérielle qu'il importe de rectifier.
Si l'orchestre philharmonique a été refusé à la
fête Rubinstein, c'est en vertu d'une décision du
comité de cette Société. M. Richter n'y est pour
rien, et nous le savons trop artiste pour le croire
capable d'une attitude aussi regrettable que celle
quiluiest attribuée. On peut être certain qu'ilya au
fond de cette histoire une petite perfidie à la
Hanslick.
— Les journaux de Londres annoncent que sir
George Grove, l'illustre auteur du Dictionnary of
1014
'm amDE MUSICAL
Music and Musicians, l'ouvrage le plus important, et
le plus sérieux de la musicographie contemporaine,
vient de donner sa démission de président-direc-
teur de la Royal Acaàemy of Music, autrement dit le
Conservatoire de Londres. C'est M. Hubert Parry
qui lui succède. Le nouveau président-directeur
est l'un des compositeurs les plus distingués de
l'Angleterre, et il fut le collaborateur de sir
George Grove pour le Didionnary dont nous venoris
de parler.
— A New- York la saison d'opéra s'est ouverte le
19 novembre, au Metropolitan Opéra House. On
a donné en français, les chœurs chantant en ita-
lien, Roméo et Juliette. La distribution était remar-
quable : M™' Melba faisait Juliette ; les rôles de
Roméo, de frère Laurent et de Capulet étaient
tenus par Jean et Edouard de Reszké et par Pol
Plançon . La seconde pièce a été Carmen avec les
frères de Reszké dans les rôles de José et d'Es-
camillo. Pour le rôle de Carmen, il avait été confié
à une Française de New- York, qui quitta la ville
il y a quelques années pour aller chanter à Lon-
dres avec beaucoup de succès, Zélie de Lussan.
— Voici une amusante anecdote sur le célèbre
compositeur Johannes Brahms, rapportée par le
Berliner Taeehlatt.
Brahms dînait chez un de ses admirateurs, qui,/
connaissant le faible de l'artiste pour ses vins, ût-j
apporter, vers la fin du repas, une marque spé-;
cialement savoureuse, en lui disant : « Voici le
Brahms de mes vins n. - Le convive dégusta lé
fin breuvage et répondit : «Excellent, merveilleux^
exquis! — Et, maintenant, apportez-moi votrel
Beethoven ! »
BIBLIOGRAPHIE
M. Albert Soubies, qui est un travailleur infati-l
gable, vient de publier chez Fischbacher,33, rue de|
So'ine, à Paris, une étude ayant pour titre : Mzisiqui-,
russe et musique espagnole. 11 a voulu faire poufl
l'école espagnole ce qu'il avaU fait précédemment
pour l'école russe, c'est-à-dire tracer rapidement
l'historique de l'art musical en Espagne, qui est
encore bien peu connu en France. Nous espérons
que M. Soubies no s'en tiendra pas là et que,
s'inspirant des travaux récents dus à la plume
d'un érudit, M. Pedrell, il complétera son premier
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Kufferath, M. Lettres de Richard Wagner à Auguste Rœckel . Net 2 5o
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Samuel, Ed. Exercices d'harmonisation Partie i —
(Répertoire du Conservatoire Royal de Bruxelles » 2 —
— Deux pastiches dans le style ancien :
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— Scherzo, par M"" Ernestine André van j
Hasselt. Sous ce titre, l'auteur a réuni une série
de nouvelles et d'essais ayant trait à la musique,
les uns originaux, les autres traduits de différents
auteurs allemands On y trouvera, notamment, la
notice d'Elise Polko sur Rubinstein. L'opuscule
est dédié à M™'-' la générale Parmenlier, qui n'est
autre, on le sait, que l'artiste célèbre qui s'appelait
Teresa MilanoUo.
— UOrguc de Jean-Sébasiim Bach, par A. Pirro.
Paris. Librairie Fischbacher. — Voici une étude
vraiment intéressante à ajouter à celles qui ont
été déjà écrites sur le vieux cantor de l'église
Saint-Thomas de Leipzig. Il faut lire, d'abord, la
préface écrite par l'habile organiste de Saint-Sul-
pice, M. Ch. M. Widor. Il trace rapidement la
silhouette du u colossal brave homme », nous le
montre étudiant sans jelâche dans sa jeunesse les
célèbres clavecinistes, depuis Froberger jusqu'à
Frescobaldi, nous indique la manière dont il
jouait du clavecin et de l'orgue et fait connaître
les erreurs que devront éviter les organistes con-
temporains dans le maniement des orgues.
Quant à M. A, Pirro, il a su réunir les docu-
ments les plus complets sur l'œuvre pour orgue
de J. S. Bach; il passe en revue lus précurseurs
du maître, l'histoire des compositions libres poi r
orgue de Bach, qu'il divise en trois périodes, où
se perçoit l'évolution du génie de Jean-Sébastien,
étudie, dans des chapitres distincts, le choral,
puis la registialion et les ornements des œuvres
d'orgue, donne, dans un appendice, la biographie
succincte, et, enfin, présente le catalogue de
l'œuvre complet de Bach.
L'étude est très clairement et très élégamment
écrite; elle passionnera tous ceux qui s'intéressent
à cette grande figure de l'art musical et à l'étude
de cet instrument merveilleux qui est l'orgue.
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Puppenfee, Rigoletto (Mme Albani, MM. Rovelli et
d'Audrade). Hasnsel et Gretel. Mara. Concert de
symphonie. Le Bal masqué. Hœnsel et Gretel et Les
Saisons.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie. — Du g au 16 décem-
bre : Roméo et Juliette. Le Portrait de Manon et
les Noces de Jeannette . La Traviataet Coppelia. Le
Prophète. Les Noces de Jeannette. La Navarraise et
Coppelia. Les Huguenots. Samson et Dalila. Lundi,
reprise du Rêve. Mardi, Orphée et la Navarraise.
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Nouveaux-concerts. — Dimanche 3o décembre, à
2 heures précises, dans la salle de l'Alhambra (Empire
Palace) Premier concert avec le concours de
Mlle Marie Bréma du théâtre de Bayreuth, etc. sous
la direction de M. Franz Servais Programme ; i. Le
Barbier de Bagdad, ouverture (P. Cornélius); 2. Die
Idéale, d'après Schiller (Liszt) ; 3. Deux poèmes :
(R Wagner), a) die Engel, bi Trasume, chantés par
M'is Bréma; 4. Léonore, ouverture n" 3, (L. von
Beethoven); 5. L'Apollonide, deux fragments (F. Ser-
vais), fl) Elégie, b) Scène sous la tente du festin. —
Hymne. Danse sacrée; 6. Gotterdaemmerung, scène
finale (R. Wagner), Brilnnhilde : M'ie Bréma. Loca-
tion et abonnement ; s'adresser à la maison Breitkopf
et Haertel, 45, Montagne de la Cour, où se trouve le
plan de la salle La veille de la répétition, le jour de
la répétition générale et le jour du concert, on trou-
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parallèlement avec le sol-
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les voix graves d'enfant, cor-
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du même solfège .... i »
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gnement de piano, inscrit
sur la liste des ouvrages
fournis gratuitement par la
Ville de Paris à ses écoles
communales, 2" édition. . 6 »
Cartonnage » 3o
— Le même, sans accompa-
gnement, 3' édition . . . 2 5o
Cartonnage » 25
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Traité de transposition au
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piano(théoriqueetpratique) 5 »
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clés (ouvrage couronné par
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seur au Conservatoire Le-
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ments de clés, composées
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de chant de la Ville de
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ciles).
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ciles et très difficiles).
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POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :
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Association artistique de Marseille, sous la direction
de M. Jules Lecocq, avec le concours de M. Raoul
Pugno. — Programme du i6 décembre 1894 :
L'Arlésienne, première suite d'orchestre (Bizet); Con-
certo en ut mineur pour piano, op. 37 (Beethoven),
M Raoul Pugno ; Ouverture d'Obéron (Weber);
Sonate en iil dièze, op. 27 (Beethoven), M. Raoul
Pugno ; prélude de Tristan et Iseult (Wagner) ; Polo-
naise en mi bémol , op. 22 iChopin). M. Raoul Pugno ;
la Chevauchée des Walkyries (Wagner .
Nancy
Concerts du Ci nservatoiee, avec le concours de
M. J. Eordier d'Angers, compositeur, le dimanche
16 décembre, à 4 heures. Programme ; ouverture de
Fidelio (L. Beethoven); Adieu suprême (J Bordier).
Air d'église et Canzonetta (J. Bordier), violon solo,
M Hekking.'sous la direction de l'auteur : Sympho-
nie en sol mineur (Mozart; prélude de Tristan et
Iseult (Wagner); Marche française (Saint-Saëns).
Directeur : Guy Ropartz.
Paris
OrÉKA — Du 9 au 1 5 décembre : Roméo et Juliette;
Othello; Faust; Bal militaire.
Opék.\-CoiMioue. — Du 9 au i5 décembre : Mignon;
Carmen; le Domino noir et le Chalet
Concerts du Conservatoire — Le dimanche 16 décem-
bre, à 2 heures Programme ; Symphonie en ré mineur
(R Schumann;; le Messie, fragments (Hœndel) ;
chœur, l'Enfant est né; Pastorale; chœur. Alléluia;
quatrième Concerto en «/ pour piano C. Saint-Saëns).
M. Louis Diémer; le Départ (iVIendelssohn), chœur
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N° I. Au Couvent
7> 2. Intermezzo
» 3 Mazurka (en ut)
» 4. Mazurka (en ré)
N° 5. Sérénade
» 6 Nocturne
» y. Rêverie
» 8. Scherzo
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N» 4. Mazurka en ré fr. i 65
N°^ 6. et 7. Nocturne et Rêverie. .... i 35
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Chansons de MARCEL LEFEVRE
(DEUXIÈME SÉRIE)
1 . Enterrement gai .... 5 — 4. Recette pour faire un dis-
2. Mélanie à la représentation
de la grande opéra . . . ' 3 —
3. Valse des bonnets .... 3 —
cours électoral
5. Le petit employé
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sans accompagnement; Symphonie en wj bémol (Mo-
zart). Le concert sera dirigé par M.Paul Taffanel.
Concerts - Colonne — Dimanche i5 décembre, à
2 h. 1/4 très précises. Ouverture de Benvenuto Cel-
lini (H. Berlioz); Absence, poésie de Th. Gautier
(H Berlioz), M°>« Auguez de Montalant, Ursule ;
M"« Planés; Requiem, œuvre 5 (H. Berlioz) : i Re-
quiem et Kyrie; 2. Dies irœ; Tuba mirum; 3. Quid
sum miser; 4 Re,\ tremendœ; 5. Quœrens me; 6 La-
crymosa; 7. Offertoire; 8. Hostias et preces; 9. Sanc-
tus Deus Sabaolh (Warmbrodt) ; 10. Agnus Dei
Concerts-Lamoureux. — Dimanche 16 décembre, à
2 h. 1/2. Programme ; Ouverture de Coriolan (Bee-
thoven); air de la comtesse. Noces de Figaro (Mozart),
par M™" Klafsky; Thàmar, poème syraphonique
(Balakireff) ; air d'Eglantine, Euryanthe (Weber), par
M™" Klafsky; Sous Bois (Emm. Chabrier); scène
finale du Crépuscule des Dieux (Wagneri, Brunn-
hilde : M"" Klafsky; Rapsodie norvégienne, premier
numéro (E. Lalo).
Concerts d'Harcourt. — Dimanche 16 décembre, à
2 12 heures, première de Geneviève, opéra de Schu-
mann, traduction inédite de MM. Eugène d'Harcourt
et Charles Grandmougin. Solistes: M'ie Eléonore
Blanc, MM. Vergnet. Auguez et Challet. i5o exécu-
tants sous la direction de M. Eugène d'Harcourt.
Vienne
Opéra. — Du 9 au i5 décembre : Cornélius Schutt,
Guillaume Tell, la Walkyrie, Autour de Vienne,
Faust, l'Africaine, Fidelio.
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• RÉPERTOIRE DE MUSIQUE POUR NOËL
BATTMANN, J.-L. Carillon de Noël, mélodie . . Net i 35
— La Rose de Noël » . i —
— Op. 339. N° 40, Noël o 5o
CEUPPENS, V. Noël pour soprano ou ténor i 35
DELL'ACQUA, E. Noël d'enfant i —
DENEFVE, J. La fête de Noël, pastorale à deux voix . .1 —
FAUCONIER, B.-C. Op. 37. Messe solennelle de Noël, avec accompagnement d'orgue . . Partition S 35
Chaque partie i —
HOUSSIAUX, E. Cantique de Noël, avec orgue. . i 75
JOURET, L. Noël, solo avec chœur ad libitum et acccompagnement d'orgue ou piano. . . Partition 2 —
Chaque partie séparée o 25
LFCLERCQ. La Nuit de Noël, mélodie religieuse pour baryton . . . . . . . . . i 35
PEELAERT, Noël, chant re'igieux I 35
RIGA, F. Petit oratorio de Noël, chœur à quatre voix et soli Partition 3 —
Chaque partie o 40
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DIRECTEUR-RÉDACTEUR EN CHEF
MAURICE KUFFERATH
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RÉDACTEUR EN CHEF A PARIS
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N LE KIME, SECRÉTAIRE-ADMINISTRATEUR
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Collaborateurs
Ed. Schuré — Michel Brenet
Georges Servières
Hugues Imbert — H. de Curzon
Camille Benoit— Etienne Destranges
Guy Ropartz — J. Manskopf
Van Santen Kolff— D' Edm. Rochlich
J. Houston Chamberlain
Ed. Vander Straeten— Ed. Evenepoel
Maurice Kufferath
Charles Tardieu - Marcel Remy
Ernest Thomas — |. Malherbe
Henry Maubel — Ed. de Hartog
D'' Victor Joss. — N. Liez. — I. Will
D'' F.-V. Dwelshauwers-Dery
Ernest Closson — Lucien De Busscher
Oberdœrfer — Jean Marlin
J. BrUNET - A. WiLFORD, ETC, ETC.
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journal, à Bruxelles, 2, rue du Congrès ;
à Paris, à la Librairie Fischbacher,
33, rue de Seine,
France et Belgique ... 12 francs.
Union postale 14 —
Pays d'outre-mer .... 18 —
40'' année 23 Décembre 1894
-NUMÉRO S2
SOMMAI RE _
H. Alvin et R. Prieur. — Métronomie
expérimentale (suite).
M. Kufferath. — Une lettre inédite de
Berlioz.
Georges Servières. — Lieder Français.
J. D'A. — Jules Busschop.
»£.|)rontquc Ô£ la Semaine : Paris : Hugues Imbert.
La millième de Faiisi; au Conservatoire; reprise
de Paul et Virginie. — Ernest Thomas. Le Concert-
Lamoureux.— Reyval. La Geneviève de Schumann
aux Concerts-d'Harcourt.
Nouvelles diverses.
Bruxelles : J. B. Reprise du Rêve.
M. K. M. d'Albert aux Concerts-Schott.
. Nouvelles diverses.
Correspondances : Amsterdam. — Anvers. — Lille.
— Mons. — Nancy. — Nice. — Vienne.
Nouvelles diverses. — Bibliographie. —Nécrologie.
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et chez les éditeurs de musique. — A Paris : librairie
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de rodéon. — Luxembourg, G.-D. Simonis. libraire. —
A Londres ; MM. Breitkopf etHœrtel, Great Malborough
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1022
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400 ANNÉE. — Numéro 52.
23 Décembre 1894.
A NOS ABONNES
PRIMES
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dont l'abonnement expire le 3i décem-
bre prochain qu'en raison de l'impor-
tance de cette échéance, nous ferons
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maine du mois, afin d'éviter les inter-
ruptions dans le service du journal.
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VArt Musical qui désirent continuer
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faire parvenir leur renouvellement ou
leurs mandats directement à la Maison
Ledtic, 3, me de Grammont, à Paris.
Afin d'éviter les frais de recouvre-
ment nous engageons instamment nos
abonnés des autres pays à nous adres-
ser le montant de leur abonnement
(14 francs) par mandat postal.
L'augmentation continue de notre
tirage, la faveur croissante dont jouit
notre revue, nous astreingnent à user
d'un peu de rigueur dans l'envoi
du journal. Nous considérerons donc
comme réabonnée toute personne
dont la renonciation ne nous sera pas
parvenue avant le i5 janvier.
Comme de coutume à l'époque des
étrennes, nous offrons à nos abonnés
des PRIMES LITTÉRAIRES, MU-
SICALES et ARTISTIQUES.
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lecteurs trouveront l'énumération dé-
taillée à l'avant -dernière page, se
recommandent tant par la variété du
choix que par leur prix exceptionnel-
lement avantageux.
L'Administration .
MÉTRONOMIE EXPERIMENTALE
(Suite). — Voir les nos 44, 45, 46, 47, 48, 49, 5o et 5i
(Reproduction interdite)
"^
LA WALKYRIE
Parmi nos observations métronomiques
sur la Walkyrie, nous choisirons pour les
comparer celles qui portent sur les exécu-
tions du 4 septembre et du 25 septembre
1893 au Théâtre royal de Munich, sous la
direction de M.Hermann Levi, et celles du
22 mai 1893 et du 12 mars 1894, à l'Opéra
de Paris, dirigées l'une par M. Colonne,
l'autre par M. Madier de Montjau.
Les comparaisons suivantes seront donc
quadruples, à part le cas où les nombreuses
coupures pratiquées à l'Opéra de Paris
comprendront le fragment considéré.
Dans les deux exécutions de Munich, les
distributions n'étaient que partiellement
semblables ; les rôles de Sieglinde, Brûnn-
hilde et Wotan étaient tenus la première
fois par M"'^^ Sucher et Wekerlin et par
M. Brucks; la seconde fois par M™" Ter-
nina et Sucher et par M. Grengg.
Pour les deux exécutions de Paris, la
différence des distributions était plus grande
encore; sans parler des Walkyries, dont
quelques rôles étaient confiés à d'autres
interprètes, tous les rôles principaux étaient
autrement tenus, sauf celui de Hunding
(M. Gresse dans les deux cas).
Il y aurait donc, dans une comparaison
quadruple de cette espèce, matière à d'in-
téressants rapprochements sur les in-
fluences métronomiques personnelles des
chanteurs et cantatrices. Nous pourrions
entreprendre une recherche analogue à
celle que nous avons esquissée pour Sieg-
fried. Mais il faudrait pour cela dépasser
1024
LE GUIDE MUSICAL
de beaucoup les limites de cette étude;
nous devons nous borner à quelques géné-
ralités. Nous insisterons de préférence sur
les résultats caractérisant, au point de vue
de la justesse des nuances successives, les
exécutions de Munich et celles de Paris.
Disons tout d'abord que nous avons cru
trouver dans celles-là une supériorité très
marquée ; non pas qu'elles soient tout à fait
impeccables : la perfection mathématique
n'est ni pratiquement possible, ni acousti-
quement nécessaire. Ce n'est pas non plus
que les exécutions de Paris soient, d'un
bout à l'autre, mauvaises au point de vue
métronomique : on verra des fragments où
l'analyse des allures suivies ne révèle ni
faute, ni contresens. Mais l'impression
d'ensemble qui se dégage de nos statisti-
ques, c'est que les erreurs de mouvements
sont relativement rares dans les unes et
relativement fréquentes dans les autres.
Nous laisserons parler les chiffres et, en
les comparant à la partition, le lecteur se
fera lui-même une opinion qui, nous l'espé-
rons, ne différera guère de la nôtre.
Le premier extrait comparatif sera pris
au début de la scène première du premier
acte (A. 8, F. 6) :
Pageb
réduc
dos
1
TEXTE CHANTE
Mouvement
aux exéci
Munich
I 1 2
s constatés
tiens de
Paris
8
6
6-5
7-1
7-2
7-3
3M^ =
io3
io3
144
120
9-2
9-3
9-4
9-4
Quel que soit ce
Dans le 3/2 ritarddo
Ein fremder Mann ?
Un homme ici?
4k 0-
Moderato
79
80
96
93
80
80
120
120
Envoyé par le sort
3/4 ;r
Unpoco lento
Von Weges Mûh'n .
L'on dirait qu'il dort
79
60
100
72
Dès la première ligne, on constate pour la
fin du prélude orchestral une notable diffé-
rence entre les deux exécutions de Munich;
et celles dé Paris ; !à Munich ' = io3, uni-,
fermement; à Paris, tantôt 144, tantôt 120. '
La nuance Ritardando est suivie dans les
quatre cas; mais tandis qu'à Munich elle
constitue pour ainsi dire une transition
entre les mouvements qui la précèdent et
ceux qui la suivent, à Paris, au contraire,
il y a relèvement considérable, de 3o de-
grés métronomiques environ, à l'arrivée du
Moderato 4/4. Il y a là bien autre chose
qu'une appréciation discordante des vi-
tesses absolues, sensiblement plus grandes
à Paris ; il y a surtout un sentiment tout à
fait différent des successions d'allures. Sur
le Moderato,les exécutions parisiennes ten-
dent à revenir au Stiirmiscli, Tempestoso,
du prélude ; on croirait à un retour offensif
de l'orage!
Prenons, dans la deuxième scène, la pre-
mière partie du récit de Siegmund (A. 21,
F. 21):
lapa
bite ]3a-
jusqu'à la réplique de Hunding (A. 23,
F. 25) :
Voici quelques-unes des vitesses locales
observées :
TEXTE CHANTÉ
Mouvements constatés
aux exécutions de
21
21
21
22
22
23
22
23
22
23
23
24
.23
25
Friedmund darf ich
La paixn'habitepas
Je sie gekannt.
Naître l'émoi
Das Wolfsnest leer .
Le gîte vide
Muthiger Leib
Dans son sang
Harte Schaar
Une indigne race
Das Wolfspaar sich
Grandis* en nombre
Vemâhm îch dunkle ,
Révle en ma mémoir'^ ,
76
Le tableau suivant donne un résumé de
nos mesurages à partir de la mesure ci-des-
sus jusqu'à ces paroles de Hunding (A. 3i,
F. 34) :
Lebhaft und rasch.
AUfg,-
A première vue, les différences entre ces
quatre séries de mouvements ne paraissent
pas très importantes; les accélérations
relevées tout à l'heure dans les exécutions
de Paris sont, en moyenne, beaucoup
moindres.
Mais cette conformité relative n'est pour
ainsi dire qu'apparente; un examen plus
attentif va nous montrer que si le phrasé
métronomique du récit de Siegmund reste
comparable, malgré la différence des inter-
prètes, dans les deux exécutions de Munich
et la seconde exécution de Paris, il est, au
contraire, très différent dans la première
exécution de Paris. Pour les quatre cas,
nous constatons une accélération du pre-
mier au second intervalle ; mais du second
au troisième il y a ralentissement en M i,
M 2 et P 2, tandis qu'en P i on trouve une
nouvelle accélération sensible, de 81 à 104.
Même inversion en passant du troisième au
quatrième intervalle : accélération en M i,
M 2, P 2, ralentissement en P i. Les deux
exécutions de Paris ne se ressemblent donc
pas entre elles quant aux nuances métrono-
miques successives; la première prend en
quelque sorte le contrepied des nuances
suivies à Munich. On comprend que les
impressions auditives sont bien différentes
en pareil cas.
Il est assez piquant de constater que
dans la représentation P i le rôle de Sieg-
mund était tenu par M. Van Dyck, familier
avec les traditions allemandes, et dans la
représentation P 2 par M. Dupeyron.
A la fin de la même scène étudions
comment sont réglées les allures de la
menace de Hunding, après que Siegmund
a terminé son récit (A. 3o, F. 33) :
LE GUIDE MUSICAL
1025
Nous y ajouterons les allures locales, sur
VAniniato et le Lento 3/4 qui suivent.
Page
rida
■0
i
lions
TEXTE CHANTÉ
Mouvements constatés
aux exécutions de
Munich Paris
Mi I M2 Pi Î P2
3o
33
Und Kehrte nun hem
A temps je reviens
86
88
92
100
3o
ii
Wôlfingdichheut..
C'est la loi
Animal 0
96
106
100
96
3i
3i
34
34
Kies ich den Tag. . .
Sans merci ni grâce
.^ahlst du mir.ZoU.
Jeveuxvengrletréps
Animato
90
160
120
128
81
128
72
120
3i
34
Harr mein'zur Ruh !
Sors d'ici
3/4 ;.
Lento
75
72
68
60
Dans les représentations M i, M 2 et P i,
on voit, du premier au second intervalle,
une accélération bien marquée ; et elle se
justifie à merveille par l'indication du texte :
Belebter, Animato; il est fort naturel que le
mouvement soit relativement lent sur ces
paroles de Hunding :
Fui- die Naolii nahm ich dich auj.
Pour la nuit te tienne abrité (i)
et qu'il s'anime à ces mots :
Mit starlier Waffe doch wehre dich
Mais, demain, retiens la menace.
Le contraste entre l'hospitalité consentie
et la provocation suivante se traduit ainsi
métronomiquement ; il est voulu par Wag-
ner.
Mais voyez, dans la représentation P 2,
comment cette nuance est violée : non
seulement l'allure ne s'anime pas sur Y Ani-
mato, mais elle tombe de loo à 96; chute
insignifiante, sans doute, au point de vue
acoustique; mais c'est une accélération
qu'il faudrait et le contresens est évident.
(i) Nous suivons la version de V. Wilder.
1026
LE GXJIDE MUSICAL
Le passage n'a pas été compris, l'effet est
manqué.
Cet exemple montre bien comment des
écarts métronomiques relativement faibles
suffisent à défigurer les intentions de l'au-
teur.
(A suivre.) H. Alvin et R. Prieur.
UNE LETTRE INEDITE DE BERLIOZ
M™« Henriette Fuchs commence, dans le
Temps, la publication d'une série de lettres
inédites de Berlioz, adressées à Théodore
Ritter. Nous extrayons de ce recueil la pi-
quante missive que voici, qui date de l'époque
où Berlioz dirigeait à Londres des concerts
symphoniques en même temps que Wagner.
Londres, mardi matin, i85S (i).
Mon cher Théodore,
(Je déteste les surnoms, les sobriquets, les ter-
mes d'amitié, de càlineries, de bêtiserie, voilà
pourquoi je ne dis pas : mon cher Tintin...) Votre
lettre m'a fait grand plaisir, et si j'y réponds un
peu tard, c'est que, depuis votre départ, j'ai eu très
mauvais temps, force visites, force dîners, force
trios de piano, correspondance dans le Musical
World avec les choristes amateurs que je n'ai pas
voulu laisser chanter dans Roméo et Juliette, déjeuner
chez Beale, répétition au piano chez Glover,
émeutes à Regent's park, cent hommes arrêtés, les
worksmen voulant délivrer leuis/yéêères, plusieurs
blessés, ma femme rentrant épouvantée, la mi-
graine, lecture du Sarnson de Hsendel, recrudes-
cence de la migraine, hier une effroyable répétition
à Exeter hall, la cantate de Glover très piquante
de style, mais difficile, qui m'a fait suer jusqu'à
grossir le ruisseau du Strand, et le finale âCHarold,
et un féroce concerto de Henselt, exécuté par
M"'' Klindworfh en style libre, et qui m'a fait dan-
ser sur la corde lâche pendant une heure, et Coo-
per, notre premier violon, qui, n'y tenant plus,
s'est écrié : « Sempre tempo rubato! » et les cor-
nets qui n'ont pu venir à cause de la bande militaire
de l'Etoile du Nord, qui les retenait à Covent-Gar-
den... Toujours VEtoile du Nord,soirée chez Glovei,
où Mej'erbeer devait venir, excuses du grand homme
alléguant une affreuse colique, citation du livre de
Heine, la Marquise de la diarrée (ou de la dyhar-
rée) (2), ou quelque autre orthographe, puis enfin
Meyerbeer arrivant quand tout le monde avait fini
(i) Lettre probablement écrite dans la seconde qum-
zaine de mars.
(u) Je tais très bien que c'est diarrhée ! ! 1
(Note de Berlioz).
de se désoler, félicitations sur la fin de sa colique,
vagabondages dans les rues de I^ondres au clair
de lune, je vais rejoindre ma femme chez Ernst,
M""* Ernst me demande si j'aime Molière, par-
bleu ! ! et, crac, je vais vous en réciter ou déclamer
quelque chose : une scène du Misantrope [sic), après
quoi on apporte l'échiquier et Ernst s'attable avec
M. Louis Blanc et les voilà à s'échiner dans ces
stupides combinaisons jusqu'à trois heures du
matin, matinée d'Ella où ladite Ella présente à
soit public Meyerbeer entre deux évêques, départ de
Wagner, après que le brave M. Hogarth l'a pré-
senté à son tour à M. Meyerbeer, en demandant à
ces deux illustres s'ils se connaissaient, joie de
Wagner de quitter Londres, recrudescence de
fureur contre lui parmi tous les critiques après le
dernier concert de Hanovre square, il conduit en
effet en style libre comme Klindworth joue du
piano, mais il est très attachant par ses idées et
par sa conversation, mais nous allons boire du
punch chez lui après le concert, il me renouvelle
ses amitiés, il m'embrasse avec fureur, disant qu'il
avait eu sur moi une foule de préjugés, il pleure,
il trépigne, à peine est-il parti que le Musical
World publie le passage de son livre où il m'éreinte
de la façon la plus comique et la plus spirituelle,
joie délirante de Davison en me traduisant cela.
« Le monde est un théâtre », c'est Shakespaere et
Cervantes qui l'ont dit. Ella me fait présent d'un
superbe volume, les œuvres complètes de ce même
Shakespaere, Poète, comme on a eu la précaution
d'en instruire les visiteurs du palais de Cristal :
W. Shakespaere,
Poète
(vous étiez bien bon de m'en informer)
et je vous serre la main à tous, et je me signe
(locution allemande) votre tout dévoué.
M. Berlioz, homme de lettres sans points, qu'on
lit d'une seule haleine, si l'on peut, si l'on a une
bonne haleine, c'est-à-dire si l'on n'a pas l'haleine
mauvaise, si l'on n'a pas la laine courte, si l'on sait
se servir de son alêne, ceci est piquant sans être
spirituel, mais il faut bien se passer quelques
calembours, et God hless you et Farewell (!)
Pas d'ananas ! nous sommes volés ; mais force
fraises : nous avons jusqu'à des fraises de veau.
Vile phrase ! Calembour anglais.
Ma femme a trouvé la clef du casse-tête chinois ;
elle m'ordonne de vous le dire.
I^e « livre » de Wagner auquel fait allusion
Berlioz, n'est autre que Opéra et Drame dont
le Musical Wordl publiait à ce moment un
résumé. M™'= Henriette Fuchs ne le 'cite pas.
Berlioz parle du reste à tort d'un éreinte-
ment.
Wagner, il est vrai, se sépare très nette-
ment de lui au point de vue des tendances
esthétiques; plus tard, il revint sur Berlioz
dans sa lettre sur les poèmes symplwniques de
Liszt et dans un article sur la symphonie de
LE GUIDE MUSICAL
1027
Romeo et Juliette; mais il le fait en rendant
un hommage très éclatant aux rares facultés du
maître français, pour qui l'on sent au fond de
sa pensée, une vive sympathie en dépit d'un
profond dissentiment de tendances et de con-
ceptions artistiques.
Berlioz, dit-il, est le plus direct et le plus éner-
gique descendant de Beethoven, — mais il le suit
en prenant justement la route que Beethoven
avait cru devoir abandonner du jour où il passa
de l'esquisse au tableau.
Wagner parle avec admiration de son excep-
tionnelle intelligence musicale. « Dans son
désir de noter les étranges créations de son
imagination effroyablement surchauffée, Berlioz
a poussé son énorme intelligence musicale jus-
qu'à un pouvoir technique jusqu'alors insoup-
çonné. Ce qu'il avait à dire au monde était si
extraordinaire, si inaccoutumé, si complète-
ment contraire au naturel, qu'il ne pouvait le
dire tout uniment, avec des mots simples : il
lui fallait l'appareil considérable des machines
les plus complicjuées pour exprimer au moyen
d'un mécanisme infiniment délicat et combiné
de la façon la plus ingénieuse, ce qu'un organe
humain était impuissant à exprimer : précisé-
ment parce qu'il s'agissait ici de choses tout à
fait in-humaines. La vérité est que l'orchestre
de Berlioz est une merveille de mécanisme. »
Wagner lui reproche, il est vrai, par la suite,
d'être tombé dans le matérialisme, mais « il
le regrette d'autant plus, dit-il, que Berlioz est
aujourd'hui encore dévoré parles plus sincères
aspirations artistiques. Cela n'empêche qu'il ne
se soit perdu sans retour dans le désert de ses
combinaisons mécaniques ».
Si l'on tient compte des points de vue diffé-
rents des deux artistes, ce n'est point là un
éreintement, mais simplement une analyse de
la personnalité esthétique de Berlioz. Et elle
est d'une justesse absolue pour qui veut impar-
tialement apprécier les choses. M. K.
LIEDER FRANÇAIS
Ed. Lalo : Recueil de quinze mélodies — Gabriel
Fauré : La Bonne Chanson (poème de Verlaine),
neuf mélodies pour une voix avec accompagne-
ment de piano. Hamelle, éditeur, 22, boulevard
Malesherbes, Paris.
Dans l'article que je publiai en ce journal au
lendemain de la mort d'Edouard Lalo,. je déplo-
rais que son éditeur ne lui eût pas donné la satis-
faction de voir rassemblées en un recueil quinze
mélodies égarées, dont plusieurs mêmes étaient
épuisées. Après une attente de sept ou huit ans,
ce vœu, qui était celui des admirateurs du maitre,
vient d'être, enfin, comblé.
Mais c'est chose surprenante de voir combien les
commerçants en matière musicale ou théâtrale,
ont peu le sens du moment opportun qui convient
à la publication d'une œuvre ou à sa représenta-
tion. De même que la direction Ritt et Gailhard
n'a pas su profiter du succès, du Roi d'Y s pour
reprendre le ballet de Lalo, Namotina, qui, en 1882,
avait subi à l'Opéra un échec immérité, de même
l'éditeur Hamelle, par nonchalance sans doute, a
laissé passer l'époque où ces mélodies eussent été
le mieux goûtées. Aujourd'hui, plusieurs d'entre
elles paraîtront peut-être un peu surannées, qui
datent des débats mêmes du compositeur. Telles
sont les six mélodies sur des vers de V. Hugo,
pubUées par Maho en i8S3, la Ballade à h lune et
Aubade qui sont à peu près de la même époque.
Pour les juger équitablement, il faut se reporter à
la période dans laquelle elles ont été composées,
les replacer dans le milieu musical d'un temps où
Schumann était à peine connu en France, où Gou-
nod produisait ses premières mélodies. Alors, si
l'on fait peu de cas de certaines de ces pièces vo-
cales, particulièrement de la seconde, très infé-
rieure à la rêverie que M. Saint- Saëns a écrite sur
les mêmes strophes, on discernera cependant dans
les trois autres : L'Aube naît (n.°3}, OhP quand je dors
{n° 5), jolie berceuse d'un sentiment schumanien,
et Guitare (n" i),des qualités qui annoncent un tem-
pérament personnel. Tous les dons d'élégance
rythmique, qui furent l'originalité de Lalo, sont
en germe dans l'accompagnement de Guitare, avec
ses contretemps et ses pizsicati de basse. Ils se
manifestent aussi, quoique avec moins de bonheur,
dans la Ballade à la lune, dont je goûte particulière-
ment l'épisode plus lent, a messa voce. Les autres
mélodies, [Chant breton, Marine, Veni Creator sur un
thème bohème), sont d'une période beaucoup plus
récente {1885-1887).
Au lieu de compléter le recueil avec divers
arrangements pour la voix plus ou moins heureux
sur d'autres paroles, de morceaux extraits de
Fiesque ou de Namouna (i), l'éditeur eût infiniment
mieux fait de racheter à la vente du fonds Hart-
mann les six ou sept mélodies de Lalo qui figu-
raient dans le catalogue de la maison : trois mélo-
dies sur des vers de Musset ; la Fenaison, le Roicge-
Gorge, VEsclave, Souvenir, et de les joindre à celles
qu'il possédait. Les éditeurs de Gounod et de Mas-
(i) Le duo à la sixte : Dansotts! est une adaptation
pour deux voi.-c du Tambourin de Namoiina.'L'Humoresque
est textuellement extraite de Firoque : couplets du pre-
mier acte. Le duo : Sous les Halliers est un arrangement
du finale du duo du premier acte entre Fiesque et Julie ;
\'0 Salularis à trois voix, de VaUegrefto du duo avec Léo-
nore au second acte.
1028
LE GUIDE MUSICAL
senet ont, je le sais, donné l'exemple de ces adap-
tations de paroles religieuses àdeschants profanes,
de ces transformations vocales de compositions
instrumentales, de ces exhumations de pages
enfouies dans des ouvrages oubliés. Edouard Lalo
l'a suivi en tirant de sa partition de Fiesqtie toute
la matière mélodique qu'elle contenait. Je com-
prends très bien d'ailleurs que l'artiste l'ait utilisée
autrement, mais il eût peut être mieux valu ne pas
condamner absolument cet opéra qui contenait
des parties fort originales, et récrire celles dont la
forme était démodée.
, On voit par ces explications qu'il ne faut point
juger Lalo mélodiste uniquement sur ce recueil.
Pour avoir une idée complète de son talent, il
faut connaître encore, dans le genre vif et léger,
la Fenaison, si élégante de rythme ; dans le style
chaleureux et passionné, VEsclave (paroles de Th.
Gautier; et Souvenir {poésie de V.Hugo) et dans les
cinq Lieder publiés par la maison Schott, les chants
intitulés : A celle qui part et Viens! (paroles de La-
martine) dont la coda est délicieuse. Ce sont avec
Marine les pages vocales les plus expressives qu'il
ait écrites, les plus dignes, par la spontanéité, la
profondeur du sentiment et l'accent musical, d'être
comparées aux lieder de Schumann.
Les poésies qu'il était de mode de mettre en
musique à l'époque de Gounod et d'Edouard Lalo,
c'étaient celles de Victor Hugo, de Musset, de
Lamartine. Plus tard, les compositeurs cher-
chèrent leurs inspirations dans Th Gautier;
Gabriel Fauré, qui est un fin lettré, emprunta à
Baudelaire, à Leconte de Lisle, les textes de plu-
sieurs de ses plus remarquables mélodies. Dans
ces dernières années, le délicat musicien s'est
épris d'un poète plus récent, aujourd'hui fort
goûté après avoir été longtemps méconnu. Paul
Verlaine. On sent qu'il aime ces vers à la grâce
fugace, d'une douceur vague, évanescente, et son
art exquis des demi-teintes suaves et nuancées
convient merveilleusement à les exprimer musi-
calement, si toutefois ce n'est pas une œuvre
superflue que d'ajouter de la musique à des vers
qui sont eux-mêmes une musique.
La tentative a plus d'une fois réussi à Fauré ; et
sur des pièces des Fêtes galantes, il a brodé des
ornements mélodieux d'une touche légère de
pastel. Aujourd'hui, c'est sur des strophes de la
Bonne Chanson qu'il a écrit neuf de ses plus élé-
gantes mélodies. Elles sont tantôt à un seul mou-
vement, le plus souvent à deux. Vers la fin, sur la
dernière strophe, de sentiment plus calme ou plus
rêveur, un alanguissement, un apaisement se pro-
duit, que la musique exprime avec un charme
délicieux.
En certains de se Lieder, le thème mélodique
appartient au piano et se développe librement
sans être subordonné à la partie vocale. Dans
cette catégorie, il faut citer le n° r, à trois temps ;
Une sainte eti son auréole, où le chant traverse de
délicates harmonies; le n» 4, où revient d'ailleurs
le thème initial; le n" 6, où interviennent de gais
appels de cailles ; le n° 7 est formé des deux élé-
ments, forme vocale de la mélodie, intervention
symphonique alternées.
Dans la mélodie n° 3, aux mesures notées à 3/4,
paraît, au clavier, une phrase mélodique qui
évoque le chant de Nydia, écrit sur des vers de
Leconte de Lisle, une des plus jolies mélodies du
premier recueil de Fauré. Cette phrase se coupe
en deux : un fragment ascendant, qui fournil le
support des dernières mesures, marié avec le
thème initial, forme la conclusion de la mélodie
n° 4. Le premier fragment de la phrase revint à la
basse, page 21, dans le cinquième Lied.
Comme mélodies plus nettement vocales, et où
le piano n'a guère qu'un rôle d'accompagnement,
se présentent le n° 2, accompagné en arpèges; le
no S, très élégant dans ses flexions modulatrices si
harmonieusement adaptés aux caprices du texte;
enfin le n° 8.
La dernière (n" 9) est une sorte de résumé où
interviennent des rappels des thèmes appartenant
aux précédentes. L'appel des cailles s'élève
d'abord du clavier, amène le rappel du thème
instrumental du n" 7, et reparaît çà et là, toujours
plus allègre et plus sonore, comme un éclatement
de bourgeons printaniers. Le rythme ternaire du
n" 1 paraît en 9/8 dans VAndante moderato qui
termine le n" 9, et expire en un ressouvenir des
Lieder 6 et 8.
Ce qu'une analyse musicale ne saurait dire,
c'est l'adresse avec laquelle ces idées de prove-
nance diverse, de forme vocale ou instrumentale,
s'insèrent dans le développement de la mélodie et
se combinent insensiblement, c'est le charme des
harmonies, raffinées, curieuses, mais toujours
sans dureté pour l'oreille, la subtile atmosphère
musicale qui enveloppe et pénètre ces poèmes de
grâce tendre et chaste, et l'absence, en cette suave
imagination lyrique, de toute fadeur.
Georges Servières.
Jules BUSSCHOP
E doyen des musiciens belges est né en
1810, d'une noble famille brugeoise.
Musicien des plus estimés et aussi des
plus féconds, il a cultivé tous les genres, composé
des S3-mphonies, des ouvertures, un grand nombre
de chœurs, de mélodies, de scènes dfamatiques,
de motets et autres morceaux religieux, plusieurs
messes dont une écrite pour la cérémonie du
mariage de Léopold II; il est l'auteur de la can-
tate exécutée en 1846, à Bruges, pour l'inaugura-
tion de la statue de Simon Stévin, et d'un Te Deum
LE &U1DE MUSICAL
lœg
exécuté à Sainte-Gudule, le 21 juillet 1860, au
vingt-neuvième anniversaire de l'avènement de
Léopold I". Citons encore un opéra, la Toison
d'Or, non représenté, mais dont les principaux
fragments ont été joués dans les concerts.
C'est en 1834, au concours qui venait d'être
institué par le ministre Rogier, que M. Busschop
remporta le premier prix à l'unanimité sur trente-
six concurrents. Le deuxième échut à M. Ermel,
ancien grand prix de Rome de l'Institut de
France.
Cette carrière si longue et si bien remplie a été
justement honorée : en 1848, M. Busschop était
décoré de la Couronne de Chêne des Pays-Bas; en
iS56, de l'ordre de Léopold; il recevait, en 18S0
les insignes d'officier, de la main du ministre
Rolin, dans une solennité dont le programme était
composé exclusivement de ses œuvres. En i883,
on lui conférait les ordres de Charles III d'Espagne
et du Christ de Portugal. Il fit partie, à diverses
reprises, du jury du grand concours de composi-
tion musicale, et, en i8S3, il était fait membre de
l'Académie de Belgique.
■ L'an dernier, une manifestation sympathique
fut organisée par les artistes brugeois en l'hon-
neur de leur vénérable doyen. On exécuta, à cette
occasion, une de ses remarquables compositions
religieuses. Peu après, la municipalité brugeoise,
sur l'initiative du bourgmestre, fêta le soixan-
tième anniversaire du concours où Jules Busschop
avait remporté son premier triomphe : une adresse
accompagnée d'une médaille d'or lui fut remise
au nom de sa ville natale, en présence des auto-
rités de la commune et de la province.
En ce moment, le vieux maître, dont les
années n'ont pas ralenti l'activité, procède aux
répétitions d'une œuvre nouvelle, très vibrante,
qui fera les frais d'une solennité annoncée pour le
27 décembre, et à laquelle prendront part cent
trente exécutants. Ce sera, pour M. Busschop, une
sorte d'apothéose.
Il est à souhaiter que, en cette circonstance,
le gouvernement s'associe à l'hommage rendu au
noble vétéran de l'art belge, en lui décernant la
croix de commandeur, qui lui revient à si juste
titre. J. d'A.
Chronique &e la Semaine
PARIS
La millième de Faust, à l'Opéra — Conservatoire natio-
nal de musique — Paul et Virginie, opéra en trois
actes et si.\ tableaux, de M M. Jules Barbier et Michel
Carré, musique de Victor Massé. (Reprise à l'Opéra-
Comique.)
La millième de Faust a eu lieu, à l'Opéra, le
14 décembre 1894. Exécuté, pour la première
fois, à l'Opéra- Comique, le 19 mars i85g, cet
opéra aura mis plus de trente-cinq ans à attein-
dre le respectable chifFro de mille, alors que
Mignon, dont la première représentation eut
lieu le 17 novembre i855 et la millième en mai
1894, n'aura attendu que vingt-sept ans et demi
pour arriver au même résultat. Ainsi l'a voulu
la faveur du public, qui adopta d'emblée une
œuvre dont la contexture ne s'éloignait pas des
sentiers battus et ne troublait ni ses habitudes,
ni sa quiétude, tandis que Faust, qui, au mo-
ment de son apparition, était sans nul doute
une conception nouvelle et progressive, devait
être accepté plus difficilement. Nous ne rap-
pellerons pas ici les différentes phases par les-
quelles a passé l'œuvre d'amour, qui a fini par
enthousiasmer la génération de 1860, donner
naissance à une école et dépasser les frontières
du beau pays de France, pour se répandre
dans le monde entier. Il ne faut pas l'oublier,
— même lorsque nous aurions des préférences
manifestées ouvertement et en temps opportun,
pour des traductions musicales du Faust de
Gcethe plus élevées dans l'échelle de l'art :
nous voulons parler de celles d'Hector Berlioz
et de Robert Schumann.
Mais si nous ne croyons pas devoir retracer
l'histoire, si connue aujourd'hui, du Faust de
Gounod, nous avons à rappeler à tous celle qui
fut la première interprète, l'incarnation de
Marguerite. M""" Miolan-Carvalho n'a jamais
été égalée dans ce rôle. Sa diction merveil-
leuse, sa voix d'un timbre adorable, son style
impeccable en firent une Marguerite idéale.
Heureux ceux qui ont pu l'entendre et sub le
charme de son art !
Pour la millième, la direction de l'Opéra
avait commandé au célèbre sculpteur Fal-
guière, la maquette d'un monument représen-
tant le compositeur assis, drapé à l'antique,
avec une Renommée planant au-dessus de lui
et sonnant de la trompette. La cantate de cir-
constance avait été écrite par M. Ambroise
Thomas, et l'interprétation des rôles avait été
confiée à M^'s Caron , Deschamps- Jehin,
Mlle Agussol et MM. Alvarez, Delmas et Re-
naud. Le succès a été grand ; mais le chantre
de Marguerite n'était plus là pour recevoir les
ovations enthousiastes des spectateurs !
— Une joie bien douce nous était réservée,
dimanche dernier, au Conservatoire : celle de
voir acclamée une des belles œuvres symphoni-
ques du maître que nous aimons tant, la qua-
trième Syinphoiiie en ré mineur de Robert
Schumann ! C'est qu'elle fut jouée dans la per-
fection par l'orchestre de la Société des Concerts
1030
LE GUIDE MUSICAL
et qu'elle se montra ainsi dans sa rayonnante
beauté. Sans insister sur cette innovation des
thèmes reproduits dans les diverses parties de
la composition, admirons cette introduction
mystérieuse avec ces longues phrases traînées
des violons, se reliant à l'allégro plein de mou-
vement et affectant le style pastoral, dans le-
quel apparaît ce gracieux passage mélodique
des violons, vision courte mais charmante, —
puis la Romance, mélodie populaire d'un sen-
timent triste, esquissée par les violoncelles et
le hautbois et suivie d'une sorte de variation
confiée au violon solo (M. Nadaud) ; le Scherzo
très rythmé, et surtout le Trio, merveille de
délicatesse et de sous - entendus délicieux.
Quelle liaison émouvante que celle existant
entre leScherzo et le Finale d'unerare énergie,
renfermant une phrase tendre et haletante si
particulière au génie de Schumann! Œuvre
remarquable par sa grande tenue, son unité et
la poésie intense qui s'en dégage !
Les fragments du Messie, summum opus de
Hsendel, ont été également fort bien interprétés
par les chœurs et l'orchestre. On sait que cet
ouvrage, composé à Londres en 1741, fut
exécuté pour la première fois à Dublin, le
i3 avril 1742.
Le Concerto en ut mineur (op. 44) de Saint-
Saëns a été l'occasion d'un nouveau triomphe
pour M. Louis Diemer. Nous n'avons plus à
insister sur les qualités qui distinguent ce vir-
tuose et qui l'ont placé sur le même rang que
les artistes les plus remarquables de la période
contemporaine. Rappelons que le Concerto en
ut mineur est peut-être, parmi les œuvres pia-
nistiques de Saint-Saëns, celle qui porte le
plus. A titre de curiosité, il serait permis de
signaler l'emploi du motif initial de l'ouverture
de Struense'e, que l'auteur fait intervenir en le
modifiant ou en le paraphrasant dans les
diverses parties du Concerto.
La séance se terminait par le Départ, chœur
sans accompagnement, de Mcndelssohn, et la
Symphonie en mi bémol de Mozart.
— En septembre 1887, à l'inauguration de la
plaque commémorative placée sur la maison
natale de Victor Massé, à Lorient, M. Jules
Simon prononça un discours dans lequel nous
relevons les paroles suivantes :
« La musique n'est pas seulement un art,
c'est une science. On est un musicien charmant
ou puissant quand la nature l'a voulu ; on est
un musicien savant quand on a eu le courage
d'étudier la musique comme une science
abstraite. J'honore infiniment cette science-là
comme toutes les autres. J'ose dire qu'elle
mérite surtout notre admiration et notre re-
connaissance, parce qu'elle donne à l'art plus
d'éclat et de solidité. Victor Massé était très-
savant, mais il ne faisait pas de mu.=;ique scien-
tifique. Il se servait de sa science sans la mon-
trer. Il pensait, l'humanité a toujours pensé, et
elle pensera toujours que le véritable musicien
est celui qui chante. »
Oui, certes ; mais il est nécessaire que la
mélodie ne soit ni plate ni banale, qu'elle tra-
duise fidèlement les vers du librettiste, lorsqu'il
s'agit de théâtre, qu'elle naisse de l'ensemble
de l'harmonie. Gluck, dans ses immortels opé-
ras, Beethoven dans Fidelio, Weber dans
Frcyschiitz, Obéron, Euryanthe,... Berlioz
dans les Troycns, Reyer dans Sigurd, Sa-
lammbô, Richard Wagner dans ses admirables
drames lyriques, et tant d'autres n'ont-ils pas
reconnu la nécessité d'un théâtre plus vrai,
plus humain, et l'effet obtenu n'a-t-il pas été à
la hauteur de l'effort? Ne sont-ils pas de véri-
tables musiciens, qui chantent et nous enchan-
tent? Or, Victor Massé appartenait à une école
qui se souciait peu de cette science, de cette
vérité scénique, dont nous sommes aujourd'hui
tous si profondément pénétrés. Aussi son
Paul et Virginie, exécuté, pour la première
fois, en 1876, au théâtre lyrique de la Gaîté,
sous la direction de Vizentini, n'a pas gagné,
selon nous, avec le temps. Les rides se laissent
entrevoir trop facilement. Si nous savons re-
connaître la grâce et le charme qui se dégagent
de telles ou telles pages de la partition, l'en-
semble ne nous émeut pas. Le succès, nous
dira-t-on ? N'esl-il pas dû à l'interprétation
hors ligne, plutôt qu'à lu maîtrise de l'œuvre?
Des interprètes comme M"" Delna, qu'il faut
citer en toute première ligne dans le rôle de
l'esclave Méala, Fugère (Domingue), cet excel-
lent artiste, Clément, dont la voix jeune et
fraîche convient fort bien au rôle de Paul,
M"^ Saville,dont le début a été très heureux en
Virginie, M. Mondaud, M"es Villefroy, Wyns,
Buhl et M. Artusréalisent un ensemble absolu-
mentparfait. M. Danbé n'a pas eu grande diffi-
culté à diriger l'orchestre, puisque c'est lui qui
avait monté autrefois l'ouvrage au Théâtre-
Lyrique. Mais le grand triomphe a été pour
M"<= Delna, qui, dans toutes ses créations, se
révèle une artiste et une chanteuse de premier
ordre. Hugues Imbert.
CONCERTS-LAMOUREUX
Mme Klafsky s'est fait entendre, une seconde
fois, dimanche dernier, au concert des Champs-
LU GUIDE MUSICAL
1031
Elysées. Espérons que ce sera la dernière,
car nous ne partageons pas du tout l'engoue-
ment que témoigne, à son égard, une grande
partie du public.
Dans l'air de la Comtesse des Noces de Fi-
garo, elle a usé jusqu'à l'abus des ports de
voix. Cette façon de traîner les notes est, pour
une chanteuse, un défaut capital, comparable
au glissement exagéré des doigts sur un instru-
ment à cordes. Mais l'auditoire a bien voulu
applaudir chez M™^ Klafsky ce qu'il n'eût
peut-être pas toléré chez une chanteuse fran-
çaise.
La cantatrice hongroise a mieux rendu l'air
d'Eglantine d'Eitryanthe, abstraction faite,
toutefois, des vocalises que renferme ce mor-
ceau, et qu'elle a exécutées sans légèreté, ni
délicatesse.
Quant à la scène finale du Crépîisciile des
Dieux, interprétée, il y a quelques semaines,
par M™« Materna avec beaucoup d'expression,
mais sans voix, elle a été dite par M™^ Klafsky
avec beaucoup de voix, mais sans expression.
Froide et impassible, l'artiste dominait l'or-
chestre de sa voix puissante, mais demeurait
incapable, par contre, de communiquer aux au-
diteurs la moindre émotion. Cette émotion, nous
l'avons ressentie, et très vive, lorsque M™^
Klafsky a cessé de chanter et que l'orchestre a
fait entendre les dernières mesures du Crépus-
cule des Dieux, cette page pathétique et sublime
qui termine l'œuvre colossale de Wagner.
M. Lamoureux donnait la première audition
de Thûvuir, poème symphonique, écrit par le
compositeur russe Balakireff, d'après la poésie
de Lermontoff. La reine Thâmar est un ange
et un démon tout à la fois ; elle attire, par un
appel enchanteur, les passants dans sa tour, où
des cris passionnés retentissent au milieu de la
nuit. A l'aube, tout se tait, on n'entend plus
que le mugissement du Térek, qui roule dans
ses eaux un corps inanimé.
Nous craignons peut-être de n'avoir pu,
après une première audition, apprécier l'œuvre
musicale à sa juste valeur. Maislecompositeur,
qui s'est attaché à rendre surtout le côté brutal
du sujet, ne nous paraît pas avoir été toujours
très heureux dans le choix de ses motifs, dont
quelques-uns sont peu intéressants et empreints
parfois d'une certaine trivialité. On voudrait
aussi plus de suite dans les idées et plus de
variété dans le rythme. Mais on doit reconnaître
que l'auteur est un maître harmoniste et qu'il
sait, de temps en temps, tirer de l'orchestre des
effets merveilleux. Ce qu'il faut louer et admi-
rer sans aucune réserve, c'est la dernière partie
de l'œuvre, où le musicien a traduit, avec un
charme tout poétique et une justesse d'expres-
sion remarquable, ces deux vers du poète :
A ce moment suprême, une ombre blanchissante
Envoyait un adieu, de loin, au bien-aimé.
Ce finale, trop court à notre sens, est vrai-
ment d'une grande beauté.
Le concert, qui débutait par l'ouverture de
Coriolan de Beethoven, se terminait avec la
Rapsodie norwégienne de Lalo.
Ernest Thomas.
CONCERTS D'HARCOURT
Peu de monde, cette fois-ci, au concert
d'Harcourt, et c'est grand dommage, car l'exé-
cution d'importants fragments de Geneviève a
été très satisfaisante. Mais le nom de Wagner
ne figurait pas au programme, et ce n'est pas
la première fois que nous remarquons le man-
que d'éclectisme du public parisien.
Sans doute, Schumann a mis la plus grande
part de son originalité dans son œuvre de
piano, dans sa musique de chambre et ses Lie-
der : mais de combien de sublimités se fleuris-
sent encore ses symphonies et ses poèmes
lyriques ! Quelles riches guirlandes d'idées mé-
lodiques, fortes ou gracieuses, d'où les beaux
rythmes, et les puissantes harmonies, et les
heureux mélanges de timbres festonnent à
profusion.
La partition de Geneviève ne manque point
de ces inspirations. Parmi les morceaux les
plus applaudis, signalons l'ouverture, d'abord,
puis le chœur des guerriers, d'un rythme
énergique, magnifiquement soutenu par les
contrebasses. Le duo de Geneviève et de Sieg-
fried, dont ce chœur est encadré, est touchant
et simple, mais il le cède en originalité au duo
du deuxième acte (entre Geneviève et Golo);
une vraie sérénade, délicieuse de fraîcheur.
Remarquons, ensuite, le bel air de Siegfried :
Bald blick ich dich wieder mein Heimatschloss,
si lyrique et si noble. M. Auguez l'a chanté
avec une bravoure superbe, et nous a donné,
d'ailleurs, une fort bonne interprétation de
tout son rôle. M. Challet, chantant Hidulfus, a
révélé de sérieuses qualités. M''^ Blanc (Gene-
viève) ne nous a pas seulement fait admirer sa
voix fraîche et bien posée, elle a nuancé ses
morceaux avec beaucoup de justesse et de
force, exemple que M. Vergnet (Golo) aurait
bien fait de suivre. Quant à M"« Adèle Rémy,
elle a su donner du relief à la belle scène du
Miroir. Il convient de louer sa méthode et son
1032
LE GUIDE MUSICAL
style, quoique le rôle de Maigared, écrit cons-
tamment dans le médium, avec des notes qui
filent tout à coup dans le registi'e aigu, ne soit
pas très bien choisi pour elle.
L'orchestre a bien marché, sauf que, par-
fois, il couvrait un peu les solistes. Les chœurs
d'hommes sont bons, ceux de femmes laissent
beaucoup à désirer ; ils chuchotent, on les en-
tend fort mal.
La traduction française de Geneviève, due à
MM. d'Harcourt et Grandmougin, a le mérite
d'être en prose rythmée. Elle ne se pique pas,
je crois, d'une minutieuse exactitude, ce qui
n'est pas nécessaire, d'ailleurs; elle se contente
d'être claire, tout en offrant au texte allemand
un bon parallélisme. Reyval.
' N. B. - M. d'Harcourt a une singulière façon de
comprendre la critique musicale, dont le rôle se borne-
rait, selon lui, à distribuer des éloges. Mes deux notices
sur le T antihistiser , malgré leur rédaction courtoise et
modérée, ont fort déplu, paraît-il, au chatouilleux ca-
pellmeister, — et j'encours l'excommunication majeure,
sous forme de suppression du service au Gnide Musical.
J'entends bien que cette mesure m'est personnelle et ne
saurait s'étendre à M. Marcel Rémy, dont je tiens ici
momentanément la place. Mais ne vous flattez ■ pas,
Monsieur d'Harcourt, de vous être ainsi débarrassé de
moi. Je reste à mon poste, et, pendant la durée de mon
intérim, je vous loue tout simplement de mes deniers un
bon fauteuil d'orchestre, où j'installe commodément
monfrano-parUi . R.
M. L. Breitner organise, avec le concours
de MM. Rémy, Parent, Van Waefelghem,
Delsart, Teste et Controne, quatre concerts
de musique classique et moderne, qui auront
lieu à la salle Erard les vendredis 2.5 janvier,
i", 8 et i5 février prochains. Le programme de
ces quatre séances comprend, outre différentes
oeuvres de Beethoven, Schumann et Brahms,
le Quintette op. 8 1 et le Trio op. gode Dvo-
rak, la Suite pour piano et violon de Schutt, la
Sonate pour piano et violoncelle de Goldmark,
et une sonate pour piano et violoncelle de
Richard Strauss, œuvres qui toutes figurent au
programme en première audition à Paris. La
quatrième et dernière séance se terminera par
le septuor de la Trompette de Saint-Syëns.
L'Opéra, s'il faut en croire le Journal des
Débats, nourrit d'intéressants projets... wagné-
riens. Il paraît qu'après Tannhceuserle premier
ouvrage de Wagner que l'on montera à l'Aca-
démie nationale de musique, sera les Maîtres
Chanteurs, qui passera au cours de la saison
1895-1896. D'année en année, la direction
compte ensuite compléter le répertoire wagné-
rien. Il est probable qu'après les Maîtres Chan-
teurs, on donnera Tristan et Iseult. On ^ ;
espère que pour l'année 1900 la plus grande
partie des œuvres de Wagner seront inscrites ""J
au répertoire. Pendant la durée de l'Exposition, ;
les représentations auront lieu tous les soirs à
l'Opéra. Une troupe sera formée à chanter
exclusivement les ouvrages du maître allemand,
qui seront donnés deux ou trois fois par
semaine, sans faire de tort ainsi aux repré-
sentations des autres œuvres lyriques.
Tels sont les projets que la direction de
l'Opéra met en ce moment à l'élude.
BRUXELLES
Il y avait peu de monde à la reprise du Rêve,
cette semaine, à la Monnaie. Et cependant,
l'œuvre de M. Bruneau reste bien intéressante,
surtout quand on la rapproche des dernières
productions de l'école française. Et cependant
aussi, le rôle d'Angélique est l'un des meil-
leurs de M'ii^ Simonnet, l'un de ceux où son
talent de composition s'affirme de la manière la
plus heureuse, sans que l'étude et l'apprêt s'y
fassent trop sensiblement sentir.
La gracieuse artiste a retrouvé dans ce rôle
— l'une de ses créations à l'Opéra-Comique —
le succès qui l'y accueillait l'an dernier, à sa
première apparition sur la scène de la Mon-
naie. M. Seguin déploie toujours un art
sévère et pénétrant dans le personnage de
l'évêque, réalisé par lui avec une vérité saisis-
sante. Et M. Dinard s'efforce également, et
avec bonheur, de donner au rôle d'Hubert sa
véritable physionomie.
Des deux nouveaux interprètes, M. Bonnard
et M'ii^ Hendrickx, le premier ne fait pas ou-
blier son prédécesseur sous le rapport du chant;
mais son jeu, étudié avec intelligence, a une
réserve qui approche plus de la réalité que les
grands gestes et les attitudes mélodramatiques
de M. Leprestre. M"e Hendrikx n'a pas la
voix qui convient au rôle d'Hubertine; la jeune
artiste ne pouvait donc réussir dans une tâche
où elle avait, en outre à lutter contre le sou-
venir de Mii^ Armand, qui reprit ce rôle l'an
dernier à M"': Wolf.
Dans l'ensemble cependant, cette exécution
du Rêve peut compter parmi les meilleures
que nous ait fournies cette année la troupe de
la Monnaie. J. Br.
Non moins intéressante que le récital du
Cercle, la soirée donnée par M. d'Albert, à la
Grande-Harmonie (troisième séance de musi-
LE GUIDE MUSICAL
1033
que de chambre organisée par la maison
Schott), a vivement captivé le public musical.
Sous les doigts de l'éminent artiste, le piano se
transforme : il chante, il murmure, il pleure, il
rit, il atteint à la puissance d'un orchestre, et il
a des caresses exquises de voix d'enfant. Je ne
sache pas un pianiste aujourd'hui qui possède,
au même degré que M. d'Albert, l'art de faire
oublier que le piano est un instrument. Son
mécanisme est si prodigieux, si parfait, qu'qn
ne songe pas un instant à s'émerveiller de la
difficulté vaincue, qu'on peut s'absorber tout
entier dans la contemplation de l'œuvre inter-
prétée; Et si le jeu du jeune maître, — il a tout
juste trente ans, — paraît froid à quelques-uns
qui prennent souvent l'affectation pour le sen-
timent, il faut ajouter qu'il n'est personne qui
n'admire la prodigieuse variété d'un toucher
qui se plie à tous les styles. Avec quel relief,
par exemple, s'est opposée la fermeté du
rythme et des dessins dans la fugue en ré mi-
neur (pour orgue) de Bach, à la mélancolie
tour à tour passionnée de la cantilène et à la
puissance de sonorité dans V Appasionata de
Beethoven ! Quelle morbidesse dans le Noc-
turne de Chopin (op. 9 n" 3) alternant avec la
fierté héroïque de la Polonaise, ou avec la dou-
ceur naïve d'un chant de Mozart ou de Schu-
bert. Et puis, tout à coup, quel étincellement de
fantaisie dans l'exquise tarentelle (Napoli) de
Liszt 1 Bien peu de virtuoses, convenons-en,
disposent d'un aussi extraordinaire ensemble
de nuances, et, par là, d'Albert prend rang
tout près des plus illustres de ses devanciers.
De telles soirées sont un régal artistique de
rare et exceptionnelle qualité.
M. Edouard Jacobs avait assumé la tâche,
assez ingrate, de fournir les intermèdes aux
pièces de piano jouées par M. d'Albert. Il l'a
fait avec son talent si justement apprécié de
violoncelliste, mais aussi avec les affectations
de sensibilité, avec ce luxe de vibrements et de
rallentandos que son goût devrait réprouver, et
qui ne sont nullement nécessaires quand on a
un aussi joli son et une aussi parfaite justesse.
M. K.
La seconde audition des pianos Steinway a
eu lieu à la salle Ravenstein le jeudi i3 décem-
bre. M. Litta avait consacré cette séance à
Beethoven : il a exécuté avec brio les quatre
sonates op. 27, 53, m et 57. Il y avait une
certaine témérité à interpréter ainsi quatre
œuvres de haute envergure. M. Litta s'en est
■ tiré cependant à son honneur, et le succès ne
lui a pas manqué.
A la Grande-Harmonie, affluence considé-
rable pour le concert de M"": Lallemand, qui a
fait entendre, la première partie partie du
concerto en mi mineur, la Berceuse, la valse
en la bémol de Chopin, l'allégro et le presto
du premier concerto de Mendelssohn, diffé-
rentes pièces de Liszt, de B. Godard et de
G. Bizet. M. Jean ten Hâve, qui est de tous
les concerts, a exécuté la sonate op. 3o, n» 3,
de Beethoven, accompagné par M™<^ Lalle-
mand, le caprice d'E. Guiraud, l'adagio de
Rietz, la mazurka d'Ysaye et le scherzo de
Wieniawski. M™'^ Denefve-Van Daele a chanté
d'une voix bien malade les Griffes d'or d'A,
Holmes et Vieilles Amours, une nouvelle
mélodie de A. Beon.
A la deuxième matinée des instruments à vent,
dont le programme était habilement composé, on
a très vivement applaudi une cantatrice Scandi-
nave, M"" Sidner, qui ne s'était pas encore fait
entendre à Bruxelles et qui avait et 6 très bien accueil-
lie, récemment, aux Concerts-Colonne. Elle pos-
sède un très beau mezzo et dit à ravir le lied
(Massenet, Martini, Grieg), et avec grand style la
vieille musique classique de chant (air de Marcello).
M"" Sidner a été engagée séance tenante pour
chanter la Françoise de Rimini de M. Gilson, que
les Concerts-Populaires nous promettent à l'une
de leurs prochaines séances.
Quant aux instrumentistes, MM. De Greef, An-
thoni, Guidé, Merck, Lapon, Godenne et Danneels,
ils nous ont donné une très belle exécution du Sep-
tuor de Hummel, éternellement jeune et piquant .
MM. De Greef et Anthoni ont, en outre, joué une
sonate de Reinecke assez longuette, mais pleine
d'ingénieux détails, que les interprètes ont fait
valoir à merveille.
Notons aussi des quintettes pour flûte, hautbois,
clarinette, cor et basson. Prélude de Pessard, et
Pastorale de Pierné, qui ont été très goûtés
Aujourd'hui, dimanche, a lieu le premier
concert du Conservatoire, tout entier consacré à
Beethoven: l'ouverture, op. ii5, le concerto
en lui bémol pour piano et orchestre (soliste :
M. Gurickx), et la symphonie avec chœurs.
Rappelons que dimanche prochain a lieu la
première matinée de la Société des Nouveaux-
Concerts, au théâtre de l'Alhambra, sous la
direction de M. Franz Servais et avec le con-
cours de M™"= Brema. On en trouvera le pro-
gramme plus loin.
En manière de rappel à ses abonnés, la
Société leur adresse une circulaire qui débute
ainsi :
Afin de couper court à certaines imputations
relativement à la composition de l'orchestre de la
Société des Nouveaux Concerts, nous avons
l'honneur de vous communiquer la liste des
artistes engagés par nous. Respectueux de leur
1034
LE GUIDE MUSICAL
talent et de notre dignité, nous avons le devoir de
protester hautement contre des calomnies in-
ventées et propagées jusqu'à l'étranger, auprès
des chefs d'orchestre invités par nous, dans le but»
déloyal de jeter un discrédit sur notre institution.
Nous avons assez de tact pour ne pas confier aux;
chefs d'orchestre invités par la Société des Nou-
veaux Concerts la direction «d'un ramassis de
musiciens raccolés n, mais un orchestre de premier
ordre.
Nous n'ignorons pas à quels bruits cette
circulaire fait allusion. Mais elle en dit trop ou
trop peu, et c'est un manque de tact de ses
auteurs, quoiqu'ils se vantent d'en avoir, de se
borner à des attaques aussi vaguement for-
mulées et néanrroins aussi perfides. Il importe
que l'on précise.
M. Léopold Wallner, qui a repris, dans les
salons de M"" De Smet, ses causeries sur l'his-
toire et la littérature du piano, a commencé, mer-
credi dernier, l'examen des œuvres de Franz Liszt,
très habilement secondé par M"'' Hoeberechts. Il
consacrera, le g janvier, une seconde causerie
au grand maître moderne du piano.
Au théâtre de la Monnaie, on annonce, pour le
28 décembre, la première de VEnfance de Roland de
M. Emile Mathieu. Mais cette date n'est pas en-
core définitive.
CORRESPONDANCES
AMSTERDAM. - Au Concert Philharmo-
nique du 6 décembre et à la dernière séance
de musique de chambre de MM. Kes et consorts,
Eugène d'Albert s'est produit comme pianiste et
comme compositeur. Comme pianiste, il a eu,
ainsi que toujours, un succès énorme; le succès du
compositeur a été moindre. L'ouverture de son
opéra le Rubis,q\i'il a dirigée lui-même, etson qua-
tuor pour instruments à cordes ont intéressé sans
émouvoir profondément. L'ouverture du Rubis est
pleine de réminiscences viragnériennes, et bruyam-
ment orchestrée. Le quatuor est une œuvre plus
élevée, fort estimable, quoique un peu tour-
mentée. Comme pianiste, d'Albert a joué le
Concerto en mi bémol de Beethoven, Nocturne-Polo-
naise de Chopin, Valse impromptu et Tarentelle de
Liszt dans la plus complète perfection, et, à la
séance de musique de chambre, la sonate pour
piano et violon op. 96 de Beethoven (avecM.Tim-
ner, le concertmeister de l'orchestre de Kesj et le
deuxième quatuor op. 36 de Brahms, avec
MM. Timner, Kes et Mossel. Si nous avions une
restriction à faire, elle serait du côté de l'expres-
sion, du sentiment intime, que nous trouvons
beaucoup plus développé chez Paderewsky et
chez De Greef, où la note du cœur ne fait jamais
défaut.
Le premier concert historique, donnéparM. Kes
dans la jietite salle du Concertgebauw, a été une
' véritable jouissance pour les amateurs de musique
rétrospective. La Toccata de Monteverde, qui ou-
vrait la séance, a obtenu un grand succès de
curiosité. Cette Toccata servait d'ouverture à son
opéra Orfeo, représenté, pour la première fois, en
1607. C'est à Monteverde qu'on attribue l'invention
des pizzicaH et du trémolo dans les instruments à
cordes. Corelli, dont on a joué le premier concerto
grosso pour instruments à cordes, était Jin des plus
grands violonistes et un des meilleurs composi-
teurs du xvn" siècle ; ses concerti ont même con-
servé une certaine vogue parmi nos contemporains.
L'andante et le menuet de Milandre, suivis de Plaisir
d'amour de Martini, maître de chapelle à l'église
de Saint-Francisque, à Bologne, au xvm= siècle,
pour viola d'amore et clavecin, supérieurement
joués par MM. Kes et Benedictus, ont fait le plus
grand plaisir. Regrettons seulement que M. Kes
se soit servi d'un clavecin aussi usé et misérable,
alors que la maison Pleyel en fabrique de si
beaux; M. Kes l'ignorait sans doute.
Reinken, dont nous avons entendu une sonate,
est un Néerlandais né à Deventer, en 1623, qui
passe pour avoir donné des leçons de contrepoint
à Jean-Sébastien Bach. Un air charmant d'Hippo-
lyte et Aride de Rameau, avec accompagnement de
viola d'amore, viola di gamba, flûte traversière et
clavecin, a été honorablement chanté par M""' 01-
deiiboom. Le plus grand succès de la première
partie a été le concerto pour hautbois, remarqua-
blement joué par M. Kriiger, un artiste éminent,
ie premier hautboïste de l'orchestre de M. Kes, qui a
été acclamé, et avec raison.
La seconde partie comprenait une Suite pour
viola di gamba de Schenck, né à la fin du
ixvn^ siècle, dans le Palatinat, mais qui habita
Amsterdam; l'œuvre n'est pas sans monotonie.
'M™" Oldenboom nous a chanté ensuite une cantate
■de Scarlatti et deux chansons normandes (iSSo),
ideux bijoux, mais qu'elle n'a pas bien fait valoir;
comme morceau final, le sixième concerto grosso de
Hsendel, pour instruments à cordes, deux violons
et violoncelle solo. En résumé, soirée des plus
'intéressantes et vraiment réussie à tous égards.
La reprise de Samson et Dalila, cet admirable
ouvrage de Saint-Saëns, a été un immense succès
au Théâtre-Royal de La Haye. Le ténor Renault
a été superbe dans le rôle de Samson et a été
plusieurs fois rappelé après chaque acte. La jolie
M""' Bayer a eu de très beaux moments comme
Dalila ; elle a donné ce qu'elle a pu, et, sans avoir
fait oublier sa devancière. Mm" Andral, elle a
droit à de sincères éloges. L'orchestre a été excel-
lent mais les chœurs, fort difiiciles, du reste, et
d'un caractère polyphonique, ont laissé souvent
à désirer.
On nous promet au premier jour la Navarraise
de Massenet, qui sera suivie de son Werther, de
LE GUIDE Mîf_èlCÂL
1035
Htllda de Franck et de Joli Gilles de Poise. Comme
reprises, nous aurons le Tannhaïuser de Wagner et
le Tribut de Zamora de Gounod. Hœnsel et Cretel
paraît avoir été écarté, en raison de l'insuffisance
du poème.
La Société pour l'encouragement de l'art musi-
cal, qui, jusqu'ici, affichait une préférence exagérée
pour les ouvrages des compositeurs allemands et
n'admettait que bien rarement des compositeurs
français ou belges sur ses programmes, commence
heureusement à se départir de cette partialité per-
sistante. Elle annonce les Béatitudes de César
Franck à Amsterdam, La Haye et Utrecht, et, à
sa prochaine audition à Harlem, le Roméo et Ju-
liette de Berlioz et le Déluge de Saint-Saëns, avec le
concours de M™" Soetens-Flament et de M. Fon-
taine, d'Anvers. Ed. de H.
ANVERS. — Cette dernière semaine a été
exceptionnellement fructueuse en auditions
musicales. La deuxième soirée de musique, orga-
nisée par la maison Fréd. Rummel, a été assez
inégale en intérêt artistique, malgré le talent des
interprètes. Nous avons salué en M"" Irma Sethe
une violoniste de valeur; son interprétation des
œuvres de Bach, ainsi que des Danses hongroises de
Brahms, a été tour à tour souple et sévère. L'ar-
tiste a été fort goûtée ici. M"« R. Hoffmann se joue
visiblement des difficultés techniques et a particu-
lièrement bien enlevé une fugue de Bach et une
Toccata de Scarlatti. Il est à regretter que la jeune
pianiste ne se soit pas davantage pénétrée du style
des célèbres variations de Haendel Dans la Taren-
telle de Liszt, la délicieuse Canzonetta napolitana a
été tellement précipitée que l'on avait peine à en
suivre les variations. Le public est resté bien froid
devant la déclamation monotone de M. Demest
dans les poétiques lieder de Schumann. L'artiste a
dit avec plus de tempérament VAir d'ivresse de
Bizet.
Nous avons eu, .aux Concerts populaires, la
Sympkoniefantastique de Berlioz, cette œuvre si auda-
cieuse dans sa conception, mais si habilement
outillée dans sa construction symphonique. L'ou-
verture à'Iphigénie, de Gluck, a été fort goûtée et
nous pouvons en dire autant du concerto de Max
Bruch. C'est M. Edm. De Herdt qui nous a fait
entendre, peut-être d'une façon un peu hésitante,
ce beau solo de violon. Le jeune violoniste a de
sérieuses qualités, mais on dirait que son véritable
tempérament ne s'est pas encore fait jour.
Du Théâtre-Royal à l'Harmonie, il n'y a qu'un
pas. Icij c'est M. Giani qui nous invitait à venir
entendre l'ouverture de Coriolan de Beethoven, la
Symphonie inachevée de Schubert et une petite Suite
hongroise de Hoffmann. Tous ces morceaux d'or-
chestre ont été vivement applaudis, quoique l'an-
dante de la symphonie eût exigé un peu plus de
finesse dans les nuances.
M""' Ligniére, une cantatrice liégeoise, nous a
fait entendre l'air de la Fauvette, de Grétry, et le
Bilï^t de loterie, de N. Isouard. Ces morceaux, de
forme assez vieillie, mais d'une grâce mélodique
incontestable, ont permis à l'artiste de faire valoir,
ùnevoix très travaillée, mais dont les notes aiguës,;
sont assez stridentes,
[ Au Théâtre-Lyrique flamand, on a repris la;
Jeanne d'Arc de Gounod, avec M"" Cuypers dans
le rôle de l'héroïne et pour la continuation des-
représentations du drame lyrique. Que dire de
i'œuvre de Gounod? Après les auditions .d'œuvres
Capitales telles que : Hippodamia, de Fibich, et
Karel van Celderland de Benoit, où le drame lyrique
se dessine avec un réalisme intense, il nous
semble que Jeanne d'Arc n'esi a.\xUe chose qu'un
drame agrémenté d'une musique d'occasion. De
telles productions ne sont guère faites pour
relever le niveau intellectuel du public.
; A. 'W.
XILLE. — L'audition donnée la semaine
J dernière, par l'orchestre et le Chœur d'Ama-
teurs, a pleinement réussi.
Parmi les morceaux les plus appréciés du public
d'élite qui se pressait dans l'élégante salle de la
Société industrielle, nous citerons, en première
îigne, le très célèbre prélude de Tristan et IseuU,
que peu d'orchestres osent aborder, et qui a été
Irehdu, par l'excellente phalange artistique de
,M. Maquet, avec le sentiment qui lui convient.
; Une Suite d'orchestre de Borodine, extrêmement
'délicate et distinguée, nous a révélé un musicien
ide race appartenant à cette jeune école russe
déjà bien connue chez nous depuis quelques an-
.'nées.
' M"" Gallot, que les habitués des Concerts
d'amateurs ont déjà eu le plaisir d'entendre, est
devenue une cantatrice remarquable. Par le
charme de sa voix, sa diction parfaite et l'excel-
lence de son style, elle a produit sur l'auditoire
une impression profonde. Il n'est pas possible de
dire, avec plus de sentiment et d'âme, l'air des
Colombes de S(îto«»tM. Rappelée par de frénétiques
bravos, M"" Gallot a bien voulu chanter un air du
Roid'Ys, qui a été pour elle l'occasion de nou-
velles ovations.
Le public a paru aussi prendre grand plaisir à
la Fille du roi des Aulnes, légende danoise de N.'W.
!Gade Cette œuvre, qui avait déjà été e.xécutée il
y a quelques années aux Concerts d'amateurs, ne
manque pas d'originalité. Elle est empreinte de
cette poésie rêveuse toute particulière aux peu-
])les du Nord, et l'orchestration en est riche et
savante. Les soli ont été chantés avec beaucoup
de goût par M""' P. Dewilde et L. Chalon et
M. L. Carpentier, le distingué directeur des
Orphéonistes lillois. La section chorale de la
Société a dit, avec ensemble et un sentiment par-
fait des nuances, les différents chœurs contenus
dans l'ouvrage.
Le concert de cette année nous a paru marquer
encore un progrès de l'orchestre sur les années
LE aUlbE MUSICAL
précédentes. Il serait' injuste de'ne pas en féliciter
les- amateurs qui le composent et surtout, dût sa
trop grande modestie s'en efifaroucher, leur excel-
lent chef, dont la haute science musicale et l'ar-
tistique direction ont amené cet heureux résultat.
■La Société des Concerts populaires a donné,
dimanche dernier, sa seconde matinée de l'abon-
nement, avec le concours de M""" Bosman, de
l'Opéra.
L'excellente cantatrice nous a dit un air de
Saplîo, l'admirable réveil de la Walkyrie de
Sigurd, qu'elle a chanté en grande artiste, et la
sérénade à'Ascjnio. Rappelée à plusieurs reprises,
elle a délicieusement détaillé une gracieuse mélo-
die de M™" Chaminade, les Oiseaux.
Au programme, pour la partie orchestrale, la
Symphonie en /«, n" 7, de Beethoven, dont le célèbre
allpgrrtto a été tout particulièrement applaudi; la
Sérénade hongroise de Joncières, toujours agréable à
entendre, quoique manquant un peu d'originalité;
la brillante Danse persane de Guiraud, au rythme
nerveux et entraînant, aux sonorités bizarres, que
l'orchestre a enlevée avec un brio qui en a fait res-
sortir à merveille l'éclatant coloris; et le superbe
Carnaval romain de Berlioz, cette incomparable
fantaisie du maître symphoniste, où passent, à tra-
vers un rêve mélancolique de poète, les bandes de
la mascarade en délire. M. Deren en a dit le beau
solo de cor anglais avec une grande intensité d'ex-
pression.
: Au Grand-Théâtre, la direction nous a donné,
la semaine dernière, une reprise de Lohengrin^
dor.t l'exécution a été, dans son ensemble, au-des-
sous du médiocre, les principaux artistes n'ayant
aucune des qualités requises pour interpréter les
rôles qui. leur étaient échus. N'avait-on pas eu
l'idée mirifique de confier le rôle d'Eisa à une
dugazon qui ne joue guère, d'ordinaire, que l'opé-
rette! !... N'est-ce pas là un joli comble?
E. M.
MONS. — Cinq ans se sont écoulés, depuis
que M. Gurickx fondait la Société de
musique, et, en cette période relativement courte,
seize concerts ont été donnés.
Il y a là, sans conteste, une marque de robuste
vitalité, que peu de groupes musicaux réussissent
à donner; l'indication d'un travail qui se poursuit
avec, persévérance, et — c'est le point sur lequel
nous insistons — d'un travail réellement artis-
tique.
Rappelons seulement quelques unes des exécu-
tions que nous lui devons : les deux premiers
actes de V Orphée de Gluck; les fragments du Messie
de Hasndel; le Printemps des Saisons de Haydn; la
Première Nuit du Sahbai de Mendelssohn ; le Hoyoux
de Mathieu; le Dernier Rayon de soleil d'Huberti ; le
Démon de Gilson ; le Van Artevelde de Gevaert; la
Fille du roi des Aulnes de Niels Gade; et la troisième
partie du Faust de Schumann.
, Chose très intéressante, toutes ces œuvres, dont
plusieurs ont été exécutées avec orchestre, furent
interprétées par les seules forces de la Société, qui
une fois seulement a emprunté un soliste étranger. .
Ce court aperçu montre ce que notre Société de
musique a dû réaliser d'efforts, et quel énorme
travail a été accompli.
Son dernier concert était d'un profond intérêt.
Les vieilles chansons néerlandaises, habile- ,
ment harmonisées, par F. Van Duyse, et ravis-
santes dans leur tournure archaïque, ont reçu une
interprétation soignée de la part des chœur.s.
Ceux-ci, aujourd'hui très 3guerris, ont déployé
leurs belles sonorités dans'le premier acte de l'Al-
ceste de Gluck, l'une des plus admirables inspira-
tions du maître. Les solistes : M™" C. Houzeau
(Alceste); M. Tondeur (le grand prêtre); M. Kains-
cop (le Héraut et l'Oracle); M. Dequesne (Evan-
der), ont très correctement rempli leurs rôles.
Nous devons cependant de spéciales félicitations
à M"" Houzeau, qui a chanté Alceste avec un
grand style et une sincère émotion. Les accents de
la très habile cantatrice ont mis en clair relief les
sentiments d'épouse et de mère de la malheureuse
Alceste. Interprétation non d'amateur, mais d'ar-
tiste.
De la musique de Bach et de Hsendel, exécutée
par M. R. Josse, un jeune violoniste qui promet;
deux airs anciens, pour voix de basse, chantés par '
M. H. Dufrasne, avec cet organe solide, haute-
ment apprécié déjà au Conservatoire de Bruxelles
complétaient le programme de cette artistique
soirée.
Nos éloges vont aussi au dévoué directeur D.
Prys, à M"'^ Luyckx, l'impeccable pianiste, et à
M. Vandendriesche, qui tenait l'obligée partie
d'harmonium pour leg vieilles chansons.
On annonce, pour le prochain concert, l'Eve
de Massenet. X.
NANCY. — Le succès des concerts du Con-
servatoire, déjà si grand lors des deux pre-
mières séances de cet hiver, n'a fait que s'accroître
à la troisième, et, si vaste que soit la salle Victor
Poirel, on a dû refuser plus de cent entrées.
Aussi bien l'orchestre, que son nouveau chef,
M. Guy Ropartz, conduit avec une tout à fait
remarquable et efficace maîtrise, a-t-il trouvé
moyen de progresser encore. C'est ainsi qu'il nous
a joué en toute perfection, avec une délicatesse
et un souci des nuances inconnu jusqu'ici, la
symphonie en sol mineur de Mozart, et qu'il a
pu faire, vraiment pour la première fois, en toute
connaissance de cause, apprécier à nos concitoyens
le divin prélude de Tristan et Iseult.
Un des attraits de ce concert était la présence _^{
de M. Jules Bordier, le très distingué compositeur
et fondateur, avec M. Louis de Romain, de l'an-
cienne Association artistique d'Angers, à qui
cette cité dut pendant si longtemps un si beau
rer.om musical. M. J. Bordier a, lui-même, dirigé
l'exécution de tiois charmantes œuvres orchestrées
I
LE GUIDE MUSICAL
1037
de main de maître : l'Adieu suprême, l'Air d'église,
la Canzonetta, — cette dernière unanimement rede-
mandée, — toutes, ainsi que leur auteur, accueil-
lies avec la plus grande faveur, la moins équivoque
sympathie. L'excellent professeur au Conserva-
toire, M. L. Hekking, dans la partie de violon
solo, a été vivement applaudi.
On avait commencé par la maitresse-ouverture
de fidelio de Beethoven; on a fini par la joyeuse
Marche française de Saint-Saëns. Et en voilà jus-
qu'au 20 janvier, délai qui semblera long, si l'on
considère que les concerts du Conservatoire font
aujourd'hui partie intégrante de la vie nancéienne.
Henry Carmouche.
NICE. — Les représentations de Lohengrin
restent les meilleures du Grand-Théâtre
depuis l'ouverture. Ni Guillaume Tell, ni les Hugue-
nots, ni Faust ou Roméo, Hamlet ou la Juive ne nous
ont présenté le même ensemble satisfaisant; c'est,
dans iîoWo, le ténor qui est insuf&sant; dans la
7i«D<!, Rachel qui est médiocre, et, partout la basse
profonde, M. Fabre (rôles du roi dans Hatnkt, de
Marcel des Huguenots, du cardinal dans l& Juive), se
montre au-dessous- de sa tâche. Chaque fois aussi,
l'orchestre ne fait que confirmer la mauvaise im-
pression qu'il nous avait produite dès le premier
soir; en dépit des efforts de son chef, M. Rolland,
devenu plus énergique, il n'exécute même pas cor-
. rectement les partitions de l'ancien répertoire.
M. Lafon a pris envers la commission théâtrale,
qui a accepté la plupart de ses artistes, l'engage-
ment d'apporter des modifications à l'orchestre;
soucieux de contenter son public, il ne tardera pas
à tenir sa promesse, au moment de donner les
œuvres modernes annoncées [Sigurd, Samson, Tann-
hauser, Hérodiade, V Attaque du Moulin), et le succès
répondra alors aux efforts de ce directeur intelli-
gent et actif.
Pendant qu'à Monte-Carlo les concerts du jeudi
continuent à attirer les amateurs de musique clas-
sique et les admirateurs de M. Jehin, à Nice même
les concerts quotidiens de la Jetée-Promenade
sont un vrai régal pour les dilettanti. Virtuosité et
finesse des solistes, homogénéité de l'ensemble,
science, vigueur et souci des nuances dans la
direction, telles sont les qualités de l'orchestre et
de son chef. Le premier concert, consacré en par-
tie à la mémoire de Chabrier (fragments du Roi
malgré lui, Espana) et composé, en outre, d'œuvres
de LuUi, de Rousseau et du prélude de Lohengrin,
a été un succès complet pour M. Thaon et ses
artistes; nul doute que le succès ne grandisse
encore aux concerts classiques que prépare l'ex-
cellent chef d'orchestre et ne se poursuive jusqu'à
la fin de la saison. L. Ai.ekan.
VIKNNE. — La semaine dernière, récital
d'Eugène d'Albert. D'Albert qui, cet hiver,
ne se fait entendre qu'une fois à Vienne, a été
mal inspiré en donnant son récital dans la salle
Bôsendorfer, quine convient pas pour des auditions
de cette importance. Le pianiste a exécuté une
œuvre qu'on a rarement l'occasion d'entendre, la
sonate en si mineur de Liszt, dédiée à Schumann.
Liszt suit, là, la voie ouverte par Beethoven,
c'est-à-dire qu'il s'affranchit complètement de l'an-
cienne forme. Ainsi, cette œuvre, bien que portant
encore le titre de sonate, ne se compose, en réa-
lité, que d'une seule partie, dont lus trois thèmes
principaux sont traités librement. C'est certaine-
ment une œuvre superbe, géniale, et qui mérite
d'être plus connue du public. Elle laisse déjà
pressentir le futur auteur des symphonies de Faust
et de Dante; le second thème n'est, du reste, pas
sans analogie avec celui qui ouvre cette dernière
symphonie. Après une courte introduction (où
d'Albert a rendu très heureusement le timbre du
pizzicato], les deux premiers motifs sont dévelop-
pés en strette et conduisent au Iroisièine. une
magnifique penséèbienlisztienne. Plus loin inter-
vient nafugato comme Liszt savait en brosser, et
où la basse entonne en octaves le renversement
du premier thème. Comrne conclusion, uniandante
en 5J majeur qui ■ s'éteint en nccords pianissimo.
D'Albert .-i interprété la sonate en maître; nous le;
remercions de nous avoir révélé cette œuvre d'un
compositeur envers lequelon est si injuste aujour-
d'hui.
Deux autres sonates se trouvaient aussi au pro-
gramme, V Appasionata de Beethoven et la troi-
sième en/(i mineur de Brahms. Dans la première
partie de cette dernière sonate, la mémoire a, un
moment, fait défaut au pianiste, quia su Ireshabi-
lement dérober l'accident à la plus grande partie
des auditeurs. L'interprétation de V Appasionata de
Beethoven a été bonne sans être profonde; loin,
en tout cas, d'une interprétation bulowienne.
Certains thèmes n'étaient pas assez accentués, tel,
par exemple, le troisième du premier allegro, et
certains passages pas assez clairs. D'Albert a pris
le finale assez lentement : une bonne leçon pour
certains élèves et professeurs do conservatoire,
qui le jouent prestissimo. A noter l'effet de cors
bouchés obtenu par le pianiste dans les premiers
accords de septième diminuée.
D'Albert n'a pas tenu compte des reprises des
première et troisième parties, étant en cela de
l'avis de Bùlow, qui disait, avec raison, que Bee-
thoven écrivit souvent la reprise comme on écrit
le « Hochachtungsvoll » à la fin d'une lettre.
Etaient encore au programme le Nocturne [si
majeur), l'Impromptu (fa majeur; et la grande
Polonaise de Chopin, ainsi qu'un Sonnet de Pétrar-
que de Liszt et la valse Strauss-Tausig. Rappelé
quatre fois, à la fin de la séance, d'Albert a donné
l'Impromptu en sol de Schubert.
Prochainement, les récitals d'Emile Sauer et de
Moritz Rosenthal. E. B.
1038
LE Cl^LDE MUSICAL
NO UVELLES DIVERSES \
L'Académie royale philharmonique de Ronje
vient de célébrer le troisième centenaire de ja
mort de Palestrinn en une séance solennelle dai|s-
laquelle, après une conférence sur Palestrina cju
duc de Caetani, prince de Sermonelta, M. Sgarfi-
bati a fait exécuter une série d'oeuvres du vieux
maître. Citons entre autres le célèbre mottet Snpir
flumina Babyhnis, des madTigaux d'une beaujé
remarquable, et deux chansons à trois voix qiii
sont un bijou de grâce et d'élégance. M.Sgambajti
a eu pour collaborateur dans l'exécution musicale
de ces œuvres les maestri Boezi et Saya, M™" Mp
lilotti-Reyna, M"<" Degli Abatiet Petini, MM. BIiji-
menslhiljMartinelli et Degli Abati, et les amateurs
qui font partie de la Philharmonique. '
Les principaux instituts artistiques de l'Italie,
ainsi que le Conservatoire de Paris, avaient envoyé
de splendides couronnes.
La reine Marguerite, qui assistait à la fête, .a
félicité vivement le duc deCaetaniet M.Sgambati
pour la réussite de la soirée, qui a laissé une pro-
fonde impression.
— Après Berlin, Francfort, Leipzig et Munich,
l'Opéra de Vienne vient à son tour do monter
l'opéra-féerie Hœnsd et Gretel de Humperdinck.
Les principaux rôles étaient tenus par M""^ Re-
nard, Marck et Marie Lehmann et M. Ritter. Le
succès a été considérable. '
— Freyhir, de M. Emile Mathieu, vient d'être
exécuté, pour la première fois, en Allemagne par
le Flagelsche Gesangverein de Breslau. Le char-
mant oratorio profane du directeur de l'Ecole de
musique de Louvain a obtenu le plus vif succès.
La Schlesische Zeiiung fait de l'œuvre le plus vif
éloge et en loue à la fois la richesse orchestrale et
l'élégance mélodique. Les solistes étaient MM. C.
Perron, de Leipzig, Mann, de Dresde, M"« Louise
Ottermann, de Dresde, et M"« Peiper, de Breslau.
La Schlesische Zeitwig conclut son feuilleton en
demandant une nouvelle audition « de cette belle
œuvre, si richement colorée. »
— L'Association artistique de Marseille, sous
la direction de M. Jules Lecocq, s'est singulière-
ment distinguée par la composition de ses pro-
grammes depuis la réouverture de ses concerts
symphoniques. Au programme de sa matinée du
dimanche 23 décembre, figure la scène du Ven-
dredi-Saint et la grande scène religieuse du pre-
mier acte de Parsifal. Après Bruxelles et Paris,
grâce à M. Jules Lecocq, ce sera ainsi Marseille
qui aura été la première ville départementale de
France qui ait monté cet important fragment de
la dernière œuvre de Wagner. L'orchestre com-
prend quatre-vingt-dix musiciens, les chœurs des
chevaliers du Graal, quarante chanteurs, le chœur
des écuyers et jeunes gens (chœur mixte), qua-
rante choristes, enfin le chœur des enfants, qua-
rante fillettes et garçons. Les cloches sont celles
qui ont servi aux dernières auditions de M. Co-
lonne à Paris.
— Une bien amusante anecdote que raconte
BREITKOPF & H^RTEL, BRUXELLES
Editeurs, 4$, Monta§^ne de la Cour, 45
Vient de Paraître :
GODARD Benjamin
OP. 149
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— IL » Mélodiques 1 ■ . . »
— III. » Rythmiques »
— IV. » de Concert . . . »
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5 65
PIANOS BECHSTEIN ET BLUTHNER
HARMONIUMS ESTEY téléi-hone 2409
LE ^tïbiWûSÏOAL
1039
M.,Fierens-Gevaert dans le Journal des Débats à
propos de la millième du Faust de Grounod à
l'Opéra.
Pendant un enlr'acte, le directeur du Conserva-
toire racontait sur la scène que M. Bertrand, en
lui demandant a'écrire un chœur pour la millième
de Faust, lui avait tenu ce langage :
« Mon cher maître, je vous demande d'écrire
cet hymne parce que je sais bien que vous me
ferez « juste ce qu'il faudia ». Si je charge un de
nos jeunes musiciens révolutionnaires de cette,
besogne, il aura le désir de faire trop bien, et, je:
le crains, voudra faire mieux que Gounod... »
Le vœu de M. Bertrand a été exaucé. M. Am-
broise Thomas n'a pas fait mieux que Gounod,
oh ! non 1 Mais il a fait court : VHymne à Gounod
dure deux minutes tout juste.
— La Gazzetta Musicale de Milan annonce que,
sur la proposition de M. Hanotaux, ministre des
affaires étrangères, le président de la république
française a nommé chevaliers de la Légion d'hon-
neur MM. Arigo Boïto et Giulio Ricordi On sait
que M. Boïto est l'auteur des livrets de Falstajf ei
Otello, et M. Ricordi l'éditeur de ces deux ouvrages
BIBLIOGRAPHIE
La troisième livraison de VOrgue moderne
vient lie paraître chez Alphonse Leduc, à Paris.'-
Cette publication nouvelle de musique d'orgue
contemporaine, placée sous la direction de Ch. M.
Widor, le maître organiste, a pour but de
mettre en lumière les œuvres les plus intéressantes
de la pléiade des jeunes, et de les faire connaître
à ceux qui s'occupent du grand orgue.
Mais l'Orgue moderne nes'attachera pas seulement
à faire connaître les compositions d'une seule
école, son éclectisme admettra toutes celles qui
présenteront un réel intérêt artistique.
Tous les jeunes organistes, désireux de prendre
contact avec le public pour affirmer leur person-
nalité, peuvent donc s'adresser à la direction.
Les manuscrits non publiés seront retournés à
leurs auteurs.
NÉCROLOGIE
Est décédé :
A Evreux, M. le comte d'Osmoy, sénateur et
président du conseil général de l'Eure. Il était né
le 19 août 1827. Lé comte d'Osmoy, qui était un
musicien amateur distingué, avait publié, en
société avec M. Alexandre Georges, un recueil de
mélodies orné d'illustrations remarquables.
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Transcription par A. Ray . Prix net : 7 fr.
1040
LE GUIDE MUSICAL
fy ïy- 'ip<^-s^' f^s^ 8
■isy.syqp.-^r^.f^Jp
REPERTOIRE DES THEATRES ET CONCERTS
Berlin
Opéra. — Du i6 au 24 décembre ; Haerisel et Grelel.
Les Saisons. Rigoletto. Haensel et Gretel. Carnaval.
Faust (Marguerite, M™' Albani). Cavallej-ia rusficana,
I Pagliacci Orphée. La Walkyrie. Haensel et Gretel
et Les Saisons.
Bruxelles
"rilÉATRE ROYAL DE-iA MONNAIE. — Du 17 au 25 décem-i
bre : Le Rêve. Orphée et les Noces de Jeannette.
Lohengrin. Le Portrait de Manon La Navarraise
et Farfalla. Samson et Dalila. Le Rêve. La Navar-
raise et la Traviata. Faust. Samson et Dalila et la
Navarraise.
Galeries — La Fille de M.'^
mardij matinée à i h. 1/2.
Angot. Dimanche et
Alcazar royal.
Gilibert)
Bruxelles sans Gêne" [M"" Ivette
Conservatoire royal. — Dimanche 23 décembre, à
1 h. 1/2, sous la direction de M. Gevaert. Ouverture,
op. 45, de Beethoven; Concerto en mi bémol de Bee-
thoven, pour piano et orchestre, soliste M. Camille
Gurickx ; Symphonie avec chœur de Beethoven.
Nouveaux-concerts. — Dimanche 3o décembre, à
2 heures précises, dans la salle de l'Alhambra (Empire
Palace) Premier concert avec le concours de
Mlle Marie Bréma du théâtre de Bayreuth, et sous
la direction de M: Franz Servais Programme : i Le
Barbier de Bagdad, ouverture (P. Cornélius) ; 2. Die
l'deale, d après Schiller (Liszt); 3. Deux poèmes;
(R. Wagner), a, Traeume, 6, Schmerzen, chantés par
Mlle Bréma ; 4. Léonore, ouverture n" 3, (L. von
Beethoven); 5. L'ApoUonide, deux fragments (F. Ser-
vais), 3) Elégie, i) Scène sous la tente du festin. —
Hymne Danse sacrée; 6, Gotterdaemmerung, scène
finale (R. Wagner), Briinnhilde : Mlle Bréma.
Samedi 29 décembre, à 2 heures répétition générale.
MACKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
PARIS
Piopriétaires des œuvres de TSCHAIKOWSKY, GOTTSCHALK, PRUDENT, ALARD
des ARCHIVES DU PIANO et de la CÉLÈBRE METHODE DE PIANO A. LE CARPENHER
Seuls dépositaires de l'EDITION CHARNOT, spécialement consacrée à la MUSIQUE DE VIOLON
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O'Kelly G. Ave Maria, solo-
mezzo . 5 »
TsctiaïkOTTvsky , P . La
Dame de Pique, opéra n° 7,
duetto, deux femmes. Net 2 »
— No 8, Rom. de Pauline,
contralto Net i 5o
Pour farailye prochahiemtnt ;
— Onégiiine, drame lyrique
intime, paroles françaises
de M. C. Delines, d'après :
A. Pouchkine . . . Net 20 »
Marietti. Réponse à la Pro-
mise, chansonnette . . . 3 »
Petit format i »
MORCEAUX DE PIANO SEUL
Ctiabrier, Em. Marche des
Cypages ... . .
Hitz, F. Op i38 L'Oiseau-
mouche, caprice . . . .5
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec par-
tie d'harmonium adlib Net 2
Missler, B. T. Chanson
Suisse,- ..... Net 5
— Chanson Havanaise » 5
— » Napolitaine » 5
Thuillier, E. Fée Alsa-
cienne 5
7 5o
Vincent, Aiig Op. 64.
Scherzo 5
— Op. 65. Gavotte ... 5
— Op. 66. Valse Espagnole . 6
PIANO A 4 MAINS
Pi
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Lenepveu, avec harmo-
liium adlib .... Net 3
Thomé, F. Marche triom-
l>hale d'Aug. Vincent, op. 44 10
DEUX PIANOS A 4 MAINS
Lavignac, A. Marche du
Sacre, de la Jeanne d'Arc,
de Ch. Lenepveu, avec har-
monium adlib . . . Net 4
TtLOmé, F. Marche triom-
phale d'Aug. Vincent, op, 44 12
MUSIQUE DE DANSE
Dessaux, Louis. Quatre
danses faciles :
-No I. Quadrille, 5
l No 2. Valse 3
No 3. Polka 3
No 4. Polka-Mazurka 3
, GRAND ORGUE .
Salomé, Th. Op. 21. Trois
Canons . . . . . •
— Op 25. Première grande
sonate .
VIOLON ET PIANO
Danbé, Jules. Op. 3o, n" 4.
Petite Valse 5
— Op. 21, no 4. Canzonetta . 6
ŒUVRES DE P. TSCHAIKOWSKY
Cent vingt morceaux de piano.
Trois concertos, piano et orchestre.
Cent mélodies, chant et piano.
Six duos à deux voix.
Trois quatuors à cordes.
Trio pour piano, violon et violon-
celle.
Quatre poèmes symphoniques.
Cinq suites d'orchestre
Six symphonies à grand orchestre.
Trois ballets : le Lac des Cygnes, la
Belle au bois dormant, le Casse-
noisette.
Neuf opéras : le Caprice d'Oksàne,
Snegourolschka ou la Fille de
Neige, Vakoula le Forgeron, Oné-
giiine, la Dame de pique, Jeanne
d'Arc, Mazeppa, la Tscharodeïka,
Yolande.
OUVRAGES POUR SOLI CHŒURS
ET ORCHESTRE
Recommandés aux sooiétésphilliarmoniçiues
Bernard, E. Op. 8. La Captivité de
Babylone
Bourgault-Ducoudray. Op, 5.
Stabat Mater.
Lefeb-cre, Ctl. Judith. — Eloa.
.Lenepveu, Gti. Jeanne d'Arc.
Maréotial, H. Le Miracle de
— Naim La Nativité.
T-» n-^o/^lT A M/i\\\TC^\r\T Marche funèbre exécutée par l'orchestre de la cour impériale aux fénérailles
r. 1 oLll AllvU W OrL Y '. ^e s. m. l'Empereur Ale.xandre III, d'après son op. 675».
No I. Piano solo net fr. i 5o | No 2. Piano à quatre mains . . . net fr. 2 5o
LF aUIDF MUSICAL
1041
Marseille
Association artistique de Marseille, sous la direction
de M. Jules Lecocq. — Programme du 23 dé-
cembre 1894 • !■ Symphonie en lé, n° 4 (Schumann);
2. L'Adieu des bergers de l'Enfance du Christ (Ber-
lioz), chœur et orchestre; 3. Danse macabre (Saint-
Saëns); 4. Parsifal, première audition (Richard Wag-
ner) I L'enchant ;ment du Vendredi-Saint, orchestre
seul. S) Deuxième tableau du premier acte, scène
religieuse, deu.x cents exécutants; 5. Marche des
nobles de Tannhaeuser (Wagner), orchestre et chœurs.
Paris
OrÉRA. — Du 17 au 22 décembre : Faust; Thaïs et
la Korrigane.
Opéra-Comique. — Du 17 au 22 décembre ; le Domino
noir et la Chalet; Paul et Virginie; le Pré aux Clercs
et Cavalleria rusticana.
Concerts - Colonne ■ — Dimanche 23 décembre, à
2 h. 1/4 très précises. L'Enfance du Christ, trilogie
sacrée, paroles et musique de Berlioz. Prem'ére
partie : Le Songe d'Hérode; deuxième partie ; la
Fuite en Egypte; troisième partie ; l'Arrivée à Sa'is.
Les solis seront chantés par M""' Auguez de Monta-
lant. MM Bérard.Fournets Engel, NivetteetCheyrat.
Concerts-Lamoureux. — Dimanche 23 décembre, à
2 h. 1/2, avec le concours de M. Vianna La Motta et
M . Delaquerrière Programme ; Symphonie pastorale
de Beethoven ; fragments de l'oratorio de Noël (Bach),
air chanté par M. Delaquerrière; Concerto en mi
bémol (Beethoven), joué par .M. Vianna La Motta;
Thamar, poème symphonique de M. Balakirefî; Kepos
Paris, ALPHONSE LEDUC, Editeur, 3, rue de Gramniont.
A. BORODINE
PETITE SUITE
N° I. Au Couvent N" 5. Sérénade
» 2. Intermezzo » 6 Nocturne
» 3 Mazurka (en tit) » y. Rêverie
)) 4. Mazurka (en rc) » 8. Scherzo
Edition pour Piano, réduite par l'Auteur fr. 4 <>
MORCEAUX PUBLIÉS SÉPARÉMENT :
N" 4. Mazurka en ré fr, i 65
N°^ 6. et 7. Nocturne et Rêverie i 35
Pour ORCHESTRE (partition et par-
ties séparées) 32 »
La partition seule . . 12 «
Chaque partie supplémentaire . . . . . 2 5o
PREMIERE 'SYMPHONIE
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RÉPERTOIRE DES CHANSONS DU CHAT NOIR
Chansons de MARCEL LEFEVRE
(DEUXIÈME SÉRIE)
1 . Enterrement gai .... 5 — 4. Recette pour faire un dis-
2. Mélanie à la représentation cours électoral
de la grande opéra ... 3 —
3. Valse des bonnets . . . . 3 —
5. Le petit employé .... 3
5. L'Ouvreuse 5
Paris, Colombier. — E. Gallet, successeur-
TÉLÉPHONE I902
1042
LF GUIDE MUSICAL
de la Sainte Famille (l'Enfance du Christ), de Berlioz,
chanté par M. Delaquerri ère; Ouverture du Vaisseau-
Fantôme.
Concerts du Conservatoire. — Même programme que
dimanche dernier.
Vienne
Opéra. — Du 17 au 26 décembre : Fidelio. Hansel
et Gretel; Giselle; Cornélius Schutt; Autour de
Vienne; Hansel et Gretel; Giselle; Tannhaeuser; Caval-
leria rusticana et I Pagliacci; Hansel et Gretel et
Giselle, Otello.
An ber Wien. — Jakuba, Fledermaus, Le Marchand
d'oiseaux, le Postillon de Lonjumeau, le Baiser
d'essai.
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BATTMANN, J.-L. Carillon de Noël, mélodie . ...= ..'.. ... Net i 35
— La Rose de Noël ». . . . . i —
— Op. 339. No 40, Noël o 5o
CEUPPENS, V. Noël pour soprano ou ténor i 35
DELL'ACQU A, E. Noël d'enfant . , . . . i —
DENEFVE, J. La fête de Noël, pastorale à deux voix . . i —
FAUCONIER, B.-C. Op. 37. Messe solennelle de Noël, avec accompagnement d'orgue . . Partition 8 35
Chaque partie i —
HOUSSIAUX, E. Cantique de Noël, avec orgue. . . . . i 75
JOURET, L. Noël, solo avec chœur ad libitum et acccompagnement d'orgue ou piano. . , Partition 2 —
Chaque partie séparée o 25
LECLERCQ. La Nuit de Noël, mélodie religieuse pour baryton . . . . . . . . . i 35
PEELAERT, Noël, chant religieux i 35
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3o Décembre 1894
SOMMAIRE
numéro 53
H. Alvin et R. Prieur. — Métronomie
expérimentale (suite).
Marcel Rémy. — Le monument César
Franck.
lEIjrontque ùc la demaine : Paris : Hugues Imbert.
Concert de la Nationale. Quatuor Crickboom —
Ernest Thomas. Concert-La moureux.— Un dernier
mot à M. Gauthier- Villars.
Bruxelles : Reprise de l'Attaque du Moulin. J. B. —
La IX"' Symphonie au Conservatoire. M. K.
Nouvelles diverses.
€ûrrc9ponîlnni;t0 : Amsterdam. — Anvers. — Berlin.
— Bruges. — Crefeld. — Gand, le Christus de
M.Samuel. — Leipzig. — Liège. — Luxembourg. —
Prague. — Namur. — Nîmes. — Rouen. — Tour-
nai.
Nouvelles diverses. — Bibliographie . Quinze lettres
de Wagner et souvenirs à Mi"= Wille, traduits par
A. Staps. — Nécrologie. — Répertoire des théâ-
tres.
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A Londres : MM. Breitkopf et Hjertel , Great Malborough
Street, 54; Schott et C», Régent street, 157. — A Leipzig :
! Otto Junne. — A Munich Josef Seiling, fourn'' delà cour,
Perusastrasse. — A Prague : F. A. Urbanek. - A Stras-
bourg : librairie Ammel. — A Amsterdam, Algemeene
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— A Liège : M""* veuve Muraille, rue de l'Université. —
A Anvers : M Forst, place de Meir. — A Gand : M™" Beyer.
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1046
LE GUIDE MUSICAL
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40e ANNÉE. — Numéro 53.
3o Décembre 189},
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PRIMES
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Comme de coutume à l'époque des
étrennes, nous offrons à nos abonnés
des PRIMES LITTÉRAIRES, MU-
SICALES et ARTISTIQUES.
Ces primes intéressantes, dont nos
lecteurs trouveront l'énumération dé-
taillée à l'avant- dernière page, se
recommandent tant par la variété du
choix que par leur prix exceptionnel-
lement avantageux.
L'Administration.
METRONOMIE EXPERIMENTALE
(Suite). — Voir les nos 44, 45, 46, 47, 48, 49, 5o, 5i et 52
(Reproduction interdite)
Au début de la scène troisième (A. 34, F.
37), introduite par l'orchestre :
Massig langsam.
'^oderato. Mesure 791
Siegmund, resté seul, réfléchit à sa triste
situation; il adresse à Wàlse ses appels
énergiques ff (A. 35, F. 38) ; il réclame le
glaive promis ; la fin de la phrase : « Was
wiïthend das Herz noch hegt? Vas-tu me
laisser sans secours? » est lancée en cres-
cendo etAccelerando (i) ; puis, retour immé-
diat au Tempo 1° sur le motif de l'Epée,
reparaissant à l'orchestre. Voici les allures
d'exécution ;
Mouvements constatés
réductions
TEXTE CHANTÉ
aux exécutions de
1
.1
Munich
Paris
B
°
Mi 1 M2
Pi P2
34
37
(Orchestre)
Scène 3e ; ,
Moderato î5
83
70
82
71
35
38
Wo ist dein Schwert?
Où donc est ton glai v
Cresc. Accel.
144
144
io3
III
36
39
3q
Das Herz nochhegt?
Laisser sans secours?
Tempo 70
Lacht da der Blick.
36
86
84
96
110
Ne s'abusent-ils pas.
Sur le Moderato initial, les mouvements
difterent peu ; la nuance Cresc. Accel. est
réahsée dans les quatre cas, mais beaucoup
moins énergiquement à Paris qu'à Munich.
Quelle est la meilleure manière? C'est une
(i) Cette dernière indication manque sur la réduction
française.
1048
LE GUIDE MUSICAL
question de goût et l'on pourrait discuter.
Pour le retour au Tempo 1°, c'est autre
chose ; la simple inspection des chiffres du
tableau permet d'assurer que l'orchestre
de Munich, parti de 83 ou 8o à la noire,
revient très bien à l'allure initiale (86 ou 84)
après Vaccelerando, tandis que l'orchestre
de Paris, conduit à 82 ou 71 au début, ne
retrouve pas ce mouvement avec exacti-
tude (96 ou iio). Dans l'exécution Pi, il y
a faute légère; dans L'exécution P2, il y a
faute gravé : on semble avoir cru que
l'accélération subsistait encore malgré le
Tempo /". Et comme il n'est pas possible de
confondre J = 71 avec J= 1 10, l'erreur com-
mise est peu excusable.
Dans la seconde partie de la même scène
(Siegmund et Sieglinde), nous rencontrons
le Lied du Printemps (A. 47, F. 53). En
raison de son caractère nettement mélo-
dique, de sa simplicité relative, on pense-
rait qu'il est facile d'en régler les allures
d'une manière précise et constante. C'est
bien ce que nous observons à Munich ; mais,
à Paris, c'est malheureusement le contraire:
Page
rédu
des
TEXTE CHANTÉ
Mouvemen
aux exéc
Munich
ts constatés
utions de
Paris
1
Mi 1 M2
Pi
Pz
47
47
48
48
55
53
53
54
54
60
61
Orchestre g/8 3/4 ér
Moderato
Winterstùrme wich
Plus d'hiver
Leichtundlieblich.
Vers nous s'a-i-ance
76
75
76
81
71
41
95
69
Ses yeux d'azur
Sempre pp Più p
60
53
94
72
Fécondant de la sève
55
Le secret de mon cr
Poco a poco anim
Tônender Schall. . .
Dans l'air sa fanfare
100
100
9-1
100
Ces quelques chiffres sont singulièrement
significatifs.
Considérons d'abord les mouvements de
l'orchestre seul dans le 3/4 Moderato qui
précède l'attaque du ténor. Pour les exécu-
tions Mi, M2, concordance absolue; pour
Pi et P2, 71 ou 96 à la noire : il est pro-
bable que l'un des ëeux est fautif. Voyons
maintenant ce qui se passe lorsque Sieg-
mund attaque le Lied; à Munich, confor-
mément du reste à la partition qui ne porte
ni Rail, ni Accel.r le mouvement reste très
exactement ce qu'il était avec l'orchestre
seul : 75 ou 81, au lieu de 76, écarts insai-
sissables à l'audition. A Paris, au contraire,
qye relevons-nous dès l'entrée de la partie
vocale? Une chute brusque dans l'allure,
réduite de trente ^ degrés métronomiques
pour Pi, de vingt-sept degrés pour P2.
On devine aisément l'énorme différence
des impressions de l'auditeur : à Munich,
le chanteur entre en se soudant à l'or-
chestre; à Paris, Siegmund semblese dé-
gager personnellement de l'allure anté-
rieure comme pour forcer l'attention par
un violent contraste métronomique. Il est
possible que ce procédé empoigne (qu'on
nous permette l'expression) plus facilement
le public de l'Opéra; mais, appliqué à ce
degré, il n'en semble pas moins condam-
nable.
Ce n'est pas tout ; reportons-nous à la
page suivante : « Holde Diifte holt er ans
remplis d'oiseaux chanteurs » (A. 48, P. 54),
où nous trouvons lès nuances sonores
sempre pp., Più p. (i), et voyons la consé-
quence métronomique de ces nuances. A
Munich, l'allure diminue sensiblement : de
75 ou 81 à la noire, elle est tombée à 60
ou 63. A Paris, au contraire, pour P2, l'al-
lure s'est élevée de-69 à 72; pour Pi, elle
est, sur le piii p., plus du double de ce qu'elle
était au début du Lied (94 au lieu de 41).
Il est bien naturel de ralentir un peu sur le
più p. comme on le fait à Munich ; mais,
..si ce n'est pas strictement obligatoire,
qu'on nous explique au moins pour quelles
mystérieuses raisons Siegmund débite son
Lied deux fois plus vite sur cette phrase
qu'au début !
Nous comprenons fort bien que le mou-
vement s'accélère notablement quelques
pages plus loin (A. 55, F. 60 et 61) sur la
réplique de Sieglinde dont l'extase grandit,
(i) Cette dernière indication manque sur la réduction
française. . -
LE GUIDE MUSICAL
1049
Allmàlig bewegter, poco apoco animato; mais
l'effet de cette indication est manqué pour
Pi : V Animato n'est pas plus vif que le
passage phi p. chanté tout à l'heure par
Siegmund. C'est amsi qu'une première
erreur peut avoir sa répercussion et rendre
impossible dans la suite les oppositions
d'allures voulues par l'auteur. Une faute
métronomique va rarement seule ; elle se
multiplie avec facilité, comme une mau-
vaise graine.
Il arrive parfois cependant que l'écart
reste isolé ; le cas se produit, en général,
lorsqu'au Heu d'une violation formelle du
texte, il s'agit simplement d'une divergence
locale sur un passage dépourvu d'indica-
tions formelles. On trouvera un exemple de
cette espèce dans le tableau suivant. Nous
sommes au deuxième acte, scène première ;
après avoir reçu l'ordre de Wotan :
Her - ge gv.€r - - rière
Brûnnhilde s'éloigne en poussant ses appels
walkyriques
Pages des
Mouvements constatés
ri^'Jiictions
au.x exécutions de
1
«
TEXTE CHANTÉ
Munich
Paris
E
«•
. — ^^'^—^ ^
— ,. - _.
2
Mi
Ma
Pi ; P2
76
84
Reite zur Wal
Vierge guerrière
9/8;.=
78
78
73
76
84
Heihaha
a
. 0)
75
75
a
0
120
76
85
Heihaha
Ph
{TrilU)
-er Cresc. ff
io5
io5
0
97
77
8i
Heihaha
90
87
78
77
86
Hojotoho
3
a
L istesso tempo
86
86
13
78
77
86
Sollst du bestehen .
. "J .
Apportnt la tempête
85
90
n,
78
■ 78
87
Lass' dich im Stich
A ton destin
Au début de ce fragment, concordance
très satisfaisante entre les allures des trois
représentations comparées. Dans le second
intervalle, accélération très accusée à Paris
(73 à 120); aussi la nuance -^^^ cresc,
ff du troisième intervalle n'est-elle pas tra-
duite métronomiquement comme à Munich.
Mais, malgré cela, nous trouvons partout
le ralentissement relatif sur le quatrième
intervalle, et enfin, au cinquième, le pro-
blème métronomique :
Dasselbe Zeitinaass.
Listesso tempo. J = J.
Ho - jo-to. hol
est très convenablement résolu dans les
trois cas.
On remarquera l'excellente similitude des
mouvements locaux pour les deux exécu-
tions de Munich, bien que le rôle de
Brûnnhilde ait été tenu successivement par
M«>« Sucher et par M"^ Ternina. La con-
cordance atteint rarement un aussi haut
degré de précision, même pour les exécu-
tions allemandes qui nous occupent.
Elle est loin d'être aussi parfaite pour le
passage suivant de la scène première du
second acte entre Wotan et Fricka
(A. 88-91, F. 99-102). Cette partie de
l'œuvre n'ayant pas été donnée à Paris,
nous sommes réduits aux mesurages de
Munich.
l'âge
réJu
1
s des
TEXTE CHANTÉ
Mouvements constatés
aux exécutions de
Munich Paris
12 I 1 2
88
99
Stets gewohntes . . .
Dans l'ordre naturel
3/4;.:
100
106
Sg
99
Zu wirken die That
Accomplir les explts
96
85
89
100
Wirken verwehrt .
Ne peuvent accompr
89
100
89
100
Ihnen nur wirkt . . .
Ne peut entreprend^
77
91
0 .
c3 '
90
90
100
lOI
Du reizest sie
Que serait-il
Lebhaft, Animato
Du mich beliigen. .
Mais n'attends pas
60
69
45
69
1
"S.
• s-
0
.T3 .
G
0
90
loi
Trotzt er allein
Ton reflet
72
io3
f
. 3 .
ri
90
lOI
Schirmteihnnie. . .
Secondé ta vaillance
112
102
91
102
Siegmund gewann.
Il l'a conquise
95
100
qi
102
Auf den Fersen. . , .
Ma divine sagesse
1050
LE GUIDE MUSICAL
Rappelons qu'aux deux fois le rôle de
Fricka a été tenu par M"^ Frank; le rôle
de Wotan a eu successivement pour inter-
prètes MM. Brucks et Grengg.
Dans plusieurs intervalles apparaissent
des discordances notables, d'importance
presque exceptionnelle. Elles s'expliquent,
en partie, par le rôle réduit et intermittent
de l'orchestre. En divers points, on trouve
des fractions de mesures ou des mesures
entières durant lesquelles les voix chantent
en solo absolu; souvent aussi elles sont
soutenues par de simples accords. Elles
sont donc moins encadrées par l'orchestre
et, comme on voit, elles usent de leur
liberté. Le Lebhaft, Auimato du cinquième
intervalle n'est même pas observé : là, ce
n'est plus de la liberté, c'est de la licence.
[A suivre.) H. Alvin et R. Pkieur.
POUR LE MONUMENT
CESAR FRANCK
î 'incident surgi naguère à propos de la
statue de Balzac n'est pas oublié
encore et révéla chez des hommes
d'apparences ou même de professions artis-
tiques une singulière incompréhension des
efforts et des tourments d'un artiste en gesta-
tion de chef-d'œuvre.
Sans s'associer complètement aux apprécia-
tions acerbes « 'chauds de lettres » ou «jean-f...
de lettres » que s'attira de la part d'Arsène
Alexandre et de Grosclaude, la Société des gens
de lettres lors de son différend avec le maître
Rodin, il faut pourtant constater une sorte
d'inconscience des comités, commissions et
autres groupes anonymes vis-à-vis des choses
d'art. Plis séparément, chaque commissaire
montrera du tact, de l'entendement, de la récep-
tivité intelligente ; réunissez la commission, il
n'y aura plus qu'un groupe neutre, bien capa-
ble de décréter une mesure odieuse ou com-
mettre une simple « gaffe » .
Voici un autre exemple qu'il ne faut certes
pas assimiler pleinement au précédent, car ici
sont en cause indolence ou négUgence, mais
caractéristique tout de même.
Il y a deux ans environ, quelques jeunes
gens d'in.spiration généreuse résolurent, proba-
blement à l'issue d'un concert où la musique
de Franck leur avait été révélée, d'élever un
monument au maîtie qui avait su leur trans-
mettre un frisson nouveau.
En même temps que cette noble idée leur
était suggérée, sa réalisation exigeait — à leur
sentiment unanime — la participation active du
sculpteur Joseph Rulot, qu'ils pensaient pou-
voir seul traduire et amplifier l'hommage dont
la forme indécise s'agitait dans leur esprit.
Ce point est à noter, que le monument fut
décidé par le double motif de l'admiration pour
le musicien et du concours assuré d'un ciseau
apte à la traduire. L'idée fut répandue à Liège
et au dehors ; elle rencontra tout de suite sym-
pathie et encouragement. Un comité fut formé,
qui recruta bientôt l'adhésion des jeunes musi-
ciens français, la descendance musicale de
César Franck.
Pendant ces préliminaires, avant toute for-
mation régulière de comité responsable, avant
qu'une seule souscription ftit recueillie, le
sculpteur Rulot, avec un beau désintéresse-
ment, creusait son cerveau, tendait son esprit,
s'abîmait dans son sujet, écoutant des harmo-
nies intérieures — car c'est une nature
affinée, ouverte à la musique, où il compte
d'illustres amitiés, comme Thomson, Ysaye,
'Ra.w&y et d'autres, — sans s'inquiéter nulle-
ment si son labeur recevrait jamais son salaire.
Abandonnant, dès l'abord, tout projet de
statue ou d'effigie, il s'arrêta à un monument
symbolique. On ne peut que l'approuver.
Quand on considère l'œuvre musicale de César
Franck dans son ensemble, avec sa physiono-
mie spéciale, sa teinte personnelle, invincible-
ment on a la notion d'un homme doux,
intelligent, qui vécut dans la pénombre mé- |
lancolique des méconnus, dans une fierté ^
ennemie de toute réclame, même posthume.
Il n'est peut-être pas de personnalité artis-
tique plus incompatible avec l'anecdote, le
trait de mœurs, le « fond de tiroir » ou le
triomphe bruyant. S'imagine-t-on l'hérésie in-
supportable d'une redingote de bronze décernée
à ce sensitif ? Voit-on ce poète des douleurs
intimes, cet élégiaque dressé tout vif à un car-
refour ?
Ce serait d'une irrévérence souveraine.
J'en appelle à ceux qui ont vu, comme mtsi,
le toupet et le faux-col de Lamartine, à Passy
et à Màcon. Non, l'hommage à Fianck, conçu
par Joseph Rulot, est dans une note plus éle-
vée. Sur une masse fruste, des groupes symbo-
liques s'étagent, qui évoquent le Sermon sur
la montagne. A mi-hauteur, le Christ, assis,
complète ses sublimes paroles d'un geste d'in-
LE GUIDE MUSICAL
lôol
finie mansuétude. Et ce groupe — les Béati-
tudes — n'est pas construit dans un sens exclu-
sivement, sèchement sculptural, académique.
Les lignes sont amincies, un fluide baigne les
figures, l'harmonie intérieure se devine, de la
musique plane.
Le projet de Rulot n'existe qu'à l'état d'es-
quisse sur cartons; voilà bientôt un an qu'il
est terminé.
L'auteur propose au comité d'en faire une
maquette en plâtre demi-grandeur pour dres-
serenfin son projet dans sa forme décisive, de
façon, dit-il, « que s'il mourait avant l'achève-
ment du monument, celui-ci pût être ter-
miné selon ses indications ».
Le comité hésite, tergiverse, prétendant
n'avoir pas en caisse assez d'argent pour les
frais matériels de cette maquette.
Or, il n'y a aucune raison pour que cette situa-
tionne se prolonge indéfiniment. Les premières
souscriptions sont recueillies depuis un certain
temps : il ne faut plus rien attendre du public,
pour le moment, si l'on ne force pas son atten-
tion. Tandis qu'en présentant un projet bien
défini, en exposant publiquement la maquette
du monument, on donnerait une impulsion
favorable à la réussite de la souscription.
L'exposition du projet définitif, coïncidant
avec des concerts organisés en faveur de l'œu-
vre, assurerait le résultat financier de l'entre-
prise.
La réduction des Béatitudes serait, naturel-
lement, exposée à Paris, la ville où toute ini-
tiative généreuse et artistique est certaine d'être
suivie.
On demanderait, par exemple, à M . Colonne,
d'exécuter à ses concerts la partition des Béa-
titudes, qui eut tant de succès Tan dernier :
en même temps, le groUj^e de Rulot serait
dressé au foyer du Châtelet. Et sous l'émotion
double de la musique et de la statuaire, les
assistants seraient séduits.
La Nationale ne manquerait pas d'organi-
ser de belles exécutions des œuvres sympho-
niques et instrumentales de son regretté prési-
dent.
Le Conservatoire de Paris offrirait sa salle de
concert en l'honneur, sinon du compositeur
moderne, au moins de son ancien professeur
d'orgue.
Le groupe sculptural serait exposé dans le
grand vestibule : autre public et nouvelles
cotisations. On peut compter sur le dévoue-
ment des fervents : Vincent d'Indy, Chausson,
Benoit, de Bréville, les frères Ysaye et d'au-
tres.
A Bruxelles, où Hnlda va être joué, les
XX feraient, certes, quelque chose. Nancy,
Liège et Verviers, d'autres villes encore appor-
teraient leur tribut.
Mais pour mettre en mouvement tous ces
bons vouloirs qui ne demandent qu'à agir, il
faut un but précis, un commencement de fait
accompli.
C'est pourquoi, malgré les frais nécessités, la
confection immédiate de la maquette est un
élément indispensable au succès financier de
l'entreprise. Une fois l'opinion publique saisie,
si même la somme voulue n'est pas atteinte,
on aura qualité pour recourir aux pouvoirs
publics — Etat, province, municipalité — et
leur demander de parfaire la souscription.
Le comité liégeois devrait bien songer à ces
choses et faire le nécessaire sans plus tarder.
Car il ne faut pas non plus considérer le sta-
tuaire Rulot comme un fournisseur préoccupé
de sa commande ou de sa gloire et qu'on peut
faire attendre. Nulle impatience vénale ne le
peut hanter ; on doit le regarder comme le pre-
mier et le plus important des souscripteurs : là
où nous donnons un peu de notre superflu, il
prodigue le plus beau et le plus pur de son
talent en cette œuvre grandiose. A lui le res-
pect et les égards dus aux ouvriers de la pensée
humaine.
Ensuite, en traînaillant, on provoque une
impression pénible. Liège a revendiqué César
Franck à la dernière heure, sinon trop tard.
Quoique la descendance artistique du maître
soit l'efflorescence actuelle du jeune mouve-
ment musical français, on a reconnu et on s'est
incliné devant les droits — d'ordre plutôt sen-
timental — des Liégeois.
Va-t-on par indifférence, négligence, manquer
de piété à sa mémoire, après avoir tardivement
réclamé ce mort? Non, non, prenez-y garde !
Sinon, on dira que sa patrie l'a oublié deux
fois! Marcel Remy.
Chronique &e la ^eniatne
PARIS
Société nationale de musique. — Concerts-Colonne.
— Séance de musique de chambre par le quatuor
Crickboom, Angenot, Miry et H. Gillet, à la Salle
d'Harcourt.
La Société nationale de musique a inaugui é,
le dimanche 23 décembre, le premier des
quatre grands concerts avec orchestre qu'elle
1052
LE GUIDE MUSICAL
doit donner cette année à la Salle d'Harcourt.
Nous ne saurions trop féliciter cette société de
s'être montrée moins fermée, que par le passé à
certains compositeurs français qui, bien que
n'appartenant pas à l'école de César Franck,
n'en ont pas moins produit des œuvres de
valeur. C'est ainsi que nous relevons sur ie pro-
gramme, à côté des noms de MM. Duparc,
Debussy et Guy Ropartz, ceux de MM. Bour-
gault-Ducoudray et Saint-Saëns. La séance
débutait par la Forêt (op. 19) de M. Alex.
Glazounow, poème symphonique entendu pour
la première fois à Paris. Notre attente a été
déçue; il nous coûte de le dire, car nous nous
souvenons de certaines pages de musique de
chambre de M. A. Glazounow qui nous
avaient charmé. Son poème symphonique ne
nous paraît rendre que bien imparfaitement le
programme littéraire qu'il s'est tracé, nous
pouvons ajouter que, si ce programme n'avait
pas été sous nos yeux, il eût été impossible de
songer à une peinture de la forêt. Sa traduc-
tion musicale manque de charme; elle est sou-
vent violente, bruyante, hachée, beaucoup trop
développée. Le passage où « les oiseaux, au
matin, gazouillent joyeusement », fait songer à
lnSymphonie pastorale, et la comparaison n'est
pas à l'avantage du compositeur russe.
Glissons, si vous le voulez bien, sur un A l-
legretto sans prétention de M. J. Bordier, pour
parler de l'œuvre d'un musicien de talent, qui
se retire trop derrière les saules et dont on
voudrait connaître davantage les compositions.
En entendant la Vague et la Cloche de M. R.
Duparc, sur une poésie de M. F. Coppée, on
voit de suite où vont les admirations du com-
positeur : l'influence wagnérienne se fait sentir
dans cette page dramatique, mais sans qu'elle
nuise à une inspiration franche et saine. Nous
avons surtout admiré la conclusion :
Pourquoi n'as-tu pas dit, ô rêve, où Dieu nous mène?
Pourquoi n'as-tu pas dit s'ils ne finiraient pas,
L'inutile travail et l'éternel fracas
Dont est faite la vie, hélas ! la vie humaine ! »
M. Auguez, avec sa voix chaude et bien
timbrée, a fait valoir la partie de chant, et le
public a souligné de ses bravos l'œuvre et l'in-
terprète. — La page, toute de poésie qu'a écrite
M. Bourgault-Ducoudray sur l'Enterrement
d'Ophélie, lui a été évidemment inspirée par le
tableau qu'en a tracé Shakespeare dans i/fl,;7;./e/
(acte V). Il nous a semblé que l'auteur s'était
plutôt évertué à rendre les passages de douceur
que ceux de violence. Telles les paroles placées
dans la bouche du prêtre : « On lui a accordé
ses couronnes de jeune fille, ses jonchées de
fleurs virginales et l'accompagnement des
cloches et des funérailles », — ou encore cette
phrase de Laërtes : « Placez-la dans la terre et.
puissent de sa chair belle et sans tache naître
ici mille violettes!» etc Le quatuor des '
cordes en sourdines fait entendre un cantique
d'amour, plein de douce mélancolie, auquel
succèdent les notes du violoncelle et du haut-
bois. Les pizzicati des cordes, le son de la
cloche et quelques accords vigoureux de l'or-
chestre complètent un tableau qui n'est pas sans
valeur et qui a été très apprécié.
M. Crickboom, le jeune violoniste belge,
élève d'Ysaye, a fort bien exécuté le Concerto
pour violon de C. Saint-Saëns, qui est hérissé
de difficultés. Il a donné surtout une couleur
charmante à V Andantino, et les rappels en-
thousiastes du public lui ont montré quel cas
on faisait de son talent.
Le reproche que nous pourrions faire aussi
bien au Prélude à l'après-midi d'tm faune
(églogue de S. Mallarmé), mis en musique par
M. A. Debussy, qu'à la Prière, poème de Guy
Ropartz, est que l'influence wfagnérienne y est ,
trop prépondérante et qu'elle enlève ainsi à
l'artiste le style qu'il était capable d'avoir. Ce
sont, néanmoins, des compositions intéres-
santes, la première surtout, dénotant chez
leurs auteurs des aspirations vers le beau et
une aversion absolument complète pour la
banalité, ce dont nous ne saurions trop les
louer.
Rédemption de César Franck clôturait cette
première séance de la Société nationale de
musique à la salle d'Harcourt. L'orchestre
était bien dirigé par M. Gustave Doret; mais
on devinait sans peine que les répétitions
n'avaient pas été assez nombreuses.
— Le cycle Berlioz continue son évolution
triomphale aux Concerts-Colonne. Dimanche, .
avant-veille de Noël, l'Enfance du Christ, tri-
logie sacrée, avait attiré un public nombreux
et recueilli. Ce n'était pas la première fois que
M. Ed. Colonne faisait exécuter cette partition,
qui occupe une place à part dans l'œuvre de
Berlioz; et nous nous souvenons encore du
concert du 9 janvier 1881, où M"« Vergin (au-
jourd'hui M^ns Colonne) donnait une grâce si
louchante à sainte Marie, et de celui du 4 dé-
cembre i8g2, dans lequel M"<= Berthe de Mon-
talant (aujourd'hui M^^ Auguez) chantait le
même rôle. Personne n'ignore que l'Enfance
du Christ fut composée à diverses époques : le
Chœur des Bergers, qui, le premier, vit le
jour, fut publié sous le nom de Pierre Ducré
(Duc-ré) en i85o. La Fuite en Egypte date de
LE GUIDE MUSICAL
1053
la même année. Enfin, l'œuvre entière parût
en l'année 1854, sous le titre définitif de V En-
fance du Christ ; elle comprend trois parties :
le Songe d'Hérode, la Fuite en Egypte, V Ar-
rivée à Sais.
« Plusieurs personnes, dit Berlioz dans ses
Mémoires, ont cru voir, dans cette partition,
un changement complet de mon style et de
ma manière. Rien n'est moins fondé que cette
opinion. Le sujet a amené, naturellement,
une musique naïveet douce, et, par cela même,
plus en rapport avec leur goût et leur intelli-
gence, qui, avec le temps, avaient dû encore se
développer. J'eusse écrit VEnfance du Christ
de la même façon il y a vingt ans. » La musi-
que naïve et douce, ce sont la deuxième et la
troisième partie, surtout la deuxième, la Fuite
en Egypte, doux écho des pages descriptives,
toutes imprégnées de poésie et du soleil d'orient,
do Renan, de Michel de Vogué et, plus ré-
cemment, de E. Schuré, dans les « Grands ini-
tiés I). Nous sommes forcé d'avouer que le
Songe d'Hérode (première partie), à l'exception
de l'air 0 misère des rois, et de la scène V
(l'étable de Bethléem) ne nous donne pas en-
tière satisfaction. Mais aussi quelles pages
adorables que la symphonie pastorale, l'Adieu
des bergers à la Sainte Famille et, enfin, le
simple et tendre récit du ténor, représentant le
repos de la Sainte Famille « sous l'ombrage de
trois palmiers au vert feuillage ! » U Arrivée à
Sais n'est pas moins belle, et on ne sait que
louer davantage du beau récit du début, de la
scène dramatique où Marie et Joseph, exténués
de fatigue, frappent vainement aux portes des
habitants pour être secourus, du célèbre trio
pour deux flûtes et harpe, admirablement exé-
cuté par MM. Cantié, Roux et M"'' Provin-
ciali-Celmer, ou du merveilleux chœur mysti-
que. L'interprétation a été fort belle : chœurs
et orchestre ont brillamment manœuvré sous
la direction de M. Colonne, auquel le public a
fait une ovation à lafin du concert. Lessolistes,
M"": Auguez de Montaland, M. Bérard, qui a
été très applaudi après la jolie phrase « Elle a
pour nom Marie », MM. Fournetz, Engel,
Nivelte et Cheyrat, ont été d'excellents inter-
prètes de VEnfance du Christ.
— La seconde séance de musique de
chambre, donnée à la salle d'Harcouvt le jeudi
20 décembre, par le quatuor Crickboom, Ange-
not, Miry et H. Gillet, n'a pas été moms bril-
lante que la première. Au programme, le onzième
quatuor en fa mineur de Beethoven, cette
œuvre de démarcation entre les premiers et les
dernieis quatuors du maître, le Concert pour
deux violons et piano de J. S. Bach, avec son
Largo si merveilleusement beau, et le second
quatuor à cordes de Borodine, empreint d'une
couleur orientale dont VAndante rappelle cer-
taine élégie de Massenet. L'homogénéité, si
désirable dans la musique de chambre, le qua-
tuor Crickboom la possède au premier chef.
L'intention est la même dans l'exécution des
traits, des nuances, dans l'interprétation des
sentiments de l'auteur. Les quatre exécutants
se sentent les coudes et ne forment, pour ainsi
dire, qu'un même instrument. C'est absolument
parfait. Nous engageons tous les amateurs du
grand art à aller entendre ces jeunes virtuoses
à la salle d'Harcourt; nous leur promettons de
sereines et complètes jouissances.
Hugues Imbert.
GONCERTS-LAMOUREUX
Deux œuvres de Beethoven étaient inscrites
au programme du concert des Champs-Elysées.
L'une, la Symphonie pastorale, qui tient
toujours l'auditoire en éveil, le charme, le séduit,
et provoque infailliblement des applaudisse-
ments frénétiques et prolongés ; l'autre, le con-
certo en nii bémol pour piano, composition
diffuse, incolore, longue, d'une longueur déses-
péranlo, — nous en demandons humblement
pardon aux mânes du grand maître(i), — et qui
a été exécutée au milieu de l'indifférence, de la
somnolence générale par un jeune pianiste
étranger, M. Vianna da Motta, dont le jeu sec,
étriqué, d'une correction froide, rendait cette
audition plus triste et plus pénible encore.
Venaient ensuite deux numéros de circon-
stance : des fragments de Y Oratorio de Noél
de Bach, et le Repos de la Sainte famille,
épisode tiré de VEnfance du Christ de Berlioz.
Ces œuvres si différentes de style, mais qui se
rapprochent par un caractère commun de sim-
plicité et de naïveté, ont fait très gJande impres-
sion sur le public. La partie vocale était confiée
à M. Delaquerrière qui s'en est tiré sans trop de
désavantage, bien que les habitudes contrac-
tées dans la carrière théâtrale semblent inter-
dire aux chanteurs dramatiques l'interprétation
d'une pareille musique.
Une seconde audition du Thâmar, le poème
symphonique de BalakirefF, n'a pas changé
mon impression première. Cette œuvre, bien
qu'elle dénote chez l'auteur un grand talent
d'harmoniste, n'a, croyons-nous, aucune chance
de rester au répertoire des concerts. Son carac-
(i) Et vous faites bien cher confrère ! (N . de h Réd.)
1054
LE GUIDE MUSICAL
tère un peu sauvage et brutal n'est point pour
déplaire, mais elle est entachée d'un vice capi-
tal, le manque d'unité et de cohésion.
Pour terminer, nous avons eu une excellente
exécution de l'ouverture du Vaisseau-Fantôme
de Wagner.
A la fin de son programme, M. Lamoureux
nous informe qu'il fait relâche deux dimanches
de suite, le 3o décembre et le 6 janvier. La
réouverture des Concerts du Cirque d'été aura
donc lieu le 1 3 janvier. Ernest Thomas.
Samedi dernier, à la Bodinière, très intéres-
sante conférence sur Chopin par M™* Thénard (de
la Comédie-Française). Les œuvres du grand musi-
cien polonais ont été interprétées avec un charme
pénétrant, une virtuosité impeccable et un talent
tout personnel par notre éminente pianiste, M"'
Roger-Miclos, qui a fait revivre sous ses doigts
merveilleux l'âme si passionnée, si tendrement
aimante et poétique du génial musicien.
UN DERNIER MOT
. Après avoir inutilement usé de l'invective,
M. Gauthier- Villars a recours maintenant aux
paroles malsonnantes. ■
Il me traite de goujat, dans le M onde- Artiste,
parce que je lui ai retiré, depuis qu'il est devenu
grossier, le service gracieux du Guide Musical, et
il m'appelle stercoraire belge, probablement
parce que je me suis occupé de sa prose à lui
(c'est du moins l'explication la plus naturelle).
Je serais vraiment naïf de relever ces paroles,
qui voudraient être provoquantes, et qu'on lance
dans l'espoir de faire dévier le débat. C'est une
manœuvre dont il ne me convient pas d'être la
dupe.
Revenons au point de départ.
Il a plu à M. Gauthier- Villars de se constituer
le champion des versions équirythmiques de
M. Alfred Ernst. C'était son droit, et je n'eusse
pas demandé mieux que d'admirer son courage
s'il avait apporté, dans le débat soulevé à ce
propos, des arguments littéraires et artistiques.
Il y a apporté tout autre chose : des attaques
personnelles, de vieux calembours, des affirma-
tions inexactes, des citations sciemment tronquées,
des attributions erronées, des rectifications perfi-
dement travesties ou faussement reproduites.
Et il cherche aujourd'hui à me faire mettre flam-
berge au vent, parce qu'indépendamment de son
manque de loyauté,. de courtoisie et de bonnes
mœurs littéraires, il m'a mis finalement dans la
nécessité de constater sa radicale incompétence
dans une polémique volontairement cherchée par
lui.
Cela n'aurait pas de bon sens.
L'aventure est sans doute déplaisante pour
M. Gauthier-Villars; mais, franchement, il me'st
impossible de le regretter. Il n'a qu'à s'en prendre
à lui-même et à ceux qui lui ont inspiré cette
malencontreuse campagne, si j'ai dû lui rendre la
monnaie de sa pièce et le renvoyer un peu dure-
ment à ses calembours, à son vestiaire du Cirque
d'Eté.
Il y est. Qu'il y reste!
M. KUFFERATH.
BRUXELLES
S-^-'a reprise de l'Attaque du Moulin, à la
f:|\:^ Monnaie, a suivi de bien près celle du
J^^-{ Rêve, — de trop près pour qu'il ne
s'établît pas, dans l'esprit des spectateurs, entre
les deux œuvres de M. Bruneau, des rappro-
chements qui ne sauraient, pour beaucoup du
moins, être favorables à la plus récente de ces
productions. Et mieux eût valu que ces reprises
eussent été données dans un ordre inverse, qui
ne serait pas venu renforcer l'impression quel-
que peu décevante laissée aux admirateurs du
compositeur français à la première apparition
àeV Attaque du Moulin. Mais M. Bruneau
paraît décidé à travailler avec ardeur pour la
scène, et puisqu'il a dès à présent un nouvel
ouvrage sur le métier, ne revenons pas sur
des erreurs peut-être passagères et espérons
plutôt voir se réaliser prochainement avec éclat
les belles espérances que nous avait inspirées
son premier drame lyrique.
Dans l'exécution actuelle de l'Attaque du
Moulin domine, comme précédemment, l'in-
terprétation magistrale donnée par M. Seguin
au rôle du père Merlier : on ne saurait rendre
cette touchante figure, d'ailleurs fort bien cam-
pée par le compositeur, avec une plus grande
force et une plus grande justesse d'expression,
une vérité d'allure plus intense. M"*^ Simonnet
a mis peut-être plus de rustique simplicité que
M™<= de Nuovina dans le rôle de Françoise,
mais, comme sa devancière, elle le dramatise
à l'excès, et elle n'a pas toujours réalisé
avec une extrême justesse la partie vocale de
sa tâche. M. Bonnard, non plus, n'a pas eu
une constante préoccupation d'épargner les
oreilles de ses auditeurs, et malgré un jeu plus
discret et plus naturel, il n'a pu faire oublier
son prédécesseur, M. Leprestre.' Les autres
rôles sont restés confiés à M"^s Armand et
Hendrikx, MM. Ghasne et Isouard.
Cette reprise, dans l'ensemble d'une exécu-
tion inférieure à celle de l'année dernière,
LE GUIDE MTJSIOAL
1055
semblait avoir été préparée d'une manière bien
hâtive : l'orchestre a, maintes fois, manqué de
fondu et de cohésion ; les rythmes étaient
cahotés, hésitants, et la musique de scène
paraissait s'inquiéter fort peu de marcher d'ac-
cord avec l'orchestre. J. Br.
Tout entier consacré à Beethoven, le pre-
mier concert du Conservatoire a été profondé-
ment impressionnant. Jamais on n'avait assisté.
à Bruxelles, à une aussi parfaite exécution de la
Neuvième symphonie, et particulièrement du
glorieux finale sur l'Ode à la Joie.
Les chœurs du Conservatoire ont été vrai-
ment remarquables d'entrain, de justesse, de
puissance, et le quatuor des solistes — M^es
Elly Warnots, Flament et MM. Dequesne et
Maas — parfait de sûreté et d'ensemble. Le
Scherzo aussi, pris dans un mouvement très
rapide, a marché avec un ensemble et une
légèreté qui m'ont rappelé les plus délicates
exécutions entendues en Allemagne. Bref,
l'œuvre entière, en dépit de quelques détails
moins heureux dans le premier mouvement et
dans le divin Adagio, a resplendi cette fois de
toute sa radieuse beauté. Qu'il est déjà loin de
nous, le temps où la critique rétive s'arrêtait
confuse et troublée devant cet incomparable
poème sonore, ne sachant comment l'inter-
préter et finissant, dans son incompréhension,
par le déclarer l'œuvre d'un fou, la création de
la décadence du génie de Beethoven ! Même le
chœur final, qui nous paraît aujourd'hui d'une
clarté si limpide, passait alors pour inchantable,
mal écrit pour les voix, et d'une complication
telle, qu'il valait mieux ne pas l'exécuter. Aussi
le supprimait-on généralement. Félicitons
M. Gevaert de l'énergique persévérance avec
laquelle, depuis une quinzaine d'années, il a
sans cesse remis l'œuvre à l'étude, la reprodui-
sant périodiquement, tous les trois ou quatre
ans.
La Neuvième est au point aujourd'hui
comme ses glorieuses sœurs, et rien ne l'em-
pêchera plus désormais de rayonner sur les
générations présentes et futures.
Avant la- Neuvième, M. Gevaert avait fait
exécuter le merveilleux concerto de piano en mi
bémol, que M. Camille Gurickx a joué en
artiste pénétré des beautés poétiques de l'œuvre
et respectueux du génie du maître. Et le con-
cert s'était ouvert par l'op. ii5, qui n'est pas
une des grandes ouvertures du maître, mais
encore une page symphonique de grande
allure, — dont plus d'un de nos modernes
pourrait faire sou chef-d'œuvre. M. K.
Assistance nombreuse et choisie, vendredi, à
la première des deux séances de musique de
chambre organisées, à la salle Ravenstein, par
MM. Sevenants, Deru et Bouserez. Le pro-
gramme, très éclectique et composé avec goût,
réunissait les noms de Beethoven, Mendels-
sohn, Scarlatti, à côté de ceux de Moszkowski,
Emil Sjôgren et de Castillon ; le deuxième Trio
de ce dernier formait la pièce de résistance du
concert, et les retardataires — nous en étions
— ont vivement regretté que ce morceau fût
inscrit en tête du programme. De tout le reste,
les trois jeunes virtuoses ont fourni une exécu-
tion très soignée, sinon toujours impeccable,
et qui témoignait d'une très juste compréhen-
sion des œuvres interprétées, — ce qui vaut
mieux qu'une correction irréprochable mais
froide, sans accent et sans vie. J. Br.
Le Gitide Musical, fermé par goût et par principe
à toutes les productions du café-concert qui n'of-
frent généralement aucun intérêt artistique, fait,
cette fois, exxeption en faveur d'Yvette Guil-
bert, qui vient de donner cinq soirées à l'AIcazar.
Il y a quatre ou cinq années, nous fûmes des
premiers à la signaler comme une artiste d'un
rare talent. La voici universellement célèbre,
fêtée, choyée comme elle le mérite; car il y a de
l'art dans sa manière de dire et une personnalité
dans son style. C'est merveille de voir ce qu'elle
fait du mince filet de voix dont elle dispose, mais
qu'elle conduit en virtuose du chant, sachant
varier à l'infini son timbre, tour à tour incisif,
pénétrant, railleur ou ému, maîtresse absolue de
ses nuances, incomparable par la netteté de la
diction, articulant chaque syllabe sans effort ap-
parent. Quel enseignement la petite diva pourrait
donner à quantité de chanteurs et de cantatrices
voués au grand art parla puissancede leurs moyens
vocaux, mais qui ignorent le premier mot de la
déclamation et de l'art de nuancer leur voix !
N'insistons pas sur le répertoire de l'artiste. II
est, évidemment, d'ordre secondaire, assez bas.
Mais il est sauvé par l'art de l'interprète, qui
s'élève par moments jusqu'à la puissance. L. K.
CORRESPOND A NCES
AMSTERDAM. — Notre collaborateur
néerlandais, M. Edouard de Hartog, nous
prie de déclarer qu'un article paru dans la Fcdcva-
iion Aytistique, de Bruxelles, numéro du i6 dé-
cembre, intitulé «Correspondance de la Hollande»
et signé des initiales E. de H., n'émane pas de
lui. Il est complètement étranger à cette corres-
pondance. Dont acte.
AN 'VERS. — La période des fêtes a rendu
un peu de calme au mouvement artistique
très prononcé des derniers temps. La Société
3056
LE GUIDE MUSICAL
royale d'Harmonie a pourtant donné un concert
qui, vu son caractère essentiellement national,
mérite d'être cité. A part l'ouverture de Quentin
Durward de Gevaert et le rondo de la symphonie
de Fétis, les œuvres entendues étaient d'origine
anversoise. Après une Marche habilement orches-
trée de Huybrechts, M. Callaerts nous a fait
entendre, avec le concours de M. Smit, un mor-
ceau de concert pour violoncelle, de facture très
habile, mais d'un intérêt musical assez mince.
Dans son poème symphonique Retour d'Ulysse,
le compositeur a été mieux inspiré.
Les fragments de Blanche/tore de E. Wambach
ont produit le meilleur effet, ceci pour la partie
symphonique surtout. La partie vocale aurait pu
trouver une meilleure distribution; la voix peu
assise de M"** Cuvelier et la diction assez terne de
la cantatrice n'ont pu que faiblement rendre les
intentions de l'auteur. M"" Cuvelier a mieux com-
pris les Lieder de Wambach ainsi que son Harp-
zang, morceau d'un très bel effet.
La légende symphonique Saint-Nicolas de Jan
Blockx a été très applaudie. C'est une œuvre
franchement personnelle et d'une orchestration
limpide.
On annonce, pour la semaine prochaine, un
intéressant concert au Cercle Artistique ainsi
qu'une prochaine audition, à l'Harmonie, du qua-
tuor de Francfort.
Le succès de Ondine, au Théâtre lyrique fla-
mand, est loin de s'épuiser. M"" Levering ainsi
que MM. Fontaine et Berckmanns seront longue-
ment applaudir dans l'œuvre si populaire de Lort-
zing. A. W.
BERLIN . — Les piano-recitals de M"'" Ber-
THE Marx-Goldschmidt. (i) — On se rappelle
la stupéfaction du monde artistique, lorsque Hans
de Btilow annonça qu'il allait jouer dans un cycle
de cinq séances toutes les sonates de Beethoven.
Ce haut fait artistique fut surpassé depuis par
Rubinstein, qui en sept séances passa en revue les
chefs-d'œuvre de toute la littérature du piano.
M""' Bcrthe Marx-Goldschmidt vient à son tour,
en une série de huit séances, qui ont eu lieu dans
l'espace d'un mois, de passer en revue toutes les
formes de la musique de piano.
M"° Berthe Marx-Goldschmidt est connue du
public berlinois depuis plusieurs années. Elle se
présenta pour la première fois dans les concerts
de Sarasate, où elle joua, en dehors d'une grande
quantité de soli et de concertos, beaucoup
d'œuv es de musique de chambre avec son célèbre
partenaire, et elle partagea ses succès dans plus de
sept cents concerts en Europe et en Amérique.
Mais M"" Berthe Marx-Goldschmidt ne pouvait
(i) Notre correspondant berlinois ayant été empérhé
d'assister au.\ séances de M™" Berthe Marx-Gold-
schmidt, nous empruntons à XAllgemeim Miisik-Zeilutig
de Berlin cet article sur les récitals de l'éminente
artiste.
pas ainsi faire reconnaître, sous toutes ses faces,
le remarquable talent qu'elle possède et l'im-
mense répertoire dont elle dispose. Ce répertoire
lui a permis de rassembler et de classer, en quel-
que sorte selon leur forme, une quantité d'œuvres
caractéristiques, et par là son entreprise a eu une
tendance didactique d'un haut intérêt. D'abord,
les programmes faisaient ressortir le développe-
ment des formes d'art en particulier; ensuite, ils
montraient comment se sont perfectionnés succes-
sivement les moyens d'expression sur le piano, et
comment depuis un siècle et demi s'est modifié
le caractère de la musique pour piano.
La première séance, consacrée aux études, se
composait d'œuvres de Clementi, Czerny, Mos-
chelès, Mendelssohn, Chopin (douze études),
Schumann, Henselt, Thalberg, Liszt et Alkan.
Les deux séances suivantes appartenaient au
développement de la sonate : Phil. E. Bach (le
père de la sonate de piano moderne) fut suivi par
Haydn, Clementi, Mozart, Beethoven (sonates en
la majeur, op. 2, en fa mineur, op. 5y, et en ut
mineur, op. m , puis par les sonates roman-
tiques, Weber (la bémol majeur), Chopin (.^î bémol
mineur), Schumann [si mineur, Ja dièse mineur et
soZ mineur). De la sonate. M""' Berthe Marx-Gold-
schmidt a conduit son auditoire à la forme plus
libre de la fantaisie : Bach avec la chroma-
tique et Mozart avec celle en tii mineur ouvraient
cette série, complétée par la fantaisie de Schubert
en ut majeur, celle de Mendelssohn en/a dièse
mineur, la fantaisie de Chopin en fa mineur et
celle de Schumann en tit majeur. Pour faire une
place également à la « fantaisie de virtuosité »
comme elle florissait il y a quarante ans,
M"" Berthe Marx-Goldschmidt avait ajouté à
ce programme, déjà si prodigieux, la grande fan-
taisie sur Don Juan de Liszt.
Ensuite sont venues les formes moins grandes ;
ballades, nocturnes, rhapsodies, impromptus, pré-
ludes, scherzi, et les formes de danses idéalisées :
valses, mazurkas et polonaises. Aux deux soirées
consacrées à ce genre, étaient représentés Chopin,
Field, Henselt, Liszt, Tschaïkowski, Schubert,
Mendelssohn, Weber et Nicolas Rubinstein avec
trente-neuf compositions !
L'avant-dernier soir a été consacré aux varia-
tions et transcriptions. A ce programme figuraient
les noms de Rameau, Haj'dn, Mozart, Beetho-
ven et Mendelssohn dans les variations ; et dans
les transcriptions, ceux de Scarlatti, Bach, Gluck,
Mozart, Beethoven, Schubert, Liszt, Mendelssohn,
Weber, Schumann, St-Saëns, Sarasate et Wagner.
La dernière soirée a été consacrée aux com-
temporains. En première ligne, les Français :
Dubois, Chabrier, Widor, Bernard et Saint-
Saëns ; puis venait Brahms avec quatre intermezzi
(op. 118 et 119), la ballade en sol mineur (op. 118)
la romance en /à majeur (op. 118, et la rhapsodie
en mi bémol (op. iig). Et finalement suivaient
P.-V. Schôzer, Zarzycki, Schutt, Leschetilzki,
Moszkowski et Antoine Rubinstein,
LE GUIDE MUSICAL
1057
Quelle incommensurable activité physique et
psychique, quelle persévérance, quelle abnéga-
tion il faut pour posséder ces programmes gigan-
tesques dans la mémoire. L'effort physique seul
était déjà phénoménal! Or, les qualités artistiques
de M""' Berthe Marx-Goldschmidt ont été à la
hauteur de l'entreprise. Pour une telle artiste, les
difficultés techniques n'existent plus ; son inter-
prétation toujours profonde, poétique et pleine
de charme traduit noblement les pensées des
grands maîtres anciens et modernes. Autant
le mécanisme de la main est supérieur, autant a
été supérieure la compréhension musicale de
l'artiste, qui, libre de toute affectation et de toute
fantaisie subjective, a su s'élever avec un senti-
ment parfait du style jusqu'aux plus hautes pen-
sées des compositeurs.
M"" Berthe Marx Goldschmidt a accompli sa
phénoménale entreprise au milieu de l'admiration
croissante du public, qui, à la fin du cycle, l'a
remerciée par l'envoi de fleurs et de couronnes
et par d'enthousiastes rappels. Otto Lessmann.
BRUGES. — LaSociétéccAdrjenWillaert»
a donné, le 37 décembre, à Bruges, un concert
qui a été pour M. Jides Busschop, dont on inter-
prétait une œuvre nouvelle et inédite, le Cantique
d'un croyant, l'occasion d'un nouveau et très grand
succès. Le public, composé des autorités de la
ville et de nombreux artistes, dès les premiers
accords, a eu conscience d'une œuvre s'imposant
à ses auditeurs. M. Busschop les a emportés sur
les ailes de sa divine inspiration dans le royaume
de l'art infini.
Cette page ajoute un fleuron à la couronne de
l'illustre compositeur, dont toute la presse s'occupe
en ce moment, pour lui obtenir une distinction qui,
en raison de son grand âge, ne peut se faire atten-
dre davantage.
CREFELD. — L'attrait principal du der-
nier concert d'abonnement de notre Stàd-
tische Capelle, était la réapparition parmi nous du
pianiste M. A. Wilford, d'Anvers. Le succès de
cet artiste, l'hiver dernier, dans les œuvres du
maître flamand Peter Benoit, n"avait pas été
oublié. Cette fois M. Wilford avait choisi le con-
certo de Rubinstein. Un peu nébuleuse dans sa
facture, l'œuvre frappe pourtant par son côté ori-
ginal et grandiose. Autant dans l'exécution de
l'œuvre du regretté compositeur que dans les soli :
BlumensiHck de Schumann, GondoKera de Liszt et
VEtude de Rubinstein, M. Wilford s'est montré
maître du clavier. Les qualités suivantes s'ad-
mirent particulièrement chez ce virtuose : la tran-
quillité classique dans le maintien, la technique
irréprochable et le toucher délicat.
Après l'exécution de la Marche Nupliak, une
couronne a été offerte par les membres de
l'orchestre au compositeur, qui dirigeait son
œuvre.
C"^ AND. — Le Christus de M. Ad. Samuel.
X Dimanche dernier, devant un auditoire
d'invités, a eu lieu la première exécution de
l'œuvre nouvelle à laquelle, depuis trois ans, tra-
vaillait l'éminent directeur de notre Conservatoire,
M. Adolphe Samuel. Christus, symphonie mystique
en cinq parties, pour orchestre et chœur mixte,
tel est le titre de cette vaste composition qui
mérite qu'on s'y arrête.
Je ne sais si elle répond bien exactement au
caratère mystique que l'auteur a voulu y exprimer.
11 est assez difiîcile de définir ce qu'il faut en-
tendre par symphonie mystique. Le mysticisme est
un terme à la mode; mais on ne voit pas bien
par quelles expressions particulières, il se tra-
duirait en musique. Si le mot mystique s'applique
seulement au sujet, il n'a pas grande portée.
Quoi qu'il en soit de cette querelle de mots assez
oiseuse au fond, il faut dire que la symphonie de
M. Samuel est, avant tout, symfhoîiique, ce qui est
l'essentiel, et que si elle doit être rangée dans une
catégorie particulière de compositions à orchestre,
c'est plutôt dans le genre du poème symphonique
et dramatique qu'il la faudrait classer.
M. Samuel s'est attaché sans doute à carac-
tériser la donnée psychique de son sujet, mais
fatalement les épisodes choisis par lui l'ont amené
à accorder une prédominance aux faces extérieures
du sujet. Sa symphonie se divise en cinq parties,
dont les deux premières seules sont exclusivement
orchestrales. Elles retracent, en une série de
tableaux heureusement variés de caractère, l'An-
nonciation, les Bergers, les Mages, la Vie de
Jésus dans le désert. Ce dernier épisode forme
seul un fragment symphonique important, d'un
beau caractère sombre.
Après quoi, nous assistons aux épisodes du lac
de Tibériade, au prêche de Jésus, à ses disputes
avec les Pharisiens, page pleine de caractère, d'un
rythme énergique et d'une facture intéressante, où
!e thème caractéristique de Jésus déjà exposé dans
les parties antérieures, oppose sa noblesse et sa
douceur résignée à la véhémence des thèmes
propres aux Pharisiens. Alors intervient le chœur.
11 chante l'hosannah accompagnant l'entrée triom-
phale de Jésus à Jérusalem. Il y a là un crescendo
.ntéressant, bien mené, qui arrive à un effet saisis-
sant.
Avec la quatrième partie, nous entrons en
plein drame : c'est la Passion. Une très intéres-
sante introduction sur un thème saccadé des
basses, qui a une expression poignante de tris-
tesse, conduit à des exclamations curieuses et
impressionnantes du chœur : « Son âme était
triste jusqu'à la mort >', chantées piano et succes-
sivement par les voix du chœur; plainte désolée,
que scandent des piszicati des contrebasses, comme
dans la scène du Vendredi-Saint de Parsifal. Puis
l'orchestre s'anime. C'est la scène devant Ponce-
Pilate, avec les cris furieux de la foule : Toile et
crucifige eum, la montée du Calvaire, et enfin la
suprême exclamation : Eloï, Eloï! lamma sabacthani,
1058
XE" GUIDE MUSICAL
se développant eu un grand ensemble vocal et
instrumental, violent, dramatique, et incontesta-
blement très puissant. Seulement, on pourrait
discuter l'interprétation de l'exclamation de Jésus,
qui est un cri de souffrance résignée, la suprême
manifestation de l'idée de sacrifice, et non un cri
d'angoisse ou de révolte. Il semble qu'une expres-
sion moins véhémente eût ici produit une impres-
sion plus tragique.
La cinquième et dernière partie est tout entière
chorale. M. Samuel y a très habilement fait reve-
nir les thèmes caractérisant la figure du Christ et
sa mission de charité, empruntés, si je ne me
trompe, aux premières mesures du Magnificat
catholique.
Les développements qu'il en tire, en commen-
tant les textes évangéliques chantés par toute la
masse chorale, ont de la variété, de la couleur,
^de l'élan, et l'ensemble de ce finale a vraiment
belle allure. Louons surtout la conclusion sur un
Amen murmuré tout en douceur, après le Fax homi-
nilus lone voliiniatis. Cet Amen est poétique et tou-
chant. ~
En somme, le CJmsùis de M. Samuel est une
œuvre extrêmement remarquable, dont quelques
longueurs n'arrêtent pas l'intérêt et qui s'élève
très haut en plus d'une de ses pages. La forme
en est curieuse; l'emploi alternatif de la sympho-
nie et de la musique chorale est nouveau, sinon
en principe, tout au moins dans son application.
Ce n'est ni un oratorio, ni une cantate, ni tout à
fait une symphonie; l'œuvre tient des trois genres
à la fois, et c'est ce qui en constitue l'originalité.
L'ouvrage a reçu du public d'invités présent à
son exécution un accueil extrêmement chaleureux,
et la séance s'est terminée par une très sincère
ovation au vénérable maître gantois. Parmi les
assistants, notons M. le D' WuUner, directeur du
Conservatoire de Cologne, venu tout exprès pour
entendre l'œuvre de son collègue gantois. Il est
probable que M. Samuel fera exécuter sa sym-
phonie en public à l'un des prochains concerts
du Conservatoire de Gand. Il serait à souhaiter
qu'elle fût aussi entendue à Bruxelles. M. K.
^^
LEIPZIG. — Les séances de musique de
chambre du Gewandhaus, qui nous ont de
nouveau procuré des régals artistiques exquis et
au dessus de tout éloge, en sont arrivés mainte-
nant jusqu'à latroisième. Les instrumentistes sont,
d'un côté, MM. Hilf, Beckcr, Sitt, Klengel; de
l'autre, MM. Prill, Rother, Unkenslein et Wille.
Parmi les œuvres exécutées, citons les quatuors à
cordes de Haydn en ni; de Mozart, en sol; de Bee-
thoven, op. i8, n" 2 et op. i3o; de Mendelssohn,
l'octetto à cordes; de Schumann, op 41, en la
mineur; de Rubinstein, op. 17; de Klughardt,
op. 62; ajoutons le quintette à cordes en ré de
Mozart.
Un autre quatuor, qui ne le cède en rien au
nôtre, le Quatuor Tchèque, composé de MM. Char- 1
les Hoffmann, Snik, Nebdal, Wihan, nous a rendu
visite et a émerveillé tout le monde par la perfec-
tion de ses ensembles.
Au cours de deux soirées, les artistes tchèques
ont joué, avec une puissance d'expression et une
verve entraînantes, le quatuor à cordes de Sme-
tana. De ma vie, poème symphonique d'une absolue
originalité, qui a dû être bissé, et des quatuors de
Haydn (Kaiserquartctt), de Dvorak, en mi bémol et
en !(/, et de Beethoven en fa. Dans l'exécution des
œuvres nationales et bien caractéristiques deleurs
compatriotes Smetana et Dvorak, ces vaillants
quartettistes sont incomparables et uniques en
leur genre. Ce qu'il nous ont révélé, surtout dans
le quatuor de Smetana, c'était l'âme mj-stérieuse
de la musique. Les bravos et les rappels leur ont
été prodigués.
Les concerts de solistes ne nous importunent
pas trop jusqu'à présent. Gardons-nous de désirer
le contraire pour l'avenir. Je ne vois guère à men-
tionner que le récital du petit pianiste et composi-
teur Raoul Koczalski, du liedersanger Antoine
Sistermans, des violoncellistes Henry Bramsen
(qui a exécuté, avec une technique bien remar-
quable et avec intelligence, trois concertos de
Piatti, Davidoff et Volkmann) et Cornélis Lié-
geois, votre compatriote, qui a joué, avec ime
clarté superbe, le concerto de Saint-Saëns et de
petites pièces de Popper.
Les exécutions du Riedel-Verein, la renommée
société de chant sacré, sous la direction de M. le
docteur Kretzschmar, professeur à l'Université,
ont retrouvé tout leur éclat. Le premier con-
cert se composait d'œuvres de Palestrina et
de Lassus; le deuxième contenait la messe en si
bémol mineur d'Albert Becker.
C'est la même Société qui avait, pour ainsi dire,
tenu sur les fonts baptismaux cette œuvre saisis-
sante, il y a quinze ans. Edm. Rochlich.
LIEGE. — Un concert de circonstance, qui
met en vedotte les lauréats principaux de
l'année pour l'expansion des admirations familiales
éparses dans l'auditoire, souligne, de tradition, la
distribution des prix au Conservatoire. Cette fois,
le programme se rehaussait de la reprise d'une
œuvre de jeunesse de M. Radoux : Fax, composée
jadis sur un texte empreint de loyalisme pour les
souverains belges, et dont la nouvelle version,
beaucoup plus obscure, est conçue dans une note
mystique sinon symboliste (mais décadente à coup
sûr) d'un vague assez déconcertant. Les Wallons
et Flamands y « serrent leurs rangs pour la
lumière » et implorent la « Vierge céleste », la
priant de « garder loin des malheurs nos toits, nos
champs ». Peut-être la Vierge céleste eût-elle
trouvé plus pratique de garder les malheurs loin
de nos toits, mais c'est affaire entre elle et le poète
qui ne s'est pas nommé.
Des axiomes discutables comme « le passé pour
la jeunesse est le soleil de l'avenir » avoisinent
LE GUIDE MUSICAL
1059
(les constations d'une observation vraiment trop
peu contrôlée. « La guerre ardait son feu sonore,
mouillant de larmes nos berceaux », lesquels, si chacun
s'en reporte à ses souvenirs de prime enfance, ne
sont pourtant pas d'habitude heumectés de tels
liquides.
Hélas! il est à craindre qu'à une poésie pourtant
si moderne il ne faille appliquer une très ancienne
et très philistine appréciation ; « Ce qui ne vaut
pas la peine d'être dit, on le chante ». La partition
de M. Radoux se maintient dans l'allure de
fresque hâtive à gros traits, non sans une certaine
grâce parfois ; la phrase : «Mais les combats»,
l'atteste, quoique le style général soit plutôt bon
enfant, vulgaire même, et non vraiment f&pulaire
dans le sens de naïvement rustique, que ce dernier
mot implique. La notion intime, l'âme du peuple,
— cette fleur des champs, — qu'exige le styledit
populaire, n'a rien de commun avec la rondeur
facile, le sentimentalisme myope que les superfi-
ciels décorent volontiers du titre abusif de popu-
laire.
Certes, la musique de M. Radoux n'est pas sans
mérités sérieux; bien appropriée aux voix d'en-
fants, d'audition plutôt agréable, avec des détails
heureux, elle a les qualités d'une œuvre passagère,
dont l'improvisation ne peut résister au recul du
temps.
M. Henry, pianiste, a montré de fort belles
dispositions à une virtuosité future dans un Con-
certo de M. Smulders. Ce concerto^ très travaillé, et
même surchargé, est d'une tournure Scandinave
assez prononcée; une altération continue des har-
monies ne contribue pas peu à l'obscurcir; néan-
moins il accuse chez son auteur des préoccupations,
des recherches pas banales.
Le violoniste, M. Lagarde, paraissait mal dis-
posé, mais son exécution du quatrième concerto de
Vieuxtemps a cependant montré la belle école
dont il sort; archet frémissant, comme éperonné,
uni au son clair et juste.
De M"" Irma Weyns, il n'y a pas de critique à
faire, sinon sur certaine prononciation de terroir
qui lui fait dire : indou-ive, gou-we clochettuî*, et ze
zour, légers défauts que corrigera vite un séjour
hors du territoire où sévit l'accent local (Conser-
vatoire compris). M""" Weyns est douée d'une voix
pure d'une étendue et d'une homogénéité admira-
ble; à cela elle joint une ph3'sionomie singulière-
ment expressive et une intelligence scénique
déliée, qui lui assurent le plus bel avenir théâtral.
Très intéressante la deuxième séance de la
Société de musique de chambre. Le Quatuor de
Schumann (op. 41) a été joué dans une note dis-
crète par MM. Harzé Charlier Herremans et Fallo.
L'intérêt de la soirée résidait dans le Quatuor d'ar-
chets (en ré) de Franck qui a fait une sensation pro-
fonde. Les jeunes artistes se sont bien tirés de cette
œuvre difficile (qu'ils feront encore entendre pro-
chainement). On y aurait pu noter une prédomi-
nance trop accentuée du premier violon, — tenu
par M. Charlier, - qui phrasait un peu en virtuose,
au détriment parfois du sens exact. Une sonate, belle
mais que longue! avec des reprises qu'on peut
supprimer pourtant, a été exécutée de manière un
peu molle, par M"= Donnay, pianiste et M. Fallo,
violoncelliste.
An Théâtre-Royal, Benvemdo. Bravo, allez vous
dire, voilà enfin Berlioz réhabilité! Un instant, ce
n'est pas celui-là ; c'est l'autre, celui pour la
province, la pacotille d'exportation, l'opéra circu-
laire à manivelle automatique, celui de M. Diaz,
qu'on pourrait, pour éviter confusion, surnommer
M alvenutroptard ou Vllole ivre.
Raflafla, rococo, pompier, tous les vieux cli-
chés et accessoires remisés au grenier ont été
pieusement descendus et ont défilé gravement aux
oreilles ébahies des gens. On les reconnaissait au
passage, tandis qu'ils passaient sans rire en se
dandinant d'un air rajeuni, qu'ils croyaient gail-
lard. De tout jeunes spectateurs ne reconnais-
saient pas certains d'entre eux, tant ils venaient
de loin, tant ils étaient anciens. Cette procession
avait du bon. « Voilà comment il ne faut pas
faire », se disait-on dans la salle, entre deux fre-
dons, car cette musique émoUiente et hygiénique
a ce mérite que si elle est sensément inédite, c'est
pure modestie de l'auteur : il vous tend les deux
premières notes d'une phrase, et, immédiate-
ment, vous l'achevez d'affilée en bénissant Gounod
ou Thomas. C'est pourquoi il faut se garder
d'apprécier trop sévèrement le Benvenuto de
M. Diaz, de crainte de manquer de respect à tous
nos grands compositeurs.
Il vaut mieux, — nous défiant de nous-mêmes,
— citer simplement un extrait d'un compte rendu
extrêmement élogieux d'un journal quotidien lié-
geois : « Sans s'attarder (!) en des polyphonies
» vocales, des développements musicaux, des in-
» géniosités orchestrales, M. Diaz a bâti son
» œuvre avec sécurité et logique, adoptant la
)) forme classique des airs, duos, morceaux d'en-
» semble, sansjamais déchoir en deshors-d'œuvre
». qui auraient alourdi l'action ». D'où il faut
conclure, d'après notre enthousiaste confrère,
qu'il n'y a dans Benvenuto ni polyphonies, ni déve-
loppements, ni ingéniosités. M. Diaz ne s'est pas
« attardé » à cela; il est donc aussi un musicien
de l'avenir. Mais, alors, comment expliquer son
opposition â l'exécution des œuvres de Wagner
à l'opéra? Que pouvait faire à cet Orphée des
siècles futurs qu'on jouât, à l'Opéra, ce pauvre
vieux Lohengrin de 1847?
Si encore la musique d'ancien régime de M. Diaz
remontait aux sources mélodiques pures! S'il y
avait, du moins, des chants passionnés et doux
comme dans Norma. Mais ce n'est même pas Ben-
venuto-Bellini. C'est quelconque, à part les rémi-
niscences, qui sont choisies avec un goût sur,
reconnaissons-le. L'orchestre réduit à une humi-
liante petite guitare, toute la mise en train du
vieux jeu, retour inoffensif du ci-devant opéra
aboli, dont le public le plus arriéré ne veut même
plus. Benvenuto n, i, ni, fini. M. R.
1060
LE &UIBE MUSICAL
TUXEMBOURG. — Le concert que M"""
J Leytens-Vanden Bergh, professeur de piano
au Conservatoire d'Anvers, a donné avec le
concours de M"= Adèle Van Gogh, cantatrice. et,
professeur de chant à Luxembourg, le dimanche
i6 décembre, a obtenu un vif succès.
Dans la grande salle comble s'étaient donné
rendez vous l'élite de la société et tous les pro-
fesseurs de musique de la ville.
M™" Leytens a été chaleureusement applaudie
après le Caprice de IJenoit, la Pileuse de Mendels-
sohn, Etincelles de Moszkowski, etc., et surtout
n])rès la Grande fantaisie hongroise de Liszt, qu'elle
a jouée avec une iînesse remarquable.
M"" A. Van Gogh, très estimé professeur de
.chant, qui possède une voix très sympathique et
claire, a chanté à ravir le grand air du Freischuts,
et sa diction a été parfaite dans quelques romances
ou Lieder de Massenet, Brahms, Robert Franz et
autres.
PRAGUE. — Le Théâtre-National tchèque
vient de reprendre Lohengrin. Jusqu'ici, l'in-
terprétation de cette œuvre y avait été assez
médiocre. Cette fois, grâce à une distribu-
tion nouvelle, elle a été excellente, et l'œuvre a
produit une profonde impression. C'a été une
véritable première, et le public a applaudi fré-
quemment, pendant et après chaque acte. Il
semblait se trouver devant une œuvre nouvelle,
tant l'exécution a différé de ce que nous avions vu
jusqu'ici.
M. Florjansky, qui chantait Lohengrin, a été
excellent comme chanteur et comme comédien;
M""" Matura (Eisa) a toutes les qualités pour
interpréter ce rôle poétique. L'orchestre, sous la
direction de M. Ad. Cèch, a exécuté la partition
avec la plus grande perfection.
Après Vienne, nous avons eu aussi, au Théâtre
tchèque, le petit opéra de M. Ferdinand Hummel,
Mara. On a dit que cette œuvre, qui fait son tour
d'Allemagne, était violente et brutale comme une
partition de Mascagni. Le reproche est exagéré.
Le sujet est sombre, mais nullement mélodrama-
tique. C'est une tragédie très passionnée, très
impressionnante, mais dont l'amour conjugal est
le principal élément. Il s'agit, en deux mots, d'un
drame de famille, d'une vendetta, non pas corse,
mais tcherkesse. Eddin et Mara sont mariés et
s'aiment tendrement. Une nuit, par suite d'une
horrible méprise, Eddin est attaqué sur la route
par son beau-père. Ils ne se reconnaissent
point, et Eddin tue son assaillant en le préci-
pitant du haut d'un rocher. Le frère de Mara
demande la vengeance de ce meurtre. Mara fait
tout ce qui est en son pouvoir pour sauver son
mari ; on la menace alors de lui prendre son en-
fant, le petit Dimitri. Devant cette menace, le
père se livre et la vendetta s'accomplit. Tandis que
le petit Dimitri est auprès de sa mère jouant à
cache-cache, on entend dans la montagne le coup
de feu qui annonce l'exécution d'Eddin. Et le
rideau tombe sur le tableau touchant de cette
mère cachant ses larmes et son angoisse pour
sourire à son fils.
La partition de M. Ferdina^id Hummel est,
cela va sans dire, très passionnée, très véhémente,
comme le voulait le sujet. Mais c'est une critique
fort injuste que de parler à ce propos de Mas-
cagni, et d'accuser le musicien allemand de
plagiat. Les thèmes sont, pour la plupart, très
caractéristiques et ils portent une signature très
personnelle. L'auteur ramène habilement, à la
fin, à la scène de l'enfant, le thème par lequel
s'ouvre la première scène, et ce motif de Dimitri,
qui encadre ainsi l'opéra, est très beau et très
touchant.' Le motif d'Eddin et de Mara, le chant
du sommeil, la prière, et, en particulier, le motif
d'amour, sont des idées grandes et originales.
L'ouverture, qui contient les motifs d'Eddin per-
sécuté, de Mara et de leur amour, se présente
comme un tableau symphonique de couleurs très
vives. L'œuvre est, incoritestablement, d'un
homme de talent et doué pour le théâtre.
La représentation a été excellente. M"« Matura
(Mara) et M. Vezely (Eddin) ont été parfaits dans
leurs rôles respectifs, de même que M. Victorin
(Djul).
L'orchestre, sous la direction de M. Ad. Cèch,
a été tout à fait supérieur dans l'accomplissement
de sa tâche, qui n'était rien moins que facile.
Victor Joss.
NAMUR. — Mardi a eu lieu au Kursaal,
sous la direction de M. Balthazar Florence,
le concert annuel du Cercle musical. Le pro-
gramme en était des plus attrayants it le succès
a été très vif.
La partie symphonique comprenait les deux
suites de Grieg pour le Peer Gynt de Bjôrnson,
dont la seconde était nouvelle pour notre ville;
puis la grande Polonaise héroïque de M. Balthazar
Florence, qui a été véritablement acclamée; enfin
la marche turque des Ruines d'Athènes de Beetho-
ven.
La soliste vocale de la soirée était M"'* Alice
Verlet, dont la voix généreuse et solide, la dic-
tion claire et le phrasé musical ont été très appré-
ciés dans le grand air du Pardon de Plœrmel, la
valse de Mireille et deux lieder de Grieg et de
Brahms,
A côté d'elle, on a très vivement applaudi un
jeune flûtiste namurois, lauréat de notre Conser-
vatoire, M. François Six, dont le talent a paru
élégant et souple.
NIMES.'" — La Chambre musicale de Nîmes
a inauguré, le 21 décembre ses concerts
de la saison, avec le concours de M™ Roger-
Miclos. L'éminente pianiste, passant des œuvres de
Schumann à celles de Chopin, de Liszt, de Cha-
brier, etc., a émerveillé son public. Elle avait pour
LE a VI DE MUSICAL
1061
partenaires MM. Comtat, violoniste, et Boulet vio-
loncelliste, dans l'interprétation du deuxième trio
de M"'" Chaminade. Le lendemain, son succès a
été encore plus vif dans une séance intime, con-
sacrée à l'audition des sonates pour piano de
Beethoven.
ROUEN. — Samedi dernier, a eu lieu, au
Théâtre des Aits, la première représenta-
tion de Calendal, opéra en cinq actes de Mistral,
musique d'Henri Maréchal. Le livret du poète
provençal est la fantastique histoire d'un pauvre
bûcheron, Calendal, qui, sauvé d'une condamna-
tion à mort par la princesse Diane, arrache en-
suite celle-ci au joug d'un époux odieux, brutal et
félon, le comte Séveran, et finit par épouser la
princesse, après avoir délivré le pays de ce Séve-
ran, qui était aussi un tyran.
Ce conte très méridional, où de grandes beautés
poétiques se développent dans les naïvetés d'une
fable tour à tour fantastique et réaliste, n'a que
médiocrement impressionné notre public nor-
mand. Et la partition de M. Henri Maréchal,
malgré des pages de rare mérite, n'a pas eu un
sort plus heuieux. M. Maréchal s'est efforcé de se
hausser au niveau de l'héroïsme fruste du poème.
Et il y a réussi en partie, notamment dans le rôle
de la princesse, de qui les élans d'indignation
juvénile, les accès de touchante mélancolie ont
rencontré un assez grand bonheur d'expression.
L'interprétation se tient à égale distance du
satisfaisant et du médiocre.
Mistral et Henri Maréchal ont _été, à l'issue de
la représentation, l'objet d'ovations enthousiastes.
^^
rT"^OURNAI. — Le dernier concert de la
I Société de musique était presque complète-
ment consacré aux œuvres de M. Th. Dubois,
membre de l'Institut de France, le successeur de
Ch. Gounod dans la docte assemblée. Les excel-
lents chœurs ont merveili usement interprété ses
deux scènes lyriques, Hylas et VEnUvement de Pro-
ser^ine, deux [lartitions sans caractère bien défini,
correctement écrites et d'un tour distingué. C'est
le travail d'un savant, toutes les règles musicales
sont bien suivies, l'écriture est claire, bien
ordonnée, sans défaut. Mais c'est en vainque vous
y chercherez cette flamme du génie, qui classe un
compositeur d'emblée et attire sur lui l'attention
du monde musical. Néanmoins, M. Th. Dubois a
remporté un très beau succès, dont il doit une
large part à la superbe exécution de ses œuvres.
« Si, disait-il, à l'issue du concert, nous avions
avec ces magnifiques chœurs de Tournai, un
orchestre comme celui du Conservatoire de. Paris
ou de Bruxelles, ce serait l'idéal. » Mais à l'im-
possible nul n'est tenu, et rendons un légitime
éloge à l'orchestre pour les soins et la bonne
volonté qu'il apporte à l'interprétation des œuvres
qui lui sont confiées. M"" Milcamps et "M. Tondeur
ont fait montre de beaucoup do talent dans les
différents numéros du programme, où leurs bonnes
et solides voix sonnaient à plaisir. M. Lilien, pro-
fesseur à notre Académie de musique, a joué en
maître le Concerto de violon de Mendelssohn,
avec accompagnement d'orchestre. M. Colomer,
pianiste, du Conservatoire de Paris, a exécuté un
Concerto de sa composition, œuvre du plus grand
mérite et d'une rare distinction. Enfin, l'excellent
professeur du Conservatoire de Bruxelles, M™»
NeuryMahieu,nous a charmés par son impeccable
diction dans différentes pièces de Victor Hugo,
Aicard et Jacques Normand.
Le grand concert annuel, fixé au 27 janvier, sera
consacré aux œuvres de M"" Augusta Holmes.
JVO U V EL LES DI VERSES
— Le Dr Cari Krebs, critique musical bien
connu, vient d'être nommé professeur d'histoire
de la musique à la Hochschulefûr Musik de Berlin,
en remplacement du D"' Spitta, mort récemment.
La bibliothèque extrêmement précieuse de ce
savant musicologue, a été achetée par l'Etat et
incorporée à la bibliothèque de la HochschuU
berlinoise.
— D'après la Gazette de Francfort, M. Catulle
Mondés s'occupe actuellement de traduire en
français le Hansel et Gretel de Humperdinck.
La nouvelle pièce de M. Mendès serait repré-
sentée probablement à l'Opéra-Comique de Paris :
mais elle sera jouée d'abord à Bruxelles.
— La Scala de Milan vient de rouvrir ses
portes. C'est le Sigurdde Reyer qui a servi de spec-
tacle d'ouverture. Soirée superbe, disent les dépê-
ches adressées aux journaux de Paris; four lamen-
table affirment les journaux italiens et les lettres
particulières.
Auquel croire?
— Le Ménestrel n'est pas, d'ordinaire, d'une lecture
très récréative. Mais il l'est quand M. Barbedette
y déverse sa bile antiwagnérienne. «Quel malheur,
pour Berlioz, d'être né en France! dit-il dans son
compte rendu du dernier concert Lamoureux ; s'il
était seulement né à Gérolstein, comme le public
de choix qui se pâme en écoutant du Wagner se
délecterait à l'entendre ! Nous comparions les deux
maîtres en écoutant la Chasse de Berlioz et les
Murmures de la forêt de Wagner. Ce que Wagner
a voulu faire dans les Murmures de la forêt, Berlioz
l'a fait maintes fois. Vous rappelez vous ces chœurs
des esprits de la Damnation de Faust, le poétique
scherzo de la reine Mab dans Roméo et Juliette? Snt
la trame serrée de son orchestre, Berlioz, quand
il veut peindre les bruits de la nature, fait enten-
1062
LE GUIDE MUSICAL
dre, avec une délicatesse incomparable, des har-
monies d'une finesse extrême : ce sont des chants
d'oiseaux, des bruissements d'ailes, des échos loin-
tains et affaiblis, tout un monde enchanté. Dans
cette chasse des Troyens, on entend, au début,
venir de très loin le bruit d'une chasse qui se rap-
proche. Mais cela est discret et plein de poésie.
Ecoutez maintenant les Murmures de la forêt : ce
ne sont pas des fauvettes et des rossignols que l'on
entend, ce sont des pintades et des pies ; ce ne
sont pas des insectes dorés dont les ailes bruissent,
mais bien plutôt la race porcine qui fouille le sol
de son groin. »
N'est-ce pas du comique le plus délicieux?
— L'Université de Turin vient de créer une
nouvelle chaire à l'imitation de ce qui existe dans
nombre d'universités allemandes. C'est une chaire
d'esthétique musicale, qui a été confiéeàM. Luigi-
Alberto Villanis, avocat, connu comme auteur dra-
matique et critique musical. En Allemagne, les uni-
versités de Leipzig, Heidelberg, Berlin et Marpurg
possèdent également des chaires d'histoire de la
musique ou d'esthétique musicale. En Autriche, les
universités, de Vienne et de Prague ont, toutes
devix des chaires analogues. A Vienne, l'histoire
et l'esthétique de la musique étaient enseignées par
le docteur Edouard Hanslick, qui vient de prendre
sa retraite. A Prague, c'est le docteur Guido Adler,
l'un des savants les plus éminents en matière de
musique ancienne, qui donne les mêmes cours. Il
est probable que c'est lui qui succédera, à Vienne,
à M. Hanslick.
BIBLIOGRAPHIE
Quinze Lettres de Richard Wagner, accom-
pagnées DE souvenirs et D'ÉCLAIRCISSEMENTS, PAR
M™" Eliza Wille, traduites de l'allemand par
Augusta Staps. — Veuve Monnom, imprimeur,
Bruxelles. — Voici une nouvelle et importante
contribution à l'histoire intime de Wagner, si pré-
cieuse pour la compréhension de son œuvre d'art
et pour l'appréciation de l'homme dans l'artiste.
M"" Augusta Staps a fidèlement traduit le com
mentaire dont M""" Wille accompagna ces lettres
de Wagner, lorsqu'elle les publia en 1887, dans la
Denische Rundschau. Ces souvenirs constituent jus-
qu'ici le tableau le plus complet que l'on ait de la
vie de Wagner pendant son long séjour en Suisse,
avant l'infructueuse équipée de Paris en 1861 et
la période de folies qui en fut la conséquence,
jusqu'au moment de la résurrection, grâce à l'in-
tervention du roi Louis II de Bavière. Les lettres
mêmes de Wagner, qu'ils enchâssent, se rapportent
particulièrement à la crise terrible qui précéda
immédiatement ce dénouement heureux autant
qu'imprévu, et aux premières années qui suivirent.
Souvenirs et lettres se complètent réciproquement.
Ils furent analysés naguère, lors de leur publica-
tion dans la Rundschau ; quelques-unes des lettres
ont été depuis traduites et publiées dans le livre
curieux de M. Edmond F.izy sur Louis II.
[Louis II et Richard Wagner, Perrin, iSgS.)
Le mérite de M"1 Staps est de nous avoir donné
BKEITKOPF & H^RTEL, BRUXELLES
Editeurs, 46, Montagne de la Cour, 46
Dépositaires des œuvres de
BORODINE, CÉSAR OUI,
GLAZOUNOW, LIADOW, NAPRAVNIK,
RIMSKY-KORSAKOW, SOKOLOW",
STOHERBATCHEFF, WIHTOL
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LE GUIDE MUSICAL
1063
enfin une traduction intégrale de ces précieux
documents. M'"" Eliza Wille était une femme
douée des plus hautes et plus rares qualités de
l'esprit et du cœur. Après avoir débuté dans
les lettres sous son nom de jeune fille, Eliza Slo-
man, par deux volumes de vers qui charmèrent
Chopin, elle avait épousé un homme politique et
un journaliste de Hambourg, François Wille,
qu'elle suivit en Suisse après les événements
de 1848. C'est là que, quelques années plus tard,
les deux époux devaient se rencontrer et se lier
intimement avec Wagner, réfugié à Zurich; et
c'est dans leur hospitalière maison que Wagner
trouva l'appui sympathique dont sa sensibilité
avait un si profond besoin, et vit se grouper autour
de lui quelques-uns des hommes éminents dont
l'influence a été si vive sur son esprit et ses créa-
tions : le poète Herwegh; Ettmûller, le savant
philologue commentateur des Eddas; Moleschott,
le physiologiste et naturaliste philosophe, mort
récemment à Rome; Semper, l'architecte; Momra-
sen, le grand historien de Rome; etc. M"*^ Wille
retrace avec vivacité et charme l'histoire intime
de ce petit groupe, faisant cercle autour de
Wagner, qui en demeure la figure la plus capti-
vante. Et elle y mêle des anecdotes, elle y res-
titue des mots, des gestes, des attitudes de
Wagner, qui jettent un jour profond sur sa carrière
si tourmentée et nous le montrent bien tel qu'il
était, avec ses brusques changements d'humeur,
ses désespérances profondes, suivies de joies exu-
bérantes On lira avec un vif intérêt ce petit
volume vraiment captivant. M Kufferath.
PIANOS ET HARPES
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BRUXELLES : 4, rue Latérale
PARIS : i3, rue du Mail
NÉCROLOGIE
Sont décédés :
A Bordeaux, M. Gustave Lelong, directeur du
Conservatoire de cette ville.
- A Paris, M Frédéric Schubert, maître de
chapelle de l'église Saint- Pierre du Gros-Caillou.
— A Gand, M. Ch Simar, lieutenant-chef de
musique retraité, père de M. Julien Simar, direc-
teur de la musique du premier régiment de guides
et de la musique particulière du Roi, M. Edouard
Simar, directeur de la musique du deuxième régi-
ment de guides, et M. Charles Simar, chef de
musique au troisième régiment de ligne.
Paris, A. DURAND et fils, éditeurs, 4, place de la Madeleine
VIENl^ DE PARAITRE !
C. SAINT-SAËNS
OP. 99
TROIS PRÉLUDES ET FUGUES
POUR ORGUE
P.RIX NET : 5 Francs
1064
LE GUIDE MUSICAL
Le défunt, qui avait servi pendant cinquante-
trois ans, a rempli pendant trente et un ans les
fonctions de chef de musique au premier régiment
de ligne, après avoir fait partie de l'orchestre de
la Monnaie.
Il était très populaire à Gand, où il avait passé
la plus grande partie de sa vie.
REPERTOIRE DES THEATRES ET' CONCERTS
Berlin
Opéra. — Du 23 au 3i décembre : Haensel et Gretel.-
Les Saisons. Relâche. Obéron. Haensel et Gretel.
Puppenfee. Haensel et Gretel Cavalleria rusticana.
I Pagliacci. Hœnsel et Gretel. Puppenfee. Les
Joyeuses Commères de Windsor.
Bruxelles
Théâtre royal de la Monnaie.— Du 26 décembre 1894
au ler janvier iSgS : L'Attaque du Moulin, Lohengrin.
Mireille. Coppelia. Faust. L'Attaque du Moulin et le
Portrait de Manon. Les Noces de Jeannette. La
Navarraise. Farfalla.
Galeries. — La Fille de M"= Angot. Dimanche et
mardi, matinée à i h. 1/2.
Alcazar royal. — Bruxelles sans Gène.
Nouveaux-concerts. — Dimanche 3o décembre, à
2 heures précises, dans la salle de l'Alhambra (Empire
Palace). Premier concert avec le concours de
Mlle Marie Bréma du théâtre de Bayreuth, et sous
la direction de M. Franz Servais. Programme : i. Le
Barbier de Bagdad, ouverture (P. Cornélius) ; 2. Die
Idéale, d'après Schiller (Liszt) ; 3. Deux poèmes ;
(R. Wagner), a) Traeume, b) Schmerzen, chantés par
Mlle Bréma; 4. Léonore, ouverture n" 3, (L. von
Beethoven); 5. L'ApoUonide, deux fragments (F. Ser-
vais), a) Elégie, b) Scène sous la tente du festin. —
Hymne. Danse sacrée; 6. Gotterdasmmerung, scène
finale (R. Wagner), Brûnnhilde : Mlle Bréma.
MÀCKAR et NOËL, éditeurs, 22, passage des Panoramas (grande galerie)
PARIS
Propriétaires des œuvres de TSCHAIKOWSKY, GOTTSCHALK, PRUDENT, ALARD
des ARCHIVES DU PIANO et de la CÉLÈBRE METHODE DE PIANO A. LE CARPENTIER
Seuls dépositaires de l'EDITION CHARNOT, spécialement consacrée à la MUSIQUE DE VIOLON
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servatoires (2<î édition) . . 25 »
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l'harmonie, méthode très
élémentaire (2'' édition) . 3 »
— Traité desinlonations, mé-
thode théorique et pratique
pour prendre, avec la même
laciliié, toutes les intona-
tions,même les plus bizarres
ei les plus étranges; com-
plément indispensable de
tous les solfèges qui existent
(2* édition) 2 »
Bax (Saint Yvesj, professeur
au Conservatoire. Exercices
journaliers pour la voix, em-
ployés dans tous les Conser-
vatoires (20'' édition) . 20 «
Bussine, R. Professeur au
Conservatoire. Pages d'exer-
cice pour la voix (5= édi-
tion) 20 »
— Pages de vocalises pour
la voix (2° édition) . . . 10 »
CoLen, L. Solfège . . . i5 »
Cuelenaere, P. Méthode
pour apprendre à solfier
simultanément dans toutes
les clés >> 7.1
Net fr.
Donne, L. Professeur au
Conservatoire. Théoris mu-
sicale iCours élémentaire).
Questionnaire . . . . « 75
Réponses . . . . . . » 75
Durand, E. Professeur au
Conservatoire. Solfège élé-
mentaire et progressif, théo-
rique et pratique, avec
accompagnement de piano,
inscrit sur la liste des ou-
vrages fournis gratuitement
par la Ville de Paris à ses
écoles communales, 2'^ édit. 6 »
Cartonnage » 3o
Le même, sans accompa-
gnement, 5" édition ... 2 »
Cartonnage » 25
— Questionnaire, marchant
parallèlement avec le sol-
fège précédent . . . . » 5o
— Leçons de solfège, pour
les voix graves d'enfant, cor-
respondant aux exercices
du même solfège .... i »
— Solfège à deux voix égales
(clé de 'oi'i, élémentaire et
progressif, avec accompa-
gnement de piano, inscrit
sur la liste des ouvrages
fournis gratuitement par la
Ville de Paris à ses écoles
communales, 2" édition. . 6 »
Cartonnage . . . . . » 3o
— Le même, sans accompa-
gnement, 3'-' édition . . . 2 5o
Cartonnage n 25
Net fr.
— Traité de transposition au
piano(théorique et pratique) 5 »
Duvernoy, H. Professeur
au Conservatoire. 36 leçons
de solfège à changement de
clés (ouvrage couronné par
l'Insdtut) 3o »
Maury- Renaud Profes-
seur au Conservatoire. Le-
çons de solfège à change-
ments de clés, composées
pour|les examens supérieurs
de chant de la Ville de
Paris I 5o
— Solfège manuscrit à chan-
gements de clés . ... 6 »
Rougnon Paul, professeur
au Conservatoire. Solfèges
manuscrits à changements
de clefs(enseignement supé-
rieur)suivis dans les classes
du Conservatoire de Paris.
IT volume, 40 leçons, moyen-
nes, difficiles et assez diffi-
ciles, dédiées à M. J. Mas-
senet.
2" volume, 27 leçons, dédiées
à M. Ambroise Thomas.
3' volume, 29 leçons, dédiées
à Théodore Dubois (diffi-
ciles).
4= volume, 3o leçons, dédiées à
M. Ambroise Thomas (diffi-
ciles et très difficiles).
Chaque volume grand f, net 6 »
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LE OVIDE MUSICAL
1065
Marseille
Association artistique de Marseille, sous la direction
de M. Jules Lecocq. — Programme du 3o dé-
cembre 1894 : I- Peer Gynt, première suite d'or-
chestre (E. Grieg); 2. L'Adieu des bergers de l'En-
fance du Christ (Berlioz), chœurs et orchestre- 3.
Ouverture de Freychutz (Weber); 4. Parsifal, deu-
xième audition (Richard Wagner) a) L'enchant ment
du Vendredi-Saint. S) Deuxième tableau du premier
acte, scène religieuse, deux cents exécutants; 5.
Marche des nobles de Tannhœuser (Wagner), orchestre
et chœurs.
Paris
>ÉRA. — - Du 24 au 3o décembre : Othello. Thaïs et
la Maiadeffa Faust, suivi de l'Apothéose La Val-
kyrie Samson et Dalila et Djelma.
Opéra-Comique. — Du 24 au 3o décembre : le Domino
noir et le Chalet. Mignon et les Noces de Jeannette
Paul et Virginie. Cavalleria rusticana La Fille du
Régiment et les Noces de Jeannette Paul et Virginie.
CoNCER-rs - Colonne — Dimanche 3o décembre, à
2 h. 1/4 très précises. Dernière audition de l'Enfance
du Christ (Berlioz). Première partie : Le Songe
dHerode; deuxième partie : la Fuite en Egypte-
troisième partie : l'Arrivée à Sais. Interprètes :
Sainte Marie, M'"<- Auguez de Montalant; Saint
Joseph, MM. Bérard; Hérode, Fournets; Un réci-
tant, Engel; Un père de famille, Fournets; Poly.
Paris, ALPHONSE LEDUC. Editeur, 3, rue de Grammont
A. BORODINE
PETITE SUITE
N" I. Au Couvent N» 5. Sérénade
» 2. Intermezzo » e Nocturne
» 3 Mazurka (en ut) » 7. Rêverie
» 4. Mazurka (en ré) » 8. Scherzo
;dition pour Piano, réduite par l'Auteur fr. 4 »
MORCEAUX PUBLIÉS SÉPARÉMENT :
N" 4. Mazurka en ce fr j 55
Nos 6. et 7, Nocturne et Rêverie. . . . , 135
Pour ORCHESTRE (partition et par-
ties séparées) . . ; ; 32 »
La partition seule _ . . 12 »
Chaque partie supplémentaire . . . ...... 2 5o
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RÉPERTOIRE DES CHANSONS DU CHAT NOIR
Chansons de MARCEL LEFEVRE
(DEUXIÈME SÉRIE)
. Enterrement gai . . . . 5 — , 4. Recette pour faire un dis-
. Mélanie à la représentation cours électoral .... 3 —
de la grande opéra . . . 3 —
. Valse des bonnets .... 3 —
cours électoral
5. Le petit employé .... 3
6. L'Ouvreuse 5
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TÉLÉPHONE I90a
1066
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Requiem (Berlioz) Dies irœ, Tuba Mirum.
Concert d'Harcourt. — Dimanche 3o décembre, à
2 h. 1/2. Dernière audition de Tannhaeuser à prix
réduits.
Vienne
Opéra. — Du 24 au 3i décembre : Hansel et Gretel.
Robert et Bertrand (ballet). Valse viennoise et Pup-
penfee. Othello. Roméo et Juliette. L'Ami Fritz.
Cavalleria rusticana. Le Crépuscule des Dieux (pour
les adieux de M"" Materna). Cornélius Schutt. Han-
sel et Gretel.
An ber Wien. — Le Baiser d'essai. Le Postillon de
Lonjumeau. Les Noces d'un réserviste.
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» 2. « Quel charme, ô reine de mon cœur » . fr. i 35
» 3. « Ainsi ma détresse, tu veux qu'elle cesse » fr. I 35
» 4. « Clos ta paupière, Mignonne » fr. i 75
» 5. D'amours éternelles fr. I 35
» 6. Nuit de Mai . . fr. i 35
» 7. « De la colline ombreuse, je jette un long adieu » fr. i 35
» 8. Sérénade fr. i 75
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1067
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laires, recueillis et traduits par Victor Wiîder.
Un beau vol. (Marqué 5 fr.) . . . . 3 -
ETRENNES ENFANTINES
Miry. — Chants enfantins, sept vol. reliés . .4 —
Dreyschock. — Les contes de Perrault, douze
morceaux faciles. Rel. album . . . .3 —
PARTITION POUR PIANO SEUL
Bizet. — Carmen. Les Pêcheurs de Perles . .6 —
V Artésienne. . . . .5 —
La Jolie fille de Perth . . . 6 —
Gounod. — Roméo et Juliette, Mireille, Philémon {
et Baucis, La Reine deSaba. . . .\
Offenbactl. — Les contes d'Hoffmann . . . (
Reyer. — Salammbô . . . \
Chevalier - Van Ele'wyck. — Les anciens
clavicmistes flamands. Deux forts volumes bro-
cifés. Marqué 12 fr.) . . . 5 _
Port et emballage i —
PRIMES LITTERAIRES
E. Doepler. — Der Ri)ig des Nibelungen von
Richard Wagner. In-fol.. nombreuses gravures,
gr format et en couleurs, d'après les costumes
originaux, texte de Steinitz. (Marqué 65 fr ) . 5o
Port et emballage 2
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naie, un fort volume de 720 pages, luxueuse-
ment édité. In-80, 3o gravures et fac-similés.
(Marqué i5 fr.) . . . . .7
Port et emballage i
A. Pougin — Viotti et l'Ecole moderne du vio-
lon, un fort volume, broché, in-So . .2
Port et emballage o
PRIMES ARTISTIQUES
EAUX-FORTES
Beethoven. Magnifique eàu-forte de Carel
L Dake, hauteur 47 centimètres J/^, largeur
37 centimètres )/J,sans les marges (prix marqué
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Port et emballage i
Richard Wagner. — Magnifique eau-forte de
Herkomer, pendant de la précédente . . 20
Port et emballage i
Johannes Brahms — Eau-forte de Droch-
wer, in-So, hauteur 20 centimètres, largeur
12 centimètres, sans les marges. . . .10
Port et emballage »
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1068
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